LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 3 juin 2021
Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd’hui, à 11 h 30 (HE), par vidéoconférence, pour étudier toute question concernant les relations étrangères et avec le Commonwealth en général, tel que précisé à l’article 12-7(4).
Le sénateur Peter M. Boehm (président) occupe le fauteuil.
[Traduction]
Le président : Je souhaite la bienvenue aux honorables sénateurs, aux témoins, au personnel du Sénat et à ceux et celles qui nous regardent peut-être des quatre coins du Canada, à cette séance du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.
Je m’appelle Peter Boehm, sénateur de l’Ontario et président du comité.
Avant de commencer, je veux présenter les membres du comité qui participent à la séance d’aujourd’hui : le sénateur Douglas Black, de l’Alberta; la sénatrice Gwen Boniface, de l’Ontario; la sénatrice Mary Coyle, de la Nouvelle-Écosse; la sénatrice Marty Deacon, de l’Ontario; le sénateur Stephen Greene, de la Nouvelle-Écosse; le sénateur Peter Harder, c.p., vice-président, de l’Ontario; le sénateur Thanh Hai Ngo, vice-président, également de l’Ontario; la sénatrice Ratna Omidvar, de l’Ontario; et le sénateur Mohamed-Iqbal Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.
[Français]
Aujourd’hui, nous tenons une séance virtuelle du comité. Les membres sont priés de garder leur micro en sourdine en tout temps, à moins que le président leur donne la parole.
Après quelques faux départs en raison des mesures imposées par la santé publique, le comité donne le coup d’envoi à une toute nouvelle étude spéciale, qui porte sur la réponse internationale du Canada à la pandémie de COVID-19.
Dans le court délai dont nous disposons, nous espérons être en mesure de cerner les changements qu’il faut apporter à la politique étrangère et de développement du Canada à mesure que le monde s’engage dans une phase de reprise.
[Traduction]
Pour lancer notre étude, nous avons l’honneur de recevoir, pendant la première heure de notre séance, la ministre du Développement international du Canada, l’honorable Karina Gould. Bienvenue, madame la ministre, et merci de prendre le temps de témoigner devant le comité.
Je présenterai également les fonctionnaires qui représentent Affaires mondiales Canada : Leslie MacLean, sous-ministre au Développement international; Elissa Golberg, sous-ministre adjointe aux Politiques stratégiques; et Joshua Tabah, directeur général, Santé et nutrition, du Secteur des enjeux mondiaux et du développement.
Bienvenue à tous. Je dois dire que c’est toujours un grand plaisir que de voir d’anciens collègues.
Après la déclaration d’ouverture de la ministre, nous passerons aux questions des sénateurs. Madame la ministre, je vous souhaite de nouveau la bienvenue. La parole, tout comme l’écran, sont à vous.
L’honorable Karina Gould, c.p., députée, ministre du Développement international : Je vous remercie beaucoup de l’invitation. Je suis enchantée de m’entretenir avec vous et de tous vous voir de manière virtuelle. Je suis désolée de ne pas participer en personne à la séance.
Je remercie le comité de m’avoir invitée à parler de la manière dont le gouvernement du Canada collabore avec ses partenaires internationaux pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et pour favoriser la reprise mondiale.
[Français]
J’ai eu le plaisir de prendre la parole devant le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, le 29 avril dernier, sur certaines de ces mêmes questions fort importantes.
[Traduction]
La pandémie de COVID-19, qui ne cesse d’évoluer, a créé une situation sans précédent dans le cadre de laquelle la collaboration mondiale n’a jamais été aussi importante pour la reprise sanitaire et économique. Le Canada préconise une réaction mondiale coordonnée à la pandémie et est déterminé à soutenir les plus marginalisés et les plus vulnérables.
Par exemple, dans le cadre de son initiative conjointe avec la Jamaïque et les Nations unies pour le financement du développement à l’ère de la COVID-19 et au-delà, le Canada collabore avec la communauté internationale pour concevoir des approches concrètes afin de contrer les répercussions socioéconomiques et financières de la pandémie.
Le premier ministre Trudeau a convoqué conjointement des dirigeants mondiaux dans le cadre de l’initiative de financement du développement afin de discuter de questions clés ayant un lien avec l’architecture de la dette internationale et la liquidité. Au cours de cette réunion, des dirigeants de pays développés ont souligné que la reprise économique de leur pays était conditionnelle à l’accès équitable et rapide aux vaccins.
[Français]
Permettez-moi d’aborder les mesures que le gouvernement du Canada prend activement face à cette priorité absolue.
[Traduction]
Nous avons mobilisé plus de 2,5 milliards de dollars en aide internationale pour réagir à la pandémie de COVID-19. Une bonne part de cet investissement est allée à des organisations internationales et à des partenaires multilatéraux.
Nous avons agi à titre de chef de file mondial en mobilisant l’intervention sanitaire internationale pour les pays en développement, notamment en fournissant des tests, des traitements et des vaccins à ceux qui en ont le plus besoin. Le Canada était à l’avant-garde de la création du projet d’Accélérateur ACT et de COVAX. À ce jour, il a versé 1,3 milliard de dollars à l’Accélérateur ACT, y compris une somme de 375 millions de dollars annoncée récemment par le premier ministre.
Nous offrons du soutien pour veiller à ce que les femmes et les filles du monde entier puissent continuer d’avoir accès à des services de santé sexuelle et reproductive et de protection des droits malgré les restrictions. Nous appuyons également nos organisations partenaires de la société civile pour modifier leurs activités et assurer la continuité des services et de l’éducation. En 2021, dans le cadre de l’année d’action Nutrition pour la croissance, nous avons également parrainé l’aide alimentaire et des solutions en matière de nutrition pour les personnes les plus vulnérables du monde.
Le Canada continuera de favoriser la collaboration internationale dans le cadre de forums multilatéraux pour s’assurer que les efforts de préparation et le renforcement des systèmes soient guidés par un souci d’équité afin de soutenir les plus pauvres et les plus vulnérables.
[Français]
Le Canada est déterminé à faire face aux vastes répercussions sanitaires, sociales et économiques de la pandémie, tant au pays qu’à l’étranger. Cette approche est essentielle pour contenir l’épidémie et assurer une reprise durable pour tous.
[Traduction]
Sur ce, je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
Le président : Je vous remercie beaucoup de votre déclaration, madame la ministre. Je voudrais signaler l’arrivée de la sénatrice Salma Ataullahjan, de l’Ontario, et du sénateur Leo Housakos, du Québec.
[Français]
Chers collègues, avant de passer à la période de questions, je rappelle aux membres du comité d’utiliser la fonction « lever la main » pour signaler leur souhait d’être ajouté à la liste que tient notre greffière, Mme Gaëtane Lemay.
[Traduction]
Je veux aussi informer les membres du comité qu’au cours du présent volet de la séance, ils disposeront d’un maximum de quatre minutes pendant le premier tour, questions et réponses comprises. Veuillez donc être concis dans vos préambules. La greffière fera un signe de la main pour indiquer que le temps est écoulé.
Le sénateur Ngo : Je vous remercie, madame la ministre, de témoigner aujourd’hui. Je voudrais aborder la question de la réponse initiale du gouvernement à la pandémie de COVID. C’est une question d’importance, puisqu’il devient de plus en plus apparent chaque jour que sa réponse aux premières étapes de la pandémie était complètement inadéquate.
Le Dr Ronald St. John, qui a supervisé la préparation aux urgences à l’Agence de la santé publique du Canada pendant sept ans, a affirmé que le gouvernement n’avait pas réagi assez rapidement quand le virus a émergé, contrairement à d’autres pays comme Taïwan, la Nouvelle-Zélande, l’Islande, Israël, la Grèce et l’Australie.
Que fait précisément le gouvernement pour examiner ce que d’autres pays ont fait de bien et comment ils s’y sont pris pour veiller à ce que cet échec ne se reproduise pas?
Mme Gould : Je vous remercie, sénateur.
Je ne suis pas d’accord avec votre description de la réaction du gouvernement à la pandémie de COVID-19. En fait, nous avons réagi très promptement. Vous vous souviendrez qu’en janvier 2021, quand nous avons rapatrié les Canadiens coincés à Wuhan, nous avons mis en œuvre des mesures de quarantaine et de surveillance très strictes. Le Canada est l’un des premiers pays à avoir fermé ses frontières en mars 2021, et nous avons pris des mesures très rigoureuses dès le début. Nous continuons de prendre les mesures les plus strictes au monde pour lutter contre la pandémie de COVID-19.
Bien entendu, il y a toujours des leçons à tirer des événements, et nous cherchons toujours à voir où les autres pays ont mieux ou moins bien réussi, et à appliquer ces leçons ici, au Canada. Je sais que la Dre Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a beaucoup travaillé avec ses homologues étrangers pour voir comment les autres pays ont réagi, quelles en sont les réussites et comment nous pouvons appliquer ces leçons ici, au Canada.
Je dirai toutefois que le Canada est l’un des pays qui a le mieux réagi à la COVID-19. Il y a toujours plus à apprendre, cependant. Je sais que nous appliquerons ces leçons à notre situation actuelle et dans l’avenir également.
Le sénateur Ngo : Je vous remercie, madame la ministre.
Je voudrais soulever un problème ici. Selon le Dr Ronald St. John, il existe quatre niveaux de réponse aux urgences, du niveau 1, le plus bas, jusqu’au niveau 4, qui concerne les maladies graves qui ont le potentiel de se propager rapidement et qui exigent une réaction nationale.
Or, il a été révélé que le gouvernement fédéral n’a pas activé le niveau 2 avant le 15 janvier et n’est pas passé au niveau 3 avant la fin de janvier, soit après l’arrivée de la COVID-19 au Canada. Le niveau 4 n’aurait quant à lui jamais été déclaré.
Pouvez-vous expliquer pourquoi la réaction a été aussi lente ou léthargique?
Mme Gould : Je vous remercie, sénateur. Je laisserai ma collègue, la ministre de la Santé, ou l’administratrice en chef de la santé publique du Canada répondre à ces questions précises.
Cependant, ici encore, je ne suis pas d’accord avec cette description de la situation, car, comme je l’ai indiqué, le Canada a été l’un des premiers pays à réagir et a eu l’une des réactions les plus énergiques à la COVID-19. Je me ferai toutefois certainement un plaisir de traiter de la réponse internationale du Canada, le domaine qui relève le plus de ma responsabilité quand il est question de la COVID-19.
Le président : Je vous remercie, madame la ministre. Le temps est écoulé.
Le sénateur D. Black : Je vous remercie beaucoup de comparaître, madame la ministre.
Ma question se fonde simplement sur ma conviction que le Canada a l’obligation, sous votre gouverne, d’apporter de l’aide à l’échelle internationale, mais nous ne pouvons pas le faire si nous sommes soumis à des contraintes au pays.
Ainsi, pour faire suite à la question du sénateur Ngo, je veux revenir au fait qu’en janvier de l’an dernier, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que la pandémie constituait une urgence gravissime et de haut niveau pour le monde. Or, le Canada a agi sept semaines plus tard. Peu importe ce que vous affirmez, madame la ministre, vos propos ne cadrent pas nécessairement avec la réalité sur le terrain. Le Canada a mis sept semaines à réagir alors que d’autres pays fermaient leurs frontières. Même la Dre Tam — envers laquelle nous éprouvons une reconnaissance éternelle pour les services qu’elle a rendus — disait à la fin de janvier que nous étions confrontés à une pandémie et que seul un vaccin nous permettrait d’en sortir.
Il y avait manifestement, au sein du gouvernement du Canada, des gens qui comprenaient les conséquences de la pandémie, mais votre gouvernement a attendu sept semaines entières pour réagir.
Le sénateur Ngo a posé une question, mais nous n’avons pas obtenu de réponse. Je vous demande donc de nouveau qu’est-ce qu’il se passait au gouvernement pour qu’il fasse fi pendant tout ce temps des leçons de la Nouvelle-Zélande, de Taïwan, de l’Italie, de l’Allemagne et du Royaume-Uni? Que s’est-il passé dans votre esprit, madame la ministre, et dans celui de vos collègues?
Mme Gould : Je vous remercie de la question.
Comme je l’ai indiqué, le gouvernement a agi promptement en se fondant sur les renseignements dont il disposait à l’époque. Nous avons aussi réagi et pris les mesures appropriées. Vous vous souviendrez que nous avons accru le dépistage chez les voyageurs arrivant de la Chine à ce moment-là. Nous avons aussi fait du dépistage beaucoup plus tôt que d’autres pays. Nous avons bel et bien tiré des leçons des éclosions survenues dans d’autres pays, en effectuant un dépistage rigoureux au Canada.
Je reviendrai à votre première remarque sur l’intervention canadienne sur la scène mondiale. Comme je l’ai indiqué dans ma déclaration d’ouverture, le Canada a versé 1,3 milliard de dollars au processus d’Accélérateur ACT. Il est l’un des deux seuls pays qui ont versé leur juste part. Nous réagissons ici, au pays, tout en contribuant aux efforts mondiaux et en ayant une incidence notable sur la scène mondiale.
