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AGFO - Comité permanent

Agriculture et forêts

 

Délibérations du Comité sénatorial permanent de
l'Agriculture et des forêts

Fascicule no 2 - Témoignages du 25 février 2016


OTTAWA, le jeudi 25 février 2016

Le Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts se réunit aujourd'hui, à 8 h 1, pour poursuivre son étude sur les priorités pour le secteur agricole et agroalimentaire canadien en matière d'accès aux marchés internationaux.

Le sénateur Donald Neil Plett (président suppléant) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président suppléant : Honorables sénateurs, je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent de l'agriculture et des forêts. Je m'appelle Donald Neil Plett, du Manitoba, président suppléant du comité.

Je vais tout d'abord demander à mes collègues de se présenter, en commençant par ma bonne amie de la Saskatchewan.

La sénatrice Merchant : Bonjour et bienvenue. Je m'appelle Pana Merchant, de la Saskatchewan.

[Français]

La sénatrice Tardif : Claudette Tardif, de l'Alberta.

[Traduction]

La sénatrice Beyak : Lynn Beyak, de l'Ontario.

Le sénateur Oh : Victor Oh, de l'Ontario.

La sénatrice Unger : Betty Unger, de l'Alberta.

Le sénateur McIntyre : Paul McIntyre, du Nouveau-Brunswick.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Jean-Guy Dagenais, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Ogilvie : Kelvin Ogilvie, de la Nouvelle-Écosse.

Le président suppléant : Nous poursuivons aujourd'hui l'étude que nous avions commencée lors de la dernière législature sur les priorités pour le secteur agricole et agroalimentaire canadien en matière d'accès aux marchés internationaux. Le secteur agricole et agroalimentaire canadien joue un rôle important dans l'économie du pays. En 2013, un travailleur canadien sur huit, soit plus de 2,2 millions de personnes, était employé dans ce secteur qui contribue à près de 6,7 p. 100 du produit intérieur brut canadien. Sur la scène internationale, le secteur agricole et agroalimentaire canadien était responsable en 2014 de 3,6 p. 100 des exportations mondiales de produits agroalimentaires. Toujours en 2014, le Canada était le cinquième plus important exportateur de produits agroalimentaires dans le monde.

Nous accueillons en premier aujourd'hui Mme Marie-Ève Levert de l'Association pour le commerce des produits biologiques du Canada. Je vous remercie d'avoir accepté notre invitation à comparaître, et je vous invite maintenant à faire votre exposé. Ensuite, les sénateurs vous poseront des questions.

Marie-Ève Levert, gestionnaire, Affaires internationales et réglementaires, Association pour le commerce des produits biologiques du Canada : Bonjour, monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité. Je suis heureuse de témoigner devant votre comité pour la première fois, et je suis ravie d'être ici ce matin pour vous faire part du point de vue de mon organisme sur les priorités en matière d'accès aux marchés internationaux pour le secteur des produits biologiques.

En ma qualité de gestionnaire des affaires internationales et réglementaires de l'Association pour le commerce des produits biologiques du Canada, ou la COTA, je m'occupe de notre programme d'accès aux marchés étrangers. J'aide des entreprises canadiennes à explorer de nouveaux marchés à l'étranger, notamment aux États-Unis, en Europe et au Japon. Je siège à divers comités de l'industrie, dont la Table ronde sur la chaîne de valeur de l'industrie des produits biologiques. La COTA collabore également avec la Grappe scientifique biologique, la Fédération biologique du Canada et l'organisme Cultivons biologique Canada.

La COTA est constituée de membres et représente les intérêts d'agriculteurs, de fabricants, d'inspecteurs, d'exportateurs, de distributeurs et d'organisations provinciales du secteur des produits biologiques. L'association considère les mesures commerciales progressives comme un moyen d'étendre et de renforcer le marché des produits biologiques au Canada et à l'étranger, tout en améliorant la compétitivité de nos agriculteurs et de nos entreprises.

Les plus récentes statistiques montrent que le marché mondial des produits biologiques s'évalue maintenant à plus de 80 milliards de dollars en vente aux consommateurs par année. Le marché canadien est le cinquième plus important dans le monde et s'évalue à plus de 4 milliards de dollars par année. La valeur moyenne de nos exportations de produits biologiques est de plus de 558 millions de dollars par année.

Pour avoir accès aux marchés étrangers, le Canada a négocié des accords sur l'équivalence avec ses partenaires commerciaux. Ces accords bilatéraux se fondent sur la reconnaissance mutuelle des normes et de la réciprocité en matière de produits biologiques. Nous avons maintenant conclu de tels accords avec les États-Unis, l'Union européenne, la Suisse, le Costa Rica et, depuis l'an dernier, le Japon. Le Canada est un chef de file dans la signature d'accords commerciaux concernant les produits biologiques.

Depuis 10 ans, les ventes de produits biologiques connaissent une croissance continue d'au moins 10 p. 100 au Canada, mais notre plus grand défi demeure d'avoir un approvisionnement inadéquat. Le nombre de cultivateurs de produits biologiques a légèrement augmenté au cours des deux dernières années, mais la croissance de la base de production n'est pas suffisante pour répondre à celle de la demande. Nous avons besoin de plus de cultivateurs et d'acres pour approvisionner nos fabricants et nos entreprises de transformation.

Il y a trois éléments clés en vue d'assurer une amélioration durable de nos capacités de production. Il faut accroître l'approvisionnement en aidant les agriculteurs à faire la transition vers la culture biologique; il nous faut des données fiables pour mesurer nos succès et saisir de nouvelles occasions; et il faut maintenir nos accords sur l'équivalence. Ces éléments sont aussi liés à la compétitivité et à la rentabilité du secteur des produits biologiques.

Pour accroître l'approvisionnement, il faut aider les agriculteurs à faire la transition vers la culture biologique. Cette transition peut prendre jusqu'à trois ans, ce qui peut être onéreux et avoir un effet perturbateur pour les cultivateurs qui ne peuvent pas encore toucher la prime biologique pour leur récolte. L'Union européenne et les États-Unis ont aidé durant plus de 15 à 20 ans leurs agriculteurs en ce qui a trait aux coûts de transition et de certification, et cette aide leur permet maintenant de jouir d'une solide base de cultivateurs.

Par exemple, notre partenaire commercial américain a élaboré en 2002 le National Organic Certification Cost Share Program, qui assume jusqu'à 75 p. 100 des coûts de certification. L'Agriculture Act of 2014 a affecté plus de 57 millions de dollars à ce programme.

La création d'un tel programme national à frais partagés au Canada permettrait de nous assurer que notre industrie est sur le même pied d'égalité sur le plan de la compétitivité. Cela contribuerait aussi à renforcer notre capacité et à combler les lacunes liées à l'approvisionnement dans le secteur des produits biologiques.

Compte tenu des cinq présents accords sur l'équivalence des produits biologiques dans le monde, le secteur canadien des produits biologiques doit pouvoir mesurer son succès et comprendre les effets de ses équivalences sur son marché intérieur. Les renseignements actuels sur les exportations et les importations de produits biologiques et la production nationale sont fragmentaires et incomplets.

La COTA collabore avec Statistique Canada et AAC en vue de créer une série de nouveaux codes du Système harmonisé pour quantifier la valeur et le volume de nos échanges commerciaux, et nous espérons que les autorités donneront suite à nos demandes. Pour l'instant, Statistique Canada n'a pas donné écho à nos demandes en vue d'accroître le nombre et la pertinence des questions relatives à la production biologique dans le Recensement de l'agriculture de 2016.

Nous ne saurions trop insister sur la nécessité d'avoir des données régulières, cohérentes et fiables pour prendre de meilleures décisions quant aux affaires, aux politiques et aux programmes.

Maintenir nos équivalences avec d'autres pays et en conclure avec d'autres pays clés, notamment la Corée du Sud, sont cruciaux en vue de donner accès à ces marchés aux entreprises canadiennes. Le renouvellement de notre accord avec les États-Unis est prévu dans quelques années. À l'occasion de notre prochain cycle de négociations, nous devons tenir compte de la spécificité du Régime Bio-Canada et nous assurer du maintien du concept des écarts importants avec les Américains.

Le Canada est l'un des principaux marchés mondiaux pour les produits biologiques. En vue de maintenir notre position de chef de file et de continuer d'accroître notre part de marché international, nous devons mettre en place un meilleur approvisionnement d'un bout à l'autre du pays et élaborer des programmes de soutien à l'intention de ceux qui débutent dans l'industrie. L'augmentation de notre approvisionnement en matière de produits biologiques et de sa résilience est le tremplin vers la compétitivité et la rentabilité du secteur des produits biologiques.

Je vous remercie énormément de nous avoir invités aujourd'hui. Je serai ravie de répondre à toutes vos questions concernant mon secteur.

Le président suppléant : Merci beaucoup, madame Levert, de votre exposé.

J'ai une très petite question avant de céder la parole à mes collègues. Êtes-vous agricultrice?

Mme Levert : Non. Je ne suis pas agricultrice.

Le président suppléant : Et vous ne l'avez jamais été?

Mme Levert : Jamais été.

La sénatrice Unger : Bonjour. Merci de votre exposé. Ma question porte sur un aspect dont vous n'avez pas parlé, soit les produits laitiers qui relèvent d'AAC. Est-ce un aspect qui vous concerne?

Mme Levert : Les produits laitiers biologiques sont de notre ressort. Oui.

La sénatrice Unger : Les produits laitiers représentaient 28 p. 100 du marché mondial des produits biologiques en 2010, et il s'agit de la plus importante contribution à ce marché. Si le PTP est ratifié, pensez-vous qu'il vous sera plus facile de tirer profit des marchés d'exportation en ce qui concerne les produits laitiers? Dans l'affirmative, pourquoi?

Mme Levert : Les accords commerciaux comme le PTP n'interfèrent pas avec nos accords sur l'équivalence. Ils élimineront certains tarifs douaniers que nous avons peut-être par rapport à d'autres pays, mais c'est essentiellement l'accord sur l'équivalence des produits biologiques qui aide les producteurs de produits laitiers biologiques à faire des exportations. Si nous n'avons pas d'accord sur l'équivalence avec l'autre pays, les producteurs doivent être certifiés en conformité avec les normes de l'autre pays, et cela n'en vaut normalement pas la peine pour eux.

La sénatrice Unger : Quelle est la différence entre le lait biologique et le lait non biologique? Le lait biologique provient-il de vaches biologiques spéciales? Pourriez-vous nous l'expliquer?

Mme Levert : Oui. Le lait biologique provient de fermes laitières qui sont certifiées en conformité avec les normes biologiques. Ces fermes doivent respecter certaines exigences au sujet de leurs vaches et des aliments pour animaux. Ces producteurs laitiers doivent les nourrir avec des aliments biologiques pour animaux. Ils ne peuvent pas utiliser de maïs ou de soja modifiés génétiquement dans l'aliment composé. Il y a aussi une série de règles visant le bien-être des vaches. Ces fermes doivent satisfaire à des normes différentes.

La sénatrice Unger : J'ai une dernière petite question. Cette production est-elle soumise à la gestion de l'offre?

Mme Levert : Les producteurs de lait biologique sont soumis à la gestion de l'offre.

La sénatrice Unger : C'est donc utile.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Merci, madame Levert, pour votre présentation. J'imagine que vous êtes au courant qu'il y a plusieurs secteurs agroalimentaires qui reçoivent de l'aide gouvernementale à différents niveaux. Pourriez-vous nous dire si vous recevez une aide semblable et faire la comparaison, par exemple, entre le secteur traditionnel et le secteur biologique en ce qui a trait à l'aide gouvernementale? Par la suite, j'aurai une autre courte question à vous poser.

