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Sous-comité des anciens combattants


LE SOUS-COMITÉ DES ANCIENS COMBATTANTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 9 octobre 2024

Le Sous-comité des anciens combattants se réunit aujourd’hui, à 12 h 1 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, pour en faire rapport, les questions relatives aux anciens combattants, y compris les services et les prestations dispensés, les activités commémoratives et la poursuite de la mise en œuvre de la Loi sur le bien-être des vétérans.

La sénatrice Rebecca Patterson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bonjour, honorables sénateurs, et bienvenue à cette réunion du Sous-comité des anciens combattants.

Avant de commencer, je demande à tous les sénateurs et aux autres participants de prendre connaissance des vignettes qui se trouvent sur la table. Nous tenons à éviter les retours de son qui peuvent blesser les interprètes. Je vous remercie de votre coopération.

Je m’appelle Rebecca Patterson. Je suis sénatrice de l’Ontario et présidente du sous-comité. Mes collègues sénateurs se joignent à moi aujourd’hui, et je vais leur demander de se présenter.

Le sénateur Richards : Bonjour. Je m’appelle Dave Richards, sénateur du Nouveau-Brunswick.

Le sénateur Yussuff : Hassan Yussuff, de l’Ontario.

La sénatrice M. Deacon : Bienvenue. Marty Deacon, de l’Ontario.

Le sénateur McNair : Bienvenue. John McNair, du Nouveau-Brunswick.

La présidente : Je vous remercie.

Avant d’accueillir les fabuleux témoins d’aujourd’hui, je tiens à vous avertir sur le contenu de la réunion. Aujourd’hui, notre sous-comité étudie l’itinérance chez les anciens combattants. Des sujets sensibles seront abordés, comme les traumatismes liés au service militaire. L’itinérance et la violence fondée sur le sexe pourraient être abordées. Ces sujets pourraient déclencher des réactions chez les personnes sur place et celles qui écoutent la diffusion.

De l’aide en santé mentale pour tous les Canadiens est disponible par téléphone et par texto au 988. Les anciens combattants peuvent appeler le 1-800-268-7708 pour parler à un professionnel de la santé mentale dès maintenant. Nous rappelons également aux sénateurs et aux employés du Parlement que le Programme d’aide aux employés du Sénat et à leur famille est à leur disposition et qu’ils peuvent y obtenir des consultations à court terme sur des questions personnelles et professionnelles, ainsi que des conseils en cas de crise.

Je souhaite la bienvenue à notre sous-comité à nos témoins : Warren Maddox, directeur général, Refuges pour sans-abri de Fredericton; Glenn Morgan, directeur général adjoint, Good Shepherd Ministries; et par vidéoconférence, James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery; et Morgane Huguet, directrice adjointe, Opérations, Développement et Services de soutien au logement, également de la Mission Old Brewery. Merci à tous d’être avec nous aujourd’hui.

Nous vous invitons à faire vos déclarations liminaires, puis les sénateurs auront l’occasion de vous poser des questions. Je dois vous dire que nos réunions sont très courtes. Nous aimerions toujours avoir bien plus de temps avec vous. Vous disposez de cinq minutes pour vos remarques liminaires. Notre greffière vous fera signe quand votre temps est presque écoulé. Si vous n’avez pas eu le temps de terminer votre déclaration, vous pouvez le faire en répondant aux questions des sénateurs. Il vous est également possible d’en envoyer une copie à la greffière.

Sur ce, nous allons commencer par M. Warren Maddox. Vous avez la parole, monsieur.

Warren Maddox, directeur général, Refuges pour sans-abri de Fredericton : Je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à vous aujourd’hui. Je vais vous parler de notre organisation et de nos activités et vous expliquer pourquoi notre voix est celle de ceux qui sont véritablement les plus démunis.

Dans notre foyer pour sans-abri, on voit surtout des vétérans, très peu de vétéranes. Ces vétérans sont pour la plupart des anciens, non pas de la GRC, mais des Forces armées canadiennes. Je dirige une équipe exceptionnelle, qui est au service de Refuges pour sans-abri de Fredericton, qu’on appelle communément « les refuges ».

Il y a de cela bien des années, nous avons commencé à collaborer avec les gestionnaires de cas du bureau local d’ACC. L’un d’entre eux avait même été le responsable de mon foyer d’hébergement pour femmes. Pour que toute relation fonctionne, il faut que les deux parties y tiennent et y travaillent. Notre dialogue avec le bureau local du ministère a été noué avant même que nous commencions à bénéficier du Fonds pour le bien-être des vétérans et de leur famille. Cette relation aura jeté les bases pour notre première demande de financement et les fonds que nous recevrions par la suite.

Nous avons monté un programme en étroite collaboration avec le bureau local d’ACC. Nous avons examiné nos points forts respectifs et, surtout, nos faiblesses. Nous avons cherché à aider les vétérans en complétant les services offerts par ACC. Nous avons déterminé quel était le principal défi du ministère et nous l’avons relevé. De ce fait, nous sommes devenus la porte d’entrée au système pour l’Ouest du Nouveau-Brunswick. Nous avons pris l’engagement de toujours pouvoir accueillir un vétéran. Nous sommes effectivement une porte d’entrée au système, et cela représente un élément important de nos activités. C’est désormais beaucoup plus simple pour le personnel d’ACC et, bien entendu, pour les vétérans eux-mêmes.

Notre système ne fonctionne pas tout à fait comme celui d’autres organismes au Canada. Nous n’avons pas pour priorité de trouver un logement pour les vétérans. Nous mettons plutôt en œuvre un système que j’ai créé il y a plusieurs années et que j’appelle le « continuum ». Ce modèle opérationnel peut s’adapter en fonction des changements qui s’opèrent dans la société. J’ai créé ce modèle, mais c’est mon personnel et quelques-uns de nos partenaires locaux qui l’ont mieux défini et fait progresser.

Avant de leur trouver un logement, nous nous employons à stabiliser et à soutenir les vétérans, et à les mettre en relation avec les bonnes personnes. La plupart d’entre eux ont en effet besoin de beaucoup d’aide avant de pouvoir s’établir dans un logement. Nous les aidons à se stabiliser et les mettons en relation avec ceux qui pourront les accompagner. Il y a bien des années, alors que nous préparions, de concert avec le bureau local d’ACC, notre première demande auprès du ministère, nous avons déterminé que nous pourrions, de cette façon, répondre au mieux aux besoins des vétérans.

Quand nous faisons la rencontre d’un vétéran sans abri, nous pouvons agir plus rapidement qu’ACC. Le ministère a énormément de ressources à offrir, mais cela peut prendre un peu de temps. Nous pouvons accueillir le vétéran dans un foyer d’hébergement et le faire profiter de certains services et programmes. Il est mis en relation avec le ministère, peut consulter notre conseiller en santé mentale, rencontrer des agents de transition et bénéficier de tous les soins et du soutien de notre équipe de première ligne. En d’autres termes, le vétéran a trouvé un sanctuaire.

D’habitude, nous aidons deux, trois, peut-être quatre vétérans à la fois, dont un qui est hébergé chez nous et quelques-uns que nous aidons à sortir d’une situation d’itinérance. Les derniers mois ont toutefois été inhabituels et troublants. Il y a deux jours, alors que je préparais cette déclaration, nous soutenions sept vétérans, et nous en sommes maintenant à huit. Trois d’entre eux sont au foyer d’hébergement, un est en chemin pour le foyer, un autre est hébergé chez l’un de nos organismes partenaires, l’un des vétérans occupe nos espaces de transition, un autre est introuvable, mais il maintient la communication avec nous, ce qui est formidable, et un autre nous a été confié par ACC, mais nous n’avons pas encore tous les détails sur cette personne. Nous avons reçu un autre appel encore hier soir.