Le sénateur D. Black : Je vous remercie beaucoup. Puis-je poser une autre question, monsieur le président?
Le président : Qu’elle soit brève, sénateur Black.
Le sénateur D. Black : Votre travail international est extrêmement important, et nous en sommes fiers, n’en doutez pas, madame la ministre.
Je veux toutefois en revenir là où nous en étions. Se peut-il que la réaction ait pris sept semaines parce que le gouvernement du Canada avait réduit les ressources affectées au système d’alerte précoce en matière de pandémie? N’avait-il pas privé cette organisation de ses moyens et perdu sa capacité de recueillir de l’information? Est-ce la raison pour laquelle nous avons réagi lentement, madame la ministre?
Mme Gould : Ici encore, je fais respectueusement remarquer que je considère que le Canada n’a pas réagi lentement.
Le sénateur D. Black : Oui, bien entendu.
Mme Gould : Je pense que nous avons réagi en fonction des renseignements dont nous disposions. En ce qui concerne le Réseau mondial d’information en santé publique, ou RMISP, je sais que ma collègue, la ministre Hajdu, a mené une enquête pour déterminer ce qu’il s’est passé. Nous voulons certainement nous assurer que le Canada soit prêt pour toute situation sanitaire qui pourrait survenir dans l’avenir, qu’il s’agisse d’une pandémie ou d’autre chose. Selon moi, le Canada, mais aussi le monde entier, a beaucoup appris de la pandémie de COVID-19, et des réflexions sont certainement en cours au pays et à l’échelle internationale.
Le sénateur D. Black : Je vous remercie, madame la ministre. Passons à la prochaine intervention.
La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie de témoigner aujourd’hui avec votre équipe afin d’avoir cette importante conversation.
Je suis impatiente de vous poser mes questions alors que nous examinons les répercussions de la COVID au Canada et de par le monde.
Ma première question concerne les filles dans les pays en développement. Nous avez effleuré le sujet dans votre déclaration d’ouverture, mais nous savons tous que les filles et leurs droits ont accompli des progrès considérables dans le monde au cours des cinquante dernières années. Du point de vue historique, ce sont les femmes et les filles qui sont touchées de façon disproportionnée par les catastrophes comme celle que nous connaissons aujourd’hui. En 2014, la fièvre Ebola a forcé la fermeture des écoles en Afrique de l’Ouest. Alors que les garçons sont retournés en classe, de nombreuses filles ne l’ont pas fait.
La COVID a entraîné la fermeture des écoles dans une bonne partie du monde, particulièrement dans les pays en développement. Par conséquent, on pense que 13 millions de mariages d’enfants qui n’auraient normalement pas été conclus pourraient avoir lieu au cours de la prochaine décennie.
Madame la ministre, votre nouvelle lettre de mandat fait expressément mention de l’effet disproportionné de la pandémie sur les femmes et les filles. Alors que le monde se remet de la pandémie, que fera votre ministère pour mettre l’accent sur les jeunes filles et veiller à ce que les gains des dernières décennies ne soient pas perdus ou réduits en raison de la COVID-19?
Mme Gould : Sénatrice, vous abordez des questions fort importantes, soulignant notamment que 13 millions de mariages d’enfants pourraient avoir lieu. Le Fonds Malala estime aussi qu’environ 10 millions de filles ne retourneront pas à l’école en raison des fermetures provoquées par la COVID-19.
L’une des choses qui importent le plus pour moi, en ma qualité de ministre du Développement international, c’est que notre réponse à la COVID-19 s’ajoute au travail que nous effectuons actuellement et ne nous détourne pas des efforts très importants que nous déployons au chapitre de l’égalité entre les sexes, de l’éducation des filles et de l’accès des filles aux services de santé.
Ainsi, la somme de 1,3 milliard de dollars que nous avons versée à l’Accélérateur ACT s’ajoute à notre budget existant d’aide publique au développement. Nous n’avons pas modifié nos priorités. Depuis le début, je suis déterminée à utiliser les leçons tirées de la pandémie de fièvre Ebola en ce qui concerne les répercussions sur les femmes et les filles. Je voulais m’assurer que nous agissions à deux égards, maintenant d’une part les investissements importants dans nos travaux habituels de développement, et réagissant d’autre part à l’urgence sanitaire à laquelle nous sommes confrontés. Par exemple, nous avons offert du soutien supplémentaire au Partenariat mondial pour l’éducation, au fonds L’éducation ne peut attendre et à des partenaires canadiens qui œuvrent dans le domaine précisément pour assurer la continuité de l’éducation, mais aussi le retour en classe, en mettant particulièrement l’accent sur les filles. Nous avons fourni de l’aide supplémentaire au Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population parce qu’il y a une pénurie de contraceptifs et un manque d’accès aux contraceptifs dans le monde. En outre, nous avons accordé du soutien supplémentaire à des partenaires pour fournir des services de santé sexuelle et reproductive pour qu’ils puissent aider les gens, car nous avons observé une diminution de l’accès à ces services parce que certains gouvernements ne les jugent pas essentiels et parce que les gens ne veulent pas se rendre dans une clinique par crainte de contracter la COVID-19.
Je me suis efforcée de poursuivre, mais aussi d’élargir les programmes existants pour aider les personnes laissées pour compte à l’heure actuelle.
La sénatrice M. Deacon : Puis-je continuer?
Le président : Que votre intervention soit brève, sénatrice.
La sénatrice M. Deacon : Dans une perspective d’avenir, si nous examinons les écarts entre les communautés riches et pauvres, bien des acquis ont été perdus et le fossé s’élargit en raison de la pandémie. En ce qui concerne la reprise, j’ai l’impression que de nombreux pays pauvres continueront à ressentir les effets de la pandémie pendant un certain temps. Comment le Canada abordera-t-il différemment le développement, puisque la reprise se fera probablement à deux vitesses entre les pays riches et les pays pauvres...
Le président : Sénatrice Deacon, votre temps est écoulé, mais si vous le souhaitez, vous pourrez formuler de nouveau votre question lors du deuxième tour.
La sénatrice M. Deacon : D’accord. Je vous remercie.
Le président : Je vous remercie, madame la ministre.
Le sénateur Ravalia : Je vous remercie, madame la ministre, de comparaître aujourd’hui. Comme nous l’avons vu récemment, la pandémie a pris un tour effarant dans de nombreuses régions du monde en développement. Pensez-vous que le Canada, fort de son savoir-faire et de son expertise, puisse soutenir l’établissement d’une capacité de production de vaccins dans les pays en développement? Dans l’affirmative, réalisons-nous des progrès en ce sens?
Mme Gould : Je vous remercie, sénateur, de poser cette excellente question sur un dossier dont je m’occupe et auquel je travaille personnellement.
Une partie du soutien envisagé serait versé par l’entremise du système multilatéral et de l’Accélérateur ACT. Il existe un centre de transfert des connaissances et des technologies et d’aide technique permettant de voir comment on peut mobiliser et élargir les capacités de production dans le monde en développement. Ces travaux sont actuellement coprésidés par l’Allemagne et l’Afrique du Sud. Avec les 375 millions de dollars annoncés cette année par le premier ministre afin de soutenir l’Accélérateur ACT, nous cherchons à déterminer comment ces ressources peuvent contribuer à accroître la capacité de fabrication nationale dans les pays en développement.
Le sénateur Ravalia : Je vous remercie. J’aimerais continuer en empruntant une direction légèrement différente. Le récent changement d’orientation du programme d’aide au développement du Royaume-Uni aura-t-il une incidence sur les diverses initiatives internationales de lutte contre la COVID-19 auxquelles nous prenons part? Si c’est le cas, est-il possible de la compenser?
Mme Gould : Je ne pense pas que ce changement aura des répercussions sur la réponse à la COVID-19, car le Royaume-Uni a substantiellement réaffecté ses ressources pour soutenir l’Accélérateur ACT et le volet relatif aux vaccins en particulier. C’est au chapitre de la santé, de la santé sexuelle et reproductive et des droits des femmes que l’incidence se fera le plus sentir, selon moi. Le Royaume-Uni a effectué des réductions considérables sur le plan de la santé mondiale, réduisant également ses ressources dans le domaine de l’égalité entre les sexes et des programmes bilatéraux d’aide humanitaire. Les réductions qu’il a effectuées sont de grande ampleur, et je ne pense pas que le Canada soit en mesure de les compenser. Toutefois, nous nous assurerons certainement de maintenir notre soutien dans ces domaines.
Par exemple, je crois comprendre que des réductions substantielles ont été apportées concernant les fournitures contraceptives du Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population, le Programme commun coparrainé des Nations unies sur le VIH et le sida et un certain nombre d’autres initiatives. Je pense en outre que le Royaume-Uni a considérablement réduit son financement au chapitre de la polio. Le Canada est un bailleur de fonds de premier ordre dans le domaine de la santé mondiale, mais ces réductions auront certainement une incidence.
Le sénateur Ravalia : Je vous remercie, madame la ministre.
La sénatrice Omidvar : Je vous remercie, madame la ministre, de témoigner devant nous aujourd’hui. Nous vous en sommes fort reconnaissants. Je sais que vous et les Canadiens vous fiez au travail des organismes de bienfaisance canadiens qui agissent à l’échelle internationale pour atteindre un grand nombre de nos objectifs dans le domaine du développement, mais ces organismes nous signalent et vous signalent que leur travail est entravé par les règlements et les lois désuets du Canada, particulièrement quand ils collaborent avec des partenaires locaux. Je fais particulièrement référence au critère relatif aux « activités propres » auquel les organismes de bienfaisance sont assujettis en vertu de la Loi de l’impôt sur le revenu et au fait que l’ARC a stipulé qu’ils doivent assurer la direction et le contrôle des opérations. Je pense que vous conviendrez que même ces deux mots — direction et contrôle — ne cadrent pas avec les valeurs contemporaines de partenariats équitables, d’inclusion et de prise de décisions locale.
Madame la ministre, est-ce que vous et votre gouvernement êtes prêts à rompre avec ces vieux concepts archaïques et dépassés qui émaillent nos lois et nos règlements afin de permettre aux organismes de bienfaisance internationaux d’accomplir le meilleur travail possible avec des partenaires locaux?
Mme Gould : Je vous remercie, sénatrice Omidvar, de cette question. Il s’agit certainement d’un sujet que nos partenaires de la société civile du Canada ont soulevé à maintes reprises. Je sais que notre ministère discute avec eux à ce sujet et est en pourparlers avec le ministère des Finances, de qui relève cette loi. Je sais que des échanges sont en cours à ce sujet.
Chose certaine, à titre de ministre du Développement international, je juge important de continuer de progresser vers nos objectifs de localisation et nos principes d’aide efficace. Je suis donc entièrement disposée à écouter ces préoccupations pour comprendre ce que nous pouvons faire pour faire progresser ces deux dossiers, tout en protégeant l’argent des contribuables et en surveillant suffisamment l’usage qui en est fait.
Je sais que des échanges sont en cours à ce sujet. Je suis prête à continuer de faire progresser les choses, mais la responsabilité du dossier est entre les mains de la ministre des Finances.
La sénatrice Omidvar : Ai-je le temps de poser une autre question?
Le président : Vous pouvez poser une brève question.
La sénatrice Omidvar : Je vous remercie, madame la ministre. Je veux faire remarquer que nous tirons de l’arrière en comparaison avec des pays semblables au nôtre. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie sont tous dotés de lois autorisant le genre de partenariats locaux que réclament nos organismes de bienfaisance.
Je vous demanderai donc si vous vous préoccupez du fait que les organismes de bienfaisance canadiens sont incapables de contribuer aux importants fonds mis en commun par d’autres organismes de bienfaisance internationaux en raison des exigences relatives à la direction et au contrôle?
Mme Gould : Comme je l’ai indiqué, sénatrice, je suis entièrement disposée à discuter de la question; cette discussion est d’ailleurs en cours. Je sais que le ministère, sous la houlette de Caroline Leclerc, sous-ministre adjointe des Partenariats pour l’innovation dans le développement, collabore activement avec nos partenaires de la société civile et discute également avec le ministère des Finances. Nous continuerons donc de suivre le dossier.
La sénatrice Omidvar : Je vous remercie, madame la ministre.
La sénatrice Coyle : Bienvenue, madame la ministre. Je suis enchantée de vous voir. Je sais que vous êtes fort occupée, comme tout le monde dans votre ministère et, à dire vrai, dans l’ensemble du gouvernement.
Ma première question concerne les vaccins. Je veux simplement comprendre en quoi consistera la stratégie, avec quelques détails, si vous pouvez en fournir. Le Canada a très bien su se procurer des vaccins, et c’est une excellente chose. À titre de citoyenne canadienne, j’en suis ravie. Nous savons cependant que nous en avons acquis plus que nous n’en avions besoin. J’aimerais que vous m’expliquiez quand, en fonction de quels critères et par l’entremise de quels mécanismes nous commencerons à partager ces vaccins. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet, sachant que le monde en développement souhaite désespérément obtenir des vaccins à l’heure actuelle? Je vous remercie.
