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POFO - Comité permanent

Pêches et océans


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PÊCHES ET DES OCÉANS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 2 novembre 2023

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd’hui à 9 h 4 (HE) pour examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

La sénatrice Bev Busson (vice-présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La vice-présidente : Honorables sénateurs, la séance est ouverte.

Bonjour, je m’appelle Bev Busson, sénatrice de la Colombie-Britannique, et j’ai le plaisir de présider cette réunion du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans.

Avant de commencer, j’aimerais prendre quelques minutes pour que les membres du comité se présentent.

Le sénateur Ravalia : Je suis le sénateur Mohamed-Iqbal Ravalia, et je représente Terre-Neuve-et-Labrador.

La sénatrice Petten : Je suis Iris Petten, et je représente également Terre-Neuve-et-Labrador

Le sénateur Francis : Brian Francis, d’Epekwitk, ou l’Île-du-Prince-Édouard.

Le sénateur C. Deacon : Colin Deacon, Nouvelle-Écosse.

La vice-présidente : Je vais vous présenter notre estimée collègue, la sénatrice Jane Cordy, de la Nouvelle-Écosse.

Le 4 octobre 2022, le Comité permanent des pêches et des océans a été autorisé à examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

Dans le cadre de cette étude, le comité entendra aujourd’hui les témoins suivants : l’honorable Céline Hervieux-Payette, ancienne sénatrice; et Maximilien Depontailler, ancien adjoint de l’honorable Céline Hervieux-Payette. Au nom des membres du comité, je tiens à vous remercier de votre présence aujourd’hui. Je pense que Mme Hervieux-Payette et M. Depontailler vont tous deux présenter des observations liminaires. Les membres du comité auront ensuite des questions à poser aux témoins.

Madame Hervieux-Payette, vous avez la parole.

[Français]

L’honorable Céline Hervieux-Payette, c.p., LL.L, ancienne sénatrice, à titre personnel : Mesdames et messieurs les sénateurs, chers amis, c’est avec un très grand plaisir que j’ai accepté de vous rencontrer pour faire avancer une cause très chère à mon cœur, soit celle de la légalisation internationale de la chasse aux phoques, le tout dans le but de trouver les moyens d’appuyer cette industrie qui touche surtout nos populations périphériques, soit le Nunavut, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île‑du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique, donc les provinces côtières.

C’est surtout dans le but d’appuyer cette industrie sur le plan financier et de corriger l’image frauduleuse inventée par les opposants que je suis motivée à comparaître devant vous ce matin.

Je profite aussi de cette occasion pour vous remercier d’avoir choisi ce sujet pour votre étude, de vous être déplacés pour approfondir la question et de m’avoir invitée, ainsi que mon adjoint, M. Maximilien Depontailler, qui m’a secondée de façon indispensable.

Bravo et merci à tous les participants de votre étude.

J’aimerais commencer dans le vif du sujet et, par la suite, je serai disponible pour répondre à des questions.

Dans ce dossier de la chasse aux phoques, la priorité, c’est de lever les barrières tarifaires internationales, la première étant celle de nos voisins américains, qui représentent certainement le marché potentiel le plus lucratif, puis celles de l’Union européenne, du Mexique et de plusieurs autres pays qui ont adhéré à la politique d’interdiction de vente de peaux de phoque sous toutes ses formes.

Cette initiative devrait venir du ministère des Pêches et des Océans, appuyé par Affaires mondiales Canada. Toutefois, les provinces victimes de ce boycott doivent participer activement à cet effort, étant donné que ce sont surtout de petites communautés qui sont affectées directement. Rebâtir les réseaux de distribution sera essentiel pour profiter du tourisme.

D’où est venue cette opposition féroce aux produits du phoque? Le plus grand coupable de cette campagne est une organisation du nom de Humane Society International, dont le président recevait un modeste salaire de 500 000 $ par année il y a 10 ans, et qui collectait des millions de dollars auprès des Américains, des Canadiens et d’autres victimes de la campagne de désinformation totale sur cette question.

Sa publicité utilisait des images des années 1980 où apparaissaient des blanchons, des petits bébés phoques, tués à coups de bâton et dont le sang coulait à flots sur la banquise. On a vu des célébrités comme Paul McCartney, des Beatles, accroupi avec sa femme auprès de blanchons récemment tués. Je dois avouer que c’était très impressionnant. Ce que Humane Society International ne disait pas, c’est que le Canada, dans les années 1980, avait modifié sa loi et que cette pratique était interdite depuis bientôt 20 ans.

Puisque j’étais députée à la Chambre des communes à cette époque, j’avais appuyé la formation de la Commission Malouf par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, dont le mandat était de revoir toutes les pratiques liées à la chasse aux phoques.

La chasse aux blanchons était dorénavant totalement interdite et des sanctions importantes ont été adoptées. Cela revient à dire que la campagne de publicité de Humane Society International était totalement mensongère et de mauvaise foi. J’ai également correspondu avec la célèbre actrice française Brigitte Bardot, qui m’insultait en raison de mon appui à la chasse aux phoques en ne m’écrivant pas des choses très gentilles, évidemment.

On en était aux balbutiements de l’Internet, mais les personnalités internationales qui participaient à cette campagne semaient la terreur sur le plan médiatique. En Europe, ils organisaient des marches pour dénoncer cette activité au Canada. Nos principaux adversaires étaient surtout les associations de protection des animaux.

Le point culminant de cette campagne, qui disposait d’un budget considérable, a été la décision de l’Organisation mondiale du commerce de céder au chantage des adversaires de la chasse aux phoques et de l’interdire à des fins humanitaires. Le côté commercial de cette organisation vouée au libre-échange a été totalement ignoré, malgré les solides arguments du gouvernement du Canada, qui avait pris soin d’inclure des citoyens autochtones dans sa délégation puisqu’ils étaient les principales victimes de cette interdiction.

N’oubliez pas que cette mesure est encore en vigueur aujourd’hui dans bon nombre de pays.

Mon engagement en faveur de la cause des chasseurs de phoques m’a obligée à approfondir cette activité commerciale. Je suis allée à Terre-Neuve-Labrador pour suivre un cours de chasse aux phoques organisé par le gouvernement et offert par des vétérinaires. Ensuite, je suis allée au Nunavut participer à une expédition de chasse aux phoques sur la banquise dans la baie Frobisher. Bien emmitouflée dans des vêtements spéciaux avec mes bottes en peau de phoque, je suis donc partie à la chasse une journée où le soleil apparaissait très bas à l’horizon. Je suis partie de 8 heures à 16 heures. C’était en février 2010. On a roulé avec des motoneiges sur une surface glacée très inégale pendant près d’une heure. Une petite tente a été érigée afin de pouvoir s’asseoir de temps à autre sur des peaux d’animaux. Notre chasseur inuit a pris sa minuscule embarcation et l’a mise à la mer dans un hiver de glace bleutée. C’était un paysage absolument extraordinaire.

Une petite tête de phoque est alors sortie de l’eau et le chasseur a abattu le phoque d’un coup de fusil de faible calibre. Une fois revenu sur terre, il a dépecé l’animal et nous a priés de manger un morceau de foie. C’était la première fois que je dégustais de la chair de phoque crue. Ce n’était pas l’euphorie. Toutefois, ultérieurement, j’ai organisé avec mes adjoints, pour mes collègues et des journalistes, un déjeuner au cours duquel on a servi des filets de phoque accompagnés d’une sauce au vin rouge. Cette fois, ce fut un grand succès.

