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POFO - Comité permanent

Pêches et océans


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PÊCHES ET DES OCÉANS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 23 novembre 2023

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd’hui, à 9 h 2 (HE), avec vidéoconférence, afin d’examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

La sénatrice Bev Busson (vice-présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La vice-présidente : Bonjour, je m’appelle Bev Busson, sénatrice de la Colombie-Britannique, et j’ai le plaisir de présider la réunion. Aujourd’hui, nous tenons une réunion du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Si des difficultés techniques devaient survenir, surtout concernant l’interprétation, je vous prie de bien vouloir les signaler à la présidence ou à la greffière, et nous travaillerons à régler le problème.

Avant de commencer, j’aimerais prendre quelques instants pour permettre aux membres du comité de se présenter, en commençant par le sénateur qui se trouve immédiatement à ma gauche.

Le sénateur C. Deacon : Bonjour. Colin Deacon, de la Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Petten : Bonjour. Iris Petten, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Francis : Brian Francis, d’Epekwitk, soit l’Île‑du-Prince-Édouard.

La sénatrice Ataullahjan : Salma Ataullahjan, de l’Ontario.

Le sénateur Ravalia : Bonjour et bienvenue. Mohamed Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.

La vice-présidente : Le 4 octobre 2022, le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans a été autorisé à examiner en vue d’en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

Aujourd’hui, nous avons ce mandat, et le comité entendra les témoins suivants de notre premier groupe : David Kunuk, sous‑ministre, ministère du Développement économique et du Transport, gouvernement du Nunavut; et Zoya Martin, directrice des pêches et de la chasse au phoque, ministère du Développement économique et du Transport, gouvernement du Nunavut.

Au nom des membres du comité, je tiens à vous remercier d’être ici aujourd’hui et je vous souhaite la bienvenue à la réunion. Je crois comprendre que M. Kunuk et Mme Martin présenteront une déclaration liminaire. Après votre exposé, les membres du comité auront quelques questions auxquelles vous pourrez répondre. Merci beaucoup. La parole est à vous.

David Kunuk, sous-ministre, ministère du Développement économique et du Transport, gouvernement du Nunavut : Merci. Je suis heureux d’être ici et je vous remercie de l’invitation. Je suis ravi de vous rencontrer tous. Je vous en suis reconnaissant. Nous allons alterner, alors je vous demande de faire preuve de patience. Je vais commencer.

Les phoques et la chasse au phoque font partie intégrante du Nunavut, des Inuits et des Nunavutois. Nous souhaitons attirer aujourd’hui votre attention sur des questions, des difficultés et des obstacles auxquels les Inuits et les Nunavutois font face concernant les phoques et la chasse au phoque tout en vous démontrant la relation approfondie qui repose sur un respect profond. Selon ce que nous comprenons, le rôle du comité est d’examiner comment les populations de phoques du Canada ont été gérées jusqu’ici, comment la gestion devrait se passer dans l’avenir et en quoi consistent la recherche et les priorités de recherche. Nous aimerions vous faire part de commentaires et de points de vue sur chaque sujet. Enfin, nous conclurons en présentant un aperçu de nos préoccupations et de nos réflexions au sujet des prochaines étapes. Nous souhaitons être clairs : il existe diverses espèces de phoques au Nunavut, les phoques annelés et les phoques du Groenland étant les plus courants, mais aussi les phoques barbus et les phoques à capuchon.

Zoya Martin, directrice des pêches et de la chasse au phoque, ministère du Développement économique et du Transport, gouvernement du Nunavut : En ce qui concerne la façon dont les populations de phoques sont actuellement gérées, le système de gestion actuel des phoques au Nunavut est inexistant pour ce qui est de tout plan de gestion ou plan officiel de Pêches et Océans Canada, ou MPO. Les Inuits continuent de gérer leurs récoltes en fonction des valeurs sociétales inuites — Inuit Qaujimajatuqangit, ou IQ — et dans les collectivités, les discussions à ce sujet ont lieu en fonction des besoins, mais à notre connaissance, il n’y a pas d’investissement fédéral officiel et global dans la gestion des phoques au Nunavut. Il n’existe pas de plan de gestion intégrée des pêches, ou PGIP, auquel nous pourrions nous référer.

C’est une préoccupation, parce que les phoques et la chasse au phoque ont été un sujet politique important pendant des dizaines d’années. Ces espèces sont fondamentalement importantes pour les Inuits, et le MPO a peu investi pour assurer la santé des populations et la durabilité de la ressource. Ce rôle a été assumé essentiellement par les Inuits et les Nunavutois dans le territoire, mais il s’agit toujours d’une autorité mandatée par le gouvernement fédéral.

Le Nunavut ne connaît pas les mêmes tendances de surpopulation de phoques que l’on a constatées dans d’autres parties du Canada et de l’Europe, parce que nos activités de chasse se sont poursuivies à des fins de subsistance. Cela a permis de maintenir un écosystème équilibré en gardant les humains dans l’équation. Lorsque vous retirez de l’écosystème un prédateur de niveau trophique supérieur comme l’être humain, celui-ci devient déséquilibré. Cet équilibre est compris et respecté par les Inuits et il a été le fondement de la gestion des ressources des Inuits pendant des siècles. Puisque Pêches et Océans Canada s’efforce d’adopter une approche écosystémique à l’égard de la gestion des ressources, nous restons optimistes quant aux plans futurs de gestion des phoques, qui s’inspireront des méthodes holistiques des Inuits.

Nous aimerions reconnaître que l’absence de plans de gestion et d’investissements par le MPO pour cette espèce a été une grave préoccupation, à un point tel que le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, ou COSEPAC, a suggéré l’inscription du phoque annelé dans la Loi sur les espèces en péril, ou LEP, en tant que préoccupation spéciale pour veiller à ce que l’on commence à surveiller l’espèce.

Nous faisons valoir et maintenons la position qu’il s’agit d’un usage inapproprié de la LEP et que cela causerait des dommages importants aux Inuits si l’espèce était répertoriée. L’inscription du phoque annelé au titre de la LEP représenterait un retour en arrière à l’année 2009, moment où l’Union européenne, ou UE, a promulgué sa dernière interdiction visant les produits du phoque. On comprend mal la différence entre les deux types d’inscriptions, et cela créerait d’autres obstacles à l’accès aux marchés. Une espèce aussi importante que le phoque annelé ou le phoque du Groenland ne devrait pas avoir besoin d’être inscrite en vertu de la LEP pour attirer l’attention et les investissements nécessaires à la recherche obligatoire sur l’évaluation des stocks et à la planification subséquente de la cogestion.

Nous pensons que la gestion future des phoques au Nunavut doit être dirigée par les Inuits et les collectivités, qu’elle doit respecter l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, tout en faisant appel aux ressources, aux capacités et aux compétences du MPO; c’est l’esprit de la cogestion. À l’heure actuelle, les Inuits s’inquiètent non pas de la santé des populations de phoques, mais des changements dans la répartition et les migrations ont été observés. Les pêcheurs et les aînés inuits détiennent énormément de connaissances, et la politique et la pratique doivent permettre d’inclure ces connaissances dans les plans de gestion des ressources. Les plans de gestion des ressources s’appuient souvent uniquement sur les données scientifiques, et nous préconisons que la politique et la pratique fassent une place à d’autres systèmes de connaissances, en plus de la science et, le cas échéant, les privilégient à la science.

La vice-présidente : Je suis désolée, vous n’avez pas terminé. Mes excuses. Veuillez continuer.

M. Kunuk : On peut dire qu’il y a eu peu d’investissements dans les phoques et la recherche sur les phoques dans notre territoire au cours des deux dernières décennies. La majeure partie de nos recherches prend la forme de projets d’étudiants diplômés, mais à notre connaissance, le MPO n’a pas investi suffisamment dans les études d’évaluation des stocks de phoques au Nunavut. Des recherches liées aux politiques ont porté sur les répercussions de l’interdiction de la chasse au phoque sur les Inuits et les peuples autochtones. Des recherches ont été menées sur les parasites et les contaminants chez les phoques. Un projet de recherche a porté sur les populations de phoques du Nunavut du point de vue de l’évaluation des stocks. Autrement, les données scientifiques sur les populations de phoques du Nunavut sont vieilles et datent de 50 ans.

Des études sur l’IQ ont été réalisées, et des ateliers ont été organisés pour documenter les connaissances riches et holistiques des aînés et des chasseurs inuits, mais ces renseignements n’ont pas été reconnus ou utilisés de manière concrète par les gestionnaires des ressources.

Pour offrir aux Canadiens et aux Nunavutois le meilleur environnement marin possible, il est impératif que nous investissions dans la recherche sur les phoques, tant dans la science que dans le savoir inuit. Comment peut-on prendre des décisions concernant une espèce si l’on ne dispose pas des données scientifiques et que l’on n’utilise pas les connaissances des Inuits?

Nous voulons prendre un moment pour nous prononcer sur les répercussions que les décisions au sujet des phoques et de la chasse au phoque ont sur les Nunavutois et les Inuits. Nous ne prenons pas nos activités de défense des droits à la légère. Nous sommes profondément reconnaissants d’être ici aujourd’hui.

Comme nous l’avons mentionné, les phoques et la chasse au phoque font partie de la vie et de la culture au Nunavut, que l’on soit Inuit ou non. Les Nunavutois savent que les phoques sont d’une importance vitale pour nos collectivités. Les phoques apportent aux Nunavutois un moyen de subsistance, de la nourriture riche en vitamines et en minéraux, des peaux et des fourrures qui nous gardent au chaud dans des conditions extrêmes, des débouchés économiques liés à la vente des produits après la récolte et le lien avec la culture et les traditions inuites qui remontent à plusieurs siècles.

L’interdiction visant les produits du phoque en provenance des États-Unis, de l’Union européenne et maintenant du Royaume-Uni attire l’attention du monde entier sur les Inuits et leur lien avec la pratique de la chasse au phoque. Cela s’est accompagné de commentaires remplis de faits erronés et de honte à l’égard de ceux qui poursuivent cette pratique et sont fiers de porter des peaux de phoque.

Dans les années 1980, lorsque l’interdiction originale a commencé, il y a eu d’énormes répercussions économiques pour les Inuits. Les gens pouvaient survivre avec une partie des revenus des peaux de phoque. L’interdiction a entraîné l’apparition de l’insécurité alimentaire. La situation n’a cessé de s’aggraver au fil du temps.

Mme Martin : Encore aujourd’hui, même si l’Union européenne et le Royaume-Uni reconnaissent les droits des Inuits à la chasse et au commerce au moyen de dérogations et malgré la reconnaissance des droits des Autochtones dans le cadre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, ou DNUDPA — et la réponse du gouvernement du Canada —, il y a de profondes blessures, des conséquences négatives et un préjudice continu en ce qui concerne le manque de soutien national relativement à la chasse au phoque.

Le manque d’investissement du gouvernement canadien pour protéger les Inuits contre ces interdictions était inacceptable; il se poursuit aujourd’hui avec le peu d’intérêt ou de compréhension de la part des fonctionnaires et du public concernant les conséquences de ces interdictions sur les Inuits et les Autochtones qu’ils sont censés représenter.

Le gouvernement du Nunavut est l’un de trois organismes reconnus par l’Union européenne et le Royaume-Uni. Grâce à ces positions, nous avons essayé de l’aider et de travailler pour corriger les erreurs et les conséquences négatives profondes que les interdictions de la chasse au phoque ont eues sur les Inuits et sur le marché des sous-produits du phoque.

Nous voulons être clairs. Les interdictions doivent être révoquées. Elles doivent être remplacées par des règlements adéquats permettant une commercialisation appropriée des produits.

Soyons clairs : le Canada et l’Union européenne n’en ont pas fait suffisamment, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne, pour éduquer les gens au sujet des dérogations, et cela va à l’encontre de la déclaration conjointe, signée par le Canada et l’Union européenne en août 2014, selon laquelle les deux entités appuient la commercialisation des produits du phoque chassés par les Autochtones.

En conclusion, nous voulions mettre de l’avant quelques points.

Il est nécessaire d’investir réellement et efficacement dans une campagne éducative au Canada et dans le monde entier afin de corriger la désinformation et les mensonges sur la chasse au phoque. Cela serait conforme à l’engagement pris par le gouvernement dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation.

Cette éducation doit s’étendre à la culture et aux pratiques des Inuits et des Autochtones à l’égard des phoques et de la chasse au phoque et les respecter. Nous pensons, à titre d’idée, à des publicités nationales comme les « Minutes du patrimoine », qui pourraient constituer un pas important vers l’éducation du public. De plus, ce sujet doit être ajouté au programme pour que nous puissions commencer à éduquer les jeunes générations. Il faut arrêter de se taire.

