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POFO - Comité permanent

Pêches et océans


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PÊCHES ET DES OCÉANS

TÉMOIGNAGES


ST. JOHN’S, le mercredi 13 septembre 2023

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd’hui, à 9 h 19 (HE), pour examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

Le sénateur Fabian Manning (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : Mesdames et messieurs les sénateurs, je déclare la séance ouverte. Si vous souhaitez prendre la parole, vous devrez allumer vos microphones vous-mêmes. On vient de me le rappeler, alors je vais également vous le rappeler. Cela vous convient-il?

Chers collègues, avant de commencer, j’aimerais dire que les habitants de Terre-Neuve-et-Labrador savent très bien que la mer et l’océan nous donnent beaucoup de choses. Cependant, il arrive parfois que la mer nous enlève ce qui nous est cher. Hier, nous avons perdu trois pêcheurs dans la tragédie survenue près de Fleur de Lys. Les pêcheurs étaient originaires de Fleur de Lys et de Coachman’s Cove. Un pêcheur a survécu et, j’espère...

Si vous me le permettez, j’aimerais, au nom du comité et de toutes les personnes qui sont présentes dans la salle, observer une minute de silence à la mémoire des pêcheurs disparus et offrir nos pensées à leurs familles, à leurs communautés et aux travailleurs de l’industrie de la pêche. Comme beaucoup d’entre vous l’ont vu cette semaine, nous formons une seule et même grande famille. Je vous invite à observer un moment de silence.

Je vous remercie, chers collègues. Nos pensées et nos prières accompagnent tous ceux et celles qui sont touchés par cette tragédie.

Bonjour. Je m’appelle Fabian Manning. Je suis un sénateur de Terre-Neuve-et-Labrador, et j’ai le privilège et l’honneur de présider les délibérations de ce comité. Je suis très heureux d’être dans ma province, et d’être accompagné par ma collègue de Terre-Neuve-et-Labrador, la sénatrice Petten, et par mes autres collègues qui auront bientôt l’occasion de se présenter.

Nous tenons aujourd’hui une réunion du Comité permanent des pêches et des océans. Avant de commencer la réunion, je demanderais à mes collègues de bien vouloir se présenter. Nous allons commencer par ma collègue à ma droite. N’oubliez pas d’allumer votre microphone si vous voulez que l’on vous entende.

La sénatrice Busson : Bonjour. Je m’appelle Bev Busson. Je suis une sénatrice de la Colombie-Britannique.

La sénatrice Patterson : Bonjour. Je m’appelle Rebecca Patterson, sénatrice de l’Ontario.

Le sénateur Quinn : Bonjour. Jim Quinn, je viens du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Petten : Iris Petten, de Terre-Neuve-et-Labrador. C’est un honneur.

Le sénateur Francis : Sénateur Brian Francis, de l’Île-du-Prince-Édouard.

La sénatrice Cordy : Jane Cordy, de la Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Duncan : Pat Duncan, du Yukon. Nous représentons vraiment les Canadiens d’un océan à l’autre à ce comité.

La sénatrice Ataullahjan : Bonjour. Salma Ataullahjan, de l’Ontario.

La sénatrice McPhedran : Marilou McPhedran, du Manitoba. Il s’agit de mon premier séjour à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le président : Je vous remercie. J’aimerais réagir à ce que la sénatrice McPhedran vient de dire. D’après ce que j’ai vu au cours des derniers jours, je suis convaincu que vous, tout comme les autres sénateurs, reviendrez à Terre-Neuve-et-Labrador.

La sénatrice McPhedran : Oui, absolument.

Le président : Je tiens à souligner que le personnel des Communications du Sénat et que des membres des médias se joignent à nous aujourd’hui. Ils prendront des photos et des vidéos de nos délibérations. Nous remercions les journalistes de leur présence aujourd’hui.

Êtes-vous d’accord pour que le Comité permette au personnel des Communications du Sénat et aux représentants des médias de prendre des vidéos et des photos pendant notre réunion d’aujourd’hui, de façon à déranger le moins possible nos travaux?

La motion est adoptée.

Nous avançons assez rapidement. Le 4 octobre 2022, le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans a été autorisé à étudier, afin d’en faire rapport, les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada. Jusqu’à présent, le comité a tenu neuf réunions sur ce sujet, et nous avons recueilli les témoignages de toute une série d’experts, dont des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux, des professeurs qui étudient les mammifères marins, et des représentants de la gestion des pêches et d’une association des chasseurs de phoque.

Le comité souhaite publier son rapport au plus tard le 31 décembre. Cependant, nous allons peut-être prolonger notre étude de quelques mois, car cette question a suscité beaucoup d’intérêt depuis notre retour, cet automne.

Aujourd’hui, nous entendrons différents témoins qui seront répartis entre six groupes. Les groupes de témoins disposeront de périodes d’une heure ou d’une heure et demie. Nous prendrons une pause-déjeuner à 11 h 45 et essaierons de terminer notre réunion vers 17 h 30.

En cas de problème technique, surtout en ce qui concerne les services d’interprétation, ou si vous avez des questions à propos de cette réunion, veuillez vous adresser à la présidence ou à la greffière.

Nous accueillons Mme Lorelei Roberts, sous-ministre adjointe à la Direction des pêches et de l’aquaculture du ministère des Pêches, des Forêts et de l’Agriculture de Terre-Neuve-et-Labrador. Je vous remercie de votre présence, madame Roberts. Vous disposerez d’environ cinq minutes pour votre déclaration préliminaire. Les sénateurs vous poseront ensuite des questions. Vous avez la parole.

Lorelei Roberts, sous-ministre adjointe, Direction des pêches et de l’aquaculture, ministère des Pêches, des Forêts et de l’Agriculture de Terre-Neuve-et-Labrador : Je vous remercie, sénateur Manning. Je suis heureuse d’avoir l’occasion de participer à cette réunion. Le ministre Loveless voulait vous transmettre ses excuses de ne pas pouvoir se joindre à nous. Il ne pouvait malheureusement participer à cette réunion, mais il est certainement de tout cœur avec les habitants de Terre-Neuve-et-Labrador et avec l’industrie de la pêche, après la tragédie qui s’est produite hier, mais aussi avec l’industrie de la chasse au phoque parce qu’elle est extrêmement importante pour notre province.

Bonjour à tous et à toutes. Je suis ravie de votre présence dans notre province, et je suis heureuse d’apprendre que vous avez passé de bons moments et que vous souhaitez revenir. Lorsque les gens viennent à Terre-Neuve-et-Labrador, ils ont l’impression d’être à la maison, comme s’ils faisaient partie d’une grande famille. Vous pouvez être certains que votre expérience sera toujours tout aussi agréable à chaque séjour.

J’aimerais maintenant remercier les membres du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans de reconnaître l’importance de la chasse au phoque et des produits du phoque, et d’être venus à Terre-Neuve-et-Labrador pour entendre les professionnels et les intervenants de l’industrie. Il me tarde de vous transmettre nos points de vue sur la gestion durable de nos populations de phoques et sur les initiatives qui nous permettraient d’obtenir un meilleur accès au marché pour les produits du phoque.

À Terre-Neuve-et-Labrador, nous sommes très fiers de notre lien historique avec la chasse au phoque et nous admirons ceux qui la pratiquent pour subvenir aux besoins de leurs familles et de nos collectivités côtières.

Grâce à des partenariats entre les gouvernements, les syndicats et les chasseurs, la chasse au phoque canadienne est aujourd’hui reconnue comme une pêche sûre, professionnelle et sans cruauté. Cette réussite est attribuable en partie à l’engagement des intervenants de l’industrie à mettre en œuvre une formation adaptée et des pratiques exemplaires. Nous devons féliciter l’industrie pour cette réussite. Toutefois, des obstacles empêchent l’accès aux marchés mondiaux, et ces obstacles ne disparaissent pas et continuent d’entraver la croissance de l’industrie canadienne des produits du phoque.

Bien que l’accès aux marchés puisse être complexe et difficile, je crois que les récentes mesures prises par le gouvernement du Canada pour améliorer la recherche sur les phoques et le soutien à l’industrie des produits du phoque sont certainement des pas dans la bonne direction.

La création du Groupe de travail sur la science des phoques de l’Atlantique en 2019 et le Sommet sur le phoque qui s’est tenu en novembre dernier sont de bons exemples de ces efforts. Ces deux initiatives ont réuni de nombreux intervenants de l’industrie pour leur demander leur avis. Ils ont pu échanger librement leurs points de vue, connaissances et expertise sur la recherche sur les phoques, l’accès au marché et le développement de l’industrie. Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a également indiqué qu’il demeure résolu à améliorer nos connaissances sur les phoques et à cerner les possibilités de croissance dans le secteur des produits du phoque.

Le Conseil consultatif des pêches de Terre-Neuve-et-Labrador, qui comprend bon nombre de représentants de l’industrie de la pêche, des gouvernements fédéral et provincial et du monde universitaire, a récemment publié le Plan d’action pour les pêches. Il s’engage notamment à mettre l’accent sur l’industrie de la chasse au phoque. J’ai hâte de vous présenter certains objectifs du Conseil ainsi que d’autres mesures de soutien au secteur de la chasse au phoque qui ont été prises par notre gouvernement.

Il ne fait aucun doute que la collaboration entre les deux paliers de gouvernement et l’industrie est essentielle pour assurer la prospérité de l’industrie de la chasse au phoque à l’avenir. J’espère que nos efforts collectifs aideront l’industrie à réaliser tout son potentiel et nous permettront de partager avec les consommateurs du monde entier les nombreux avantages qui découlent de la chasse au phoque.

La chasse au phoque est nécessaire pour protéger nos océans, car les populations de phoques ont une incidence sur la viabilité des autres espèces marines. Les phoques doivent être gérés comme une ressource renouvelable, à l’instar des autres pêcheries. Cependant, comme c’est le cas pour toutes nos pêches, toute décision de gestion doit être prise en fonction de données scientifiques fiables et d’une approche de gestion des écosystèmes. Ce n’est qu’avec une gestion des pêches fondées sur des données précises que nous pourrons atténuer les impacts de l’énorme population de phoques sur les stocks de poissons dans tout l’écosystème marin.

En 2019, la population de phoques du Groenland était de 7,6 millions. Il s’agit de la plus grande population de phoques du Groenland au monde. Il s’agit également de la plus grande population de phoques du Groenland de l’Atlantique Nord-Ouest jamais enregistrée.

En 2021, il y avait 366 400 phoques gris dans l’Est du Canada, ce qui représente un très léger déclin depuis 2017. Il s’agit de la plus grande population de phoques gris au monde, et cette population continue d’étendre son territoire dans l’Est du Canada. Par conséquent, les gens demandent souvent que de nouvelles approches de gestion des populations de phoques soient mises sur pied. Les taux élevés de mortalité naturelle de certains stocks de poissons, comme la morue, préoccupent tous les intervenants du milieu de la pêche.

Comme je l’ai déjà dit, la création du Groupe de travail sur la science des phoques de l’Atlantique en 2019 était une étape importante pour aider à résoudre les problèmes auxquels le secteur de la chasse au phoque est confronté. Le groupe de travail a publié son rapport en mai 2022. Il contient plusieurs recommandations qui, selon notre gouvernement, devraient être adoptées, en particulier pour ce qui est des recommandations qui mettent l’accent sur la recherche sur les phoques, les moyens d’accroître la participation de l’industrie de la pêche aux projets de recherche sur les phoques, et les façons de mieux communiquer les résultats de ces recherches à l’industrie de la pêche.

Le rapport encourage également la création de nouveaux débouchés et marchés pour les produits du phoque. Nous sommes tout à fait d’accord, car l’accès aux marchés mondiaux est essentiel pour la gestion durable de la population de phoques.

Nous devons élaborer un cadre politique fondé sur une approche écosystémique pour la gestion de la chasse au phoque. Nous devrions aussi mener une analyse critique de l’approche de précaution pour les phoques gris et les phoques du Groenland. En outre, les travaux réalisés par Pêches et Océans Canada dans le cadre de l’examen et de l’élaboration de mesures visant à réduire les populations de phoques devraient être présentés de nouveau pour que nous puissions les examiner.

Comme je l’ai déjà mentionné, le Sommet sur le phoque qui s’est tenu à St. John’s en novembre dernier était une bonne initiative. Nos représentants provinciaux des pêches ont été très heureux de participer à cet événement qui a réuni des chasseurs de phoques commerciaux, des transformateurs, des gouvernements et des organisations autochtones, des universitaires, des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux, et d’autres parties prenantes. Ils ont parlé des façons d’accroître la présence des produits du phoque canadiens sur les marchés d’exportation, de l’importance de la chasse au phoque pour les communautés autochtones et de la nécessité de combler les lacunes dans les données relatives aux populations de phoques.

Au cours du Sommet sur le phoque, le gouvernement fédéral a lancé une demande de propositions à l’intention de l’industrie pour qu’elle contribue à la recherche sur les phoques. Nous avons hâte de connaître les résultats de ces recherches et de ce travail qui seront menés au cours des deux ou trois prochaines années.

Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador reconnaît depuis longtemps que l’industrie des produits du phoque présente un grand potentiel, en particulier dans les domaines de la santé humaine, de la nutrition et de la mode. Les parties prenantes de l’industrie nous disent qu’il existe un engouement pour les produits du phoque, mais que les obstacles au commerce, les politiques et les règlements empêchent les consommateurs d’avoir accès à ces produits. Tant que les produits du phoque seront difficiles à exporter, l’accès au marché constituera un défi de taille.

Nous pensons que les représentants d’Affaires mondiales Canada doivent intervenir davantage pour s’attaquer aux obstacles commerciaux et aux restrictions réglementaires et soutenir la commercialisation. Cela peut se faire en ouvrant de nouveaux marchés pour les produits du phoque à l’échelle internationale, en particulier en Chine, dans l’Union européenne et aux États-Unis.

Nous reconnaissons également qu’il est nécessaire de mieux sensibiliser et renseigner les gens qui s’opposent à la chasse au phoque. Des messages ciblés, axés sur la science et la gestion des écosystèmes, et sur la valorisation de la chasse au phoque, favoriseraient l’accès aux marchés et les accréditations commerciales de l’industrie. Notre gouvernement a investi 1,3 million de dollars dans le Fonds canadien d’initiatives en matière de poissons et de fruits de mer dans le cadre de l’accord sur le Fonds des pêches de l’Atlantique. Cette initiative fédérale-provinciale a fourni environ 5 millions de dollars à l’Institut de la fourrure du Canada pour appuyer la mise en œuvre d’un plan stratégique de mise en marché. Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a versé 774 000 $ au cours des trois dernières années à cette initiative qui vise à trouver de nouveaux débouchés pour les produits du phoque. Voilà ce que nous avons fait à l’échelle nationale.

L’objectif du plan était de mieux faire connaître les produits du phoque canadiens et d’accroître l’adoption de ces produits sur les marchés intérieurs et internationaux. Nous avons constaté un certain succès, en particulier sur les marchés intérieurs.

Les partenariats et le soutien d’organismes tels que l’Institut de la fourrure du Canada sont très importants. Nous avons la chance d’entretenir de bonnes relations avec le Newfoundland and Labrador Craft Council, et j’aimerais souligner l’excellent travail qu’il a accompli pour soutenir et promouvoir les secteurs de la pêche au phoque et des produits du phoque. Si vous en avez l’occasion, j’espère que vous pourrez vous rendre sur place aujourd’hui et voir les produits et les articles qu’il propose. Cet organisme est l’un des principaux défenseurs de l’industrie des produits du phoque, et il est un partenaire important pour les défenseurs de la chasse au phoque.

Tout à l’heure, j’ai mentionné que le Conseil consultatif des pêches nouvellement structuré de notre province avait publié son Plan d’action pour les pêches en juin. Ce plan contient des mesures de soutien à la pêche au phoque. Les membres du conseil se sont engagés publiquement à travailler en collaboration pour trouver des moyens d’assurer une meilleure gestion des populations de phoques et de stimuler le secteur des produits du phoque.

Les deux mesures qui visent la chasse au phoque dans le plan d’action sont les suivantes :

Participer à la recherche scientifique qui porte sur l’incidence des phoques dans l’écosystème marin et sur l’inclusion de l’incidence des phoques dans les stratégies de gestion des espèces de poissons commerciaux.

Et :

Cerner des stratégies pour résoudre les problèmes d’accès au marché pour les produits du phoque, y compris les occasions pour les produits autochtones.

Le travail est déjà commencé pour chaque mesure établie dans le plan d’action. Notre ministre est coprésident de ce conseil et, avec M. Kevin Anderson, directeur de l’École de pêche de l’Institut des pêches et de la mer de l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, il est impatient de continuer à travailler avec les membres du conseil sur ces mesures et sur d’autres mesures très importantes.

