Délibérations du Comité sénatorial permanent de
l'Énergie, de l'environnement et des ressources naturelles

Fascicule 26 - Témoignages du 2 avril 2015


OTTAWA, le jeudi 2 avril 2015

Le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles se réunit aujourd'hui, à 8 h 2, pour étudier le développement des énergies renouvelables et non renouvelables dans les trois territoires du Nord, y compris le stockage, la distribution, la transmission et la consommation d'énergie, de même que les technologies émergentes.

Le sénateur Richard Neufeld (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles.

Je m'appelle Richard Neufeld. Je représente la province de la Colombie-Britannique au Sénat et je suis président du comité.

Je souhaite la bienvenue aux honorables sénateurs ainsi qu'aux membres du public ici avec nous et aux téléspectateurs qui nous regardent à la télévision d'un bout à l'autre du pays. Je rappelle aux téléspectateurs que les séances du comité sont ouvertes au public et diffusées sur le Web à partir de l'adresse sen.parl.gc.ca. Vous pourrez également obtenir davantage d'information sur les témoins à comparaître en vous rendant sur le site web et en cliquant sur la rubrique « Comités du Sénat ».

Je demande maintenant aux sénateurs de se présenter, et je vais commencer par présenter le vice-président, le sénateur Massicotte, du Québec.

Le sénateur Massicotte : Bonjour.

Le sénateur Mitchell : Grant Mitchell, de l'Alberta.

Le sénateur Sibbeston : Nick Sibbeston, des Territoires du Nord-Ouest.

[Français]

La sénatrice Ringuette : Sénatrice Pierrette Ringuette, du Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Rivard : Michel Rivard, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Black : Doug Black, de l'Alberta.

Le sénateur Patterson : Dennis Patterson, du Nunavut.

La sénatrice Seidman : Judith Seidman, de Montréal, au Québec.

Le président : Je veux aussi vous présenter notre personnel. À ma gauche, je vous présente Lynn Gordon, la greffière du comité, et à ma droite, je vous présente les deux analystes de la Bibliothèque du Parlement, Marc LeBlanc et Sam Banks.

Le 4 mars 2014, le Sénat a autorisé notre comité à entreprendre une étude sur le développement des énergies renouvelables et non renouvelables dans les trois territoires du Nord, y compris le stockage, la distribution, la transmission et la consommation d'énergie, de même que les technologies émergentes.

Aujourd'hui, je suis heureux de souhaiter la bienvenue aux témoins suivants :

Du gouvernement du Nunavut, nous accueillons Bernie MacIsaac, sous-ministre adjoint, ministère du Développement économique et des Transports; et Arif Sayani, conseiller principal, Secrétariat à l'énergie, ministère du Développement économique et des Transports.

De la Société d'habitation du Nunavut, nous recevons Lori Kimball, présidente et directrice générale, et Stephen Hooey, chef de l'exploitation par intérim.

Monsieur MacIsaac, nous allons commencer par votre déclaration préliminaire au nom du Secrétariat à l'énergie, et vous serez suivi par Mme Kimball, de la Société d'habitation du Nunavut. Nous passerons ensuite aux questions.

Vous avez la parole, monsieur.

Bernie MacIsaac, sous-ministre adjoint, ministère du Développement économique et des Transports, gouvernement du Nunavut : Honorables sénateurs, je suis heureux de pouvoir m'exprimer aujourd'hui devant le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles, et je vous remercie de votre invitation. Je suis accompagné aujourd'hui d'Arif Sayani, du Secrétariat à l'énergie du Nunavut.

Je vous transmets les salutations du premier ministre Peter Taptuna, qui a comparu devant vous à titre de ministre de l'Énergie en 2012.

Je crois savoir que le comité a visité les trois territoires dans le cadre de son étude sur l'énergie dans le Nord. Il y a quelques mois, mon collègue, Alain Barriault, qui est le président-directeur général de la Société d'énergie Qulliq, est venu vous parler des questions énergétiques au Nunavut. M. Barriault vous a donné un très bon aperçu des défis que le Nunavut doit relever sur le plan de l'alimentation en électricité.

Je pense que vous avez accès à une présentation PowerPoint sur vos iPad. Nous allons donc passer à la deuxième diapositive.

Nous souhaitons aborder d'autres sujets dans le cadre de la discussion sur l'énergie, et principalement les efforts en matière d'efficacité énergétique et de consommation d'énergie dans notre territoire. C'est dans ce contexte que je parlerai aujourd'hui des défis et des possibilités qui se présentent au Nunavut dans le domaine de l'énergie. Je me concentrerai sur le travail que nous accomplissons pour réduire la consommation d'énergie et améliorer nos perspectives énergétiques.

Comme vous le savez sans doute, notre territoire est jeune. Le Nunavut fait près de 2 millions de kilomètres carrés, et ces quelque 37 000 habitants se répartissent dans 3 fuseaux horaires et 25 localités. Le Nunavut a beaucoup de potentiel, d'abord grâce à sa jeune population — la plus jeune du Canada — et ensuite grâce à ses ressources naturelles et culturelles, soit le secteur minier, les hydrocarbures, le tourisme et les médias créatifs, une industrie en plein essor. Nos chances de réussite dépendent toutefois, en grande partie, de notre capacité de gérer notre sécurité énergétique. Au Nunavut, la question de l'énergie se résume toujours à deux conditions : un coût abordable et une alimentation fiable. De l'électricité abordable nous aiderait à réaliser notre potentiel; une alimentation fiable nous donnera l'assurance nécessaire pour aller de l'avant.

Passons maintenant à la diapositive 4. Le chemin vers l'énergie abordable et fiable commence avec ce document. Je vous présente Ikummatiit, la stratégie énergétique du gouvernement du Nunavut, adoptée en 2007 et applicable jusqu'en 2020. En gros, Ikummatiit vise à réduire la dépendance du Nunavut aux combustibles fossiles. La stratégie s'articule autour de quatre grands thèmes : l'économie d'énergie et l'efficacité énergétique, l'énergie de remplacement, les pratiques de gestion et le développement de ressources énergétiques locales.

Vous verrez qu'Ikummatiit est placée au centre du graphique à la diapositive 5, et que les intervenants du Nunavut en matière d'énergie jouent tous un rôle dans la stratégie.

La Société d'énergie Qulliq exploite des centrales au diesel, mais elle mène également des projets d'énergie hydroélectrique et d'autres formes d'énergie renouvelable, et elle travaille à améliorer l'efficacité de ses centrales.

La Société d'habitation du Nunavut, qui comparaît aussi devant vous aujourd'hui, construit de nouveaux logements, gère le parc de logements et travaille avec les propriétaires de logements publics et de logements de l'État pour réduire la consommation d'énergie.

Le ministère des Services communautaires et gouvernementaux du Nunavut, qui est propriétaire-exploitant d'un grand parc d'immeubles gouvernementaux dans l'ensemble du territoire, a mis en œuvre des initiatives énergétiques impressionnantes. J'y reviendrai plus tard.

Et vous voyez aussi le Secrétariat à l'énergie, la division responsable de surveiller et de coordonner globalement la mise en œuvre de notre stratégie énergétique. Ce sont là quelques-uns seulement des principaux intervenants du territoire en matière d'énergie.

La vérité, c'est que chaque personne, chaque organisation, est un intervenant. En effet, il ne faut pas oublier les hameaux, les entreprises et les résidents : tout le monde consomme de l'énergie, et tout le monde a un rôle à jouer à cet égard.

Mais j'aimerais pour le moment me concentrer sur le gouvernement du Nunavut et sur ses efforts visant à réduire la consommation d'énergie. Le gouvernement du Nunavut paie, directement ou indirectement, près de 80 p. 100 de l'ensemble des coûts énergétiques du territoire, notamment par l'entremise de précieuses subventions grâce auxquelles l'énergie peut rester abordable. Il n'y a qu'à voir les tarifs d'électricité. Dans la capitale, Iqaluit, les clients résidentiels sont facturés 60 cents le kilowattheure. Grâce à la subvention, ce tarif passe à 30 cents le kilowattheure, ce qui est encore beaucoup plus que dans le reste du Canada. À Ottawa, par exemple, le tarif résidentiel est de 14 cents le kilowattheure, tandis que nos voisins, à Yellowknife, paient 24 cents le kilowattheure. Je peux présenter la situation sous un autre angle : l'énergie, sous toutes ses formes, prend environ 20 p. 100 du budget du gouvernement.

Ces chiffres montrent bien l'urgence de la situation. Pourtant, la nature même du défi nous offre de grandes possibilités. Chaque réduction de notre consommation d'énergie, chaque kilowatt que nous tirons d'une source renouvelable nous permettent de faire des économies, qui peuvent être consacrées aux écoles, aux hôpitaux et à d'autres priorités. Les économies sont là, dans les coûts. En fait, nous avançons déjà dans la bonne direction.

Passons maintenant à la diapositive 6 pour parler du Programme de gestion de l'énergie du Nunavut. J'ai déjà mentionné que le ministère des Services communautaires et gouvernementaux est l'un des principaux intervenants en matière d'énergie. Le ministère est propriétaire-exploitant d'un grand parc d'immeubles gouvernementaux dans l'ensemble du territoire. Les immeubles consomment beaucoup d'énergie, évidemment, que ce soit de l'électricité ou du mazout de chauffage.

En réponse à notre stratégie énergétique, le ministère a mis en œuvre le Programme de gestion de l'énergie du Nunavut. Comme première phase du programme, il a mené un projet pilote à Iqaluit. Il a amélioré le rendement énergétique d'une quarantaine d'immeubles gouvernementaux. Par exemple, il a modernisé les systèmes d'éclairage, l'enveloppe des bâtiments, divers appareils et d'autres systèmes mécaniques. Le ministère a aussi misé sur l'énergie renouvelable en installant des murs accumulateurs de chaleur et des chauffe-eau domestiques solaires.

Ce qui distingue ce programme, c'est que les améliorations de l'efficacité énergétique ont été analysées et payées grâce à des fonds du secteur privé. Le gouvernement a emprunté de l'argent pour payer les coûts en capital, et il a ensuite remboursé le prêt avec l'argent provenant des économies d'énergie.