Mme Levert : Je peux vous dire que mon organisation, mon association, est financée par nos membres. Cependant, en ce qui concerne les programmes liés à l'exportation, nous recevons du financement du Programme Agri-marketing. Donc, nous recevons un certain financement de la part du gouvernement fédéral.

Le sénateur Dagenais : Qu'en est-il de la filière traditionnelle? Est-ce qu'elle reçoit un financement semblable ou plus important?

Mme Levert : Puisque notre association représente l'ensemble de la chaîne de valeurs des produits biologiques, comparativement à d'autres secteurs, nous recevons moins d'argent, si nous prenons la chaîne des valeurs agricoles au Canada dans son ensemble.

Le sénateur Dagenais : Comment êtes-vous perçus par les États-Unis en ce qui concerne les produits biologiques? Si vous aviez des recommandations à nous faire qui pourraient vous aider, quelles seraient-elles? Par exemple, dans le cadre de l'Accord transpacifique, notre principal marché est représenté par les États-Unis. J'imagine que vous vendez beaucoup de produits aux États-Unis. Alors, comment les Américains vous perçoivent-ils?

Mme Levert : Par rapport aux États-Unis, nous avons un accord d'équivalence qui signifie que nos producteurs, nos transformateurs et nos compagnies biologiques peuvent utiliser le logo Bio Canada ou le logo USDA. Donc, il n'y a pas d'hostilité; c'est très facile pour nous d'exporter aux États-Unis. C'est l'un des plus grands marchés, et la recommandation la plus importante, en fait, c'est de maintenir notre équivalence. Au cours de la prochaine année ou des deux prochaines années, nous devrons renouveler notre équivalence, et il sera important de le faire. Les produits biologiques seront régis par la Loi sur la salubrité des aliments au Canada. Lorsque la loi sera entrée en vigueur, il faudrait qu'il n'y ait pas de problèmes et que nous puissions signer notre entente encore une fois.

[Traduction]

Le sénateur Oh : Merci, monsieur le président. Merci de votre exposé. Le mot « biologique » a une bonne consonance. C'est bon pour mes petits-enfants, mais je crois qu'il est trop tard pour nous tous autour de cette table.

Mme Levert : Trop tard?

Le sénateur Oh : Il s'agit d'un important marché de 64 milliards de dollars par année, et le Canada est le quatrième plus important producteur d'aliments biologiques. Comment supervisons-nous ce marché? Un marché de 64 milliards de dollars, ce n'est pas banal. Y a-t-il beaucoup de producteurs d'aliments biologiques qui réussissent à produire suffisamment pour répondre à l'offre et à la demande? Qui surveille chaque pays dans lequel des aliments biologiques sont produits?

Mme Levert : Chaque pays a ses propres normes en la matière, et cela varie, mais c'est normalement supervisé par le gouvernement. Par exemple, le Régime Bio-Canada est du ressort de l'ACIA. Chaque pays est chargé de mettre en œuvre ses propres normes et de s'assurer que leurs producteurs et leurs cultivateurs les respectent comme il se doit.

Le sénateur Oh : Quels sont les défis liés au marché mondial avec lesquels vous êtes aux prises?

Mme Levert : Depuis quelques années, nous avons un problème concernant notre équivalence avec l'Europe, qui était asymétrique. Cela signifiait que les autres produits pouvaient être importés au pays, soit des produits entièrement européens ou des produits contenant des ingrédients de partout dans le monde qui étaient certifiés en conformité avec les normes biologiques de l'Union européenne.

L'équivalence était asymétrique, parce que nous ne pouvions qu'exporter des produits qui étaient entièrement canadiens et faits entièrement d'ingrédients canadiens. Nous travaillons d'arrache-pied avec l'ACIA pour corriger cette équivalence, et nous pensons y arriver dans les prochains mois. C'est une bonne nouvelle pour nos entreprises de transformation et nos producteurs canadiens.

Le sénateur Oh : Êtes-vous d'accord pour dire que la jeune génération, soit celle de mon fils, est très biologique? Je suis allé manger chez lui, et il m'a annoncé que tout ce qui serait servi ce soir était biologique.

Mme Levert : Les produits biologiques plaisent à la jeune génération, mais notre étude montre qu'ils plaisent aussi aux nouveaux parents, et c'est normalement les nouveaux parents qui achètent en premier des aliments biologiques pour leurs jeunes. À mesure que la famille grandit, ils continuent d'acheter certains produits biologiques clés pour leur famille.

La sénatrice Merchant : Merci de votre présence devant notre comité.

Le sénateur Oh dit que le mot « biologique » a une bonne consonance et mentionne que ses enfants servent des aliments biologiques.

Dans mon cas, lorsque j'hésite, par exemple, entre une carotte biologique et une carotte régulière, que se passera-t-il si je choisis de manger la carotte régulière? Quelle est la différence? Par exemple, dans le cas du poisson, des gens nous préviennent de ne pas consommer d'espadon, parce qu'il contient tant de parties par million de mercure. Ils essayent de nous faire comprendre la différence entre les espèces de poisson.

Devrait-il y avoir un avertissement sur la carotte non biologique, à savoir que, si vous la consommez, vous ingérez aussi des produits nocifs? Est-ce meilleur pour la santé ou s'agit-il simplement d'une tendance? Est-ce parce que c'est plus cher? Lorsque je vais acheter du lait et que je vois que le lait biologique est deux fois plus cher, j'en achète parfois, parce que je me dis que je bois cela et que je me demande pourquoi je devrais m'en priver. Je vais peut-être me priver de quelque chose d'autre.

Qu'est-ce que nous entendons exactement par « biologique »? Vous avez dit que vous aviez une croissance d'au moins 10 p. 100. Pourquoi est-ce le cas? Comment cela est-il mesuré? Vous avez dit que les normes varient d'un pays à l'autre. Cela ne peut donc pas tout simplement être quelque chose qui... Je ne le comprends pas.

Mme Levert : Les normes varient d'un pays à l'autre. Voilà pourquoi nous concluons des accords sur l'équivalence. Lorsque nous négocions de tels accords, nous examinons les normes des deux pays pour nous assurer qu'elles sont harmonisées et voir s'il y a des écarts importants dont nous devons être au courant.

Par exemple, les autorités américaines considèrent la culture hydroponique comme une culture biologique. Ce type de culture peut être certifié biologique, alors que ce n'est pas le cas au Canada. Les Américains autorisent l'utilisation du salpêtre du Chili comme pesticide, alors que ce n'est pas le cas des autorités canadiennes. Il y a donc des écarts. Lorsque nous négocions l'équivalence, nous nous concentrons sur ces éléments. Nous nous assurons que les normes des deux pays sont harmonisées. Si quelque chose ne l'est pas, nous incluons des écarts importants dans nos échanges.

La sénatrice Merchant : Quelle est la différence entre boire du lait biologique et du lait non biologique? Qu'est-ce que je fais subir à mon corps en buvant du lait régulier?

Mme Levert : Les gens consomment des aliments biologiques pour diverses raisons. Le Régime Bio-Canada impose des normes qui interdisent les OGM et les pesticides et permet l'utilisation de certaines substances. Il y a une liste stricte de substances que les cultivateurs peuvent utiliser dans leur production ou que les fabricants peuvent utiliser dans leurs produits.

Lorsque vous décidez d'acheter des produits biologiques, vous décidez d'acheter des produits qui ont été certifiés en conformité avec les normes, qui sont plus écologiques, de notre point de vue, mais aussi des produits pour lesquels le producteur n'a pas utilisé de pesticides ou d'OGM. Ce sont les trois principales raisons pour lesquelles des gens achètent des produits biologiques.

Le président suppléant : Je vais essayer de formuler ainsi ma question. Ce que je vous entends dire, c'est que vous n'utilisez pas de pesticides pour aider à la croissance des produits biologiques. Les agriculteurs qui cultivent des produits biologiques sont donc plus écologiques. Les aliments ne sont pas nécessairement meilleurs au final; c'est la manière dont les aliments sont cultivés qui est plus écologique. Est-ce bien ce que vous dites?

Mme Levert : Le Régime Bio-Canada est une norme axée sur les processus. Cela concerne la manière dont sont cultivés les aliments. Des études démontrent que certains aliments biologiques sont meilleurs pour la santé et contiennent plus de nutriments. Je n'ai pas ces études avec moi, mais la norme biologique est axée sur les processus.

[Français]

Le sénateur McIntyre : Je vous remercie pour votre exposé, madame Levert. Comme vous l'avez mentionné, le secteur des aliments biologiques a connu une croissance importante et, au Canada, la consommation des produits biologiques a augmenté plus rapidement que la production. Je comprends que nous offrons des produits biologiques canadiens et des produits biologiques importés. Comment la demande croissante des produits biologiques est-elle comblée au Canada? Comment estimez-vous la compétitivité des produits biologiques canadiens par rapport à ceux qui sont importés?

Mme Levert : Votre première question porte-t-elle sur la part des produits importés dans notre assiette? Cela dépend des catégories d'aliments. Par exemple, les légumes font généralement partie de la catégorie d'aliments qu'on achète le plus localement. Ensuite, les produits transformés proviennent d'un peu partout dans le monde. En 2013, une estimation réalisée dans le cadre d'une étude sur l'alimentation et le marché biologiques au Canada a révélé qu'environ 52 p. 100 des produits sont importés et 48 p. 100 proviennent du Canada. Puisque nous disposons de très peu d'information sur l'importation et l'exportation, il est difficile pour moi de vous donner plus de précisions. Nous souhaitons obtenir de meilleures données pour mieux comprendre ce qu'on importe et ce qu'on exporte puisque, à l'heure actuelle, nous avons un manque à gagner. C'est la raison pour laquelle il nous faut des données supplémentaires.

Le sénateur McIntyre : Ma deuxième question porte sur la révision des normes liées à l'agriculture biologique. Pouvez-vous nous renseigner sur les principaux changements apportés aux normes liées à l'agriculture biologique au Canada? Pouvez-vous nous expliquer très brièvement le processus de certification biologique, et comment les produits sont-ils certifiés?

Mme Levert : Il y a une période de transition de trois ans. Les produits sont certifiés. Tout producteur ou transformateur qui souhaite obtenir une certification doit en faire la demande auprès d'un organisme de certification. Les organismes de certification sont agréés par l'ACIA, qui inspectera sur place les producteurs ou les transformateurs afin de vérifier qu'ils respectent les normes biologiques.

La sénatrice Tardif : Bonjour, madame Levert. Je vous remercie de votre présentation. Vous avez indiqué que la production biologique ne suffit pas à la demande. À votre avis, quels sont les facteurs qui limitent l'expansion du secteur? Que pourriez-vous nous recommander afin d'assurer cette transition vers la production biologique?

Mme Levert : L'un des facteurs les plus prohibitifs est le coût lié aux mesures de transition pour le producteur ou l'agriculteur. Cela peut prendre jusqu'à trois ans et, pendant cette période, l'agriculteur cultive ses produits selon les normes, mais il ne peut pas bénéficier de la plus-value pour les produits biologiques. Donc, ces trois années de transition peuvent être difficiles financièrement.

La sénatrice Tardif : Pourquoi trois ans?

Mme Levert : Selon les normes, il faut prévoir jusqu'à trois ans pour que la terre puisse être certifiée biologique. Il y a une liste de substances. Toutes les substances qui n'y figurent pas ne peuvent plus être appliquées sur le sol. Il faut prévoir jusqu'à trois ans pour s'assurer que le sol est exempt de ces agents.

La sénatrice Tardif : Quelle est la production certifiée biologique la plus courante au Canada?

Mme Levert : En fait, au Canada, il y a 3 766 agriculteurs. Les grandes cultures et les cultures de base, comme les fruits, les légumes et les céréales sont les plus nombreuses. Ensuite, il y a les transformateurs, qui sont au nombre de 1 500 au Canada.

La sénatrice Tardif : Les normes sont-elles identiques d'une province à l'autre au Canada?

