LE SOUS-COMITÉ DES ANCIENS COMBATTANTS
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le mercredi 23 octobre 2024
Le Sous-comité des anciens combattants se réunit aujourd’hui à 12 heures (HE), avec vidéoconférence, afin d’examiner, pour en faire rapport, les questions relatives aux Anciens Combattants, y compris les services et les prestations dispensés, les activités commémoratives, et la poursuite de la mise en œuvre de la Loi sur le bien-être des vétérans.
Le sénateur David Richards (vice-président) occupe le fauteuil.
Le vice-président : Bonjour, mesdames et messieurs, et bienvenue à la réunion du Sous-comité des anciens combattants. Avant de commencer, je voudrais demander à tous les sénateurs et aux autres participants en personne de consulter les cartes sur la table pour connaître les lignes directrices sur la prévention des incidents liés à la rétroaction acoustique. Veuillez tenir vos récepteurs loin des micros, si possible.
Je suis le sénateur David Richards, du Nouveau-Brunswick, et, aujourd’hui, je préside le sous-comité pour le sénateur Patterson, qui devra partir au milieu de la séance. Mes collègues du sous‑comité m’accompagnent. Je leur demanderais de se présenter.
Le sénateur McNair : John McNair, sénateur du Nouveau-Brunswick. Soyez les bienvenus.
La sénatrice M. Deacon : Marty Deacon, de l’Ontario. Merci.
Le sénateur Yussuff : Hassan Yussuff, de l’Ontario.
La sénatrice Patterson : Rebecca Patterson, de l’Ontario.
Le vice-président : Avant de souhaiter la bienvenue aux témoins d’aujourd’hui, j’aimerais faire une mise en garde quant au contenu de la réunion. Aujourd’hui, le sous-comité étudie l’itinérance chez les anciens combattants, un sujet délicat, y compris les traumatismes liés au service militaire. L’itinérance et la violence fondée sur le genre pourraient être abordées, ce qui peut être un élément déclencheur pour des personnes présentes dans la salle avec nous ainsi que pour d’autres qui regardent ou écoutent la diffusion.
Un service de soutien en santé mentale est offert à tous les Canadiens par téléphone et par messagerie texte, au 988. Si vous êtes un ancien combattant, vous pouvez composer le 1-800-268-7708 pour parler immédiatement à un professionnel de la santé mentale.
Je rappelle également aux sénateurs et aux employés du Parlement que le Programme d’aide aux employés du Sénat et à leur famille est à leur disposition et qu’il offre des services de counselling à court terme en cas de problèmes personnels et professionnels, ainsi que des consultations d’urgence.
Je voudrais maintenant souhaiter la bienvenue au sein du sous‑comité au brigadier-général (retraité) Alan Mulawyshyn, directeur général de Maison du vétéran Canada, et à Brad Field, président et directeur général de la Fondation Homes for Heroes, qui comparaît par vidéoconférence. Je vais vous accorder cinq minutes chacun pour faire votre déclaration, puis nous passerons aux questions. En commençant par vous, général, je vous demanderais de bien vouloir vous adresser à nous maintenant.
Brigadier-général (retraité) Alan Mulawyshyn, directeur général, Maison du vétéran Canada : Merci, monsieur le sénateur. Je suis actuellement directeur général de la Maison du vétéran Canada. J’y travaille depuis trois ans… la dernière année à titre de directeur général, et les deux années précédentes au poste de sous-directeur général; je faisais la transition de l’armée vers ce nouveau rôle.
Auparavant, j’ai servi pendant 40 ans dans l’armée canadienne en tant qu’officier du génie. Au cours des dernières années, j’ai eu le plaisir de servir avec la sénatrice Patterson. Nous nous sommes souvent croisés.
Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis joint à la Maison du vétéran Canada parce que je voulais continuer à servir mon pays et les autres anciens combattants. J’étais au courant du fléau de l’itinérance chez les anciens combattants, mais pas de son ampleur. Celle-ci m’a renversé. Il n’y a pas de solution unique à ce problème national, mais nous essayons de faire notre part en tant que réseau élargi d’organismes de services aux anciens combattants.
La Maison du vétéran Canada fournit elle-même des logements permanents, abordables et supervisés aux anciens combattants qui sont sans abri ou sur le point de le devenir. Nous exploitons actuellement un immeuble à Ottawa, l’édifice Andy Carswell, qui est une structure de 40 logements comprenant des aires communes communautaires intérieures et extérieures. Il a été construit sur l’ancienne base des Forces canadiennes Rockcliffe, à Ottawa, sur un terrain obtenu par l’intermédiaire de la Société immobilière du Canada. Nous avons ouvert nos portes en février 2021, il y a environ trois ans et demi. Depuis notre ouverture, nous fonctionnons à pleine capacité et avec une liste d’attente.
Jusqu’à maintenant, au cours de ces trois années et demie, nous avons hébergé 68 anciens combattants sans abri de partout au pays, pas seulement d’Ottawa. Certains viennent de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, du Québec et des Maritimes, parce qu’il n’y a tout simplement pas d’autre endroit où aller.
Bien entendu, les besoins ne se limitent pas à Ottawa. Nous tirons des leçons de cette approche initiale de validation de principe à l’échelle du pays afin de rencontrer nos anciens combattants sans abri plus près de chez eux et de leur réseau de soutien et cercle de soins actuels.
Je suis heureux d’annoncer qu’Edmonton sera notre deuxième emplacement. Nous en sommes actuellement à l’étape du permis de construction, et nous sommes sur le point de publier une demande de proposition pour un projet de construction dans le but de commencer les travaux au début de l’année prochaine. Nous avons déjà reçu des fonds et un terrain de la Ville d’Edmonton et du financement de l’Alberta. Nous travaillons actuellement à l’obtention de fonds fédéraux par l’intermédiaire de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, la SCHL. Nous lancerons également une campagne de financement privée de 6 millions de dollars pour combler le manque à gagner entre le financement du gouvernement et les coûts réels du projet.
Nous avons hâte de vous accueillir tous pour une visite de l’édifice Andy Carswell le mois prochain afin que vous puissiez avoir une idée de ce que nous offrons et rencontrer certains de nos locataires anciens combattants qui y sont chez-eux maintenant.
J’ai hâte de discuter avec vous aujourd’hui de certains des défis stratégiques. L’un des plus grands que doivent relever les fournisseurs de logements comme nous ou M. Field, de la Fondation Homes for Heroes, tient au fait que le logement et l’itinérance sont des priorités municipales et provinciales, tandis que les anciens combattants sont une priorité fédérale. Il est difficile de rassembler tout le monde pour trouver des solutions.
Même si les anciens combattants figurent sur la liste des groupes prioritaires de la Stratégie nationale sur le logement, il n’y a pas de programmes ou de fonds réservés à la construction d’immobilisations, et il est impossible de régler le problème de l’itinérance sans logement. À l’heure actuelle, comme il n’y a pas de volet de financement réservé au logement des anciens combattants, nous sommes dans la même file d’attente que tout le monde, et les besoins sont grands partout au pays.
Le financement du Programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans, qui a été rendu public récemment, a été merveilleux, et nous sommes reconnaissants que notre demande de financement ait été acceptée pour notre immeuble ici, à Ottawa. Cependant, le programme comporte des lacunes, surtout en ce qui concerne les subventions au loyer. Encore une fois, j’aimerais en parler plus tard. Nous ne savons pas si le Programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans est unique ou si on le poursuivra dans les années à venir. Par exemple, je ne sais pas si mon projet d’Edmonton, qui sera bientôt prêt à démarrer, sera admissible à ce financement. Cela rend la planification difficile.
