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SOCI - Comité permanent

Affaires sociales, sciences et technologie

 

LA SANTÉ MENTALE ET LA MALADIE MENTALE : PLAN DE TRAVAIL (PHASE UN)

Le comité sénatorial permanent des Affaires sociales, de la science et de la technologie

Révisé le 5 février 2003


TABLE DES MATIÈRES

HISTORIQUE

SOMMAIRE DES TÉMOIGNAGES 

   A.  Définitions
   B.  Prévalence et coûts
   C.  Stigmatisation et discrimination
   D.  Le besoin d’un plan d’action national sur la santé mentale et la santé mentale 

RÉSUMÉ DES RÉCENTS RAPPORTS NATIONAUX ET PROVINCIAUX DE SANTÉ CONCERNANT LES QUESTIONS LIÉES À LA SANTÉ MENTALE ET LA MALADIE MENTALE 

MANDAT PROPOSÉ 

PLAN DE TRAVAIL PROPOSÉ 

TABLES RONDES PROPOSÉES POUR LA PHASE UN

    A.     Table ronde un : Problèmes de santé mentale et maladies mentales : Leçons tirées d’expériences personnelles
    B.     Table ronde deux : Le point sur la santé mentale et la maladie mentale
    C.  Table ronde trois : Prévalence et coûts
    D.     Table ronde quatre : Santé mentale et toxicomanie
    E.      Table ronde cinq : La santé mentale en milieu de travail
    F.   Table ronde six : Stigmatisation, discrimination, mythes et sensibilisation du public

    G.  Table ronde sept : Troubles de l’enfance

    H.  Table ronde huit : Troubles de l’adolescence

    I.    Table ronde neuf : Troubles de l’âge adulte

    J.    Table ronde dix : Troubles de la vieillesse

    K.  Table ronde onze :  Désinstitutionnalisation et réadaptation

    L.   Table ronde douze : Promotion de la santé mentale, prévention des maladies mentales et surveillance des maladies

    M.   Table ronde treize :  Prestation des services de santé mentale

    N.    Table ronde quatorze :  Recherche et diffusion de l’information


 

LA SANTÉ MENTALE ET LA MALADIE MENTALE :  PLAN DE TRAVAIL

 

 

« Il n’y a pas de santé sans santé mentale ».

 

Ken Ross, sous-ministre adjoint

Ministère de la Santé et du Mieux-être, Nouveau-Brunswick

Mémoire présenté au Comité, 7 juin 2001.

 

HISTORIQUE

 

Le 7 juin 2001, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a tenu une table ronde sur la santé mentale et la maladie mentale, dans le cadre de son étude en plusieurs volets de la santé et des soins de santé.  Cette table ronde a permis de recueillir des renseignements utiles sur la prévalence, le fardeau économique, la stigmatisation et la discrimination associés aux problèmes de santé mentale et aux maladies mentales au Canada, ainsi que de souligner le rôle que le gouvernement fédéral pourrait jouer dans l’élaboration d’une démarche nationale sur la santé mentale([1]).  Au terme de la table ronde, le Comité a décidé de mener une étude sur la santé mentale et la maladie mentale au Canada et de présenter un rapport thématique sur la question.

 

Dans le présent document, on résume brièvement les renseignements recueillis lors de la table ronde sur la santé mentale et la maladie mentale, on examine les récents rapports provinciaux et nationaux portant sur les questions liées à la santé mentale et aux maladies mentales et on propose un mandat, ainsi qu’un plan de travail détaillé, en vue de la prochaine étude du Comité sur la santé mentale et la maladie mentale.

 


SOMMAIRE DES TÉMOIGNAGES

 

   A. Définitions

 

La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique dans la vie quotidienne et fait partie intégrante de la santé et du mieux-être.  Selon l’Unité de la promotion de la santé mentale, à Santé Canada, la santé mentale est la capacité de chaque personne de ressentir les choses, de réfléchir et d’agir de manière à mieux jouir de la vie, à mieux faire face aux défis([2]).  Autrement dit, il s’agit de la façon dont les gens se voient et envisagent leur vie, entrent en relation avec d’autres, gèrent le stress, évaluent les défis et les problèmes, explorent les choix et prennent des décisions.  

 

Une bonne santé mentale mène à une bonne estime de soi, à une joie de vivre, à un intérêt pour la vie, à une satisfaction au travail, à une maîtrise de sa vie et à un sentiment de cohésion.  Il est bien reconnu qu’une bonne santé mentale est indispensable pour s’épanouir pleinement et contribuer de manière significative à la société([3]).  