Il faut aussi investir de façon importante et appropriée dans les études scientifiques adéquates sur les populations de phoques au Nunavut. Il y a un précédent pour ce genre d’investissement — le plan de gestion du narval — ainsi qu’un important investissement récent dans les zones de protection marines.

Nous soutenons que les phoques et la chasse au phoque ont besoin du même investissement et le méritent, et qu’ils ont été un sujet d’actualité brûlant pendant assez longtemps sans que l’on y consacre suffisamment d’efforts.

Il est également nécessaire d’investir massivement afin d’inclure l’Inuit Qaujimajatuqangit, ou le savoir traditionnel inuit, et d’autres systèmes de connaissances, outre la science, dans les décisions relatives à la gestion des ressources.

Enfin, il faut disposer des ressources et des capacités nécessaires pour travailler à la création d’un plan de cogestion des phoques du Nunavut, et ce, dans un délai ambitieux de un à deux ans.

D’après notre expérience, les fonctionnaires travaillant sur les dossiers de la chasse au phoque d’Affaires mondiales Canada, du MPO, de l’Agence canadienne de développement économique du Nord, ou CanNor, et d’autres ministères concernés auraient intérêt à être mieux informés au sujet des dossiers canadiens sur le phoque.

Il devrait y avoir un groupe de travail national qui s’engage à se réunir souvent, car il s’agit d’un problème que nous avons en commun, d’un océan à l’autre.

Cela est particulièrement important pour tout fonctionnaire qui travaille sur des dossiers internationaux concernant les interdictions de chasse au phoque. Nous constatons que leur information est peut-être un peu lacunaire lorsque nous abordons le sujet.

M. Kunuk : Le MPO doit examiner des inscriptions en vertu de la LEP proposées par le COSEPAC pour répondre aux lacunes suivantes : premièrement, les règlements de la LEP ont-ils le pouvoir réel d’apporter des changements en fonction des impacts d’origine anthropique; deuxièmement, les renseignements inclus sont-ils suffisamment récents pour constituer une représentation significative des stocks; troisièmement, le savoir autochtone pertinent a-t-il été inclus conformément aux règlements?

Si l’un de ces critères n’est pas respecté, les rapports doivent être renvoyés au COSEPAC, et les lacunes, comblées. Nous espérons, grâce à ce comité et à l’occasion qui nous est offerte de prendre la parole aujourd’hui, que la voix du Nunavut sera entendue, que nos arguments et nos préoccupations seront reconnus et que nous serons perçus comme un partenaire à part entière et actif pour aider à trouver des solutions.

Nous sommes prêts à investir et à collaborer pour soutenir nos phoques et l’économie durable qui en découle. Qujannamiik.

La vice-présidente : Merci à vous deux. J’ai une liste de sénateurs impatients de vous poser des questions.

Le sénateur Francis : Encore une fois, bonjour. Merci d’être ici. Vos remarques liminaires ont été très instructives et détaillées, je vous remercie.

À l’heure actuelle, le Nunavut a-t-il des programmes d’investissement ou des subventions pour aider à développer de nouveaux produits ou marchés axés sur le phoque? Si oui, quels sont ces programmes ou subventions, depuis combien de temps sont-ils en vigueur et dans quelle mesure sont-ils utilisés?

Dans l’affirmative, cela a-t-il contribué à faire face aux nombreuses répercussions négatives de l’interdiction européenne? Dans la négative, seriez-vous d’accord pour que des fonds soient prévus à ces fins?

Mme Martin : Merci. Oui, nous avons des subventions et des contributions d’un montant total d’environ 175 000 $ par année, pouvant aller jusqu’à 200 000 $ par année, au titre desquelles les Nunavutois peuvent présenter une demande.

Il s’agit d’un programme de contributions. Il est censé y avoir un investissement de la part du demandeur — une sorte d’investissement de sa part également — afin qu’il puisse accéder au financement. C’est lié à une grande diversité de sujets prévus dans l’enveloppe réservée à la chasse au phoque.

Nous avons réussi, dans le passé, à obtenir un financement fédéral grâce au Programme de certification et d’accès aux marchés des produits du phoque, ou PCAMPP. Cela a facilité la création de certains règlements et produits que nous devions mettre en place, conformément à l’interdiction de l’Union européenne.

En tant qu’organisme reconnu, nous devions créer un système de traçabilité, un code QR. Nous avons investi dans certaines campagnes à Bruxelles et en Europe pour tenter d’y développer le marché.

Surtout depuis la COVID, nous avons veillé à ce que l’économie de la chasse au phoque au Nunavut soit soutenue d’abord au Nunavut. Ensuite, nous élargirons nos activités au Canada.

Nous avons intérêt à rebâtir le marché de l’Union européenne. Mais tant qu’il n’y aura pas d’éducation concernant les exemptions ou dérogations, les obstacles resteront importants. Aucune des deux parties ne peut dire s’il existe un marché ou non, car lorsque les gens entendent le mot « interdiction », ils arrêtent ensuite d’écouter. Personne n’écoute les exemptions ou dérogations.

Le sénateur Francis : Merci de votre réponse, madame Martin.

Monsieur Kunuk, avez-vous des idées à formuler à ce sujet?

M. Kunuk : Non, je pense qu’elle a bien couvert la question.

Le sénateur Francis : D’accord. Merci à vous deux.

La sénatrice Petten : Je veux simplement m’assurer de bien comprendre, car parfois, lorsque nous parlons de phoques — phoques annelés, phoques du Groenland ou autres phoques —, il y a tellement d’espèces de phoques que je voulais simplement m’assurer de quelles espèces spécifiques de phoques nous parlons.

Mme Martin : Au Nunavut, le phoque traditionnellement préféré est le phoque annelé, mais nous avons d’importantes populations de phoques du Groenland et de phoques annelés. Nous avons de petites populations de phoques à capuchon, barbus et autres, mais les principales espèces récoltées sont d’abord les phoques annelés et ensuite les phoques du Groenland.

La sénatrice Petten : Merci.

Je veux juste poursuivre dans la même veine. Vous avez mentionné que vous n’avez aucune gestion imposée par le MPO, alors — simplement pour avoir une idée de la taille — je me demande si vous pouvez nous présenter la situation dans son contexte : combien de phoques sont capturés chaque année? Avez-vous une idée de l’ampleur des prises? J’essaie d’avoir une idée de l’ampleur et du problème. Est-ce un problème avec d’autres espèces et quels sont les effets, entre autres, sur votre omble chevalier, et tout cela également? J’essaie simplement de comprendre.

Mme Martin : Si je comprends bien votre question, vous vous demandez quelle est la nécessité d’un plan de gestion ou quelles sont les préoccupations?

La sénatrice Petten : Combien en capturez-vous? S’agit-il de 100 000 ou 20 000 phoques? Combien de phoques sont retirés du système? En avez-vous une idée?

Mme Martin : Nous connaissons certains chiffres. Nous savons combien de phoques sont vendus dans le cadre du programme Dressed Ringed Sealskins que nous gérons concernant les peaux apprêtées de phoques annelés. À titre d’exemple, nous avons 1 collectivité sur 25 où la chasse au phoque est plus importante, soit Pangnirtung. Ses membres vendent actuellement 800 peaux par an dans le cadre du programme. Cette année, sur l’ensemble du territoire, notre programme a reçu environ 1 500 peaux. Ce chiffre ne représente qu’une fraction du nombre de phoques capturés. Les peaux sont vendues dans le cadre du programme parce que les pêcheurs ou les familles ont pris la décision de les vendre pour des raisons économiques et de ne pas les utiliser à des fins traditionnelles.

Quant à la nourriture, elle est consommée par les familles. Au‑delà de cela, à ma connaissance, il n’y a pas beaucoup de suivi des aliments de subsistance pour une seule espèce, mais nous pourrions probablement assurer un suivi à cet égard, si vous le souhaitez.

La sénatrice Petten : Oui. Je me demandais simplement si vous aviez une surabondance de phoques.

Mme Martin : Non, nous n’avons pas une telle surabondance, car nous n’avons pas arrêté la chasse. Il s’agit toujours d’une importante source de nourriture de subsistance dans nos collectivités.

La sénatrice Petten : Merci. Je vais intervenir au deuxième tour.

Le sénateur Ravalia : Merci beaucoup de vos remarques perspicaces. J’applaudis et respecte vos traditions et les espèces qui vous entourent.

Je viens de la côte Nord-Est de Terre-Neuve-et-Labrador, où se trouve une population de phoques en plein essor qui a un impact considérable sur l’écosystème. Comme vous, nous avons du mal avec les données scientifiques parce que nous avons l’impression que la collaboration avec le MPO est, au mieux, minimale et, parfois, très inexacte.

Le gouvernement du Nunavut collabore-t-il avec d’autres provinces et territoires canadiens pour relever certains des défis et profiter des possibilités que vous avez en commun?

Sur le plan international, compte tenu de votre proximité avec le Groenland et de la richesse des relations entre les Inuits de votre territoire et ceux du Groenland, existe-t-il des possibilités de dialogue et des débouchés commerciaux potentiels?

M. Kunuk : Notre réponse comportera deux parties, et nous interviendrons tous les deux.

Nous avons un protocole d’entente avec Terre-Neuve-et-Labrador; nous renforçons donc cette relation. Les phoques sont l’un des sujets abordés dans le domaine de la pêche et qui font l’objet d’un groupe de travail que nous essayons de créer. Nous avons entamé le dialogue. En fait, nous avons rencontré des représentants de Terre-Neuve mardi lors d’une réunion d’une journée entière portant sur nos priorités. Nous voyons une convergence.

Nous avons également un protocole d’entente avec le Groenland, mais comme il n’y a pas de vols commerciaux réguliers, il est plus difficile d’avoir une relation active, mais nous entretenons une relation. Nous avons effectué une mission commerciale l’année dernière. Nous essayons de poursuivre sur notre lancée cette année.

Je cède la parole à Mme Martin afin qu’elle en dise un peu plus à ce sujet.

Mme Martin : Nous travaillons avec le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest en tant qu’autre organisme reconnu dans le cadre des listes d’exemptions ou de dérogations de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Ensuite, nous siégeons au groupe de travail national du Réseau des phoques et de la chasse au phoque en tant que représentants du territoire. Nous avons également participé à un groupe de travail sur le phoque de l’Atlantique.

Nous essayons d’établir des relations partout dans le monde en matière de chasse au phoque.

Le sénateur Ravalia : Dans ces relations, voyez-vous une possibilité de voies communes et de collaborations de manière à persuader le gouvernement et d’autres organismes de comprendre votre point de vue?

Mme Martin : Je crois que nous commençons à y arriver, oui. Des comités comme celui-ci commencent à montrer que le gouvernement fédéral souhaite reconnaître ce que nous pourrions vouloir dire ou partager, ainsi que des problèmes qui devraient être réglés dans le dossier des phoques. Sur la scène internationale en particulier, nous sommes plus forts lorsque nous discutons avec les Territoires du Nord-Ouest et le Groenland. Nous avons adopté cette méthode pour les discussions de l’Union européenne et du Royaume-Uni concernant les exemptions ou dérogations. Cela a été très utile.

Le sénateur Ravalia : Il serait très utile pour notre comité si, à un moment donné, vous pouviez nous envoyer un mémoire écrit concernant l’avancement de certaines de ces négociations, les points litigieux et les domaines dans lesquels vous pensez qu’il se passe des choses. Certains de ces points sont très importants afin que nous puissions finir par les intégrer dans notre étude. Merci beaucoup.

La sénatrice Ataullahjan : Bonjour et bienvenue. C’est un plaisir de vous revoir, monsieur Kunuk.

J’ai pris des notes pendant que vous parliez. Ce qui me saute aux yeux, c’est que « les fonctionnaires seraient mieux servis s’ils étaient mieux informés ». Pourquoi pensez-vous qu’ils font fi... j’essaie de trouver une manière polie de dire les choses; parfois je ne suis pas très polie. À quoi tient le manque d’intérêt? À quoi est-il attribuable? Ne sont-ils pas préoccupés? Si l’information est là, une partie de leur travail consiste à être mieux informés.

M. Kunuk : Cela s’explique en partie par le fait que le Canada est très grand. Lorsqu’il y a un intérêt différent pour les phoques sur la côte Est... nos réalités sont différentes dans le Nord. Ils examinent la surpopulation du point de vue de Terre-Neuve par rapport à nous, alors que nous chassons pour assurer notre subsistance, donc il n’y a pas de surpopulation. Je pense que c’est de l’ignorance, de mon point de vue.

Mme Martin pourrait ajouter quelque chose.

Mme Martin : Je vais donner un exemple à deux endroits.

