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SECD - Comité permanent

Sécurité nationale, défense et anciens combattants

 

Les urgences nationales : Le Canada, fragile en première ligne

Stratégie de renforcement

Comité sénatorial permanent de la Sécurité nationale et de la défense

VOLUME 1

Mars 2004


MEMBRES DU COMITÉ

37e législature – 3e session  

COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE LA SÉCURITÉ NATIONALE ET DE LA DÉFENSE  

L’honorable Colin Kenny, président  
L’honorable J. Michael Forrestall, vice-président

Et  

Les honorables sénateurs  

L’honorable Norman K. Atkins  
L’honorable Tommy Banks  
L’honorable Jane Cordy  
L’honorable Joseph A. Day  
L’honorable Michael A. Meighen  
L’honorable Jim Munson
L’honorable David P. Smith, C.P.  

*L’honorable Austin, c.p. (ou Rompkey, c.p.)
*L’honorable John Lynch-Staunton (ou Kinsella)

*Membres d’office

37e législature – 2e session

COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE LA SÉCURITÉ NATIONALE ET DE LA DÉFENSE  

L’honorable Colin Kenny, président  
L’honorable J. Michael Forrestall, vice-président

Et  

Les honorables sénateurs  

L’honorable Norman K. Atkins  
L’honorable Tommy Banks  
L’honorable Jane Cordy  
L’honorable Joseph A. Day  
L’honorable Michael A. Meighen  
L’honorable David P. Smith, C.P.  
L’honorable John (Jack) Wiebe  

*L’honorable Sharon Carstairs, C.P. (ou Robichaud, C.P.)  
*L’honorable John Lynch-Staunton (ou Kinsella)

*Membres d’office


DÉDICACE
Grant Purves

Grant Purves est arrivé à la Direction de la recherche parlementaire de la Bibliothèque du Parlement en 1974. Il a été affecté au Comité dès sa création, au milieu de l'année 2001, et a travaillé pour lui jusqu'à son décès, deux ans plus tard.

Grant était un homme chaleureux, plein de gentillesse et d'un bon caractère et un collègue merveilleux. Il traitait tout - son rôle de père, son travail à la Direction ou ses lectures et recherches - avec une rigueur et une abnégation que tous respectaient et appréciaient.

Il avait une personnalité à plusieurs facettes. Doué d'un esprit curieux, il était aussi un homme pratique - ayant construit lui-même sa maison -, un érudit, un homme d'honneur et un homme du monde. 

Il laisse un grand vide et il nous manque beaucoup.


TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE

LES URGENCES NATIONALES : 
    NOUS NOUS DÉBATTONS POUR SURVIVRE
    UNE NATION NON PRÉPARÉE

CHAPITRE 1 : MENACES
   
REGARDER LA RÉALITÉ EN FACE 
    ACTES DE DIEU … ET DU DIABLE
    RECOMMENDATIONS

CHAPITRE 2 : RÉPONSES DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL
    BPIEPC
    DIRIGER L'ORCHESTRE
    COMPTER SUR LES FORCES CANADIENNES
    ÉQUIPE D'INTERVENTION EN CAS DE CATASTROPHE DES FORCES CANADIENNES (DART)
    SANTÉ CANADA : POURQUOI DES CACHETTES?
    FINANCEMENT
    COORDONNER, MAIS AVEC QUI?
    RECOMMENDATIONS

CHAPITRE 3 : PROBLÈMES
   
LES RELATIONS ENTRE LES GOUVERNEMENTS FÉDÉRAL, PROVINCIAUX ET TERRITORIAUX
    LE BPIEPC NEUTRALISÉ
    LES MUNICIPALITÉS SOUS PRESSION : LE BLOCAGE PROVINCIAL
    DÉCALAGES
    RECOMMENDATIONS

CHAPITRE 4 : POUR QUE LE BPIEPC FONCTIONNE
   
STRATÉGIE
    COMMUNICATIONS
    COORDINATION DU RENSEIGNEMENT
    RÉORIENTATION DU BUREAU DE LA PROTECTION DES INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES ET DE LA  PROTECTION CIVILE (BPIEPC)
    COORDINATION DE L'INFORMATION
    VÉRIFICATIONS, LEÇONS APPRISES, MEILLEURES PRATIQUES
    RECOMMENDATIONS

CHAPITRE 5 : LES BESOINS DES PREMIERS INTERVENANTS
    À L'ÉCOUTE DES PREMIERS INTERVENANTS
    METTRE LE RENSEIGNEMENT À CONTRIBUTION SUR LE TERRAIN
    RÉPONDRE AUX BESOINS DES PREMIERS INTERVENANTS
    RÉFORMER LE PROGRAMME CONJOINT DE PROTECTION CIVILE (PCPC)
    FACILITER L'ACCÈS AUX RESSOURCES ET À LA FORMATION
    RECOMMENDATIONS

CHAPITRE 6 : QUESTIONNAIRE SUR LA CAPACITÉ D'INTERVENTION DES MUNICIPALITÉS EN CAS D'URGENCE
   
I. MÉTHODOLOGIE
    II. FAITS SAILLANTS
    III. ANALYSE DES RÉSULTATS

        A.État de préparation en cas de catastrophe
            i. Qui fait le travail?
            ii. Qu'est?ce qu'une urgence?
            iii. Perception de la vulnérabilité
            iv. Degré de préparation
            v. Structure de commandement et de communication
            vi. Communication avec les citoyens
            vii. Qu'en est-il des fournitures requises en cas d'urgence ou de catastrophe?

        B. Soutien fédéral et provincial
            i. Caches de fournitures médicales de Santé Canada
            ii. Besoin d'aide en cas d'urgence CBRN éventuelle
            iii. Soutien provincial
            iv. Le rôle fédéral 
                a. Programme conjoint de protection civile (PCPC)
                b. Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC)

        C. Évaluer l'efficacité

        D. Détermination du besoin d'améliorer la coordination nationale

RECOMMENDATIONS: CHAPITRES 1 À 6

ANNEXE 1 : QUESTIONNAIRE SUR LA CAPACITÉ D'INTERVENTION DES MUNICIPALITÉS EN CAS D'URGENCE OU DE CATASTROPHE

ANNEXE 2 : LES VILLES QUI ONT RÉPONDU
    (PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE)
    (PAR PROVINCE)
    (PAR CATÉGORIE DE TAILLE)

ANNEXE 3 : LES VILLES QUI N'ONT PAS RÉPONDU
    (PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE)
    (PAR PROVINCE)
    (PAR CATÉGORIE DE TAILLE)

ANNEXE 4 : ONT DISCUTÉ AVEC LE COMITÉ

ANNEXE 5 : LISTE DES PIÈCES

ANNEXE 6 : RECOMMANDATIONS DU COMITÉ CONSULTATIF NATIONAL SUR LE SRAS (LE COMITÉ NAYLOR)

ANNEXE 7 : ÉMISSION DE CBC RADIO WORLD REPORT

ANNEXE 8 : ÉMISSION DE CBC RADIO ONE THE CURRENT

ANNEXE 9 : BIOGRAPHIES DES MEMBRES DU COMITÉ

ANNEXE 10 : BIOGRAPHIES DU SECRÉTARIAT DU COMITÉ

ANNEXE 11 : ORDRE DE RENVOI

ANNEXE 12 : RENSEIGNEMENTS AUX MÉDIAS


Préface

Le Comité a reçu de nombreux témoignages au cours de son examen de la façon dont le Canada aborde la question des urgences, que celles-ci soient d’origine naturelle ou humaine.

Les membres du Comité espèrent que le matériel qu’ils ont réuni et que les conclusions auxquelles ils sont arrivés mèneront à la création d’un système d’intervention qui saura mieux servir les citoyens canadiens que le système existant.

Le Comité a débuté ses travaux concernant le présent rapport avant le 11 septembre 2001, et il les a poursuivis après que le nouveau premier ministre a donné suite à ce qui devait être une de nos principales recommandations, alors qu’il a nommé la vice-premier ministre, l’honorable Anne McLellan, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile.

Il s’agit d’un premier pas important dans la réforme du système canadien de protection civile, mais ce n’est que le premier. Les efforts qui s’imposent exigeront des ressources imposantes et un niveau sans précédent de collaboration entre tous les ordres de gouvernement au Canada.

Le temps est maintenant venu d’agir.

Colin Kenny, président 

Michael Forrestall, vice-président


Les urgences nationales :

Nous nous débattons pour survivre

Une urgence exige par définition une réaction prompte et efficace, si nous voulons éviter une tragédie. Les urgences nationales sont des urgences de grande envergure. Elles exigent des interventions très bien coordonnées. Pour limiter le plus possible les dégâts, il faut réunir trois éléments : une planification détaillée, des systèmes simplifiés et des ressources suffisantes. Il n’est pas facile d’atteindre ce degré de raffinement dans un pays aussi complexe sur le plan administratif et aussi vaste sur le plan géographique que le Canada. Or, il est essentiel pour le bien-être des Canadiens d’acquérir la capacité d’intervenir rapidement et efficacement en cas d’urgence nationale.

Les urgences nationales ne sont plus rares au Canada. Citons par exemple quelques crises qui sont survenues au Canada depuis quelques années : inondations au Manitoba, tempête de verglas dans l’Est ontarien et au Québec, flambée de E. coli à Walkerton, feux de forêt en Colombie-Britannique, vache folle en Alberta, SRAS en Ontario, ouragans dans les provinces de l’Atlantique, panne de courant en Ontario, attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis et lutte contre le terrorisme depuis lors.

Chacun de ces événements a causé du tumulte et des dommages économiques importants et, en termes cumulatifs, le coût total est catastrophique. Plus important encore, les pertes de vie ont été nombreuses. Que le nombre de morts n’ait pas été plus élevé tient en grande partie à une conjugaison de courage local et de bonne chance. Face à la catastrophe, les Canadiens se sont débattus et la plupart ont survécu.

Mais qu’en sera-t-il la prochaine fois? Qu’une crise ait été d’origine humaine ou naturelle, les Canadiens ont toujours réussi à se débrouiller. Dans un monde de plus en plus imprévisible, où les caprices de la nature se multiplient et où les menaces d’origine humaine sont devenues beaucoup plus probables et palpables, se débrouiller ne suffit pas.

Les rôles les plus déterminants dans toute intervention face à une menace inattendue sont toujours joués par les premiers arrivés sur les lieux – les premiers intervenants. Nous, Canadiens, dépendons des interventions des services d’incendie et de police, des services d’ambulance, des médecins, du personnel infirmier, des équipes de secours, des soldats et des réservistes, ainsi que d’une multitude d’autorités civiles et de bénévoles pour limiter les conséquences des urgences avant qu’elles deviennent incontrôlables.

Depuis deux ans et demi, le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense cherche à répondre à une question :

Comment pouvons-nous aider ces gens à intervenir dans la pleine mesure de leurs capacités en cas de crise majeure?

Où est l’esprit de direction du gouvernement fédéral qui s’impose pour que le Canada puisse protéger le mieux possible ses citoyens, à un coût raisonnable?

 

Une nation non préparée

Les États-nations n’ont pas toujours existé, et jusqu’à récemment, il n’existait pas d’État-nation démocratique voué à la protection des intérêts de tous les citoyens. Lorsque l’homme en sont venu à l’étape de la création de tels États, il a fait sien ce adopté principe premier : protéger physiquement ses citoyens.

Aussi puissant qu’ils puissent être, les États les plus avancés ne disposent pas de ressources illimitées. Si le gouvernement canadien avait accès à des ressources illimitées, il est évident que le système national de santé, exemple d’une institution qui offre une protection physique aux citoyens canadiens, ne connaîtrait pas les difficultés auxquelles il fait face aujourd’hui.

Le Comité a donc entrepris son étude en posant comme prémisse que nous ne saurions nous attendre à ce qu’un gouvernement, ou plusieurs gouvernements de concert, protègent tout le monde en tous temps.

Par ailleurs, le Comité reconnaît également que toute société digne de se perpétuer a droit à un niveau raisonnable de protection contre les menaces anormales – menaces, comme nous l’avons déjà mentionné, qui sont devenues plus persistantes, que tout Canadien a peu de chance de voir disparaître de son vivant. Des mesures préventives sont un gage de bon gouvernement et un indicateur d’une société éclairée.

Hélas, l’histoire démontre que le Canada a toujours manqué de préparation. Comme le faisait remarquer le Dr Thomas Axworthy, ancien secrétaire principal du Premier ministre Pierre Elliott Trudeau, lorsqu’il a témoigné devant le Comité, « …nous devrions avoir pour saint patron Ethelred l’imprévoyant »[1].

Le manque de préparation du Canada lors des deux guerres mondiales a coûté la vie à nombre de nos jeunes. Ce net manque de préparation face à des catastrophes éventuelles très variées pourrait nous coûter un nombre encore plus élevé de vies. Pour peu que le coût soit réaliste, rien ne justifie ce manque de préparation. Les gouvernements sont payés pour être prêts. C’est à cela que la population s’attend.

Selon une vieille expression, « Vous pouvez payer maintenant, ou plus tard ». Selon toute prévision raisonnable, des catastrophes nationales seront inévitables au cours du XXIe siècle au point que le Comité est tenté d’interpréter cette expression comme suit : « Nous pouvons payer maintenant – ou bien davantage plus tard ».

Cela s’applique autant à la protection des Canadiens ou au maintien de nos rapports commerciaux avec les États-Unis. La rupture de ces rapports entraînerait presque inévitablement la faillite du Canada. Il faut donc voir la dure réalité en face : le prochain attentat terroriste d’envergure aux États-Unis se traduira probablement par la fermeture des frontières américaines, ce qui causerait un krach mondial comparable à celui des années 30.

Les membres ont commencé à entendre des témoignages sur la protection civile en juillet 2001. Le présent rapport résume les témoignages recueillis de juillet 2001 à janvier 2004 et tient compte des changements apportés au sein du gouvernement par le premier ministre Paul Martin en décembre 2003. Les témoignages ont été recueillis sous les quatre formes suivantes :

·        Témoignages recueillis au cours des audiences

·        Visites sur le terrain

·        Documentation réunie

·        Réponses de premiers intervenants canadiens à un questionnaire sur la protection civile. Des 100 questionnaires distribués, 86 ont été retournés.

Le Comité a entendu les témoignages de fonctionnaires fédéraux, de gestionnaires de situations d’urgence provinciaux et de premiers intervenants. Plus précisément, il a entendu des représentants du Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC), de l’ancien ministère du Solliciteur général, du Bureau du Conseil privé, du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, de Santé Canada, de la Gendarmerie royale du Canada, de l’Agence des douanes et du revenu du Canada, de Transports Canada, du Service de police de Toronto, de la directrice de la santé de la ville de Toronto et du Dr Douglas Bland de l’Université Queen’s.

Le Comité a eu la chance de se renseigner davantage sur les difficultés auxquelles les municipalités font face, au cours de ses visites à Vancouver (2 fois), Winnipeg, Halifax (2 fois), Washington, D.C., Regina, Edmonton, Windsor, Montréal et Toronto.

Le présent rapport fait partie d’une série de rapports d’études sur la sécurité des Canadiens. Il porte surtout sur les interactions entre planificateurs et exécutants fédéraux, provinciaux et municipaux en matière de protection civile. Dans les mois qui suivront, le Comité compte mettre davantage l’accent sur des problématiques précises.


CHAPITRE 1 : Menaces

Aborigènes ou immigrants, nos ancêtres n’ont jamais considéré le Canada comme un endroit confortable. Mis à l’épreuve qu’ils étaient par les rigueurs de ses hivers, la brièveté des saisons de croissance et le manque généralisé de commodités, confortable est le dernier mot qui leur venait à l’esprit pour le décrire. À la seconde moitié du 20e siècle, toutefois, le Canada s’était hissé très près du sommet de l’échelle mondiale du confort.

Le chauffage central y était pour beaucoup, bien sûr, mais c’était également dû à une diminution généralisée de la peur. Le Canada était en quelque sorte devenu sur le plan international un havre de paix.  Vues du Canada, les menaces – mêmes les plus effroyables, comme la guerre nucléaire – semblaient lointaines.

Nos voisins américains ont toujours cru avoir le meilleur en tout, mais il y a un domaine de comparaison dans lequel ils ne nous ont jamais devancés : ils ne se sont jamais sentis autant en sécurité que nous. Nous avons un système national de soins de santé et moins d’armes à feu en circulation[2] et nous n’avons pas la même attitude à l’égard de l’engagement dans les guerres étrangères, à tout le moins dans certaines d’entre elles.

Il est donc plutôt paradoxal que lorsqu’il s’agit de crises à caractère matériel, le Canada ait en matière de gestion des menaces une feuille de route aussi consternante. En 1885, nos ancêtres n’étaient pas plus préparés à la Résistance du Nord-Ouest que nous n’étions prêts à réagir, en 1998, à l’écrasement du vol 111 de Swissair ou à la crise du SRAS, en 2003. Et nous ont également pris au dépourvu par  beaucoup d’autres grandes crises survenues entre le deux, dont les deux guerres mondiales.

Le Comité exagère? Nous ne le croyons pas. Le matin du 18 novembre 2003, quiconque écoutait la radio anglaise de Radio-Canada a pu entendre deux reportages diffusés à moins d’une heure l’un de l’autre. Le premier, au radio-journal de 8 heures, disait à quel point la communauté médicale canadienne était désarmée devant l’éclosion du SRAS, tandis que l’autre, diffusé dans le cadre de l’émission d’actualité spécialisée « The Current », citait plusieurs résidents des régions rurales de la Colombie-Britannique témoignant du manque de coordination qui avait marqué les premières mesures prises pour combattre les monstrueux incendies de forêt qui ont dévasté la province au cours de l’été de 2003 (voir l’Annexe 8, page 153).

Par ailleurs, parmi les huit grandes administrations municipales qui ont répondu à un questionnaire du Comité sur leurs préparatifs d’urgence, quatre seulement – Vancouver, Montréal, Ottawa et Winnipeg – s’estimaient prêtes à faire face à des cas d’urgence grave, les quatre autres – Toronto, Edmonton, Calgary et Hamilton – déclarant que leurs villes étaient « passablement » prêtes. Aucune des administrations des municipalités moyennes, petites ou très petites sondées ne s’est dite prête à faire face à des urgences graves.

 

Regarder la réalité en face

Il se peut que le calme et l’attitude décontractée des Canadiens soient des éléments de leur stratégie de survie. Les Américains sont désorientés quand rien ne les menace. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils font un drame de tout et de rien. En comparaison, nous sommes plutôt calmes.

Il est vrai que parfois, le meilleur moyen d’éviter les ennuis est de les ignorer. Parfois. Mais la plupart du temps, les ennuis finissent par trouver ceux qui ne font pas attention à leurs signes précurseurs. En ce moment, le Canada devrait se préoccuper beaucoup plus de se préparer à d’éventuelles grandes catastrophes, qui pourraient être aussi effrayantes que l’épidémie de SRAS ou la destruction des tours du World Trade Center, mais qui pourraient aussi être bien pires.

Deux choses seulement sont certaines : d’une part, des catastrophes de ce genre se produiront un jour au Canada et, d’autre part, comme nos enquêtes nous l’ont révélé, les Canadiens n’y sont pas préparés.

 

Actes de Dieu … et du diable

James Harlick, sous-ministre adjoint chargé du Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC), nous a décrit les divers dangers naturels et attribuables à l’homme qui menacent le Canada. Les catastrophes naturelles sont extrêmement coûteuses, a-t-il dit. Les dommages causés par le  débordement de la rivière Saguenay, au Québec (1996), et celui de la rivière Rouge, au Manitoba (1997), et par la tempête de verglas qui s’est abattue sur l’Est de l’Ontario et l’Ouest québécois (1998) nous ont coûté en tout plus de 5 milliards de dollars.

Ce genre d’ « acte de Dieu » est, par définition, inévitable. Mais cela veut-il dire que nous ne devons pas nous y préparer? Ne serait-il pas plus sensé de construire des pylônes pour lignes a haute tension plus robustes, de concevoir des digues et des canaux de dérivation plus efficaces et de mettre sur pied des réseaux de préparatifs d’urgence propres à réduire le nombre de pertes de vie en cas de catastrophe?

Et qu’en est-il des dangers créés par l’homme? Le terrorisme a maintenant détrôné la guerre nucléaire comme pire menace à la stabilité mondiale. Les événements survenus ces derniers temps en Iraq, en Arabie saoudite et ailleurs montrent clairement que les États-Unis ne sont pas les seuls visés. Quiconque s’associe à eux – même les organismes d’aide indépendants – est dans la mire des terroristes. Le dernier de la présente série de rapports du Comité (Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues au monde) commençait par les paragraphes suivants :

Imaginons que dix personnes vouées à une cause idéologique commune se dispersent dans les forêts canadiennes par une chaude journée d’été.  Même en supposant qu’elles n’aient sur elles que des allumettes de carton, combien de dégâts pourraient-elles causer?

Combien de dégâts cinq personnes pourraient-elles faire avec des explosifs fabriqués à partir de produits chimiques en vente libre dans toutes les jardineries si elles décidaient de porter un coup dur au réseau commun de distribution d’électricité de l’Amérique du Nord en faisant sauter cinq lignes de transport d’électricité à haut voltage?

Ce n’est un secret pour personne qu’à l’heure actuelle, un faible pourcentage seulement des conteneurs débarqués dans les ports nord-américains sont fouillés ou inspectés.  Songeons un peu à l’immensité de la catastrophe qui pourrait se produire si un seul des conteneurs non inspectés renfermait une bombe sale. 

De nos jours, beaucoup de terroristes n’hésitent pas à se tuer si cela peut leur permettre de causer assez de dégâts.  Supposons que dans un pays lointain, un terroriste inocule la variole aux membres d’un petit groupe de volontaires juste avant qu’ils ne prennent l’avion pour l’Amérique du Nord.  Leurs premiers symptômes ne commenceraient probablement à apparaître que des heures après qu’ils seraient descendus d’avion avec les autres passagers, ces derniers ayant été exposés à la maladie à leur insu.  Se pourrait-il qu’au cours du présent siècle, on fasse surtout la guerre à coup d’épidémies?

Les terroristes n’ont pas besoin de bombes pour paralyser les réseaux informatiques, lesquels transportent maintenant le flot nourricier de notre vie économique. Les ordinateurs contrôlent presque tout ce qu’on faisait fonctionner au moyen de commandes manuelles il y a une vingtaine d’années, depuis le courant qui voyage dans les lignes à haute tension jusqu’à l’éclairage des rues en passant par le débit des voies navigables. D’après les résultats d’un sondage publiés en 2002 par le Computer Security Institute des États-Unis, 90 pour cent des 500 agences gouvernementales, sociétés commerciales, centres hospitaliers, institutions financières et établissements d’enseignement sondés avaient décelé des failles dans leurs systèmes de sécurité informatique au cours de l’année précédente[3].

Les terroristes n’ont pas besoin de bombes non plus pour commettre des attentats bactériologiques. En mars 2000, Santé Canada a convoqué une conférence pour étudier les risques que les attentats de ce genre représentent pour la santé publique. D’après le compte-rendu des délibérations, un groupe d’experts réuni en 1999 par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a constaté que les plus grands risques pour la santé publique sont attribuables à six micro-organismes :

·        le bacillus anthracis (l’anthrax);

L’anthrax peut être pulvérisé et servir d’arme biologique sous forme d’aérosol. L’aérosol est inodore et invisible et peut se déplacer sur plusieurs kilomètres avant de se disperser[4].

·        le variola major (la variole);

La variole peut se propager par contact avec des personnes infectées ou par contact direct avec des objets contaminés, comme la literie ou des liquides organiques. Il est rarement arrivé que la variole se propage dans l’air dans des endroits clos[5].

·        le yersinia pestis (la peste);

Le Yersinia pestis peut être employé dans une attaque à l’aérosol; il cause alors des cas de peste pneumonique. Les symptômes commencent à apparaître de un à six jours après l’infection[6].