De plus, une fois que nous aurons fourni le logement d’abord et des mesures de soutien globales, la plupart des anciens combattants auront besoin d’accéder à des soins de santé primaires afin de régler leurs problèmes de santé physique et mentale. Mais, pour recevoir du soutien d’Anciens Combattants Canada, il faut un diagnostic médical et une signature. Toutefois, la priorité n’est pas accordée aux anciens combattants dans notre système de soins de santé, et il n’existe aucun service de soutien fédéral tel que des centres régionaux de santé pour les anciens combattants, qui seraient très utiles.
Les défis sont nombreux, et l’itinérance n’est pas un problème qui touche seulement les anciens combattants, mais, en raison de la nature unique de ces derniers — ils ont servi leur pays et passent de la vie militaire à la vie civile —, ce problème est exacerbé pour eux.
J’ai bon espoir que, compte tenu du nombre de personnes touchées et du fait que le Sénat étudie la question en comité et que la Chambre des communes s’est engagée à mettre fin à l’itinérance chez les anciens combattants, nous puissions faire des progrès à cet égard. J’ai hâte de répondre à vos questions et de discuter de cet important programme. Merci beaucoup.
Le vice-président : Je vous remercie, général. Nous passons maintenant à M. Brad Field. Pourriez-vous faire votre déclaration préliminaire, s’il vous plaît, monsieur?
Brad Field, président et directeur général, Fondation Homes for Heroes : Bonjour à tous. C’est encore le matin pour moi. Je vous remercie de m’avoir invité à participer à cette discussion aujourd’hui.
La Fondation Homes for Heroes a été fondée en 2018 et a pour objectif de mettre fin à l’itinérance chez les anciens combattants au Canada. Bien que nous fournissions des logements de transition aux anciens combattants à risque, nous croyons que notre succès est attribuable au fait que nous offrons non seulement un logement, mais surtout des services sociaux complets pour faciliter la réinsertion des anciens combattants dans la vie civile. Homes for Heroes incarne un engagement profond à rendre hommage aux héros du Canada, les personnes qui ont servi nos collectivités et notre pays avec dévouement.
Actuellement, nous avons trois petits villages à Calgary, Edmonton et Kingston, avec Winnipeg, London, Hamilton, Toronto et Halifax à l’horizon, dans le but ultime d’avoir des villages dans la plupart des grands centres du Canada. Chaque village compte de 15 à 25 petites maisons, un centre de ressources et d’activités, des jardins communautaires et deux agents de traitement des cas à temps plein, le tout à l’appui de nos anciens combattants résidents.
Une étude récente de l’Université McGill a révélé que plus de 10 000 anciens combattants étaient sans logement au Canada. Malheureusement, nous croyons que ces chiffres sont plus élevés, car les anciens combattants ne s’auto-identifient pas dans les refuges et n’utilisent habituellement pas les refuges où ces dénombrements sont effectués.
Au Canada, de nombreux anciens combattants font face à des défis importants dans le cadre de leur transition vers la vie civile. Ceux-ci comprennent souvent l’instabilité financière, les problèmes de santé mentale et l’insécurité en matière de logement. Homes For Heroes cherche à répondre à ces besoins pressants au moyen d’une approche exhaustive qui englobe non seulement le logement, mais aussi le soutien communautaire, l’éducation et les ressources qui permettent à nos anciens combattants de reconstruire leur vie.
Nous croyons fermement que chaque héros mérite un foyer, un endroit où il peut se sentir en sécurité, soutenu et valorisé. Le logement est un droit fondamental de la personne, et nous nous efforçons d’éliminer les obstacles qui empêchent nos anciens combattants d’avoir accès à des conditions de vie stables. Grâce à nos partenariats avec les trois ordres de gouvernement, avec d’autres organismes sans but lucratif et avec des partenaires communautaires, nous travaillons à élaborer des solutions de logement adaptées aux besoins uniques des anciens combattants canadiens.
Alors que nous nous tournons vers l’avenir, notre vision demeure inébranlable : créer un Canada où chaque ancien combattant a accès à un logement sûr et abordable et au soutien dont il a besoin pour s’épanouir. Nous sommes déterminés à élargir nos programmes, à étendre notre portée et à préconiser des changements de politiques qui profiteront à nos héros.
En conclusion, en tant que Canadien et fier de l’être, je crois que nous faisons un travail convenable pour honorer nos anciens combattants et répondre à leurs besoins, mais la convenance ne devrait pas être la barre que l’on fixe pour les hommes et les femmes qui ont servi notre grand pays. La Fondation Homes For Heroes se consacre à faire une différence concrète dans la vie des personnes qui ont tant donné pour notre sécurité et notre liberté. Grâce à l’aide au logement, aux ressources pédagogiques, au soutien en santé mentale et à la mobilisation communautaire, nous nous efforçons de rendre hommage à leurs sacrifices et de leur donner les moyens de réaliser leur plein potentiel. Ce sont des conversations comme celle-ci qui peuvent ouvrir la voie à l’idée de fixer la barre plus haut, et, ensemble, nous pourrons bâtir un avenir brillant pour nos héros et nous assurer qu’ils reçoivent la reconnaissance et le soutien qu’ils méritent vraiment. Merci.
Le vice-président : Merci beaucoup, monsieur Field. Nous allons maintenant passer aux questions, et je vais donner la première à la sénatrice Patterson.
La sénatrice Patterson : Je vous remercie de vos exposés et du travail que vous faites. Nous savons que les gens qui vivent dans l’insécurité du logement sont les Canadiens les plus invisibles qui soient. Nous savons que l’un des défis que nous devons relever dans la communauté des anciens combattants tient au fait que, s’ils sont invisibles, ils sont furtifs, et c’est l’une des difficultés.
Ma question s’adresse à vous deux; général Mulawyshyn, je vais commencer par vous. Nous savons que le type d’anciens combattants qui existe maintenant est plus diversifié que par le passé; comme il y a davantage de femmes et de membres de la communauté des personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers ou en questionnement, intersexuées, asexuelles et autres et de minorités visibles qui servent, ils sont encore plus invisibles. Comment adaptez-vous votre logement de manière à pouvoir accueillir plus particulièrement les femmes et les personnes qui peuvent avoir subi de la violence fondée sur le genre, et cetera? Comment façonnez-vous votre accueil pour les femmes? Avez-vous des programmes spécialisés? Y a-t-il autre chose que vous pourriez utiliser afin de mieux soutenir ces communautés au fur et à mesure que vous les trouvez et qu’elles commencent à avoir besoin d’aide?
Bgén Mulawyshyn : Merci, sénatrice Patterson. Il ne fait aucun doute que nous constatons cette diversité. Mais, ce que nous voyons chez les anciens combattants sans abri, ce ne sont pas les Forces armées canadiennes — ou les FAC — d’aujourd’hui, ce sont celles des années 1990. Habituellement, on ne devient pas sans-abri dès qu’on quitte les FAC; cela prend habituellement jusqu’à 10 ans après que l’on a servi et que l’on a été libéré. Nous ne voyons pas les mêmes chiffres que vous allez voir dans 10 ou 15 ans, alors qu’ils refléteront la situation d’aujourd’hui et le plus grand nombre de vétérans de l’Afghanistan qui commenceront tout juste à en arriver là.
