Aller au contenu
TRCM - Comité permanent

Transports et communications

 

Délibérations du Comité sénatorial permanent des
Transports et des communications

Fascicule 10 - Témoignages du 4 novembre 2014


OTTAWA, le mardi 4 novembre 2014

Le Comité sénatorial permanent des transports et des communications se réunit aujourd'hui, à 10 h 3, pour continuer son étude sur les défis que doit relever la Société Radio-Canada en matière d'évolution du milieu de la radiodiffusion et des communications.

Le sénateur Dennis Dawson (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le sénateur Dawson : Honorables sénateurs, aujourd'hui, nous continuons notre étude sur les défis que doit relever la Société Radio-Canada en matière d'évolution du milieu de la radiodiffusion et des communications.

Le témoin que nous recevons aujourd'hui est M. Éric Albert, vice-président exécutif du Stingray Digital Group. Monsieur Albert, la parole est à vous et, par la suite, les sénateurs auront l'occasion de vous poser des questions.

Éric Albert, vice-président exécutif, Stingray Digital Group : Bonjour, honorables sénateurs. J'aimerais vous informer que ma présentation sera faite en anglais, mais je serai heureux de répondre aux questions en français si vous le désirez.

[Traduction]

Bonjour et merci de m'avoir invité à témoigner devant le comité. Je m'appelle Éric Albert, vice-président de Stingray Digital.

Stingray, une entreprise sise à Montréal, est le plus important fournisseur de service de musique multiplateforme, comptant plus de 120 millions d'abonnés dans plus de 100 pays du monde. Nous offrons les services de musique et de vidéo numériques Stingray Musique, autrefois appelés Galaxie, Stingray Concerts et Stingray Karaoké. L'entreprise offre également des services de musique à plus de 70 000 établissements commerciaux au Canada.

La majorité des exposés présentés au comité jusqu'à présent portaient sur les activités relatives au contenu vidéo de CBC/Radio-Canada, mais on a moins traité des initiatives du diffuseur public dans le domaine de la musique. Notre intervention portera donc principalement sur l'industrie de la musique et sur la présence de CBC/Radio-Canada dans cette industrie.

Les procédures récentes du CRTC dans le cadre de l'initiative Parlons télé ont mis en lumière l'ampleur des changements en train de s'opérer dans le paysage canadien des médias. On y a notamment discuté longuement de l'importance croissante d'acteurs étrangers, comme Netflix et Google, dans l'industrie de la télévision et de l'influence considérable qu'ils exercent actuellement.

Au cours de la dernière décennie, le rythme et l'ampleur des changements qui touchent d'industrie de la musique sont encore plus importants. Les consommateurs écoutent plus de musique aujourd'hui qu'ils ne le faisaient il y a 10 ans; pourtant, les revenus de l'industrie ont fondu de plus de la moitié par rapport à leur sommet. Selon le CRTC, le nombre d'heures passées à écouter de la musique en 2013 avait diminué pour s'établir à un peu plus de 19 heures par semaine, et la plupart pensent que cette diminution est attribuable, du moins en partie, à l'évolution des habitudes des consommateurs, qui passent maintenant plus de sept heures par semaine à écouter de la musique sur Internet.

Selon la Fédération internationale de l'industrie phonographique, l'organisation représentant l'industrie internationale de la musique enregistrée, 61 p. 100 des internautes du monde ont maintenant accès à des services de musique numérique autorisés, et l'industrie tire maintenant plus de la moitié de ses revenus des plateformes numériques.

Même si le Canada a mis plus de temps à développer un marché concurrentiel pour la musique en ligne, les consommateurs canadiens ont maintenant accès à plusieurs services internationaux, dont Spotify, TuneIn Radio, Deezer, Rdio et Google Play, pour ne nommer que ceux-là. Ces services s'ajoutent à ceux offerts par des entreprises canadiennes, comme Stingray, Mediazoic, le service en ligne de radiodiffuseurs commerciaux Zik.ca et CBC Music.

La vague de changements qui touche les habitudes de consommation des médias des Canadiens force chaque acteur de l'industrie à s'adapter. Dans son document de planification intitulé Un espace pour nous tous, CBC/Radio-Canada s'est fixé un objectif selon lequel 50 p. 100 des Canadiens utiliseront ses services numériques chaque mois d'ici 2020. Le diffuseur public accomplit déjà d'excellents progrès en ce sens en proposant un contenu intéressant sur des plateformes numériques, comme on l'a constaté à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi plus tôt cette année ou, plus récemment, lors des événements tragiques qui se sont déroulés à Ottawa il y a quelques semaines.

Par contre, la vision du diffuseur public sur son rôle au chapitre de la promotion de la musique ne semble pas aussi claire ou aussi élaborée. Ces dernières années, la société a moins participé à la promotion de la musique canadienne en éliminant des initiatives de longue date, comme CBC Radio Orchestra. Elle a également modifié sa programmation de radio, s'écartant de certains genres musicaux, comme la musique classique, au profit de son offre en contenu de musique populaire. Parallèlement à ces mesures, la société a lancé son service de musique sur Internet en 2012.

Considérant l'évolution du marché et des habitudes de consommation de musique des Canadiens, la migration vers les plateformes numériques, appuyée par le lancement d'initiatives comme CBC Music, est parfaitement stratégique et constitue l'évolution logique que doit suivre le diffuseur public s'il veut conserver sa pertinence auprès de son auditoire. La présence en ligne accrue de CBC Radio lui permet également de joindre des auditeurs qui ne lui seraient peut-être pas accessibles autrement par l'entremise des réseaux hertziens.

