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AEFA - Comité permanent

Affaires étrangères et commerce international


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 12 mars 2026

Le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international se réunit aujourd’hui, à 10 h 30 (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement se rapportant aux relations étrangères et au commerce international en général.

Le sénateur Peter M. Boehm (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bonjour. Je m’appelle Peter Boehm, sénateur de l’Ontario et président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.

J’inviterais maintenant les membres du comité présents aujourd’hui à se présenter.

[Traduction]

Le sénateur Adler : Bonjour. Charles Adler, du Manitoba.

Le sénateur Ravalia : Bonjour. Mohamed-Iqbal Ravalia, de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur MacDonald : Michael MacDonald, de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Gerba : Amina Gerba, du Québec.

[Traduction]

La sénatrice Busson : Bienvenue. Je m’appelle Bev Busson, de la Colombie-Britannique.

[Français]

La sénatrice Youance : Suze Youance, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Harder : Peter Harder, de l’Ontario.

Le sénateur Wilson : Duncan Wilson, de la Colombie-Britannique.

La sénatrice Coyle : Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Al Zaibak : Mohammad Al Zaibak, de l’Ontario.

Le président : Chers collègues, bonjour et bienvenue. Je souhaite aussi la bienvenue aux personnes de partout au pays qui nous écoutent peut-être aujourd’hui sur ParlVU.

Chers collègues, nous nous réunissons aujourd’hui conformément à notre ordre de renvoi général pour discuter de l’intervention d’urgence et de la réponse consulaire du Canada dans le contexte de la situation au Moyen-Orient. Nous avons le plaisir d’accueillir, d’Affaires mondiales Canada, M. Sébastien Beaulieu, directeur général , Direction générale des urgences internationales et des conseils aux voyageurs, et M. Yannick Lamonde, directeur, Direction des opérations d’urgence. Au nom du comité, je vous remercie de votre présence parmi nous. Le travail que vous faites est providentiel pour les Canadiens dont la sécurité est menacée au Moyen-Orient. Nous savons que vous et vos équipes travaillez 24 heures par jour et 7 jours par semaine sur cette situation.

Avant de passer à la déclaration liminaire et à la période de questions, je demanderais à tout le monde de bien vouloir mettre en sourdine les notifications de leur appareil. C’est une distraction inutile. Je vous demanderais aussi de consulter les fiches indiquant les pratiques exemplaires à suivre sur l’utilisation de l’oreillette et du microphone afin de protéger nos talentueux interprètes et les membres du personnel technique.

Nous sommes prêts à entendre les déclarations liminaires. Chers collègues, la réunion durera une heure et demie. Nous avons beaucoup de marge de manœuvre pour la période de questions, mais je serai relativement strict, comme d’habitude. Monsieur Beaulieu, vous avez la parole.

[Français]

Sébastien Beaulieu, directeur général, Direction générale des urgences internationales et des conseils aux voyageurs, Affaires mondiales Canada : Bonjour et merci aux membres du comité.

[Traduction]

Merci de me donner l’occasion de faire le point sur l’intervention d’urgence et la réponse consulaire du Canada dans le contexte de la situation au Moyen-Orient et dans la région du golfe. Cette question est importante pour les sénateurs et les parlementaires. Elle l’est aussi pour un bon nombre de Canadiens. La semaine dernière, mon collègue Yannick Lamonde, directeur des opérations d’urgence, a présenté aux parlementaires une séance d’information technique sur nos opérations, et aujourd’hui, je suis ici pour vous donner une mise à jour sur ces opérations.

L’environnement de sécurité demeure volatil et évolue rapidement. Je tiens d’abord à réaffirmer que la sécurité des Canadiens dans la région et des membres de notre personnel demeure notre priorité absolue, comme le démontrent les efforts que nous déployons depuis quelques semaines au Moyen-Orient et notre réponse aux crises récentes au Mexique et à Cuba.

Le niveau de préparation et l’expérience d’Affaires mondiales Canada étaient déjà considérables lorsque la crise a éclaté. Nous qui avons l’habitude de mener des missions dans des environnements complexes et instables partout au Moyen-Orient, nous sommes en mesure de hausser très rapidement notre niveau de préparation si nécessaire. Dès le début de la crise, nous avons enclenché nos processus bien rodés pour assurer la coordination de notre réseau à l’étranger avec nos partenaires gouvernementaux et les pays partenaires dans la région et dans le monde.

Nous avons par exemple augmenté les capacités du Centre de surveillance et d’intervention d’urgence, que le comité a visité il y a quelques années. Au plus fort de nos opérations, lorsque le nombre d’appels était le plus élevé, trois équipes de 50 personnes étaient en place chaque jour pour répondre aux appels des Canadiens dans la région.

Quant à la coordination au sein du gouvernement, nous appelons quotidiennement les représentants de chacune de nos missions dans la région, ainsi que les ministères concernés et les représentants au sein d’Affaires mondiales Canada. Ce système nous permet de communiquer des informations rapidement et d’orienter la prise de décisions en fonction des réalités changeantes sur le terrain.

Quant aux déploiements à l’étranger et à l’envoi de capacités d’appoint pour renforcer notre réseau, nous avons déployé 30 membres de l’Équipe permanente de déploiement rapide en Türkiye, en Azerbaïdjan, au Turkménistan, en Arménie, en Jordanie, en Israël, en Égypte et dans le golfe pour renforcer les effectifs du soutien consulaire et aider les Canadiens. Cette équipe est un groupe d’employés hautement qualifiés et prêts à se déployer à court préavis pour assurer la coordination des interventions d’urgence et fournir une aide consulaire.

Nos employés présents aux postes frontaliers et aux points de transit et dans la région ont permis à des ressortissants de sortir d’Iran de façon sécuritaire et de gagner la Türkiye, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et le Turkménistan. L’Équipe permanente de déploiement rapide renforce également les capacités des missions dans la région en rencontrant aux postes frontaliers et dans les aéroports des clients qui quittent la région.

Au cours des deux dernières semaines, dans le cadre de notre réponse, nous avons concentré nos efforts sur la diffusion de communications claires et cohérentes. Je suis heureux d’annoncer qu’en ce moment précis nous ne déplorons aucun cas consulaire de Canadiens blessés ou de victimes dans la région, et nous espérons que ce bilan se maintienne.

Les services Conseils aux voyageurs et avertissements et Inscription des Canadiens à l’étranger diffusent des messages fréquemment et à point nommé. Le système nous a permis de communiquer avec plus de 100 000 Canadiens, qui se sont inscrits au service afin de recevoir des renseignements à jour.

Depuis le 27 février, nous avons diffusé près de 100 mises à jour de nos conseils aux voyageurs dans la région. Nous avons aussi envoyé plus de 100 messages un peu partout dans la région aux 100 000 Canadiens inscrits, mais aussi à des destinations précises pour transmettre des renseignements très pratiques et opérationnels sur les options pour quitter la région, et sur les points de rassemblement dans le cas des déplacements organisés par nous.

Ces communications ont été renforcées par des courriels envoyés directement aux personnes concernées et des messages dans les médias sociaux pour fournir aux Canadiens des renseignements à jour sur l’espace aérien, l’ouverture des frontières et les moyens de quitter le pays.

Notre état de préparation inclut aussi un réseau de longue date de partenariats internationaux et des contacts quotidiens que nous avons avec nos partenaires du Groupe des cinq, de l’Union européenne et les gouvernements dans la région. La semaine dernière, nous avons conclu un protocole de coopération avec le Japon, qui prévoit une assistance mutuelle lors des interventions d’urgence. Cette entente conclue à point nommé avait en fait été élaborée avant que la situation n’évolue, mais sa mise en œuvre au cours des deux dernières semaines s’est très bien déroulée grâce à une coopération effective irréprochable sur le terrain.