Grâce à nos programmes et notre modèle opérationnel, nous avons réussi à éliminer théoriquement l’itinérance des vétérans. Nous avons été en mesure d’aider un grand nombre de personnes grâce à l’appui d’ACC et du Fonds pour le bien-être des vétérans et de leur famille. Depuis 2021, nous avons accueilli 32 vétérans et un ancien de la GRC.

Ceux que nous soutenons en ce moment ont des besoins considérables. Ils ont d’importants problèmes de santé mentale, et certains ont des problèmes de toxicomanie. On peut affirmer sans risque d’erreur qu’ils ont coupé bien des ponts avant d’arriver chez nous. Notre rôle, c’est d’être leur dernier recours.

Je termine en vous offrant les réflexions suivantes. En premier lieu, nous entretenons des liens robustes et efficaces avec le ministère. En second lieu, nous avons trouvé le chaînon manquant pour le rétablissement de nombreux anciens combattants dans l’Est du pays. Il s’agit d’avoir un centre de soutien qui œuvre auprès des personnes paralysées par des problèmes de santé mentale ou aux prises avec une dépendance. Comme je l’ai mentionné un peu plus tôt cette année au sous-ministre lors de sa visite, nous n’avons pas besoin d’installations coûteuses. Il ne faut rien de plus qu’une vieille maison de campagne de bonne superficie, quelques acres de terre, et un boisé. Rien de plus n’est nécessaire, car ce sont les gens qui importent — j’entends par ça ceux qui offrent le soutien : les professionnels et les pairs. Je ne connais aucun endroit du genre à l’heure actuelle dans la région du Canada atlantique. Il s’agit d’un programme facile à mettre en œuvre qui aidera nos vétérans. Il existe un certain nombre d’agences, à part la nôtre, qui sont en mesure de mettre en place un tel programme avec l’appui du gouvernement fédéral.

Je vous remercie sincèrement de m’avoir invité aujourd’hui. C’est un honneur d’être parmi des organisations telles que la Mission Old Brewery et la Good Shepherd Ministries. Je tiens en grand respect ces deux agences, ainsi que le ministère des Anciens Combattants et tous ceux et celles qui y travaillent. Merci.

La présidente : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à M. Morgan. À votre tour, je vous prie.

Glenn Morgan, directeur général adjoint, Good Shepherd Ministries : Merci. Je m’appelle Glenn Morgan et je suis directeur général adjoint de Good Shepherd Ministries à Toronto. Nous offrons divers services à la population itinérante adulte de Toronto depuis plus de 60 ans.

Nous avons pour missions d’aider les personnes itinérantes et les membres les plus négligés de notre communauté. Nous offrons une vaste gamme de programmes et de services humanitaires pour améliorer leur qualité de vie, nourrir l’espoir chez eux et promouvoir leur dignité. Notre vision : atténuer les effets de la pauvreté et travailler à mettre fin à l’itinérance chronique dans notre communauté.

Nous avons commencé à nous concentrer sur les anciens combattants sans abri après une enquête d’une journée menée en 2010 auprès de 669 clients. Parmi les personnes interrogées, 9,7 %, soit 65 personnes, se sont identifiées comme d’anciens combattants.

Suivant cette enquête, la ville de Toronto a ajouté des questions sur les anciens combattants sans-abri dans son enquête régulière d’évaluation des besoins dans les rues. En 2021, après un comptage d’une journée, la population itinérante était estimée à 7 347 personnes, dont 5 %, soit 367, ont déclaré avoir servi au sein de l’armée canadienne ou de la GRC. On estime que 52 de ces 367 anciens combattants dormaient à l’extérieur.

La prochaine enquête d’évaluation des besoins dans les rues de la ville de Toronto est prévue pour la dernière semaine d’octobre 2024, et les résultats devraient être publiés au deuxième trimestre 2025. Actuellement, la population itinérante de Toronto est estimée à 10 503 personnes. Compte tenu des résultats des trois dernières enquêtes, on peut supposer qu’il pourrait y avoir un nombre important d’anciens combattants sans abri dans les rues et les refuges de Toronto.

Nous avons commencé à ajuster nos efforts de gestion de cas pour répondre aux besoins des anciens combattants. Les domaines clés dans lesquels les anciens combattants ont besoin d’aide sont les suivants : l’accès à un logement abordable et approprié; la satisfaction des besoins fondamentaux tels que le revenu, l’identification, le logement et le soutien en matière de santé physique et mentale; le logement et le soutien après les soins; et l’intervention en cas de crise.

Depuis 2010, nous avons fourni une gestion de cas et une aide au logement à plus de 300 anciens combattants. Actuellement, nous offrons un soutien complet à 32 anciens combattants. L’année dernière, notre partenariat avec Du régiment aux bâtiments a permis à 12 anciens combattants de bénéficier d’un service d’emploi. À l’heure actuelle, sept anciens combattants en situation d’itinérance sont inscrits au programme de formation.

Nous avons récemment conclu un accord de financement avec Infrastructure Canada afin d’étendre notre soutien aux anciens combattants de Toronto qui sont en situation d’itinérance. Ce projet de quatre ans vise à prévenir et à réduire l’itinérance chez les anciens combattants, à aider à la prévention des expulsions et à promouvoir la stabilité du logement à long terme. Nous prévoyons que ce partenariat aidera 200 anciens combattants supplémentaires à répondre à leurs besoins en matière de logement.

Je vous remercie de m’avoir permis de prendre la parole aujourd’hui.

Pour m’écarter un peu de mon discours — la présidente a dit de vous laisser sur une note finale —, nous avons bénéficié d’un soutien formidable de la part d’ACC. Cependant, les programmes auxquels nous avons participé ont toujours été temporaires. Il s’agissait de projets d’une durée de trois ou quatre ans, et la difficulté est qu’il y a toujours eu des anciens combattants en situation d’itinérance dont il faut s’occuper, de sorte que nous finissons par mettre en place d’autres programmes pour essayer de tout faire tenir ensemble afin d’assurer la continuité du service. Si je devais vous laisser sur une note finale, ce serait que nous aimerions que ce programme devienne un programme de base et que son financement soit continu. Cela aiderait tous les anciens combattants qui souffrent à Toronto. Je vous remercie de votre attention.

La présidente : Merci. M. James Hughes, qui s’exprime au nom de la Mission Old Brewery, a la parole.

James Hughes, président et chef de la direction, Mission Old Brewery : Je vous remercie de votre attention. Je m’appelle James Hughes. Comme l’a dit la présidente, je suis le président et chef de la direction de la Mission Old Brewery. Nous sommes un organisme qui dessert les personnes en situation d’itinérance de Montréal depuis maintenant 135 ans. Nous existons depuis longtemps. Je suis très fier d’en être le PDG, mais je mentionnerai peut-être aussi, parce qu’il y a des Néo-Brunswickois dans la salle, que j’y ai passé un certain nombre d’années en tant que sous-ministre des services sociaux. J’ai laissé un peu de mon cœur dans cette province, que j’adore. J’aimerais également dire à M. Maddox que nous ressentons la même chose pour votre organisation.

La Old Brewery est le plus important organisme d’aide aux personnes en situation d’itinérance de Montréal, ainsi qu’aux personnes à risque d’itinérance. Nos trois grandes orientations sont, en effet, la prévention de l’itinérance, qui est peut-être un sujet dont nous aimerions discuter ensemble au cours de l’après-midi, ainsi que les services d’urgence et le logement. En fait, nous appelons cela le relogement. La plupart des personnes que nous aidons ont été logées et nous devons les aider à retrouver un logement.