Je ne pense pas que cela tienne jamais à un désintérêt ou au manque de vouloir savoir. Voici quelques exemples concrets : lorsque nous nous présentons à l’Union européenne en tant qu’organisme représentatif, Affaires mondiales Canada est à nos côtés. L’une des choses que nous avons entendues à plusieurs reprises de la part de l’Union européenne, c’est que la chasse au phoque n’est jamais soulevée comme un problème lors des discussions bilatérales. Il y a assez souvent des changements au sein d’Affaires mondiales Canada, et, dans les dossiers internationaux, les fonctionnaires ne connaissent pas aussi bien les répercussions que peuvent avoir ces interdictions sur les Inuits et les groupes autochtones au Canada ou simplement en général sur l’économie de la chasse au phoque au Canada.

Autre exemple : l’année dernière, le MPO a fait de gros efforts pour déterminer quelle orientation pourrait prendre la commercialisation des phoques pour le MPO et quel rôle lui reviendrait. D’après notre expérience, le MPO a souvent joué la carte d’un simple organisme de réglementation et rien d’autre, mais personne ne défend réellement la pêche ou la chasse au phoque au Canada.

Nous ne voyons pas Agriculture et Agroalimentaire Canada intervenir comme il le ferait dans le cas d’autres protéines. Il n’existe vraiment aucun organisme fédéral qui défend les économies nationales liées à la chasse au phoque. Le MPO se considère parfois davantage comme un organisme de réglementation que comme un défenseur de l’économie.

La sénatrice Ataullahjan : Je crois que cela fait partie du problème. L’industrie de la chasse aux phoques est l’une des plus anciennes. Il y a tellement de potentiel.

Pour faire suite à cela, ma prochaine question est la suivante : pensez-vous que le gouvernement fédéral en fait suffisamment pour représenter l’industrie de la chasse aux phoques? J’ai noté la question, et vous y avez répondu en quelque sorte.

Dans le cadre de négociations commerciales, il peut en faire une partie de ses négociations commerciales, mais d’après ce que je comprends et j’entends, c’est rarement discuté.

Mme Martin : C’est notre expérience, oui, exactement.

La sénatrice Ataullahjan : Merci.

Le sénateur C. Deacon : Je vous remercie, monsieur le sous-ministre Kunuk et madame Martin. Vos témoignages sont très puissants et utiles.

Je voulais parler de la base de preuves et de la manière dont nous envisageons disposer des éléments de preuve permettant de mieux gérer l’écosystème d’une manière qui est durable selon les pratiques traditionnelles et l’écologie traditionnelle qui est maintenant affectée. Nous avons entendu parler des phoques du Groenland qui seraient une espèce envahissante qui cause des dommages si l’on ne gère pas cette espèce dans son habitat naturel; elle se déplace vers le nord et cause des perturbations. La nécessité d’avoir des éléments de preuve pour soutenir des actions est très importante.

Or, il y a quelques semaines, nous avons entendu un témoignage très fort de la part de Steven Lonsdale. Nous l’avons questionné sur l’utilisation du savoir autochtone comme fondement des efforts de recherche, et il a déclaré :

… à l’heure actuelle, c’est ce que j’appelle une bonne chose à faire. Si vous êtes chercheur, c’est bien de les utiliser… Ce n’est pas une obligation, cependant, et elles peuvent facilement être réfutées, par exemple, par une autre étude scientifique. Tout se fait en vase clos, de sorte qu’il n’y a pas d’effort coordonné pour pouvoir utiliser les connaissances traditionnelles.

Il décrit, selon moi, un problème très sérieux qui nuit aux progrès. Pouvez-vous nous indiquer ce qui est nécessaire pour effectuer un meilleur travail? Avez-vous une pratique exemplaire à suggérer pour les études et les efforts scientifiques afin qu’ils utilisent mieux le savoir traditionnel pour nous donner un fondement encore meilleur de ce qui se passe et ce qui peut être fait? Je cherche une pratique exemplaire.

M. Kunuk : Il est bon d’entendre cela comme question parce que les Inuits chassent le phoque toute l’année. Ils voient la population augmenter et diminuer. Dans certaines zones, il y a des épaulards, alors ils se déplacent dans d’autres zones entre autres choses.

En ce qui concerne la recherche, si les scientifiques utilisent les données provenant des Inuits, en particulier — et pas seulement pour deux semaines dans toute l’année —, je pense que s’il y a une relation de recherche continue avec les Inuits... les Inuits sont sur le terrain; ils chassent les phoques. Il pourrait y avoir un savoir scientifique/Inuit beaucoup plus solide d’intégré. Les scientifiques ont simplement besoin de préciser sur quelle partie de la chasse ils souhaitent en savoir plus, qu’il s’agisse d’échantillons de la viande, des chiffres de la population, et cetera. Les Inuits sont déjà là.

Alors, les connaissances pourraient être facilement comblées s’ils travaillaient ensemble.

Mme Martin : J’ai été formée, en fait, en tant que biologiste d’évaluation des stocks. J’ai eu le plaisir d’avoir été formée en science et ensuite d’avoir bénéficié d’une formation en Inuit Quajimajatuqangit quand j’ai choisi de vivre au Nunavut. Si les chercheurs le désirent, il existe une relation symbiotique et agréable entre les détails de la science et la vision holistique de l’Inuit Quajimajatuqangit.

L’une des choses les plus utiles qui pourraient se produire, ce serait de réellement demander aux personnes qui détiennent le savoir inuit de préciser de quelle manière elles souhaitent que leur savoir soit respecté et pris en considération dans les plans de gestion des ressources. Pour chaque stock, cela peut être différent. Cela nécessite du travail et des efforts, mais si l’on respecte la manière dont les Inuits souhaitent inclure ces informations — comme l’a dit M. Kunuk, en construisant cette relation pendant la collecte de données toute l’année, et non lors de petits moments isolés dans le temps —, je pense que nous commencerons réellement à ajouter une vision holistique. Il existe deux différentes manières de penser, de voir et d’enquêter sur le monde. La science est tellement exacte et veut seulement parler d’une chose, et cette chose n’est pas liée à l’Inuit Quajimajatuqangit ou à tout système de savoir autochtone.

Alors, c’est très difficile pour vos chercheurs de faire abstraction de leur formation, de sorte qu’il est difficile de les pousser à savoir qu’il existe d’autres systèmes de connaissances. Il s’agit de permettre aux gestionnaires de ressources de voir dans le savoir traditionnel une force équivalente à celle de la science.

Il est rassurant de s’appuyer sur un chiffre en science. Les gestionnaires de ressources hésitent à prendre une décision s’ils ne sont pas à l’aise avec les centres de savoir traditionnels.

Une certaine éducation destinée aux deux parties, les gestionnaires de ressources et les scientifiques, serait utile pour faire avancer les choses. C’est une longue réponse.

Le sénateur C. Deacon : Y a-t-il une étude scientifique qui pourrait être exacte dans votre esprit qui ne suit pas ce que vous recommandez? Je ne crois pas le voir, mais je veux simplement obtenir... parce qu’il s’agit de moments isolés; il ne s’agit pas d’un film. Il n’y a aucun contexte.

Mme Martin : La science donne toujours une petite fraction d’une image.

Le sénateur C. Deacon : Un pixel par rapport à une image complète.

Mme Martin : Oui.

Le sénateur C. Deacon : Constatez-vous la moindre preuve que le MPO a suivi les pratiques qui respectent cela? Cela vous met dans une position difficile. Si vous ne voyez aucune preuve, cela ne veut pas dire qu’il n’y en existe pas. Mais avez-vous vu une preuve de cela?

Mme Martin : Eh bien...

Le sénateur C. Deacon : Je crois que j’ai ma réponse.

Mme Martin : Non, non. Je crois que les efforts déployés dans le plan de gestion intégrée de la pêche au narval pour le Nunavut quand [difficultés techniques] a grandement chuté après l’interdiction des défenses de narval; les gestionnaires de ressources ont en fait utilisé l’Inuit Quajimajatuqangit plus que la science pour prendre leurs décisions en matière de gestion. Cela s’est transformé en un quota, ce qui n’est pas souhaitable, mais c’était probablement fait pour corriger une situation très difficile en fait en collaboration dans un esprit de cogestion.

Selon mon expérience — et M. Kunuk pourrait avoir un exemple différent —, c’est probablement l’un des meilleurs exemples qui s’est produit récemment, soit la fusion des deux mondes que sont l’obligation fédérale d’établir des plans de gestion et l’esprit de cogestion inuit en matière de gestion des ressources.

Le sénateur C. Deacon : Alors, il y a des éléments des pratiques exemplaires, mais ce n’est pas l’intégralité de la chose.

Mme Martin : Non, ce n’est pas l’intégralité, non.

Le sénateur C. Deacon : Entendu. Merci beaucoup.

La sénatrice Cordy : Mes questions sont complémentaires à celles du sénateur Deacon. Vous dites qu’il n’y a pas beaucoup de financement — ou je ne suis pas certaine à quel point il y a du financement; vous avez dit qu’il y a un besoin de financement. Peut-être pourriez-vous clarifier si vous disposez d’un peu de financement, de beaucoup ou de rien du tout. Je ne sais pas.

Il est vraiment difficile de prendre des décisions fondées sur la science si vous ne disposez pas d’information et de recherche à jour. Si nous n’obtenons pas la recherche, cela peut être très dommageable pour l’industrie. Si vous cherchez à entrer en communication — et cela devrait être le Canada, il ne devrait pas appartenir à chaque province ou territoire de le faire —, si vous cherchez à lutter contre les interdictions au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans l’Union européenne, vous devez avoir des informations de recherche actualisées.

Je sais que vous l’avez mentionné plus tôt dans vos commentaires, mais je me demandais si vous pourriez approfondir ce sujet et parler de son importance.

Mme Martin : À notre connaissance, j’ai communiqué avec des collègues afin de leur demander quels étaient les programmes d’évaluation des stocks en cours au Nunavut, puisque je n’étais moi-même pas au courant de l’existence de tels programmes. Pour l’essentiel, la chasse aux phoques n’a pas été une priorité pour ce qui était le centre de l’Arctique et ce qui est maintenant la région arctique en matière de recherche. Ils investissent les fonds qu’ils ont dans d’autres stocks.

Le problème tient à des choses comme la demande d’inscription sur la liste des espèces en péril qui est présentée en l’absence d’information; il pourrait être rassurant pour les gestionnaires ou les législateurs d’inscrire l’espèce sur la liste des espèces en péril, mais ils l’inscrivent sur la liste sans disposer d’informations. Nous avons donc constaté, dans la présentation du phoque annelé par le COSEPAC, que les données sur la population datent de plus de 50 ans, c’est-à-dire cinq générations. Ils ont dit que le stock est en bonne santé et qu’il va bien, mais qu’ils veulent quand même l’inscrire sur la liste parce qu’il n’y a pas de suivi. C’était donc leur façon de mettre un pansement sur la situation.

Sans ces investissements, vous avez un autre problème: lorsque vous essayez de commercialiser les phoques ou de parler des phoques au Canada, au Royaume-Uni, en Europe ou aux États-Unis, personne ne veut vous parler parce qu’il s’agit d’une espèce inscrite sur la liste. Personne ne veut faire de commerce ou parler de la durabilité de belles pièces mises sur le marché, des pièces uniques fabriquées à la main, qui sont biodégradables et durables; il ne s’agit pas de plastique. Elles ont été récoltées, fabriquées de manière traditionnelle et représentent des pièces maîtresses qui partagent des traditions et des éléments dans le monde entier. Dès qu’une espèce est inscrite sur la liste, il n’y a pas de plan de gestion ou il y a des préoccupations concernant la moindre information — l’absence d’information est un problème à l’international quand vous regardez des choses comme le commerce des espèces récoltées. Le manque d’informations suppose une absence de conversation ou de volonté d’avoir une conversation au sujet du commerce.

M. Kunuk : Si je peux ajouter quelque chose. Le fait d’être un chasseur est très coûteux. Le prix du carburant a beaucoup augmenté ces dernières années. Même l’équipement est très cher. Avant l’interdiction, les Inuits étaient en mesure de se permettre des moteurs diphasés et d’autres choses du genre grâce aux subventions liées aux ventes qu’ils faisaient. Dans le monde actuel, un bateau coûte facilement 80 000 $. Le carburant pour mon bateau est de 500 $ simplement pour remplir le réservoir, sans compter le carburant de réserve. Cela a un énorme impact sur la capacité de fournir une subvention économique aux chasseurs, et il y a de nombreux chasseurs à temps plein qui tentent toujours de mettre de la nourriture sur la table. Je tenais à le préciser.

