RAPPORT DU COMITÉ SUR LEXAMEN DE LA
PROTECTION CIVILE AU CANADA
Comité sénatorial permanent des finances nationales
RAPPORT FINAL
Deuxième ébauche
Président : Lhonorable Lowell Murray
Vice-présidente : Lhonorable Anne C. Cools
Juin 2000
A. Cadre de la protection civile
B. Réaction fédérale et provinciale
1. Programme conjoint de protection civile (JEPP)
2. Accords daide financière en cas de catastrophe (AAFCC)
3. Programmes ad hoc spéciaux
a. Commission mixte internationale
b. Agriculture et Agroalimentaire Canada
c. Organismes de développement régional
a. Pêches et Océans Canada
b. Ressources naturelles Canada
c. Parcs Canada
d. Environnement Canada
e. Conseil national de recherches
f. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada
g. Laboratoire de lutte contre la maladie (Santé Canada)
D. Intervention du secteur privé
MESURES ACTUELLES DATTÉNUATION
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Recommandation 1
Recommandation 2
Recommandation 3
Recommandation 4
Recommandation 5
ANNEXE 1 - LISTE DES TÉMOINS
ANNEXE 2 - MÉMOIRES PRÉSENTÉS
Lhonorable Lowell Murray, c.p., président
Lhonorable Anne C. Cools, vice-présidente
Les honorables sénateurs :
Banks
Bolduc
*Boudreau, c.p. (ou Hays)
Doody
Finestone, c.p.
Finnerty
Ferretti-Barth
*Lynch Staunton (ou Kinsella)
Mahovlich
Moore
Stratton
*Membres doffice
De la Direction de la recherche parlementaire
de la Bibliothèque du Parlement
M. Guy Beaumier
Luc Bégin,
Greffier du Comité
En 1999, le Comité sénatorial permanent des finances nationales a créé le Sous-comité de la protection civile au Canada, doté du mandat détudier et dexaminer la préparation du Canada en cas de désastre et durgence, ainsi que les questions liées aux dépenses encourues par la Défense nationale, conformément au budget des dépenses de 1999-2000. Le Sous-comité a tenu sa réunion dorganisation le 4 mars 1999, puis a siégé six fois pour entendre les témoignages de sources gouvernementales et privées sur la nature des désastres et des mesures dintervention durgence au Canada. Le 5 mai 1999, M. Arthur Eggleton, ministre de la Défense nationale et ministre responsable de Protection civile Canada, a comparu devant le Comité pour traiter de plusieurs aspects de lorganisme gouvernemental visant à répondre aux catastrophes naturelles au Canada. À titre de ministre responsable de la protection civile, M. Eggleton était chargé de prévoir les mesures durgence devant assurer que le pays sera prêt à une gamme complète de situations durgence. Ses responsabilités à cet égard sont formulées dans la Loi sur la protection civile et la Loi sur les mesures durgence.
La prorogation de la première session de la présente législature a mis fin au travail du Sous-comité; celui-ci na pas été rétabli durant la présente session, mais le Comité sénatorial permanent des finances nationales voulait terminer cette importante étude. Il a donc décidé de tenir quatre séances additionnelles pour compléter son enquête sur la protection civile au Canada.
Le Comité a choisi de traiter de la protection civile contre les catastrophes naturelles plutôt que contre les crises dorigine humaine. Il a fait ce choix parce quil estime que le pays est mal préparé aux coûts humains et économiques des fléaux naturels. Par ailleurs, les gouvernements tant fédéral que provinciaux disposent de lois prévoyant les conséquences des désastres anthropiques. Ces textes législatifs clarifient les responsabilités morale et financière et précisent les procédures et les mesures préventives requises en cas de tels désastres. Face aux catastrophes naturelles, cependant, il nexiste ni loi, règle ou directive de ce genre. Le Comité cherche à obtenir pour les catastrophes naturelles léquivalent de ce qui existe déjà pour les catastrophes dorigine humaine. Ce rapport présente les conclusions mises en lumière au cours des consultations du Comité avec des témoins experts et expose aussi les recommandations que le Comité a faites sur la planification durgence .
Selon lInstitut de prévention des sinistres catastrophiques, plus de 4 millions de Canadiens ont été directement touchés par des phénomènes météorologiques violents depuis cinq ans. Lorsquun désastre frappe, le Canada réagit rapidement et efficacement pour aider les victimes à rebâtir leur vie. Les services locaux durgence, les assurances, les organismes gouvernementaux à tous les échelons , les bénévoles et, le cas échéant, les forces armées sont sur place presque immédiatement. En outre, la réponse des Canadiens aux demandes daide, à titre individuel, est souvent été si généreuse quelle déborde les ONG chargées de la distribution des dons, services et fonds destinés aux victimes de désastres. Voilà un bilan dont les Canadiens peuvent être fiers.
Cependant, on sinquiète des efforts du Canada visant à éviter les dégâts avant quune catastrophe naturelle ne frappe une localité ou une région. Très peu de ressources sont investies dans les projets qui mettent davantage les populations à labri des catastrophes naturelles. À léchelon fédéral et provincial, la participation de lÉtat dans la prévention des pertes et la gestion du risque destinés à réduire limpact des désastres naturels a été sporadique et appuyée de très peu de ressources. La question suivante est pertinente : déploie-t-on assez defforts pour réduire les effets des désastres naturels? Ne vaut-il pas mieux, pour le pays, diriger une partie de ces ressources et de ces efforts à la conception dun environnement physique qui aide la population à endiguer les effets des désastres naturels ou, à tout le moins, à en atténuer limpact? Une stratégie visant à limiter la destruction causée par les désastres naturels, ou à tout le moins à en réduire limpact, sauverait certainement des vies et des ressources. Voilà une préoccupation grandissante, à la lumière des indices qui pointent vers une plus grande fréquence et une plus grande intensité des phénomènes météorologiques violents.
Les scientifiques proposent plusieurs théories pour expliquer laugmentation de ces phénomènes, du réchauffement climatique aux changements des cycles météorologiques. Quelle que soit la raison, la preuve est de plus en plus claire que le Canada connaît des phénomènes météorologiques de plus en plus graves, et que dautres se produiront sous peu. Ainsi, M. Gordon A. McBean, sous-ministre dEnvironnement Canada, a expliqué que chaque année le système canadien dalerte météorologique émet quelque 14 000 avertissements au Canada, soit environ 40 par jour. En outre, il a affirmé devant le Comité que limpact et le coût des phénomènes météorologiques violents continueront daugmenter et que depuis 15 ans au moins, les désastres les plus coûteux pour le Canada découlent de la météo. Parmi ceux-ci, les plus importants sont les inondations du Manitoba et du Saguenay et le grand verglas qui a paralysé le Québec et lest de lOntario. Ces événements ont tous eu lieu depuis 1996. Il estime également que les scénarios de changement climatique ne donnent pas despoir dune amélioration dans lavenir, puisquune autre grande tempête risque de se produire nimporte quand.