 

En revanche, les problèmes de santé mentale  renvoient à une diminution de la capacité – intellectuelle, sociale ou émotionnelle – qui empêche une personne de jouir de la vie et de surmonter les difficultés.  Une faible estime de soi, les frustrations, l’épuisement professionnel, le stress, l’anxiété, la dépression, la détresse et la déficience cognitive constituent tous des indices de problèmes de santé mentale([4]).  Il est généralement admis que, au cours de leur vie, tous les personnes éprouveront à l’occasion des sentiments d’isolement, de solitude, de détresse émotionnelle ou de déconnexion.  Il s’agit habituellement de réactions normales et de courte durée à des situations pénibles.  

 

Les caractéristiques proprement dites des problèmes de santé mentale – lorsqu’ils sont de courte durée, non récurrents et n’entraînent pas une incapacité grave – ne répondent pas aux critères des troubles mentaux.  Par troubles mentaux ou maladies mentales, on entend généralement d’importants types cliniques de comportement ou d’affectivité qui sont associés à un certain degré de détresse, de souffrance (douleur, décès), ou d’incapacité dans un ou plusieurs secteurs d’activité (par exemple, à l’école, au travail, dans les interactions sociales et familiales)([5])

 

Tout comme les maladies physiques, les malades mentales peuvent revêtir toutes sortes de formes.  Les maladies mentales les plus graves sont la schizophrénie, les troubles de l’humeur (dépression et troubles bipolaires), les troubles anxieux (phobies, troubles paniques, troubles obsessivo-compulsifs et syndrome de stress post-traumatique), les troubles alimentaires (anorexie mentale et boulimie), les troubles de la personnalité, les troubles organiques du cerveau (maladie d’Alzheimer, complexe de démence du sida et dommages causés par des accidents cérébrovasculaires ou des accidents)([6]).  Les comportements suicidaires et les toxicomanies sont souvent liés aux maladies mentales.  La plupart des maladies mentales les plus graves constituent des troubles chroniques qui nécessitent un traitement prolongé.  

 

Selon un récent rapport sur les maladies mentales, personne n’est à l’abri de ces maladies et, à un moment de leur vie, tous les Canadiens risquent d’être touchés par une maladie mentale frappant un membre de la famille, un ami ou un collègue([7]).  Ainsi, les problèmes de santé mentale et les maladies mentales touchent les hommes et les femmes de tous les âges, de toutes les cultures, de toutes les professions et de tous les niveaux d’instruction et de revenu. Cependant, le taux de maladies mentales est plus élevé parmi certains groupes.  Par exemple, les collectivités autochtones du Canada sont affligées par de nombreux problèmes de santé mentale et de nombreuses maladies mentales.  

 

La recherche montre également que, au Canada, le visage de la santé mentale présente une combinaison d’abus de substances et de problèmes de santé mentale (« troubles concourants »).  Cette combinaison peut entraîner l’accumulation désastreuse de trois ou quatre diagnostics, voire davantage – par exemple, VIH, tuberculose ou hépatite liées à l’utilisation de drogues injectables, cirrhose du foie découlant de la consommation chronique d’alcool, etc.  En outre, la consommation d’alcool pendant la grossesse et l’allaitement risque d’entraîner le Syndrome d’alcoolisme foetal et les Effets de l’alcoolisme foetal (SAF/EAF), qui sont de graves déficiences congénitales entraînant l’endommagement permanent du cerveau, des difficultés d’apprentissage et une croissance lente.  

 

De même, la recherche fait état d’un taux élevé de maladies mentales parmi les populations croissantes de sans-abri dans les villes canadiennes([8]).  En outre, des données indiquent qu’il y a un afflux de malades mentaux dans les prisons et un taux élevé de victimes de crimes violents parmi les personnes atteintes de maladies mentales.  En juin 2002, le Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes a rendu public une étude exhaustive des dispositions du droit pénal canadien qui visent les personnes reconnues non responsables de crimes en raison de troubles mentaux et inaptes à subir un procès.  Le comité a reconnu que la loi est efficace et équitable, mais a fait remarquer que plusieurs secteurs nécessitent une réforme pour améliorer l’efficacité et l’efficience et pour assurer un équilibre approprié entre la sécurité publique et les droits des accusés([9]).

