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AEFA - Comité permanent

Affaires étrangères et commerce international


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 3 décembre 2025

Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd’hui, à 16 h 15 (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement se rapportant aux relations étrangères et au commerce international en général.

Le sénateur Peter M. Boehm (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Honorables sénateurs, je m’appelle Peter Boehm, je suis un sénateur de l’Ontario et je suis président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.

J’invite maintenant les membres du comité présents aujourd’hui à se présenter.

[Traduction]

Le sénateur Adler : Bon retour. Sénateur Charles Adler, du Manitoba.

Le sénateur MacDonald : Michael MacDonald, de la Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Ravalia : Bienvenue. Sénateur Mohamed Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Woo : Sénateur Yuen Pau Woo, de la Colombie-Britannique.

Le sénateur Harder : Sénateur Peter Harder, de l’Ontario.

La sénatrice M. Deacon : Bon retour. Marty Deacon, de l’Ontario.

La sénatrice Coyle : Sénatrice Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Hébert : Bienvenue, Votre Excellence. Martine Hébert, du Québec.

[Traduction]

Le président : Je vous souhaite à tous la bienvenue, chers collègues. Bienvenue également à tous les gens au pays qui nous regardent peut-être sur ParlVU.

Conformément à l’ordre de renvoi général, nous nous réunissons aujourd’hui pour discuter de la situation en Ukraine. En première partie, nous sommes très honorés d’accueillir pour la deuxième fois au comité, pendant son bref séjour ici au Canada, Son Excellence Andrii Plakhotniuk, ambassadeur de l’Ukraine au Canada. Bienvenue au comité. Merci d’être avec nous aujourd’hui.

Avant que nous n’écoutions votre déclaration préliminaire et que nous vous posions nos questions, j’aimerais demander à toutes les personnes présentes de bien vouloir mettre en sourdine les notifications sur leurs appareils — c’est une distraction inutile — et de respecter les règles énoncées sur la carte devant vous concernant l’utilisation du microphone et de l’oreillette.

Monsieur l’ambassadeur, la parole est à vous.

Son Excellence Andrii Plakhotniuk, ambassadeur, Ambassade de l’Ukraine au Canada, à titre personnel : Monsieur le président...

[Français]

Honorable sénateur Boehm, distingués membres du comité permanent, je vous remercie de mer donner l’occasion de m’adresser au comité. Avec votre aimable permission, je poursuivrai mes remarques en anglais.

[Traduction]

J’aimerais tout d’abord exprimer notre profonde gratitude au Canada pour le rôle de premier plan qu’il ne cesse de jouer dans le cadre des efforts internationaux visant à soutenir l’Ukraine, qui lutte pour sa liberté et son indépendance contre l’agresseur russe.

Distingués sénateurs, je voudrais profiter de cette occasion que j’ai de m’adresser à vous pour remercier sincèrement le gouvernement canadien. Aujourd’hui, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles, l’honorable Anita Anand, ministre des Affaires étrangères, a annoncé un financement de 35 millions de dollars à l’ensemble complet de mesures d’assistance en faveur de l’Ukraine, ou CAP, de l’OTAN.

Le soutien du Canada renforcera le fonds fiduciaire multidonateurs de l’OTAN afin de répondre aux besoins immédiats, à moyen terme et à long terme de l’Ukraine en matière de sécurité et de défense. Il permettra de fournir à l’Ukraine une assistance immédiate sous forme de moyens militaires non létaux, un renforcement des capacités à moyen et à long terme et des initiatives de planification et de relèvement.

Nous sommes également très reconnaissants au ministre de la Défense nationale, l’honorable David J. McGuinty, d’avoir annoncé aujourd’hui que le Canada fera l’achat d’équipements militaires essentiels américains figurant sur la liste des besoins priorisés de l’Ukraine, ou la PURL, en partenariat avec d’autres pays alliés de l’OTAN, pour un montant total de 200 millions de dollars.

Les initiatives que le Canada a annoncées aujourd’hui, comme toutes celles qu’il a mises en œuvre auparavant, sont essentielles pour défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine et pour sauver la vie d’Ukrainiens ordinaires.

Distingués membres du comité, permettez-moi de vous présenter un aperçu des récents événements survenus en Ukraine, en particulier en ce qui concerne les négociations de paix.

Le 20 novembre 2025, le secrétaire américain à l’Armée, Daniel Driscoll, a présenté au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, des propositions pour un plan de paix. Au cours de la rencontre, le président Zelensky a souligné que dès les premiers instants de l’invasion russe, l’Ukraine avait cherché la paix et soutenu toutes les propositions concrètes pouvant contribuer à instaurer une paix véritable.

Depuis le début de l’année, l’Ukraine appuie des propositions du président Trump visant à mettre fin au carnage et elle est prête à travailler de manière constructive avec les États-Unis et d’autres partenaires pour assurer une paix véritablement juste, globale et durable. Le président Zelensky a souligné que l’Ukraine saluait les efforts que déployait le président Trump pour mettre fin à la guerre, même si certains points des propositions doivent faire l’objet de consultations supplémentaires.

À la suite de la rencontre, les deux parties ont convenu d’examiner les dispositions du plan de manière à trouver une solution juste pour mettre fin à la guerre.

La délégation ukrainienne a tenu une série de rencontres avec la partie américaine et les partenaires européens le 23 novembre, à Genève, puis avec les représentants américains le 30 novembre, à Miami, dont l’objectif était de discuter des mesures à prendre pour rétablir la paix. À l’issue de ces deux rencontres, le plan de paix a été révisé. Les deux parties ont convenu de retirer certains points et d’en modifier d’autres. Notre délégation a réaffirmé sa position ferme selon laquelle l’Ukraine doit être partie prenante des décisions relatives à sa sécurité et l’Europe doit être partie prenante des décisions relatives à la sienne. Par ailleurs, ce sont les dirigeants qui doivent discuter des questions les plus délicates, comme celle des territoires temporairement occupés.

Aujourd’hui, notre équipe de négociation était à Bruxelles pour rencontrer nos partenaires et alliés européens. L’équipe de négociation ukrainienne a été invitée aux États-Unis pour discuter des résultats de la rencontre qui s’est tenue à Moscou.

Pour notre part, les limites à ne pas franchir et les points essentiels demeurent les mêmes : respecter l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine; respecter le droit inaliénable de l’Ukraine de choisir ses alliances; ne pas imposer de restrictions sur les capacités de défense et la taille des forces armées ukrainienne; et fournir des garanties de sécurité fermes pour l’Ukraine. Les décisions relatives à la sécurité transatlantique devraient faire l’objet de discussions entre toutes les parties concernées, à savoir l’Ukraine, le Canada et l’Europe, et être approuvées par elles.

Le cadre de paix mis à jour a été présenté par la délégation américaine dirigée par l’envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, lors de la rencontre qui s’est tenue hier avec le président russe Poutine.

Je tiens à souligner ici que nous ne disposons d’aucune information officielle sur les résultats de cette rencontre, du moins pour l’instant, puisque les deux parties ont convenu de ne pas divulguer les détails des discussions. Par conséquent, pour la suite de ma déclaration préliminaire, je m’appuierai sur les déclarations officielles qui ont été publiées jusqu’à présent.

Après la rencontre de cinq heures, le conseiller de Poutine, Iouri Ouchakov, a déclaré que les discussions avaient été utiles, mais qu’il restait encore beaucoup de travail. Il a souligné que les discussions entre les parties avaient porté sur le fond du conflit plutôt que sur des décisions précises et que la fin de la guerre en Ukraine n’était toujours pas en vue. Il a indiqué qu’il n’y avait pour l’instant aucune solution de compromis pour le plan de paix et que certaines propositions américaines étaient acceptables pour la Russie, mais que d’autres ne l’étaient pas.

À ce jour, je n’ai vu aucun commentaire de la part des États‑Unis. Force nous est donc de constater qu’après la rencontre d’hier à Moscou, la fin de la guerre est toujours loin d’être proche, car la Russie continue d’entraver le processus de paix. Cette année seulement, il y a eu des dizaines d’occasions de conclure un cessez-le-feu et de prendre des mesures concrètes pour garantir une paix stable, mais la Russie a rejeté toutes les propositions de paix. Moscou n’a toujours pas manifesté l’intention de mettre fin à son agression contre l’Ukraine et continue de frapper des infrastructures essentielles et des installations civiles.

Le 19 novembre 2025, la Russie a lancé une attaque de missiles contre Ternopil qui a fait 34 morts, dont 6 enfants, et 94 blessés, dont 18 enfants, et qui a détruit un immeuble résidentiel et en a endommagé un autre. Au cours de la semaine du 23 au 30 novembre, les Russes ont lancé près de 1 400 drones de combat, environ 1 100 bombes aériennes guidées et 66 missiles divers contre les Ukrainiens. Le 1er décembre 2025, une frappe de missiles russes sur Dnipro a fait au moins 4 morts et 40 blessés.

Le Kremlin n’est pas prêt à mener de véritables négociations de paix. Il fait des demandes irréalistes à l’Ukraine et à l’Occident. Tout ce qu’il souhaite, c’est poursuivre sa guerre d’usure, en grignotant petit à petit le territoire ukrainien et en faisant chanter le monde entier.

Juste avant de rencontrer la délégation américaine hier, Poutine a averti fermement l’Europe en déclarant que la Russie était prête à une confrontation militaire s’il devait y en avoir une. Il a ajouté que toute initiative européenne en faveur de la guerre pourrait mener à une situation dans laquelle il n’y aurait plus personne avec qui négocier. Lors d’une séance d’information, le porte-parole officiel de Poutine, Peskov, a déclaré que les négociations de paix devaient permettre l’atteinte des objectifs fixés dans le cadre de l’opération militaire spéciale.

Cependant, l’instauration de la paix ne repose pas sur les menaces de la Russie ni sur les ultimatums qu’elle lance. Elle repose sur les conditions que le monde met en place pour mettre fin à cette agression et sur ce que nous pouvons faire pour défendre notre État, notre peuple et nos droits. Il est donc essentiel que l’on continue à soutenir l’Ukraine sans relâche. Plus nous nous défendons avec force sur le front, plus nous pouvons obtenir de résultats sur le plan diplomatique.

Monsieur le président, distingués membres du comité permanent, l’Ukraine se trouve actuellement à un moment critique et travaille étroitement avec les États-Unis, ses partenaires européens et d’autres pays pour définir les mesures qui permettront de mettre fin à la guerre que la Russie mène contre elle, d’assurer une véritable sécurité pour l’Ukraine et l’Europe et d’empêcher que l’agression armée que commet la Russie ne se reproduise à l’avenir.

Nous mettons tout en œuvre pour que cette guerre se termine, et ce, dans la dignité. Le peuple ukrainien mérite une paix juste et la souhaite plus que quiconque. Nous sommes prêts à un cessez-le-feu complet et immédiat, première étape importante vers une paix globale et durable.