Mme Levert : Nous avons fixé des normes nationales qui s'appliquent à toutes les personnes certifiées. Tous les producteurs ou toutes les entreprises au Canada qui font du commerce interprovincial ou à l'extérieur du pays et qui souhaitent obtenir la certification biologique doivent respecter la certification nationale. Dans certaines provinces, par exemple en Ontario, il n'y a pas de certification à l'échelle provinciale. Si un producteur produit à l'échelle de la province, il n'est pas soumis à la certification nationale.

La sénatrice Tardif : S'il ne vend pas à l'extérieur de la province, il n'a pas besoin d'obtenir une certification nationale?

Mme Levert : Non.

La sénatrice Tardif : Peut-il tout de même obtenir la certification?

Mme Levert : Absolument.

La sénatrice Tardif : Donc, il n'y a pas de cohérence en ce qui concerne les normes canadiennes?

Mme Levert : Oui, il y a une cohérence du point de vue des normes. Toutes les provinces qui appliquent des normes sont cohérentes sur le plan national. De plus, nous travaillons très fort avec les provinces qui tardent à faire ces démarches.

[Traduction]

Le sénateur Moore : Je suis récemment tombé sur un article concernant l'industrie agricole américaine des produits biologiques. Les statistiques sont intéressantes par rapport à ce que nous connaissons au Canada. Environ 1 p. 100 des terres agricoles aux États-Unis sert à la culture biologique, soit 14 000 fermes sur 2 millions, mais les ventes dans cette industrie sont passées de 3,6 milliards de dollars en 1997 à près de 40 milliards de dollars en 2014.

L'un des sénateurs en a parlé, et je crois que vous avez mentionné que cela prenait trois ans pour faire la transition entre la production traditionnelle et la production biologique. Au Dakota du Nord et au Minnesota, les autorités ont offert un modeste financement pour encourager les agriculteurs à faire cette transition. Un tel programme existe-t-il au Canada?

Mme Levert : Pas pour l'instant. C'est notre principale demande, parce que nous pensons que cela nous aidera. Nous avons des accords, et nous croyons que ce serait utile et que cela nous aiderait à être sur le même pied d'égalité que nos concurrents américains, étant donné que les États-Unis sont l'un de nos principaux marchés d'exportation.

Le sénateur Moore : La sénatrice Tardif vous a posé une question sur l'uniformité des normes au Canada. Pourriez- vous nous dire quelles provinces n'ont pas de normes?

Mme Levert : Je sais que l'Ontario n'en a pas.

Le sénateur Moore : Non?

Mme Levert : Non, et l'Alberta et la Saskatchewan n'en ont pas non plus. Certaines provinces, comme le Québec, ont instauré une norme avant même qu'il existe une norme nationale.

Le sénateur Moore : À propos du financement transitoire dont vous parlez, à qui en fait-on la demande? À qui vous adressez-vous? À Agriculture Canada?

Mme Levert : Oui. Nous espérons que cela sera prévu dans Cultivons l'avenir 3.

Le sénateur Moore : Votre organisation dispose de chiffres et de statistiques; vous êtes au courant de la situation. Est-ce que vous administrez les normes? Est-ce qu'en réponse à une demande, vous dites : « Oui, vous êtes qualifié »? Est-ce que vous pouvez certifier une province ou un agriculteur?

Mme Levert : Non, car nous sommes une association commerciale. Ce sont nos membres qui donneraient la certification; nous-mêmes ne certifions aucun producteur ni aucune province pour quoi que ce soit.

Le sénateur Moore : Qui se charge de la certification au Canada? Est-ce le ministre de l'Agriculture d'une province ou d'un territoire? Comment procède-t-on?

Mme Levert : Ce sont des organismes de certification indépendants qui s'en chargent, sous la surveillance de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'ACIA.

Le sénateur Moore : Sous la surveillance de l'ACIA?

Mme Levert : Oui.

Le sénateur Moore : Comme on l'a dit, les États-Unis sont notre marché principal. Est-ce que nous certifions nos producteurs biologiques en fonction des normes américaines afin qu'ils puissent être avantagés sur ce marché? Qui se charge de cet aspect de la certification?

Mme Levert : L'organisme compétent certifie que les producteurs se conforment à la norme nationale. Lorsque votre entreprise est certifiée conforme à la norme nationale, vous pouvez exporter vers les États-Unis aux termes d'un accord sur l'équivalence des produits biologiques.

Le sénateur Moore : Cette certification est accordée par l'ACIA, je suppose?

Mme Levert : La certification est accordée par un organisme indépendant, sous la surveillance de l'ACIA.

Le sénateur Moore : D'accord. Quel est le nombre total de fermes au Canada? Vous avez dit qu'il y a 3 600 fermes biologiques, je pense. Quel est le nombre total de fermes au Canada?

Mme Levert : Le chiffre le plus récent est de 3 700 et il y a actuellement 300 fermes en transition. Dans quelques années, il devrait atteindre 4 000.

Le sénateur Moore : Merci.

La sénatrice Beyak : Je pense que vous avez répondu à toutes mes questions, mais il m'en reste une à propos de la transition. Vous avez dit que le principal obstacle était l'insuffisance de l'offre et vous voulez encourager la transition. Votre principale demande porterait évidemment sur le financement pour aider les gens dans cette transition. Dans l'intervalle, quel est le meilleur moyen d'inciter les gens à opérer cette transition?

Mme Levert : Dans les Prairies, par exemple, un programme aide les producteurs conventionnels à faire la transition et à préparer une analyse de rentabilité. On peut, par exemple, les aviser des raisons pour lesquelles ce serait pour eux un bon investissement d'avoir une opération mixte. De cette façon, une partie de leur exploitation serait certifiée biologique et l'information se propagerait.

Beaucoup d'entreprises ont, par exemple, une pénurie de chanvre. Il y a une pénurie de chanvre biologique. Les producteurs sont ainsi invités à effectuer une analyse de rentabilisation pour voir s'il est possible d'obtenir davantage de revenus.

Le président suppléant : Avant de passer à la deuxième série de questions, j'aimerais en poser moi-même une ou deux.

J'ai rencontré il y a quelques mois un groupe de la province chinoise de Jilin qui souhaitait obtenir des produits biologiques. Le plus grave problème en Chine, qui l'empêche de répondre aux normes, est la qualité de l'air.

Je ne crois pas que les Chinois manquent de ressources pour aider les agriculteurs d'ici, s'il s'agit de les financer, je ne sais pas. Est-ce que cette possibilité a été envisagée? La Chine est un grand pays de 1,3 milliard d'habitants. Cela semblerait un fabuleux débouché pour les produits biologiques canadiens.

Mme Levert : La Chine a sa propre réglementation et a décidé d'instaurer, je ne sais pas quand exactement, ses propres normes biologiques. Dans ces circonstances, ceux qui souhaitent exporter en Chine devront se conformer aux normes chinoises. Malheureusement, les producteurs ont beaucoup de mal à faire venir un inspecteur chinois pour vérifier leurs cultures. Les Chinois ont leurs propres normes biologiques qui freinent l'accès à leur marché.

Les entreprises ont toutefois trouvé un ou deux moyens d'exporter. Il y a entre autres le commerce électronique et les zones franches chinoises vers lesquelles elles peuvent exporter directement. La Chine ayant ses propres exportations de produits biologiques, il est plus difficile d'exporter.

Le président suppléant : Je n'irai certainement pas dire à l'industrie biologique comment mener ses activités, mais vous dites que la situation n'est pas facile. Le 25 mars, j'aurai la chance de faire partie d'une délégation d'une dizaine de personnes qui se rendra en Chine. Le voyage par avion dure 13 heures. Je ne vois donc pas pourquoi il est si difficile de faire venir des inspecteurs de Chine s'il y a suffisamment d'acheteurs intéressés aux produits. Je suppose que nos producteurs seraient tout à fait disposés à se conformer aux normes.

Mme Levert : À mon avis, le problème ne vient pas de nous. Les gens essaient de faire venir des inspecteurs de Chine, mais ces derniers ne répondent pas ou ne viennent pas.

Le président suppléant : La Chine a une foire annuelle de l'alimentation. Si nous n'y allons pas cette année, nous espérons pouvoir le faire l'an prochain. C'est une foire immense à Shanghai. Est-ce que vous prenez part à ces foires de l'alimentation?

Mme Levert : Pour l'instant, la Chine ne fait pas partie de nos marchés prioritaires. Et je n'ai pas encore participé à des foires de l'alimentation ou à d'autres événements de ce genre en Chine.

En outre, notre secteur est assez nouveau. Actuellement, la demande de produits biologiques provient essentiellement d'Europe et des États-Unis. Il est donc normal que nous essayions de protéger nos marchés en créant de solides partenariats avec ces régions.

Le président suppléant : Avant de demander des subventions au gouvernement, vous pourriez essayer tout d'abord de percer le marché chinois. Enfin, c'est une observation.

Mme Levert : L'offre n'est pas suffisante au Canada. Lorsqu'elle le sera, nous pourrons alors exporter vers la Chine.

Le président suppléant : C'est l'histoire de la poule et de l'œuf.

La sénatrice Beyak : Nous nous demandions tous les trois quand votre organisation avait été fondée; vous n'en avez pas parlé dans votre exposé.

Mme Levert : Notre association a été fondée en 2007. Nous avons une norme biologique nationale, dont la première mouture remonte à 2009.

La sénatrice Unger : Merci encore de ces renseignements très intéressants.

Selon Becky Lipton, directrice exécutive d'Organic Alberta, 58 p. 100 des Canadiens achètent chaque semaine des produits biologiques. Or, seulement 1,8 p. 100 des fermes du Canada sont certifiées biologiques. Vous avez dit que l'Ontario, l'Alberta et la Saskatchewan n'ont pas de fermes certifiées biologiques. Où sont les oiseaux rares?

Mme Levert : Elles ont en fait des fermes biologiques certifiées, mais il n'y a pas de norme provinciale. En Alberta, par exemple, les fermes biologiques obtiennent une certification nationale. Il y a donc des fermes certifiées.

La sénatrice Unger : Environ combien?

Mme Levert : Par centaines.

La sénatrice Unger : Quand je pense qu'il s'agit d'un marché relativement nouveau et que la certification prend trois ans, je ne comprends toujours pas cette somme de 64 milliards de dollars en exportations. Je la trouve très élevée. Je sais que l'Europe veut — selon ce que nous ont dit d'autres témoins et vous l'avez dit vous-même — des produits 100 p. 100 canadiens. La région est difficile et les normes, c'est-à-dire les équivalences, représentent un grand défi. Les 64 milliards de dollars...

Mme Levert : Je parle des ventes globales de produits biologiques, qui s'élèvent à 80 milliards de dollars américains. Il s'agit là d'une estimation prudente. Le marché global aux États-Unis s'élève à environ 40 milliards de dollars, soit environ 40 milliards de dollars au titre des ventes.

La sénatrice Unger : Comme vous le savez, les légumes sont de plus en plus chers et je ne parle pas des légumes biologiques, qui le sont encore plus.

Il y a quelques jours, on en parlait à la radio et un expert avait été invité. Je ne le connais pas, mais on l'a présenté comme expert. Il affirmait qu'on devrait acheter les aliments en conserve, qui sont préparés de façon rigoureuse. En effet, on a quelquefois tendance à cuire trop longtemps les légumes, qui perdent alors de leurs qualités nutritives.

Si je ne peux pas me permettre d'acheter des légumes biologiques, même du chou-fleur, dont on parle beaucoup, que pensez-vous des conserves?

Mme Levert : Je suis désolée de ne pas pouvoir répondre, car je ne suis pas nutritionniste.

Le président suppléant : Je ne suis pas certain que cela relève de l'accès au marché, quoique peut-être.