·        le botulinum toxin (le botulisme);

Le botulisme d’origine alimentaire représente un risque grave pour la santé publique parce qu’il peut se propager par la nourriture[7].

·        le francisella tularensis (la tularémie), et

La tularémie peut être utilisée comme arme et se propager dans l’air. Les symptômes commencent à apparaître de trois à cinq jours après l’infection[8].

·        le filovirus / arenavirus (les fièvres hémorragiques).

Les fièvres virales hémorragiques sont toutes hautement contagieuses lorsque l’aérosol est employé comme vecteur de dispersion. La plupart sont très stables sous forme d’aérosol et peuvent être utilisées comme armes[9].

Dans la plupart des cas, les victimes des micro-organismes qui suivent peuvent être traitées :

·        le tularaemia (un vaccin existe);

·        la variole (un vaccin existe);

·        la peste (guérissable avec un vaccin s’il est administré dans les 12 à 24 heures suivant l’apparition des symptômes);

·        l’anthrax (guérissable avec un vaccin s’il est administré avant l’apparition des symptômes), et

·        le botulisme (guérissable avec un vaccin s’il est administré peu après l’infection).

Il n’existe toutefois pas de vaccin contre la plupart des types de fièvre hémorragique (comme celle que cause le virus d’Ebola). Le nouveau vaccin contre la fièvre hémorragique argentine, qui est encore au stade expérimental, et le vaccin contre la fièvre jaune sont les seules exceptions[10].

Santé Canada a déterminé qu’un attentat terroriste perpétré au moyen d’un de ces agents biologiques serait désastreux. Se basant sur un modèle du CDC et des données canadiennes, le ministère a conclu que dans certaines conditions, une attaque à l’anthrax contre 100 000 Canadiens entraînerait 50 000 cas d’anthrax, 32 875 morts, 332 500 jours d’hospitalisation et une facture de 6,5 milliards de dollars[11]. Mais malgré cela, parmi les six micro-organismes énumérés ci-dessus, Santé Canada n’a de plan d’urgence précis que dans l’éventualité d’un attentat à la variole; si l’attentat était perpétré au moyen d’un des autres agents biologiques, elle interviendrait dans le cadre de son approche tous risques générale.

Le Comité recommande que :

1)                Santé Canada élabore un plan national pour contrer une flambée possible des cinq autres micro-organismes et qu’il en fasse rapport au Parlement et à la population d’ici au 31 mars 2005.

Pourquoi devrions-nous nous préoccuper davantage de la question? En partie parce qu’il est de plus en plus possible que le Canada soit pris pour cible, mais aussi parce que nous sommes devenus une cible plus facile. M. Harlick a dit au Comité que le Canada court un risque accru pour quatre raisons :

1)    sa population et sa richesse sont de plus en plus concentrés dans un petit nombre de régions hautement vulnérables;

2)    les phénomènes météorologiques extrêmes devraient devenir de plus en plus fréquents et violents en raison des changements climatiques;

3)    l’infrastructure du Canada vieillit et est de ce fait plus susceptible d’être endommagée, et

4)    les collectivités dépendent davantage des technologies de pointe.

Comme M. Harlick l’a signalé, en Australie, un pirate informatique a reprogrammé les mécanismes de contrôle de 100 postes de pompage d’eaux d’égout, ce qui a entraîné le débordement d’un million de litres d’eaux d’égout brutes. En février 2000, un Montréalais de 15 ans qui se donnait le titre de « Mafia Boy » a causé à diverses entreprises des pertes estimatives de 1,2 milliards de dollars en perpétrant des dénis de service.

Catastrophes naturelles, menaces biologiques, dépendance technologique, terrorisme. Un pays qui ne se soucie pas de sa vulnérabilité à ces chapitres devrait partager la couverture de Mad magazine avec Alfred E. Neuman. Sa devise? « Quoi! Moi, m’inquiéter? »

Recommendations

Le Comité recommande que :

1)            Santé Canada élabore un plan national pour contrer une flambée possible des cinq autres micro-organismes et qu’il en fasse rapport au Parlement et à la population d’ici au 31 mars 2005.


CHAPITRE 2 : Réponses du gouvernement fédéral

Quelles mesures le gouvernement fédéral a-t-il prises face aux risques accrus de catastrophes nationales? Quelles institutions ont le mandat de relever le défi, et quels systèmes et ressources ont été mis en place à cette fin?

 

BPIEPC

En février 2001, le premier ministre Jean Chrétien a annoncé la création du Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) pour remplacer Protection civile Canada. « Il est indispensable de protéger les infrastructures essentielles du Canada contre les risques de pannes ou de dérangements pour assurer la santé, la sécurité et le bien-être économique des Canadiens », déclarait-il[12]. Pendant deux ans et demi, le Bureau allait dépendre du ministère de la Défense nationale.

En juillet 2001, M. Harlick a dit au Comité que le BPIEPC jouait un rôle de leader national et servait d’organe central pour la protection civile du Canada. La coordination avec les autres ministères et organismes était jugée essentielle à cette fin : notamment le Bureau du Solliciteur général, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Selon M. Harlick, le BPIEPC a des attributions dans plusieurs domaines liés à la protection civile :

« …la réaction opérationnelle, y compris l’examen des menaces et incidents, l'évaluation de la vulnérabilité et la réaction aux menaces et incidents, y compris les enquêtes criminelles et les enquêtes en matière de renseignements et de sécurité, qui, bien sûr, sont menées par la GRC et le SCRS; la sensibilisation et l’établissement possible de partenariats avec les provinces et les territoires et le secteur privé; la recherche et le développement en vue de trouver des solutions à nos vulnérabilités et risques technologiques; la formation et l’éducation en vue de mieux renseigner les personnes et les organismes et de sensibiliser à la sécurité informatique. »

M. Harlick a également traité du rôle de coordination nationale du BPIEPC. Il a affirmé qu’en cas d’urgence, celui-ci utiliserait son centre de surveillance pour collaborer avec des partenaires clés de la Protection civile à tous les paliers de gouvernement. Le défi, selon lui, c'est d’établir un niveau sans précédent de coopération à l'intérieur et hors de l’État[13].

L’effort du BPIEPC pour établir une stratégie nationale d’atténuation des catastrophes (SNAC) révèle que la coordination intergouvernementale n'est pas chose facile. En 2002, le BPIEPC a consulté sur cette stratégie les provinces et les territoires, le patronat et les ONG. Ces discussions sont résumées dans un projet cadre de SNAC, qui a débouché sur de nouvelles consultations en 2003[14]. Plus de deux ans après septembre 2001, il n'y a toujours pas de stratégie en place.

Les réponses au questionnaire du Comité sur la protection civile révèlent d’autres problèmes. Des 86 municipalités qui y ont répondu, seulement 9,9 % ont affirmé être satisfaites des services du BPIEPC. En outre, 62,5 % des répondants des villes importantes indiquent ne pas être satisfaits du BPIEPC. Ce qui est le plus révélateur, c'est que beaucoup de répondants ont affirmé connaître trop peu de cette organisation pour en parler.

Le Premier ministre Paul Martin a retiré le BPIEPC du ministère de la Défense nationale afin d’améliorer la coopération interministérielle et intergouvernementale. En décembre 2003, l’honorable Anne McLellan, c.p., députée, a été nommée vice-premier ministre et ministre responsable du nouveau portefeuille de la Sécurité publique et de la Protection civile, auquel le BPIEPC a été intégré.

Le 18 décembre, Mme McLellan a affirmé vouloir « regrouper tous les intervenants pour que le travail se fasse de façon plus concertée, et faire circuler l’information non seulement parmi les organismes et les ministères du gouvernement fédéral, mais aussi parmi les gouvernements provinciaux et les administrations municipales[15] ».

Le Comité est d’avis que l’initiative de premier ministre Martin est un pas dans la bonne direction. Il recommandait d'ailleurs cette mesure dans son rapport d’octobre 2003 intitulé Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues du monde.

Cependant, comme le Comité le démontrera dans son rapport, changer le mandat et les méthodes du Bureau sont encore plus importants que déplacer cette agence au sein de l’appareil gouvernemental.

Le Comité est convaincu que le temps est venu d’apporter ces changements, avec le nouveau gouvernement en train d’établir une approche que tous les partis souhaitent plus attentive et plus responsable de la sécurité des Canadiens.

Il n’y a jamais eu meilleure occasion de renforcer la frêle infrastructure qui a laissé les Canadiens aussi vulnérables si longtemps.

 

Diriger l’orchestre

Un des premiers changements apportés par le premier ministre Martin au Cabinet a été de faire du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile le premier responsable de la sécurité publique en remplacement du Solliciteur général. De par la loi, le ministre a charge de la sécurité nationale, de la police et de l’application de la loi, de la coordination de la réaction du Canada au terrorisme, et doit faire en sorte que les réactions nationales aux crises soient efficaces.

Michel D'Avignon, directeur général de la Sécurité nationale au ministère du Solliciteur général, (aujourd’hui inclus dans le portefeuille de la Sécurité publique et de la Protection civile) a dit au Comité avant le remaniement du Cabinet que le travail du Solliciteur général : « est de jouer le rôle de catalyseur, pour rassembler ou le portefeuille ou la communauté fédérale plus large afin de réagir à des questions de sécurité nationale qui exigent une approche horizontale[16] ».

Nous avons constaté qu’avant le remaniement ministériel, on ne savait pas très bien qui du Solliciteur général ou du Bureau coordonnait la protection civile à l’échelle nationale. M. D’Avignon s’est dit « assuré » qu’Ottawa est en mesure d’agir rapidement, de façon cohérente et collectivement, et que le Bureau du Solliciteur général est en train de développer une « symbiose » avec le BPIEPC, mais il n’a pas convaincu le Comité.

Nous avons donc été soulagés que le Bureau et l’ancien ministère du Solliciteur général aient été fusionnés en un seul organisme. Le Comité estime qu’un organisme destiné à gérer toutes les urgences nationales sert les Canadiens plus efficacement et effectivement que des structures parallèles visant des scénarios différents.

Trop de témoignages reçus donnent à penser que les Canadiens n’ont généralement pas reçu la protection qu’ils méritent du BPIEPC et que les contribuables canadiens n’en ont pas eu pour leur argent.

Mettre de l’argent dans les mains des premiers intervenants : policiers, pompiers, ambulanciers, hôpitaux et autres unités d’urgence de première ligne, cela nécessite des couplages souples entre les paliers de gouvernement. Bref, il faudra de la coopération, concept apparemment très canadien. Le Comité aimerait voir la preuve que le Bureau fait tout ce qui est possible : financement, diplomatie, sensibilisation du public et autres moyens à sa disposition, pour que les premiers intervenants disposent des ressources et du soutien nécessaires à leur travail. Le BPIEPC doit se mettre à l’écoute de ces intervenants pour connaître leurs besoins, puis faire tout ce qu’il peut pour y répondre. Le nouveau portefeuille de la Sécurité publique et de la Protection civile inclut un élément de réaction critique aux incidents qui exigent le maintien de contacts étroits avec les corps policiers provinciaux. Il applique notamment la Loi sur les infractions en matière de sécurité (1984) qui réclame un lien entre la GRC et tous les corps policiers du Canada. Cela facilite les consultations dans la lutte au terrorisme.

L’Entente sur les services de police provinciaux (ESPP) de 1992 est un accord bilatéral qui permet à la GRC d’offrir des services policiers dans tous les territoires et toutes les provinces sauf l’Ontario et le Québec. Son paragraphe 8.4a affirme qu’en cas d’urgence provinciale, le commissaire de la GRC, en consultation avec le ministre provincial et avec l’approbation du Solliciteur général (aujourd’hui le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile), peut prélever jusqu'à 10 % des membres contractuels de la GRC pour les redéployer pour faire face à l’urgence en question. En outre, le paragraphe 8.5a affirme que le commissaire de la GRC, en consultation avec le ministre provincial et avec l’approbation du ministre, peut utiliser jusqu'à 10 % de l’effectif à contrat de la GRC d’une province afin de répondre à une urgence fédérale perçue comme existant ailleurs au Canada[17].

Le Comité estime que l’Entente sur les services provinciaux constitue un mécanisme d’intervention d’urgence très utile. Cependant, on pourrait l’améliorer si toutes les provinces disposaient d’une entente équivalente.

Le Comité recommande que :

2)                le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada négocie des ententes avec les gouvernements de l’Ontario et du Québec afin que les citoyens de toutes les provinces du Canada aient en temps opportun accès à des forces policières supplémentaires pour faire face à tout incident déclaré urgence nationale par le pouvoir provincial.

 

Compter sur les Forces canadiennes

Bien des Canadiens supposent que les Forces canadiennes seront toujours là pour suppléer aux policiers, aux pompiers et autres intervenants locaux si ceux‑ci s’avèrent insuffisants en temps de crise.

Le sous-chef d’état-major, le vice-amiral Greg Maddison, met un bémol à cette affirmation. Il a affirmé devant le Comité que les opérations nationales ne sont pas la responsabilité première de l’armée, ni que celle‑ci n'est suffisamment équipée ou formée pour remplir ce rôle. Il est vrai que les ressources militaires peuvent être appelés à intervenir en réaction à des attaques terroristes ou à d’autres urgences nationales, mais le ministère de la Défense nationale (MDN) n'est pas responsable de la réaction aux attaques terroristes sur le sol national. Comme il l’a dit, « nous ne sommes pas la première équipe d’intervention[18] ».

Selon le vice-amiral Maddison, si une catastrophe majeure survenait, le Bureau coordonnerait la réponse fédérale avec les autorités provinciales en faisant appel aux ressources internes. Les Forces canadiennes seraient appelées si ces ressources s’avéraient insuffisantes, mais les militaires n’auraient pas l’initiative. Le Comité s’est fait dire qu’il y a divers motifs pour demander l’aide militaire, depuis la demande d’équipement et de personnel pour faire face aux urgences locales jusqu’à l’appui militaire au pouvoir civil. Les commandants opérationnels peuvent répondre à certaines de ces demandes, mais si les ressources requises sont considérables, la demande est transférée au niveau national. L’aide accordé au pouvoir civil est différente parce que seuls les Solliciteurs généraux des provinces peuvent la demander et que le chef d’état-major des Forces canadiennes serait légalement tenu d’y donner suite. L’aide en réponse aux demandes du pouvoir civil est également différente parce que c'est le seul cas dans lequel le MDN est responsable de sa réponse.

Le vice-amiral Maddison a été précis sur la lettre de la loi relative aux rôles de l’armée face aux urgences intérieures. Cependant, le Comité n'est pas convaincu que les Forces font suffisamment pour se préparer, dans l’esprit de la loi.

Le Comité recommande que :

3)                les Forces canadiennes développent leur capacité d’intervenir dans les urgences nationales par les moyens suivants :

a)                faire en sorte que les Forces régulières soient équipées et formées pour répondre aux urgences graves au Canada et qu’ils participent à la planification d’urgences régionales;

b)               développer le rôle de la milice pour en faire une force de défense civile capable d’aider rapidement les autorités locales en cas d’urgences nationales;

c)                enfin, faire participer la milice à la planification et à la formation des mesures d’urgences de concert avec les municipalités de tout le pays.

 

Équipe d’intervention en cas de catastrophe des Forces canadiennes (DART)

L’équipe DART peut réagir rapidement aux urgences intérieures ou internationales d’origine humaine ainsi qu’aux catastrophes naturelles. Cependant, il est difficile de prévoir combien de temps il faudrait à l’équipe pour se déployer n’importe où au Canada ou dans le monde. Le temps de réaction varie selon la disponibilité des avions de transport, du nombre d’heures qu’il faut au personnel pour se rassembler à sa tête de pont aérienne (8e escadron Trenton) et d’autres facteurs. Les déploiements à l’étranger exigent l’étude du pays pour éviter que l’équipe ne soit envoyée dans un environnement inhospitalier.

L’équipe DART peut aider les ONG, les organismes locaux et ceux des Nations Unies pendant 40 jours au maximum. Elle a été conçue pour fournir une aide rapide afin de stabiliser une situation d’urgence, de prévenir les effets secondaires et de permettre aux organes de secours de planifier le rétablissement à long terme.

Même si l’équipe DART a été créée pour fournir de l’aide en cas de catastrophes à l’étranger, ses seuls déploiements ont eu lieu dans l’Est du Zaïre en 1996, au Honduras à la fin de novembre 1998 et en Turquie en août 1999. Étant donné le peu de déploiements à l’étranger, le Comité estime que l’équipe devrait disposer d’une capacité au pays en plus d’une capacité à l’étranger.

Le Comité convient que l’équipe DART peut se déployer à l’étranger, mais estime également que si elle sert avant tout à ces opérations, le Canada sous-utilise nettement cette ressource. Le gouvernement devrait être prêt à utiliser l’équipe DART au Canada.

Le Comité déplore que l’équipement et le personnel DART ne soient pas réunis à un seul endroit. À l’heure actuelle, l’équipement est entreposé à Trenton, le commandement est à Kingston et les membres de l’équipe proviennent d’unités partout au Canada. Le Comité s’inquiète également du vieillissement des avions Hercules des Forces canadiennes. Étant donné leurs problèmes passés, il est d’avis qu’on ne peut pas s’y fier pour le transport d’une équipe requise de toute urgence.

 

Le Comité recommande que :

4)                le mandat de l’équipe d’intervention en cas de catastrophe (DART) soit modifié pour couvrir l’aide en cas de catastrophes au pays, et que, pour augmenter son efficacité, tout son personnel soit stationné à un seul endroit.

 

Santé Canada : Pourquoi des cachettes?

En cas de crise sanitaire, comme une attaque bioterroriste, c'est Santé Canada qui est désigné pour prendre l’initiative, appuyé par le Bureau. En 2000, Santé Canada a créé un Centre de secours et de services d’urgence, dirigé par le Dr Ron St. John, afin d’établir une approche fédérale-provinciale intégrée aux urgences sanitaires. Santé Canada est également l’organisme responsable en premier lieu du Plan fédéral en cas d’urgence nucléaire. M. St. John a dit que Santé Canada avait récemment testé ce plan dans le cadre d’un exercice[19]. Le Comité n’a pas été informé des résultats.

Comparaissant devant nous en février 2003, le Dr St. John a parlé des caches de fournitures d’urgence du gouvernement fédéral qui se trouvent « situées stratégiquement » partout au Canada. Il a dit : « Nous sommes confiants que notre réserve nationale de secours en cas d’urgence peut nous permettre de respecter nos engagements. …Nous avons investi beaucoup d’argent pour repositionner stratégiquement nos entrepôts. »

Il a ajouté que Santé Canada avait réalisé des progrès considérables et réuni ses ressources « sous l’acronyme FLOF, soit Fournitures, laboratoire, organisation et formation. Pour ce qui est des fournitures, nous avons ajouté des antibiotiques, des antidotes chimiques et l’équipement à notre Réserve nationale de secours. Il s’agit d’une réserve d’urgence de fournitures médicales d’une valeur de 330 millions de dollars. Cette réserve, qui est disséminée partout au pays, compte sept entrepôts, dont un entrepôt principal à Ottawa[20] et 1600 dépôts de fournitures médicales d’urgence gérées conjointement par les provinces et les territoires[21] ».

En écoutant le témoignage du Dr St. John, le Comité a été impressionné et a pensé que, comme ministère, Santé Canada se tirait très bien d’affaire. Cependant, en examinant les choses plus à fond, nous avons réalisé que tout ce qui brille n’est pas or. Dans nos voyages au Canada, nous avons vérifié le témoignage du Dr St. John et trouvé des motifs d’inquiétude.

Ces dépôts peuvent se révéler être un investissement judicieux, à condition que les intervenants d’urgence puissent y accéder. Cependant, bon nombre d’entre eux ne savent absolument que ces dépôts existent.

Ainsi, Glen Tait, ancien chef des pompiers de St. John au Nouveau-Brunswick et David Blackmore, gestionnaire du Centre des opérations d’urgence de St-Jean-de-Terre-Neuve, ont dit au Comité savoir que les caches existaient, mais ne pas savoir où elles sont. Bruce Burrell, assistant sous-chef du service d’incendie de la municipalité régionale de Halifax a affirmé avoir organisé une visite aux dépôts, mais seulement en prévision de la question du Comité[22]. L’inspecteur Dave Rossell des services de police de Windsor nous a dit que la police venait tout juste de prendre le contrôle de ce qu’il s’est révélé être une cache de fournitures d’urgence désuète et inutile, laissée à l’aéroport de Windsor par le gouvernement fédéral[23].

Afin d’évaluer la situation partout au Canada, le Comité a distribué un questionnaire sur la protection civile aux responsables de la gestion des urgences et aux intervenants de première ligne dans 100 villes canadiennes (voir le chapitre 6). Des 86 qui ont répondu,67 % ont dit ne pas savoir que les caches de Santé Canada existaient[24].

En outre, seulement 13 % des répondants ont affirmé que leur municipalité disposait d’une réserve suffisante de fournitures d’urgence et 27 % ont dit que leur municipalité n’avait pas identifié ou entreposé les fournitures nécessaires aux urgences éventuelles.

Le Comité recommande que :

5)                Santé Canada revoit en profondeur la façon qu’il administre et gère les dépôts d’urgence qui relèvent de lui, afin d’aider de façon plus efficace et efficiente les corps d’intervention de première ligne à protéger les Canadiens partout au pays. Cette révision devrait notamment faire en sorte que les responsables locaux :

a)                soient informés de l’emplacement de tout dépôt se trouvant à proximité;

b)               soient informés de la façon d’y accéder en cas d’urgence;

c)                se voient confier un rôle à cet égard;

d)               soient encouragés à inclure les dépôts dans leur planification.

Le Dr St. John a également parlé des équipes d’intervention sanitaire d’urgence (EISU). Le Bureau de la sécurité publique, direction spécialisée du centre, est à établir ces équipes EISU. Elles sont composées de cliniciens qui seraient déployés sur les sites de catastrophes. Ce concept soulève des questions, selon lui, parce que la pratique de la médecine est réglementée par les provinces. Il a dit au Comité que le gouvernement fédéral examine les façons de surmonter cet obstacle.

Quand le Comité a revu le dossier un an plus tard, il a constaté que Santé Canada n’avait pas fini de discuter du concept de l’EISU avec ses homologues provinciaux et territoriaux. Aucune équipe n’avait été créée. À la fin de janvier 2004, l’EISU faisait encore l’objet de travaux au sein du Réseau fédéral-provincial-territorial de secours et de services d’urgence. Selon Santé Canada, on s’attardait notamment à l’élaboration de l’infrastructure de l’EISU et au genre d’équipes à créer[25]. Santé Canada vise la mise sur pied d’une ou deux équipes d’ici la fin de 2004.

Il est bon de constater que le travail progresse, mais le Comité est d’avis que Santé Canada devrait accélérer la création des EISU. Il est inacceptable que le Canada doive attendre trois ans après les attaques terroristes du 11 septembre pour que ce concept soit appliqué.

 

Financement

Dans son budget de décembre 2001, le gouvernement fédéral a alloué des fonds neufs à la formation des premiers intervenants pour réagir aux incidents chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN). Une lettre de l’honorable John McCallum, c.p., député, ministre de la Défense nationale et ministre responsable de la Protection civile à l’époque précise les nouveaux crédits : 10 millions sur deux ans, destinés à l’achat d’équipements; 59 millions sur six ans pour le développement et la prestation d’un programme national de formation des secouristes; 20 millions sur six ans pour destiner aux équipes de recherche et de sauvetage en milieu urbain (SARMU). Il ajoutait que le BPIEPC consultait les autres gouvernements du pays pour établir un Programme national de fiabilité des infrastructures essentielles[26].

Le Comité est en faveur de ces mesures. Cependant, il estime que le financement de l’achat d’équipement CRBN devrait être à parité du financement de la formation à cet égard.

 

Le Comité recommande que :

6) le gouvernement fédéral accorde quatre autres années de crédits (5 millions de dollars par an) pour l’achat d’équipement de protection contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.