Chaque région du Canada est vulnérable à une forme ou une autre de danger météorologique. La côte atlantique, comme on nous la rappelé récemment, est sujette aux ouragans et aux ondes de tempête, tandis que la côte Ouest et la vallée du Saint-Laurent doivent se préparer pour léventualité dun tremblement de terre de forte intensité. En effet, daprès M. John Adams, du Programme national sur les risques séismiques, un puissant tremblement de terre aurait dû frapper depuis longtemps dans ces deux régions. Dans les Prairies, les inondations et les tempêtes violentes de grêle sont récurrentes. Le centre du Canada a connu plusieurs tornades dévastatrices ces dernières années, en plus du grand verglas de 1998. De nombreuses régions du Québec et du Manitoba sont régulièrement inondées au printemps. Face à la multiplication de ces phénomènes et à la probabilité dune intensification de leur violence, les témoins ont souligné lurgence dagir afin de se préparer au danger réel et imminent dune autre grande catastrophe au Canada.
Le Canada nest pas le seul pays à connaître des phénomènes météorologiques violents. On a rappelé au Comité que le rapport des Nations Unies intitulé Perspectives environnementales mondiales 2000 signale que les désastres naturels semblent devenir plus fréquents et avoir des effets plus graves, et que le réchauffement des températures du globe risque de faire augmenter la fréquence des phénomènes météorologiques violents, comme les orages, les pluies très intenses, les cyclones et la sécheresse.
Les phénomènes météorologiques ne sont pas les seules menaces à lenvironnement social et économique du Canada. M. Adams, du Programme national sur les risques séismiques, a rappelé au Comité que depuis 20 ans, cinq tremblements de terre importants, mesurant plus de 6,0 à léchelle de Richter, ont frappé le pays. Heureusement, tous ces séismes ont eu lieu dans des régions éloignées. Cependant, des tremblements de terre de cette amplitude ne sont pas seulement possibles au Canada, ils vont vraisemblablement frapper un grand centre urbain du pays : Ottawa, Montréal, Victoria ou Vancouver.
Enfin, lenvironnement physique du Canada héberge également une infinité dagents biologiques, chacun pouvant être source ou porteur dune infestation épidémique. M. Michael E. Shannon, directeur général du Laboratoire de lutte contre la maladie de Santé Canada, a rappelé au Comité que le Canada fait constamment face à la menace dépidémies. Ces dernières années, on a découvert de nouvelles maladies, tandis que de vieilles maladies deviennent de plus en plus résistantes aux remèdes existants. Par conséquent, les menaces dépidémie au Canada et la capacité de notre réseau de santé à y faire face, justifieront toujours une préoccupation légitime. Les autorités en matière de santé sinquiètent particulièrement de la possibilité dune pandémie de grippe. Ces épidémies mondiales se sont en effet produites à intervalles assez réguliers dans le passé. Or, larrivée des antibiotiques a brisé le cycle, de sorte quaucune grippe na pris des proportions épidémiques depuis la Première Guerre mondiale. Mais daprès le témoin pour Santé Canada, une poussée de grippe ne saurait se faire attendre et il est fort probable que le Canada ne puisse pas alors réagir adéquatement. Le Dr Shannon a souligné que notre dépendance envers les fournisseurs de vaccins étrangers pourrait empêcher le Canada de vacciner tous ses citoyens advenant une pandémie de grippe.
Le coût des dégâts dus aux phénomènes climatiques est en augmentation rapide, ce qui témoigne de leur gravité. Selon le Bureau de lassurance du Canada, au début des années 80, le coût moyen annuel des désastres naturels pour le contribuable et les assureurs était de 100 millions de dollars. Ce coût a doublé tous les cinq à 10 ans. Le grand verglas de 1998 qui a frappé le Québec, lOntario et les provinces de lAtlantique a coûté aux contribuables et aux assureurs plus de 2,5 milliards. La recherche effectuée par lInstitut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) évalue quun tremblement de terre damplitude de 6 dans un grand centre urbain ou à proximité pourrait faire jusquà 30 milliards de dollars de dommages, et causer beaucoup de décès.
LIPSC a signalé que les gouvernements au Canada ont dépensé plus de 500 millions de dollars par an en mesures dintervention et de rétablissement à la suite de catastrophes naturelles comme le verglas de 1998, les inondations de la rivière Rouge en 1997 et les inondations au Saguenay en 1996. Des coûts additionnels découlent également de ces désastres. Ainsi, le Conference Board du Canada estime la perte de production économique à court terme à 1,6 milliard et la perte de revenue à 1 milliard à la suite du verglas de 1998. Ces coûts sajoutent aux 3 milliards de dollars en dépenses de réfection défrayés par lÉtat et les compagnies dassurance. Il est donc normal que le public sinquiète de la vulnérabilité croissante de la société canadienne aux événements météorologiques graves.
Les Nations Unies ont baptisé les années 90 Décennie internationale de la prévention des catastrophes naturelles. Des études internationales ont identifier trois raisons à la hausse de ces coûts. La première est le changement climatique mondial et, bien sûr, le changement du climat canadien. Quelle que soit la cause du changement climatique, il a pour effet dentraîner des phénomènes météorologiques plus graves au Canada : inondations, sécheresses, vents forts, etc.; tous ces phénomènes devraient croître en gravité et en fréquence.
La deuxième raison tient au fait que leffet des catastrophes est plus grave dans la mesure où nous devenons plus prospères. Plus de 16 millions de Canadiens vivent aujourdhui dans une douzaine de grandes villes plus denses, ce qui augmente limpact potentiel de nimporte quel type de désastre. Avec la poursuite de notre croissance économique et du développement de nos villes, une plus grande part de la population et une plus grande part des biens du pays seront exposés aux risques météorologiques. Il y a donc une augmentation perceptible de la vulnérabilité humaine et économique du Canada face aux sautes dhumeur de la nature.
La troisième raison de laugmentation du coût des désastres au pays, cest la détérioration de nos infrastructures. Celles-ci sont âgées, et nont pas été renouvelées au rythme de la demande croissante de la population et de lactivité économique. À peine capables de répondre aux besoins de nos activités quotidiennes, nos égouts, nos systèmes dadduction deau et nos routes ne seront pas en mesure de résister à un événement météorologique grave. Tous ces facteurs réunis signifient quil y aura une pression croissante sur les fonds publics afin de rencontrer les besoins en cas de situations de secours.