Comme je l’ai mentionné lors de la précédente réunion de ce comité à laquelle j’ai participé, Poutine ne mettra fin à la guerre que lorsqu’il n’aura plus aucune illusion quant à la possibilité d’une victoire sur le champ de bataille et lorsque le prix à payer pour poursuivre la guerre dépassera le prix d’y mettre un terme. La communauté internationale dispose des moyens qu’il faut pour rendre ce prix insupportable pour Poutine. Toute décision qui affaiblit la pression exercée sur la Russie dans le cadre de cette guerre doit être combattue tant que la guerre et l’occupation se poursuivent. Il faut accroître toutes les pressions exercées sur la Russie. La Russie ne doit pas être récompensée par des terres ukrainiennes volées ou des milliers d’enfants ukrainiens kidnappés.

En ce moment même, l’Assemblée générale des Nations unies se prononce au sujet de la résolution sur le retour des enfants ukrainiens que l’Ukraine a présentée et que le Canada et l’Union européenne ont appuyée. Nous espérons qu’elle recueillera un large soutien de la part de la communauté internationale. Nous exhortons l’ensemble de nos partenaires internationaux à tout mettre en œuvre pour aider au retour de tous les enfants qui ont été enlevés par la Russie et de tous les prisonniers qui sont encore détenus dans les prisons et les camps russes, dont un grand nombre s’y trouvent depuis 2014, année durant laquelle la Russie a lancé sa guerre d’agression contre nous et occupé notre Crimée.

Nous devons redoubler d’efforts pour garantir que le Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine soit efficace et que tous les criminels de guerre soient tenus responsables de leurs crimes, car le mal impuni revient toujours.

Monsieur le président, honorables sénateurs, au cours de la dernière année, la Fédération de Russie a considérablement intensifié ses efforts pour que les territoires ukrainiens temporairement occupés soient reconnus à l’échelle internationale comme faisant partie intégrante du territoire souverain russe. Elle a misé principalement sur une reconnaissance de facto. Il s’agit notamment d’encourager des diplomates accrédités en Russie, des politiciens étrangers, des personnalités publiques, des représentants des médias, des personnalités culturelles, des entreprises, etc., à se rendre dans les territoires temporairement occupés de l’Ukraine, y compris la République autonome de Crimée, ainsi que d’inclure les représentants des administrations d’occupation dans les délégations russes afin qu’ils participent à des événements internationaux. Nous exhortons nos partenaires à réagir fermement à ce genre d’efforts illégaux que déploie la Russie.

Nous devons défendre les principes de l’Acte final d’Helsinki : on ne peut pas modifier par la force les frontières reconnues par la communauté internationale; les criminels de guerre ne doivent pas échapper à la justice; et l’agresseur doit payer intégralement le prix de la guerre qu’il a déclenchée.

Il nous faut continuer à renforcer le régime de sanctions; élaborer un cadre efficace pour la coalition de volontaires; convenir de moyens d’utiliser la valeur totale des actifs souverains russes immobilisés afin que l’Ukraine puisse disposer des ressources dont elle a besoin; travailler sans relâche pour garantir que les auteurs de crimes d’agression et de crimes de guerre répondent de leurs actes; et, surtout, renforcer les capacités de défense et de résilience de l’Ukraine. À cet égard, nous comptons sur le soutien indéfectible, la solidarité et le leadership stratégique du Canada.

[Français]

Merci beaucoup de votre attention. Je suis disponible pour répondre à vos questions.

[Traduction]

Le président : Merci de votre déclaration préliminaire, monsieur l’ambassadeur. Au nom de tous les membres du comité, je tiens à vous dire que nous comprenons que vous devez faire attention à ce que vous dites en répondant à nos questions. Des négociations sont en cours. Nous sommes conscients de la position délicate dans laquelle vous vous trouvez à cet égard.

Je veux souhaiter la bienvenue au sénateur Stan Kutcher, de la Nouvelle-Écosse, qui s’est joint à nous.

Comme d’habitude, chers collègues, pour la première série de questions, vous disposez de trois minutes. Veuillez donc formuler des questions précises, ce qui signifie, bien sûr, monsieur l’ambassadeur, que vous devrez vous aussi essayer d’être aussi concis que possible dans vos réponses — mais sans pour autant en réduire le contenu.

M. Plakhotniuk : Je vais essayer d’être aussi bref que possible.

Le président : Merci.

Le sénateur Harder : Monsieur l’ambassadeur, je suis ravi de vous revoir. Je souhaite parler d’un sujet dont certains se sont servis pour entacher l’intégrité du président Zelensky et nuire aux efforts que déploie son gouvernement. Il s’agit de la corruption, qui est au cœur d’une série d’événements récents. Je vous invite à parler des mesures que le président a prises contre ce problème.

M. Plakhotniuk : Je vous remercie de la question.

Je tiens à réaffirmer que l’Ukraine demeure entièrement déterminée à mener des réformes et à lutter contre la corruption. Même la dernière affaire qui a fait grand bruit, concernant Energoatom, prouve que les institutions ukrainiennes indépendantes de lutte contre la corruption sont très efficaces. La question n’est pas de savoir si un pays est touché par la corruption — c’est le cas de nombreux pays —, mais plutôt de savoir comment réagissent le gouvernement, le président et le parlement. La réponse immédiate et ferme de l’Ukraine montre clairement que c’est un pays démocratique qui considère la lutte contre la corruption comme l’un de ses intérêts nationaux fondamentaux.

À ce jour, le président et la première ministre ont convenu de procéder à une refonte des conseils de surveillance des grandes entreprises publiques de l’énergie et de la défense. Nous procéderons de la manière la plus efficace, la plus transparente et la plus rapide possible, car le président a déclaré à maintes occasions que nous ferions tout pour jouir d’une crédibilité à l’échelle internationale. Nous ne voulons pas que nos partenaires internationaux aient à nous poser des questions.

Le sénateur Harder : Merci. C’est très encourageant.

La sénatrice M. Deacon : Merci d’être venu témoigner de nouveau. C’est vraiment important pour les travaux de ce groupe.

J’ai deux ou trois questions. Je commencerai par une question sur la période dans laquelle nous nous trouvons. Au moment où nous entrons dans un nouvel hiver, la Russie est devenue plus habile dans ses attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, notamment grâce à l’évolution et à l’amélioration des attaques par drones. Nous en avons appris sur l’aide militaire, mais les puissances occidentales peuvent-elles contribuer à maintenir l’approvisionnement en électricité en Ukraine grâce à une aide et à des équipements ciblés?

M. Plakhotniuk : À l’approche de l’hiver, la Russie a intensifié ses attaques contre les infrastructures essentielles et les installations civiles ukrainiennes. C’est un processus constant qui se déroule chaque jour. À ce sujet, nous devons garder deux choses à l’esprit. Il nous faut davantage de systèmes pour notre défense aérienne et certainement plus d’équipements et de pièces de rechange pour réparer nos réseaux d’énergie et d’électricité.

Nous bénéficions déjà de ce soutien, mais ce n’est pas suffisant. Nous voyons actuellement nos partenaires en Europe et ailleurs dans le monde faire un certain nombre d’annonces sur un ensemble de mesures d’urgence pour l’hiver. Elles sont les bienvenues. Nous en sommes profondément reconnaissants. Pour agir de manière efficace, nous avons besoin d’une défense aérienne qui nous permette de mieux protéger nos civils.

La sénatrice M. Deacon : Merci. À mesure que nous écoutons et regardons ce qui se passe, il faut tenir compte d’un autre élément : la Russie a déjà violé plusieurs accords de paix, en profitant même pour renforcer ses troupes afin d’intensifier les hostilités.

À votre avis, comment pouvons-nous croire que la signature de tout accord de paix aura plus de valeur que le papier sur lequel il est écrit? À part le déploiement de troupes occidentales en Ukraine, qu’est-ce qui pourrait vous donner l’assurance que cet accord sera respecté?

M. Plakhotniuk : Ma réponse, en termes très généraux, est que dans le cadre des véritables négociations avec nos partenaires et avec les Russes, il faut veiller à rendre l’Ukraine plus forte.

Ensuite, pour éviter que les agressions ne se multiplient, il nous faut des garanties de sécurité véritablement solides qui empêcheront la Russie de mener d’autres attaques contre l’Ukraine. D’une part, l’Ukraine doit être plus forte sur les plans militaire, institutionnel et financier, et d’autre part, nous avons besoin de garanties de sécurité très sérieuses et robustes.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie.

M. Plakhotniuk : Cela concerne les forces armées, la défense aérienne et bon nombre d’autres éléments.

La sénatrice M. Deacon : Merci beaucoup.

Le sénateur Ravalia : Monsieur l’ambassadeur, je vous remercie de votre présence.

À mon avis, le plan de paix en 28 points n’était ni plus ni moins qu’un élément de base pro-russe pour une soi-disant paix. Dans quelle mesure l’Ukraine est-elle préoccupée par la position des États-Unis dans les négociations en cours? Peut-on réellement espérer la paix sans le soutien inconditionnel des États-Unis?

M. Plakhotniuk : Je répondrai d’abord à la deuxième question. L’Ukraine, les partenaires européens et tous les partenaires internationaux ont besoin du leadership des États-Unis. Les États-Unis doivent participer aux affaires européennes et à la recherche d’une paix véritable et durable pour l’Ukraine.

Nous devons collaborer avec nos partenaires américains. Nous avons besoin de leur matériel de défense, de leur équipement militaire. Dans ma déclaration liminaire, j’ai dit que les annonces relatives aux contributions supplémentaires à l’initiative PURL, lors de la réunion de l’OTAN à Bruxelles aujourd’hui, sont très importantes et opportunes. Une contribution de 1 milliard de dollars américains supplémentaires pour l’initiative PURL et les achats d’équipements revêt une grande importance.

Nous préparons une proposition qui a fait l’objet de discussions et de modifications et qui fera l’objet d’autres discussions entre les partenaires européens et américains. Dans le cadre des négociations, nous disons souvent que rien n’est définitif tant que tout n’est pas convenu. Il s’agit d’un processus permanent.

Je tiens à souligner que l’Ukraine fera tout en son pouvoir, avec ses partenaires, pour que les Russes ne puissent pas l’accuser d’avoir bloqué le processus de paix et pour qu’elle ne soit pas considérée comme un obstacle majeur à la recherche d’une solution pacifique à ce conflit armé international. Nous sommes prêts à agir aussi rapidement et de manière aussi constructive que possible. Voilà notre position. Nous avons discuté des propositions envisagées.

Le sénateur Ravalia : Merci. Je m’interrogeais sur la position adoptée par la Hongrie en tant que membre de l’OTAN et de la coalition des volontaires. Elle semble toujours se ranger, en grande partie, du côté des Russes. Cela devrait-il être une source de préoccupation à long terme?

M. Plakhotniuk : Nous nous efforçons d’abord, au quotidien, de rallier l’ensemble de nos partenaires à nous, à la cause ukrainienne et à la position de l’Ukraine pour parvenir à une paix juste et durable en Ukraine.