Le Programme conjoint de protection civile (JEPP), qui relève du BPIEPC, est le premier mécanisme de financement fédéral destiné à la protection civile. M. McCallum a affirmé que le programme fournit quelque 4,7 millions de dollars par an aux projets provinciaux ou municipaux[27]. Le Comité s'est fait dire que certaines municipalités utilisent le JEPP. Deryl Kloster, administrateur général du service des mesures d’urgence, nous a dit durant notre visite à Edmonton que sa municipalité « demandait et recevait des fonds fédéraux pour acheter et déployer de nouveaux types d’équipement[28] ». Durant la visite du Comité à Regina, le chef de police Cal Johnston a reconnu avoir reçu 204 000 $ du JEPP. Il a affirmé que cet argent a servi à l’achat par la police et le service d’incendie de vêtements protecteurs de secouristes, d’unités de contrôle des produits chimiques et des radiations, et d’équipement de décontamination. Cependant, le service attendait encore la formation du BPIEPC sur l’utilisation de l’équipement[29].

Les réponses au questionnaire du Comité sur la valeur du JEPP sont ambiguës. En particulier, les grandes villes ne se montrent pas enthousiastes. Voici les plaintes les plus courantes :

·        financement inadéquat (pour des choses comme la formation et la diversification de l’équipement);

·        processus de demande trop compliqué;

·        échéances incompatibles avec la planification budgétaire municipale;

·        variabilité du financement, empêchant de bien planifier.

 

Coordonner, mais avec qui?

À sa comparution de juillet 2001, Michel D'Avignon a esquissé pour nous le Plan national de lutte contre le terrorisme et le Programme de capacité opérationnelle (PCO), en présentant les deux comme complémentaires. Il a affirmé que le plan facilite la coordination des ressources et des responsabilités des trois paliers de gouvernement. Le programme prévoit des exercices pour sensibiliser les gouvernements et les secouristes au plan. ll favorise également la présence de mesures d’urgence pour des actes de terrorisme chimique et biologique[30].

Témoignant devant nous en juillet 2001, Mike Theilmann, directeur intérimaire de la Division de la lutte contre le terrorisme au ministère du Solliciteur général (son supérieur immédiat était M. D’Avignon), a également traité des mécanismes de coordination du gouvernement fédéral. Il a affirmé que les exercices du PCO faisaient parfois intervenir des fonctionnaires provinciaux et des premiers intervenants municipaux. Selon lui, le Programme de capacité opérationnelle est conçu « pour veiller à ce qu’il y ait sensibilisation au niveau local et à ce que la police et les commandants sur place sachent quels arrangements sont prévus dans leur secteur. …nous tenons à ce qu’ils connaissent leurs responsabilités en cas d’incidents terroristes et sachent comment travailler avec la GRC »[31]. Il nous semble bien qu’on cherche à sensibiliser ces responsables au fait qu’ils font partie d’une structure nationale d’intervention.

Santé Canada a mis sur pied un réseau qui recueille de l'information sur les urgences et les catastrophes. Son Réseau d’information sur la santé mondiale (RISM) fournit une surveillance mondiale en temps réel de toutes les épidémies infectieuses. Selon le Dr St. John, le RISM est un « système unique mis au point par des scientifiques canadiens depuis quatre ans en collaboration l’Organisation mondiale de la santé. Ce système fournit à l’OMS 45 % de toute l'information dont elle dispose au sujet de la situation dans le monde [32]».

Santé Canada surveille également la santé publique au Canada. Le ministère a créé le Réseau de surveillance de la santé au Canada qui met tous les paliers de l’État à contribution pour développer des relations, des normes et des outils Internet donnant aux décideurs accès à l’information dont ils ont besoin. Un des projets du Réseau s’appelle le Projet intégré de surveillance de la santé publique. Il s’agit d’un partenariat entre des responsables de l’informatique et de la santé publique pour mettre au point des outils informatisés assurant le soutien de la cueillette et de la conservation systématiques des données sanitaires.

Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) collaborent à la surveillance des maladies infectieuses. Santé Canada collabore avec les provinces et sensibilise les voyageurs canadiens aux risques de la grippe aviaire, du virus du Nil occidental et d’autres maladies infectieuses. L’ACIA a l’initiative du contrôle des importations canadiennes de volaille et de produits de la volaille pour protéger la population de la grippe aviaire, ainsi que de la surveillance des moustiques, des chevaux et des oiseaux dans le cas du virus du Nil occidental[33].

L’ACIA a établi le Système d’intervention en cas d’urgence dans le secteur agroalimentaire (SIUA) de concert avec les ministères provinciaux de l’Agriculture, Agriculture et Agroalimentaire Canada et les intervenants du secteur. Le système vise à atténuer les effets d’une urgence agroalimentaire et à garantir la continuité et la salubrité du système agroalimentaire canadien[34]. En outre, l’ACIA est représentée à l’Agence canadienne d’identification du bétail organisme du secteur sans but lucratif qui se consacre au suivi des animaux et à l’éradication de toute future infestation d’encéphalopathie spongiforme bobine (ESB), la maladie de la vache folle.

Ces programmes, réseaux et systèmes semblent impressionnants. Pourtant, pas une fois lors des voyages du Comité ni dans les réponses à nos questions sur la sécurité civile, un fonctionnaire municipal n’a évoqué l’un d’eux ni fait des commentaires à son sujet. Ce silence est éloquent et laisse le Comité perplexe sur leur efficacité réelle.[35]

À nos yeux, il n'est pas clair si les efforts du BPIEPC ont été bien coordonnés ou efficaces. Selon M. Harlick, le Bureau a commencé à rassembler les leçons tirées des catastrophes passées au Canada qui pourraient être affichées sur le Web comme outil de recherche et de sensibilisation. Cependant, dans l’échange de témoignage suivant entre les sénateurs Banks et Kenny et le résumé des réponses de M. Harlick, le Comité doute de la logique et de l’efficacité des efforts du BPIEPC.

Le sénateur Banks :

Est-ce que vous tenez un registre des leçons que nous avons apprises dans de telles situations? … [Q]ue l'on peut maintenant codifier et faire connaître à tout le monde? Cette information est-elle conservée quelque part dans un endroit accessible?

M. Harlick:

Nous le faisons dans notre propre exercice. Nous sommes en train de terminer la version définitive d'un rapport des leçons apprises pour nous-mêmes, fondé sur tous les principaux événements de 2003, à partir de mai — en passant par les ouragans, la panne d'électricité majeure, le SRAS, ce genre de choses. Nous avons cela et nous finaliserons ce rapport; nous allons établir un plan d'action et ensuite, nous passerons à la mise en application et à l'amélioration des pratiques qui ont été reconnues dans le cadre de cet exercice.

Le sénateur Banks :

Je ne voudrais pas simplifier à outrance, mais si je vivais à Kitchener-Waterloo, pourrais-je avoir accès à cette liste et parler à quelqu'un de Halifax qui me dirait les erreurs qui ont été commises, ou ce qui n'a pas été fait, ou ce qui aurait pu être mieux fait, et ce qu'il ferait si la chose se reproduisait? Y a‑t‑il cette forme de codification?

M. Harlick :

Pour notre propre organisation, oui, parce que c'est notre propre rapport des leçons apprises et c'est à cela qu'il sert.

Le sénateur Banks :

Est-ce que d'autres premiers répondants y ont accès?

M. Harlick :

Il est conçu pour nos propres besoins, c'est‑à-dire, déterminer comment le BPIEPC peut faire un meilleur travail la prochaine fois qu'un phénomène se reproduit à partir des leçons apprises.

Le sénateur Banks :

Oui, mais vous êtes dans un bureau. Je parle des gens sur le terrain.

M. Harlick :

J'imagine qu'ils feront eux aussi le même genre d'exercice. On s'attendrait à ce que la Municipalité régionale de Halifax fasse de même et que leur coordonnateur des situations d'urgence prépare une liste ou un rapport pour la ville.

Le sénateur Banks :

Est-ce que d'autres ont accès au vôtre?

M. Harlick :

Oui, c'est un document standard. Quelle utilité il pourrait avoir pour eux, du fait qu'il est fondé sur notre propre situation, je l'ignore, mais c'est quelque chose que nous avons. Nous allons le faire connaître sur la tribune interministérielle, parce que nous allons vouloir qu'il y ait certaines discussions interministérielles entre les gens de la communauté de la gestion des situations d'urgence et le gouvernement fédéral concernant certaines de ces leçons apprises et sur la façon dont ils peuvent partager avec nous leurs propres expériences. Nous sommes tous interdépendants dans cet exercice.

De plus, certains des éléments qui sont soulevés sont de nature interministérielle. Vous ne pouvez résoudre le problème ou mettre en oeuvre les leçons apprises sans rencontrer d'autres personnes. Deux ou trois personnes peuvent travailler ensemble. C'est là que nous utiliserons cette tribune interministérielle. Il s'agit d'un organisme qui est existe depuis longtemps et que l'on appelle le Comité interministériel de coordination, et qui compte une trentaine de membres en provenance des principaux ministères et organismes en ville. Voilà une des fonctions que nous pouvons remplir lorsque nous traitons de certaines questions à la table commune. Au lendemain de la série d'événements récents, certains de ces éléments ont déjà été abordés à la table de discussion.

Le président :

Est-ce que quelqu'un du BPIEPC a convoqué une réunion avec les gens de Halifax pour savoir ce qu'ils ont appris du récent ouragan? Avez-vous un site d'information où d'autres personnes qui voudraient se préparer à affronter un ouragan peuvent se rendre pour trouver quelles sont ces leçons apprises, plutôt que d'avoir à appeler à Halifax?

M. Harlick :

Nous n'avons pas encore élaboré quelque chose comme cela. On pourrait dire sans crainte de se tromper que Halifax est toujours aux prises avec les lendemains de cette catastrophe.

Le président :

Que dire de la tempête de verglas?

M. Harlick :

Je crois qu'il y a eu un document des leçons apprises qui a été rédigé sur cette question en 1998.

Le président :

S'il y avait une autre tempête de verglas, y a-t-il un dossier dans votre bureau auquel vous pourriez vous reporter pour savoir ce qu'il faut faire?

M. O'Bright :

Cette information est un peu éparse. Cet événement est survenu avant la création du bureau. Nous sommes devenus plus déterminés face à l'élaboration des leçons apprises depuis le 11 septembre. Il y a certains documents éparpillés au sujet de la tempête de verglas, mais il est certain que je n'ai rien concernant l'élaboration d'un rapport sur les dures leçons apprises au moment de cet événement. Toutefois, c'est quelque chose que nous faisons depuis les événements du 11 septembre.

Le président :

Avez-vous un document sur le SRAS? Nous savons que le SRAS frappera de nouveau au Canada dans quelques mois. Êtes-vous prêts, lorsqu'il frappera la prochaine ville, à renseigner les gens qui vivent dans cette ville sur les leçons apprises à Toronto?

M. Harlick :

Nous intégrons les leçons concernant le SRAS à notre exercice visant à dégager les leçons apprises, que nous sommes en train de terminer à l'heure actuelle. Nous aurons également l'avantage, collectivement, au gouvernement du Canada, de profiter d'un exercice semblable réalisé par Santé Canada. Santé Canada a été le ministère fédéral responsable dans le cas du SRAS. Nous étions là pour l'appuyer. Nous allons incorporer les leçons que nous avons tirées de cela dans notre rapport des leçons apprises, et ils feront la même chose. Cela signifie que, collectivement, nous ressortirons plus forts et mieux outillés de cet exercice.

Le président :

Avez-vous un lieu ou un site de documentation ou d'information où les gens peuvent se rendre pour ne pas avoir à réapprendre les leçons de Toronto?

M. Harlick :

Nous pouvons certainement demander à Santé Canada s'il a, dans le cadre de son exercice visant à dégager les leçons apprises, de l'information qu'il pourrait mettre sur un site Web, par exemple. Je ne sais pas si cela est possible.

Le président :

Savez-vous s'ils vont consulter la province de l'Ontario … sur [son] expérience et sur les choses qu'[elle ferait] différemment, sur ce qui [lui] a fait défaut …? Et si oui, qui pose les questions?

M. Harlick :

Les gens de Santé Canada poseraient ces questions.

Le Comité recommande que :

7)                le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) organise ses archives sur les leçons tirées du passé de façon à ce que celles-ci :

a)                soient à la fois à jour et remontent loin dans le passé;

b)               soient accessibles et utiles à ceux qui ont le plus besoin d’en tirer profit pour aider les Canadiens, les premiers intervenants.


Recommendations

Le Comité recommande :

2)            que le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada négocie des ententes avec les gouvernements de l’Ontario et du Québec afin que les citoyens de toutes les provinces du Canada aient en temps opportun accès à des forces policières supplémentaires pour faire face à tout incident déclaré urgence nationale par le pouvoir provincial ou fédéral.

3)            les Forces canadiennes développent leur capacité d’intervenir dans les urgences nationales par les moyens suivants :

a)          faire en sorte que les Forces régulières soient équipées et formées pour répondre aux urgences graves au Canada et qu’ils participent à la planification d’urgences régionales;

b)         développer le rôle de la milice pour en faire une force de défense civile capable d’aider rapidement les autorités locales en cas d’urgences nationales;

c)          enfin, faire participer la milice à la planification et à la formation des mesures d’urgences de concert avec les municipalités de tout le pays.

4)            le mandat de l’équipe d’intervention en cas de catastrophe (DART) soit modifié pour couvrir l’aide en cas de catastrophes au pays, et que, pour augmenter son efficacité, tout son personnel soit stationné à un seul endroit.

5)            Santé Canada revoit en profondeur la façon qu’il administre et gère les dépôts d’urgence qui relèvent de lui, afin d’aider de façon plus efficace et efficiente les corps d’intervention de première ligne à protéger les Canadiens partout au pays. Cette révision devrait notamment faire en sorte que les responsables locaux :

a)          soient informés de l’emplacement de tout dépôt se trouvant à proximité;

b)         soient informés de la façon d’y accéder en cas d’urgence;

c)          se voient confier un rôle à cet égard;

d)         soient encouragés à inclure les dépôts dans leur planification.

6)            le gouvernement fédéral accorde quatre autres années de crédits (5 millions de dollars par an) pour l’achat d’équipement de protection contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.

7)            le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) organise ses archives sur les leçons tirées du passé de façon à ce que celles-ci :

a)          soient à la fois à jour et remontent loin dans le passé;

b)         soient accessibles et utiles à ceux qui ont le plus besoin d’en tirer profit pour aider les Canadiens, les premiers intervenants.


Chapitre 3 : Problèmes

Les relations entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux

Les situations d’urgence sont des phénomènes locaux. Or, l’élaboration et le contrôle des stratégies d’intervention en cas d’urgence relèvent des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. La Constitution du Canada représente un obstacle formidable à l’élaboration d’une formule d’intervention rapide et exhaustive en cas d’urgence nationale.

Le Comité croit que la meilleure façon de servir les citoyens est de tenir compte des besoins des premiers intervenants, et il tient à préciser que son propos n’est pas de laisser entendre qu’il y a une hiérarchie entre les gouvernements et qu’ils n’ont pas tous la même importance.

Les articles 91 et 92 de la Loi constitutionnelle (de 1867) définissent  les compétences respectives des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. En vertu de la Loi, le gouvernement fédéral n’exerce aucun contrôle précis sur les municipalités parce qu’elles sont de compétence exclusivement provinciale.

Or, selon le Comité consultatif national sur le SRAS et la santé publique (le Comité Naylor), les relations fédérales-provinciales-territoriales sont soumises à une tension fondamentale. Le problème est que la responsabilité administrative incombe surtout aux gouvernements provinciaux et territoriaux, alors que les moyens de production de recettes et la capacité de dépenser sont concentrés au niveau fédéral[36].

Le défi consiste à coordonner trois ordres de gouvernement – le niveau fédéral, qui finance (et planifie); le niveau provincial-territorial, qui administre (et planifie aussi), et le niveau municipal, qui intervient vraiment. Il faut que beaucoup de choses se déroulent sans anicroche pour que les intervenants de l’ensemble du pays soient convenablement équipés et formés pour intervenir avec efficacité dans les divers types de catastrophes possibles. Voici une liste abrégée des « impératifs » :

·        les gouvernements à tous les niveaux doivent être saisis de l’urgence d’élaborer des systèmes optimaux d’intervention en cas de catastrophe;

·        les crédits affectés à l’acquisition des ressources et à la formation doivent être adéquats;

·        les crédits doivent pouvoir parvenir librement aux autorités locales, qui ont besoin de ressources et de formation;

·        les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent coopérer pour élaborer des plans de circonstance pancanadiens, et

·        les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent écouter les premiers intervenants afin que les ressources et la formation qui leur sont fournies répondent vraiment à leurs besoins.

Lorsque trois nivaux de gouvernement différents ont des rôles importants à jouer dans la résolution d’un problème, les épreuves de force, les rivalités et les divergences d’opinions sont inévitables. La tâche d’élaborer une stratégie vraiment nationale d’intervention en cas d’urgence et de faire en sorte que les ressources et la formation voulues soient suffisantes et judicieusement réparties représente un formidable défi, mais nous ne devrions pas moins la considérer comme essentielle.

Le Comité croit qu’il faut trouver un moyen de garantir que les relations intergouvernementales ne nous empêchent pas de servir les citoyens. Cette recommandation n’a rien de nouveau, mais elle est incontournable compte tenu de la crise du SRAS et des appels du même genre lancés par d’autres comités.

Le Comité Naylor, par exemple, souscrit en substance dans son rapport à une stratégie de dépolitisation en vertu de laquelle de nouveaux crédits fédéraux transiteraient par l’intermédiaire d’une nouvelle agence jusqu’aux gouvernements provinciaux-territoriaux et aux administrations municipales aux fins de programmes et de mesures conformes à des ententes conclues par des professionnels de la santé publique. Le Comité Naylor a réclamé des mécanismes et des processus de financement propres à faciliter la collaboration entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux. Le rapport dit en substance que ces transferts visent à créer un système de santé publique sans coupure à plusieurs niveaux constitué en vertu d’ententes intergouvernementales et de législations ou de réglementations harmonisées[37].

Notre comité est convaincu que les Canadiens ne seront servis convenablement que lorsque les recommandations du Comité Naylor auront été mises en application.

Le Comité  :

8)                souscrit aux recommandations du Comité consultatif national sur le SRAS et la santé publique (le Comité Naylor) et recommande au gouvernement d’y donner suite [38].

Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, qui est présidé par le sénateur Michael Kirby, a aussi fait valoir que les procédures d’intervention en cas d’urgence doivent être mieux intégrées. Dans un récent rapport, il a signalé que nous disposons « de ressources considérables aux niveaux fédéral, provincial-territorial et local ». Le problème « découle du manque de coordination et de l’absence d’un point central de décision en cas d’urgences […] et il est clair qu’une partie de la solution réside dans l’établissement d’une plus grande collaboration »[39].

Le Comité Kirby réclame de plus l’établissement d’une agence nationale vouée à la santé publique appelée « Agence de protection et de promotion de la santé » qui aiderait le Canada à régler « le problème que pose la fragmentation actuelle de la protection et de la promotion de la santé » et à élaborer plutôt une approche « mesurée à l’abri de l’influence politique et bureaucratique »[40].

Nous n’en sommes pas encore là, bien au contraire. Lorsque des urgences sanitaires ou autres surviennent, les premiers intervenants doivent trop souvent surmonter des obstacles inutiles qui résultent en grande partie de conflits de compétence. Mme Sheela Basrur, médecin hygiéniste de Toronto pendant la crise du SRAS, déplore le manque d’esprit d’équipe qui caractérise l’approche canadienne aux situations d’urgence. Elle dit qu’à l’heure actuelle, on envisage la préparation à ces situations de « la façon habituelle, qui est l'optique fédérale-provinciale, où tout [le reste] est soumis à la volonté des provinces pour tout ce qui touche leurs domaines de compétences, si bien qu'elles peuvent opter pour l'action ou pour l'inaction selon leur gré »[41].

Le Comité aimerait bien pouvoir passer son temps à éviter des catastrophes, mais quand une catastrophe est inévitable, il croit que la meilleure façon de l’atténuer est d’agir ensemble. De l’avis du Comité, le gouvernement fédéral peut favoriser et concentrer l’effort collectif en prenant les choses en mains, en maintenant une attitude coopérative, en faisant preuve de compréhension à l’égard des besoins des gouvernements des autres paliers et en mettant son pouvoir de dépenser au service de la cause publique.

Il est impératif que le gouvernement fédéral agisse ainsi parce que les Canadiens ont parfaitement le droit d’attendre une intervention commune unifiée des gouvernements qu’ils élisent pour les servir, surtout en temps de crise.

Le Comité recommande que :

9)                le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) négocie des protocoles d’entente liant les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et prescrivant en détails leurs responsabilités respectives en matière de préparation aux situations d’urgences autant que d’intervention en pareille éventualité.

 

Le BPIEPC neutralisé

Nul ne peut . . . ne devrait . . . ne doit . . . ignorer la Constitution. Les provinces et les territoires sont tels qu’ils sont censés être, et ils ont des responsabilités de premier plan dans des domaines comme la santé et les affaires municipales. Bien sûr, il serait facile d’élaborer un système national d’intervention d’urgence si le gouvernement fédéral pouvait traiter directement avec les municipalités, mais il y a des contraintes constitutionnelles que seule la coopération permet de surmonter.

Il faut absolument, dans l’intérêt de tous, que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux agissent en symbiose et qu’ils arrivent tous avec la même rapidité à élaborer des stratégies et des tactiques, à affecter les ressources et à assurer la formation de manière à intervenir avec le plus d’efficacité possible dans les cas d’urgence grave. Il est également impératif qu’ils consultent les premiers intervenants au sujet des formules de planification et de communication, des ressources et de la formation les mieux adaptées aux circonstances.

La Constitution canadienne étant ce qu’elle est, la coopération est obligatoire dans les domaines de compétence partagée. Mais rien de ce que le Comité a entendu ne lui permet de croire que les trois ordres de gouvernement vont collaborer pour régler ce problème. Si le caractère hésitant et gauche des mesures que les gouvernements ont prises lors de la crise du SRAS, de la panne générale d’électricité de l’été dernier et d’autres situations d’urgence récentes ont alarmé certains citoyens alertes, cela ne semble pas avoir galvanisé les gouvernements du pays assez pour les inciter à passer aux actes. Les premiers intervenants ont un travail à faire, mais ils ne reçoivent pas les ressources ni l’orientation voulues des gouvernements auxquels il incombe de les leur assurer.

Le BPIEPC, par exemple, ne participe pas directement aux mesures provinciales et territoriales d’intervention d’urgence parce qu’elles débordent la compétence fédérale. Le Bureau ne peut que les encourager. Comme James Harlick, le sous-ministre adjoint qui en est chargé, l’a dit en substance au Comité, lorsque le Bureau peut aider les provinces à faire des préparatifs efficaces et conformes à des normes nationales dans l’éventualité de catastrophes, il le fait[42].

Le BPIEPC a essuyé la résistance des provinces lorsqu’il a tenté de diriger l’élaboration d’une stratégie nationale de formation. Janet Bax, directrice-générale des programmes du Bureau, a résumé la réaction typique des gouvernements provinciaux de la façon suivante : « […] les provinces ne veulent pas se faire dire quoi faire avec l'argent destiné à la formation et […] préfèrent s'en charger elles-mêmes. » Mme Bax dit que le BPIEPC lutte « contre cela. Nous disons que nous voulons une formation qui réponde à des normes nationales. C'est ce que vous nous avez demandé de faire et c'est ce que nous ferons. Nous essayons de former des équipes qui ne sont pas uniquement multidisciplinaires, mais qui proviennent de diverses régions. […] C'est sur quoi nous travaillons. Il faut du temps pour bâtir une cohésion. »[43]

 

Les municipalités sous pression : le blocage provincial

Ce sont les municipalités qui ont la responsabilité de mettre au point les moyens d’intervention. M. St. John, de Santé Canada, l’a dit clairement au Comité lorsqu’il a déclaré : « Il n'est peut-être pas particulièrement enthousiasmant, révélateur ou extraordinaire de dire qu'un événement CBRN ou une catastrophe est un événement local avant tout. Toutefois, il convient d'affirmer cette prémisse si l'on veut que les municipalités sachent qu'il leur incombe de fournir une réponse. »[44]

Le Comité n’y voit pas d’inconvénient. Mais si les municipalités doivent assumer la responsabilité des mesures d’intervention, elles doivent disposer des fonds que cela suppose. Les provinces – et c’est leur prérogative – leur barrent parfois la route. Au lieu d’user de leurs propres fonds, certaines d’entre elles se servent des crédits qui leur sont versés dans le cadre du Programme conjoint de protection civile (PCPC) du BPIEPC pour engager du personnel destiné à leurs organisations de gestion des urgences.