 

  

    B.  Prévalence et coûts

 

Selon des données provenant de l’Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP), menée en 1994-1995, la majorité des Canadiens ont une bonne santé mentale.  D’après l’enquête, environ 31 p. 100 des Canadiens avaient un sentiment de cohésion élevé, c’est-à-dire un état qui leur permet de comprendre et de maîtriser les événements et de trouver un sens à la vie.  Plus de la moitié (52 p. 100) des Canadiens ont dit avoir une estime de soi élevée, et 23 p. 100 d’entre eux ont un sentiment de contrôle élevé sur le cours de leur vie. Environ 74 p. 100 des Canadiens se décrivent comme étant heureux et aimant la vie([10]).  

 

Si nous examinons les problèmes de santé mentale et les maladies mentales, nous constatons que les données de l’ENSP montrent qu’environ 29 p. 100 des Canadiens ont dit éprouver un degré élevé de détresse, 6 p. 100 des Canadiens se sentent déprimés, 16 p. 100 affirment que leur vie est affectée par le stress, et 9 p. 100 souffrent d’une forme de déficience cognitive, essentiellement de difficultés à penser ou de troubles de la mémoire([11]).  

 

D’autres données laissent entendre qu’environ 2,4 p. 100 de Canadiens souffrent de troubles mentaux graves et chroniques qui peuvent entraîner des limitations fonctionnelles et des déficiences socio-économiques.  Cela représente environ 1 Canadien sur 33 âgé de plus de 15 ans([12]).  À elle seule, la schizophrénie touche 1 p. 100 des Canadiens.  On prévoit que la dépression, principale cause d’invalidité dans le  monde entier, surtout chez les femmes de 15 à 44 ans, deviendra le deuxième facteur de prévalence des maladies au Canada en 2020([13]).  

 

Les tensions mentales et les troubles conduisant à des maladies mentales sont exceptionnels: ils peuvent frapper à différentes périodes de la vie et sont caractérisés par l’âge moyen le plus précoce de l’apparition des principales catégories de maladies (bien que, souvent, les diagnostics ne soient  pas confirmés au cours des stades précoces).  L’autisme, les problèmes de comportement et les troubles déficitaires de l’attention  touchent le plus souvent les enfants.  Les troubles alimentaires et la schizophrénie apparaissent habituellement à l’adolescence.  L’âge adulte est celui où la dépression peut se manifester de façon plus évidente.  Les années de la vieillesse sont gâchées par la maladie d’Alzheimer et d’autres types de démence, bien que la dépression afflige aussi plus souvent les personnes âgées.  

 

Selon des données présentées au Comité, le fardeau économique des problèmes de santé mentale et des maladies mentales a été évalué à 14,4 milliards de dollars en 1998; les coûts directs de santé se sont élevés à 6,3 milliards de dollars, tandis que les coûts indirects liés à une perte de productivité et à des décès prématurés ont totalisé 8,1 milliards (voir le Tableau 1).  Cette année-là, les maladies et les troubles mentaux se sont classés au septième rang de l’ensemble des maladies en ce qui concerne les coûts généraux de la maladie.  On estime que la maladie mentale est la deuxième cause principale d’hospitalisation chez les personnes de  20 à 44 ans, période de la vie normalement la plus productive([14]).


TABLEAU 1

FARDEAU ÉCONOMIQUE DES PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE ET DES MALADIES MENTALES

AU CANADA, 1998

(En millions de dollars)

 

Coûts directs (Soins de santé):

§         Médicaments

§         Médecins

§         Hôpitaux

§         Autres établissements de santé

§         Services non assurés par l’État

6 257

  642

  854

3 874

  887

  278

Coûts indirects (Perte de productivité):

§         Invalidité de courte durée

§         Invalidité prolongée

§         Décès prématuré

8 132

6 024

1 708

  400

Total

14 389

 

Source:         Thomas Stephens et Natacha Joubert, « Le fardeau économique des problèmes de santé mentale au Canada », Maladies chroniques au Canada, vol. 22, no 1, 2001 (http://www.hc-sc.gc.ca/hpb/lcdc/publicat/cdic/cdic221/cd221d_f.html).

 

 

Les entreprises canadiennes sont de plus en plus conscientes du coût des problèmes de santé mentale et des maladies mentales sur la productivité et la rentabilité.  Par exemple, selon la Global Business and Economic Roundtable on Addiction and Mental Health, ce fardeau équivaut à près de 14 p. 100 des bénéfices d’exploitation annuels de toutes les entreprises canadiennes([15]).  En ce qui concerne l’assurance-invalidité, en 2000, la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST), au Québec, a affecté 5,3 millions de dollars aux indemnités liées à l’absentéisme causé par la dépression, l’anxiété et d’autres problèmes de santé mentale.  Ces indemnités de la CSST ont plus que triplé au cours des 10 dernières années([16]).  Les compagnies d’assurance privée connaissent des tendances analogues: 18 p. 100 des indemnités pour invalidité prolongée étaient imputables à des problèmes de santé mentale en 1990, mais ce taux se situe actuellement entre 30 et 50 p. 100([17]).  On a laissé entendre que ces fortes augmentations pourraient découler d’un milieu de travail plus stressant et moins organisé.  