Le sénateur Oh : On voit maintenant dans les supermarchés toutes sortes de produits biologiques, mais pas d'œufs. J'achète d'habitude des œufs dont la teneur est élevée en oméga. Est-ce que l'on va mettre en vente des œufs biologiques?

Mme Levert : Tous les grands détaillants canadiens vendent des œufs biologiques.

Le sénateur Oh : Nous devons élever des poulets biologiques. Il en faut pour produire des œufs biologiques.

Mme Levert : Il y a des fermes d'élevage biologique, dont de poulet et d'œufs.

Le président suppléant : Je pense que vous en trouverez chez Sobey, sénateur.

Le sénateur Oh : Mais certainement pas du homard biologique, n'est-ce pas?

Mme Levert : Il n'y a pas de homard biologique.

Le sénateur Oh : Comme le dit le sénateur Plett, le marché émergeant de la Chine et en fait, tout le marché émergeant du bassin du Pacifique, pourrait offrir d'immenses débouchés pour les Canadiens, qui pourraient y développer un marché de produits biologiques. Toute la jeune génération s'intéresse à ce type d'alimentation. Il faut donc explorer le bassin du Pacifique asiatique.

Le président suppléant : Nous devons accélérer, chers collègues. Il nous reste trois intervenants dans la deuxième ronde, puis nous devrons conclure. Veuillez être concis dans vos questions et dans vos réponses.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Vous savez que le Canada est un grand pays et qu'il y a des cultures selon les régions. J'aimerais que vous nous donniez des détails sur les produits biologiques qui sont cultivés selon les régions. Entre autres, au Québec, y a-t-il des productions qui se spécialisent en fonction d'un type de produit?

Mme Levert : À ma connaissance, au Québec, il y a une grande diversité de productions. Il y a la production de sirop d'érable biologique, y compris de grandes cultures. Il y a beaucoup de production laitière également. Dans les Prairies, la Saskatchewan se classe au troisième rang parmi les plus importants producteurs de légumineuses au monde. En Colombie-Britannique, on retrouve une grande production d'arbres fruitiers et de légumes, et de grandes cultures, de même que certains vins biologiques. Il n'y a pas nécessairement de région qui se spécialise dans un type de production. Il y a vraiment un ensemble de cultures un peu partout, soit les mêmes cultures qu'on retrouve dans le secteur conventionnel. Je pense, entre autres, aux cultures d'arbres fruitiers et à la production de vin en Colombie-Britannique.

Le sénateur Dagenais : Quel est le produit biologique qui vous donne la meilleure marge de profit? Évidemment, il faut aussi parler de celui qui génère le moins de profits, et qui mène même à des pertes.

Mme Levert : Je ne peux pas répondre à cette question, car je n'ai pas ces données. Tout dépend de la compagnie et de sa capacité à générer une marge de profit avec les intrants dont elle dispose. Je ne peux pas répondre à votre question.

[Traduction]

La sénatrice Merchant : Vous encouragez les gens à se tourner vers l'agriculture biologique en raison de la demande. Premièrement, est-ce que l'agriculture biologique est meilleure pour les sols? Vous vous souciez des aspects environnementaux de l'agriculture. À long terme, l'agriculture biologique est bonne pour les sols. En l'absence d'engrais, de pesticides et d'herbicides, pourrons-nous cultiver autant d'aliments? Il va falloir en effet nourrir le monde entier. Les produits biologiques sont évidemment chers et pas à la portée de toutes les bourses.

Étant donné les conditions idéales que nous avons au Canada aux plans de l'eau, de l'air et des sols, est-ce que tout le monde devrait se tourner vers l'agriculture biologique? Est-ce que la production sera suffisante? Est-ce meilleur pour les sols? Est-ce que les producteurs feront assez d'argent pour être encouragés à pratiquer l'agriculture biologique?

Mme Levert : Des études montrent que certaines cultures biologiques n'affectent pas du tout les rendements. D'autres prennent des années et les rendements peuvent baisser avant de remonter. L'intérêt est de favoriser la biodiversité et d'avoir de meilleurs sols pour les agriculteurs.

Les études montrent que les rendements peuvent être les mêmes et que, dans le cas des cultures biologiques, ils peuvent augmenter avec le temps. Aucune étude à grande échelle n'a été menée. En outre, le biologique peut faire multiplier les fermes, les agriculteurs se rendant compte des avantages de certaines des techniques utilisées. Des producteurs qui pratiquent l'agriculture classique pourraient utiliser les techniques élaborées par les agriculteurs biologiques pour améliorer leurs sols.

À l'association, nous estimons qu'il y a la méthode de production conventionnelle et la méthode de production biologique. Les agriculteurs et la collectivité pourraient se rendre compte que les normes biologiques apportent une valeur ajoutée. Plusieurs options s'offrent aux divers cultivateurs. Le biologique en est une. Les études montrent que les rendements peuvent augmenter et que les méthodes biologiques améliorent les sols. Certaines des techniques que nous avons mises au point peuvent s'appliquer à d'autres types d'agriculture.

[Français]

La sénatrice Tardif : En réponse à des questions posées par mes collègues, vous avez indiqué que la Chine n'était pas une priorité pour vous en ce moment. Cependant, vous avez précisé que la Corée du Sud était un marché attrayant. Pourquoi?

Mme Levert : En ce qui a trait aux produits transformés, la Corée du Sud a des échanges d'équivalence avec plusieurs pays d'Europe et avec les États-Unis. Étant donné que la Corée a élaboré ses propres normes et qu'elle a des équivalences avec d'autres pays, nos producteurs qui exportent en Corée doivent maintenant faire certifier leurs produits selon les normes de la Corée, ce qui coûte cher.

Nous voulons donc nous assurer d'avoir les mêmes équivalences que nos grands partenaires commerciaux afin de pouvoir exporter dans les marchés dont les standards sont valides et où la demande est intéressante.

[Traduction]

Le président suppléant : En réponse à une question de la sénatrice Merchant et à l'une de mes questions supplémentaires, vous avez dit que des études pourraient avoir été publiées. Si vous avez des documents pertinents pour notre étude, nous vous saurions gré de les remettre au greffier pour que le comité puisse les étudier.

Mme Levert : D'accord. L'étude peut-elle porter sur la nutrition ou doit-elle concerner uniquement l'accès au marché?

Le président suppléant : L'étude principale porte sur l'accès au marché, mais s'il y a des documents qui exposent les raisons pour lesquelles la culture biologique est préférable, ils seraient également utiles.

Mme Levert : D'accord, je vous les enverrai.

Le président suppléant : Merci beaucoup de votre exposé et de votre témoignage très instructifs.

Le comité va maintenant entendre le groupe de témoins suivant. D'Ontario Pork, nous avons Mme Amy Cronin, présidente, et M. Stefan Larrass, analyste des politiques. Représentant les Beef Farmers of Ontario, nous avons M. Matt Bowman, président, et M. Dave Stewart, directeur exécutif. Représentant les Veal Farmers of Ontario, nous avons M. Brian Keunen, président.

Merci d'avoir accepté notre invitation à comparaître. Étant donné qu'il y a trois groupes, espérons que les exposés seront brefs pour avoir suffisamment de temps pour les questions. Sans plus tarder, je vous invite à faire vos exposés, après quoi nous passerons aux questions.

Amy Cronin, présidente, Ontario Pork : Je m'appelle Amy Cronin. Avec nos six enfants, mon mari Mike et moi exploitons une ferme dans le comté de Huron. En 2015, nous avons reçu le prix des Jeunes agriculteurs d'élite du Canada. Je préside l'association Ontario Pork depuis 2012.

Je tiens à vous remercier de nous avoir invités ce matin. C'est un honneur pour M. Larrass et moi-même de vous parler de l'industrie du porc au Canada et plus particulièrement en Ontario.

Dans mon exposé, je vous ferai part des perspectives de l'association Ontario Pork, qui représente plus de 1 300 producteurs de la province, et des points saillants des travaux que mène le Comité directeur pour la croissance dans le secteur agroalimentaire de l'Ontario, que je copréside avec notre sous-ministre de l'Agriculture.

Pour vous donner un aperçu de l'industrie, les producteurs de porc du Canada et de l'Ontario vivent une époque idéale. Nous sommes des battants. Nous avons relevé de nombreux défis, dont tout dernièrement, la diarrhée épidémique porcine et l'étiquetage du pays d'origine. Si nous avons réussi, c'est grâce à l'aide du gouvernement fédéral et du gouvernement provincial.

Les retombées économiques de l'industrie dépassent largement l'exploitation proprement dite. Notre chaîne de valeur présente des intrants économiques pour tout le Canada. De la ferme à l'assiette, nous constituons une part importante du secteur agricole et agroalimentaire. En 2014, nous représentions 1,1 milliard de dollars du PIB. Je parle de l'Ontario, où notre production économique s'est élevée à 3,2 milliards de dollars, avec plus de 20 000 emplois équivalent temps plein. En 2015, nous représentions 4,3 p. 100 du marché porcin nord-américain. Ce que l'on sait peut- être moins, c'est que nous sommes surtout des fermes familiales en Ontario et que nous sommes très diversifiés.

Le porc de l'Ontario est recherché en raison de sa qualité supérieure. Nous sommes réputés dans le monde entier pour notre production de porc, qui satisfait à des normes rigoureuses en matière de salubrité des aliments; les animaux ont accès à de l'air d'une grande qualité et à de l'eau fraîche. Notre produit est recherché partout dans le monde.

À titre d'exemple, en 2014, nous avons exporté nos produits dans plus de 60 marchés à l'échelle internationale, pour un montant de plus de 650 millions de dollars, ou environ le cinquième des exportations de porc du Canada. Ce que je dis, essentiellement, c'est que notre industrie est une partie très importante du secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire.

En 2015, notre industrie a été la première en Ontario à être proactive pour l'élaboration d'un rapport de responsabilité sociale. En tant que producteurs de porc, nous sommes conscients que l'acceptabilité sociale est un aspect important pour les consommateurs, pas seulement en Ontario, mais aussi au Canada et dans le monde. Nous sommes vraiment fiers d'avoir un rapport de responsabilité sociale qui démontre où en est l'industrie et qui fixe également ses objectifs pour l'avenir.

Je suis venue aujourd'hui vous parler de l'importance des marchés commerciaux internationaux. Étant donné que notre industrie exporte près des deux tiers de sa production intérieure, sa réussite économique est tributaire de l'accès aux marchés internationaux. Nous considérons que l'accès à de nouveaux marchés et le maintien des marchés existants sont, à bien des égards, des facteurs essentiels pour notre industrie.

Nous devons maintenir nos volumes de vente dans nos marchés actuels. À titre d'exemple, lorsque les États-Unis sont parvenus à conclure un accord commercial avec la Corée du Sud, nous nous sommes automatiquement retrouvés en situation de désavantage sur le plan économique. Cela signifie que nous avons perdu 30 p. 100 de nos ventes en Corée du Sud, qui représente pour nous un marché important à valeur élevée. Donc, nous devons être en mesure de conserver l'accès à nos marchés existants.

De plus, nous produisons un produit de qualité supérieure qui satisfait à des normes élevées. Il est important de créer une concurrence parmi les acheteurs internationaux de notre produit, car cela nous permet d'en accroître la valeur. Notre accord commercial avec le Japon est un exemple d'une situation qui permet d'accroître la valeur d'un produit canadien. L'exportation de porc vers le Japon nous permet d'obtenir une plus grande valeur pour cette marchandise. Donc, la valeur du porc que nous produisons au Canada augmente considérablement.

Il est important que notre industrie trouve des marchés de grande valeur pour les produits non traditionnels que nous produisons dans le marché intérieur. Par exemple, les Canadiens ne consomment pas beaucoup de pattes de porc — c'est du moins le cas en Ontario —, mais il s'agit d'un produit populaire et à valeur élevée en Chine. L'accès à un marché comme la Chine nous permet d'accroître la valeur globale de notre produit.

