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PERSONNALITÉS
« Un moment et une place pour chacun » : le sénateur Munson fait ses adieux au Sénat
14 juillet 2021

Le sénateur Jim Munson a été nommé à la Chambre rouge en 2003. Les 30 années où il a été journaliste lui ont permis de parcourir le Canada et le monde entier. Le pouvoir des histoires a façonné la carrière du sénateur Munson, qui a couvert les zones de guerre comme les salles de comités. Tout au long de ses quelque 18 années de service au Sénat, le sénateur Munson a défendu les droits des enfants et des personnes handicapées par l’entremise de mesures législatives, de travail en comités et de l’inclusion.

Alors que le sénateur Munson prendra sa retraite en juillet 2021, SenCAplus lui a demandé de faire un retour sur le temps qu’il a passé à la Chambre haute.

Au cours de vos 30 années dans le monde du journalisme, vous avez couvert la guerre du Golfe et la place Tiananmen, la crise du FLQ, des dizaines d’élections et bon nombre d’autres événements marquants. Comment cette expérience vous a-t-elle préparé à devenir sénateur?

Je ne me suis aucunement préparé stratégiquement à être nommé au Sénat. Je vivais le moment présent et je vivais pour raconter les histoires. Mon travail m’a permis de mieux connaître la politique et la colline du Parlement. Ma curiosité m’a aidé. Lorsque j’étais adolescent, au Nouveau-Brunswick, je m’intéressais à la politique et à l’échange entre les journalistes et les politiciens. C’était dans mon sang.

En tant que journaliste, j’ai couvert de nombreuses histoires horribles : les guerres du Cambodge et du Vietnam, la guerre du Golfe, l’Irlande du Nord. Ma nomination au Sénat m’a permis de faire plus que de raconter les histoires; je pouvais tenter de changer les choses.

En tant qu’ancien journaliste et ancien directeur des communications du premier ministre Jean Chrétien, vous avez passé plusieurs années à proximité du Sénat avant d’y être nommé. Y a-t-il quelque chose à propos du Sénat qui vous a surpris lorsque vous êtes devenu sénateur?

Au cours de mes premiers jours au Sénat, quelques sénateurs m’ont dit : « Vous vous pensiez au-dessus de tout en tant que journaliste? Vous pensiez avoir du pouvoir lorsque vous étiez au Cabinet du premier ministre? Vous n’avez aucun pouvoir ici. Vous êtes l’un des nôtres. »

Au début, j’étais intimidé. Je ne faisais pas le fier dans les corridors, mais j’observais les autres. Je savais ce que je voulais accomplir, mais je devais comprendre comment le faire, parce que je ne connaissais pas bien la procédure. J’avais vu les orphelinats de Phnom Penh et les camps de réfugiés du Liban. J’avais fait des reportages sur la famine en Éthiopie. J’avais perdu mon fils de 10 mois, qui avait le syndrome de Down. Je voulais me consacrer à la cause des handicapés et des droits des enfants – des enjeux qui étaient très peu abordés.

Pourquoi les droits des enfants et des personnes handicapées sont-ils si importants pour vous?

Notre fils, Timmy, est né en 1968, l’année des premiers Jeux olympiques spéciaux. Il est mort en 1969 et lorsque je suis arrivé au Sénat, je me suis demandé où serait Timmy dans un monde d’inclusion. À l’époque, le monde de l’inclusion, permettant aux enfants qui ont des besoins particuliers de participer à ce que nous considérions être des activités de la vie normale, était quasi inexistant. Pour moi, c’était l’esprit de Timmy et l’esprit des Jeux olympiques spéciaux qui étaient importants.

Lorsque j’ai été nommé à la Chambre haute, j’ai rencontré les représentants d’Olympiques spéciaux Canada et j’ai utilisé la plateforme du Sénat pour ouvrir la porte à un financement durable par l’entremise des gouvernements libéral et conservateur, avec l’aide du regretté Jim Flaherty, ancien ministre des Finances au cœur d’or.

Pour moi, en tant que sénateur et défenseur des droits des enfants – du droit de jouer, de participer, d’être un athlète – ce fut un moment profond et significatif. J’ai réalisé que le Sénat était un endroit où l’on pouvait changer la vie des gens, et c’est ce que je voulais faire.

Votre passion pour cet enjeu dépasse les mesures législatives et les travaux des comités. Vous êtes passé à l’action et vous avez embauché des personnes ayant différentes capacités. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette expérience et son importance?

On ne peut pas rester là et crier de la Tour de la Paix qu’il faut plus d’inclusion sans prendre soi-même des mesures concrètes.

On a demandé aux sénateurs de participer au programme Les amis du Sénat et à un petit-déjeuner particulier, où j’ai rencontré mon assistant distingué, Michael Hurley-Trinque, qui est atteint du syndrome de Down. J’ai été impressionné par son amabilité et j’ai immédiatement dit à mes assistants qu’il fallait passer à l’action. Michael travaille maintenant à notre bureau depuis 12 ans.