À ce moment-ci, et à la suite de la publication de votre rapport, nous devons nous assurer que la gestion des stocks de poissons, des créatures marines et des phoques devienne une priorité pour la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Mme Diane Lebouthillier, une résidante de la fameuse région des Îles-de-la-Madeleine.

En vue de l’adoption d’une nouvelle politique, il faudrait tenir une campagne de publicité nationale et internationale avec des experts en communication. Cette étape pourrait se faire avec la participation d’une fondation, dont le mandat serait d’appuyer la chasse aux phoques. Nos concitoyens chasseurs de phoques méritent de profiter d’un appui exceptionnel, car ils ont subi de très graves préjudices.

En terminant, j’ai bien hâte de lire votre rapport, et j’espère pouvoir continuer de participer à cet effort collectif en vue de « revamper » la chasse aux phoques et de redonner aux chasseurs leur milieu de vie.

Je vous remercie.

[Traduction]

La vice-présidente : Merci beaucoup.

Monsieur Depontailler, vous souhaitiez faire quelques observations?

[Français]

Maximilien Depontailler, ancien adjoint de l’honorable Céline Hervieux-Payette, à titre personnel : Honorables sénateurs, je vous remercie de votre invitation. Je me réjouis sincèrement de constater que cette question de la chasse aux phoques, qui a été une préoccupation, un défi et un combat pour Mme Hervieux-Payette et moi pendant des années, et ce, quasi quotidiennement, demeure un sujet d’inquiétude, d’analyse et de réflexion pour le comité et le Sénat comme institution.

C’est un sujet qui peut sembler léger, de prime abord, pour un regard extérieur et non avisé, mais il cache une détresse profonde chez les communautés qui vivent du phoque et avec le phoque, y compris les communautés autochtones. Ce sujet cache aussi un sentiment d’injustice et, parfois, le désespoir d’un David qui se sent bien seul à combattre Goliath.

C’est un sujet qui contient aussi un joyau, un mode de vie, un entrepreneuriat connecté à son écosystème qui pourrait être un modèle d’avenir. Je reviendrai sur cette question.

Mme Hervieux-Payette l’a évoqué : nous avons pris conscience, chemin faisant, de la puissance des groupes de pression dont l’objectif visait la fermeture des marchés de produits canadiens du phoque pour tuer l’activité, des groupes qui ont, malheureusement, obtenu un certain succès. Ils se revendiquaient de la philosophie antispéciste, qui ne fait pas de différence entre « les animaux humains » et « les animaux non humains », selon leurs termes, et surfaient sur des mouvements végétaliens ou végétariens ainsi que des problématiques environnementales bien réelles.

Ces groupes de pression, par conviction ou par cynisme, ont utilisé le phoque pour des campagnes de communication et de financement et pour appuyer un programme politique. Celui-ci visait à se servir du phoque pour dénoncer l’exploitation des animaux par l’homme, une industrialisation des activités humaines à l’encontre du vivant, une prédation de l’homme sur son environnement, alors même que la chasse aux phoques ne s’inscrit nullement dans ce portrait.

Ces groupes de pression se positionnent comme des défenseurs du bien-être animal et des défenseurs de l’environnement, en jouant sur les émotions sans s’appuyer sur de réelles études sérieuses, avec une certaine vision idéalisée de la nature, une nature autorégulée et une vision pessimiste de l’homme, eu égard à son impact sur son écosystème.

Il nous faut aussi reconnaître les effets dévastateurs des activités humaines contemporaines sur la biodiversité en général. C’est une réalité, à savoir que les rapports des Nations unies de 2019 indiquent qu’un million d’espèces, sur un total estimé à huit millions, sont menacées d’extinction dans le monde. La plupart d’entre elles disparaîtront dans les décennies à venir, et certains chercheurs considèrent que nous serions entrés dans la sixième extinction de masse de l’histoire de notre planète.

Plus près de nous, le Rapport Planète vivante du Canada 2020 du Fonds mondial pour la nature (WWF) indique que, chez nous, les populations d’espèces en péril ont connu un déclin de près de 60 % en moyenne entre 1970 et 2016. Cela comprend les espèces en déclin, dont le phoque du Groenland et le phoque gris ne font pas partie, évidemment.

Le WWF était, à l’époque — je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui —, un partisan de la chasse aux phoques. Il considérait que cette chasse était non cruelle et que le cheptel était en santé.

Notre modèle de développement non soutenable, déconnecté des réalités physiques, des limites planétaires et des impacts sur les autres espèces avec lesquelles nous partageons notre planète et sur leur milieu de vie, a créé un terreau favorable à l’émergence de groupes radicalisés. Les chasseurs de phoques sont, en quelque sorte, les victimes collatérales de cette situation.

Toutefois, il y a de l’espoir. Nous sommes désormais entrés dans une ère de changements profonds sur le plan énergétique, climatique, écologique, technologique et peut-être même économique, en raison d’une transformation du modèle de développement. Cela nous mènera peut-être à repenser nos valeurs, et à revoir l’organisation de nos sociétés.

Dans ce contexte, il est possible de regarder d’un œil nouveau nos communautés, côtières ou autres, qui vivent du phoque. Il faut regarder ces chasseurs de phoque. Leur entrepreneuriat, qui remplit une triple fonction économique, sociale et environnementale, représente également un modèle d’avenir possible; en tout cas, il s’agit d’une source d’inspiration pour une société du XXIe siècle.

Je vous remercie.

[Traduction]

La vice-présidente : Merci beaucoup. J’ai une longue liste de sénateurs qui veulent profiter de votre présence ici aujourd’hui pour vous poser des questions.

Le sénateur Francis : Madame Hervieux-Payette, dans le discours que vous avez prononcé devant le Sénat du Canada, le 16 février 2016, en tant que marraine du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque, vous avez souligné que vous réfutiez deux fausses déclarations faites par des groupes de défense des droits des animaux et des groupes végétariens selon lesquelles les phoques ne sont tués que pour leur peau et qu’il n’y a pas de marché pour les autres produits du phoque.

Selon vous, que pouvons-nous faire pour contrer efficacement ces fausses déclarations au sujet de la chasse au phoque et de l’industrie des produits du phoque au Canada? Le gouvernement du Canada a-t-il un rôle à jouer dans la réfutation des fausses déclarations ou de la désinformation concernant la chasse au phoque et l’industrie des produits du phoque au Canada?

Mme Hervieux-Payette : Merci pour votre question. Oui, le gouvernement du Canada a un rôle à jouer. Je pense que la politique devrait être d’établir le cadre d’une opération très bien organisée pour aller vers les phoques et les exploiter d’une manière décente.

Cependant, le grand problème est qu’il n’y a pas assez de communication avec le reste de la population, qui ne connaît pas la question. Nous pouvons en fait utiliser la peau, la graisse et la viande. Nous pouvons utiliser toutes les parties de l’animal. On ne pourrait être plus durable dans la manière d’utiliser ce que notre planète nous fournit.

Mon voyage au Nunavut m’a donné une bonne raison — et j’ai rencontré beaucoup de gens — de dire que nous devrions avoir une bonne politique qui constituera un bon cadre pour encourager les gens à venir, et pour les aider à créer un réseau. Il faut vendre ces produits et je ne pense pas que les gens qui vivent dans le Nord soient en mesure de transporter le produit presque fini. La question du transport fait également partie du problème. C’est le cas pour la nourriture, et pour tous les articles qui coûtent une fortune. Par conséquent, s’ils ne reçoivent aucune aide... quelle que soit la politique, elle doit prévoir un mécanisme de transport ou subventionner ces produits.