C’est un fait « malheureux, mais indéniable », a dit Mme Bax. C’est à cela que certaines provinces ont utilisé l’argent. « Par conséquent, les fonds ne sont pas toujours parvenus aux municipalités. »[45]

Le Comité signale de plus que pour bien servir les citoyens, les fonds doivent parvenir aux premiers intervenants.

Le BPIEPC connaît bien le problème, mais comme l’influence qu’il peut exercer sur les provinces est limitée, il essaie de se gagner leurs bonnes grâces. Mme Bax a dit au Comité que le BPIEPC s’est montré « généreux en permettant que cela se fasse, pour bâtir une capacité provinciale avant d'en arriver aux municipalités »[46]. Le Comité trouve cette attitude fort louable.

L’approche du BPIEPC est peut-être raisonnable étant donné les contraintes constitutionnelles, mais les fonds fédéraux servant à améliorer la capacité d’intervention des municipalités ne sont pas illimités, et les municipalités sont parfois mises sur la touche par les gouvernments provinciales.

Lorsqu’il a témoigné, M. Tait, alors membre du Service des incendies de Saint John, a donné un exemple des problèmes qui surviennent parfois. Il a dit que si les fonds du PCPC n’arrivent pas jusqu’aux municipalités, c’est souvent parce que les maigres crédits que reçoit le Nouveau-Brunswick sont basés sur les recommandations de la province. « Il arrive », a-t-il expliqué, « que certains des projets émanent de la province elle-même, et qu'elle utilise les fonds reçus à cette fin — et je pense par exemple à un système de communication. Mais dans ce cas, il ne reste plus un sou aux municipalités, puisque la somme de départ n'est pas très élevée. »[47]

 

Décalages

a) Transfert aux premiers intervenants

Au niveau fédéral, tous ne croient pas que le financement soit insuffisant. Témoignant pour le ministère du Solliciteur général (maintenant appelé ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile), M. Theilmann a maintenu que le BPIEPC est attentif aux besoins des premiers intervenants : « […] ce n'est pas comme si le gouvernement fédéral attendait sur la touche qu'on l'envoie sur le terrain de jeu.  […] Nous ne restons pas là à nous tourner les pouces; nous surveillons. S'ils [les intervenants] ont besoin d'aide, ils peuvent l'obtenir rapidement. »[48]

Ce à quoi la présidence a répondu que tel n’était pas le message reçu par le Comité jusque-là : « Nous voyons ici un décalage. Nous n'entendons pas le même message de la bouche des premiers intervenants. »

M. Theilmann a admis que « [l]a formation n'est pas encore en train d'être livrée au niveau local, exception faite de ce que nous faisons depuis quatre ans en vertu du Programme de préparation opérationnelle »[49].

M. Theilmann parlait de la formation des premiers intervenants pour les attentats CBRN, formation pour laquelle des crédits ont été affectés dans le budget de décembre 2001. Le Comité a donc été déconcerté d’apprendre, en juin 2002, le temps que l’on mettait à appliquer ce programme.

 

b) Normes de formation

Mme Bax, directrice-générale des programmes du BPIEPC, a rappelé au Comité qu’en décembre 2001, le Bureau finançait déjà la formation CBRN depuis six ans. « Je peux vous dire », a-t-elle déclaré, « que d'ici la fin de la période de six ans pour laquelle nous avons obtenu ce financement unique pour le matériel CBRN, il ne fait aucun doute que nous aurons ces normes. »[50]

Peut-être bien. Mais le Comité a entendu plusieurs premiers intervenants déplorer qu’ en janvier 2003, le BPIEPC ne leur avait encore donné que peu d’informations et de formation CBRN.

Cela pose un problème pour toutes les villes, qu’elles soient grandes ou petites. Des fonctionnaires représentant Edmonton (dont la zone métropolitaine a une population de 938 000 habitants), par exemple, nous ont dit qu’ils n’ont pas été avisés de programmes de formation CBRN. Le chef des pompiers des Services de secours en cas d’incendie, Randy Wolsey, a signalé que le BPIEPC leur avait « demandé de déléguer des premiers intervenants, des personnes qui ont à travailler sur le terrain et qui pourraient prendre connaissance du programme de formation en voie d'élaboration. […] Ils se sont penchés sur le programme de formation et ils ont formulé des propositions et des recommandations susceptibles de le modifier de manière à en accroître l'efficacité. Cependant, nous n'en avons plus entendu parler par la suite. Nous ne savons pas ce qu'il est advenu du programme de formation en question et nous ne savons pas non plus s'il va en être question à nouveau. Voilà qui nous inquiète. »[51]

 

c) Le rôle des militaires

Comme nous l’avons déjà indiqué, les militaires canadiens ne se perçoivent pas comme premiers intervenants dans l’éventualité de situations d’urgence. Mais la population – qui se rappelle peut-être que l’ancien maire de Toronto, Mel Lastman, avait sommé l’armée d’intervenir lors de la tempête de verglas, en janvier 1999 – ne voit pas les choses du même œil.

Prenons la région de Vancouver comme exemple. Les troupes terrestres de la Force de réserve qui y sont stationnées n’ont pas officiellement de mission de première intervention, mais les autorités municipales croient, nous a-t-on dit, qu’elles assureront une aide en cas d’urgence. Lorsque le Comité a tenu des audiences à Vancouver, le lieutenant-colonel Blair McGregor, commandant des Seaforth Highlanders of Canada, lui a dit que « Les Canadiens, plus ou moins bien informés, nous considèrent comme des unités de secours immédiat en cas de désastre naturel. Actuellement, nous avons des plans d'urgence, mais c'est à peu près tout. Nous ne sommes pas formés ni financés pour intervenir dans les situations d'urgence. […] Il y a une dichotomie entre ce que la population attend de nous et ce que nous pouvons lui offrir. C'est un problème important. Si une grande calamité devait survenir dans notre région, on risquerait fort de ne pas nous trouver à la hauteur »[52].

Le lieutenant-colonel Brian Travis, chef d’état-major adjoint, 39e Groupe-brigade du Canada, a abondé dans le même sens en disant : « [Les] attentes dépassent effectivement la réalité de ce que nous pourrions faire. Les opérations à l'intérieur du Canada constituent pour eux une priorité. Ils s'attendent à ce que nous soyons disponibles en cas d'urgence. »[53]

Le Comité croit que le premier rôle de forces de réserve est de servir la collectivité. Il est convaincu que la Milice, en particulier, aurait un rôle important à jouer dans l’éventualité d’une situation d’urgence.

Comme suite à la recommandation 3(b), le Comité recommande que :

10)          les membres de la Milice des Forces canadiennes soient équipés et formés pour l’intervention d’urgence, et

11)          le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) inclue la Milice des Forces canadiennes dans les ressources fédérales d’intervention d’urgence et que les premiers intervenants connaissent dans les détails l’effectif et les moyens de la Milice.


Recommendations

Le Comité :

8)            souscrit aux recommandations du Comité consultatif national sur le SRAS et la santé publique (le Comité Naylor) et recommande au gouvernement d’y donner suite[54].

9)            recommande que le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) négocie des protocoles d’entente liant les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et prescrivant en détails leurs responsabilités respectives en matière de préparation aux situations d’urgences autant que d’intervention en pareille éventualité.

Comme suite à la recommandation 3(b), le Comité recommande que :

10)       les membres de la Milice des Forces canadiennes soient équipés et formés pour l’intervention d’urgence, et

11)       le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) inclue la Milice des Forces canadiennes dans les ressources fédérales d’intervention d’urgence et que les premiers intervenants connaissent dans les détails l’effectif et les moyens de la Milice.


Chapitre 4 : Pour que le BPIEPC fonctionne

Trois ans après que le premier ministre Chrétien a annoncé la création du Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) dans le but d’améliorer « les infrastructures essentielles du Canada et ainsi de nous protéger contre les risques de défaillance ou de panne », il reste au nouvel organisme beaucoup à faire pour mener son mandat à bien. Il a fait des progrès dans certains domaines, mais pas assez dans l’ensemble des domaines importants qui relèvent de son mandat.

Le Comité a relevé plusieurs problèmes concernant le BPIEPC.

 

Stratégie

Comme nous venons de le mentionner, le BPIEPC n’a pas réussi à élaborer dans les délais prévus une Stratégie nationale d’atténuation des catastrophes (SNAC). En juillet 2001, Alan Bartley, directeur général de la Politique, de la Planification et de la Préparation du BPIEPC, a déclaré qu’un SNAC était nettement nécessaire, mais le BPIEPC et d’autres intervenants en débattent encore[55].

Le Comité est étonné d’apprendre qu’en janvier 2004, ce débat se poursuit et qu’aucune date ferme n’a été arrêtée pour le parachèvement de la Stratégie nationale d’atténuation des catastrophes.

 

Communications

Il importe d’examiner deux types de communication. D’abord, la communication interne entre les premiers répondants, entre les fonctionnaires et entre les niveaux de gouvernement. Puis, la communication entre les gouvernements et la population.

Comme Dave Quick, coordonnateur de la planification d’urgence de Régina, l’a déclaré devant le Comité, « La protection civile repose sur les communications ... l'intervention d'urgence suppose de la formation, beaucoup d'équipement et toutes sortes de choses. Il nous faut donc les systèmes requis pour savoir communiquer efficacement à tous les niveaux »[56]. Il a dit que les exercices avaient clairement démontré que, pour intervenir efficacement, il faut que la communication soit efficace – autant entre tous les niveaux de gouvernement qu’avec la population.

Pour être bien préparé aux situations d’urgence nationales, le Canada a besoin de mécanismes fiables de communication tant internes que publics. Malheureusement, le Comité a constaté que rien n’est au point dans les deux cas.

 

i. Communications entre administrateurs de situations d’urgence

Aussi bonne que soit sur papier la stratégie du BPIEPC pour coordonner une intervention d’urgence à l’échelle nationale, elle est inefficace si on ne dispose pas de moyens de coordination. Le Comité est d’avis que la communication entre les agents de tous les niveaux d’intervention – depuis les premiers intervenants jusqu’aux ministères fédéraux – est essentielle à sa bonne coordination.

À Toronto, les premiers intervenants ont connu des problèmes de communication lorsqu’une panne de courant généralisée a plongé dans l’obscurité presque tout l’Ontario et des régions entières des États-Unis dans l’obscurité le 14 août 2003.

À Toronto, le Dr Basrur a fait remarquer que « pour communiquer avec 30 % de nos 8 000 médecins, il nous faut donc utiliser la poste, et cela est insensé. »[57]

Le Comité est d’avis que les premiers intervenants doivent être capables de communiquer rapidement et efficacement entre eux.

Le Comité a appris avec étonnement que le BPIEPC n’a pas prévu de systèmes de secours pour communiquer avec ses bureaux régionaux.

Selon le Comité, le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires devraient relier entre eux, en un réseau de communication d’urgence, les grands centres du pays pour permettre à chacun de communiquer avec les autres.

De plus, le Comité est convaincu de la nécessité d’une redondance de ces liens pour assurer la continuité des communications.

Le Comité sait qu’une redondance illimitée n’est ni pratique ni possible et admet que le niveau de redondance devrait être à la mesure du réseau de communication à protéger[58].

 

ii. Communiquer avec le public

Quelques rares administrations ont pris des mesures pour assurer la continuité et la rapidité des communications entre le gouvernement et le public.

M. Alan Bartley, ex-directeur général, Politique, Planification et Préparation, Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile, a mentionné notamment l’Emergency Public Warning System (EPWS) de l’Alberta. Mis au point à la suite de la tornade qui a frappé Edmonton en 1987 et lancé en 1992, l’EPWS est supporté par la chaîne de radiodiffusion CKUA‑FM. Il permet aux fonctionnaires provinciaux et municipaux de communiquer au public, aux médias et aux premiers intervenants des messages d’urgence par radio, télévision ou câble (le cas échéant).

M. Bartley a déclaré que le BPIEPC n’entend pas créer des systèmes semblables dans les autres provinces et territoires ou à l’échelle nationale parce que « la responsabilité de ce genre de services est de compétence provinciale ». Le BPIEPC souscrit donc à cette idée « en principe » seulement[59].

Quel dommage, car l’Emergency Public Warning System est un réseau étendu, facile à utiliser et peu coûteux. Il compte actuellement 190 administrations municipales. Environ 99 % de la population albertaine y sera branchée après une expansion prévue pour l’été 2004. L’Alberta a dépensé 1,4 millions de dollars pour construire et améliorer l’EPWS, et elle en dépensera 600 000 $ par année pour l’exploiter.

L’EPWS peut servir à diffuser des messages provinciaux, mais il permet également aux fonctionnaires municipaux de recevoir et de diffuser des messages spéciaux. Le système peut être activé en moins de trois minutes à partir d’un téléphone à clavier, par un simple appel à un ordinateur central situé dans les locaux de CKUA-FM. Le message est ensuite relayé aux radiodiffuseurs, dont la plupart interrompront leur programmation pour le diffuser sans délai[60].

Le Comité n’est pas d’accord pour que la diffusion de messages d’urgence soit laissée à la discrétion des radiodiffuseurs. Le système a la capacité d’interrompre toutes les chaînes locales et nationales (telles CNN, Radio-Canada et ESPN), mais la mise en œuvre est laissée à la discrétion des différents diffuseurs. Le Comité est d’avis qu’une loi s’impose pour contraindre les diffuseurs à interrompre toutes leurs émissions lorsque des vies sont menacées en cas d’urgence majeure et qu’il faut diffuser un message. Toute interruption obligatoire ne devrait être imposée que lorsque des vies sont en danger, et les autorités responsables devraient justifier publiquement leur geste.

Le Comité rejette la position du BPIEPC concernant l’EPWS. Il est d’avis que le Bureau devrait promouvoir avec plus d’énergique l’introduction de systèmes semblables partout au Canada. Une version nationale du système albertain permettrait à toutes les provinces et municipalités ainsi qu’au gouvernement fédéral de diffuser rapidement et efficacement de l’information en cas d’urgence.

Il faut éliminer les obstacles. Par exemple, un intervenant de la Saskatchewan a mentionné qu’un câblodistributeur bien connu refusait de diffuser des messages défilants sur toutes ses chaînes, prétextant que des clauses contractuelles lui interdisaient « d’ajouter du contenu » à ses émissions.

Le BPIEPC devrait établir les normes d’un système national pour garantir des communications intraprovinciales et interprovinciales dont on ne saurait se passer en cas d’urgence.Ensuite, le Cabinet doit contraindre, par décret et / ou par loi, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’imposer le respect de ces normes comme condition pour l’obtention d’un permis de radiodiffusion. Cette mesure du CRTC serait obligatoire en cas de risque imminent de pertes de vie ou de dommages corporels ou matériels.

Le Comité reconnaît que, pour établir un réseau national d’avertissement d’urgence semblable à celui de l’Alberta, il faut être prêt à en assumer le coût. Ce coût ne saurait toutefois être prohibitif, compte tenu des risques courus lorsqu’il est impossible de communiquer efficacement en cas d’urgence.

Le Comité note que le meilleur moyen de diffuser l’essentiel de l’information concernant les urgences, c’est de faire appel aux médias, comme d’habitude, en organisant des séances d’information, des conférences de presse et des entrevues. Ce réseau national ne remplacerait pas les séances d’information, il viendrait s’y ajouter.

Les représentants de Toronto qui ont dû intervenir durant la crise du SRAS et lors de la panne de courant en 2003 conviennent qu’un meilleur système de communication public s’impose. Le Dr Sheela Basrur, ex-directrice de la santé de Toronto, a souligné lors de sa présentation sur la crise du SRAS que le meilleur moyen de communiquer de l’information au public, c’est à l’aide des médias.

Il est difficile de communiquer rapidement avec le public sans un système d’avertissement public d’urgence ou un accès à un « 911 inversé » (Reverse 911®), un outil informatisé qui permet aux autorités de rejoindre chaque famille par téléphone dans un quartier donné[61].

Les premiers intervenants de Toronto ont dû utiliser différents points de diffusion des médias pour communiquer leur information – un travail fastidieux qui offre peu de contrôle sur le produit final. Ils ont également encouragé les citoyens à s’éduquer eux-mêmes en appelant au service d’information Access Toronto[62] ou en consultant la documentation disponible sur Internet[63].

Le Comité estime en outre que d’autres mesures doivent être prises pour assurer une communication efficace entre le gouvernement et le public. Étonnamment, une technologie relativement ancienne peut toujours être utilisée. Durant la panne de courant en août 2003, les citoyens ont redécouvert les vertus du transistor (appareil radio à transistors).

Le Comité est d’avis que le BPIEPC doit sensibiliser la population quant à la nécessité de se préparer eux-mêmes, en adoptant un plan d’information qui les incite à acheter des transistors et des piles de remplacement, tout comme ils se munissent de détecteurs de fumée pour rendre leur foyer plus sécuritaire.

Le Comité recommande que :

12)          pour assurer que les autorités ont le pouvoir et la capacité d’interrompre des émissions de radio et de télévision en cas d’urgence,

a)                le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) prépare des normes pour l’établissement de systèmes d’avertissement de la population en cas d’urgence s’appliquant à toutes les provinces et tous les territoires;

b)               le gouverneur en conseil, par décret, ordonne au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes de préparer la réglementation qui s’impose pour obliger tous les diffuseurs publics et privés à collaborer à l’établissement de systèmes provinciaux, territoriaux et national d’avertissement de la population;

c)                un site Web national sur les situations d’urgence proposant des liens avec des sites Web provinciaux et territoriaux soit mis sur pied pour communiquer par Internet de l’information et des instructions en cas d’urgence nationale.

13)          le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) favorise l’implantation d’un système semblable au « Reverse 911 » dans toutes les municipalités.

14)          le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) entame des négociations pour doter l’ensemble des équipes de premiers intervenants d’appareils de télécommunication portables. Beaucoup de premiers intervenants disposent de moyens de communication sans fil, mais il faut faire en sorte que tous en disposent.

15)          chaque niveau de gouvernement se dote de la capacité de communiquer avec les premiers intervenants sur son territoire et les autres niveaux de gouvernement. Tous les systèmes devraient être assortis d’une capacité de télécommunication sans fil de secours[64].

 

Coordination du renseignement

Le Dr Martin Rudner a fait remarquer que la création du BPIEPC a suscité des craintes concernant la coordination du renseignement. Il a déclaré devant le Comité que «Jusqu'à maintenant, c'est le Bureau du Conseil Privé, le BCP, qui assumait la responsabilité de la coordination, dont était chargé un coordonnateur du renseignement. Le BCP ne possède toutefois aucun mécanisme propre pour assurer la coordination, il doit se contenter d'exercer des pressions morales »[65].

La responsabilité du renseignement est partagée entre plusieurs organismes fédéraux. Le BPIEPC et le CANAFE, l’organisme du renseignement financier, sont les deux plus récents. Le Service canadien du renseignement de sécurité et le Centre de la sécurité des télécommunications s’occupent également du renseignement. Transports Canada, l’Agence des services frontaliers du Canada (anciennement l’Agence des douanes et du revenu du Canada) et Citoyenneté et Immigration Canada ont acquis des capacités en matière de renseignement ou les ont élargies.

Le Comité craint que la capacité du Canada en matière de collecte et d’analyse de renseignements, ainsi que d’autres aspects du système national de préparation d’urgence, soient compromis à défaut d’une coordination serrée. Les principaux responsables provinciaux en matière de situations d’urgence semblent être d’accord sur ce point. Neil McKerrell, chef, Gestion des situations d’urgence, Ontario, a affirmé : « Dans le domaine de la gestion des situations d’urgence, la dernière chose dont on ait besoin, c’est d’un bol de « spaghettis bureaucratiques »[66].

Le remède est évident. Le Secrétariat de la sécurité et du renseignement du BCP, qui est le principal agent de coordination interministérielle de la collectivité canadienne du renseignement[67], devrait prendre en charge la coordination de la collecte de renseignements à l’échelle nationale. Le coordonnateur de la sécurité et du renseignement du BCP, qui agit également comme sous-ministre du vice-premier ministre, devra s’assurer qu’une évaluation globale du renseignement est fournie au vice-premier ministre et aux fonctionnaires chargés de coordonner la gestion des situations d’urgence.

Une structure très semblable a été proposée dans le précédent rapport du Comité, Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues au monde (octobre 2003)[68]. Le Comité y recommande de revoir l’architecture du Centre pour traiter les questions de sécurité nationale. Il recommande la création d’un comité permanent du Cabinet, présidé par le vice-premier ministre, la nomination au BCP d’un nouveau secrétaire du Cabinet dont relèvera le comité et la création d’un secrétariat du BCP chargé des questions de sécurité nationale, telle la protection civile.

Le Comité avait préparé d’autres recommandations, proposant notamment une meilleure coordination des mandats des ministères et organismes fédéraux en matière de protection civile. Il entendait également recommander la fusion, mais non le chevauchement, des mandats de ces ministères et organismes, une révision de la législation ou, si nécessaire, la modification de celle-ci afin de garantir la bonne conduite de cette démarche coordonnée.

Le Comité est heureux de constater que nombre de ces recommandations ont été suivies.

Les membres du Comité saluent la récente décision du gouvernement de créer le poste de conseiller du premier ministre en matière de sécurité nationale au sein du BCP. Le gouvernement a annoncé sa position : « le titulaire sera chargé de l’intégration des analyses d’évaluation du renseignement et de la menace, et de la collaboration entre les divers organismes, ainsi que d’aider le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile à élaborer et à mettre en œuvre de façon générale une politique intégrée de sécurité nationale et d’intervention en cas d’urgence »[69].

 

Réorientation du Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC)

Si le système est maintenant mieux structuré, il reste beaucoup à faire pour le réformer. Le Comité est convaincu que le BPIEPC doit prendre une nouvelle orientation. Il devrait jouer un rôle de chef de file dans la collecte et l’analyse de renseignements sur les catastrophes et les situations d’urgence. Et il devrait s’attacher à établir des normes nationales de protection civile.

À certains égards, le Bureau a obtenu de bons résultats. Il a bien progressé, créant notamment, en collaboration avec les provinces, des équipes de recherche et de sauvetage en milieu urbain à l’aide d’équipements lourds (RSMUEL). Le 20 octobre 2003, James Harlick, sous-ministre adjoint du BPIEPC, a informé le Comité que de telles équipes sont en place à Vancouver et à Calgary, et en sont à divers stades de planification à Toronto, Montréal et Halifax. L’équipe de Vancouver est certifiée internationalement et peut intervenir à l’étranger[70].

Toutefois, le Comité s’inquiète du manque de mobilité de la plupart des équipes RSMUEL. M. Harlick a dit au Comité qu’alors que l’équipe de Vancouver était certifiée internationalement, « Le défi qu’elle devrait relever en pareil cas serait d’aller de Vancouver jusqu’à la destination à l’étranger ». Selon M. Harlick, les équipes de Calgary et de Vancouver peuvent « se déployer par la route », alors que les autres y sont moins préparées[71].

Le Comité est d’avis que, vu l’état de la flotte d’Hercules du Canada, la capacité de déplacement rapide de toute équipe RSMUEL sur les lieux d’une catastrophe est remise en question. En cas d’urgence majeure, tel un important tremblement de terre qui a nécessité le déplacement sur les lieux de plusieurs équipes RSMUEL, ce manque de mobilité coûterait des vies.