[Français]

Je voudrais maintenant vous donner une image claire de la manière dont nous avons aidé les Canadiens, les résidents permanents et leurs familles à quitter la région.

Lorsque l’espace aérien était fermé ou insuffisant, nous avons utilisé toute la gamme des outils consulaires à notre disposition, notamment des réservations groupées sur des vols commerciaux. Nous avons effectué un vol nolisé, organisé des trajets d’autobus et des transports terrestres, fourni une aide directe à la frontière, et, dans certains cas, facilité l’émission de visas pour les Canadiens qui cherchaient à quitter l’Iran et à transiter par des pays voisins.

Nos efforts se sont portés notamment sur la réservation de places sur des vols de la compagnie Middle East Airlines entre Beyrouth et Istanbul, des réservations groupées sur des vols commerciaux et un vol nolisé, comme je le mentionnais, à partir des Émirats arabes unis vers Istanbul. Nous avons également organisé d’importants transports terrestres. Depuis le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Israël et la Palestine, nous avons facilité les déplacements en autobus vers un troisième lieu sûr où des options commerciales étaient disponibles.

Nos efforts et le soutien à nos ressortissants nous ont aussi permis de travailler de concert avec nos partenaires, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis. Nous avons également mis à profit nos partenariats avec Singapour et le Japon.

Les voyageurs ont également été aidés lors de leur passage frontalier entre Israël et l’Égypte. Nous avions du personnel déployé à Taba pour les accueillir du côté égyptien.

En ce qui concerne ce que nous avons constaté et ce que nous avons été en mesure d’offrir comme soutien au Canada, nous avons répondu, au cours des deux dernières semaines, à plus de 11 000 appels et courriels de Canadiens. Le nombre de demandes quotidiennes au plus haut de la crise en ce qui a trait au volume d’appel était de 1 400 par jour, et nous en sommes aujourd’hui à environ 400. Nous avons directement aidé plus de 1 000 Canadiens à quitter la région avec nos services consulaires.

L’Agence des services frontaliers du Canada a constaté que plus de 8 000 Canadiens sont rentrés au pays depuis deux semaines, ce qui nous réjouit aussi, dans la mesure où notre appel à la prudence a été entendu et où les Canadiens qui veulent et peuvent revenir au pays le font en grand nombre.

En même temps, nous sommes bien conscients que cette crise n’est toujours pas terminée. Affaires mondiales Canada continue de soutenir les Canadiens 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, dans toute la région. Nous continuerons d’adapter notre réponse en fonction des réalités opérationnelles, des conditions de sécurité et des besoins des Canadiens.

Tout au long de cette période, notre message aux Canadiens est resté le même, soit de consulter nos conseils aux voyageurs, de s’inscrire au système ROCA, ou service d’Inscription des Canadiens à l’étranger, et de communiquer avec nous en cas de besoin.

Nous restons pleinement engagés à soutenir les Canadiens à l’étranger à mesure que la situation évolue, et nous sommes heureux de vous tenir informés des développements. Je vous remercie. Nous serons heureux de répondre à vos questions.

Le président : Merci, monsieur Beaulieu.

[Traduction]

Je signale que la sénatrice Hébert, du Québec, s’est jointe à nous. Je vous rappelle que la série de questions sera de trois minutes par sénateur. Ces trois minutes englobent la question et la réponse. Je vous recommande d’éviter les longs préambules et de poser des questions précises. Nous devrions avoir assez de temps pour une deuxième série de questions, et peut-être pour une troisième.

Le sénateur Al Zaibak : Bonjour. Merci à vous deux de participer à cette discussion très importante. Ma première question s’adresse à M. Beaulieu. Une bonne part des efforts d’évacuation semblent se concentrer jusqu’à présent sur les vols commerciaux et les vols nolisés. Si la situation se détériore davantage et que le transport aérien commercial n’est plus possible, quels sont les plans d’urgence du Canada pour évacuer les Canadiens qui se trouvent dans la région?

M. Beaulieu : Merci. Dans la plupart des crises, les premières instructions ou le premier conseil que nous donnons aux Canadiens sont de se mettre à l’abri sur place au début des hostilités. À mesure que la situation devient plus claire et plus sécuritaire et que les Canadiens peuvent se déplacer et quitter la région, nous considérons d’abord et avant tout les moyens commerciaux disponibles. C’est la façon de faire la moins compliquée pour les Canadiens et la plus appropriée du point de vue de la gestion des fonds publics.

Dans ce cas-ci, nous avons organisé pour certains du transport par autobus qui leur a donné accès à des options commerciales. Pour d’autres, nous avons ajouté des sièges dans des vols commerciaux ou vérifié que ces vols en comptaient un nombre suffisant pour les Canadiens. Avec le concours des ambassades, nous avons réservé des sièges ou des sections complètes et nous avons ensuite invité les Canadiens intéressés à s’arranger directement, notamment pour le paiement des billets, avec les transporteurs aériens en question.

Au début de la crise, nous avons eu recours à un vol nolisé pour atténuer la pression. Cette solution avait déjà été utilisée dans le passé; l’affrètement fait partie de notre boîte à outils.

Dans les situations où les vols nolisés et les options commerciales ne sont pas disponibles, nous pouvons offrir d’autres options par l’entremise de partenaires fédéraux, notamment les Forces armées canadiennes, mais nous n’en sommes pas à ce stade au Moyen-Orient. Merci.

Le sénateur Al Zaibak : Merci.

Le sénateur Ravalia : Merci aux témoins d’être des nôtres. À l’heure actuelle, étant donné le caractère très changeant de la crise, quelles capacités d’appoint Affaires mondiales Canada maintient-il pour répondre aux urgences consulaires à grande échelle? Comment ces capacités sont-elles déployées en ce moment?

Outre Affaires mondiales, quels autres ministères soutiennent l’intervention d’urgence du Canada? Pourriez-vous parler un peu plus des efforts consentis en collaboration par le Canada et ses plus proches alliés? Certains alliés s’y sont pris très différemment, en organisant par exemple des évacuations sur des vols militaires.

M. Beaulieu : Je vais répondre aux deux volets de la question. À propos des capacités d’appoint du ministère, nous avons deux outils principaux, ou deux principaux points de pression dans la gestion des interventions d’urgence. Le premier nous permet de répondre aux questions, aux appels et aux demandes de renseignements des Canadiens. Dans notre centre ouvert 24 heures par jour et 7 jours par semaine, nous avons les capacités physiques de répondre à la demande au moyen de lignes téléphoniques et de postes de travail supplémentaires. Nous demandons aux employés réguliers du ministère de venir répondre aux appels des Canadiens au lieu d’exécuter leurs tâches habituelles ou en sus de ces tâches. Puisque nous sommes malheureusement rompus à ce type de situation, nous comptons des partenaires hautement qualifiés et compétents et des intervenants en cas d’urgence un peu partout au ministère qui savent que nous les appellerons dès qu’une crise se présente. Ils sont nombreux à venir volontairement travailler pour nous sans que nous les appelions.

L’autre élément dont nous disposons pour les situations d’urgence est l’Équipe permanente de déploiement rapide, qui se compose d’employés qualifiés qui peuvent être déployés à court préavis. D’ailleurs, certains sont sur le point de quitter le pays. À mesure que les crises évoluent, nous puisons dans cette liste. En ce moment même, 30 Canadiens se trouvent dans la région pour contribuer aux efforts de nos missions à l’étranger.