Le programme, qui a pris fin en 2011, a dépassé l'objectif fixé, qui consistait à réduire de 20 p. 100 la consommation d'énergie des immeubles gouvernementaux. Il a fait économiser plus de 1 million de dollars par année au gouvernement. Le programme est un excellent exemple qui montre comment la collaboration entre les secteurs public et privé peut faire avancer un projet énergétique. Il s'agit maintenant de reproduire le programme dans d'autres localités du Nunavut et d'aider les administrations locales à obtenir le même succès.

Passons à la diapositive 11. J'aimerais maintenant aborder quelques-uns des défis que nous devons relever dans la poursuite de nos objectifs énergétiques. L'un des plus importants concerne notre capacité, en tant que gouvernement et territoire, de soutenir des projets énergétiques. Je parle ici, entre autres choses, de notre capacité financière.

Je m'explique en vous donnant un exemple. Dans certaines provinces canadiennes, les propriétaires qui veulent installer des panneaux solaires sur leur maison et vendre le surplus d'électricité sur le réseau peuvent le faire en vertu d'une politique sur la facturation nette. Si cette façon de faire est possible, c'est grâce aux politiques gouvernementales, aux normes techniques et à un secteur privé qui peut installer les systèmes nécessaires.

Nous n'en sommes pas encore là au Nunavut. Nous y travaillons, mais la chose n'est pas faite. Nous élaborons une politique pour permettre la mise en place de petits systèmes d'énergie renouvelable, mais même une fois la politique adoptée, nous devrons veiller à ce que les systèmes puissent être conçus et installés. Il n'y a pas d'installateurs de panneaux solaires au Nunavut. Il n'y a pas, non plus, de spécialistes capables de concevoir des systèmes d'énergie qui conviennent à l'environnement arctique. Ces détails ne sont pas anodins : ils permettent de voir le chemin que nous avons à faire. Si nous choisissons la voie de l'énergie renouvelable, nous devrons veiller à ce que les capacités nécessaires soient en place.

C'est en grande partie une question de manque d'expérience. Comme vous le savez sans doute, la technologie existe — dans le solaire comme dans l'éolien — et son rendement a été démontré dans les climats froids. Mais le rendement n'a en grande partie pas encore été prouvé au Nunavut. Beaucoup, chez nous, demandent à le voir pour le croire. C'est pourquoi nous sommes très heureux que la Station canadienne de recherche dans l'Extrême-Arctique, qui est située à Cambridge Bay, fasse des recherches sur les technologies d'énergie de remplacement et d'énergie renouvelable dans le Nord.

Je terminerai en parlant des possibilités dans le secteur de l'énergie. Nous ne sommes heureusement pas les seuls dans notre situation. On trouve des communautés isolées, non branchées au réseau électrique, dans les trois territoires, et même dans le nord de certaines provinces. Nous comprendrons mieux nos options en tirant des leçons de leurs expériences. Grâce à notre participation à la Conférence des ministres de l'Énergie et des Mines, nous formons des partenariats avec d'autres gouvernements qui font face à des défis semblables. Et grâce à notre participation à la Stratégie énergétique canadienne du Conseil de la fédération, nous faisons entendre la voix du Nord et faisons avancer les dossiers qui nous concernent.

La semaine dernière, Louie Azzolini, directeur exécutif de l'Alliance énergétique de l'Arctique, est venu vous parler. Si je le mentionne, c'est parce que nous avons formé récemment un partenariat avec son organisation et que nous travaillons avec elle pour fournir des services énergétiques spécialisés au Nunavut.

Il existe donc des possibilités de partenariats et de collaborations, et comme vous pouvez le constater, nous essayons d'en profiter. Cela dit, le gouvernement fédéral demeure notre partenaire principal en matière d'énergie. La Station canadienne de recherche dans l'Extrême-Arctique fait des recherches sur l'énergie renouvelable, et des programmes fédéraux financent de petits projets énergétiques. C'est ainsi que nos communautés reçoivent des fonds fédéraux grâce au programme écoÉNERGIE. Le hameau d'Arviat, par exemple, a utilisé les fonds pour acheter un appareil solaire photovoltaïque pour l'un de ses arénas. L'installation se fera cet été.

Nous souhaitons que plus de financement soit offert pour ce genre de projet. Nous aimerions aussi que les ministères fédéraux munis d'une grande expertise technique nous aident à acquérir les capacités dont nous avons besoin.

Nous avons absolument besoin de financement pour faire les études de faisabilité nécessaires au lancement de projets. Je ne parle pas seulement des petits systèmes d'énergie renouvelable, mais des projets de grande envergure également.

Avec l'aide du gouvernement fédéral, nous pouvons faire un grand pas en avant. Nous avons démontré un grand potentiel hydroélectrique à Iqaluit. Avec un engagement financier de nos partenaires fédéraux, nous pourrions transformer le secteur énergétique du jour au lendemain. L'hydroélectricité est une ressource extraordinaire, et nous devons trouver une façon d'en tirer profit. La ligne de transport d'électricité qui relie le Manitoba et la région de Kivalliq est aussi très prometteuse. Encore une fois, l'aide de nos partenaires fédéraux nous permettrait de transformer le Nunavut en un clin d'œil.

Monsieur le président, et mesdames et messieurs les membres du comité, j'espère que mon bref exposé vous a aidés à mieux comprendre les défis que nous devons relever, mais aussi les possibilités énormes que nous pourrons saisir si nous réussissons à travailler ensemble et à donner un avenir durable au Nunavut et au Canada. Merci.

Le président : Merci.

Nous passons maintenant à Mme Kimball, s'il vous plaît.

Lori Kimball, présidente et directrice générale, Société d'habitation du Nunavut : Merci, monsieur le président. J'aimerais à nouveau remercier les honorables sénateurs de nous avoir invités à nous adresser à eux aujourd'hui. Je suis accompagnée de Stephen Hooey, vice-président et chef de l'exploitation par intérim. J'espère que vous avez un exemplaire de la présentation PowerPoint que nous avons distribuée. J'aimerais d'abord faire un survol de qui nous sommes et de ce que nous faisons.

La Société d'habitation du Nunavut est un organisme public du gouvernement du Nunavut, et nous fournissons environ 70 p. 100 de tous les logements du territoire, dans 25 communautés. Nous avons trois grands secteurs d'activité. Nous appuyons l'accès à la propriété. Nous fournissons des logements pour les employés du gouvernement du Nunavut. Et nous offrons beaucoup de logements sociaux aux Nunavummiuts.

Nous sommes responsables de 5 123 logements et de 1 400 logements pour employés. À cela s'ajoutent plus de 248 logements financés grâce à un partenariat avec le gouvernement fédéral qui seront terminés d'ici l'été 2016.

Le Nunavut est très grand. Il représente un cinquième du territoire du Canada. Il s'étend sur 1 800 kilomètres du nord au sud et de l'est à l'ouest. En comparaison, c'est plus grand que la distance entre Ottawa et Winnipeg, et le Nunavut forme plus ou moins un carré.

Comme vous le savez, le Nunavut traverse la plus grande crise du logement au Canada. Un rapport récent de la SCHL a indiqué que les besoins impérieux en matière de logement étaient à 39 p. 100. Notre enquête de 2009-2010 sur les besoins en matière de logement au Nunavut indiquait que plus de 35 p. 100 de nos clients étaient en situation de surpeuplement. C'est la pire situation au Canada. J'ai visité une communauté où 22 personnes vivaient dans une maison de trois chambres, ce qui vous donne une bonne idée. Il manque actuellement 3 200 logements. Il nous faut 3 200 logements en plus des 5 123 que nous avons déjà pour répondre à la demande actuelle.

L'un de nos mandats principaux actuellement est d'élaborer des solutions plus économiques et efficaces du point de vue énergétique, parce qu'évidemment, les coûts d'exploitation pour l'ensemble du logement social et du logement des employés sont très élevés pour le gouvernement du Nunavut.

La diapositive 2 vous donne un aperçu du logement social. Notre programme de logement social a plus de 19 000 clients, et 80 p. 100 d'entre eux gagnent moins de 22 880 $ par année, donc moins que le salaire minimum. Ces clients, ces locataires, n'ont pas la possibilité de trouver une autre sorte de logement. Ils dépendent beaucoup du programme de logement social.

Il y a moins de 1 000 locataires qui gagnent plus de 60 000 $ par année, ce qui peut sembler être un salaire décent dans le sud, mais les coûts pour l'acquisition et l'entretien d'une maison au Nunavut vont de 158 500 $ à 186 000 $ par année. Voilà le revenu minimum qu'il faut pour être propriétaire d'une maison dans diverses communautés.

Avec notre cadre et notre stratégie, nous voulions dissiper certaines fausses informations. L'une d'entre elles, c'est qu'en termes de services publics, la consommation ne reflète pas une trop grande utilisation ou de l'abus. La consommation n'est pas l'un des grands problèmes. Nous y reviendrons dans les prochaines diapositives.

La diapositive 3 présente les coûts des services publics. Si on ventile les chiffres, le service public qui nous coûte le plus cher, c'est l'eau et les égouts. La plupart des gens croiraient que dans l'Arctique, c'est le mazout de chauffage qui coûterait le plus cher. Il est en fait en troisième position. Nous payons deux fois plus pour l'eau et les égouts que pour le chauffage.

La diapositive 4 présente les coûts et la consommation d'eau. La ligne rouge indique la norme de l'Organisation mondiale de la santé pour l'eau. Il faut un certain niveau de consommation d'eau pour respecter les normes de santé, notamment. On peut voir qu'il y a seulement trois collectivités qui ont un réseau de distribution d'eau jusqu'à la maison. Les autres se font livrer l'eau par camion, et la majorité d'entre elles sont sous la norme de l'OMS.

Donc, le problème en ce qui concerne l'eau n'est pas lié à la consommation ou une trop grande utilisation de cette ressource, alors nous ne voulons pas, d'un point de vue de la santé et de la sécurité, demander à ce qu'on utilise moins d'eau. Les coûts élevés pour l'eau viennent du fait que les infrastructures sont limitées. Cela coûte évidemment plus cher de faire livrer l'eau par camion à chaque maison que d'utiliser un réseau de distribution par aqueduc. Ces réseaux coûtent cher à mettre en place. Mais lorsqu'on regarde la croissance de la population au Nunavut, c'est une population très jeune, beaucoup ont moins de 20 ans, et ces gens auront besoin de logements. Nous aurons besoin de plus de logements à l'avenir, et installer des aqueducs avant de commencer à construire les maisons est logique du point de vue économique, plutôt que d'essayer de changer de système plus tard.