Nous aidons environ un millier de personnes par jour dans cet ensemble de services offerts dans 15 installations et avec 300 employés. C’est une organisation qui a connu une croissance massive, comme tant d’autres au cours de la pandémie et, malheureusement, elle continuera à croître parce que le besoin est si grand. À Montréal, il y a 5 000 personnes qui seront sans abri ce soir, au minimum.

Juste avant de passer le micro à ma chère collègue Mme Huguet, je dirai que selon le dernier dénombrement dans la rue, tout comme à Toronto, 5 % de la population ici était considérée comme des anciens combattants. Nous avons un programme spectaculaire qui s’appelle Les Sentinelles, qui soutient les vétérans depuis 2017, et Mme Huguet vous en parlera.

[Français]

Morgane Huguet, directrice adjointe, Opérations, Développement et services de soutien au logement, Mission Old Brewery : Bonjour. Je suis Morgane Huguet et je suis directrice adjointe des services de soutien au logement de la Mission Old Brewery. J’ai le privilège de vous présenter le programme Les Sentinelles.

Ce programme s’adresse aux vétérans et vétéranes des Forces armées canadiennes qui sont en situation d’itinérance ou qui sont à risque de l’être. Il a été créé en 2017, donc il y aura bientôt huit ans que l’on travaille sur ce programme.

Concrètement, nous proposons surtout un accompagnement psychosocial. Nous avons actuellement une équipe mobile attitrée à ce programme qui peut se déplacer là où les vétérans se trouvent et qui essaie de travailler à partir de leur milieu de vie, pour les aider à aller vers le logement et, surtout, les aider à s’y maintenir.

Au moyen de l’emménagement, il existe aussi une possibilité de les soutenir financièrement pour une première épicerie, l’achat d’ameublement et le paiement du loyer grâce à une petite subvention. Sur le plan de l’accompagnement, nous n’avons pas de durée limitée ou déterminée. Dans cette optique, on peut accompagner et soutenir le vétéran dans sa stabilité résidentielle.

Les profils sont réellement variés : nous avons des personnes plutôt jeunes ou âgées, qui présentent des enjeux de santé mentale et physique, des problématiques de dépendance, de précarité financière, d’isolement, et qui sont en situation d’itinérance depuis longtemps ou sont à risque de l’être.

Les objectifs de notre programme se déclinent en trois niveaux.

D’abord, nous travaillons fort à identifier efficacement les vétérans, car rien ne permet de distinguer, dans la population, un vétéran en situation d’itinérance.

Ensuite, nous essayons de favoriser l’autonomie de la personne et de casser la chronicité de sa situation d’itinérance, et nous tentons de l’aider à se réaffilier de façon durable en favorisant son autonomie.

Enfin, nous accompagnons et référençons le vétéran autour de la stabilité résidentielle en faisant en sorte de mettre un filet de sécurité autour de lui pour qu’il ne retombe pas dans la rue.

Depuis 2017, ce sont environ 50 vétérans que nous avons pu accompagner grâce au programme, et 90 % de nos participants sont relogés actuellement.

Merci pour ce droit de parole.

La présidente : Merci bien.

[Traduction]

Nous allons maintenant passer aux questions. Afin de maximiser le nombre de questions dans le temps imparti, quatre minutes seront allouées à chaque question, y compris la réponse. Je demande à mes collègues de poser des questions succinctes et d’identifier le témoin à qui elles s’adressent. J’aimerais permettre à notre vice-président, le sénateur Richards, de poser la première question.

Le sénateur Richards : Merci beaucoup. Merci à tous d’être présents aujourd’hui.

Monsieur Maddox, vous avez parlé de ponts coupés. Les vétérans qui viennent dans votre refuge doivent être à bout de nerfs. Ils doivent souffrir du trouble de stress post-traumatique, ou TSPT, depuis longtemps, et de crises récurrentes. Je me demande simplement comment vous gérez cette situation au départ. Comment vous occupez-vous d’un tel vétéran lorsqu’il arrive dans votre refuge?

M. Maddox : Comme nos deux collègues, nous utilisons dans la plupart des cas un programme de prévention et de déjudiciarisation afin de déterminer si les personnes concernées ont effectivement besoin d’hébergement. Il faut donc communiquer avec la famille et les aidants naturels pour voir s’il existe toujours un lien avec eux. Pour certaines personnes, c’est le cas. Cependant, ce n’est pas le cas pour la plupart d’entre elles. Alors, nous les accueillons et commençons à travailler avec elles pendant 24 heures, comme l’indique notre modèle, le continuum.

Ces anciens combattants rencontrent d’abord le directeur du refuge pour hommes et le planificateur de transition. Leur rôle est d’exposer la situation pour que nous puissions déterminer le travail à faire, les liens devant être établis et les types de défis à relever. Ont-ils des problèmes de dépendance, etc.? À partir de ce stade, nous connaissons la personne qui se trouve devant nous et notre conseiller en santé mentale pourra commencer à travailler avec elle pour traiter ses différents problèmes, qu’il s’agisse du syndrome de stress post-traumatique, de dépression ou d’anxiété.

Tout à l’heure, M. Morgan et moi discutions du fait que la dépendance n’est pas le problème le plus important auquel nous sommes confrontés. Il s’agit d’enjeux de santé mentale purs et simples. Monsieur le sénateur, vous et le sénateur McNair savez que le système de santé mentale au Nouveau-Brunswick est loin d’être optimal. Essayer d’atteindre la stabilité est un énorme défi pour eux.

Nous commençons par examiner l’aspect de stabilisation, puis commençons à considérer les différentes options de logement. Devons-nous sélectionner l’un de nos appartements de transition ou plutôt un logement potentiellement subventionné? En fait, nous avons plus de succès avec les logements qui se trouvent sur le marché. Alors, nous les y installons, puis notre équipe d’aide au logement commence à travailler avec eux. Lorsqu’un ancien combattant nous demande de l’aide, nous effectuons un suivi pendant l’année qui suit leur installation dans un logement permanent pour nous assurer que tout continue de bien aller.

Le sénateur Richards : Merci beaucoup.

Croyez-vous qu’un programme national permanent pourrait vous aider ou créerait-il un trop important fardeau administratif? Vous semblez être axé sur l’action. Quelles seraient les répercussions d’avoir trop de bureaucratie sur votre fonctionnement?

M. Maddox : La bureaucratie fait partie des éléments que nous tenons pour acquis. Il y en aura toujours un certain niveau. Tout comme mes collègues, je ne crains pas de devoir rendre des comptes. Nos organisations en bénéficient grandement. Cela ne nous pose aucun problème.

Comme M. Morgan l’a mentionné plus tôt, il serait merveilleux de ne pas constamment devoir soumettre des demandes. Ce n’est pas que je n’aime pas préparer des demandes de 14 ou 15 pages, mais il serait génial de pouvoir en remplir une et de l’envoyer, puis de rendre des comptes sur une base trimestrielle ou semestrielle, selon l’efficacité. Notre situation actuelle crée de la confusion puisque nous avons une première organisation responsable, le ministère des Anciens Combattants, puis une deuxième, le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, qui est un organisme totalement différent. Il serait à notre avis plus logique de relever du ministère des Anciens Combattants.

Le sénateur Richards : Merci beaucoup.