La sénatrice Cordy : C’est très utile. Merci beaucoup. Personne ne devrait travailler avec des données qui datent de plus de 50 ans. C’était avant la technologie et les médias sociaux. C’était avant que vous transportiez votre téléphone dans votre poche plutôt que de l’avoir à la maison. Alors, il est tout simplement impossible de tenir des négociations ou des discussions quand les données sont si anciennes.

Pour faire suite à cela, vous avez parlé de la nécessité d’investir dans l’éducation. Je suis totalement et absolument d’accord avec vous parce qu’il y a tellement de désinformation concernant l’industrie de la chasse aux phoques. Vous avez parlé des messages publicitaires nationaux ajoutés au programme dans les écoles, je pense, parce que l’information que vous voyez dans les écoles date probablement de 50 ans. Je me demande de quelle manière vous gérez la désinformation; les informations qui ne sont même pas de la désinformation, mais des informations fausses, sur lesquelles l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis fondent leurs décisions.

Alors, comment régler ce problème, car il s’agit d’un défi énorme. Les gens utilisent des données très anciennes. Ce sont ces données qu’ils lisent et voient, et c’est sur elles qu’ils fondent leurs décisions. Comme se débarrasser de la désinformation? C’est un énorme problème.

M. Kunuk : Le Canada doit intervenir en ce qui concerne la recherche. L’utilisation de données sur l’état actuel constituerait pour une bonne partie de l’information pertinente. Une tribune comme la vôtre aidera également, et les réunions des instances de l’Union européenne auxquelles Mme Martin participe font partie de ce processus. Encore une fois, comme vous l’avez dit, ce sera un énorme défi de convaincre les gens de la vérité parce que la désinformation est là depuis si longtemps.

Mme Martin : Malgré ce défi, je ne crois pas que nous devrions être découragés d’essayer. Je veux dire, cela peut être une situation désespérée, mais nous devons toujours essayer de déployer tous les efforts possibles. Selon moi, il serait utile que le gouvernement fédéral prenne les devants et énonce clairement ce qu’il a mis dans des documents comme la déclaration commune avec l’Union européenne concernant son soutien envers la chasse aux phoques par les Autochtones et l’équilibre des écosystèmes. Je pense qu’il y a de très bons messages à transmettre aux Canadiens. À mesure que les Canadiens apprendront, nous enseignerons au reste du monde.

La sénatrice Cordy : Un autre témoin nous a parlé de la nécessité pour les représentants du gouvernement fédéral de se rendre sur place pour mieux comprendre la situation. Il est facile de prendre des décisions notamment au sujet des interdictions lorsqu’on est assis dans un bureau au centre-ville d’Ottawa. Est‑ce qu’il y a des gens du gouvernement, disons d’Ottawa, qui se rendent au Nunavut, et pas seulement pour y passer quelques heures, mais pour y rester un certain temps afin de voir ce qui se passe réellement?

M. Kunuk : Le MPO est présent au Nunavut, mais il s’agit d’une présence très limitée. Le Nunavut s’étend sur trois fuseaux horaires, et le ministère n’est donc présent qu’à deux ou trois endroits. Il est installé dans les centres régionaux et non pas dans les petites communautés où la chasse est beaucoup plus répandue. Je pense que la sensibilisation n’est pas suffisante, même au sein de l’organisation, mais celle-ci commence à embaucher davantage de personnes autochtones. Je pense que cela contribuera également à l’augmentation du nombre de personnes au Nunavut.

Mme Martin : Les budgets sont serrés, mais la réalité est que voyager au Nunavut coûte cher. Les représentants du gouvernement fédéral nous ont souvent dit qu’il était trop onéreux d’aller au Nunavut. Vous représentez le Nunavut, mais c’est trop cher d’y aller. C’est un commentaire que nous avons entendu à plusieurs reprises.

Beaucoup d’entre eux font tout leur possible, même si ce n’est qu’une fois par an. Nous essayons d’organiser quelques réunions, de travailler avec eux et de faire en sorte que l’investissement pour se rendre dans le Nord en vaille la peine, mais ce serait fantastique si tous ceux qui travaillent sur les dossiers concernant les phoques y allaient. Nous organiserions une chasse. Elle pourrait se tenir sur la glace ou sur l’eau. Même si nous n’attrapons aucun phoque, cela permet de constater l’immensité de la région et ce que signifie réellement la chasse. Il ne s’agit pas d’une ferme, ce que plusieurs personnes du Sud connaissent bien; c’est très différent.

Je pense que ce serait merveilleux. Nous commençons à inviter un grand nombre de nos ministères fédéraux à venir discuter et nous leur montrons à quoi ça ressemble. Malheureusement, les budgets ont tendance à être la raison pour laquelle nous entendons dire qu’ils ne peuvent pas se rendre au Nunavut.

La vice-présidente : Je vous remercie tous les deux. Avant de passer au deuxième tour, j’ai moi-même une question que je vais vous poser. Pendant que vous parliez, je pensais au fait que vous avez d’énormes défis à relever avec le Royaume-Uni et l’Union européenne en ce qui concerne le marketing. Bien sûr, les États-Unis sont un autre endroit où, comme vous l’avez dit, il y a un manque d’information, et ce qui est probablement pire que le manque d’information, c’est la désinformation comme l’ont laissé entendre certains de mes collègues, en particulier la désinformation intentionnelle.

De plus, je me demande si vous aimeriez nous dire ce que vous pensez du fait que même au Canada, où nous parlons tous de soutien mutuel, la DNUDPA et tout cela... comment vous sentez-vous par rapport à la façon dont les fonctionnaires canadiens commercialisent ou poursuivent les marchés même à l’intérieur du Canada et traitent la désinformation entourant la chasse aux phoques? Vous avez mentionné, madame Martin, qu’un certain nombre de peaux de phoque sont acheminées vers le programme, et je me demande s’il arrive que ces peaux soient destinées au marché national ou à d’autres marchés.

Je vous demanderais de présenter un commentaire général sur le marché national du produit et sur l’existence d’un travail proactif réalisé dans ce domaine. Je vous remercie. Un de vous deux peut répondre, ou les deux si vous le souhaitez.

Mme Martin : À des fins de clarté, mon commentaire sur le programme est qu’il s’agit d’un programme géré par le gouvernement du Nunavut pour les Nunavutois. Nous achetons des peaux récoltées au Nunavut, le gouvernement du Nunavut investit pour qu’elles soient tannées commercialement et qu’elles reviennent dans le territoire pour être vendues à un prix raisonnable à nos artisans afin qu’ils aient accès à des peaux à un prix raisonnable. Une peau de phoque tannée commercialement au Nunavut, si elle est achetée sur le marché ordinaire, peut se vendre entre 300 et 500 $, ce qui constitue une contrainte pour beaucoup de personnes qui souhaitent fabriquer des produits à vendre. C’est à ce programme que je faisais référence.

Pour le marché intérieur, nous avons essayé de diverses manières d’entamer ces conversations. Malheureusement, notre division s’est tournée vers le développement économique et les transports dès le début de la pandémie, si bien que nous prenons encore le temps de voyager et de rencontrer les gens. Cependant, nous avons travaillé avec le réseau Phoques et chasse aux phoques pour mettre en place une plateforme nationale où les artistes autochtones, s’ils le souhaitent, peuvent vendre leur produit. Il peut s’agir de produits destinés au marché national, à l’Union européenne ou au Royaume-Uni, car il s’agit de produits que nous pouvons certifier en tant qu’organisme reconnu.

Par ailleurs, nous nous efforçons de trouver des moyens de développer le marché intérieur, d’abord au Nunavut. Les Nunavutois le savent, ils sont fiers et comprennent la valeur d’un produit du phoque, le coût d’une paire de mitaines, pourquoi elle coûte si cher et pourquoi une paire de kamiks traditionnels se vendent à un tel prix. Il y a beaucoup de travail, de la chasse à la mastication, en passant par la couture et bien d’autres choses. C’est pourquoi nous soutenons d’abord le marché traditionnel et le marché intérieur sur notre territoire.

Nous commençons à avoir des conversations en établissant des relations, comme l’a mentionné M. Kunuk, par l’intermédiaire de Terre-Neuve, du Groenland et des autres partenaires, afin de commencer à discuter de ce à quoi ressemble un marché intérieur canadien. L’un des plus grands défis, cependant, est que la campagne s’opposant à la fourrure est si importante et, pourrait-on dire, subtilement ancrée dans la société, en particulier en ce qui concerne la chasse aux phoques, qu’elle constitue un obstacle. Il faut à chaque fois amorcer la conversation en expliquant qu’il s’agit de produits très durables et que la fausse fourrure est un plastique qui n’est pas biodégradable. La vraie fourrure est biodégradable. La vraie fourrure vous apportera de la chaleur. La vraie fourrure a probablement nourri une famille pendant un certain temps. Ce n’est pas le cas de la fausse fourrure. Nous avons ce genre de conversations chaque fois que nous essayons de lancer un marché.

Il y a très peu de place pour la discussion avec les États-Unis, de sorte que la majeure partie de nos efforts internationaux se concentrent actuellement sur le Royaume-Uni. Il est en train d’élaborer sa réglementation et est donc plus ouvert à la discussion avec nous en tant qu’entité reconnue. L’Union européenne est une machine. Elle est importante. Elle a un peu moins de marge de manœuvre pour discuter ou faire preuve de flexibilité en ce qui concerne le développement du marché.

Je sais que vous avez posé une question sur le marché intérieur, mais je me suis lancée sur le marché international.

La vice-présidente : C’était une réponse très instructive. Merci beaucoup.

Monsieur Kunuk, avez-vous quelque chose à ajouter?

M. Kunuk : Il commence à y avoir beaucoup de navires de croisière dans le Nord depuis l’époque précédant la pandémie. Il est très difficile de réaliser de petites ventes de fourrure en raison des réalités. Lorsqu’ils rentrent chez eux, les gens ne sont pas autorisés à transporter de la fourrure. Nous avons là un énorme marché qui pourrait être exploité. Même les petits bibelots qui ne valent pas 500 $, comme un porte-clé en forme de phoque ou autre, pourraient constituer de petits débouchés qui ne sont pas exploités. Il pourrait s’agir de petits débouchés que nous sommes en train de laisser passer.

La vice-présidente : J’ai encore une courte question. Vous devez cogérer avec, comme vous le dites, de nombreux ministères du gouvernement fédéral pour vos initiatives de marketing. Pensez-vous que le gouvernement en fait assez sur la scène tant nationale qu’internationale?

M. Kunuk : Je ne pense pas que le gouvernement en fait assez. Nous avons parlé d’ignorance en raison de l’important roulement de personnel. La publicité n’est pas vraiment rentable pour soutenir les groupes autochtones. Il y a beaucoup de désinformation à cause de la situation à Terre-Neuve, entre autres. Il y a cette combinaison; c’est alambiqué. Il n’y a pas vraiment de bonne publicité.

La vice-présidente : Madame Martin, on dirait que vous êtes impatiente de répondre à cette question.

Mme Martin : Je suis désolée. Lorsqu’il y a un manque d’information, les gens inventent leur propre histoire. Ici, le silence résulte de l’absence d’information ou d’investissement sur le marché national ou international de la part du gouvernement fédéral.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Petten : Vous avez mentionné à plusieurs reprises le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, et j’ai cru comprendre qu’il prévoyait déclarer que le phoque annelé est une espèce en péril en novembre 2019. L’espèce a-t-elle été inscrite sur la liste ou le processus est-il toujours en cours? Le comité consulte-t-il le MPO à ce sujet?

Mme Martin : Il est en train de mener des consultations.

La sénatrice Petten : L’une des raisons pour lesquelles il a dit qu’il fallait l’inscrire sur la liste est que ce petit phoque a besoin de la glace de mer pour se développer. Ma question porte sur le changement climatique. La disparition de la glace de mer menace-t-elle l’habitat des phoques? Vous avez également mentionné les navires de croisière et c’est pourquoi cette question m’est venue à l’esprit.

M. Kunuk : Il est certain que la glace est plus imprévisible. Il est possible qu’il y ait des répercussions, mais en raison du manque de recherche, il est très difficile de le dire. Il y a toujours des phoques. D’une année à l’autre, les conditions météorologiques sont très différentes. Parfois, la glace ne se forme pas aussi rapidement qu’avant ou fond plus tôt. Les bébés phoques ont encore le temps de grandir dans leur gîte, ce qui fait que les répercussions ne sont pas encore très importantes.

Les changements climatiques finiront par avoir des répercussions. Nous observons des tempêtes plus fortes en provenance de Terre-Neuve. Nous ressentons la fin des tempêtes, mais pas autant que Terre-Neuve ou la côte Est.