Protection civile Canada considère quatre éléments dans une politique complète de protection civile : atténuation, préparation, intervention et rétablissement. Latténuation fait appel à des investissements qui réduisent la probabilité de dégâts et de pertes de vie durant un désastre. La préparation renvoie aux procédures et aux plans élaborés pour guider la personne durant une urgence. Lintervention comprend les mesures prises durant le sinistre et immédiatement après. Enfin, le rétablissement regroupe les mesures destinées à fournir les services ou le soutien critiques aux efforts des individus et des groupes qui réparent et restaurent les collectivités après lévénement. Au Canada, la loi et les programmes fédéraux et provinciaux traitent avant tout de préparation et de réponse. Par conséquent, le Canada jouit dune bonne réputation internationale pour sa compétence à organiser et à fournir des mesures de préparation et dintervention. Tous les témoins saccordent à dire que le pays a un bon dossier dans ces deux aspects de la protection civile.
Pour ce qui est des mesures de rétablissement, le pays a connu des succès mitigés. Les organismes bénévoles privés ont suggéré quil fallait diriger plus defforts vers les services post-traumatiques aux victimes de désastre naturel et quil faudrait peut-être plus de ressources pour aider les individus aux prises avec des dommages matériels. Quant au secteur privé, tant le fédéral que les provinces lui ont fourni à loccasion de laide ad hoc pour accélérer le rétablissement économique après des dégâts causés par un désastre.
Malheureusement, on semble accorder moins dattention à ladoption de mesures préventives pour protéger les personnes et les biens matériels face aux désastres naturels. LÉtat et le secteur privé sont lents à prendre les mesures nécessaires (investissements) qui réduiront les dommages matériels et sauveront des vies. Même si la notion de mesures datténuation est bien comprise dans les milieux officiels, tous les témoins conviennent quil ny a pas assez dinvestissements préventifs au Canada, pour réduire les pertes encourues par une collectivité à la suite dun désastre naturel.
A. Cadre de la protection civile
Au Canada, on compte que les individus prennent les mesures appropriées pour se protéger et protéger leurs biens en cas durgence. Lorganisation même des mesures durgence est basée sur le principe selon lequel, en première instance, chaque personne doit savoir comment réagir à une urgence. Lorsque le défi est trop grand, la personne est alors justifiée de se tourner vers les services municipaux ou locaux.
Selon Protection civile Canada (PCC), 90 p.100 des urgences sont réglées au niveau municipal ou local. Elles font intervenir les fournisseurs de services (forces policières, services dincendie, équipe de voirie, services de santé, etc.) qui sont très près de la scène et qui connaissent le mieux le territoire touché. À cette étape, les bénévoles locaux peuvent également commencer à fournir de laide aux victimes ou à aider les unités dintervention locales. Si le désastre vient à dépasser le gouvernement local, celui-ci fera vraisemblablement appel à laide du gouvernement provincial ou territorial. Cependant, même lorsque les autres paliers de gouvernement viennent à participer à lintervention durgence, les services locaux ou municipaux et les bénévoles privés continuent généralement leur travail. La réaction provinciale variera dune province à lautre, de même que lorganisation impliquée (unités sanitaires, forces policières, équipes des compagnies délectricité, etc.) Dans le cas où les ressources fédérales sont requises, on sattend que les organismes fédéraux et provinciaux coordonnent leur intervention.
B. Réaction fédérale et provinciale
La réaction fédérale à une situation durgence est régie par deux lois. La Loi sur les mesures durgence est entrée en vigueur en 1988 pour remplacer la Loi sur les mesures de guerre. Elle donne au gouvernement fédéral le pouvoir de soccuper de la sécurité du bien-être des Canadiens lors dune crise nationale désastre naturel, état durgence, crise internationale ou guerre. Il sagit dun instrument de dernier recours, jamais utilisé depuis que la loi a été adoptée. Sa mise en uvre est conditionnelle à la présence dune situation urgente et critique de nature temporaire qui dépasse les autres lois du Canada et qui menace dangereusement la vie, la santé et la sécurité des Canadiens. Cette situation doit excéder la capacité ou le pouvoir dune province et menacer gravement la capacité du gouvernement du Canada de protéger la souveraineté, la sécurité et lintégrité territoriales du pays. De nombreuses garanties sont incluses dans cette mesure législative, incluant un contrôle parlementaire étendu.
La Loi sur la protection civile correspond davantage aux intérêts du Comité. Elle traite de lappui et de la coordination requis pour mettre en uvre des plans dintervention civils, de la sensibilisation du public à la préparation aux urgences et de la prestation de programmes de formation pour le personnel de la sécurité civile. Le ministre de la Défense nationale remplit les responsabilités de cette loi par le biais dun organisme, Sécurité civile Canada (SCC), qui fonctionne au sein du ministère de la Défense nationale et voit à la coordination intergouvernementale et interministérielle de la protection civile. En cas dextrême urgence, les Forces armées canadiennes sont appelées à appuyer les autorités civiles.
Quand un grand désastre frappe, les provinces demandent au fédéral de fournir laide requise, par le biais du coordonnateur provincial de la protection civile. Lorsquun ministère fédéral est désigné comme agent principal, SCC, en mettant en marche le Centre national dassistance, appuie les communications et la logistique de lintervention fédérale. Le Centre travaille en consultation étroite avec les ministères et organismes fédéraux impliqués, de même quavec les gouvernements provinciaux et territoriaux en cause.
Le Centre national dassistance est un élément du plan national de soutien, plan générique pour une vaste gamme durgences éventuelles. Il prévoit une structure de gestion durgence et un mode de fonctionnement coordonnant lassistance fédérale et nationale durant les urgences.
En cas de désastre, le gouvernement fédéral aide et intervient en vertu de quatre mesures, assumés par plusieurs ministères et organismes. Dans certains cas, la mesure est destinée à fournir des fonds pour réduire les pertes. Ces mesures sont énumérées ici et les dépenses totales par ministère ou organismes apparaissent au tableau 1. Pour lexercice 1999-00, le gouvernement a dépensé 376,9 millions en activité de gestion des désastres naturels. Pour lexercice en cours, il prévoit dépenser 591,3 millions. En général, cest Protection civile Canada qui dépense le plus (MDN).
Tableau I
Dépenses fédérales par organisme
1999-00 et 2000-01
(Millions de $)
Organisme responsable |
Dépenses
réelles |
Dépenses
prévues |
Protection Civile (MDN) |
216,0 |
445,6 |
Agriculture et Agroalimentaire |
20,6 |
1,5 |
Diversification de lOuest |
17,3 |
16,3 |
Développement économique (Qc) |
1,9 |
-- |
Pêches et Océans |
4,5 |
4,5 |
Ressources naturelles |
10,2 |
17,6 |
Parcs Canada |
6,4 |
5,8 |
Environnement Canada1 |
100,0 |
100,0 |
TOTAL |
376,9 |
591,3 |
Source : Conseil du Trésor du Canada
1 Pour Environnement Canada, la dépense prévue de 2000-01 est
de 100 millions et a servi à établir les dépenses réelles en 1999-00.