Cependant, ces initiatives, du moins dans leur forme actuelle, soulèvent des questions que d'autres témoins ont déjà présentées au comité. On se demande notamment si la société devrait utiliser les deniers publics pour faire directement concurrence au secteur privé; si le diffuseur public devrait mettre l'accent uniquement sur la création et la promotion de contenu canadien; et si CBC/Radio-Canada devrait offrir du contenu qui intéresse un large auditoire ou chercher à proposer quelque chose que le secteur privé n'offre pas déjà.

Ces dernières années, la société a clairement dû faire des choix difficiles afin de déterminer où elle investirait ses ressources, qui diminuent progressivement. Dans les divers documents de planification qu'elle a publiés, CBC/Radio-Canada a indiqué qu'elle réduira ses niveaux d'investissement dans la catégorie de la musique. Elle y présente également la stratégie suivante au chapitre de la musique :

La stratégie musicale visera à continuer de faire connaître les artistes d'ici au public canadien et, pendant la durée du plan, CBC Radio 2 et ICI Musique demeureront des services nationaux avec une stratégie de marché qui leur est propre, afin de maximiser les auditoires et les occasions de revenus, jusqu'à ce que la consommation numérique atteigne un point de bascule.

Je mets l'accent sur le passage de la stratégie indiquant que la société compte « maximiser les auditoires et les occasions de revenus », puisque cela concerne directement le cœur des questions soulevées précédemment.

La réduction du financement public a obligé le diffuseur public à chercher d'autres sources de revenus. Cependant, dans sa quête pour attirer un plus large auditoire afin d'augmenter ses recettes publicitaires, tant sur ses réseaux de radiodiffusion qu'en ligne, la société s'est clairement positionnée dans un espace actuellement occupé par des entités privées, comme les radiodiffuseurs commerciaux et les services de musique en ligne.

Par exemple, le 28 octobre, CBC Music mettait en vedette Bob Dylan, un artiste américain, sur la page principale de son site web, tout en faisant la promotion de la chaîne diffusant la crème des artistes britanniques parmi les chaînes de musique offertes.

La liste des pièces diffusées sur Radio 2 le matin du 30 octobre indique que sur un total de 40 pièces diffusées entre 6 et 9 heures, 20 étaient des œuvres d'artistes canadiens; le ratio de contenu canadien était donc de 50 p. 100. L'autre 50 p. 100 était principalement constitué de chansons d'artistes populaires de renommée internationale largement diffusés à la radio commerciale.

Avec l'arrivée des services en ligne internationaux comme Spotify, Deezer ou Rdio, qui offrent jusqu'à 25 ou 30 millions de chansons dans leurs catalogues, il est de plus en plus difficile pour un artiste de recevoir de la visibilité et de se démarquer de la masse de contenu proposé, et encore plus pour les nouveaux artistes de se faire découvrir.

Cette situation est aggravée par le fait que ces services internationaux ne sont pas tenus d'offrir un contenu canadien ou francophone minimal; il n'en est que plus ardu pour les créateurs et les interprètes canadiens de se faire découvrir. Ce facteur est également montré du doigt comme étant un obstacle majeur dans une étude publiée récemment par le groupe commercial Music Canada dans le document intitulé The Next Big Bang, A New Direction for Music in Canada.

Dans ce contexte particulier, le fait que la Loi sur la radiodiffusion stipule que les émissions proposées par la société devraient « ... être principalement et typiquement canadiennes ... » est encore plus pertinent aujourd'hui qu'il y a quelques années.

En élargissant sa présence aux services numériques en ligne, ce que la société doit faire pour s'adapter à l'environnement changeant, le diffuseur public doit également considérer la dynamique économique actuelle des services de musique en ligne. Les modèles d'affaire de ces services sont encore largement en développement, et la plupart n'en sont pas encore au point où ils permettent de couvrir les coûts d'exploitation, et encore moins de faire du profit.

Au cours des procédures de la Commission du droit d'auteur en 2012, CBC/Radio-Canada a déclaré que ses services de musique coûteraient de 5 à 6 millions de dollars à offrir par année, alors qu'elle prévoyait des revenus annuels allant de 700 000 à 800 000 $.

Je devrais faire remarquer que le régime de droit d'auteur actuel du Canada diffère considérablement de celui qui existait en 2012 en raison d'une décision prise récemment par la Commission du droit d'auteur du Canada quant aux tarifs relatifs aux services de musique en ligne. Ces taux sont cependant contestés actuellement par l'industrie et pourraient être modifiés.

La société indique d'ailleurs dans son rapport annuel que les droits, les redevances et les tarifs relatifs à la musique constituent un des principaux risques auxquels elle est confrontée. Si les tribunaux décident que les tarifs établis pour la musique en ligne ne conviennent pas, les coûts d'exploitation d'un service comme CBC Music pourraient augmenter substantiellement dans l'avenir et il serait plus difficile d'offrir un tel service.

Compte tenu de cet environnement difficile, que pourrait faire le diffuseur public pour s'assurer qu'il propose une offre musicale différente et viable tout en respectant les promesses de son mandat? Il pourrait notamment nouer des partenariats et des alliances avec d'autres acteurs de l'industrie de la musique. Plutôt que de privilégier des initiatives qui affaiblissent essentiellement sa contribution au développement d'un solide écosystème de la musique au Canada, CBC/Radio-Canada pourrait utiliser ses ressources limitées pour créer du contenu qui, en plus d'être offert sur ses plateformes, pourrait être souscrit à d'autres fournisseurs, ce qui en optimiserait la diffusion et constituerait une source de revenus pour la société.