 

Coordination de l’information

Par ailleurs, le BPIEPC doit améliorer sa façon de coordonner l’information. Selon Michael Lester, directeur général, Organisation des mesures d’urgence : « Récemment, nous avons constaté des lacunes dans l’échange d’informations pendant la panne d’électricité en Ontario. Lors des événements du 11 septembre, il était impossible d’avoir des renseignements d’Ottawa. Par chance, le consul général américain par intérim a proposé de siéger au centre des opérations d’urgence et de nous conseiller à partir des renseignements qu’il obtenait de Washington. C’était efficace, mais gênant[72].

Le BPIEPC a évalué la façon dont il a réagi aux attaques terroristes. Il a établi notamment que certains de ses employés n’avaient pas l’expérience du terrain, que son administration centrale n’avait pas la capacité de communiquer efficacement et que « le contrôle de la circulation de l’information par un organisme central a empêché le BPIEPC de servir ses clientèles publiques et privées. Par exemple, le Bureau n’a pas fourni d’information opérationnelle…aux provinces et aux territoires, ni aux propriétaires d’infrastructures, les 11et 12 septembre » [Traduction][73].

Le Comité n’a entendu aucun témoignage indiquant que ces problèmes ont été réglés. Et, jusqu’à maintenant, le dossier du Bureau en matière de coordination de l’information en temps de crise n’est guère reluisant.

Le Comité recommande que :

16)          le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) soit davantage à l’écoute des besoins des premiers intervenants dans l’ensemble des collectivités du pays.

 

Vérifications, leçons apprises, meilleures pratiques

Le Comité est d’avis qu’une des fonctions fondamentales du BPIEPC est de vérifier les plans de protection civile, la collecte et la communication de l’information sur ce qui a bien fonctionné et mal fonctionné en temps de crise, et de suivre l’élaboration de meilleures pratiques.

Toutefois, M. Harlick a dit au Comité que le Bureau n’est pas officiellement chargé de vérifier les ministères et organismes fédéraux, notamment de vérifier si leurs plans et mesures d’urgence sont adéquats et qu’il n’a qu’un rôle de second plan à jouer dans l’élaboration de meilleures pratiques dans l’administration publique[74].

De plus, le Bureau a fait sa propre critique concernant sa performance, mais, selon Harlick, ce n’est que très vaguement qu’il savait, ou avait le mandat de déterminer, si les autres ministères avaient tiré des leçons de leur expérience passée et de documents s’adressant aux premiers intervenants[75].

M. Harlick a fait remarquer que l’administration fédérale compte de nombreux ministères et organismes et qu’il ne savait pas si ces derniers passent en revue leurs activités ou leurs exercices d’urgence pour en tirer des leçons. Il a dit : « Je sais que certains le font, mais je ne sais pas avec certitude que tous le font[…] C’est un rôle que nous envisagerions. Comme vous l’avez dit, il faudrait des ressources »[76].

Le Comité estime qu’il doit examiner directement la logique de Harlick qui se résume ainsi –– la protection civile est essentiellement une responsabilité ministérielle.

Le Comité convient que la planification des mesures d’urgence est une responsabilité du sous-ministre, mais n’admet pas que cette responsabilité ne relève que de lui.

Les sous-ministres ont un grand nombre de responsabilités importantes, et le Comité craint que, sans une vérification externe, on conclut, ce qui ne saurait être acceptable, que la protection civile tombe entre les mailles du filet.

Selon le Comité, il appartient au BPIEPC de faire ces vérifications.

À l’heure actuelle, plusieurs activités de protection civile importantes échappent à tout examen. Pour bien protéger le citoyen, il faut brosser un portrait transparent et plus fidèle de la situation générale en matière de protection civile.

En collaboration avec les municipalités et les provinces, le BPIEPC devrait établir un modèle pour recenser les leçons apprises et les partager avec tous les membres du milieu de la protection civile au Canada.

Le Bureau devrait faire l’inventaire des menaces qui pèsent sur les municipalités canadiennes et des moyens à leur disposition pour y faire face. Il faudrait entreprendre une analyse continue pour déterminer où sont les lacunes et comment bien les corriger.

Le Comité recommande que :

17)          la législation pertinente soit modifiée de façon à contraindre le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) à :

a)    effectuer des évaluations pour s’assurer que tous les ministères et organismes fédéraux sont en mesure de maintenir leurs activités en temps de crise et que leurs plans d’intervention sont effectifs;

b)   compiler et tenir à jour, en collaboration avec toutes les municipalités canadiennes, des listes des points faibles apparents, des moyens d’intervention d’urgence et des lacunes dans les moyens;

c)    tenir des réunions avec leurs homologues provinciaux et territoriaux pour discuter des lacunes révélées en 10 b);

d)   mener des exercices d’urgence nationaux en collaboration avec les autres niveaux de gouvernement et préparer des analyses sur les « leçons apprises »;

e)    agir comme centre de répartition pour venir en aide aux autres niveaux de gouvernement, en communiquant au besoin à d’autres administrations les « leçons apprises » par les provinces, les territoires et les municipalités.


Recommendations

Le Comité recommande que :

12)        pour assurer que les autorités ont le pouvoir et la capacité d’interrompre des émissions de radio et de télévision en cas d’urgence,

a)          le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) prépare des normes pour l’établissement de systèmes d’avertissement de la population en cas d’urgence s’appliquant à toutes les provinces et tous les territoires;

b)         le gouverneur en conseil, par décret, ordonne au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes de préparer la réglementation qui s’impose pour obliger tous les diffuseurs publics et privés à collaborer à l’établissement de systèmes provinciaux, territoriaux et national d’avertissement de la population;

c)          un site Web national sur les situations d’urgence proposant des liens avec des sites Web provinciaux et territoriaux soit mis sur pied pour communiquer par Internet de l’information et des instructions en cas d’urgence nationale.

13)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) favorise l’implantation d’un système semblable au « Reverse 911 » dans toutes les municipalités, en finançant au moins le tiers du coût, le reste devant être partagé entre les provinces/territoires et les municipalités[77].

14)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) entame des négociations pour doter l’ensemble des équipes de premiers intervenants d’appareils de télécommunication portables, le gouvernement fédéral finançant au moins le tiers du coût et le reste devant être partagé entre les provinces/territoires et les municipalités

15)        chaque niveau de gouvernement se dote de la capacité de communiquer avec les premiers intervenants sur son territoire et les autres niveaux de gouvernement. Tous les systèmes devraient être assortis d’une capacité de télécommunication sans fil de secours[78].

16)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) soit davantage à l’écoute des besoins des premiers intervenants dans l’ensemble des collectivités du pays.

17)       la législation pertinente soit modifiée de façon à contraindre le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) à :

a)          effectuer des évaluations pour s’assurer que tous les ministères et organismes fédéraux sont en mesure de maintenir leurs activités en temps de crise et que leurs plans d’intervention sont effectifs;

b)          compiler et tenir à jour, en collaboration avec toutes les municipalités canadiennes, des listes des points faibles apparents, des moyens d’intervention d’urgence et des lacunes dans les moyens;

c)          tenir des réunions avec leurs homologues provinciaux et territoriaux pour discuter des lacunes révélées en 10 b);

d)         mener des exercices d’urgence nationaux en collaboration avec les autres niveaux de gouvernement et préparer des analyses sur les « leçons apprises »;

e)          agir comme centre de répartition pour venir en aide aux autres niveaux de gouvernement, en communiquant au besoin à d’autres administrations les « leçons apprises » par les provinces, les territoires et les municipalités.



CHAPITRE 5 : Les besoins des premiers intervenants

Un consensus s’est dégagé parmi les témoins selon lequel

a)     les gouvernements fédéral et provinciaux font peu de cas des particularités des municipalités qui sont les premières à intervenir en cas d’urgence et

b)     le système censé leur fournir les ressources et la formation dont elles ont besoin pour intervenir est sous financé.

Dans sa présentation écrite, le chef de police de Toronto, Julian Fantino, a souligné une lacune fondamentale de l’approche du Canada en matière de protection civile, soit le fait que le BPIEPC n’intervient qu’après l’épuisement des ressources municipales et provinciales.  L’intention est louable, a-t-il ajouté, mais il n’est pas logique de demander aux services locaux d’intervention d’urgence d’installer un cordon jaune de sécurité autour de la ville en attendant l’arrivée de secours de l’extérieur [79].

Le chef Fantino a également dit au Comité que l’aide fédérale et provinciale accordée aux premiers intervenants était insuffisante et que ces derniers avaient l’impression de jouer un rôle secondaire en matière de protection civile malgré le fait qu’en cas de catastrophe, ils seront les premiers à intervenir.  Les améliorations proposées jusqu’à maintenant par les gouvernements fédéral et provinciaux « sont très loin de reconnaître la nécessité d’intégrer pleinement les services de police locaux à la lutte contre le terrorisme » [80].

William Pasel, coordonnateur des mesures d’urgence de Hamilton, a soutenu que les municipalités devaient avoir un accès direct et rapide aux fonds fédéraux.  Dans son témoignage, il a ajouté que « si la province doit assurer un filtrage, ce n’est pas à moi d’en juger.  [Par contre] je suis à l’autre bout à attendre que l’argent vienne, mais je ne le demanderais pas si le besoin n’existait pas.  C’est tout.  Pourquoi ne pas m’adresser directement à la source, pour éviter des pertes de temps?  C’est tout ce que j’ai à dire » [81].

Deryl Kloster, directeur général du service d’intervention d’urgence d’Edmonton, a fait remarquer que les premiers intervenants se sentaient pris entre ce qui constitue, pour certains, une responsabilité provinciale de protection civile et, pour d’autres, une responsabilité fédérale de sécurité nationale.  D’après lui, cette « situation est extrêmement difficile pour les municipalités » qui ne disposent pas des ressources financières requises pour s’acquitter de leur responsabilité efficacement [82].

 

À l’écoute des premiers intervenants

Les décisions concernant les mesures d’urgence sont trop souvent prises isolément – à chaque échelon.  Le gouvernement fédéral fait peu de cas des premiers intervenants dans sa planification des mesures d’urgence.  De leur côté, les municipalités élaborent des plans d’urgence sans consulter les autorités fédérales [83].

Selon le chef du service de police de Toronto, Julian Fantino, les services de police locaux veulent bien coopérer, mais les gouvernements fédéral et provinciaux « ne sont pas suffisamment intéressés à la question en vue de répondre aux besoins et d’éliminer les points de vulnérabilités locaux.  Nous trouvons cela fort regrettable ».  Il a ajouté que les autorités municipales étaient « dans l’impossibilité d’intervenir efficacement sans l’aide des deux paliers supérieurs de gouvernement et qu’elles avaient été plus ou moins abandonnées.  Selon lui, il faudrait établir une relation de « partenariat » [84]

Le Comité a entendu moult témoignages selon lesquels le manque de coopération et de cohésion se faisait sentir à la grandeur du pays et non seulement en Ontario et à Toronto.  C’est aux gouvernements fédéral et provinciaux qu’il revient de régler les problèmes – et rapidement – lorsqu’il est clair que la vie de nombreux Canadiens est menacée.

Le Comité recommande que :

18)          le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile demande au Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) de restructurer le système afin de s’assurer que les préoccupations et les problèmes des municipalités sont pleinement pris en compte dans les structures et la planification des mesures d’urgence;

a)                le ministre s’assure que de nouveaux protocoles efficaces de partage de données et des ententes d’aide mutuelle soient mis en place entre les paliers fédéral, provincial, territorial et municipal de gouvernement;

b)               le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence, d’autres paliers de gouvernement et les ministères fédéraux concernés, élabore des procédures fondées sur des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

c)                le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence et les gouvernements  provinciaux et territoriaux, élabore des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

d)               le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants de l’ensemble du pays afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

e)                le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

f)                  le ministre s’assure que tous les accords prévoyant le versement de fonds aux gouvernements provinciaux et territoriaux fassent état du pourcentage des fonds destinés aux premiers intervenants municipaux;

g)               le BPIEPC soit chargé d’établir et de publier les rapports suivants :

i)             dans les soixante (60) jours de la situation d’urgence nationale, un rapport préliminaire public suivi, moins d’un an après la situation d’urgence, d’un rapport public officiel faisant état des leçons apprises et des diverses interventions effectuées et

ii)          un rapport annuel de ses activités au Parlement.  Ce rapport doit mettre l’accent sur les mesures prises par le Bureau pour améliorer la capacité d’intervention du Canada dans les situations d’urgence et faire état des écarts perçus entre les ressources et les capacités des premiers intervenants.


Mettre le renseignement à contribution sur le terrain

Dans son témoignage livré à Regina, le chef de police Cal Johnston a indiqué que la ville était en mesure de faire face à la plupart des catastrophes naturelles, mais qu’en cas d’attaque chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN), elle ne pourrait assurer qu’une intervention de base.  Les autorités locales ne savent pas si une attaque CBRN est une probabilité ou une menace éloignée, ni comment se préparer à une telle éventualité.  Les municipalités doivent établir des liens plus étroits avec certains organismes fédéraux comme le BPIEPC afin d’obtenir de l’information et de financer les secteurs prioritaires.  « Nous trouvons contraignant d’avoir à nous adresser d’abord à la province ...  Les municipalités sont les premières autorités gouvernementales à intervenir ... et nous sommes incapables de communiquer directement avec les organismes fédéraux qui assurent le financement et communiquent de l’information » [85].

 

Répondre aux besoins des premiers intervenants

À Edmonton, Dave Hill, président du Partenariat sur la protection civile dans la région de la capitale, a fait savoir que les gouvernements fédéral et provincial n’ont pas assez appuyé les efforts des régions et des municipalités en matière de protection civile.  Ces efforts ont été déployés surtout par des intervenants de première ligne possédant une bonne expérience des situations de crise.  Selon M. Hill, « ni l’un ni l’autre des paliers de gouvernement ne s’est doté d’un processus d’appui à la capacité d’intervention en cas d’urgence à l’échelle régionale, même si, d’après plusieurs études, il s’agit là d’un élément important de la préparation d’urgence » [86].

D’autres représentants du Partenariat sur la protection civile dans la région de la capitale ont mentionné que leur organisme n’avait pas obtenu de réponse favorable au sujet de son plan de secours en cas de catastrophe qui prévoit le versement immédiat de 725 000 dollars et le remboursement des dépenses à hauteur de 45 millions de dollars sur une période de 15 ans.  Le BPIEPC a répondu qu’il réservait généralement son aide financière aux demandes présentées par le biais des provinces et des territoires.  De son côté, le gouvernement de l’Alberta a répondu que le financement de ce projet relevait de la compétence du gouvernement fédéral [87].

Déçu, M. Hill a écrit au Premier ministre Chrétien pour lui expliquer que l’initiative de son groupe nécessitait un solide appui législatif et financier afin d’être en mesure de faire face aux « importants défis posés par les nouvelles responsabilités en matière de sécurité [qui] ont accaparé les ressources disponibles » [88].  Cela n’a rien donné.

Le Comité reconnaît qu’en vertu de la constitution canadienne, les provinces exercent un contrôle exclusif dans des domaines relevant de leur compétence.  Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent cependant coordonner leurs actions afin d’encourager les initiatives de ce genre qui s’avèrent fort utiles.  Les régions et les municipalités connaissent très bien leurs besoins et lorsqu’elles présentent un projet conforme aux exigences nationales en matière de protection civile, les paliers supérieurs de gouvernement devraient réagir dans le sens du présent rapport, c’est-à-dire intervenir.

Le Comité appuie l’engagement du Premier ministre Martin visant à augmenter les fonds destinés aux municipalités par le biais d’une taxe sur l’essence ou d’un autre mécanisme similaire.  Cela ne signifie toutefois pas que la totalité ou la majeure partie des recettes générées par cette taxe devront être consacrées aux mesures d’urgence, mais ce mécanisme peut être efficace dans certaines situations.

 

Réformer le Programme conjoint de protection civile (PCPC)

Dans leur témoignage, plusieurs premiers intervenants ont déploré la lourdeur des mécanismes prévus au PCPC – notamment du mécanisme de financement du BPIEPC – et l’insuffisance des fonds disponibles.

Certains se sont également plaints que les grandes municipalités soient forcées de porter secours aux petites villes lorsqu’une urgence survient.  Le chef du service des incendies d’Edmonton, Randy Wolsey, a informé le Comité que la ville d’Edmonton et d’autres grandes villes albertaines ont dû assumer le coût des interventions d’urgence dans des petites villes qui n’ont pas les moyens de se préparer comme elles le devraient [89].  Selon lui, les ordres supérieurs de gouvernement doivent prêter main-forte dans ces situations.  « Nous estimons, a-t-il ajouté, que le gouvernement fédéral doit assumer une partie de la responsabilité, étant donné que nos interventions concernent parfois des problèmes de compétence fédéral – comme le terrorisme [90].

De l’avis de M. Wolsey, les mécanismes d’aide du gouvernement fédéral manquent de transparence et de convivialité.  Il a dit qu’Edmonton avait  besoin de l’aide fédérale pour assurer la formation et se procurer de l’équipement.  « Il nous a été très difficile de trouver le moyen d’avoir accès au financement, a-t-il dit. On nous dit que les fonds existent mais nous ne savons pas quel chemin emprunter ou quel processus suivre pour y avoir accès [91].

Le Comité comprend les inquiétudes du chef Wolsey.  Il croit que les grandes agglomérations ont la responsabilité de venir en aide à leurs voisines plus petites, à condition d’obtenir les fonds nécessaires pour s’acquitter de ce rôle.

De plus, le Comité approuve le modèle de partage des coûts engendrés par une catastrophe selon les dispositions de la Loi sur la protection civile (en vigueur depuis 1998).  Conformément à cette loi, l’aide financière en cas de catastrophe est répartie de la manière suivante :

Dépenses par habitant de la province

Part fédérale

Part provinciale

0 à 1 $

0 %

100 %

1 à 3 $

50 %

50 %

3 à 5 $

75 %

25 %

5 $ et plus

90 %

10 %

Source : Conseil du Trésor. Cité dans le rapport du Comité sénatorial permanent des finances nationales intitulé Rapport du Comité sur l’examen de la protection civile au Canada (juin 2000).

Le Comité croit que cette formule permet de bien répartir le financement de l’aide en cas d’urgence, mais qu’il y aurait lieu d’élaborer une formule différente pour la protection civile.

Le Comité croit que pour la protection civile, il serait plus approprié d’établir un modèle prévoyant une contribution égale de tous les ordres de gouvernement. Les trois ordres devraient assumer le tiers des coûts associés à la protection civile.

Le Comité reconnaît néanmoins que certains coûts sont du domaine fédéral exclusif, soit les frais liés aux dépenses en immobilisations et aux activités de coordination, notamment des activités du BPIEPC;  ces frais doivent être payés par l’ensemble des contribuables.

le Comité recommande :

19)          de verser aux grandes agglomérations des fonds proportionnels afin de les indemniser pour l’aide qu’elles fournissent aux villes de la région.

 

Faciliter l’accès aux ressources et à la formation

À Windsor (Ontario), le chef du service des incendies, Dave Fields, a dit qu’il était nécessaire de mettre en place une stratégie nationale en matière de protection civile.  Les fonds fédéraux destinés à la formation et à l’achat d’équipement arrivent trop lentement [92].

Dans le témoignage qu’il a livré à Ottawa,Glen Tait, ancien chef du service des incendies de Saint-Jean maintenant à la retraite, a indiqué que les municipalités ont l’impression que la protection civile est un dossier secondaire pour les ordres supérieurs de gouvernement.  Il a précisé que sa ville était bien préparée – elle a dressé un plan d’opérations et s’est dotée d’un centre des opérations et d’une installation de secours – mais le financement demeure un problème.  Le gouvernement fédéral doit « reconnaître le fardeau financier qui pèse sur de nombreuses municipalités et s’engager à accroître le financement d’un programme municipal d’infrastructure à long terme, ce qui réduira leur fardeau financier et leur permettra de dégager des fonds pour les services essentiels de protection ».  Ottawa doit « fournir directement aux municipalités les fonds requis pour la mise en place de programmes et de mesures d’intervention d’urgence, notamment pour l’achat ou le remplacement d’équipement, la formation et l’élaboration de programmes » [93].

M. Blackmore, directeur du Centre des opérations de Saint-Jean, a dit que son centre était très satisfait des fonds obtenus dans le cadre du PCPC.  Selon lui, les liens entre le gouvernement fédéral et les municipalités doivent être resserrés.  Il a précisé que l’entente informelle prévoyant le versement d’une aide provinciale et fédérale à Saint-Jean en cas d’urgence ne suffit pas.  Elle doit être officialisée.  Il a demandé l’établissement d’un lien officiel direct  . . . pour discuter des problèmes de compétences fédérales ou de sécurité publique susceptibles de présenter une menace potentielle pour la population [94].  Le terrorisme, a‑t‑il ajouté, est un bon exemple.

Rudy Fries, coordonnateur de la gestion des mesures d’urgence pour London et le comté de Middlesex, a décrit les initiatives de l’Ontario en matière de protection civile ainsi que les défis que doit relever sa municipalité.  Il s’attendait à ce que l’adoption par l’Ontario du projet de loi 148, la Loi sur l’état de préparation aux mesures d’urgence (novembre 2002) et la présentation subséquente du Cadre des programmes communautaires de gestion des urgences permettraient aux municipalités de mieux se préparer.  Sa ville ne possède pourtant pas d’équipement spécial pour faire face à une attaque chimique, biologique, radiologique et nucléaire et les « contacts avec le gouvernement fédéral en matière de protection civile sont limités.  Le financement et la formation sont des questions qui pourraient faire l’objet de discussion » [95].


Recommendations

Le Comité recommande que :

18)       le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile demande au Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) de restructurer le système afin de s’assurer que les préoccupations et les problèmes des municipalités sont pleinement pris en compte dans les structures et la planification des mesures d’urgence;

a)          le ministre s’assure que de nouveaux protocoles efficaces de partage de données et des ententes d’aide mutuelle soient mis en place entre les paliers fédéral, provincial, territorial et municipal de gouvernement;

b)         le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence, d’autres paliers de gouvernement et les ministères fédéraux concernés, élabore des procédures fondées sur des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

c)          le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence et les gouvernements  provinciaux et territoriaux, élabore des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

d)         le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants de l’ensemble du pays afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

e)          le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

f)            le ministre s’assure que tous les accords prévoyant le versement de fonds aux gouvernements provinciaux et territoriaux fassent état du pourcentage des fonds destinés aux premiers intervenants municipaux;

g)         le BPIEPC soit chargé d’établir et de publier les rapports suivants :

i)       dans les soixante (60) jours de la situation d’urgence nationale, un rapport préliminaire public suivi, moins d’un an après la situation d’urgence, d’un rapport public officiel faisant état des leçons apprises et des diverses interventions effectuées et

ii)    un rapport annuel de ses activités au Parlement.  Ce rapport doit mettre l’accent sur les mesures prises par le Bureau pour améliorer la capacité d’intervention du Canada dans les situations d’urgence et faire état des écarts perçus entre les ressources et les capacités des premiers intervenants.

19)       de verser aux grandes agglomérations des fonds proportionnels afin de les indemniser pour l’aide qu’elles fournissent aux villes de la région.


CHAPITRE 6 : Questionnaire sur la capacité d’intervention des municipalités en cas d’urgence

I.    Méthodologie

À l’instar de tous les comités, nous sommes limités par le temps et l’argent. Il nous est impossible de nous rendre dans toutes les municipalités, comme nous souhaiterions le faire, ou de convoquer tous les témoins susceptibles de nous aider. Pour toucher le plus de participants possible, le Comité a fait parvenir un questionnaire à une centaine de municipalités canadiennes[96]. Ce questionnaire n’est pas parfait, mais il permet une vaste participation, ce qui aurait été impossible autrement. Comme la plainte la plus souvent formulée est que les gouvernements fédéral et provinciaux  ne sont pas à l’écoute des intervenants de première ligne, nous avons voulu leur prêter une oreille attentive.