J’aimerais conclure en remerciant, une fois de plus, le comité de tenir ses audiences à St. John’s et de s’être rendu dans quelques collectivités rurales qui participent activement à la chasse au phoque. Je vous souhaite un agréable séjour, et je vous encourage à prendre le temps de découvrir notre culture, la beauté sauvage de nos paysages et notre gastronomie, et à rapporter ce bagage, où que votre prochain voyage vous mène.

J’espère que les renseignements qui vous seront fournis au cours de ces audiences vous permettront de mieux comprendre les défis et les possibilités propres au secteur de la chasse au phoque et que cette étude débouchera sur des mesures qui mèneront à une meilleure connaissance du marché, à un meilleur accès au marché et à la croissance du secteur de la chasse au phoque. Le soutien continu du gouvernement du Canada sera essentiel pour aider l’industrie canadienne de la chasse au phoque à réaliser tout son potentiel.

C’est avec plaisir que notre ministre et moi travaillerons avec nos homologues fédéraux pour obtenir des résultats positifs qui profiteront à toutes les parties concernées. Je vous remercie.

Le président : Je vous remercie, madame Roberts. Vous avez certainement soulevé des points fort intéressants. Je tiens à informer mes collègues que nous avons une longue journée devant nous. Je vais donner l’occasion à la sénatrice Busson, notre vice-présidente, de poser les premières questions. Je vous demanderais de bien vouloir être aussi brefs que possible avec vos questions et questions complémentaires. Je demanderais à Mme Roberts de fournir des réponses courtes, car nous n’avons pas beaucoup de temps et il y a déjà beaucoup de sénateurs qui souhaitent poser des questions. Sénatrice Busson, vous avez la parole.

La sénatrice Busson : Je vous remercie de me donner la chance de poser des questions et de ce rappel, monsieur le président. Nous sommes dans cette magnifique province depuis deux jours déjà et nous avons eu l’occasion de visiter des endroits où cette industrie occupe une place importante, et de nous entretenir avec des experts du domaine. J’ai une question à propos de votre rôle au sein du gouvernement provincial par rapport au rôle que joue le gouvernement fédéral. Il est clair, d’après les témoins que nous avons entendus, que de nombreux ministères fédéraux se penchent sur la question des phoques, de la chasse au phoque, de l’incidence de la population des phoques sur les pêches et, bien sûr, de l’exportation des produits du phoque.

Votre gouvernement prend très au sérieux ces questions et les difficultés et les défis qui se posent, et vous avez dit qu’il fallait changer les perspectives relativement à ces questions. Hier, le président de Carino Processing Ltd. nous a dit qu’il estimait lui aussi qu’il était extrêmement important de changer les perspectives.

Est-ce que les points de vue du gouvernement fédéral rejoignent les vôtres pour ce qui est de l’importance culturelle de la chasse au phoque et de son incidence durable, et des impacts de la population des phoques sur les pêches au Canada, de façon générale, et dans le monde entier? Collaborez-vous sur ces questions?

Mme Roberts : Merci pour votre question. Cette question est alambiquée, car la réponse l’est tout autant. Pour répondre à la première partie de votre question, en tant que sous-ministre adjointe, je suis responsable de la direction générale de la pêche et de l’aquaculture du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, qui gère toutes les pêches nationales et internationales ainsi que l’aquaculture au sein de cette province. La pêche au phoque fait donc partie de notre portefeuille des pêches nationales.

La province de Terre-Neuve-et-Labrador ne réglemente pas la chasse au phoque; celle-ci relève du gouvernement fédéral. La province de Terre-Neuve-et-Labrador réglemente les usines de transformation des produits dérivés du phoque. Elle participe activement à ce processus et le soutient. Elle travaille également avec ses partenaires, notamment l’Agence canadienne d’inspection des aliments, dans le cadre des processus réglementaires liés à l’approbation de ces usines pour assurer la salubrité des aliments.

Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral. Je dois dire qu’à Terre-Neuve-et-Labrador — c’est peut-être parce qu’il s’agit d’une île, et je suis sûr que c’est la même chose pour le sénateur Francis à l’Île-du-Prince-Édouard — nous travaillons en étroite collaboration avec les fonctionnaires du ministère des Pêches et des Océans et ceux avec qui nous travaillons dans la région sont très compréhensifs et connaissent très bien la culture de l’industrie de la chasse au phoque.

Pour ce qui est de faire remonter ce message au gouvernement fédéral, qui est éloigné de notre province et des effets de la chasse au phoque et de l’industrie du phoque, et qui ne connaît pas les difficultés que rencontrent nos chasseurs et nos transformateurs de phoques, je crois que, de ce point de vue, il y a un manque de connaissances. Je pense toutefois que l’on s’efforce davantage de comprendre la situation et de trouver des moyens de résoudre les problèmes. Je pense que c’est grâce aux parties prenantes qui participent aux réunions de recherche sur la pêche, aux réunions consultatives sur la pêche, dans le cadre desquelles on parle des effets que les phoques ont sur nos autres stocks clés. Je pense que c’est ainsi que le message remonte à Ottawa.

Nos pêcheurs participent aux réunions de notre comité consultatif. Le Fish, Food and Allied Workers Union, ou FFAW-Unifor, qui comparaîtra plus tard aujourd’hui, participe à ces réunions, tout comme la province. Ces messages sont exprimés haut et fort lors de ces réunions, et c’est la raison pour laquelle il semble que le manque de connaissances se réduise quelque peu.

Le seul domaine dans lequel nous avons constaté un changement est l’amélioration de la collecte de données scientifiques sur les phoques. L’engagement pris lors du sommet de novembre était essentiel. Nous pensons que le fait de mobiliser les chasseurs de phoques et de les faire participer à la collecte de données à l’appui de la recherche sur les phoques sera très utile. En effet, pour avoir un marché sur lequel commercialiser les phoques, nous devons prouver qu’ils sont chassés de manière durable, que la chasse au phoque peut être menée et gérée de manière substantielle, qu’elle ne va pas éradiquer les phoques et que nous ne chassons pas de bébés phoques, mais des phoques adultes, et ce, sans cruauté.

Il est très important de déterminer ce genre de choses. Une fois que vous êtes en mesure de prouver qu’il existe un mécanisme substantiel pour la chasse au phoque et que la science appuie ce mécanisme, vous disposez alors de données qui peuvent le confirmer. Vous pourrez ainsi pénétrer dans un système de marchés parce que vous pourrez fournir des preuves, ce qui est très important.

L’autre élément est la commercialisation. Plusieurs pays ont interdit les produits dérivés du phoque, et il s’agit de régions qui achetaient auparavant nos produits. Même si les phoques sont de la plus haute qualité, les gens ne peuvent pas chasser si le produit n’a pas de valeur. Les Terre-Neuviens et les Labradoriens ont de la valeur, et les cultures autochtones ont de la valeur, mais nous devons pouvoir vendre ces produits. Et, oui, bien que nous concentrions certains de nos efforts de commercialisation sur la population nationale, nous savons que le marché se trouve dans les pays asiatiques. L’Union européenne et certaines restrictions liées à la réglementation et à la législation aux États-Unis créent des obstacles.

J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice Busson : Oui, merci.

Le président : Merci, sénatrice Busson. Sénatrice McPhedran, vous avez la parole.

La sénatrice McPhedran : Merci beaucoup. Je voulais revenir sur le thème du manque à pallier entre les gouvernements provinciaux et fédéral, et poser une question plus précise, en reprenant ce qu’a dit la sénatrice Busson, à savoir que le changement des perspectives est l’un des principaux thèmes récurrents de nos conversations.

Je crois que vous avez mentionné la publicité dans le cadre de ce changement des perspectives. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la coopération à cet égard, sur l’utilisation de la publicité et d’autres moyens de communication, et sur le degré de coopération, le cas échéant, entre les autorités provinciales et fédérales?

Mme Roberts : Comme je l’ai dit, il y a une coopération entre les autorités fédérales et provinciales. Le Fonds canadien d’initiatives en matière de poissons et fruits de mer est le mécanisme utilisé pour la commercialisation et la publicité. Il s’agit d’un fonds conjoint fédéral-provincial. Le gouvernement fédéral apporte la majorité des fonds, et les provinces une partie.

À Terre-Neuve-et-Labrador, nous avons choisi de concentrer nos fonds dans l’industrie de la chasse au phoque et dans l’amélioration de la connaissance de l’industrie de la chasse au phoque sur les marchés. Nous avons fait ce choix, car l’industrie de la chasse au phoque est très importante pour notre province, mais le gouvernement fédéral appuie évidemment nos efforts, car il a investi 1,3 million de dollars dans cette initiative et plus de 5 millions de dollars au cours des dernières années.

Cette initiative de commercialisation comprend un certain nombre d’éléments. Elle comprend la diffusion de publicités sur les produits dérivés du phoque, qu’il s’agisse d’aliments, de produits de nutrition pharmaceutiques — vous savez, des capsules d’huile de phoque, ce genre de choses — ou d’articles de mode. Chaque année, nous organisons à Terre-Neuve une grande manifestation au cours de laquelle tous les participants en apprennent davantage sur l’industrie de la chasse au phoque. Les phoques et le réseau de la chasse au phoque y jouent un rôle important.

Les gouvernements fédéral et provinciaux collaborent activement, pour répondre à votre question. Pourrait-on améliorer les choses? Oui, et voici les améliorations qui devraient selon moi être apportées : C’est une chose d’investir dans la commercialisation et la publicité, mais c’en est une autre de s’ouvrir, de parler favorablement de l’industrie du phoque et de la promouvoir dans nos activités avec des gouvernements étrangers et, je pense, dans d’autres pays. J’estime que c’est de cette façon que le gouvernement canadien pourrait nous appuyer.

La sénatrice McPhedran : Monsieur le président, puis-je poser une question de suivi, très brièvement?

Le président : Oui.

La sénatrice McPhedran : Quels indicateurs, quels marqueurs, quelles mesures utilisez-vous pour mesurer l’évolution de l’utilisation de ces fonds?

Mme Roberts : En ce qui concerne le fonctionnement du financement, lorsque vous concevez votre proposition, celle-ci est élaborée par des partenaires de l’industrie. Il est intéressant de noter que Carino Processing Ltd. et Dion Dakins, que vous avez rencontrés hier, y participent activement. Ils intègrent des indications et la commercialisation à la proposition, et nous engageons une société de marketing. Cette dernière surveille le nombre de clics sur le Web. Elle étudie l’étendue des marchés et l’achat des produits.

Lorsque les gens savent que des produits circulent dans ces régions... Par exemple, Montréal était un marché cible, Toronto était un marché cible, la Colombie-Britannique était un marché cible parce que nous envisagions le marché intérieur. Nous savons déjà qu’au Québec, on consomme de la viande de phoque. C’est un produit que les gens achètent et mangent au Québec, mais nous constatons que ce n’est pas le cas dans le reste du Canada. Nous devons donc faire de la publicité sur la présence de l’industrie du phoque, sur le fait que ces produits sont nutritifs, etc.

Je ne peux pas dire exactement quels sont les marqueurs, mais je sais qu’ils sont définis par l’agence de commercialisation et les parrains du projet de l’industrie.

La sénatrice McPhedran : Merci.

Le président : Merci, sénatrice McPhedran. Sénatrice Ataullahjan, vous avez la parole.

La sénatrice Ataullahjan : Je vous remercie. Merci pour votre exposé. Depuis hier, nous entendons parler des marchés asiatiques. Je n’ai pas entendu parler de l’énorme potentiel de l’Afrique. Devrions-nous nous intéresser à ce marché? Il y a tellement d’insécurité alimentaire là-bas, et je pense que la viande de phoque y serait très bien acceptée. S’est-on penché sur la question?

Mme Roberts : Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador n’a pas étudié les marchés africains. Nous nous sommes penchés sur les marchés asiatiques.

Nous nous basons sur l’industrie, sur l’intérêt pour ces produits que lui signalent ses contacts. Le marché asiatique a donc eu une incidence réelle sur nos activités, car nous savons qu’il est un grand consommateur de produits dérivés du phoque, en particulier d’huile de phoque et d’autres produits de ce type.

Nous n’avons pas beaucoup entendu parler du marché africain et nous ne l’avons pas étudié, mais nous ne l’écartons pas. Nous étudierions assurément la possibilité d’y vendre des produits si cela s’avérait intéressant.

La sénatrice Ataullahjan : Merci.

Le président : Merci, sénatrice Ataullahjan. Sénateur Francis, vous avez la parole.

Le sénateur Francis : Merci, monsieur le président. Je vous remercie de vous joindre à nous ce matin. Dans vos observations liminaires, vous avez parlé des gouvernements autochtones. Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur la mobilisation des gouvernements autochtones et l’inclusion des relations avec ceux-ci au sein de l’industrie, et les considérez-vous comme des acteurs clés du changement des perspectives à l’avenir?

Mme Roberts : Tout à fait. Les gouvernements et les organisations autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador jouent un rôle de premier plan. Vous m’avez entendu parler du Conseil consultatif des pêches. Tous les gouvernements et organismes autochtones sont représentés au sein de ce conseil. Ils siègent tous à la table.

Ils sont tous des participants très actifs, très intéressés par l’industrie de la chasse au phoque, et ils prennent part aux actions. Lorsque ces dernières ont été établies par le Conseil consultatif élargi et tous les acteurs de la pêche, des organismes se sont portés volontaires pour participer à un groupe de travail pour chaque action, et ces personnes y contribuent et y apportent leurs connaissances.

L’une des façons d’accéder à un marché est de relier le produit aux peuples autochtones qui chassent le phoque. À l’heure actuelle, dans cette province, je sais que de nombreux transformateurs entretiennent des liens avec des gouvernements et des organismes autochtones, et qu’ils transforment les phoques pour eux et fabriquent des produits dans le cadre des liens qu’entretiennent les organisations autochtones et le transformateur en question.

Je ne sais pas si vous le savez, mais, par exemple, les Premières Nations Qalipu fabriquent des produits, notamment de l’huile de phoque, et vendent le produit appelé, je crois, Waspu. Voilà un exemple de collaboration avec des transformateurs locaux qui traitent et collaborent avec des gouvernements autochtones. Notre gouvernement travaille avec eux, avec le gouvernement fédéral et avec les commissaires au commerce pour que les produits soient commercialisés sur de vastes marchés. C’est un exemple concret de ce que nous faisons en termes de coordination.

Nous croyons fermement que les gouvernements autochtones ont un rôle énorme à jouer, et nous pensons qu’il est très important que les gens entendent leur voix, et comprennent l’importance du phoque pour leur culture, et le fait que leur vision et la pratique de leur culture, traditionnellement, engendrent une utilisation durable des phoques.

Le président : Merci, sénateur Francis. Sénatrice Cordy, la parole est à vous.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup, et merci de votre présence. Je pense que vous devriez vous rendre à Washington et sur les marchés asiatiques pour parler aux gens.

Ma question s’inscrit en quelque sorte dans le prolongement des autres. Les difficultés que nous rencontrons sur les marchés des produits dérivés du phoque sont en grande partie dues à la désinformation. Vous savez, la venue de Paul McCartney à Terre-Neuve fait la une des journaux du monde entier. Il y a des acteurs, des actrices, toutes sortes de personnes, et l’information est très difficile à obtenir. Tout l’or du monde ne vous permettra pas de l’obtenir. Comment gérez-vous la désinformation qui a une incidence claire sur la commercialisation des produits dérivés du phoque?

Mme Roberts : Je pense que tout le monde s’est demandé comment faire face à la négativité et à la désinformation qui ont été alimentées et financées par les dollars des célébrités, à un rythme que nous ne pourrons certainement jamais nous permettre de contrer.

Cependant, pour faire passer le message et changer les perspectives, il faut savoir comment communiquer ce message et à qui le communiquer.

Certaines personnes travaillent à l’échelle mondiale, par exemple nos commissaires au commerce. En tant que sénateurs, je suis sûr que vous rencontrez régulièrement des gens du monde entier. Nous savons que c’est le cas de notre premier ministre et d’autres membres du gouvernement fédéral, de même que des gouvernements provinciaux. Je pense qu’il s’agit là d’opportunités stratégiques pour faire passer ces messages. Inutile d’organiser une campagne publicitaire tapageuse. Ce qui compte, c’est le message.

Comme je l’ai déjà dit, il est essentiel que nous disposions des données scientifiques nécessaires pour étayer nos affirmations, à savoir que nous pratiquons une pêche et une chasse au phoque durables. On ne peut pas gagner une guerre avec de la rhétorique; on ne peut gagner une guerre qu’avec des faits, et si vous avez les faits, ils ne peuvent pas être contestés. Si vous disposez de données scientifiques pour étayer vos affirmations, personne ne peut les contester.