Ensuite, notre position de principe est d’entretenir de bonnes relations avec la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie. Nous ferons tout en notre pouvoir et agirons de manière aussi constructive que possible pour résoudre tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans nos relations bilatérales. Il en va de notre survie, du soutien qui nous est donné et de notre future adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN.

La sénatrice Coyle : Merci beaucoup, Votre Excellence.

Vous avez évoqué la force collective que représente le soutien de la communauté internationale. Nous avons entendu parler de quelques exemples à ce chapitre en comité. Nous parlons beaucoup de l’Europe, du Canada, bien sûr, et des États-Unis et de leur rôle. Je m’intéresse à d’autres pays et à d’autres régions. Je sais que vous avez passé du temps en Chine. Nous savons que la Chine entretient des liens avec la Russie. Pourriez-vous nous parler d’autres pays et de la manière dont ils entravent ou aident la cause ukrainienne?

M. Plakhotniuk : Tout d’abord, je vous remercie de cette question.

La résolution a été appuyée; il s’agit là de nouveaux renseignements. Je vous remercie, madame Kinnear, de m’avoir soutenu dans ce dossier.

Nous avons besoin du soutien de tous les pays, de tous les membres de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce soutien peut prendre des formes très différentes, à commencer par ce vote important sur une question délicate et cruciale pour l’Ukraine. Ensuite, nous passons aux efforts humanitaires pour soutenir l’offre de services de qualité dans le cadre de la négociation avec la Russie sur le retour de nos enfants. Il y a éventuellement l’aide humanitaire, le matériel de production d’énergie et l’aide économique. Tout compte. Nous sommes reconnaissants envers tous nos partenaires en Asie, en Amérique latine et en Afrique qui nous soutiennent de différentes manières.

Certains pays nous offrent un soutien militaire, d’autres nous aident par l’entremise de projets humanitaires, et d’autres encore nous offrent un soutien politique au sein des organisations internationales. Nous travaillerons avec tous les pays. Si un pays pense que ce conflit devrait être réglé d’une autre façon, nous continuerons à collaborer avec lui afin qu’il en vienne à soutenir l’Ukraine.

La sénatrice Coyle : Je vous remercie. Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris ce que vous disiez. Je crois que vous avez dit que la Russie organisait des événements très médiatisés dans les territoires occupés...

M. Plakhotniuk : Oui.

La sénatrice Coyle : ... afin de justifier son occupation, évidemment. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet afin que nous comprenions mieux ce phénomène?

M. Plakhotniuk : Tout a commencé en 2014. Naturellement, au titre du droit international, personne ne reconnaît ni n’accepte cette réalité. Sur le terrain, toutefois, la Russie a essayé, essaie et essaiera d’obtenir une reconnaissance de facto. Qu’est-ce que je veux dire par là? Elle tentera d’organiser différents événements en Crimée et dans les territoires occupés du Donbass, d’y attirer différentes personnes, des politiciens et des médias et de créer les conditions nécessaires pour que la reconnaissance de facto se transforme en reconnaissance formelle de ces territoires comme territoires souverains russes.

Ce que je veux dire en disant cela et en soulevant cette question, c’est que nous devons demeurer vigilants et attentifs à ce que fait la Russie. Elle utilisera sa boîte à outils, composée de différents instruments, lentement, pour faire en sorte que ces territoires soient reconnus.

La sénatrice Coyle : Merci.

Le sénateur MacDonald : Je vous remercie de votre présence, Votre Excellence. Les dernières élections en Ukraine ont eu lieu en 2019. J’y étais. J’ai fait partie de l’équipe d’observateurs internationaux pendant trois semaines et j’estime que tout ce que j’ai vu était en règle. Les élections se sont bien déroulées.

Cette ébauche du plan de paix en 28 points prévoyait la tenue d’élections dans les 100 jours suivant la fin de la guerre, une fois que tout serait réglé. J’ai deux questions. Ce délai est-il raisonnable? Pensez-vous qu’il sera accepté? Lorsqu’il y aura des élections, l’Ukraine veillera-t-elle à nouveau à ce qu’une équipe internationale d’observateurs soit sur place pour observer leur déroulement?

M. Plakhotniuk : Tout d’abord, notre processus électoral est assorti d’une mesure législative claire. Nous avons organisé plusieurs élections — présidentielles, parlementaires, locales — lors desquelles nous avons toujours invité des observateurs internationaux, car il en va, je le répète, de notre crédibilité à l’échelle internationale et du soutien de nos partenaires. Nous avons reçu différentes recommandations que nous avons mises en œuvre sur une base régulière.

Lorsque les élections auront lieu, lorsque les conditions qui s’imposent seront réunies sur le terrain, nous inviterons des observateurs internationaux à observer leur déroulement et à renseigner la population dans le monde.

L’échéancier relatif à l’organisation des élections — qui concerne le premier point que vous avez mentionné — est régi par une mesure législative. Il va sans dire que la situation dans laquelle nous nous trouvons à l’heure actuelle est tout à fait unique. Il n’y a pas de cessez-le-feu. Les conditions préalables pour organiser et tenir des élections ne sont pas fixées. Nous devons donc, d’abord et avant tout, parvenir à un cessez-le-feu, puis créer les conditions nécessaires à la tenue de ces élections.

Bien entendu, il appartient à notre Parlement de décider du type d’élections qui auront lieu, de leur déroulement et de l’échéancier. C’est donc à notre Parlement de trancher, en fonction des propositions de la Commission électorale centrale et des experts sur le terrain. Nous respecterons la mesure législative en place.

Le sénateur MacDonald : Nous savons que le Canada vient d’apporter une nouvelle contribution importante. Nous soutenons notre contribution à l’Ukraine. Parlons de l’argent et du matériel militaire que fournit le Canada. Y a-t-il du matériel que nous ne fournissons pas et auquel l’Ukraine souhaiterait avoir accès? Vous donnons-nous tout ce que nous devrions vous donner ou tout ce dont vous avez besoin?

M. Plakhotniuk : Encore une fois, je tiens à dire que nous sommes profondément reconnaissants pour toute l’aide que nous avons reçue du Canada : le matériel de défense, l’aide financière, et le soutien à l’Ukraine.

L’aide peut bien sûr être apportée de différentes façons. L’une d’elles est la production conjointe du matériel de défense dont nous avons besoin. Nous disposons du cadre juridique nécessaire à cet effet et nous y travaillons.

Une autre possibilité consiste à soutenir des initiatives internationales telles que le modèle danois, dans le cadre duquel un autre pays investit dans la production ukrainienne de matériel de défense en Ukraine. Il existe donc différentes façons de procéder. Si nos amis canadiens ne produisent pas ou ne possèdent pas un type de matériel, nous pouvons trouver une façon de conjuguer nos efforts et de constituer une équipe de partenaires qui pourraient se procurer ce matériel de défense auprès d’un autre pays, d’un pays tiers.

[Français]

La sénatrice Hébert : Merci, Votre Excellence. Dans votre allocution, vous avez parlé de « garanties de sécurité robustes ». Ce sont les termes que vous avez utilisés. Nous savons que cela fait partie des discussions pour le plan de paix. Vous avez un peu abordé, avec mon collègue le sénateur Ravalia, la question des garanties à l’égard des États-Unis, mais pouvez-vous nous éclairer sur ce que vous entendez par « garanties de sécurité robustes »? Êtes-vous en mesure de nous donner plus de détails là-dessus?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Merci beaucoup de cette question. Les garanties de sécurité robustes ne concernent certainement pas seulement un soutien accru pour le matériel de défense. Elles visent aussi à rendre les forces armées ukrainiennes, qui sont fortes, encore plus fortes, car elles constituent la principale force qui défend notre pays et protège la vie des civils en Ukraine.

Le troisième point concerne la production de matériel de défense. Il faut aussi avoir des systèmes de défense aérienne sur place et produire des munitions. Bon nombre d’éléments devraient être examinés pour, ensemble, contribuer à ces « garanties de sécurité robustes ».

Nous devons rendre l’Ukraine plus forte. C’est le point central. Sur le plan militaire, l’Ukraine devrait être plus forte.

[Français]

La sénatrice Hébert : Dans cette perspective, j’entends dans ce que vous dites qu’il y a certainement des choses à faire à court terme pour garantir que cette sécurité sera pérenne dans le temps. Pouvez-vous nous éclairer sur les priorités à court et à moyen terme dans ce que vous dites par rapport à la sécurité?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Les éléments que j’ai mentionnés concernent ce qu’il faut faire à court terme, à moyen terme et à long terme. Lorsque nous parlons de questions stratégiques, nous parlons, évidemment, de l’adhésion à l’OTAN et de la défense collective de l’Ukraine et du continent européen.

Le sénateur Adler : D’entrée de jeu, le président a déclaré qu’il pourrait vous être difficile de répondre en toute franchise à certaines questions en raison des négociations.

Cela dit, je ne pense pas que quiconque ici croit qu’il s’agit d’une guerre que mène le peuple russe. Il s’agit avant tout de la guerre de Poutine. Il est donc tout à fait possible que votre pays, que nous soutenons tous, soit confronté à une force peut-être plus puissante que l’armée russe : il est confronté à la vision du monde de Poutine. Je pense que la plupart des gens s’entendent pour dire que Poutine est d’avis que l’Occident est faible. Cela pourrait remonter à la Seconde Guerre mondiale, lorsque la plupart des nationalistes russes et certainement les communistes étaient fermement convaincus que l’Occident n’avait pas vaincu Hitler. C’étaient les forces russes, c’était l’Union soviétique qui avait vaincu Hitler.

Ma question est donc la suivante : L’Occident peut-il faire quelque chose pour changer la vision du monde de Poutine?

M. Plakhotniuk : Pour changer...

Le sénateur Adler : Pour changer la façon dont Poutine perçoit le monde. Même si son économie, et, à certains égards, son armée sont pathétiques, il est convaincu, profondément convaincu, que l’Occident est faible.

M. Plakhotniuk : Tout d’abord, si vous me le permettez, nous pensons que les sondages d’opinion montrent que la majorité des Russes sont favorables à ce que fait Poutine en Ukraine. La guerre d’agression lancée par Poutine est appuyée par sa population; 70 ou 80 % des gens appuient ce qu’il fait.

Cela dit, pour les faire changer d’avis, nous devons être unis et très fermes dans nos réponses diplomatiques, politiques et économiques. Voilà ce que je répondrais.

[Français]

La sénatrice Gerba : Je suis désolée de mon retard. Ma question a peut-être déjà été posée, Votre Excellence.

J’aimerais revenir sur la déclaration faite lundi par le président, qui a laissé entendre qu’il y avait un grand optimisme quant aux chances de parvenir à un accord pour mettre fin à cette guerre, en ajoutant — c’était une déclaration de la Maison-Blanche — que l’émissaire américain Steve Witkoff se rendait à Moscou. Partagez-vous cet optimisme?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Tout d’abord, nous avons eu plusieurs discussions constructives avec nos partenaires américains. Nous les avons menées, comme je l’ai mentionné, à deux endroits différents. Par la suite, le président des États-Unis et notre président ont indiqué que nous avions eu des discussions constructives et que la délégation américaine se rendrait à Moscou pour informer les intervenants russes des résultats de ces négociations.