Le Comité a fait parvenir son questionnaire aux premiers intervenants parce qu’il a eu l’impression, au cours des audiences, que les fonctionnaires fédéraux et les premiers intervenants avaient des versions différentes.  Il lui a donc semblé pertinent d’obtenir des témoignages écrits d’une vaste gamme d’intervenants de première ligne.

Le Comité a fait parvenir son questionnaire aux fonctionnaires municipaux responsables des mesures d’urgence de toutes les municipalités de plus de 20 000 habitants.  Au moment de la publication du présent rapport, il avait reçu 86 réponses.  Ces dernières ont été réparties en quatre catégories selon la population :

Catégorie

Type de municipalités

Nombre de réponses

A

« très petites » municipalités de 20 000 à 49 999 habitants

32

B

« petites » municipalités de 50 000 à 99 999 habitants

23

C

Municipalités moyennes de 100 000 à 499 999 habitants

23

D

« grandes » municipalités de plus de 500 000 habitants

8

Cette enquête n’est pas scientifique, elle se compare davantage à un voyage d’observation ou à une audience.  Chaque répondant a été invité à formuler ses réponses et ses commentaires sur cinq grands thèmes : 

·        la nature de la municipalité,

·        les menaces perçues,

·        les actifs (équipement, formation, personnel et autres ressources) à sa disposition pour se protéger contre ces menaces,

·        les mesures prises par la municipalités pour se protéger et

·        le soutien ou l’absence de soutien de la part des gouvernements fédéral et provincial

Lorsqu’un répondant a omis de répondre à une question ou que sa réponse est floue et non pertinente, la réponse est alors jugée « non concluante » et classée comme telle.

L’exercice s’est avéré très efficace.  Il a permis au Comité d’atteindre son objectif consistant à détecter certaines tendances et anomalies quant à l’état de préparation des municipalités canadiennes en cas de catastrophe.

 

II.   Faits saillants

Les réponses ont permis de définir plusieurs tendances générales qui, pour la plupart, ne nous ont pas surpris :

·        Les grandes villes sont généralement mieux préparées.

·        Le Programme conjoint de protection civile (PCPC) est jugé utile, mais de nombreux répondants pensent qu’il y aurait lieu de l’améliorer.

·        La plupart des répondants ne connaissaient pas le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) ou étaient insatisfaits de ses services.

·        Quelques répondant savaient où se trouvaient les caches de provisions de Santé Canada en cas d’urgence ou en connaissaient le contenu et ceux qui ne connaissaient pas leur existence ne savaient souvent pas comment y accéder.

Le Comité a décelé les anomalies ou problèmes suivants :

·        Bien que la sécurité nucléaire relève de la Commission canadienne de sécurité nucléaire du gouvernement fédéral, les trois répondants situés à proximité d’une centrale nucléaire (Clarington, Fredericton et Oshawa) n’ont mentionné aucun de plan d’intervention en cas de catastrophe liée à la centrale.

·        Certains répondants ont fourni des réponses peu détaillées ou ont semblé démontrer (et parfois admis) un manque d’expertise ou de préparation (Sorel, Penticton, Milton et Clarington).

·        Quelques répondants seulement ont dit craindre un attentat terroriste (le répondant d’Orillia a fait observer que sa ville pourrait être une cible parce qu’elle abrite le quartier général du service de police de l’Ontario) et deux répondants de grandes villes (Ottawa et Toronto) ont dit que le risque d’être la cible d’actes terroristes était plus élevé que la normale.

 

III.  Analyse des résultats

A. État de préparation en cas de catastrophe

i. Qui fait le travail?

La tendance la plus manifeste qui ressort des résultats de l’enquête est que les grandes municipalités sont généralement mieux préparées que les petites à faire face à une situation d’urgence. 

Les huit grandes municipalités qui ont répondu à notre questionnaire ont embauché un fonctionnaire chargé exclusivement de la coordination ou de la direction des interventions d’urgence.  C’est également le cas de 68,2 % des municipalités de taille moyenne et de 65,2 % des petites municipalités qui ont répondu à cette question;  par contre, seulement 40,6 % des répondants de très petites municipalités ont un fonctionnaire dont la principale responsabilité est de coordonner ou diriger les mesures d’urgence dans leur région [97].

 

Dans certaines petites municipalités, le même fonctionnaire porte les titres de chef du service des incendies et de coordonnateur ou directeur des mesures d’urgence (très petites: 34,4 %, petites : 26,1 % et moyennes : 22,7 %) [98].

Ce sont les chefs du service des incendies qui cumulent les fonctions de coordonnateur les mesures d’urgence (certains possèdent également une formation et une expérience dans ce domaine).  De rares répondants ont précisé être uniquement chef du service des incendies et un seul répondant (Milton, en Ontario) s’est présenté comme un fonctionnaire municipal sans expérience dans le domaine de la planification et de la coordination des mesures d’urgence.

 

ii. Qu’est-ce qu’une urgence?

Nous avons également demandé aux répondants d’indiquer si les exemples suivants seraient considérés comme une urgence capitale dans leur ville.  Les réponses sont indiquées dans le tableau ci-dessous [99].

Pourcentage des répondants qui considèrent le problème comme une urgence capitale

Selon la taille de la municipalité [100]

Situation d’urgence

Très petites

Petites

Moyennes

Grandes

Total

Déversement de produit chimique provenant d’un wagon‑citerne

78,6 %

70,6 %

65,0 %

85,7 %

73,6 %

Contamination infectant 25 personnes par jour pendant 7 jours

75,0 %

64,7 %

45,0 %

57,1 %

62,5,%

Contamination infectant 100 personnes par jour pendant 7 jours

78,6 %

76,5 %

60,0 %

57,1 %

70,8 %

Inondation forçant l’évacuation de 100 personnes

67,9 %

58,8 %

50,0 %

71,4 %

61,1 %

Inondation forçant l’évacuation de 1 000 personnes

78,6 %

82,4 %

70,0 %

85,7 %

77,8 %

Inondation forçant l’évacuation de 10 000 personnes

78,6 %

88,2 %

80,0 %

85,7 %

81,9 %

Incendie ou tremblement de terre violent

71,4 %

70,6 %

80,0 %

71,4 %

73,6 %

 

iii.      Perception de la vulnérabilité

Nous avons ensuite demandé aux répondants d’indiquer si leur ville était particulièrement vulnérable aux catastrophes potentielles susceptibles d’être causées par des particularités de leur environnement : installations industrielles d’envergure (manufactures et pipelines), transports (routes ou voies ferrées importantes), aéroport, port (sur une rivière, un lac ou l’océan) et frontière internationale.

La majorité des répondants ont fait état de vulnérabilités engendrées par des installations industrielles (67,4 %), un aéroport (67,4 %) et des installations de transport (60,5 %).  Dans une proportion de 37,2 %, des répondants ont fait état de vulnérabilités liées à leur proximité d’un port et 11,6 %, à la proximité d’une frontière internationale [101].

Il n’est pas surprenant de constater que la plupart des répondants des grandes villes ont signalé des vulnérabilités dans chacune des catégories.

 

iv.     Degré de préparation

En ce qui concerne le degré de préparation des villes à faire face à une situation d’urgence, les résultats de l’enquête indiquent que les répondants des grandes villes ont davantage confiance en leur capacité d’intervention que leurs homologues des petites villes en cas d’urgence capitale [102].

Plus les villes sont petites, plus la confiance des répondants diminue.  64,7 % des répondants de petites municipalités et 65 % de ceux de municipalité moyennes ont indiqué qu’ils étaient à peu près prêts à faire face à une urgence capitale, comparativement à seulement 28,6 % des répondants de très petites agglomérations;  par ailleurs, 35,7 % des répondants ont indiqué qu’ils seraient prêts à faire face à une urgence mineure et 35,7 %, qu’ils seraient à peu près prêts [103].

Enfin, il est à remarquer que quelques petites et très petites villes dépendent grandement de l’aide de bénévoles et d’organisations bénévoles des villes voisines en cas de catastrophe.  Voici, par exemple, ce qu’a répondu le répondant d’Orillia, en Ontario :

Pour tout incident plus grave que l’incendie d’une résidence familiale, nous demandons habituellement l’aide des pompiers des villes voisines.  Lorsque la situation perdure, nous devons également faire appel aux services des villes voisines.  Le problème, c’est que tous ces services sont bénévoles.

Il a grandement été question de coopération verticale.  Les réponses à cette question indiquent toutefois au Comité – ce que confirment les commentaires du répondant d’Orillia – qu’il doit exister une coopération horizontale entre les municipalités et les régions, comme c’est actuellement le cas.

De l’avis du Comité, un des éléments essentiels de la protection civile est la capacité des municipalités à s’entraider.

Perception des municipalités quant à leur degré de préparation aux situations d’urgence, selon leur taille

Degré de préparation

Très petites

Petites

Moyennes

Grandes

Total

Prêtes à affronter

une urgence capitale

0,0 %

0,0 %

0,0 %

50,0 %

5,5 %

28,6 %

64,7 %

65,0 %

50,0 %

49,3 %

Prêtes à faire face à une

urgence mineure

35,7 %

35,3 %

35,0 %

0,0 %

31,5 %

35,7 %

0,0 %

0,0 %

0,0 %

13,7 %

 

v. Structure de commandement et de communication

Dans son questionnaire, le Comité a demandé aux municipalités si elles étaient satisfaites de leur structure de commandement et de communication.  Trois thèmes semblent ressortir des réponses.

Premièrement, les répondants des grandes villes semblent plus satisfaits de leur structure de commandement et de communication que ceux des petites villes.  Plus précisément, 75 % des répondants des grandes villes ont indiqué qu’ils étaient satisfaits tandis que seulement 55,4 % des répondants des petites villes, toutes tailles confondues, ont indiqué qu’ils étaient satisfaits et 30,8 %, qu’ils étaient à peu près satisfaits [104].

Deuxièmement, la plupart des petites municipalités classées comme étant à peu près satisfaites ont dit qu’elles étaient satisfaites de leur structure de commandement, mais que les communications étaient difficiles.

La plupart des répondants ont donné les raisons suivantes pour expliquer cette difficulté :

a)     les différents services (police, incendie, ambulance) sont dotés d’équipement incompatible;

b)    leurs mécanismes de communication sont désuets.

Certains répondants ont également dit que c’était parce que leur municipalité n’avait pas les moyens financiers de mettre ses systèmes à jour.  Le répondant d’Orillia, en Ontario, décrit ces problèmes dans les termes suivants :

Dans toute situation d’urgence, le principal problème est en partie dû aux communications.  En cas de catastrophe, le pire problème auquel nous sommes confrontés est l’incapacité du service des incendies à communiquer avec la police ou les ambulanciers.  Leurs systèmes sont beaucoup plus sophistiqués que les nôtres … Le service de police relève de la province et les ambulances sont dépêchées par les centres provinciaux de répartition.  Leur financement est énorme comparativement à celui du service des incendies.  Les services des incendies sont financés par les municipalités qui ont un budget limité.  Cela a toujours été et continue d’être notre principale source de préoccupation.

Le répondant de Woodstock, en Ontario, souligne que le problème n’est pas sur le point de se régler :

Nos problèmes de communication durent depuis un certain temps. […] Lorsqu’il est question de financement, le problème est toujours de savoir d’où vont provenir les fonds, surtout quand dans un domaine aussi vaste que les communications.

Les réponses indiquent toutefois que ce problème n’est pas propre à l’Ontario.  Par exemple, Medicine Hat, en Alberta, est aux prises avec un problème similaire.  Selon le répondant,

La structure régionale de commandement ne pose pas de problème, mais les communications nous posent un défi.  En raison de la vaste étendue de la région, on ne peut dépendre des communications radio qui sont inexistantes dans plusieurs parties de la région.  Nous devons installer de nouvelles tours de transmission dans la région et numériser nos systèmes radio.  Sans ces améliorations, la région continuera de souffrir de son incapacité à communiquer efficacement.  Le manque d’argent nous empêche de mettre en place un système efficace de communication.

Troisièmement, certains répondants ont fait savoir qu’ils étaient satisfaits de leur structure locale, mais estiment que la structure régionale de commandement pourrait poser un problème. 

Par exemple, le répondant d’Owen Sound, en Ontario, se dit préoccupé par la structure régionale de commandement et de communication : « Notre structure locale de commandement fonctionne bien.  Les communications pourraient toutefois poser un grave problème parce que les services d’intervention d’urgence utilisent des fréquences différentes.  La structure régionale de commandement et de communications deviendrait certainement une source de problème ». 

De même, le répondant d’Edmonton, en Alberta, a indiqué son insatisfaction à l’égard de la structure régionale d’intervention d’urgence :

La structure régionale d’intervention d’urgence est à toute fin pratique inexistante, à l’exception d’un comité directeur qui s’efforce de rationaliser les mesures d’urgence dans la région avec plus ou moins de succès en raison de l’absence de fonds provenant des paliers municipal, provincial et fédéral.

 

vi.     Communication avec les citoyens

Nous avons également demandé aux répondants si les responsables des mesures d’urgence de leur municipalité respective étaient capables d’interrompre unilatéralement la diffusion des émissions des chaînes de télévision ou de radio. 

Dans l’ensemble, seulement 24,7 % des répondants ont dit avoir la capacité d’interrompre la diffusion des émissions de télévision tandis que 28,6 % ont dit pouvoir interrompre la diffusion des émissions de radio.  Par contraste, 75,3 % des répondants ont indiqué qu’ils ne seraient pas en mesure d’interrompre la diffusion des émissions de télévision et 71,4 % qu’ils seraient incapables d’interrompre unilatéralement la diffusion des émissions de radio [105]

Nous avons ensuite demandé aux répondants qui ne peuvent interrompre la diffusion des émissions d’expliquer ce qu’ils feraient pour transmettre des messages durant une urgence.  La vaste majorité (81 % dans le cas de la télévision et 89,1 % dans celui de la radio) ont répondu qu’ils demanderaient la coopération des diffuseurs [106]

Les autres n’ont pas répondu à cette partie de la question ou ont indiqué qu’ils devraient s’adresser à des instances supérieures (un coordonnateur provincial des mesures d’urgence, par exemple) pour faire diffuser des messages d’urgence à la télévision et à la radio.     

Capacité des municipalités d’interrompre d’urgence la diffusion des émissions de télévision et de radio, selon leur taille (%)

 

Très petites

Petites

Moyennes

Grandes

Total

           

Télévision

         

     Oui

32,0 %

31,8 %

4,5 %

37,5,%

24,7,%

     Non

68,0 %

68,2 %

95,5 %

62,5 %

75,3 %

           

Radio

         

     Oui

44,0 %

31,8 %

4,5 %

37,5 %

28,6 %

     Non

56,0 %

68,2 %

95,5 %

62,5 %

71,4 %

Certains répondants ont dit avoir eu de la difficulté à obtenir la coopération des médias locaux et laissé entendre qu’il leur serait précieux d’avoir l’autorisation légale d’interrompre la diffusion des émissions. 

Le répondant de Guelph, en Ontario, a mentionné qu’un câblodiffuseur bien connu refusait de diffuser des messages d’alerte sur la totalité de ses canaux parce qu’il a apparemment conclu des contrats qui lui interdisent « d’ajouter du contenu » à ses émissions.  Le répondant a également suggéré que le gouvernement fédéral adopte une loi habilitant les réseaux de câblodiffusion à ajouter du contenu à leurs émissions.

Le Comité appuie la suggestion du répondant et recommande une mesure semblable au chapitre quatre.

D’autres répondants partagent l’avis du répondant de Guelph et souhaitent que le gouvernement les autorise à interrompre la diffusion des émissions.   Par exemple, le répondant de Montréal, au Québec, a dit ce qui suit :

La ville ne peut interrompre la diffusion d’émissions de télévision ni de radio pour des fins d’alerte et de directives en cas de sinistre majeur.  C’est regrettable, car ce serait un outil extraordinaire pour atteindre la population, bien que ce moyen ne soit pas parfait : tout le monde n’est pas branché à son téléviseur ou à sa radio;  en cas de panne électrique, ce serait inutile.

Le Comité a trouvé cette réponse particulièrement révélatrice dans le cas d’urgences imminentes, mais il estime qu’il faut demander l’autorisation des diffuseurs lorsque qu’aucune vie humaine n’est menacée.  Il croit également que chaque interruption unilatérale doit être justifiée publiquement ultérieurement.

 

vii.    Qu’en est-il des fournitures requises en cas d’urgence ou de catastrophe?

Nous avons demandé aux répondants s’ils avaient déterminé et entreposé les fournitures dont ils auraient besoin pour faire face aux différentes urgences et catastrophes susceptibles de survenir.

Seul un petit pourcentage des répondants, soit 13 %, ont clairement indiqué que leur municipalité avait entreposé des fournitures en quantité suffisante.  Et 27,3 % des répondants ont indiqué que leur municipalité n’avait pas entreposé de fournitures [107].

En réponse à une autre partie de la même question, 41,6 % des répondants ont indiqué avoir dressé une liste des fournitures disponibles dans le secteur privé et certains ont mentionné avoir conclu des ententes avec des marchands locaux en vue de l’obtention de fournitures [108]

Le manque d’argent et d’espace est la raison la plus souvent mentionnée par les municipalités qui n’ont pas entreposé de provisions ni dressé d’inventaire. En outre, parmi les répondants qui ont stocké une certaine quantité de fournitures (la plupart du temps des articles de literie et des fournitures médicales et, dans certains cas, des cantines mobiles), certains ont indiqué que ces provisions étaient périmés.

 

B.   Soutien fédéral et provincial

i.        Caches de fournitures médicales de Santé Canada

Comme on le mentionne au chapitre 2, le Comité s’est grandement intéressé aux 1 600 caches de fournitures médicales de Santé Canada. En raison des inquiétudes soulevées par les écarts entre le témoignage et l’expérience sur le terrain, le Comité a demandé aux répondants s’ils connaissaient l’existence des caches et les modalités d’utilisation.

Bon nombre de répondants (67 %) ignoraient l’existence des caches[109].  

D’autres (23 %) ont déclaré être au courant de l’existence des caches, mais ne pas connaître le mode d’emploi, ni l’emplacement et/ou le contenu[110]

Seulement 10 % connaissaient l’existence des caches et les modalités pour y accéder[111].

Certains répondants, comme celui de Cornwall, Ontario, parlent des caches en termes élogieux :

Cornwall possède deux caches de Santé Canada (cases enregistrement et requête [registration and inquiry boxes]. Je n’ai pas reçu d’instructions relatives à l’utilisation de ces caches. […] Pendant la tempête de verglas, nous avons utilisé les caches et nous avons actuellement besoin de fournitures supplémentaires. […] À mon avis, il faudrait une cache de Santé Canada dans chaque municipalité. Elles nous ont été utiles pendant la tempête de verglas. Des outils de grande valeur.

Le Comité constate que plusieurs années se sont écoulées depuis la tempête de verglas et craint que les caches n’aient pas été réapprovisionnées.

D’autres qui connaissaient l’existence des caches n’étaient pas certains de leur valeur. Comme l’écrit le répondant de Langley, en Colombie-Britannique :

Notre équipe de gestion des situations d’urgence est bien informée de l’emplacement et du contenu des différents types de trousses entreposées dans notre région. Nous savons aussi que la plupart de ces trousses contiennent des fournitures périmées. Lorsque les contenus sont encore intacts, leur valeur est remise en question car il faut une formation spécialisée pour les déballer et les installer, et rares sont les membres du personnel médical qui ont reçu cette formation au cours des huit dernières années.

Dans une réponse particulièrement inquiétante, faisant référence à un « hôpital mobile », le répondant de Medicine Hat, Alberta, déclare :

Nous avons appris son existence par accident et lorsque nous avons posé des questions sur ses fins, la formation locale, l’entretien de l’équipement, etc, on m’a pratiquement demandé, à titre de directeur des services d’intervention en cas d’urgence, comment je pouvais me procurer une clé et donné l’ordre de la retourner aussitôt que possible. On m’a dit (Santé Canada) que je ne devais pas avoir accès à l’équipement ni m’y intéresser. J’ai appris depuis qu’il avait été déménagé mais je n’ai pas été informé de la disposition finale de l’équipement. Le message de Santé Canada était clair : bas les mains, c’est n’est pas l’affaire de la municipalité et ne vous inquiétez d’aucun des aspects de la cache.

Le Comité est stupéfié par les propos du répondant de Medicine Hat et de manière plus générale par l’écart entre le témoignage du Dr St. John, livré au Comité le 10 février 2003, et les expériences racontées par les représentants de certaines municipalités qui ont répondu au questionnaire.

Le Comité croit qu’il faut modifier immédiatement la politique de Santé Canada afin que :

1.                les municipalités aient leur mot à dire quant au contenu de la cache;

2.                soient informées de l’emplacement de la cache et des modalités pour y avoir accès;

3.                et soient suffisamment renseignées sur la cache pour pouvoir l’inclure dans leur plan d’urgence.

 

ii.  Besoin d’aide en cas d’urgence CBRN éventuelle

Quand on leur a demandé s’ils comptaient sur l’aide fédérale ou provinciale en cas de cyberattaque ou d’urgence chimique, biologique, radiologique ou nucléaire (CBRN), la plupart des répondants des grandes villes ont déclaré qu’ils n’auraient pas besoin d’aide ou peut-être pas.

Ottawa semble être la municipalité la mieux préparée : « Nous avons actuellement à Ottawa une équipe d’intervention qui peut réagir en cas d’urgence CBRN dans la ville et ailleurs dans la province, en vertu d’un protocole d’entente avec la province de l’Ontario ». 

Par contre, plus de 82,4 % des répondants des municipalités très petites, petites et moyennes indiquent qu’ils compteraient sur l’aide fédérale et provinciale en cas d’urgence CBRN et les autres répondants de ce groupe (17,6 %) déclarent qu’ils auraient probablement besoin de cette aide[112]

Constatant que 82,4 % des municipalités indiquent leur dépendance éventuelle de l’aide fédérale et provinciale en cas d’urgence CBRN, le Comité croit que les mesures de soutien constituent une question prioritaire que les autorités fédérales et provinciales doivent résoudre.

Le répondant de Sarnia s’est montré déçu des décisions du gouvernement fédéral concernant l’affectation des unités CBRN :

Malheureusement, le gouvernement fédéral a fourni une unité CBRN à Windsor, à Toronto et à Ottawa, mais pourtant Sarnia représente 80 % de l’ensemble produits chimiques en Ontario... Les produits dangereux expédiés aux États-Unis passent par Sarnia et non par Windsor??? Nous sommes aussi le fournisseur de carburant pour la NASA et il nous faudrait néanmoins dépendre du gouvernement fédéral ou provincial pour réagir en cas de cyberattaque ou de catastrophe chimique, biologique, radiologique ou nucléaire car (nos) équipes d’intervention en cas de déversement de matières dangereuses (HAZMAT) relèvent du secteur privé et ne sont pas en mesure d’intervenir dans ces situations.

 

iii.      Soutien provincial

Dans deux questions, on a demandé aux répondants d’indiquer le niveau d’aide que leur municipalité espérait recevoir du gouvernement provincial en cas d’urgence capitale. La première portait sur les expériences antérieures de négociation avec leur gouvernement provincial. La seconde concernait les attentes futures à l’égard de leur gouvernement provincial. Dans chaque question, les répondants ont été appelés à indiquer le délai d’obtention de l’aide provinciale et qui devait en assumer le coût.

Encore une fois, le facteur le plus significatif est lié à l’importance de la municipalité. Les répondants des grandes municipalités croient davantage à leur autosuffisance que ceux des villes plus petites. Tous les répondants des grandes villes ont indiqué avoir reçu peu ou pas d’aide dans le passé[113]. La moitié des répondants des grandes villes ont dit qu’ils ne se tourneraient pas vers la province pour obtenir de l’aide, 37,5 % ont affirmé vouloir de l’aide et seulement 12,5 % ont manifesté le désir d’obtenir toute l’aide qui serait nécessaire pour intervenir dans les situations d’urgence éventuelles[114].