Nous adoptons une approche individuelle à l’égard de chacun d’eux à leur arrivée afin d’évaluer leurs besoins, l’étape où ils en sont dans leur parcours, leur cercle de soins et leur vécu, et nous essayons de répondre à leurs besoins entre les programmes de groupe, qui peuvent s’adresser aux femmes ou à des groupes spécialisés… ou bien peut-être une réintégration globale en tant que communauté d’anciens combattants pour rassembler tout le monde.
C’est quelque chose que nous avons un peu de mal à trouver. Je cherche à obtenir du soutien pour les anciennes combattantes et les anciens combattants autochtones. Je suis surpris du peu d’anciens combattants autochtones que nous avons logés, peut‑être parce que nous ne sommes pas attrayants à leurs yeux. Surtout alors que nous déménageons à Edmonton, je souhaiterais vraiment étudier les façons dont nous pouvons offrir un meilleur soutien à ces groupes.
La sénatrice Patterson : Merci.
M. Field : Merci. Cela ne fait aucun doute, et, pour approfondir le point soulevé par le brigadier-général Mulawyshyn, nous sommes évidemment ouverts à tous les genres, toutes les minorités et tous les groupes autochtones et de personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers ou en questionnement, intersexuées, asexuelles et autres. Par exemple, 16 % des membres des Forces armées canadiennes sont des femmes, mais elles sont deux fois plus susceptibles d’être sans abri. Dans le cadre d’une étude récente, je crois que 65 % des anciennes combattantes ont déclaré avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de violence pendant qu’elles étaient dans l’armée. Il est évident que nous devons leur consacrer plus de temps et d’attention.
Au début, en 2018, nous n’avions pas de programme destiné aux anciennes combattantes précisément. Ce que nous avons appris au cours des six dernières années, à mesure que les anciennes combattantes ont commencé à nous demander de l’aide, c’est qu’elles venaient dans nos villages et disaient : « Génial, l’organisation est fantastique, mais qu’allez-vous faire pour que je me sente plus en sécurité? » D’une certaine façon, nous les traumatisions presque à nouveau en les ramenant dans un village de type caserne dominé par les hommes. Nous ne comprenions même pas cela à l’époque. Maintenant, bien sûr, nous avons établi des mesures de sécurité supplémentaires et installé des sonnettes de porte vidéo supplémentaires, et les anciennes combattantes portent à leur cou 24 heures sur 24, sept jours sur sept, des boutons d’alerte qui permettent d’envoyer des premiers intervenants directement à l’endroit où elles se trouvent. Nous avons créé un programme par nécessité, car nous ne comprenions pas que nous faisions face à un autre type de situation et de traumatisme.
Il ne fait aucun doute que chaque cas est unique et que chaque ancien combattant suit son propre parcours à son propre rythme. Nous nous efforçons de répondre aux besoins de tous les anciens combattants.
La sénatrice Patterson : Merci. Pour en revenir sur ce sujet, que faut-il faire, selon vous, pour se préparer à faire face au nombre croissant de personnes qui ne correspondent pas au stéréotype de ce qu’est un ancien combattant? Que pouvons-nous faire? Quelles sont vos recommandations? Comment pouvons‑nous vous soutenir dans votre parcours pour veiller à ce que vous ayez l’accessibilité requise pour tous?
Bgén Mulawyshyn : Merci, sénatrice. Cela se résume au fait de savoir qui est là et quel soutien pourrait être offert. Je trouve que c’est très difficile. Beaucoup de gens font beaucoup de choses formidables, mais nous ne savons pas qui ils sont et comment nous pouvons en tirer parti. S’il y avait un registre central qu’Anciens Combattants Canada, peut-être, pourrait faire connaître… et signaler l’existence de ces personnes, et peut-être encourager des groupes à se joindre à nous et à se concentrer sur les anciens combattants.
En ce moment, il est difficile de déterminer qui fait quoi. Beaucoup de gens font de l’excellent travail à cet égard, et il s’agit de savoir comment y accéder. Plus on devient axé sur un créneau et plus on se spécialise, plus c’est difficile. On commence par l’essentiel — les soins de santé —, mais, quand on commence à creuser, cela devient encore plus difficile. Je pense qu’un registre central de programmes et la promotion de programmes… sachant que ce changement va arriver, n’attendons pas qu’il soit là.
M. Field : Pour faire suite aux propos du brigadier-général Mulawyshyn, l’établissement de cette collaboration… très souvent dans le secteur sans but lucratif, pas seulement pour ce qui est de servir les anciens combattants, il y a toujours une concurrence naturelle parce que nous nous efforçons tous d’avoir accès au financement et aux ressources. Dans ce cas particulier, le brigadier-général Mulawyshyn et moi travaillons étroitement ensemble pour répondre aux besoins de nos anciens combattants, mais c’est une véritable collaboration. Il ne s’agit pas d’une compétition; c’est la collaboration et le partage des ressources entre les organismes qui est essentiel.
La sénatrice Patterson : Merci.
La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie tous les deux de votre travail et de votre présence. Il est vraiment utile pour nous d’écouter et de nous renseigner auprès des gens qui sont sur le terrain. Ce matin, j’ai entendu un certain nombre de choses que nous avons déjà entendues et qui continuent de me troubler, et ce sont les défis que posent les enjeux fédéraux et provinciaux, que vous nous avez rappelés aujourd’hui. Il y a une rupture. C’est aussi le fait que nous travaillons avec un écart de 10 à 15 ans en ce qui concerne les personnes que nous servons, et les chiffres — 10 000, c’est probablement un chiffre minimal.
Hier et aujourd’hui, dans ma région, à Waterloo, on offre un programme prescrit tous les deux ans, et on se heurte au mur lorsqu’on tente de voir et de regarder. Des bénévoles qualifiés de la région cherchent à savoir où se trouvent les femmes sans abri, parce qu’on ne les trouve pas. Ils savent qu’elles sont dans une voiture avec leurs enfants, qu’elles ne veulent pas qu’on les retrouve, mais on a enfin un moyen d’y arriver. Il a fallu aux bénévoles cinq cycles et, une fois qu’ils ont trouvé des femmes, ils tentent de découvrir, de la façon la plus douce possible, leurs antécédents et de savoir si elles ont des liens avec l’armée.
Tout cela pour dire que j’essaie simplement de penser au début de ce processus. Lorsque les gens servent et qu’ils sont nos héros, puis qu’ils terminent leur service. Même si cela prend un certain temps avant que le problème s’infiltre et se manifeste, y a-t-il des choses que nous pouvons faire avant de dire au revoir aux personnes qui servent ou de remercier ces militaires? En ce qui concerne les questions que nous leur posons, y a-t-il quelque chose, à ce stade précoce, que nous pouvons envisager de faire mieux, plus collectivement, que ce que nous faisons actuellement?
C’est trop décourageant. Vous pouvez répondre tous les deux, s’il vous plaît.
M. Field : Il est certain que nous pourrions faire un meilleur travail. Dans le passé, les membres des FAC ne recevaient aucune aide à la transition. Nous sommes en meilleure position maintenant, mais nous sommes toujours plus réactifs que proactifs, alors commencez les conversations plus tôt. Alors que les membres en service sont sur le point d’être libérés des forces armées, nous devrions avoir les conversations plus tôt.