J’estime que ces mesures devraient figurer dans un cadre qui permettrait aux gens de livrer des produits à un endroit situé dans le Nord ou aux Îles-de-la-Madeleine ou à Terre-Neuve, à certains endroits. Il y aurait ensuite une reprise de ce mécanisme pour distribuer le produit fini.

J’estime qu’il y a un avenir, mais chaque acteur jouera un rôle différent. C’est pourquoi j’ai mentionné les municipalités et les provinces, car les petites collectivités devraient être les premières à encourager les chasseurs et à travailler avec eux. Ils pourraient ensuite organiser le transport avec la province, etc. Cette question fait intervenir de nombreux acteurs. Il faudrait un chef d’orchestre, et celui-ci devrait relever du niveau fédéral.

J’ai lu le témoignage de l’ancien employé d’une pêcherie qui a comparu devant votre comité. Je pense qu’ils ont les connaissances nécessaires pour participer à ce travail. Ce que nous n’arrivons pas à faire, au niveau fédéral, c’est mener une campagne qui permette de changer l’état d’esprit des personnes qui s’opposent à la chasse aux phoques. Ils ont beau tenter d’exceller dans ce domaine, nous avons vu ce que les Américains peuvent faire avec les médias. Ils détruisaient toute une culture et toute une activité avec les médias modernes. Aujourd’hui, nous devons utiliser le même outil dans la même mesure.

À la fin de mes observations, j’ai parlé de la création d’une fondation. Si vous m’encouragez, je commencerai à chercher des personnes qui seraient prêtes à créer une fondation pour recueillir les fonds nécessaires à cette campagne. Une bonne campagne coûte au minimum 25 millions de dollars. On peut probablement aller jusqu’à 50 millions de dollars parce qu’on ne s’adresse pas seulement au public canadien. Il faut rétablir la réputation des chasseurs de phoques dans le monde entier, mais surtout dans l’Union européenne. Cette question les rend hystériques. La deuxième ou troisième question que les dirigeants d’autres pays posent à notre premier ministre concerne toujours la chasse aux phoques. Bien sûr, c’est un peu insultant quand on veut discuter de sujets d’intérêt commun et que quelqu’un s’interpose et parle de la chasse aux phoques.

C’est la même chose avec les membres des différents parlements. J’ai eu des discussions avec bien des gens, mais personne ne savait de quoi il parlait. J’ai du respect pour les élus et pour les personnes qui se battent pour des idées, mais je n’ai aucun respect pour les personnes qui continuent de mentir au sujet d’une situation qui constitue en fait un gros handicap pour une bonne partie de notre population. Ces gens ont des espoirs modestes. Je ne pense pas qu’ils veuillent avoir un avion ou être très riches, mais ils peuvent gagner leur vie, et c’est là que je sympathise avec eux.

J’aimerais faire une petite remarque en passant. Nous avons besoin de personnes dans tout le pays. Les gens ignorent que pour rester propriétaire d’une terre, il faut l’occuper. Je ne connais personne à Toronto et à Montréal qui souhaiterait s’installer sur la côte du Nunavut ou dans la région reculée de Terre-Neuve où je me trouvais il y a quelques semaines. Les gens qui vivent dans les grandes villes ne peuvent pas vivre dans ce type de collectivité. Certaines personnes sont heureuses de mener cette activité et d’assumer ce mode de vie. Je pense que nous leur devons de les aider à faire leur travail, à aider leur famille et à fournir au Canada le soutien nécessaire pour qu’il continue de posséder ces territoires éloignés.

Le sénateur Francis : Je vous remercie.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup. Je suis heureuse de vous voir, madame Hervieux-Payette, et vous aussi, monsieur Depontailler. Merci beaucoup pour le travail de défense que vous avez accompli pendant votre mandat à la Chambre et au Sénat et depuis votre départ à la retraite. Vous êtes sans conteste une fervente défenseure de cette cause, et je pense que la façon dont vous avez formulé votre réponse au sénateur Francis était... Il faut bien que quelqu’un défende les chasseurs de phoques, et c’est extrêmement important.

Notre comité s’est rendu à Terre-Neuve-et-Labrador en septembre dernier. Nous avons rencontré des chasseurs de phoques et des fabricants de produits à base d’huile de phoque. Nous avons rencontré des gens qui fabriquent des vêtements et des bijoux. Les fabricants de ces magnifiques vêtements nous ont dit que les bateaux de croisière venaient à St. John’s, mais que les touristes ne pouvaient rien acheter. Les produits sont acceptables au Canada, mais les touristes ne peuvent pas les emmener aux États-Unis, ni vers de nombreux pays européens. C’est regrettable, car si nous cherchons à créer des emplois dans les régions rurales et éloignées, comme vous l’avez mentionné plus tôt, nous devons être conscients que la chasse aux phoques est une carrière très noble.

J’en viens maintenant à ma question. Excusez-moi. Ma question porte sur la désinformation. Vous y avez tous deux fait référence. Vous avez parlé de Paul McCartney et de sa femme qui ont caressé un blanchon, ce qui signifie que la mère phoque a ensuite rejeté son petit. Personne n’a pris la peine de le dire dans les journaux.

Un de mes amis était ministre des Pêches. Le premier jour de l’ouverture de la chasse aux phoques, son chargé des relations publiques est venu le voir pour lui montrer une photo, en première page d’un journal de Boston, d’un phoque ensanglanté, avec du sang de phoque sur la glace. C’était une image incroyable, à une exception près : la chasse aux phoques avait été retardée en raison du brouillard qui régnait dans la région. Je ne sais pas où ils ont obtenu la photo, mais c’était une fausse information. Ils auraient dû être inculpés. Le ministre s’est certainement occupé de la question et a passé des coups de téléphone, mais il s’agissait là d’un domaine de prédilection pour la désinformation.

Vous avez parlé des groupes de défense des animaux. Vous avez abordé ce point dans vos observations préliminaires. Comment faire face à la désinformation? C’est l’un des principaux problèmes auxquels j’ai réfléchi en discutant avec les chasseurs de phoques. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de désinformation dans les journaux, dans les médias. Les histoires sont faciles à vendre quand on montre un blanchon.

Mme Hervieux-Payette : Nous devons créer une organisation dont la seule mission serait de s’assurer que les faits sont exacts. Il n’en existe pas. Je ne saurais vous dire combien d’entrevues j’ai données. Un jour, j’en ai donné 35 avec des journalistes du monde entier. Je leur demandais : pourquoi diffusez-vous de fausses informations? Pourquoi le faites-vous? Quel est l’intérêt? La réponse est qu’il fallait faire dans le sensationnel, comme on le fait pour le reste des nouvelles, en disant que les choses ne sont pas normales, etc. Nous assurons à la population qu’il s’agit d’un mode de vie, que ces personnes sont honnêtes et qu’elles mènent une bonne activité.

J’estime que nous sommes confrontés à quelque chose que nous n’avions pas auparavant, à savoir la présence sur tous les médias sociaux. À l’époque, c’était très limité. Nous pouvions les utiliser, mais à petites doses. Le nombre de clients n’était pas élevé. Aujourd’hui, presque toute la planète est sur les médias sociaux.