Ces négociations se poursuivent. Bien sûr, d’autres questions feront l’objet de discussions plus approfondies. Le président a toutefois mentionné trois points importants. L’un d’eux concerne les territoires temporairement occupés, qu’il souhaitait aborder avec le président Trump. Il est aussi prêt à en discuter avec Poutine.

La deuxième question concerne les actifs souverains de la Fédération de Russie. La troisième question, la plus complexe, comme l’a mentionné mon président, est celle des garanties de sécurité. Il s’agit donc d’un processus permanent. Les équipes de négociation se rendent à différents endroits afin d’avoir ces discussions sérieuses.

[Français]

La sénatrice Gerba : Je comprends. J’aimerais quand même savoir ceci : selon l’Ukraine, quels sont les paramètres d’un accord de paix acceptable?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Le président a déclaré — et je pense qu’il représente la volonté du peuple ukrainien — que nous voulons une paix juste, durable et globale. Nos derniers sondages d’opinion indiquent clairement que les Ukrainiens, ou du moins la majorité d’entre eux ne veulent pas faire des compromis et quelque concession que ce soit en ce qui concerne nos territoires. Il est très important de comprendre cela. Les Ukrainiens n’accepteront la paix que si notre souveraineté est respectée et que si notre intégrité territoriale est respectée et préservée. Les Ukrainiens et les dirigeants ukrainiens ont établi des limites très strictes.

Une autre question importante est celle de la justice qui doit être rendue. Par justice, j’entends qu’il faut tenir les auteurs russes responsables des crimes qu’ils ont commis et qu’ils commettent en Ukraine. Nous parlons de la manière de compenser, sur le plan financier, les pertes que cette guerre a causées à l’économie ukrainienne et aux Ukrainiens ordinaires. Un certain nombre de questions peuvent être considérées comme traçant notre ligne rouge. C’est ainsi que nous voyons les choses. Nous avons lancé le plan de paix du président ukrainien, qui se fonde sur la Charte des Nations unies. Voilà notre objectif stratégique. Voilà ce qui représente l’engagement politique de nos dirigeants et le véritable souhait du peuple ukrainien.

Le sénateur Kutcher : [Le sénateur s’exprime en ukrainien.]

À ma connaissance, la Russie a rompu plus de 150 accords signés avec l’Ukraine et la communauté internationale, et je n’ai jamais vu, dans l’histoire, la paix s’installer avant un cessez‑le‑feu.

Il y a quelques jours, le Wall Street Journal a publié un article très intéressant dans lequel on mentionnait que Steve Witkoff et Kirill Dmitriev, qui ont rédigé la proposition en 28 points, l’ont fait avec l’aide de Jared Kushner et de divers oligarques américains et russes, notamment des gens intéressés par l’exploitation des terres rares dans l’Arctique et ExxonMobil, lors d’une réunion avec Rosneft. Il s’agit moins d’un plan de paix que d’une transaction immobilière.

C’est donc un autre plan de paix qui vient s’ajouter à celui de la Chine, du Brésil, de l’Indonésie, de l’African Collaborative, de l’Arabie saoudite et à ceux, déjà nombreux, des États-Unis. Il semble que chaque fois que nous avons un plan de paix, l’Occident s’engage dans des discussions de paix, et pendant ce temps, M. Poutine continue de renforcer les capacités militaires de la Russie, notamment en important des armes et en faisant venir des entreprises de Chine et de Corée du Nord. Toutes ces discussions sur les plans de paix ne sont-elles pas un peu chimériques?

M. Plakhotniuk : Je voudrais souligner tout d’abord que nous sommes prêts à travailler sur toute proposition visant à instaurer une paix juste, durable et globale, fondée sur le droit international. C’est ce que nous avons fait, de manière constructive, au cours des périodes précédentes.

Pour ce qui est de la situation actuelle, il est important de mentionner que nous pouvons obtenir de meilleurs résultats et être plus efficaces en combinant deux éléments, soit exercer davantage de pression, économique et politique, sur la Russie — et je parle ici des sanctions — et continuer de nous engager de manière constructive dans des négociations avec nos partenaires : l’Europe, les États-Unis et d’autres partenaires.

Il faut donc combiner ces deux éléments : exercer plus de pression et s’engager dans des négociations et des consultations plus approfondies.

Le sénateur Kutcher : Merci. Chaque fois que je parle à mes collègues ukrainiens, ils remercient toujours le Canada pour son soutien, et nous aimerions en faire plus. Je n’ai jamais vu quiconque gagner une guerre ou un match en misant sur sa défense.

Jake Sullivan a élaboré l’approche de l’administration Biden, qui consistait à laisser l’Ukraine saigner, mais sans la laisser se vider de son sang. Quatre ans plus tard, pendant que la guerre continue de faire rage, l’Occident refuse toujours de fournir à l’Ukraine les armes militaires à longue portée qui lui permettraient de frapper des cibles militaires en Russie. Combien de temps encore, selon vous, pouvons-nous tenir en misant sur la défense?

M. Plakhotniuk : Au sujet des capacités à longue portée, nous bénéficions sur le terrain, bien entendu, du soutien de nos partenaires internationaux pour ce qui est du renseignement et de divers types d’armes à longue portée, mais nous utilisons aussi maintenant des armes et du matériel produits en Ukraine pour cibler des objectifs militaires légitimes sur le territoire russe. Nous augmentons actuellement la production. La façon la plus rapide d’accroître nos stocks est que nos partenaires en produisent sur leurs territoires, et nous sur le nôtre. Nous allons certainement continuer de le faire. Et nous allons continuer à chercher des façons d’obtenir l’équipement dont nous avons désespérément besoin, et c’est, comme vous le savez, des capacités à longue portée, des missiles Taurus et d’autres éléments qui nous aideront certainement à protéger les Ukrainiens.

Le président : Merci beaucoup. Nous passons à la deuxième série de questions.

Le sénateur Harder : Merci, monsieur l’ambassadeur. Ma question fait suite à votre déclaration préliminaire très complète sur la situation en Ukraine et l’état des négociations. Pourriez‑vous nous donner des nouvelles de ce qui se passe sur le front, soit du point de vue de la capacité offensive de l’Ukraine? Je pose cette question parce que les médias parlent de l’offensive russe, ce qui peut être, bien sûr, décourageant, mais les lignes russes ne bougent pas beaucoup. Il doit donc y avoir un aspect de la situation dont on ne parle pas sur la capacité offensive de l’Ukraine.

Pourriez-vous, si possible, nous donner des informations à jour sur ce qui se passe sur le front, du point de vue des Ukrainiens, et aussi des Russes, dont la situation se dégrade?

M. Plakhotniuk : La situation sur le champ de bataille est difficile, en particulier dans la région dont nous parlons, notamment à Pokrovsk et à divers endroits dans la région de Kharkiv. Ce que nous avons tous vu il y a quelques jours dans nos médias et dans les médias internationaux, c’est que malgré toutes leurs tentatives de faire des avancées stratégiques, les Russes n’ont rien conquis.

En ce qui concerne Pokrovsk, les hostilités sont quotidiennes. Nous faisons tout pour empêcher les Russes d’avancer. Dans la région de Koupiansk, par exemple, le commandant en chef des forces armées a annoncé avoir reçu des nouvelles positives, car nous tentons de repousser les Russes hors de ces territoires. La situation est dynamique sur le terrain.

Pour réaliser des percées majeures et progresser, nous avons besoin d’armes, de munitions, de capacités et de drones.

La guerre qui se déroule actuellement est marquée par cette situation dynamique où, par exemple, les Russes avancent un peu; nous essayons de défendre nos positions, puis nous libérons certaines parties du territoire dans des zones précises. Les Russes n’ont réalisé aucune percée ni avancée majeure. C’est important. Stratégiquement parlant, la ligne de contact n’a pas bougé.

Le sénateur Harder : Pouvez-vous nous donner des détails sur les efforts offensifs stratégiques sur le territoire russe?

M. Plakhotniuk : Les efforts offensifs stratégiques ont été mentionnés à plusieurs reprises par Poutine. D’une part, comme l’a essentiellement commenté son porte-parole, ils veulent atteindre les objectifs de leur soi-disant opération militaire spéciale. Ils veulent occuper l’ensemble du territoire de deux oblasts, deux régions de l’Ukraine, Louhansk et Donetsk, et ils tenteront de faire le possible et l’impossible pour créer de soi‑disant zones tampons.

Le sénateur Harder : Je parle des efforts offensifs ukrainiens sur le territoire russe.

M. Plakhotniuk : En ce qui concerne les efforts offensifs ukrainiens, notre objectif est de libérer nos territoires, notre territoire souverain, et nous voulons que les frontières de l’Ukraine soient celles qui sont internationalement reconnues. C’est notre mission, défendre notre pays.

Le président : Merci. Je tiens à mentionner que le sénateur Wilson, de la Colombie-Britannique, s’est joint à nous.

[Français]

La sénatrice Hébert : Votre Excellence, vous avez mentionné dans vos remarques liminaires les coûts humanitaires importants de la guerre. Vous avez également parlé des coûts occasionnés en matière d’infrastructures. Avez-vous une estimation des coûts de reconstruction, advenant un accord de paix? À combien se chiffrent les besoins en matière de reconstruction, à la fois des infrastructures et de l’aide humanitaire qui devra se poursuivre pendant cette reconstruction?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Selon la dernière estimation préliminaire de la Banque mondiale, le coût des efforts de reconstruction, qui consisteront en d’importants projets d’infrastructure s’étalant sur une décennie, dépassera les 0,5 billion de dollars. Il s’agit d’une estimation préliminaire basée sur la situation actuelle. Tant que la guerre se poursuivra, la situation évoluera.

[Français]

La sénatrice Hébert : Merci. Certains médias ont rapporté une difficulté de mobilisation ou une démobilisation, à la fois au sein de l’armée et de la population ukrainienne. L’hiver s’en vient. Nous savons que ce sont souvent des conditions difficiles. Pouvez-vous nous donner un aperçu de l’état de la situation par rapport à l’aide humanitaire à la population, aux besoins et au niveau de mobilisation?

[Traduction]

M. Plakhotniuk : Je vais d’abord répondre à la question concernant la situation humanitaire des Ukrainiens. Certains experts considèrent que cet hiver sera l’un des plus rigoureux et des plus difficiles que nous avons connus depuis le début de l’invasion à grande échelle. En ciblant les infrastructures essentielles, ils ont tenté de semer le chaos et d’accroître les difficultés pour la population.