La diapositive 5 présente les coûts et la consommation du mazout. Nous avons examiné les logements les plus vieux de notre portefeuille. Nous avons des logements qui remontent aux années 1960. Nous avons comparé la consommation des logements construits dans les années 1980 à ceux construits dans les dernières années. Il y a une différence en matière de consommation d'énergie. Pour les logements unifamiliaux, il y a eu une réduction de 511 litres, soit 13 p. 100 de la consommation. Pour les duplex, la diminution a été de 12 p. 100, et pour les multiplex, de 10 p. 100. Il y a donc une différence substantielle. Mais lorsqu'on regarde les coûts moyens du chauffage, soit environ 3 700 $, une réduction de 10 p. 100 ne représente pas une économie suffisante pour payer les rénovations coûteuses qui permettraient aux logements plus vieux d'être plus efficaces du point de vue énergétique. Pour bon nombre de ces vieux logements, il faudrait plusieurs milliers de dollars en rénovations, mais si on n'économise que 500 $ par année, il faudra beaucoup de temps avant d'avoir un rendement sur l'investissement. La voie de l'avenir est donc de veiller à ce que les nouveaux logements soient bien plus efficaces sur le plan énergétique.

La diapositive 6 montre que l'une des principales fonctions de notre organisation, c'est la construction. Là encore, grâce à des partenariats avec le gouvernement fédéral. Nous avons réussi à obtenir des investissements fédéraux importants dans la construction de nouveaux logements. Avec cet argent, nous tâchons de trouver des concepts créatifs, efficaces, adaptés à la géographie et au climat. Ensuite, pour déterminer là où nous allons construire, nous avons créé une méthodologie d'affectation fondée sur les besoins des collectivités tout en tenant compte de ce qu'elles ont déjà. Et nous calculons les besoins de façon proportionnelle afin de nous assurer une distribution équitable des logements partout au Nunavut.

À la diapositive 7, on montre toutes les autres mesures qu'on prend pour assurer l'efficacité énergétique et pour faire en sorte que les nouveaux logements dépassent les normes du Code national de l'énergie pour les bâtiments. Nous respectons, voire surpassons la norme R-2000. Nous avons des fenêtres à triple vitrage remplies d'argon à faible émission. Nous dotons les logements d'appareils ménagers efficaces, de chaudières efficaces, de toilettes à faible débit et de réservoirs à mazout en fibre de verre afin d'assurer leur viabilité.

À la diapositive 8, nous avons des exemples d'immeubles à 10 logements que nous venons de construire. En effet, nous avons constaté que les coûts de construction chutent proportionnellement à la densité des logements. Nous avons effectué une analyse d'efficacité énergétique de nos récents immeubles à 10 logements et avons obtenu une cote de 82 et 84. Ainsi, la cote moyenne pour ce genre de logements est de 83, ce qui les classe en deuxième place des habitations les plus efficaces sur le plan énergétique. Le seul moyen d'améliorer davantage la cote serait d'installer des systèmes passifs comme des panneaux solaires ou des systèmes éoliens. Bref, nos logements sont très efficaces.

À la diapositive 9, on présente les programmes d'accès à la propriété offerts aux propriétaires potentiels partout au Nunavut. Lorsque nous affectons les fonds, nous suivons un tableau de priorités fondées d'abord sur les questions de santé et de sécurité, et ensuite sur l'efficacité énergétique, pour obtenir un système de pointage. Nous avons également un programme de rénovation offrant un maximum de 15 000 $ pour toute rénovation améliorant l'efficacité énergétique dans le marché privé. Nous avons également collaboré avec l'Alliance énergétique de l'Arctique pour sensibiliser les propriétaires aux façons de rénover leurs maisons en vue d'assurer une plus grande efficacité énergétique.

À la diapositive 10, nous nous penchons sur nos besoins futurs. Bref, nous avons besoin d'investissements durables dans le logement, mais également d'investissements correspondants dans l'infrastructure. Une meilleure infrastructure permettra de réduire le coût d'approvisionnement en énergie de ces maisons. Là encore, l'un des coûts les plus importants se situe au niveau de l'eau et de la distribution de l'eau. Je pense que mon collègue a mentionné que la Société d'énergie Qulliq a comparu et a parlé de ses coûts par kilowattheure. Mais en ce qui nous concerne, le plus gros problème est le coût de l'eau.

C'est tout ce que j'avais à vous dire. Je souhaite remercier le président et les membres du comité de nous avoir permis de comparaître.

Le président : Merci à vous deux de vos exposés. Nous passons maintenant aux questions.

Le sénateur Massicotte : Merci à vous tous de vous être déplacés. Le sujet est complexe et vous en savez bien plus long que nous. Nous vous félicitons de vos efforts et de vos succès à ce jour. C'est très encourageant.

Lorsqu'on parle de ces questions, la discussion porte toujours sur le coût comparativement au nombre de personnes qui seront desservies. Quels sont les enjeux que nous devrions étudier? Comment devrions-nous mesurer ces éléments?

Monsieur MacIsaac, y a-t-il ici une question de souveraineté? Est-il important pour le reste du Canada que nous occupions certains territoires? Pourrions-nous être menacés par la Russie ou un autre pays si nous n'encourageons pas les gens à vivre dans ces territoires?

M. MacIsaac : La question est intéressante. Il existe 25 communautés qui sont dispersées un peu partout sur ce territoire. Certaines d'entre elles y sont ou y ont été placées dans le passé pour des raisons de souveraineté. Chacune de ces communautés exige son lot d'infrastructures. Par exemple, au Nunavut, qui compte 30 000 habitants, il y a 25 aéroports, 25 centrales électriques, 25 dépotoirs, et cetera. Ces infrastructures coûtent extrêmement cher à construire, à rénover, à moderniser et à entretenir.

Un grand nombre de ces communautés ont été établies sur les territoires traditionnels de peuples ancestraux. Ces territoires sont leurs foyers, tout comme les communautés. En termes de sécurité nationale, je ne sais pas à quel point la menace est réelle ou sérieuse. Nous avons après tout des Rangers canadiens qui vivent dans ces communautés. Je ne sais pas si cela répond à votre question.

Le sénateur Massicotte : La migration et les déménagements n'ont jamais été très populaires au Canada. Nous en avons déjà parlé par le passé. L'histoire de l'homme se définit par d'immenses migrations, parfois pour des raisons économiques, comme c'était le cas pour l'Ouest du Canada. Dans le monde entier, y compris au Canada, on a constaté une urbanisation importante soit parce qu'une région est trop chère, soit parce qu'il faut se déplacer pour trouver du travail, pour obtenir une éducation ou pour vivre en société. En d'autres mots, devrions-nous être inquiets et nous dire que, étant donné le coût très élevé de l'énergie, certaines personnes voudront déménager? Vous constatez probablement un exode des jeunes. Est-ce que cela vous inquiète?

M. MacIsaac : C'est un problème pour la viabilité de certaines communautés sur le territoire. Dans notre exposé, nous avons parlé de la démographie du Nunavut, qui est très différente de celle du reste du pays. Par exemple, une forte proportion de la population a moins de 15 ans. Bref, l'avenir du territoire, c'est sa jeunesse.

Mais il faut savoir que le Nunavut est également doté d'importantes ressources naturelles. C'est un immense territoire rempli de pétrole et de gaz, ainsi que de minéraux. Il y a donc un fort potentiel de développement économique du territoire, pour peu que l'on sache comment s'y prendre, ce qui offrirait des occasions pour les gens de ces communautés. Récemment, nous avons ouvert deux nouvelles mines et nous envisageons d'en ouvrir de nombreuses autres. Il existe un grand nombre de programmes de formation des habitants du territoire afin qu'ils puissent travailler dans ces mines. Bref, nous devons absolument trouver un moyen de faire en sorte que les gens restent sur le territoire. Cela dit, si nous réussissons, il nous faudra encore davantage d'énergie. Nous n'aurons jamais un réseau routier comme dans le reste du Canada. Nous dépendrons toujours du transport aérien pour relier nos diverses communautés, ce qui signifie qu'il faudra plus d'énergie.

Toutes nos communautés dépendent de l'énergie diesel. Ce carburant est essentiel. On n'a pas le choix que de se servir du diesel pour chauffer les habitations. Je ne pense pas que nous pourrons trouver des solutions de remplacement. Par contre, nous pouvons trouver un moyen d'être beaucoup plus efficaces. Au fil du temps, nous espérons que les occasions économiques donneront autant de raisons aux gens du territoire d'y rester. Les gens du Nunavut sont comme tout le monde : s'ils n'y trouvent pas d'occasions économiques, ils déménageront pour en trouver ailleurs.

Le sénateur Massicotte : Vous dites que de 70 à 75 p. 100 des logements sont des logements communautaires qui appartiennent au territoire. Or, un loyer moyen coûte plus de 2 000 $ par mois, bien qu'il soit subventionné par la communauté ou le territoire. Je constate également que vous subventionnez le coût de l'énergie pour le faire passer de 50 à 30 cents. La façon la plus économique d'économiser de l'énergie est de ne pas en consommer. Or, je vois que vous faites des progrès en ce sens. Lorsque mes enfants étaient à la maison et que papa payait les comptes, c'était beaucoup plus facile pour eux. Mais dès qu'ils ont emménagé dans leur propre appartement, ils sont devenus très économes, car c'était leur argent qu'ils devaient dépenser. Vous pourriez trouver un autre moyen de subventionner les gens qui en ont réellement besoin. Peut-être qu'ils seraient bien plus motivés à conserver l'énergie s'ils en connaissaient le coût réel et devaient le défrayer eux-mêmes. Est-ce que vous y avez songé?