Mme Gould : Je le ferai volontiers. Si vous me le permettez, je ferais remarquer que mon ministère a travaillé extrêmement fort au cours de la dernière année. Je ne pense pas que mes employés aient beaucoup dormi. L’équipe de santé mondiale dirigée par Josh Tabah, ici présent, est relativement petite et a accompli un travail extraordinaire en mobilisant l’intervention internationale du Canada. Je vous remercie d’avoir souligné ces efforts.
La stratégie en matière de vaccins comporte deux volets. Il y a d’abord le soutien du Canada au programme COVAX. Le Canada est l’un des premiers pays — le premier, en fait, je pense — à avoir effectué une contribution au programme COVAX, versant une somme initiale de 25 millions de dollars à cette période-ci l’an dernier pour mettre le mécanisme sur les rails. Nous avons depuis, en date d’hier matin, fait une contribution de 545 millions de dollars au système de garantie de marché du COVAX, ce qui aidera Gavi à acheter des vaccins pour les pays à faible et à moyen revenus. De cette somme, 77 millions de dollars ont été versés à environ 127 pays. À cela s’ajoute l’achat de vaccins proprement dit, que le Canada contribue à financer afin d’atteindre l’objectif de COVAX consistant à vacciner 20 % des populations vulnérables à l’échelle mondiale, y compris dans les pays à faible et à moyen revenus.
Comme vous l’avez fait remarquer, nous entendons également faire don des vaccins excédentaires dont le Canada espère disposer. Nous n’en avons pas encore, puisque nous sommes encore en train de vacciner la population canadienne et avons pour objectif ambitieux de vacciner complètement tous ceux qui le veulent d’ici septembre. Une fois que nous aurons des vaccins excédentaires, nous comptons en faire don au programme COVAX, étant donné qu’il s’agit tout d’abord d’une organisation que nous avons contribué à mettre sur pied et qui constitue la meilleure initiative multilatérale pour assurer la distribution équitable des vaccins dans le monde. Comme le premier ministre l’a promis en décembre dernier, quand nous aurons des vaccins excédentaires, le cas échéant, nous en ferons don. Nous ne sommes pas encore prêts à l’annoncer, mais quand nous le serons, nous remettrons ces vaccins à COVAX.
La sénatrice Coyle : Madame la ministre Gould, nous avons vu les lacunes qui se sont développées au Canada. En fait, elles existaient déjà, mais nous les voyons maintenant avec beaucoup de relief, comme nous ne les avons jamais vues auparavant. La COVID-19 les a mises en lumière. Le phénomène est le même partout dans le monde. Que faites-vous du point de vue stratégique avec le groupe à l’œuvre au sein d’Affaires mondiales pour analyser les lacunes qui se font jour ou qui se sont accentuées dans le monde, et pour déterminer ce qui pourrait être fait pour adapter nos stratégies et nos approches en matière d’aide internationale?
Mme Gould : C’est une excellente question. Comme vous l’avez indiqué, nous connaissions déjà l’existence de ces lacunes et de ces inégalités. La COVID les a fait ressortir. Nous avons découvert, au cours de la dernière année, que notre Politique d’aide internationale féministe nous a mis sur la bonne voie. Un bon nombre de problèmes que nous observions, qu’il s’agisse des répercussions disproportionnées sur les femmes et les filles, de la hausse fulgurante de la violence fondée sur le sexe ou de l’augmentation de la marginalisation des groupes marginalisés, ont été bien servis par la Politique d’aide internationale féministe. Nous étions déjà à l’œuvre dans ces domaines pour répondre aux besoins, et le monde admet maintenant que ce sont des problèmes auxquels nous devions nous attaquer. Le Canada a donc ici une réelle occasion de continuer d’agir à titre de chef de file dans ce domaine et d’entraîner d’autres pays à sa suite.
Le président : Je vous remercie, madame la ministre.
Le sénateur Harder : Je vous remercie, madame la ministre. Il est bon de vous voir, même par voie télévisée. Pour donner suite à la question précédente de la sénatrice Coyle sur les vaccins, je vous demanderai si vous avez une idée du seuil à partir duquel le Canada sera prêt à partager les vaccins qu’il a achetés avec des pays en développement. Dans ce contexte, avez-vous une idée des réserves qu’il faudra conserver en stock pour que les Canadiens sachent que même si nous donnons des vaccins, nous en conserverons au moins une partie en cas d’urgence?
Mme Gould : Oui, certainement. Je n’ai pas ces chiffres avec moi, car c’est l’Agence de la santé publique du Canada qui est responsable du dossier, mais je peux confirmer que ce travail est en cours. Nous voulons nous assurer que tous les Canadiens qui veulent être entièrement vaccinés le soient et disposer d’une source fiable de vaccins pour la population canadienne. Je pense que c’est le cas et nous sommes confiants, avec l’arrivée de vaccins, particulièrement ceux de Pfizer et de Moderna, au cours des prochains mois. Cela étant dit, notre objectif premier consiste à vacciner entièrement tous les Canadiens qui veulent l’être. Une fois que ce sera chose faite, alors nous serons en mesure de donner les vaccins excédentaires. Ces travaux sont toutefois en cours, et je pense que nous en aurons plus à dire à ce sujet très bientôt.
Le sénateur Harder : Permettez-moi de poursuivre avec la question de la levée des brevets sur les vaccins. Le gouvernement du Canada commence-t-il à savoir s’il appuiera cette levée? Je conviens certainement qu’il y a des arguments pour les deux côtés et que la question n’est pas facile à trancher. Pourriez-vous nous indiquer où en est rendue la réflexion à ce point-ci? Lors de la rencontre des pays du G7, la semaine prochaine, prévoyez-vous que d’autres annonces soient faites dans ce domaine de l’aide aux pays en développement?
Mme Gould : En ce qui concerne la levée des brevets, le Canada était d’entrée de jeu disposé à discuter et à négocier. Nous n’avons pas pris position justement parce que certains pays étaient pour et d’autres contre, et qu’un gouffre immense les séparait. C’est la ministre Ng et ceux qui nous représentent au sein de l’Organisation mondiale de la santé, ou OMS, qui s’occupent du dossier. Depuis que cette possibilité a été évoquée il y a neuf mois, le Canada tente de rapprocher les deux parties pour en arriver à un point où on pourrait aller de l’avant. La levée des brevets est une chose, mais comme vous l’avez souligné, sénateur Harder, il y a toute la question des chaînes d’approvisionnement. Environ 120 produits venant de 19 pays entrent dans la composition d’un seul vaccin. La ministre Ng, par l’entremise du groupe d’Ottawa, dirige la conversation sur la santé, le commerce et la réduction des obstacles au commerce pour assurer la production de vaccins et le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. Mais il y a aussi toute la question du savoir, du transfert de technologie et de la capacité de production. Le Canada a tenté d’avoir des échanges productifs avec toutes les parties pour faire progresser le dialogue afin d’obtenir des résultats tangibles. Nous voyons d’un très bon œil la position des États-Unis quant à la levée des brevets sur les vaccins.
La sénatrice Ataullahjan : Bonjour, madame la ministre. Nous observons actuellement les migrations et les déplacements de populations les plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale, des communautés entières étant chassées de leur pays en raison des conflits, des violences extrêmes, de l’instabilité économique et politique, et des risques environnementaux. Les Nations unies prévoient que cette tendance continuera de s’accélérer. Comment le gouvernement du Canada honore-t-il son engagement à faire en sorte que les peuples du monde bénéficient d’interventions sanitaires pour lutter contre la COVID-19? Plus précisément, comment les besoins sanitaires des réfugiés et des migrants sont-ils pris en compte?
Mme Gould : Je vous remercie, sénatrice, de cette excellente question. Nous sommes déjà à l’œuvre dans ce dossier. En fait, nous agissons principalement par l’entremise de l’Accélérateur ACT, auquel nous avons fourni 1,3 milliard de dollars.
Sachez que le programme COVAX a ce qui s’appelle le dernier recours humanitaire. La communauté internationale s’attend à ce que les pays incluent les réfugiés et les migrants dans leurs campagnes de vaccination nationales, mais le programme COVAX utilise également le dernier recours humanitaire pour vacciner les personnes qui, dans les zones de conflit, pourraient ne pas avoir accès au vaccin autrement, par exemple. Cette solution était envisagée depuis le début. Nous avons offert du soutien supplémentaire à des organismes comme l’Organisation internationale pour les migrations, ou OIM, et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ou HCR, pour qu’ils puissent augmenter leurs messages en matière de santé publique auprès des réfugiés et améliorer leurs installations sanitaires. C’est une chose de dire aux gens de se laver les mains fréquemment, mais force nous est d’admettre qu’il est compliqué de le faire si on n’a pas accès à l’eau. Or, une bonne partie des réfugiés du monde n’ont pas accès à l’eau potable. Nous collaborons donc avec nos partenaires internationaux pour assurer l’accès au matériel médical, mais aussi aux infrastructures de santé publique pour lutter contre la COVID-19.
La sénatrice Ataullahjan : Madame la ministre, à titre de femme originaire du Nord du Pakistan appartenant à l’ethnie pachtoune, je veux aborder la question de la polio. Vous intéressez-vous à la polio au sein de ma tribu, que ce soit en Afghanistan ou dans le Nord ou le Sud du Pakistan? Avec tout le monde qui met l’accent sur la COVID — et avec raison —, tenez-vous compte du fait que la lutte contre la polio continue?
Mme Gould : Certainement. Je vous remercie d’avoir soulevé la question de la polio. Nous sommes sur le point d’éradiquer la polio dans le monde et le Canada est un partenaire solide dans la lutte mondiale contre cette maladie. Nous appuyons toujours l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, qui a été annoncée à peu près à la même époque l’an dernier. Nous continuons également de travailler avec des partenaires comme Gavi, Rotary International et UNICEF pour éradiquer la polio.
Je crois comprendre que les efforts de vaccination ont connu un certain ralentissement au début de la pandémie, mais grâce aux conversations que j’ai eues avec mes collègues sur le terrain, je sais que ces efforts de vaccination ont repris et se poursuivent.
En ce qui concerne la vaccination contre la polio, je tiens à souligner qu’au début de la pandémie, les agents de santé publique ont utilisé l’infrastructure et la surveillance liées aux campagnes de vaccination contre la polio pour s’attaquer à la COVID-19 sur le terrain. C’était vraiment incroyable de voir comment nos investissements dans la lutte contre la polio ont aidé à relever un défi plus vaste en matière de santé mondiale.
Le président : J’aimerais utiliser la prérogative de la présidence pour poser une question. En effet, hier, j’ai participé à une réunion intéressante avec des avocats canadiens qui travaillent bénévolement avec d’autres avocats, principalement en Europe et aux États-Unis, sur ce qu’on appelle l’Initiative pour atténuer les pandémies. Que ce projet débouche sur un traité ou un simple accord, l’idée est de suivre le modèle des accords de non-prolifération, dont un grand nombre ont été signés dans le monde.
Tout d’abord, il y aurait une partie sur la diffusion d’un avis qui obligerait les pays à signaler immédiatement l’éclosion d’une maladie pathogène, infectieuse ou transmissible. Deuxièmement, le pays notifiant serait tenu d’accorder un accès immédiat à une équipe formée à partir d’une liste d’inspecteurs préalablement sélectionnés — comme ce que devrait faire l’Organisation mondiale de la santé. Troisièmement, il y aurait un volet sur la mise en œuvre. Si le pays ne réagit pas, il serait toujours possible d’envisager des sanctions économiques ou autres ou des moyens de coercition.
J’aimerais souligner que les ministres de la Santé des pays du G7 ont terminé aujourd’hui la série de réunions auxquelles ils ont participé au Royaume-Uni et qu’ils envisagent des moyens dont l’adhésion se ferait sur une base plus volontaire. Avez-vous des commentaires à formuler sur cette initiative qui me semble raisonnable, mais peut-être difficile à négocier?
Mme Gould : Sénateur, vous êtes peut-être encore mieux placé que moi pour savoir si c’est — eh bien, c’est raisonnable, mais il faudrait déterminer si ce type de négociation est possible dans le contexte et le climat qui prévalent actuellement sur la scène internationale.
Je sais que l’Union européenne et l’Organisation mondiale de la santé ont présenté une initiative relative à un traité sur la santé qu’ils ont annoncée, je crois, en février dernier, en vue d’un traité sur la préparation aux pandémies. Je pense qu’il s’agit d’une question intéressante qui doit certainement faire l’objet d’un examen et d’un débat rigoureux. Je pense que cet effort ressemblera à celui du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie, une réponse à la pandémie qui a été proposée et dirigée par l’ancienne première ministre néo-zélandaise Helen Clark, et qui concerne ce que le monde doit faire pour veiller à ce qu’une telle chose ne se reproduise pas ou à ce que nous soyons mieux préparés.