Grâce à ces preuves, vous pouvez vous adresser à d’autres gouvernements, vous pouvez prendre des dispositions, et cela change leur position parce qu’ils connaissent alors mieux une industrie avec laquelle ils n’avaient jamais traité auparavant. À l’heure actuelle, les seules voix qui s’expriment sont des voix financées par des fonds extérieurs et des campagnes de lutte contre la chasse au phoque.

Nous devons envisager de faire la même chose. Nous avons une voix. Nous en avons la capacité. Il nous suffit de les utiliser.

La sénatrice Cordy : Ils ont beaucoup plus d’argent à dépenser que les gouvernements, malheureusement.

Mme Roberts : Oui.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup. Merci, monsieur le président.

Le président : Merci, sénatrice Cordy. Sénateur Quinn, la parole est à vous.

Le sénateur Quinn : Merci, monsieur le président, et merci à vous, Madame Roberts, d’être des nôtres aujourd’hui. Je suis très heureux d’être de retour à Terre-Neuve. Je tiens à souligner ce que vous avez dit dans votre déclaration liminaire : les Terre-Neuviens sont toujours aussi accueillants. C’est donc un bonheur d’être de retour.

Je vais tenter de faire un lien entre quelques éléments qui ont été soulevés dans nos travaux de la dernière année. Des chercheurs du ministère sont venus témoigner et répondre à nos questions. L’un d’eux a effectivement confirmé ce que vous avez dit, à savoir qu’il y a environ 7,6 millions de phoques du Groenland. Le calcul est simple à faire : il s’agit là d’environ 8 millions de bêtes, qui consomment chaque année 500 kilogrammes de nourriture, pour un total de 4 milliards de tonnes de nourriture, ou si vous préférez, de près de 9 milliards de livres de nourriture. Il doit certainement y avoir des données probantes qui montrent l’incidence des phoques.

Pendant notre voyage, pendant nos visites qui ont mené à cette audience, nous avons parlé aux gens et appris les effets sur l’industrie, mais aussi sur les collectivités, et l’incidence de tout cela sur les jeunes, qui restent ou qui partent. Selon moi, c’est lié au déclin des activités de pêche industrielle dans la province.

Là où je veux en venir, c’est que vous avez parlé d’un manque, vous avez dit qu’il y a un manque à combler entre les bureaux régionaux et l’administration centrale du ministère. J’ai déjà travaillé au ministère et je suis d’accord avec votre évaluation.

Vous êtes sous-ministre adjointe, et votre équipe collabore avec ses homologues à Ottawa. Selon vous, quelle est la principale chose qui pourrait être faite pour pallier en partie ce manque et pour permettre aux gens plus proches du terrain et qui ont probablement une connaissance plus pertinente de ce qui se passe parce qu’ils travaillent avec des gens de l’industrie... bref pour pallier ce manque et pour permettre à la région de jouer un plus grand rôle dans la résolution de ce problème ou dans la gestion de ce défi?

Mme Roberts : Je trouve intéressant que vous présentiez les choses ainsi, car, de mon point de vue, en tant que sous-ministre adjointe, je constate depuis trois ans l’érosion de la reddition de comptes et du processus décisionnel dans les régions, les décisions étant de plus en plus prises à Ottawa.

Selon moi, nous devons revenir à ce qui prévalait avant. Nous devons revenir à l’ancien modèle parce que les gens qui travaillaient et travaillent encore aux bureaux régionaux de Pêches et Océans connaissent très bien les enjeux. Ils travaillent tous les jours avec les intervenants de leur région. Ils comprennent l’incidence des pêches sur eux. Les gens actifs dans le secteur des pêches leur disent directement ce qu’ils constatent en mer. Ils ont ainsi la capacité de gérer leur budget, d’allouer des fonds à des volets qui pourraient s’avérer importants et d’améliorer, par exemple, les données scientifiques, d’améliorer les travaux menés sur différentes espèces pour recueillir des renseignements.

Nous constatons une érosion à cet égard depuis trois ans. À une certaine époque, je pouvais appeler un directeur régional, et cette personne était parfaitement au fait de l’industrie, avait gravi les rangs au sein du bureau régional et connaissait tous les acteurs, ce qui en faisait, à mon avis, un coordonnateur essentiel dans la cueillette de tous ces renseignements. Nous étions des partenaires à cet effet et avions une excellente relation.

J’ai constaté ce changement. Ce n’est pas tant que les personnes qui sont en place dans une région aujourd’hui ne sont pas aussi bonnes que leurs prédécesseurs, mais plutôt qu’elles n’ont pas l’occasion de faire le même type de travail. On ne leur donne pas la marge de manœuvre ou l’autonomie nécessaire pour le faire. Voilà le changement.

Quand je parle de manque, c’est quelque chose qui peut tout à fait être changé. Si les bureaux régionaux avaient leur propre budget et le contrôle sur une partie de leurs activités, de même que leurs propres secteurs prioritaires, j’estime que cela serait beaucoup plus efficace, tout comme leur permettre de faire entendre davantage leur voix à Ottawa.

Aujourd’hui, il y a des personnes qui n’ont jamais mis les pieds à Terre-Neuve-et-Labrador. Elles ne sont probablement jamais allées à l’Île-du-Prince-Édouard. Elles ne sont probablement jamais allées là où il y a des phoques qui perturbent la pêche. Ces personnes regardent strictement les notes de synthèse qu’on leur remet quotidiennement — et je peux tout à fait en témoigner. Quand vous êtes nommé sous‑ministre adjoint, on vous remet un cahier d’information bien épais, et c’est censé devenir votre bible. Mais, après trois ans, je peux vous dire qu’il y a des passages de cette bible que je remets en question. La situation est exactement la même pour les gens à Ottawa.

S’ils avaient l’occasion d’entendre directement les gens qui connaissent à fond l’industrie dans les régions qu’ils représentent, et s’ils jouaient vraiment un rôle central dans les décisions qui sont prises, je crois que cela changerait la façon dont on gère les dossiers.

Le sénateur Quinn : Puis-je poser une courte question complémentaire?

Le président : Soyez bref.

Le sénateur Quinn : Je serai très bref. Merci pour cette réponse. Je crois que vous avez mis le doigt dessus. Je suis tout à fait d’accord avec tout ce que vous venez de dire. J’ai simplement une petite question complémentaire. Je crois comprendre que, dans sa lettre de mandat, votre ministre doit entre autres travailler plus étroitement avec Ottawa. S’agit-il d’un dialogue soutenu entre votre ministre et son homologue fédérale et, donc, d’un dialogue soutenu entre vous et votre homologue à Ottawa? Comment peut-on remédier à la situation? J’estime en effet que c’est l’un des aspects essentiels à corriger si nous voulons vraiment progresser dans ce secteur.

Mme Roberts : C’est absolument le cas, je vous le confirme. Je suis pour ainsi dire certaine qu’il n’y a pas un appel qui nous échappe et que les notes qui sont rédigées pour la ministre comprennent toujours l’industrie du phoque. Toujours. J’estime que c’est parce que nous nous faisons entendre et parce que nos intervenants se font entendre que le Sommet a eu lieu à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador. C’est parce qu’on nous entend à Ottawa.

Maintenant, c’est bien beau de nous entendre, mais encore faut-il agir, ce qui est tout à fait différent. Je vous dirais toutefois, en tant que grande optimiste, qu’il faut se réjouir des bons coups et ne pas mettre trop l’accent sur le négatif. Le résultat a été positif, et nous nous concentrons donc là-dessus.

La province vient de publier son plan d’action sur les pêches, et Pêches et Océans est un partenaire actif; ses représentants participent aux discussions, ils savent ce qui s’y dit. C’est l’autre élément important. La ministre sait qu’elle a des représentants qui participent aux discussions. Ils entendent directement ce qui se passe à Terre-Neuve-et-Labrador, un processus qui les oblige à réagir. Donc, oui, c’est absolument le cas.

Le sénateur Quinn : Merci.

Le président : Merci, sénateur Quinn. Sénatrice Patterson, allez-y.

La sénatrice Patterson : Merci beaucoup, monsieur le président. Vous avez beaucoup parlé de ce qui m’intéresse, mais je vais circonscrire un peu plus le sujet et aborder l’huile de phoque et la consommation humaine d’huile de phoque.

J’aimerais ajouter un petit élément à cela, c’est-à-dire son usage médicinal. Je ne parle pas de « médicaments », mais bien « d’usage médicinal » de produits d’huile de phoque destinés à la consommation humaine.

Il a été question jusqu’ici des manques entre les gouvernements fédéral et provincial, et vous avez parlé du besoin de données pour bien les cerner. D’autres points ont été soulevés, et j’ai plus particulièrement retenu celui sur l’huile de phoque destinée à la consommation humaine, pour laquelle on se demande comment vaincre les énormes préjugés. Oui, je vais plus loin que la mésinformation et la désinformation : je parle de préjugés violents et de biais conscients et inconscients par rapport à l’industrie du phoque et à tous ses produits.

Il est très important de s’appuyer sur des données scientifiques pour tenter d’obtenir des arguments rationnels là-dessus. Justement, les données scientifiques sont importantes quand il est question de la consommation humaine d’huile de phoque. Faire des recherches coûte cher, surtout quand il ne s’agit pas de médicaments; on parle ici de produits médicinaux. Votre plan pour les pêches, que j’admets être de nature très stratégique... Que pense le gouvernement provincial de la tenue de recherches pour établir les effets bénéfiques de l’huile de phoque afin de lutter en quelque sorte contre la perception négative?

Il existe très peu de produits qui sont économiquement viables, de produits que l’on peut à la fois commercialiser, manger et utiliser à des fins médicinales. C’est très rare. Ma première question est la suivante : où en est votre réflexion par rapport à l’exploitation du potentiel autre qu’alimentaire du produit, en sachant que cet aspect est là pour de bon, et quel type de soutien le fédéral peut-il vous apporter en ce sens? Avez-vous des recommandations à nous faire pour nous aider à le concrétiser? Merci. Veuillez m’excuser. J’ai pris beaucoup de temps.

Mme Roberts : Je vais l’écrire pour m’assurer de ne rien oublier.

Pour répondre à la première partie de votre question, sur l’idée de présenter le produit autrement que comme une denrée alimentaire, c’est curieux, mais j’estime être extrêmement choyée en tant que sous-ministre adjointe. Terre-Neuve-et-Labrador me tient énormément à cœur. Même chose pour l’industrie des pêches. J’estime que c’est nécessaire quand vous occupez ce poste, sinon, vous ne pouvez pas être pleinement efficace.

En tant que sous-ministre adjointe, j’ai l’occasion de rencontrer énormément de gens et d’échanger avec eux. Je viens d’ailleurs de visiter le Marine Institute, qui s’intéresse entre autres choses aux produits pharmaceutiques. Il collabore avec de nombreuses entreprises, que ce soit dans le domaine de l’huile de phoque ou des produits dérivés de la pêche, et cherche une façon de mener les recherches nécessaires.

Le Marine Institute compte tant d’étudiants brillants qui peuvent mener ces recherches et vraiment faire bouger les choses. Voici ce qui se passe : le Marine Institute a des installations sur le chemin Mount Scio, à St. John’s, où on mène des recherches, et procède à la rénovation complète de ce qui était auparavant son espace de production pour y installer les volets pharmaceutique et biopharmaceutique et obtenir l’homologation nécessaire pour une partie de ses travaux. À cette fin, le Marine Institute souhaitait l’appui du gouvernement provincial pour se prévaloir du Fonds des pêches de l’Atlantique. À l’heure actuelle, cette avenue est envisageable, soit recourir au Fonds et à d’autres enveloppes où nous pourrions piger, à titre de levier, pour faire progresser les choses. Le Fonds est un peu restrictif, mais il y a des façons d’y arriver. Si nous pouvions compter sur d’autres mécanismes de financement pour soutenir une partie de ce projet, nous serions en mesure d’en soutenir une partie par l’intermédiaire du Fonds des pêches de l’Atlantique.

Nous n’y sommes pas opposés, et nous cherchons certes des façons d’y parvenir. En ce qui a trait à votre première question, voilà ce qui se passe, et ces travaux vont concrètement produire des données et des renseignements relatifs au produit.

Il suffit de regarder le marché du collagène. Ce marché est... et je l’admets, je suis l’une de ces personnes qui ont été complètement séduites par le produit, donc, si c’est efficace pour moi, je suis persuadée que, si nous avions des données, il le serait aussi pour les autres. Non? Les phoques sont une excellente source de collagène, tout comme d’autres choses. L’autre aspect, c’est qu’on ne peut pas faire fi des Autochtones qui utilisent de l’huile de phoque depuis des années et qui ont une belle peau. Quand on s’y attarde, ils témoignent des vertus de ce produit pour la santé.

Il y a tant de possibilités dont nous pourrions tirer profit, mais là encore, il est crucial d’avoir des données et des renseignements qui justifient les allégations.

L’autre élément a trait au soutien fédéral. Je crois que beaucoup de choses pourraient être faites. Ce dont nous disposons actuellement, ce sont nos ressources, à savoir le Marine Institute et l’Université Memorial. Il y a de véritables joyaux, ici même, à Terre-Neuve-et-Labrador, que nous pouvons mettre à profit pour ce type de recherches.

Il faut toutefois disposer de l’équipement et des mises à niveau nécessaires dans l’espace de production pour effectuer ces recherches. Il faut que ce soit dans l’établissement d’enseignement. Il faut que ce soit homologué par Santé Canada pour tous ces genres de choses, et il faut respecter toutes les exigences et tous les règlements applicables. Les coûts sont assez élevés. Le gouvernement fédéral peut appuyer ce projet de diverses façons en plus des efforts déployés par la province pour le soutenir. Certes, s’il y avait un programme conçu pour soutenir non seulement l’industrie du phoque, mais bien l’industrie en général, l’industrie du phoque en bénéficierait assurément à condition que les fonds permettent entre autres l’élaboration de ce type de projets au sein du réseau de l’éducation et du corps professoral. Je crois que c’est sur cela que nous devrions nous concentrer; les recherches pourraient se poursuivre, et on pourrait recueillir des données. Donc, oui, tout à fait.

Le président : Merci, sénatrice Patterson. Sénatrice Duncan, allez-y.

La sénatrice Duncan : Merci beaucoup pour votre déclaration liminaire, et merci à Terre-Neuve-et-Labrador pour son accueil chaleureux. C’est vraiment apprécié.

Je suis nouvelle au sein du comité. C’est la première fois que j’ai l’occasion d’assister aux audiences. J’ai été particulièrement frappée par l’expression que vous avez utilisée : « un manque de connaissances ». Souvent, on constate la présence de cloisonnements au sein des gouvernements; les ministères ne se parlent pas vraiment. Je suis intriguée. J’aimerais que vous nous fournissiez des détails sur la participation de Santé Canada et la nécessité de sa participation en matière de sécurité alimentaire et de produits.

Prenons l’exemple des organismes de promotion de la santé, qui vantent les vertus des camerises pour le développement neurologique. Dans la foulée, tout le monde se met à planter des camérisiers. Est-ce que le même genre d’initiative est possible pour les produits du phoque? Y en a-t-il?

Et l’autre question que j’ai à propos de ces manques, du deuxième manque, est la suivante : pourquoi l’Alaska est-il absent de ces discussions? Je suis persuadée que je pourrais confirmer s’il a participé ou non au Sommet sur les phoques, mais je remarque que l’Alaska a des plans de gestion des phoques de la banquise et qu’il a conclu des ententes avec les Autochotones de l’État pour la gestion des phoques.

Je comprends qu’il est difficile d’exporter la fourrure aux États-Unis et qu’il n’est pas simple de travailler avec... Il va sans dire que le gouvernement fédéral ne veut pas forcément que Terre-Neuve outrepasse ses compétences, mais il est reconnu que l’Alaska a quelque chose à apporter aux discussions, donc je me demande pourquoi il n’y est pas.

Mme Roberts : Je ne peux pas parler directement de l’Alaska, de sa situation et de ce qu’elle fait. Toutefois, je peux vous dire que, quel que soit le type de recherche que nous ferions, nous procéderions à une analyse provinciale ou territoriale. Les employés et les hauts fonctionnaires du ministère pour lequel je travaille se pencheraient certainement sur les autres régions, et l’Alaska serait l’une d’entre elles. L’autre raison pour laquelle je ne peux pas vous parler de l’Alaska, c’est que, s’il y avait des représentants de l’Alaska de ce côté-ci de la table des négociations, je n’ai entendu aucun d’eux s’exprimer à voix haute. Un certain nombre d’intervenants de diverses provinces étaient présents, mais je ne me souviens pas lesquelles, et je n’ai certainement pas entendu quelqu’un de l’Alaska s’exprimer.