Le sénateur Ravalia : [Difficultés techniques]

M. Kunuk : Oui, mais je suis convaincu qu’il y a des répercussions.

Mme Martin : En raison du manque de recherche, nous avons entendu dire qu’il y avait des mouvements dans la distribution, mais cela ne signifie pas qu’il y a une diminution de la population. Il serait naturel que l’écosystème change. Les animaux vont réagir et se déplacer vers des habitats qui leur conviennent. Pour nous, cela signifie probablement que nos phoques annelés vont se déplacer plus au nord.

Une chose que nous voudrions soulever avec ce commentaire du COSEPAC, c’est que, à notre connaissance, la Loi sur les espèces en péril n’a aucune emprise sur le changement climatique. L’inscription de l’espèce sur la liste constituerait un préjudice pour les Inuits, pour qui ce serait sans doute un règlement qui n’a pas la capacité d’entraîner des changements et d’apporter une aide si un problème est constaté.

Il faudrait trouver une autre solution si les changements climatiques ont des répercussions sur les phoques aujourd’hui. Il faudrait alors que les recherches et les connaissances des Inuits soient incluses dans le plan de gestion des ressources des Inuits et que nous trouvions le moyen de procéder à un changement. Ce n’est pas en inscrivant une espèce sur une liste qu’on arrêtera subitement le changement climatique.

La sénatrice Petten : Vous avez mentionné à plusieurs reprises que le MPO n’intervient pas. Avez-vous des idées des personnes avec lesquelles vous pourriez collaborer au sein du gouvernement fédéral pour vous aider dans cette recherche?

Mme Martin : Pour la gestion des ressources?

La sénatrice Petten : Oui.

Mme Martin : Comme l’espèce fait l’objet d’un mandat, dans le cadre de l’évaluation des stocks par le MPO, des chercheurs du MPO mènent des recherches sur les mammifères marins au Nunavut. Ce serait une option.

Il y a tout de même au Nunavut plusieurs professeurs d’université qui font un peu de recherche sur les phoques. La plupart s’intéressent surtout à la santé des phoques, par exemple en lien avec les parasites, ou aux effets de la consommation de viande de phoque sur la santé humaine. Ils ne cherchent pas nécessairement à savoir si les populations sont suffisamment en santé pour que l’on permette la chasse.

Je sais que ce n’est pas une réponse très satisfaisante, et je ne sais pas si j’en ai une à vous donner. Tout ce que je peux dire, c’est que le MPO doit évaluer les stocks ou embaucher un consultant.

Le sénateur C. Deacon : Encore une fois, merci à vous deux de ces témoignages très puissants, très judicieux et très utiles.

Je voulais donner suite à ce que vous avez dit plus tôt à propos des « Minutes du patrimoine ». Une campagne publicitaire importante a été lancée pour combattre la désinformation. J’aimerais savoir ce que vous pensez de cela — et avoir vos recommandations —, afin que les gens commencent à accorder de l’importance à vos programmes de certification des produits du phoque et pour qu’ils les considèrent comme un atout pour l’écologie, la culture et la santé des communautés. Je cherche simplement quelques idées.

Je vois sur chaque produit un code QR qui dirige les gens vers un site contenant un trésor d’informations sur la destruction de l’habitat par des espèces envahissantes découlant des problèmes dans d’autres domaines : la non-gestion de la population de phoques; les effets des changements climatiques; les répercussions sur les communautés; et le coût de l’exploitation. Il y a tellement de choses riches en informations, en comparaison de la désinformation destructrice.

Quelle est votre opinion à ce sujet? Qu’est-ce que vous envisagez? Comment pourrions-nous aider?

Mme Martin : Pour être honnête, je ne sais pas si je suis la bonne personne pour répondre à cette question. C’est une question qu’il faudrait poser aux Inuits et aux communautés, pour leur demander comment ils veulent que leurs histoires soient racontées. Il faut que la vérité soit dite au sujet de l’importance des phoques et de la façon dont les choses ont changé au cours des 20 ou 30 dernières années, à cause des changements climatiques, du coût de l’essence et de l’arrivée des moyens de transport modernes. Comment les choses ont-elles changé pour la plupart des pêcheurs, et comment la situation s’est-elle développée, comment a-t-elle évolué. Le plus important est le respect que la relation a maintenu. Pour les phoques, qu’est-ce que cela veut dire? Qu’est-ce que cela suppose, de porter des produits du phoque? Je pense que les Inuits sont les mieux placés pour nous éclairer là-dessus.

Le sénateur C. Deacon : Merci encore.

M. Kunuk : Le marché était prospère, avant l’interdiction des années 1980. Je trouve que c’est difficile, avoir un marché prospère. L’interdiction a eu des conséquences considérables. Nous voyons encore des gens qui portent des vestons en cuir d’orignal, de vache ou d’autres animaux. C’est la même chose. Le dos de mon veston, c’est du beau cuir de phoque.

C’est important de faire des campagnes de sensibilisation, parce que les militants pour les droits des animaux ont détruit... il y a abondance de phoques; les phoques ne sont pas rares. Le phoque offre tout autant de possibilités que le cuir de vache, la peau d’orignal, et cetera. Nous pourrions retrouver les occasions de prospérité économique d’avant l’interdiction des années 1980. Je voulais simplement le dire.

Le sénateur C. Deacon : Merci, monsieur le sous-ministre.

La sénatrice McPhedran : Merci beaucoup. J’aimerais d’abord m’excuser d’avoir été en retard ce matin. Votre témoignage est très important pour nous.

Ma question concerne quelque chose que j’ai récemment vécu, personnellement. Je devais assister à des réunions des Nations unies à New York. Je portais mon bracelet, ma broche et mes boucles d’oreille, qui sont des produits du phoque. Un collègue m’a dit, juste avant que je me rende à l’aéroport : « Tu vas les perdre. Si tu les portes, on va te les enlever. » J’étais en route vers l’aéroport, alors j’ai tout enlevé et tout mis au fond de mon sac, et il n’y a pas eu de problème.

Techniquement, vu l’entente entre le Canada et l’Union européenne, si j’avais eu les documents adéquats, j’aurais pu porter n’importe où des produits du phoque de fabrication autochtone.

Ce genre de documentation existe-t-elle, quand des navires de croisière arrivent ou quand on tient des foires commerciales? Faites-vous des liens avec les exemptions prévues dans les accords commerciaux qui ciblent spécifiquement les objets de fabrication autochtone? Est-ce possible, du même coup, de vérifier la fabrication... Je reviens à ce que le sénateur C. Deacon a dit, par rapport au code QR. A-t-on exploré cette idée? Est-ce quelque chose que j’aurais pu avoir, quand j’ai voyagé à l’extérieur du Canada?

Mme Martin : L’Union européenne applique présentement deux exceptions, et la première concerne la chasse autochtone. L’idée est que, si vous voulez produire une centaine de bracelets à partir de phoques qui ont été chassés par des Autochtones, alors le fabricant n’a pas d’importance, pourvu qu’il s’agisse de produits de la chasse autochtone. Dans ce cas, il faut que ce soit confirmé soit par le gouvernement du Nunavut, soit par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Ce sont les deux gouvernements qui peuvent délivrer les documents — les formulaires d’attestation — autorisant les gens à voyager avec ces objets pour les vendre sur les marchés européens.

La deuxième exception, celle que personne ne connaît, s’applique aux touristes. Nous travaillons avec notre secteur touristique, sous la direction de M. Kunuk, pour nous assurer que nos voyagistes et nos artistes sachent qu’ils peuvent donner cette information aux voyageurs quand ils arrivent. Ils peuvent leur dire : « Vous venez d’Allemagne. Vous pouvez acheter ces mitaines. Vous pouvez les rapporter chez vous. Vous avez le droit de rapporter deux produits pour votre usage personnel. » Cette exception est aussi prévue par l’Union européenne.

Il faut que cette réglementation soit publiée et qu’elle soit facilement accessible. Les touristes n’ont pas besoin d’une confirmation de l’origine du produit. Si c’est pour votre usage personnel, vous avez le droit de rapporter le produit dans votre pays. Cependant, vous avez besoin de documentation si vous voulez mettre quelque chose en vente sur le marché. Par exemple, pour vendre un crâne de morse en Finlande — je crois que la Finlande fait partie de l’Union européenne —, nous devons envoyer les formulaires d’attestation, si le produit vient du Nunavut. Sinon, le produit ne peut pas être vendu en Finlande, par exemple. Cela vaut pour n’importe quelle vente transfrontalière de produits du phoque.

Ce que nous avons constaté, c’est que l’Union européenne n’a pas bien formé ses agents frontaliers, et que, en conséquence, beaucoup de produits sont refusés. Le Groenland, tout particulièrement, a remarqué cela. Il envoyait des centaines de milliers de peaux, avant, tout comme nous, et maintenant, il envoie peut-être 70 000 peaux par année, en Italie et ailleurs, pour la haute couture. La moitié de ces peaux sont refusées, alors il doit les envoyer à nouveau, même si tous les documents sont là et que tout est prêt à partir. Il y a un manque de formation.

À New York, les choses sont un peu différentes. Aux États-Unis, il est préférable de voyager avec une lettre. C’est ce que j’ai fait quand j’ai pris un vol pour l’Europe. Dans mes bagages, avec la peau de phoque, j’avais mis une lettre où la réglementation européenne était surlignée; elle disait que je voyageais avec ce produit et que je le rapportais dans mon pays. J’avais le droit de posséder ce produit.

C’est la même chose pour entrer aux États-Unis. D’ailleurs, les États-Unis imposent des restrictions entre les populations autochtones. Quand notre premier ministre s’est rendu en Alaska et qu’il a voulu offrir un cadeau à des chefs autochtones de l’Alaska, le gouvernement du Nunavut a dû produire des documents — des lettres qu’il a dû emporter avec lui — pour éviter que ses produits ne soient confisqués à la frontière. La réglementation américaine lui permettait de faire cela, mais il y a un manque de formation.

Effectivement, vous auriez eu le droit de voyager, de traverser la frontière dans un sens et dans l’autre librement, en portant vos objets. Peut-être que cela a aussi aidé de les mettre dans votre sac.

La sénatrice McPhedran : Rapidement, j’ai une question complémentaire à ce sujet. Êtes-vous en train d’élaborer, ou avez-vous élaboré quelque chose qui pourrait accompagner chaque achat fait sur un navire de croisière, par exemple, et qui pourrait réduire le nombre de saisies aux postes frontaliers? Bien sûr, cela ajoute aussi à l’effet dissuasif, pour les gens.

Mme Martin : Nous avons bien un code QR, mais le gouvernement du Nunavut a malheureusement fait l’objet d’une attaque par rançongiciel, juste avant la pandémie. Nous ne sommes toujours pas complètement rétablis. Nous travaillons toujours à rétablir le code QR, entre autres.

Au cours des six derniers mois, le MPO s’est engagé à afficher sur son site Web — pour en faire la promotion avec le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest et avec nous — de l’information sur ces exceptions. Cela devrait comprendre un code QR. Le code QR renvoyait dans le passé et renverra dans l’avenir à l’histoire de la chasse aux phoques au Nunavut. C’est une occasion pour nous de faire de la sensibilisation en même temps.

Pour répondre à votre question : oui, nous sommes en train de régler le problème.

La sénatrice McPhedran : Merci. Très rapidement, une toute dernière question. Selon vous, quel serait environ le nombre de fabricants de produits du phoque, idéalement, à des fins d’exportation et d’achat par les touristes, et approximativement, quelle proportion des fabricants sont des femmes?

Mme Martin : Ce sont toutes des femmes.

La sénatrice McPhedran : Toutes des femmes, 100 %. Merci.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Nous avons légèrement dépassé le temps. Je vous remercie d’avoir répondu avec patience à toutes nos questions difficiles. Je tiens à vous remercier sincèrement tous les deux, monsieur Kunuk et madame Martin, d’avoir pris le temps et la peine de venir ici pour nous faire part de vos connaissances très précieuses pour notre importante étude.

Merci encore une fois, et nous vous souhaitons bon voyage.

Pour la deuxième partie de la réunion, nous accueillons M. Tom Henheffer, co-PDG, et M. Angus Cockney, spécialiste de l’engagement communautaire et du Nord, tous deux de l’Arctic Research Foundation, ou ARF.

Au nom des sénateurs et des sénatrices du comité, j’aimerais vous remercier d’être avec nous aujourd’hui. Je crois savoir que M. Henheffer va présenter la déclaration préliminaire. Ensuite, les membres du comité auront des questions à vous poser au sujet de votre exposé.

Merci beaucoup, monsieur Henheffer. Vous avez la parole.

Tom Henheffer, co-PDG, Arctic Research Foundation : Merci, madame la présidente. À dire vrai, M. Cockney va présenter le début de la déclaration, puis je terminerai, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Monsieur Cockney, allez-y.