Par contre, parmi les municipalités très petites, petites et moyennes, 9,4 % des répondants disent attendre un soutien important ou total en cas d’urgence éventuelle, 48,4 % indiquent qu’ils espèrent obtenir l’aide nécessaire pour résoudre la crise et 34,4 % affirment vouloir de l’aide[115].

Dans l’ensemble, la plupart des répondants indiquent qu’ils espèrent que les gouvernements fédéral et provinciaux interviendront seulement lorsque leurs propres ressources seront épuisées. Par exemple, le répondant de Brandon, Manitoba, déclare : « L’importance de l’aide nécessaire dépend de l’ampleur de la situation. Nous intervenons avec les citoyens jusqu’à ce que nos ressources soient épuisées. Il faudrait obtenir de l’aide quand nous en avons besoin. Pas avant ni après ».

Le Comité reconnaît qu’il s’agit d’un problème complexe et comprend que l’aide provinciale et fédérale est nécessaire mais ne prendra pas position et ne dira pas exactement ce qu’elle sera. La catégorie « soutien considérable/total » indique un besoin exprimé que la province prenne en charge l’intervention en cas d’urgence ou fournisse la plupart des ressources nécessaires pour résoudre une crise. La catégorie « toute l’aide nécessaire » indique une capacité d’intervenir en cas d’urgence capitale, mais avec l’espoir que la province fournira une partie considérable des ressources éventuellement nécessaires pour résoudre la crise. La catégorie « de l’aide » indique une capacité perçue de gérer la plupart des crises, mais en se rendant compte qu’il faudrait de l’aide supplémentaire pendant une urgence capitale ou prolongée.

Le répondant de Langley, Colombie-Britannique écrit :

La ville et le canton de Langley ne reçoivent pas de fonds (sauf pour les projets spéciaux du PCPC) des autres paliers de gouvernement. Bien que la province finance présentement la formation, les contraintes fiscales actuelles l’amène à envisager des coupures dans la gestion des situations d’urgence en C.-B. alors qu’il faudrait faire davantage, pas moins. Exemple concret : cette année en C.-B., la saison des feux a clairement révélé le sérieux manque de personnel qualifié à l’échelle provinciale et municipale. Après six semaines, le personnel était épuisé et il a fallu embaucher du personnel sans expérience de la gestion des situations d’urgence, afin de poursuivre l’intervention et l’effort de récupération.

Enfin, certaines petites municipalités ont indiqué dans une attitude presque fataliste qu’elles ne s’attendent pas à recevoir de l’aide en cas d’urgence capitale, car elles ont l’impression qu’elles seront négligées et que les ressources seront dirigées vers les grands centres.

Le répondant de Parksville, Ontario, déclare :

Dépendant de l’ampleur et de la nature de l’urgence, nous pourrions nous attendre à une aide considérable de la province. Cependant, si l’urgence touche plusieurs juridictions, nous n’attendons pas de façon réaliste une aide immédiate de la province. Il se peut que l’aide ne soit pas disponible avant des jours selon les priorités des autres régions touchées (un tremblement de terre important, par ex.)

Le répondant du Alberni Valley Emergency Program, en Colombie-Britannique, fait écho à ces préoccupations en écrivant :

Selon l’ampleur de l’urgence capitale, la municipalité d’Alberni Valley pourrait obtenir passablement d’aide du gouvernement provincial. En cas de catastrophe importante touchant l’île de Vancouver et les régions du sud-ouest de la Colombie-Britannique, Alberni Valley ne s’attend pas à recevoir beaucoup d’aide des autorités extérieures. L’arrivée de l’aide dépendrait de la disponibilité.

À partir de ces déclarations, le Comité signale qu’il serait prudent pour les municipalités de prévoir leurs propres mesures de soutien au moins pour les premières 48 heures d’une situation d’urgence.

 

iv.     Le rôle fédéral

En outre, on a posé des questions liées au rôle du gouvernement fédéral dans Ia protection civile municipale. La plupart des répondants ont exprimé un manque de sensibilisation ou de satisfaction en ce qui a trait au rôle du gouvernement fédéral en matière de protection civile et d’intervention en cas d’urgence. Bien que certains répondants soient conscients et reconnaissants de l’aide fédérale qu’ils reçoivent, d’autres signalent que leur capacité de se préparer à faire face aux urgences est limitée notamment en raison du manque de soutien du gouvernement fédéral.

 

a.    Programme conjoint de protection civile (PCPC)

Lorsqu’on leur a demandé si le PCPC est utile, les répondants ont exprimé des opinions différentes. Dans l’ensemble, 47,8 % des répondants trouvent le programme utile et 22,4 % le trouvent passablement utile[116]

Bien que la plupart des répondants des très petites villes trouvent le programme utile, seulement 31,3 % des petites municipalités, 47,1 % des municipalités moyennes et 42,9 % des grandes municipalités croient que le programme est utile[117]

Même ceux dont les réponses sont positives ont fait des suggestions visant à améliorer le programme. Les plaintes types comprennent le financement insuffisant, notamment pour la formation et la diversité accrue de l’équipement, le mode d’application trop compliqué et les délais qui ne concordent pas avec la planification du budget municipal. Parce qu’il est souvent impossible de savoir le montant des fonds qui leur seront attribués, certaines municipalités se plaignent aussi de ne pas pouvoir planifier de façon satisfaisante.

De plus, les villes semblent avoir des impressions différentes du PCPC. Le répondant d’Edmonton dit : « les fonds du PCPC sont trop limités pour être utiles à une ville de l’importance d’Edmonton ». Et le répondant de Calgary ajoute que les fonds du PCPC, quoique utiles, sont limités. L’équipement, en lui-même, ne constitue pas une mesure d’urgence pour les citoyens. La formation et la sensibilisation sont des composantes importantes des programmes de protection civile.

Le répondant de Charlottetown, Ïle-du-Prince-Édouard, laisse entendre que «  l’établissement d’un système d’application en ligne avec une liste d’équipements ou de fournisseurs pré-approuvés pourrait aider à accélérer le processus ».

Le répondant de Stratford, Ontario, trouve le PCPC utile mais laisse entendre qu’il pourrait l’être davantage :

Les fonds du PCPC sont sans doute utiles. Pour les employés provinciaux, le meilleur moyen d’organiser la protection civile est de se rendre dans chaque municipalité et d’y rester jusqu’à ce qu’un niveau acceptable de préparation aux situations d’urgence soit atteint, plutôt que d’aller dire vous avez besoin de ceci ou de cela…Ces employés sont supposés être des spécialistes des questions d’urgence, par conséquent, confiez-leur la responsabilité de la mise en oeuvre effective.

Trouvant par exemple, qu’il y a place à l’amélioration dans la manière dont le PCPC fonctionne et disperse les fonds, le répondant de Moose Jaw, Saskatchewan, déclare :

À ma connaissance, nous avons eu accès à des fonds à deux reprises. Cependant, le processus d’accès à ce financement exige beaucoup de travail. La simplification de ce processus aiderait énormément. De plus, il faudrait mieux répartir les fonds des programmes spéciaux, tels que le programme fédéral visant les agents CBRN, distribués dans cette province. Les fonds sont allés uniquement à Saskatoon et à Regina – nous n’avons pas été consultés ou joints à propos de ce financement et nous n’avons rien reçu.

 

b.    Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC)

On a posé aux répondants deux questions sur le leadership et la coordination par le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) et leur confiance en sa capacité de diriger une intervention nationale dans une situation d’urgence.

Le Comité est surpris par le nombre de répondants qui ont manifesté un manque de connaissance et/ou de satisfaction à l’égard du rôle assumé par le BPIEPC dans la protection civile. En réponse à la question 5.6, 45,1 % des répondants déclarent qu’ils ne sont pas suffisamment renseignés sur l’organisme pour faire des commentaires[118]. De nombreux répondants n’étaient pas au courant du rôle ou des actions de l’organisme et déclarent qu’ils ne savent pas comment répondre ou n’ont pas de commentaire.

Dans l’ensemble, les répondants à cette question signalent un faible niveau de satisfaction à l’égard du leadership et de la coordination du BPIEPC. Quelque 38 % des répondants ne sont pas satisfaits du leadership et de la coordination offerts par cet organisme. Seulement 9,9 % des répondants indiquent qu’ils sont satisfaits des services du BPIEPC[119].

Il est à remarquer que 62,5 % des répondants des grandes municipalités indiquent qu’ils ne sont pas satisfaits du BPIEPC. Parmi les très petites municipalités, seulement 34,6 % des répondants déclare connaître le BPIEPC et seulement 7,7 % sont satisfaits de ses services de leadership et de coordination[120]

Le répondant de Langley, Colombie-Britannique, n’y est pas allé par quatre chemins, en écrivant :

Nous ne sommes pas satisfaits du BPIEPC en ce qui concerne le leadership et de la coordination à l’échelle nationale. Il suffit seulement de regarder les deux catastrophes nationales importantes cette année, le SRAS et [la] crise de l’ESB, pour constater l’absence évidente de leadership du BPIEPC ou de Santé Canada. Encore une fois, cela indique l’absence d’attitude profondément ancrée à tous les niveaux en ce qui concerne la gestion soutenue des situations d’urgence.

En juillet 2001, James Harlick, sous-ministre adjoint responsable du BPIEPC, a défini à l’intention du Comité les responsabilités du BPIEPC pour inclure la « sensibilisation des partenaires éventuels des provinces et des territoires ainsi que du secteur privé ». Étant donné ces responsabilités, le Comité trouve que les réponses reçues sont révélatrices et croit qu’elles reflètent une perception négative du BPIEPC sur des points fondamentaux.

Les résultats de l’enquête indiquent au Comité que près de la moitié des répondants ne savent pas ce qu’est le BPIEPC et, parmi ceux qui le savent, plus de la moitié n’en parlent pas en termes favorables.

 

Comme on pouvait s’y attendre, on a obtenu des résultats semblables lorsqu’on a demandé aux répondants : « Croyez-vous que le BPIEPC sera en mesure de coordonner une intervention nationale en cas de désastre ou d’urgence importante? Quelque 29 % des répondants affirment qu’ils ne le croient pas et 55 % déclarent ne pas connaître la réponse à cette question. Seulement 13 % des répondants croient que le BPIEPC peut intervenir en cas de désastre ou d’urgence capitale[121].

Le Comité rappelle la déclaration que le premier ministre Chrétien a faite lorsqu’il a ordonné la création du BPIEPC, il y a deux ans à peine : « Il est indispensable de protéger l’infrastructure essentielle du Canada contre les risques de panne ou de dérangement pour assurer la santé, la sécurité et le bien-être économique des Canadiens ». Le Comité constate aussi avec inquiétude le manque de confiance exprimé par les municipalités à l’égard du principal organisme voué à cette protection. 


C.   Évaluer l’efficacité

Lorsqu’on leur demande quelle serait à leur avis une intervention efficace, tous les répondants des grandes municipalités indiquent « résoudre la crise ». Une fois de plus, il existe une différence remarquable dans les réponses selon l’importance de la municipalité.

Les petites municipalités ont moins d’attentes relatives à leur capacité de résoudre une crise. Seulement 29,2 % des très petites municipalités déclarent que la résolution de la crise constituerait une intervention efficace, tandis que 20,8 % des répondants tenterait de résoudre ou contenir la crise, 33,3 % ont répondu seulement la contenir et un autre 16,7 % indiquent qu’ils tenteraient une première intervention[122].

Les résultats pour les petites et moyennes municipalités sont présentés dans les graphiques suivants.

Le Comité constate la différence dans les attentes et croit que les provinces et le gouvernement fédéral doivent trouver un moyen de hausser les attentes des municipalités petites et moyennes au niveau de celles des grandes municipalités. Fondamentalement, tous ont besoin de comprendre, qu’en cas de besoin, ils peuvent joindre quelqu’un d’autre pour obtenir de l’aide.

 

D.   Détermination du besoin d’améliorer la coordination nationale

À la question portant sur leur désir de liens plus étroits avec les gouvernements provincial et fédéral, la plupart des répondants indiquent leur volonté de resserrer ces liens. Quelque 80,6 % des répondants souhaitent établir des liens plus étroits avec le gouvernement fédéral et seulement 19,4 % indiquent qu’ils ne le désirent pas[123]

Souvent, ceux qui ne souhaitent pas de liens plus étroits mentionnent également qu’ils ont des relations satisfaisantes avec leur province et que leurs liens avec le gouvernement fédéral sont bien établis par l’entremise de leur gouvernement provincial.

Cependant, ceux qui désirent resserrer les liens se plaignent des relations actuelles entre les trois paliers de gouvernement et souhaitent avoir un accès plus direct au gouvernement fédéral. Un répondant explique que le fait de dépendre des ententes fédérales-provinciales-municipales traditionnelles pour planifier les mesures d’urgence et intervenir en cas de crises nuit à l’élaboration d’une approche nationale de la gestion des situations d’urgence. 

De plus, 65,2 % des répondants indiquent qu’ils souhaitent des liens plus étroits avec leur gouvernement provincial, tandis que 34,8 % déclarent qu’ils ne le souhaitent pas. Ces derniers expliquent souvent qu’ils ont déjà une bonne relation de travail avec leur gouvernement provincial[124]

Le répondant de Toronto résume ainsi :

Comme l’intervention en cas d’urgence commence à l’échelle locale, il faut que la voix locale soit entendue aux paliers provincial et fédéral car ce sont les ressources locales qui donnent les services et mettent en application les plans d’intervention. C’est particulièrement pertinent pendant les interventions en cas de catastrophes.

Le fait que les ententes traditionnelles prévoient le soutien des municipalités par le gouvernement provincial et le soutien des provinces par le gouvernement fédéral, crée une situation où il n’y a pas d’accès direct entre les paliers municipal et fédéral. La dépendance des ententes  fédérales-provinciales-municipales traditionnelles pour préparer les mesures d’urgence et intervenir en situation de crise nuit à l’élaboration d’une approche nationale des défis de gestion de crises et d’initiatives nouvelles. 

Désir de liens plus étroits avec les

gouvernements fédéral et provinciaux parmi les municipalités qui ont répondu[125]

 

Très petite

Petite

Moyenne

Grande

Ensemble

           

Fédéral

         

     Oui

75,0 %

75,0 %

93,3 %

85,7 %

80,6 %

     Non

25,0 %

25,0 %

6,7 %

14,3 %

19,4 %

           

Provincial

         

     Oui

60,0 %

55,6 %

81,3 %

71,4 %

65,2 %

     Non

40,0 %

44,4 %

18,8 %

28,6 %

34,8 %

Le Comité croit qu’une intervention nationale plutôt que fédérale est pertinente en matière de protection civile.


RECOMMENDATIONS: Chapitres 1 à 6

Le Comité recommande que :

1)    Santé Canada élabore un plan national pour contrer une flambée possible des cinq autres micro-organismes et qu’il en fasse rapport au Parlement et à la population d’ici au 31 mars 2005. (chapitre 1, page 14)

2)            que le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada négocie des ententes avec les gouvernements de l’Ontario et du Québec afin que les citoyens de toutes les provinces du Canada aient en temps opportun accès à des forces policières supplémentaires pour faire face à tout incident déclaré urgence nationale par le pouvoir provincial ou fédéral. (chapitre 2, page 22)

3)            les Forces canadiennes développent leur capacité d’intervenir dans les urgences nationales par les moyens suivants :

a)                faire en sorte que les Forces régulières soient équipées et formées pour répondre aux urgences graves au Canada et qu’ils participent à la planification d’urgences régionales;

b)               développer le rôle de la milice pour en faire une force de défense civile capable d’aider rapidement les autorités locales en cas d’urgences nationales;

c)                enfin, faire participer la milice à la planification et à la formation des mesures d’urgences de concert avec les municipalités de tout le pays.
(chapitre 2, page 23)

4)            le mandat de l’équipe d’intervention en cas de catastrophe (DART) soit modifié pour couvrir l’aide en cas de catastrophes au pays, et que, pour augmenter son efficacité, tout son personnel soit stationné à un seul endroit.
(chapitre 2, page 25)

5)            Santé Canada revoit en profondeur la façon qu’il administre et gère les dépôts d’urgence qui relèvent de lui, afin d’aider de façon plus efficace et efficiente les corps d’intervention de première ligne à protéger les Canadiens partout au pays. Cette révision devrait notamment faire en sorte que les responsables locaux :

a)                soient informés de l’emplacement de tout dépôt se trouvant à proximité;

b)               soient informés de la façon d’y accéder en cas d’urgence;

c)                se voient confier un rôle à cet égard;

d)               soient encouragés à inclure les dépôts dans leur planification. (chapitre 2, page 27)

6)            le gouvernement fédéral accorde quatre autres années de crédits (5 millions de dollars par an) pour l’achat d’équipement de protection contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. (chapitre 2, page 29)

7)            le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) organise ses archives sur les leçons tirées du passé de façon à ce que celles-ci :

a)                soient à la fois à jour et remontent loin dans le passé;

b)               soient accessibles et utiles à ceux qui ont le plus besoin d’en tirer profit pour aider les Canadiens, les premiers intervenants. (chapitre 2, page 36)

Le Comité :

8)            souscrit aux recommandations du Comité consultatif national sur le SRAS et la santé publique (le Comité Naylor) et recommande au gouvernement d’y donner suite 34.
(chapitre 3, page 41)

9)            recommande que le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) négocie des protocoles d’entente liant les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et prescrivant en détails leurs responsabilités respectives en matière de préparation aux situations d’urgences autant que d’intervention en pareille éventualité. (chapitre 3, page 43)

Comme suite à la recommandation 3(b), le Comité recommande que :

10)       les membres de la Milice des Forces canadiennes soient équipés et formés pour l’intervention d’urgence, et

11)       le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) inclue la Milice des Forces canadiennes dans les ressources fédérales d’intervention d’urgence et que les premiers intervenants connaissent dans les détails l’effectif et les moyens de la Milice.
(chapitre 3, page 49)

Le Comité recommande que :

12)        pour assurer que les autorités ont le pouvoir et la capacité d’interrompre des émissions de radio et de télévision en cas d’urgence,

a)                le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) prépare des normes pour l’établissement de systèmes d’avertissement de la population en cas d’urgence s’appliquant à toutes les provinces et tous les territoires;

b)               le gouverneur en conseil, par décret, ordonne au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes de préparer la réglementation qui s’impose pour obliger tous les diffuseurs publics et privés à collaborer à l’établissement de systèmes provinciaux, territoriaux et national d’avertissement de la population;

c)                un site Web national sur les situations d’urgence proposant des liens avec des sites Web provinciaux et territoriaux soit mis sur pied pour communiquer par Internet de l’information et des instructions en cas d’urgence nationale.
(chapitre 4, pages 58-59)

13)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) favorise l’implantation d’un système semblable au « Reverse 911 » dans toutes les municipalités, en finançant au moins le tiers du coût, le reste devant être partagé entre les provinces/territoires et les municipalités[126].
(chapitre 4, page 59)

14)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) entame des négociations pour doter l’ensemble des équipes de premiers intervenants d’appareils de télécommunication portables, le gouvernement fédéral finançant au moins le tiers du coût et le reste devant être partagé entre les provinces/territoires et les municipalités. (chapitre 4, page 59)

15)        chaque niveau de gouvernement se dote de la capacité de communiquer avec les premiers intervenants sur son territoire et les autres niveaux de gouvernement. Tous les systèmes devraient être assortis d’une capacité de télécommunication sans fil de secours[127]. (chapitre 4, page 59)

16)        le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) soit davantage à l’écoute des besoins des premiers intervenants dans l’ensemble des collectivités du pays. (chapitre 4, page 64)

17)       la législation pertinente soit modifiée de façon à contraindre le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) à :

a)                effectuer des évaluations pour s’assurer que tous les ministères et organismes fédéraux sont en mesure de maintenir leurs activités en temps de crise et que leurs plans d’intervention sont effectifs;

b)                compiler et tenir à jour, en collaboration avec toutes les municipalités canadiennes, des listes des points faibles apparents, des moyens d’intervention d’urgence et des lacunes dans les moyens;

c)                tenir des réunions avec leurs homologues provinciaux et territoriaux pour discuter des lacunes révélées en 10 b);

d)               mener des exercices d’urgence nationaux en collaboration avec les autres niveaux de gouvernement et préparer des analyses sur les « leçons apprises »;

e)                agir comme centre de répartition pour venir en aide aux autres niveaux de gouvernement, en communiquant au besoin à d’autres administrations les « leçons apprises » par les provinces, les territoires et les municipalités.
(chapitre 4, pages 65-66)

Le Comité recommande que :

18)       le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile demande au Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC) de restructurer le système afin de s’assurer que les préoccupations et les problèmes des municipalités sont pleinement pris en compte dans les structures et la planification des mesures d’urgence;

a)                le ministre s’assure que de nouveaux protocoles efficaces de partage de données et des ententes d’aide mutuelle soient mis en place entre les paliers fédéral, provincial, territorial et municipal de gouvernement;

b)               le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence, d’autres paliers de gouvernement et les ministères fédéraux concernés, élabore des procédures fondées sur des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

c)                le BPIEPC, en coopération avec les services municipaux d’intervention d’urgence et les gouvernements  provinciaux et territoriaux, élabore des « pratiques exemplaires » pour faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles ou causées par l’homme;

d)               le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants de l’ensemble du pays afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

e)                le BPIEPC encourage et finance la mise en place d’un système d’examen par les pairs parmi les gestionnaires des situations d’urgence et les premiers intervenants afin de s’assurer qu’ils appliquent les meilleures pratiques et de favoriser leur interopérabilité;

f)                  le ministre s’assure que tous les accords prévoyant le versement de fonds aux gouvernements provinciaux et territoriaux fassent état du pourcentage des fonds destinés aux premiers intervenants municipaux;

g)               le BPIEPC soit chargé d’établir et de publier les rapports suivants :

i)       dans les soixante (60) jours de la situation d’urgence nationale, un rapport préliminaire public suivi, moins d’un an après la situation d’urgence, d’un rapport public officiel faisant état des leçons apprises et des diverses interventions effectuées et

ii)    un rapport annuel de ses activités au Parlement.  Ce rapport doit mettre l’accent sur les mesures prises par le Bureau pour améliorer la capacité d’intervention du Canada dans les situations d’urgence et faire état des écarts perçus entre les ressources et les capacités des premiers intervenants.
(chapitre 5, pages 73-74)

19)       de verser aux grandes agglomérations des fonds proportionnels afin de les indemniser pour l’aide qu’elles fournissent aux villes de la région. (chapitre 5, page 78)


[1]Thomas S. Axworthy, Témoignages, Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 24, 37e législature, 2e session (29 septembre 2003).

[2] Dans une étude menée en 1998 pour le compte de Justice Canada, près de 22 pour cent des ménages canadiens interrogés ont dit posséder une arme à feu, comparativement à 48,6 pour cent des ménages américains. L’étude a aussi montré que les répondants américains risquaient beaucoup plus d’être victimes d’une agression armée. Voir Richard Block, « Les armes à feu au Canada et dans huit autres pays occidentaux : résultats choisis du Sondage international de 1996 (auprès des victimes) de crime », (Ottawa : ministère de la Justice Canada, janvier 1998) vi-vii. Disponible à : http://canada.justice.gc.ca/fr/ps/rs/rep/ wd97-3a-fl. Dernière consultation : le 13 novembre 2003.

[3] Christopher Guly, “Ottawa Aiming to Thwart Cyber-Terrorists,” The Globe and Mail, le jeudi 26 juin 2003, p. B18.

