Délibérations du comité sénatorial permanent des
Affaires sociales, des sciences et de la technologie

Fascicule 27 - Témoignages du 19 février 2015


OTTAWA, le jeudi 19 février 2015

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd'hui, à 10 h 28, pour poursuivre son étude sur l'incidence croissante de l'obésité au Canada : ses causes, ses conséquences et les solutions d'avenir.

Le sénateur Kelvin Kenneth Ogilvie (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Je vous souhaite la bienvenue au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

[Traduction]

Je m'appelle Kelvin Ogilvie, de la Nouvelle-Écosse. Je suis le président du comité. Je demanderais aux sénateurs de se présenter. Commençons à ma droite.

La sénatrice Seidman : Judith Seidman, de Montréal, au Québec.

La sénatrice Stewart Olsen : Carolyn Stewart Olsen, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Frum : Linda Frum, de l'Ontario.

La sénatrice Beyak : Lynn Beyak, de l'Ontario.

Le sénateur Enverga : Tobias Enverga, de l'Ontario.

Le sénateur Wallace : John Wallace, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Nancy Ruth : Nancy Ruth, de l'Ontario.

La sénatrice Merchant : Pana Merchant, de la Saskatchewan.

Le sénateur Eggleton : Art Eggleton, sénateur de Toronto et vice-président du comité.

Le président : Je remercie les témoins et leur souhaite la bienvenue. Je vous inviterais à présenter vos exposés dans l'ordre suivant : madame Tanaka, je vous prierais de commencer, puis ce sera au tour de Mme Reynolds et de Mme Cloutier. Nous laisserons chacune de vous faire son exposé, puis mes collègues auront l'occasion de vous poser des questions.

Cela dit, j'invite Mme Phyllis Tanaka, qui est conseillère principale en alimentation et nutrition aux Affaires publiques et réglementaires de Produits alimentaires et de consommation du Canada à faire son exposé.

Phyllis Tanaka, conseillère principale, Alimentation et nutrition, Affaires publiques et réglementaires, Produits alimentaires et de consommation du Canada : L'association des Produits alimentaires et de consommation du Canada, PACC, vous remercie de lui donner l'occasion de contribuer à l'étude sur l'incidence croissante de l'obésité au Canada : ses causes, ses conséquences et les solutions d'avenir.

PACC est la plus grande association industrielle au Canada et représente diverses entreprises de produits alimentaires, de boissons et de produits de consommation. Les entreprises membres de notre association fabriquent et vendent un très large éventail de boissons et de produits alimentaires destinés à la population canadienne.

L'obésité est un problème mondial complexe. Un groupe d'experts d'Obésité Canada sur les lignes directrices de pratique clinique a fait valoir les points suivants dans le Journal de l'Association médicale en 2007. Premièrement, la cause de l'obésité est complexe et multifactorielle. Au niveau le plus simple, l'obésité découle d'un bilan énergique positif à long terme, soit l'interaction entre l'apport et la dépense d'énergie. Deuxièmement, l'augmentation rapide de la prévalence de l'obésité au cours des 20 dernières années découle de facteurs environnementaux et culturels. Troisièmement, des stratégies radicales de prévention et d'intervention s'imposent pour ralentir et, espère-t-on, arrêter la montée alarmante de la prévalence de l'obésité au Canada et dans le monde.

Le groupe d'experts a également décrit les conséquences graves de ne pas s'attaquer au problème de l'obésité, notamment un risque accru de diabète de type 2, d'hypertension, de dyslipidémie, de coronaropathie, d'accidents vasculaires cérébraux, d'arthrose et de certaines formes de cancer. Sans oublier le fardeau accru sur le système de santé, car une évaluation réalisée en 1997 avait déjà estimé de façon modeste le coût de l'obésité à 2 milliards de dollars par année.

Plus récemment, l'étude « Overcoming Obesity : An Initial Economic Analysis » publiée en 2014 par l'Institut McKinsey Global, qui porte sur l'aspect économique de l'obésité, réitère l'imminence et la complexité du problème et de ses conséquences si cette tendance mondiale n'est pas renversée. L'étude affirme qu'il faut mettre sur pied un programme complet d'intervention à multiples facettes et que tous les secteurs de la société doivent s'impliquer dans ces changements, car aucune solution unique n'aura d'impact sur la prévalence de l'obésité. Le Réseau canadien en obésité exprime la même opinion sur son site web.

Les fabricants de produits alimentaires et de boissons sont au nombre des parties prenantes à inclure. D'ailleurs, j'aimerais confirmer aujourd'hui que l'industrie de la transformation des aliments et des boissons œuvre déjà en ce sens.

Les entreprises membres de PACC offrent une grande gamme de choix alimentaires, notamment des produits à teneur réduite en sodium, en gras saturés, en gras trans et en sucre. Elles offrent aussi des produits enrichis de calcium, de vitamine D et de fibres. Elles offrent des choix. Les Canadiens ont la possibilité de choisir en magasin parmi un large éventail de produits favorables au développement d'habitudes alimentaires saines.

De plus, les entreprises membres de PACC continuent d'investir dans la création et la reformulation des produits alimentaires en tenant autant compte des progrès scientifiques et technologiques en matière d'alimentation, de nutrition et de santé que de la préférence des consommateurs.

PACC est depuis longtemps une partie prenante importante dans les secteurs de l'alimentation, de la nutrition et de la santé. D'ailleurs, l'association et ses entreprises membres ont joué un rôle actif dans la promotion de politiques publiques. Par exemple, nous avons participé au processus du Groupe de travail sur les gras trans et aux consultations de la Stratégie de réduction du sodium pour le Canada. Plus récemment, j'étais l'une des membres du Comité d'experts pour la santé des enfants créé par le gouvernement de l'Ontario qui a produit le rapport L'urgence d'agir : Stratégies pour des enfants en santé.

Nous demeurons un partenaire engagé de Santé Canada dans notre soutien de la Campagne d'éducation sur le tableau de la valeur nutritive, car la compréhension de celui-ci est la pierre angulaire qui permet d'orienter les consommateurs vers des choix alimentaires informés. Cette campagne est un excellent exemple de ce que peut accomplir un partenariat public-privé.

Par le biais de son engagement dans le processus de consultation du Comité ontarien d'experts pour la santé des enfants, PACC a pris connaissance d'un autre programme ayant adopté une approche globale à intervenants multiples. EPODE était un projet pilote de prévention de l'obésité infantile qui a commencé en 2003 dans une ville de France. Ce fut un franc succès. EPODE, qui est basé sur une implication de toute la collectivité, existe désormais dans de nombreux pays européens et continue de prendre de l'ampleur. EPODE repose sur quatre piliers : un engagement politique ferme; des ressources, y compris des partenariats public-privé; des services de soutien et un processus d'évaluation solide.

En réaction aux recommandations du comité d'experts, l'une des premières stratégies du gouvernement de l'Ontario fut de mettre sur pied une initiative communautaire basée sur la méthodologie EPODE appelée Action communautaire Enfants en santé.

PACC, dans une présentation portant sur le rapport du groupe d'experts, a félicité le gouvernement de l'Ontario pour sa décision de suivre les recommandations de l'EPODE. PACC se rallie aux points qu'ont fait valoir les auteurs plus tôt. Seule une approche multisectorielle concertée et coordonnée suffira pour changer la trajectoire de l'obésité.

En conclusion, PACC soumet les recommandations suivantes sur les interventions en matière de politique pour contrer l'obésité. Celles-ci doivent être fondées sur des données probantes; fondées sur des preuves scientifiques; efficaces et réalisables, avec un lien de causalité prouvé entre l'intervention et le résultat souhaité et fondées sur des programmes existants, qui tiennent compte des pratiques exemplaires et de la sagesse acquise au fil des années. Enfin, elles doivent être axées sur une approche multisectorielle.

Je vous remercie de l'invitation.

Le président : Merci beaucoup.

Nous passons maintenant à Mme Reynolds, qui est vice-présidente exécutive des affaires gouvernementales à Restaurants Canada.

Joyce Reynolds, vice-présidente exécutive, Affaires gouvernementales, Restaurants Canada : Je vous remercie.

Il y a un dicton dans notre domaine : « Si vous n'êtes pas à table, vous êtes au menu. » Dans un dossier aussi important que celui de l'obésité, il est essentiel que le secteur de la restauration soit convié à la table des discussions concernant les politiques sur les modes de vie sains. Je vous remercie donc de votre invitation.

L'essentiel de notre message est qu'il faut nous voir comme un élément important de la solution au défi de l'adoption de modes de vie sains.

Je vais parcourir — parfois assez rapidement — la présentation. Je suis actuellement à la deuxième page. Je vais dire quelques mots au sujet de Restaurants Canada.

Je suis fière de représenter une importante industrie canadienne, qui touche la vie des Canadiens — qu'il s'agisse des clients, des employés ou des fournisseurs — de toutes les collectivités du pays, tant rurales qu'urbaines. Nous comptons plus de 30 000 membres. Il s'agit de restaurants à service rapide ou complet, d'hôtels, de traiteurs sociaux ou contractuels, de clubs, de cafés, de brasseries et d'institutions comprenant des hôpitaux, des écoles ou des bureaux.

Dans le cadre de notre engagement à contribuer à l'amélioration de la santé des Canadiens, notre conseil d'administration a approuvé une stratégie sur les modes de vie sains. Vous trouverez la vision à la page 3 et les principes directeurs, qui sous-tendent la stratégie, aux pages 4 et 5.

Passons à la diapositive numéro 6. Nous avons mené un sondage auprès de nos membres il y a quelques années afin de connaître l'importance du problème de l'obésité pour leur entreprise, leurs actions pour promouvoir et encourager un mode de vie sain et la réaction des consommateurs. Nous avons appris que 80 p. 100 considéraient que ce problème a une grande ou une certaine importance pour leur entreprise.

Nous avons demandé à nos membres dans quelle mesure ils étaient en accord ou en désaccord avec certaines affirmations. La première affirmation était qu'un mode de vie sain est une priorité importante pour le secteur des services alimentaires. Elle était accompagnée d'exemples, comme offrir des menus santé, fournir de l'information nutritionnelle et promouvoir l'activité physique. Soixante-huit pour cent de nos membres étaient d'accord ou fortement d'accord avec l'idée que c'est une priorité absolue.

Passons à la diapositive suivante. Soixante-douze pour cent des membres ont indiqué que leur restaurant s'adaptait aux préférences et aux exigences alimentaires individuelles.

À la diapositive suivante, on remarque que seulement 12 p. 100 des membres sont en désaccord avec l'énoncé selon lequel les restaurants jouent un rôle important pour créer des communautés et des quartiers sains, tandis que 64 p. 100 d'entre eux sont en accord ou fortement en accord avec cette affirmation.