Nous avons une ouverture pour diffuser les bonnes informations. Nous devons faire appel à des experts et tirer parti de cette occasion, et quand je dis « experts », je ne parle pas des petites agences qui font la promotion de produits locaux. Il s’agit d’une question à contenu moral. Tous les produits n’ont pas un contenu moral, mais dans le cas de cette activité, ils insistent toujours sur le fait que l’on tue un animal, comme si nous ne tuions pas de bœufs ou de porcs ou tout autre animal que nous consommons. Si nous montrions des images d’abattoirs tous les jours, plusieurs fois par jour, il est probable qu’aucun d’entre nous ne mangerait plus ce type de viande. Ils utilisent simplement un exemple, et cela ne les touche pas parce que la plupart des ennemis ne sont pas touchés.

Notre plus grande victoire à l’époque a été de conserver le soutien des Canadiens, car il s’en est fallu de peu pour que la population canadienne se joigne à ce mouvement et y adhère. Vous souvenez-vous du pourcentage de personnes qui étaient d’accord avec nous? Il était supérieur à 60 %. Si vous n’avez pas le soutien de votre propre population, il est beaucoup plus difficile de lutter. Vous devriez convaincre vos propres citoyens.

L’un des outils auxquels on a rarement recours est l’opposition des Canadiens à la communauté internationale, leur respect pour ces personnes et leur appui pour les chasseurs de phoques. Citez-moi un autre type de travail dans lequel les Canadiens défendent notre façon de faire les choses. C’est le seul domaine où, partout où je suis allée, les gens m’ont dit : « Nous sommes avec vous ». C’est un bon point de départ qui pourrait nous permettre de changer les choses.

L’Organisation mondiale du commerce a invoqué des motifs humanitaires pour ne pas accorder au Canada la liberté d’exporter et de vendre ces produits. C’est la réponse la plus ridicule que nous ayons jamais entendue. Cela n’a rien à voir. Ils n’ont jamais invoqué ce motif pour quoi que ce soit d’autre. Ils ont simplement décidé, sous la pression des grands acteurs de cette organisation, qu’ils devaient trouver un moyen de bloquer le Canada. Le Canada a fait du bon travail, mais notre stratégie de communication n’était pas assez robuste pour lutter contre toute cette mauvaise presse.

Nous voulons aujourd’hui faire bouger les choses. Je sais que vous allez produire un rapport très bien articulé et très favorable, mais le problème est que si nous ne vendons pas ces produits aux Américains, aux Mexicains, à l’Union européenne et ainsi de suite, nous nous retrouvons avec un marché sans aucun client.

C’est pourquoi j’ai l’intention d’aller rencontrer la ministre. Je sais qu’elle lira votre rapport avec beaucoup d’attention et qu’elle vous appuiera sans réserve.

Nous devons avoir quelqu’un au sein du Cabinet qui soit vraiment prêt à mener ce combat. Nous essaierons de trouver des personnes qui organiseront la communication. Celle-ci doit être très robuste. Nous ne pouvons pas raconter une belle petite histoire à l’eau de rose. Nous devons exposer les faits et dire aux gens qu’ils s’en prennent à notre peuple autochtone. Tous ces gens qui ont la larme à l’œil. C’est ce qui se passe. Je me suis dit : « Attendez, c’est un mode de vie qui est pratiqué de manière tout à fait correcte, et vous leur enlevez la possibilité de gagner leur vie sur leur propre territoire. »

La population du Canada devrait être répartie sur l’ensemble du territoire. Nous ne devrions pas tous vivre dans les grandes villes. J’observe ce qui se passe avec le homard. Cette année, j’ai trouvé qu’on en avait vendu trop aux étrangers, ce qui a fait que le prix était trop élevé dans notre province. C’est la même chose pour les autres produits de la mer. Mais vous n’avez pas parlé de ce que mangent ces phoques. J’aimerais savoir ce que vous en pensez.

La vice-présidente : Je vous remercie.

Le sénateur C. Deacon : Sénatrice, je salue la passion que vous mettez à défendre cette cause. Merci aussi à M. Depontailler.

Je voudrais revenir sur la question de la désinformation. Les campagnes de désinformation sont financées par des groupes qui sont en mesure de délivrer des reçus à des fins fiscales, des reçus dûment autorisés par l’Agence du revenu du Canada. L’une des principales sources de financement de la campagne de désinformation est, en fait, le gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral a accordé à ces organismes le droit de délivrer des reçus à des fins fiscales. Or, les dons reçus, c’est-à-dire l’argent qui finance leurs activités, s’appuient sur de fausses informations.

Je trouve intéressant que l’ancienne ministre de l’Agence du revenu soit aujourd’hui ministre des Pêches et des Océans. J’aimerais vraiment comprendre pourquoi on ne contrôle d’aucune façon les organismes de bienfaisance qui diffusent de fausses informations qui nuisent au Canada et aux Premières Nations. Je pense que si quelqu’un avait la possibilité de changer cela, ce serait la ministre. Nous devrions peut-être modifier nos règles au sujet des organismes de bienfaisance afin d’être en mesure de leur retirer leur statut d’organisme de bienfaisance lorsqu’ils colportent de fausses informations. Surtout en cette ère de désinformation.

Depuis que vous avez pris la parole, vos observations résonnent dans mon esprit : nous faisons partie du problème. En fait, nous leur donnons l’argent nécessaire pour nuire aux Canadiens. Vous êtes-vous penchée sur cette question? Avez-vous des idées à ce sujet? Et, encore une fois, je tiens à vous remercier sincèrement de la passion que vous mettez à défendre cet enjeu, maintenant et depuis si longtemps.

Merci.

Mme Hervieux-Payette : Je n’ai pas le souvenir qu’il s’agissait d’un grand groupe d’organismes canadiens. Nous connaissons surtout l’organisme américain. Lorsque vous avez une population de 300 millions d’habitants et qu’ils sont tous des cœurs saignants, le fait d’envoyer un chèque pour appuyer leur cause, c’est quelque chose qui fait davantage partie de leur culture.

D’après mon expérience de députée de ce côté-ci de la frontière, il faut beaucoup de travail pour amener les Canadiens à faire un chèque. Il n’est pas facile de dire aux gens : si vous appuyez notre cause, nous avons besoin de votre argent. C’est vrai même chez les gens qui ont beaucoup d’argent; parfois ils ne soutiennent pas la cause.

Vous avez assurément raison, c’est quelque chose que nous pourrions commencer, mais la majeure partie de l’argent qui a été dépensé en Europe et ailleurs provenait des États-Unis. Je dirais dans une proportion d’au moins 10 contre 1. Comme vous le dites, nous pourrions éliminer celui-là, et la ministre trouverait probablement cela approprié.

Le sénateur C. Deacon : Le fait est que l’activité dans ces pays est très préjudiciable, mais l’essentiel, c’est que nous modifiions la façon dont ils perçoivent l’industrie dans son ensemble. Cela fait partie de la campagne de lobbying que nous devons mener auprès d’autres États, plus qu’au Canada, c’est certain.

Selon vous, l’argent récolté au Canada ne pèse pas lourd dans la balance. Est-ce exact?

Mme Hervieux-Payette : Eh bien, nous avons moins d’organismes. Il suffit de comparer les arènes politiques. Regardez combien d’argent les Américains donnent aux politiciens par rapport à ce que les Canadiens donnent aux leurs. C’est une culture complètement différente. Ici, dans notre institution démocratique, nous avons décidé qu’il ne fallait pas acheter le pouvoir. Les choses ne se jouent donc pas en fonction de l’argent. Nous avons besoin d’un peu d’argent pour communiquer pendant une campagne électorale, mais on n’achète pas les élections. En ce qui me concerne, ils sont habitués à faire des chèques pour les causes qu’ils appuient.