J’aimerais connaître les obligations en jeu et la façon dont nous pourrions les faire respecter, car c’est l’un des défis qui se posent dans le contexte mondial actuel. Nous pouvons prévoir certaines obligations, mais quels seront les mécanismes d’application qui assureront la conformité? Ensuite, il faudra déterminer les éléments de ces mécanismes qu’il sera possible de mettre en œuvre à l’échelle internationale et les éléments qui devraient être mis en œuvre volontairement dans chaque pays, compte tenu du fait que notre système international est fondé sur la souveraineté d’un État-nation.
J’aimerais poser de nombreuses questions, mais une chose est certaine : le monde reconnaît que nous devons faire mieux en matière de santé mondiale. J’espère que c’est une leçon que nous avons non seulement tirée de la pandémie, mais que nous mettrons également en œuvre à l’avenir, afin qu’une telle situation ne se reproduise plus.
Le président : Je vous remercie, madame la ministre. Je vous ferai parvenir, de même qu’à vos fonctionnaires, le mémoire en question. C’est un peu comme au bon vieux temps, mais vous le recevrez.
Nous entamons maintenant la deuxième série de questions. Sénateurs, je vous demanderais d’être encore plus concis que vous ne l’avez été pendant la première série de questions.
Le sénateur D. Black : J’aimerais revenir au mécanisme COVAX, madame la ministre. Vous avez clairement indiqué qu’il s’agit d’un plan pour aider les nations en développement, des nations qui, contrairement au Canada, ont des besoins réels et sont incapables d’avoir accès aux vaccins.
Malgré cela, madame la ministre, dois-je comprendre que le Canada a eu accès à un million de doses du mécanisme COVAX et qu’il a le droit d’avoir accès à 900 000 autres doses d’ici la fin juin? Est-ce exact? Si c’est exact, pourquoi le Canada aurait-il accès à un mécanisme conçu pour les nations démunies? Si c’est le cas, avons-nous l’intention de rembourser ces doses?
Mme Gould : Je vous remercie d’avoir posé cette question, car elle me donne l’occasion d’expliquer le mécanisme COVAX plus en détail.
Le mécanisme COVAX a deux volets. Le premier vise les pays qui s’autofinancent, comme le Canada, et qui peuvent acheter des vaccins par l’entremise de COVAX. Le deuxième volet, qui est le mécanisme de garantie de marché, permet aux pays de faire des dons pour acheter des vaccins au nom de pays en développement. Le Canada a participé à la fois à titre de pays autofinancé et à titre de donateur dans le cadre de la garantie de marché. Les doses auxquelles le Canada a eu accès sont des doses que le gouvernement a achetées au nom des Canadiens pour le Canada, ainsi que les 545 millions de dollars que nous avons donnés au mécanisme de garantie de marché de COVAX.
Le sénateur D. Black : Est-ce que nous prévoyons avoir accès à plus de doses par l’entremise du mécanisme COVAX, comme vous l’avez souligné? Si oui, avons-nous l’intention de redonner des doses, par l’entremise du mécanisme, là où les besoins sont visiblement plus importants?
Mme Gould : Ces discussions sont en cours, et ce sont des décisions qui seront prises par l’Agence de la santé publique du Canada, ainsi que par la ministre de l’Approvisionnement, en fonction de l’approvisionnement en vaccins du Canada.
Le sénateur D. Black : Je vous remercie, madame la ministre.
La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie encore une fois. Je vais tenter de reprendre là où je m’étais arrêtée, à savoir la reprise à deux vitesses des pays riches et des pays pauvres. Comment pouvons-nous faire en sorte que l’écart de richesse entre les pays — un écart qui s’est réduit — ne recommence pas à se creuser?
Mme Gould : C’est très concis.
Comme je l’ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, il s’agit d’un travail important mené par le Canada, de concert avec la Jamaïque et les Nations unies, dans le cadre du financement du développement à l’époque de la COVID-19 et au cours des années suivantes. C’est un travail que nous avons poussé au sein du G20 et l’Initiative de suspension du service de la dette.
Les dirigeants de la communauté internationale ont certainement parlé des difficultés causées par l’endettement pour financer la réponse en matière de santé. Certains pays contractent des dettes supplémentaires pour acheter des vaccins ou pour accroître la capacité de leur système de santé.
C’est dans ce domaine que le Canada, par l’entremise du premier ministre, a dirigé les travaux à l’échelon international pour déterminer comment nous pourrons résoudre cette situation à l’avenir. De plus, dès le début de la pandémie, le Canada a fourni 1 milliard de dollars supplémentaires au Fonds monétaire international pour aider à cette réponse. C’est aussi à ce moment-là qu’il est très important d’avoir une réponse équitable, durable et résiliente. Nous participons activement à des discussions sur la façon de reconstruire de manière plus inclusive.
Cette notion était déjà intégrée à notre Politique d’aide internationale féministe, et le Canada est donc sur la bonne voie avec le travail effectué et les façons de convaincre d’autres pays de participer à l’élaboration d’une réponse plus équitable et plus inclusive, tout en reconnaissant que les pays en développement n’ont peut-être pas été aussi durement touchés par les éléments relatifs à la santé pendant la pandémie, mais qu’ils ont été très durement touchés par les conséquences économiques.
Le sénateur Ngo : Madame la ministre, pouvez-vous nous décrire l’engagement que le gouvernement a pris avec les pays qui ont si bien réagi à la pandémie, comme Israël, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Taïwan et ainsi de suite, pour que le Canada puisse bénéficier de leurs approches et en tirer des leçons?
Mme Gould : Merci.
C’est Santé Canada qui est responsable de cet aspect, mais je sais, des conversations que j’ai eues avec mes collègues et avec la Dre Tam, qu’elle est en communication avec ses collègues de partout dans le monde, y compris d’Israël et de la Nouvelle-Zélande. Il y a aussi tout un travail en ce sens à l’OMS, et là encore, il est du ressort de nos collègues de Santé Canada et de l’Agence de la santé publique du Canada de favoriser l’échange de connaissances, de pratiques exemplaires et de leçons acquises.
Le sénateur Ngo : Madame la ministre, il y a de plus en plus d’indices que l’éclosion de COVID-19 pourrait résulter de la fuite accidentelle de la substance d’un laboratoire virologique chinois. Tout récemment, 18 scientifiques ont publié une lettre afin de réclamer une enquête en bonne et due forme sur la question — c’est là une demande récente qui vient aussi des États-Unis —, une enquête fondée sur des données, qui serait menée en toute transparence et qui ferait l’objet d’une surveillance indépendante. Êtes-vous d’accord avec cette idée?
Mme Gould : Oui, le Canada est d’accord, et nous avons dit sans équivoque, après l’enquête de l’OMS que nous sentions qu’il fallait approfondir l’analyse. Cela ne veut pas dire que c’est nécessairement la cause de la pandémie de COVID-19, mais nous voulons améliorer l’information à notre disposition pour comprendre les origines de la pandémie de COVID-19.
Le sénateur Ngo : Merci, madame la ministre.
La sénatrice Omidvar : Madame la ministre, le Sénat a été saisi d’une motion afin que le gouvernement canadien égale les dons versés par des Canadiens afin d’aider l’Inde dans sa bataille contre la crise de la COVID. Pour vous donner un comparable, l’an dernier, le gouvernement canadien a égalé les dons de 8 millions de dollars versés par des Canadiens après l’épouvantable explosion survenue à Beyrouth.
Planifiez-vous égaler les dons des Canadiens à l’Inde dans sa bataille contre la COVID?
Mme Gould : Je vous remercie de cette question, sénatrice.
Comme vous le savez sûrement, le Canada a versé 10 millions de dollars à la Croix-Rouge indienne pour l’aider dans sa réponse nationale contre la pandémie de COVID-19. J’ai été extrêmement touchée et bouleversée par les images de l’Inde que j’ai vues et l’information que j’ai reçue. Je sais que c’est la même chose pour les Canadiens.
Pour mettre les choses en contexte, les Canadiens se sont mobilisés, devant la crise de la COVID en Inde, de manière à rassembler environ 39 millions de dollars, dont 5 millions qui ont été versés à la Croix-Rouge indienne et 34 millions à d’autres organisations. Pour l’instant, nous ne prévoyons pas égaler ces dons. Je souligne tout de même que tant le gouvernement du Canada que les citoyens et les entreprises canadiennes ont fortement répondu à l’appel.
Je souligne aussi que nous avons envoyé à l’Inde les fournitures supplémentaires que le gouvernement de l’Inde demandait, c’est-à-dire des respirateurs et du remdésivir, qui sont depuis distribués partout au pays. Je mentionnerai également que je me suis récemment entretenue avec le haut-commissaire Bisaria, qui a exprimé sa gratitude envers le Canada pour son aide et m’a indiqué comment ces fonds et ces fournitures seraient distribués au pays.
La sénatrice Omidvar : Les jeunes Canadiens, principalement d’ascendance indienne, qui se sont rassemblés pour recueillir plus de 3 millions de dollars, si je ne me trompe pas, pour le Fonds de secours : intervention face à la COVID-19 en Inde ont fourni aux Canadiens une liste d’organismes de bienfaisance de confiance qui sont présents au Canada. Il y a beaucoup d’informations selon lesquelles la meilleure façon de porter secours à l’Inde est d’appuyer des organismes de bienfaisance fiables — et je suis certaine que vous le savez aussi.
J’ai remarqué dans votre exposé, qu’outre les 5 millions de dollars donnés à la Croix-Rouge indienne, la plus grande partie de l’aide du gouvernement est versée au gouvernement de l’Inde, ce qui est correct, mais je me demande si vous envisagez d’égaler les dons des Canadiens pour une plus grande efficacité, parce que ces dons vont à des organismes présents sur le terrain, dès maintenant.
Mme Gould : J’encourage toujours les Canadiens à aider les autres, que ce soit par des organismes de bienfaisance, la Croix-Rouge ou d’autres partenaires de confiance. Dès qu’il faut coaliser nos efforts humanitaires, le gouvernement du Canada travaille en étroite collaboration avec ces organismes de bienfaisance.
Dans ce cas-ci, compte tenu des besoins d’intervention immédiats, il nous semblait important d’octroyer ces fonds à la Croix-Rouge indienne, parce qu’elle était bien présente en première ligne, à fournir de l’oxygène, du soutien et les interventions médicales requises à ce moment-là. Cela dit, j’accorde une très grande valeur au travail des organismes de bienfaisance canadiens et internationaux en Inde et partout ailleurs dans le monde.
La sénatrice Omidvar : Merci, madame la ministre.
Le président : Madame la ministre, au nom du comité, je souhaite vous remercier infiniment à mon tour d’avoir comparu devant nous aujourd’hui. Je vous remercie de vos réponses et de votre ouverture à toutes nos questions. Merci encore.
[Français]
Chers collègues, nous reprenons maintenant nos travaux. Nous avons devant nous un groupe de représentants d’organisations engagées dans le développement international. D’Oxfam-Québec, nous accueillons Denise Byrnes, directrice générale.
[Traduction]
Nous accueillons Barbara Grantham, présidente et chef de la direction de CARE Canada; Rebecca Davidson, responsable des programmes de santé mondiaux de CARE Canada également. Enfin, nous entendrons Nicolas Moyer, président-directeur général de Coopération Canada.
Madame Byrnes, madame Grantham et monsieur Moyer, vous avez chacun cinq minutes pour nous présenter votre allocution.
[Français]
Le tout sera suivi d’une période de questions. Madame Byrnes, vous avez la parole.
Denise Byrnes, directrice générale, Oxfam-Québec : Merci beaucoup, mesdames et messieurs les membres du comité, de m’avoir invitée.
Depuis le 11 mars, nous savons que la pandémie a infecté plus de 100 millions de personnes dans le monde et a causé plus de 2 millions de morts. Cette pandémie a grandement exacerbé les inégalités déjà existantes dans notre société et a frappé de manière disproportionnée les femmes, les jeunes et les personnes racisées un peu partout. Ces personnes sont davantage confrontées à la pauvreté, la perte d’emploi, la violence et la maladie elle-même. À Oxfam-Québec, nous n’avons pas été épargnés. Nous avons dû répondre très rapidement à une immense demande de besoins sur le terrain dans plusieurs pays. Grâce au soutien de nos partenaires financiers et de nos membres, nous avons pu répondre aux besoins immédiats de 14 millions de personnes à travers le monde au cours de cette dernière année.
Pour ce faire, nous avons travaillé avec près de 700 organisations civiles locales dans 68 pays, car ces organismes sont vraiment les acteurs clés de la réponse locale. Nous avons collaboré avec 200 organisations de défense des droits des femmes, car, comme nous l’avons déjà souligné, cette pandémie a augmenté la violence. La question des conflits qui affectent davantage les femmes et celle de l’égalité de l’accès à l’école ont été soulevées un peu plus tôt par un des membres du comité et sont des enjeux importants.