 

   C.  Stigmatisation et discrimination

 

En 1999, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu’en dépit d’améliorations sensibles de la santé physique dans la plupart des pays, « (…) la santé mentale ne s’est pas améliorée au cours des 100 dernières années ».  La stigmatisation constitue un obstacle majeur à la promotion de la santé mentale, ainsi qu’à la prévention et au traitement des maladies mentales.  

 

Selon l’OMS, la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les personnes atteintes de maladies mentales peuvent être plus destructrices que la maladie elle-même.  Elles ont des conséquences néfastes sur la guérison, la capacité d’accéder  à des services, le genre de traitement et le niveau de soutien obtenu, ainsi que l’acceptation de la collectivité([18]).  Cette situation est très déplorable, car il existe des traitements efficaces pour la plupart des maladies mentales.  

 

En raison de la stigmatisation, les personnes qui souffrent d’une maladie mentale sont souvent victimes de discrimination dans le milieu de travail ou scolaire.  Selon l’OMS, elles ne peuvent contribuer comme les autres à notre société et sont privées de services, de perspectives et d’emplois productifs([19]).  La perte d’un emploi a également une incidence sur l’accès à un traitement à la suite d’une rechute.  Il est difficile de faire valoir les cas de discrimination fondée sur les maladies mentales, en raison de la nature de la discrimination et de l’absence de fonds juridiques consacrés à la poursuite de ces cas devant les tribunaux([20]).  

 

On a dit au Comité que les Canadiens et l’ensemble de la société bénéficieraient énormément d’un dialogue éclairé qui contribuerait à distinguer le mythe de la réalité en ce qui concerne la santé mentale et les maladies mentales.


   D.  Le besoin d’un plan d’action national sur la santé mentale et la maladie mentale

 

Actuellement, la politique gouvernementale concernant la santé mentale et les services publics liés aux maladies et aux troubles mentaux est fragmentée.  On a dit au Comité qu’un plan d’action national, un cadre exhaustif pangouvernemental s’impose, et que le gouvernement fédéral doit y jouer un rôle de premier plan pour favoriser un consensus entre tous les intervenants, y compris les gouvernements.  À cet égard, le Dr John Service, directeur général de la Société canadienne de psychologie, a déclaré: «Un solide leadership fédéral est crucial pour assurer que le Canada offre une bonne santé mentale à tous et que tous les Canadiens souffrant de maladie mentale, les membres de leur famille et leurs prestateurs de soins ont accès aux soins, à l’appui et au respect auxquels ils ont droit»([21]).  

 

En octobre 2002, un Sommet national sur la santé mentale et la maladie mentale, organisé conjointement par l’Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale (ACMMSM), l’Association médicale canadienne (AMC), la Société canadienne de psychologie et l’Association des psychiatres du Canada, et auquel ont participé une vingtaine d’organismes nationaux, s’est entendu sur un ensemble  de valeurs, de principes et d’éléments à respecter dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action national.  Les principaux éléments de ce plan d’action national devraient comprendre: 1) des buts nationaux en santé mentale; 2) un cadre stratégique comprenant des activités de recherche, de surveillance, d’éducation et de promotion de la santé mentale, ainsi qu’un plan de gestion des ressources humaines de la santé; 3) un financement suffisant et soutenu;  4) un mécanisme d’imputabilité([22]).  Le plan d’action national reflète l’appel à l’action lancé par l’Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale depuis sa création, il y a quelques années([23]).  Les délégués participant au Sommet national ont aussi convenu qu’un leadership fédéral est nécessaire pour mettre de l’avant ce plan d’action national.