Même dans la capitale, Kiev, l’endroit le mieux protégé d’Ukraine, nous avons connu ces dernières semaines des périodes où, pendant la journée, nous n’avions de l’électricité que pendant quelques heures, puis nous pouvions rester sans électricité pendant 5, 7, 12 heures. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons. Le gouvernement, le ministre de l’Énergie et les techniciens font tout leur possible pour réparer le réseau électrique. Nous bénéficions du soutien de nos partenaires, mais la situation est très difficile.

Le deuxième point que vous avez soulevé concerne les efforts de mobilisation. Il s’agit d’un processus constant. C’est un enjeu très important, car nous sommes face à une puissance qui dispose de beaucoup plus de ressources que l’Ukraine. Les responsables politiques et le commandement militaire cherchent en permanence des façons d’avoir plus de personnel mobilisé dans l’armée ukrainienne. L’une des récentes initiatives du président a consisté à avoir une approche plus équilibrée relativement au soutien fourni aux brigades sur le champ de bataille par le personnel mobilisé. C’est un enjeu permanent.

La sénatrice Coyle : Je souhaiterais en savoir plus sur la situation des populations ukrainiennes déplacées, tant celles qui sont déplacées à l’intérieur de l’Ukraine — quelle est la situation actuelle — que celles qui se trouvent dans les pays voisins, comme la Pologne et ailleurs.

M. Plakhotniuk : Cette guerre a entraîné le déplacement temporaire d’un grand nombre de personnes, soit à l’intérieur de l’Ukraine — depuis l’est, le sud et le nord vers l’ouest du pays —, soit vers les pays voisins, mais aussi dans le monde entier.

En ce qui concerne les populations déplacées localement et à l’intérieur du pays, le gouvernement s’efforce actuellement de créer les conditions nécessaires pour leur permettre de travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école et de bénéficier de soins médicaux et sociaux. C’est un enjeu constant. Nous avons aussi des familles ukrainiennes qui ont dû déménager à plusieurs reprises. Par exemple, celles qui ont quitté la Crimée lorsque l’occupation a commencé se sont installées à Kharkiv, puis elles ont dû déménager à nouveau. La situation est très difficile, car les gens doivent se préparer à de nouvelles conditions sociales, économiques et professionnelles. C’est un enjeu majeur.

En ce qui concerne les personnes qui vivent dans d’autres pays, nous sommes profondément reconnaissants du soutien que nous avons reçu et de tous les programmes qui ont été mis en place. Il est important pour les Ukrainiens de bien comprendre ce qui va se passer dans les 6 à 12 mois suivants afin de mieux se préparer. Si la décision est prise de créer les conditions de leur retour — et c’est la grande priorité de notre gouvernement —, les gens doivent être prêts.

La sénatrice M. Deacon : Merci. J’écoute tout ce qui se dit et j’aimerais savoir, Votre Excellence, si vous avez des sujets que nous n’avons pas abordés aujourd’hui et dont vous aimeriez nous parler? C’est un moment important.

M. Plakhotniuk : J’ai essayé de parler de divers enjeux. Je tiens à répéter que nous sommes actuellement à une étape cruciale. Nous avons besoin d’unité, d’unir nos forces et de nous unir dans nos réponses. Qu’il s’agisse des sanctions, de la production de défense, du renforcement de notre résilience et de celle de nos pays, nous devons tous nous mobiliser très rapidement et efficacement. C’est un moment très important.

La sénatrice M. Deacon : Rapidité et efficacité.

M. Plakhotniuk : Oui, rapidité et efficacité.

La sénatrice M. Deacon : Merci.

Le sénateur Adler : Le président m’a demandé tout à l’heure si je souhaitais poser une question complémentaire, et j’ai choisi de ne pas poser la question complémentaire naturelle et logique. J’ai toutefois décidé de le faire dans l’intérêt du peuple ukrainien et de nombreux Ukrainiens qui vivent au pays et dans ma province. Je leur dois de poser cette question, même si elle est dérangeante. Lorsque j’ai demandé ce qui pourrait changer la vision du monde de Poutine, vous m’avez répondu : la diplomatie ukrainienne et, bien sûr, l’armée ukrainienne. Je dois vous poser cette question : le déploiement de toutes les forces de l’OTAN contre la Russie changerait-il la vision du monde de Poutine?

M. Plakhotniuk : L’Ukraine a toujours été une nation éprise de paix, mais je pense que Poutine a besoin de voir notre détermination et notre force collective. Je suis convaincu que cela peut se faire politiquement, économiquement et diplomatiquement, en lui envoyant le message très clair qu’il doit cesser de faire la guerre.

Le sénateur Adler : Nous vous souhaitons de réussir. Que Dieu bénisse l’Ukraine.

M. Plakhotniuk : Merci.

Le sénateur Kutcher : Dans son article de propagande douce intitulé Russians at War, Anastasia Trofimova décrit les militaires russes comme de bons gars qui s’efforcent de mener leur tâche à bien pour pouvoir rentrer chez eux. La Russie a investi massivement dans la désinformation et la propagande en Occident. Tout cela vise à réduire le soutien à l’Ukraine. C’est fait de manière très subtile. Les citoyens de nombreuses démocraties occidentales ne se rendent pas compte que la Russie peut être en guerre contre nous sans que nous soyons en guerre contre elle.

Comment nos démocraties pourraient-elles mieux contrer cette désinformation et cette propagande?

M. Plakhotniuk : Ils vont investir beaucoup d’argent dans leur budget l’année prochaine pour ces campagnes de désinformation, car ils pensent encore pouvoir parvenir à leurs fins. Ils veulent semer le chaos. Ils veulent nous diviser. Ils veulent utiliser des méthodes hybrides contre tous les pays.

Lors de ma dernière rencontre avec votre éminent comité, j’ai mentionné qu’une chose est certaine : nous devons coopérer très activement pour contrer la désinformation, tant de façon bilatérale que multilatérale, en échangeant des informations sur ce qui se passe, sur leurs cyberattaques, leurs campagnes de désinformation, leurs chaînes Telegram et leurs méthodes pour influencer les opinions, en particulier dans les pays qui sont en période électorale. Certains pays européens seront certainement la cible de ces méthodes hybrides.

Notre succès à contrer cette désinformation passe par une solide coordination. Nous devons assurément rester vigilants face à leurs campagnes, qui consistent par exemple à montrer des soldats russes sur les champs de bataille qui souffrent de cette guerre.

Le président : Merci beaucoup.

[Français]

En français, nous disons « chapeau », monsieur l’ambassadeur.

[Traduction]

Vous nous avez fait un excellent exposé. Vous avez répondu à nos questions. Vous êtes un professionnel de la diplomatie. Nous vous remercions de vous être joint à nous aujourd’hui.

Cela dit, je dois ajouter que, la situation étant ce qu’elle est, nous allons vous réinviter, peut-être bientôt, selon ce qui se passera. Merci.

M. Plakhotniuk : Merci beaucoup, monsieur le président, honorables sénateurs. Cela a été un réel plaisir et un honneur pour moi d’être ici et de répondre à toutes vos questions au mieux de mes connaissances. Merci.

Le président : Merci.

Pour la deuxième partie de la réunion, nous sommes heureux d’accueillir, d’Affaires mondiales Canada, Jocelyn Kinnear, directrice générale de l’Équipe spéciale sur l’Ukraine et ancienne ambassadrice auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, basée à Vienne, et Eric Laporte, directeur exécutif, Direction de la sécurité régionale et des relations de défense.

[Français]

Bienvenue et merci d’être avec nous aujourd’hui. Nous sommes maintenant prêts à entendre vos remarques préliminaires, qui seront suivies d’une période de questions de la part des sénateurs, comme d’habitude.

Madame Kinnear, vous avez la parole.

[Traduction]

Jocelyn Kinnear, directrice générale, Équipe spéciale sur l’Ukraine, Affaires mondiales Canada : Merci, monsieur le président et membres du comité, de me donner l’occasion de m’exprimer sur la situation complexe et difficile qui prévaut actuellement en Ukraine.

Comme vous l’a dit l’ambassadeur Plakhotniuk, les combats font rage sur le front, dans un temps brumeux, pluvieux et froid. La Russie a intensifié son offensive dans l’est de l’Ukraine et continue de progresser lentement, à un coût humain considérable pour les deux camps.

La Russie a aussi intensifié ses frappes aériennes contre des cibles civiles depuis juin, en lançant à maintes reprises un nombre record de drones et de missiles qui détruisent des maisons, dévastent des communautés, tuent des civils innocents, et ciblent plus particulièrement les infrastructures énergétiques.

Face à l’agression de la Russie, les Ukrainiens ont continué à repousser les forces russes et de prendre soin de leurs communautés. Cependant, les frappes incessantes de la Russie sur les infrastructures énergétiques civiles continuent de laisser des millions d’Ukrainiens dans le froid à l’approche de l’hiver. Vous avez entendu l’ambassadeur parler des pénuries d’énergie et des coupures de courant.

Le Canada reste un partenaire engagé de l’Ukraine dans la défense de sa souveraineté et la recherche de la paix. Il travaille avec l’Ukraine et ses partenaires pour déterminer où le soutien est nécessaire et coordonner notre réponse. Les efforts renouvelés des États-Unis pour garantir une paix durable en Ukraine et les discussions en cours sur ces efforts constituent des développements importants.

Le gouvernement s’est réjoui des discussions qui ont eu lieu la semaine dernière à Genève entre l’Ukraine, les États-Unis et les partenaires européens, qui ont renforcé le rôle central et important que joue l’Ukraine pour parvenir à une paix juste et durable. Le Canada a réitéré sa volonté d’apporter son soutien.

Dans nos discussions sur l’Ukraine aujourd’hui, j’aimerais souligner la réponse du Canada à la dimension humaine de la guerre, qui est à la fois un impératif humanitaire et un élément fondamental de toute paix juste et durable. En février 2024, le Canada et l’Ukraine ont lancé la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens à la suite de la déportation ou du transfert forcé d’enfants ukrainiens en Russie. La coalition se réunit régulièrement et compte désormais 45 pays et organisations internationales. Le Canada copréside également, avec la Norvège et l’Ukraine, un groupe de travail de niveau ambassadeurs basé à Kiev qui se concentre sur les mesures à prendre pour le retour des prisonniers et des enfants, c’est-à-dire les prisonniers de guerre et les civils détenus.

Ces deux organismes, codirigés par le Canada, ont joué un rôle déterminant en attirant l’attention internationale sur cette question cruciale et en coordonnant des mesures concrètes pour faciliter le retour des prisonniers et des enfants ukrainiens et soutenir leur réintégration dans la société ukrainienne.

[Français]

Depuis 2022, le Canada a engagé 22 milliards de dollars dans un soutien multiforme pour répondre aux besoins immédiats et aux priorités à long terme de l’Ukraine. Affaires mondiales Canada travaille avec l’ensemble du gouvernement canadien pour déployer les meilleurs outils là où ils sont le plus nécessaires.

Je suis heureuse de pouvoir dire 22 milliards de dollars aujourd’hui, et pas presque 22 milliards de dollars. Comme l’ambassadeur l’a mentionné, on a ajouté hier 35 millions de dollars accordés à l’OTAN; ce montant nous place au-delà de 22 milliards de dollars au total depuis 2022.