À propos de la collaboration avec d’autres ministères, il y en a plusieurs. J’ai mentionné la Défense nationale et les Forces armées canadiennes. Il y a aussi Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, et l’Agence des services frontaliers du Canada, ou ASFC. Les chiffres que j’ai mentionnés sur les retours au pays provenaient de l’ASFC. IRCC joue aussi un rôle essentiel en soutenant les résidents permanents et les membres de leur famille immédiate, dont certains ne sont pas canadiens. Ce sont des parties importantes du processus.

Pendant les crises, bon nombre de Canadiens n’ont pas de document de voyage valide. Comme je le disais, nous travaillons étroitement avec IRCC pour délivrer des documents de voyage d’urgence ou accélérer le renouvellement et la délivrance des passeports de ces personnes pour qu’elles puissent rentrer chez elles. Merci.

Le sénateur Ravalia : Merci.

La sénatrice Busson : Merci à vous deux de votre présence en cette période terrible. Je trouve très intéressantes vos explications sur votre capacité d’intervention dans ce type d’urgence et les statistiques que vous donnez telles que les 11 000 personnes qui demandent de l’aide. Ce que vous faites pour répondre à cette crise est tout à fait louable. Les situations à la fois urgentes et complexes sont un cauchemar qui comporte des défis particuliers.

Par ailleurs, en février, le gouvernement a annoncé que 483 postes allaient être éliminés à Affaires mondiales Canada. Étant donné la nouvelle situation urgente dans la région, je voudrais savoir si vous avez vu des signaux qui laisseraient croire que cette décision pourrait être réexaminée, puisque vous faites appel à des volontaires, dans certains cas, pour répondre à ces problèmes urgents.

M. Beaulieu : Les pressions financières pèsent sur le ministère au même titre que dans l’ensemble du gouvernement du Canada. Nous avons ce qu’il nous faut et nous avons établi des plans pour continuer à répondre à la situation en mettant à jour et à niveau nos processus, nos façons de faire de même que notre utilisation des technologies. J’ai dit que nous avions rejoint plusieurs fois 100 000 personnes au cours des dernières semaines. Nous avons amélioré nos technologies et nous les utilisons davantage.

Nous avons aussi trouvé de nouveaux moyens de fusionner les rapports de 12 missions en un seul rapport quotidien qui est envoyé aux ministères fédéraux. Ces gains d’efficiences et ces améliorations de nos méthodes de travail, ainsi que leur intégration dans nos activités courantes et le développement de notre culture de gestion de crise à l’échelle du ministère nous permettront de continuer à aider les Canadiens malgré les pressions financières.

[Français]

La sénatrice Gerba : Bienvenue encore une fois à MM. Beaulieu et Lamonde. Selon la ministre Anand, le gouvernement du Canada ne pouvait pas faire grand-chose pour que les Canadiens quittent l’Iran, car nous n’avons pas d’ambassade sur place. Dans ce contexte, que fait le gouvernement du Canada pour compenser l’absence d’ambassade?

M. Beaulieu : Je suis heureux de répondre à cette question, car il faut souligner que le Canada, malgré l’absence d’une ambassade, est tout à fait en mesure de communiquer avec les Canadiens en Iran. Nous l’avons fait depuis des mois et intensément au mois de juin l’année dernière, et nous continuons de le faire avec nos avis aux voyageurs et nos messages sur le système ROCA les incitant à quitter le pays.

On le faisait avant le 28 février. Lorsque les Canadiens qui sont en Iran décideront de quitter l’Iran, nous serons au poste frontalier et au point de transit pour les accueillir. Il y en a à peu près une cinquantaine qui ont quitté le pays au cours des dernières semaines. Je dois dire que le chiffre est moindre que le nombre de Canadiens qui avaient quitté l’Iran en juin lors du conflit précédent. Nous sommes au poste frontalier pour les soutenir, les accueillir et leur permettre de prendre un vol vers le Canada par la suite.

La sénatrice Gerba : D’accord. Vous avez indiqué également qu’il y a déjà 110 000 Canadiens qui sont inscrits au service ROCA. Est-ce que ces 110 000 Canadiens ont indiqué leur intérêt de quitter l’Iran? Vous m’avez parlé de 1 000 ou 8 000 qui sont déjà retournés, mais, sur les 110 000, est-ce que vous avez une idée de ceux qui veulent réellement quitter le pays ou de ceux qui veulent être relocalisés quelque part en attendant?

M. Beaulieu : Le chiffre le plus important par rapport aux Canadiens qui cherchent à quitter la région, c’est le nombre d’appels quotidien que l’on reçoit. Aujourd’hui — ou dans les dernières 24 heures —, on parle d’environ 400 appels de Canadiens. La plupart de ces appels étaient de Canadiens se trouvant dans les pays dont les espaces aériens sont ouverts. Je pense aux Émirats arabes unis et au Qatar. Pour les soutenir, nous les alignons vers les vols commerciaux disponibles.

Évidemment, il y a des personnes qui, pour toutes sortes de raisons, ne peuvent pas quitter le pays par voie commerciale pour l’instant. Le chiffre n’est certainement pas de 110 000, dans la mesure où on a reçu 10 000 appels au cours des dernières deux semaines. Les gens s’inscrivent pour toutes sortes de raisons, surtout pour rester au courant de ce qui se passe et des options et des conseils qu’on leur donne. C’est par l’intermédiaire de cela que l’on trouve l’information au sujet de 110 000 personnes en appuyant sur le bouton.

Le président : Merci beaucoup.

[Traduction]

Le sénateur Wilson : Je souhaiterais que vous en disiez plus, dans les limites de ce que vous pouvez divulguer, sur l’entente avec le Japon. J’aimerais aussi savoir si le Canada a conclu des ententes semblables avec d’autres pays, et surtout s’il y en a parmi ces pays qui maintiennent une présence diplomatique en Iran et qui pourraient nous fournir un canal qui faciliterait l’évacuation de nos ressortissants.

M. Beaulieu : Nous avons conclu plusieurs protocoles d’entente officiels avec plusieurs pays. Nous en avons un avec l’ensemble des partenaires du Groupe des cinq — les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande —, et d’autres avec la France, l’Union européenne, et désormais le Japon.

Ces ententes officialisent à plusieurs égards une coopération qui existait déjà entre les capitales de ces pays, mais aussi sur le terrain. Elles constituent également un outil important qui envoie un message politique clair à nos missions dans la région qui leur indique qu’elles peuvent collaborer. Faute d’entente, les responsables des missions qui seraient tentés de collaborer doivent d’abord obtenir l’approbation de l’administration centrale.

Dans ce cas-ci, ils savent que le protocole d’entente prévoit une assistance mutuelle qui leur donne le feu vert pour coopérer. Ces dispositions peuvent nous amener par exemple à signaler au gouvernement du Royaume-Uni que nous avons vu des ressortissants britanniques à un poste frontalier — et à diriger ces individus vers les bons services —, ou encore à partager des autobus et des vols nolisés, à offrir de l’aide logistique ou à communiquer des observations. Ce sont des dimensions importantes de la réalité à la frontière et sur le terrain. Les protocoles d’entente sont en somme des outils efficaces qui fournissent à nos équipes le message clair et l’autorisation de coopérer.

Le sénateur Wilson : Je suppose que certains de ces partenaires maintiennent encore à ce jour une présence en Iran.