Le Partenariat transpacifique constitue un exemple où l'on retrouve les trois éléments que je viens de mentionner. En 2014, le volume de nos ventes au Japon était de plus de 1 milliard de dollars. Des recherches démontrent que notre adhésion à l'Accord du PTP se traduirait par une augmentation des ventes de 300 millions de dollars.

Il convient toutefois de ne pas seulement tenir compte des endroits où nous pourrions augmenter les ventes. Nous devons prendre conscience des répercussions d'une non-participation au Partenariat transpacifique. Nous ne perdrions pas seulement les ventes potentielles de 300 millions de dollars; nous perdrions aussi le milliard de dollars de ventes que nous réalisons déjà.

Ce que je fais valoir, c'est que nous devons participer à cet accord afin de conserver nos acquis et de trouver de nouveaux débouchés. Dans une industrie comme l'industrie du porc, la croissance est tributaire de l'exportation.

Nous savons également que l'accord favorisera la concurrence chez nos acheteurs, car il signifie l'arrivée de 11 nouveaux joueurs. Le Japon n'en fait pas partie, mais l'Accord du PTP compte beaucoup de nouveaux joueurs, et nous savons que bon nombre de ces 11 pays représentent un marché pour les produits non traditionnels que nous produisons au Canada.

Notre organisme, Ontario Pork, est très encouragé par les efforts continus déployés par le gouvernement fédéral pour favoriser l'accès au marché. Nous l'appuyons dans sa démarche. Nous savons qu'on y a accordé beaucoup d'importance ces dernières années, et nous espérons que le gouvernement en fera une priorité à l'avenir parce que c'est absolument essentiel pour notre industrie. Nous accordons aussi une grande importance à l'appui du gouvernement à l'égard de l'étiquetage du pays d'origine.

J'aimerais maintenant parler de certains autres avantages de l'accès aux marchés. Nous savons que l'augmentation de l'accès aux marchés favorise la mise en place d'un contexte propice à l'investissement dans l'industrie agricole canadienne. Cela n'aide pas seulement les producteurs primaires; c'est avantageux pour l'ensemble de la chaîne de valeur. Cela favorise l'augmentation de la valeur de notre produit et encourage l'investissement dans notre économie. C'est là quelque chose de très important pour l'avenir.

La première ministre de l'Ontario a invité le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire à doubler sa contribution au PIB et à augmenter ses exportations de 11,8 à 20 milliards de dollars d'ici 2020. J'ai coprésidé le comité directeur chargé d'étudier cette croissance. Nous avons énoncé sept recommandations qui, selon nous, pourraient aider le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire à atteindre ces objectifs. Trois des sept recommandations sont liées à l'accès aux marchés, car l'industrie est consciente que sa croissance passe par l'accès aux marchés mondiaux et l'augmentation de ses marchés d'exportation.

En outre, il est vraiment important que le gouvernement appuie la mise en place d'un environnement d'affaires positif et dynamique pour les producteurs et le secteur de l'agriculture et l'agroalimentaire. Nous avons besoin de politiques gouvernementales qui favoriseront un contexte d'affaires dynamique.

Je tiens à réaffirmer notre appui à l'égard des observations formulées la semaine dernière par le Conseil canadien du porc concernant l'importance que revêtent les programmes de gestion des risques pour nos producteurs afin d'assurer la pérennité d'un secteur de l'agriculture primaire vigoureux capable d'alimenter l'ensemble de la chaîne de valeur. Nous avons besoin d'un accès à la main-d'œuvre, tant dans le secteur de la production agricole primaire que dans le secteur de la transformation, car nous formons une véritable chaîne de valeur grâce à laquelle nous parvenons à pénétrer les marchés internationaux. Les organismes gouvernementaux doivent avoir le personnel suffisant.

Je tiens à vous remercier d'avoir écouté, ce matin, nos observations sur Ontario Pork et sur l'importance de l'accès aux marchés mondiaux.

Brian Keunen, président, Veal Farmers of Ontario : Merci de nous donner l'occasion de venir ici aujourd'hui pour vous parler de l'accès aux marchés. J'ai abordé la question sous l'angle des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Nous souscrivons certainement à beaucoup de points soulevés par Amy, et je suis certain que d'autres seront du même avis.

La viabilité alimentaire, le bien-être des animaux et la production de produits de qualité sont des aspects très importants pour nous, dans l'industrie du veau. J'ai consulté de nombreux exportateurs qui exportent leurs produits vers divers pays pour connaître leur principale préoccupation. Je voulais savoir ce qui les empêchait d'exporter davantage. La réponse, c'était la compétitivité. Nous devons être concurrentiels, et il y a diverses façons d'y arriver.

Il y a d'abord, du point de vue d'un producteur, l'accès aux produits pharmaceutiques utilisés dans d'autres pays. Si les producteurs de ces pays peuvent utiliser un produit que nous ne sommes pas autorisés à utiliser, ils en retirent un avantage sur les plans de la santé animale, du rendement des animaux et de la compétitivité de la réglementation. Ils pourraient être autorisés à utiliser un produit et n'avoir aucune LMR, soit aucune limite maximale des résidus dans l'animal, tandis que nous pourrions avoir une limite beaucoup plus élevée.

Ce même produit est commercialisé dans notre marché; par conséquent, les conditions qui prévalent dans notre marché devraient être identiques à celles de leur marché. Essentiellement, tout est regroupé, et nos produits sont censés être commercialisés dans les mêmes marchés que les leurs. Donc, de ce point de vue, si nous avons un désavantage concurrentiel, cela nuit à notre industrie.

Il y a des différences quant à la définition de « veau ». À titre d'exemple, au Canada ou en Ontario, la définition est fonction du poids vif au moment de la récolte. En Europe, la définition est fonction de l'âge de l'animal. Au Canada, l'âge typique d'un animal qu'on considère comme du veau se situe autour de sept mois, tandis qu'en Europe, cela peut aller jusqu'à huit mois, voire jusqu'à 12 mois pour certaines des définitions de « veau rosé ».

Par comparaison avec l'élevage de petits animaux, le coût de l'élevage de gros animaux s'accompagne d'obstacles liés à la concurrence.

Nous ne sommes pas d'accord avec Santé Canada en ce qui concerne sa façon de définir les produits que nous pouvons utiliser pour nos animaux. Les restrictions pour le veau sont beaucoup plus contraignantes ici que dans d'autres pays à cause de ce que coûte aux fabricants la mise au point de produits pour l'industrie du veau, laquelle est plus modeste au Canada qu'en Europe. Le veau est un bovin. Différents traitements sont permis pour un veau selon qu'il est destiné à un marché ou à un autre, mais il s'agit toujours du même animal.

Un autre aspect est de faire connaître nos produits sur d'autres marchés. Nous devons faire mieux pour les informer sur nos produits, ce qui représente un travail considérable et coûteux. Notre produit est unique, et les pays ciblés n'en sont pas nécessairement informés comme ils le devraient.

Il y a un coût réglementaire. L'encéphalopathie spongiforme bovine, l'ESB, a eu une énorme incidence sur notre industrie, comme cela a été le cas pour l'industrie du bœuf. Certains marchés se sont fermés, et quelques-uns le sont encore à ce jour. Notre capacité d'exporter nos produits en a souffert. Il a fallu beaucoup de temps et d'argent pour réintégrer les marchés qui ont rouvert.

Je veux dire quelque chose sur ce qu'Amy a mentionné concernant la nécessité de soutenir la viabilité de l'agriculture primaire. Le Programme de gestion des risques est important à cet égard. Il joue un rôle déterminant lorsque les marchés sont à la baisse; grâce à lui, nous ne perdons pas toutes nos infrastructures. Si nous commençons à perdre la production primaire, nous perdrons aussi des fournisseurs et notre place dans les abattoirs. Il y a un effet d'entraînement qui se répercute dans tout le marché. Le Programme de gestion des risques est un outil très important pour le marché du veau.

Je vous remercie de l'occasion que vous m'avez donnée.

Matt Bowman, président, Beef Farmers of Ontario : Je m'appelle Matt Bowman et je suis, depuis jeudi dernier, le nouveau président de Beef Farmers of Ontario.

Le président suppléant : Félicitations.

M. Bowman : Merci. Ma famille et moi exploitons une ferme juste au nord de New Liskeard, dans le Nord de l'Ontario, et je suis heureux de cette occasion qui m'est donnée de parler de l'importance que revêt l'accès aux marchés pour l'agriculture au Canada et des moyens qu'il nous serait possible d'utiliser pour en retirer davantage sur le plan économique tout en améliorant notre capacité à garantir la sécurité alimentaire des Canadiens.

Les accords commerciaux sont très importants, mais il faut également soutenir la production qui alimentera ce commerce mondial. Pour qu'il soit vraiment profitable pour les producteurs, l'accès doit être concret et considérable. Nous ne pouvons pas appuyer des accords de libre-échange qui n'ont de libre que le nom.

Par exemple, bien que l'Accord économique et commercial global avec l'Union européenne permette potentiellement à notre bœuf d'accéder à l'un des plus importants marchés de la planète, les conditions techniques actuelles que les usines de transformation doivent respecter pour exporter en Europe nous empêchent de tirer pleinement parti de ce riche marché. Des douzaines de pays acceptent déjà nos mesures sanitaires, alors nous croyons que l'UE doit faire de même, faute de quoi notre appui à l'accord risque de s'étioler.

Avec un accès potentiel à près de 40 p. 100 de l'économie mondiale, le Partenariat transpacifique est un autre accord qui pourrait apporter d'importantes retombées économiques pour l'Ontario. Fait à noter, l'accord forcera le Japon à offrir un accès amélioré et uniforme à tous les pays signataires qui produisent du bœuf, ce qui est de la plus haute importance pour l'industrie canadienne du bœuf. Ce changement procurera des avantages considérables pour la marque porte-étendard du bœuf de l'Ontario, Ontario Corn Fed Beef, qui s'est récemment associée à Kinsho, une chaîne japonaise de supermarchés. Dans cette région du Pacifique qui connaît une croissance rapide, les éleveurs et les transformateurs de bœuf de l'Ontario doivent avoir la chance de se mesurer à armes égales à leurs concurrents. Dans cette optique, nous vous prions instamment d'appuyer la mise en œuvre de l'accord transpacifique.

Un rapport récent de l'Organisation de coopération et de développement économiques — l'OCDE — et des Nations Unies indique que le commerce mondial de bœuf va augmenter de 25 p. 100 d'ici 2023. Étant donné sa réputation de produire un bœuf sain, savoureux et de qualité supérieure, le Canada est extrêmement bien positionné pour tirer parti de cette croissance. Il faudra toutefois que l'industrie du bœuf grandisse pour profiter pleinement des accords existants et des nouveaux accords, et de la croissance projetée de la demande à l'échelle mondiale. En permettant aux agriculteurs d'avoir accès à des capitaux de démarrage et de croissance ainsi qu'à un financement concurrentiel à faible coût, on favorisera la croissance de notre industrie et on nous donnera la possibilité de tirer parti de ces nouveaux débouchés.

Le Programme ontarien de garanties d'emprunt pour l'élevage de bovins d'engraissement est un exemple de programme qui permet au secteur privé d'offrir des prêts à faible taux d'intérêt aux éleveurs de bœuf, prêts que le gouvernement provincial garantit jusqu'à concurrence de 25 p. 100 en cas de défaut de paiement. Or, en 25 ans d'histoire, le programme n'a jamais eu à honorer cette garantie, y compris durant les années marquées par l'ESB.