À la diapositive suivante, on apprend que 63 p. 100 des membres sont d'accord pour dire que « santé » et « rentabilité » vont de pair. Cependant, 18 p. 100 ont fait savoir que mettre des articles santé au menu n'est pas rentable pour leur entreprise.

Je suis maintenant à la diapositive no 11. Seulement 38 p. 100 des répondants ont signalé que leurs clients leur demandent d'ajouter davantage d'options saines à leurs menus.

Passons maintenant à la diapositive no 12. Soixante-cinq pour cent des membres ont indiqué être en accord ou fortement en accord avec l'énoncé selon lequel ils ont la responsabilité de proposer à leurs menus des possibilités afin de permettre à leurs clients de faire des choix alimentaires plus sains.

Restaurants Canada a mené récemment un sondage auprès de ses membres pour déterminer les progrès qu'ils ont réalisés depuis le sondage de 2010 dans la promotion de modes de vie sains. Nous avons obtenu jusqu'ici des résultats préliminaires auprès de 16 chaînes qui représentent 10 300 restaurants. L'éventail des répondants variait énormément, allant d'une chaîne comptant 6 restaurants à une autre qui en regroupe 3 600, ainsi que de restaurants à service rapide à d'autres qui servent des repas gastronomiques. Le nombre d'articles aux menus variait entre 50 et 500. Tous les répondants ont fait savoir qu'ils avaient introduit ou reformulé certains articles depuis notre dernier sondage pour répondre aux objectifs d'amélioration de l'alimentation ou de réduction de l'obésité. Par ailleurs, 94 p. 100 ont indiqué avoir modifié leurs menus pour réduire la teneur en sodium des plats, 100 p. 100 pour réduire les calories, et 75 p. 100 pour ajouter des grains et des fibres.

Les chaînes ont présenté des centaines d'exemples de modifications apportées à leurs menus : soupes, sauces, produits de boulangerie, sous-marins, tortillas, pizzas, sandwichs petit-déjeuner et plats de résistance. Par exemple, une chaîne a rendu plus sain son macaroni au fromage en utilisant moins de fromage, ce qui a permis de diminuer la teneur en gras saturés et en sodium du plat, et en ajoutant des légumes, comme des courges musquées. Une autre chaîne a créé un pad thaï végétalien en utilisant des nouilles aux légumes racines et une vinaigrette sans sucre ni gluten.

La diapositive no 14 indique que 87,5 p. 100 des chaînes ayant répondu au sondage avaient modifié la taille de leurs portions. Certaines offrent des demi-portions ou un éventail de portions différentes. Certaines pizzérias offrent une version à croûte mince de leurs pizzas qui ont aussi moins de fromage et de garnitures. De nombreux répondants signalent avoir réduit la taille de leurs portions de viande, de fromage et de féculents afin de diminuer les calories, tout en ajoutant des légumes. Une chaîne a affirmé que ses clients étaient de plus en plus enclins à accepter le fait que la viande ne soit plus l'élément principal d'un plat. En fait, une chaîne de restaurants à l'ambiance décontractée et offrant le service aux tables a déclaré ce qui suit : « Une grande portion de frites n'est pas forcément perçue comme un plat à valeur ajoutée. Par conséquent, nous avons diminué la portion, mais les frites sont de meilleure qualité. »

Passons à la diapositive suivante. Selon les répondants, le plus grand défi, et de loin, qu'ils doivent relever pour offrir des produits sains sur le marché, c'est la différence entre ce que les clients disent vouloir et ce qu'ils achètent. L'offre d'options plus saines peut inciter des clients à fréquenter un restaurant en particulier, mais ils continuent de choisir les aliments davantage assimilables à des gâteries. Nos membres ont signalé connaître plus de succès en remaniant certains plats et en réduisant les portions sans faire la promotion de saines habitudes alimentaires. Un membre a fait savoir qu'un mets inscrit à son menu se vendait bien jusqu'à ce qu'il précise qu'il s'agissait d'une option santé. Un autre a écrit ce qui suit : « Il n'est pas difficile d'offrir certains mets. Le problème, c'est d'inciter les clients à les acheter. Nos salades et autres choix santé représentent moins de 2 p. 100 de nos ventes. »

Les membres ont aussi attiré l'attention sur des problèmes de fonctionnalité et de goût. Ils ont aussi dit qu'il était nécessaire de travailler en collaboration avec les fournisseurs afin de créer des produits plus sains, au lieu de devoir commander des produits santé spéciaux, et de générer suffisamment de ventes pour que le volume puisse garantir la fraîcheur des produits.

Par conséquent, le défi que doit relever l'industrie, c'est de convaincre les clients de choisir des plats allégés, mais tout aussi savoureux et satisfaisants. Le propriétaire d'une chaîne de restaurants de haut niveau nous a écrit pour dire que ses clients recherchaient de plus en plus des aliments nourrissants, plutôt que des produits qui leur procurent un plaisir fugace.

Passons maintenant à la diapositive no 16...

Le président : Vous avez presque écoulé votre temps de parole. Je peux vous accorder deux minutes supplémentaires.

Mme Reynolds : Je tiens à dire que notre industrie déploie de grands efforts pour aider les Canadiens à brûler des calories. Chaque année, elle dépense des millions de dollars pour parrainer et promouvoir l'activité physique. De plus, elle finance des camps d'été, des terrains de jeu, les Jeux olympiques spéciaux, les clubs Kiwanis pour garçons et filles, des ateliers sur les saines habitudes alimentaires, et j'en passe.

Je souhaitais parler de la communication d'information nutritionnelle, dont il est question à la diapositive no 18. Je ne vais pas m'attarder là-dessus, mais vous constaterez que la majorité des répondants mettent de l'information nutritionnelle sur leurs menus à la disposition de leurs clients. Si possible, j'aimerais parler du programme Resto-Info pendant la période de questions.

En terminant, je dirais que, grâce à la technologie et à notre esprit d'innovation, nous avons beaucoup à offrir en matière d'alimentation. Nous souhaitons contribuer à la solution.

Il nous fera plaisir de répondre à vos questions sur d'autres parties de l'exposé. Merci.

Le président : J'aimerais avoir quelques éclaircissements sur la diapositive no 6. Si on additionne les chiffres, on obtient un total de 108 p. 100.

Mme Reynolds : Je vais examiner cela à mon retour au bureau pour trouver une explication.

Le président : Ce n'est pas urgent, mais s'il est nécessaire de rectifier la situation, je vous prierais d'en aviser la greffière.

Mme Reynolds : Je vous remercie.

Le président : Nous allons maintenant donner la parole aux représentantes du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation. Nous sommes très heureux d'accueillir aujourd'hui Mme Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du conseil. Mme Cloutier est accompagnée d'Annick Van Campenhout, directrice générale du Conseil des initiatives pour le progrès en alimentation.

[Français]

Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale, Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation : Merci beaucoup. Je vais faire ma présentation en français.

Donc, très rapidement, le Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC) est la principale association de l'industrie alimentaire au Québec. Nous comptons plus de 500 membres qui représentent environ 80 p. 100 du chiffre d'affaires. La transformation alimentaire, comme vous le savez sans doute, est le premier secteur manufacturier en importance, au Québec et au Canada.

Je ne suis pas ici pour réitérer les messages de Mme Tanaka et de Mme Reynolds, parce que vous les connaissez. Le CTAC a toujours été très impliqué dans toutes les commissions et les consultations, à l'échelle fédérale comme à l'échelle provinciale.

Nos membres, au cours des années, nous ont demandé un appui. Nous avons beaucoup travaillé à élaborer des pistes de solution avec l'industrie. Dans un premier temps, nous avons produit, bien avant la réglementation sur les gras trans, un guide pour l'industrie qui visait à lui permettre de travailler sur les produits et de travailler à la réduction des gras trans dans la transformation des aliments.

Quelques années plus tard, nous avons produit un guide de réduction du sodium. Nous vous en avons apporté des copies. Encore une fois, c'est un guide qui a été produit en collaboration avec des universités et des chercheurs, et nous avons aidé — et nous aidons toujours — l'industrie. Nous l'appuyons dans ses efforts d'amélioration de l'offre alimentaire.

On nous a demandé, il y a quelques années, de nous pencher sur les meilleures pratiques à l'échelle internationale. Nous avons donc fait faire une étude de tout ce qui se faisait comme meilleures pratiques en faveur de l'industrie, pour aider l'industrie à être mobilisée autour d'un projet commun d'amélioration de l'offre alimentaire. Nous avons donc créé, il y a quelques années, le Conseil des initiatives pour le progrès en alimentation et le programme Melior. C'est une association que nous avons créée au nom de l'industrie québécoise, mais qui est complètement détachée de nous maintenant. Je voulais vous parler de ce projet aujourd'hui, parce que c'est un projet qui prend de l'ampleur de façon importante. Nous avons de plus en plus d'adhérents qui se sont engagés à améliorer l'offre alimentaire. Ma collègue, Mme Van Campenhout, est ici aujourd'hui pour vous parler du programme Melior.

Je vous remercie.

Annick Van Campenhout, chef de la direction, Conseil des Initiatives pour le progrès en alimentation, Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation : Je vais également faire ma présentation en français. Je vous remercie de nous recevoir. Je suis ici pour vous parler de l'amélioration de l'offre alimentaire.

L'industrie s'est mobilisée autour d'un projet dont nous avons trouvé l'inspiration en France. La France a mis en œuvre les « chartes d'engagement volontaire d'amélioration de l'offre nutritionnelle ». Nous avons examiné ce projet et nous l'avons rapatrié au Québec, tout en l'adaptant aux réalités du Québec, pour les industriels du Québec. Autour de la table, nous avons invité des représentants de toute la filière agroalimentaire, ainsi que du ministère de la Santé, afin de valider toutes nos actions.

Nous avons intitulé le programme d'amélioration de l'offre nutritionnelle Melior — pour « améliorer ». Il est clair qu'il ne s'agit pas de produits santé, mais bien de produits améliorés; nous visons à réduire le sel, le sucre et le gras, et à diminuer les portions.

Ce programme est d'engagement volontaire. Les entreprises prennent l'engagement d'améliorer leurs produits. Donc, l'industrie se mobilise. Évidemment, elle ne le fait pas n'importe comment. Elle le fait à son rythme et en fonction de son produit. Un fromage n'est pas une croustille, une boisson gazeuse n'est pas de la charcuterie. Chacun doit y aller en fonction de sa réalité commerciale et de sa réalité industrielle.

Je puis vous dire aujourd'hui, et vous le voyez dans ma présentation, que l'ensemble de l'industrie s'est engagé dans ce projet, tant les distributeurs que les transformateurs et les producteurs agricoles. Les restaurateurs se sont engagés aussi. D'ailleurs, la chaîne de restaurants Pacini est la première à s'être engagée, et ce, volontairement. Pacini a modifié la composition nutritionnelle de l'ensemble de ses sauces, et 18 de ses sauces ont été changées de fond en comble. Elles contiennent beaucoup moins de sel, soit une tonne de sel en moins en fin de compte.