Angus Cockney, spécialiste de l’engagement communautaire et du Nord, Arctic Research Foundation : Bonjour, madame la présidente, et bonjour à vous, honorables sénateurs et sénatrices. J’aimerais tout d’abord vous remercier de tenir compte des opinions et du point de vue de l’Arctique dans le cadre de votre étude sur les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

L’Arctic Research Foundation, l’ARF, est un organisme de bienfaisance à but non lucratif dont la mission est d’inspirer et de soutenir la réalisation de projets communautaires scientifiques et d’infrastructure dans l’Arctique. Nous travaillons avec les communautés pour créer des réseaux réunissant des organismes non gouvernementaux, des universités, des chercheurs et des gouvernements afin de pouvoir financer et offrir des programmes, le tout en assurant un accès aux navires, à des laboratoires mobiles alimentés à l’énergie verte et à d’autres équipements.

L’ARF est le seul organisme au Canada qui dispose d’une flotte de sept navires de recherche entièrement équipés, conçus spécialement pour les zones côtières et les zones marines non cartographiées. Vous trouverez de l’information sur nos trois plus gros navires à l’annexe B de notre document.

Nous menons un vaste éventail d’activités, allant de la cartographie hydrographique à la surveillance écologique en passant par l’innovation en matière de sécurité alimentaire et le transport de membres des communautés autochtones vers les territoires de chasse, où les aînés peuvent transmettre leurs connaissances ancestrales aux jeunes.

Nous avons énormément d’expérience de travail dans les eaux de l’Arctique, de l’Atlantique et du Pacifique avec des chasseurs, des piégeurs et des pêcheurs autochtones, qui sont directement touchés par les politiques gouvernementales sur les pêches et les mammifères marins comme les pinnipèdes.

Dans nos navires, nous utilisons aussi des systèmes de surveillance des mammifères marins. Nous avons joint le journal de bord du navire de recherche William Kennedy, qui est allé à l’automne 2022 dans la baie d’Ungava, au Nunavik, à l’annexe C. Il s’agit d’un élément de preuve important, montrant que la très grande majorité des animaux sauvages observés dans la région sont des pinnipèdes. Il confirme d’ailleurs les propres conclusions du ministère des Pêches et Océans, le MPO, selon lesquelles la population de phoques a atteint un niveau sans précédent. Dans les années 1960, il y avait 15 000 phoques gris; en 2016, il y en avait plus de 400 000; dans les années 1970, il en avait 2 millions de phoques du Groenland, et en 2019, il y en avait 7,6 millions. C’est la plus grande population de phoques du Groenland jamais vue dans le monde.

Plusieurs témoins qui ont comparu devant le Comité des pêches de la Chambre des communes, dans le cadre de son étude sur les impacts écosystémiques des populations de pinnipèdes, ont noté qu’il y avait des lacunes dans les données concernant les populations de phoques, leurs habitudes alimentaires et leurs impacts globaux sur les écosystèmes. Les représentants du MPO eux-mêmes ont admis devant le comité qu’il y avait de grandes lacunes dans leurs connaissances, et les représentants du MPO qui ont témoigné devant votre comité ont fait des commentaires similaires. Cela correspond aussi à ce que nous avons entendu lors de nos consultations avec les communautés et les chercheurs et à ce que nous avons vu sur le terrain durant nos travaux.

J’aimerais citer Jackie Jacobson, chef inuit de Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest, député de Nunakput et également membre du conseil d’administration de l’ARF :

« Les phoques mangent les truites des lacs Husky et sont donc tirés à vue, mais il y a une absence totale de ressources pour mener des études scientifiques, si bien que nous n’avons aucune idée de la taille de la population de phoques. Nous savons simplement que la truite ne mord plus. »

Ce sentiment se manifeste dans toutes les régions où nous travaillons, mais il y a un problème beaucoup plus vaste auquel nous devons nous attaquer.

M. Henheffer : Merci, monsieur Cockney.

Le manque de données scientifiques et environnementales a pris des proportions endémiques dans l’Arctique. Il y a tout lieu de s’inquiéter de l’absence des voies navigables et des zones inondables; de la mauvaise compréhension de la santé des bélugas de la mer de Beaufort; du manque d’études sur la formation et la fragmentation des glaces dans le Grand lac des Esclaves; et de la grande insuffisance des recherches sur la contamination, par les microplastiques et les espèces de poisson envahissantes, pour ne donner qu’un petit aperçu des problèmes qui minent la science de la mer dans l’Arctique.

La situation est d’autant plus difficile que la recherche scientifique est beaucoup plus coûteuse dans l’Arctique que dans le Sud, mais le MPO et le gouvernement fédéral dans son ensemble continuent de sous-financer ce travail essentiel, en particulier en ce qui a trait à la science de la mer.

Pour vous donner un exemple, notre plus grand bateau est le navire de recherche Nahidik II. C’est le seul navire de recherche de taille normale à être utilisé exclusivement sur le Grand lac des Esclaves, sur le fleuve Mackenzie et dans la mer de Beaufort, qui représente l’un des écosystèmes les plus importants du Nord. Durant les trois dernières années, il est resté en cale sèche en raison du manque de financement fédéral dans les sciences de la mer, et il le restera probablement pour l’année qui vient. Pourtant, l’ARF subventionne les activités du navire à hauteur de 1 million de dollars, à même son financement de base, pendant que les comités de chasseurs et de trappeurs de la région réclament un financement fédéral plus important pour les sciences de la mer.

Pour revenir aux pinnipèdes, le Canada ne dispose pas d’une image claire de l’ampleur des dommages qu’ils causent dans nos eaux. Ce qui est clair, toutefois, c’est que le problème est exacerbé parce que le MPO ne procède pas à des évaluations complètes des stocks de poisson dans la majeure partie du Canada. Le ministère a annoncé l’annulation complète de ses études d’automne sur les stocks de poisson dans certaines régions, l’an dernier, et il n’a jamais réussi à bien évaluer ces stocks dans l’Arctique.

Les plus récentes évaluations de stock affichées sur le site Web du MPO remontent à 2020. Parmi les 180 stocks de poisson répertoriés, 21 se trouvent dans les régions du Centre et de l’Arctique. Pour seulement trois de ces espèces, on considère que la zone est « saine », de « prudence » ou « critique ». Pour les 18 autres, la situation est « incertaine ». Il n’y a pas de données. Ce manque de connaissances est inacceptable et tout à fait évitable.

Une bonne part des évaluations des stocks se font actuellement par chalutage, au moyen de grands navires et de filets massifs. C’est un processus lent, coûteux et dommageable pour l’environnement. Il existe pourtant des technologies éprouvées, largement utilisées dans d’autres parties du monde, permettant d’obtenir des résultats équivalents, voire meilleurs, à un coût beaucoup plus faible et avec beaucoup moins d’impacts sur l’environnement.

Depuis des années, les pays scandinaves ainsi que des pays d’Asie ont recours à du matériel cartographié bioacoustique, une technologie semblable à celle utilisée pour les sonars de pêche, ainsi que de l’équipement hydrographique que nous — et d’autres organismes — utilisons pour cartographier les fonds marins et évaluer les stocks de poisson. Ce sont les équipements que nous utilisons tous les jours, sur nos navires, et les méthodes permettant de les adapter pour évaluer les stocks de poisson ont démontré leur efficacité. Il n’y a aucune raison de ne pas utiliser ces méthodes au Canada.

Par exemple, ces méthodes hydrographiques sont utilisées pour étudier les premiers stades du cycle biologique de la morue de la Baltique; pour prévoir les conditions de frai de la morue de l’est de la Baltique; et pour suivre les taux de survie des populations de morue de l’Atlantique durant les premiers stades de la vie et leurs relations dynamiques avec les prédateurs. Vous trouverez plus d’information sur ces sujets dans les notes de bas de page de notre mémoire.

On pourrait obtenir des évaluations plus précises — tout en offrant des emplois intéressants aux pêcheurs locaux — si on travaillait sur le terrain, en faisant du chalutage à petite échelle, en suivant les navires dotés d’équipements bioacoustiques sur des bateaux locaux à faible coût.

Pour corriger ces problèmes et saisir les occasions, nous recommandons au gouvernement fédéral de prendre les mesures suivantes aussi rapidement que possible :

1. Mettre en place sans tarder un projet pilote pour l’évaluation des stocks de poisson à l’aide d’équipement bioacoustique. Nous recommandons que cela soit fait dans la mer de Beaufort, mais cela pourrait aussi être fait dans l’Atlantique ou dans d’autres régions;

2. Intensifier les investissements dans les sciences de la mer en Arctique afin de les porter à la hauteur de ce qui se fait ailleurs au pays;

3. Ajouter un supplément nordique aux subventions aux sciences de la mer dans l’Arctique, de manière à tenir compte des coûts supérieurs de la navigation dans cette région, qui peuvent être 10 fois plus élevés que dans le Sud;

4. Faire réellement participer les pêcheurs, les chasseurs et les trappeurs locaux ainsi que les intendants de la faune autochtones aux stratégies de gestion de la faune;

5. Conférer plus de pouvoirs aux communautés du Nord et s’assurer qu’elles puissent déterminer comment seront dépensées les subventions pour la recherche scientifique dans l’Arctique.

Nous devons féliciter le gouvernement fédéral d’avoir déjà commencé à prendre des mesures, mais, d’après ce que nous avons vu, le plus important n’est pas seulement d’annoncer un financement, mais d’envoyer l’argent; ce processus peut être très difficile étant donné la conception actuelle des structures de financement dans le Nord.

Nous espérons que nos recommandations et nos conseils seront reflétés dans le rapport final que votre comité va présenter au gouvernement. Nous avons les bateaux, la technologie, les méthodes et l’expertise nécessaires pour régler l’un des principaux aspects du problème des pinnipèdes, soit en reprenant les évaluations des stocks de poisson d’une manière à la fois abordable et très peu invasive. Tout ce dont nous avons besoin, c’est que le gouvernement fédéral passe à l’action. Merci.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Beaucoup de sénateurs souhaitent vous poser des questions à tous les deux. Je prie mes collègues de poser des questions concises, parce que nous devrons nous arrêter à 11 heures au plus tard.

Le sénateur C. Deacon : Merci, monsieur Henheffer. J’ai l’impression que ma tête va exploser, après avoir écouté vos commentaires et les préoccupations de certains témoins autochtones en ce qui concerne le manque de connaissances et le manque de respect pour une harmonisation totale avec les connaissances autochtones.

Je connais une entreprise de la Nouvelle-Écosse, Dartmouth Ocean Technologies Inc., qui utilise des capteurs pour savoir quels poissons il y a dans la région, au lieu d’utiliser le chalutage, qui est un moyen désuet. Montrez-nous à quel point l’écart est grand entre ce que le MPO a fait dans le passé et ce qui est possible aujourd’hui. Donnez à ceux d’entre nous qui ne sont pas des experts en la matière de l’information concrète : la différence de coûts — vous avez dit que la différence était très grande — et le fait que les technologies sont moins invasives. Décrivez-nous concrètement la situation, afin que ceux d’entre nous qui ne sont pas des experts puissent comprendre.

M. Henheffer : Bien sûr. La statistique la plus accablante est celle montrant que, parmi les 20 espèces de l’Arctique, 18 sont inconnues. C’est tout bonnement une absence complète de connaissances, et les données pour les deux espèces répertoriées dans les évaluations des stocks sont vieilles de plusieurs années. C’est quelque chose qui doit être fait en continu. Ce sont des statistiques qui concernent l’ouest de l’Arctique, mais cela aurait pu facilement être le Nunavut. Je sais que le sénateur originaire du Nunavut, le sénateur Patterson, s’est dit très préoccupé à ce sujet. Je viens du Nouveau-Brunswick moi-même, et je peux vous dire que les pêcheurs de cette province ont exactement les mêmes préoccupations.

En ce qui concerne les coûts, ce sera difficile de savoir exactement quelle sera la différence de coût tant qu’un projet pilote ne sera pas lancé, mais je peux tout de même vous dire qu’il faut un navire énorme pour tirer ces chaluts, parce qu’ils sont très lourds, et qu’il faut que ces navires bougent très lentement. Pour évaluer les stocks, le navire prélève essentiellement un échantillon représentatif de la zone où passe le filet.

Si vous utilisez des capteurs bioacoustiques, de l’équipement hydrographique, c’est la même technologie qu’un sonar de pêche. En résumé, le sonar envoie une onde vers les profondeurs pour connaître la forme du plancher océanique dans les divers transects. On parle d’environ 500 mètres de profondeur, si vous allez au large pour examiner le plancher océanique.

