LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 5 février 2026
Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui, à 8 heures (HE), avec vidéoconférence, pour étudier le projet de loi S-230, Loi concernant l’élaboration d’une stratégie nationale pour la protection, la conservation et l’amélioration de la santé des sols.
La sénatrice Mary Robinson (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Honorables sénateurs, je déclare ouverte la séance du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts.
Je m’appelle Mary Robinson et je suis la présidente du comité. Bienvenue aux membres du comité, aux témoins et à ceux qui nous regardent sur le Web.
Je tiens tout d’abord à souligner que nous nous réunissons aujourd’hui en territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinabe.
Avant que nous n’entendions les témoins, j’invite les sénateurs à se présenter.
La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, du territoire du Traité no 6, en Saskatchewan.
La sénatrice McBean : Marnie McBean, de l’Ontario.
La sénatrice Sorensen : Karen Sorensen, du territoire du Traité no 7, en Alberta.
Le sénateur Black : Rob Black, de l’Ontario.
La présidente : J’invite tous les sénateurs et témoins à consulter les fiches qui se trouvent sur la table. Elles indiquent les précautions à prendre pour prévenir les incidents de rétroaction acoustique.
Je rappelle aussi à tous les participants qu’il faut éviter de changer de langue au milieu d’une phrase et de parler trop vite. Un son clair permet une interprétation, une transcription et un sous-titrage précis.
Aujourd’hui, le comité poursuit son étude du projet de loi S-230, Loi concernant l’élaboration d’une stratégie nationale pour la protection, la conservation et l’amélioration de la santé des sols.
Voici le premier groupe de témoins. Du Conseil canadien de conservation des sols, nous avons le plaisir d’accueillir Susie Miller et Alan Kruzel. Ils disposeront de 10 minutes, puisqu’ils représentent deux organisations. Nous accueillons également Ana-Maria Tomlinson, directrice, Programmes stratégiques et intersectoriels, de l’Association canadienne de normalisation. Par vidéoconférence, nous accueillons Phil Paxton, vice-président des relations gouvernementales et titulaire de chaire de recherche, de l’Association canadienne des pépiniéristes et des paysagistes.
Merci à vous tous de vous être joints à nous. Nous allons commencer par vos déclarations liminaires avant de passer aux questions des membres du comité.
Exceptionnellement, aujourd’hui, Mme Miller disposera des 10 minutes dont je viens de parler. Nous allons commencer par Mme Miller.
Susie Miller, directrice par intérim et directrice exécutive, Table ronde canadienne pour les cultures durables, Conseil canadien de conservation des sols : Merci. Bonjour. Nous vous sommes très reconnaissants de nous avoir invités à comparaître.
Nous représentons le Conseil canadien de conservation des sols et la Table ronde canadienne pour les cultures durables. Il s’agit de deux entités distinctes que la plupart d’entre vous ne connaissent probablement pas très bien. Voici donc une brève présentation.
Le Conseil canadien de la conservation des sols, ou CCCS, est composé de membres qui sont des particuliers, principalement des agriculteurs, intéressés par la promotion et le soutien de la conservation des sols au Canada.
La Table ronde canadienne pour les cultures durables, ou TRCCD, regroupe des membres qui sont des organisations — pas des particuliers, mais des organisations — représentant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en grains : fournisseurs d’intrants, groupes agricoles, fournisseurs de services, négociants en grain, clients céréaliers et organisations vouées à la conservation.
La TRCCD se concentre sur la mesure de la durabilité de la production céréalière au Canada et la production de rapports à ce sujet. La notion de durabilité englobe la durabilité environnementale, l’intégrité sociale et la rentabilité financière. Le mandat est donc assez vaste. La TRCCD contribue également à de nombreuses initiatives à l’échelle de l’industrie.
Vu l’importance de la santé des sols pour la rentabilité financière et la durabilité environnementale, nous avons collaboré avec le Conseil canadien de conservation des sols depuis le début de ses travaux visant à élaborer une stratégie nationale de la santé des sols dirigée par l’industrie afin de maintenir et d’améliorer la santé des sols. Donc, dans son optique propre, la TRCCD appuie le travail du CCCS.
Quelle est donc cette stratégie de l’industrie en matière de santé des sols?