Un processus a été mis en place, de même qu'un référentiel. Je répondrai à vos questions à ce sujet, mais il est important de comprendre que l'industrie s'est prise en charge. Parfois, elle ne le dit pas. Pacini, au départ, ne l'a pas dit, parce que la clientèle ne veut pas nécessairement l'entendre. L'idée est de changer le produit sans nécessairement en informer le consommateur, mais ses artères le sauront.

Un programme est mis en place et l'industrie a pris en charge le changement. Les distributeurs se sont mis aussi de la partie. Les trois grandes chaînes d'alimentation au Québec ont pris des engagements.

Il me fera plaisir de répondre à vos questions plus précisément, mais nous avons un processus à cette fin.

[Traduction]

Le président : Je vais maintenant laisser mes collègues poser leurs questions.

Le sénateur Eggleton : Chose intéressante, la revue médicale The Lancet a publié hier une étude en six volets sur l'obésité. Selon cette étude, les chercheurs se sont aperçus qu'aucun des 187 pays ayant examiné le problème de l'épidémie d'obésité n'avait réussi à renverser la tendance. Voici la suite de l'article :

[...] de nos jours, les environnements alimentaires exploitent les vulnérabilités biologiques (par exemple, la préférence innée pour les aliments sucrés), psychologiques (par exemple, les techniques de marketing) et socioéconomiques (par exemple, la commodité et le coût) des gens pour qu'il soit plus facile pour eux de consommer des aliments néfastes à la santé.

L'article se poursuit ainsi :

Il est temps de se rendre compte que le cycle vicieux de l'offre et la demande en matière d'aliments néfastes à la santé peut être brisé grâce à l'adoption, par les gouvernements, de « politiques alimentaires intelligentes », ainsi que par des efforts déployés conjointement par l'industrie et la société civile en vue de créer des systèmes alimentaires plus sains.

Les chercheurs laissent entendre que vous avez énormément contribué au problème, mais que vous devez aussi participer ardemment à la découverte d'une solution. Et je pourrais vous poser la question suivante : qu'avez-vous fait depuis 30 ans? Vous énumérez les mesures secondaires que vous avez adoptées et, pourtant, l'épidémie de l'obésité s'est accentuée considérablement au cours de cette période.

Mes questions vont porter sur un sujet précis, soit le sodium. D'autres sujets m'inquiètent dans le domaine de l'alimentation, mais je vais me concentrer sur le sodium. Commençons par la situation dans les restaurants.

Selon une étude réalisée par l'Université de Toronto, la qualité des aliments servis dans les chaînes de restauration au Canada n'a pas changé au cours d'une période de trois ans. Vous citez toutes sortes de statistiques, mais, de 2010 à 2013, les auteurs de l'étude estiment que les aliments servis ne se sont pas du tout améliorés. Ils disent que, dans certains cas, il y a eu amélioration. Ils ont comparé les concentrations de sodium dans plus de 2 100 aliments en fonction des données nutritionnelles trouvées sur les sites web de 61 restaurants situés à au moins 20 endroits au Canada. Plus de 22 p. 100 des sandwichs, des roulés, des côtes levées, des pâtes et des plats contenant de la viande ou des fruits de mer servis dans des restaurants avec service à la table présentaient une teneur en sodium qui dépassait l'apport maximal tolérable. Les auteurs de l'étude ajoutent que l'industrie s'est engagée à maintes reprises à diminuer la teneur en sodium des aliments, mais qu'elle ne l'a pas encore fait.

Le Center for Science in the Public Interest a réalisé une autre étude à ce sujet. Le directeur de ce centre a déjà témoigné devant le comité. Le centre a constaté que la teneur en sodium de la plupart des aliments n'avait pas changé ou avait augmenté. Le nombre de produits qui répondent aux cibles fixées par Santé Canada a augmenté légèrement depuis 2009. Le centre a constaté que la teneur en sodium avait été réduite dans le tiers des 171 produits qu'il suit depuis 2009. Par conséquent, au cours de cette période, la teneur en sodium n'a pas changé ou a augmenté dans le cas des deux tiers de ces produits.

Après avoir mis sur pied un groupe de travail en 2010, le gouvernement fédéral a finalement décidé de confier à l'industrie la responsabilité de régler le problème lié au sodium. Toutefois, selon l'étude, l'industrie est incapable d'assumer cette responsabilité.

Voici la dernière partie de mon préambule avant que je passe aux questions. En Grande-Bretagne, on a lutté contre le problème de manière beaucoup plus vigoureuse. En fait, les niveaux de sodium ont été réduits considérablement dans ce pays, mais, pour y parvenir, le gouvernement et l'industrie ont dû travailler main dans la main. En fait, le gouvernement a maintenu la pression sur l'industrie.

Seriez-vous d'accord pour que le gouvernement et l'industrie travaillent en étroite collaboration afin de lutter contre le problème lié au sodium et de nombreux autres problèmes? Demander à l'industrie de le faire volontairement ne donne pas les résultats escomptés.

Mme Reynolds : Pour ce qui est de la première étude que vous avez mentionnée, il convient de noter que, dans 30 p. 100 des mets inscrits aux menus, la teneur en sodium a diminué. La teneur en sodium n'a augmenté que dans 16 p. 100 des aliments. L'étude a porté sur la période s'échelonnant entre 2010 et 2013, alors que nos membres ont commencé à réduire les niveaux de sodium avant 2010.

Effectivement, la Grande-Bretagne a vu ses efforts connaître du succès. Mais il faut comprendre que les programmes énergiques mis en œuvre dans ce pays ont permis de faire passer la teneur en sodium des aliments à ce qu'elle est actuellement au Canada. Tant en Grande-Bretagne qu'au Canada, on n'a jamais autant diminué la teneur en sodium des aliments.

Vous nous demandez ce que nous avons fait au cours des 30 dernières années. Je dirais que, pendant les 10 dernières années, la composition des menus a évolué énormément. De nos jours, vous pouvez trouver des plats sains dans presque tous les restaurants. Les consommateurs se voient aujourd'hui offrir des choix qui n'existaient pas il y a quelques années.

Mme Tanaka : Je connais bien le dossier du sodium. Comme j'ai été membre du Groupe de travail sur le sodium dès sa création, je participe aux efforts visant à lutter contre ce problème depuis un certain temps. Produits alimentaires et de consommation du Canada et ses membres poursuivent le dialogue avec Santé Canada, tandis que les membres de l'organisme continuent de travailler en vue de répondre aux normes fixées par Santé Canada en fonction des conclusions du rapport du Groupe de travail sur le sodium.

Je ne suis pas sûre des dates utilisées par Bill Jeffery pour effectuer une comparaison quant à la situation de l'approvisionnement alimentaire, mais il s'agit d'un point très pertinent. En fait, la prochaine étape en vue d'évaluer l'efficacité de nos efforts dans le dossier du sodium — et je pense que, effectivement, ils s'avéreront efficaces — n'aura lieu qu'en 2016, lorsque Santé Canada procédera à un examen de la situation. Les responsables de Santé Canada effectueront une évaluation appropriée de la situation sur le plan de l'approvisionnement alimentaire.

Cette évaluation ainsi que les mesures prises en 2015 nous permettront de déterminer l'apport alimentaire de la population. Nous devrons tenir compte de ces deux facteurs au moment d'évaluer l'ampleur de nos progrès. Ainsi, tant que les résultats de ces études ne seront pas connus, je pense qu'il faudrait éviter de conclure que nous avons échoué lamentablement. Je sais que les entreprises membres de notre organisme travaillent d'arrache-pied pour réduire les niveaux de sodium au sein de l'approvisionnement alimentaire.

J'aimerais revenir sur un point en particulier. En fait, j'ai un excellent graphique au bureau qui montre que c'est justement ce qui s'est produit au Royaume-Uni. Dans ce pays, on a réussi à diminuer les niveaux de sodium et à les ramener à ce qu'ils étaient lorsque nous avons entrepris notre stratégie de réduction du sodium. En fait, c'est ainsi que nous l'avons baptisée. Nous sommes en terrain inconnu. Il faudra relever des défis considérables afin de continuer à réduire le sodium, et il faut tenir compte de cela quand on compare la situation au Canada avec celle au Royaume-Uni.

[Français]

Mme Cloutier : Je ne réitérerai pas le message de mes collègues. Par contre, j'ajouterais que l'industrie s'est effectivement réveillée et s'est prise en main il y a une dizaine d'années, peut-être même 15 ou 20 ans. Les industries ont pris des mesures pour adopter une réduction progressive du sodium.

Nous avons, à la demande de l'industrie, élaboré des manuels qui leur permettent de travailler — sur le sodium, mais aussi sur les gras trans, et nous travaillons sur un manuel sur le sucre actuellement — et qui visent justement à aider l'industrie à améliorer son offre alimentaire et à progresser dans le bon sens.

L'arrivée du programme Melior est justement une mobilisation de l'industrie qui nous permettra de travailler et d'offrir un appui à ceux qui désirent améliorer leur offre alimentaire. Nous travaillons avec des professionnels, des experts, des centres de recherche, et tout le monde travaille en faveur de l'amélioration de l'offre alimentaire. On peut bien dire, aujourd'hui, que l'on n'a rien fait depuis 30 ans, mais je peux vous prouver le contraire.

[Traduction]

Le sénateur Eggleton : Eh bien, on pourrait discuter de ces études pendant un bon bout de temps, mais les études indépendantes révèlent une tout autre histoire.

J'aimerais vous interroger sur la publicité destinée aux enfants et qui porte sur des aliments nuisibles à la santé. Encore là, l'industrie alimentaire était censée s'occuper volontairement de ce dossier, mais rien ne prouve que ses efforts ont été efficaces, sauf peut-être au Québec. Pourriez-vous nous parler des messages publicitaires destinés spécifiquement aux enfants? La revue The Lancet a aussi fait allusion à cette question. De la publicité est diffusée à la télévision, mais aussi sur Internet, où les enfants peuvent obtenir de l'information. Pourriez-vous nous dire ce que vous pensez de la promotion publicitaire de produits nuisibles à la santé auprès des enfants?

[Français]

Mme Cloutier : Comme vous venez de le dire, cela n'est pas permis au Québec; il y a une surveillance, sur Internet, entre autres, où toutes les mesures de publicité sont strictes et surveillées. Ce n'est donc pas une problématique.

En ce qui concerne le programme Melior, je dois vous dire que les gens qui adhèrent à la charte d'engagement volontaire n'ont pas la possibilité de faire la promotion de leur engagement sur leurs produits. On ne veut pas faire comme d'autres programmes et mettre sur un produit un logo qui ne signifie rien. On ne veut pas tromper le consommateur et lui dire qu'un produit amélioré est un produit que l'on peut consommer en plus grande quantité.