Si vous cherchez des poissons, vous pouvez modifier les paramètres de ces dispositifs pour étudier une zone beaucoup plus large — je pense que dans certains cas, cela peut aller jusqu’à un kilomètre. Donc, vous pouvez savoir exactement où se trouvent les poissons dans cette immense zone autour du bateau. Vous ne savez pas seulement qu’il y a des poissons, mais vous pouvez voir leur taille et leur forme exacte, donc vous pouvez reconnaître l’espèce et avec 100 % de certitude. Cela peut être fait dans le programme pilote, et cela pourrait ou non être nécessaire, une fois qu’un programme plus détaillé sera mis sur pied. À tout le moins, dans le programme pilote, vous suivez à l’arrière dans de petits bateaux de la taille d’un Zodiac, ou un peu plus gros si la mer où vous travaillez est plus agitée, et vous utilisez de petits filets pour retirer les poissons de la mer. Donc, selon les données bioacoustiques, c’était du saumon de l’Atlantique et, sur les bateaux, nous avons trouvé du saumon de l’Atlantique de la même taille.

Un brise-glace canadien ou un chalutier qui peut mesurer 200 ou 300 pieds de long et peser plusieurs centaines de tonnes, ça coûte des centaines de milliers de dollars par jour. Notre plus gros bateau, le Nahidik, ne coûte que 30 000 $ par jour, et notre plus petit bateau, le William Kennedy est un ancien bateau de pêche de 60 pieds dans lequel nous aimons faire ce que nous appelons « de la science de bateau de pêche ». On prend des bateaux faits pour l’Arctique, des bateaux solides et éprouvés, et des pêcheurs qui ont déjà tout vu et ne craignent pas les conditions climatiques et la météo et on adapte le tout pour la science.

Le William Kennedy est un bateau de 60 pieds amarré à Halifax et consacré à la baie d’Hudson. Exploiter le bateau coûte entre 17 000 et 20 000 $ par jour. Donc, couvrir une zone qui est de 5 à 10 fois plus longue, et ce, beaucoup plus rapidement que les bateaux plus gros ne peuvent le faire au dixième du prix de la plupart de ces bateaux — c’est très facile de voir ces chiffres. Nous faisons ces recommandations depuis un certain temps maintenant, mais, pour une raison qui m’échappe, nous n’arrivons pas à convaincre les ministères responsables de faire ces changements. Le pays est figé dans le passé et cela nuit au secteur des pêches, au Nord, à la science ainsi qu’à notre compréhension des changements climatiques et de la façon dont changent ces espèces.

Le sénateur C. Deacon : Pour résumer, si vous me le permettez, madame la présidente — je sais que nous n’avons pas beaucoup de temps : nous pourrions établir une nouvelle norme en appliquant cette façon de faire partout au pays, en commençant par l’Arctique. Le travail n’entraîne aucun dommage écologique et coûte beaucoup moins cher. Merci.

La sénatrice Petten : Ma question concerne l’Arctic Research Foundation. Travaillez-vous avec des universités? Vous appuient-elles dans votre recherche?

M. Henheffer : Oui, tout à fait. Nos partenaires principaux sont les communautés où nous travaillons; viennent ensuite les universités. Nous travaillons aussi avec diverses organisations sans but lucratif comme ArcticNet, des ministères comme Savoir polaire Canada et Agriculture et Agroalimentaire Canada ainsi qu’avec des organismes sans but lucratif comme National Geographic et des organismes gouvernementaux américains comme la NASA. Mais les universités canadiennes constituent le plus grand sous-groupe : l’Université du Manitoba, l’Université de Calgary, Memorial, Dalhousie, l’Université du Nouveau-Brunswick; des universités de partout au pays.

La sénatrice Petten : Oui; donc, est-ce que cela vous aide, du côté du financement, et pour recueillir des données pour poursuivre vos recherches?

M. Henheffer : Nous n’obtenons aucun financement direct des universités, non, mais elles affrètent nos navires pour leur mission scientifique. L’Arctic Research Foundation elle-même n’a pas d’objectif scientifique. Nous travaillons pour que nos partenaires puissent poursuivre leur programme scientifique. Donc, les communautés nous disent au départ ce dont elles ont besoin, puis nous demandons aux universités de nous aider à répondre aux priorités des communautés ou nous jumelons des universités avec des communautés dont les priorités scientifiques s’alignent.

La sénatrice McPhedran : Merci à vous deux de vous être joints à nous aujourd’hui. J’aimerais vous faire part d’une petite anecdote. C’est une conversation que j’ai eue récemment avec un responsable des pêches haut placé au sujet du déclin de la pêche et des possibilités, pour les gens qui œuvrent dans le secteur des pêches, qui découlent de la diminution de la population de poissons et de l’augmentation importante des populations de phoques.

Je peux vous dire que ce responsable très haut placé m’a dit clairement que tout cela était dû au changement climatique, et que cela n’avait rien à voir avec la population de phoques. À la lumière de votre recherche, avez-vous un avis ou de l’information que vous seriez prêts à partager, en réponse à cette affirmation?

M. Henheffer : Absolument.

Je peux dire que beaucoup de preuves anecdotiques ont été présentées. Beaucoup de gens ont des opinions très arrêtées à ce sujet. J’ai vu des rapports de scientifiques du MPO qui disent : « Nous ne savons pas à combien s’élèvent les populations de phoques et de poissons, mais nous savons que les phoques n’ont aucune incidence sur le poisson. » Comment est-ce possible? Si nous n’avons pas d’évaluation juste des stocks de poissons, comment pouvons-nous tirer ces conclusions? Comment pouvons-nous tirer des conclusions justes sans recherches?

Selon moi, nous avons de l’information fiable qui remonte à des centaines d’années, par exemple dans le savoir traditionnel des communautés. Lorsque nous parlons à des gens de Tuktoyaktuk... Je pense entre autres à M. Cockney, qui est originaire de Tuktoyaktuk et qui peut donc parler davantage de cela ainsi que de l’engagement des communautés; c’est l’une des raisons pour lesquelles il est ici pour représenter l’organisation. Il a tellement plus d’expérience à cet égard; mais je peux vous dire que les personnes à qui j’ai parlé à Tuktoyaktuk attribuent ce problème directement aux phoques.

La sénatrice McPhedran : Oui, c’est ce que nous avons conclu, nous aussi, mais j’aimerais vraiment entendre ce que vous avez à dire, monsieur Cockney.

M. Cockney : Oui, pour ce qui est des phoques, j’aimerais répéter ce qu’a dit M. Jacobson au sujet des lacs Husky. Les gens là-bas dépendent beaucoup de la truite tout au long de l’année. Lorsqu’il dit « les phoques... sont tirés à vue », c’est comme cela. Je pense que ce que M. Jacobson veut dire, c’est que nous avons besoin de faire davantage de recherches. Ce qui est sûr, c’est que la truite ne mord pas.

La sénatrice McPhedran : Merci.

La sénatrice Ataullahjan : Merci à vous deux d’être ici.

Je ne sais pas si vous avez entendu le témoignage des témoins précédents, mais Mme Martin a dit que le MPO devait faire l’évaluation des stocks. Vous dites vous aussi que le MPO n’effectue pas beaucoup de recherches sur les stocks de poissons. J’aimerais connaître la description de tâches du MPO.

M. Henheffer : Je crois que son mandat est assez large, mais il a effectivement la responsabilité et l’obligation de faire des évaluations des stocks et de les garder à jour. Il ne respecte pas... et je ne pense pas que ce soit uniquement la faute du MPO; je pense que c’est un problème plus vaste, qui concerne les dépenses fédérales en sciences, en général.

Cela revient au fait que le MPO a une certaine somme d’argent et, compte tenu de la façon dont les évaluations des stocks se font, cette somme n’est pas suffisante pour effectuer toutes les évaluations des stocks qui doivent être faites.

Ce que nous proposons n’augmenterait pas les coûts. Nous réaffectons les coûts à une méthode d’évaluation des stocks plus efficace. Encore une fois, c’est comme les preuves de l’incidence des pinnipèdes sur les populations de poissons : tant que nous n’avons pas l’information, nous ne savons pas exactement ce qu’elle sera. Nous croyons — et j’ai donné les chiffres — que la différence de coût entre la pêche au chalut à des fins d’évaluations des stocks depuis de gros navires et les évaluations bioacoustiques des stocks est assez convaincante et que cela permettrait au MPO de respecter son mandat avec le budget dont il dispose.

Il faut seulement être prêt à prendre un tout petit risque. En général, les Canadiens n’aiment pas prendre de risque et peuvent être assez conservateurs dans ces situations, mais prendre ne serait-ce qu’un tout petit risque pour essayer quelque chose de nouveau, qui a été éprouvé dans d’autres pays — nous avons le même équipement, à peu près les mêmes poissons et des cours d’eau très similaires. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas fonctionner ici alors que cela fonctionne dans les pays scandinaves et asiatiques qui ont un contexte similaire au nôtre.

La sénatrice Ataullahjan : Effectuez-vous des recherches dans d’autres régions de l’Arctique, ou seulement dans le Nord canadien?

M. Henheffer : Jusqu’à maintenant, nous faisons nos recherches uniquement dans le Nord canadien. Nous préparons aussi avec la NASA un projet qui se déroulera en Alaska. Nous ne sommes pas actifs seulement dans l’Ouest de l’Arctique : nous le sommes aussi au Nunavut, surtout autour de la communauté de Gjoa Haven.

Nous ne faisons pas non plus que des recherches marines. Nos recherches qui ont pris plus d’importance ont été réalisées dans nos laboratoires terrestres, des conteneurs d’expédition en acier alimentés par de l’énergie verte — de l’énergie éolienne et solaire. Notre système d’éoliennes et de panneaux solaires est en fait le plus nordique du Canada; il se situe dans la communauté de Gjoa Haven, et huit techniciens locaux, tous de la communauté inuite, y travaillent. Ils sont en fait des agriculteurs inuits qui travaillent dans un système de conteneurs.

Il y avait déjà eu des conteneurs, dans le Nord, mais ils ne servaient généralement que pour une culture, et cette méthode devient rapidement insoutenable parce que c’est trop cher de les alimenter au diesel. Comme nos conteneurs utilisent l’énergie solaire et éolienne et que les générateurs au diesel sont rarement sollicités — environ 10 % du temps —, ces conteneurs sont en activité maintenant depuis quatre ans. Le nombre de conteneurs a doublé l’année dernière et il doublera encore.

Nous travaillons aussi beaucoup sur la tolérance thermale de l’omble chevalier, nous entreposons des échantillons médicaux humains à Inuvik, nous travaillons dans le domaine de la dentisterie et de l’échantillonnage de l’eau, là-bas, dans un de nos laboratoires. Nous cherchons aussi à transformer nos laboratoires en usines de transformation des viandes. Nous amenons aussi des jeunes, des aînés et des scientifiques camper.

Notre éventail de programmes de recherche est assez large.

La sénatrice Ataullahjan : C’est intéressant. Vous avez dit que le MPO n’aime pas prendre de risques. Je pense au temps où je siégeais au Comité des affaires étrangères et du commerce international. C’est l’une des choses que nous avons entendues lorsque nous avons parlé à des partenaires commerciaux étrangers : ils ont toujours dit que les Canadiens n’aimaient pas prendre de risques. Nous devrions peut-être modifier un peu notre attitude.

Merci de votre témoignage.

M. Henheffer : Merci. Si vous me le permettez, j’aimerais ajouter que le « risque » ici n’en est pas vraiment un. Faire ce genre... c’est un petit investissement, une réaffectation des fonds existants — à une technologie éprouvée.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup de vous être joints à nous aujourd’hui. Vous pouvez parler très vite. Nous avons obtenu beaucoup d’information en peu de temps. Merci beaucoup.

Est-ce que le MPO écoute l’Arctic Research Foundation? Écoute-t-il ou ne fait-il que hocher la tête lorsque vous lui parlez?

M. Henheffer : Merci. Je viens des Maritimes, donc c’est naturel pour moi de parler vite.

Cela dépend des territoires. Dans l’Arctique, cela peut être assez difficile. Il est évident que nos suggestions sur la façon d’adapter l’évaluation des stocks n’ont pas été retenues. Nous avons aussi eu de la difficulté à les convaincre d’utiliser nos navires. Comme je l’ai dit, nous sommes la seule organisation à avoir des navires côtiers conçus expressément pour la recherche, dans l’Arctique, et le MPO utilise un de nos navires sur la côte de la Colombie-Britannique. À l’occasion, il utilise l’un de nos navires sur la côte de l’Atlantique, mais il ne l’a pas encore fait en Arctique.

La sénatrice Cordy : Merci. Cela a été très utile. Je viens des Maritimes moi aussi, donc je peux peut-être aussi écouter rapidement; je suis habituée.