J’ai fait de la politique pendant 30 ans. Je collectais de l’argent. La plupart des femmes que je connais n’aiment pas collecter de l’argent. Personnellement, cela ne me dérange pas. J’étais probablement une nonne dans ma vie antérieure, alors je n’ai aucun problème à demander de l’argent à n’importe lequel de mes amis; mon taux de réussite est assez bon.

Cela dit, la question est la suivante : nous parlons de grosses sommes d’argent, et même si nous créons une fondation pour soutenir cette cause, cela ne se fera pas par l’intermédiaire d’une personne, mais par celui d’une grande entreprise ou du propriétaire d’une grande entreprise. Si nous voulons réussir, j’estime qu’il faudra un budget de 25 à 50 millions de dollars, et pas sur 10 ans, mais sur deux ans au maximum. Nous devons frapper vite et fort, et ne négliger aucun aspect des choses, car ils ne nous laisseront aucune chance.

Vous comprenez ce que j’essaie de dire?

M. Depontailler : Oui.

Le sénateur C. Deacon : Je voudrais vraiment mettre l’accent sur la campagne de désinformation. La désinformation est vraiment le nœud problème. Il y a ceux qui induisent intentionnellement en erreur et ceux qui sont induits en erreur. Nous devons mettre un terme à la désinformation intentionnelle et nous attacher la contribution des services extérieurs pour nous aider à cerner ceux à qui nous devons nous adresser à l’étranger. Il faut faire en sorte que les États comprennent le mal qui est fait — les dommages à l’écosystème, les dommages aux collectivités — à tous les échelons.

Mme Hervieux-Payette : Nous n’avons pas l’air très civilisés en montrant que nous permettons aux gens de frapper et de blesser. Bien sûr, je sais qu’il y a des phoques qui pèsent plus de mille livres. Les petits que nous chassons au Nunavut sont à peu près gros comme ça, mais ils sont féroces. Ils ne peuvent pas être utilisés comme animaux de compagnie, car ils sont très agressifs. Si vous tentez d’en approcher un, il cherchera à vous mordre et vous ne pourrez pas vous en faire un ami.

En ce qui me concerne, je dirai simplement que la désinformation concerne aussi de la méconnaissance des phoques en tant qu’animaux, et pas seulement la chasse.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Petten : Je me fais l’écho des commentaires de mon collègue : j’adore votre passion. C’est formidable.

Je viens de la collectivité de Port de Grave. Vous vous souvenez probablement d’un de vos collègues, l’honorable John Efford. Il s’intéressait beaucoup aux phoques. Je viens de la même collectivité que lui.

Cela fait partie de ma vie de côtoyer les chasseurs, de pêcher et, bien sûr, nous avons eu l’occasion, lors de notre voyage à Terre-Neuve, de visiter l’usine de transformation de Corino, à Dildo. Bien que j’aie participé à la pêche des fruits de mer durant toute ma vie active, c’était la première fois que je visitais cette usine. C’était très professionnel. Ils envisageaient aussi la production d’huile de phoque. Ils étudient toutes les utilisations possibles du phoque. Ce jour-là, dans le cadre de notre discussion, nous avons également entendu des pêcheurs parler des populations de phoques.

Bien sûr, l’une des choses particulièrement tristes que nous entendons — et c’est une grande préoccupation, en particulier dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador — concerne les quantités de morues que les phoques mangent et la difficulté de reconstituer les stocks. Vous en avez parlé tout à l’heure. Même selon Pêches et Océans Canada, on estime que les différents phoques mangent entre 1,5 et 6,4 kilogrammes de poissons mélangés par jour. Bien sûr, la population compte environ 12 millions de phoques, ce qui est fait beaucoup de phoques à gérer pour l’écosystème dont vous avez parlé.

L’une des préoccupations que nous avons entendues, c’est que nous sommes allés au large des côtés, là où ont croisé des navires de chasse au phoque. Nous avons tous entendu parler des désastres d’Elliston; nous avons visité le monument de la chasse au phoque d’Elliston. Ensuite, nous avons opté pour des bateaux plus grands. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de chasseurs qui veulent sortir. Même si nous avons une population de phoques qui pourrait être chassée et dont nous pourrions tirer de grands avantages économiques, les obstacles liés aux coûts — notamment la question des assurances, qui est l’un des principaux problèmes — font en sorte qu’il n’est pas financièrement possible pour ces chasseurs potentiels de sortir pour récolter les produits. C’est une partie du problème que nous voyons pour l’avenir. Même si ce marché s’est développé à partir de certains de ces petits opérateurs qui ont réussi à faire beaucoup de choses, ils n’ont pas assez d’équipement pour mener à bien ce qu’ils se sont engagés à faire, même auprès de leurs clients.

C’est un problème. Comment essayer d’inciter les pêcheurs à continuer à pêcher? Nous sommes confrontés à un problème de taille, qui ne fait qu’empirer. Cela fait tellement longtemps que l’on attend, c’est presque comme s’ils avaient abandonné, ce qui est dommage parce qu’il y a là une occasion à saisir.

J’aimerais vous entendre là-dessus.

Mme Hervieux-Payette : J’ai l’impression qu’à l’heure actuelle, nous devrions faire un sprint pour nous assurer que cela continue parce que, pour ces populations, c’est presque terminé. Ma question est de savoir quels types d’emplois ils vont occuper, car ils ne travailleront pas dans d’autres domaines. Les 100 000 dollars de franchise qu’ils doivent payer pour le premier dommage subi par leur bateau anéantissent tout ce qu’ils font dans l’année.

La sénatrice Petten : C’est exact.

Mme Hervieux-Payette : Cela n’a aucun sens. C’est une question à laquelle la ministre devrait s’attaquer. Comment pouvons-nous les protéger et leur laisser une franchise de, disons, 25 000 $. Ils seraient en mesure d’assumer un montant semblable. En revanche, si la franchise est plus élevée, cela détruira l’industrie. Il faut s’attaquer aux problèmes les uns après les autres.

La question de la disparition de la morue... Je mets un point d’honneur à n’acheter que de la morue en provenance du Canada. M. Depontailler le sait. Il en a mangé hier. Je dois dire que c’est un problème qui a été abordé, mais il est bon de dire dans l’arène publique que nous devons reconstituer les stocks. Cependant, lorsque vous avez une machine qui les mange plus vite que vous ne pouvez les attraper, c’est un problème. Le phoque gris est particulièrement problématique. Il mange des tonnes de poissons. Si vous mettez tout cela ensemble, c’est une guerre qui ne pourra pas être gagnée par un maintien du statu quo. Nous devons organiser la riposte sous l’eau, c’est-à-dire améliorer les rapports de force entre la morue et le phoque.

À l’époque, la taille des populations de phoques était évaluée à partir de photos aériennes. On nous a dit que ce n’était pas la méthode la plus précise, mais aujourd’hui, les méthodes sont beaucoup plus efficaces. Était-ce 8 000 il y a 12 ans? Le chiffre le plus récent...

La sénatrice Petten : C’est environ [difficultés techniques]. Le ministère des Pêches et des Océans estime que c’est entre 1,5 et 6,4 kilogrammes de poissons mélangés par jour.