Premièrement, il s’agit d’un effort de collaboration. Nous comptons de nombreux intervenants. Nous réunissons des associations d’agriculteurs, des chercheurs, des fournisseurs de services de vulgarisation, des responsables de la mise en œuvre d’initiatives pour la santé des sols, des organismes de conservation et des gouvernements, qui sont tous là parce qu’ils souhaitent travailler, dans le cadre de ce partenariat, au maintien et à l’amélioration des sols pour l’agriculture et l’élevage.
Nous nous appuyons sur ce qui existe déjà. En ce moment, il est très difficile d’obtenir davantage de ressources, qu’elles proviennent de l’industrie ou du gouvernement. Nous devons tirer le meilleur parti de ce que nous avons. Les contributions proviennent des partenaires, qui donnent ce qu’ils peuvent et ce qu’ils veulent. Nous croyons qu’il y a des gains importants à réaliser en optimisant l’utilisation des contributions actuelles. Cela ne veut pas dire que nous ne tenterons pas d’avoir plus, mais c’est notre point de départ.
Nous sommes axés sur les agriculteurs, c’est-à-dire qu’il s’agit de soutenir la viabilité à long terme de l’entreprise agricole.
Nous avons quatre sujets d’intérêt, que vous connaissez très bien, puisque ce sont les mêmes que ceux du projet de loi S-230, soit la vulgarisation, la recherche, la mesure et les incitatifs et ressources.
Alors, comment nous y prenons-nous? Nous avons commencé en 2022 par un rapport produit par le Conseil canadien de conservation des sols et le Conseil canadien du compost intitulé Recourir aux sols pour lutter contre le changement climatique : Une feuille de route pour le Canada. Ce document a également été pris en compte dans les délibérations en vue d’un autre rapport : Terrain critique : Pourquoi le sol est essentiel à la santé économique, environnementale, humaine, et sociale du Canada.
Nous avons travaillé avec une vingtaine d’intervenants pour voir s’ils s’intéressaient à mettre sur pied une initiative dirigée par l’industrie afin de donner un élan à notre action et de nous rassembler. Nous avons produit un document de travail en utilisant la feuille de route et le travail du comité tout en nous reportant aux stratégies existantes, nationales et provinciales, portant sur les sols.
Nous avons mobilisé plus d’une centaine d’intervenants, y compris des associations provinciales, nationales, agricoles et d’élevage, des organismes de conservation du sol, des chercheurs en pédologie, des services de vulgarisation et des gouvernements — quiconque pourrait profiter du travail que nous essayons de faire et qui pourrait apporter une contribution.
À ce propos, nous tenons à remercier sincèrement le sénateur Black. Il a observé notre travail depuis le début et a été panéliste dans plusieurs de nos forums publics. En fait, nous croyons qu’un plus grand nombre de personnes y ont participé grâce à la présence de ce participant d’exception.
Nous tenons également à souligner l’excellente collaboration que nous avons reçue d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Nous sommes heureux que le ministère ait l’intention de continuer à travailler avec nous.
Où en sommes-nous maintenant? Au stade de la définition des priorités et des mesures précises, et nous avons l’intention de terminer notre ébauche d’ici l’automne. Nous consulterons ensuite la centaine d’intervenants, car ce sont eux qui devront participer et contribuer pour confirmer que nous avons bien fait les choses. Après cela, nous nous mettrons au travail.
Je cède la parole à Alan Kruzel.
Alan Kruzel, fermier et membre du conseil d’administration, Conseil canadien de conservation des sols : Merci beaucoup, madame Miller.
Honorables sénateurs, je vous remercie infiniment de nous permettre de comparaître devant vous aujourd’hui pour parler également du projet de loi S-230. Nous appuyons fermement les dispositions du projet de loi et croyons qu’elles ne peuvent que renforcer le travail que nous faisons sur une stratégie nationale en matière de santé des sols et lui être complémentaires.
Bien que toutes les dispositions du projet de loi aient leur importance, nous tenons à en souligner plusieurs qui, à notre avis, sont essentielles.
Premièrement, la sensibilisation de tous les Canadiens à l’importance de sols sains et à l’impact direct de la qualité des sols sur leur vie. Il est extrêmement important que chacun comprenne l’importance des sols dans leur vie quotidienne.