En ce qui concerne votre question concernant les manques de connaissances et le dialogue avec Santé Canada, notre ministère ne traite pas beaucoup avec Santé Canada. Nous traitons principalement avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments — ou l’ACIA —, avec laquelle nous entretenons des relations très étroites. En fait, si nous avons un problème à régler ou une question à poser, je peux à tout moment décrocher le téléphone et parler directement aux gens du Nouveau-Brunswick pour qu’ils règlent le problème immédiatement. Nous bénéficions d’une relation très positive avec eux.

En ce qui concerne Santé Canada, je peux vous dire honnêtement que je ne saurais pas qui appeler dans ce ministère. Mais là encore, il y a des gens au sein du gouvernement provincial qui traitent avec Santé Canada de manière plus régulière et plus fréquente que moi, et ils font partie de notre portefeuille de la santé. Nous communiquerions avec eux si nous cherchions quelque chose de particulier, parce qu’ils ont noué une relation avec Santé Canada, ce qui n’est pas notre cas. En effet, lorsque nous réglementons les usines de transformation du poisson, c’est avec l’ACIA que nous entrons en relation, et c’est aussi le cas dans le domaine de l’aquaculture.

Le président : Soyez brève.

La sénatrice Duncan : Si vous aviez une recommandation à faire au comité afin qu’il soutienne l’industrie du phoque, quelle serait cette recommandation?

Mme Roberts : Selon le point de vue que j’aurais si j’étais une intervenante, il faut se concentrer davantage sur le développement du marché mondial et sur le changement du discours, et nous avons entendu les gens le dire haut et fort. C’est le message que nous avons entendu de la part de tous les intervenants pendant chaque réunion. Je ne doute pas que vous ayez entendu Dion Dakins formuler ce message hier.

Le président : Je vous remercie, sénatrice Duncan. Sénatrice Petten, la parole est à vous.

La sénatrice Petten : Merci. J’ai une question à poser très rapidement et quelque chose à dire du point de vue de la province. Lundi, nous nous sommes rendus à Bonavista, où nous avons entendu un excellent exposé et nous avons eu une discussion avec les élèves de l’école secondaire Discovery Collegiate, qui allaient de la 7e à la 12e année. Ils se sont montrés très engagés. C’était merveilleux d’entendre leurs commentaires. Je me disais simplement que l’un des domaines dont la province est responsable, c’est la formation. Vous avez mentionné le Marine Institute, et je pensais à tous ces gens qui sont d’excellents ambassadeurs de la province. Plus ils comprendront les stratégies de commercialisation et la formation, plus ils seront en mesure de transmettre les bons messages aux bons endroits.

Vous avez mentionné Kevin Anderson, mais je n’ai pas entendu parler, même de la part du Marine Institute, d’autres programmes offerts aux élèves de la 7e à la 12e année, avant même qu’ils n’arrivent au Marine Institute. Je me demandais simplement si vous aviez reçu un financement de leur part.

Mme Roberts : Je peux certainement en parler du point de vue de notre ministère. La formation offerte aux gens qui participent à la chasse au phoque est un petit détail intéressant. Cette formation est dispensée par nos inspecteurs provinciaux des pêches. Ils travaillent avec les chasseurs et passent en revue le programme en ce qui concerne la façon de chasser les phoques sans cruauté. C’est une contribution que notre province apporte chaque saison.

En outre, il y a une division au sein de ma direction générale, c’est-à-dire la direction générale des pêches et de l’aquaculture, qui s’appelle la division de la politique durable des pêches et des océans. Parmi les initiatives que la division met en œuvre, on retrouve la Journée mondiale des océans et la Journée mondiale de la pêche, et elle a également mis au point des histoires sur des espèces particulières. La morue fait partie de ces espèces. Ses employés visitent les classes, allant de la maternelle à la 12e année, et s’adressent aux élèves. Ils leur parlent de l’industrie du phoque et des activités qui se déroulent dans l’océan et au cours des pêches, et ils répondent à leurs questions. Du côté de la province, nous participons à ces activités.

Comme je l’ai mentionné, sur le plan de la formation, une grande partie des activités qui se déroulent actuellement au Marine Institute sont axées sur l’élaboration de produits pharmaceutiques et de marchandises de ce genre. Les étudiants de l’institut jouent donc un rôle dans cette recherche, et un investissement a été effectué. L’université a investi dans ce secteur. Bien sûr, beaucoup plus de fonds pourraient être investis, mais l’université a reconnu qu’il s’agissait d’un secteur d’investissement.

De mon point de vue, je suis donc au courant de ce genre d’activités. Je crois qu’il faudrait se rendre assez loin pour trouver des enfants qui ne connaissent pas l’industrie du phoque.

Je vais vous raconter une histoire très intéressante. La fille d’une de mes amies, qui est âgée de neuf ans, m’a parlé des phoques. Elle m’a dit : « Tu sais, Lorelei, ils parlent des phoques à l’école, mais je voulais te poser une question à ce sujet. Ils disent que nous tuons les bébés phoques ». J’ai répondu : « Tu sais, c’est en fait faux. Nous ne tuons pas de bébés phoques. Nous tuons des phoques adultes, et il y en a beaucoup. C’est la même chose que si nous mangeons de la viande provenant de vaches ou de porcs. Les animaux ont une raison d’être. Ils nous fournissent de la nourriture pour assurer notre subsistance ». À l’âge de neuf ans, elle a retenu cette information. Elle est retournée en classe et en a parlé.

C’est juste une petite histoire qui montre que les enfants sont influencés par ce qu’ils entendent ailleurs, mais une fois qu’on leur présente des informations factuelles, ils n’ont aucun mal à corriger ceux qui disent autre chose.

Le président : Je vous remercie, sénatrice Petten. Je remercie également nos honorables sénateurs et Mme Roberts d’avoir pris le temps ce matin de participer à la séance. La conversation a été très intéressante.

J’ai une dernière observation à formuler. Lorsque la sénatrice Petten et moi-même avons eu, comme certains l’ont mentionné, l’occasion d’emmener nos collègues à Elliston l’autre jour et que nous avons été en mesure de visiter le centre d’interprétation et le monument, la visite du centre d’interprétation lui-même a été une expérience révélatrice pour nos collègues.

Quelqu’un a fait un commentaire au sujet du livre intitulé Death on the Ice que nous connaissons tous ici, à Terre-Neuve et au Labrador. Je montre peut-être mon âge, mais c’était une lecture obligatoire lorsque j’étais en 9e année. Cependant, je ne crois pas que le système actuel traite encore le livre comme une œuvre qu’il faut obligatoirement étudier. Il est très difficile de savoir où l’on va quand on ne sait pas d’où l’on vient. C’est peut-être une occasion d’éduquer certaines personnes, en particulier les plus jeunes, à ce sujet.

Je sais que ce n’est pas votre domaine, mais j’ai pensé que c’était une bonne occasion de faire la promotion du livre Death on the Ice. Il s’agit d’un excellent livre sur l’histoire de cette industrie qui importe beaucoup dans notre province.

Je tiens à remercier tout le monde. Nous avions prévu une pause de cinq minutes, mais je vais la limiter à deux minutes. Nous allons dire au revoir à Mme Roberts et accueillir notre prochain témoin, alors ne partez pas.

Nous reprenons nos travaux. Notre deuxième groupe de discussion de ce matin sera composé de Greg Pretty, président du syndicat FFAW-Unifor ici, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Monsieur Pretty, je vous remercie de vous être joint à nous aujourd’hui. Vous n’êtes pas étranger à l’industrie de la chasse au phoque ou à l’industrie de la pêche dans notre province en raison de vos années de participation au mouvement syndical. Nous vous remercions donc de prendre le temps de vous entretenir avec nous ce matin. Nous allons vous laisser un peu de temps pour faire votre déclaration préliminaire, puis nos sénateurs auront, j’en suis sûr, des questions à vous poser.

Greg Pretty, président, FFAW-Unifor : Merci, monsieur le président. Je vous remercie également de m’avoir invité. Le processus auquel nous travaillons est très important. Je vous remercie donc de me permettre de prendre la parole.

Au nom des plus de 14 000 membres que notre syndicat compte dans cette province, je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à l’honorable comité sénatorial au cours de la réunion d’aujourd’hui, afin de contribuer à l’étude des populations de phoques au Canada qui est en cours.

Le syndicat Fish, Food and Allied Workers, également connu sous le nom de FFAW-Unifor, représente tous les pêcheurs côtiers de cette province, soit environ 3 000 propriétaires-exploitants, dont certains que vous avez rencontrés ces derniers jours, j’en suis sûr, et plus de 7 000 membres d’équipage. Nous comptons également parmi nos membres des milliers de travailleurs dans les secteurs de la pêche, de la transformation, du transport maritime, de la métallurgie, de l’accueil et d’autres secteurs de la province.

En tant que syndicat représentant les pêcheurs et les travailleurs du secteur de la transformation, FFAW-Unifor est le principal défenseur de la croissance économique et sociale des collectivités de la province. Cela fait 50 ans que nous défendons les intérêts de nos membres et des collectivités rurales, et je suis fier de dire que nous allons poursuivre ce processus. Je vous remercie une fois de plus de nous avoir invités à vous faire part de nos réflexions à propos de l’industrie de la chasse au phoque.

Le département scientifique de la FFAW dirige des projets qui soutiennent la pêche durable et des systèmes de pêche sains et collabore avec des chercheurs du MPO ou du monde universitaire dans le cadre de ces projets. Notre département scientifique a commencé par mettre en œuvre le programme de relevé de pêche sentinelle de la morue en 1994, afin que les processus d’évaluation et de gestion des stocks de poissons et des écosystèmes puissent bénéficier des observations et, surtout, des connaissances des pêcheurs. Les pêcheurs côtiers contribuent à nos programmes scientifiques grâce à leurs observations, leurs connaissances et leurs compétences en matière de pêche.

Notre syndicat considère qu’il est prioritaire de documenter les observations et les connaissances des pêcheurs et, surtout, d’utiliser ces connaissances et cette compréhension pour établir les tables d’évaluation et de gestion. La rectification des lacunes en matière de recherche n’est pas seulement une priorité pour les pêcheurs, mais aussi un élément manquant dans des plans d’évaluation et de rétablissement des stocks commercialement importants ou cruciaux, comme ceux du crabe des neiges et de la morue. Je vous présenterai l’un de ces exemples dans les plans d’évaluation et de rétablissement des stocks de morue de la sous-division 3Ps.

La morue de la sous-division 3Ps est l’un des trois principaux stocks de morue de Terre-Neuve-et-Labrador. Ce stock est situé sur la côte sud de l’île, de la baie de Plaisance à l’est jusqu’à Burgeo à l’ouest. La morue 3Ps est considérée comme étant dans la zone critique, ce qui signifie qu’un plan de rétablissement doit être mis en place.

L’évaluation de la morue 3Ps montre que les niveaux de pêche ne déterminent pas la trajectoire du stock. Les résultats du modèle montrent que la mortalité naturelle estimée est 10 fois plus importante que la mortalité par pêche. Les statistiques sont absolument stupéfiantes. L’évaluation la plus récente du stock indique qu’une très petite population de phoques gris — et nous avons entendu la province s’est exprimée à ce sujet ce matin — utilise la sous-division 3Ps, c’est-à-dire la zone de pêche dont nous parlons, et elle cite par la suite un examen du marquage datant d’il y a cinq ans. Mais cet examen et les données de marquage par satellite auxquelles il fait allusion datent d’au moins 13 à 15 ans.

Dans le cadre d’un plan de rétablissement du stock, la FFAW a souligné le problème de l’utilisation des données historiques pour déduire l’état actuel du stock, un problème qui a été documenté par le groupe de travail.

Je tiens à faire ressortir quelques points dans cet exemple. Premièrement, un chercheur externe a dû distinguer les données périmées; deuxièmement, l’enregistrement a été connecté; et troisièmement, une mise à jour des données de marquage par satellite est nécessaire. Mais cela ne signifie pas que nous devons attendre d’obtenir des données de marquage actualisées pour mieux comprendre l’incidence de la chasse au phoque sur la côte sud-ouest.

Les recommandations concernant la façon d’améliorer notre compréhension des répercussions des phoques comprennent un engagement à travailler avec les pêcheurs. Les pêcheurs peuvent documenter systématiquement leurs observations, et le MPO peut utiliser ces observations pour modéliser les effets spatiaux et saisonniers étendus. FFAW-Unifor a souligné à plusieurs reprises la frustration des pêcheurs face au manque d’engagement à comprendre l’incidence de la prédation par les phoques sur des espèces importantes comme le capelan et la morue franche.

En plus des journaux de bord qui signalent des observations de troupeaux massifs de phoques, les pêcheurs ont également présenté, souvent directement au ministère des Pêches et des Océans, des preuves photographiques et vidéo de la prédation par les phoques. C’est la raison pour laquelle notre syndicat a salué l’annonce que le MPO a faite en novembre 2022 concernant son cadre de contribution de Sciences des écosystèmes et des océans.

À la suite de l’annonce que le MPO a faite hier à propos du financement accordé à l’approche collaborative en matière de recherches scientifiques sur les phoques et les otaries du Canada, FFAW-Unifor a été fier de recevoir ce financement et lancera la semaine prochaine un projet sur l’abondance et la saisonnalité de la distribution des espèces de phoques, appelé le Seal Species Distribution Abundance and Seasonality Project, ce qui est assez enthousiasmant. Le projet commencera à combler les lacunes de la recherche dans ce domaine dont nous avons déjà entendu parler aujourd’hui, en documentant systématiquement les observations de phoques par les pêcheurs et en jetant les bases de recherches supplémentaires sur les phoques de Terre-Neuve-et-Labrador, notamment en localisant les regroupements clés et les échoueries pour les travaux de surveillance et de ciblage. Le projet se poursuivra cet automne, l’objectif étant de présenter ces données dans le cadre d’une évaluation des stocks et de tribunes de consultation prévues en février et mars 2025.

Du point de vue des pêcheurs, il est nécessaire qu’à l’avenir, le gouvernement fédéral prenne en compte la prédation par les phoques dans l’élaboration de plans de développement de la pêche aux poissons de fond et qu’il collabore davantage avec notre industrie afin d’intégrer les observations en mer dans le développement de la science et de mieux informer la gestion des pêches et l’extraction des ressources.

En fin de compte, notre position est celle d’une approche de gestion des écosystèmes qui sert à élaborer un cadre fédéral pour atténuer les répercussions de la prédation par les phoques et promouvoir la biodiversité dans nos océans.

Enfin, FFAW-Unifor continue d’exprimer son engagement à travailler avec le gouvernement fédéral, à quelque titre que ce soit, à être un organisme de réglementation responsable et à contribuer à l’élaboration d’un cadre fédéral pour atténuer les impacts sur nos océans, nos industries et les industries qui en dépendent.

Je vous remercie de votre attention. C’était là mon exposé, et je suis impatient d’entendre vos questions.

Le président : Je vous remercie, monsieur Pretty. Les premières questions seront posées par notre vice-présidente, la sénatrice Busson, qui sera suivie du sénateur Quinn.

La sénatrice Busson : Merci beaucoup, monsieur le président. Monsieur Pretty, je vous remercie infiniment de vous être joint à nous.

Ces derniers jours, nous avons entendu parler des difficultés incroyables que rencontrent les pêcheurs et l’industrie de la pêche en ce qui concerne la commercialisation des produits dérivés du phoque et, plus précisément, la prédation des populations par les phoques. Vous avez indiqué que vous parrainez et gérez vos propres recherches et travaux scientifiques portant sur la chasse au phoque et la pêche en général.

Pourriez-vous nous parler un peu du degré de collaboration et d’échange d’informations qui se rapporte au travail que vous réalisez relativement aux recherches scientifiques menées par le gouvernement fédéral, sans qu’il y ait nécessairement de chevauchement?

Trouvez-vous des informations ou des orientations contradictoires dans ce type de recherches?

Soit dit en passant, on a attiré mon attention sur le fait qu’en février 2022, Unifor a lancé une campagne intitulée Take Action on Seal Overpopulation — ou attaquons-nous à la surpopulation de phoques. Pourriez-vous me dire quoi que ce soit à propos de cette initiative et de son évolution?

M. Pretty : Je pense qu’il y a trois sujets qu’il faut aborder. Tout d’abord, permettez-moi de parler de notre division scientifique, dont je suis très fier. Je suis président du syndicat depuis janvier dernier. Bien sûr, nous avons connu des luttes très importantes, dont vous avez peut-être été témoins ces derniers jours.