M. Beaulieu : Certains de ces pays ont toujours une présence en Iran. Cela nous donne des informations utiles sur la situation sur le terrain.

Cela dit, ceux qui ont une présence à Téhéran en ce moment ne peuvent pas faire grand-chose pour aider leurs propres ressortissants ou qui que ce soit d’autre. Les Iraniens qui ont décidé de se rendre à la frontière disent que c’est une décision déchirante. Ils mettent leur sécurité en péril pour se rendre à la frontière, mais une fois rendus, ils sont très heureux d’être là.

Un Canadien, un homme âgé, a été accueilli par une de nos équipes permanentes de déploiement rapide, ou EPDR. À son arrivée en Azerbaïdjan, il s’est assis et a commencé à chanter l’Ô Canada. Nous voyons ce genre de réactions tous les jours. D’autres histoires se retrouvent dans les médias également, mais la situation en Iran est très difficile actuellement, et il y a très peu de mesures que nous pouvons prendre pour aider concrètement les Canadiens, outre leur donner les renseignements nécessaires pour faire un choix éclairé.

Le président : Merci. Avant de poursuivre, j’aurais une brève question complémentaire à la question du sénateur Wilson : pour ce qui est de la relation, de manière plus officielle, l’Italie est‑elle toujours notre puissance protectrice en Iran?

M. Beaulieu : Oui, l’Italie demeure notre puissance protectrice. L’Italie a accepté la responsabilité de nous représenter auprès du gouvernement hôte, en l’occurrence le gouvernement iranien. En ce moment, évidemment, les puissances protectrices comme l’Italie ont une capacité très limitée d’intervenir auprès du pays hôte.

Le président : Merci beaucoup.

La sénatrice Coyle : Merci d’avoir pris le temps de venir au comité. Je suis certaine qu’il n’était pas facile de vous libérer pour venir ici aujourd’hui. Je repense à notre visite au Centre de surveillance et d’intervention d’urgence dans le cadre de notre étude sur le service extérieur, et j’imagine maintenant à quel point cela doit être occupé, comme vous l’avez décrit.

J’allais poser une question très semblable à celle de mon collègue, le sénateur Wilson, mais j’ai deux ou trois autres questions. J’aimerais en savoir davantage sur les équipes de déploiement rapide dans la région. Pourriez-vous nous dire où elles sont déployées et comment elles fonctionnent? J’aimerais savoir ce qu’elles font, et où elles se trouvent.

M. Beaulieu : Merci. D’abord, je dirais que notre présence ici a aussi son importance, car vous êtes des parlementaires et il s’agit d’une occasion de transmettre notre message. Vous avez des électeurs qui sont inquiets, puis vous serez en mesure d’expliquer ce que fait le gouvernement du Canada.

Les membres des EPDR ont un sac prêt à emporter pour les déploiements à l’étranger. Nous leur rappelons souvent, à mesure qu’une crise évolue, qu’ils peuvent être appelés à partir dans les 12 ou 24 heures. Ils sont prévenus. Puis, ils sont déployés à un endroit donné, avec un mandat précis, sous l’autorité de l’ambassadeur, en collaboration avec le reste de l’équipe qui se trouve dans le pays ou qui est accréditée dans ce pays.

Nous avons une équipe en Türkiye. Elle se trouve à un point de transit près de Van, une porte d’entrée importante avec l’Iran. Une autre est à Astara, en Azerbaïdjan, encore une fois à la frontière. Dans ce cas-là, l’équipe a accepté de représenter nos autres partenaires mentionnés dans le protocole d’entente. Nos EPDR travaillent au nom d’une coalition de partenaires; elles accueillent les Canadiens et les ressortissants d’autres pays qui traversent la frontière. Nous avons aussi des équipes au Turkménistan, en Arménie, ainsi qu’à Taba, en Égypte, et à Eilat, en Israël. Nous avons aussi des équipes au Caire, à Dubaï, à Ramallah, à Beyrouth, à Oman et à Riyad pour appuyer les capacités en place. Habituellement, les équipes sont déployées suivant une rotation de deux ou trois semaines, car les membres ont également besoin d’une pause, et ils occupent un poste régulier au gouvernement du Canada, à Affaires mondiales. Nous privilégions les rotations, car cela permet d’accroître ou de réduire les effectifs selon l’évolution des besoins. Cela nous assure de demeurer réactif et d’avoir la possibilité d’accroître à nouveau les effectifs très rapidement, au besoin.

La sénatrice Coyle : Quelle est la durée habituelle d’un déploiement? Combien de jours?

M. Beaulieu : Habituellement, c’est trois semaines.

La sénatrice Coyle : Merci.

Le sénateur Harder : Merci, et par votre intermédiaire, je remercie votre personnel, tant ici qu’à l’étranger.

J’aimerais revenir sur le devoir de protéger, pour ce qui est de notre personnel. Pouvez-vous nous dire à quel endroit les personnes à charge ont été évacuées et si la protection de nos missions à l’étranger a été accrue? Dans ce contexte, j’aimerais que vous parliez du Mexique et de Cuba, ainsi que du Moyen‑Orient.

M. Beaulieu : Merci. Notre devoir de diligence est un pilier essentiel. Comme je l’ai indiqué dans ma déclaration préliminaire, la sécurité des Canadiens et de notre personnel est primordiale dans tout ce que nous faisons.

Nous avons réduit notre présence — je parle du personnel non essentiel et des personnes à charge — à Tel-Aviv, à Beyrouth et maintenant à Bagdad. Nous avons fait de même à Ramallah. C’est un arrangement temporaire que nous pourrons réexaminer à mesure que la situation évolue.

Nous avons une série de protocoles de sécurité pour les personnes qui demeurent sur place. Ces protocoles sont renforcés en fonction de l’évolution de la situation. Cela varie de jour en jour, pour divers aspects, notamment les déplacements protocolaires, les déplacements dans des véhicules blindés, les zones accessibles et interdites sur le territoire de l’accréditation. Tous ces éléments sont pris en considération par les chefs de mission pour s’acquitter de leur devoir de diligence à l’égard de notre personnel et des personnes à charge.

Des politiques étaient en place avant cette crise. Au Liban, par exemple, il s’agit d’un poste désigné non accompagné, de sorte que seuls les adultes à charge et les conjoints sont autorisés. Cela nous offre également une liberté d’action accrue et une plus grande tolérance au risque à mesure que les situations évoluent. C’est pourquoi il arrive d’apprendre dans les médias qu’un pays a modifié sa position, puis que l’on se demande pourquoi le Canada n’en fait pas autant. À titre d’exemple, lorsque l’Australie a modifié sa position, on nous a demandé pourquoi le Canada ne fait pas de même. Dans notre cas, il était déjà interdit d’être accompagné d’un enfant, et nos partenaires ont emboîté le pas.

Notre approche est souple, et nous avons une équipe de sécurité et des équipes de sécurité de la mission qui surveillent la situation de près.

Le sénateur Harder : Pourriez-vous également parler du Mexique et de Cuba?

M. Beaulieu : La situation actuelle au Mexique... Je veux dire, il y a eu la situation liée aux cartels, il y a deux semaines. Nous n’avons pas été obligés de réduire l’empreinte de la mission, mais nous avons des lignes directrices claires sur la mise à l’abri en place. Il s’agit des mêmes consignes que nous avons communiquées avec diligence aux Canadiens dans nos conseils aux voyageurs et nos messages du ROCA pour les 80 000 Canadiens inscrits au ROCA.