Pour répondre à des besoins humanitaires urgents, le Canada a engagé plus de 396 millions de dollars pour des services de santé d’urgence et des services vitaux, ainsi que pour la protection et le soutien des populations déplacées. Ces fonds appuient également les efforts visant à réunir les familles et à faciliter la réintégration des enfants ukrainiens, qui reviennent souvent marqués par des traumatismes et des années d’endoctrinement.

Afin d’appuyer les priorités de l’Ukraine en matière de reprise et de reconstruction, le Canada a engagé plus de 700 millions de dollars, notamment dans l’aide au développement. Cela comprend le soutien aux réformes de gouvernance afin d’assurer l’avenir de l’Ukraine en tant que démocratie dynamique et résiliente et membre de la communauté euro-atlantique.

Afin d’aider l’Ukraine à répondre à ses besoins urgents en matière de balance des paiements et de soutenir sa stabilité macroéconomique, le Canada a engagé 12,4 milliards de dollars en aide financière, principalement sous forme de prêts.

Pour répondre aux besoins militaires immédiats de l’Ukraine et soutenir sa sécurité à long terme, le Canada a engagé 6,5 milliards de dollars en aide militaire et près de 230 millions de dollars dans des programmes de paix et de sécurité.

Au-delà du financement, le Canada facilite la coopération commerciale et technique avec l’Ukraine, impose des sanctions pour tenir la Russie et ses complices responsables et utilise la diplomatie bilatérale et multilatérale pour coordonner le soutien à l’Ukraine et faire pression sur la Russie. Le Canada tire notamment parti de sa présidence du G7 à toutes ces fins en participant activement à la coalition des volontaires et au Conseil OTAN-Ukraine et en coprésidant la Coalition internationale pour le rapatriement des enfants ukrainiens.

Merci encore de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur ce sujet essentiel. À ce moment charnière, le Canada réaffirme son engagement indéfectible envers l’Ukraine, sa souveraineté et ses valeurs démocratiques. Merci.

Le président : Merci beaucoup. Nous commençons maintenant la période de questions.

La sénatrice Gerba : Bienvenue à nos témoins.

Le 25 novembre 2025, l’honorable Chrystia Freeland, représente spéciale du Canada pour la reconstruction de l’Ukraine, a rencontré le président Zelensky à Kiev. Après cette rencontre, on a compris que l’Ukraine compterait sur un appui et une participation des entreprises canadiennes et sur les investissements canadiens pour aider à la reconstruction. L’ambassadeur de l’Ukraine vient de nous apprendre qu’il faudrait 3 trillions de dollars pour reconstruire le pays.

Comment le gouvernement du Canada collabore-t-il avec l’Ukraine pour déterminer quels sont les secteurs ou projets prioritaires sur lesquels les entreprises canadiennes pourraient aider à la reconstruction de l’Ukraine?

Mme Kinnear : Merci pour cette question. J’espère que vous me permettrez d’y répondre en anglais. Je mets mes mots entre les mains expertes des interprètes.

[Traduction]

Je veux être certaine de m’exprimer clairement.

J’ai participé à un dîner organisé par l’ambassadrice du Canada en Ukraine, Mme Natalka Cmoc, auquel assistaient également la représentante spéciale Freeland et les ambassadeurs des pays du G7. Cet événement s’est tenu mardi dernier, immédiatement après la conversation de la représentante spéciale avec le président Zelensky. Dès mon retour de l’Ukraine en fin de semaine, j’ai assisté à la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, qui était organisée à Toronto par la Chambre de commerce Canada-Ukraine et qui réunissait différentes entreprises canadiennes souhaitant participer à la reconstruction de l’Ukraine.

Les besoins de reconstruction sont vastes. Selon les estimations produites lors de l’évaluation rapide des dommages et des besoins de l’Ukraine réalisée en février dernier, que conduisent annuellement le Groupe de la Banque mondiale, la Commission européenne, les Nations unies et le gouvernement de l’Ukraine, le processus de relèvement post-conflit et de reconstruction coûtera 524 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. Ces données datent de février. Évidemment, il y a eu encore plus de dommages depuis.

Les besoins ne pourront être comblés sans la participation active et la mobilisation de capitaux du secteur privé. La participation du secteur privé à ces efforts sera primordiale, mais il faudra pour cela surmonter certains obstacles. Nous travaillons sur l’assurance contre les risques de guerre avec nos partenaires internationaux pour essayer de débloquer les investissements et de réduire les risques associés à certains. De manière générale, il y aura des besoins en investissements à pourvoir dans la zone se trouvant entre les lignes de front jusque dans l’Ouest du pays inclusivement.

Des entreprises canadiennes ont affiché clairement leur volonté de contribuer à la reconstruction. Par ailleurs, le budget déposé au Parlement propose un financement concessionnel supplémentaire qui aiderait à réduire les risques, à soutenir ces investissements et à instaurer des mesures incitatives.

Le président : Merci beaucoup.

Le sénateur Ravalia : Merci à vous deux d’êtres des nôtres.

Le Canada a investi une quantité considérable de ressources matérielles et militaires dans l’espoir d’en arriver à un processus de paix qui mettrait fin à cette guerre complexe. En lisant entre les lignes et en combinant les commentaires de l’ambassadeur au contenu publié dans les médias, je fais le constat déplorable qu’un cercle d’individus haut placés se livre à des activités de corruption qui risquent d’entacher l’intégrité des responsables ukrainiens. Tout cela est exacerbé par la désinformation russe; les préoccupations croissantes suscitées par le déclin du bassin de combattants contre les agressions russes; des négociations qui sont entamées en règle générale par les États-Unis et la Russie et qui excluent la plupart du temps l’Ukraine. De fait, les Ukrainiens et la coalition des volontaires y sont souvent invités seulement à la toute fin.

Vu le dilemme actuel, avez-vous bon espoir que nous en arriverons au règlement pacifique que l’ambassadeur espère tant parce que cela garantirait la sécurité des Ukrainiens à long terme?

Mme Kinnear : Merci de la question. J’ai espoir. Il faut qu’il y ait un processus de paix négocié. L’Ukraine a prouvé qu’elle était extrêmement habile pour faire entendre son point de vue lors des négociations, et ce savoir-faire s’est avéré important toute l’année. Les activités diplomatiques se sont tenues à un rythme soutenu au cours de la dernière semaine. Pour la première fois dans cette ronde de négociations, les États-Unis ont offert sur papier des garanties de sécurité concrètes, ce qui est très important pour les Ukrainiens.

Comme l’a dit l’ambassadeur, il reste de nombreux aspects à régler, mais j’ai bon espoir, étant donné les conversations intenses qui ont lieu en ce moment, que cette ronde de discussions nous rapprochera de quelque chose. Nous n’y sommes pas encore à mon avis. De nombreux aspects importants — que l’ambassadeur a mentionnés — ne sont pas encore réglés concernant l’intégrité territoriale, les biens russes et des éléments d’une importance fondamentale pour la souveraineté en Ukraine, ses forces armées et sa capacité à se défendre et pour l’obtention de garanties de sécurité robustes de la part de ses partenaires, notamment des États-Unis.

Le président : Merci.

La sénatrice Coyle : Merci d’être des nôtres. J’aimerais que vous en disiez plus sur ce qui vous donne espoir. Vous avez mentionné les conversations diplomatiques intenses qui ont lieu et la faible prise en compte de certaines des demandes de l’Ukraine. Constatez-vous autre chose qui serait porteur d’espoir actuellement ou des avancées concernant d’autres aspects? Les sanctions ont-elles une incidence? Dans l’ensemble, quels sont les progrès? Certaines choses avancent-elles sur d’autres fronts en raison d’autres facteurs?

Mme Kinnear : J’en suis convaincue. Je vais essayer de fournir une réponse sur les autres raisons d’espérer, mais je vais aussi céder la parole à mon collègue, M. Laporte.

Chaque fois que je reviens de l’Ukraine, je suis imprégnée de ce sentiment très contagieux de résilience et de détermination du peuple ukrainien. N’importe qui discute avec les Ukrainiens — en tout cas aux Ukrainiens à qui j’ai parlé — en ressort avec une profonde confiance en la détermination de ce peuple. Cette attitude ne peut que donner de l’espoir.

Vous avez parlé des sanctions. La coordination concernant les sanctions est vraiment sans précédent. Le Canada a déployé des efforts considérables en ce sens pendant sa présidence du G7. Nous avons créé un groupe de travail sur la flotte fantôme, dont la finalité est en quelque sorte de contrer les tentatives faites par la Russie pour contourner les sanctions en vendant son pétrole et en exportant d’autres produits sur le marché noir ou sur le marché gris.

Ces deux choses me donnent de l’espoir. Monsieur Laporte, voulez-vous ajouter quelque chose?

Eric Laporte, directeur exécutif, Direction de la sécurité régionale et des relations de défense, Affaires mondiales Canada : Merci de la question. Outre ce qu’a soulevé ma collègue et outre la résilience et la combativité de l’Ukraine que nous constatons depuis presque quatre ans, les Ukrainiens ne sont pas seuls. Certes, des négociations et des discussions sont en cours, mais la réaction européenne aux fuites concernant le plan de paix en 28 points a été très énergique. Les alliés européens et le Canada ont insisté vigoureusement pour que certains des éléments les plus difficiles ou problématiques du plan soient supprimés. L’intensité des discussions et des efforts diplomatiques prouve que l’Ukraine n’est pas seule.

Aujourd’hui à Bruxelles a eu lieu la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN, à laquelle assistait la ministre Anand. La réunion du Conseil OTAN-Ukraine avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, M. Sybiha, a permis de reconnaître et de réaffirmer avec force le soutien à l’Ukraine. Des annonces additionnelles ont été faites entre autres par le Canada sur de l’aide militaire à venir. L’Ukraine n’est pas toute seule dans ce contexte.

Le président : Merci beaucoup.

Le sénateur Kutcher : Ma question se divise en deux parties. Voici la partie A : le Canada est coprésident de la Coalition internationale pour le rapatriement des enfants ukrainiens. Certains progrès ont été réalisés. Par exemple, Save Ukraine est un organisme admirable qui assure le rapatriement, la réadaptation et la réinstallation des enfants, mais ses activités semblent paralysées. Que peut faire le Canada pour relancer et faire avancer ce processus?

La partie B porte sur un tout autre sujet que la partie A. J’ai publié récemment une lettre ouverte dans le Hill Times sur l’importance d’accroître les investissements des entreprises canadiennes en Ukraine et d’encourager les entreprises ukrainiennes à faire la même chose au Canada. Y a-t-il quelque chose que le Canada peut faire pour stimuler les investissements en Ukraine par l’entremise de l’Accord de libre-échange Canada-Ukraine?

Mme Kinnear : Merci de ces questions. Je vais considérer que les volets A et B sont en fait les questions 1 et 2, car ils portent sur deux points totalement différents, mais je me ferai un plaisir d’y répondre.