La présidente : Merci beaucoup. C’est excellent.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie tous d’être ici, en personne et virtuellement. J’ai quelques questions à poser. Je ne suis pas certaine qu’elles seront aussi cohérentes que je le souhaiterais. J’aimerais les poser et entendre l’opinion de chacun d’entre vous.

L’une des choses dont nous avons entendu parler, et que j’aimerais mieux comprendre, est le fait de savoir si les personnes qui viennent vers vous et qui ont servi s’auto-identifient. Sont-elles à l’aise de le faire? S’agit-il d’un élément qui demeure un défi à surmonter pour que nous puissions atteindre les personnes qui ont besoin de notre aide?

Vos données vous indiquent-elles que ces personnes se présentent dans les mois suivants la fin de leur service ou plutôt la première ou deuxième année qui suit? Constatez-vous plutôt qu’ils arrivent 3, 6 ou 10 ans plus tard? Cela signifierait qu’elles ont pris un bon départ, mais que les choses se seraient par la suite effondrées?

Avant de conclure, monsieur Morgan, nous serions heureux de recevoir le rapport d’évaluation des besoins de votre part au début de l’année prochaine. Il serait opportun pour le travail que nous effectuons.

Je vais commencer par ceci. Si vous pouviez intervenir, ce serait formidable. Je vais ensuite creuser un peu.

M. Morgan : Dans bien des cas, les personnes que nous rencontrons ne s’identifient pas comme des anciens combattants. C’est à nous de leur dire qu’ils ont droit à certaines choses, même après l’entraînement de base. Comme l’a dit mon collègue, nous procédons à l’évaluation, nous disposons d’une clinique sur place et d’un psychiatre qui peut nous aider. Mais pour répondre à votre question, certains vétérans ne s’identifient pas comme tels. Il faut leur arracher cette information.

En ce qui concerne la durée, il s’agit généralement d’un cycle de cinq ans, au terme duquel les choses commencent à se gâter pour eux. La dépression s’installe, ce genre de choses, et ils ont du mal à s’adapter à la vie civile.

Oui, bien sûr, nous vous donnerons des informations sur l’évaluation des besoins dans les rues lorsqu’elle sera prête dans le courant du mois.

La sénatrice M. Deacon : Merci.

M. Maddox : Je suis d’accord avec M. Morgan. Dans environ 30 % des cas, nous devons leur faire comprendre. C’est une question de temps. Ensuite, il s’agit de développer une relation avec notre personnel. Ils viennent nous voir dans un état paranoïaque, parfois délirant, avec une dépression ou de l’anxiété — ce sont les plus courants. Il faut parfois un certain temps pour qu’ils commencent à nous faire confiance et à se sentir à l’aise avec nous.

Les dénombrements ponctuels seront publiés au Nouveau-Brunswick en novembre et seront probablement prêts au printemps de l’année prochaine. Nous pourrons également saisir des données dans ce cadre. Dans notre province, c’est le Human Development Council de Saint John qui s’en charge, et je suis sûr que c’est le cas ailleurs.

Nous recevons des anciens combattants de tous les horizons, de ceux qui sont sortis depuis deux ou trois ans à ceux qui ne savaient pas qu’ils étaient anciens combattants jusqu’à un âge avancé. Ils se présentent en trébuchant et nous nous asseyons pour leur poser la question. Le spectre est assez large, mais il ressemble beaucoup à ce que M. Morgan observe à Toronto.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie. Avez-vous quelque chose à ajouter, monsieur Hughes ou madame Huguet?

M. Hughes : Mme Huguet peut peut-être parler du profil de certaines des personnes qui arrivent. La question de la durée entre le service et le moment où l’on frappe à la porte des services d’urgence est excellente. Nous entendrons Mme Huguet à ce sujet.

L’identification est probablement le problème le plus important en ce qui concerne l’aide aux anciens combattants. Les anciens combattants sont généralement réticents à lever la main et à dire qu’ils sont d’anciens membres des forces armées, à quelque titre que ce soit. Il faut se poser la question : Pourquoi sont-ils si réticents à le faire? Deux raisons sont généralement invoquées.

Tout d’abord, ils font partie de la classe de ceux qui prennent soin des autres, et non pas de ceux dont les autres doivent prendre soin. Ils ont honte de dire qu’ils sont d’anciens membres des services, car cela va presque à l’encontre de leur identité personnelle. Cette question de l’identité est compliquée.

L’autre raison est presque exactement l’inverse. Ils ont eu une très mauvaise expérience des forces armées. Ils n’ont pas été soutenus lorsqu’ils en avaient besoin. Ils ont eu un début de maladie mentale ou des problèmes de toxicomanie chronique. Ils n’ont pas été soutenus lorsqu’ils en avaient besoin et refusent donc d’y être associés.

Dans certains cas, il s’agit à la fois de la haine et de la honte. C’est une question complexe. Elle sera examinée au cas par cas.

Nous avons la capacité de soutenir environ 30 personnes dans notre programme à tout moment, mais nous savons que le besoin est d’environ 5 % de ce minimum de 5 000 personnes. Il s’agit de centaines de personnes, et nous n’en aidons que quelques dizaines. C’est la différence entre le nombre de personnes qui lèvent la main pour dire, « Je suis un ancien combattant et j’ai besoin d’aide ».

[Français]

Mme Huguet veut peut-être ajouter quelques éléments?

Mme Huguet : Je n’ai pas de statistiques précises en ce qui concerne la durée entre les moments où la personne cesse son service militaire et tombe dans l’itinérance et le moment où elle accepte de l’aide. On n’identifie pas un vétéran dans la population générale parce qu’il a quelque chose sur le visage qui témoigne du fait qu’il est vétéran.

On travaille beaucoup sur la sensibilisation. On va poser la question non seulement dans nos formulaires de référence lors du premier accueil, mais aussi directement à la personne, parce que d’elle-même, elle ne s’auto-identifie pas comme étant un vétéran ou une vétérane. C’est un gros travail que l’on fait au sein de nos services d’urgence, de nos services de prévention et de nos partenaires. Nous insistons sur le fait qu’il faut poser la question, mais pas en demandant si la personne est vétérane, car certaines ne vont pas se reconnaître dans ce mot. On doit bien choisir ses mots quand on demande : « Est-ce que tu as fait partie des Forces armées canadiennes? » À ce moment-là, la personne sera un peu plus portée à dire que oui, effectivement, elle a servi dans les Forces canadiennes que si on lui dit le mot « vétéran ». Le choix des mots est aussi important.

[Traduction]

Le sénateur Yussuff : Je remercie tous les témoins.

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour le travail incroyable que vous accomplissez au nom du pays, mais aussi pour les anciens combattants. Vous travaillez dans l’ombre, et je pense que vous pouvez éclairer les travaux de nos comités et mener à des changements fondamentaux.

J’ai entendu différentes choses, et je ne veux pas perturber la fructueuse collaboration que vous entretenez avec ACC. Cependant, il va sans dire que vous avez absolument besoin d’un financement stable pour accomplir votre travail avec succès et aider ceux qui frappent à votre porte.

Nous avons entendu le témoignage d’anciens combattants en comité. Ils nous ont parlé de leur expérience avec ACC et de la façon dont ils entendent parler des programmes à leur disposition. Bon nombre de personnes qui se prévalent de votre programme ne se tournent pas vers ACC en premier. Elles vont vous voir, et c’est vous qui leur dites qu’elles ont droit à des services.