Quant à Cuba, nous maintenons actuellement notre présence là-bas. Plusieurs mesures ont été prises pour assurer la durabilité de nos opérations, étant donné les nombreuses pénuries. À titre d’exemple, nous avons des panneaux solaires pour économiser sur le carburant et éviter l’utilisation de génératrices. Nous avons également réduit le nombre de jours d’ouverture des missions, ce qui cadre avec la décision du gouvernement cubain de limiter ses propres activités, notamment les services offerts, et avec sa demande d’assurer la durabilité des opérations.

La sécurité et la durabilité des opérations sont essentielles pour nous.

Le sénateur Harder : Merci.

Le président : Merci beaucoup.

[Français]

La sénatrice Youance : Merci aux témoins.

J’ai une question de suivi par rapport à vos différentes réponses. Pour les Canadiens et les résidents permanents qui vont choisir de rester dans les zones touchées au Moyen-Orient, jusqu’où le gouvernement peut-il raisonnablement aller pour assurer leur sécurité et maintenir un soutien consulaire? Vous avez parlé du soutien de l’Italie, mais, si l’on tient compte des limites opérationnelles — puisqu’il n’y a pas d’ambassade en Iran — et des risques éventuels sur le terrain, que faire avec les personnes qui décident de rester?

M. Beaulieu : Merci. J’apprécie la question, parce qu’elle est importante et que nous nous la posons quotidiennement. Bien qu’on ait diffusé des avis et qu’on ait encouragé les Canadiens à quitter la région s’ils peuvent le faire, plusieurs choisissent effectivement de rester pour différentes raisons.

Cela dit, on continue d’être là pour eux et de leur offrir des conseils. S’ils décident de rester, on leur conseille d’être prêts à se mettre à l’abri pendant des périodes prolongées, ce qui signifie qu’ils doivent avoir accès à des médicaments, de la nourriture, de l’eau, du carburant et des génératrices.

Selon l’évolution de telle ou telle situation, il devient de plus en plus difficile pour nous aussi de les soutenir. Notre engagement est de les appuyer aussi bien qu’on pourra le faire, tout en étant bien conscients des questions de responsabilité et de sécurité de notre propre personnel, en tenant compte de ce qu’on appelle, dans le jargon, la permissivité du contexte, à savoir s’il est sûr de voyager dans tel ou tel pays, dans telle ou telle région qui est aux prises avec un conflit actif.

La sénatrice Youance : Avec la situation géopolitique actuelle, pouvez-vous nous rassurer quant à la capacité du Canada à répondre simultanément à plusieurs crises internationales, y compris des conflits armés ou civils? On a parlé de Cuba, du Mexique, et, si l’on tient compte du reste des pays affectés par la guerre en Iran, j’ajouterais Haïti.

M. Beaulieu : Merci. Nous avons cette capacité. Bien qu’on parle aujourd’hui généralement du Moyen-Orient, cela reflète tout un ensemble de situations très différentes à travers 15 destinations, 15 pays différents, avec une douzaine d’ambassades. Je pense qu’on est en train de faire la preuve, avec cette situation au Moyen-Orient et avec plus de 100 000 Canadiens inscrits, qu’on est en mesure de gérer plusieurs crises à la fois ou une crise très complexe.

On sort à peine de la situation au Mexique, précédée par la situation à Cuba et en Jamaïque à l’automne, et en Iran et en Israël en juin de l’année dernière. Je peux vous assurer qu’on est en mesure de répondre à plusieurs crises. Dans notre jargon, on se prépare justement pour un monde polycrise ou permacrise.

La sénatrice Youance : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Adler : Je n’ai aucune expérience en diplomatie, tant professionnellement que personnellement. Je tiens à le préciser. Je me demande toujours, dans des moments comme celui-ci, si le gouvernement a des freins politiques qui l’empêchent de suivre la sagesse populaire, à savoir que mieux vaut prévenir que guérir.

Concrètement, dans un contexte où le président américain et le dirigeant israélien ont tenu des propos belliqueux durant des semaines avant que la guerre n’éclate, y a-t-il une raison politique qui a empêché le gouvernement canadien de dire aux Canadiens à l’étranger, en particulier en Israël et en Iran, qu’il les encourage vivement à partir et qu’il est même prêt à faire tout son possible pour les aider à quitter la ville immédiatement, avant que la guerre commence, quelle que soit la formulation diplomatique?

Je me demande simplement s’il y a une raison politique pour laquelle on n’a pas agi de manière préventive.

M. Beaulieu : Je vous remercie de cette question. Je pense que nos conseils aux voyageurs, que j’ai mentionnés plus tôt, sont l’un des principaux éléments de notre boîte à outils. Nous publions des « Conseils aux voyageurs » pour 230 destinations. Dans le cas de l’Iran, c’était « Évitez tout voyage » pendant de nombreuses années. Dons, nous gérons les attentes, d’une certaine façon.

Vous avez mentionné Israël. Dans le cas d’Israël, du Liban et de la Palestine, cela a fluctué entre les niveaux 3 et 4, comme nous les appelons, respectivement « Évitez les voyages non essentiels » ou « Évitez tout voyage ». Cela a varié. Nous avons utilisé tous les outils à notre disposition, y compris les mises en garde des ministres des Affaires étrangères lors des crises précédentes, pour amplifier ce message et inciter les Canadiens à éviter certains pays ou à suivre nos conseils.

Le sénateur Adler : Je vous remercie de cette réponse, mais ce n’est pas la norme lorsque la situation se corse. Je comprends la raison d’être des conseils aux voyageurs, car la situation est délicate dans ces pays, si je puis dire. Dans un contexte où, comme je l’ai dit, les dirigeants d’Israël et des États-Unis et, évidemment, les dirigeants iraniens se rapprochent de plus en plus du précipice, je pense, en tant que Canadien qui a des amis dans diverses parties du monde, qu’encourager fortement les Canadiens à partir ne ferait pas de tort. J’ai mentionné le Liban parce que le sud du Liban est un champ de bataille, manifestement.

Je pose simplement la question : pour ce qui est des conseils aux voyageurs, serait-il possible, sur le plan diplomatique, de passer à un niveau supérieur indiquant qu’une situation d’urgence est imminente et que nous aimerions aider nos ressortissants à se préparer sans tarder?

M. Beaulieu : Je vous remercie de la question. Je dirais que c’est exactement ce que nous faisons. J’ai parlé des conseils aux voyageurs, mais nous avons également les messages aux Canadiens inscrits au service d’inscription des Canadiens à l’étranger. Nous avons envoyé des messages directs et clairs le 20 février, plus d’une semaine avant le début des hostilités, puis de nouveau le 27 février et depuis. Le message est très clair : « Partez si vous pouvez le faire en toute sécurité. » Évidemment, dans certains cas, la décision appartient aux Canadiens, mais nous avons été très insistants.

Nous amplifions également ces messages sur nos comptes des médias sociaux. Je reviens constamment à nos conseils aux voyageurs, car il s’agit d’un outil important, comme le démontre, peut-être... On compte 30 millions de visites par année sur le site voyage.gc.ca sur les pages de conseils pour le Moyen-Orient, mais aussi pour l’ensemble de la région. Plus d’un demi-million de Canadiens sont inscrits dans le système ROCA dans les différentes destinations à l’échelle mondiale.

Nous sommes toujours prêts à en faire davantage, mais j’ai l’impression que nous inondons les ondes de messages aux Canadiens, comme nous l’avons fait constamment au cours des derniers mois.

Le sénateur Adler : Est-ce également la norme chez nos alliés? En général, ont-ils tous la même approche?