1. Programme conjoint de protection civile (JEPP)
Comme on la déjà mentionné, PCC fonctionne au sein du ministère de la Défense nationale et est chargé de la coordination intergouvernementale et interministérielle de la protection civile. Cest lorganisme fédéral responsable de la planification et de la préparation de la protection en cas de désastre. Il aide les provinces et les territoires au moyen de contributions à des projets qui favorisent les mesures nationales de protection civile. La mission première de PCC consiste à encourager les gens à mieux se préparer aux situations durgence afin de sauver des vies et de réduire les pertes matérielles. Cela suppose une vaste gamme dactivités, de la formation du personnel de protection civile au Canada au développement des programmes de sensibilisation. PCC fournit également de laide financière aux provinces et aux territoires afin de les aider à assumer le coût des projets visant à favoriser les mesures dintervention durgence au niveau national.
Le mandat de lorganisme ne dit rien du risque, des investissements en vue de réduire les pertes et de laide à cet égard. Cependant, il partage avec les provinces et territoires le coût de deux types de projets qui visent à atténuer les conséquences des désastres naturels. Le premier type comprend la planification qui aide les provinces et territoires à établir des politiques, procédures, programmes de formation et exercices assurant un bon niveau dintervention en cas durgence dans chaque localité. Le deuxième type, les projets dimmobilisation, aide les provinces et les territoires par des subventions qui accroissent ou appuient la capacité dintervention communautaire.
2. Accords daide financière en cas de catastrophe (AAFCC)
La Loi sur la protection civile donne également au gouvernement fédéral le pouvoir de distribuer des fonds aux provinces et aux territoires touchés par un désastre. Cette aide est rendue possible par les Accords daide financière en cas de catastrophe ou AAFCC. Elle est accordée lorsque les coûts admissibles découlant dun désastre constituaient un fardeau excessif pour léconomie de la province ou du territoire. Les critères utilisés pour établir le niveau daide financière sont propres à chaque province, parce que le gouvernement fédéral les a établis en propre avec la province touchée. En général, le montant de laide fédérale est proportionnel à la population de la province et au montant assumé par la province à la suite du désastre.
Les dépenses provinciales et territoriales admissibles doivent dépasser la valeur de 1 $ par habitant de la province avant lentrée en vigueur de lAAFCC. La portion fédérale du coût augmente avec laugmentation du coût total, atteignant une part fédérale maximale de 90 p. 100 du coût total (voir tableau 2). Le terme coûts admissibles concerne les dépenses du gouvernement provincial qui répondent aux critères dadmissibilité établis par les directives fédérales. Ces directives sont de nature générale et chaque désastre pose un problème dinterprétation.
Tableau II
Accords daide financière en cas de catastrophe
Dépenses
par habitant |
|
|
0 à 1 $ |
0% |
100% |
1 à 3 $ |
50% |
50% |
3 à 5 $ |
75% |
25% |
5 $ et plus |
90% |
10% |
Source : Conseil du Trésor
Le gouvernement fédéral participe à trois programmes ad hoc spéciaux.
a. Commission mixte internationale
Le rapport provisoire du Groupe de travail du bassin de la rivière Rouge de la Commission mixte internationale formule 40 recommandations pour réduire le risque des dégâts causés par linondation dans ce bassin. À cet égard, le Canada et le Manitoba ont signé une entente pour donner suite à certaines recommandations. Elles ont trait à lamélioration de la prévision et du contrôle des crues; aux mesures durgence et à leur planification; enfin, à la gestion de la plaine alluviale. Ensemble, les deux gouvernements prévoient dépenser 100 millions de dollars en quatre ans. Les fonds sont engagés pour la protection des fermes, des entreprises et des résidences contre les crues, pour les digues communautaires, pour la cueillette de données visant la réduction des risques ainsi que pour lappui technique aux efforts de restauration des fermes des Prairies.
b. Agriculture et Agroalimentaire Canada
Le Ministère fournit une aide importante aux agriculteurs en cas de désastre naturel touchant le secteur agricole. Parmi les mesures de lexercice 1999-00, mentionnons :
- Une prime supplémentaire ou superficie non ensemencée en Saskatchewan à cause de linondation de 1999.
- Un programme de rétablissement après le verglas au Québec et en Ontario pour aider à la reprise de lactivité économique dans le secteur agricole dans les zones des deux provinces touchées par le verglas de 1998.
c. Organismes de développement régional
Le gouvernement a établi des programmes spéciaux ad hoc à trois occasions depuis cinq ans. Ceux-ci ont été assurés par les organismes fédéraux de développement économique, de concert avec les provinces, après que celles-ci aient demandé plus de fonds que ceux prévus aux AAFCC. Dans chaque cas, le financement a été partagé également entre le fédéral et la province. Les désastres considérés sont linondation de la rivière Rouge en 1997 (Manitoba), linondation au Saguenay en 1996 (Québec) et le verglas de 1998 dans le sud du Québec et lest de lOntario.
4. Autres programmes ministériels
Plusieurs ministères procurent des services qui contribuent à une diminution générale du risque de dégâts en cas de désastre. Ces services ne sont pas nécessairement reliés à des désastres naturels précis, mais on peut les voir comme des mesures préventives.
Par le biais de la Garde côtière, le ministère contribue aux mesures de lutte contre les crues grâce à laction des brise-glace.
b. Ressources naturelles Canada
Les levés géologiques du Canada mettent au point des outils et des méthodes de prévision pour lévaluation du risque de glissements de terrain rapides, incluant lévaluation des risques le long des routes de transport stratégique. Cet organisme exploite également des séismographes partout au pays afin de détecter et de localiser les tremblements de terre.
Le Centre canadien de télédétection utilise des données satellites pour établir des outils de prévision des crues. Cette imagerie sert également à évaluer les dégâts dans les zones inondées, et à aider au secours.
Cette agence participe à la lutte contre les incendies de forêt et à la gestion des avalanches. Parcs Canada pratique également des incendies contrôlés pour la gestion des feux de forêt. La gestion des avalanches seffectue dans les parcs de Banff, Jasper, Yoho, Kootenay, Mont Revelstoke et Glacier.