 


RÉSUMÉ DES RÉCENTS RAPPORTS NATIONAUX ET PROVINCIAUX DE SANTÉ CONCERNANT LES QUESTIONS LIÉES À LA SANTÉ MENTALE ET LA MALADIE MENTALE

 

Ces dernières années, de nombreux rapports concernant les soins de santé ont cerné des questions analogues au sujet de la santé mentale et des maladies mentales.  Ces rapports soulignaient que, à l’heure actuelle, les services de santé mentale ne sont pas bien intégrés au système de soins de santé (surtout dans le secteur des soins de santé primaires).  Ce manque d’intégration a contribué à une fragmentation des services de santé mentale et à une faible continuité des soins. Les rapports provinciaux signalaient également un accès insuffisant à des services appropriés de santé mentale, particulièrement pour les enfants et les adolescents, les aînés et les Autochtones.  Ils ont tous évoqué les pénuries de dispensateurs de soins de santé mentale (tout comme dans d’autres secteurs des soins de santé).  Les rapports provinciaux ont expliqué que, en raison de la désinstitutionnalisation, de nombreux Canadiens souffrant de troubles mentaux graves et persistants vivent souvent dans la collectivité sans pouvoir bénéficier des ressources de santé appropriées.  Ils ont donc recommandé que d’autres services de santé mentale soient offerts dans la collectivité (aide à domicile, programmes de jour, gestion des cas, services de relève et de répit, soutien à la réintégration sociale et professionnelle, etc.).  Enfin, tous les rapports ont souligné la nécessité de lancer des campagnes de sensibilisation de la population et des initiatives de promotion de la santé mentale en vue de réduire la stigmatisation associée aux maladies mentales([24]).  

 

Une synthèse des projets du Fonds pour l’adaptation des services de santé (FASS) portant sur le secteur de la santé mentale a permis de tirer des conclusions intéressantes, entre autres: l’efficacité de reloger les services de santé mentale dans des établissements de soins de santé primaires; la nécessité de sensibiliser les dispensateurs de soins de santé aux questions de santé mentale; les graves pénuries de ressources humaines en santé dans le secteur de la santé mentale; l’importance d’une uniformisation nationale des systèmes d’information et de communication en santé mentale, afin de faciliter les prestations et de minimiser les risques; l’importance d’un leadership efficace et d’une collaboration efficaces dans tous les secteurs pour mettre en oeuvre une nouvelle politique en santé mentale([25]).  

 

Dans son Volume Deux, le Comité a examiné l’incidence et les tendances des maladies, y compris les problèmes de santé mentale et les maladies mentales.  Le Comité a reconnu la nécessité d’accroître la promotion de la santé, la prévention des maladies, la surveillance et la recherche dans le secteur de la santé mentale.  Il a également déclaré que l’élaboration d’une politique gouvernementale pro-santé, au moyen de stratégies relatives à la santé de la population, contribuerait énormément à améliorer la santé physique et mentale des Canadiens([26]).  Bon nombre des recommandations que le Comité a formulées dans les Volumes Cinq et Six s’appliquent également au secteur de la santé mentale et de la maladie mentale (par exemple : soins primaires, ressources humaines en santé, dossiers de santé électroniques, protection contre les coûts exorbitants de médicaments d’ordonnance, soins à domicile après une hospitalisation, recherche en santé, évaluation et responsabilisation)([27]).  

 

Dans son rapport final, la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada (Roy Romanow, président) a fait écho à bon nombre des conclusions et des recommandations qui se sont dégagées des rapports provinciaux et du Sénat.  La Commission a déclaré que la santé mentale était l’enfant pauvre du système de soins de santé.  Elle a reconnu la nécessité de mieux intégrer les services de santé mentale aux services de santé et a déclaré que la santé mentale constituait une partie importante de la réforme des soins de santé primaires.  La Commission a recommandé que, dans le cadre d’un nouveau programme national de soins à domicile, les services de gestion des cas de santé mentale et d’intervention soient intégrés à la  Loi canadienne sur la santé (au coût d’environ 568,1 millions de dollars par année).  Elle a également recommandé un meilleur accès à des médicaments d’ordonnance pour les personnes atteintes de maladies mentales au moyen d’un nouveau programme de protection contre les coûts exorbitants de médicaments.  Enfin, la Commission a soulevé la possibilité de créer un Centre pour l’innovation en santé, chargé d’effectuer d’autres travaux de recherche sur  la santé mentale et les maladies mentales([28]).  

 

En résumé, les rapports des commissions et des conseils provinciaux, les rapports de synthèse du FASS et les rapports du Comité sénatorial et de la Commission  Romanow reconnaissent tous les nombreux problèmes  et défis associés à la santé mentale et aux maladies mentales au Canada et confirment la nécessité d’agir dès maintenant.  L’élaboration d’un plan d’action national contribuerait certes à offrir un environnement propice au maintien et à l’amélioration de la santé mentale et du mieux-être de la population canadienne.