Nous avons aussi fourni beaucoup d’aide alimentaire et un soutien aux moyens de subsistance, parce que les gens ont perdu leur façon de gagner leur vie, ont perdu leur emploi, ne sont pas capables de se déplacer et ainsi de suite. Nous avons apporté de l’aide à plus de 550 000 personnes dans les domaines de la protection, de la violence conjugale et des inégalités de genre, des problèmes qui ont tous été exacerbés durant la pandémie.
La crise de la pandémie n’est pas terminée et les impacts sociaux et économiques vont perdurer dans le temps. Il est donc important d’assurer une reprise économique juste, féministe et durable pour tous. À cette fin, nous avons trois domaines prioritaires pour la reprise. Le premier, c’est que — et quelqu’un l’a d’ailleurs souligné plus tôt — la pandémie a inversé les effets de plusieurs années de progrès en matière de développement. Selon une étude d’Oxfam, la pandémie pourrait aggraver les inégalités dans la quasi-totalité des pays de la planète en même temps. C’est du jamais-vu depuis que l’on compile des statistiques à cet égard. La crise appelle à un réengagement soutenu et à long terme en faveur du développement international, et pas simplement une augmentation temporaire du financement d’urgence.
La crise a fait ressortir la faiblesse des systèmes de soins de santé dans les pays en développement et il sera crucial d’investir dans le financement des services publics de santé, car ils fournissent des services aux personnes les plus vulnérables, qui ont peu de moyens. Même si un financement public-privé dit « innovant », comme les fonds mondiaux, constitue partie de la réponse à la pandémie, ils ne doivent pas être privilégiés par rapport aux investissements dans les services publics.
La tendance du Canada à investir beaucoup d’aide financière dans les institutions multilatérales, comme la Banque mondiale, peut poser certains défis, parce que plusieurs vont accorder des prêts alors que les pays font déjà face à une situation d’endettement important et que la COVID-19 a rendu la situation plus difficile. Il faut penser à des subventions plutôt qu’à des prêts pour la relance économique et les systèmes de soins de santé.
Deuxièmement, l’un des angles morts de la pandémie est la crise alimentaire qui se profile dans beaucoup de pays. Nous avons entendu des témoignages importants de la part de nos partenaires d’un peu partout qui disent que les gens ont davantage peur de mourir de faim que de la COVID-19 parce qu’ils ont perdu leur emploi. Ils ont perdu beaucoup, particulièrement les femmes.
Troisièmement, il faut assurer un accès universel aux vaccins et aux traitements, qui a été évoqué plus tôt. Ces vaccins devraient être un bien commun. Il faut assurer l’accès aux vaccins pour tous et toutes, parce que nous ne nous en sortirons pas sains et saufs tant que tous ne seront pas sains et saufs.
Le programme COVAX est une excellente initiative. Le gouvernement du Canada a fait preuve d’un grand leadership pour financer le programme COVAX et l’Accélérateur ACT, mais l’accès aux vaccins ne pourra pas être réglé uniquement par l’intermédiaire de ce programme, parce que les vaccins ne sont pas disponibles. Il faut examiner la question de la dérogation pour ce qui est des aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce de l’OMC, les « TRIPS », comme on les appelle en anglais, pour pouvoir produire à grande échelle et distribuer rapidement les vaccins là où l’on en a besoin.
Enfin, j’aimerais parler de la politique étrangère féministe qui est en développement. Durant la pandémie, nous avons constaté que la politique d’aide internationale féministe a été un excellent outil pour rejoindre les plus vulnérables et distribuer l’argent directement aux organisations locales. La nouvelle politique étrangère féministe pourrait être un outil essentiel pour assurer la reprise économique et une relance plus verte et plus équitable pour les femmes en particulier.
La pandémie a fait perdre plus de 800 milliards de dollars en revenus aux femmes partout dans le monde. Il leur faudra au moins 10 ans pour retrouver la situation financière dans laquelle elles étaient avant la pandémie. Donc, il y a un urgent besoin d’investir dans les femmes et dans une reprise qui tient compte de la réalité des femmes et qui aborde les questions de violence, de conflits, de pauvreté et de violence conjugale. Merci beaucoup.
[Traduction]
Je peux répondre à vos questions en français ou en anglais.
[Français]
Le président : Merci beaucoup de votre présentation.
[Traduction]
Barbara Grantham, présidente et chef de la direction, CARE Canada : Merci beaucoup. Je suis heureuse que vous soyez de retour parmi nous, madame Byrnes. Je suis contente que vous ayez eu l’occasion de finir ce que vous aviez à dire.
Comme nous le savons tous, la COVID-19 a eu des effets dévastateurs au Canada, où nous avons assisté à une course serrée entre la campagne de vaccination et la troisième vague, qui s’estompe enfin au pays. Nous commençons à voir la lumière au bout de ce long tunnel, puisqu’un nombre grandissant de personnes se fait vacciner et que les diverses régions du pays reçoivent de nouvelles doses chaque semaine.
Cette course contre la montre se joue à l’échelle mondiale, et dans beaucoup trop de pays du monde où CARE est présente, dans des contextes humanitaires ou de développement, la COVID-19 dépasse les capacités des systèmes de santé, des gouvernements, des collectivités et des économies à tenir le coup. La pandémie continue par ailleurs d’exposer le fossé grandissant des inégalités systémiques qui affligent depuis longtemps les femmes et les filles, menaçant ainsi des dizaines d’années de progrès, en faisant reculer des droits chèrement acquis et l’inclusion partout dans le monde.
Au cours des dernières semaines, l’équipe de CARE a été informée par des collègues au Soudan du Sud, en RDC et au Malawi de l’expiration de vaccins avant même qu’ils n’aient pu être administrés. La situation s’explique en partie par la désinformation qui fait hésiter tant de gens à se faire vacciner, de même que par la nécessité de bien préparer les systèmes de santé à recevoir les vaccins et à les administrer, particulièrement dans les régions éloignées et difficiles d’atteinte. Même une infrastructure de santé bien établie comme la nôtre se trouve énormément sous pression; il nous manque de lits, d’oxygène médical, d’antiviraux et d’autres médicaments et traitements essentiels. La situation est vraiment sombre.
[Français]
Dans cette course contre la montre, un déploiement mondial juste et équitable des vaccins est essentiel. Plus le virus se propage et mute longtemps parmi les populations non vaccinées, plus nous avons des risques de voir l’émergence de souches plus virulentes, plus contagieuses et potentiellement résistantes aux vaccins. En fin de compte, personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas vacciné.
[Traduction]
Si certains dirigeants du monde se sont résolument engagés à participer à une distribution équitable des vaccins, d’autres pays à revenu élevé, dont le nôtre, ont acheté beaucoup plus de fournitures et de matériel que nécessaire. En date de cette semaine, les pays à faible revenu n’avaient reçu que 0,3 % des vaccins distribués dans le monde, et on s’attend à ce que ceux-ci ne protègent que le tiers de la population mondiale d’ici la fin de 2021. Il est temps que des pays comme le Canada commencent à redistribuer leurs doses de vaccins excédentaires.
Par ailleurs, nous constatons que ces vaccins resteront inefficaces sans des systèmes robustes et complets de vaccination. Il faut investir dans la prestation de soins de santé, là où les travailleuses de la santé de première ligne sont si essentielles. Elles jouent un rôle déterminant pour renforcer la confiance et la résilience des collectivités et ainsi, favoriser l’acceptation du vaccin et faire augmenter le taux de vaccination.
Le Sommet du G7 qui s’en vient sera l’occasion pour le Canada de continuer à faire preuve d’un leadership essentiel pour assurer l’égalité vaccinale et le succès de la vaccination. Il faut écouter l’appel à l’établissement d’une feuille de route mondiale chiffrée pour assurer une juste distribution des vaccins dans le monde. Il faut exiger que les banques de développement offrent des subventions et des prêts sans intérêt afin de faciliter la vaccination, grâce à une aide robuste et à des mesures pour que les pays soient prêts à recevoir et à administrer des doses. C’est également l’occasion de faire une priorité de l’investissement dans les travailleuses de la santé de première ligne, afin que celles-ci soient bien rémunérées, protégées et valorisées.
Nous avons l’occasion de nous attaquer aux inégalités de longue date au sein des systèmes de santé afin d’alléger le double fardeau des soins de santé non rémunérés qui pèse sur les femmes. Nous constatons les pressions physiques et psychologiques supplémentaires qu’elles subissent du fait de la surcharge des systèmes de santé dans les collectivités et du fait que leurs enfants et les membres de leur famille ne sont pas scolarisés ou n’ont pas d’emploi.
Ces investissements et ce plaidoyer sont conformes à la Politique d’aide internationale féministe du Canada et à l’engagement pris dans la lettre de mandat de la ministre, afin de soutenir et de protéger les droits des travailleurs de la santé rémunérés et non rémunérés.
Le Canada peut être un chef de file en ce qui concerne l’équité en matière de vaccins et la recherche d’une solution équitable pour les femmes face à cette pandémie. Nous aimerions être ce leader. Merci.
Le président : Merci beaucoup. Nous entendrons maintenant Nicolas Moyer.
Nicolas Moyer, président-directeur général, Coopération Canada : Bonjour. C’est un plaisir d’être avec vous et de me joindre à vous depuis la ville d’Ottawa, qui, je le reconnais, se trouve sur le territoire non cédé des Premières Nations anishinaabe et algonquine.
Je tiens à mentionner brièvement que Coopération Canada, l’organisme que j’ai l’honneur de diriger, représente un vaste secteur au Canada, qui compte plus de 2 000 organisations travaillant en coopération internationale sous une forme ou une autre dans notre pays, en vue d’un monde meilleur, équitable et durable pour tous. Nous avons également des activités dans le monde entier.
[Français]
Je vous remercie sincèrement de nous recevoir aujourd’hui. Je crois que, comme nous l’avons déjà entendu, le monde et le Canada font face à une crise d’une ampleur sans précédent et à une échelle qui est difficile à mesurer.
Alors que nous envisageons un retour à une forme de normalité au Canada, la crise est loin d’avoir atteint son apogée dans les pays du Sud. Après des décennies de progrès mondiaux dans pratiquement tous les indicateurs de développement humain, nous avons perdu 25 ans de progrès en seulement 25 semaines de pandémie. Nous assistons à un déclin à grande échelle. Il y a un impact sur les femmes et les filles en particulier. Les impacts de cette crise sont sexospécifiques; les femmes en portent le plus lourd fardeau.
Les systèmes publics de soins de santé sont débordés et subissent des pressions massives. Nous voyons des économies en lambeaux et des chaînes d’approvisionnement brisées. Trop de gens ont vu leurs revenus de travail s’évaporer. Les droits de la personne, les droits des femmes et la démocratie sont tous en péril, alors que des États autoritaires utilisent la pandémie et son effet de distraction pour réprimer la liberté et la société civile.
[Traduction]
Compte tenu de l’ampleur des problèmes mondiaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, il importe de rappeler que le Canada est entré dans cette crise en tant que donateur dans le milieu du développement international, dont les contributions étaient inférieures à celles de ses pairs de l’Organisation de coopération et de développement économiques, ou OCDE. Des idées fausses largement répandues dans le public sur les niveaux d’aide persistent au Canada, et bien des gens sont portés à croire que nous sommes plus généreux que d’autres pays, mais nous devons nous rappeler que notre pays est à la traîne par rapport aux moyennes de l’OCDE pour ce qui est de la part de l’économie que nous consacrons à l’aide publique au développement, tandis que d’autres pays arrivent à respecter leur engagement de faire leur juste part et tentent de le dépasser, afin de consacrer plus de 0,7 % de leurs revenus à l’aide publique au développement.
Cela reste un objectif lointain pour le Canada. En fait, nous ne sommes même pas à mi-chemin pour l’atteindre.
Depuis l’été dernier, le secteur de la coopération internationale demande au Canada de consacrer 1 % de sa réponse nationale totale pour contrer la COVID à la réponse internationale, afin d’aider la santé publique mondiale à avoir accès aux vaccins, aux traitements et au reste. Il réclame aussi que cette contribution s’ajoute à l’enveloppe prévue pour atteindre les objectifs de développement à long terme et qu’elle soit prévisible, afin que nous puissions avoir l’effet escompté pour remplir les promesses de la Politique d’aide internationale féministe du Canada.
Le secteur du développement international appuie sans réserve les engagements pris par le gouvernement l’an dernier pour soutenir la réponse à la COVID, comme le soulignait la ministre. Ces engagements permettront directement de sauver des vies. Nous saluons vivement le leadership dont le Canada a fait preuve et les annonces faites au cours de la dernière année pour assurer l’accès aux vaccins et aux traitements, en plus d’atténuer les nombreuses conséquences de la pandémie sur le développement.
Ce faisant, nous encourageons également le gouvernement à mettre l’accent sur la transparence et l’afflux d’aide internationale. Les crises entraînent souvent une baisse de l’attention dans ce domaine, mais nous devons maintenir une attente collective élevée d’imputabilité publique à l’égard des fonds annoncés et déboursés afin de permettre un engagement efficace des partenaires.