Le Service de lenvironnement atmosphérique du Ministère entreprend diverses activités de planification, préparation et diminution du risque. Il sagit des prévisions des glaces, des prévisions spéciales, de la modélisation atmosphérique et de la recherche sur la production des prévisions, ainsi que de la surveillance du climat et de lévaluation du risque. Ces services servent à plusieurs programmes nationaux comme le Programme national des ouragans, le Programme de réduction des dommages dus aux inondations et le Programme national de réduction du danger des tremblements de terre.
e. Conseil national de recherches
Avec certains éléments du milieu du génie, le Conseil administre le Programme de réduction du danger des tremblements de terre. Cette réduction sapplique surtout au Code et aux pratiques du bâtiment dans les constructions neuves et lors des rénovations.
f. Travaux publics et Services gouvernementaux Canada
Le Ministère exploite un programme modeste de réfection des bâtiments publics pour améliorer leur résistance aux tremblements de terre.
g. Laboratoire de lutte contre la maladie (Santé Canada)
Il sagit du laboratoire national qui identifie, prévient et contrôle les maladies humaines et fait des études à leur sujet. Cest un élément clé du mandat fédéral de protection de la santé publique. Le laboratoire surveille et étudie les maladies et les blessures infectieuses et non infectieuses, les facteurs de risque ainsi que les programmes de prévention et de contrôle. Il mène des activités de réduction du risque face aux maladies épidémiques et infectieuses qui pourraient entraîner un désastre naturel soit directement, soit indirectement à la suite dune inondation ou dun séisme.
Les dépenses pour chacun des quatre programmes sont présentées au tableau III. La plus grande proportion, de loin, concerne les AFFCC.
Tableau III
Dépenses fédérales par programme
(millions de $)
Programme |
1999-2000 |
Dépenses prévues 2000-2001 |
Urgence conjointe, préparation |
4,6 |
4,6 |
Aide financière en cas de catastrophe |
211,4 |
441,0 |
Programmes ad hoc |
19,2 |
16,3 |
Autres dépenses ministérielles |
141,7 |
129,4 |
TOTAL |
376,9 |
591,3 |
Source : Conseil du Trésor du Canada.
5. Les Forces armées canadiennes et la GRC
Les Forces armées canadiennes se distinguent depuis longtemps en situation de guerre et en maintien de la paix, mais leur récente activité au Canada lors de catastrophes naturelles leur a attiré ladmiration et la gratitude de toute la population canadienne. On avait peu recours auparavant aux forces armées pour aider directement les victimes, et pourtant, les Canadiens ont pris acte de leur intervention et en ont été fort reconnaissants. Lors de son témoignage, le lieutenant-général Ray Henault, sous-chef détat-major de la Défense a assuré au Comité que le ministère de la Défense nationale tient compte de cet élément élargi du rôle des Forces, prévoyant dans ses plans annuels suffisamment de personnel et de ressources pour répondre aux éventuels besoins de secours en cas de catastrophe.
La Gendarmerie royale du Canada est un autre organisme fédéral qui, en cas de désastre, rend des services qui ne sont pas toujours reconnus. Une catastrophe empêche tout naturellement de nombreux Canadiens daller travailler, alors que les agents de la GRC devront probablement redoubler defforts. Dans la plupart des provinces, la GRC représente en effet la principale force policière à lextérieur des grands centres urbains, et ses services deviennent encore plus nécessaires lors dune catastrophe naturelle.
D. Intervention du secteur privé
Avant que la participation du gouvernement au secours aux sinistrés ne soit devenue chose courante, les citoyens avaient surtout recours à des groupes de bénévoles tant pour lutter contre les incendies que pour dispenser des soins hospitaliers. Même si dorénavant des organismes gouvernementaux ont pris les rênes de la protection civile, il reste que les organisations non gouvernementales (ONG) continuent de contribuer largement aux mesures dintervention et aux secours en cas de catastrophe au Canada. Il arrive aussi que des entreprises privées participent aux programmes de protection civile de leur ville. Le Comité a entendu les représentants de plusieurs organismes qui non seulement interviennent quand une catastrophe frappe la collectivité, mais poursuivent leurs efforts bien après lévénement. Le Comité a aussi entendu des représentants du Bureau dassurance du Canada dont les membres connaissent bien les conséquences et les coûts des catastrophes naturelles. Lintervention du Bureau lors de situations durgence ne se limite pas à lémission dun chèque de règlement puisquil a récemment aidé à créer lInstitut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) à lUniversité de Western Ontario, qui devrait guider lélaboration de la politique publique sur la gestion des opérations en cas de catastrophe au Canada.
Les services quoffrent les ONG varient considérablement selon les organisations et les événements. Il peut sagir de soigner les victimes, dorganiser les secours ou de nourrir les bénévoles et les travailleurs sur le terrain. Le Comité a été impressionné par lexpérience de ces organisations sous tous ces rapports et apprécie leurs témoignages et leurs conseils sur la préparation aux éventuelles catastrophes naturelles. Leurs observations sur les conditions dans lesquelles travaillent les secouristes et sur les souffrances des victimes pendant et après une catastrophe ont aussi été très utiles pour comprendre le processus de gestion des secours durgence.
Ainsi, M. David Armour, de Centraide, a fait remarquer que bon nombre des organisations membres travaillent avec ce quil appelle « linfrastructure plus souple » de la société, cest-à-dire les gens et les familles. Il souligne que limpact dune catastrophe naturelle dure bien au-delà de lévénement en question. Par exemple, la population du Saguenay-Lac-St-Jean a eu besoin daide supplémentaire de la part des organismes de Centraide pendant 12 à 24 mois après linondation. Il y a bien sûr au début le problème des dommages aux biens et la perte de vies, mais les difficultés ne narrêtent pas là. Une fois réparés les dégâts matériels, il y a beaucoup à faire pour aider les gens à reconstruire leur vie et revenir à la normale. Daprès M. Armour, il faut accorder plus dattention à cet aspect de la gestion des catastrophes.
Les ONG reconnaissent également la nécessité dune certaine centralisation de la coordination lors dune catastrophe naturelle. Major Ruth Hollman, de lArmée du Salut, a clairement exprimé ce besoin : « Nous devons légitimer la participation et le partenariat de toutes les ONG lors des secours durgence. Il faut clairement coordonner tous les organismes qui interviennent en même temps en situation durgence. Nous devons reconnaître le rôle de chacun de façon à encourager le travail déquipe et un partenariat efficace. Des événements récents ont clairement montré quaucun organisme, gouvernemental ou non gouvernemental, ne dispose de ressources suffisantes pour répondre aux vastes besoins des victimes de catastrophe ».
Tous les représentants de groupes bénévoles conviennent que le Canada doit investir plus de temps et dargent pour réduire les effets des catastrophes naturelles. Ainsi, la Société canadienne de la Croix-Rouge, qui préconise une solide stratégie nationale de préparation et datténuation, estime quil faut renforcer la capacité des individus, des familles et des collectivités à réagir aux inévitables catastrophes, afin de réduire la souffrance. Les catastrophes entraînent des coûts énormes qui pèsent tant aux particuliers quaux gouvernements, doù limportance dune planification et dinvestissements appropriés visant les particuliers et la collectivité afin datténuer les pertes sociales et les souffrances.