Le Conseil canadien de la conservation des sols et ses partenaires ont présenté la sensibilisation des Canadiens dans leur document de travail initial comme une tâche que nous pourrions tous accomplir ensemble, mais presque tous les intervenants nous ont dit que, même si cette tâche est importante, nous devions mettre l’accent sur les sols agricoles et sur des activités qui apportent des avantages directs aux agriculteurs. Essayer de s’adresser à tout le monde est une entreprise énorme.
Si on ne sait pas reconnaître l’importance de sols sains pour la sécurité alimentaire, l’atténuation des changements climatiques et la résilience, le soutien des citoyens à l’agriculture et à l’élevage risque d’être compromis.
Deuxièmement, la nomination d’un défenseur national de la santé des sols. Un poste comme celui-là pourrait avoir beaucoup d’influence et contribuer énormément à la reconnaissance des avantages pour tous les Canadiens de la santé des sols, qui n’est pas moins importante que la qualité de l’air et de l’eau. Le titulaire du poste pourrait promouvoir efficacement l’affectation de ressources à la santé des sols au sein du gouvernement.
Nous estimons qu’il s’agit là d’un rôle essentiel à jouer.
Troisièmement, l’analyse de l’état des sols au Canada, la collecte de données et la surveillance des indicateurs de la santé des sols. Au départ, il n’était pas question de mesure dans notre document de travail, mais les intervenants nous ont dit que nous devions indiquer clairement qu’il s’agissait d’une priorité. Nous devons connaître l’état des sols au Canada, tant à l’échelle nationale que sur nos propres exploitations. Et bien que nous en tenions compte dans nos délibérations sur les priorités, nous n’avons pour l’instant ni le mandat ni les ressources pour agir sur ce point très important. Nous vous remercions beaucoup de votre temps et nous avons très hâte que le projet de loi soit adopté à la Chambre. Merci de nous avoir invités à comparaître.
La présidente : Merci à vous deux. Vous avez terminé plus tôt que prévu. Très impressionnant. Nous passons maintenant à Mme Tomlinson. Merci.
Ana-Maria Tomlinson, directrice, Programmes stratégiques et intersectoriels, Association canadienne de normalisation : Je vous remercie, madame la présidente et honorables sénateurs, de me donner l’occasion de comparaître devant le comité.
Je suis heureuse de représenter l’Association canadienne de normalisation, ou Groupe CSA. Nous sommes la plus importante organisation d’élaboration de normes accréditée au Canada, et nous avons un siècle d’expérience dans le soutien des politiques d’intérêt public par l’élaboration de normes consensuelles, la recherche et la sensibilisation pour améliorer la sécurité et la santé, protéger l’environnement et soutenir l’efficacité économique.
Le Groupe CSA appuie fermement le projet de loi S-230. Le projet de loi est une réponse opportune et concrète au rapport du Sénat intitulé Terrain critique et à ses 25 recommandations.
Pourquoi les normes sont-elles importantes ici? Malgré l’importance cruciale de la santé des sols, les méthodes actuellement utilisées pour mesurer l’état de santé des sols et en rendre compte ne sont pas uniformes au Canada ni ailleurs dans le monde.
Une stratégie nationale de la santé des sols ne sera couronnée de succès que si nous pouvons produire des données comparables et de grande qualité sur les sols partout au Canada, de façon cohérente et dans la durée. Il faut donc s’entendre sur ce qui doit être mesuré, sur la façon de prendre des mesures, de produire les données et de les communiquer et sur la façon d’interpréter les données pour éclairer les décisions.
Les normes sont l’outil idéal pour accomplir ce travail. Elles convertissent le consensus scientifique en des méthodes pratiques et reproductibles que les producteurs, les laboratoires, les gouvernements et les marchés peuvent utiliser avec confiance. Le Groupe CSA a élaboré un programme de recherche et de normalisation expressément conçu à cette fin, en collaboration avec les producteurs, les scientifiques, les laboratoires, les organismes gouvernementaux et l’industrie, afin d’offrir des solutions concrètes qui correspondent directement aux objectifs du projet de loi S-230.