À propos des enfants, l’ambassadeur Plakhotniuk a parlé un peu de la situation, que je qualifierais d’atroce et de lamentable. Le Canada a examiné le problème de plus d’une façon. Tout d’abord, comme je l’ai mentionné dans ma déclaration liminaire, nous avons créé il y a presque deux ans la coalition pour le rapatriement des enfants. Nous avons travaillé très fort pour accroître le nombre de membres. Comme vous le savez très bien, sénateur, nous avons organisé la conférence de Montréal l’an dernier, dont le principal objectif était de trouver des moyens concrets d’orchestrer et d’utiliser en coordination les forces et les outils respectifs des pays membres pour faire progresser les différents éléments du projet consistant à trouver, à défendre, à rapatrier et à réintégrer ces enfants. Ces quatre étapes sont vraiment distinctes.

Pour l’heure, 1 819 enfants ont été rapatriés à ma connaissance. Nous apportons du soutien concret à l’Ukraine et nous collaborons avec ce pays à l’avancement du projet par l’entremise des partenaires de nos programmes bilatéraux. Nous travaillons avec l’UNICEF. Nous donnons des fonds au programme Better Care de l’UNICEF dont l’objectif est de soutenir la réintégration de ces enfants et à aider l’Ukraine à passer du modèle ancien de style soviétique d’institutionnalisation des enfants sans parents à un modèle de prise en charge par des familles. Outre cet aspect important, nous soutenons aussi la réintégration pour que les enfants qui reviennent au pays et les familles qui les accueillent aient accès aux aides et aux ressources dont ils ont besoin. C’était ma réponse au premier volet.

Le président : Je vais devoir vous interrompre. Nous avons largement dépassé le temps. Le sénateur a posé deux questions en espérant avoir plus de temps, mais les choses ne fonctionnent pas comme cela.

La sénatrice M. Deacon : Madame Kinnear, vous avez effleuré le sujet lorsque vous avez fourni des chiffres et des informations un peu plus tôt. Aujourd’hui, le Canada a annoncé qu’il allait faire l’achat auprès des États-Unis et au profit de l’Ukraine d’équipements militaires d’une valeur de 200 millions de dollars par l’entremise de l’initiative PURL, ou liste des besoins priorisés de l’Ukraine, qui fait partie du programme de l’OTAN. Étant donné les investissements de 600 ou de 700 millions de dollars qui ont été faits en août, je me demandais si vous pouviez nous décrire le fonctionnement de ce programme. Les armes et les équipements seront-ils acheminés à point nommé aux endroits voulus? L’ambassadeur a insisté tout à l’heure sur l’importance de la rapidité.

M. Laporte : Merci de la question. Je me ferai un plaisir d’y répondre.

L’initiative PURL de l’OTAN est divisée en lots de 500 millions de dollars américains ayant chacun pour finalité l’achat d’équipements que les États-Unis ont en stock ou qu’ils sont prêts à fournir aux alliés au profit de l’Ukraine. Ce programme est en vigueur depuis le mois d’août. Nous avons financé l’entièreté d’un lot d’équipements — le deuxième ou le troisième —, et cette fois-ci, nous allons le prendre en charge conjointement avec d’autres alliés.

Ces équipements figurant dans la liste des équipements priorisés de l’Ukraine sont, comme le dit le nom de la liste, des équipements dont l’Ukraine a absolument besoin et que seuls les États-Unis, bien franchement, peuvent fournir. Ce sont des choses comme des capacités de défense aérienne, des types particuliers de munitions et ainsi de suite. Ces équipements sont incroyablement utiles pour l’Ukraine.

Ces équipements se rendent-ils à temps à l’endroit voulu? Pour autant que je sache, c’est le cas, et ce, malgré les tentatives récentes de la Russie de perturber le transport ferroviaire de ces équipements lorsqu’ils transitent par la Pologne, mais l’entrée d’armes en Ukraine maintient un rythme soutenu.

La sénatrice M. Deacon : Merci. Madame Kinnear, pourriez‑vous en dire plus et répondre par le fait même à la question du sénateur Kutcher?

Mme Kinnear : Dois-je donner plus de détails à propos des enfants?

La sénatrice M. Deacon : Oui.

Mme Kinnear : Une autre chose sur laquelle nous travaillons avec les Ukrainiens est la consolidation d’une base de données qui regroupera en un seul endroit des renseignements validés et vérifiés, qui pourront, par exemple, être fournis, directement ou par des intermédiaires, à la Russie pour essayer de rapatrier ces enfants. Ce sont des renseignements sur les circonstances de la disparition ou de la déportation de chaque enfant ukrainien. C’est un autre des outils que nous les aidons à mettre en place.

La sénatrice M. Deacon : Merci.

Le sénateur Harder : Je ne vais pas céder de mon temps au sénateur Kutcher.

Merci aux témoins d’être des nôtres. Je voudrais parler de la réaffectation, le cas échéant, des biens russes qui ont été saisis. C’est un défi de taille, mais entrevoyez-vous une résolution et un échéancier?

Mme Kinnear : C’est une excellente question, qui est aussi très complexe. Je vais commencer en disant que le Canada a tendance, comme vous le savez sûrement, à faire preuve de créativité concernant l’utilisation collective de ces biens. Cela dit, très peu de biens russes se trouvent dans le territoire canadien.

Le sénateur Harder : Les Européens en comptent beaucoup.

Mme Kinnear : C’est exact. Même si nous aimons contribuer à la découverte de solutions créatives — nous l’avons fait en ralliant les collègues, par exemple, aux prêts du G7 dans le cadre de l’accélération de l’utilisation des recettes extraordinaires —, les pays de l’Union européenne, eux, ont vraiment des intérêts en jeu dans ce dossier.

Le sénateur Harder : Entrevoyez-vous quelque chose en particulier?

Mme Kinnear : Une solution pourrait se dessiner à la prochaine réunion du Conseil européen sur cette question, qui est prévue le 18 décembre. Ce sera la prochaine étape vers une prise de décision.

Le sénateur Harder : La Banque centrale européenne pourrait-elle changer d’idée?

Mme Kinnear : Je ne possède pas l’expertise nécessaire pour me prononcer sur les changements d’orientation de la Banque centrale européenne.

Le sénateur Harder : Il y a aussi sa capacité de faire changer les opinions.

Mme Kinnear : Je ne peux pas me prononcer sur cela non plus.

Le sénateur Harder : Merci.

Le président : Nous voilà pratiquement à la fin de la première série de questions. Je vais utiliser la prérogative de la présidence pour poser une question afin de raccorder quelques éléments.

Toutes les personnes qui se trouvent dans la salle sont au courant de la dissolution de l’agence américaine USAID, ou de certains des pans de l’agence, qui a entraîné des compressions substantielles des programmes d’aide au développement officielle des États-Unis. L’agence a été intégrée au département d’État, mais des réductions considérables ont été faites partout dans le monde.

De nombreux projets en Ukraine ont également été touchés. Je voudrais savoir dans quelle mesure d’autres pays donateurs, y compris le Canada, peuvent se concerter pour combler le vide causé par les réductions, notamment les projets qui ont peut-être été avortés dans certaines régions. Voilà la première partie de ma question.

Je vais imiter mon collègue, le sénateur Kutcher, et ajouter un deuxième volet, mais sur le même sujet. L’abandon par le gouvernement de la politique étrangère féministe, ou plus précisément de la Politique d’aide internationale féministe n’est pas passé inaperçu. J’ai approfondi le sujet dans le cadre de mes anciennes fonctions. Le travail de reconstruction de l’Ukraine sera considérable, mais il y a également beaucoup à faire d’ici là pour la défense des droits des femmes et des filles.

Pourriez-vous parler des deux aspects que j’ai soulevés?

Mme Kinnear : Certainement. L’une des réunions auxquelles j’ai assisté la semaine dernière à Kiev était celle de la Plateforme de coordination des donateurs pour l’Ukraine, où nous nous sommes assis avec 12 autres donateurs importants pour discuter précisément de la meilleure façon de soutenir — c’est aussi en partie la réponse à une question à laquelle je n’ai pas pu répondre tout à l’heure — les priorités de l’Ukraine, ses besoins tant en matière d’aide au développement que de reconstruction.

Lors de cette réunion, mon homologue américain a souligné que, même si cela n’a pas été largement médiatisé, à la suite de la réduction progressive des activités de l’USAID, ils réinvestissent en fait dans un certain nombre de domaines différents — pas dans tous les domaines dans lesquels ils investissaient auparavant, mais je sais que l’énergie en fait partie. Si j’en trouve d’autres, j’y reviendrai.

Il est certain que le Canada s’efforce de rester un partenaire solide, et je sais que nos alliés européens font de même. La collaboration avec la société civile est un élément que nous nous efforçons de maintenir lorsque nous prenons des décisions concernant notre aide bilatérale au développement, en étant très conscients du vide laissé par l’USAID. J’espère que cela répond à la première partie de votre question.

En ce qui concerne la politique étrangère féministe, si l’on se réfère uniquement à notre programme de développement bilatéral, celui-ci s’inscrit clairement dans le cadre de la Politique d’aide internationale féministe, mais dans ce contexte, nous avons pris des mesures telles que le renforcement de la gouvernance et la garantie d’une croissance économique forte en Ukraine dans une perspective féministe. Je pense que nous allons continuer dans cette voie à l’avenir. Je ne pense pas que nous allons changer radicalement notre façon de faire; je pense que nous allons nous concentrer précisément sur ces aspects : la gouvernance, la croissance et la dignité humaine. L’autonomisation économique des femmes s’inscrira dans le prolongement de ces objectifs. Nous comprenons tous qu’il n’est pas possible d’avoir une croissance économique forte sans l’autonomisation économique des femmes et sans leur donner une voix politique.

Pour ce qui est de la mise en œuvre du programme bilatéral en Ukraine, je l’interprète comme un changement d’orientation. Nous ne tournons pas la caméra, nous déplaçons légèrement l’objectif.

Le président : Merci de votre réponse. Nous allons maintenant passer au deuxième tour.

[Français]

La sénatrice Gerba : Je voudrais revenir à la deuxième partie de ma question : j’aimerais savoir si vous avez déjà établi une liste des secteurs prioritaires où les entreprises canadiennes pourraient aider à la reconstruction. J’en profite pour corriger un peu les chiffres. L’ambassadeur nous a parlé d’un demi-trillion, ce qui veut dire un demi-billion en français pour les besoins de la reconstruction.

Mme Kinnear : Oui, le chiffre que nous a donné la Banque mondiale, c’est 524 milliards de dollars. Donc, un demi...

La sénatrice Gerba : Un demi-milliard.

Mme Kinnear : Milliard. Non, non...

La sénatrice Hébert : Plutôt 500 milliards de dollars.

Mme Kinnear : Voilà, 500 milliards.

La sénatrice Hébert : Je suis désolée, monsieur le président, l’économiste va parler.