Très souvent, nous recevons des appels du centre de transition. Il y en a eu un tout récemment en Ontario. Un représentant du centre de transition a appelé et a dit : « Hé, nous avons ce jeune homme. Il a servi pendant quatre ans. Il a 23 ans. Il nous a été adressé par un foyer d’accueil, alors il n’a aucune famille. Il sera libéré dans les 30 prochains jours, et il n’a nulle part où aller. » Il n’a pas de chez lui, il n’a pas de famille et il n’a pas d’amis. Dans ce cas particulier, la conversation s’est bien déroulée. Nous avons pu le loger dans notre village de Kingston.
Il s’agit d’avoir ces conversations dès le départ au sujet des prochaines étapes à suivre au moment où la personne est libérée des forces. « Avez-vous un endroit où aller? Quel est votre plan? Avez-vous un emploi? Comment vous sentez-vous sur le plan de la santé mentale? Avez-vous besoin d’aide et de soutien? » Nous faisons un meilleur travail grâce à ces conversations qu’il y a 20, 30 et 40 ans, mais il y en a encore beaucoup à faire.
La sénatrice M. Deacon : Pour revenir à l’exemple du jeune de 23 ans qui aurait pu être placé en famille d’accueil et que nous devons aider, je ne sais pas c’était il y a combien de temps. Avez-vous une idée de comment ce jeune homme se porte et de la façon dont il a pu s’y retrouver? C’est une histoire vraie.
M. Field : Oui, c’est une histoire fantastique. Il est venu nous voir au printemps de cette année, en mai ou en juin. Il a été formidable. C’était un introverti. Ce jeune homme a sans doute été pris à partie dans l’armée; il n’avait pas beaucoup d’amis pendant son service. Il a quitté l’armée et est arrivé dans notre village; il ne voulait pas établir de contact visuel avec les gens ni engager la conversation. Essentiellement, il s’est rendu directement chez lui et n’a pas voulu interagir avec nos agents chargés des cas. Cinq ou six mois plus tard, il fait des sorties avec d’autres anciens combattants. Il se joint à nous au centre de ressources. Il travaille à un plan pour refaire ses études et se recycler en vue d’occuper un nouvel emploi. Nous espérons que, d’ici 12 à 14 mois, il réussira à faire la transition de notre village vers un logement permanent et qu’il aura un emploi qui l’attend, alors, oui, c’est certainement une réussite.
La sénatrice M. Deacon : Y a-t-il une limite à la durée du séjour de ces personnes dans les petites maisons?
M. Field : Nos maisons sont conçues comme des logements de transition. Cela dit, nous avons une ligne directrice interne de 12 mois. Ce n’est qu’une ligne directrice interne, l’objectif que nous nous sommes fixé, mais certains anciens combattants y séjournent pendant aussi peu que trois ou quatre mois, simplement pour se stabiliser, et ainsi de suite, mais aussi pour des périodes aussi longues que deux ans et demi ou trois ans. Deux ans et demi ou trois ans, cela semble un peu plus long qu’il ne le faudrait, mais, encore une fois, chaque ancien combattant suit son propre parcours à son propre rythme. Mais 12 mois, c’est notre ligne directrice.
Bgén Mulawyshyn : Je pense que M. Field a visé juste en parlant du groupe de transition et des unités de transition. La plupart des anciens combattants sans abri, lorsqu’ils ont quitté l’armée, se sont fait dire : « Merci de sortir. Remettez votre carte d’identité, et la porte est là. »
Maintenant, on passe par le groupe de transition et les unités de transition, et on y aborde les sept domaines du mieux-être. Je ne suis pas un expert, et je pense que vous avez peut-être déjà été informé à ce sujet, mais le logement en fait évidemment partie. L’objectif est d’amener M. Field et moi à travailler et à faire tout ce que nous pouvons pour prévenir, pour repérer les gens qui montrent les indices, qui ont les problèmes, afin de pouvoir les aider — qu’il s’agisse de logement, d’emplois ou de santé mentale — avant que les liens soient rompus. C’est extrêmement important.
Nous commençons à observer certaines de ces interventions, mais la plupart des anciens combattants que nous voyons comme locataires étaient dans l’armée avant l’existence du groupe de transition, parce que c’est une organisation relativement nouvelle. Je pense que les Forces armées canadiennes sont sur la bonne voie, mais, vraiment, nous devons mettre l’accent sur l’aspect prévention. Intervenons auprès de ces gens en amont.
La sénatrice M. Deacon : Juste pour terminer, visiter un site aux États-Unis, un budget différent, tout est différent, c’est 120 jours. Les Américains sont engagés envers la famille et la personne qui retourne chez elle pour évaluer tous ces éléments qui prennent du temps, un engagement de 120 jours. Je suis sûr qu’on peut faire beaucoup plus que de dire, « La porte est là ».
Merci beaucoup.
Le sénateur Yussuff : Messieurs les témoins, je vous remercie de votre présence. Tout d’abord, merci pour ce que vous faites dans le contexte plus large de notre façon de faire face à un défi de longue date au pays et de notre tentative de déterminer comment nous pouvons faire mieux.
J’ai certaines questions à poser, et peut-être que je vais commencer par vous, brigadier-général Mulawyshyn. Vous parlez de la certitude quant au financement du travail que vous faites et du fait que vous ne savez pas si vous aurez des fonds pour planifier. Étant donné que ce travail ne s’arrête pas, quel que soit votre cycle de demande de renouvellement du financement, comment pouvons-nous saisir votre frustration, mais aussi l’exprimer dans nos recommandations, quelles qu’elles puissent être, afin que nous vous aidions à régler des problèmes comme celui-là? De toute évidence, nous pouvons concevoir les choses différemment pour nous assurer que les établissements qui fournissent le service puissent savoir qu’ils vont obtenir des fonds bien avant l’expiration du financement. Sans ce changement, vous devrez commencer à prendre d’autres dispositions, puisque vous ne saurez pas si le financement sera accordé.
Étant donné que vous êtes en première ligne, que vous savez ce que vous faites et que vous avez de l’expérience, que pourrions-nous faire, proposer ou recommander qui pourrait vous aider en ce qui a trait à la question du financement?
Bgén Mulawyshyn : Vous avez mis le doigt sur le problème. Pour être honnête, sénateur, le financement est la pierre angulaire de tout organisme de bienfaisance. Nous vivons de subvention en subvention, de financement en financement.
Pour offrir des services, il faut investir. La construction d’un immeuble prend au moins deux ans, puis on doit faire venir du personnel, gérer l’organisation et mettre en œuvre les programmes. Tout cela coûte de l’argent, et, si on doit compter sur celui de fonds de collecte de fonds, c’est aussi une compétition, parce qu’il y a beaucoup de gens et d’excellentes organisations qui recherchent des fonds. Si nous avions une enveloppe budgétaire réservée aux activités et aux immobilisations destinées aux anciens combattants, nous pourrions nous adresser aux villes et aux autres municipalités et leur dire : « Hé, nous avons quelque chose à apporter, parce que le gouvernement fédéral apporte sa contribution sous la forme d’un financement réservé. » Il ne s’agit pas pour nous de dire à une municipalité ou à une province : « Hé, nous nous occupons des anciens combattants, et voici le problème. » Elles répondent : « Les anciens combattants ne sont pas notre priorité. Il s’agit d’une priorité fédérale », alors on se renvoie la balle.