Par exemple, Stingray acquiert actuellement du contenu produit pour ou par des diffuseurs publics comme la BBC au Royaume-Uni et PBS aux États-Unis. La société a commencé à faire de même dans l'espace vidéo pour une partie de ses émissions, qui sont maintenant accessibles sur des plateformes de contournement, comme Netflix. En élargissant cette pratique à la musique, la société pourrait combler un vide qui existe dans l'industrie canadienne de la musique tout en aidant les interprètes et les créateurs canadiens à accroître leur visibilité dans un espace de plus en plus occupé par des services de musique numérique étrangers.

Je conclurai en soulignant que le diffuseur public canadien a joué un rôle crucial en aidant les artistes canadiens à émerger au pays et, dans certains cas, à connaître un succès international. Aujourd'hui, avec l'arrivée des services de musique numérique internationaux, CBC/Radio-Canada a un rôle encore plus important à jouer pour que le talent canadien soit découvert et favorisé. La société devrait donc affecter ses ressources financières limitées à cet important objectif.

Merci de m'avoir écouté. Je répondrai à vos questions avec plaisir.

Le sénateur Plett : Merci de témoigner ce matin. Vous avez soulevé un certain nombre de questions, et je ne suis pas certain que vous nous ayez donné les réponses. Peut-être l'avez-vous fait. Votre entreprise, Stingray, a acheté Galaxie à CBC/Radio-Canada en mai 2011. Est-ce que cette transaction s'est avérée un succès pour vous?

M. Albert : Permettez-moi d'apporter un éclaircissement : l'acquisition des actifs s'est faite en 2007 plutôt qu'en 2011, et cela a été pour nous un grand succès. À l'époque où Galaxie faisait partie de CBC/Radio-Canada, le service comptait quelque 6 millions d'abonnés au Canada. Aujourd'hui, il y a au pays plus de 10 millions — presque 11 millions — de ménages abonnés. Mais ce succès ne se limite pas au Canada; nous avons également pu élargir ce service à plus de 100 pays, comme je l'ai indiqué. Nous servons maintenant plus de 120 millions de ménages.

Galaxie a ainsi connu un succès commercial retentissant à l'extérieur du giron de la société, si l'on peut dire. Cela a aussi permis à Stingray de tirer parti de cette réussite en l'élargissant essentiellement à d'autres catégories de services, comme les vidéoclips, les concerts et l'espace musical commercial au Canada, où nous servons environ 70 000 établissements commerciaux. L'initiative s'est donc révélée un grand succès.

Le sénateur Plett : Il s'agit toutefois d'une compagnie entièrement privée, n'est-ce pas? CBC/Radio-Canada n'en possède aucune action?

M. Albert : Non.

Le sénateur Plett : La compagnie a reçu tout un coup de fouet en passant de la diffusion publique à l'entreprise privée, ne pensez-vous pas?

M. Albert : Je pense que cela dépend du point de vue. Quand Galaxie faisait partie de CBC/Radio-Canada, elle devait tenir compte de certaines considérations, comme le mandat de la société, qui exige que l'exploitation se fasse au Canada. Il aurait alors été pratiquement impossible d'élargir les activités de Galaxie au reste du monde.

Le passage de Galaxie du giron de CBC/Radio-Canada à l'entreprise privée lui a certainement donné tout un coup de fouet. Nous avons pu, sous le nom de Stingray, investir davantage dans le service en l'élargissant à d'autres plateformes, aux dispositifs mobiles et aux télévisions branchées, ainsi qu'à la scène internationale, utilisant des fonds et des investissements privés pour atteindre cet objectif.

Le sénateur Plett : Que faites-vous maintenant avec CBC/Radio-Canada? Avez-vous des relations d'affaires avec elle? Vous n'avez pas le moindre lien avec elle?

M. Albert : Aucun. Voudrions-nous en avoir? Comme je l'ai indiqué, CBC/Radio-Canada pourrait et devrait envisager de nouer des partenariats avec l'entreprise privée, par exemple, pour diffuser du contenu.

Comme je l'ai dit dans mon exposé, Stingray le fait déjà avec le contenu présenté par la BBC au Royaume-Uni et par PBS aux États-Unis. Non seulement CBC/Radio-Canada devrait-elle s'associer à Stingray, mais elle pourrait le faire avec certains des services internationaux qui arrivent au pays afin de veiller à ce que les artistes et le contenu canadiens aient la visibilité qu'ils méritent.

Le sénateur Plett : Vous avez parlé de ce que CBC/Radio-Canada a fait au fil des ans pour trouver et promouvoir des artistes canadiens afin de leur donner une chance. Avec des entreprises comme la vôtre et d'autres compagnies qui lui font concurrence, la société peut-elle agir comme elle l'a fait par le passé?

M. Albert : Je considère que c'est possible, si elle modifie certaines de ses pratiques. La société doit notamment lutter des entités privées qui lui font concurrence au chapitre des recettes publicitaires. Si elle doit affronter les entités privées à cet égard, rien ne l'incite à leur fournir le contenu qu'elle produit. Elle voudra le garder autant que possible sur ses propres plateformes afin d'augmenter son auditoire et les recettes publicitaires, ce qui va, selon moi, à l'encontre de son mandat, qui consiste à promouvoir le contenu canadien.

Le sénateur Plett : Et elle reçoit encore plus de 1 milliard de dollars en deniers publics, ce qui devrait l'inciter à continuer de faire une partie de ce qu'elle faisait.

M. Albert : En effet. Si on regarde l'espace de la musique en ligne au Canada aujourd'hui, je ne dirais pas qu'il devient surpeuplé, mais il y a certainement plus d'offres aujourd'hui qu'il n'y en avait en 2012 quand CBC Music a été lancé. Il devient de plus en plus difficile pour quiconque, y compris l'entreprise privée, d'affronter la concurrence dans cet espace.