Conformément au paragraphe 4(3) du projet de loi S-230 qui porte sur les mesures favorisant la formation et l’échange d’information, un nouveau rapport de recherche du Groupe CSA sera publié en avril 2026. Il décrira les défis actuels et les pratiques exemplaires en matière de production de données sur l’état de santé des sols et présentera des recommandations de normes pour appuyer une évaluation plus exacte et rigoureuse au Canada.
De plus, conformément au paragraphe 4(2) du projet de loi, à propos de l’amélioration des connaissances, le Groupe CSA a l’intention de s’attaquer à trois priorités nationales en matière de normes. Nous prévoyons élaborer deux nouvelles spécifications techniques pour l’échantillonnage des sols et les méthodes de déclaration des données sur la santé des sols, afin de normaliser les exigences en matière d’échantillonnage et d’atténuer la variabilité introduite par les laboratoires, afin que les ensembles de données puissent être comparés de façon significative au fil du temps et entre les administrations.
Le Groupe CSA prévoit également élaborer une nouvelle norme nationale, la CSA K108 : Cadre de mesure et de rapport sur la santé des sols.
La norme établira des définitions nationales de la santé des sols, un ensemble de données minimales uniformes à l’échelle nationale avec des définitions d’indicateurs claires, des rapports minimaux sur les données et les métadonnées, des contrôles de la qualité ainsi que des lignes directrices en matière d’analyse comparative et d’interprétation selon un cadre pancanadien cohérent. La norme aidera à former l’épine dorsale technique d’un système national d’information sur les sols, permettant l’agrégation et la comparabilité des données.
Le portefeuille du Groupe CSA est intentionnellement conçu pour répondre aux besoins opérationnels précis que le projet de loi S-230 décrit, à savoir des indicateurs communs, des méthodes communes, des rapports transparents et des réseaux de données pour rendre ces éléments utilisables dans l’ensemble des administrations et des systèmes de production.
Les normes nationales sur la santé des sols peuvent appuyer le projet de loi S-230 en apportant plus de clarté et de cohérence dans la mesure de la santé des sols et la production de rapports à ce sujet; en améliorant la transparence et la confiance à l’égard des données; en permettant des comparaisons plus éclairantes, des analyses comparatives et un apprentissage qui recoupent l’ensemble des programmes et des administrations; en facilitant l’interopérabilité et la communication de l’information; en mettant en place des conditions propices à l’innovation.
Les recommandations que nous proposons au comité portent sur la mise en œuvre du projet de loi S-230.
Premièrement, il faut ancrer la stratégie dans des normes consensuelles. La stratégie nationale devrait se reporter à des normes reconnues et consensuelles pour les indicateurs de la santé du sol, ainsi que l’échantillonnage, l’analyse, les rapports et les métadonnées. Cela créera une base de référence uniforme tout en laissant de la place aux ajouts régionaux et à l’innovation. Le travail prévu par le Groupe CSA est un moyen d’action tout prêt.
Deuxièmement, il faut constituer le système national d’information sur les sols à partir d’une architecture de données fondée sur des normes. Il faut un schéma de données de base et des métadonnées minimales conformes à la norme de présentation de l’information, afin que les données des différents laboratoires et programmes puissent être agrégées et comparées dans le temps et l’espace.
Troisièmement, il faut lier le financement fédéral à la qualité des méthodes. Comme AAC, c’est-à-dire Agriculture et Agroalimentaire Canada, et d’autres partenaires appuient l’échantillonnage des sols, l’analyse en laboratoire et la surveillance, il faut que le financement soit conditionnel à l’utilisation de normes reconnues pour l’échantillonnage et la production de rapports. On s’assure ainsi que les fonds fédéraux permettent de produire des données comparables et de qualité suffisante pour éclairer les décisions.
Quatrièmement, il faut tirer parti de l’élan existant. Le rapport Terrain critique du Sénat préconise déjà un consensus sur la mesure, la production de rapports et la vérification; le Groupe CSA est prêt à contribuer immédiatement grâce à ses normes et à ses recherches.
En conclusion, le projet de loi S-230 établit la bonne direction et la bonne cadence. Si nous jumelons ce cadre à des normes crédibles et pratiques, le Canada peut passer rapidement des aspirations à l’exécution.
Merci. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
La présidente : Merci. Enfin, je crois que nous allons aller en Alberta, où il fait encore très sombre d’après ce que je vois derrière votre épaule droite, monsieur Paxton. Nous allons vous donner la parole. Merci de vous être joints à nous si tôt.