Mme Kimball : Merci de la question. Actuellement, le seul compte que paient nos clients de logement social est celui de l'énergie, qui leur coûte 6 cents par kilowattheure. C'est nous qui payons tout le chauffage et l'eau chaude, ce qui est problématique. Nous payons l'eau, car nous avons déjà décidé qu'il ne faut pas décourager la consommation d'eau pour des raisons de santé et de sécurité. En ce qui concerne l'électricité, nous constatons que 6 cents par kilowattheure n'est pas un taux suffisamment élevé pour infléchir les comportements, et nous cherchons donc d'autres moyens de motiver nos locataires à réduire leur consommation.

En ce qui concerne le combustible de chauffage, l'un des problèmes est que nos logements sont si efficaces et étanches que nos clients ne se sentent pas à l'aise ou ont des problèmes avec les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation, et donc ils éteignent l'échangeur d'air. Ensuite, les portes gèlent, ils constatent des problèmes de moisissure, et ils ouvrent les fenêtres. Nous devons trouver un moyen de décourager ce genre de comportements. C'est un problème qu'on étudie attentivement.

Nous avons lancé une campagne de sensibilisation et de mobilisation des locataires et nous essayons d'y insérer une sensibilisation sur le chauffage. Mais nous devons faire très attention puisque la plupart de nos clients touchent des prestations de supplément de revenu. Si nos clients devaient payer la pleine facture, ils devraient recevoir une allocation plus importante, qui serait imposable. Nous devons nous assurer que toute mesure que nous prenions soit économique du point de vue du gouvernement.

Le sénateur Black : Merci à tous de vous être déplacés. Merci infiniment de cette occasion que vous nous donnez.

À mon avis, le Nunavut est un territoire extrêmement important et stratégique pour le Canada et sa culture. Mais le Nunavut est sur le point de se convertir en État providence, ce qui n'est pas acceptable ou souhaitable pour un pays comme le Canada. Je ne crois pas qu'il soit acceptable non plus que le Nunavut ait constamment la main tendue. Je ne pense pas que ce soit souhaitable pour les relations territoriales fédérales. Or, il faut investir pour faire en sorte que les normes et la qualité de vie soient sensiblement les mêmes au Nunavut que dans le reste du Canada, donc les investissements sont incontournables.

Monsieur, vous avez indiqué que 25 p. 100 de votre budget est consacré au coût énergétique. Ce 25 p. 100, ça représente combien, plus ou moins?

M. MacIsaac : Il s'agit en fait de 20 p. 100.

Le sénateur Black : Soit.

M. MacIsaac : Ça représente environ 300 millions de dollars, grosso modo.

Le sénateur Black : Vous voulez dire 300 millions de dollars pour l'énergie, qui se compose exclusivement de carburants fossiles importés.

M. MacIsaac : Essentiellement, oui.

Le sénateur Black : Parlons maintenant des coûts d'importation et de construction des installations hydroélectriques. Vous avez dit qu'on pourrait les faire venir du Labrador, du nord du Québec ou du Manitoba. Avez-vous chiffré ce genre de coûts?

M. MacIsaac : Nous avons actuellement un projet d'examen de faisabilité de la construction de lignes de transmission du Manitoba vers la région de Kivalliq, c'est-à-dire la région centrale du territoire.

Le sénateur Black : Je puis vous dire que c'est faisable, mais très cher. Tout est faisable. Mais à quel prix?

M. MacIsaac : Il y a plusieurs aspects à cette question. En ce qui concerne les coûts, on les suppute à 600 millions de dollars pour construire une ligne entre le Manitoba et le Nunavut. Par contre, il y a d'autres considérations en jeu. Cette partie-là du Nunavut est dotée d'une grande richesse minière, et on y trouve déjà un grand nombre de mines. En approvisionnant ces mines, on pourrait du coup réduire les coûts en énergie des communautés avoisinantes. Cela pourrait également transformer la faisabilité et l'aspect économique de l'exploitation de ces gisements, puisque désormais ils auraient accès à une source d'énergie moins chère et plus fiable.

Le sénateur Black : Bien sûr, c'est excellent pour le Canada.

M. MacIsaac : Oui.

Le sénateur Black : Disons que ce soit 1 milliard de dollars, et je pense que c'est largement sous-estimé, mais disons que c'est 1 milliard de dollars pour aller du Manitoba au Nunavut. Que se passe-t-il quand l'électricité arrive là-bas, puisque vous n'avez aucun réseau dans le territoire, n'est-ce pas?

M. MacIsaac : Non.

Le sénateur Black : On reçoit l'électricité du Manitoba et elle aboutit quelque part. Comment fait-on pour la répartir dans le reste du territoire, et à quel coût? C'est ça qui m'intéresse.

M. MacIsaac : Il ne serait probablement pas faisable d'aller au-delà de la région de Kivalliq.

Le sénateur Black : Je vois.

M. MacIsaac : L'île de Baffin elle-même est relativement isolée. On pourrait peut-être atteindre l'extrémité ouest du territoire. Il y aurait peut-être moyen d'exploiter le réseau qui existe déjà dans certaines régions des Territoires du Nord-Ouest. Plusieurs possibilités s'offrent ainsi. Vous avez cependant certainement raison, ça ne pourrait pas se faire à bas prix.

Le sénateur Black : Les investissements, ce n'est jamais à bas prix. C'est au rendement qu'on doit s'intéresser.

M. MacIsaac : C'est vrai, mais il y a beaucoup de priorités contradictoires au sein du territoire pour ce genre d'investissement. Cela fait partie de l'équation aussi.

Le sénateur Black : Bien entendu. Là où je veux en venir, c'est qu'il se pourrait bien que ce soit une obligation du gouvernement du Canada. Vous ne pouvez pas le faire vous-même.

M. MacIsaac : Je ne dirai pas le contraire.

Le sénateur Black : Pour ma part, je suis tout à fait d'accord avec ceci. Cette situation doit être corrigée dans l'intérêt de la nation. Je vous remercie tous pour votre présence.

Le sénateur Mitchell : Merci à tous. Je pense, monsieur MacIsaac, que nous nous sommes rencontrés quand nous sommes allés là-bas.

M. MacIsaac : Oui.

Le sénateur Mitchell : Je suis heureux de vous revoir.

Les questions que je veux poser sont beaucoup plus pointues. Madame Kimball, je m'intéresse au problème auquel vous avez fait allusion, au sujet de l'ouverture des fenêtres. Est-ce que ces bâtiments sont tellement hermétiques qu'ils en sont étouffants et les gens sont mal à l'aise avec ce genre d'isolant? Comment est-ce que cela se présente?

Mme Kimball : Je vous remercie pour cette question. Elles sont tellement bien isolées que si on éteint le chauffage, le système de chauffage, de ventilation et de climatisation ou le ventilateur-récupérateur de chaleur, l'air devient assez étouffant. Certains locataires, aussi, se plaignent du bruit que font ces systèmes. Les prises d'air, en outre, peuvent poser certains défis. Les locataires ne comprennent pas forcément comment ils fonctionnent et empilent des choses devant les prises d'air, surtout dans les situations de surpeuplement, il y a beaucoup de gens dans la maison, et il est facile de commencer à entasser les choses devant elles, ce qui nuit à leur fonctionnement. C'est ce genre de choses qui nous préoccupent.

Les différents systèmes, les technologies plus récentes posent aussi certains défis parce qu'il faut penser à la maintenance de ces technologies et aux compétences disponibles dans la communauté pour assurer cette maintenance. Si on a toutes sortes de différentes technologies dans une collectivité et un personnel restreint pour en assurer la maintenance, cela complique les choses, puisqu'il faut connaître tous ces systèmes différents. C'est l'une des difficultés qui se pose pour nous.

Le sénateur Mitchell : Ceci m'amène à ma question suivante, qui s'est posée à moi quand nous sommes allés en visite. C'est la question de la capacité qui se pose à bien des égards. Vous avez parlé de l'un d'eux. Il est néanmoins impressionnant que vous ayez des normes et des codes assez rigoureux en matière d'isolation pour les bâtiments. Avez- vous la capacité, dans votre fonction publique, non seulement d'assurer le service, mais aussi une surveillance, de veiller à ce que les codes soient respectés lors de la construction des bâtiments, et ce genre de choses? Est-ce que cela pose problème?

Mme Kimball : Cela se passe bien, actuellement, pour nos nouveaux chantiers, parce que le financement que nous recevons du gouvernement fédéral semble conserver les ressources humaines nécessaires pour poursuivre ces travaux. Cela va relativement bien.

Le sénateur Mitchell : Soixante-dix pour cent des logements construits sont des logements sociaux. Le reste, ce sont des bâtiments commerciaux ou publics, et des entreprises. Est-ce que les normes pour ces 30 p. 100 restant, les bâtiments commerciaux, sont les mêmes ou sont-elles différentes?

Mme Kimball : Les immeubles résidentiels et commerciaux sont tout à fait différents, sont assujettis à deux codes du bâtiment différents. En ce qui concerne ce que nous faisons pour les logements sociaux, et tout ce que nous construisons pour les logements de fonction, comme on construit les deux types de bâtiment, nous nous assurons d'appliquer la norme de qualité R2000. C'est donc le même type de concept de bâtiment.

Pour ce qui est des immeubles résidentiels privés, ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent, dans la mesure où ils respectent le code. C'est d'ailleurs une chose sur laquelle se penche le gouvernement dans son ensemble, puisqu'actuellement, le Nunavut n'a pas son propre code du bâtiment. Nous appliquons les normes canadiennes, mais le Nunavut est en train d'élaborer ses propres codes du bâtiment.

Le sénateur Mitchell : Quel avantage est-ce que cela présenterait, précisément?

Mme Kimball : Je pense que ce serait avantageux d'avoir des normes plus élevées, surtout pour le marché privé.

Le sénateur Sibbeston : Chaque fois que je vois des gens du Nunavut, je me souviens des années 1980, quand les habitants de la région faisaient partie des Territoires du Nord-Ouest et Yellowknife était le centre du gouvernement. On faisait des voyages dans cette région, jamais en hiver — c'est trop sombre et trop froid — mais au printemps, à cette époque-ci de l'année, et en été, où c'est vraiment très agréable. J'ai toujours aimé les voyages dans cette région et admiré les gens qui y vivent, parce que les conditions y sont très dures.