L'industrie internationale de la musique est un marché très mondialisé. Dans le cas de Stingray, par exemple, son succès s'explique en partie par sa portée mondiale. Quand nous négocions avec des titulaires de droits — les maisons et les éditeurs de disques —, nous devons avoir une certaine importance afin d'avoir de la crédibilité et de posséder les moyens de payer le contenu. Stingray a pu y parvenir grâce à sa croissance.

Si on observe la manière dont CBC/Radio-Canada fait la promotion de CBC Music et du service en ligne aujourd'hui, il lui est difficile de se démarquer, et cela lui sera encore plus difficile dans l'avenir à mesure que d'autres services internationaux s'établissent au Canada et commencent à proposer des services. C'est formidable pour les consommateurs, soit dit en passant, mais du point de vue de l'industrie et du contenu canadien, il sera très difficile de survivre dans cet espace.

Le sénateur Plett : Des témoins nous ont affirmé il y a quelques semaines que CBC/Radio-Canada ne pourrait survivre dans l'environnement actuel et qu'elle allait mourir à petit feu. Je ne sais pas si ce sont leurs propos exacts, mais on nous a certainement indiqué que la société ne survivrait pas au rythme où vont les choses. Je pense que nous devons regarder les cotes d'écoute. Ceux de la société ne sont pas ce qu'ils devraient être. Vous avez évoqué Netflix dans votre exposé, et il existe de nombreux facteurs défavorables, et nous ne ferons rien à moins que le CRTC n'intervienne pour interdire des services clairement désirés par la population canadienne.

M. Albert : En effet.

Le sénateur Plett : Ce serait une opinion personnelle, j'en suis certain. Considérez tous les services offerts sur Internet et sur iPad. Vous avez parlé des Jeux olympiques de Sotchi. Il n'y avait pas d'iPads aux Jeux olympiques de Vancouver, mais il y en avait lors de ceux de Sotchi. De plus en plus d'intérêts contraires entrent en ligne de compte quand on tente d'attirer des auditeurs, et cela ne se limite pas aux recettes publicitaires. Les autres diffuseurs sont aux prises avec les mêmes défis. Je regarde beaucoup Netflix. Dans le présent environnement, pensez-vous que CBC/Radio-Canada soit viable et qu'elle continuera de l'être?

M. Albert : Je pense que cela dépend franchement de la manière dont on évalue le succès. Vous avez mentionné le nombre d'auditeurs, un facteur qui constitue toujours, selon moi, un dilemme auquel CBC/Radio-Canada est confrontée : doit-elle attirer un plus grand nombre d'auditeur ou servir des segments de l'industrie qui ne sont pas servis actuellement par l'entreprise privée pour une raison quelconque? S'il n'est guère rentable de proposer une station de radio diffusant un certain genre musical dans un marché donné, par exemple, personne ne le fera. Est-ce que CBC/Radio-Canada serait capable de combler un vide dans un tel environnement? Certainement. Si son objectif consiste à attirer un plus grand auditoire avec l'intention d'augmenter ses recettes publicitaires, alors je pense qu'elle aura beaucoup de difficulté à survivre dans cet environnement.

Aujourd'hui, les diffuseurs privés seront également confrontés à la concurrence accrue de fournisseurs de contenu internationaux. Nous savons tous qu'Internet n'est pas réglementé actuellement. Devrait-on le réglementer? Nous considérons que non. Cela créera une situation dans laquelle des entreprises comme Netflix et d'autres compagnies viendront dans le marché canadien et y accroîtront la concurrence à très court terme, ce qui augmentera la concurrence pour tout le monde, tant les diffuseurs privés et que le diffuseur public. À titre de diffuseur public, CBC/Radio-Canada dispose-t-elle des outils nécessaires pour affronter cet environnement concurrentiel? Cela reste à voir, selon moi. Je ne pense pas qu'elle les ait.

Le sénateur Plett : Les services comme Netflix devraient-ils être plus réglementés qu'ils ne le sont?

M. Albert : C'est une question dont on a longuement débattu lors du processus Parlons télé du CRTC.

Le sénateur Plett : Oui, en effet.

M. Albert : Les gens ont une opinion à cet égard, selon le côté de la table où ils se trouvent. Les acteurs actuels de l'industrie considèrent évidemment que ces services devraient être réglementés de la même manière que les diffuseurs existants le sont. Par exemple, les services de télévision que Stingray offre actuellement sont réglementés; nous devons donc respecter des exigences quant au contenu canadien et francophone, ce que nous faisons avec plaisir. Cependant, quand un service comme Spotify ou Songza arrive sur le marché, il n'est pas soumis aux mêmes exigences. Devrait-il l'être? Ici encore, les opinions divergent.

Le sénateur Plett : Vous dites que ces exigences s'appliquent à Stingray?

M. Albert : Dans le domaine de la diffusion, certainement. Le service Galaxie offert à la télévision est réglementé. Étant titulaires d'un permis du CRTC, nous devons respecter les exigences relatives au contenu canadien et francophone. Ces exigences ne s'appliquent pas à Internet, qui n'est pas réglementé actuellement et est exempté. Cependant, comme nous produisons des émissions pour la télévision dans un environnement réglementé, ces mêmes émissions sont diffusées sur Internet. Si vous écoutez Galaxie sur Internet aujourd'hui, vous y entendrez la même quantité de contenu canadien que vous le faites à la télévision. Il en va de même pour le contenu francophone, d'ailleurs. Comme je l'ai souligné, les fournisseurs de services par contournement, qui ne sont pas réglementés, ne le font pas.

Le sénateur Housakos : Je vous souhaite la bienvenue devant le comité ce matin. CBC/Radio-Canada propose une application en ligne permettant d'écouter de nombreuses chaînes de musique en continu.