Mme Hervieux-Payette : Je dirais que le nuage qui plane sur cette question de la pêche est que nous n’avons pas de mesure exacte. Tout d’abord, il ne s’agit pas d’ingénierie et de ne jamais avoir le bon acier, capable de supporter le bon poids. Nous avons affaire à des organismes vivants — qui sont autonomes — et nous ne contrôlons pas l’ensemble de la population. Nous pouvons évaluer au meilleur de nos capacités le nombre de poissons et de phoques, mais si c’est moins 5, moins 10 ou moins 20, cela fait-il une grande différence? Lorsque nous évoquons le nombre d’individus, c’est dans les milliers.

Avec les moyens appropriés, nous pouvons contrôler la population. En même temps, que doit faire le gouvernement pour s’assurer que ces gens pourront tenir entre maintenant et le moment où la situation sera rétablie? Il devra soutenir l’industrie pendant un certain temps. Il ne faut pas les mettre dans une situation où le gouvernement n’est pas en mesure de contrôler la situation. Je n’en veux pas au gouvernement. Je me dis simplement qu’il s’agit d’un phénomène très nouveau. Cela ne s’est pas vu dans beaucoup d’autres secteurs — peut-être que c’est quelque chose que vous avez vu, mais pas moi — que toute la communauté internationale s’en prenne à un groupe de travailleurs autonomes. Maintenant, nous allons faire ce qu’il faut pour rétablir la vérité, pour leur donner cette possibilité, et pour organiser du niveau local au niveau national, comment le produit va circuler tout en ouvrant les portes d’autres marchés.

C’est une grande responsabilité pour la ministre des Pêches et des Océans, car il ne suffit pas de faire un pas, il faut en faire plusieurs dans de nombreuses directions. C’est pour cette raison que je dis que les provinces doivent également intervenir localement. Nous n’avons pas une personne du ministère des Pêches et des Océans dans chaque petite ville où l’on collecte 50 phoques par an — cela n’a pas de sens, mais au niveau local, si ces personnes travaillent bien, l’économie locale se portera mieux.

Le sénateur Ravalia : Merci beaucoup d’être si passionnée pour cette cause. Avec le recul, quels ont été, selon vous, les résultats ou les effets les plus importants de l’instauration de la Journée nationale des produits du phoque au Canada, tant sur le plan de la préservation culturelle, dont vous avez parlé, que sur le plan du développement économique?

Mme Hervieux-Payette : La raison pour laquelle nous avons lancé le concept d’une journée nationale, c’était de souligner le fait que ce petit groupe de travailleurs — le plus modeste au pays — a vu sa réputation détruite sur la scène internationale. Donnons-leur un peu d’espoir et consacrons-leur une journée en mai. En même temps, il faut savoir que ce jour-là, c’est aussi le jour où l’Union européenne célèbre sa journée de la mer. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi cette date, car nous sommes sur la défensive relativement à cette question. Je pourrais vous parler de tous les péchés que les Européens commettent sur nos côtes et des massacres qu’ils commettent en Méditerranée. Il y a aussi tous les autres pays qui contribuent à enfreindre nos propres lois et qui ne respectent pas la distance qu’ils peuvent parcourir pour pêcher le poisson. De nombreux étrangers nous volent notre poisson. Je sais que nous ne pouvons pas avoir un bateau canadien à côté d’un bateau étranger — nous le savons. Toutefois, il faudrait parfois rappeler à ces personnes vertueuses que les nôtres ont le droit d’exercer leur propre activité. Ils ne respectent pas nos droits. Pour moi, il s’agit donc d’être fier de cette activité, de ne pas faire l’autruche et de ne pas dire que nous ne voulons pas en entendre parler. Au contraire, nous voulons célébrer ceux qui s’y adonnent et les défendre.

Le sénateur Ravalia : De toute évidence, vous envisagez une campagne mondiale qui ciblerait ceux qui ont été à l’origine de cette désinformation.

Des pays comme l’Islande et la Norvège — des pays avec une géographie semblable à la nôtre — ont réussi à contrôler les populations de phoques. Pourrions-nous tirer des leçons de ce que ces pays ont fait et obtenir les mêmes résultats au Canada?

Mme Hervieux-Payette : Nous pourrons aborder le cas de la Norvège, mais pour le moment, je peux vous dire qu’au Danemark, les pêcheurs éliminent les phoques gris en les brûlant.

Le comité a étudié les populations de phoques gris. Le phoque gris est un animal dangereux et agressif qui tend à envahir les plages, de sorte que les gens ne peuvent plus s’y rendre. Par ailleurs, même sa peau couverte de cicatrices est très peu utilisable.

Il est important de rappeler qu’il existe plusieurs espèces de phoques. Il est souvent question des petits phoques, mais ce sont les gros qui causent le plus de dégâts. À l’époque où je siégeais au comité, j’ai préconisé l’élimination de quelque 70 000 phoques gris, car ces populations représentent une nuisance considérable pour les côtes des provinces de l’Est.

Vous avez cité d’autres pays, et je pense que nous aurions avantage à nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Il faut également tenir compte de la taille de ces pays, et du degré de contrôle qu’ils sont en mesure d’exercer sur leurs populations de phoques. M. Depontailler en sait peut-être davantage sur le sujet.

M. Depontailler : Je n’en sais malheureusement pas plus. Vous avez raison de dire que les chasseurs danois ont tendance à tuer les phoques et à se débarrasser de leurs carcasses. Toutefois, ce n’est pas ainsi que nous devrions procéder au Canada.

Mme Hervieux-Payette : Nous nous sommes renseignés sur le sujet. Le Danemark est un pays de très petite taille, et ne comprend pas beaucoup de zones dangereuses, et peu de belles plages où les gens peuvent se rendre. Par ailleurs, les phoques ne sont pas capables d’escalader les formations de rochers. Enfin, en ce qui concerne la Norvège, n’oublions pas que ce pays ne fait pas partie de l’Union européenne.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Une question m’est venue à l’esprit en écoutant les commentaires de mes collègues. Nous sommes très reconnaissants de pouvoir bénéficier de votre expérience exceptionnelle sur ce sujet.

J’aimerais connaître votre point de vue sur ces enjeux. Il existe une Journée internationale d’action contre la chasse au phoque, et nous avons été témoins de problèmes liés à la position des États-Unis et de l’Union européenne sur les produits dérivés du phoque. Il semble constamment y avoir des réactions négatives lorsque l’accent est mis sur la chasse. Lorsque le comité a choisi de se pencher sur ce dossier, nous espérions qu’en concentrant notre étude sur la destruction causée par la population de phoques à l’environnement général et plus particulièrement aux stocks de poissons de la côte Est, nous aurions une meilleure chance de lutter contre la désinformation massive au sujet de la chasse au phoque.

Êtes-vous d’avis que nous devons concentrer nos efforts sur les dommages environnementaux causés par les populations de phoques? La chasse aux phoques fait bien entendu partie de la solution à cette problématique, ainsi que l’utilisation du produit que vous avez décrit. Pensez-vous qu’il serait avantageux d’exploiter l’angle environnemental?

Mme Hervieux-Payette : Je crois que nous devons présenter un portrait d’ensemble de la situation au Canada. Les phoques mangent trop de poissons et empêchent le rétablissement des stocks, qu’il s’agisse de la morue, du crabe, du homard ou de l’anguille. D’ailleurs, je ne leur ai toujours pas pardonné d’avoir dévoré mes homards.