Or, cette lutte se poursuit. En tant que syndicat, nous avons constaté très tôt qu’il y avait des lacunes au sein du ministère des Pëches et des Océans, ou MPO, qu’il y avait un décalage. Ces insuffisances ne font aucun doute, et c’est pour cette raison que nous avons créé notre propre division scientifique. Nous avons la Dre Erin Carruthers. Lorsque je me rends à Ottawa ces jours-ci, j’entends beaucoup parler d’elle. Les gens font référence à son travail, et nous sommes très fiers de cela. Sans notre division scientifique, nous serions dans une situation bien pire en matière de quotas, en particulier pour les principales espèces. Par exemple, pour ce qui est du crabe, nous effectuons nos propres relevés; nous n’attendons pas que le MPO le fasse parce qu’il ne s’occupe plus de cela.

Les stocks de morue n’augmentent pas dans cette province parce que le MPO ne fait plus de relevés. Notre division scientifique est donc essentielle pour l’avenir de la pêche. Si modeste soit-elle, notre division n’en est pas moins essentielle parce qu’elle a une voix, qu’elle cumule des observations — comme nous en avons parlé plus tôt aujourd’hui —, mais aussi parce qu’elle est présente à la table lorsqu’il s’agit de parler à la direction scientifique du MPO, ce qui est très important.

Y a-t-il des conflits? Oui. Lorsqu’il s’agit des phoques, nous n’avons pas de champion national. Vous savez, si notre industrie de l’élevage, notre industrie de la viande bovine, était attaquée comme le sont les phoques à l’heure actuelle, des mesures seraient prises en conséquence, vous pouvez me croire. C’est quelque chose que vous êtes en mesure de comprendre. Vous venez de ces régions. Si l’industrie du blé était attaquée pour quelque raison que la People for the Ethical Treatment of Animals, ou PETA, décidait d’invoquer, vous prendriez des mesures pour contrer cela. Cependant, cette unité nationale — ce pays — ne nous témoigne pas ce genre de sollicitude.

Il y a beaucoup de conflits. Chaque fois qu’une personne de cette province atterrit à Ottawa et voit son manteau aspergé par la PETA, rien ne se passe. Il peut certes y avoir une petite accusation de délit mineur, mais le message recherché est relayé aux écoles secondaires dont nous avons parlé plus tôt et aux médias, qui font également partie de ce processus qui promeut ces activistes de la PETA au détriment de notre industrie de la capture. Je vous remercie donc de m’avoir posé la question.

Je vous remercie de votre question. Pour Unifor, la question des phoques est importante. Je connais bien le sujet. Je suis d’un certain âge. Nous avions une assez bonne industrie du phoque ici. Nous avions les produits que vous avez vus. Nous avions les beaux manteaux. Nous avions tout ce que l’on aurait pu souhaiter. Nous avions l’huile de phoque. Nous confectionnions tout cela. Tout a été fait, mais tout a été anéanti. L’industrie a été anéantie par des forces extérieures, et nous n’avons jamais eu de champion à Ottawa pour nous défendre. Nous avons eu beaucoup de belles paroles, mais vous savez, les pêcheurs que je représente, plus de 33 000, participeraient à cette pêche si nous en avions une, mais on nous a forcés à abandonner ce marché.

À cause de ce qui est arrivé à cette industrie, nous ne gagnons même pas assez pour payer le carburant. Cela dit, je répondrai à votre question en disant que nous sommes encouragés par notre programme actuel. Vous savez, il n’est pas fréquent que le MPO dise qu’il va tenir compte de ce que les pêcheurs observent. Si je vous emmenais faire le tour de la province cet hiver et au printemps prochain, vous verriez probablement ce dont vous avez entendu parler : des phoques partout — 7, 8 ou 10 millions — et aucun moyen de gérer correctement la ressource.

Nous savons que nous allons devoir lutter pendant un certain temps, mais ce nouveau comité, ce nouveau projet, est certainement un pas dans la bonne direction. Ce ne sont pas mes dernières observations, mais j’espère que nous pourrons compter sur votre soutien pour aller de l’avant, car très peu de gens comprennent cette industrie.

Si nous allions tous à Windsor, en Ontario, aujourd’hui, et que nous entrions dans une école secondaire pour parler des phoques, je pense que nous serions très rapidement mis à la porte. C’est ce qui arriverait, n’est-ce pas? C’est ce qui est arrivé à cette industrie. Je vais m’arrêter là et je vous remercie de votre question.

Le président : Merci, sénatrice Busson. Nous entendrons maintenant le sénateur Quinn, suivi du sénateur Patterson.

Le sénateur Quinn : Merci beaucoup, monsieur Pretty. Votre exposé était formidable.

M. Pretty : Je vous remercie.

Le sénateur Quinn : J’ai aimé la réponse. Je ne sais pas par où commencer, mais je vais me risquer avec une des questions que j’allais poser à notre témoin précédent. Je suis heureux de ne pas l’avoir fait parce que je pense qu’elle vous convient davantage. Tout d’abord, félicitations pour votre projet.

Deuxièmement, je pense qu’il y a probablement une énorme lacune dans l’expertise de première ligne, c’est-à-dire en ce qui a trait aux praticiens qui alimentent le système pour constituer cette expertise. Ce sont eux qui savent le mieux ce qui se passe. Ils sont sur le terrain. Je pense que le projet dont vous avez parlé sera d’une importance vitale.

Ce qui me préoccupe, c’est le sérieux que l’on accordera au travail et à la recherche que votre division scientifique effectuera, quelle que soit la taille de cette dernière. Avez-vous ce même genre d’inquiétude?

Pensez-vous que les personnes qui travaillent dans les ministères, par exemple, prendront connaissance de ces travaux et les considéreront avec sérieux?

M. Pretty : Permettez-moi d’essayer de répondre à cette question. La chasse aux phoques est un problème politique. La réponse doit donc être de nature politique. Je crains qu’au fil des ministres et des gouvernements, chacun essaie d’imprimer sa propre marque sur ce à quoi devrait ressembler, ou ne pas ressembler, l’industrie de la chasse au phoque.

J’ai rencontré la nouvelle ministre. Elle est originaire de Gaspé, comme vous le savez probablement tous déjà. Elle a de l’expérience. Elle comprend les phoques. En soi, mes amis, c’est un phare brillant pour l’avenir, à condition qu’elle puisse rester en place. Je dis cela en toute honnêteté, mais il est tellement important pour l’avenir de l’industrie d’avoir quelqu’un qui la comprenne vraiment, par opposition à quelqu’un qui, par exemple, est axé sur la conservation, ce qui, disons-le, n’est pas un choix optimal pour les chasseurs et les pêcheurs. Oui, parce que, comme vous le savez, nous devons dépecer le crabe. Nous tuons des phoques. Nous tuons des poissons. Dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas très bien vu. Comme je l’ai dit au début, il faut un champion, mais il y a effectivement quelque chose qui me tracasse. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons, mais si ce dossier n’est pas déposé correctement et qu’on ne lui accorde pas l’attention qu’il mérite, nous nous retrouverons dans la même situation qu’il y a 40 ans. Je peux certes vous dire que nous avions une industrie, laquelle a disparu aujourd’hui. C’est une industrie qui, à bien des égards, est soumise à l’air du temps, mais il s’agit d’un enjeu important, d’une source de revenus importante pour nos membres et d’une industrie qui mérite une place dans la mosaïque canadienne.

Le sénateur Quinn : Permettez-moi une observation : merci beaucoup de cette réponse, et merci beaucoup du leadership dont vous avez fait preuve pour faire avancer ce dossier. C’est vraiment nécessaire, alors merci.

M. Pretty : Je vous remercie.

Le président : Merci, sénateur Quinn. Ce sera le sénateur Patterson, suivi de la sénatrice Ataullahjan.

La sénatrice Patterson : Merci, monsieur le président. Monsieur Pretty, merci beaucoup. Je vais en fait poser une question complémentaire à celle de mon collègue parce que souvent, ici au Canada, nous prenons des décisions de façon centralisée en nous attendant à ce que vous suiviez.

Ce que vous faites pour combler ce fossé en matière de recherche est très impressionnant. D’autres témoins à Ottawa nous ont également dit qu’il y a d’autres groupes similaires qui font la même chose. Or, très souvent, il est facile d’ignorer les personnes qui font ce travail lorsqu’elles ne recueillent pas les données que l’on souhaite. Avez-vous des recommandations à faire pour combler le fossé qu’il peut y avoir entre les décideurs politiques et les règles fédérales en matière de collecte de données, collecte que vous pouvez demander à vos pêcheurs de faire assez aisément et sans trop de difficultés, de manière à ce que les données correspondent à ce que vous pensez devoir collecter, mais aussi avec ce qu’ils recherchent? Avez-vous une recommandation à nous faire à ce sujet?

M. Pretty : Oui, j’en ai une. Je le pense vraiment. Lorsque je suis devenu président de ce syndicat, j’ai dit que l’un des problèmes les plus graves que nous avions était l’absence de connexion entre le MPO et nos membres. Nos relations étaient meilleures il y a 20 ans. Je pense que cette rupture a commencé vers 2013, pour une raison ou une autre, et que les gens ont cessé d’interagir correctement — disons-le comme ça — avec les pêcheurs, que ce soit pour la morue, le crabe ou d’autres espèces. Ils ont commencé à se désintéresser de la question.

Ce qui est très instructif dans ce nouveau projet, c’est que nous avons... Je peux vous montrer des centaines d’observations, des observations personnelles, qui n’étaient pas prises en compte avant le régime actuel. Je veux dire, nous pourrions le dire toute la journée, mais il y aura quand même des gens qui diront : « Eh bien, ce ne sont que les pêcheurs qui le disent. Il n’y a que les chasseurs qui affirment ces choses. Ne les écoutez pas. Ce qu’ils disent n’est pas scientifique. »

Sauf que si vous avez des centaines d’observations, si vous avez des vidéos, si vous avez des vidéos de ce qui se passe sur le terrain, si vous avez des vidéos de ce qui se passe dans nos collectivités, dans nos ports, alors là, c’est important. Cela peut devenir de la science si les bonnes personnes s’y intéressent. Je suis convaincu que nous serons en mesure d’aller chercher cette information et de la faire remonter jusqu’en haut. J’espère qu’avec le nouvel accent mis sur les activités d’observation, nous allons changer notre façon de faire les choses.

En fin de compte, nous pouvons avoir toutes les données scientifiques que nous voulons, mais à moins que les gens ne prennent des mesures pour gérer les 7 à 9 millions d’individus, et à moins qu’il y ait une volonté politique de gérer cela, nous continuerons à entendre des commentaires comme ceux que j’entends chaque semaine, à savoir que le MPO gère les stocks, non pas pour les habitants de Terre-Neuve, mais pour les protecteurs de l’environnement ou pour les phoques. Le ministère gère cela en fonction des phoques.

Vous savez, ce n’est pas une mince affaire, mais c’est le résultat de certaines de ces mauvaises pratiques de gestion. Comme je l’ai dit, nous devons assurer la gestion de cela. C’est la clé pour aller de l’avant. J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice Patterson : Oui. Merci beaucoup.

M. Pretty : Merci.

Le président : Merci, sénateur Patterson. Nous entendrons maintenant la sénatrice Ataullahjan, puis la sénatrice McPhedran.

La sénatrice Ataullahjan : Merci. Vous avez en quelque sorte répondu à la question que j’allais vous poser, et je vous remercie d’avoir été si franc et si honnête. Je peux sentir votre frustration, alors j’allais vous poser une question sur votre relation avec le MPO, mais je pense que, d’une certaine façon, vous y avez déjà répondu.

M. Pretty : Je peux vous en dire plus à ce sujet si vous le souhaitez.

La sénatrice Ataullahjan : Cela pourrait être utile. Ce qui me laisse perplexe, c’est la campagne contre la chasse aux phoques. Vous savez, la société consomme beaucoup de viande.

M. Pretty : C’est exact.

La sénatrice Ataullahjan : Pourtant, nous n’avons pas vu de telles campagnes contre, disons, la consommation de bœuf ou d’agneau. Qu’est-ce qui motive cette campagne contre la chasse aux phoques?

Je sais que les célébrités se déplacent pour cette cause, et je suis certaine que la plupart d’entre elles mangent de la viande, alors je ne comprends pas pourquoi elles ont ciblé cette chasse. J’en ai une petite idée puisqu’à mes débuts en tant que sénatrice, un jour, en arrivant au bureau, on m’a dit que nous avions reçu deux mille cinq cents courriels contre la chasse aux phoques; c’est le plus grand nombre de courriels que j’ai reçu sur n’importe quel sujet. J’aimerais néanmoins savoir ce que vous en pensez.

M. Pretty : Je pense que la réponse courte à cela, c’est qu’une fois que l’on commence à parler des bébés phoques et de la beauté du visage d’un phoque par rapport à d’autres animaux...

La sénatrice Ataullahjan : L’agneau est mignon, un bébé.

M. Pretty : Je dois dire que j’adore le carré d’agneau, mais je n’ai jamais vu quelqu’un en peindre un sur son manteau. Sérieusement, le fait est que cela fait partie du processus. Même pour les enfants, il est difficile de distinguer un phoque d’un bébé phoque. Je veux dire, vous savez, les phoques sont des animaux, et il faut les dépecer. Cela fait partie du processus, et c’est pour cela qu’il y a des groupes. Nous connaissons tous de grands organismes qui arrivent à collecter des fonds sur le dos de leurs membres, et ce, depuis 40 ans.

Vous savez, nous avons des pêcheurs qui reçoivent des appels. Si quelqu’un épie... En fait, ces gens pourraient très bien appeler nos chasseurs à cause de la présente séance. Ils leur diraient : « Ne sortez pas. Vous ne devriez pas être là. Arrêtez de faire ça. » Je pense que c’est le but, et ils ont eu beaucoup de succès. Pamela Anderson est venue ici. Elle n’a pas eu beaucoup de succès. Je pense que nous l’avons bien arrêtée à l’époque.

Les célébrités sont particulièrement influentes. Elles ne connaissent pas vraiment la situation ou l’industrie, mais elles se basent simplement sur certaines de ces images... Ils passent encore des vidéos d’il y a 50 ans où l’on voit des phoques se faire matraquer sur la glace. C’est un excellent moyen pour amasser des fonds. C’est une chose vers laquelle les célébrités gravitent sans réfléchir, sans se servir de leur tête. Cette industrie a été victime de ce phénomène.

Une fois de plus, madame la sénatrice, sans champion, sans les bons protocoles de gestion, je pense que cette situation perdurera. Il est temps que notre gouvernement prenne position à ce sujet et soutienne notre industrie.

La sénatrice Ataullahjan : D’accord, je n’ai qu’une autre question d’une ligne. Une ligne, littéralement.

Le président : Une seule question?

La sénatrice Ataullahjan : Oui, une seule.

Le président : Et une réponse d’une ligne.

M. Pretty : Une réponse d’une seule ligne? Je peux vous l’assurer.

La sénatrice Ataullahjan : Êtes-vous satisfait de ce que fait le gouvernement fédéral?

M. Pretty : Non, je ne le suis pas. Non, mais pas du tout. Quand vous dites « le gouvernement fédéral », je trouve que c’est trop général, mais je parle, pour ma part, du MPO, car c’est avec ce ministère que j’interagis. Nous avons beaucoup affaire au MPO pour toutes les espèces que nous pêchons. Nous avons dû faire face à de très graves problèmes dans cette province. Par exemple, comme je l’ai dit tout à l’heure — et ce sera une réponse courte, monsieur le président —, il n’y a pas de relevés pour la morue. Les pêcheurs n’ont plus de navires. Ils se sont retirés de ce secteur, et nous sommes coincés avec 12 000 tonnes. En l’espace d’un an, lorsque le marché du crabe s’est effondré, les pêcheurs auraient pu se mettre à pêcher aujourd’hui de grandes quantités de morue. Nous avons les ressources halieutiques, mais nous n’avons pas la volonté politique de faire quoi que ce soit.

Alors, oui, j’ai maille à partir avec le MPO. J’espère que nous parviendrons à tourner la page. L’actuelle ministre semble avoir une solide expérience de la pêche au Québec, et je me suis déjà entretenu avec elle. D’ailleurs, nous allons organiser des réunions. Je saurai ce qui se passe à l’issue de ces séances, mais nous avons beaucoup de travail à faire avec le MPO dans cette province pour redresser la situation.

La sénatrice Ataullahjan : Je vous remercie.