Phil Paxton, vice-président des relations gouvernementales et chaire de recherche, Association canadienne des pépiniéristes et des paysagistes : Oui, je me trouve en Alberta. Merci beaucoup, honorables sénateurs. Qui suis-je? Je m’appelle Phil Paxton et je représente l’Association canadienne des pépiniéristes et des paysagistes, ou ACPP. J’habite à Strathmore, en Alberta, et je suis agriculteur. Je cultive des arbres, des arbustes, des plantes vivaces et des graminées qui se retrouvent dans les paysages et les jardins de notre belle province, l’Alberta. L’ACPP est une organisation nationale, une fédération sans but lucratif qui regroupe des provinces. Nous représentons des associations de paysagistes et d’horticulteurs et comptons 4 600 membres. Nous avons la sixième production en importance dans le secteur agricole au Canada, et les retombées économiques de notre industrie s’élèvent actuellement à environ 14 milliards de dollars. Nous créons l’équivalent de 220 000 emplois au Canada.
Nous sommes des producteurs primaires, des agriculteurs. Nous avons diverses cultures dont je vous donne ici une idée : des arbres, des arbustes, des plantes vivaces, des graminées, des plantes annuelles et même une production vivrière, comme des plants de tomates et des herbes. Nos cultures se font en milieu agricole et dans des serres. Nos produits finissent par se retrouver dans le paysage. Nous sommes des fournisseurs de centres jardiniers, de municipalités et de terrains de golf.
Tout commence par le sol. C’est la grande constante de notre chaîne de valeur. Le sol est la base de notre capacité à faire pousser des plantes, et il joue un rôle essentiel dans l’adaptation aux changements climatiques et leur atténuation. En fait, j’ai pris cette note au cours de l’une des COP : « Toute vie dépend du sol, et il n’y a pas de vie sans sol, et il n’y a pas de sol sans vie. » Nos agriculteurs assurent les cultures les plus saines en investissant d’abord dans le sol, et nous devons veiller à ce que ce sol soit fort et sain. Nous faisons constamment de la recherche et des tests, et nous modifions et amendons le sol pour qu’il soit sain.
L’une des préoccupations qui nous portent à appuyer le projet de loi S-230 est le fait que 80 % des Canadiens vivent dans les villes. Ils y travaillent, vivent et se divertissent, et il arrive souvent qu’elles ne soient pas propices à la croissance naturelle. La croissance naturelle dont nous avons besoin en milieu urbain repose sur le recours à des solutions axées sur la nature qui contribuent à rendre les villes vivables, avec de l’eau salubre à boire et de l’air pur à respirer. Nos paysages doivent être sains, et le sol aussi. Voilà pourquoi nous devons préserver des éléments comme la biodiversité et intégrer des espaces verts dans nos parcs, nos villes, nos jardins et nos corridors verts.
Les villes offrent des habitats à différentes espèces végétales et animales. Les plantes fournissent les divers écosystèmes essentiels au bien-être de l’humain. Les arbres, les pelouses et la végétation en milieu urbain aident à atténuer la pollution atmosphérique et à réguler les températures; ils réduisent l’effet des îlots de chaleur. Les arbres et les plantes préviennent l’érosion du sol, filtrent l’eau et aident à amoindrir les répercussions des inondations dans les villes. Ils contribuent à la gestion des eaux de pluie et à la séquestration du carbone, ce qui atténue les effets des changements climatiques. Rien de tout cela n’est possible sans un sol sain.
Une vie végétale dynamique, avec des arbres robustes, des arbustes, des fleurs, des pollinisateurs et des herbes robustes, est indispensable dans les zones urbaines. Il est irréaliste de s’attendre à ce que nous cultivions ces plantes dans un sol épuisé et inerte. Les sols des villes et zones urbaines sont principalement associés aux zones résidentielles, commerciales et industrielles. Ils soutiennent généralement des structures construites, comme les routes, et sont souvent modifiés et compactés à cause de la construction et des aménagements urbains. En outre, ils peuvent contenir des niveaux plus élevés de sol non organique ou peut-être même de contaminants, comme des métaux lourds ou des polluants.