[Traduction]

Un billion de dollars, c’est mille milliards de dollars; le mot « trillion » en anglais se traduit par « billion » en français, alors c’est la même chose.

Mme Kinnear : En français, c’est 0,5 billion, donc 524 milliards de dollars.

En ce qui concerne les secteurs, j’ai mentionné plus tôt la Plateforme de coordination des donateurs pour l’Ukraine à laquelle nous participons. Le processus ici concerne à la fois l’offre et la demande. Nous voulons aider et soutenir toutes les entreprises canadiennes qui souhaitent investir en Ukraine, mais nous voulons également nous assurer que nous contribuons à mettre en relation les acteurs dans les domaines où l’Ukraine a le plus besoin d’aide. Grâce à la Plateforme de coordination des donateurs pour l’Ukraine, nous aidons l’Ukraine à établir une liste prioritaire d’investissements à l’échelle nationale, ce qui est en soi une tâche complexe. Cela implique d’examiner les municipalités, les villages et les régions du pays et d’identifier les priorités les plus importantes. C’est un long processus.

D’une manière générale, je dirais que l’énergie et les infrastructures, y compris les infrastructures énergétiques, seraient des secteurs clés. Les services d’ingénierie sont un domaine dans lequel le Canada est très performant et ils seront très en demande. J’ai également beaucoup entendu parler, la semaine dernière, du logement et du logement social.

Or, tout cela est étroitement lié à la création d’emplois dans les communautés de première ligne et à l’accueil des personnes qui reviennent du service militaire ou, à la fin de la guerre, des Ukrainiens déplacés qui regagnent leur collectivité d’origine, que ce soit depuis l’étranger ou depuis l’intérieur du pays.

Toutes ces choses sont liées. Les besoins seront énormes.

La sénatrice Gerba : Merci.

La sénatrice Coyle : Ces discussions sur la reconstruction me réjouissent, car elles signifient que les gens envisagent réellement cette possibilité. C’est formidable. C’est triste que cela doive arriver, mais c’est merveilleux de voir que ces projets se concrétisent.

Vous avez parlé de la collaboration avec la société civile en Ukraine. J’aimerais en savoir un peu plus sur la nature de ce partenariat avec la société civile ukrainienne et savoir s’il existe une collaboration avec la société civile canadienne qui a des partenariats en Ukraine. Nous avons parlé du commerce du point de vue des entreprises, mais il se peut qu’il y ait des initiatives au niveau de la société civile.

Mme Kinnear : D’accord.

Oui, sur le plan de la société civile, presque tous nos projets comportent un volet important de partenariat avec la société civile ou d’octroi de subventions à différentes organisations de la société civile. Fondamentalement, le Canada soutient le peuple ukrainien, et la société civile ukrainienne en est une excellente illustration. Elle est très diversifiée et riche. Nous avons, par exemple, des programmes dans le cadre desquels nous aidons les collectivités de première ligne. Dans ce contexte, nous ne nous contentons pas de renforcer la capacité des administrations municipales à identifier les besoins de ces collectivités et à élaborer des plans stratégiques et des demandes budgétaires à l’intention du gouvernement national; nous nous efforçons également de soutenir la société civile dans ces collectivités afin qu’elle puisse participer et s’impliquer dans ce processus de planification. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Par ailleurs, j’ai eu une conversation très intéressante. Nous avons un projet qui soutient les coopératives agricoles en Ukraine. C’est une histoire fascinante, car la Saskatchewan dispose d’un secteur coopératif solide grâce aux Ukrainiens qui sont venus y apporter leur expertise il y a 120 ans. Aujourd’hui, nous réexportons ces connaissances, et l’Ukraine les réimporte. Cela témoigne des relations riches et multidimensionnelles qu’entretiennent les Canadiens et les Ukrainiens. C’est un autre exemple.

De plus, la Fondation Canada-Ukraine est une fondation générale qui travaille avec un large éventail d’organisations de la société civile canadienne en partenariat avec la société civile ukrainienne. C’est certainement un élément important. Cela ajoute une riche dimension à ce que nous faisons.

Le sénateur Adler : Bonjour.

Lorsque je travaillais aux États-Unis, il était de notoriété publique dans la sphère politique américaine que si quelque chose n’était pas diffusé à la télévision, cela n’existait pas. Je ne sais pas combien de Canadiens sont au courant de l’enlèvement d’enfants par des Russes. Je me demande si le gouvernement envisagerait de diffuser des messages d’intérêt public ou, à tout le moins, d’utiliser les médias sociaux pour rendre ce problème tangible en nous permettant de voir des vidéos ou au moins des photos des enfants. Est-ce quelque chose que le Canada envisagerait de faire?

Mme Kinnear : C’est une excellente question. Je vous remercie de l’avoir posée.

Si cela vous intéresse, il y a eu aujourd’hui une audience du Sénat américain sur la question des enfants, que j’ai regardée juste avant de venir ici. L’intérêt supérieur de l’enfant est le principe au cœur de tout ce que nous faisons en matière de protection de l’enfance.

Avant tout, nous devons nous assurer que les enfants ne sont pas traumatisés de nouveau ou lésés de quelque manière que ce soit par nos efforts. À cet égard, il est important pour nous, lorsque nous recueillons des témoignages, d’essayer d’utiliser ceux des parents. Je suis allée dans des endroits où un enfant a été amené à témoigner pour raconter comment il avait été fait prisonnier, comment il avait entendu son père se faire torturer dans la pièce voisine et comment il avait été séparé de sa famille pendant une longue période. Évidemment, c’était le choix de cet enfant. J’espère que c’était son choix. Cependant, j’avais l’impression d’avoir en quelque sorte contribué à traumatiser à nouveau cet enfant. Dans tout ce que nous faisons, nous veillons à ce que ce ne soit pas le cas.

Je ne sais pas si cela répond à votre question. Votre question montre à quel point cet enjeu est important, mais aussi à quel point il est délicat, car c’est la vie et l’avenir des enfants qui sont en jeu. Nous tentons de sensibiliser l’opinion publique sans trop impliquer les enfants.

Le sénateur Adler : Je faisais référence aux enfants qui sont toujours en Russie, aux enfants qui ont été enlevés, kidnappés. Ce sont ces enfants dont je parle.

Mme Kinnear : Oui. Je crains que nous n’ayons pas beaucoup de vidéos ou de photos de ces enfants. Mais, oui, c’est une bonne question.

Le sénateur Adler : Merci d’y avoir pensé.

Le président : La question du sénateur Adler m’a rappelé un souvenir de mon enfance. Il y avait une famine dans ce qui était alors le Biafra, et cela suscitait beaucoup de publicité et d’engagement civique de la part des gens, qui faisaient des dons. C’était une autre époque, et les médias ont bien sûr changé. Merci d’avoir posé cette question, sénateur.

Le sénateur Kutcher : Je ne sais pas si nous l’avons déjà fait, mais je vais tout de même le faire. Je tiens à vous remercier, vous et votre équipe, pour tout ce que vous faites au nom de notre pays et au nom de nos collègues dans une démocratie ukrainienne en difficulté. Nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Je voudrais rebondir sur la question de la sénatrice Gerba.

Nous savons que si l’on n’est pas sur le terrain, on ne peut pas jouer, et qu’une fois la reconstruction engagée, d’importantes sommes circuleront et de nombreuses entreprises se bousculeront pour en bénéficier. Nous avons modernisé l’Accord de libre-échange Canada-Ukraine, mais les entreprises canadiennes ont été relativement lentes à investir en Ukraine. Nous avons été relativement lents à encourager les entreprises ukrainiennes à investir au Canada.

Y a-t-il des mesures que nous pouvons prendre dès maintenant pour accélérer ce processus afin que, au moment de la reconstruction, nos entreprises soient sur le terrain? Car les Européens, eux, sont déjà sur le terrain.

Mme Kinnear : C’est une excellente question.

Je vais peut-être commencer par répondre à vos remerciements. J’ai dans mon équipe deux personnes issues de nos équipes respectives, Billy et Serge, qui font partie d’équipes très travaillantes qui s’efforcent quotidiennement d’apporter le soutien du Canada à l’Ukraine.

Je tiens également à saluer les membres de l’équipe en Ukraine, l’ambassade sur place. Ils travaillent très dur jour et nuit, souvent sous les alertes aériennes, et doivent se rendre dans des abris au milieu de la nuit, ce que j’ai également vécu pendant mon séjour là-bas. C’est épuisant. Merci pour votre gratitude. Elle revient vraiment à toutes les personnes exceptionnelles avec lesquelles M. Laporte et moi avons la chance de travailler.

En ce qui a trait à la reconstruction et la ruée pour y participer, c’est un casse-tête intéressant à certains égards. Il y a certes des entreprises canadiennes qui sont sur place. Je trouve cela intéressant. Les entreprises canadiennes qui sont réellement sur le terrain — pas seulement les entreprises canadiennes, mais toutes les entreprises sur le terrain — ont une perception moins élevée du risque de travailler en Ukraine que les gens qui se demandent s’ils doivent investir. Je ne sais pas si c’est parce qu’elles sont sur place et y font face tous les jours, mais je trouve cela intéressant. C’est certainement lié aux défis relatifs à l’assurance contre les risques de guerre. Une fois sur place, les gens ont l’impression de récolter d’énormes dividendes inexploités, car la prime de risque perçu est beaucoup plus élevée que ce qu’ils ressentent réellement sur le terrain.

Les entreprises canadiennes sont intéressées, mais, encore une fois, beaucoup d’entre elles attendent de voir la paix ou un cessez-le-feu avant de s’implanter. Que pouvons-nous faire à ce sujet ? Il existe des outils que nous pouvons mettre en place pour réduire les risques. Une partie du budget y est consacrée. EDC s’y emploie. En fin de compte, nous sommes là pour soutenir les entreprises canadiennes qui souhaitent s’implanter.

Le président : Merci beaucoup. Je pense que le sénateur Kutcher a exprimé ce que nous ressentons tous. Nous admirons votre professionnalisme et ce que vous faites pour le Canada. Cela vaut également pour les membres de votre équipe. Je sais que certains d’entre eux sont ici aujourd’hui, et que d’autres se trouvent au ministère et, bien sûr, à l’étranger, à Kiev. Merci pour votre témoignage.

Nous revenons de temps en temps sur le sujet de l’Ukraine au sein de ce comité. J’ose dire que nous vous reverrons. Merci.

Chers collègues, nous nous réunirons à nouveau demain matin à 10 h 30 dans cette salle pour examiner à huis clos notre projet de rapport sur l’Afrique, qui vous a été envoyé par courriel la semaine dernière, le 28 novembre.

Il n’y aura pas de copies papier disponibles demain. Si vous souhaitez une copie papier, vous pouvez l’imprimer vous‑mêmes, mais vous pouvez également travailler sur version électronique. Nous avons délibérément choisi de procéder ainsi. Assurez-vous d’avoir accès au document, et nous aurons une bonne discussion demain.

(La séance est levée.)

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