M. Pretty : J’ai été le plus bref possible, monsieur le président.

Le président : C’était plutôt une réponse de deux ou trois pages.

La sénatrice Cordy : Vous avez répondu d’un seul souffle, alors cela compte pour une seule ligne.

M. Pretty : J’en conviens. C’est une bonne façon de voir les choses.

Le président : Allez-y, sénatrice McPhedran. Votre micro, s’il vous plaît.

La sénatrice McPhedran : Merci, sénateur Manning, et merci à vous, monsieur Pretty, d’être parmi nous aujourd’hui.

M. Pretty : C’est moi qui vous remercie.

La sénatrice McPhedran : J’aimerais en savoir plus sur vos membres. Vous ai-je bien entendu dire que vous aviez 33 000 membres?

M. Pretty : Ah non, il y a 3 300 propriétaires-exploitants.

La sénatrice McPhedran : D’accord, il y en a 3 300.

M. Pretty : Vous pouvez les appeler des « capitaines », mais ce sont des propriétaires, en effet.

La sénatrice McPhedran : Merci. Parmi vos membres, y a-t-il des propriétaires-exploitants autochtones?

M. Pretty : Oui, il y en a. Tout à fait.

La sénatrice McPhedran : J’ai trouvé très intéressantes certaines de nos discussions précédentes à propos des répercussions subies par les collectivités et par vos membres à la suite de l’effondrement, ou du quasi-effondrement, de cette industrie en péril. Je voudrais toutefois me concentrer sur les femmes autochtones. Je songe, en particulier, au documentaire Inuk en colère, qui est entièrement présenté du point de vue des femmes inuites et qui met en lumière les répercussions sur leurs collectivités, leur culture et leurs moyens de subsistance, en raison de la négativité et des perspectives dont nous avons discuté ici aujourd’hui.

Pouvez-vous nous dire dans quelle mesure les conséquences pour les femmes au sein des collectivités autochtones sont prises en considération par vos membres ou dans le cadre de vos propres efforts de défense des droits?

M. Pretty : Je dois d’abord vous avouer que je n’ai pas vu le film.

La sénatrice McPhedran : C’est un très bon documentaire.

M. Pretty : Je ne manquerai pas de le visionner. J’y jetterai un coup d’œil, c’est sûr. Il faut toutefois préciser que nos membres autochtones se trouvent à l’ouest de Terre-Neuve, à Conne River et dans la zone 3Ps dont j’ai parlé plus tôt, ainsi qu’au Nunatsiavut, au Labrador.

En ce qui concerne votre question précise sur les préjugés rattachés à cette pêche, je n’ai pas qualifié cette activité d’autochtone ou de coloniale en tant que telle, mais elle a une incidence sur chaque famille. Environ 7 000 membres d’équipage travaillent dans ces 3 300 exploitations. Permettez-moi de dire que la chasse au phoque nous intéresserait beaucoup et que nous déploierions des efforts considérables à cet égard si le marché était au rendez-vous.

Bien entendu, le marché n’existe pas, et c’est pourquoi nous faisons très peu d’efforts à l’heure actuelle. Cela dit, certains de nos membres, surtout dans la péninsule nord, sont des Autochtones, et je peux vous dire que lorsqu’ils se rendent à Ottawa, vêtus de leurs habits, il est absolument ridicule de voir le traitement qu’on leur réserve au pays. Je pense qu’il est possible d’inverser cette tendance, mais, je le répète, nous avons besoin d’un champion pour y arriver, et nous n’en avons pas en ce moment.

La sénatrice McPhedran : Pensez-vous que nous serions plus à même de changer les perspectives dans ce dossier s’il y avait une plus grande collaboration et une meilleure coordination des messages pour faire connaître les répercussions sur les différentes collectivités représentées par vos membres?

M. Pretty : C’est une très bonne question. La semaine dernière, le gouvernement du Nunatsiavut et nous-mêmes avons entamé un dialogue sur une question concernant Parcs Canada dans le Nord du Labrador, et nous attendons avec impatience la suite des choses. Il y aura un dialogue permanent sur cette question avec Parcs Canada. Je trouve que c’est encourageant.

Nous pêchons dans cette région, où il y a un parc, et je pense que nous pouvons coordonner certaines activités. Cela nous donnera peut-être l’occasion d’entretenir de meilleures relations à l’avenir, chose que je préconise certes.

La sénatrice McPhedran : Merci beaucoup.

Le président : Merci, sénatrice McPhedran. Nous passons à la sénatrice Duncan, suivie de la sénatrice Petten. Je veux avertir tout le monde que nous allons manquer de temps.

M. Pretty : J’ai compris le message, sénateur.

Le président : Il a bien fallu quelques tentatives.

La sénatrice Duncan : Merci beaucoup, sénateur Manning, pour votre rappel concernant le temps, et un grand merci à vous, monsieur Pretty, pour votre exposé d’aujourd’hui et pour l’accueil chaleureux avec lequel vous nous avez reçus à Terre-Neuve.

Si vous le permettez, j’aimerais parler de la question de l’Alaska. À ma connaissance, les habitants de l’Alaska sont très préoccupés par l’augmentation de la population de phoques sur leurs côtes, et il est généralement admis que les phoques se nourrissent de saumon.

La pêche au saumon est une industrie de 1 milliard de dollars pour les habitants de l’Alaska. Il s’agit d’un service culturel et alimentaire essentiel et vital pour les Yukonnais et, en particulier, pour les Autochtones du Yukon. Le fleuve Yukon est un cours d’eau international, et c’est une voie d’accès importante pour le saumon.

Les syndicats ont toujours maintenu un lien international, une composante internationale. Si nous collaborions et travaillions avec les habitants de l’Alaska, cela vous aiderait-il à faire passer votre message?

M. Pretty : La réponse courte est oui. C’est ce que nous avons fait à Unifor. J’ai des amis dans les îles de la Reine-Charlotte qui sont aux prises avec des problèmes similaires. Ils fournissent de la main-d’œuvre à certaines industries du saumon en Alaska. Il existe donc un lien très solide avec Unifor. Nous pourrions certainement faire la même chose.

Comme vous le savez sans doute, l’aquaculture — plus précisément, l’aquaculture en enclos marin — est un enjeu de taille à Terre-Neuve en ce moment. Ce qui pose problème, c’est la prédation par le thon, mais aussi par les phoques.

Je n’y avais pas pensé, mais je peux communiquer avec nos amis, nos frères et sœurs du Nord de la Colombie-Britannique, pour leur en parler. Comme je l’ai dit, il existe bel et bien un lien entre les industries. Je vais donc explorer cette piste. Je vous remercie de votre question.

La sénatrice Duncan : Je vous remercie.

Le président : Merci, sénatrice Duncan. C’est au tour de la sénatrice Petten, qui sera suivie de la sénatrice Cordy.

La sénatrice Petten : Hier, nous avons visité l’usine de Carino, et j’ai été absolument éblouie par la beauté de ses produits et par le travail que cette entreprise a accompli pour développer l’industrie dans la province. Par contre, nous avons également appris que l’entreprise examinait comment elle pouvait désormais approvisionner ses marchés et disposer d’une quantité suffisante de produits à transformer. Bien entendu, cela nous prépare un peu au témoignage du chasseur de phoques que nous allons entendre par la suite. Voici donc ma question : comment appuyez-vous les pêcheurs pour qu’ils puissent augmenter la valeur, pour qu’ils pêchent davantage et pour qu’ils puissent maintenir ce marché?

Cela fait des décennies que nous parlons des phoques dans cette province. Il s’agit donc de savoir quelles mesures nous pouvons prendre maintenant pour ne pas perdre ce marché, faute d’un nombre suffisant de pêcheurs pour soutenir l’industrie, ou même comment nous pouvons renforcer la bonne volonté qui se manifeste déjà.

M. Pretty : Comme je l’ai dit tout à l’heure, sénatrice, le problème tient au fait qu’on ne peut pas pêcher une espèce qui ne rapporte pas d’argent. On ne peut pas pêcher une espèce si on n’a même pas de quoi payer le carburant. Aucune entreprise ne ferait cela en Amérique du Nord, et c’est encore plus vrai pour les pêcheurs. Certains des navires que vous avez vus l’autre jour représentent un investissement considérable. Toutefois, on ne peut pas pêcher pour le plaisir de perpétuer une tradition. Il faut donc qu’il y ait une industrie, des marchés, et il faut que cela en vaille la peine.

Vous vous souviendrez que l’association canadienne des chasseurs de phoques était une organisation très dynamique avant que ces groupes de manifestants ne l’obligent à mettre carrément la clé dans la porte.

Pouvons-nous faire la promotion de cette association? Oui, nous le pouvons, comme nous l’avons fait par le passé. D’ailleurs, nos bureaux étaient situés à la même adresse. C’était très important pour nous. Toutefois, si nous allons de l’avant sans gérer les stocks de l’espèce et sans créer des marchés, il ne se passera rien et, à un moment donné, un autre groupe viendra à Terre-Neuve pour explorer l’avenir de l’industrie du phoque.

Je terminerai en disant que je comprends votre point de vue, et je pense que le travail que nous faisons actuellement avec le MPO est un pas dans la bonne direction pour relever certains de ces défis.

Le président : Merci, sénatrice Petten. Sénatrice Cordy, vous avez la parole.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup. Je poserai deux questions en rafale pour gagner du temps. Je tiens d’abord à vous remercier infiniment de votre présence parmi nous. Votre témoignage nous est très utile, car vous savez certainement ce qui se passe sur le terrain.

M. Pretty : Je vous remercie.

La sénatrice Cordy : L’information que vous nous avez fournie est très pratique, alors je vous en remercie. Notre comité a entendu des renseignements contradictoires sur les populations de phoques. La plupart des témoins que nous avons entendus parlent de la quantité de fruits de mer, de crabes et de morues que dévorent les phoques. Mais nous avons également entendu... Je me souviens particulièrement d’un témoin qui a dit que les stocks de morue n’ont pas changé, que les phoques ne sont pas des prédateurs et qu’ils ne nuisent pas aux stocks, ce qui est contraire aux autres renseignements qui nous ont été transmis. Voilà le premier sujet sur lequel j’aimerais vous entendre.

Deuxièmement, les opposants à la chasse au phoque, les groupes de PETA, sont très bien financés. Ils disposent de plusieurs millions de dollars, et je doute qu’un gouvernement puisse rivaliser avec une campagne de lutte contre la chasse au phoque d’une telle ampleur parce qu’ils ont l’argent nécessaire et ils peuvent compter sur des personnes très en vue qui sont les visages de cette campagne. Que pouvons-nous faire?

Vous avez parlé de la nécessité d’avoir des champions. Y a-t-il d’autres mesures à prendre, ou est-ce que la présence de champions suffirait?

M. Pretty : D’accord. En ce qui concerne la désinformation, je vous recommande de ne pas lire ce que le MPO publie sur les phoques, sur ce qu’ils mangent et sur les dommages qu’ils causent. Si vous ne voulez pas que votre tension artérielle augmente, évitez cela et écoutez les gens sur le terrain.

Mais soyons sérieux. Oui, il y a beaucoup d’informations qui circulent. J’ai entendu le sénateur Quinn plus tôt dans la journée, et il a mis le doigt sur le problème. Il comprend cela. Il connaît les statistiques à ce sujet. C’est un simple calcul qu’on peut faire sur un bout de papier : 8 millions de phoques, qui mangent telle quantité de nourriture, le tout multiplié par... et voilà.

Puisque j’habite dans cette province, je peux vous dire que j’ai déjà vu des phoques attraper des truites dans des rivières d’eau douce. Ils sont très opportunistes, et ils vont manger. Ils vont satisfaire leurs besoins, et les ressources ici ne manquent pas. Je pense donc que ces renseignements contradictoires sont, en grande partie, motivés par des intérêts personnels, car ceux qui ne veulent rien faire justifient leur inaction en disant que les phoques ne mangent pas de morue. Si vous dites cela aux collectivités ou aux gens qui viendront témoigner après moi aujourd’hui, ils trouveront cela tout à fait ridicule. En tout cas, c’est un des arguments. Nous y contribuerons dans nos observations au cours de l’année à venir.

Comment gérer ces groupes? Certains héros sportifs de ma jeunesse sont contre la chasse au phoque. Pour moi, ils ne sont plus des héros. Mais vous avez raison. C’est une question qui attire beaucoup d’attention. Comme vous le savez, les mensonges en ligne sont monnaie courante. Comment y remédier?

Je ne peux pas dire que je suis un grand adepte de la publicité, mais j’en comprends les rouages. Je m’y connais très bien en la matière. Si certains de ces laboratoires pharmaceutiques parviennent à redorer leur blason grâce à la publicité, nous pouvons en faire autant. Il s’agit de fabricants qui avaient une très mauvaise réputation, mais tout cela n’est qu’un coup de publicité. Comme quelqu’un l’a dit aujourd’hui, il faut aller dans les écoles pour parler de cette question. C’est ce qu’il faut faire. On doit sensibiliser les gens.

L’éducation est la clé du progrès. Il faut également miser sur l’expansion des marchés, que ce soit pour la vente de peaux, d’huile ou, dans certains cas, de nourriture, mais c’est ce qui s’impose. Il s’agit, selon nous, d’une ressource incroyable, qui peut contribuer grandement à l’économie de notre province, ainsi qu’à celle d’autres provinces et d’autres peuples. Je le répète, sans la gestion de cette ressource et sans la sensibilisation nécessaire pour régler ce problème, nous n’irons pas de l’avant. Je vous remercie de votre question.

Le président : Merci, sénateurs, et merci à vous, monsieur Pretty, d’avoir pris le temps de vous joindre à nous. Vous êtes très passionné par l’industrie de la pêche dans notre province, et c’est un plaisir de vous avoir eu parmi nous. Bien des gens avant moi à Ottawa pensaient que les phoques ne mangeaient pas du Poulet Frit Kentucky et, comme je viens de Terre-Neuve, ils ne mangent pas non plus du Mary Brown’s. Ils mangent certes quelque chose, et nous devons nous pencher là-dessus.

Mesdames et messieurs les sénateurs, nous allons faire une pause d’une minute, la plus courte de votre vie, et nous reprendrons ensuite la séance pour entendre notre prochain groupe de témoins.

Chers collègues, je vous remercie de votre collaboration. Pour la troisième partie de notre réunion, nous accueillons M. Keith Bath, qui est un pêcheur commercial et un chasseur de phoques.

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de rencontrer M. Bath, c’est un homme qui a une grande connaissance de l’industrie de la pêche. Il est déjà tombé dans l’Atlantique Nord. Il a sauvé un yacht au large des Grands Bancs il y a quelques années. C’est une histoire assez mystérieuse. Il était sur l’eau pendant la furie de l’ouragan Andrew. Tout cela est raconté dans le livre The Diary of a Fishing Master. Si quelqu’un souhaite découvrir la vie d’un pêcheur ici, à Terre-Neuve-et-Labrador, il suffit d’écouter l’homme que nous avons devant nous aujourd’hui.

Je tiens à vous remercier d’avoir pris le temps de venir témoigner, monsieur Bath. Nous sommes ravis de vous compter parmi nous, et de pouvoir bénéficier de vos connaissances approfondies du secteur de la pêche commerciale. Vous aurez d’abord l’occasion de faire quelques remarques préliminaires, puis les sénateurs auront des questions à vous poser. Merci beaucoup.

Keith Bath, phoquier et pêcheur commercial (À titre personnel) : Tout d’abord, je tiens à vous remercier de m’avoir invité. La chasse au phoque est une activité pour laquelle j’ai toujours éprouvé un vif intérêt.

Je m’appelle Keith Bath. Mes ancêtres sont originaires de l’Angleterre, et sont venus s’établir à Horse Islands dès 1728, en raison des bonnes zones de pêche qui s’y trouvent. C’est donc là que je suis né et que j’ai été élevé jusqu’à l’âge de 22 ans. Ma famille a ensuite déménagé à LaScie.

Je n’ai jamais vraiment mené d’études dignes de ce nom. J’ai passé l’examen de la 9e année. À 15 ans, je suis retourné à l’école, mais cela n’a duré que deux semaines. En regardant par la fenêtre de ma salle de classe, j’ai aperçu mes deux frères arriver avec une cargaison de poissons, par une belle journée calme. Mon père était lui-même pêcheur. J’ai alors déclaré à ma famille que j’en avais assez de l’école, et que je voulais moi aussi devenir pêcheur. Je me suis levé, j’ai pris mes manuels scolaires et je les ai posés sur la table. Mon professeur s’appelait Ivor Pinksen, et il était originaire de Wild Cove. Il s’est approché de moi d’un air menaçant et m’a interdit de quitter l’école. J’ai répondu que c’est ce que j’allais faire, j’ai pris mes livres et je suis rentré chez moi.