Ainsi, l'engagement se fait réellement au sein de l'industrie. Une entreprise qui s'engage doit apporter une amélioration sur l'ensemble de sa gamme de produits. Elle ne peut pas mettre un logo sur son produit simplement pour l'inscrire. C'est un travail qui se fait en vase clos, avec l'industrie, les centres de recherche, les chercheurs, mais on ne fait pas de publicité sur les produits pour montrer que l'on a adhéré à la charte d'engagement. Il n'y a donc pas de fausseté de ce côté.

[Traduction]

Mme Tanaka : J'aimerais parler de ce qui se passe ailleurs au Canada. Dans le cadre d'une initiative volontaire mise en place il y a un certain temps, en collaboration avec l'industrie alimentaire canadienne, on fournit des directives sur ce qui peut ou ne peut pas faire l'objet de messages publicitaires ou être mis en marché auprès des enfants de moins de 12 ans.

Ce que vous avez dit à propos d'Internet est l'un des éléments dont il faut tenir compte dans ce débat. Les gouvernements n'ont pas une capacité de sensibilisation et de contrôle illimitée, d'autant plus qu'Internet est l'une des choses sur lesquelles il est difficile d'exercer un contrôle. Dans le cadre des initiatives telles que celle, volontaire, dont je parle, l'Initiative canadienne pour la publicité sur les aliments et les boissons destinés aux enfants, de grands acteurs de l'industrie alimentaire sont à la table. Ils s'engagent à adopter volontairement des lignes directrices non seulement au Canada, mais aussi en Europe et aux États-Unis. Ils ont les moyens de joindre les consommateurs et de prendre des décisions. Ils ont d'ailleurs pris des décisions dans le but de baliser ce qui est permis sur Internet et à la télévision.

Il faut préconiser une approche volontaire axée sur la concertation entre l'industrie et l'État, comme nous continuons à le faire. L'approche dont j'ai parlé repose sur un document évolutif. Les membres de l'industrie veulent s'asseoir et poursuivre leur collaboration avec le gouvernement et les ONG pour s'assurer de son efficacité. J'appuie cette approche. Je pense qu'elle peut être très fructueuse, comme en font foi les résultats à ce jour.

Mme Reynolds : Nos membres se conforment à l'initiative volontaire.

La sénatrice Seidman : Madame Cloutier, parlons du projet Melior. Je pense qu'il s'agit d'un exemple fascinant d'action positive.

Commençons par le sondage, tout aussi fascinant, que vous avez mené à la fin de 2014. Selon ses résultats, 60 p. 100 des Québécois sont prêts à opter pour un produit amélioré et 29 p. 100, à troquer un produit régulier pour un produit amélioré, devenant ainsi plus fidèles à une marque donnée. Voilà qui me semble pertinent pour l'industrie.

Beaucoup de choses très intéressantes sont ressorties de ce sondage, et je crois qu'il importe que le comité dispose de cette information. Votre mémoire en présente une vue d'ensemble, mais si vous aviez un rapport plus détaillé, les membres du comité seraient ravis que vous le leur fassiez parvenir par l'intermédiaire de la greffière. Je pense que nous y trouverions des renseignements fort utiles sur les orientations ou les changements stratégiques potentiels dans le but d'amener la population à envisager de modifier ses habitudes.

L'autre chiffre qui ressort du document, c'est que 49 p. 100 des répondants pensent que les étiquettes pourraient informer davantage.

J'aimerais maintenant en savoir un peu plus à propos du programme et de ses rouages, si vous voulez bien nous fournir l'information. Quel accueil vos membres ont-ils réservé au programme et quelle proportion de ceux-ci y participe bel et bien?

Mme Cloutier : Je commence, puis je laisserai le soin à Mme Van Campenhout d'étoffer ma réponse.

Le sondage a été réalisé, et nous avons un exemplaire de ses résultats ici. Nous pouvons courrieller le document à la greffière afin que vous puissiez le consulter. Nous avons mené ce sondage indépendant au cours de la dernière année. Le rapport regorge de renseignements fort pertinents pour l'industrie et les consommateurs.

En ce qui concerne le programme Melior, vous savez sans doute que nous avons mené une vaste étude pour recenser les programmes qui existent dans le monde entier et en évaluer l'efficacité. Nous avons ainsi pu concevoir une version canadienne-française ou québécoise d'un programme français, et elle a été très bien accueillie. Je ne veux pas nommer de nom, mais je peux vous dire que, au cours de la dernière année, l'un des plus grands détaillants au Canada a rencontré ses fournisseurs, des transformateurs alimentaires donc, pour leur dire en gros : « Si vous voulez rester sur nos tablettes, vous devez vous aligner sur Melior. Nous laisserons plus de place aux produits que les fabricants auront cherché à améliorer. »

Le programme n'est pas réservé à nos membres. Essentiellement, toute entreprise québécoise ou canadienne peut y participer. Les réactions sont très positives. Nous ne ménageons aucun effort pour faire la promotion du programme et des critères qu'il met de l'avant. Annick pourra vous fournir des précisions à ce sujet. L'industrie alimentaire n'a rien à voir avec le programme lui-même. C'est nous qui avons lancé l'initiative, mais elle est complètement distincte. Il y a un processus très rigoureux. Aucun acteur de l'industrie ne siège à la table. Lorsqu'une entreprise propose des changements, elle doit se conformer à la procédure d'un comité. Un fonctionnaire de Santé Canada et un du ministère de la Santé du Québec siègent au comité. Les démarches sont parfois très difficiles. Souvent, une entreprise doit revenir soumettre un tableau avant d'être acceptée. Ensuite, toutes les entreprises ayant été acceptées doivent respecter une procédure stricte par rapport à ce qui figure dans leur tableau de manière à garantir qu'elles livrent la marchandise. Je laisse le soin à Annick de vous fournir davantage de détails sur cette procédure.

Le président : Nous ne pouvons pas récapituler l'étude entière. Pourrez-vous plutôt nous en fournir un résumé?

Avez-vous des observations, rapidement?

La sénatrice Seidman : J'aimerais avoir accès à des données ou à des rapports d'étape qui montrent les répercussions du programme sur le pourcentage d'aliments sains disponibles au Québec. Par ailleurs, depuis son lancement, en 2011, le programme a-t-il eu des effets sur les tendances de consommation? C'est cela qui m'intéresse.

[Français]

Mme Van Campenhout : Il y a quatre ans, ce programme a été mis en place. À l'an un, nous avons fait un sondage. Il faut savoir que Melior est à l'écoute des consommateurs et de l'industrie. Le premier sondage indiquait que les consommateurs avaient le souhait de modifier leur alimentation — on parle d'il y a quatre ans —, mais qu'ils n'étaient pas prêts à changer leurs habitudes; c'était difficile, c'était compliqué.

Nous avons fait un sondage indépendant chaque année. Cette année, pour la première fois, nous avons constaté une différence, car les gens nous ont dit clairement qu'ils étaient prêts à changer leurs habitudes et à changer de marque; la marque de céréales qu'ils avaient l'habitude d'acheter, ils étaient prêts à la substituer pour une marque qui serait meilleure pour la santé, un produit qui contiendrait moins de sucre ou de sel. En l'espace de quatre ans, avec le programme Melior et au moyen de ces sondages, nous avons vu la différence.

Nous avons vu une différence au sein des entreprises également. Il y a quatre ans, je devais aller vers les entreprises pour leur proposer le programme Melior et leur expliquer qu'elles avaient un outil pour baliser leur processus d'amélioration de l'offre, un support externe qui permettrait de confirmer qu'une entreprise fait des changements et travaille à l'amélioration de l'offre, et que c'est ce qu'elles veulent. Maintenant, ce sont les entreprises qui viennent vers moi en expliquant qu'elles veulent faire quelque chose, en demandant des outils et une méthode pour répondre aux besoins de leurs clientèles, qui leur demandent d'être meilleures.

Je ne m'attendais pas à ces résultats en l'espace de quatre ans. Je ne dis pas que c'est grâce à Melior. Je dis simplement que l'on constate cette tendance. Je parle du Québec parce que, pour l'instant, le programme est mis en œuvre au Québec. Toutefois, nous travaillons dans le but de l'étendre au reste du Canada. Au Québec, nous assistons clairement à un changement, tant à l'échelle du consommateur qu'à l'échelle de l'industrie. Cette réalité est mesurable et palpable à travers nos sondages.

Si vous le désirez, je peux vous faire parvenir l'ensemble des sondages que nous avons réalisés au cours des quatre dernières années.

[Traduction]

La sénatrice Stewart Olsen : Je suis probablement à l'extrémité du spectre pour ce qui est de prescrire des choix aux gens.

Madame Reynolds, est-il réaliste de s'attendre à ce que les restaurants fassent tout ce que vous proposez? La plupart d'entre eux n'ont pas de diététiste. Ce sont souvent des entreprises familiales. Dans une grande ville, où on peut accéder rapidement aux ressources nécessaires, ça va, mais lorsqu'il s'agit d'un petit restaurant de village, le menu doit correspondre aux goûts de la clientèle.

Je comprends votre approche. Je pense que le consommateur évolue, mais je ne crois pas qu'il revient aux transformateurs alimentaires ou à quiconque... L'industrie s'adapte à l'évolution des attentes des consommateurs. L'idée, c'est toujours de faire de l'argent. Faut-il surtout chercher à sensibiliser les gens aux choix alimentaires et aux méfaits de certains d'entre eux ou est-ce qu'il faut avant tout que l'État intervienne pour inciter les restaurateurs et les producteurs à bien agir?

Mme Reynolds : Notre industrie dépend des consommateurs. Les résultats de notre sondage, qui font partie de notre document d'information, révèlent un intérêt de la part des consommateurs. Nous constatons une évolution.

Nous sommes une industrie très variée. Tout dépend du type d'opération en cause. Certains consommateurs sont plus ouverts que d'autres. J'ai d'ailleurs une diapositive à ce sujet. Beaucoup de gens vont au restaurant pour se faire plaisir. C'est une gâterie. Ils économisent pour se la payer. Cependant, d'autres personnes mangent régulièrement au restaurant. Ces clients réguliers — ils fréquentent les chaînes — connaissent très bien la valeur nutritionnelle des plats qui figurent au menu. Elles réclament des plats plus santé, et je crois que l'industrie répond à cette demande. Cependant, tout dépend du type d'établissement en cause et de la mesure dans laquelle sa clientèle le suivra dans cette démarche.

[Français]

Mme Van Campenhout : J'aimerais intervenir. Compte tenu de ma propre expérience avec les restaurateurs, pour avoir vécu le processus d'un restaurateur, d'une chaîne de restaurants qui a fait des améliorations, je suis d'accord avec vous. Le petit restaurant travaille en fonction de sa clientèle locale, je suis bien d'accord avec vous. Toutefois, j'aimerais vous citer un exemple lié aussi au programme Melior. C'est l'histoire de la poule et de l'œuf. La question que vous posez est à savoir où le gouvernement devrait intervenir. L'intervention devrait se faire dans le domaine de l'éducation, bien sûr. Toutefois, il faudra une génération et demie et peut-être deux avant de voir des changements, surtout pour la santé.