Aussi, la première chose qu'on remarque, c'est qu'il n'y a pas d'arbres. Alors que nous, dans l'Ouest, avons des arbres et des matériaux de construction, où on peut faire un feu de bois, dans la région de l'est de l'Arctique, il n'y en a pas. C'est l'une des grandes différences. Je sais que la vie y est très dure. C'est un magnifique paysage, et les gens y sont fantastiques, mais la vie y est dure parce que les gens n'ont pas grand-chose à faire. Dans l'Ouest, l'exploitation gazière et minière est peut-être plus avancée et nous avons des routes, ce qui n'est pas le cas dans l'est de l'Arctique. J'ai remarqué ces différences, mais il n'en reste pas moins que c'est une très belle région.

Pour ce qui est du logement, depuis que je suis devenu membre de l'assemblée législative en 1970, alors que j'étais encore jeune, la construction de logements pour le peuple inuit de l'Arctique a toujours été un enjeu, parce qu'à l'époque, une compagnie du sud allait s'installer dans une petite communauté pendant un, deux ou trois mois tout au plus, pour construire des maisons. On entendait toujours les gens se plaindre que les maisons avaient été construites trop vite, et n'étaient pas de bonne qualité.

J'aimerais savoir si, avec le temps, cela a changé. Est-ce que les maisons sont construites avec de meilleurs matériaux, selon des normes plus élevées, et sont-elles de meilleure qualité? Est-ce qu'il y a au Nunavut des gens qui ont les compétences nécessaires pour faire ce travail, pour construire les maisons?

Mme Kimball : Je vous remercie. Stephen peut en parler aussi, mais presque tous nos contrats ont été conclus avec des sociétés inuites. La grande majorité des offres qu'on reçoit sont de compagnies inuites. Nous avons donc la participation d'une vaste main-d'œuvre du Nunavut. Il y a beaucoup de bonnes activités économiques. Le secteur de la construction est l'un des plus importants employeurs du Nunavut.

Pour ce qui est de la qualité, nous incluons maintenant dans nos contrats de construction l'expédition, l'approvisionnement et la construction, ce qui est différent du passé. Avant, nous nous faisions expédier les matériaux séparément, puis nous embauchions des entrepreneurs pour faire le travail. Maintenant, ce sont des contrats clés en main, mais il est prévu au contrat que chaque phase de construction doit faire l'objet d'une inspection par notre personnel avant que les paiements puissent être faits. Le système est donc beaucoup plus rigoureux, et on s'assure ainsi de la qualité et d'avoir un produit fini. Nous veillons qu'au fur et à mesure de la construction, il y ait des points d'inspection appropriée.

Le sénateur Sibbeston : Vous me dites que les normes de logement sont plus élevées. Puisqu'on parle de l'air, il ne faut pas oublier que les Inuits viennent de la terre; ils vivaient auparavant dans des igloos. Pour eux, c'est un gros changement que de vivre en ville, dans des maisons. Au début, les gens pouvaient ouvrir les fenêtres et les portes pour bien aérer les lieux. J'ai toujours été amusé par le fait que maintenant, nous construisons des maisons qui sont tellement hermétiques qu'il faut percer un trou dans le mur pour faire entrer l'air. C'est ainsi que ça marche. Il est certain qu'avec le temps, les gens s'adaptent, et je suppose que les deuxième et troisième générations de gens qui vivent dans des maisons s'y sont habituées.

Mme Kimball : Nous travaillons sur la sensibilisation des locataires. Nous n'avons pas très bien su, au fil des ans, communiquer avec le public pour le sensibiliser au fonctionnement de ces systèmes de logement et à la façon dont il peut accroître l'efficacité énergique des maisons et en assurer une qualité de l'air plus saine. Nous tentons de le faire comprendre aux locataires, et menons diverses campagnes de sensibilisation.

Sur le plan de la construction, c'est aux étapes d'inspection. Je pense qu'il y a plus de rigueur dans la vérification de la conformité aux codes et aux normes. Peut-être plus que le changement des normes en soi, c'est qu'il y a beaucoup plus de confirmation de la conformité.

Le sénateur Patterson : Je tiens à remercier nos Nunavummiuts d'être venus aujourd'hui nous expliquer le défi de leur région.

J'ai une question factuelle à poser à la Société de logement du Nunavut. Vous avez dit que 70 p. 100 des logements, dans les territoires, sont des logements sociaux. Si, de cette équation, on retirait Iqaluit où il y a une grande proportion de maisons privées, quel serait le pourcentage?

Mme Kimball : Malheureusement, je n'ai pas ces chiffres avec moi, mais je sais qu'il y en a beaucoup moins à Iqaluit. Je pense que c'est de l'ordre de 25 p. 100. Nous avons entre 500 et 600 logements sociaux à Iqaluit, sur tout l'ensemble de notre portefeuille.

En 2009-2010, quand nous avons fait notre enquête sur les besoins, 1 880 des 9 400 logements étaient des maisons privées. Une vaste proportion des logements, 60 p. 100 à l'époque, était des logements sociaux, et 20 p. 100 étaient des logements d'employés. Plus de 80 p. 100 des maisons du Nunavut nous appartenaient donc directement. Quand on regarde le marché privé, nos programmes de propriété et, auparavant, nos programmes d'hypothèque ont touché la vie de la plus grande partie des Nunavummiuts.

Le sénateur Patterson : Les frais des services, qui s'élèvent à 24 800 $ par année et par logement, sont assez écrasants. À ce que j'ai compris, la SCHL contribuait auparavant aux coûts d'opération et d'entretien, mais ce soutien est en baisse, en vertu des politiques. Est-ce que vous pourriez me dire la part en moyenne du loyer, des subventions ou de la contribution pour l'électricité en moyenne, comparativement à ces coûts d'exploitation de 24 800 $?

Mme Kimball : Je n'ai pas ce chiffre précis. Je peux vous dire que le loyer est relativement minime. Je crois que les loyers prélevés sont de l'ordre de 14 millions de dollars ou du moins c'est à ce montant qu'ils sont évalués. Je pense que les coûts des services publics pour le logement social tournent autour de 90 millions par an. Cela n'inclut pas les frais d'entretien ou d'administration. Finalement, les loyers ne représentent qu'une fraction des coûts que nous recouvrons.

Le sénateur Patterson : Vous avez indiqué que les 6 cents par kilowattheure que les locataires sont tenus de verser pour participer aux frais d'électricité ne constituent pas un incitatif à économiser cette dernière. Bien que vous ayez expliqué que l'adduction d'eau et l'évacuation des eaux usées représentaient le coût mensuel de service le plus élevé par mois, l'électricité se trouve juste derrière, en deuxième place. Vous avez indiqué que la société était en train de revoir cet incitatif et qu'elle allait peut-être revoir aussi la grille des loyers.

De toute façon, quel serait le changement? Étant donné qu'il s'agit d'une société d'État, n'est-il pas vrai qu'au final, les députés provinciaux, l'assemblée législative provinciale devraient avoir leur mot à dire afin d'augmenter les loyers ou d'augmenter la contribution aux frais d'électricité? Il s'agit d'une question délicate d'un point de vue politique. Est- il réaliste de dire que vous pourriez être en mesure d'imposer davantage d'incitatifs à économiser l'électricité?

Mme Kimball : Il est réaliste de suivre le processus. Pour revenir à ce que vous avez dit, en effet, tout changement doit faire l'objet d'un processus d'approbation législative. Nous sommes en pourparlers avec Qulliq Energy, la société énergétique, concernant le changement du prix du kilowattheure. Cela exigerait une révision de la grille tarifaire et tout un processus législatif.

À l'heure actuelle, l'administration de la perception des 6 cents exige énormément de ressources administratives. Nous tentons de voir comment on pourrait se débarrasser de l'administration et utiliser des systèmes que nous avons déjà en les rationalisant davantage.

La facture de services publics moyenne pour un client en logement social va de 18 à 20 $ par mois à peut-être 30 ou 40 $ par mois. C'est à peu près ce que le client paye. À 6 cents le kilowattheure, cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre sur ce genre de facture. La question est la suivante : comment peut-on inciter davantage les gens à économiser l'électricité? Mais une fois encore, 80 p. 100 de nos clients ont un revenu inférieur au salaire minimum, ce qui signifie qu'ils payent un loyer minimal, ce qui signifie aussi qu'ils dépendent de l'aide sociale.

À l'heure actuelle, ces frais de 6 cents par kilowattheure, s'ils dépendent de l'aide sociale, sont payés par l'entremise du programme d'aide sociale. C'est un peu un tour de passe-passe entre la société énergétique, nous-mêmes, et l'aide au revenu ou le ministère des Services à la famille. Cela fait partie de ce que nous voulons examiner, quelque chose qui nécessite beaucoup d'administration de notre part et qui n'a pas les répercussions que nous souhaitons. Comment pouvons-nous réévaluer le programme à la lumière de ses objectifs initiaux et comment peut-on assurer leur réalisation de façon plus efficace?

Le sénateur Patterson : Les locataires n'ont vraiment aucun incitatif à économiser l'électricité. Ils ne payent pas les factures. Reçoivent-ils la facture?

Mme Kimball : Ils reçoivent effectivement une facture au tarif de 6 cents le kilowattheure et si cette facture n'est pas acquittée, la société énergétique leur coupe l'électricité. Il y a tout un processus par lequel on installe un limiteur de charge, qui ne leur permet d'utiliser que certains services chez eux, à un moment donné. Cela rend les choses extrêmement difficiles, surtout lorsque votre logement est surpeuplé. Il y a donc des répercussions sur les occupants si la facture n'est pas acquittée.

Mais je dirais que du point de vue de l'économie d'énergie, afin de les influencer à baisser leur facture, sur une facture de 18 $, quelle pourrait être la réduction obtenue, 15 $ au lieu de 18 $ ou 13 $ au lieu de 18 $? Je me demande si c'est un incitatif suffisant.

La sénatrice Seidman : Merci beaucoup d'être avec nous. Il est clair que les défis sont de taille.

Monsieur MacIsaac, vous avez parlé des obstacles, et l'un d'entre eux est lié à la capacité. Vous y avez fait plus précisément référence en ce qui a trait aux énergies renouvelables. Ma question concerne les partenariats et les occasions qu'ils pourraient représenter pour ce qui est des capacités, c'est-à-dire l'expérience, d'après votre description.