M. Beaulieu : Tous nos alliés ont des conseils et avertissements semblables pour les voyageurs. Ils sont publiés dans les médias, parfois même au Canada. Lors de l’élaboration de ces conseils, nous travaillons de concert avec nos partenaires qui sont présents dans un pays donné ou qui ont des connaissances précises sur un pays ou une situation donnée. Cette collaboration entraîne habituellement une assez bonne harmonisation.

Le sénateur Adler : Merci.

Le président : Merci beaucoup. Nous arrivons à la fin du premier tour. C’est habituellement à ce stade que je pose une question, alors la voici. Nous n’en sommes pas à la première crise où l’évacuation de Canadiens est nécessaire. Je regarde mon collègue, le sénateur Harder. Il y a 20 ans, nous avons participé activement, ensemble, à l’évacuation de quelque 15 000 Canadiens du Liban. À l’époque, nous n’avions pas de centre d’opérations comme c’est le cas maintenant. Cela fait partie des leçons que nous avons tirées de cette situation : nous avions besoin d’un tel centre.

Cependant, il y avait également une certaine confusion, car dans le passé, pour obtenir de l’aide consulaire ou demander un rapatriement, il fallait remplir un formulaire d’engagement de remboursement. À l’époque, puisque la demande était tellement forte — et le gouvernement Harper était également nouveau —, il a fallu faire des choses inhabituelles, comme noliser des bateaux au nord de Chypre. On a alors jugé que c’était trop compliqué, et l’exigence a été abandonnée.

Je remarque que dans les messages publics, certainement par la ministre Anand et d’autres, on a toujours parlé d’évacuation fondée sur le principe de recouvrement des coûts. Je me demande si vous pourriez nous dire comment fonctionne le principe de recouvrement des coûts lorsqu’il s’agit d’évacuations par autobus et par vols nolisés, etc.

M. Beaulieu : Je vous remercie de cette question, monsieur le président. Lors d’une intervention, nous travaillons d’abord avec les compagnies aériennes commerciales. À ce moment-là, soit les Canadiens reçoivent l’information, soit nous réservions un siège pour eux. Ils peuvent ensuite prendre les dispositions nécessaires et payer le transporteur pour les services reçus. C’est la situation idéale, non seulement du point de vue des contribuables, mais aussi du point de vue des voyageurs, car ces compagnies aériennes offrent aussi des vols de correspondance.

Réserver des vols nolisés est un peu plus complexe, mais lorsque nous sommes obligés d’y avoir recours, nous communiquons avec les transporteurs aériens, avec le secteur privé, pour demander des propositions et des soumissions. Ensuite, les dispositions sont prises pour le vol.

Dans le cas du vol des Émirats arabes unis à destination d’Istanbul — le seul vol nolisé, dans ce cas-ci — les frais que nous avons décidé de facturer aux Canadiens correspondent au coût habituel d’un vol dans des circonstances normales, selon le site d’Expedia.

Vous avez mentionné un engagement de remboursement. Nos procédures ont évolué depuis; nous avons maintenant une plateforme en ligne, où le client peut indiquer : « Oui, j’aimerais être sur ce vol nolisé ». Le courriel d’information que nous envoyons ensuite à ce client contient un lien direct pour le paiement du vol nolisé, au prix commercial équivalent. Donc, pour le client, c’est excellent. C’est beaucoup plus efficace.

Nous avons mentionné l’importance de travailler plus intelligemment, et le recours à la technologie en fait certainement partie. Le taux de recouvrement est excellent avec ce système. Si le client n’est pas en mesure de payer, il peut aussi transférer ce courriel à sa famille au Canada pour que le paiement soit fait.

Il s’agit d’un aspect important du recouvrement de coûts, et c’est ainsi que nous avons procédé pour diverses crises antérieures, depuis la crise en Haïti, en fait.

Le président : Merci beaucoup. Je suis heureux qu’il y ait eu cette évolution positive. Cela nous aurait été utile il y a 20 ans.

La sénatrice Busson : Merci, monsieur le président. Pour faire suite à votre question, il y a lieu de se demander ce qui se passe si quelqu’un n’a pas de parenté au Canada avec une carte Visa. Leur demande de vol est-elle refusée?

M. Beaulieu : En fin de compte, personne ne se voit refuser l’accès à nos services. Nous pouvons opter pour un engagement de remboursement approuvé par le client, et nous nous chargeons du recouvrement plus tard.

La sénatrice Busson : C’est rassurant. J’ai une autre question. J’ai trouvé très intéressant ce que vous avez dit au sujet de l’Équipe permanente de déploiement rapide et de la façon dont elle est utilisée. J’imagine que ces gens opèrent dans un environnement très dangereux alors qu’ils offrent de rejoindre et d’escorter ou d’aider les personnes évacuées dans des situations très difficiles. J’imagine aussi que ces personnes ne sont pas choisies au hasard dans les bureaux des différents consulats, par exemple. Pourriez-vous me parler un peu de la façon dont les membres sont choisis et formés pour faire face à certaines de ces situations?

Je repense à ma propre vie. J’ai déjà fait ce genre de travail, à très petite échelle. C’est très dangereux. Je me demande simplement ce que vous pourriez nous dire pour nous assurer que ces personnes sont bien formées.

M. Beaulieu : Parfait. Avant de céder la parole à mon collègue Yannick Lamonde, qui supervise cette équipe de déploiement rapide, j’ajouterais que pour les Canadiens en détresse à l’étranger qui n’ont pas de moyens financiers, nous accordons également des prêts en plus des vols nolisés qui doivent être remboursés. Nous offrons ce soutien.

Les membres de l’Équipe permanente de déploiement rapide sont hautement qualifiés. Bon nombre d’entre eux ont travaillé à l’étranger dans plusieurs pays; ils ont des compétences; ils suivent une formation avec nous, notamment sur le travail dans un environnement hostile. Je vais laisser mon collègue compléter ma réponse. Merci.

Yannick Lamonde, directeur, Direction des opérations d’urgence, Affaires mondiales Canada : Je vous remercie de votre question. Les membres de l’Équipe permanente de déploiement rapide sont des diplomates; ce ne sont pas des forces spéciales. Nous ne les déployons pas dans des situations très dangereuses, mais il y a des risques là où nous travaillons, bien sûr.

Nous choisissons des personnes qui ont de l’expérience en affectation à l’étranger et qui ont travaillé dans le cadre de diverses crises. Nous leur donnons une formation sur les milieux hostiles. Nous leur offrons une formation et des séances particulières avec des membres expérimentés de l’Équipe. Les membres travaillent également selon le cadre des ambassades où ils sont déployés, de sorte qu’ils ont des équipes de sécurité qui leur fournissent des conseils et des orientations.

Au bout du compte, nous n’envoyons pas d’équipes en Iran, par exemple, parce que c’est trop dangereux. Elles se trouvent plutôt dans les pays limitrophes de l’Iran.

Parfois, nous devons annuler un transport par autobus, par exemple, parce que l’environnement n’est pas sécuritaire et que c’est dangereux pour notre personnel ainsi que pour nos clients. Il est souvent préférable de rester à l’intérieur que d’être sur la route, alors nous prenons des précautions pour qu’ils soient bien préparés.

Nous offrons de la formation en personne aux intervenants et nous essayons de tester leurs capacités à travailler sous pression et de voir comment ils réagissent. Certaines personnes n’ont pas été déployées parce qu’elles n’étaient pas les mieux placées pour travailler dans un environnement stressant et difficile, et elles peuvent nous aider à l’administration centrale au lieu d’être sur le terrain.