Les représentants de groupes bénévoles sentendent pour dire que le meilleur moment de se préparer à un éventuel cataclysme est immédiatement après un désastre. Ils insistent vivement pour quen cas de catastrophe, laide au redressement comprenne des fonds visant à améliorer la capacité des particuliers et des villes touchés de réagir à lavenir. Selon la Croix-Rouge, le mode de préparation le plus rentable consiste à miser sur la capacité des personnes, pas seulement des infrastructures, mais aussi des particuliers, des familles, des villes et des villages puisque cest la collectivité qui est la mieux placée pour atténuer les risques locaux et y réagir. Selon cette vision de la gestion des catastrophes, « le simple fait de connaître les risques locaux et de sy préparer réduit la possibilité que des catastrophes naturelles coûteuses se produisent ».
De façon générale, les ONG préconisent de favoriser la capacité dintervention de lindividu, la planification à léchelon local et les mesures datténuation. La Croix-Rouge recommande de lancer le processus immédiatement puisque « la nonchalance à légard de la préparation aux urgences et des mesures datténuation augmente le risque de décès, de souffrance et de destruction dans léventualité dune catastrophe naturelle ».
Selon ces groupes bénévoles, la meilleure façon dassurer ladoption de pratiques datténuation est de veiller au développement dune « culture de létat de préparation » dans le cadre de laquelle les particuliers, les entreprises et les gouvernements investissent en vue de réduire le coût déventuelles catastrophes. Et pour réaliser cet objectif, le meilleur moyen est de passer par le système scolaire. En effet, la Croix-Rouge, entre autres, estime que la meilleure façon de favoriser une culture de létat de préparation au Canada est denseigner les principes de base aux enfants dâge scolaire. Elle juge en fait « quune telle démarche est essentielle pour établir à long terme la capacité dintervention en cas de catastrophe afin que tous les Canadiens comprennent ce quils ont à faire, quels sont les risques dans leur collectivité et comment ils peuvent sentraider si une catastrophe se produit ».
En dernier lieu, les ONG suggèrent de réserver une partie des fonds de redressement pour linvestir dans les structures et les processus qui réduiront la vulnérabilité de la collectivité touchée à un nouveau désastre. La Croix-Rouge estime que ces fonds doivent provenir des secteurs tant public que privé, soulignant que les Canadiens donnent généreusement au lendemain dune catastrophe mais que, en période calme, il est extrêmement difficile de tirer des fonds de budgets déjà très serrés. Pour garantir un certain succès à une politique de réduction des risques, le Canada devra systématiquement affecter une partie des fonds de secours à des projets à long terme datténuation et de préparation. De lavis de la Croix-Rouge, une telle mesure sera beaucoup plus efficace pour réduire les souffrances et les pertes de vie humaine au Canada que les actuelles pratiques.
MESURES ACTUELLES DATTÉNUATION
Plusieurs témoins ont suggéré que le Canada prenne immédiatement des mesures pour se soustraire aux effets des catastrophes naturelles, insistant sur la nécessité dinvestir dans des projets qui réduiront la vulnérabilité du pays à ce genre de malheurs, mais aussi sur lurgence de ce besoin. La menace dune nouvelle catastrophe est réelle, et le danger est imminent. La prise de mesures pour prévenir et atténuer les dommages causés par une catastrophe naturelle nest dailleurs pas une nouvelle notion, comme en témoigne très bien la construction du canal de dérivation à Winnipeg et le programme de suppression de la grêle à Calgary.
Le canal de dérivation de Winnipeg a été aménagé dans les années 60, sous une pluie de quolibets et malgré les doutes sur son efficacité. Il devait servir à détourner de Winnipeg les eaux de crues du printemps afin déviter les coûteuses mesures de redressement et de nettoyage quessuyait périodiquement la ville. Largument avancé à lépoque voulait que les économies en frais de nettoyage et de rétablissement les années suivantes soient deux fois supérieures au coût de construction du chenal évacuateur. Les sceptiques étaient nombreux, mais le canal a, depuis sa construction, détourné les eaux de 18 crues printanières. En 1997, quand une des pires inondations a frappé Winnipeg, le canal a détourné de la ville quelque 59 000 pieds cubes deau par seconde. Le détournement de ce volume quasi inimaginable deau a permis de sauver des vies et aussi de limiter la destruction matérielle. Daprès le Bureau dassurance du Canada, les vies épargnées et les dommages évités valent au moins 20 fois le coût original du projet. La présence du canal de dérivation a donc permis déviter en 1997 des coûts de centaines de millions de dollars.
Un autre exemple de pensée proactive est le programme de prévention de la grêle du Bureau dassurance du Canada en Alberta, et à Calgary en particulier. Cest dailleurs un épisode de grêle à Calgary qui représente la quatrième catastrophe naturelle au Canada : 400 millions de dollars en réclamations ont été versés quand des grêlons de la taille de pamplemousse ont frappé la ville, tuant des animaux et endommageant des voitures et des maisons. Les tempêtes de grêle coûteuses sont caractéristiques des étés de Calgary. Cherchant à réduire ces coûts, le Bureau a commencé à ensemencer les nuages de particules diodure dargent, une pratique qui aide à réduire énormément la taille des grêlons. Récemment, la grêle a causé quelque 70 millions de dollars en dommages à la ville de Calgary. Bien que ce montant soit élevé, on évalue à quelque 400 millions de dollars les dégâts qui auraient été causés si les nuages navaient pas été ensemencés. Le programme coûte environ 1,5 million de dollars par année au Bureau mais permet des économies énormes non seulement sur le plan des règlements dassurance mais aussi en primes dassurance et en dommages de toutes sortes évités aux habitants de la ville.
Le canal de dérivation de Winnipeg et le programme densemencement de nuages de lAlberta sont de bons exemples de mesures préventives à grande échelle qui ont réussi à réduire lincidence déventuelles catastrophes. Daprès le Bureau dassurance du Canada, le Canada doit multiplier les projets de ce genre, et des économies considérables sont possibles si un petit pourcentage de largent consacré au nettoyage et au rétablissement est investi plutôt dans la prévention de pertes.
Le Mennonite Disaster Service (MDS) est un service bénévole de secours qui intervient sur une plus petite échelle pour atténuer les effets des catastrophes. Il a commencé récemment à promouvoir un programme de « pièce refuge » dans les régions menacées par les tornades et les grands vents. Pour aménager une « pièce refuge », on renforce la structure de la salle de bains afin den faire un lieu sûr et sécuritaire, capable de résister aux grands vents. Les murs de la pièce sont donc renforcés de doubles parois de contreplaqué et dacier. Pour linstant, ce genre de pièce est principalement aménagé en Oklahoma, mais le MDS a lintention détendre son programme à dautres régions sujettes aux tornades et aux ouragans. Une pièce refuge assure une protection physique et aide à rétablir la santé mentale des survivants de tempête, leur offrant un sentiment de sécurité et la certitude dun lieu sûr où se réfugier.