Ma mère était fâchée contre moi. Elle m’a demandé ce que j’étais en train de manigancer, et je lui ai répondu que je voulais quitter l’école. Elle a refusé, car elle craignait alors de perdre l’allocation familiale mensuelle de 6 $ qu’elle touchait. Elle m’a dit qu’au retour de mon père, j’allais devoir retourner à l’école. Je lui ai répondu que je n’en avais pas envie, j’ai pris mes manuels scolaires et je les ai jetés par-dessus le quai dans l’eau salée.

Mon père Tom est alors rentré au foyer. Il a demandé à ma mère Elizabeth, qu’il surnommait Liz, ce qu’elle pensait que j’avais fait aujourd’hui. Elle lui a révélé de quelle manière j’avais abruptement quitté ma salle de classe. Mon père lui a répondu qu’il comptait m’amener avec lui pêcher dès le lendemain matin. J’avais alors 15 ans. Quoi qu’il en soit, c’est ainsi que j’ai commencé à pêcher avec mon père.

Cette année-là, la saison de pêche d’automne s’est révélée particulièrement fructueuse. Nous avons pêché à la ligne et à l’hameçon, puis nous avons utilisé des chaluts, et ce fut un vrai succès. Puis est venue la saison de la chasse au phoque, et je m’y suis adonné avec mon père et mes deux frères. Mes frères sont aujourd’hui âgés de 87 et 89 ans, et ils m’accompagnent toujours à la pêche.

Comme je l’ai dit, ce fut une très bonne année pour la chasse au phoque. Le Catalina Trader et Bowring’s, situés ici à St. John’s, étaient d’importants acheteurs de viande de phoque, et ils avaient l’habitude de descendre prendre nos prises. Puis j’ai recommencé à pêcher.

Nous débutions dès le matin à pêcher le capelan. Je me souviens qu’un de ces matins, c'était un banc de capelans, vers 1 ou 2 heures du matin, et il y avait beaucoup de brouillard. Mon oncle était descendu à terre, et nous avons d’abord dû le remorquer à l’aide d’une corde en plein brouillard.

Il fallait ensuite faire sécher les poissons et les saler, des tâches habituellement confiées aux femmes, qui travaillaient très fort. Parfois, elles échappaient les poissons, surtout les journées où il pleuvait beaucoup et que tout était glissant.

Nous avons continué ainsi à nous adonner à la pêche et à la chasse au phoque après notre déménagement à LaScie. Nous avons alors commencé à utiliser de plus grands bateaux, les longs paquebots. C’est ici, à Horse Islands, que nous avons fait de la chasse au phoque sur des bateaux à moteur plus petit. Mais ensuite, nous nous sommes servis des longs paquebots.

J’ai commencé à chasser le phoque en compagnie de Earl Small, puis quelques années plus tard, nous sommes embarqués à bord de palangriers pour pêcher la morue au début du printemps et, plus tard, le flétan noir. Nous avions alors l’habitude de naviguer le long du Labrador, puis à Makkovik. La pêche était très fructueuse. Puis, en 1987, nous avons commencé à remonter la côte sud, sur le banc de Saint-Pierre. Cela fait maintenant 37 ans que je pêche dans cette région, et nous y sommes d’ailleurs encore retournés cette année.

Les récoltes ont été très bonnes; nous avons pêché des espèces comme le colin, l’aiglefin, mais très peu de morue. En réalité, nous n’étions autorisés qu’à faire des petites prises accessoires en ce qui concerne la morue. Ces dernières années, seule la société Carino était intéressée par l’achat de viande de phoque.

L’état des glaces n’était pas optimal au début de la saison de la chasse au phoque, en raison des vents en provenance du nord-est. En effet, les rafales de vent viennent déposer toute la glace sur la terre, bloquant le passage de notre bateau à plusieurs endroits. Il fallait alors s’éloigner de 60 à 70 miles pour trouver des étendues de glace molle propice à la chasse au phoque.

Et cette année, ce fut le désastre. Eh bien, ce n’était pas tout à fait un désastre, mais bon... Une nuit donc, le vent s’est levé au nord-ouest, des rafales de 25 à 30 km h, mais une vague s’est soudainement écrasée contre notre embarcation à grande vitesse. Nous avons l’habitude d’utiliser ce genre d’embarcations à grande vitesse lorsque la température le permet.

Quoi qu’il en soit, une vague nous a frappés et nous avons perdu notre embarcation à grande vitesse dans la nuit. Un navire pétrolier a dû nous remorquer, nous n’avions pas le choix rendu là. Lorsque nous avons repris la chasse au phoque vers le 1er mai suivant, nous avons reçu un appel des garde-côtes. Notre embarcation avait été repérée à 40 miles de Bay Bulls. La dernière journée de juillet, nous avons reçu un autre appel des garde-côtes. Un habitant de Arnold’s Cove et sa conjointe avaient récupéré notre embarcation près de leur cabane. Le bateau était équipé d’un Yamaha de 70 chevaux. C'était le premier été qu'on l'avait installé. Je dirais que c'est le genre de situation qui n'aurait pas dû se produire, quand le bateau se trouvait à 40 miles de Bay Bulls.

Je me suis entretenu avec Merv Wiseman, qui a collaboré pendant des années avec les services de recherche et de sauvetage. Les courants sont si puissants qu’ils peuvent entraîner une embarcation très loin vers l’est, jusqu’en Angleterre même. Vous savez, on ne peut pas vraiment expliquer comment un bateau peut dériver aussi loin.

Il y a deux ans, au printemps, j’ai écrit un message. J’étais occupé à pêcher sur le 5440 nord au large de la côte au large de la côte du Labrador, et j’ai écrit un message que j’ai ensuite encapsulé dans une bouteille. Au mois de mai, j’ai reçu un appel de la part d’un Écossais. Lui et sa conjointe se promenaient sur la plage et ont ramassé ma petite bouteille d’eau contenant le message que j’avais écrit. Comme j’avais noté mon numéro de téléphone, il m’a appelé. Ma bouteille, lancée en mer depuis le Labrador, avait donc traversé tout l’océan pour aboutir quelque part en Écosse.

Laissez-moi à présent vous parler des phoques et de ce que j’ai déjà découvert à l’intérieur de leur ventre. Nous avions l’habitude de chasser toutes sortes d’espèces de phoque. J’ai vu des turbots sur la glace, parfois dans la baie Blanche. Certains étaient en train de manger de la morue. Je ne peux pas dire que j’ai vu beaucoup de poissons dans leur ventre, mais j’ai déjà trouvé des lambeaux. J’ai déjà trouvé deux morues entières dans le ventre d’un phoque à capuchon. L’un mesurait 21 pouces, et l’autre, 22 pouces. J’ai également trouvé quatre sébastes dans les entrailles de ce même phoque.

J’ai entendu dire que la population totale des phoques s’élève à 7,6 millions. Il s’agit de phoques du Groenland. En 1996, les captures de phoque se comptaient par milliers. C’est l’année où nous avons tué des phoques à dos bleus. Cette même année, nous étions sur le 4915 nord et nous avons abattu un vieux phoque à capuchon dont le ventre contenait un saumon de 10 livres. Il n’y avait rien d’anormal, à part quelques écailles autour de la nageoire. Notre cuisinier s’apprêtait à cuisiner le phoque pour nous, mais au moment venu, il n’a pas été capable de le faire.

Alors l’avion nous a survolés ce jour-là, sur 4915. L’avion a volé jusqu’à Round Hills, au large du Labrador, qui se trouve sur le 5320, 49 à 5320. C’est donc à environ 240 miles au nord. Ils sont revenus le soir même et m’ont dit qu’il avait repéré des milliers de phoques à capuchon, ainsi que des phoques du Groenland. Ces dernières années, les phoques à capuchon se font rares, on ne voit plus que des phoques du Groenland.

On dit que les phoques peuvent se noyer. Il est vrai que plusieurs phoques sont tués en mer. Cette année, un grand nombre de phoques ont trouvé la mort, mais cela s’est toujours produit sur terre.

Laissez-moi vous dire une dernière chose avant de conclure. Nous étions dehors à un moment donné, il n’y avait presque plus de glace. C’était le 27 février. La saison de la reproduction chez les phoques se tient habituellement lors de la première semaine du mois de mars.

Et voici ce qui s’est passé. Je me suis levé le matin. J’ai toujours eu l’habitude d’ouvrir la porte de la timonerie pour prendre connaissance de la température, impatient de commencer ma journée. J’ai aperçu une petite chose jaune. Lorsque les phoques sont encore bébés, ils affichent une couleur jaune pendant quelques jours avant que la mère ne s’occupe d’eux et veille à leur protection.

J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un oiseau, puis j’ai vu l’animal bouger. C’était un bébé phoque. Sa mère est arrivée sur l’eau, le ventre en l’air, à la même distance de moi que vous l’êtes présentement. Le petit phoque est entré dans l’eau et s’est mis à nager, avant de monter sur le ventre de sa mère. La mère s’est alors gonflé le ventre pour permettre à son petit de venir la téter. Lorsqu’elle a estimé que c’était suffisant, elle l’a fait passer en dessous d’elle. Le petit phoque est alors remonté à nouveau à la surface. Ce fut un moment réellement attendrissant, je vous l’assure. C’est vrai. Et ce fut tout. Le bébé phoque est demeuré là, immobile devant nous, et nous avons fini par quitter la scène pour reprendre notre journée de chasse au phoque.

Certains affirment que les phoques peuvent se noyer, mais je ne le pense pas. D’après ce que j’ai pu observer, une mère phoque est capable de s’occuper de son petit en le sortant de l’eau. Par contre, les phoques peuvent bel et bien mourir en mer. J’ai été témoin de cela en passant par-dessus les hauts-fonds avec mon embarcation.

Je conclurai donc en disant que j’ai maintenant 77 ans, et que je n’ai jamais cessé de m’adonner à la chasse et à la pêche. Vous savez, quelqu’un m’a déjà demandé si j’avais fait cela toute ma vie. Je lui ai répondu que ma vie n’était pas encore terminée. Je me souviens d’un certain type qui habite dans notre quartier. Il n’y a pas si longtemps, il s’est rendu chez le médecin, et je suppose qu’il était nerveux. Quand il est rentré chez lui, sa conjointe lui a demandé ce qu’avait dit le médecin. L’homme lui a répondu que le médecin lui avait prescrit de rentrer chez lui et de vivre aussi longtemps qu’il le souhaitait. Sa conjointe lui a alors rétorqué : « Mais quel idiot! Un de ces matins, tu pourrais bien te réveiller mort. ».

Bref, tant et aussi longtemps que je ne me réveille pas mort, je compte bien continuer à partir à la chasse et à la pêche.

Le président : Je vous remercie, monsieur Bath. Nous pourrions encore passer des heures à écouter vos récits, tous plus intrigants les uns que les autres.

M. Bath : Si vous voulez me poser des questions, eh bien vous feriez mieux de parler fort, car cela fait 65 ans que je pêche, j’ai tiré au fusil des milliers de fois, et c’est sans compter les klaxons du moteur de mon bateau.

Le président : Bien compris. Comme je l’ai dit, nous pourrions vous écouter pendant des heures, j’en suis convaincu. Mes collègues voudront probablement savoir...

M. Bath : Je peux continuer mon monologue.

Le président : Je m’en doute bien. Malheureusement, compte tenu du temps qui nous est imparti, nous devons à présent céder la parole aux 10 sénateurs et sénatrices qui souhaitent vous poser des questions. Je vais demander à mes collègues de bien réfléchir et de ne poser qu’une seule question, puis nous allons conclure ce segment de la séance.

M. Bath : Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais reçu une grande instruction.

Le président : Écoutez, vous êtes dépositaire de connaissances et de compétences que la plupart d’entre nous n’auront jamais, alors vous n’avez pas à minimiser l’importance de votre rôle ici. Nous sommes très heureux que vous soyez des nôtres.

Chers collègues, comme je l’ai dit, je vous demande de vous limiter à une question précise. Je tiens à ce que tous puissent avoir l’occasion de poser sa question, mais cela pourrait ne pas être possible. Je cède maintenant la parole à Mme Busson.

La sénatrice Busson : Je tâcherai d’être brève, monsieur le président. Monsieur Bath, c’est pour nous une véritable leçon d’humilité que d’être en présence du roi des mers en personne. Vous possédez une expertise et une expérience inestimable, tant par rapport au domaine de la chasse et de la pêche, que pour la vie en général. Et, bien entendu, comme nous nous intéressons aujourd’hui à la chasse au phoque, j’aimerais vous entendre à propos des changements que vous avez observés.

Vous avez dit que la chasse au phoque constituait une activité économique très lucrative pour vous lorsque vous étiez jeune. Pourtant, il me semble aujourd’hui que la réalité des phoquiers a énormément évolué, notamment en ce qui concerne la perception que les gens ont d’eux.

Pourriez-vous nous en dire plus au sujet des changements que vous avez observés dans la vie des gens qui pratiquent la chasse et la pêche?

M. Bath : Oui, j’ai vu de grands changements. Avant, on pouvait simplement aller chasser le phoque, faire ce qu’on avait à faire, mais aujourd’hui, il y a toutes sortes de restrictions. Les jeunes, par exemple, ne peuvent pas se joindre à l’industrie, ils doivent passer par un chasseur professionnel comme moi ou d’autres. Les chasseurs de phoque professionnels peuvent se procurer un permis. C’est la seule façon de procéder. Les jeunes ne peuvent pas y aller de façon autonome.

Il y a de nombreuses années, nous avions un quota de 400 000 phoques. Il y avait beaucoup de bateaux qui les chassaient, et le quota était atteint en trois ou quatre jours. Soit dit en passant, je me suis fait prendre. Je n’ai pas entendu les annonces sur VHF. C’était fermé à un moment donné. J’ai oublié ou je n’ai pas entendu. J’ai dit que je n’avais pas entendu.

Une dame du Toronto Star, Kelly Toughill de Halifax, m’a accompagné un jour. J’entends encore parler d’elle. Elle a vraiment beaucoup aimé le voyage. J’avais un bateau en acier à l’époque et nous avons été pris dans une tempête au large du cap Freels. Selon les prévisions météo, la tempête ne devait frapper que le lendemain à midi. Nous nous trouvions à 60 milles au large du cap Freels. Je pensais arriver avant la tempête, mais le bateau a été couvert de glace, et toutes les vitres étaient givrées.

On avait un petit judas, un instrument pour enlever le givre. Quand nous avons aperçu les lumières en passant près de Twillingate ce soir-là, elle est venue me voir en pleurs pour me dire qu’elle ne pouvait pas aller plus loin. Je l’ai donc déposée à Twillingate et j’ai demandé à quelqu’un de LaScie de venir la chercher pour l’amener au village.

Alors oui, il y a de grands changements. Tous les jours, quand le temps est calme ou qu’il fait soleil, il y a un hélicoptère ou un avion qui vole au-dessus de nous, nous harcèle. Ils sont censés être à une distance d’un demi-mille, mais il arrive qu’ils soient à moins de 200 verges. Nous sommes parfois dans un petit bateau et remontons les phoques à bord, et parfois l’hélicoptère émet un bruit fort, [difficultés techniques]. Nous avions 20 filets dans les sacs et avions attrapé environ 20 phoques. Il peut arriver n’importe quoi. Si le bruit fait sursauter le type qui s’occupe du treuil, cela peut avoir des répercussions sur les gars qui se trouvent dans le bateau.

Je les ai appelés très souvent pour leur dire de se tenir à distance. Ils prennent des photos pour essayer d’avoir des preuves. Une année, nous étions en mer et nous avions un nouveau moteur. Rick Smith était là. Je pense que c’était Rick Smith, de Greenpeace. J’en suis certain. Il était dans l’hélicoptère, et ils étaient au-dessus de nous. L’hélicoptère a fait le bruit et les gars ont fait demi-tour et ont bousillé le nouveau moteur, le nouveau moteur de 40 chevaux-vapeur. Ils l’ont bousillé.

Je l’ai appelé. Je lui ai dit de se poser sur le radeau de glace, de se poser et d’attendre que je sois à côté de lui. J’aurais aimé qu’il le fasse. Je me serais sans doute retrouvé en prison.

Vous savez, quand ils nous voient, c’est ce qu’ils font, ils cherchent le moindre problème. Ils montent à bord du bateau, ils se rendent dans la cale à poisson, regardent partout pour voir si nous n’avons pas quelque chose d’interdit. Les choses sont donc très différentes.