Tout financement réservé qui pourrait être mis à disposition pour les anciens combattants et que nous saurons accessible, durable, souple et susceptible d’être utilisé à mesure que les choses progressent est la clé.
J’ai abordé le Programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans, car il était merveilleux. Nous avons présenté une demande, nous avons obtenu du financement, tout comme M. Field, mais nous ne savons pas si ce programme va se poursuivre. Alors que je planifie des projets futurs, et alors que M. Field en planifie, nous ne savons pas d’où viendra ce financement. Tandis que, si nous avions un financement prévisible à quelque niveau que ce soit, nous pourrions prendre de l’expansion plus rapidement, offrir des services et apporter quelque chose aux villes et aux provinces en disant : « Nous sommes là pour aider vos anciens combattants sans abri, mais le gouvernement fédéral assure nos arrières également. »
Le sénateur Yussuff : Le plus difficile, bien sûr, est d’essayer d’identifier les vétérans qui éprouvent des difficultés, mais qui ne savent pas nécessairement comment accéder aux services. De nombreux témoins sont venus nous parler de cette réalité. Je sais qu’il n’y a pas de solution facile à ce problème. De toute évidence, les programmes sont maintenant mieux à même de mener de bonnes entrevues de sortie avant que les gens partent pour tenter de mieux les comprendre. En fin de compte, des choses se produisent dans la vie des gens, et ils finissent par se retrouver dans la rue.
Y a-t-il une meilleure façon pour nous d’apprendre comment aider les gens qui passent entre les mailles du filet et qui ne savent pas qu’ils peuvent accéder aux services? Ils devraient avoir accès aux services, étant donné qu’ils ont servi leur pays. Comment nous y prenons-nous pour tenter de trouver un mécanisme? Selon votre expérience, comment les trouvez-vous?
Bgén Mulawyshyn : Exactement, c’est difficile, comme M. Field l’a mentionné. Ils n’utilisent pas les refuges, ou n’y restent pas; ils ne font que passer. Mais il y a des programmes de halte-accueil.
Ce que j’aime de la Ville d’Ottawa, pour donner un exemple de pratique exemplaire, c’est qu’elle a un point de contact unique pour les vétérans dans le réseau de refuges. Si quelqu’un se présente dans un refuge et s’identifie comme vétéran, il ne voit qu’une personne. Ce n’est pas aléatoire. Ils vont toujours voir la même personne. Elle sait à qui s’adresser. Elle sait que nous existons. Elle sait que d’autres personnes existent. Je pense que c’est très utile. En fait, le dénombrement ponctuel, comme l’a mentionné le sénateur Deacon, est maintenant effectué à Ottawa également. Il y a maintenant une question dans le formulaire. On ne vous demande pas si vous êtes un vétéran, car ce terme comporte une certaine connotation. Vous avez probablement déjà entendu cela : « Oh, non, je n’ai pas servi en Afghanistan. Je ne suis pas un vétéran. Je n’étais qu’un réserviste. » Non, vous avez servi dans les Forces armées canadiennes.
Nous avons donc remplacé la question par celle-ci : « Avez‑vous déjà servi? » Cela permet d’éviter la connotation subjective associée au mot « vétéran ». On simplifie les choses pour eux, et ensuite, il s’agit simplement d’éduquer les gens qui font partie de ces organisations, comme le réseau de refuges ou le registre pour le logement abordable d’Ottawa, afin qu’ils identifient les vétérans. Ils peuvent ensuite aiguiller les vétérans vers des programmes ou des personnes qui peuvent leur offrir du soutien et leur permettre d’aller de l’avant. C’est un volet d’éducation, mais il faut d’abord identifier le vétéran, comme vous l’avez souligné, mais, là encore, il faut poser la bonne question au bon endroit.
M. Field : Encore une fois, le brigadier-général Mulawyshyn a soulevé beaucoup de points pertinents et très justes. Je dirais que nous amorçons la conversation au moment de la transition, lorsque les vétérans quittent les Forces armées canadiennes, lorsqu’ils obtiennent leur libération. Ayons une discussion sur l’endroit où ils peuvent accéder aux ressources.
Là encore, beaucoup de vétérans que nous rencontrons n’ont pas Internet; ils n’ont pas de courriel. Dans bien des cas, ils n’ont pas de permis de conduire. Notre système comporte de véritables pierres d’achoppement, de sorte que le ministère des Anciens Combattants reconnaît qu’une personne a servi son pays et dit : « Oui, c’est un vétéran », et ainsi de suite, mais aux échelons fédéral et provincial, elle ne peut pas obtenir de permis de conduire. Ainsi, le ministère des Anciens Combattants — le gouvernement fédéral — lui dit : « Oui, vous êtes un vétéran, vous avez servi votre pays, vous êtes un citoyen canadien, mais nous devons vous envoyer un chèque que vous devrez encaisser dans une société de prêt sur salaire parce que vous ne pouvez pas obtenir un compte bancaire sans pièce d’identité avec photo officielle et délivrée par le gouvernement. » Il y a donc une faille dans le système qu’il faut corriger. Encore une fois, cela commence par des conversations, mais il faut les amorcer plus tôt que plus tard.
J’aimerais aussi parler du modèle de financement. Le brigadier-général Mulawyshyn a soulevé beaucoup de bons points. Il est impératif que nous ayons un financement stable. Ce que nous savons faire, c’est de prendre soin de nos vétérans. Nous sommes en train de devenir des experts en rédaction de demandes de subventions et en financement. Ce n’est pas à cela que vous voulez que l’on consacre notre temps. Vous voulez que nous disposions des fonds nécessaires pour offrir les ressources et les services à nos anciens combattants.
En moyenne, nous consacrons probablement de 25 à 35 % de notre temps chaque jour à chercher du financement, que ce soit par des demandes de subvention, des discussions avec les administrations ou des collectes de fonds auprès du secteur privé. Ce n’est pas à cela que vous voulez que nous consacrions notre temps. Nous voulons consacrer notre temps à ce que nous faisons bien, c’est-à-dire prendre soin de nos vétérans.
La stabilité du financement ne doit pas être politisée. Nous parlons constamment à des politiciens qui veulent discuter d’une cérémonie de coupure de ruban. Tout le monde veut assister à l’inauguration d’un nouveau complexe d’habitation, mais le lendemain, lorsque la facture de services publics doit être payée, ces gens sont introuvables. Le financement opérationnel est essentiel. Tout le monde aime les structures et les bâtiments parce qu’on peut y apposer son nom et poser devant, mais personne ne veut payer la facture de services publics et les salaires le lendemain. Le financement de fonctionnement est donc essentiel.
Le sénateur Yussuff : J’aimerais revenir sur une petite chose que vous avez dite plus tôt, monsieur Field. Vous avez dit que les gens ont accès à vos services et à vos soins pendant un maximum de 12 mois et qu’ils doivent ensuite passer à autre chose. Passer à autre chose signifie, dans certains cas, qu’ils doivent trouver un logement permanent dans votre territoire. Les aidez-vous dans cette démarche ou doivent-ils se débrouiller seuls lorsqu’ils sont tenus de quitter votre établissement pour poursuivre leur chemin? Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet?