Par ailleurs, il faut commencer quelque part. Parlons du programme Melior. Je tiens à signaler que je ne fais pas la promotion du programme, mais de la philosophie ou du processus qui le sous-tend. Il s'agit de vouloir commencer quelque part. Nous sommes à un point A, qui n'est pas excellent pour la santé, et nous voudrions améliorer les choses.

J'aimerais citer l'exemple d'une corporation de développement économique au Québec qui est venue me consulter dans le but de mettre sur pied un projet qui ferait en sorte que l'ensemble des restaurateurs sur sa rue principale, y compris les petits restaurants, pourrait améliorer l'offre alimentaire de son menu.

Ce sont des projets qui sont mis en place par l'intermédiaire de Melior. On ne parle pas seulement des distributeurs ou des transformateurs, mais d'une philosophie sous-jacente selon laquelle les entreprises, comme cette corporation de développement économique, qui souhaitent que leur population se porte mieux et soit en meilleure santé, s'engagent à promouvoir ce projet auprès des restaurateurs.

Vous voyez qu'il y a moyen d'élargir la portée et de faire preuve de créativité dans la promotion d'une meilleure offre alimentaire.

[Traduction]

La sénatrice Stewart Olsen : J'ai une question pour Mme Tanaka. Dans votre présentation, vous dites que « [...] au niveau le plus simple, l'obésité découle d'un bilan énergique positif à long terme [...] ». Pouvez-vous m'expliquer ce que cela signifie? Les mots « positif » et « obésité » ne semblent pas aller de pair.

Mme Tanaka : Cela signifie que l'apport en énergie est supérieur à la dépense énergétique.

Le président : Le côté positif de l'équation.

Le sénateur Enverga : Vous avez mentionné qu'une réduction du taux d'obésité entraîne une diminution des coûts pour le système de santé.

Je n'adresse la question à personne en particulier : quel est l'apport quotidien recommandé de sel, de gras trans et de sucres? Existe-t-il des normes? Les dépliants dont nous disposons sont très instructifs, mais quelqu'un peut-il me fournir des chiffres précis?

Le président : Ne donnez que quelques exemples, rapidement, car les chiffres sont tous indiqués.

Mme Tanaka : Pour ce qui est du sodium, l'apport quotidien moyen recommandé est d'environ 2 300 milligrammes, ce qui correspond à l'objectif défini dans le cadre du processus.

En ce qui concerne les gras trans, l'État recommande d'en consommer aussi peu que possible.

Quant aux calories, le point de référence est de 2 000 calories pour un adulte moyen. Pour concevoir un tableau de la valeur nutritive, par exemple, le point de référence est de 2 000 calories. Cela ne signifie pas pour autant que tout le monde devrait s'en tenir à cela. Ce n'est que le point de référence moyen. Il faut aussi tenir compte de l'âge et du degré d'activité.

Le sénateur Enverga : Et pour le sucre?

Mme Tanaka : Il n'y a aucune recommandation relativement au sucre. Selon l'Institute of Medicine, le gouvernement fédéral fixe un point de référence de 25 p. 100 pour les sucres ajoutés.

Le sénateur Enverga : Pouvez-vous quantifier ce pourcentage?

Le président : Les experts états-uniens qui sont venus témoigner nous ont déjà fourni un résumé détaillé de cette information.

Mme Tanaka : C'est 25 p. 100 du seuil de référence de 2 000 calories.

Le président : Vous avez obtenu les chiffres exacts, qui sont d'ailleurs tous fournis dans les documents.

Le sénateur Enverga : Si je pose la question, c'est parce que je veux savoir si vos membres respectent les lignes directrices. Selon vous, combien de sucre devrait contenir, disons, une boisson gazeuse? Vos membres respectent-ils les lignes directrices?

Mme Tanaka : Les lignes directrices dont je parle correspondent aux directives alimentaires pour une saine alimentation. C'est à cela que se fient les gens pour faire leurs choix alimentaires.

Le sénateur Enverga : Combien de sucre et de sel les fabricants de boissons gazeuses et de conserves utilisent-ils? Le savez-vous?

Mme Cloutier : C'est inscrit sur les produits. Si vous mangez tout le contenu de la boîte de conserve, vous consommez 20 p. 100 de l'apport quotidien de sodium recommandé. Les étiquettes fournissent l'information. Si on mange tout, on consomme 10 ou 20 p. 100 de l'apport quotidien recommandé de sodium ou d'autre chose.

Le président : Tirons les choses au clair. Madame Tanaka, vous avez clairement dit ce que préconise Santé Canada, et vous, madame Cloutier, vous avez clairement dit que chaque produit comporte une étiquette indiquant, pour chacune des catégories, à quel pourcentage de l'apport quotidien recommandé correspond le produit.

Le sénateur Enverga : Nous réclamons un étiquetage clair pour tous les produits. Si je bois deux canettes de boisson gazeuse, est-ce mauvais pour moi? Y a-t-il un moyen plus simple de le déterminer qu'en lisant tous les chiffres? Peut- être qu'afficher une étoile ou deux étoiles pourrait signifier que c'est assez pour une journée. Seriez-vous en mesure d'indiquer cela sur l'étiquette de chaque produit?

Mme Tanaka : Si l'idée est de trouver des moyens d'aider les gens à adopter de saines habitudes alimentaires, sachez qu'il existe des outils à cet effet. Pensons par exemple au Guide alimentaire canadien, qu'appuie l'industrie. C'est un moyen de favoriser de saines habitudes alimentaires.

Il y a aussi le tableau de la valeur nutritive. Comme nous l'avons expliqué, il présente les principaux nutriments ainsi que le pourcentage de la valeur quotidienne, ce qui aide les gens à comprendre à quelle proportion de leur apport quotidien d'un nutriment donné le produit correspond. Le Canada dispose d'excellents outils pour aider les Canadiens à faire des choix.

Le sénateur Enverga : Diriez-vous que les guides alimentaires devraient être mis en évidence dans tous les restaurants et même les supermarchés? Par exemple, deux canettes par jour suffisent. Diriez-vous cela?

Le président : Est-ce cela que vous proposez?

Mme Tanaka : Je ne propose rien du tout.

Mme Cloutier : Moi non plus.

Mme Reynolds : Je serai heureuse de parler de transparence en matière d'information nutritionnelle dans les restaurants.

La sénatrice Merchant : Je sais que le président aimerait que nous cessions de discuter de ce sujet, mais j'ai quelques renseignements pour vous, sénateur. En fin de semaine, j'ai lu dans un livre sur la santé qu'un homme devrait consommer 19 grammes de sucre par jour. Or, en regardant sur une canette de 355 millilitres de cola, j'ai constaté qu'elle en contenait 42 grammes. J'aimerais savoir si ce que vous suggérez, c'est que l'étiquette indique le pourcentage excédentaire de l'apport quotidien que renferme une canette. Vous avez dit que les pourcentages qui figurent sur les étiquettes correspondent au pourcentage consommé. Or, qu'indique l'étiquette d'une canette de cola qui contient plus du double de la quantité de sucre recommandée?

Le président : Santé Canada n'a fixé aucune norme relativement au sucre. C'est à cela que je faisais allusion. Selon l'idée qui circule ces temps-ci, il ne devrait en général pas y avoir plus de 25 p. 100 de sucres ajoutés. C'est de cela que je parlais.

Quelqu'un veut-il commenter ce que vous venez de dire en ce qui concerne la quantité recommandée de 19 grammes et la quantité que contient une canette de cola?

Mme Tanaka : Je veux préciser une chose sur le pourcentage de la quantité quotidienne recommandée. Les études scientifiques menées par les scientifiques canadiens et américains de l'Institute of Medecine ont établi la quantité quotidienne recommandée des différents éléments nutritifs lorsqu'ils avaient assez d'information pour le faire.

La quantité de sucre recommandée n'a pas été définie parce que rien ne justifie en soi qu'on définisse une limite. Les discussions qui ont lieu portent plutôt sur le fait que l'abus de sucre entraîne probablement une surconsommation de calories sans apport nutritif supplémentaire. C'est le seul lien qui peut être fait. Les scientifiques n'ont pas défini de quantité quotidienne recommandée de sucre parce qu'il n'y a pas d'étude qui prouve que c'est nécessaire.

La sénatrice Merchant : J'aimerais poser une autre question. J'aimerais faire un parallèle avec la cigarette, même si ce n'est pas le meilleur qui soit. Ce qui semble finalement avoir fonctionné, ce sont les mesures proactives que le gouvernement a prises. Certains ont fait valoir que les taxes sont aussi une manière d'aider les consommateurs à faire des choix.

On a aussi interdit les annonces publicitaires dans les arénas. Les publicités de cigarettes n'y sont plus permises.

Que pourrait-il être fait? Et que pensez-vous du fait que le gouvernement intervienne davantage?

Mme Tanaka : Je reviens à ce que je disais au début. J'ai dit qu'il y a de nombreuses mesures qui pourraient être prises pour lutter contre l'obésité. Il s'agit d'une épidémie au Canada et dans le monde entier. En fait, dans le rapport du McKinsey Global Institute dont j'ai parlé, les chercheurs ont analysé les répercussions de 73 mesures différentes.

En fait, aucune mesure d'intervention n'est valable en soi. Tous les intervenants, qu'il s'agisse du gouvernement fédéral, d'une province ou d'un petit village de France, doivent prendre un peu de recul et mettre sur pied leurs propres mesures globales adaptées à la population.

Il ne serait pas utile d'insister sur quelques aspects en particulier, parce que, selon moi, aucune mesure n'est absolument efficace en soi. Il faut étudier chacune d'elles pour évaluer si elle pourrait s'avérer efficace. Certains pays ont imposé des taxes, avec un succès très relatif. Certains les ont même abolies parce qu'elles étaient inefficaces.

À mon avis, il faut d'abord que chacun se demande ce qu'il peut faire pour les gens de son milieu.

Le gouvernement de l'Ontario a notamment créé des programmes communautaires fondés sur les méthodes de l'EPODE. Il a sillonné la province. Il ne s'agit pas d'un programme standardisé. Le gouvernement de l'Ontario se sert des principes de l'EPODE pour élaborer un programme communautaire qui est efficace dans un milieu donné.

Voilà, selon moi, ce qu'il faut envisager.

Mme Cloutier : Je veux seulement ajouter que la priorité absolue, selon moi, c'est l'information. S'il faut investir des fonds, ce ne devrait pas être pour créer des taxes, mais pour informer la population.

Le président : J'aimerais que vous précisiez une autre chose sur le sucre. Il semble y avoir encore de la confusion.