 

MANDAT PROPOSÉ

 

Dans son étude de la santé mentale et des maladies mentales, le comité pourrait avoir le mandat suivant:

 

Que le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie:

 

1.            mène une étude de la santé mentale et des maladies mentales au Canada;

 

2.            consulte largement les intervenants, y compris, sans s’y limiter, les ministères et agences fédéraux et provinciaux, les organisations non gouvernementales, les universités, le secteur des entreprises, les groupes professionnels et les particuliers;

 

3.            documente l’incidence des problèmes de santé mentale et des maladies mentales selon l’âge, le sexe, la région, etc.;

 

4.            documente le fardeau économique des problèmes de santé mentale et des maladies mentales pour divers secteurs de la société canadienne, dont les entreprises et les systèmes d’éducation et de soins de santé;

 

5.            examine les stratégies de santé mentale appliquées dans d’autres pays;

 

6.            étudie le rôle du gouvernement fédéral dans les secteurs de la promotion de la santé mentale, de la prévention des maladies mentales, de l’accès aux services de santé mentale nécessaires et leurs professionnels, de l’aide aux familles et aux soignants, ainsi que de la surveillance et de la recherche au titre de la santé mentale et de la maladie mentale, et formule des recommandations appropriées à cet égard;

 

7.            étudie comment les services de santé mentale devraient être intégrés au système de soins de santé – par exemple, soins de santé primaires et soins à domicile – et formule des recommandations appropriées à cet égard;

 

8.            étudie l’élaboration d’un plan d’action national sur la santé mentale et les maladies mentales au Canada, et formule des recommandations appropriées à cet égard.

 

PLAN DE TRAVAIL PROPOSÉ

 

Le mandat proposé plus haut est à la fois vaste et complexe. Il serait approprié que le Comité conduise son étude en deux phases distinctes.  La Phase Un consisterait à colliger de l’information, des données et des faits sur la santé mentale et la maladie mentale. Au cours de cette phase, des audiences publiques et des visites seraient tenues à Toronto et Montréal, et d’autres visites seraient prévues à l’est et à l’ouest du pays.  La première phase se terminerait par le dépôt d’un rapport d’information générale, qui discuterait également des mythes et réalités et ferait le point sur les principaux enjeux.  Dans la Phase Deux, le Comité se pencherait sur les enjeux identifiés dans la Phase Un, examinerait la politique publique en matière de santé mentale de certains pays (Australie, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis) et tiendrait des audiences publiques sur les solutions potentielles pour le Canada, y compris la mise sur pied un plan d’action national sur la santé mentale.  La Phase Deux se terminerait par le dépôt d’un rapport détaillant les recommandations finales du Comité.  

 

Le personnel de recherche du Comité envisage douze (12) tables rondes distinctes pour la Phase Une de l’étude de la santé mentale.  Ces tables rondes seraient prévues entre février et mai 2003.  Un rapport d’étape pourrait être déposé au Sénat en juin 2003.  Le Comité pourrait ensuite entreprendre la Phase Deux de son étude en septembre 2003 et déposer son rapport final en décembre 2003.  

 

Les sections suivantes décrivent en détail les douze tables rondes de la Phase Un.  (Un plan de travail pour la Phase Deux sera élaboré et distribué aux membres du Comité à l’été 2003.)

 

TABLES RONDES PROPOSÉES POUR LA PHASE UN

 

A.     Table ronde un : Problèmes de santé mentale et maladies mentales : Leçons tirées d’expériences personnelles

 

a)      Impact des problèmes de santé mentale et des maladies mentales sur les patients, les familles, les amis et les milieux de travail

b)      Discussion sur la stigmatisation et la discrimination liées aux problèmes de santé mentale et aux maladies mentales

c)      Expérience vis-à-vis l’accès aux soins nécessaires

d)      Partage d’information sur la détection, la prévention, le traitement et la réintégration sociale

 

 

 

B.     Table ronde deux : Le point sur la santé mentale et la maladie mentale

 

a.       Définition des notions clés et information de base sur les problèmes de santé mentale et les maladies mentales

b.      Causes (étiologie), conséquences, comorbidité, corrélation et interactions entre divers déterminants génétiques, sociaux et environnementaux

c.       Désordres concourants (maladie mentale et toxicomanie)

d.      Relation d’interdépendance entre santé physique et santé mentale

 

D.    Table ronde trois : Prévalence et coûts

 

a)        Incidence des problèmes de santé mentale et des maladies mentales selon l’âge, le sexe, la région, etc.