M. Albert : Oui.

Le sénateur Housakos : Considérez-vous que c'est une forme de concurrence à l'égard de Stingray?

M. Albert : La réponse brève est « oui ». Il y a une limite au nombre de gens qui écoutent de la musique sur Internet aujourd'hui. Ce nombre augmente. De toute évidence, si quelqu'un cherche à conquérer le même auditoire, il y a concurrence.

Comme vous le savez peut-être, nous avons déposé une plainte contre CBC/Radio-Canada devant le CRTC quand la société a lancé CBC Music en affirmant autre chose. Le CRTC nous a donné tort dans cette affaire, si je puis m'exprimer ainsi, et nous respectons sa décision. Je n'ai pas de chiffre à cet égard, mais je devrais également faire remarquer que je pense que CBC/Radio-Canada a modifié CBC Music par rapport à ce que ce service offrait lors de son lancement initial en 2012, tenant ainsi compte de certains des problèmes que nous avons soulevés au sujet du contenu canadien et d'autres points.

Pour répondre à votre question, nous considérons certainement CBC/Radio-Canada comme un concurrent, à l'instar des services internationaux qui arrivent sur le marché canadien.

Le sénateur Housakos : Qu'en coûterait-il à CBC/Radio-Canada de fournir ce service à l'année?

M. Albert : J'ai fait référence à une comparution de CBC/Radio-Canada devant la Commission du droit d'auteur en 2012, six mois avant que nous ne déposions notre plainte devant le CRTC. Au cours de cette comparution, la société a indiqué qu'elle allait investir de 5 à 6 millions de dollars par année à l'appui de ce service, alors qu'elle prévoyait tirer des recettes annuelles de 700 000 à 800 000 $ de la publicité. D'après ce témoignage présenté devant la Commission du droit d'auteur, l'investissement net serait donc de 4,5 à 5 millions de dollars.

Le sénateur Housakos : Pour un service de cette nature, propose-t-elle exclusivement de la musique de culture canadienne et du contenu canadien?

M. Albert : Non. Comme je l'ai indiqué dans mon exposé, si on visite le site web de CBC Music aujourd'hui, on y trouve beaucoup de contenu canadien et un grand nombre d'artistes canadiens mis en vedette, mais aussi de nombreux artistes internationaux. J'ai fait référence à Bob Dylan, par exemple, qui figurait sur la page principale de CBC Music. Je crois que c'est peut-être encore le cas ce matin. Autre exemple : la semaine dernière, aux heures de grande d'écoute, entre 6 et 9 heures, le réseau de radiodiffusion CBC Radio diffusait plus de 50 p. 100 de contenu non canadien, notamment des artistes américains très connus.

Le sénateur Housakos : Un certain nombre de témoins ayant comparu devant nous ont affirmé que nous ne devrions pas tant nous préoccuper de l'évolution de l'environnement de la technologie, puisque cette dernière n'est, pour bon nombre d'entre eux, qu'un moyen ou un outil, et que tout ce qui comptait vraiment était le contenu. Qu'en pensez-vous?

M. Albert : Ce qui importe, c'est le contenu. Le vieil adage selon lequel « le contenu est roi » est extrêmement important. Par contre, la manière dont les gens consomment ce contenu est de plus en plus importante aujourd'hui. Le sénateur Plett a parlé de Netflix. C'est de toute évidence une tendance croissante. Le nombre d'abonnés à Netflix au Canada n'est pas rendu public, mais on croit qu'il y en a plusieurs millions dans le marché canadien. Si les gens consomment du contenu sur Netflix, on pourrait affirmer qu'à long terme, ils n'en consommeront pas sur les plateformes traditionnelles, comme la télévision par ondes hertziennes. Est-ce que cela se produira du jour au lendemain? Probablement pas. Mais si les diffuseurs, y compris CBC/Radio-Canada, ne suivent pas ces tendances, ils finiront par devenir obsolètes.

Le sénateur Housakos : Merci, monsieur le président.

[Français]

Le président : Ma première question concerne le volet français de Radio-Canada et a trait à la concurrence. En général, votre présentation traitait de CBC Radio, mais quel est l'équivalent au regard de la concurrence avec le volet français de Radio-Canada pour ce marché?

M. Albert : C'est une excellente question. Le volet français de Radio-Canada semble se concentrer beaucoup plus sur son mandat, à savoir la promotion du contenu canadien francophone et québécois et, de ce fait, se concentre beaucoup moins sur des artistes de renommée internationale.

Vous avez effectivement remarqué que, dans notre présentation, on ne parle pas beaucoup de Radio-Canada. La raison en est simple : nous jugeons que Radio-Canada se concentre beaucoup plus sur son mandat aujourd'hui; de cette façon, cela a beaucoup moins d'impact sur le marché concurrentiel et il y a donc beaucoup moins de concurrence avec les diffuseurs existants. Radio-Canada, en français, répond à un besoin actuel; s'il est difficile de se faire reconnaître comme artiste canadien anglophone, il est aussi difficile de se faire reconnaître comme artiste québécois francophone, et la visibilité que Radio-Canada donne à ces artistes est très avantageuse pour tout le monde.

Le président : Encore une fois, il est assez évident que la nature distincte de Radio-Canada français fait qu'un modèle « un pour tous » chez CBC/Radio-Canada dans le domaine de la musique numérique est un rêve inatteignable.

M. Albert : C'était difficile en 2012 lorsqu'ils ont lancé le service CBC Music, et ce le sera encore plus aujourd'hui avec l'arrivée des services internationaux qui ont des moyens beaucoup plus grands pour offrir des services qui répondent mieux aux auditoires canadiens.