On nous dit qu'il y a deux types de sucre : le sucre présent naturellement dans les aliments et le sucre ajouté. Pourriez-vous confirmer qu'il s'agit là des deux principaux enjeux du débat sur le sucre?

Mme Tanaka : Oui.

Le sénateur Wallace : Comme on l'a dit, l'information est primordiale : il faut que les consommateurs soient informés. Mais surtout — et l'information y contribue probablement —, je dirais que c'est une question de choix. Les consommateurs veulent pouvoir choisir. Du moins, je parle pour moi. Je veux pouvoir choisir ce que je mange. Je veux savoir ce que contiennent les aliments que je mange.

Je dirais que les renseignements alimentaires fournis par l'industrie, que ce soit dans les restaurants et même dans les tableaux nutritionnels qui figurent actuellement sur les produits, sont tout à fait inappropriés. Ils sont presque incompréhensibles, sauf pour les consommateurs les plus avisés. Voilà selon moi où il faut commencer. Pour que les consommateurs puissent comprendre ce qu'ils mangent s'ils s'en donnent la peine, les renseignements devraient leur être donnés, je ne dis pas simplement, mais d'une façon facilement compréhensible. Ils devraient être donnés pour que les gens ordinaires puissent les comprendre, pas seulement les gens les plus avisés et ceux qui connaissent bien l'industrie alimentaire.

À mon avis, c'est ce qui manque actuellement, et à bien des égards. L'industrie alimentaire, dont vous faites partie, tarde à changer la façon de fournir cette information. Que répondez-vous à cela?

Mme Tanaka : Je suis d'accord : les consommateurs veulent avoir le choix. Ils veulent pouvoir choisir à l'épicerie les aliments qu'ils souhaitent manger. J'estime que le tableau de la valeur nutritive des aliments est un très bon outil. Selon moi, il faut seulement comprendre que ce tableau n'est pas suffisant en soi. Comme Mme Cloutier l'a dit tout à l'heure, l'information est cruciale pour que tous les consommateurs soient conscientisés. En fait, la campagne d'information sur le tableau de la valeur nutritive des aliments, dont j'ai parlé tout à l'heure, est un bon exemple de collaboration de l'industrie et du gouvernement afin d'aider les consommateurs à comprendre ce que contiennent les produits qu'ils achètent. Ce tableau et, par exemple, le Guide alimentaire canadien, sont des outils que les consommateurs peuvent utiliser pour faire des choix éclairés. Les consommateurs peuvent aussi consulter l'excellent site web « Canadiens en santé » de Santé Canada.

Les outils existent, et il faut faire comprendre aux consommateurs qu'ils doivent s'informer et adopter une alimentation qui convient à leurs propres besoins et à leurs préférences.

Mme Reynolds : Je conviens que les Canadiens veulent comprendre ce que contiennent les aliments qu'ils achètent. Ils ne s'intéressent pas seulement au nombre de calories et à la teneur en sodium. Ils s'intéressent aussi à la quantité de sucre, de glucides et de fibres.

Il est très difficile de communiquer cette information de façon très simple.

Il ne faut pas oublier non plus qu'au restaurant, on sert des combinaisons d'aliments. L'achat des aliments est très personnalisé. Les consommateurs choisissent le pain, le fromage, les condiments, l'accompagnement, la boisson. Il y a de nombreuses options. Il est très difficile d'informer le consommateur des bons et des mauvais aliments. S'il y avait un moyen de le faire facilement, je crois qu'on l'aurait déjà trouvé quelque part.

Le sénateur Wallace : Il n'y avait probablement pas de façon simple de faire atterrir un aéronef sur un astéroïde, mais les scientifiques y sont arrivés.

Mme Reynolds : J'en conviens.

Le sénateur Wallace : C'est possible.

Mme Reynolds : Il est très difficile...

Le sénateur Wallace : Ce n'est quand même pas sorcier.

Mme Reynolds : ... de communiquer de l'information qui signifie concrètement quelque chose pour les consommateurs. Quand j'étais à Restaurants Canada, nous nous sommes penchés sur des propositions législatives qui visaient à indiquer la présence d'OGM ou d'allergènes et la quantité de gras trans, de gras saturé, de sodium, de calories et de glucides dans les menus et sur les tableaux affichés. Comme vous pouvez l'imaginer, il est très difficile de tout y indiquer cela. Nous voulons que les consommateurs qui le souhaitent puissent obtenir l'information voulue.

Je dois aussi préciser que, pour pouvoir fournir cette information, il faut que les recettes et les fournisseurs soient très normalisés. Les restaurants familiaux typiques n'ont pas de recettes normalisées et ils utilisent les produits locaux qu'ils ont pu se procurer ce jour-là. Ils ne peuvent pas donner cette information. C'est très difficile.

[Français]

Mme Van Campenhout : Je voudrais apporter un élément à cette discussion en ce qui concerne les consommateurs. C'est un débat qui a eu lieu au sein de Melior.

Vos cheveux gris témoignent du fait que vous êtes de la même génération que moi, la génération pour laquelle, à l'époque, il était très bien de fumer. Nous avons fumé très longtemps, jusqu'au moment où on nous a dit que ce n'était plus acceptable. Donc, tant que nous n'avons pas reçu cette information, nous avons continué à fumer.

De la même façon, je pense que nous faisions partie d'un processus sociétal où on ne nous a jamais dit qu'il n'était pas bon pour la santé de consommer du sel en grande quantité. Au départ, on ne nous l'a pas dit, et on ne l'a pas plus dit à l'industrie. L'industrie a mis du sel dans ses produits et les consommateurs étaient contents d'en avoir; il en était de même pour les gras et le sucre. Tout va bien, on ne nous dit pas que c'est mauvais.

Ainsi, plus la recherche avance, plus l'éducation se fait, plus nous recevons la bonne information, et plus nous arriverons à modifier les habitudes de consommation de la population. Je pense que c'est en passant par l'éducation que ce changement entrera dans les habitudes.

[Traduction]

Le sénateur Wallace : Les choses avancent trop lentement. Voilà le problème. Il y a toutes sortes de complications et de raisons. Peu importe ce qui est en jeu, il y a toujours un tas de complications. Je comprends, mais les choses avancent trop lentement.

On peut demander au gouvernement de faire changer plus rapidement les choses, mais j'estime qu'il incombe à l'industrie de le faire. Vous êtes les producteurs. C'est vous qui devriez agir. C'est ce que je vous suggère.

La sénatrice Frum : Je veux demander aux témoins ce qu'ils pensent de l'expérience de la soupe Campbell. L'entreprise a changé son produit avant 2011. Nous savons que le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires recommande qu'on ne consomme pas plus de 400 milligrammes de sodium par portion. L'entreprise Campbell a produit une soupe qui en contient 480 milligrammes, soit encore un peu plus que la quantité recommandée. Ce produit ne s'est pas vendu. L'entreprise a donc décidé d'augmenter la quantité de sel à 650 milligrammes par portion, soit 250 milligrammes de plus que ce qui est recommandé. Elle a fait preuve de bonne volonté en offrant aux consommateurs un choix santé, mais ceux-ci n'en ont pas voulu et ils n'ont pas acheté son produit.

Comme la sénatrice Stewart Olsen, je ne crois pas qu'il faille nécessairement laisser les options ouvertes et que la méthode volontaire est préférable, mais que doit-on conclure de l'application de cette méthode par l'industrie, c'est-à- dire de son effet sur les consommateurs? Pourra-t-elle être efficace si la volonté des consommateurs fait défaut?

Mme Cloutier : Je vais commencer, puis je laisserai Mme Tanaka répondre à l'aspect technique de la question. Mais je tiens aussi à répondre à une question posée par le sénateur Wallace.

Nous connaissions cette expérience. Nous avons étudié les pratiques exemplaires de la France et son programme et nous avons découvert que les entreprises qui ont supprimé trop rapidement le sucre ou le sodium n'ont pas survécu, car les consommateurs ont pris goût aux aliments salés ou sucrés. Les entreprises y vont très lentement parce qu'elles cherchent aussi à changer le goût des consommateurs.

Je ne parlerai pas au nom de Campbell parce que je ne représente pas cette entreprise, mais nous pourrions vous donner des exemples, en privé, d'entreprises qui changent la teneur d'un ingrédient de 2 ou 3 p. 100 par année depuis 10 ou 15 ans. Le consommateur achète toujours le produit, mais apprend en même temps à aimer la nouvelle recette.

Les choses avancent lentement, mais la plupart des entreprises changent leur façon de produire les aliments et suivent le goût que les consommateurs ont développé.

Mme Tanaka : C'est pourquoi j'ai osé dire que l'industrie agit et que ses mesures se fondent ces deux aspects, à savoir la recherche en matière de nutrition et de santé et les préférences des consommateurs. C'est une réalité, et ces aspects doivent entrer en ligne de compte. En fait, l'Organisation mondiale de la santé considère que l'expérience du Royaume-Uni, dont nous avons parlé tout à l'heure, est une réussite.

L'objectif initial de réduction du taux de sodium a dû être revu au Royaume-Uni parce qu'il était impossible à atteindre, mais cette initiative est tout de même considérée comme une réussite. La réduction de la teneur des ingrédients doit se faire en parallèle avec l'évolution du goût des consommateurs, ce qui prend du temps. Il faut aussi informer et sensibiliser les gens.

Mme Reynolds : Prenons l'exemple des gras trans. Comme Phyllis, j'étais membre du groupe de travail sur les gras trans. Nos restaurants ont suivi les lignes directrices du groupe de travail. Les consommateurs exigeaient notamment que les produits ne contiennent pas de gras trans, et l'industrie a réagi très rapidement.

La Colombie-Britannique est la seule province où les gras trans sont réglementés, et les règlements touchent seulement notre secteur. Les inspecteurs vérifient les étiquettes des produits que notre industrie achète pour s'assurer qu'ils ne contiennent pas de gras trans, et le taux de conformité est très élevé.

Selon le sondage que nous avons fait, les membres de notre chaîne d'approvisionnement éliminent les gras trans de leurs produits. Alors, oui, l'adhésion des consommateurs pèse pour beaucoup dans la balance.

La sénatrice Frum : La différence, je suppose, c'est que les gras trans sont absolument mauvais pour la santé. Ils n'ont aucun effet positif, tandis que la question est plus complexe pour le sodium. Il y a des gens qui peuvent consommer d'énormes quantités de sodium sans en subir aucun effet, et ils aiment cela.

Je suppose que c'est aussi une question de société. Notre goût a évolué d'une certaine façon et nous nous attendons à ce que les aliments aient un certain goût. Modifier les habitudes alimentaires de l'ensemble de la population est une tâche redoutable, surtout lorsqu'on considère que le sodium, par exemple, ne nuit pas à la santé de la grande majorité des gens.