Est-ce que ACC pourrait faire quelque chose pour améliorer la situation des anciens combattants qui quittent les forces armées? Que pourrait faire le ministère pour qu’ils soient au courant des services à leur disposition et de la façon dont ils peuvent s’en prévaloir partout au pays, sachant que, assez souvent, les gens viennent vous voir quatre ou cinq ans après avoir quitté les forces armées? Il y a un grand écart entre cette réalité et ce qu’ils vivent. Que pourrait faire ACC pour améliorer la prestation de services à ces anciens combattants une fois qu’ils ont quitté les forces armées?

M. Morgan : Avant le début de la réunion, nous discutions de la transition du service militaire vers la vie civile. Il serait très utile pour tout ancien combattant de pouvoir se tourner vers un programme de base qui l’orienterait vers une agence dans la région où il se trouve en cas de difficultés. Parfois, les anciens combattants ont l’impression d’avoir été poussés vers la sortie sans les outils dont ils ont besoin pour s’adapter à leur nouvelle vie. La procédure de départ pourrait être mieux adaptée pour qu’ils sachent que de l’aide existe, même après leur carrière militaire.

M. Maddox : Je me ferai l’écho de ces commentaires. Nous parlions du processus de départ des forces armées. Les forces armées consacrent beaucoup de temps à préparer un soldat aux engagements militaires auxquels il pourrait participer. Elles accueillent un citoyen normal et doivent lui apprendre à tuer. Elles doivent l’aider à franchir cette barrière psychologique que nous apprenons à ne pas franchir dès l’enfance, et elles y arrivent très bien. Elles ont toutefois du mal, selon moi, à faire le chemin inverse et à préparer le soldat à retourner à la vie civile.

Il est intéressant de constater que le ministère des Anciens Combattants dirige de plus en plus de gestionnaires de cas vers nous. Ces gestionnaires de cas travaillent avec des militaires qui vont vivre un rude départ des forces armées. Ils nous appellent pour nous dire qu’une personne est sur le point de quitter les forces armées et savoir ce que nous pouvons faire. Nous leur demandons où se trouve cette personne. Nous nous engageons à l’accueillir au refuge et à travailler avec elle pour que sa situation se stabilise et qu’elle puisse repartir le plus rapidement possible.

Notre modèle consiste à ne pas simplement installer quelqu’un dans un appartement en espérant que tout se passera bien, car ce n’est généralement pas le cas. Nous passons du temps avec les gens, nous les aidons à renouer avec le monde qui les entoure, nous leur trouvons un logement et nous les soutenons ensuite pendant un an.

ACC a fait du très bon travail. Nous avons appris au fil des ans, comme je l’ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, qu’il est essentiel de tisser des liens dès le départ. Nous connaissons nos responsabilités respectives et savons ce que l’autre fera. Nous savons qu’il existe des contraintes. Nous connaissons nos limites. Nous nous faisons confiance et collaborons de façon assez efficace.

La présidente : Je pense qu’il s’agit d’une question importante. Même si nous dépassons quelque peu le temps imparti, c’est une excellente réponse. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je donnerais la chance aux représentants de la Mission Old Brewery de répondre également. Merci. Nous y reviendrons. Je pense que ce sera une bonne question. Vous avez la parole.

M. Hughes : Merci. Je suis d’accord. C’est une excellente question, et, à bien des égards, c’est « la » question.

Soyons réalistes. Si vous frappez à la porte des Refuges pour sans-abri de Fredericton, de la Good Shepherd Ministries ou de la Mission Old Brewery, vous risquez de vivre votre traumatisme à nouveau ou d’intensifier un traumatisme que vous avez vécu. Il n’est pas facile d’être itinérant. C’est difficile. Nous connaissons les taux de morbidité et de mortalité au sein de la population itinérante. Nous voulons que les gens échappent à l’itinérance à tout prix. Il est essentiel d’élaborer des mesures de prévention qui visent les personnes libérées des forces armées.

Comme je l’ai déjà dit, la Mission Old Brewery offre des programmes de prévention. Ces programmes dépendent toutefois de partenariats avec des spécialistes des situations qui mènent à l’itinérance : les personnes qui sortent des prisons provinciales, les demandeurs d’asile, les personnes qui finissent un traitement, et cetera. Dans ces cas-là, il n’y a vraiment aucune différence avec les forces armées.

Des outils peuvent être utilisés pour déterminer si une personne risque de se retrouver en situation d’itinérance. Ici, au Québec, nous utilisons un outil — un instrument au sujet duquel nous pouvons fournir des renseignements — qui permet d’évaluer de manière objective le risque de tomber dans l’itinérance. Il est alors possible d’intervenir en amont et d’établir un lien avec une personne avant qu’elle ne frappe à la porte des services d’urgence et de l’accompagner pour l’aider à trouver un logement communautaire plus convenable et plus sûr, et mieux adapté, dans l’ensemble, que tout ce qu’elle pourrait... Malgré l’excellent travail et le professionnalisme des organismes, tout le monde veut ce que vous et moi avons. C’est aussi ce que nous voulons pour nos anciens combattants, même s’ils risquent à tout moment de se retrouver en situation d’itinérance.

Je pense qu’il est grand temps d’élaborer une politique de prévention efficace.

La présidente : Merci beaucoup.

Le sénateur McNair : Comme mon collègue, le sénateur Yussuff, je remercie les participants de leur présence et du travail qu’ils accomplissent dans le domaine de l’itinérance et, plus précisément, dans le domaine qui nous occupe aujourd’hui : le travail avec les anciens combattants.

Monsieur Maddox, vous avez dit que vous n’avez pas pour priorité de trouver un logement pour les anciens combattants et que, depuis toujours, vous cherchez à offrir un havre accueillant.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est rafraîchissant d’entendre des commentaires très positifs de la part de chacun d’entre vous à propos du ministère des Anciens Combattants. Nous n’entendons pas cela très souvent à ce comité. Je m’en réjouis.

Aidez-moi à comprendre ce que vous faites lorsqu’un ancien combattant qui s’est identifié comme tel se présente dans l’un de vos refuges. Comment faites-vous pour amener le ministère des Anciens Combattants à participer aux efforts, s’il ne l’a pas déjà fait? Que faites-vous, plus concrètement?

M. Maddox : Une fois que les anciens combattants ont rencontré le spécialiste de la prévention et de la déjudiciarisation à leur arrivée... je répète que certains n’établiront qu’ils sont des anciens combattants que quelques semaines après leur arrivée. Nous l’apprenons plus tard. Une fois que cela a été déterminé, nous entamons un processus que nous avons mis au point avec ACC. Les anciens combattants doivent remplir un formulaire de consentement et un autre formulaire pour nous autoriser à transmettre des renseignements à leur sujet à ACC. En général, ils nous disent que cela leur importe peu, car ce processus aura une conclusion heureuse, et que c’est donc une bonne chose.

Nous envoyons ensuite les deux documents à ACC. Les représentants du ministère nous répondent très rapidement. Le délai le plus long est de deux ou trois jours. Ils nous disent : « Oui, un ancien combattant est avec vous. C’est sérieux. Qu’allons-nous faire? » Nous commençons alors à travailler avec les gestionnaires de dossiers d’ACC et essayons d’évaluer où en est l’ancien combattant dans son parcours. Est-il au début, à la fin, à mi-parcours? Quelle est l’ampleur de son traumatisme? Qu’allons-nous faire pour améliorer son sort?

ACC examine la situation à plus long terme et la manière dont nous pouvons aider l’ancien combattant à progresser. Est-ce qu’il reçoit les paiements, sa pension, et cetera? De notre côté, nous essayons de déterminer s’il y a un problème de drogue. Si ce n’est pas le cas, tant mieux. Il s’agit alors d’un problème de santé mentale. Nous pouvons ensuite commencer à les aider.