Du côté francophone, effectivement, nous jugeons, et je pense que la grande majorité des gens s'entendra là-dessus, que les services que Radio-Canada offrent dans le segment de la musique sont beaucoup plus différenciés et répondent à un besoin beaucoup plus marqué que ce que fait la CBC du côté anglophone.

Le président : Je me souviens de la transaction; vous faisiez partie des meubles en ce sens que, quand ils ont acheté Galaxie, ils ont acheté le vice-président aussi. Vous avez suivi votre produit. Le sénateur Housakos a été très gentil et vous a posé la question à savoir si Radio-Canada avait respecté ses engagements envers l'acheteur. Aviez-vous l'impression, à ce moment-là, que vous alliez faire quelque chose et que personne n'allait vous remplacer dans cette tâche à la CBC?

M. Albert : C'est une très bonne question. Premièrement, c'était une question que nous avions abordée dans le cadre de la plainte que nous avons déposée auprès du CRTC. L'une des positions de Radio-Canada ou de la CBC, à ce moment-là, était de dire que nous utilisions la voie réglementaire pour régler un différend commercial. Il y avait une entente de non-concurrence avec la CBC lorsque les services ont été vendus à Stingray. La question est de savoir si le service de CBC Music, dans sa forme actuelle, fait concurrence directement à un service comme celui de Stingray. On n'a pas choisi d'aller devant les tribunaux pour faire établir un verdict à ce sujet. On considère la CBC comme un concurrent, tout comme on considère tous les services qui viennent de l'international comme des concurrents également.

Le président : Dans la vision très limitée du CRTC, les concurrents qui viennent de l'Internet ne constituent pas un problème, mais en ce qui concerne la transaction commerciale dans laquelle vous étiez concerné, il est évident qu'il y a un changement d'environnement, car il y a un changement d'environnement dans le domaine des technologies. Je pose la question. Pour Radio-Canada, il a été facile de ne pas respecter nécessairement ses ententes avec vous, car elle pouvait mettre cela sur le dos, encore une fois, de la compétition internationale qui n'est pas réglementée par le CRTC.

M. Albert : Effectivement, c'est aussi la position qu'elle a prise, qu'elle devait offrir des services sur Internet pour répondre aux besoins changeants des consommateurs. Par contre, elle avait quand même fait une entente commerciale à ce moment-là. À savoir si elle la respecte ou non, ce n'est pas notre but, aujourd'hui, de nous prononcer à ce sujet.

Oui, elle a des engagements et, honnêtement, d'un point de vue personnel, ce que Radio-Canada fait sur Internet aujourd'hui, elle le fait parce qu'elle n'a pas le choix. Elle doit être là, sinon elle n'aura absolument aucune raison d'être. Est-ce que cela nous fait concurrence directement? Oui. Est-ce que cela a un impact majeur dans le quotidien? Plus ou moins. Est-ce qu'on pense qu'elle utilise des fonds publics pour faire concurrence au privé? Absolument. Si on parle de financer le service de CBC Music, qui coûte de 5 à 6 millions de dollars par année, il n'y a pas beaucoup de gens dans le secteur privé qui élaboreraient un plan d'affaires pour justifier un tel investissement, surtout si le service tend à offrir la même chose que ce que font déjà les diffuseurs privés, c'est-à-dire d'offrir des artistes américains qui n'ont pas de différenciation.

Le président : Merci.

Sénatrice Unger.

[Traduction]

La sénatrice Unger : Merci, monsieur Albert. Votre exposé était fort impressionnant.

Stingray a pris de l'expansion à un rythme que la plupart des entreprises ne pourraient qu'envier. Depuis 2007, vous affichez 100 millions de dollars en profit chaque année.

M. Albert : En revenus.

La sénatrice Unger : En revenus, pardonnez-moi. Vous avez néanmoins pris de l'expansion. En lisant un article dans la presse il y a une semaine, j'ai été impressionnée par ce que vous avez accompli.

Est-ce que CBC/Radio-Canada était si inefficace dans ce qu'elle faisait que vous avez décidé de prendre la relève ou de passer un accord avec elle, sachant de toute évidence qu'il existait des occasions de réaliser des profits dont la société n'était pas consciente? Pourriez-vous nous en dire davantage à ce sujet et nous parler des avantages dont vous jouissez aujourd'hui par rapport à ceux dont CBC/Radio-Canada aurait pu se prévaloir?

M. Albert : Volontiers.

La sénatrice Unger : Ma deuxième question est la suivante : vous menez des activités à l'étranger. Selon vous, a-t-on tiré dans d'autres pays des leçons dont il serait utile d'informer le comité?

M. Albert : Excellentes questions. En ce qui concerne votre première question, je ne suis pas certain que CBC/Radio-Canada soit si inefficace. Comme je l'ai indiqué précédemment, pour élargir ses activités à l'échelle mondiale, la société aurait dû prendre certaines démarches, comme obtenir un décret, pour pouvoir offrir Galaxie à l'extérieur du Canada. Cela ne s'inscrit pas dans son mandat. Je ne suis pas certain si CBC/Radio-Canada considérait à l'époque qu'il était prioritaire d'élargir le service de Galaxie à l'étranger, ce que Stingray a, à l'évidence, vu comme une occasion formidable.

Comme je l'ai souligné plus tôt, le domaine de la musique devient de plus en plus mondialisé. Pour y être un acteur pertinent et crédible, y compris au Canada, il faut jouir d'une présence qui s'étend à l'échelle internationale. Comme CBC/Radio-Canada ne pouvait le faire, je pense que c'était essentiellement pour elle une entrave qui l'a, dans une certaine mesure, empêchée de tirer pleinement parti de cette occasion.