M. Field : Bien sûr. Par souci de clarté, personne n’est jamais tenu de partir. Notre ligne directrice interne, c’est 12 mois, mais, comme je l’ai dit, si le vétéran n’a nulle part où aller, il reste dans notre village jusqu’à ce que nous lui ayons trouvé un logement permanent. Dans le cadre de notre travail auprès de nos vétérans, nous abordons des questions liées à la santé mentale, à la toxicomanie, à la recherche d’emploi, à la formation professionnelle ou au logement permanent. C’est pourquoi le brigadier-général Mulawyshyn et moi avons cette conversation continue. Nous offrons des logements de transition et lui, des logements permanents, alors c’est un excellent partenariat. Nous avons une place pour nos vétérans. Une fois qu’ils ont terminé notre programme, ils peuvent passer à un logement permanent, mais que ce soit auprès du brigadier-général Mulawyshyn ou d’un organisme comme le sien, nous sommes toujours à la recherche de logements abordables et permanents pour nos vétérans.
Entre la crise nationale du logement abordable et nos activités de financement, la recherche d’un logement permanent pour nos vétérans est notre plus grand défi. Les vétérans qui terminent notre programme n’ont nulle part où aller. C’est vraiment difficile en ce moment.
Le sénateur McNair : Je vous suis reconnaissant à tous les deux de votre témoignage d’aujourd’hui et du travail que vous faites pour aider les vétérans au Canada.
À la lumière de ce que vous dites au sujet du financement et de ce dont parlait le sénateur Yussuff, nous comprenons qu’un financement réservé est essentiel. Je suis peut-être naïf, mais en avez-vous discuté avec le ministère des Anciens Combattants? Pensez-vous qu’ils appuient cela? Est-ce qu’ils préconisent cela? Quelle est votre expérience avec eux?
Bgén Mulawyshyn : Sénateur McNair, le ministère des Anciens Combattants fonctionne comme il fonctionne, et il y a beaucoup de problèmes. Il ne fournit pas de services. En gros, il finance des programmes; il fournit des fonds aux vétérans et non aux organisations. De l’argent peut être obtenu auprès du Fonds pour le bien-être des vétérans et de leur famille, mais pas beaucoup, et il n’y pas de garantie. Il n’est pas garanti que vous obtiendrez de l’argent si vous présentez une demande.
Nous l’avons fait, et nous avons connu un certain succès, mais il y a aussi beaucoup d’autres organismes de bienfaisance formidables. C’est un défi. À coup sûr, nous en avons parlé au ministère des Anciens Combattants, mais il y a un problème structurel. Le logement relève d’Infrastructure Canada et du ministre du Logement. Le ministère des Anciens Combattants n’a pas de fonds pour des projets d’immobilisations aux fins de logement; tout cela relève d’un autre ministre.
Encore une fois, nous essayons de parler aux différents ministres. J’en ai parlé au ministre Fraser il y a un peu plus d’un an. Nous essayons de sensibiliser les gens à l’égard de ces silos d’excellence au sein du gouvernement et à la nécessité de les réunir. C’est la raison pour laquelle nous attendions avec impatience le financement dédié au logement des vétérans, dont il était question dans les lettres de mandat. Cela ne s’est pas encore concrétisé.
Le sénateur McNair : Vous dites que 35 % de votre temps est consacré à la recherche de financement, mais qu’arrive-t-il ensuite pour ce qui est du financement des opérations? Je comprends la distinction par rapport au ministère des Anciens Combattants, mais il pourrait — ou devrait — assurément plaider votre cause auprès du ministre du Logement. Il doit comprendre le problème.
Bgén Mulawyshyn : Je crois que oui. La ministre Petitpas Taylor nous a rendu visite au cours de sa première semaine à son nouveau poste, ce qui était fantastique. Je lui ai parlé à quelques reprises depuis, alors je crois qu’elle comprend, mais c’est au fruit qu’on juge l’arbre, n’est-ce pas?
Le sénateur McNair : Je tiens à dire que le Comité n’entend pas beaucoup de choses positives. Nous en avons entendu une aujourd’hui, et c’est votre statistique au sujet des 68 vétérans hébergés. Si on fait le calcul, cela fait 68 personnes de moins sur plus de 10 000. Comme vous l’avez dit, nous n’avons pas encore franchi cette limite, mais compte tenu des vétérans de l’Afghanistan, cela s’en vient. Les chiffres augmentent.
Vous avez parlé des logements dont vous disposez. Les terrains provenaient de la Société immobilière du Canada. Le sénateur Varone a comparu devant le Comité, et il a expressément demandé aux fonctionnaires pourquoi nous n’adoptons pas cette approche à l’égard de ces terrains excédentaires. Le sénateur Varone n’a pas aimé la réponse qu’il a obtenue, à savoir toute une série de raisons pour lesquelles cela ne pouvait pas se faire.
À Edmonton, vous avez un projet en cours. Vous n’avez pas encore commencé la construction, mais vous avez les terrains. Là encore, c’est une situation semblable. Est-ce que vous — ou d’autres organismes de bienfaisance — avez demandé à la Société immobilière du Canada de faire la même chose à l’échelle du pays?
Bgén Mulawyshyn : Ce sont d’excellents points, et dans chaque cas, la réponse est oui. Les terrains à Edmonton provenaient de la Ville d’Edmonton, et non du gouvernement fédéral. Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral, la Société immobilière du Canada et la SCHL dans le cadre de l’Initiative des terrains fédéraux. Le problème que pose l’Initiative des terrains fédéraux, c’est que toutes sortes de terrains ont été désignés comme étant excédentaires, mais la Société immobilière du Canada a pour mandat d’obtenir une juste valeur marchande pour eux. Il faut qu’un autre ministère fédéral lui donne de l’argent ou la finance dans le cadre du processus budgétaire pour qu’elle puisse payer ces terrains. À l’heure actuelle, nous collaborons avec la Société immobilière du Canada et la SCHL en vue d’acquérir un terrain à Toronto dans le cadre de l’Initiative des terrains fédéraux, et nous nous intéressons aussi à un terrain à Halifax.
Encore une fois, chaque entité fédérale a son propre mandat et ses propres règles, et un effort concerté est nécessaire pour satisfaire chacune d’entre elles et tout mettre en place afin que cela se produise. Il y a certainement un mécanisme pour que cela se produise, mais cela exige une volonté et du financement.
Le sénateur McNair : L’enjeu central auquel vous revenez chaque fois.
Bgén Mulawyshyn : Oui, monsieur.
M. Field : Si vous me permettez d’intervenir rapidement, je suis d’accord avec le brigadier-général Mulawyshyn. La plupart de nos terrains proviennent des municipalités et des provinces. Je n’ai pas encore obtenu une parcelle de terrain du gouvernement fédéral, même si nous collaborons avec lui en vue de futures constructions.
Pour ce qui est de trouver des terrains, je dirais que la partie la plus facile d’un projet de construction est probablement l’obtention d’un terrain à sa juste valeur marchande ou d’un bail pluriannuel à 1 $ par année. C’est la partie facile. La construction d’infrastructures? Là encore, il est assez facile de recueillir des fonds par l’entremise de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, d’entités privées, etc.
C’est le volet opérationnel. Je ne parle qu’en mon nom, et pas nécessairement au nom du brigadier-général Mulawyshyn, mais je pense qu’il serait d’accord pour dire que le financement des opérations le lendemain est vraiment la pierre d’achoppement dans la plupart des cas.
Le sénateur McNair : Merci.
Le sénateur Yussuff : Nous avons reçu des fonctionnaires au début de nos audiences. Il y a un élément qui me frustre encore, et j’essaie de comprendre ce que nous pouvons faire à cet égard.