[4] Thomas V. Inglesby, et coll., “Consensus Statement - Anthrax as a Biological Weapon,” Journal of the American Medical Association, 281.18 (mai 1999). Disponible à : http://jama.ama-assn.org/cgi/content/full/ 281/18/1735?#REF-JST80027-1. Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[5] Centres for Disease Control and Prevention (CDC), “Smallpox Questions and Answers: The Disease and the Vaccine,” (31 mars 2003). Disponible à : http://www.bt.cdc.gov/agent/smallpox/overview/faq.asp. Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[6] CDC, “Frequently Asked Questions About Plague” (3 octobre 2002). Disponible sur : http://www.bt.cdc.gov /agent/plague/faq.asp. Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[7] CDC, “Fact Sheet on Botulism,” (14 octobre 2001). Disponible à : http://www.bt.cdc.gov/agent/botulism/ factsheet.pdf. Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[8] David T. Innis, et coll. “Tularemia as a Biological Weapon: Medical and Public Health Management,” Journal of the American Medical Association 285.21 (juin 2001) : 2763. Disponible à : http://www.bt.cdc.gov/Agent/Tularemia/TularemiaConsensus.pdf.  Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[9] Peter B. Jahrling, “Viral Hemorrhagic Fevers,” Medical Aspects of Chemical and Biological Warfare, Direction : Frederick R. Sidell, Ernest T. Takafuji, et David R. Franz, (Washington, D.C.: Office of the Surgeon General, 1997). Disponible à : http://www.nbc-med.org/SiteContent/HomePage/WhatsNew/MedAspects/ contents.html. Dernière consultation : le 7 novembre 2003.

[10] Joseph Cirincione avec Jon Wolfsthal et Miriam Rajkumar, Deadly Arsenals: Tracking Weapons of Mass Destruction, (Washington, D.C.: Carnegie Endowment for International Peace, 2002) 57-60, 62.

[11] Santé Canada, « Le bioterrorisme et la santé publique », Relevé des maladies transmissibles au Canada, 27-04 (15 février 2001). Disponible à : http://www.hc-sc.gc.ca/pphb-dgspsp/publicat/ccdr-rmtc/01vol27/ dr2704fa.html. Dernière consultation : le 16 octobre 2003.

[12] Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile (BPIEPC), « le Bureau de la protection des infrastructures essentielles et de la protection civile » (12 décembre 2003). Affiché au site suivant : http://www.ocipep.gc.ca/whoweare/index_f.asp. Dernière visite: 12 janvier 2004.

[13] James Harlick, Témoignages, Délibérations du Comité sénatorial permanent de la défense et de la sécurité, fascicule 2, 37législature, 1re session (19 juillet 2001).

[14] BPIEPC, Feuillet d’information : Stratégie nationale d’atténuation des catastrophes (janvier 2003). Affiché au site : http://www.ocipep.gc.ca/info_pro/ fact_sheets/general/P_NDMS_f.asp. Dernière visite : 4 novembre 2003.

[15] L’honorable Anne McLellan, c.p., députée. « Note pour une allocution devant le centre des opérations d’Emergency Management Alberta à Edmonton » (18 décembre 2003). Affiché au site suivant : http://www.sgc.gc.ca/publications/speeches/20031218_f.asp. Dernière visite: 12 janvier 2004.

[16] Michel D'Avignon, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 2, 37législature, 1re session (19 juillet 2001).

[17] Gendarmerie royale du Canada, Entente sur les services de police provinciaux : Interprétation et procédures administratives (Ottawa : GRC, 1995) 60, 62.

[18] Greg Maddison, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 14, 37e législature, 1re session (6 mai 2002).

[19] Ron St. John, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 10, 37e législature, 2e session (10 février 2003).

[20] Les emplacements exacts des divers éléments des stocks de fournitures sont secrets.

[21] St. John, Témoignage (10 février 2003).

[22] Tait était chef des pompiers  lorsqu’il a témoigné devant le Comité en mars 2003. Il a pris sa retraite plus tard cette année.  Voir Glen Tait, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 13, 37e législature, 2e session (31 mars 2003); David Blackmore, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 13, 37e législature, 2e session (31 mars 2003); Bruce Burrell, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 22, 37e législature, 2e session (23 septembre 2003).

[23]Grant Purves, Notes de la visite du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense à Windsor (20 février 2003).

[24]Les réponses au questionnaire du Comité sont analysées dans le chapitre 6 du présent rapport.

[25] Différentes formes d’EISU pourraient être nécessaires; il pourrait s’agir d’équipes d’intervention rapide, d’équipes « de base » plus petites provenant de petites localités comme de grandes villes, et d’équipes spécialisées pouvant fournir une expertise dans un domaine précis. En outre, le personnel préformé et équipé nécessite un soutien financier, administratif et informatique suffisant.

[26] L’honorable John McCallum, c.p., Lettre à Dave Hill, président du [Albertan] Capital Region Emergency Preparedness Partnership (6 janvier 2003): 2.

[27]McCallum, Lettre à Dave Hill, 2.

[28] Deryl Kloster, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 9, 37e législature, 2e session (28 janvier 2003).

[29] Cal Johnston, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 7, 37e législature, 2e session (27 janvier 2003).

[30]D'Avignon, Témoignage (19 juillet 2001).

[31] Mike Theilmann, Témoignages, Délibérations du Comité, fascicule 2 37e législature, première session 19 juillet 2001).

[32] St. John, Témoignage (10 février 2003).

[33] Santé Canada, Grippe aviaire (3 février 2004). Affichée au site http://www.hc-sc.gc.ca/français/ diseases /flu/avian.html. Dernière visite : 3 février 2004; Santé Canada, Virus du Nil occidental (26 juin 2003). Affiché au site : http://www.hc-sc.gc.ca/français/westnile/surveillance.html. Dernière visite: 28 janvier 2004.

[34] Agriculture et Agroalimentaire Canada, Système d’intervention en cas d’urgence dans le secteur agroalimentaire (janvier 1999) 1.

[35] Le 13 février 2004, après que le Comité eut terminé la rédaction de ce rapport, Santé Canada a publié le Plan canadien de lutte contre la pandémie d’influenza afin « d’aider toutes les instances en ce qui a trait aux principales composantes de la planification, notamment, la surveillance […] les services de santé, les services d'urgence, les mesures de santé publique et les communications », comme il est écrit en préface. Le Comité est intéressé par le plan mais n’a pas eu le temps de l’examiner avant la fin de son rapport. On trouve le plan au site suivant : http://www.hc-sc.gc.ca/pphb-dgspsp/cpip-pclcpi/index_f.html

[36] Comité consultatif sur le SRAS et la santé publique, « Leçons de la crise du SRAS - Renouvellement de la santé publique au Canada » (15 octobre 2003). Disponible à : http://www.hc-sc.gc.ca/english/ protection/warnings/sars/learning/ EngSe30_exec.htm. Dernière consultation : le 6 novembre 2003.

[37] Comité consultatif national sur le SRAS et la santé publique, « Leçons de la crise du SRAS - Renouvellement de la santé publique au Canada : Sommaire », (15 octobre 2003).

[38] Les recommandations du Comité Naylor sont annexées au présent rapport.

[39]Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, « Réforme de la protection et de la promotion de la santé au Canada : Le temps d’agir », (novembre 2003). Disponible à : /fr/Content/SEN/Committee/372/SOCI/rep/repfinnov03-f. Dernière consultation : le 13 janvier 2004.

[40] Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, « Réforme de la protection et de la promotion de la santé au Canada : Le temps d’agir », (novembre 2003).

[41] Sheela Basrur, « Témoignages », Délibérations du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, Fascicule 26, 37e législature, 2e session. (le 30 octobre 2003).

[42] Harlick, « Témoignages », le 19 juillet 2001.

[43] Janet Bax, « Témoignages », Délibérations du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, Fascicule 25, 37e législature, 2e session, (le 20 octobre 2003).

[44] St. John, « Témoignages », (le 10 février 2003).

[45] Bax, « Témoignages », (le 20 octobre 2003).

[46] Bax, « Témoignages », (le 20 octobre 2003).

[47] Tait, « Témoignages », (le 31 mars 2003).

[48] Mike Theilmann, « Témoignages », Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 17, (le 19 juin 2002).

[49] Theilmann, « Témoignages », (le 19 juin 2002).

[50] Bax, « Témoignages », (le 20 octobre 2003).

[51] Randy Wolsey, « Témoignages », Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 9, 37e législature, 2e session, (le 28 janvier 2003).

[52] Blair McGregor, « Témoignage tiré du Rapport d’une visite d’étude : Vancouver », Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, 37e législature, 2e session, (le 30 janvier 2003).

[53] Brian Travis, « Témoignage tiré du Rapport d’une visite d’étude : Vancouver », Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, 37e législature, 2e session, (le 30 janvier 2003).

[54] Les recommandations du Comité Naylor sont annexées au présent rapport.

[55] Alan Bartley, Témoignage, Délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 2, 37e législature, 1ère session, (19 juillet 2001).

[56] Dave Quick, Témoignage, Délibérations du Comité, Fascicule 7, 37législature, 2e session (27 janvier 2003).

[57] Basrur, Témoignage (30 octobre 2003).

[58] Le Comité a mentionné les ministères prioritaires dans un rapport intitulé Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues au monde (octobre 2003) 158. Il s’agit des ministères qui, selon le Comité, qui devraient faire partie d’un comité supérieur de sécurité nationale : Affaires étrangères, Défense nationale, Solliciteur général (maintenant Sécurité publique et Protection civile), Santé Canada, Finances, Justice et Immigration.

[59] Bartley, Témoignage (19 juillet 2001).

[60] Emergency Management Alberta, Emergency Public Warning System (document non daté). Pour le consulter : http://www3.gov.ab.ca/ma/ema/epws.cfm. Dernière visite: 31 octobre 2003.

[61] « Reverse 911 » est un exemple de système d’avertissement collectif qui repose sur la technologie des bases de données et de l’information géographique pour saturer des secteurs précis à raison d’un maximum de 1 000 appels par heure.

[62] Access Toronto est une ligne publique d’information qui offre divers services pour aider les citoyens à obtenir de l’information concernant l’administration municipale de Toronto. Access Toronto offre de l’information sur les programmes, les événements et les services offerts par la ville, de l’information sur la circulation et les transports, des services linguistiques et les coordonnées des employés et des services de la ville.

[63] Barry Gutteridge, Témoignage, Délibérations du Comité, Fascicule 26, 37e législature, 2e session (30 octobre 2003). M. Gutteridge est commissaire au Département des travaux et services d’urgence de la ville de Toronto.

[64] Dans toute crise où il y a panne de courant, certaines formes de communication sont impossibles.

[65] Martin Rudner, Témoignage, Délibérations du Comité, Fascicule 16, 37législature, 2e session (3 juin 2002).

[66] Neil McKerrell, Témoignage, Délibérations du Comité, Fascicule 26, 37législature, 2e session (30 octobre 2003).

[67] La collectivité de la sécurité et du renseignement réunit le BCP, le ministère de la Défense (responsable du Centre de la sécurité des télécommunications), le ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile (responsable du BPIEPC, du Service canadien de renseignement de sécurité et de la GRC), le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, Citoyenneté et Immigration Canada, l’Agence des douanes et du revenu du Canada, l’Agence des services frontaliers du Canada, le ministère de la Justice et Transports Canada.

[68] Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Les côtes du Canada : Les plus longues frontières mal défendues au monde, volume 1, (Ottawa, octobre 2003) 126‑7, 131.

[69] Bureau du premier ministre, Document sur les changements au gouvernement pour garantir la santé et la sécurité du public au Canada (12 décembre 2003). Consultez : http://www1.pm.gc.ca/fra/news.asp?id=8. Dernière visite : 13 janvier 2004.

[70] Harlick, Témoignage (20 octobre 2003), 25:17‑18.

[71] Harlick, Témoignage (20 octobre 2003), 25: 18.

[72] Michael Lester, Témoignage, Délibérations du Comité, Fascicule 22, 37législature, 2e session (23 septembre 2003).

[73] BPIEPC, Summary – Assessment A – OCIPEP, document non publié, non paginé (24 septembre 2001). Source : Demande, Accès à l’information et protection des renseignements personnels,  A0041733-1-003492.

[74] Harlick, Témoignage (20 octobre 2003), 25:24-26.

[75] Harlick, Témoignage (20 octobre 2003), 25:26. Une partie de ce passage est tirée de la fin du chapitre 2 du présent rapport.

[76] Harlick, Témoignage (20 octobre 2003).

[77] « Reverse 911 » est un exemple de système d’avertissement collectif qui repose sur la technologie des bases de données et de l’information géographique pour saturer des secteurs précis à raison de 1 000 appels par heure.

[78] Dans toute crise où il y a panne de courant, certaines formes de communication sont impossibles.

[79] Fantino, Lettre  (8 mars 2002): 4.

[80] Julian Fantino, Lettre (27 mars 2002). Citée par Grant Purves dans sa  Note d’information – Premiers intervenants, document de la Bibliothèque du Parlement établi pour le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense (27 janvier 2003).

[81] William Pasel, Témoignages, délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 13, 37e Législature, 2e Sess. (31 mars 2003).

[82] Deryl Kloster, Lettre au sénateur Colin Kenny (18 février ) : 3.

[83] Sheela V. Basrur, Lettre à Barbara Reynolds, greffière du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Citée par le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense dans son rapport intitulé L’état de préparation du Canada sur les plans de la sécurité et de la défense, annexe 2, (Ottawa : février 2002) 145.

[84] Julian Fantino, Témoignages, délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 14, 37e Législature, 2e Sess. (6 mars 2002).

[85] Cal Johnston, Témoignages, délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 7, 37e Législature, 2e Sess., (27 janvier 2003).

[86] Dave Hill, Témoignages, délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 9, 37e Législature, 2e Sess., (28 janvier 2003).

[87] Partenariat sur la protection civile de la région de la capitale, Note d’information à l’intention du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense pour les audiences tenues à Edmonton (28 janvier 2003).

[88] Dave Hill, Lettre au Premier ministre Chrétien (16 octobre 2002) : 2. Copie reçue par le Comité en février 2003.

[89] Les autres villes albertaines qui se mobiliseraient pour venir en aide aux petites agglomérations sont Fort McMurray, Grande Prairie, Red Deer, Calgary, Lethbridge et Medicine Hat.

[90] Wolsey, Témoignages (28 janvier 2003).

[91] Wolsey, Témoignages (28 janvier 2003).

[92] Purves, Notes sur la visite … à Windsor (27 février 2003).

[93] Tait, Témoignages (31 mars 2003).

[94] Blackmore, Témoignages (31 mars 2003).

[95] Rudy Fries, Témoignages, délibérations du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, Fascicule 13, 37e Législature, 2e Sess. (31 mars 2003).

[96] La version révisée de deux questions a été envoyée par la suite.

[97] Ces données signifient que les huit grandes municipalités, 14 des 22 municipalités de taille moyenne (à l’exception d’une qui n’a pas répondu), 15 des 23 petites municipalités et 13 des 32 très petites municipalités ont dit qu’elles avaient un fonctionnaire chargé exclusivement de coordonner les interventions d’urgence.

[98] Ces données signifient que 5 des 22 municipalités de taille moyenne (à l’exception d’une qui n’a pas répondu), 6 des 23 petites municipalités et 11 des 32 très petites municipalités ont dit que le responsable des mesures d’urgence était également chef du service des incendies.

[99] Ces catégories ne sont pas exhaustives et les répondants pouvaient donner plusieurs réponses, ce qui explique que le chiffre total est supérieur aux nombre de réponses reçues par le Comité.

[100] Les données figurant dans ce tableau excluent une grande municipalité, 3 municipalités moyennes, 6 petites municipalités et 4 très petites municipalités qui n’ont pas répondu à la question. 

[101] Ces données signifient que 32 des 86 répondants croient avoir une vulnérabilité liée à la présence d’un port et que 10 des 86 répondants croient avoir une vulnérabilité liée à la frontière.

[102] Il est à signaler que nous avons posé une question libre aux répondants sans leur proposer aucune échelle de degrés de préparation.  Les résultats présentés ici découlent donc de l’analyse des réponses à une question libre. Les grandes villes considérées comme étant prêtes à faire face à une urgence grave ont démontré une confiance manifeste dans leur capacité d’intervention, quelle que soit l’urgence.  Quant aux villes considérées comme étant à peu près prêtes,  elles ont indiqué leur capacité à affronter certains types ou la plupart des situations d’urgence capitale, mais seulement durant une période limitée.  Lorsqu’une municipalité se dit prête à affronter une situation d’urgence mineure, cela signifie qu’elle a la capacité de composer avec des problèmes courants comme un incendie, une évacuation de petite envergure et d’autres situations qui ne déclenchent pas l’état d’urgence à la grandeur de la ville.  Lorsqu’une municipalité est à peu près prête à faire face à une urgence mineure, cela signifie qu’elle est potentiellement incapable d’intervenir efficacement face à ce qui est généralement considéré comme un problème de routine. 

[103] Le nombre de non‑réponses à cette question, par catégorie, est le suivant : très petites, 4; petites, 6; moyennes 3; grandes, 0.

[104] Ces données indiquent que 6 des 8 grandes municipalités et 36 des 65 municipalités de taille moyenne à très petite (à l’exception de 13 qui n’ont pas répondu) ont répondu qu’elles étaient satisfaites à la question à volets multiples suivante : « Votre municipalité est‑elle satisfaite de la structure locale et régionale de commandement et de communication?  Faudrait‑il mettre en place une structure plus centralisée et davantage unifiée?  Dans l’affirmative, pourquoi cette dernière structure n’est‑elle par établie? »  Vingt municipalités de taille moyenne à très petite sur 65 (à l’exception de 13 qui n’ont pas répondu) ont répondu qu’elles étaient à peu près satisfaites.

En raison de la nature de la question, il a été difficile de classer les réponses.  Par exemple, de nombreux répondants n’ont pas précisé s’ils parlaient de la structure régionale ou locale de commandement.   Les villes classées comme étant à peu près satisfaites ont exprimé leur satisfaction générale et formulé des plaintes et des suggestions visant l’amélioration de la structure de commandement ou de communication.

[105] Ces données indiquent que 19 des 77 municipalités (à l’exception de 9 qui n’ont pas répondu) ont précisé être capables d’interrompre la diffusion des émissions de télévision et 22 des 77 municipalités ont précisé qu’elles étaient capables d’interrompre la diffusion des émissions de radio.

[106] Ces données indiquent que 47 des 58 municipalités incapables d’interrompre la diffusion des émissions de télévision (6 n’ont pas répondu) et 49 des 55 municipalités incapables d’interrompre la diffusion des émissions de radio (2 n’ont pas répondu) ont dit qu’elles diffuseraient leurs messages en coopération des diffuseurs.

[107] Ces données signifient que 10 des 77 municipalités (à l’exception de 9 qui n’ont pas répondu) ont précisé avoir entreposé une quantité suffisante de fournitures d’urgence et que 21 des 77 municipalités ont clairement indiqué ne pas avoir entreposé de fournitures d’urgence.

[108] Ces données signifient que 32 des 77 municipalités (à l’exception de 9 qui n’ont pas répondu) ont dit savoir où trouver des fournitures dans le secteur privé.  Ces réponses n’annulent pas les précédentes car elles correspondent à deux questions différentes, l’une sur la localisation de fournitures dans le secteur privé et l’autre, sur l’entreposage de fournitures.

[109] Les données de cette phrase indiquent que 52 des 78 municipalités (à l’exclusion de 8 non-réponses) ignoraient l’existence des caches.

[110] Les données de cette phrase indiquent que 18 des 78 municipalités (à l’exclusion de 8 non-réponses) étaient au courant de l’existence des caches mais ne savaient pas comment y accéder.

[111] Les données de cette phrase indiquent que 8 des 78 municipalités (à l’exclusion de 8 non-réponses) connaissaient l’existence des caches et savaient comment y accéder.

[112] Les données de ce paragraphe indiquent que 56 des 68 municipalités (à l’exclusion de 10 non-réponses) auraient besoin d’aide et que 12 des 68 municipalités auraient peut-être besoin d’aide en cas d’urgence CBRN.

[113] Cette phrase indique que 6 grandes municipalités sur 6 (à l’exclusion de 2 non-réponses) ont répondu avoir reçu peu ou pas d’aide par le passé.

[114] Des 8 grandes municipalités, 4 s’attendent à recevoir peu ou pas d’aide à l’avenir, 3 des 8 veulent de l’aide à l’avenir, 1 des 8 souhaite avoir toute l’aide nécessaire à l’avenir.

[115] Les données de ce paragraphe indiquent que 6 de 64 petites municipalités (à l’exclusion de 14 non-réponses) espèrent avoir un soutien considérable ou total en cas d’urgence, que 31 des 64 s’attendent à recevoir toute l’aide nécessaire pour résoudre la crise et que 22 des 64 municipalités veulent avoir de l’aide.

[116] Les données de ce paragraphe indiquent que 32 des 67 municipalités (à l’exclusion de 19 non-réponses) trouvent le principal programme de financement fédéral (PCPC) utile à la préparation de leur municipalité aux situations d’urgence et que 15 des 67 municipalités (à l’exclusion de 19 non-réponses) trouvent le PCPC plutôt utile.

[117] Les données de cette phrase montrent que 16 des 27 très petites municipalités (à l’exclusion de 5 non-réponses), 5 des 16 petites municipalités (à l’exclusion de 8 non-réponses), 8 des 17 moyennes municipalités (à l’exclusion de 6 non-réponses) et 3 des 7 grandes municipalités (à l’exclusion de 1 non-réponse) trouvent le principal programme de financement fédéral (PCPCP) utile à la préparation de leur municipalité aux situations d’urgence.

[118] Les données de cette phrase indiquent que 32 des 71 municipalités (à l’exclusion de 15 non-réponses) ont répondu, à la question 5.6, ne pas être connaître suffisamment le BPIEPC pour faire des commentaires.

[119] Les données de cette phrase révèlent que 27 des 71 municipalités (à l’exclusion de 15 non-réponses) ne sont pas satisfaites du BPIEPC, et que 7 des 71 sont satisfaites.

[120] Les données de ce paragraphe et celles du graphique ci-dessous indiquent que 5 des 8 grandes municipalités ne sont pas satisfaites du BPIEPC, que 9 des 26 très petites municipalités (à l’exclusion de 6 non-réponses) ont une certaine connaissance du BPIEPC et que 2 des 26 très petites municipalités sont satisfaites du leadership et de la coordination offerts par le BPIEPC.

[121] Les données de ce paragraphe indiquent que parmi 69 municipalités (à l’exclusion de 17 non-réponses), 20 n’ont pas confiance, 38 répondent qu’elles ne peuvent pas savoir et 9 disent qu’elles ont confiance en la capacité du BPIEPC de coordonner une urgence nationale.

[122] Les données de ce paragraphe indiquent que 7 municipalités sur 28 (à l’exclusion de 8 non-réponses) tenteraient de résoudre la crise, 5 sur 28 chercheraient à la résoudre ou à la contenir, 8 sur 28 tenteraient de la contenir et 4 sur 28 tenteraient une première intervention.

[123] Cette phrase indique que 50 municipalités sur 62 (à l’exclusion de 24 non-réponses) souhaitent établir des liens plus étroits avec le gouvernement fédéral et 12 sur 62 disent ne pas avoir ce désir.

[124] 43 municipalités sur 66 (à l’exclusion de 20 non-réponses) souhaitent des liens plus étroits avec le gouvernement provincial et 23 sur 66 n’ont pas ce désir.

[125] Les données de ce graphique indiquent que 50 des 62 municipalités (à l’exclusion de 24 non-réponses) ont exprimé le désir d’établir des liens plus étroits avec le gouvernement fédéral et que 12 des 62 ont dit ne pas vouloir de liens fédéraux étroits; elles montrent aussi que 43 des 66 municipalités (à l’exclusion de 20 non-réponses) veulent des liens plus étroits avec le gouvernement provincial et que 23 des 66 n’ont pas ce désir.

34 Les recommandations du Comité Naylor sont annexées au présent rapport.

[126] « Reverse 911 » est un exemple de système d’avertissement collectif qui repose sur la technologie des bases de données et de l’information géographique pour saturer des secteurs précis à raison de 1 000 appels par heure.

[127] Dans toute crise où il y a panne de courant, certaines formes de communication sont impossibles.


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