Quand nous habitions dans les îles Horse, ou quand nous sommes arrivés à LaScie, il n’y avait rien de tel. On y allait comme on voulait. Je ne vais plus... Je m’assure d’avoir un fusil de gros calibre pour tirer sur les phoques. S’il y en a un qui bouge encore, je tire de nouveau. Un jour, il y avait deux agents des pêches qui marchaient sur la glace pour compter les phoques adultes. Il y avait deux agents des pêches avec moi. J’avais tiré 155 fois et abattu 153 phoques. Il n’y en avait qu’un encore en vie. Dans ce cas, on était censé utiliser une pioche pour l’achever. Il a utilisé la pioche pour celui qui grouillait encore un peu.

Ce sont là certains des changements qui sont survenus. Vous savez, ils doivent parfois se mettre à notre place, on se procure un permis pour le faire, etc.

La sénatrice Busson : Je vous remercie beaucoup.

M. Bath : Il y a de gros changements.

Le président : Je vous remercie, sénatrice Busson. Nous passons au sénateur Francis, qui sera suivi par le sénateur Quinn.

Le sénateur Francis : Je vous remercie, monsieur Bath, d’être avec nous.

Le président : Sénateur Francis, votre micro, s’il vous plaît.

Le sénateur Francis : Je vous remercie d’être avec nous. Nous avons entendu l’expression « Les jeunes sont nos leaders de demain et nous devons les préparer pour l’avenir ». Je dis toujours que les jeunes sont nos leaders actuels. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui veulent se joindre à l’industrie de la chasse au phoque?

M. Bath : Je leur dirais que nous avons acheté deux usines. Nous en avons besoin de trois ou quatre de plus. Nous avons toutes sortes de problèmes au gouvernement. Nous avions de bons marchés en Chine, mais les Chinois avec qui nous traitons aujourd’hui s’attendent à obtenir les phoques immédiatement. Il y a deux ans, quand la COVID a frappé, nous ne pouvions pas...

Nous avons eu tout d’abord une usine à Tors Cove, et pour une raison environnementale, ils disaient qu’il n’y avait pas d’eau qui l’alimentait. Ils ne voulaient pas venir voir, mais quand la dame est venue, elle a bien vu qu’il y avait un tuyau de 10 pouces dans lequel circulait de l’eau en permanence. On ne savait pas pourquoi ils en faisaient toute une histoire. Le temps a manqué et nous n’avons jamais obtenu la machinerie dont nous avions besoin.

Nous sommes allés à Fleur de Lys et nous y avons acheté une usine. George Wilkes y faisait autrefois de la transformation, et il nous avait dit que le permis était encore valide. Après un moment, ils nous ont dit qu’il n’était pas valide. Nous avons donc attendu cette année-là, jusqu’à l’arrivée des jeunes phoques, et nous avons tenté d’obtenir le permis. Ils nous ont dit que le permis était valide, mais nous nous y sommes mis trop tard.

Nous sommes allés en capturer un certain nombre, mais c’est en janvier et février que nous en avons besoin. C’est alors que les phoques ont le plus de graisse et que l’on peut en extraire l’huile. Elle en contient alors beaucoup. Je ne sais pas trop quoi dire au sujet des jeunes, mais les perspectives ne sont pas encourageantes.

Le sénateur Francis : Ce n’est pas facile.

M. Bath : Les perspectives ne sont pas encourageantes à l’heure actuelle.

Le sénateur Francis : Je vous remercie.

Le président : Sénateur Quinn, c’est à vous, et ensuite ce sera au tour du sénateur Patterson.

Le sénateur Quinn : Je pensais qu’il cherchait des améliorations.

Monsieur Bath, je vous remercie sincèrement d’être avec nous. Je parie que l’une des meilleures décisions que vous ayez prises au cours de votre vie a été de quitter l’école à 15 ans, car il est évident que vous êtes un expert. Vous avez un doctorat dans votre industrie, alors c’est un pur plaisir de vous avoir ici aujourd’hui.

Ma question s’inspire de ce dont il a été question plus tôt aujourd’hui, soit le rôle de Pêches et Océans et de la science. Selon ce que vous observez sur le terrain — ce que vous constatez —, croyez-vous que la science reflète bien ce que vous observez au quotidien quand vous travaillez?

M. Bath : Parlez-vous des scientifiques?

Le sénateur Quinn : Oui. Croyez-vous que la science reflète bien ce que vous observez sur le terrain?

M. Bath : Non. Gary Stenson travaillait autrefois comme coordonnateur de la chasse au phoque, et nous avions l’habitude d’avoir des réunions, et je lui disais ce que je voyais, mais il ne pouvait pas le croire. Je peux vous parler un peu des phoques. Wayne Penney avait l’habitude de m’accompagner. Wayne Penney était un bon type. J’ai rempli le tableau pendant environ six ou sept ans, mais on n’a jamais su ce qu’il trouvait. J’avais des idées à ce sujet, mais ils ne nous ont jamais dit ce qui se trouvait dans l’estomac des phoques.

Mais je vais vous dire ce que j’ai vu, j’ai même vu deux petits mergules nains. Je sais que vous ne savez pas ce qu’est un mergule nain. Il mesure environ cinq ou six pouces de long, il a le dos noir et le ventre blanc. Certains d’entre vous savent peut-être de quoi je parle. Ils les avaient dans leur estomac. Lorsque les phoques muent, ils évacuent tout ce qui se trouve dans leur estomac. Le contenu se désintègre, en fait, dans leur estomac. Ils se rendent ensuite sur la plage et ils mangent des cailloux.

J’ai sans doute une lettre, probablement de Wayne, qui le mentionne. Ils mangent des cailloux qui vont, en quelque sorte, extraire les bactéries de leur estomac. Ensuite gare aux harengs et à tout ce qui se trouve dans la baie, car ils vont s’en empiffrer. La graisse ne mettra pas long à se reformer.

Voici donc la question que j’ai posée à Gary Stenson : si vous êtes au régime, que vous perdez du poids, que faites-vous pour le reprendre? Vous mangez, n’est-ce pas? Oui. Mais il ne répondait pas à ma question. Deux mois plus tard — on les tue à l’automne —, les phoques ont de nouveau trois pouces de graisse sur eux.

Je l’ai mentionné à Wayne. On soupait ensemble un soir. Je lui ai dit que j’avais vu des mergules nains dans leur estomac, j’ai vu des cailloux. Il m’a répondu qu’il avait vu cela aussi, et que je devrais être un scientifique.

Le sénateur Quinn : Je vous remercie.

Le président : Je vous remercie, sénateur Quinn. Nous passons au sénateur Patterson, suivi de la sénatrice Ataullahjan.

La sénatrice Patterson : Je vous remercie, monsieur Bath.

Le président : Parlez plus près du micro, s’il vous plaît.

La sénatrice Patterson : Je vous remercie, monsieur Bath. J’aimerais vous poser une question encore plus précise. Si vous pouviez donner des conseils aux scientifiques sur les éléments qu’ils devraient examiner pour comprendre ce qui se passe avec la population de phoques, quels seraient-ils?

Vous avez parlé, par exemple, de ce qu’on trouve dans l’estomac des phoques, et c’est une information scientifique importante. Que recommanderiez-vous aux scientifiques de recueillir comme renseignements auprès des chasseurs, auprès des gens comme vous, pour mieux comprendre ce qui se passe dans l’industrie du phoque?

M. Bath : Ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit. Ils n’écoutent pas ce que les chasseurs de phoque leur disent. Nous avons trouvé un phoque qui avait dans son estomac — et je n’ai pas peur de le dire — presque l’équivalent d’un seau de cinq gallons de crabes, de crabes femelles, et de crevettes. C’était ce qu’ils appellent un phoque barbu. C’est une espèce en danger maintenant; il n’est pas permis de les tuer.

Il a dit qu’il n’y en avait plus. Je lui ai répondu de venir avec moi pour que je lui montre combien on peut en prendre en photo dans une journée quand on part de LaScie et qu’on se rend jusqu’à St. Anthony. On va en voir des milliers. Mais ils n’écoutent pas. Ce sont ceux qui ne mangent que des mollusques et des crustacés, et principalement des crevettes et des crabes femelles. Ils font partie des espèces en danger et il est interdit de les tuer.

Ils parlent de ces phoques, et comme je l’ai mentionné à propos des phoques à capuchon, ils ne sont pas inclus. Nous avons aussi le phoque annelé, le phoque gris, le phoque commun, etc.

Je suis allé en Nouvelle-Écosse. J’y suis allé avec George Wilkes quand ils se trouvaient à Fleur de Lys. Je suis allé à l’île Pictou et à l’île Hay, pour y chasser le phoque. Il n’y a plus de phoques gris à ces endroits. On ne peut plus obtenir de permis pour aller y chasser. Ils n’ont jamais recueilli le contenu de leurs estomacs.

Je suis aussi allé à l’île Sagona pour y chasser quelques phoques afin de vérifier à quoi ressemblent la viande et l’huile, et nous en voulions pour nos usines. Ils ne sont jamais revenus. Nous prélevions les estomacs, mais ils ne sont jamais revenus pour nous dire ce qu’ils contenaient.

Le président : Je vous remercie, sénateur.

M. Bath : Je vais vous en dire un peu plus et vous parler de l’année où je suis allé à Codroy, dans la vallée de Codroy. J’y suis allé pour chasser l’oie. Le guide m’a demandé un jour si je voulais voir des phoques. Je lui ai répondu oui, et il devait y avoir environ 300 gros phoques gris, ceux qui pèsent 1 000 ou 1 200 livres. Il y avait aussi environ 10 homards, tués par des phoques gris. Les phoques les cassent en deux et ils en retirent ce qui est rouge, vous savez, oui, le caviar, du vrai caviar. Ils les cassent en deux pour le retirer.

Les scientifiques n’écoutent pas ce qu’on leur dit. Ils font seulement ce qu’ils ont à faire, et comme je l’ai dit, tous les tableaux que j’ai faits pour eux, vous ne verrez rien de tout cela.

Le président : Je vous remercie, sénateur Patterson. C’est au tour de la sénatrice Ataullahjan qui sera suivie de la sénatrice Petten.

La sénatrice Ataullahjan : Je vous remercie, monsieur le président. C’est un plaisir de vous entendre parler, monsieur Bath. Vous me rappelez mon père, qui avait l’habitude de chasser sur les terres. À la fin de sa vie, les nombreuses balles qu’il avait tirées l’avaient rendu sourd.

La plupart de mes questions ont déjà été posées, alors j’aimerais vous poser une question personnelle : avez-vous des regrets?

M. Bath : Des regrets?

La sénatrice Ataullahjan : Oui.

M. Bath : Non.

La sénatrice Ataullahjan : Vous avez bien fait de jeter vos livres dans l’eau salée.

M. Bath : Non, j’adore simplement... je n’aime pas... J’avais une petite chienne et je n’aurais pas voulu lui faire de mal pour rien au monde. Nous n’avions pas de famille, mais j’avais cette petite chienne, et elle était pour moi comme une petite fille, et je n’aurais pas pu lui faire de mal. Encore une fois, j’ai beaucoup de respect. Je vois tellement de choses. Comme je vous l’ai raconté, quand j’ai vu ce qu’un phoque avait fait à un petit blanchon, cela m’a touché. Mais non, je n’ai pas de regrets. Je suis tellement fier d’avoir quitté l’école et d’avoir fait ce que j’ai fait.

Le président : Bravo. Je vous remercie, sénatrice Ataullahjan. Sénatrice Petten, c’est à vous.

La sénatrice Petten : Capitaine Bath, vous êtes formidable, car je sais que vous avez toujours joué un rôle de premier plan et que c’était toujours un honneur d’attraper le plus de phoques. Votre nom était en tête de liste, et il n’y avait aucun doute à ce sujet.

M. Bath : La plupart des gens à Dildo.

La sénatrice Petten : Je vais mentionner seulement que j’ai entendu ce que vous avez dit ce matin au sujet des balles. De toute évidence, vous deviez en attraper quelques-uns en même temps, pour avoir utilisé moins de balles que le nombre de phoques tués, alors tant mieux.

Vous avez parlé notamment des changements qui se passent. Bien sûr, quand on regarde les nouvelles, on entend tous parler dernièrement des changements climatiques. Vous avez parlé des phoques qui se trouvent sur la terre ferme. Voyez-vous des changements importants dans l’environnement, des choses qui changent par rapport au passé?

M. Bath : Les conditions de la glace changent effectivement beaucoup, beaucoup. Sur notre côte, je sais qu’une année, quand nous sommes initialement déménagés à LaScie — nous ne sommes jamais retournés sur l’île Horse, où nous avions l’habitude d’aller pendant l’été —, il a fallu attendre au 12 juillet avant de pouvoir y aller en raison des conditions de la glace. Mais maintenant, nous sommes dans la glace.

Il y a 4 ou 5 ans, alors que nous étions au large de l’île Fogo, la glace a disparu du jour au lendemain. Une tempête de vent s’est abattue sur nous et nous nous sommes retrouvés en eaux libres avec 400 phoques. Nous suspendons nos phoques à une corde pendant la nuit pour les laisser refroidir et pour nettoyer le sang, et nous nous sommes retrouvés en eaux libres sur 40 à 50 miles. Nous avons parcouru 20 miles après avoir capturé les phoques avant de revoir de la glace. Elle avait entièrement disparu. Il y en aura sur la côte du Labrador sur probablement 20, 30, 40 ou 50 milles de large, et du jour au lendemain, elle est partie. Elle disparaît. Même si on dit que la glace se forme dans l’Arctique cette année, la carte des glaces montre qu’elle est déjà là.

La glace change beaucoup, mais cette année, même quand nous avons commencé la pêche au crabe au milieu de mai, nous avons quand même dû traverser beaucoup de glace avant d’atteindre le territoire du crabe. Il y a toutefois d’importants changements; je peux le constater. De plus, nous voyons plus d’ours polaires que nous n’en avons jamais vus sur la glace, et nous observons même des morses. Au cours des deux ou trois dernières années, nous avons vu trois ou quatre morses. Mais c’est un fait : la glace est en train de disparaître plus rapidement, je dois le dire.

Le président : Je vous remercie, sénatrice Petten. C’est la sénatrice Cordy qui posera la dernière question.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup. Je tiens absolument à lire votre livre...

Le président : Parlez dans votre micro, je vous prie, sénatrice Cordy.

La sénatrice Cordy : Oh, je suis désolée. Je tiens absolument à lire votre livre parce que vos histoires sont fascinantes.

M. Bath : Qu’est-ce que vous dites vouloir faire?

La sénatrice Cordy : J’ai dit que j’aimerais lire votre livre.

M. Bath : Si je l’avais su, j’en aurais apporté pour vous en donner, mais il ne m’en reste plus. C’est un bon livre.

La sénatrice Cordy : J’en suis sûre.

M. Bath : Et tout est vrai, tout est vrai.

La sénatrice Cordy : Cela ressemblait un peu à de la publicité.

Quoi qu’il en soit, je veux faire suite à la question de la sénatrice Petten. Je suis originaire de la Nouvelle-Écosse, et au large de nos côtes, nous voyons des poissons, les requins, qui jamais ne se sont aventurés aussi loin au nord. Observez-vous le même phénomène ici, à Terre-Neuve?

M. Bath : Des poissons?

La sénatrice Cordy : Avez-vous vu différentes sortes de poissons qui ne sont jamais venues ici parce que l’eau se réchauffe?

M. Bath : Oh, oui, il y a plus de tortues et de crapets-soleils que jamais. Sur le banc de Saint-Pierre, il y en a beaucoup. Et nous ne voyions pas de thons dans notre région, mais maintenant, il y en a. Et nous voyons maintenant des poissons, comme j’en ai vu une fois dans les Bermudes, sur un bateau près des coraux, vous savez, où il y a toutes sortes de poissons. C’est ce qu’on appelle des poissons d’eau chaude. Les tortues, nous en avons probablement vu 20 au cours des 5 ou 6 dernières années, et je ne sais combien nous avons observé de crapets-soleils.

La sénatrice Cordy : Qui aurait pensé qu’on en verrait à Terre-Neuve, n’est-ce pas? Je vous remercie.

Le président : Je vous remercie, sénatrice Cordy. Je remercie également les honorables sénateurs, ainsi que M. Bath d’avoir témoigné aujourd’hui.

M. Bath : Je pourrais continuer.

Le président : Vous nous avez fait part d’une très riche expérience. Nous pourrions vous écouter pendant longtemps. Nous vous remercions d’avoir pris le temps de venir. M. Bath vit loin d’ici, à plusieurs heures de route, et il a pris le temps de se joindre à nous aujourd’hui.

Honorables sénateurs, nous ferons une pause pour dîner et reprendrons nos travaux à 12 h 45. Je vous remercie beaucoup.

(La séance est levée.)

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