La participation du gouvernement fédéral à ce programme — par l'intermédiaire d'une garantie fédérale — permettra de doubler les financements accordés, et ce, sans déboursement direct de l'État. C'est un modèle qui pourrait s'appliquer à tous les programmes de prêts pour l'élevage de bovins d'engraissement à l'échelle du pays.

Si un programme semblable de garanties d'emprunt était offert aux éleveurs-naisseurs, cela permettrait d'accroître le nombre de bêtes nées et élevées en Ontario et, par conséquent, de tabler sur la demande croissante de produits locaux et d'augmenter la demande mondiale de bœuf canadien.

Pour soutenir la compétitivité de l'industrie du bœuf de l'Ontario, le gouvernement fédéral pourrait aussi s'associer aux agriculteurs et au gouvernement de l'Ontario dans le cadre du Programme de gestion des risques de l'Ontario. Le Programme de gestion des risques a été conçu pour aider les agriculteurs de l'Ontario à gérer les risques incontrôlables en matière de prix. Le programme fonctionne comme une assurance, et les primes des producteurs sont fixées à 30 p. 100 des coûts à long terme du programme, ce qui rend ce dernier viable et raisonnable sur le plan financier et permet à tous les partenaires d'apporter leur contribution et de gérer les risques futurs. Le Programme de gestion des risques est un excellent exemple d'initiative réussie, qui contribue au succès des entreprises agricoles en donnant aux agriculteurs la confiance dont ils ont besoin pour investir et en aidant les nouveaux agriculteurs à faire face aux coûts élevés de démarrage qui caractérise l'industrie.

Je veux aussi vous parler brièvement des idées que nous avons pour favoriser le développement de la production bovine dans le Nord de l'Ontario et pour améliorer la sécurité alimentaire de la prochaine génération de Canadiens.

Selon des scénarios modérés en matière de changement climatique, le Canada est l'un des seuls pays qui devraient profiter du réchauffement climatique, une dynamique que rend possible l'abondance de capital naturel dont nous disposons, c'est-à-dire nos sols en santé et notre eau propre. Dans le Nord de l'Ontario, il y a près de 200 millions d'acres de terres, et 16 millions d'acres inutilisés dans la grande ceinture d'argile. L'implantation d'exploitations de production bovine viables sur seulement une fraction de ces terres atténuera la menace de fermetures d'usines, et l'augmentation de la production pourra servir à s'attaquer à de nouveaux marchés et à développer des marchés existants, tant en Ontario qu'à l'étranger.

Tous les 10 ans, l'étalement urbain fait perdre plus d'un million d'acres d'excellentes terres arables à l'Ontario. Pour remédier à cela, Beef Farmers of Ontario a demandé à notre gouvernement provincial de céder des terres publiques du Nord pour l'expansion agricole.

Une étude économique indépendante effectuée par Beef Farmers of Ontario a constaté que le développement agricole dans le Nord de l'Ontario est la façon la plus efficace et la plus viable sur le plan financier de soutenir cette région, et que les répercussions économiques de ce développement se feront sentir pendant des décennies à venir.

Notre modèle fournit un plan pour les agriculteurs novices qui souhaitent intégrer l'industrie. Le plan est axé sur le secteur des vaches-veaux nourris à l'herbe et au fourrage, et sur celui de la semi-finition. C'est la vision que nous avons pour améliorer la sécurité alimentaire de nos enfants et de nos petits-enfants.

En fin de compte, l'industrie et les deux ordres de gouvernement doivent commencer à penser à des façons d'assurer l'approvisionnement alimentaire de la prochaine génération de Canadiens. Nous devons collectivement faire tomber les obstacles qui gênent actuellement l'acquisition de terres. Beef Farmers of Ontario est disposé à travailler fort avec tous ceux qui voudront venir dans le Nord de l'Ontario et contribuer au développement de l'agriculture.

En terminant, je tiens à remercier sincèrement le comité du travail qu'il fait au nom des agriculteurs canadiens et de l'invitation à comparaître qu'il a adressée à Beef Farmers of Ontario. Merci.

Le président suppléant : Merci à vous trois. Nous allons commencer la période de questions dans quelques secondes. Monsieur Moore, vous avez demandé à notre témoin précédent de vous dire combien il y a d'agriculteurs en tout au Canada. Après quelques recherches dans Google, nous avons trouvé cette information de Statistique Canada selon laquelle il y aurait 300 000 exploitations agricoles au Canada, dont 3 700 ou 3 800 seraient des exploitations bios.

Le sénateur Moore : Il y a donc 14 000 exploitations bios et 2 millions d'exploitations agricoles aux États-Unis.

Le président suppléant : C'est exact.

Le sénateur Moore : Merci d'avoir vérifié.

Le président suppléant : Je vais me permettre de poser la première question.

Madame Cronin, vous avez dit que la première ministre de l'Ontario vous a invitée ou mandatée à augmenter vos exportations d'ici 2020. Est-ce exact?

Mme Cronin : Oui.

Le président suppléant : Lorsque vous exportez, quelle concurrence y a-t-il entre les provinces, et quel rôle le gouvernement fédéral joue-t-il à cet égard? Je viens de la petite province du Manitoba, où l'on élève cependant presque autant de porcs que dans les plus grandes provinces.

Comment décide-t-on qui enverra du porc ou du bœuf en Chine? N'importe qui peut répondre.

Mme Cronin : Je pense que c'est une question formidable. Nous savons qu'en Chine, par exemple, il y a une demande énorme pour le porc canadien. Je ne crois pas que le fait que l'Ontario accède à ce marché ait quelque conséquence que ce soit pour le Manitoba. La demande est assez forte pour tout le Canada. Je pense que nous produisons un porc de haute qualité partout au pays, et c'est en tant que pays que nous abordons ces marchés par l'intermédiaire des accords commerciaux.

Notre première ministre veut développer l'agriculture et l'agroalimentaire en Ontario parce qu'elle reconnaît que c'est le principal moteur économique, même si peu de gens le savent. L'agriculture et l'agroalimentaire sont d'une importance capitale pour l'économie de l'Ontario, et nous savons que, pour l'avenir de l'Ontario, il est important de développer ce secteur.

Grâce au Comité directeur pour la croissance dans le secteur agroalimentaire et compte tenu du fait que la population de l'Ontario n'augmente pas, nous reconnaissons que la façon de développer ce secteur est d'exporter nos produits partout dans le monde.

Je ne crois pas qu'il soit question de concurrence entre les provinces. Je sais qu'il y a des abattoirs sous direction fédérale dans de nombreuses provinces. Il y en a un très gros à Brandon. En Ontario, il y en a deux, et je pense que les marchés du monde entier sont assez vastes pour nous accommoder tous.

M. Keunen : Je pense que la provenance du produit à l'intérieur du Canada n'a pas vraiment d'importance. Chaque fois que l'on exporte, cela fait augmenter la valeur des produits dans toutes les provinces et à l'échelle du pays.

Si le produit provient de l'Ontario, la valeur du produit augmentera. Des porcs du Québec ou du Manitoba convergeront vers l'Ontario. Cela n'a pas vraiment d'importance, à condition qu'il y ait effectivement des exportations. Le maintien des exportations, c'est ce qui compte avant tout. C'est ce qui fait que tout le pays peut en profiter.

En ce qui concerne le veau, le gros de la production se fait en Ontario et au Québec, et nous constatons beaucoup plus d'exportations par le Québec, surtout vers les États-Unis. Cela est aussi bénéfique pour les marchés ontariens. Je pense que c'est une dynamique gagnante, peu importe comment nous la regardons.

M. Bowman : Dans l'industrie du bœuf, les bêtes traversent constamment les frontières interprovinciales. Il y a de gros abattoirs en Alberta et en Ontario. Les bovins gras ou les bovins d'abattage finis sont concentrés en Alberta et en Ontario, mais il y a des vaches dans toute la province et, essentiellement, elles vont là où l'on a besoin d'elles.

Le président suppléant : À la lumière de ce que veut la première ministre de l'Ontario et d'un commentaire que vous avez fait, monsieur Bowman — je ne sais pas exactement s'il a été question d'un million d'acres par an... Mme Cronin affirme que la population n'augmente pas. J'essaie de bien comprendre ce qui se passe. Nous voulons augmenter les exportations, et j'appuie cela sans réserve. Permettez-moi d'expliquer la chose très clairement. La population n'augmente pas, mais nous perdons quand même des millions d'acres de terres agricoles. Comment cela se fait-il? Est- ce seulement dû au fait que les gens veulent sortir de la ville et s'acheter du terrain? Je sais que c'est un phénomène très répandu au Manitoba. Bien entendu, ceux qui sortent de la ville et qui s'achètent un terrain sont contrariés lorsqu'ils constatent que leur voisin est une ferme porcine. Quelle est la situation à ce chapitre en Ontario?

M. Bowman : Je crois que vous avez mis le doigt dessus. Ils veulent sortir de la ville. Dès qu'ils ont un peu plus d'argent, ils veulent avoir plus d'espace pour vivre, et ils déménagent là où ils pourront trouver cet espace.

Le président suppléant : Les agriculteurs subdivisent leurs terres — et, encore une fois, c'est la question de l'œuf ou la poule —, car cela leur permet de gagner plus d'argent que s'ils ne les exploitaient. Les citadins s'amènent et se plaignent au sujet de l'agriculteur qui leur a vendu le terrain. Mais je m'arrête là, car me voilà en train de témoigner.

Mme Cronin : Il y a une autre raison à cela. L'agriculture n'est pas une industrie facile. Nous constatons un mouvement des populations rurales vers les villes. Les villes se mettent donc à déborder sur les campagnes, y compris sur les terres agricoles. Je ne peux pas me prononcer pour le reste du Canada, mais en Ontario, il y a assurément une migration des populations rurales vers les villes. Les villes continuent donc à grossir et à prendre de plus en plus d'espace sur des terres agricoles de première qualité.

Le président suppléant : C'est effectivement ce que l'on constate au Manitoba. La province compte à peine plus d'un million d'habitants — 1,1 ou 1,5 million — et 800 000 d'entre eux sont concentrés dans une seule ville.

M. Keunen : Je crois que cela a aussi un peu à voir avec la sécurité économique relative des habitants des villes par rapport à celle des habitants des régions rurales.

Lorsque l'agriculture est en difficulté, on constate une migration accrue vers les régions rurales où les terrains sont plus abordables. Les producteurs ne sont pas en mesure de payer les prix que les citadins peuvent se permettre. Si vous vendez votre résidence à Toronto pour un million de dollars, vous allez pouvoir vous acheter une ferme, n'est-ce pas? Je crois que cela fait partie de l'explication. Un secteur agricole vigoureux et viable assurera le maintien de la fonction agricole des terres et le recul de leur utilisation à des fins récréatives.

Le sénateur McIntyre : Merci à tous de vos exposés. Ma question a trait aux missions d'enquête. Je présume que, à un moment ou à un autre, des représentants de vos industries — le porc, le veau et le bœuf — sont allés en missions d'enquête dans d'autres pays afin d'étudier les modes de gouvernance et les pratiques présidant aux produits agroalimentaires. Le cas échéant, quelles ont été les principales constatations de ces missions? Je crois savoir que l'Ontario en a récemment effectué une en Australie.

Mme Cronin : Je peux vous parler de la mission commerciale que l'Ontario a menée en Chine le printemps dernier. J'ai eu la chance d'y participer en compagnie du ministre Chan, notre ministre du Commerce, et du ministre Leal, notre ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales.

Ce que j'ai appris de cette mission, c'est que le Canada est très respecté en ce qui concerne sa production alimentaire. Nos normes de salubrité alimentaire sont très rigoureuses. Étant donné ce qui s'est produit là-bas au cours des dernières années, on a tendance à croire que la nourriture qui vient d'ailleurs est plus sécuritaire. Et je crois que c'est aussi ce que ressent la population.