Nous savons que même avec le soutien annoncé au cours de la dernière année, il faut faire davantage pour réaliser les ambitions du Canada de créer un monde qui reflète nos valeurs et dans lequel nous pouvons tous réussir. Nous avons la réputation d’avoir des principes forts sur la scène internationale, et maintenant plus que jamais, nous devons investir dans l’avenir que nous voulons voir. C’est à la fois la bonne chose à faire et clairement dans notre intérêt, puisque nous sommes gagnants lorsque le monde se porte bien.
Les défis à relever sont grands et nombreux; j’aimerais en souligner trois. Je serai très bref, car nous avons déjà abordé la question de l’inégalité de l’accès aux vaccins. C’est un objectif largement partagé que de faire mieux dans ce domaine. Nous pouvons comprendre qu’il s’agit d’une question d’équité, d’égalité et de dignité humaine, mais aussi que c’est dans l’intérêt du Canada, comme nous l’avons entendu et comme Mme Grantham l’a décrit avec éloquence.
Il y a — et je tiens à le souligner — une crise majeure de l’endettement qui se profile à l’horizon. Les pays à revenu faible ou moyen n’avaient que peu ou pas de marge de manœuvre budgétaire pour répondre à cette crise, les gouvernements devant souvent choisir entre contenir la pandémie et faire face à un effondrement économique certain. Dans beaucoup de pays, la réponse à la pandémie a été limitée par le poids écrasant de la dette. Certains pays dépensent deux à quatre fois plus en frais de service de la dette qu’en soins de santé.
Or, si nous savons qu’une crise mondiale de l’endettement nous attend, il n’existe aucun cadre clair de coordination mondiale pour l’éviter. Non seulement est-ce un exemple d’injustice économique, mais cette perspective menace grandement l’économie mondiale dans son ensemble. Notre expérience passée des crises économiques mondiales nous a certainement appris que nous souffrons tous lorsque l’économie mondiale s’effondre. Les riches s’enrichissent, et les pauvres s’appauvrissent, au Canada comme dans le reste du monde.
J’ai bien peur d’avoir dépassé mon temps de parole.
Le président : J’allais vous en avertir, mais je suis content que vous l’ayez vous-même remarqué.
M. Moyer : Je vais m’arrêter ici.
Le président : Je suis certain que vous aurez l’occasion de faire valoir d’autres arguments pendant la période de questions.
Nous reprendrons la formule de la première heure. Chaque sénateur disposera de quatre minutes, et je vous prie d’être concis dans vos préambules et vos questions, puis le même conseil s’applique aux témoins.
La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie d’être parmi nous. Je poursuivrai dans la même veine qu’à la première heure et vous interrogerai sur les écoles et les jeunes filles. C’est ma passion depuis 40 ans.
Cette question s’adresse aux représentantes de CARE, mais les autres témoins peuvent y répondre également. On entend dire que 10 millions de filles pourraient ne pas retourner à l’école dans le monde, donc j’aimerais savoir comment nous pourrions faire en sorte qu’une fois la crise sanitaire endiguée, chaque jeune fille qui était scolarisée avant la pandémie puisse retourner à l’école. Quelles sont les choses que vous envisagez, stratégiquement, au sein de votre organisation, pour nous aider à atteindre ce résultat?
Mme Grantham : Merci beaucoup de votre question, sénatrice. Je vais demander à ma collègue, Mme Rebecca Davidson, qui est responsable de nos programmes de santé mondiaux et qui possède une grande expertise en la matière, de vous fournir les premiers éléments de réponse.
Rebecca Davidson, responsable des programmes de santé mondiaux, CARE Canada : Je vous remercie de cette question.
C’est un élément vraiment important, et nous constatons déjà que les grossesses chez les adolescentes sont aussi en hausse depuis la fermeture des écoles. Au Kenya, en un an, nous avons constaté une augmentation de 40 % des grossesses chez les adolescentes dans l’un de nos programmes. Il s’agit donc d’une question essentielle, et l’accès à l’éducation est également déterminé par les inégalités économiques.
Dans nos programmes, nous nous intéressons vraiment à ce qui favorise les mariages forcés d’enfants et les mariages précoces, comme l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux moyens de subsistance. Nous travaillons avec les collectivités à résoudre les problèmes d’insécurité alimentaire qui conduisent parfois au mariage forcé d’enfants et d’adolescents, mais nous nous appliquons aussi à imaginer à quoi pourraient ressembler ces transferts d’actifs. Nous travaillons en très étroite collaboration avec les communautés pour susciter un changement dans les normes sociales et sexuelles, un élément clé pour relever les défis économiques auxquels les communautés sont confrontées.
L’une des recommandations clés est d’offrir du financement souple. Nous avons eu la chance, dans le cadre de nos programmes, de mener des projets dans des communautés rurales ou difficiles à atteindre dans un contexte humanitaire. Nous avions la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins. Dans le cadre d’un projet de nutrition, nous nous intéressons maintenant aux droits sexuels et reproductifs.
Il s’agit vraiment de travailler avec des partenaires sur le terrain, dans les communautés, pour pouvoir répondre aux besoins.
L’un des piliers de nos programmes consiste à évaluer les changements nécessaires dans les normes sociales et sexuelles pour que les filles continuent de fréquenter l’école et qu’elles puissent prendre leurs propres décisions concernant leur santé et leur corps.
La sénatrice M. Deacon : C’est très utile.
Le président : Je vous interromps, parce que je crois que Mme Byrnes veut ajouter quelque chose.
Mme Byrnes : Effectivement. Il est vrai que les questions financières sont centrales pour que les filles puissent retourner à l’école et pour changer les normes sociales.
L’autre élément important, qui vient d’être mentionné, c’est l’accès à de l’information et à des services de qualité sur la santé reproductive et sexuelle. Pendant la reconstruction, il importe justement de tenir compte des différences entre les sexes pour déterminer ce qui empêche les filles de retrouver leur niveau de vie d’avant. C’est une grande question. C’est fantastique qu’on investisse à ce chapitre au Canada, mais nous avons besoin de financement souple pour répondre aux besoins des organisations locales.
Le président : Je pense que Mme Grantham veut à son tour ajouter quelque chose.
Chers collègues, nous devrons faire très attention au temps, donc je vous prie de bien mentionner à qui s’adresse votre question. Bien sûr, les autres témoins peuvent également y répondre. J’essaierai de bien gérer le tout.
Mme Grantham : J’aimerais peut-être ajouter une dernière chose, sénatrice M. Deacon, aux réponses très éloquentes de mes collègues, Mme Davidson et Mme Byrnes. C’est encore lié à l’accès équitable aux vaccins. L’une des principales raisons pour lesquelles les filles ne sont toujours pas retournées à l’école, c’est le confinement et toutes ses conséquences. Le plus vite nous pourrons assurer un accès équitable aux vaccins, le plus tôt les gens pourront se faire vacciner en grand nombre dans le monde, et nous pourrons enfin déconfiner les populations. C’est une autre condition préalable au retour à l’école des filles.
Le président : Merci beaucoup.
La sénatrice Ataullahjan : J’ai déjà une réponse partielle à ma question. Je repensais à l’éclosion d’Ebola et au fait que juste après, il y a eu tellement de grossesses chez les adolescentes. Cependant, cette question vous a déjà été posée.
Je voulais aussi vous interroger sur une situation plus près de nous. En tant que sénatrice de Toronto, je vois beaucoup de groupes d’immigrants glisser entre les mailles du filet. Nos refuges sont pleins à craquer. On dit qu’il y a une pandémie dans la pandémie. Ils reçoivent tellement d’appels qu’ils ne savent plus comment y répondre.
Nous constatons aussi qu’il y a plus de cas de COVID dans les quartiers où les populations immigrantes sont les plus concentrées. Que fait le Canada à ce chapitre? C’est bien beau de parler de ce que nous faisons ailleurs dans le monde, mais je pense que nous devons aussi nous pencher sur le sort de ceux et celles qui glissent entre les mailles du filet ici, au Canada. Personne ne s’est même penché sur la question des réfugiés. Qu’arrive-t-il aux personnes arrivées ici en tant que réfugiés? Seront-elles vaccinées ou non? Quels services leur offre-t-on?
Le président : Sénatrice, à qui s’adresse votre question?
La sénatrice Ataullahjan : À Mme Byrnes ou à quiconque souhaite me répondre et a vu les statistiques sur la situation au Canada. Qu’est-ce qui se passe ici, au Canada?
Mme Byrnes : Vous avez tout à fait raison. Tous les mois depuis le début de la pandémie, nous examinons les inégalités sur divers enjeux avec l’Observatoire québécois des inégalités. L’un des enjeux qui est ressorti c’est qu’évidemment, à des endroits comme dans le quartier de Montréal-Nord, à Montréal, où se concentre une forte population noire et immigrante, les gens sont particulièrement touchés. La population s’y compose de travailleurs de première ligne, qui se trouvent dans des situations d’emploi et autres qui les rendent particulièrement vulnérables. C’est un véritable problème.
Quand on regarde les Objectifs de développement durable, nous sommes censés atteindre ces objectifs chez nous comme à l’étranger. Il faut prendre conscience qu’il faut les atteindre ici comme ailleurs. Je pense que cela nécessiterait une plus grande collaboration entre les divers organes du gouvernement. Il y a différentes portes d’entrée au gouvernement. Nous prenons toutes sortes de mesures ici même, au Canada, pour lutter contre le racisme, l’exclusion et le reste. Beaucoup d’organisations internationales sont également présentes ici, mais il faut accroître la collaboration entre les divers organes du gouvernement sur ce genre de questions, parce qu’on se fait souvent répondre que telle ou telle chose relève d’un autre ministère. Il n’y a pas assez d’intégration. C’est ce que je peux vous répondre.
La sénatrice Ataullahjan : J’ai une courte question à vous poser. Nous observons que la fréquence et la gravité de la violence infligée aux femmes ont véritablement augmenté. Beaucoup de ces femmes sont confinées en compagnie de leur agresseur, et les refuges sont pleins. Pendant que nous nous chamaillons pour déterminer quel gouvernement ou quel ministère devrait intervenir, y a-t-il de l’aide offerte à ces femmes, entretemps, quand les refuges sont pleins? Elles vivent avec leur conjoint et beaucoup d’entre elles, surtout des immigrantes, n’ont pas nécessairement de famille élargie ici. Qu’arrive-t-il à ces femmes et à ces filles?
Mme Byrnes : Je peux tenter une réponse, après quoi mes collègues voudront peut-être intervenir.
Le gouvernement a fait une série d’annonces de financement pour les organisations de femmes qui combattent la violence ici. Je pense qu’il serait bon que le comité s’entretienne également avec la ministre Monsef pour déterminer quel financement sera offert aux organisations de femmes après la pandémie de COVID, parce qu’on constate la même chose partout dans le monde : une augmentation de la violence et des femmes coincées dans des situations dont elles n’arrivent pas à se sortir.
La sénatrice Omidvar : Je vous remercie tous les trois d’être parmi nous aujourd’hui, comme je vous remercie du travail formidable que vous faites pour les Canadiens et les citoyens du monde.
C’est probablement M. Moyer qui est le mieux placé pour répondre à ma question, comme il représente Coopération Canada, une organisation qui rassemble beaucoup de personnes. Monsieur Moyer, pouvez-vous me dire si vos homologues du domaine du développement international aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie concertent leurs efforts pour avoir plus d’efficacité, de visibilité et d’incidence dans ce combat contre la COVID et si vos membres mettent l’épaule à la roue?
M. Moyer : Il y a plusieurs choses que je peux répondre à cela. La réponse mondiale à la COVID est très vaste. Nous voyons au Canada un appel commun à la collecte de fonds pour la coalition humanitaire. De nombreuses organisations, dont deux sont représentées ici aujourd’hui, unissent leurs efforts pour amasser des fonds.
Pour ce qui est d’interventions concertées, j’ai bien peur de ne pas pouvoir vous donner d’exemples concrets de mesures prises dans la lutte contre la COVID. Mes homologues peuvent peut-être vous parler de leurs partenariats mondiaux.
Mme Grantham : Je peux vous répondre.
Le président : Allez-y.
Mme Grantham : Je vous remercie, sénatrice Omidvar, pour tout ce que vous faites pour nous appuyer dans notre travail. Je vous remercie de cette question.
Je vous donnerai quelques exemples. Au sein d’une confédération internationale comme celle d’Oxfam, nous travaillons avec tous les autres membres de la confédération. CARE est présente dans une centaine de pays du monde.