Le même sol sec, compacté et inerte utilisé pour soutenir les bâtiments et les routes ne peut pas produire ni entretenir le vivant. Il est donc important de sensibiliser davantage les gens à l’importance de la santé des sols et à son rôle dans la durabilité urbaine. Si on ne s’attaque pas à ce problème, les difficultés des villes en mauvaise santé vont subsister.
Les efforts que nous déployons pour lutter contre la dégradation des sols dans les zones urbaines comprennent des éléments comme l’aménagement urbain durable, les mesures de conservation des sols — y compris la façon dont nous gérons, entreposons et réintroduisons les sols dans l’environnement — et le développement d’infrastructures vertes. Nous avons élaboré, en consultation avec l’Association canadienne des architectes paysagistes, des pratiques exemplaires de gestion pour la construction et l’aménagement paysager, ensemble que nous avons désigné comme la Norme canadienne du paysage, NCP. La section 5, qui porte sur les substrats de culture, définit les conditions de base pour les milieux de culture qui garantissent la survie des plantes — et non seulement la survie des plantes, mais aussi l’établissement de plantes qui puissent durer des décennies, voire des siècles.
Nous demandons au comité de tenir compte de cette section 5 de la NCP lorsqu’il examinera et évaluera la santé des sols au Canada, et d’intégrer ce document proactif de l’industrie à son rapport. Nous lui demandons également d’examiner les lois actuelles sur la protection des sols en vigueur au Canada et de cerner les lacunes, les obstacles et les possibilités qui concernent les sols urbains.
Les villes doivent apporter un soin particulier aux sols pour qu’ils puissent soutenir la croissance des infrastructures vertes. Cela permettra de réduire les émissions de carbone et d’atténuer les préoccupations réelles liées aux inondations, à l’érosion et aux îlots de chaleur. Nous demandons au gouvernement d’appuyer l’élaboration de solutions axées sur la nature, créant ainsi des paysages urbains dotés d’un sol capable de soutenir la vie.
Merci beaucoup de me donner l’occasion de vous parler des besoins spéciaux et impacts des sols urbains. L’ACPP s’est engagée à travailler avec le comité pour assurer une meilleure compréhension des sols urbains, ainsi que de leurs impacts et implications sur la vie humaine.
Je suis prêt à répondre aux questions. Merci beaucoup de votre temps, honorables sénateurs.
La présidente : Merci, monsieur Paxton. Nous vous remercions de votre intervention. Merci à tous les témoins de leurs exposés liminaires.
Passons aux questions des sénateurs. Honorables sénateurs, vous aurez chacun cinq minutes pour poser vos questions, ce qui comprend les réponses. Nous avons déjà une liste de quatre sénateurs.
Le sénateur Black : Ma question s’adresse à Mme Miller et à M. Kruzel.
Le Conseil canadien de conservation des sols, comme vous l’avez dit, est déjà en train d’élaborer une stratégie nationale pour la santé des sols dirigée par l’industrie. Y a-t-il lieu de craindre que cela ne fasse double emploi et, si elle est adoptée, n’empiète sur les possibilités d’action et les mesures du gouvernement fédéral? Selon vous, que se passera-t-il si le projet de loi est adopté? Comment envisagez-vous une collaboration?
Mme Miller : Merci de votre question.
Dès que le projet de loi a été présenté, nous avons effectué une analyse de notre champ d’action et de ce que proposait le projet de loi S-230. Nous n’avons rien vu que complémentarité entre les deux initiatives. Comme Alan Kruzel l’a expliqué dans notre exposé liminaire, les gouvernements sont mieux placés pour faire certaines choses et l’industrie certaines autres. Je suppose que, au prix de gros efforts, vous pourriez faire le même travail que nous, mais nos préoccupations sont différentes. Nous croyons qu’il s’agit d’une occasion de renforcer le travail que fait l’industrie en partenariat, et non pas de l’affaiblir ou de le reprendre.
Donc, non, nous ne voyons pas de chevauchement. Le projet de loi nous plaît parce qu’il donne la force nécessaire pour faire certaines des choses qui, selon nous, doivent se faire et que nous ne pouvons pas faire.
Le sénateur Black : Si le projet de loi est adopté, pensez‑vous que le gouvernement viendra discuter avec vous en vue d’une collaboration?