Le sénateur Munson avec son assistant Michael Hurley-Trinque. Les deux hommes travaillent ensemble depuis 12 ans.

Il a laissé sa marque, non seulement dans notre bureau grâce à sa joie de vivre et à son travail, mais aussi auprès de tous ceux qu’il a rencontrés. Michael est le visage de l’inclusion au travail. De toute évidence, il a su faire bonne impression, puisqu’il a été le premier choix de la sénatrice Mary Coyle.

Ce n’est pas du symbolisme; c’est du réalisme. Il est question d’embaucher une personne, de lui verser un salaire et de lui donner un sentiment d’indépendance; un but. Et ce n’est pas si difficile à faire. Il y a un moment et une place pour chacun.

Votre projet de loi visant à créer la Semaine de la gentillesse au Canada a été adopté au printemps. Vous avez connu d’autres réussites sur le plan législatif également. Quelles sont les mesures législatives dont vous êtes le plus fier et quelle incidence auront-elles, selon vous?

J’ai eu le privilège de parrainer la Loi canadienne sur l’accessibilité au Sénat. Cette mesure législative, adoptée par le gouvernement, n’a pas reçu suffisamment d’attention. Cette loi d’inclusion permettra d’ouvrir plusieurs portes. Je ne parle pas seulement d’installer des rampes ici; je parle de pratiques en matière d’embauche, de pratiques accessibles, d’un éventail de mesures. La loi jette les bases pour un meilleur avenir et permettra au Canada d’être un leader en matière d’inclusion.

La Loi sur la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme a permis de galvaniser la communauté de l’autisme afin qu’elle s’exprime d’une seule voix, ce qui a permis de mettre en place des programmes dans les écoles. Nous avons ainsi pu nous concentrer sur la Stratégie nationale pour le trouble du spectre de l’autisme, qui est maintenant entre les mains du gouvernement.

Le sénateur Jim Munson avec son fils Claude sur la Grande Muraille de Chine alors qu’il effectuait des reportages dans ce pays. (Crédit photo : Mike Nolan)

Le sénateur Munson (troisième à gauche) et le caméraman Mike Nolan (deuxième à gauche) près de Doha, au Qatar, pendant la première guerre du Golfe. (Crédit photo : Mike Nolan)

Le sénateur Munson participe à la 6e course annuelle ‘Déferlante roulante’ sur la colline du Parlement en 2017. L’événement célèbre les réalisations d’athlètes d’élite en fauteuil roulant et vise à sensibiliser les gens aux défis surmontés par les personnes handicapées.

Le sénateur Munson prend la parole lors d’un petit-déjeuner des Amis du Sénat. Le programme encourage les sénateurs à embaucher des étudiants du secondaire de la région qui ont des difficultés de mobilité, sensorielles ou d’apprentissage.

Le sénateur Munson, qui représente Ottawa et le canal Rideau au Sénat, se rend souvent au travail à vélo en longeant le cours d’eau.

La Loi instituant la Semaine de la gentillesse parle d’elle-même. Des professeurs m’ont dit qu’ils s’en serviraient dans le cadre de leur programme. L’un des principaux objectifs du projet de loi, qui a été élaboré en collaboration avec le regretté rabbin Reuven Bulka (en anglais seulement) était de lutter contre l’intimidation dans les cours d’école. J’espère aussi que les gouvernements investiront dans les programmes à cette fin. Il est scientifiquement prouvé que la gentillesse augmente le taux de sérotonine, le bien-être mental et la qualité de vie. Elle n’entraîne aucun inconvénient.

Qu’est-ce qui vous manquera le plus du Sénat?

Ce qui me manquera, c’est d’être avec les gens, de parler, de débattre et d’échanger des histoires. J’ai entendu tellement d’histoires touchantes. Lorsqu’on pense avoir tout entendu, les audiences des comités, surtout celles du comité des droits de la personne et du comité des affaires sociales, nous font rapidement comprendre que ce n’est pas le cas.

Lorsque j’écoute une histoire, c’est toujours avec mes oreilles de journaliste, mais contrairement à avant, je ne passe plus d’un sujet à l’autre rapidement. Je suis une éponge; j’absorbe ces histoires et je tente de travailler à un rapport qui pourra aider les gens.

Quels sont vos plans pour la retraite?

J’aimerais mettre le mot « retraite » à la retraite! Je travaillerai à titre de conseiller spécial pour le Victoria Forum (en anglais seulement) et à titre de cadre en résidence pour la Peter B. Gustavson School of Business (en anglais seulement) de l’Université de Victoria (en anglais seulement). J’espère continuer à travailler avec Olympiques spéciaux Canada et à faire du bénévolat l’Alliance canadienne des troubles du spectre de l’autisme Je vais faire des efforts pour jouer au golf et au hockey des vétérans. Ce que j’aime surtout, au travail ou dans mes loisirs, c’est l’esprit de camaraderie. Je ressens de la joie et de la paix lorsque je suis entouré de gens.