Observez-vous une augmentation proportionnée des partenariats? Si oui, s'agit-il de partenariats publics-privés? Je sais que la Station de recherche du Canada dans l'Extrême-Arctique y participe et vous avez aussi indiqué que le gouvernement fédéral était votre plus important partenaire. Avant de vous poser peut-être une question plus précise, j'aimerais que vous me parliez avec un plus de précision des types de partenariats que vous avez, si je puis me permettre.

M. MacIsaac : Je crois qu'il y a tout un éventail de partenariats, du partenariat public-privé au partenariat qui consiste à confier la tâche entièrement à une société privée. Il y a même certains projets intéressants en cours liés à des organisations inuites qui souhaitent accroître leurs ressources foncières et elles sont à la recherche d'occasions de partenariats ou de gains d'efficacité énergétique qui pourraient en résulter.

Il existe aussi des occasions intéressantes issues de la combinaison de la technologie moderne et du savoir traditionnel. Par exemple, à Sanikiluaq, un partenariat est en train de voir le jour entre le gouvernement fédéral, dans ce cas, et la collectivité et le gouvernement du Nunavut visant la création de congélateurs communautaires, croyez-le ou non. Au Nunavut, on utilise des congélateurs pour entreposer et distribuer, par exemple, des aliments locaux, comme du gibier, et cetera, pour la consommation de la collectivité. Cela exige, pour les mois d'été du moins, des congélateurs. De nouvelles technologies sont en train d'être mises au point, et des projets pilotes sont mis en place uniquement afin de déterminer si cela peut être reproduit ailleurs sur le territoire.

Les occasions de partenariat sont donc multiples. Il y a des sociétés minières qui souhaitent maintenant réduire leurs coûts et qui examinent les différents choix énergétiques qui s'offrent à elles. Par exemple, existe-t-il des possibilités d'entreprises conjointes avec la société énergétique locale pour développer les ressources hydroélectriques d'une zone donnée et qui pourraient bénéficier à la fois à la société en question et aux collectivités? Il y a des entreprises qui installent leurs propres systèmes d'énergie renouvelable afin de diminuer leurs coûts.

Tout récemment, on y a ouvert un pavillon, qui mettait en œuvre toutes sortes de possibilités de production d'énergie renouvelable, comme des panneaux solaires et divers systèmes de chauffage, et cetera, une véritable vitrine en la matière.

Il y a donc beaucoup de volonté de la part des gens. Il y a aussi un volet vert à tout cela, car les gens sont conscients de ce qu'il en coûte d'utiliser constamment du diesel. Il existe aussi un véritable intérêt économique à déterminer les avantages que représentent ces systèmes en matière d'efficacité, d'isolation et tout cela fait aussi partie de l'équation.

La sénatrice Seidman : Il ne fait aucun doute que nous avons entendu des témoignages, à ce comité, concernant des projets locaux remarquables et différentes façons de produire de l'énergie de façon durable et d'accroître l'efficacité énergétique dans les collectivités, des exemples remarquables.

J'aimerais maintenant savoir si on observe une augmentation correspondante, un intérêt correspondant à mettre en place ce type de partenariat dans le Grand Nord. Parce qu'il ne fait aucun doute qu'avec une population de 37 000 habitants, selon ce que vous avez dit, je crois, que l'obtention des capacités dont vous avez besoin constitue clairement un handicap.

Y a-t-il davantage d'intérêt pour la mise en place de partenariats publics-privés? Observe-t-on une augmentation de ceux-ci? Cela laisse-t-il entrevoir de façon plus prometteuse qu'il existe quelques occasions de développer la capacité dont vous avez besoin?

M. MacIsaac : C'est mon avis, mais je crois que vous avez vraiment mis le doigt sur ce dont on a besoin là-bas. Comme on l'a indiqué dans l'exposé, il n'existe pas d'expertise vraiment locale sur le terrain pour ce type de projet, si vous voulez. Nous nous tournons vers le gouvernement fédéral. Nous nous tournons vers diverses alliances, et cetera, pour avoir de l'aide. Des particuliers peuvent se lancer dans leurs propres initiatives.

Tout récemment, par exemple, nous avons terminé à Iqaluit un partenariat dans le cadre duquel on a étudié des résidences privées afin d'en déterminer l'efficacité et de donner aux propriétaires des conseils pour l'améliorer. Nous avions mis sur pied un atelier à cet effet, et il y avait salle comble. Ce genre de chose intéresse énormément les gens.

L'un des principaux objectifs est de développer une capacité locale, sur le terrain, pour être en mesure d'installer ces systèmes ou de se pencher sur les problématiques du Nunavut et qui peuvent être adaptés d'ailleurs. Lorsque quelqu'un veut faire quelque chose, les capacités sont là pour y parvenir.

Peut-être que ma collègue est en mesure d'ajouter quelque chose à ce sujet, mais je suis certain que dans bien des cas, lorsqu'on veut faire ce genre de chose, la capacité de le faire provient de l'extérieur.

La sénatrice Seidman : Monsieur MacIsaac, vous avez dit dans votre exposé : « Nous aimerions aussi que les ministères fédéraux qui disposent d'une expertise technique approfondie entrent en contact avec nous pour nous aider à nous doter de la capacité dont nous avons besoin. »

Dans votre exposé, c'est presque une supplique que vous nous adressez, en disant que l'expertise existe, mais pas dans la collectivité. Comment peut-on vous fournir le type d'aide dont vous avez besoin?

M. MacIsaac : Je vous ai donné l'exemple des congélateurs communautaires. C'est quelque chose qui a été réalisé par un ministère fédéral. Les agents des ministères ont l'intérêt et l'expertise pour comprendre les répercussions techniques de ce type de projets. Ils comprennent aussi ce que signifie ce type de projet pour le territoire.

Je pense que ce que nous tentons de dire dans notre exposé, c'est que nous pensons que cette expertise existe largement au sein du gouvernement fédéral et pourrait nous être utile.

Je vais vous donner un autre exemple. Cela n'a pas forcément trait à l'énergie. Par exemple, nous avons parlé du potentiel que représentent ces types de grands projets au Nunavut, qu'il s'agisse de projets d'extraction minérale ou pétrolière et gazière, et cetera. Comme vous pouvez l'imaginer, étant donné la fragilité de l'environnement arctique, les répercussions de ces projets sont une préoccupation majeure non seulement du point de vue de l'environnement, mais aussi du point de vue de la communauté pour ce qui est de comprendre quelles pourraient être ces répercussions précises.

Une fois encore, le gouvernement fédéral détient ce type d'expertise. Nous avons tissé des liens, au fil des années, avec ces différents ministères fédéraux, et ils nous aident à comprendre ces répercussions. Je parle de ministères comme Ressources naturelles Canada ou Environnement Canada, le ministère des Pêches et des Océans, et cetera. C'est donc le même type de concepts. Tissons ces liens, car ils sont intéressés par la technologie, une technologie susceptible de bénéficier à une bonne partie du reste du Canada, et nous avons la volonté, je crois, du moins dans une certaine mesure, de laisser le Nunavut servir de projet pilote pour la mise en œuvre de certaines de ces technologies.

La sénatrice Seidman : Madame Kimball, avez-vous autre chose à ajouter? Je pense que votre collègue a indiqué que vous pourriez avoir quelque chose à ajouter.

Mme Kimball : Oui, merci. De toute évidence, la SCHL est notre principal partenaire fédéral, et dispose d'un grand nombre de ressources, comme M. MacIsaac vient de l'indiquer. L'un de nos obstacles découle de la décision récente de fermer le seul bureau de la SCHL au Nunavut, ce qui fait qu'à partir de maintenant nous n'aurons plus qu'une seule personne-ressource dans les Territoires du Nord-Ouest qui est appuyée par des gens de la Colombie-Britannique, ce qui nous complique considérablement la tâche d'avoir accès à de l'aide par l'entremise d'une personne-ressource dont nous avons désespérément besoin. Pour nos ressources internes qui tentent de composer avec la SCHL, c'était très utile d'avoir sur place une personne qui connaissait les tenants et les aboutissants de la SCHL et qui avait vécu au Nunavut pendant plus de 10 ans et qui comprenait donc bien de ce fait le contexte du Nunavut et la complexité de ces obstacles.

Un des autres défis en matière de partenariat est l'incidence financière pour le Nunavut puisqu'il y a beaucoup d'analyses qui démontrent la rentabilité économique des projets, mais obtenir le financement nécessaire est difficile pour le Nunavut. Le plafond de la dette imposé au Nunavut ne nous permet pas de financer ces projets, malgré le fait qu'ils ont un rendement très réel sur l'investissement. Notre plafond de la dette nous limite beaucoup.

La sénatrice Seidman : Pourquoi est-ce que votre seul employé de la SCHL part?

Mme Kimball : La SCHL a décidé de rationaliser ses bureaux. Elle ferme son seul bureau au Nunavut, qui avait une personne.

Le sénateur Patterson : Le sénateur Sibbeston se souviendra du HAP, le Homeownership Assistance Program des Territoires du Nord-Ouest, dans notre région. En gros, il offrait des incitatifs considérables sous forme d'argent et de plans et de matériaux pour encourager surtout les locataires de logements sociaux à acquérir leurs propres logements. Vous avez 19 000 logements au Nunavut, et il y a 1 000 locataires qui gagnent plus de 60 000 $ par an. Chaque logement a des coûts d'entretien de 24 800 $, et vous ne récupérez pas tout ça en loyer.

Je me demande — et c'est probablement simpliste — si on a envisagé de vrais incitatifs pour encourager la transition de cette petite proportion de locataires qui ne reçoivent pas d'aide sociale afin de réduire vos coûts élevés d'entretien. Vous pourriez donner des logements, il me semble, leur donner leur logement, s'ils ont un revenu. Est-ce qu'on examine ce moyen de réduire la pression?