Par exemple, au cours des six ou huit dernières semaines, nous avons mis en place des mesures très tangibles et soutenues en Inde, en particulier. Beaucoup de pays membres de la confédération, comme le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada, divers pays d’Europe, l’Australie et d’autres encore unissent leurs forces de façon très singulière pour aider nos collègues en Inde. Nous tournons maintenant notre attention vers le Népal, le Bangladesh et d’autres pays limitrophes de l’Inde, où les chiffres continuent d’augmenter de façon très inquiétante. Je pense que ce sont là des efforts très importants. Ils sont moins visibles, en toute honnêteté, dans le contexte mondial. Je pense qu’on ne peut pas toujours voir d’un pays extérieur comme le Canada à quel point la société civile mobilise ses ressources mondiales pour avoir une véritable incidence sur le terrain. Je peux vous dire, en tout cas, que du point de vue de CARE Canada, cette intervention est très robuste.
La sénatrice Omidvar : Merci. Ai-je le temps de poser une question complémentaire?
Le président : Vous devrez être brève, sénatrice.
La sénatrice Omidvar : Permettez-moi de m’adresser à Mme Byrnes. Pouvez-vous nous parler des obstacles législatifs et réglementaires, au Canada, qui nuisent à l’efficacité des organismes de bienfaisance du domaine du développement international sur le terrain?
Mme Byrnes : Certainement. Je le ferai rapidement. Je vous remercie de votre bon travail dans ce domaine, sénatrice Omidvar.
Nous parlions ici de fonds communs. Vous avez mentionné les fonds communs. Les fonds communs sont un moyen très efficace, pour un pays, d’essayer de rassembler tout l’argent possible afin de permettre une intervention humanitaire, puis de distribuer les fonds en fonction des besoins, en tenant compte des besoins les plus grands, pour atteindre les plus vulnérables.
L’une des difficultés que pose la loi concerne les activités de direction et contrôle, et de propriété directe. Je parle ici du droit fiscal, qui est vraiment dépassé. Selon la loi, tout l’argent public que nous recevons doit servir à financer nos propres activités. C’est très compliqué quand nous dépendons d’organisations locales qui connaissent bien le contexte et qui sont bien présentes sur le terrain. Même les autres filiales d’Oxfam, qui sont bien établies, ne sont pas considérées par le gouvernement comme des bénéficiaires admissibles. Pour répondre aux critères législatifs, nous devons nous astreindre à un lourd fardeau administratif et conclure des contrats, pour créer toutes sortes de traces écrites.
Le président : Merci, madame Byrnes. Le temps est écoulé. Je dois souligner que c’est un sujet important. La sénatrice Omidvar le sait très bien. Le Sénat est actuellement saisi d’un projet de loi qu’elle a elle-même soumis à ce sujet.
La sénatrice Coyle : Je remercie tous nos témoins aujourd’hui. Je crois que c’est M. Moyer qui serait le mieux placé pour répondre à ma question, mais les autres témoins peuvent y répondre aussi.
À l’instar d’autres témoins, vous avez parlé du recul des résultats en matière de développement, particulièrement des conséquences difficiles de la situation sur les femmes et les filles, l’éducation en matière de santé reproductive, et cetera. Vous avez également mentionné une chose que je n’avais encore entendu personne d’autre mentionner, c’est-à-dire que les sources de revenus de bien des gens se sont évaporées. C’est tellement capital pour tout le reste.
Un peu plus tôt aujourd’hui, nous avons également entendu la ministre Gould nous dire que le Canada s’était bien positionné pour faire face à la situation avec sa politique d’aide internationale féministe.
Pouvez-vous nous parler, monsieur Moyer, de l’approche féministe du Canada pour l’aide internationale et nous dire si selon vous et vos membres, elle nous positionne bien? Que pourrions-nous faire de plus pour contrer le recul que vous avez décrit?
M. Moyer : Je vous remercie de cette question, sénatrice Coyle. La Politique d’aide internationale féministe répond très directement aux priorités que se sont fixées nos partenaires pour le développement international et le Canada lui-même. C’est un cadre très bien défini, qui nous force à porter attention à l’égalité entre les sexes dans tous nos engagements internationaux. C’est une contribution unique du Canada aux efforts mondiaux à bien des égards. Ce cadre a beaucoup de valeur, nous l’appuyons, il est très bien adapté pour nous guider dans les mesures à prendre pour réagir aux diverses conséquences de la COVID.
L’une des plus grandes difficultés qui demeurent, à l’heure actuelle, c’est le manque de ressources affectées à la Politique d’aide internationale féministe. Pour qu’elle puisse pleinement porter fruit, elle doit s’assortir de ressources. J’ai déjà mentionné que le Royaume-Uni avait reculé sur certaines promesses financières en ce qui concerne les droits et la santé en matière de sexualité et de reproduction, rien de moins. L’attention qu’accorde le Canada à ces questions est vraiment unique, elle a beaucoup de valeur et a d’énormes effets corrélatifs, puisqu’elle pousse d’autres donateurs à nous imiter et à continuer d’ouvrir cet espace.
Cependant, je dois apporter un bémol. La crise a des conséquences si vastes partout dans le monde que ce n’est pas que l’aide au développement international qui est touchée ici. Nous devons exercer notre leadership sur divers fronts, et l’ordre mondial fondé sur des règles que nous tenions pour acquis depuis plusieurs décennies est maintenant menacé, tout comme la démocratie et les droits de la personne. Nous avons la responsabilité, comme pays, de nous appliquer davantage à faire pencher la balance. Nous discutons de la possibilité d’adopter une politique étrangère féministe pour le Canada. Celle-ci n’est pas encore aboutie. Elle pourrait nous aider à faire des liens entre nos activités commerciales et nos activités diplomatiques de façon plus importante pour bien mettre l’accent sur l’égalité entre les sexes dans notre politique étrangère. Je pense qu’il faut avoir des conversations beaucoup plus vastes quand on examine les effets collatéraux gigantesques de la pandémie.
La sénatrice Coyle : Je vous remercie infiniment de votre réponse, monsieur Moyer. Cela va bien au-delà de l’aide au développement. Je suis totalement d’accord avec vous, et je suis heureuse que vous le mentionniez. Vous dites qu’il faut nous appliquer davantage à faire pencher la balance. Pouvez-vous prendre quelques secondes de plus pour approfondir votre pensée? Qu’est-ce que cela signifie?
M. Moyer : Le Canada prospère dans un ordre multilatéral fondé sur des règles. Nous le savons. C’est dans notre propre intérêt de faire en sorte qu’il y ait un ordre mondial fondé sur des règles fonctionnelles. Nous savons que le système mérite d’être renforcé à certains égards. Le Sommet mondial de la santé l’illustre bien. Il s’agit d’une structure internationale destinée à nous aider à répondre aux besoins de santé publique mondiaux, dont tous les pays dépendent. C’est une structure dans laquelle il faut investir et qu’il faut appuyer. C’en est un exemple.
La sénatrice Boniface : Je remercie nos témoins. C’est très éclairant. J’aimerais adresser ma question à Mme Grantham.
Vous avez évoqué les risques en ce qui concerne un accès équitable aux vaccins dans le monde. Pourriez-vous en parler quelques minutes de plus? Ma plus grande crainte à cet égard, c’est d’assister à une montée du nationalisme. Je crois que quelqu’un a dit, justement, que les pays riches s’en tireraient bien et qu’ils se rétabliraient, alors que les autres pays n’y arriveraient pas. Je me demande ce que vous nous recommanderiez de faire pour arriver à bien faire comprendre cette réalité au public, particulièrement aux Canadiens qui ont très hâte de recevoir leur vaccin. Ma question s’inscrit dans le contexte de l’observation qui a été faite, selon laquelle il y a des vaccins qui périment avant d’avoir pu être administrés à cause de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement, de problèmes de transport et de tout ce qui peut être difficile dans les pays en développement. Je vous remercie infiniment de tout le travail que vous faites.
Mme Grantham : Merci beaucoup, sénatrice Boniface. C’est une excellente question, très pertinente, surtout dans le contexte des nouvelles des derniers jours. Il y a un certain nombre de choses que je voudrais dire à cet égard. Vous me demandez d’abord comment nous pouvons convaincre les Canadiens que c’est la bonne chose à faire, que l’accès équitable aux vaccins dans le monde est nécessaire. Il y a deux aspects à cela. Il y a d’abord l’argument moral, l’argument des droits de la personne et de la justice sociale. Je ne pense pas avoir besoin d’expliquer davantage ce que je veux dire ici à un groupe de personnes aussi chevronnées que vous.
Il y a ensuite un autre argument qui est beaucoup plus pratico-pratique. Très concrètement, tant qu’une certaine proportion de la population mondiale ne sera pas vaccinée, nous ne pourrons pas reprendre pleinement nos activités économiques et retrouver un monde dans lequel nous pourrons vivre, ne serait-ce qu’un peu comme nous vivions jusque-là, quelle que soit la nouvelle normalité. Nous ne pourrons pas voyager en toute sécurité. Nous n’aurons pas accès à toutes les libertés que nous avons déjà connues. Nous ne pourrons pas aller rendre visite aux membres de notre famille, et ceux-ci ne pourront pas venir nous visiter ici — ce sont des conséquences très concrètes — tant que nous n’aurons pas atteint un certain niveau d’immunité de masse mondiale, faute de meilleur terme. Nous aurons beau parvenir ici à un taux de vaccination de 70 à 80 %, puis nous sentir très bien comme ça, mais tant que ce ne pourra pas être à peu près la même chose partout dans le monde, nous ne pourrons pas jouir des liens sociaux dont nous avons tous envie, mais il faut aussi mentionner que ce sera un désastre économique. Dans le monde, nous ne pourrons pas retrouver d’élan économique — en termes d’emploi, de revenu et de mode de subsistance — tant que nous ne parviendrons pas à ce stade. C’est ce qu’il faut faire comprendre aux Canadiens, et je pense que nous avons pu constater, au cours des 15 derniers mois, que nous avons une bonne aptitude à écouter nos responsables de la santé publique et à suivre leurs conseils. Je pense que nous avons besoin de leaders comme vous, comme nos élus et comme d’autres leaders au pays pour porter ce message.
En ce qui concerne l’expiration des vaccins, mon point de vue, je le répète, est simple. Je le dis prudemment. Il est facile d’envoyer des vaccins, mais s’ils restent sur le tarmac des aéroports, s’ils se retrouvent sur une route et ne peuvent pas parcourir le dernier kilomètre pour être fournis à une communauté ou administrés à des gens, alors tous les efforts déployés pour acheminer les vaccins dans le pays ne donnent rien. C’est pourquoi il est si essentiel d’investir dans l’infrastructure de la santé et dans le vaccin lui-même.
Le sénateur Harder : Je remercie les témoins non seulement de leur participation, mais aussi du travail qu’ils accomplissent dans ce dossier important.
Ma question s’adresse à M. Moyer, mais je pense que d’autres témoins pourraient avoir une opinion sur le sujet également. Vous avez parlé en partie de la crise qui surviendra après la pandémie, c’est-à-dire de la crise de l’endettement qui surgira rapidement. J’ai participé quelque peu aux efforts d’allégement de la dette au début des années 2000, et l’une des choses qui a manifestement contribué à l’obtention d’un consensus mondial — du moins d’un consensus au sein du G8 —, c’est la coordination entre des partenaires de la société civile dans le monde.
Pouvez-vous nous dire si des discussions ont lieu actuellement à ce sujet? Est-ce coordonné dans le cadre du processus du G7, de sorte que, dans un sens, la société civile exerce sur les gouvernements les mêmes pressions? Plus précisément, le Royaume-Uni s’est-il mis à l’écoute de la société civile en prévision du sommet de la semaine prochaine? Quel travail est accompli au-delà de cela? Il nous serait utile d’entendre ce que vous avez à dire à ce sujet. Merci.
M. Moyer : Je vous remercie de la question, sénateur Harder. Oui, dans le monde entier, la société civile lance des appels pour que l’on s’attaque à la crise mondiale de l’endettement depuis l’été dernier. Des groupes de la société civile dans le monde coordonnent leurs efforts en introduisant ces questions dans les discussions à l’approche du Sommet du G7 et d’autres plateformes dans lesquelles il est possible de le faire.
Nous avons demandé aux dirigeants politiques de créer un cadre d’annulation de la dette qui établirait un lien entre les prêteurs étatiques, non étatiques et privés. Le secrétaire général des Nations unies a demandé, premièrement, un moratoire sur le remboursement de la dette; deuxièmement, un allégement ciblé de la dette; et, troisièmement, des réformes de l’infrastructure internationale de la dette. Je dirai que les principaux thèmes qui semblent émerger, en ce qui concerne le G7, sont l’éducation, le climat et l’équité an matière de vaccin. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant.
Il est indéniable que c’est l’une des questions que nous espérons voir aborder dans les discussions, et la société civile exerce des pressions à cet égard, mais comme vous pouvez le comprendre, il y a beaucoup de questions à ce stade, et celle de l’endettement n’a pas obtenu autant d’attention qu’elle le devrait, à notre avis.
Le sénateur Harder : J’encourage les intervenants de la société civile à poursuivre leurs efforts. Il faudra de nombreuses années de travail, et je soutiens que les gouvernements réagissent lorsqu’ils voient que les intervenants de la société civile ont des demandes et un plan d’action coordonné, alors ils doivent continuer.