b)        Fardeau économique des problèmes de santé mentale et des maladies mentales

c)        Impact sur la qualité de vie

 

E.     Table ronde quatre : Santé mentale et toxicomanie (Troubles concourants)

 

a.             Liens entre toxicomanie et santé mentale

b.                        Prévalence des troubles concourants

c.                        Problématique de populations spécifiques (ex.: sans-abris, Autochtones)

d.                        Collaboration entre les services de santé mentale et les services de toxicomanie

e.       Implications pour la recherché, la politique publique et le traitement

 

 

   E.  Table ronde cinq : La santé mentale en milieu de travail

 

a)           Fardeau économique pour les entreprises

b)           Perte de productivité et invalidité

c)           Le crédit d’impôt pour personnes handicapées

d)           Autres assureurs privés des cas d’invalidité

e)           Sondage de 2002 auprès des fonctionnaires fédéraux (par Statistique Canada, au nom du Conseil du Trésor)

f) Solutions éventuelles

 

   F.  Table ronde six : Stigmatisation, discrimination, mythes et sensibilisation du public

 

a)        Stigmatisation et discrimination au sein du système de soins de santé, du système d’éducation et de la société en général

b)        Mythes et réalités

c)        Sensibilisation du public

 

   G.  Table ronde sept : Troubles de l’enfance

 

a)      Autisme, hyperactivité avec déficit de l’attention, SAF/EAF

b)      Impact en raison de parents souffrant de troubles mentaux et de toxicomanies

c)      Diagnostic précoce et intervention, accès et continuité des soins, services dans la communauté

 

 

   H.  Table ronde huit : Troubles de l’adolescence

 

a)      Troubles alimentaires, stress, dépression, toxicomanie et suicide

d)      Impact sur les parents avec adolescents souffrant de troubles mentaux et de toxicomanies

e)      Diagnostic précoce et intervention, accès et continuité des soins, services dans la communauté

 

   I.  Table ronde neuf :  Trouble des adultes

 

a)           Schizophrénie, désordre bipolaire, dépression et suicide

b)           Troubles concourants (toxicomanie et problèmes de santé mentale)

c)           Différence entre les sexes

d)           Accès et continuité des soins

 

   J.  Table ronde dix : Troubles de la vieillesse

 

e)           Dépression, démence et maladie d’Alzheimer’s

f) Troubles concourants (toxicomanie et problèmes de santé mentale)

g)           Comorbidité des problèmes de santé mentale (rôle de la santé mentale dans des maladies physiques comme les maladies du coeur et le cancer)

h)           Différences entre les sexes

i) Accès aux soins et continuité des services de santé mentale

j) Stress subi par un parent ou un aidant naturel

 

 

   K.  Table ronde onze : Désinstitutionnalisation et réadaptation

 

a)      Désinstitutionnalisation

b)      Réadaptation psychiatrique

c)      La loi et la santé mentale

d)      Aide à l’emploi, à l’éducation et au logement

 

 

   L.  Table ronde douze: Promotion de la santé mentale, prévention des maladies mentales et surveillance des maladies

 

a)      Rôle du gouvernement fédéral

b)      Points de vue des provinces

c)      Organisations non gouvernementales

 

 

   M.  Table ronde treize :  Prestation de services de santé mentale

 

a)            Médecins et psychiatres

b)            Infirmières

c)            Psychologues et travailleurs sociaux

d)            Centres hospitaliers

e)            Services communautaires

 

 

   N.  Table ronde quatorze : Recherche et diffusion de l’information

 


([1])     Procès-verbaux et délibérations du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, 1ère Session, 37e Législature, Fascicule 19, 7 juin 2001, p. 19:19 à 19:58.

([2])     Santé Canada, Unité de la promotion de la santé mentale, Promotion de la santé mentale: Promouvoir la santé mentale, c’est promouvoir le meilleur de nous-mêmes – Foire aux questions. (http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/mentalhealth/mhp/f_faq.html).

([3])     Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale, Appel à l'action: Dégager un consensus à l'égard d'un plan d'action national sur la maladie mentale et la santé mentale, Document de travail, 2000, p. 7.

([4])     Thomas Stephens et coll., « La maladie mentale de la population canadienne: Une analyse exhaustive », Maladies chroniques au Canada, vol. 20, no 3, 1999.

([5])   Association des psychiatres du Canada, Youth and Mental Illness, http://cpa-apc.org/MIAW/pamphlets/Youth.asp

([6])   Association canadienne pour la santé mentale, Les maladies mentales, brochure disponible sur Internet (http://www.cmha.ca/english/info_centre/mh_pamphlets/mh_pamphlet_02.htm).