Mme Kimball : C'est une excellente question. Comme je l'ai mentionné, 80 p. 100 de nos clients gagnent moins que le salaire minimum, ce qui équivaut à 24 880 $. Ils ne seraient pas capables de payer l'entretien même si on leur donnait des maisons, et c'est un de nos défis. Pendant les années 1990, nous avons fait beaucoup d'efforts pour permettre aux gens à faible revenu d'être propriétaires et nous avons constaté beaucoup de difficultés qui en résultent. Il y a beaucoup de gens qui ont des maisons pour lesquelles nous avons une deuxième hypothèque ou même pour lesquelles nous ne recevons pas d'intérêts et ils nous demandent de prendre leur maison gratuitement et leur permettre d'y habiter comme clients de logement social puisque les conditions sont pires que si c'était un logement social puisqu'ils ne peuvent pas payer leurs factures d'eau ou leurs coûts de chauffage. Nous ne voulons certainement pas reproduire les problèmes du passé mais, en même temps, le Nunavut a des défis différents en logement social. Dans d'autres régions du Canada, c'est une question de prix. Au Nunavut, c'est une question d'existence. Il n'y a simplement pas assez de logements pour tous les Nunavummiuts qui habitent au Nunavut. Ils n'existent simplement pas. Nous réorganisons nos programmes pour encourager davantage la construction de nouvelles maisons. Ce que nous avons eu à examiner au Nunavut, c'est le nombre de gens qui n'habitent pas dans des maisons qui pourraient leur appartenir. Nous subventionnons actuellement des logements pour le personnel. Quand on examine leurs revenus, c'est le groupe de clients qu'on devrait cibler, les particuliers qui travaillent, qui louent peut-être au privé ou se servent d'autres options, leur donner des occasions de devenir propriétaires. Nous dépensons actuellement près de 45 millions de dollars par an sur notre programme de logements pour le personnel. Nous avons trouvé que plus d'un tiers de ces personnes profitent de ce programme depuis plus de trois ans. Si on pouvait faire en sorte qu'un tiers de ces personnes passent à des maisons privées — maintenant, la subvention moyenne pour le personnel dans ce programme est de 18 000 $ par an. Donc, c'est dans notre intérêt. Si quelqu'un est là depuis trois ans, c'est logique de l'inciter à devenir propriétaire et ensuite prendre ces fonds et les utiliser pour le logement social. Encore une fois, lorsque nous améliorons les conditions du logement social, nous allons améliorer les occasions pour les clients d'être en santé et de s'instruire et de gérer ces aspects de leur vie. Lorsqu'il y a 22 personnes qui habitent dans une maison, c'est très difficile pour les enfants de faire leurs devoirs et de réussir. Donc, cela a un effet sur le développement économique général du Nunavut.

Quand on pense aux coûts, 24 800 $, ça paraît beaucoup. Nous avons aussi constaté que le coût d'un séjour de 3,5 jours à l'hôpital au Nunavut équivaut à celui d'un logement public pour toute une année. Donc, quand on fait la corrélation entre la santé et la surpopulation, on peut présenter des arguments très convaincants sur le rendement de l'investissement en faveur du financement de logements sociaux additionnels dès le départ, pour éliminer la surpopulation, permettre aux gens d'être en meilleure santé et plus instruits, et alors, tout cela a des conséquences positives sur le développement économique à plus long terme.

Le sénateur Patterson : J'aimerais interroger M. MacIsaac au sujet de l'électricité, dont vous avez parlé dans votre exposé. Disons que le gouvernement du Nunavut dépense 300 millions de dollars par année sur l'énergie, soit environ 25 p. 100 du budget de 1,4 milliard de dollars, je crois. Maintenant, Iqaluit représente environ 20 p. 100 de la population du Nunavut et, je suppose, assume au moins une proportion équivalente des coûts énergétiques, sinon plus.

Quand on pense à remplacer l'énergie au diesel qui est coûteuse par l'énergie hydroélectrique, ne serait-ce pas une bonne idée de conclure une entente à long terme avec une compagnie privée pour qu'elle construise et exploite les centrales hydroélectriques, en échange d'un marché garanti, dans la capitale en croissance du Nunavut? Est-ce que ce serait une possibilité à envisager en plus ou à la place d'une demande du gouvernement du Nunavut visant à augmenter le plafond de la dette et à emprunter les fonds pour construire une centrale hydroélectrique appartenant à l'État?

M. MacIsaac : Je vous remercie. C'est une bonne question. Je suppose que ce pourrait être une possibilité mais, actuellement, le cadre législatif du territoire ne permet pas ce type d'arrangement, pour l'énergie électrique. Je sais que des travaux sont en cours pour régler cela, entre autres choses, y compris le concept de facturation nette dont on a parlé tout à l'heure. Je pense qu'il conviendrait d'examiner la faisabilité de ce type de production d'électricité — l'hydroélectricité et, dans le cas d'Iqaluit, l'énergie marémotrice — parce que nous avons tous les éléments du casse- tête.

Par exemple, les marées de la baie Frobisher sont parmi les plus hautes du monde, et présentent de superbes occasions de production énergétique. Il y a autour d'Iqaluit plusieurs sites potentiels de barrages hydroélectriques — qui ont été identifiés — qui pourraient combler les besoins de la ville actuellement et dans le futur. Nous nous sommes toujours butés au coût d'investissement et à l'absence de mécanismes qui auraient permis de le faire, tant sur les plans législatif que financier. Avec certains des projets qui sont actuellement en cours, comme la construction d'un nouvel aéroport à Iqaluit et le travail qu'a fait QEC, un ajustement du cadre législatif pourrait présenter de véritables possibilités pour l'avenir, parce qu'il a été prouvé que cela fonctionne.

Le président : Cela met fin aux questions que voulaient vous poser les participants à cette discussion. J'aimerais moi- même en poser deux ou trois, et peut-être obtenir des réponses.

En matière de logement, quand je regarde l'une des diapositives sur le chauffage, et les coûts du carburant, vous avez comparé les normes du bâtiment des années 1980. Il y a une mesure pour 1980 à 1984, puis les nouvelles mesures.

Je vois très peu de différence dans les économies illustrées dans ce graphique. C'est 10 p. 100. Mais peut-être pouvez- vous m'aider à mieux comprendre. Est-ce que les normes du bâtiment de 1980 étaient presque aussi bonnes que celles qui sont actuellement en vigueur? L'économie est tellement mince. Je m'interroge sur les chiffres, comment on en est arrivé à cela.

Mme Kimball : Je vous remercie pour cette question. C'est un aspect que nous sommes en train d'étudier. Ce n'est qu'un échantillon extrait des données. Nous essayons d'obtenir plus de données agrégées de diverses collectivités. Nous essayons de nous faire une idée du genre d'économie, mais comme vous l'avez constaté, elles sont de l'ordre de 10 à 13 p. 100.

Il y a un seuil minimum de mazout qu'il faut consommer dans l'Arctique. Nous avons constaté une augmentation spectaculaire de la consommation cette année parce que, comme nous le savons tous, cela a été l'un des hivers les plus froids dans l'histoire de l'Arctique cette année. À Iqaluit, nous avons atteint des températures sans précédent. J'ai des collègues qui ont passé toute leur vie dans la région, et ils n'ont jamais vu ces températures par le passé. Donc, l'impact était immense, même si les logements sont très écoénergétiques et plutôt nouveaux. C'est un enjeu que nous examinons toujours.

Le président : Je trouve cela étrange. Ce graphique porte sur les années 1980 jusqu'à 2012, donc pas celle-ci. Il remonte à 2012. Je trouve que c'est pas mal intéressant parce que je ne crois pas que nous avions les mêmes normes dans les années 1980. Au moins, ce n'était pas le cas pour les normes de construction dans ma région, pour être honnête. Je sais que les normes de construction étaient beaucoup moins rigoureuses dans les années 1980 qu'elles le sont aujourd'hui dans ma région. J'habite dans le Nord aussi, mais pas dans le Grand Nord, comme vous. Pourriez- vous me fournir un peu plus de renseignements, ou pouvez-vous m'expliquer le calcul? C'est un peu étonnant qu'on ait économisé que 511 litres.

Lorsque vous parlez du logement du personnel, est-ce que vous parlez des fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement? Est-ce à eux que vous faites allusion?

Mme Kimball : Nous avons 4 000 postes au sein du gouvernement du Nunavut. En ce moment, nous ne fournissons que 1 424 logements. Notre coût de fonctionnement de ces 1 400 logements est d'approximativement 48 millions de dollars actuellement. Je crois que ce chiffre est le budget annuel en ce moment.

Le président : Donc, ce sont des fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement du Nunavut?

Mme Kimball : Oui, c'est ça.

Le président : Quel pourcentage de ces fonctionnaires sont originaires du Nunavut par rapport aux gens du sud qui occupent ces postes-là? Est-ce que ce sont tous des gens du Nunavut?

Mme Kimball : Je dirais que la majorité des postes sont occupés par les gens du sud. Pour l'attribution du logement, la priorité est accordée d'abord aux travailleurs dans les domaines liés à la santé et la sécurité, c'est-à-dire des médecins, des infirmières, et ainsi de suite. Ensuite, le logement est accordé à ceux qui travaillent dans les opérations et la gestion, et finalement, le logement est accordé au personnel administratif.

Par rapport à la représentativité des Inuits, s'agissant des employés du gouvernement du Nunavut et de la proportion dans des postes administratifs, la proportion dans la gestion et aussi dans les secteurs liés à la santé et à la sécurité, le rapport est presque exactement proportionnel au rapport dans nos logements. Donc, le programme fonctionne bien.

Nous sommes en train de repenser notre stratégie concernant le logement du personnel. Nous avons un groupe interne qui travaille sur la question, afin de recibler nos objectifs. Nous ne voulons pas que les gens restent dans le logement du personnel pendant 10 ans. Le logement du personnel devrait être un outil de recrutement temporaire afin d'obtenir les ressources nécessaires au Nunavut et ensuite nous devrions élaborer une stratégie pour la rétention. En ce moment, les responsables du logement du personnel s'occupent et du recrutement et de la rétention, et nous voulons recibler nos programmes de propriété du logement et développer des programmes de condominium et de rachat, et d'autres stratégies, pour que les gens puissent faire la transition entre le logement du personnel et d'autres options beaucoup plus rentables.

Le président : Quel est le taux de chômage au Nunavut?

Mme Kimball : Je ne dispose pas des statistiques. Je sais qu'au gouvernement du Nunavut, le taux de postes vacants est actuellement à 25 p. 100 pour des postes gouvernementaux, mais je ne sais pas le taux de chômage dans le territoire.