Certains anciens combattants se sentent à l’aise dans notre environnement. Nous avons une grande salle qui ressemble à un dortoir. Elle n’est pas belle, mais elle nous permet de remplir notre mission. Certains anciens combattants s’y sentent rassurés. Ils sont habitués à cet environnement en raison de leurs années dans l’armée. D’autres ne s’y sentent pas à l’aise et n’y resteront pas. Dans ces cas-là, nous trouvons des solutions de rechange. Nous leur trouvons une chambre dans un motel. L’hiver dernier, un homme s’était installé dans une caravane. Ce n’était pas l’idéal. Nous avons toutefois fait passer un cordon d’alimentation par la fenêtre, nous l’avons branché à la caravane et il a pu s’y installer. Il était pratiquement connecté au refuge. Nous lui avons donné des cartes pour acheter de la nourriture et de l’essence. Il venait à l’intérieur pour prendre sa douche, par exemple. Nous lui avons finalement trouvé un logement, car c’est ce dont il avait besoin.

Nous avançons à un rythme qui convient aux anciens combattants et non à un rythme que nous leur imposons ou qu’ACC ou qui que ce soit d’autre leur impose. On ne peut pas les forcer à faire quelque chose. Nous les laissons aller et, tout au long de leur parcours, notre travail consiste à les accompagner, à leur tenir la main, à les encourager ou, de temps en temps, à les motiver plus vigoureusement. Dans l’ensemble, nous essayons de les faire progresser à leur rythme vers un logement; il peut s’agir de l’un de nos logements de transition où logent un ou deux anciens combattants. Ils peuvent ensuite poursuivre leur chemin.

Nous les accompagnons depuis le moment où ils sonnent à notre porte jusqu’à un an après leur départ du refuge. Cela demande beaucoup de travail et des sommes importantes, mais les éléments essentiels sont tous là : les mesures de soutien et les gens. Nous disposons de quelques fonds que nous pouvons utiliser de façon plus souple et qui nous permettent de faire ce que nous voulons. Par exemple, un ancien combattant qui a besoin de cartes d’identité, de son premier mois de loyer, d’un dépôt de garantie contre les dommages, d’une carte pour l’essence, pour l’épicerie ou d’argent pour réparer son camion, peu importe, peut venir me voir et j’accepterai sa demande ou pas, et c’est tout. On me surnomme souvent « M. Non », mais il m’arrive de dire oui aux anciens combattants et de les aider. Il y a beaucoup de choses différentes.

La capacité d’agir rapidement est notre force, alors qu’ACC, comme je l’ai dit dans ma déclaration préliminaire, agit plus lentement. Par contre, dès que le ministère s’y met, il est impressionnant. Il est formidable et se soucie des autres. Les gens avec lesquels nous travaillons sont honnêtes et il est facile de travailler avec eux. Cependant, il y a des choses qu’ils peuvent faire et d’autres qu’ils ne peuvent pas faire. À certains égards, nous gérons les attentes des anciens combattants. Le ministère ne va pas tout faire à leur place, mais il peut aider, et c’est là que nous intervenons.

Le sénateur McNair : Je vous remercie.

La présidente : C’est excellent.

Je vais me prévaloir de la prérogative de la présidence. J’aimerais beaucoup en savoir plus. Vous avez tous parlé d’Infrastructure Canada. Vous avez soulevé quelques points à cet effet.

J’ajouterai aussi que nous savons que les identités des anciens combattants sont en train de changer. Généralement, nous pensons qu’un ancien combattant est un homme blanc. Or, de plus en plus de femmes, d’Autochtones, de minorités visibles et de personnes de la communauté 2ELGBTQIA+ travaillent désormais à la GRC et dans les forces armées, et leurs besoins en matière de logement sont différents.

J’ai deux questions. Alors que vous examinez la façon de faciliter la transition de ces personnes, dans chacun de vos domaines, vers des programmes de logement plus sûrs, comment les recensez-vous? Infrastructure Canada vous aide-t-il à financer les besoins uniques de ces groupes qui sont souvent terriblement difficiles à trouver? Commençons par les représentants de la Mission Old Brewery. Nous passerons ensuite aux autres témoins. La parole est à vous.

M. Hughes : Je pense que Mme Huguet est mieux placée que moi pour répondre à cette excellente question.

[Français]

Mme Huguet : Actuellement, les personnes qui bénéficient du programme sont surtout des hommes. On n’a pas encore vraiment de femmes. Ce n’est pas faute de faire de la sensibilisation, mais c’est une population qu’on n’arrive pas encore à rejoindre, même si on est convaincu qu’elle existe.

Pour tenir compte des besoins et adapter le logement le mieux possible, il faut faire une évaluation pour savoir où en est la personne, comme on en parlait plus tôt. A-t-elle besoin de passer par la transition d’abord, de participer à des programmes un peu plus supervisés au départ, pour ensuite se diriger vers des logements adaptés et autonomes? On pourra évaluer le tout et agir en partenariat au sein de la Mission Old Brewery, puisqu’on a divers programmes de logement qui sont adaptés en fonction de l’autonomie de la personne. On va essayer de valoriser cela et de voir où en est la personne, selon ses besoins. On prendra le temps, avec elle, de la faire évoluer et cheminer vers cette autonomie.

On regardera tout ce qui a trait au logement une fois que la personne est installée. Infrastructure Canada, qui est l’une de nos sources de financement, nous permettra d’obtenir cette fameuse subvention afin d’équiper la personne et de personnaliser cet équipement. Il faut également déterminer de quel type de meubles et d’épicerie elle aura besoin et quelle subvention au logement sera adaptée à ses revenus. Il est très important de pouvoir adapter cette subvention au logement.

Pour l’instant, la subvention dure trois ans. Or, elle mériterait de durer plus longtemps, parce que certains vétérans ont besoin de plus de temps pour se stabiliser. Trois ans, c’est tout un défi. Malheureusement, on ne peut pas mettre les personnes au défi de se stabiliser en seulement trois ans, d’autant plus que notre accompagnement, comme je le disais, n’a pas de limite de temps. Il faut donc s’adapter aussi longtemps que possible à leurs besoins.

[Traduction]

La présidente : Monsieur Morgan ou monsieur Maddox, aimeriez-vous ajouter quelque chose à ce sujet? J’essaie de comprendre le fonctionnement de cette collaboration avec Infrastructure Canada en ce qui a trait aux anciens combattants en général et en particulier à ceux avec une intersectionnalité des identités, qui sont plus difficiles à trouver, comme l’a dit Mme Huguet.

M. Morgan : Comme c’est le cas à Montréal, la plupart des anciens combattants avec lesquels nous travaillons sont des hommes. Il y a une diversité de gens, mais, comme mes collègues l’ont dit, nous sommes axés sur le client. Nous n’avons pas de programme préétabli. Nous travaillons avec les anciens combattants pour déterminer ce qui va leur convenir.

Ensuite, à Toronto, nous avons la chance de pouvoir compter sur un bon réseau de refuges, ce qui nous permet d’entrer en contact avec les anciens combattants. Des travailleurs sociaux se rendent dans chaque refuge et encouragent ceux qui ont précisé être des anciens combattants à se prévaloir de notre programme. Nous entretenons également des liens étroits avec la légion locale. Elle est bien au fait de notre travail et oriente elle aussi des gens vers nous.

J’aimerais aussi ajouter que nous faisons à peu près tout ce que font mes collègues, mais nous comptons aussi des anciens combattants parmi nos employés qui offrent du soutien par les pairs. Nous organisons beaucoup de thérapies de groupe. Cela semble aider les anciens combattants d’entendre qu’ils vivent les mêmes choses que d’autres, surtout lorsqu’ils ressentent de l’anxiété.