Cela a été intéressant de vous entendre parler des laboratoires mobiles autonomes utilisés pour la recherche. Vous venez aussi de dire que vous pouvez adapter les laboratoires afin de transformer de la viande. S’agit-il de viande de phoque? Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces laboratoires mobiles autonomes? Ils semblent fascinants.

M. Henheffer : Bien sûr.

Dans ce cas-là, ce serait principalement pour la viande d’animaux terrestres, et plus particulièrement le caribou. Le laboratoire irait un peu plus à l’intérieur des terres, le long du fleuve Mackenzie.

En gros, les laboratoires sont apparus — la communauté de Gjoa Haven —, notre organisation a été fondée au départ pour soutenir les recherches sur l’expédition Franklin. À cette époque-là, notre conseil s’est rendu compte qu’il y avait un manque important d’infrastructures dans le Nord, et plus particulièrement en ce qui concerne les navires côtiers. C’est de là que nous sommes partis.

Nous allons dans les communautés où nous sommes invités et nous gagnons la confiance des membres, puis nous leur demandons ce dont ils ont besoin. Le studio d’art de la communauté de Gjoa Haven venait d’être condamné; il n’était plus propice au travail. Les membres de la communauté nous ont demandé de concevoir un studio d’art renforcé contre le climat nordique et à l’épreuve des ours polaires. Mon co-PDG, Adrian Schimnowski, qui a de l’expérience dans le domaine du design industriel, a créé un concept de studio d’art à partir d’un laboratoire naval mobile et a travaillé avec certains de nos partenaires pour voir si cela pouvait fonctionner avec de l’énergie verte.

Lorsque les aînés de Gjoa Haven ont vu le concept, ils ont dit : « Laissez tomber le studio d’art, nous pourrions faire quelque chose de plus important. Notre communauté a beaucoup de difficulté à obtenir des fruits et légumes frais; en obtenir, et surtout en obtenir à un prix abordable. » Ils ont dit : « Pourrions-nous faire quelque chose avec cette idée? Pourrions-nous trouver une manière de la transformer en ferme agricole? » Cet exemple montre bien aussi que tout ce que nous faisons s’inspire des communautés. Nous avons dit : « Bien sûr, voyons ce que nous pouvons faire. » Nous avons collaboré avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, le Conseil national de recherches et l’Agence spatiale canadienne et nous avons construit le laboratoire à partir de là.

L’une des raisons pour lesquelles il nous est difficile d’obtenir un financement fédéral pour notre travail, c’est que nous tentons de reproduire les environnements où nous travaillons. Nous adoptons une approche globale de l’écosystème, nous mettons tous les projets ensemble, nous nous assurons qu’ils sont modulaires et qu’ils fonctionneront dans l’Arctique. C’est à peu près ce que sont les laboratoires. Leur conception permet de les adapter. Ce sont des conteneurs d’expédition garnis de matériaux isolants, dans lesquels on pose sur les murs des cloisons sèches ou un quelconque acier ou plastique testé en laboratoire, puis un plancher; on installe aussi l’eau courante, la plomberie et des réservoirs d’eaux usées, au besoin, que l’on fait passer sous le plancher, et de l’éclairage. Dans le conteneur d’expédition du projet Naurvik, il y a des supports pour les plantes dans leurs milieux de culture. Les plantes sont disposées sur des plateaux; certaines sont en terre et d’autres poussent en culture hydroponique dans de l’eau contenant une solution de croissance, et un éclairage à DEL très puissant les expose à une lumière solaire simulée. Nous sommes constamment en train de faire des ajustements et des réglages.

Lorsque nous avons commencé, il y avait bien entendu des périodes de 24 heures de noirceur, à Gjoa Haven, durant une bonne partie de l’année. Lorsqu’il fait noir, le temps est généralement plus venteux, ce qui fait tourner les éoliennes. Nous devions constamment régler le système et nous avons réduit l’utilisation des génératrices de secours au diesel de 30 % à moins de 10 %, et c’est là où nous en sommes à l’heure actuelle. C’est comme ça qu’ils sont construits.

Lorsqu’un concept vous permet essentiellement de construire un laboratoire, une fois que vous avez construit ce laboratoire, vous pouvez l’utiliser pour tout ce que vous voulez. C’est facile d’en faire un environnement stérile, et nous pouvons les relier les uns aux autres en chapelets pour occuper plus d’espace sans qu’il soit plus difficile de les mettre en place. Ils peuvent facilement être déplacés à l’aide d’un cométique et d’un tracteur — essentiellement, un traîneau et un tracteur — et on peut les mettre n’importe où, là où ils doivent être. Étant donné que ce sont des conteneurs d’expédition, ils peuvent être chargés à bord de barges ou d’autres navires et être mis en place à l’aide d’une grue, et on peut les déplacer au besoin.

Certains laboratoires, ceux de la baie Byron et des îles Finlayson en particulier, sont situés dans des endroits extrêmement éloignés et sont ouverts seulement deux ou trois fois par année, lorsque des scientifiques vont y tester leurs instruments. Ils testent la tolérance thermique de l’omble chevalier. Ils ont des poissons dans des bassins dont la température doit être très précise et qui doivent toujours être allumés. Les scientifiques aiment nos laboratoires pour cette raison, parce que, lorsqu’ils utilisent l’électricité au diesel des communautés, le courant est un peu fluctuant, ce qui fait en sorte qu’il leur est difficile d’utiliser leurs instruments sensibles et de les calibrer adéquatement. Nos systèmes de batterie combinés avec les systèmes d’énergie verte produisent un courant électrique très constant qui permet le bon fonctionnement de leurs instruments.

C’est vraiment la solution idéale pour le Nord, et depuis que nous avons installé le système de Naurvik, dans la baie Byron et aux îles Finlayson, nous recevons beaucoup de demandes pour en construire plus.

La sénatrice Cordy : Nous commençons à manquer de temps. Nous avons entendu la sénatrice Ataullahjan parler du fait que le MPO n’aime pas prendre des risques et que c’est généralement le cas des gouvernements.

Lorsque nous rédigerons notre rapport, y a-t-il une ou deux recommandations que nous devrions faire au gouvernement pour qu’il hésite moins à prendre des risques et qu’il examine le travail de votre fondation de recherche, qui est un travail incroyable? Quelles sont les deux ou trois choses dont il faudrait faire mention dans notre rapport?

M. Henheffer : Que le gouvernement ne devrait pas confondre inertie et risque. C’est un nouveau programme, mais un programme pilote qui ne prendrait qu’une infime partie du budget du MPO, et même de son budget destiné aux évaluations des stocks. Qu’il utilise un peu de cet argent et le réaffecte à ce projet, lequel a fonctionné à d’autres endroits, car cela ne présente presque aucun risque. Les experts avec qui nous travaillons, les techniciens qui s’occupent de l’équipement hydrographique, les personnes qui ont conçu le logiciel hydrographique qui gère le projet, nous les connaissons, nous travaillons avec eux, et ça fonctionnera. Cela a fonctionné à d’autres endroits, et ça fonctionnera ici.

La récompense sera immense. Cela pourrait révolutionner l’industrie de la pêche au Canada. Nous pourrions savoir comment les stocks évoluent. Cela nous permettrait d’établir les conditions de base pour les recherches scientifiques. Nous pouvons bien mieux comprendre le changement climatique. L’incitatif économique permettrait aux pêcheurs d’arrêter de perdre de l’argent parce que, dans bien des régions, les quotas sont artificiellement bas, car ils sont fixés selon les valeurs établies par défaut lorsque les évaluations des stocks avaient été effectuées, dans certains cas, il y a 20 ans. Cela nous permettrait d’obtenir des quotas exacts et de tirer ainsi le maximum de nos océans en nous assurant que cela se fait de manière durable, surtout lorsqu’il est question de l’Arctique et des endroits où les pêcheurs ne font pas seulement leur travail pour s’enrichir, mais pour subvenir à leurs besoins et vivre selon leur culture. Il est très important d’arrêter de limiter les pêcheurs lorsque ce n’est pas nécessaire.

Par ailleurs, cela nous permettra également d’établir des limites là où elles sont nécessaires, aux endroits où les stocks sont plus épuisés que nous le pensons.

La sénatrice Cordy : Merci beaucoup. Je suis allée à Washington, il y a quelques années, avec le Comité de la défense, et les gens à Washington nous ont parlé d’un projet spécial et nous ont dit qu’ils s’attendaient à ce que 20 à 40 % seulement des projets portent fruit, mais ils continuent de mettre à l’essai de nouvelles choses; notre pays semble toutefois être peu enclin à prendre des risques.

La vice-présidente : Je demanderais à M. Cockney s’il a des recommandations à faire pour compléter celles de M. Henheffer.

M. Cockney : Du point de vue de la communauté, c’est merveilleux de voir ce qui se passe à Gjoa Haven. Naurvik signifie « le lieu de culture ». On y cultive des produits, comme des poivrons verts et rouges. Lorsque j’ai rendu visite à cette communauté, j’ai également constaté que sa confiance aussi est en croissance, grâce aux possibilités que la fondation lui a offertes.

Nous avons élaboré avec la fondation une politique autochtone nommée ata, ce qui veut dire « écouter » dans notre langue. C’est merveilleux de voir que la fondation a pris la peine de tout d’abord écouter les communautés pour établir des relations avec elles. Le fait d’écouter en premier a certainement contribué à retrouver les navires à Gjoa Haven, sans aucun doute. J’espère que le Sénat entendra également nos préoccupations et y répondra.

La vice-présidente : Il nous reste à peine une minute, et le sénateur Deacon tient absolument à poser une autre question, alors je vais lui donner la parole.

Le sénateur C. Deacon : Ce qui me trouble, c’est que vous proposiez que le MPO lance un programme pilote. Le ministère doit passer à l’action. L’inaction est, selon moi, un risque important. Il n’étudie pas 18 des 20 espèces de l’Arctique, vous avez dit. Il n’a pas fait de chalutage. Rien ne permet d’établir des comparaisons; aucune donnée utile ne permet d’établir des comparaisons lorsqu’on étudie seulement deux des 20 espèces. Quelles sont les raisons? Que vous a-t-on dit?

M. Henheffer : Nous devons établir une base. Même s’il n’y a pas de recherches récentes, cela ne veut pas dire que...

Le sénateur C. Deacon : Pourquoi ne le font-ils pas? Pourquoi n’acceptent-ils pas de collaborer avec vous? Vous ont-ils dit pourquoi?

M. Henheffer : Non, pas vraiment. Ils utilisent dans la région un grand navire, un chalutier nommé Frosti. Ils aiment utiliser ce bateau, même si celui-ci ne peut s’approcher de la côte. À part cela, je crois qu’il y a un budget limité; je crois que c’est la force de l’inertie.

Le sénateur C. Deacon : Il semble que la capacité de raisonnement et de suivi soit limitée, parce qu’ils n’étudient que 10 % des espèces et qu’ils ne vont pas près de la côte; ce n’est donc pas pertinent.

M. Henheffer : Oui. Rappelez-vous que les communautés vivent près de la côte; c’est là qu’elles travaillent, c’est le long de la côte qu’elles se déplacent, c’est là qu’elles trouvent leurs moyens de subsistance et leur nourriture. C’est leur environnement. C’est également là que les rivières rencontrent l’océan; c’est la plus importante région pour la surveillance des écosystèmes, parce que c’est là que la plupart des changements se produisent et que la faune et la flore sont le plus abondantes. Cette zone doit être étudiée, il doit y avoir des changements.

Le Canada manque à son devoir, à bien des égards, lorsqu’il est question des sciences de l’Arctique. Nous ne recevons absolument aucun financement fédéral à l’heure actuelle. Nous ne poursuivons aucun but lucratif; nous sommes une organisation sans but lucratif. Nous perdons de l’argent chaque année. Nous n’existons que pour faire le bien, pour investir dans les communautés et pour faire des recherches scientifiques. C’est une lutte constante pour trouver du financement et rassembler l’argent nécessaire pour que ça fonctionne.

Je ne veux pas être cynique et dire qu’il n’y a pas beaucoup de votes à aller chercher dans l’Arctique, mais je crois que ça fait partie du problème. Ce projet ne fera peut-être pas gagner des élections, mais il est essentiel pour l’avenir de la population du Canada et pour toutes les communautés autochtones qui y vivent.

Le sénateur C. Deacon : Merci beaucoup.

La vice-présidente : Je remercie nos deux invités, M. Henheffer et M. Cockney, de leurs témoignages incroyablement utiles et éclairants concernant les possibilités qui s’offrent. Je tiens à vous remercier d’avoir pris le temps de venir nous faire part tant de vos connaissances scientifiques que de votre savoir autochtone.

Sur ce, je mets fin à la séance. Il est 11 heures. Merci encore.

(La séance est levée.)

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