Est-ce qu'une entreprise comme Stingray est plus souple qu'une société? Je dirais que oui. Mais à mon avis, Stingray est plus souple que presque n'importe quelle grande organisation qui doit peut-être composer avec des lourdeurs administratives et la bureaucratie.

Ce qui caractérise notre entreprise, c'est sa grande souplesse. Nous avons réalisé 23 acquisitions au cours des sept dernières années. Fort du soutien de nos investisseurs privés, nous pouvons saisir très rapidement les occasions que nous décelons, ce qui nous a été très bénéfique. Le mois dernier, par exemple, nous avons conclu deux transactions, dont aucune ne faisait l'objet de discussions 90 jours plus tôt. Peu d'entreprises sur le marché peuvent agir aussi rapidement pour essentiellement profiter des occasions comme nous le faisons.

La sénatrice Unger : Selon vous, dans l'hypothèse où CBC/Radio-Canada devrait être privatisée — car je partage évidemment votre avis sur la souplesse des entreprises privées —, survivrait-elle si elle était privatisée afin de profiter de l'explosion des nouvelles technologies et de ce qu'elle sait déjà?

M. Albert : Je pense que je répondrais par l'affirmative. Reste à savoir comment elle pourrait se démarquer des autres diffuseurs privés qui existent aujourd'hui. Qu'offrirait-elle aux consommateurs qui ne leur est pas déjà proposé sur le marché? Si elle était privatisée, elle devrait survivre de la même manière que tout le monde survit, c'est-à-dire en générant des revenus grâce à la publicité, aux frais d'abonnement et à d'autres moyens, comme pas mal tout le monde le fait dans le secteur privé actuellement. Que CBC/Radio-Canada pourrait-elle faire pour se différencier en proposant quelque chose qui n'est pas offert actuellement? Je pense que ce serait le gros point d'interrogation.

Pour en revenir à votre deuxième question, nous avons déclaré publiquement que le Canada est pas mal le seul endroit où nous faisons directement concurrence au diffuseur public. Comme je l'ai dit, CBC Music, dans sa forme actuelle, fait directement concurrence aux entreprises privées sur le marché. Nous servons une centaine de pays aujourd'hui, et dans aucun d'entre eux nous n'avons eu à faire concurrence au diffuseur public pour un service exactement comparable à ce qui est déjà offert sur le marché.

La sénatrice Unger : Est-ce que CBC/Radio-Canada devrait alors suivre l'exemple de PBS, aux États-Unis? Serait-ce une meilleure solution pour elle que de chercher à faire concurrence?

M. Albert : PBS est un modèle intéressant, car si on regarde ce qu'il fait dans le domaine de la musique, on constate qu'il est probablement un des plus importants producteurs de contenu musical aux États-Unis actuellement. Comme je l'ai fait remarquer, nous achetons du contenu produit par PBS afin de le diffuser et de le distribuer sur nos plateformes existantes. Ainsi, plutôt que de faire concurrence à PBS, nous nous associons dans une certaine mesure à ses producteurs de contenu afin d'offrir ce même contenu non seulement aux États-Unis grâce à des modes de distribution différents — comme nos plateformes mobiles et en ligne —, mais également à l'échelle internationale, où nous pouvons offrir ce contenu à nos 120 millions d'abonnés.

Nous avons proposé exactement la même chose dans notre exposé ce matin. Les voutes de CBC/Radio-Canada, si on peut les appeler ainsi, regorgent d'excellent contenu que la société pourrait dépoussiérer et diffuser non seulement au Canada, mais à l'étranger également.

Le sénateur Plett : Je poserais juste quelques questions vraiment brèves. Combien d'abonnés avez-vous au Canada? Vous l'avez peut-être indiqué.

M. Albert : Nous comptons un peu plus de 10,5 millions d'adonnés, c'est-à-dire essentiellement 100 p. 100 des ménages ayant adopté la technologie numérique.

Le sénateur Plett : Très bien. Déployez-vous un effort particulier pour offrir du contenu canadien?

M. Albert : Eh bien, nous devons respecter les conditions de la licence délivrée par le CRTC.

Le sénateur Plett : En quoi consistent ces conditions?

M. Albert : Chaque chaîne que nous produisons au Canada, c'est-à-dire essentiellement la majorité de nos chaînes actuellement, doit offrir 35 p. 100 de contenu canadien dans l'ensemble de sa programmation. Nous proposons 19 chaînes en langues étrangères, comme le pendjabi, l'arabe, l'italien, l'espagnol et d'autres langues. Il est évidemment un peu plus compliqué d'y offrir du contenu canadien, mais si on tient compte de l'offre actuelle, la majorité des fournisseurs comme Bell, Vidéotron ou Rogers proposent une cinquantaine de chaînes. Nous devons offrir 35 p. 100 de contenu canadien dans l'ensemble de ces 50 chaînes. Pour ce qui est du contenu francophone, l'exigence est de 25 p. 100; nous devons donc offrir 25 p. 100 de notre contenu en français.

Pour ce qui est des efforts supplémentaires, nous avons commencé à produire, il y a environ six mois, ce que nous appelons « PAUSE/PLAY », une initiative dans le cadre de laquelle des artistes canadiens viennent dans nos bureaux de Montréal ou de Toronto, peu importe l'endroit, afin que nous enregistrions avec eux une entrevue et une interprétation que nous diffusons essentiellement sur nos plateformes afin d'y faire découvrir des artistes canadiens relativement inconnus.

L'avantage que nous avons, si on peut l'appeler ainsi, c'est que près de 60 p. 100 des Canadiens écoutent Galaxie chaque semaine, selon la période de l'année; mais c'est de 40 à 60 p. 100 en moyenne. Si on applique ce pourcentage aux 10,5 millions de ménages en présumant qu'il s'y trouve 2,5 personnes, peu importe en quoi consistent les données démographiques sur les ménages, près de 10 millions de gens ont aujourd'hui accès à de la musique canadienne par l'entremise du service de musique de Galaxie ou de Stingray. Nous apportons donc une contribution substantielle à l'industrie.