La sénatrice Busson : Merci beaucoup.

Le président : Si je peux poser une brève question complémentaire, pouvez-vous déployer des personnes qui ont également des compétences linguistiques? Je pense en particulier à l’arabe et au persan dans ce cas-ci?

M. Lamonde : Nous le faisons lorsque nous avons ces besoins à l’étranger. Bien sûr, nous avons du personnel dans nos ambassades qui a reçu une formation préalable et qui a des compétences linguistiques, mais nous avons actuellement des locuteurs arabes et persans qui sont déployés ou qui travaillent au centre de contact d’urgence pour répondre aux demandes de renseignements des gens de la région.

Le président : Merci.

Le sénateur Ravalia : Compte tenu de l’accélération spectaculaire de la crise dans le sud du Liban, avec la réinstallation accélérée, êtes-vous en mesure de faire le point sur le nombre de Canadiens qui ont pu être touchés par cette augmentation du nombre de personnes déplacées et sur les plans d’urgence qui pourraient être en place pour les aider?

M. Beaulieu : Nous n’avons pas reçu de demande d’aide précise en ce qui concerne les blessures, mais, de toute évidence, si vous regardez les chiffres — 800 000 cas sont signalés aujourd’hui —, il y a inévitablement des Canadiens touchés. En effet, au Liban, qu’on soit déplacé ou non, la situation est très difficile lorsqu’on se trouve à Beyrouth ou ailleurs au pays.

Donc, oui, il y a des Canadiens touchés, mais il n’y a pas de cas importants de blessures ou de personnes en détresse grave.

Le sénateur Ravalia : Merci.

[Français]

La sénatrice Gerba : J’aimerais faire du pouce sur la question du sénateur Harder par rapport à l’obligation de diligence. Dans le contexte actuel où la crise s’enlise, comment votre ministère s’assure-t-il que, pour respecter son obligation de diligence, le gouvernement du Canada évacue ses employés, y compris les employés engagés localement, eux qui représentent, comme on le sait, une grande partie du personnel dans les missions à l’étranger? Comment vous assurez-vous que l’obligation de diligence est pleinement respectée, notamment en ce qui concerne les protocoles d’évacuation, la gestion du risque et la protection des familles?

M. Beaulieu : Cette question est au cœur de nos opérations et des décisions que l’on prend au quotidien. Cette responsabilité, cette obligation de diligence s’étend effectivement aux employés, à leur famille, s’il y a une famille qui les accompagne dans ce pays, et aux employés locaux.

Pour vous donner un exemple de l’importance que l’on attache à cela, il y a plusieurs missions qui, un jour ou l’autre, au cours de ces deux dernières semaines, ont opéré à distance. On était là pour les Canadiens, mais les services en personne à l’ambassade n’étaient pas ouverts au public, parce qu’on voulait que les gens puissent travailler à partir de la maison et n’aient pas à faire le déplacement quotidien vers le bureau, puisque ce n’était pas assez sécuritaire de le faire.

Donc, on adopte notamment des mesures comme celles-là. On ajuste nos procédures. Parfois, c’est au quotidien, parfois, c’est au cours de la journée qu’on ajuste et qu’on décide de fermer nos bureaux, parce qu’on sent que la situation s’envenimera ou qu’il y aura des manifestations possibles. On veut s’assurer que notre personnel, y compris le personnel local — qui, bien souvent, a un déplacement beaucoup plus long à faire vers les banlieues —, est protégé et ne court pas de risque dans les opérations et dans la prestation de service aux Canadiens.

Ensuite, il y a toutes sortes de protocoles. Les protocoles de mouvement s’appliquent de la même façon aux employés canadiens et aux employés recrutés sur place. La disponibilité de voitures blindées pour des déplacements importants est la même pour les employés canadiens et les employés recrutés sur place, dans le cadre de leurs fonctions officielles également.

Donc, c’est tout un éventail de mesures que l’on prend au quotidien à partir de la centrale, mais qui sont aussi gérées localement, sous la direction et la responsabilité du chef de mission. Vous avez bien raison d’ajouter que nos employés locaux sont au cœur de nos réponses et de nos opérations à l’étranger. Le président de ce comité pourra le confirmer en raison de sa grande expérience à l’étranger.

Merci.

La sénatrice Gerba : Merci.

[Traduction]

La sénatrice Coyle : J’ai deux questions; je vais les poser toutes les deux. Elles sont très différentes.

La première concerne nos relations avec nos partenaires du Groupe des cinq, en particulier. Dans ce cas-ci — et cela ne s’est peut-être pas produit auparavant, je n’en suis pas certaine —, l’un de nos partenaires est un belligérant dans le conflit. Cela a‑t‑il une incidence sur la façon dont nous travaillons ensemble dans cette situation particulière?

Ma deuxième question est la suivante : nous avons une carte qui nous montre les missions canadiennes dans la région. Si jamais nous avions besoin d’un soutien militaire, à quoi ressemblerait la cartographie de ces emplacements à ce stade-ci?

M. Beaulieu : Je vais commencer par la première question sur la coopération avec le Groupe des cinq : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Nous avons un appel de coordination chaque jour sur la situation. Les membres de mon équipe parlent à leurs homologues de ces quatre autres gouvernements et nous échangeons de l’information non seulement sur ce qui se passe et sur l’évolution du conflit, mais aussi sur les pressions sur le terrain et sur ce que chacun d’entre nous fait. C’est l’une des tribunes importantes où nous pouvons échanger de l’information, par exemple : « Nous organisons demain un transfert d’autobus du pays X au pays Y. Si vous subissez des pressions, faites-le-nous savoir, et nous ferons participer vos ressortissants à nos efforts. »

C’est donc le type de coordination qui s’est opérée et qui continue de se produire tout au long de ce conflit, comme cela a été le cas au cours des crises précédentes, et nous sommes très heureux que la coopération se soit poursuivie au sein du Groupe des cinq.

La sénatrice Coyle : On fait donc comme d’habitude.

M. Beaulieu : La coopération est excellente, oui.

La sénatrice Coyle : Et puis, il y a les militaires.

M. Beaulieu : Oui. En ce qui concerne la réponse militaire ou notre empreinte, cela ne relève pas de ma compétence aujourd’hui devant le comité, mais vous savez que le Canada a des missions dans les régions et des troupes dans le monde entier, et que les Forces armées canadiennes s’occupent de la planification, des déploiements et de la gestion des ressources dont elles disposent. Comme toujours — et ce n’est pas propre à cette situation; c’est toujours la même chose —, dès qu’une situation émerge quelque part dans le monde, nous sommes en contact étroit avec les Forces armées canadiennes, l’État-major interarmées stratégique, et nous nous assurons d’être sur la même longueur d’onde et d’être coordonnés en ce qui concerne notre planification d’une réponse immédiate et notre planification d’une réponse extérieure à un éventail de scénarios qui demeurent hypothétiques. Merci.

Le président : Donc, ce que vous dites, c’est que vous avez un certain nombre de plans d’urgence, selon la situation, et si je comprends bien, il y a un groupe de travail qui comprendrait également des représentants des Forces armées canadiennes et du ministère de la Défense nationale, en plus des attachés des Forces canadiennes que nous pouvons avoir dans des missions à l’étranger; est-ce raisonnable?

M. Beaulieu : C’est exact. Des plans et des outils de A à Z avec le ministère de la Défense et les Forces armées canadiennes dans le cadre de notre appel de coordination quotidien que Yannick Lamonde préside chaque matin avec un éventail de partenaires fédéraux, afin que tous surveillent et voient les mêmes renseignements sur le terrain, les mêmes développements et la même trajectoire, tout en effectuant une planification prudente pour d’autres trajectoires également. Merci.