Des discussions auront probablement lieu avec le ministère au sujet des nombreuses fermes piscicoles sur la côte Est. Les fonctionnaires du ministère disposent sans doute de renseignements utiles sur le sujet. Par exemple, de quelle manière s’organisent-ils pour empêcher les phoques d’envahir nos zones de pêche restreintes? Je sais que les phoques sont capables de capturer des poissons toutes les cinq minutes dans ces zones en raison de l’abondance des stocks.

J’imagine que cette situation constitue un problème considérable pour les exploitants de fermes piscicoles, et cela m’inquiète. Je me demande également si nous accordons suffisamment d’importance à la qualité des poissons d’élevage qui finissent par se retrouver dans nos assiettes. Je préfère bien entendu consommer du saumon sauvage, mais je comprends qu’il n’est plus facile d’en retrouver dans les supermarchés de nos jours.

Toute activité marine se répercute sur d’autres activités, car il s’agit du même écosystème. Beaucoup de gens s’opposent à la commercialisation des produits du phoque, et savent que les phoques se nourrissent entre autres de homards. À Paris et dans les autres capitales européennes, il y a des semaines où des restaurants font fortune en proposant du homard canadien. Ils profitent donc de certains produits, sans se douter que les phoques nuisent également à d’autres de leurs produits.

[Français]

M. Depontailler : Je pense qu’on essaie de valoriser, avec raison, les produits du phoque. On peut essayer de faire un pas de côté et de valoriser le type d’entrepreneuriat — je l’ai exprimé brièvement dans mon introduction — qui est mené par ces communautés.

Je vais m’expliquer rapidement. Le monde change et on s’intéresse de plus en plus à la façon de mieux se nourrir, d’avoir une souveraineté alimentaire, de consommer des produits locaux, de réduire nos chaînes d’approvisionnement et d’être en harmonie avec l’écosystème dans lequel nous vivons.

Ces communautés qui chassent le phoque semblent remplir ces critères. Il y a une promotion de ces modes de vie. Il y a une volonté au sein des institutions internationales, comme le Forum économique mondial, l’OCDE et les Nations unies, de promouvoir d’autres valeurs économiques au sein de nos sociétés. Je pense qu’on peut essayer de capitaliser sur ce que sont ces communautés et sur la façon dont elles fonctionnent. Je pense que nous pouvons reconnecter notre imaginaire, nous les urbains, avec ce qu’ils font et valoriser le fait que cela remplit un certain nombre de valeurs et de critères qui sont peut-être ceux des sociétés de demain et que l’on voudrait voir émerger davantage.

Il faut donc valoriser les produits du phoque et mener une campagne pour les produits du phoque. Il faut essayer de contrecarrer les campagnes de désinformation, mais il faut aussi faire un pas de côté et valoriser une vie communautaire en relation avec son écosystème qui associe la profitabilité économique, la durabilité environnementale et l’aspect social, puisque l’on fait vivre des communautés par l’entremise de cette activité.

[Traduction]

La vice-présidente : Merci beaucoup.

Le sénateur C. Deacon : Madame la sénatrice, monsieur Depontailler, je souhaite que le comité puisse profiter de votre expertise et de vos conseils sur ce sujet. J’ai mentionné tout à l’heure, sur la base de vos réponses tout à fait pertinentes, que le corps diplomatique canadien a un rôle à jouer. En effet, nos diplomates peuvent permettre au Canada de collaborer avec différents pays afin de trouver des solutions aux incidents de désinformation qui ont eu lieu. Nous pourrions par exemple établir un partenariat avec l’Allemagne, qui a souvent su fait preuve d’une appréciation considérable à l’égard des communautés autochtones au Canada. D’autres pays membres de l’Union européenne pourraient alors emboîter le pas.

Le Canada doit penser en matière de stratégie. Nous devons évaluer les outils dont nous disposons et cerner les domaines dans lesquels nous avons des chances d’accomplir des progrès. Nous devons déterminer quelles sont les règles qui s’appliquent à ces organismes de bienfaisance qui diffuse de fausses informations, et leur faire comprendre le genre de dommages qu’ils causent.

Selon votre expérience, quels sont les leviers individuels qui pourraient s’avérer les plus efficaces?

Mme Hervieux-Payette : Je peux m’entretenir avec plusieurs ambassadeurs à la retraite que je connais et qui ont participé à des rencontres de haut niveau à l’échelle internationale. La plupart d’entre eux se sont découragés de la situation, car ils ne disposaient pas des outils nécessaires pour répondre aux critiques qui leur étaient adressées. Les gens ne pensaient pas que ceux qui se trouvaient sur place devaient être les premiers à rectifier les cas de désinformation.

Je pense également que les députés canadiens qui se déplacent à l’étranger dans le cadre de travaux parlementaires peuvent faire partie de la solution. Je dirais que la plupart des députés européens ont été très fortement influencés par ces cas de désinformation, et en voulaient au Canada.

Les Allemands ont la réputation d’être sereins et bien informés. Eh bien, lors de la rencontre entre le premier ministre canadien et le chancelier allemand, il a tout de suite été question de la problématique liée aux phoques. Il faut comprendre que nous avons affaire à l’un des pays les plus puissants d’Europe, et que le premier élément à l’ordre du jour pour le chancelier allemand, c’était la question des phoques. Pourquoi? Parce que tous les députés qui ont participé à la campagne étaient convaincus qu’ils étaient en train de causer un grave préjudice.

À l’époque où je présidais une association consacrée au libre-échange avec l’Amérique du Sud, je ne comprenais pas pourquoi le Mexique avait décidé d’adopter une motion pour s’opposer à l’importation de produits dérivés du phoque. Le Canada avait pourtant conclu un accord de libre-échange avec ce pays, et nous avions des discussions avec ses représentants sur une base hebdomadaire.

L’association que je présidais avait fait parvenir aux parlementaires mexicains un ensemble de renseignements et de documents scientifiques concernant les bienfaits de la chasse au phoque pour l’environnement et l’écosystème, mais il n’y avait rien à faire. La campagne de désinformation avait fait son œuvre en Amérique du Sud, et tout le monde était catégoriquement opposé à la chasse au phoque. Quand je parle de campagne de désinformation, c’est parce qu’il ne s’agit pas de quelque chose de mineur; bien au contraire, la grande majorité des parlementaires des pays qui avaient décidé d’interdire la chasse au phoque étaient persuadés de rendre un grand service à l’humanité, rien de moins. Par conséquent, nous devons pratiquement repartir à zéro pour rétablir la crédibilité de notre position par rapport à cet enjeu.

Je me suis souvent penché sur les enjeux liés aux peuples autochtones pour rétablir la légitimité de la chasse au phoque. J’ai rappelé à mes interlocuteurs sceptiques qu’il s’agissait d’une pratique ancestrale pratiquée depuis des siècles par plusieurs communautés autochtones. J’ai essayé de leur faire réaliser qu’il n’était pas logique ni moral de s’attaquer frontalement au mode de vie traditionnel de ces peuples.

Bref, la pente risque d’être longue à remonter.

Le sénateur C. Deacon : D’accord, donc si je résume vos propos, nous devons utiliser tous les leviers dont nous disposons, notamment les groupes interparlementaires, les corps diplomatiques, et les recours juridiques.

Envisagez-vous d’autres leviers d’action? Comme notre président, je suis d’avis que le Canada doit aborder cet enjeu sous l’angle de la destruction des écosystèmes qu’occasionne ce genre de campagnes de désinformation sur la chasse au phoque.