Je répète ce qui a été dit : des gens bénéficient de subventions pour le loyer, et le processus est long. Ce n’est pas une approche uniforme. Si le programme prend fin dans quatre ans, nous pourrions devoir aider des personnes à faire la transition vers un autre programme. C’est le plus grand défi que nous ayons à relever.

Bien entendu, Infrastructure Canada nous oblige à rendre des comptes. C’est avec eux que nous avons conclu l’accord et défini certains paramètres de reddition de comptes, ainsi que des paramètres qu’ils veulent que nous respections pour avoir l’assurance que leur argent est utilisé à bon escient.

La présidente : Merci beaucoup. Monsieur Maddox, je vous donne la dernière minute.

M. Maddox : Je dirais à peu près la même chose que M. Hughes et M. Morgan en ce qui concerne la façon de s’occuper des gens.

Notre relation avec Infrastructure Canada est très récente. Au début, elle était un peu tendue en raison de certaines des conditions que le ministère voulait inclure dans le contrat, mais que nous ne pouvions pas respecter. La relation a été un peu difficile au commencement. Il y a eu des tensions lors de quelques réunions, comme c’est le cas de temps en temps, mais nous avons réussi à aplanir les difficultés, je pense, et nous voyons maintenant comment cette relation va se développer. C’est une relation très différente de celle à laquelle nous sommes habitués avec ACC, Service Canada et le programme Vers un chez-soi. C’est une relation en évolution. Si vous m’en reparlez dans un an, je vous dirai ce qu’il en est.

La présidente : Merci beaucoup.

Chers collègues, nous allons maintenant passer à un tour de trois minutes afin de pouvoir poser le plus de questions possible durant le temps qu’il reste.

La sénatrice M. Deacon : Je voudrais poser une question, et je vais dévoiler un peu de ma vie en vous la posant. C’est une question que je me suis posée et je pense que vous pourriez m’éclairer.

Pendant plusieurs années, j’ai rendu visite à mon beau-père dans un refuge pour sans-abri et je me suis occupée de lui. Chaque semaine, je me rendais à London, Owen Sound ou Toronto, et je passais du temps dans un refuge pour itinérants. J’ai appris beaucoup de choses. J’ai appris qu’il existe une sous-culture au sein de ces refuges. En observant et en écoutant, j’ai découvert qu’il y avait même une hiérarchie, comme dans d’autres établissements. Je me demande si vous pouvez me parler un peu des anciens combattants qui se trouvent dans des refuges pour sans-abri. Est-ce qu’ils révèlent qu’ils sont des anciens combattants? Occupent-ils une place particulière dans la hiérarchie parce qu’ils ont servi leur pays? Je déteste généraliser, mais c’est une chose à laquelle j’ai pensé en écoutant les témoins. Il y a peut-être un type incroyable qui arrive et qui devient le porte-parole du troisième étage. Il existe une véritable dynamique, et c’est vraiment toute une chose à observer. Je me demande si vous pouvez me dire s’il se produit quelque chose d’unique ou de particulier, une fois que ces gens sont dans ces endroits et qu’ils reçoivent le soutien nécessaire, dans la manière dont ils établissent des liens avec d’autres personnes dans ces refuges ou ces établissements.

La présidente : Qui veut répondre en premier?

M. Morgan : En ce qui concerne la hiérarchie au sein des refuges, je peux vous dire que nous surveillons les comportements. Il existe des règles. Nous nous considérons tout de même comme des endroits peu restrictifs, mais s’il y a des risques pour la sécurité du personnel et des autres, nous trouvons des solutions. Nous avons la chance de gérer un programme au sein d’un hôtel, ce qui nous permet d’isoler, si je puis dire, les personnes qui ont de la difficulté à vivre en groupe. Parfois, nous les dirigeons vers un hôpital si elles ont de très mauvais comportements, mais je ne pense pas qu’on observe ce genre de comportements chez les anciens combattants. Ceux que nous avons rencontrés ont tendance à ne pas parler de leur passé, et, s’ils sont dans un refuge, ils n’ont pas l’habitude de parler des raisons pour lesquelles ils s’y trouvent. J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice M. Deacon : Votre réponse est très utile. Merci.

La présidente : Je suis terriblement désolée. Je vais vous donner une autre chance parce que nous approchons de la fin de la réunion. Je vais demander aux autres sénateurs de poser leurs questions à tour de rôle, puis vous pourrez continuer de répondre à la question de la sénatrice Deacon et éventuellement répondre aux questions de mes collègues.

Le sénateur Yussuff : Infrastructure Canada consacre un quart des fonds qu’il reçoit à l’administration. Il reçoit beaucoup d’argent, et un quart de cet argent est consacré à son administration. Cet argent ne va pas aux anciens combattants parce qu’il l’utilise. Compte tenu des défis que nous devons relever pour répondre aux besoins des anciens combattants dans tout le pays, en particulier ceux en situation d’itinérance, je n’arrive toujours pas à comprendre cette logique, à comprendre pourquoi un quart de l’argent va à l’administration, alors qu’il me semble que si vous n’aviez qu’un seul endroit où vous adresser, vous vous tourneriez vers ACC et lui diriez : « Voici mes besoins; aidez-moi à les combler. »

Monsieur Maddox, je vous ai entendu dire — j’essayais de réfléchir à cela — qu’il serait très bien d’avoir un centre de rétablissement dans la collectivité, car cela répondrait à de nombreux besoins. Je reconnais que pour beaucoup d’anciens combattants dans l’ensemble du pays, que ce soit à Montréal, à Toronto ou ailleurs, il est essentiel qu’ils se rétablissent afin de retrouver une vie normale. Sans la présence de centres de rétablissement, comment pouvons-nous aider les anciens combattants à retrouver une vie normale? Si vous pouviez nous faire part de vos réflexions générales à cet égard, cela nous aiderait dans notre réflexion sur le contenu de notre rapport.

Le sénateur Richards : Je vous remercie encore une fois pour votre présence aujourd’hui.

On a répondu à ma question, mais j’en ai noté une autre. L’année dernière, nous avons mené une étude sur les effets de certaines drogues utilisées pour atténuer les problèmes liés au SSPT, à l’anxiété et à la dépression. L’une d’entre elles était la psilocybine, une autre la MDMA, et enfin, le cannabis. Plusieurs témoins des forces armées américaines et canadiennes ont déclaré qu’ils seraient perdus et désespérés s’ils ne disposaient pas de ces drogues. Je n’ai pas été en contact avec des militaires comme vous l’avez été, et je me demande donc ce que vous pensez de ces drogues qui aident à atténuer la dépression, l’anxiété et, comme l’a dit une personne, les pensées suicidaires.

Le sénateur McNair : Mon collègue, le sénateur Yussuff, a parlé d’un centre de rétablissement. Monsieur Maddox, vous avez dit que c’est le chaînon manquant selon vous. Monsieur Morgan et monsieur Hughes, je suppose que le programme Du régiment aux bâtiments était à vos yeux le chaînon manquant. J’aimerais obtenir plus de détails par écrit sur le succès de ce programme, sur son financement, qu’il provienne du gouvernement fédéral ou de la province, ou des deux, et sur les autres ressources qui pourraient éventuellement vous aider.

La présidente : Il nous reste cinq minutes. Nous allons commencer par les représentants de la Mission Old Brewery, s’ils désirent prendre un peu de temps pour répondre à certaines questions, puis nous laisserons le mot de la fin aux autres témoins.