Le sénateur Ravalia : Je remercie les témoins de tout le travail qu’ils accomplissent. Je tiens à vous exprimer ma sincère gratitude.
Ma question s’adresse à Mme Davidson. Quelles données existent sur les répercussions qu’a eues la pandémie sur la vie des personnes LGBTQ2? Pouvez-vous parler des répercussions et, si possible, des mesures qui sont prises, particulièrement compte tenu du fait que bien des membres de cette communauté vivent dans la clandestinité dans bon nombre des pays auxquels nous fournissons de l’aide?
Mme Davidson : Je vous remercie de cette question importante. Il y a très peu de données sur ces populations, en partie parce qu’il est très difficile d’en recueillir sans mettre les gens en danger dans des contextes où ces communautés sont ciblées. Je ne peux donc pas parler des données en question, mais je peux parler de ce que nous faisons, notamment, sur le plan du déploiement des vaccins. L’une des principales lacunes que je constate — qui correspond à l’une des principales possibilités de prendre contact avec ces populations, LGBTQI et autres, qui sont marginalisées dans des endroits difficiles d’accès — concerne le rôle des agents de santé communautaires de première ligne, dont 70 % sont des femmes. Plus de 86 % de ces personnes, en Afrique subsaharienne, sont des bénévoles non rémunérés. Elles ne participent pas à bon nombre des conversations qui ont lieu à l’échelle mondiale.
Ce sont des acteurs essentiels pour combattre l’hésitation à se faire vacciner et pour gagner la confiance des communautés avec lesquelles il nous faut prendre contact, en particulier celles qui sont marginalisées et qui ne sont pas nécessairement en mesure de se rendre régulièrement dans un centre de santé, pour leur fournir des renseignements et jouer un rôle de premier plan dans l’administration des vaccins.
CARE a fait des calculs à cet égard et estime qu’il faut 5 $ pour chaque dollar de vaccin pour financer l’acheminement des vaccins aux communautés. Il s’agit en partie de payer ces bénévoles, de payer les travailleurs de la santé de première ligne. Cela fait partie des questions relatives à l’inégalité et à la perte de revenu dont nous avons parlé aujourd’hui également. Selon moi, cela doit rester l’un des éléments dans les discussions qui ont lieu à l’échelle internationale sur le financement de la livraison des vaccins, afin que nous ne renvoyions pas des vaccins au COVAX pour qu’ils soient redirigés vers des systèmes de santé plus solides qui ont le financement nécessaire pour déployer les vaccins, mais que nous les acheminions plutôt vers les endroits qui en ont le plus besoin.
Mme Byrnes : Au-delà des répercussions sur la santé, toutes les mesures de confinement et la façon dont les choses se sont déroulées ont permis à certains gouvernements de miner réellement l’espace démocratique dans leurs pays et de réprimer assez sévèrement les défenseurs des droits de la personne. Les personnes LGBTQ2+ sont particulièrement touchées à cet égard dans de nombreux pays. C’est une autre question que nous devrons examiner à l’avenir : comment faisons-nous pour soutenir les défenseurs des droits des personnes LGBTQ2+ qui sont durement touchés parce que des gouvernements utilisent le confinement comme une excuse pour renforcer le maintien de l’ordre et les méthodes antidémocratiques dans leur pays?
Le sénateur Ravalia : Merci beaucoup.
Le président : Nous allons passer au second tour dans un instant, mais j’ai une question. Je crois qu’elle s’adresse davantage... Eh bien, n’importe qui peut intervenir, mais peut-être que M. Moyer est mieux placé pour y répondre.
Dans le contexte de la pandémie, si nous regardons les choses à moyen et à long terme, les pays qui sont devenus des économies émergentes, qui, si je puis dire, ne remplissent plus les conditions requises pour bénéficier de l’aide publique au développement selon les règles établies par le Comité d’aide au développement de l’OCDE, perdent du terrain. Ils vont se retrouver dans une situation où ils vont devoir demander de l’aide.
Le Fonds monétaire international a adopté une approche plus intelligente à cet égard dans le passé, au lieu d’imposer des accords d’ajustement structurel et ce genre de chose. On fait preuve de créativité en ce qui a trait à l’amélioration des bilans. Comment voyez-vous le milieu politique à mesure que les efforts de vaccination se poursuivent, mais aussi à mesure que les pays seront confrontés à une réduction de leurs propres capacités, qu’elles soient financières ou monétaires?
M. Moyer : Ce sont là des observations et des points très judicieux, sénateur Boehm.
Nos investissements dans le monde entier sont plus essentiels que jamais pour les raisons que vous avez évoquées. Des tendances importantes se sont accélérées en raison de la crise de la COVID. Nous avons vu que cela soulève beaucoup de questions sur les modèles que nous avons pour l’aide au développement international. Nous devons tenir compte de l’histoire coloniale des relations Nord-Sud qui définissent nos infrastructures. Nous le savons depuis longtemps. Nous parlons d’un programme de localisation. C’est inscrit dans des accords internationaux comme la Grande Négociation, mais il est temps d’accélérer le rythme maintenant. Nous devons envisager de décentraliser nos méthodes de travail, de soutenir nos partenaires de manière plus efficace, même quand on pense à la conversation précédente sur les droits de la communauté LGBTQ et les défenseurs des droits de la personne. Nous devons trouver le moyen de financer les mouvements sociaux, la société civile, de manière à ce qu’ils puissent avoir l’effet que nous souhaitons qu’ils aient.
Cela soulève de très grandes questions sur nos structures et nos processus. Le facteur le plus déterminant de notre infrastructure est Affaires mondiales Canada. La société civile et d’autres partenaires reproduisent l’infrastructure de dons et doivent répondre aux exigences. Qu’il s’agisse des questions relatives à la direction et au contrôle que la sénatrice Omidvar tente de comprendre, ou des mécanismes de financement, de la façon dont les demandes de propositions sont menées, de la question de savoir qui reçoit les fonds et où ils sont destinés — il y a là de grandes questions.
Nous pourrions parler longuement de ces grandes tendances. Je ne peux qu’ajouter que les besoins dépassent nos ressources, et que nous devons donc réaliser des gains d’efficience partout où nous le pouvons.
Le président : L’efficacité de l’aide deviendra donc un élément très important. J’espère que nous pourrons poursuivre la discussion dans le cadre d’autres réunions à un moment donné, car c’est très important. Nous en sommes au second tour.
La sénatrice Ataullahjan : Je tiens à exprimer ma gratitude à tous les témoins d’aujourd’hui pour le travail très important qu’ils accomplissent.
Mme Byrnes en a parlé brièvement, mais, monsieur Moyer, ma question s’adressait à vous. Pendant que tout le monde est si préoccupé par la COVID, quelle est la situation des droits de la personne? J’entends parler d’attaques contre des journalistes, de personnes arrêtées. Quand j’essaie de trouver des nouvelles, peu importe de quelle chaîne d’information il s’agit, on parle surtout de la COVID et des chiffres. Les droits de la personne sont-ils négligés? Qui surveille les chiffres?
M. Moyer : Je vous remercie beaucoup de la question, madame la sénatrice, car vous avez tout à fait raison. L’attention a été portée vers l’intérieur dans pratiquement tous les pays. La pandémie a pris le dessus. Elle nous a fait perdre de vue bon nombre des tendances qui se manifestent. Cela inclut, en particulier, la vulnérabilité des défenseurs des droits de la personne, des mouvements de la société civile, et s’inscrit franchement dans une tendance plus générale à la régression quant aux valeurs démocratiques et aux droits de la personne que nous avons observée avant la pandémie.
Les principales démocraties du monde ont moins investi dans le soutien aux démocraties au cours des dernières décennies. Nous devons remettre en question certaines de ces choses. Je n’ai pas de chiffres précis à vous donner. Peut-être que mes collègues ici présents en ont. Or, ce qui ressort constamment, c’est que puisque les projecteurs sont braqués sur la pandémie, les leaders de la société civile et les défenseurs des droits de la personne sont menacés à un moment critique. En parlons-nous suffisamment? Non. Devrions-nous en parler davantage? Absolument. Nous vous parlons aujourd’hui des répercussions sur le développement, des résultats, où les symptômes sont souvent présents, mais il existe des besoins politiques structurels quant aux investissements que nous devons faire à l’échelle mondiale. Nous devons également nous demander combien nous sommes prêts à investir dans la défense des principes humanitaires et des droits de la personne dans le monde.
La sénatrice Omidvar : Je remercie tous les témoins. Ma question s’adresse une fois de plus à M. Moyer.
Monsieur Moyer, vous pouvez comprendre que l’aide est souvent perçue par les pays bénéficiaires comme étant coloniale. On sent qu’il y a l’idée que l’Occident sait mieux que quiconque. Il y a tout un historique de situations où nous agissons pour les autres, au lieu d’agir avec les autres. Je me demande si vous pouvez parler du cheminement de vos membres, de la générosité, d’une part, au renforcement de l’autonomie, d’autre part. De quelle façon cela a-t-il changé vos valeurs, vos protocoles et vos modèles de service, ou cela les a-t-il changés?
M. Moyer : Quelle grande question. Merci beaucoup, madame la sénatrice. Notre secteur s’appuie sur des principes de base de solidarité et de collaboration. Nous avons également hérité des conséquences de pratiques coloniales, qui sont toujours ancrées dans les structures que nous avons aujourd’hui en ce qui concerne les relations Nord-Sud, et cela revient à l’accès aux ressources, au pouvoir et à l’influence.
Je pense que la prise de conscience à cet égard a atteint aujourd’hui un autre niveau par rapport à ce que nous avons connu. La réflexion a beaucoup évolué. Les organisations réfléchissent très sérieusement, par exemple, à la manière de décentraliser la prise de décision et de passer de la mise en œuvre de programmes à la solidarité et à la défense des droits dans leurs propres marchés pour que les bonnes politiques soient mises en place. Il est également reconnu que, souvent, nous pouvons avoir plus d’impact sur les politiques commerciales ou les politiques en matière de droits de la personne de notre gouvernement que sur l’exécution des programmes.
Je pense que ce sont des questions existentielles pour notre secteur. Nous y travaillons — en fait, nous nous examinons de manière critique. C’est l’une des caractéristiques constantes de notre secteur : s’examiner de manière critique et mettre en lumière les grandes questions.
Comme le temps file, je vais m’arrêter ici, mais si mes collègues veulent intervenir, elles peuvent certainement le faire.
Mme Grantham : Merci, sénatrice Omidvar. Comme l’a dit M. Moyer, il s’agit d’une question existentielle qui ronge le secteur à bien des égards. Une question fondamentale se pose, et ce, depuis de nombreuses années, mais la pandémie a accéléré les choses : l’aide est-elle en soi un concept colonial? Nous examinons en profondeur la manière dont nous pouvons adopter des approches qui décolonisent ce travail. Ces termes sont lourds de sens, et je suis donc prudente.
Je vais vous donner un exemple concret. Il y a une table, à l’échelle mondiale, composée des grandes organisations de mise en œuvre dans le monde, ce qui inclut donc Oxfam, CARE, Plan, le Comité international de secours, Mercy Corps. Une dizaine d’organisations discutent activement avec un certain nombre d’organisations de la société civile des pays du Sud qui mènent vraiment cette conversation depuis le Sud. Il s’agit d’une discussion difficile, mais il est à espérer que c’est de cette dernière que naîtra la justice sociale.
Le président : Merci beaucoup. Nous sommes en train de courir contre la montre. La sénatrice Deacon posera la dernière question.
La sénatrice M. Deacon : Ma question était semblable à celle de la sénatrice Ataullahjan. Puisque le temps file, je vais faire une déclaration. Un rapport de Freedom House nous apprend que la qualité de la démocratie et le respect des droits de la personne se sont détériorés avec l’arrivée de la pandémie. J’ai bon espoir que le Canada nous aidera à revenir aux normes démocratiques dont nous avons besoin et se penchera sur d’autres questions que celle de l’argent, comme les structures. Je vais m’en tenir à cette déclaration.
Le président : Merci beaucoup, sénatrice. C’est une bonne déclaration.
J’aimerais remercier nos quatre témoins de la très riche discussion que nous avons eue aujourd’hui. Elle tombait à point nommé et était bienvenue et, évidemment, il y a des problèmes que nous ne pouvons pas régler, mais nous envisagerons d’en discuter à l’avenir.
J’aimerais également remercier M. Brian Hermon, notre analyste, qui nous a fourni des documents d’information en prévision de la réunion, le personnel technique et les interprètes. Puisqu’il n’y a pas d’autres points à l’ordre du jour, chers collègues, je vais lever la séance. Auparavant, je veux seulement dire que si tout se passe comme prévu, bien sûr, notre prochaine réunion aura lieu le jeudi 10 juin, à 11 h 30, heure de l’Est.
Merci aux témoins et aux sénateurs. La séance est levée.
(La séance est levée.)