Je pense qu’il faut élaborer une stratégie et bien choisir nos moyens, nos outils. Avez-vous d’autres suggestions? J’admets n’avoir jamais pensé au rôle que pourraient jouer les groupes interparlementaires, mais je pense qu’il s’agit d’une brillante idée.

Mme Hervieux-Payette : En même temps, je pense que le ministère dispose de tous les renseignements nécessaires pour préparer un document qui résumerait clairement notre position par rapport à cet enjeu. En effet, puisque plusieurs parlementaires canadiens seront amenés à discuter avec leurs homologues dans d’autres pays, il est important de s’entendre au préalable sur une position commune. Ce document devrait être rédigé a minima dans les deux langues officielles, et contenir des images. Nous devons fournir des chiffres précis et dresser un portrait global des activités économiques liées à l’océan que mène le Canada; où, quand, qui, comment, pourquoi, et ainsi de suite.

Ce document pourra ainsi constituer un outil de base mis à la disposition des députés, des sénateurs et de leur personnel, de sorte qu’il ne leur sera plus nécessaire de partir à zéro.

À l’époque, j’essayais tant mieux que mal de faire valoir mon point de vue et de lutter contre la désinformation, mais je ne possédais pas les outils nécessaires pour étayer mes arguments. Cette situation est donc appelée à changer.

Le sénateur C. Deacon : Merci beaucoup.

La sénatrice Petten : Suite à votre présentation, j’en suis venue à me demander si la campagne d’information que vous envisagez de mener ne risque pas d’entretenir des sentiments négatifs. En essayant de combattre la désinformation propagée par certains groupes de défense des droits des animaux, ne risquez-vous pas paradoxalement de leur fournir des motifs supplémentaires de continuer de sévir?

Mme Hervieux-Payette : Pour ce volet, je pense m’en remettre à l’avis de mon spécialiste des communications. En effet, les experts en communications sont beaucoup plus habiles que moi pour se servir des nouveaux médias. En général, ils envoient des messages courts, ce qui permet d’attirer l’attention d’un grand nombre de personnes.

Après le dépôt de votre rapport, la ministre pourra nous fournir un aperçu de son échéancier et des mesures que compte prendre son ministère. Nous pourrons ainsi rester sur la même longueur d’onde.

La stratégie de communication du ministère devra être placée dans son contexte. À mon avis, il faut éviter de diffuser des renseignements à la pièce, mais plutôt adopter une approche globale et arrimer la communication aux politiques.

Sinon, je suis d’accord avec vous : nous risquons de soulever plus de questions que d’apporter des réponses tangibles. Je dirais que pour un individu normalement constitué doté d’une intelligence moyenne, notre message ne sera pas si compliqué à comprendre. Le député moyen sera en mesure de bien saisir nos propos, peu importe qu’il vive à Mexico, Berlin ou Paris. Si nous n’entamons pas cette nécessaire campagne d’information, qui d’autre le fera à notre place?

Nous allons examiner la manière dont d’autres pays interagissent avec leurs propres communautés autochtones. Je pense par exemple à tout ce qui s’est passé récemment en Nouvelle-Zélande, et j’ai plutôt l’impression que le gouvernement néo-zélandais ne s’est pas doté d’une bonne firme de communications.

M. Depontailler : En développant les bons outils, je pense que nous serons en mesure de mener des campagnes d’information à la fois efficaces et positives.

[Français]

Je vais revenir sur ce que Mme Hervieux-Payette a dit dans son introduction, à savoir que nous avions organisé un repas de phoque au restaurant parlementaire en 2010. Cela n’avait jamais été fait auparavant. Il n’y avait jamais eu de viande de phoque au Parlement du Canada. Cela a eu un impact incroyable à l’échelle internationale et beaucoup de succès sur la Colline.

À la question de savoir si cela allait se poursuivre, le chef du restaurant parlementaire a répondu que cela dépendrait de la demande. Si on demandait de la viande de phoque, autrement dit si les députés ou les sénateurs en demandaient, il en servirait peut-être.

Chaque institution a sa politique d’approvisionnement de biens et de services. La question est de savoir si on peut avoir un approvisionnement qui appuie les communautés, en l’occurrence celles qui chassent le phoque, pour faire en sorte que cette pratique soit davantage soutenue à l’échelle nationale, pas seulement sur la Colline du Parlement, mais au-delà, en mettant en œuvre des moyens pour favoriser l’achat des produits de ces communautés.

On peut aussi travailler sur le plan des communications en faisant connaître aux gens les origines de cet animal, d’où il vient et sa reconnexion. J’insiste beaucoup là-dessus, parce qu’on ne sait plus ce que l’on achète. On ne sait plus ce que l’on mange. On ne sait plus d’où vient tout cela. On ne voit plus l’animal, on ne voit plus comment il meurt. On a perdu ce lien. Je pense qu’il est fondamental de retrouver ce lien si on veut abandonner les mythes que ces organisations ont créés et soutenir ces communautés.

Mme Hervieux-Payette : J’aimerais ajouter un commentaire. Dans la région de Verdun, à Montréal, des gens des Îles-de-la-Madeleine ont un restaurant qui sert de la viande de phoque. Aux Îles-de-la-Madeleine, des restaurants servent du phoque. À Montréal, on peut manger du phoque tous les jours dans des restaurants dont les propriétaires viennent des Îles-de-la-Madeleine.

Ici, on avait conclu une entente avec le chef du restaurant parlementaire. Si on lui donnait un préavis, il s’assurerait d’avoir de la viande de phoque. Lorsqu’on recevait des gens de l’Angleterre, on appelait le chef. On lui demandait de préparer un repas avec de la viande de phoque. Évidemment, on ne le mentionnait pas à nos invités. Sachez une chose : je n’ai jamais dit aux gens de l’Angleterre qu’ils allaient manger du phoque pour déjeuner. Je leur ai dit après le repas, pas avant. Je pense que c’était la seule façon de briser le mythe.

[Traduction]

C’était tout simplement délicieux. Et comme le chef avait fait cuire le filet mignon en partie au four à 150 degrés pendant plusieurs heures, nous n’avions même pas besoin de nous servir d’un couteau. Le filet mignon était accompagné d’une sauce, de beurre et de vin, et personne ne s’est plaint.

Nous devons poser des gestes concrets que les gens peuvent observer eux-mêmes, et dont ils peuvent directement bénéficier. Nous pourrions envoyer cette recette de phoque à nos ambassades dans le monde entier et inviter des gens à un banquet le 27 mai.

La vice-présidente : Je tiens à vous remercier tous les deux. Vous avez sans doute remarqué que nous vous avons accordé un peu plus de temps de parole que ce qui était prévu. En effet, les renseignements que vous nous avez fournis sont particulièrement pertinents pour notre étude. Notre objectif est triple : corriger la manière dont les gens partout dans le monde perçoivent la chasse au phoque, soutenir l’industrie canadienne du phoque, et prendre des mesures pour aider l’environnement. Votre témoignage aujourd’hui nous a été fort utile à l’atteinte de ces trois objectifs.

Je tiens à vous remercier une nouvelle fois d’avoir pris le temps de participer à cette séance. Comme je l’ai dit, nous avons l’habitude de respecter un échéancier très serré, mais nous vous avons accordé plus de temps de parole tant votre expertise et vos conseils nous sont utiles. Sur ce, je vais devoir lever la séance. Je vous remercie.

(La séance est levée.)

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