Mme Reynolds : C'est pourquoi nous devons comprendre qu'il ne faut pas essayer d'aller trop vite. Nous devons donner le temps aux consommateurs de s'adapter aux nouveaux goûts. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Groupe de travail sur la réduction du sodium alimentaire nous recommande de procéder par étapes pour réduire la consommation de sodium.

[Français]

Mme Van Campenhout : J'aimerais ajouter un élément par rapport au sel car, justement, c'est l'élément conservation. Je fais affaire avec des entreprises spécialisées, par exemple, en fromages ou en charcuteries. Ces entreprises font face à un taux de sel minimum qu'elles ne peuvent réduire, sinon il peut y avoir développement de salmonellose. Il faut tenir compte de ces éléments dans la transformation des aliments.

[Traduction]

Le sénateur Eggleton : J'ai écouté très attentivement l'histoire de la soupe Campbell. On est peut-être allé trop loin, trop rapidement.

Nous devons garder à l'esprit que c'est l'industrie qui a façonné les goûts des gens. Les entreprises se font concurrence et cherchent le moyen de satisfaire les palais par l'ajout de sucre, de sel ou d'un autre ingrédient. Lorsque j'étais enfant, l'offre alimentaire n'était certainement pas aussi impressionnante qu'aujourd'hui. Pour nous inciter à manger des croustilles, de nos jours, les fabricants y mettent des saveurs qui plaisent. Ce sont eux qui ont créé ce problème, et j'espère qu'ils sauront nous aider à trouver des solutions.

Cependant, dans le cas du tabagisme, l'industrie a plutôt fait tout son possible pour nuire à la recherche de solutions. J'espère que l'industrie alimentaire, elle, saura se montrer utile et collaborera pour trouver des solutions à l'épidémie d'obésité.

Je voudrais poser une question sur l'étiquetage. Actuellement, les emballages doivent contenir de l'information sur la valeur nutritive, mais il existe également un étiquetage frontal pouvant être envisagé de deux façons, au Canada. Certains emballages portent le logo « Visez santé » de la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC. Certains produits vendus chez Loblaws portent la marque PC Menu bleu, qui indique que le produit est bon pour la santé. Mais aucun critère ni aucune norme ne semblent être suivis pour ce genre d'étiquetage. Que pensez-vous de l'étiquetage frontal et de la normalisation de cet étiquetage?

En même temps, je voudrais avoir votre avis sur ce qui se fait au Royaume-Uni, où il y a peut-être eu régression jusqu'à notre niveau, mais où la collaboration entre le gouvernement et l'industrie ressemble à ce que je préconise. Cette collaboration a donné de bons résultats. Espérons qu'au Canada, nous saurons nous inspirer encore davantage de cet exemple.

Au Royaume-Uni, un système d'étiquetage avec feu vert, feu jaune et feu rouge permet aux gens de comprendre les facteurs à considérer pour ce qui est de la valeur nutritive. Êtes-vous pour un système de ce genre? Qu'en pensez-vous?

[Français]

Mme Van Campenhout : Je peux parler de Loblaws et de Metro, au Québec du moins, où Metro a mis en œuvre un système de bonshommes sourires. Un grand sourire sous-entend que c'est meilleur pour la santé qu'un petit sourire.

Loblaws offre le Guide-étoiles. Pour avoir assisté au processus de validation des produits, je peux vous dire que cela a été fait très sérieusement. D'ailleurs, c'est devenu le programme Melior. On a accrédité le processus. C'est une façon parmi tant d'autres.

Est-ce la meilleure façon? Certains consommateurs indiquent dans le sondage qu'ils en tiennent compte, mais en partie seulement. Ils nous répondent qu'ils y accordent de l'attention, mais qu'ils sont davantage préoccupés par la liste d'ingrédients ou l'étiquette nutritionnelle que par ces indicateurs, qui ne sont que des indicateurs que le consommateur ne comprend pas nécessairement.

Ce système joue un rôle, certainement, mais il n'a pas encore été adopté par les consommateurs ou, en tout cas, pas entièrement.

[Traduction]

Mme Tanaka : Je suis d'avis que l'emploi de couleurs dans l'étiquetage frontal est une simplification à outrance. On fait ainsi appel aux sentiments, et non à la raison. Nous avons répété à maintes reprises aujourd'hui qu'en éduquant les Canadiens, nous les aiderons vraiment à faire des choix éclairés en matière de nutrition. La campagne canadienne d'information sur la valeur nutritive des aliments est très efficace. Le tableau de la valeur nutritive des aliments est un instrument très utile qui, comme je l'ai indiqué, peut être utilisé conjointement avec d'autres instruments, notamment le Guide alimentaire canadien.

L'étiquetage frontal a des avantages et des inconvénients. On peut être pour ou contre, et les deux positions se défendent. Mais il ne faut pas se contenter de simplifier à outrance et de prendre les gens par les sentiments, car ce n'est pas en délaissant l'éducation qu'on aidera les Canadiens à prendre des décisions éclairées.

La sénatrice Nancy Ruth : L'éducation est souvent vue comme une panacée. Je m'y connais passablement en matière de nutrition, ce qui ne m'empêche pas d'être la plus grasse au Sénat. Je suis une habituée des cures d'amaigrissement de l'Université Duke. J'en connais pas mal sur la nutrition.

Pendant trois semaines ou un mois, je mange des aliments sans sel et sans sucre ajouté. J'en ressors en forme et en santé. Je reviens dans un environnement de muffins, de croissants, de bouteilles de vin et d'autres aliments du genre. Alors, un an plus tard, je suis de retour au point de départ. Pour moi, cette histoire de soupe Campbell n'est qu'une histoire.

Si on nous offre des produits remplis d'ingrédients que les gens comme moi, qui en sont à un stade prédiabétique, ne devraient pas consommer, c'est sûr que je vais en manger. Je suis incapable de résister à mes pulsions concernant la nourriture et les boissons. J'en suis complètement incapable, et ce que vous dites est une histoire à dormir debout. J'éprouve une certaine sympathie pour les petits restaurateurs, mais, pour ce qui est du reste, je pense que c'est une histoire à dormir debout.

À moins que l'industrie ne réduise l'utilisation de ces ingrédients — volontairement, comme certains sénateurs le souhaiteraient, ou en y étant forcée, comme le voudraient d'autres sénateurs —, aucun changement ne se produira. Je peux vous l'assurer pour en avoir fait l'expérience pendant mes cures de trois semaines. Mes papilles gustatives n'ont plus du tout la même sensibilité, et le changement s'opère en peu de temps. Il ne me faut que deux semaines. En route pour l'Université Duke, je mange sans discernement dans les restaurants-minute. Puis, au retour, je vous assure que je m'en tiens à la liste d'aliments que l'Université Duke me dit de consommer dans ces mêmes restaurants.

Je crois que l'industrie de la transformation alimentaire a beaucoup de péchés à se faire pardonner. Je m'attends à ce que vous ne soyez pas d'accord avec moi, mais je voudrais entendre votre réaction.

Le président : Tâchez de répondre sans prendre le reste de l'après-midi, parce que la question pourrait nous entraîner dans un long débat sur la nature humaine. Je vous demande de vous en tenir à des observations précises, plutôt que de faire une analyse complète du sujet.

[Français]

Mme Cloutier : L'industrie alimentaire, c'est tout ce que vous trouvez qui n'est pas frais, que ce soit des produits laitiers, des yogourts, des légumes surgelés. Les industries alimentaires offrent une variété infinie de produits.

Les seules choses qui ne sont pas transformées sont les aliments frais. Tout le reste a subi une transformation et est passé par l'industrie de transformation alimentaire. Il faut faire attention lorsqu'on dit que tout ce qu'on mange est industriel et mauvais. Il y a des aliments d'occasion, et il y a des aliments qu'on mange tous les jours. Il y a des produits transformés qui ont subi peu de transformation. C'est un choix que vous faites, comme vous pouvez choisir des aliments riches en gras.

L'industrie alimentaire, c'est à peu près tout ce que vous retrouvez en épicerie. Elle ne représente pas uniquement des aliments d'occasion. Quand on parle aujourd'hui d'excès de sucre et de sel, on parle souvent d'aliments que l'on pourrait qualifier d'aliments occasionnels. Par exemple, j'ai passé une bonne journée et je veux me payer une bonne collation, je suis dans une chaîne de restaurants que je ne nommerai pas, et j'y choisis un aliment d'occasion. Cependant, il faut faire attention, parce que les épiceries en sont remplies. Tout ce que vous trouvez en épicerie qui n'est pas frais est un produit qui provient d'une de nos entreprises québécoises, canadiennes ou autres. On ne peut pas tout mettre dans le même panier.

J'aime beaucoup les aliments d'occasion, mais cela doit être un choix éclairé, car il faut savoir distinguer les aliments d'occasion et les aliments de tous les jours.

[Traduction]

Le président : L'une de vous deux aurait-elle quelque chose à ajouter?

Mme Tanaka : Je voudrais dire quelques mots sur la nature humaine.

Je crois que, lorsque nous nous trouvons dans un environnement où le choix est restreint, nous sommes tous capables de gérer notre vie très différemment de ce qu'elle est dans le monde réel où nous vivons quotidiennement. C'est pourquoi la solution au problème de l'obésité n'est pas simple. Le monde dans lequel nous vivons, l'environnement et les choix que nous faisons chaque jour ou les choix qui nous sont offerts sont des facteurs bien réels. Il s'agit d'un problème multifactoriel qui doit être résolu en tenant compte du contexte et de l'environnement.

Je pense que je pourrais passer un bon moment à l'Université Duke, moi aussi, mais, une fois de retour chez moi, je serais obligée d'affronter les mêmes problèmes et de faire encore des choix, comme vous avez pu le constater. Nous devons trouver un moyen d'aider les gens à gérer ces difficultés.

La sénatrice Seidman : Madame Van Campenhout, je voudrais que nous poursuivions notre conversation, si vous voulez bien, parce que vous avez prononcé des paroles porteuses d'espoir. Dans votre travail, vous avez remarqué que les consommateurs semblent tout à coup beaucoup mieux disposés à changer leurs habitudes de consommation. Je crois vous avoir entendu dire que vous observez ce changement depuis un an environ.

Je suis certaine qu'il existe beaucoup de données sur les habitudes des consommateurs, mais on peut supposer que les gens sont de plus en plus sensibilisés en raison de l'attention croissante accordée à ces problèmes sur la place publique. Les consommateurs s'intéressent peut-être davantage à ce sujet tout à coup, et j'aimerais que nous leur donnions le bénéfice du doute.

Votre enquête montre que 80 p. 100 des gens sont prêts à changer leurs habitudes alimentaires et à ne plus acheter les mêmes marques si les fabricants leur proposent des aliments plus sains. Je pense qu'il y a de l'espoir et que c'est intéressant.