Par ailleurs, j'ai remarqué que nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à faire les choses comme nous le faisons au Canada si nous voulons accéder à un nouveau marché. Nous devons comprendre ce que les consommateurs recherchent, leurs préférences en matière d'emballage, comment faire la mise en marché pour des consommateurs particuliers et, en ce qui concerne notre industrie, comment la viande doit être découpée et présentée. Ce pays offre une multitude de débouchés.

Ce que j'ai trouvé de plus utile à la mission d'enquête, c'était de voir l'alliance entre le secteur privé et le gouvernement. Le gouvernement a parlé au gouvernement, et le secteur privé au secteur privé. Mais le secteur privé se sentait à l'aise d'aborder des questions relatives à l'accès au marché. Le gouvernement a aussi reconnu la nécessité d'aider le secteur privé lorsqu'il s'agit d'accéder à de nouveaux marchés dans un autre pays, dans une autre culture et, peut-être aussi, dans un milieu des affaires différent du nôtre.

M. Bowman : Pour ce qui est du bœuf, nous avons regardé du côté de l'Australie. Son système de traçabilité des animaux individuels est réputé être parmi les meilleurs au monde. C'est certainement l'un des facteurs en matière d'accès aux marchés dont on nous souligne l'importance, c'est-à-dire qu'il nous faut un meilleur système de traçabilité. L'Australie est reconnue comme étant l'un des chefs de file en matière de traçabilité.

Le système australien que nous avons étudié est tout à fait réalisable. Il y a des aspects qui pourraient être adaptés au contexte canadien. Nous avons toujours dit que la traçabilité doit être conciliée avec les besoins du commerce et des échanges et qu'elle ne peut entraîner des coûts prohibitifs pour l'industrie. Ce sont les mots d'ordre que nous nous sommes donnés, et nous croyons qu'une fois que nous aurons réglé la question de la traçabilité, notre accès aux marchés en sera amélioré.

La sénatrice Unger : Je crois que ma question vous concerne davantage, monsieur Bowman.

Les données de la société de recherche Canfax sur les abattages indiquent que le prix du bœuf destiné à la consommation a grimpé depuis 2000, malgré une baisse de la demande intérieure.

Comment expliquez-vous cette tendance? Quels sont les facteurs qui ont exercé une pression considérable sur le prix du bœuf au Canada?

Je vous demanderais tous de vous prononcer sur la disponibilité ou la pénurie de la main-d'œuvre.

M. Bowman : Je dirais que la raison qui explique le plus gros du pic du prix du bœuf au pays, c'est l'offre. Le nombre de vaches et la quantité de bœuf ont baissé au cours des 10 dernières années, soit de presque 33 p. 100. Ajoutons à cela la sécheresse qui a sévi au Texas, la plus grande région productrice de bœuf des États-Unis. L'Amérique du Nord constitue essentiellement un seul marché, et tout d'un coup la demande de bœuf a dépassé l'offre. C'est ce qui explique la flambée des prix du bœuf ici au pays.

La sénatrice Unger : Nous en avons donc exporté davantage?

M. Bowman : Nous avons maintenu le volume de nos exportations, mais le prix intérieur a grimpé en même temps.

La sénatrice Unger : Quels sont les facteurs dont il faut tenir compte? Je songe notamment à la main-d'œuvre.

M. Bowman : Les exploitants de l'abattoir Cargill située à High River en Alberta vous diraient qu'il leur manque 300 employés pour tourner à plein régime. Ce n'est pas que les bovins ne se font pas abattre lorsqu'ils sont prêts, c'est plutôt les activités de valorisation qui font défaut. Les exploitants ne peuvent pas en profiter, car ils n'ont pas la main- d'œuvre nécessaire pour transformer davantage la viande sur les lieux afin de tirer profit de la demande de viande exotique de la Chine, de la Corée du Sud et d'ailleurs. Les coupes de bœuf que vous voyez ici sur les étagères ne sont pas touchées par la pénurie de main-d'œuvre. C'est la valeur ajoutée à chaque carcasse qui nous échappe à cause de cette pénurie.

La sénatrice Unger : Y a-t-il d'autres observations?

Mme Cronin : En ce qui concerne les coûts et la main-d'œuvre, je crois qu'il faut revenir à ce que j'ai dit concernant l'importance de créer des occasions commerciales favorables pour l'agriculture et l'agroalimentaire. Cette responsabilité incombe à la fois au gouvernement et à l'industrie.

L'agriculture primaire et la transformation exigent beaucoup de main-d'œuvre. Il est souvent difficile de trouver les gens dont on a besoin. J'ai une ferme dans le comté de Huron, par exemple. La population est très petite; c'est une région rurale. Or, j'ai besoin de beaucoup d'employés dans ma ferme. Mes six enfants ne suffisent pas. Nous faisons donc venir des gens du Guatemala grâce au programme pour les travailleurs peu spécialisés. Notre ferme en bénéficie énormément. Nous sommes en mesure de donner à ces gens des occasions qu'ils n'auraient pas eues dans leur pays, et nous avons une source de main-d'œuvre que nous n'arrivons pas à trouver chez nous. Nous cherchons essentiellement dans notre région.

Je crois qu'il en va également de la chaîne de valeur. Ici en Ontario, nos transformateurs agréés par le gouvernement fédéral réussissent plutôt bien à trouver de la main-d'œuvre, mais au Manitoba, par exemple, l'abattoir de Brandon éprouve beaucoup de difficultés. Il faut examiner le problème à l'échelle du pays, et non seulement en Ontario. Si l'abattoir de Brandon n'est pas en mesure de trouver la main-d'œuvre qu'il lui faut et doit ensuite réduire les quarts de travail ou ne peut transformer autant de porcs qu'il ne le voudrait, cela aura une incidence sur toute la chaîne de valeur.

Nous devons nous assurer que les secteurs de l'agriculture primaire et de la transformation ont la main-d'œuvre qu'il leur faut pour mener leurs activités. Sinon, nous ne pourrons améliorer notre accès aux marchés.

La sénatrice Unger : Proposez-vous le recours aux travailleurs étrangers temporaires ou permanents?

M. Bowman : Commençons par le Programme des travailleurs étrangers temporaires et assurons-nous que nous l'avons.

La sénatrice Unger : Avez-vous communiqué avec le gouvernement à ce sujet?

M. Bowman : Oui, absolument.

Mme Cronin : Oui.

La sénatrice Unger : Comment avance le dossier?

M. Bowman : Lentement, je vous dirais.

M. Keunen : La Canadian Cattlemen Association travaille fort sur ce dossier, car les gens de l'Ouest sont concernés. D'après les conversations auxquelles j'ai participé à la table ronde sur le bœuf, les changements apportés au Programme des travailleurs étrangers temporaires ont nui de façon dramatique à l'accès à la main-d'œuvre. Ces gens venaient au pays à titre de travailleurs étrangers, et ils entreprenaient les démarches nécessaires afin de devenir Canadiens à part entière et s'intégrer pleinement dans les collectivités. Les changements apportés au programme ont certainement beaucoup changé la donne.

En ce qui concerne le facteur prix, nous faisons partie du marché nord-américain, et les bovins, les veaux et les porcs sont exportés dans les deux sens dans les diverses filières du marché. Ce n'est pas forcément un flux est-ouest, c'est bien souvent nord-sud également. Les consommateurs se demandent toujours s'ils devraient acheter du bœuf, du porc ou du veau. Qu'est-ce que j'achète pour mon souper ce soir? S'il y a une pénurie sur un marché, les autres en ressentent l'effet. On ne peut montrer du doigt un seul secteur, car le système est complètement intégré.

[Français]

Le sénateur Dagenais : Ma première question s'adresse à M. Bowman. Vous avez mentionné qu'il y avait eu une augmentation du prix du bœuf pour les consommateurs canadiens. Inévitablement, vous devez vous tourner vers l'exportation en raison de la diminution de la consommation au Canada. Lorsque vous exportez vers les États-Unis, par exemple, le marché est plus compétitif. Dans ce cas-le, pouvez-vous maintenir les mêmes prix qu'au Canada, ou devez-vous baisser vos prix?

[Traduction]

M. Bowman : En ce qui concerne les prix en Amérique du Nord, les facteurs sont concourants. Lorsque le prix augmente au Canada, il augmente également aux États-Unis. Le modèle de fixation des prix suit le même cours.

Nous avons observé la plus grande hausse de la valeur de nos produits de bœuf dans nos exportations à l'extérieur de l'Amérique du Nord. Cela dit, la carcasse entière rapporte le plus sur le marché nord-américain et le marché canadien. L'essentiel de nos revenus est toujours attribuable à la consommation intérieure.

[Français]

Le sénateur Dagenais : J'aimerais poser une question à Mme Cronin, que je tiens à féliciter pour le succès de sa ferme familiale et pour ses six enfants. De nos jours, c'est une grosse famille. Vous avez du pain sur la planche. De plus, vous êtes toute radieuse!

Sur une note un peu plus sérieuse maintenant, vous avez mentionné que vous exploitez une ferme familiale avec laquelle vous avez beaucoup de succès. Compte tenu de tous les traités qui existent à l'extérieur du pays, j'imagine que cela met de la pression sur les fermes familiales. Par conséquent, celles qui ont moins de chance devront-elles se retirer, parce que les producteurs doivent avoir la capacité de produire dans un contexte mondial?

[Traduction]

Mme Cronin : En ce qui concerne le secteur du porc, notre prix dépend du prix américain. Le cours est fixé à partir à la Bourse des marchandises de Chicago. Lorsque le Canada perce des marchés étrangers, il n'y a aucun désavantage pour une famille ou une ferme particulière. Comme la plupart des producteurs de porcs du secteur agricole primaire, nous n'avons pas notre propre abattoir. Nous touchons le même prix que les autres, selon qui achète nos porcs. Je fais partie d'une coopérative, avec 165 autres éleveurs; le prix que nous touchons dépend du prix de vente qu'obtient le transformateur. D'autres éleveurs touchent également des prix fixés à partir du cours américain.

Lorsque le Canada perce des marchés étrangers, le prix monte pour tout le monde. Personne n'est désavantagé en particulier. Les exploitations familiales ne peuvent qu'en bénéficier, du fait de pouvoir accéder aux marchés étrangers. Même si l'abattoir qui achète vos porcs ne vend pas ses produits sur ces marchés, le cours général augmentera pour tout le monde.

Aucune exploitation familiale n'en est désavantagée, mais c'est bien de songer à la possibilité.

Le sénateur Oh : Merci d'être venus aujourd'hui.

Vous avez évoqué le marché chinois. Le sénateur Plett et moi-même sommes allés à un grand salon de l'alimentation à Shanghai il y a deux ans. Il y avait un énorme pavillon sur le porc et le bœuf canadiens. Le pavillon a connu un franc succès et a accueilli de nombreux visiteurs. Lorsque nous sommes en déplacement, nous appuyons toujours les aliments canadiens et toutes vos exportations.

Le soutien officiel du gouvernement est très important lorsqu'on fait affaire avec la Chine. C'est une marque de confiance aux yeux des gens d'affaires locaux.

En tant que petit exploitant, organisez-vous directement les exportations, ou devez-vous passer par une association?

Mme Cronin : Nous n'exportons pas directement notre produit nous-mêmes, car nous ne le transformons pas. Nous faisons partie d'une coopérative qui possède un abattoir, et c'est l'abattoir qui peut accéder à ces marchés étrangers. Je ne participe pas à ces activités.

En tant qu'agricultrice, j'élève le produit dans notre exploitation familiale et je le vends à un transformateur. Je ne peux influer sur ce qui se passe au-delà. C'est une des raisons pour laquelle je donne tant de temps pour le compte de mon industrie, car je suis convaincue que les agriculteurs doivent bénéficier d'une industrie florissante sur tous les plans.

Le sénateur Oh : Les mêmes conditions s'appliquent-elles au secteur du bœuf?