Anciens Combattants Canada accorde de l’argent à une section pour l’infrastructure et, en gros, sur les 107 millions de dollars, 29 millions de dollars sont destinés à l’administration. Je me gratte encore la tête pour comprendre. Si l’argent est destiné à aider les vétérans qui sont aux prises avec l’itinérance, pourquoi une proportion aussi importante est-elle consacrée à l’administration?
Le ministère des Anciens Combattants pourrait-il simplement administrer les fonds nécessaires pour aider à régler certains problèmes plutôt que de passer par un autre organisme pour financer ce à quoi vous devriez avoir accès par l’entremise d’un portail au lieu de vous adresser à un autre organisme qui a sa propre infrastructure et qui prend de l’argent pour sa propre administration? Il me semble qu’il y a un dédoublement du processus, mais en plus, il y a beaucoup d’argent qui est retiré du système et qui n’est pas utilisé pour aider les gens ni pour réaliser ce que nous essayons d’accomplir au départ.
Compte tenu de votre expérience, pouvez-vous nous éclairer sur la façon dont nous pouvons mieux formuler certaines recommandations en vue de mettre fin à ce dédoublement et à ce que je considère comme un gaspillage de fonds? Je me trompe peut-être.
Bgén Mulawyshyn : Je ne suis pas tout à fait certain des statistiques que vous citez, sénateur, mais je crois qu’un processus d’approbation et d’autorisation aussi uniforme que possible permet d’accélérer les choses et de réduire le double emploi. Pour chaque couche que vous ajoutez, vous ajoutez 10 %, 15 % ou 20 %, qui s’aggravent ensuite. Lorsqu’il s’agit des fournisseurs proprement dits, comme M. Field et moi-même, tout d’un coup, cette grande annonce pour tant d’argent n’est en fait que cet argent-là.
Nous devons veiller à ce que le processus soit coordonné, uniforme, rapide et flexible. Voilà les quatre grands points que je voulais soulever.
Le sénateur Yussuff : Compte tenu de ce que vous faites sur la ligne de front, je sais qu’Anciens Combattants Canada souhaite que ce genre de choses se produise davantage, parce que cela traite d’une question qui est censée relever de sa responsabilité. Mais s’il avait un moyen de régler ce problème sans faire double emploi dans ses services, je suppose… j’essaie de comprendre, parce que je suis encore très frustré de voir qu’il y a double emploi et qu’il y a une autre partie d’un organisme qui essaie de vous aider à régler le problème. Bien sûr, il faut allouer des fonds, en toute équité, à cet autre organisme pour son administration, et je ne comprends pas pourquoi nous avons besoin du double emploi alors que nous pourrions avoir un seul endroit.
Si je vais à l’hôpital et que j’ai un problème, j’espère qu’on ne m’enverra pas dans une autre clinique située cinq kilomètres plus loin, parce que j’ai besoin d’aide, et je veux en obtenir immédiatement, parce que c’est l’endroit où j’irais pour obtenir de l’aide.
Bgén Mulawyshyn : Un guichet unique, pour utiliser le terme, serait très utile.
Qui coordonne M. Field et moi? Qui coordonne tous les autres organismes qui font de l’excellent travail, mais qui font peut-être double emploi, ou qui, peut-être, ne se connaissent pas? Personne. Il n’y a pas de stratégie pour les vétérans sans abri au sein d’ACC à l’heure actuelle. Il n’y a pas de nœud central qui dit : « Nous allons regrouper tout le monde, et nous allons nous assurer qu’il n’y a pas de double emploi et que tout le monde se parle. »
Nous nous synchronisons tous, parce que tout le monde veut faire du bon travail, mais il n’y a pas d’effort central de coordination pour s’assurer que nous atteignons tous les objectifs, que nous sommes dispersés dans tout le pays et que les fonds sont bien répartis. Nous agissons chacun de notre côté, et nous verrons où nous aboutirons.
Le vice-président : Monsieur Field, pourriez-vous nous dire ce que vous en pensez?
M. Field : Je comprends. Ce sont tous d’excellents commentaires et, comme tout le monde l’a dit, il s’agit d’un point de contact unique. Si nous parlons de l’itinérance chez les anciens combattants et de la prise en charge des anciens combattants canadiens, gardons cela au sein d’ACC.
Lorsque nous parlons de logement abordable ou d’infrastructure et ainsi de suite, de mon point de vue — et je vais être égoïste —, j’adorerais avoir un point de contact unique au ministère des Anciens Combattants où nous pourrions appeler et dire : « Nous devons bâtir un autre village dans cette ville, et nous avons besoin de financement; voici ce dont nous avons besoin. »
Ce qui se passe en coulisses, si vous devez parler de logement abordable, ou si vous devez parler de Logement, Infrastructure et Collectivités Canada et ainsi de suite — je veux dire, égoïstement —, c’est votre problème. Nous essayons de nous occuper de nos anciens combattants. Nous essayons de prendre soin de nos anciens combattants. Nous avons besoin d’un point de contact unique qui nous permette de ne pas avoir à réclamer de l’argent à plusieurs ministères et à essayer de justifier notre existence et notre demande.
Oui, il ne fait aucun doute qu’un point de contact central où nous pourrions obtenir du financement, des ressources et du soutien serait un scénario parfait. À l’heure actuelle, c’est presque comme si nous devions avoir un responsable des relations gouvernementales à temps plein qui s’adresse à tous les ministères pour servir nos anciens combattants, et il ne devrait pas en être ainsi.
Oui, un point de contact central serait essentiel.
La sénatrice M. Deacon : Merci. Ma question, encore une fois, vise à essayer de comprendre le plus possible ce qui se passe ici; vous n’avez qu’un nombre limité de places, les possibilités sont limitées, et nous le comprenons. Lorsque des gens — par le bouche-à-oreille ou par l’entremise de vos réseaux — se présentent à votre porte ou envoient un message, c’est une chose, mais nous savons que les gens qui en ont le plus besoin sont ceux qui ne se présentent probablement pas à votre porte ou aux petites maisons.
Comment abordez-vous les situations où vous savez que les gens qui en ont le plus besoin, qui sont venus pour une première visite ou même pour jeter un coup d’œil, sont peut-être arrivés jusqu’à votre porte, mais résistent et disparaissent? Comment vous y prenez-vous? Ou ne le faites-vous pas parce que vous savez qu’il y a quelqu’un qui peut prendre le lit suivant?
M. Field : En ce qui nous concerne, nous voulons rester en contact avec tous nos anciens combattants dans chaque province et ainsi de suite, mais il faut aussi que l’ancien combattant le veuille et le désire. Ce n’est pas une conversation à sens unique. Ce que nous avons constaté dans le passé, c’est que si l’ancien combattant ne participe pas au processus ou au programme ou ne s’y intéresse pas, c’est correct. Peut-être qu’un jour il le fera. Nous voulons qu’il sache que nous serons toujours là pour le conseiller ou pour l’aider en cas de crise. Beaucoup de nos anciens combattants choisissent de ne pas participer à un programme ou de ne pas recevoir d’aide à l’heure actuelle.
Il s’agit de rester en contact et de rester en contact avec tous nos partenaires communautaires et avec d’autres organismes sans but lucratif qui s’occupent des anciens combattants.