La sénatrice Coyle : Il s’agit toujours de situations hypothétiques.

M. Beaulieu : Il y a aussi des situations très réelles, et c’est là le défi.

La sénatrice Coyle : Oui.

M. Beaulieu : Il y a la planification immédiate et la planification stratégique.

[Français]

La sénatrice Gerba : Vous avez mentionné un peu plus tôt qu’il y a des équipes d’agents qui sont aux frontières de l’Iran. J’imagine que ce sont les équipes permanentes de déploiement rapide. Affaires mondiales Canada prévoit de garder ces équipes dans cette région pendant combien de temps?

M. Beaulieu : Nos équipes resteront aussi longtemps que nécessaire, justement pour être prêtes à toute éventualité ou à toute accalmie en Iran. On peut imaginer qu’une telle accalmie impliquerait un plus grand nombre de personnes que ce qu’on a vu jusqu’à présent qui chercheraient à quitter le pays. Notre personnel reste également mobilisé pour toute autre situation qui pourrait mener à des pressions accrues ou des flux accrus pour quitter l’Iran, en Turquie, en Azerbaïdjan, en Arménie et au Turkménistan, et ce, à la frontière ou près de la frontière vers les points de transit. Les modalités de sortie de l’Iran sont telles que les Canadiens communiquent avec nous; on facilite ce passage à la frontière, non pas pour sortir de l’Iran, mais pour entrer dans le pays voisin, avec nos partenariats locaux. On est ensuite en mesure d’aiguiller nos ressortissants vers des moyens de transport en direction du Canada ou ailleurs dans la région.

La sénatrice Gerba : J’imagine que les budgets sont illimités dans ces cas-là?

M. Beaulieu : Nous faisons ce qu’il faut faire.

La sénatrice Gerba : Merci.

[Traduction]

La sénatrice Busson : Vous expliquez très bien comment la communauté internationale travaille en collaboration et les protocoles d’entente qui sont conclus, et cetera. À l’échelle nationale, y a-t-il d’autres ministères que la Défense nationale et votre ministère qui participent non seulement aux équipes d’intervention rapide, mais aussi de façon générale à la gestion de crise dans ces situations?

M. Beaulieu : Oui. Nous avons une longue liste de partenaires, mais en plus du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, je mentionnerais d’abord et avant tout le Bureau du Conseil privé, qui soutient le premier ministre, qui est tenu au courant de nos opérations et de ce qui se passe sur le terrain; IRCC pour la délivrance de documents de voyage, de visas dans le cas de membres de la famille non canadiens, la délivrance de cartes de résident permanent et la gestion de tout cela; l’ASFC pour le contrôle des passagers qui viennent au Canada et le suivi des chiffres. Je faisais allusion au fait que 8 000 personnes sont venues du Moyen-Orient au cours des deux dernières semaines. Ce sont des partenaires clés pour nous dans le cadre de notre réponse. Encore une fois, cette liste est beaucoup plus large. Nous travaillons en étroite collaboration avec tous ces partenaires tous les jours, sans exception.

Nous avons fait allusion au Centre de surveillance et d’intervention d’urgence tout à l’heure. À mesure que la situation évolue, ces partenaires se retrouvent au même endroit que nous afin d’assurer une circulation plus efficace de l’information et une prise de décisions rapide, pour renforcer notre intervention et nous assurer que nous disposons de tous les outils dont nous avons besoin.

La sénatrice Busson : Le fait que vous n’ayez eu aucune victime canadienne à ce jour est certainement une preuve de l’efficacité et de la souplesse de votre intervention. Je tiens à le souligner et à vous en féliciter. Merci.

M. Beaulieu : Je ne m’en attribuerai pas le mérite, mais je serai heureux si aucun Canadien n’est blessé ou tué.

Le sénateur Harder : À titre de suivi, la communauté de la diaspora au Canada peut être un partenaire, mais elle peut aussi avoir des attentes irréalistes. Êtes-vous en contact avec la diaspora des pays touchés dont nous parlons? Si oui, quel est l’état de cette relation?

M. Beaulieu : Nous n’avons pas de mécanisme officiel pour mobiliser les communautés, mais grâce à nos communications publiques et aux communications de nos missions qui sont également suivies à partir du Canada, nous arrivons à transmettre notre message et à gérer les attentes.

J’ai fait allusion à plus de 10 000 appels reçus par le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence. Les appels ne proviennent pas uniquement de Canadiens dans la région qui demandent de l’information ou de l’aide. Dans bien des cas, ce sont des familles canadiennes inquiètes qui posent des questions au sujet des vols : « Y aura-t-il des vols nolisés? » « Comment puis-je faire renouveler le passeport de mon fils, de mon neveu ou de mon ami qui se trouve dans la région? » Dans certains cas, on nous pose des questions sur l’endroit où se trouve une personne : « Je n’ai pas eu de nouvelles de mon fils depuis deux jours, trois jours, une semaine. Pouvez-vous m’aider à le retrouver? » C’est le genre de questions et d’échanges que nous avons au Canada, et cela fait partie de notre service consulaire.

[Français]

La sénatrice Youance : J’ai une question un peu sensible qui va dans le sens de toutes les discussions et les rencontres que nous avons eues avec les fonctionnaires du ministère de l’Immigration sur la question d’un registre. Les Canadiens bougent, ils voyagent. Quelle est votre position par rapport à l’existence d’un registre quand on part à l’étranger, pour ce qui est d’aviser le gouvernement canadien — par exemple, dans les pays plus difficiles? Quelle est votre position par rapport à une obligation de demander aux gens de s’enregistrer auprès des services consulaires dans l’éventualité d’une évacuation?

M. Beaulieu : Merci de la question. Nous avons un service. Nous l’offrons, et nous demandons et encourageons les Canadiens à s’inscrire. C’est dans leur propre intérêt et c’est ce qu’on essaie de leur communiquer, mais on n’a jamais poussé la réflexion jusqu’à les y obliger. Je ne pense pas qu’on aurait les moyens ni la volonté de forcer quiconque à déclarer son départ vers tel ou tel pays dans le cadre d’un voyage personnel et privé.

La sénatrice Youance : Je parlais plutôt de prévenir les services consulaires qu’ils sont présents quand ils arrivent dans le pays. Ce serait dans ce sens.

M. Beaulieu : Encore une fois, lorsqu’on est à l’étranger, on encourage les Canadiens à s’inscrire. Les communications des ambassades vont dans le même sens, avec les médias sociaux qu’ils ont, tout comme la plateforme et l’attention qu’ils ont à l’étranger autour de la communauté canadienne dans tel ou tel pays; on se fie beaucoup à cela, mais cela reste et restera volontaire.

Le président : Merci.

[Traduction]

Merci beaucoup. Au nom du comité, j’aimerais remercier Sébastien Beaulieu et Yannick Lamonde de s’être joints à nous aujourd’hui. J’ai dit à tous ceux qui l’ont demandé — et ce sont les médias — que nous avons des services consulaires et d’urgence de renommée mondiale au pays. Je pense que tous les Canadiens peuvent leur en être reconnaissants. Nous vous sommes reconnaissants de votre service et comme le sénateur Harder l’a dit plus tôt, nous vous prions de transmettre ce message à vos équipes également, car nous savons à quel point vous travaillez fort au nom des Canadiens.

Sur ce, merci beaucoup. La séance est levée.

(La séance est levée.)

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