Je voudrais revenir à la question de l'étiquetage indiquant les ingrédients. C'est un sujet qui fait constamment surface quand il est question du sucre. Un endocrinologue pédiatrique, le Dr Lustig, est venu nous dire que tous les édulcorants devraient être bien inscrits parmi les ingrédients, sur l'étiquette. La question du sucre ajouté constitue un enjeu de taille.

Connaissez-vous des pays dans le monde où la loi exige d'indiquer tous les édulcorants ajoutés aux aliments dans la liste des ingrédients? Si c'est le cas, savez-vous si ce genre d'étiquetage a eu un effet sur les habitudes des consommateurs?

[Français]

Mme Van Campenhout : Certains pays d'Europe l'ont fait, y compris la France. Je ne vais pas m'avancer sur l'obligation, mais je sais que l'industrie, par contre, s'est mobilisée pour l'inscrire sur les étiquettes. On parle ici des édulcorants. Je ne peux pas vous donner les résultats, car je ne les ai pas ici. Si vous désirez les obtenir, je peux vous les trouver assez facilement. La France a mis en place un observatoire sur la qualité nutritionnelle du nom d'OQALI. Nous aimerions beaucoup en faire autant ici. Cet observatoire offre, entre autres, beaucoup de données sur l'impact de l'amélioration de l'offre alimentaire sur la santé de la population. C'est extrêmement important.

Le programme Melior comporte un élément sur lequel on met beaucoup l'accent pour l'entreprise. Une entreprise qui s'engage à réduire le sucre ne doit pas remplacer cet ingrédient par un édulcorant. Plus on mange de sel, plus on a envie de sel, et c'est la même chose pour le sucre. Ce phénomène est clairement démontré. Ce que l'on préconise, au sein de Melior, c'est de ne pas remplacer le sucre par un édulcorant, parce que cette pratique ne passera pas chez nous.

Selon l'endroit et le pays où on se trouve, pour une même marque — et j'ai une céréale en tête que je ne nommerai pas —, comment se fait-il que cette même marque, d'un même fournisseur mondial, même branding, comporte 50 p. 100 moins de sucre et 20 p. 100 moins de sel en Europe qu'ici? Je vous pose la question. Ce n'est pas normal. Cela veut dire que l'industrie fonctionne selon la population et les goûts de cette population. C'est un peu ce que je disais tout à l'heure, lorsque j'évoquais l'histoire de la poule et de l'œuf. L'industrie répond aux consommateurs et le consommateur attend l'industrie.

Il faut faire quelque chose. Ce que nous proposons, avec Melior, c'est de bouger et de mettre en action quelque chose, un projet qui a ses limites, mais qui donne aussi des résultats.

[Traduction]

La sénatrice Seidman : Qui devrait bouger et mettre en action quelque chose?

[Français]

Mme Van Campenhout : Tous les acteurs de la société devraient agir. Ma réponse est un peu générique. Le gouvernement participe au projet en termes d'éducation. L'industrie y collabore en termes de changements de produits. Bien sûr, il y a une réalité économique qui oriente les priorités de l'industrie. Si le consommateur demande, il va finir par recevoir. Si, demain matin, par exemple, plus personne ne consomme de Coca Cola, Coca Cola fermera ses portes. L'exemple est un peu gros, mais il en est ainsi.

Beaucoup de nouveaux produits sont mis sur les rayons. Or, s'ils ne sont pas consommés par les consommateurs, ils seront retirés des rayons.

J'ajouterais, à titre d'information, qu'un changement de 20 p. 100 n'est pas perçu par les papilles gustatives. L'industrie peut donc aller jusqu'à 20 p. 100 de réduction de sodium et de sucre. Ce fait est scientifiquement démontré.

[Traduction]

La sénatrice Seidman : Vous nous offrez les données dont vous disposez. Portent-elles sur les changements dans les habitudes des consommateurs? Dans ce cas, je voudrais vraiment voir ces données. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir les transmettre à la greffière.

[Français]

Mme Van Campenhout : Certainement. Il y a une somme de données extrêmement importante. Je peux vous donner le lien qui va vous y conduire. Je ne sais pas de quelles données vous avez besoin. L'observatoire qui a été mis en place en France a une somme de données. En France, les chartes d'engagement volontaire ont été mises en œuvre en 2005. Ils ont commencé à récolter, depuis 10 ans, les données sur les changements à l'étalage, les changements survenus au sein de l'industrie et les changements quant aux habitudes de consommation. Toutes ces données sont répertoriées sur le site de l'observatoire OQALI. Je peux vous transmettre l'information.

[Traduction]

Le président : Je vais prendre le risque d'entrer dans la discussion. Je pense que nous avons entendu aujourd'hui des observations globales très importantes accompagnant des ensembles de données qui étayent les orientations générales préconisées.

Premièrement, entre autres observations primordiales, Mme Cloutier nous a indiqué clairement que les changements ne se font pas du jour au lendemain, mais se produisent lentement. D'autres nous ont fait un peu la même observation. Je ne veux pas vous accuser. J'ai entendu les témoins nous dire aujourd'hui que les changements dans ce domaine peuvent prendre un certain temps. C'est ce qui ressort des réponses données à un certain nombre de questions, notamment celle de la sénatrice Frum où elle se servait de l'exemple d'une entreprise. Les études nous montrent qu'il est possible de changer les attitudes dans une société, mais que, dans certains domaines, comme celui de l'alimentation, le changement peut être plus lent que certaines personnes ne le souhaiteraient.

Je prends l'exemple des saveurs qui plaisent dont le sénateur Eggleton nous a parlé. Nous savons qu'il se fait une quantité énorme d'études pour trouver la saveur idéale, qui plaît aux consommateurs. On ne s'intéresse pas seulement au sens du goûter. La texture et beaucoup d'autres facteurs sont pris en compte. Je n'irais pas jusqu'à affirmer que ces études sont à elles seules responsables des changements dans la composition des aliments qui ont fait de ceux-ci ce qu'ils sont aujourd'hui, mais il est assez clair que les préférences des êtres humains relativement aux aliments jouent un rôle important dans la problématique.

Nous pouvons en conclure qu'il serait possible de faire délibérément d'autres choix, mais pas de manière précipitée. Les changements dans les attitudes du public pourraient se produire au fil du temps, en particulier si le public est effectivement disposé à accepter les changements voulus, comme la sénatrice Nancy Ruth l'a dit. Un parallèle a été fait entre la question de l'obésité et celle du tabagisme. On pense pouvoir tirer des leçons du dossier du tabagisme. Mais le domaine de l'alimentation est très différent de celui du tabagisme, dans sa dimension humaine.

Il y a peut-être néanmoins un point commun : les attitudes changent bel et bien. Elles ont beaucoup changé, mais le changement s'est produit sur une longue période. Si nous constatons qu'en agissant délibérément pendant longtemps, il est possible d'effectuer des changements sociaux, ce serait peut-être l'optique que nous devrions adopter.

Nous avons pu constater également — et je pense que l'exemple est venu encore une fois de la sénatrice Frum, qui nous a parlé de l'utilisation des gras trans — que, lorsque la société est consciente du danger pour la santé de certains aliments, l'industrie et la société sont capables de changer. Il est probable que ce soit d'abord la société en général qui change, puis l'industrie, mais il y a encore une fois une leçon à tirer de cet exemple.

Il y a une autre différence qui rend hasardeuse la comparaison entre le tabagisme et les habitudes alimentaires. C'est que fumer une substance ne présente un avantage pour les êtres humains que dans un très petit nombre de cas alors qu'à l'inverse, les conséquences néfastes du tabagisme sont colossales pour une grande partie de la société. Les aliments, eux, sont essentiels. L'accès à divers aliments dépend des changements sociaux et du fonctionnement de la société. La sénatrice Nancy Ruth nous a fourni un bon exemple dans ce domaine.

En ce qui concerne l'étiquetage, nos témoins semblent nous dire que les symboles peuvent avoir leur place. Je sais que, selon vous, les codes de couleur sont simplistes, mais nous sommes vraiment en présence d'un important problème social, et la simplicité fera partie des résultats souhaitables. Le sénateur Wallace a parlé de l'étiquetage. Si je comprends bien, certains préconisent actuellement que de l'information soit ajoutée sur l'emballage de certains produits qui se trouvent sur les tablettes. Toutefois, j'ai entendu certaines personnes dire que, si on ajoute cette information, il risque de ne plus y avoir de place pour mettre le nom du produit sur l'emballage, car l'information ajoutée serait trop détaillée. Et, de toute façon, le citoyen moyen ne lirait pas cette information et ne la comprendrait pas.

Par conséquent, entre l'énumération détaillée de la composition chimique de tout ce que nous consommons, jusqu'à la moindre molécule, et la simplification à outrance qui nous fait basculer dans le ridicule, il devrait y avoir une sorte de système de symboles qui permettrait à une personne raisonnable, en circulant dans les allées d'une épicerie ou en prenant place dans un restaurant, par exemple, de savoir en gros à quelle catégorie appartiennent les aliments qui lui sont proposés.

Je pense, madame Reynolds, que vous avez prudemment et très judicieusement décrit les difficultés que poserait l'étiquetage pour l'industrie de la restauration, parmi laquelle se trouve une grande variété d'établissements. Dans certains cas, il serait possible d'attribuer un symbole à un plat. Souvent, les petits restaurateurs n'offrent pas une grande variété de mets. Dans la plupart des cas, ils ne changent pas leur menu chaque jour, et les Canadiens aiment beaucoup manger certains mets, en particulier dans les petits restaurants.

Je sais qu'on s'affaire présentement à définir des indicateurs pour pouvoir déterminer quels symboles apposer. Comme vous l'avez également souligné à raison, chaque assiette peut contenir beaucoup d'aliments, et il ne serait pas raisonnable de s'attendre à ce qu'en consultant le menu, le client passe son temps à se référer à un tableau pour y trouver les centaines d'ingrédients contenus dans un plat et faire des calculs selon la quantité.

Je crois que la discussion d'aujourd'hui a été très utile. Il serait faux de conclure que, vu la complexité du problème, rien ne peut être fait. Je pense que vous nous avez tous donné des points de vue très importants qui stimuleront nos réflexions sur les suggestions que nous pourrons faire, en fin de compte.

Enfin, je pense que, pour agir dans ce domaine, il est primordial d'être conscient que, si l'on veut y effectuer des changements sans détruire la base industrielle de la société ou la société elle-même, ces changements doivent se faire sur une certaine période. En revanche, je pense aussi qu'en réponse aux questions des sénateurs, nos témoins nous ont indiqué que nous pouvions nous attendre à ce que de la nouvelle information soit conçue pour guider les consommateurs canadiens dans le domaine de l'alimentation.

Je voudrais remercier mes collègues pour les questions qu'ils ont posées aujourd'hui et je remercie nos témoins pour la formulation et la teneur des réponses qu'elles ont su nous donner.

(La séance est levée.)


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