Bgén Mulawyshyn : Pour reprendre les propos de M. Field, il s’agit des partenaires et du réseau de refuges de la ville. Nous avons actuellement une liste d’attente comptant plus de 30 anciens combattants, et parfois une place se libère, et nous ne pouvons pas retrouver la personne parce qu’elle est en transit, ou parce qu’elle a déménagé et qu’elle n’a pas de téléphone cellulaire. On ne peut pas lui envoyer de courriel et on perd donc sa trace.
C’est difficile, surtout s’ils vivent temporairement chez des connaissances ou dans un campement. Cela peut être un défi, car beaucoup d’anciens combattants disent : « Je vais bien, je vais bien, et mon copain en a plus besoin que moi », et vous voyez ce grand sens de la communauté. Bien que nous offrions des logements temporaires et que vous puissiez y rester aussi longtemps que vous le voulez, sur les 40, nous en avons eu 68 jusqu’à présent, parce que les gens déménagent, parce qu’ils ont reçu de l’aide. Ils ont obtenu ce dont ils avaient besoin pour régler leurs problèmes sous-jacents, et ils sont passés à un logement permanent ou au marché, ou ils sont retournés chez des membres de leur famille, parce qu’ils veulent libérer cette place pour d’autres anciens combattants, parce qu’ils ont toujours ce sentiment d’appartenance à la communauté. C’est incroyable de voir ce désir de continuer à servir leurs camarades anciens combattants.
C’est un défi. Comment les trouver? Comment les faire venir? Comment les convaincre de l’accepter? Pour bon nombre d’entre eux, cela fait des années, et c’est difficile. Il y a beaucoup de problèmes de santé mentale et de toxicomanie.
La sénatrice M. Deacon : Merci.
Le vice-président : Je vais poser deux brèves questions. Je tiens à vous remercier tous les deux de ce que vous faites et des services que vous avez rendus à notre pays, lesquels ont été relativement peu reconnus par des millions de personnes. Je pense que vous faites un travail incroyable, et je vous en remercie au nom du Sénat.
Comment faites-vous la promotion de l’aide psychologique et de l’idée de l’éducation et de la sécurité d’emploi auprès des anciens combattants lorsqu’ils se présentent? Il doit s’agir d’un processus qui évolue au fil du temps. Est-ce le cas? Comment faites-vous cela? La dernière question est celle de la sénatrice Patterson, qui a dû partir. Elle voulait connaître le nombre de membres de la GRC dans vos foyers et savoir s’il y a des militaires étrangers dans vos foyers.
Ce sont les deux questions. Si vous pouviez répondre brièvement, je vous en serais reconnaissant.
Bgén Mulawyshyn : Je vais commencer rapidement. En ce qui concerne la GRC, il n’y en a pas. Si vous regardez les dénombrements ponctuels, il y a très peu de membres de la GRC; les Forces armées canadiennes, ou FAC, représentent, de loin, la majorité des anciens combattants sans abri. Pour ce qui est des anciens combattants étrangers, nous avons une ancienne combattante, une citoyenne canadienne qui a servi dans la marine américaine. La façon dont le système américain fonctionne, c’est que les prestations ne s’appliquent pas si vous n’êtes pas citoyen des États-Unis, alors qu’au Canada, le soutien d’ACC est mondial, peu importe où vous vivez. Le système est différent de celui des États-Unis. Elle est avec nous. Le soutien est essentiel. On peut mener un cheval à l’eau, n’est-ce pas? Nous offrons des mesures de soutien, qu’il s’agisse de traitement de la toxicomanie, de traitement de la santé mentale, de soutien aux victimes de traumatismes liés au stress opérationnel ou d’entraînement physique pour le retour à un mode de vie sain.
Il faut leur montrer ce qui est possible parce qu’ils ne viennent pas en disant : « Je veux ceci, et je vais tout de suite me lancer dans ce programme. Je veux suivre un traitement. » Non, c’est un processus. Il leur faut environ un an pour se stabiliser lorsqu’ils arrivent, pour reprendre leur souffle, pour perdre un peu de leur paranoïa, regardant toujours par-dessus leur épaule et se demandant : « D’où viendra mon prochain repas? Où vais-je dormir ce soir? » Ils peuvent alors commencer à accéder au programme. C’est ce qui est formidable dans le programme. Les anciens combattants viennent voir ceux qui sont là depuis un certain temps et ce qu’ils ont pu accomplir. Ils ont vu qu’un tel a bénéficié d’un règlement ou d’un programme de traitement.
Ma spécialiste en santé mentale me dit : « On peut mener un cheval à l’eau, mais on ne peut pas le forcer à boire. » Toutefois, vous pouvez lui donner soif. Son truc est de leur montrer ce qu’il y a là. C’est un pas en avant et deux pas en arrière; c’est un long processus, et c’est une question de patience, de soutien et d’être là pour eux.
Le vice-président : Monsieur Field, pourriez-vous nous fournir une réponse ou formuler des commentaires sur la question, s’il vous plaît?
M. Field : Il n’y a pas de membres actuels de la GRC. Pour ce qui est de la santé mentale, par exemple, j’ai l’avantage d’être marié à une psychologue, et je reçois ma thérapie gratuitement chaque jour, que je le veuille ou non. Dans bien des cas — concernant ce qu’a dit le brigadier-général Mulawyshyn —, c’est que ces anciens combattants vivent en mode combat ou fuite lorsqu’ils sont dans la rue. Ils n’ont pas le temps de réfléchir ou de penser à leur situation difficile ou à ce qui les a mis dans la rue et ainsi de suite. Je suis étonné de voir combien de fois un ancien combattant vient dans notre village alors qu’il n’a pas consommé d’alcool depuis des années, qu’il n’a pas eu de problèmes de toxicomanie et qu’il semble raisonnablement stable sur le plan mental. Ils viennent dans le foyer, et on pourrait penser qu’en étant là, ils n’auraient pas à s’inquiéter d’avoir un toit au-dessus de leur tête ou de savoir d’où viendra le prochain repas, mais dans de nombreux cas, c’est un déclencheur. Maintenant, parce qu’ils ne sont pas en mode combat ou fuite, ils ont le temps de réfléchir au traumatisme de leur vie, à leurs expériences dans les forces armées. Dans bien des cas, nous avons déclenché des problèmes de santé mentale en leur offrant un foyer où ils peuvent être tranquilles. Le fait d’être tranquille, dans certains cas, crée des problèmes parce que la personne commence à réfléchir à ce qui l’a mise dans cette situation.
Trouver l’équilibre — chaque parcours est différent. Ils travaillent à leur propre rythme. Nous les faisons sortir de leur coquille pendant un certain temps. Nous avons de belles histoires de réussite au sujet de nos anciens combattants, et nous en sommes très enthousiastes. C’est une excellente question.
Le vice-président : Merci à vous deux de votre présence. Y a-t-il d’autres questions avant que nous levions la séance?
Le sénateur McNair : J’ai un commentaire à faire, monsieur le président. Il y a quelques semaines, nous avons entendu des témoins qui nous ont fait part de témoignages assez émouvants. Ils ont dit que ce qu’il fallait, c’était de traiter les anciens combattants avec dignité.
Messieurs, je ne peux pas parler au nom du Comité, mais je pense que vous êtes tous les deux des éléments importants de ce processus. Encore une fois, merci de tout ce que vous faites.
Le vice-président : Je pense que nous partageons tous ce sentiment. Merci beaucoup d’être venus témoigner aujourd’hui.
(La séance est levée.)