Le sénateur Plett : Comment déterminez-vous la popularité d'un artiste ou certainement d'un album? Comment établissez-vous cette popularité?

M. Albert : Voilà une excellente question. Il y a des gens bien plus intelligents que moi pour le faire. Nous disposons d'une équipe de programmeurs à Montréal et au Canada dont la tâche consiste essentiellement à dénicher les chansons et les artistes prometteurs. Cette équipe comprend actuellement environ 25 personnes à Montréal, et nous avons un réseau d'une cinquantaine de personnes, principalement au Canada, mais aussi à l'étranger, mandatées pour trouver le contenu qui sera diffusé sur la plateforme.

Le sénateur Plett : À titre de diffuseur privé ou d'organisation privée, si un artiste ou une pièce n'est pas populaire, vous en cessez la diffusion?

M. Albert : En fait, oui, du point de vue commercial. Mais si on considère les chaînes que nous offrons actuellement, au Québec, par exemple, nous proposons une chaîne de musique country francophone, que certaines personnes écoutent, mais ce n'est certainement pas notre chaîne la plus écoutée. Nous servons donc des créneaux dans une certaine mesure, même s'ils ne présentent peut-être pas un intérêt commercial de masse.

Nous offrions une chaîne celtique à un moment donné. Personne n'en proposait au Canada. Nous offrons une chaîne de musique chrétienne, qui est un peu limitée également. Nous servons des créneaux et nous proposons à cet égard une gamme de produits assez large, notamment, comme je l'ai souligné, les 19 chaînes internationales destinées à certaines minorités linguistiques. Ces chaînes sont, par exemple, accessibles sur Telus, Shaw et MTS. Un grand nombre de communautés qui n'auraient pas de chaîne de musique pendjabi peuvent y avoir accès grâce au service de Galaxie.

Le sénateur Plett : Merci beaucoup de votre exposé.

Le sénateur MacDonald : Monsieur Albert, je suis certainement enchanté que les anciens actifs de Galaxie soient entre vos mains. Je pense qu'ils se trouvent en de bonnes mains, mais je me demande où vous voyez l'entreprise dans cinq-ans. Pouvez-vous survivre dans ce marché ou envisagez-vous de renforcer l'entreprise au point où vous pourriez la revendre en faisant un joli profit?

M. Albert : Voilà encore une excellente question. Où en sera l'entreprise dans cinq ans? Nous allons poursuivre notre croissance en faisant des acquisitions. Comme je l'ai indiqué, nous en avons fait 23 au cours des sept dernières années. Ces deux dernières années, la majorité des acquisitions se font faire dans les marchés internationaux. Nous avons annoncé il y a deux semaines, il me semble, une autre acquisition dans le marché sud-américain, où l'industrie de la télévision connaît une croissance fulgurante. Comparativement au Canada et aux États-Unis, où le nombre d'abonnés stagne un peu, le marché de l'Amérique latine croît au rythme de 20 à 25 p. 100 tous les six mois. Nous investissons donc considérablement dans ces marchés émergents. L'Amérique latine, le Moyen-Orient et l'Afrique nous présentent également de belles occasions, tout comme l'Europe de l'Est, la Russie et l'Asie. Nous y dénichons des acquisitions potentielles, si l'on veut, afin de nous y établir. Nous allons donc continuer de croître.

Il y a également des occasions de lancer un premier appel public à l'épargne. Ce n'est certainement pas un objectif. Eric Boyko, chef de la direction et fondateur de l'entreprise, est assurément un de ces entrepreneurs qui souhaitent garder les entreprises au Canada et au Québec. Une revente, pour reprendre le terme que vous avez employé, ne semble pas s'inscrire à nos objectifs à court terme.

Le sénateur Plett : Pourrais-je poser une autre question?

Vous avez acheté Galaxie de CBC/Radio-Canada?

M. Albert : Juste les actifs.

Le sénateur Plett : Les actifs; fort bien. Est-ce que d'autres parties de CBC/Radio-Canada pourraient être vendues?

M. Albert : C'est une question intéressante. Honnêtement, je n'en suis pas entièrement sûr. Stingray aurait-elle un intérêt quelconque à acquérir d'autres actifs de CBC/Radio-Canada? La société a récemment vendu une chaîne, dont le nom m'échappe, à Blue Ant Media, qui est une de nos compagnies partenaires au Canada. Nous considérons Blue Ant comme étant très complémentaire à nos activités. Y a-t-il des gens pour acheter des actifs de CBC/Radio-Canada? C'est possible, mais je suppose que c'est à des gens comme vous qu'il revient de décider si ces actifs devraient être vendus ou non.

Le président : Merci, monsieur Albert.

Mesdames et messieurs, nous nous réunissons demain à 13 heures à Montréal, pour ceux d'entre nous qui assistons à cette séance, et nous aurons une liste de témoins qui a été rendue publique. Nous poursuivrons nos audiences à Montréal jeudi matin et nous visiterons CBC/Radio-Canada en après-midi. Pour ceux qui suivent nos procédures, il y a une petite saga qui entoure les costumes. CBC/Radio-Canada vend bel et bien des actifs. Parfois, elle se contente de mettre la clé sous la porte, et un entrepôt de costumes qui existe depuis toujours semble susciter une certaine controverse à Montréal; j'ai donc demandé au greffier d'ajouter, si possible, cette visite jeudi après-midi.

(La séance est levée.)


Haut de page