M. Keunen : Oui, il en va de même pour le veau. Ce sont les transformateurs qui achètent notre produit. Nous élevons les veaux et les vendons à un transformateur. C'est le transformateur qui se charge de commercialiser le produit à l'échelle mondiale. Nous n'avons pas de contact direct avec le marché. Ce sont les transformateurs qui s'en occupent.

Le sénateur Oh : Qu'arrive-t-il si un acheteur chinois souhaite acheter vos produits? Il doit s'adresser aux transformateurs?

Mme Cronin : C'est exact. Il doit s'adresser aux transformateurs, et non pas à un éleveur individuel. L'acheteur le ferait parce que normalement il recherche un grand volume, et un seul producteur ne serait pas en mesure de suffire à cette demande.

M. Keunen : Ces producteurs ne sont pas forcément capables d'effectuer la transformation. Il faut avoir des abattoirs. C'est logique donc de s'adresser aux transformateurs, plutôt qu'aux producteurs individuels.

Le sénateur Oh : Sur le marché asiatique, notamment en Chine, le bœuf et le porc sont fortement valorisés. Il y a de nombreuses parties de la carcasse dont les gens ne se serviraient probablement pas ici, mais qui pourraient être exportées en quantité importante vers la Chine et d'autres régions de l'Asie et du Pacifique.

Mme Cronin : Je suis entièrement d'accord. Les oreilles et les pattes de cochon, que les Canadiens ne mangent pas, sont des morceaux de choix en Chine. Il est donc important de pouvoir vendre tout le cochon. Parfois, il faut écouler son produit sur 40 ou 50 marchés pour ce faire.

La sénatrice Beyak : Merci beaucoup à tous. Les Canadiens nous regardent. Je le dis à tous les témoins qui viennent en comité. Vos activités au sein de l'industrie alimentaire sont importantes pour nous tous. Merci de vos excellents témoignages.

Pouvez-vous me dire si on mange encore des queues de cochon dans la région de Kitchener? Il y avait autrefois un restaurant qui servait des queues de cochon cuites au barbecue. Nous faisions deux heures de route pour nous y rendre. Est-ce aussi un produit à valeur ajoutée?

Mme Cronin : N'importe quelle partie du cochon peut l'être. Cela dépend du mode de préparation et du marché.

Dans la région de Kitchener-Waterloo, notre conseil s'est rendu à un restaurant sur la rue Lancaster qui se spécialise dans le cochon, et qui sert notamment les queues de cochon. C'est un restaurant fabuleux.

On mange des queues de cochon dans ce restaurant, des pattes de cochon en Chine, et des oreilles de cochon aux Philippines. Il s'agit de trouver les créneaux et de pouvoir valoriser chacune de ces parties du cochon.

La sénatrice Beyak : Une petite question supplémentaire. Je crois que notre ministre, M. Gerry Ritz, a joué un rôle primordial pour faire connaître la marque canadienne sur ce marché il y a trois ans, et il me fait donc plaisir de voir les provinces suivre cette piste, car le Canada occupe une place unique. Vous faites bien votre travail et vous montrez avec brio, grâce à vos activités de commercialisation, pourquoi les aliments canadiens sont meilleurs. Merci encore à tous.

Le sénateur Moore : Merci à tous d'être venus.

Monsieur Bowman, vous avez dit que nous devons améliorer la traçabilité des animaux. Je connais la politique sur l'étiquetage du pays d'origine et les autres facteurs. Nous avons travaillé fort pour nous en débarrasser, et en décembre dernier, les États-Unis ont adopté un projet de loi dans ce sens.

Que veut dire la « traçabilité » des animaux?

M. Bowman : L'idée veut que nous soyons en mesure de tracer le parcours de l'animal, depuis sa naissance jusqu'à l'assiette, afin de connaître chaque étape de production, c'est-à-dire où l'animal a été élevé et par où il est passé.

Le sénateur Moore : Vous êtes éleveur de bœuf.

M. Bowman : Oui.

Le sénateur Moore : Admettons que vous élevez un animal.

M. Bowman : Oui.

Le sénateur Moore : Et vous le vendez à un transformateur?

M. Bowman : Non.

Le sénateur Moore : Oui ou non?

M. Bowman : Le problème, c'est que normalement, l'animal serait vendu deux ou trois fois en cours de route à cause des diverses étapes de la production. Je vends mes veaux à quelqu'un qui les mettra au pâturage ou les engraissera. Cette personne les vendra ensuite à quelqu'un qui se chargera de la finition en les engraissant de 200 livres environ.

Au sein du système de production, chaque animal passe en moyenne par trois propriétaires avant d'être abattu.

Le sénateur Moore : Qui tient un registre pour tout documenter?

M. Bowman : En ce moment, personne.

Le sénateur Moore : Personne?

M. Bowman : Le système actuel...

Le sénateur Moore : Nous savons que l'animal vient de chez vous.

M. Bowman : Et nous savons où l'animal a été abattu, mais nous ne connaissons pas forcément toutes les étapes entre. Le système que nous tentons de créer nous permettra de retracer le parcours de l'animal depuis sa naissance jusqu'à sa mise à mort.

Le sénateur Moore : Quel est le problème? Quels sont les obstacles à surmonter afin de créer un tel système?

M. Bowman : Les coûts, d'une part, et le fléchissement des échanges et des ventes, d'autre part. Afin que nous puissions retracer ces animaux, il faudrait lire chaque étiquette et en faire la saisie dans une base de données aux encans, où on vend les bovins.

Or, c'est problématique. Nous ne voulons pas que les gens aient à consacrer trois jours pour retracer un animal.

Le sénateur Moore : L'animal garde-t-il la même étiquette pendant tout le processus?

M. Bowman : C'est ce que nous voulons actuellement, oui.

Le sénateur Moore : C'est ce que vous voulez. Est-ce la réalité?

M. Bowman : Nous essayons de nous améliorer. Nous en sommes à un taux de plus de 90 p. 100 des animaux qui conservent l'étiquette depuis la naissance jusqu'à l'abattage.

Le sénateur Moore : Y a-t-il une façon de le faire, comme les codes à barres dans les magasins, par exemple?

M. Bowman : C'est le système que nous visons. C'est juste que lorsqu'on commence à déplacer des milliers de têtes de bétail lors d'un encan d'un jour, les choses deviennent compliquées. Les animaux proviennent de centaines de producteurs et sont vendus à des centaines de producteurs différents, et le tout devient très compliqué.

Le sénateur Moore : Vous dites que vous en êtes à un taux de respect de 90 p. 100. Comment le système fonctionne-t- il en ce moment? Devez-vous assurer le suivi des animaux qui quittent votre exploitation, ou revient-il à l'acheteur de le faire?

M. Bowman : Oui. Ma responsabilité, c'est de m'assurer que l'animal est étiqueté lorsqu'il quitte mon élevage.

Le sénateur Moore : Donc si vous me vendez un bovin, et j'assure la deuxième étape de la production, que dois-je faire?

M. Bowman : À ce stade-ci, rien du tout, il n'y a rien à faire.

Le sénateur Moore : Donc lorsque je vends mon produit au troisième intervenant de la chaîne, je n'ai pas à faire comme vous?

M. Bowman : Votre responsabilité, lorsque les bovins montent dans le camion, c'est de s'assurer que chacun d'entre eux est étiqueté. Si le bovin a perdu son étiquette lorsqu'il vous appartenait, vous devez remplacer l'étiquette. À part cette consigne, vous n'avez aucune autre responsabilité.

Aux termes du système que nous visons, on propose que le producteur ait également à prendre note des numéros sur chaque étiquette lorsqu'il prend possession des bovins. C'est la teneur de la proposition actuelle.

Le président suppléant : Madame Cronin, avez-vous quelque chose à ajouter?

Mme Cronin : Dans le secteur du porc du Canada, c'est différent. La traçabilité est obligatoire dans notre secteur depuis juillet 2014. Cela veut dire que chaque déplacement d'un porc est consigné et versé à la base de données PorcTracé, ce qui fait que nous sommes en mesure de retracer nos animaux. Lorsque les porcs arrivent à l'abattoir, nous savons d'où viennent ces animaux et quels étaient les divers stades de leur production.

La traçabilité est importante pour des raisons de salubrité. Si jamais un problème survient dans notre secteur à cause d'un animal à un stade particulier de la production, nous pouvons rapidement consulter la base de données PorcTracé afin de retracer le parcours de l'animal et de savoir quand il a été déplacé et par qui.

Lorsque le gouvernement a mis sur pied ce programme en 2014, c'était à des fins éducatives. Or, les acteurs de notre industrie participent de plus en plus. Je vous dirais que le taux de participation frôle les 100 p. 100 et le gouvernement a dit que bientôt on irait au-delà du cadre éducatif.

Le président suppléant : Le temps file, mais j'aimerais poser une petite question supplémentaire qui pourrait aider le sénateur Moore.

Est-il un peu plus facile pour le producteur de porc de participer à un tel système que le producteur de bœuf à cause du système pyramidal que nous avons dans le secteur porcin? Il y a en fait une pyramide de production de porc, ayant à la base les porcelets sevrés qui entrent dans le système et y demeurent. C'est le même groupe d'agriculteurs qui possèdent la pyramide entière de production.

De ce fait, la traçabilité est-elle plus facile que dans le secteur des bovins, où les animaux sont vendus à divers intervenants?

Mme Cronin : Dans le secteur du porc, il y a bien sûr des contrats comme celui que vous venez de décrire, aux termes desquels je produis des porcelets sevrés et je les vends à la même porcherie chaque fois. Mais il y a également d'autres types de transactions. Il se peut qu'un agriculteur décide qu'il a trop d'animaux et qu'il les vende sur le marché libre à une autre porcherie. Nous pouvons retracer tous les animaux dans notre système.

Le président suppléant : J'ignorais que de telles transactions avaient encore lieu.

Mme Cronin : Oui, monsieur.

Le président suppléant : Au Manitoba, du moins, la plupart des élevages porcins appartiennent à trois ou quatre sociétés, et il se peut qu'un agriculteur possède le bâtiment de la porcherie, mais il a un contrat avec la société Maple Leaf.

Mme Cronin : L'Ontario a un système différent. Ici en Ontario, nous sommes essentiellement des éleveurs indépendants.

Le sénateur McIntyre : Ma question porte sur Beef Farmers of Ontario et l'accord conclu entre le Canada et l'Union européenne. Si j'ai bien compris, Beef Farmers of Ontario a indiqué que même si l'accord a été signé, il reste à négocier des différences techniques avant que le secteur bovin ne puisse accéder au marché de l'Union européenne.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces difficultés techniques, et savez-vous où sont rendues les négociations à ce sujet? Peut-être que M. Stewart pourrait répondre à la question.

Dave Stewart, directeur exécutif, Beef Farmers of Ontario : Je peux vous donner le contexte. Je ne suis pas expert en la matière, mais il s'agit d'accords phytosanitaires. Ces accords portent sur les types de produits que nous utilisons pour laver la carcasse dans les abattoirs. Les produits que nous utilisons nous ont permis d'intégrer le marché américain sans difficulté et sont acceptés partout au monde.

Or, l'Union européenne voudrait que nous utilisions un autre produit. À ce moment-là, d'après ce que je comprends, nous n'aurions plus accès au marché américain.

C'est le genre d'obstacle au commerce qui n'est pas prévu par l'accord, mais les bonnes gens de l'ACIA travaillent sur le dossier pour y trouver une solution. Nous croyions qu'une solution aurait déjà été trouvée, mais ce n'est pas le cas.

Le sénateur McIntyre : Merci.

Le président suppléant : Merci à vous tous d'être venus aujourd'hui. Nous vous sommes très reconnaissants. Les renseignements que vous nous avez transmis nous seront fort utiles.

(La séance est levée.)

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