([7])     Santé Canada,  Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, octobre 2002, p. 18.

([8])     Elliot M. Goldner, De la connaissance à la pratique – Le Fonds pour l’adaptation des services de santé: La santé mentale, Série de rapports de synthèse, Santé Canada, 2002, p. 1-2.

([9])     Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes, Examen des dispositions du Code criminel relatives aux troubles mentaux, 37e Législature, 1ère Session, juin 2002.

([10])   Stephens et coll.(1999), op. cit.

([11])   Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale, Mémoire présenté au comité, juin 2001, p. 3.

([12])   Volume deux, p. 49.

([13])   Murielle Brazeau, Santé Canada, Témoignage présenté au Comité permanent de la santé de la Chambre des communes, Procès-verbaux, 2e Session, 36e Législature, 2 mai 2000.

([14])   Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, Tendances actuelles et défis futurs, Volume deux, janvier 2002, p. 49.

([15])   Pour d’autres renseignements, se reporter par exemple aux deux documents suivants: 1) Michael Wilson, Mental Health: Business in the New Economy, Conference Board du Canada, 2001 Wellness Conference CEO Breakfast, 7 mars 2001; 2) Michael Wilson, Russell T. Joffe et Bill Wilkerson, The Unheralded Business Crisis in Canada, Depression at Work, Document d’information pour les entreprises comprenant « 12 Étapes d’un plan d’affaires pour vaincre la dépression », Global Business and Economic Roundtable on Addiction and Mental Health, juin 2000.

([16])   Ordre des psychologues du Québec, Violence et santé mentale : prévenir et guérir, Congrès annuel 2002, Montréal, 31 octobre au 2 novembre 2002.  Marie-Claude Malboeuf, « Le travail rend-il fou? », La Presse, 1er novembre 2002.

([17])   Malboeuf (2002), op. cit.

([18])   Organisation mondiale de la santé,  La charge « cachée et indéterminée » des problèmes de santé mentales, Aide-mémoire no 218 de l’OMS, novembre 2001, www.who.int/inf-fs/fr/fact218.html

([19])   Ibid.

([20])   Phil Upshall, Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale, communication personnelle, 8 janvier 2003.

([21])   Citation tirée du communiqué «  Le Canada a besoin d’un plan d’action national sur la maladie mentale et la santé mentale », 10 octobre 2002.

(http://www.cma.ca/cma/common/displayPage.do?pageId=/staticContent/HTML/N0/l2/advocacy/news/2002/10-10.htm).

([22])   Ibid.

([23])   Alliance canadienne de la maladie mentale et de la santé mentale, Appel à l'action: Dégager un consensus à l'égard d'un plan d'action national sur la maladie mentale et la santé mentale, Document de travail, Ottawa, 2000, 36 p. www.cmha.ca/français/research/camimh/call_for_action/index.html

([24])   Ministère de la Santé et des Services communautaires (Terre-Neuve-et-Labrador), Healthier Together – A Strategic Health Plan for Newfoundland and Labrador, septembre 2002 (www.gov.nf.ca/health/strategichealthplan); Conseil du premier ministre en matière de qualité de la santé,  Renouvellement du système de santé, Gouvernement du Nouveau-Brunswick, janvier 2002; Premier’s Advisory Council on Health (Très hon. Don Mazankowski, président), A Framework for Reform, Gouvernement de l’Alberta, décembre 2001; Commission on Medicare (Kenneth Fyke, président), Caring for Medicare – Sustaining a Good Quality System, Gouvernement de la Saskatchewan, avril 2001; Commission d’étude sur les services de santé et les services sociaux (Michel Clair, président), Les solutions émergentes, Gouvernement du Québec, janvier 2001.

([25])   Elliot M. Goldner, De la connaissance à la pratique – Le Fonds pour l’adaptation des services de santé: La santé mentale, Série de rapports de synthèse, Santé Canada, 2002.

([26])   Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie (Sénateur Michael Kirby, président), Tendances actuelles et défis futurs, Volume deux, le Sénat du Canada, janvier 2002.

([27])   Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, Principes et  recommandations en vue d’une réforme – Partie I,  Volume cinq, avril 2002, Principes et recommandations en vue d’une reforme, Volume six, octobre 2002.

([28])   Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada (Roy Romanow, président), Guidé par nos valeurs – L’avenir des soins de santé au Canada, Rapport final, Gouvernement du Canada, novembre 2002.

 


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