La plupart des mesures datténuation sont prises à léchelon local. Propriétaires et municipalités multiplient les investissements pour réduire la possibilité de dégâts en cas de catastrophe naturelle. Les administrations municipales élaborent des plans durgence et construisent des infrastructures capables de résister à divers phénomènes météorologiques. Elles adoptent des règlements et appliquent un code du bâtiment qui feront que les gens seront protégés lors dun désastre. Ces mesures, bien que courantes, ne doivent pas être négligées puisquelles constituent souvent la meilleure façon pour une localité de se préparer aux catastrophes. Il conviendrait certainement, après un désastre, quune municipalité revoit son règlement de zonage et son code du bâtiment. Elle pourra, à la lumière de lexpérience nouvellement acquise, exiger des techniques de construction qui augmenteront la sûreté des structures en cas de séisme, interdire le développement dans une plaine dinondation ou améliorer les infrastructures municipales afin de pouvoir face aux intempéries graves.
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Au cours des audiences, le Comité a relevé plusieurs sujets dinquiétude pour la population canadienne. En premier lieu, les conditions météorologiques du Canada changent. Quelles quen soient la raison, il reste que le pays connaîtra de plus en plus de phénomènes météorologiques violents. Il est également manifeste que le Canada fera face à de graves tremblements de terre et à des menaces de pandémie.
En deuxième lieu, le Comité a entendu dire à maintes reprises quune autre grande catastrophe est imminente. Les témoins ont sans cesse répété que dautres désastres se produiront sûrement sous peu.
En troisième lieu, le Canada est mal préparé pour faire face à ces menaces. Des témoins ont exprimé de vives préoccupations au sujet de linfrastructure qui, trop vieille et vétuste, risque de ne pas résister à la nouvelle violence des phénomènes météorologiques. Parallèlement, notre infrastructure de santé nest peut-être pas assez solide pour faire face au risque croissant de maladies infectieuses. Le Comité juge inquiétant que le Canada sapprovisionne à létranger pour ses vaccins. Selon certains témoins, il est fort possible quen cas de pandémie, le Canada ne soit pas à même dobtenir tous les vaccins nécessaires pour répondre aux besoins de sa population.
Quatrièmement, il est également fort probable que les catastrophes naturelles et les tremblements de terre causeront des dégâts matériels extrêmement coûteux et entraîneront des grandes pertes de vies. Les dépenses du gouvernement fédéral suite aux désastres ont à coup sûr augmenté de façon substantielle au cours des 10 dernières années et, daprès le Comité, continueront de monter. La prospérité économique croissante du pays et son degré élevé durbanisation accroissent le coût des dommages matériels. Si aucune mesure nest prise, cette situation entraînera inévitablement une grande souffrance humaine. Malheureusement, les Canadiens ne sont pas conscients des mesures qui peuvent être prises pour réduire la souffrance et la perte de biens lors dune catastrophe naturelle.
Cinquièmement, les témoins ont vivement insisté sur le fait que le Canada a besoin dun programme coordonné de mesures datténuation pour faire face aux effets de cataclysmes naturels. De plus, le pays doit agir avant que la catastrophe frappe afin damoindrir les dégâts. Pour linstant, le Canada ninvestit pas systématiquement dans les mesures de réduction des risques. Comme souligné précédemment, le Canada doit développer une « culture de latténuation », une attitude qui fera que les gens voudront réduire leur vulnérabilité à la catastrophe. Les Canadiens et les Canadiennes doivent songer plus sérieusement à leur vulnérabilité et agir pour réduire les risques. De lavis du Comité, il faudra, pour promouvoir le développement de cette culture de latténuation, le soutien des secteurs tant public que privé.
Selon les témoignages, un désastre nécessite lintervention de tous les niveaux de gouvernement, ainsi que du secteur privé. La gestion des secours doit de préférence être réalisée, en collaboration, par les organismes municipaux, provinciaux/territoriaux et fédéraux, le secteur des affaires et les groupes bénévoles. Daprès le Comité, un programme efficace de réduction des pertes ou datténuation des dommages nécessitera le même genre de partenariat de la part de tous les échelons de gouvernement et du secteur privé.
À la lumière des observations qui précèdent, le Comité propose les recommandations suivantes :
Le risque de phénomènes météorologiques violents, de tremblements de terre et dépidémies au Canada est un danger réel et imminent. Il faut de toute urgence agir pour atténuer limpact de ces événements. Conscient de cette urgence, le Comité recommande :
Que le gouvernement amorce immédiatement un examen de lactuelle politique de planification durgence afin dy intégrer des mesures qui favoriseront les investissements publics et privés visant à réduire les effets déventuelles catastrophes naturelles.
Les catastrophes naturelles sont des événements coûteux. La souffrance humaine et les dégâts quelles causent sont souvent énormes. Le Comité estime inquiétants les témoignages voulant que linfrastructure municipale soit mal préparée à faire face à ces intempéries graves. Pour mettre en place des mesures datténuation utiles, le Canada devra consacrer des fonds à des projets pour réduire les risques pour la vie et les biens.
Pour ce faire, il serait notamment possible de consacrer à ces projets une partie des fonds servant à réparer les dégâts causés par les catastrophes naturelles. Cependant, étant donné létat actuel de linfrastructure et lurgence des problèmes, il est peut-être préférable dadopter un budget cible annuel. À cet égard, le Bureau dassurance du Canada propose de commencer avec 150 millions de dollars par année pendant cinq ans, soit un total de 750 millions de dollars, provenant des trois échelons de gouvernement, afin dappuyer les projets cernés par les collectivités locales pour mettre à niveau leurs infrastructures. Le gouvernement fédéral pourrait certainement commencer par revoir les critères de son propre programme dinfrastructure afin que les fonds soient consacrés aux projets datténuation des effets des catastrophes. Le Comité recommande :
Que le gouvernement fédéral envisage, dans le cadre de son propre engagement à réduire les effets des catastrophes naturelles, daffecter des fonds à des projets qui réduiront limpact des catastrophes naturelles.
Le meilleur moment pour investir dans les mesures datténuation est tout de suite après une catastrophe naturelle, quand tous comprennent le danger et sont conscients de la nécessité dy faire face. Les témoins ont déclaré à maintes reprises que tous les niveaux de gouvernement doivent agir dès quune catastrophe survient afin de discuter de ce quil faut faire pour éviter les mêmes problèmes et dégâts une prochaine fois. Le Comité recommande :
Que le gouvernement commence dès la période de rétablissement à investir dans les projets de réduction de pertes.
Il est certes souhaitable de fournir des secours. Cependant, il serait plus utile non seulement daider les gens à se remettre sur pied, mais aussi de dépenser pour les aider à planifier comment ne pas perdre pied la prochaine fois que le malheur frappe la collectivité. Linformation et la formation au niveau local auront une grande incidence sur la capacité des Canadiens de faire face à des catastrophes de toutes sortes. Le succès dune telle entreprise aura dimportante retombées puisquil sagit de sauver des vies, de protéger les biens plus efficacement et daider les villes et les villages du Canada à mieux résister aux désastres naturels. Bien quil y ait coordination des efforts pour apporter du secours, on fait très peu pour réduire limpact de ces désastres. Le Comité recommande :
Que le gouvernement fédéral assume le rôle de chef de file pour le développement dune culture de létat de préparation au Canada.