Le président : Est-ce que quelqu'un connaît le taux de chômage à Iqaluit? Est-ce que quelqu'un pourrait me le dire?

M. MacIsaac : Je crois que ce taux est assez faible à Iqaluit. Par contre, de l'autre côté du territoire, le chômage dépasse les 10 p. 100.

Le président : Quel est ce taux à Iqaluit?

M. MacIsaac : Il est inférieur à 10 p. 100. Mais ce n'est qu'une supposition. Il y a quand même pas mal d'emplois à Iqaluit.

Le président : Existe-t-il des programmes pour faire baisser le taux de chômage à Iqaluit, pour former les habitants, afin qu'ils puissent occuper certains de ces emplois qui sont actuellement occupés par des gens du sud?

Ce serait un gros chantier, mais qui est néanmoins nécessaire, car il faut éduquer les personnes qui vivent dans cette région et la connaissent le mieux. Il serait alors beaucoup plus facile de conserver ces travailleurs comparativement à un travailleur de Toronto ou d'Ottawa qui ne passe que quelques années à Iqaluit. Avez-vous connaissance de programmes de formation pour que des gens locaux puissent occuper les emplois?

Mme Kimball : Absolument. Le Collège Arctique du Nunavut s'est concentré justement sur ce genre de programmes. Nous collaborons étroitement avec les services aux familles, et avec les programmes d'apprentissage. Tous nos contrats de construction exigent l'embauche de jeunes apprentis locaux. Nous sommes en train de mettre sur pied un système d'enregistrement des apprentis de façon que les employeurs puissent communiquer avec eux. Malheureusement, cette initiative a été entravée par les lois sur la confidentialité, mais nous sommes en train de travailler pour résoudre le problème.

Je sais qu'il y a des programmes de soins de santé au Collège Arctique du Nunavut qui courtisent les résidents locaux, et le Nunavut s'est doté d'une politique d'embauche locale. Lorsqu'il y a des postes à combler, on examine d'abord le bassin de candidats qualifiés inuits bénéficiaires d'une revendication territoriale. S'il n'existe pas de candidat de la sorte, nous élargissons nos critères à n'importe quel résident du Nord, qui y réside depuis plus d'un an. En dernier recours, nous acceptons les candidatures du sud et de l'extérieur du Nunavut.

Le président : Vous me corrigerez si je me trompe, mais lorsque nous avons visité Rankin Inlet, nous avons entendu parler du projet de prolongement de la ligne hydroélectrique du Manitoba. Est-ce exact?

M. MacIsaac : Oui.

Le président : Vous dites que vous planchez sur une initiative de la sorte, et avez donné un chiffre de 600 millions de dollars comme étant le coût de construction d'une ligne reliant le réseau énergétique du Manitoba à Rankin Inlet. Le coût de production de l'électricité à Rankin Inlet ou ailleurs sur le réseau se situe à environ 60 cents. Le Manitoba vous a-t-il dit quel serait le prix de son électricité? Avez-vous fait des comparaisons? Savez-vous combien vous devrez en fin de compte payer au Manitoba pour procéder au développement quelle que soit la rentabilité d'une telle ligne ou si la différence de prix compensait l'investissement en immobilisation?

M. MacIsaac : Permettez-moi d'apporter une précision. Ce chiffre de 600 millions de dollars n'est pas définitif. Dans le cadre de nos travaux, justement, nous collaborons avec le gouvernement du Manitoba et avec deux communautés situées sur cette ligne afin d'obtenir une étude de faisabilité et d'obtenir des chiffres plus exacts. Dans le cadre de cette étude, on examine les façons d'approvisionner en même temps certains des gisements de minéraux les plus importants. Par exemple, certaines de ces mines consomment bien plus d'énergie que les communautés qui les entourent. Tout cela est pris en compte dans notre étude.

Pour ce qui est de chiffres précis, je ne peux pas vous en donner.

Le président : Quand avez-vous commencé l'étude?

M. MacIsaac : Nous commençons tout juste maintenant. Au fil des années, on a fait beaucoup de travail sur des concepts, mais maintenant nous en arrivons aux détails concrets et au calcul des vrais chiffres.

Le président : Et vous venez tout juste de commencer?

M. MacIsaac : L'étude de faisabilité, oui. Mais cette idée circule depuis longtemps, celle de connecter le Manitoba au Nunavut, pas seulement par une ligne de transport d'électricité, mais aussi par la construction d'une route.

Le président : Je pense que l'énergie renouvelable est une excellente idée là où c'est faisable. Dans ma province, nous utilisons beaucoup d'énergie renouvelable, mais nous sommes également connectés au réseau nord-américain. Ce n'est pas votre cas. Est-ce que vous examinez les centrales diesel que vous utilisez maintenant dans certaines des petites collectivités éloignées? Vous le faites sans doute, mais pour mon édification personnelle, quel âge ont ces centrales? Est- ce que vous songez à la bonne capacité de production d'énergie pour ces régions tout en continuant à utiliser de nouvelles centrales diesel modernes?

Je pense que dans la plupart des cas, vous allez devoir continuer à utiliser des centrales diesel. En fait, M. MacIsaac a dit la même chose. Je crois que c'est vrai. Ça n'a aucun sens de construire des éoliennes dans des régions éloignées, car elles nécessitent beaucoup d'entretien.

Certaines de ces options ne correspondent pas vraiment à vos besoins. Avez-vous cherché un moyen de réduire la consommation dans une certaine mesure tout en continuant à fournir de l'électricité à certaines de ces collectivités plus éloignées?

M. MacIsaac : Je pense que oui. D'un point de vue purement mécanique, comme vous le savez, ces génératrices ne sont pas bon marché et nécessitent un investissement important. Pour répondre à votre question, effectivement, certaines d'entre elles sont assez vieilles. À mesure qu'elle les mettra hors service, je suis sûr que la société d'énergie cherchera les moyens et les équipements les plus efficaces disponibles sachant qu'ils doivent aussi être très fiables dans une collectivité qui, vous l'imaginez bien, subirait de très graves conséquences si l'une d'elles tombait en panne.

Oui, bien sûr, elle se renseignera sur les technologies disponibles avant d'aller de l'avant. En ce qui concerne la consommation, en effet, cela pose quelques problèmes.

À Iqaluit, il y a un important stock de logements privés et les gens ont intérêt à réduire leur consommation et à économiser l'énergie. Mais dans les autres collectivités, c'est une tout autre affaire puisque près de la totalité des logements appartiennent au gouvernement.

C'est un problème et vous avez raison, nous utiliserons toujours le diesel au Nunavut, d'une manière ou d'une autre. Le diesel est utilisé pour trois choses : premièrement, la production d'électricité, deuxièmement, le chauffage et, troisièmement, le transport.

Le président : Oui, l'énergie renouvelable c'est formidable, mais dans tous les cas, il nous faut une source d'énergie d'appoint.

M. MacIsaac : C'est vrai.

Le président : Si vous avez un réseau, c'est très bien, mais dans une localité en particulier, même si vous installiez une éolienne ou autre chose, vous auriez encore besoin d'une génératrice diesel d'appoint. Je suis entièrement d'accord avec vous. Le vent ne souffle pas sans arrêt et lorsqu'il n'y en a pas pour produire de l'électricité, il faut quand même en fournir aux gens qui en ont besoin. Je suis sûr que vous le faites, mais je voulais simplement préciser que c'est ce que vous faites, aux fins du compte rendu.

À certains endroits où vous pouvez augmenter un peu votre capacité avec des panneaux solaires ou quelque chose du genre, c'est une autre affaire, mais l'autre problème qui se pose avec l'énergie renouvelable, c'est qu'il faut avoir la capacité d'exploiter les installations. Vous l'avez mentionné et je l'apprécie.

Avez-vous vérifié ce que font d'autres pays, comme le Groenland, par exemple? Nous souhaitons parler à des gens du Groenland. Avez-vous vérifié ce que d'autres pays font et de quelle manière ils fournissent de l'énergie à leurs collectivités plus éloignées?

M. MacIsaac : Probablement pas autant que nous aurions dû. Vous avez raison, un grand nombre de ces problèmes existent également au Groenland. Les Groenlandais sont certainement plus avancés dans le domaine du développement hydroélectrique et géothermal. J'espère qu'ils pourront nous apprendre quelque chose. De toutes les sources d'énergie qui existent au Nunavut, l'hydroélectricité offre probablement le plus grand potentiel.

C'est un vaste territoire, qui représente 20 p. 100 de la superficie totale du pays, et il s'y trouve probablement un fort potentiel hydroélectrique. L'Islande et le Groenland trouvent des moyens novateurs d'exporter leur électricité. Ils n'ont pas non plus de réseau, mais ils utilisent leur électricité pour la fabrication de certains produits. Ils accordent une subvention à un fabricant et l'exportation de son produit est un moyen d'exporter leur électricité. Je sais qu'on a réfléchi à des solutions semblables, et je crois que la dernière fois que nous avons comparu devant ce comité, lorsque vous êtes venus à Iqaluit, nous en avons parlé.

Le président : Dennis a beaucoup parlé, tout comme vous d'ailleurs, des possibilités hydroélectriques d'Iqaluit, et j'apprécie cela. À mon avis, si ce potentiel existe vraiment, il fournirait une bonne source d'énergie fiable.

Nous allons entendre des témoins du Groenland, mais ce que j'ai remarqué au Groenland, c'est qu'il y a beaucoup d'hydroélectricité et que chacune de ces centrales a également des génératrices diesel capables de produire la même quantité d'électricité. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je ne sais pas si cela veut dire qu'ils peuvent produire de l'hydroélectricité seulement pendant les mois d'été et qu'en hiver, ils continuent à utiliser le diesel, mais nous allons poser la question. Nous allons certainement inclure cela dans notre rapport, et nous vous fournirons cette information pour que vous puissiez en faire ce que vous voulez.

M. MacIsaac : Merci.

Le président : Merci d'être venus. Nous l'apprécions. Je sais que les voies de communication sont excellentes, et je pense que nous allons tous continuer de travailler ensemble pour voir ce que nous pouvons accomplir.

Merci d'être venus. La séance est levée.

(La séance est levée.)


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