M. Hughes : Je peux aborder quelques points.

Tout d’abord, je suis navré que la sénatrice ait dû passer du temps dans un refuge. Ce n’est pas une chose facile. Vous avez cependant beaucoup appris et vous avez tout à fait raison de dire qu’il existe des cultures et des sous-cultures dans chaque organisation, y compris la nôtre et celle de nos collègues, certes.

Je tiens à dire, et je pense que c’est le cas dans les villes, que nous ne souhaitons pas que les gens passent du temps dans les refuges. Nous voulons qu’ils vivent dans un meilleur endroit où ils peuvent construire une communauté et nouer des relations. Des programmes tels que le Programme des sentinelles, comme l’a dit Mme Huguet, parviennent très bien à empêcher les récidives, précisément parce que le soutien communautaire dans les logements permet de s’assurer que les gens puissent reconstruire leur vie. Ce n’est qu’une réflexion sur le sujet.

J’ajouterais que nous essayons de ne plus nous qualifier de refuge. Cette idée de refuge... Je ne veux pas porter de jugement, au contraire, mais nous essayons d’aller au-delà de l’idée qu’on se fait d’une organisation au service des sans-abri, c’est-à-dire un endroit où on fait la queue, où on sert du macaroni au fromage et où on trouve des dortoirs. Il est temps de changer cette image, d’apporter une plus grande dignité à ces endroits et de grandement faciliter le travail clinique afin d’accompagner les gens beaucoup plus rapidement vers une vie meilleure. C’est la première chose à faire.

Deuxièmement, au Québec, Infrastructure Canada transfère beaucoup de fonds au gouvernement provincial. Nous n’entretenons pas — qu’il s’agisse du programme Vers un chez-soi ou d’autres programmes — une relation directe avec Infrastructure Canada en ce qui a trait à notre financement. Notre Programme des sentinelles est financé directement par Anciens Combattants, ce qui nous permet d’entretenir d’excellentes relations avec ce ministère. Une période de financement de quatre ou cinq ans est une longue période pour nous. Nous aimerions bénéficier d’un financement de base, soit dit en passant. Dans certains cas, c’est ce genre de financement que nous recevons de la part du gouvernement du Québec. Nous aimerions cependant bénéficier davantage de ce type de financement.

L’idée d’un centre de rétablissement est très bonne, car les itinérants ont difficilement accès à des services médicaux et à des services de santé. L’accessibilité est l’un des principaux problèmes parce que ces personnes ont beaucoup de mal à obtenir des services médicaux. Je pense que c’est une excellente idée.

En ce qui concerne la dernière question sur le cannabis, je peux dire que s’il est prescrit par un médecin, nous devons absolument le permettre. S’il s’agit de marijuana thérapeutique, il faut permettre sa consommation puisqu’elle a été prescrite par un médecin.

La présidente : Merci beaucoup.

Monsieur Maddox, allez-y.

M. Maddox : Il y a toujours des personnes dominantes dans les refuges. Nous essayons de les contrôler autant que possible. En gros, lorsque nous devenons les personnes dominantes, elles se calment. Ce n’est pas le cas des anciens combattants. Ce sont généralement les anciens détenus qui ont tendance à dominer, et c’est ce qu’ils font en arrivant.

Je ne sais pas si c’est la kétamine et la MDMA qui sont essentielles, ou si ce sont les séances de counselling individuelles.

Le sénateur Richards : Je n’en suis pas sûr non plus. Je sais simplement que de nombreux anciens combattants sont venus me dire que ces substances les avaient guéris de leur dépression et de leur sentiment de désespoir, et certains d’entre eux m’ont même dit qu’elles leur avaient sauvé la vie. Beaucoup d’entre eux ont consommé de la psilocybine et des champignons magiques. Certains ont bien sûr consommé du cannabis, mais aussi de la MDMA, qui est de l’ecstasy.

M. Maddox : J’y ai réfléchi longuement, mais je ne sais pas si ce sont les drogues qui sont nécessaires ou les séances de counselling individuelles. Quoi qu’il en soit, pour ce qui est du cannabis, je suis d’accord.

Le sénateur Richards : Ce n’est pas vraiment le cannabis qui m’inquiète. Ce sont plutôt les deux autres drogues. Je voulais simplement savoir ce que vous pensiez, c’est tout.

M. Maddox : Je n’ai pas encore de réponse à cette question.

Le centre de rétablissement serait un endroit où les anciens combattants pourraient prendre le temps de retrouver un sens à leur vie, d’améliorer leur santé et leur bien-être et de se faire des amis, parce que c’est quelque chose qui leur manque dans la vie. Je pense aux provinces de l’Atlantique et au reste du Canada, et pas uniquement au Nouveau-Brunswick. La Nouvelle-Écosse a une énorme capacité. Quelque part dans l’Est, nous pourrions accueillir ces personnes et commencer à leur donner ce qu’il leur faut pour aller de l’avant. Merci.

La présidente : C’était un excellent échange.

M. Morgan : En ce qui concerne les drogues, nous ne fournissons pas de drogues ou quoi que ce soit d’autre au refuge. La consommation a lieu sous la supervision d’un médecin. Si les gens ont une prescription, nous leur permettons d’en consommer. Nous disposons d’un centre d’aide aux toxicomanes, axé sur l’abstinence. Je le répète, toute consommation est effectuée sous la supervision d’un médecin, qui prescrit ce qu’il juge utile.

Pour ceux qui ne le savent pas, le programme Du régiment au bâtiment forme des militaires aux métiers de la construction. Il y a une pénurie de travailleurs de la construction à Toronto, alors c’est une bonne occasion pour eux d’être embauchés. Je pense qu’il s’agit d’un programme formidable, et nous serons heureux de transmettre au comité des informations à ce sujet.

La présidente : Merci beaucoup.

Comme je l’ai dit, le temps passe très vite. Nous pourrions discuter avec vous pendant environ cinq heures, mais nous savons que c’est beaucoup. Cela dit, je sais que chacun d’entre vous a d’autres informations à nous soumettre. Nous serons certainement heureux de recevoir toutes les réponses écrites — le sénateur McNair en a demandé une — que vous souhaitez nous fournir, car nous les prendrons toutes en considération.

J’ai trouvé les échanges absolument fascinants en tant qu’ancienne combattante et en tant que personne qui a travaillé avec des anciens combattants sans abri et qui est maintenant assise de ce côté-ci de la table. J’ai dégagé de grands thèmes au fur et à mesure que je vous écoutais. Différents témoins ont abordé des points communs, tels que miser sur un financement de base durable pour les programmes fondamentaux, réduire le nombre d’organismes auxquels il faut s’adresser pour obtenir les fonds nécessaires pour répondre aux besoins des anciens combattants, par exemple en adoptant une approche centralisée, et, bien sûr, fournir une formation en soins de santé, élaborer une politique en matière de prévention s’adressant aux militaires encore en service et, comme nous le savons, accompagner les militaires durant la transition vers leur vie en tant qu’anciens combattants. Il y a beaucoup d’autres éléments, mais ce sont ceux qui m’ont vraiment frappée, en plus de l’idée de mettre sur pied des centres de rétablissement. J’ai entendu bien d’autres choses, mais j’ai retenu celles qui m’ont le plus frappée.

Cela étant dit, nous arrivons malheureusement à la fin de la réunion d’aujourd’hui. Je voudrais, au nom de nous tous ici présents et de notre public, remercier M. Maddox, M. Morgan, M. Hughes et Mme Huguet. Merci d’avoir pris le temps de vous joindre à nous aujourd’hui.

(La séance est levée.)

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