Le Comité a entendu parler de la générosité des Canadiens quand leurs concitoyens sont frappés par une catastrophe naturelle. Dans certains cas, les flots daide ont même débordé les capacités des organisations non gouvernementales qui aidaient sur le terrain et qui avaient de la difficulté à gérer fonds et les biens qui déferlaient. Le Comité a donc jugé quil fallait faire quelque chose pour orienter cette générosité de façon à en accroître lefficacité.
Il a été suggéré au cours des audiences de créer un organisme ou un fonds national pour canaliser les dons vers une région quand le gouvernement fédéral a déclaré un état durgence. Cet organisme national recevrait les dons en espèces des Canadiens qui, par ailleurs, auraient droit à un crédit dimpôt de valeur égale à celle du don, jusquà concurrence de 1 000 $. Ces sommes seraient versées dans un fonds jusquà ce que lon en ait besoin pour offrir du secours pendant et tout de suite après une catastrophe naturelle. Parmi les dépenses admissibles figureraient le secours à court terme pour nourrir, vêtir et loger les sinistrés. Un secours à long terme serait aussi prévu, puisquune partie des fonds servirait à des projets datténuation visant à réduire à lavenir les dommages matériels et les blessures. Le Comité recommande :
Que le gouvernement fédéral crée le Fonds canadien de secours en cas de catastrophe pour recevoir des dons versés par les Canadiens et les Canadiennes et pouvant servir à offrir une aide à court et à long terme aux victimes canadiennes de catastrophes naturelles.
Liste des témoins
1ère session, 36e législature
Le 4 mai 1999 fascicule no. 1
M. Ian Burton, Professeur, Université de Toronto.
Le 5 mai 1999 fascicule no. 1
Comparaît :
Lhonorable Art Eggleton, c.p., député, ministre de la Défense nationale
Témoins :
Jim Judd, sous-ministre;
Le lieutenant général Ray Henault, sous-chef détat major de la Défense;
Ann Marie Sahagian, directrice exécutive, Protection civile Canada.
Le 31 mai 1999 fascicule no. 2
DEnvironnement Canada, Service de lenvironnement
atmosphérique :
Gordon A. McBean, sous-ministre adjoint.
Le 1er juin 1999 fascicule no. 3
Du ministère de la Défense nationale :
Le lieutenant général Ray Henault, sous-chef détat major de la Défense;
Ann Marie Sahagian, directrice exécutive, Protection civile Canada;
André Tremblay, directeur général, Préventions et Opérations, Protection civile
Canada;
Michael Braham, directeur, Programmes durgence et Exercices, Protection civile au
Canada.
le 16 juin 1999 fascicule no. 4
De la Société canadienne de la Croix-Rouge :
Jean-Pierre Laroche, chef de lexploitation;
Don Shropshire, coordonnateur national, Services durgence;
John Mulvihill, directeur national, Secours aux sinistrés et Prévention.
Du Bureau dassurance du Canada :
George D. Anderson, président et directeur général;
Mark Yakabuski, vice-président, Relations gouvernementales;
Grant Kelly, analyste des politiques.
Le 9 septembre 1999 fascicule no. 5
De Centraide Canada :
David Armour, président.
De lArmée du Salut :
Le major Ruth Hollman, agent de liaison avec le gouvernement.
Du Mennonite Disaster Service :
Keith Wagler
2e session, 36e législature
Le 11 avril 2000 fascicule no. 6
De lInstitut de prévention des sinistres catastrophiques :
Paul Kovacs, directeur exécutif.
Du Bureau dassurance du Canada :
George D. Anderson, président-directeur général.
De RADARSAT International :
Wendy Branson, directrice, Projets stratégiques, Direction dOttawa.
De lAgence spatiale canadienne :
Marcel St-Pierre, gestionnaire, Développement de marchés et commercialisation,
Exploitation des satellites.
Le 2 mai 2000 fascicule no. 8
Du Conseil canadien de la sécurité :
Emile Therien, président;
Ethel Archard, chef, Marketing et promotion.
De lInstitut canadien du droit et de la politique de lenvironnement :
Mark Winfield, directeur de la recherche.
De la Société canadienne de météorologie et docéanographie :
William Pugsley, président sortant;
M. John Reid, ex-président.
Le 9 mai 2000 fascicule no. 10
De Ressources naturelles du Canada :
Ronald J. Brown, directeur intérimaire, Division des applications, Centre canadien de
Télédétection;
Laurent Tardif, chef de projet, Cartographie durgence, Services de cartographie;
Dominique Goulet, directrice intérimaire, Ingénierie Géomatique Canada;
John Adams, chef, Programme national canadien daléas séismiques (Est), Commission
géologique du Canada;
Paul Egginton, directeur, Division de la science des terrains;
Terry Pultz, chef intérimaire, Section du développement des applications, Centre
canadien de Télédétection;
Walter Gale, coordonnateur, Services intégrés à la clientèle.
De Santé Canada :
Michael E. Shannon, directeur général, Laboratoire de lutte contre la maladie,
Direction générale de la protection de
la santé;
Ronald K. St. John, directeur, Surveillance mondiale et épidémiologie
dintervention, Direction générale de la
protection de la santé;
John Spika, directeur, Bureau des maladies infectieuses;
F. Lorraine Davies, directrice, Services durgence, Direction générale des services
médicaux;
Richard Viau, Bureau des opérations, Direction des politiques et de la planification,
coordination, Direction générale de la protection de la santé;
Jean-Patrice Auclair, chef de la préparation aux urgences nucléaires, Division des
dangers des rayonnements du milieu, Bureau de la radioprotection, Direction générale de
la protection de la santé.
Le 16 mai 2000 fascicule no. 16
Du Secrétariat du Conseil du Trésor :
Andrew M. Lieff, directeur principal, Direction des Opérations des dépenses et
prévisions budgétaires, Secteur de la planification, du rendement et des rapports;
Gérald Cossette, directeur de programme, Programmes à létranger et défense.
De Black & White Communications Inc, et du Comité national canadien de la
Décennie internationale pour la prévention des catastrophes naturelles
(CNC-DIPCN) :
Kathryn White, présidente de Black & White Communications Inc. et membre du
conseil dadministration du CNC-DIPCN.
MÉMOIRES PRÉSENTÉS
Les mémoires ci-dessous ont été reçus par des organisations qui nont pas comparu devant le Comité.
- Hydro One Networks Inc.
- Alberta Minister of Responsible for Disaster Services
- Manitoba Minister of Highways and Government Services