Mme Miller : Il est déjà présent.
Le sénateur Black : Juste.
Mme Miller : Nous ne voyons pas en quoi le projet de loi nuirait au maintien de cette relation.
Le sénateur Black : Merci.
Ma prochaine question s’adresse à Mme Tomlinson. Il y a quelques mois, nous avons entendu parler du travail du Groupe CSA et, dans le rapport Terrain critique, nous lisons que l’incertitude plane au sujet des modalités de mesure de l’état des sols. Vous avez parlé de votre travail, mais pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet, sachant que, si le projet de loi est adopté, il s’agira d’une stratégie qui permettra aux divers intervenants d’élaborer des tactiques? Quel rôle jouerez-vous à cet égard?
Mme Tomlinson : Merci de votre question.
Dans le domaine de la santé des sols, nous commençons par la recherche parce que nous nous sommes demandé au départ quelles étaient les lacunes les plus importantes en matière de normalisation que nous devions combler pour fournir à l’industrie les outils dont elle a besoin pour produire des données comparables de grande qualité? C’est ce que tout le monde cherche, à propos de la santé des sols : pouvons-nous produire des données comparables qui soient uniformes d’une province et d’un territoire à l’autre et qui puissent être comparées et utilisées pour éclairer les décisions?
Cette recherche est presque terminée. Le rapport doit paraître en avril et contient un certain nombre de recommandations fermes en matière de normalisation.
De plus, nous avons cerné trois priorités immédiates en matière de normes : l’échantillonnage, la production de rapports et un cadre. Le cadre est en quelque sorte une norme-cadre qui établit des définitions et un ensemble minimal d’indicateurs à mesurer pour obtenir un portrait complet de l’état de santé des sols, de sorte qu’on ne multiplie pas les mesures à outrance, mais qu’on s’en tienne à ce qu’il faut pour obtenir l’information la plus utile aux pratiques de gestion. Voilà le but qui inspire la norme.
De plus, on nous a dit qu’il fallait des analyses comparatives à l’échelle régionale. La norme peut être nationale. Nous pouvons avoir des pratiques cohérentes. Il faut néanmoins s’assurer de tenir compte des différences entre régions, des différents types de cultures, de la taille des exploitations agricoles, du climat, etc. La comparabilité et les analyses comparatives doivent se situer au niveau régional. C’est ce que la norme permettra également.
L’élaboration du dispositif se fait en collaboration. Nous faisons participer l’industrie, les gouvernements et les laboratoires, et tout le monde a une place à la table.
Le sénateur Black : Êtes-vous à cette table?
Mme Tomlinson : Oui.
Le sénateur Black : Merci.
Monsieur Paxton, je reviendrai à vous tout à l’heure pour vous poser des questions.
La sénatrice Sorensen : Je vais commencer par M. Kruzel.
Vous avez parlé du défenseur de la santé des sols. De votre point de vue, quelles compétences, quelle expérience ou quels antécédents seraient essentiels au titulaire de ce poste? Comment un défenseur national de la santé des sols — une seule personne — pourrait-il concilier la diversité des réalités régionales et des systèmes de production tout en préconisant une approche nationale?
M. Kruzel : Merci beaucoup de la question.
J’ai eu le grand plaisir de rencontrer une défenseure nationale de la santé des sols, Penny Wensley, d’Australie. Elle occupait ce poste depuis cinq ans, je crois. C’est une femme incroyable. Toutes les qualités que Penny Wensley incarne sont exactement ce que je recherche chez un défenseur national de la santé des sols. Impossible de trouver mieux. Elle a été ambassadrice, communicatrice et législatrice. Elle a été gouverneure du Queensland. Elle possède un vaste réseau et elle se passionne de façon exceptionnelle pour la santé des sols.
Donc, si nous cherchons un défenseur national de la santé des sols ici, je voudrais qu’il ait des qualités très semblables à celles de Penny Wensley.
Il est quelque chose que Penny Wensley n’a pas trop et que je souhaiterais chez un défenseur. Je voudrais quelqu’un qui a été sur le terrain et s’est sali les mains, qui a joué dans la terre, utilisé la terre, quelqu’un qui, par son métier, a travaillé avec le sol. Ce serait vraiment commode.
La sénatrice Sorensen : L’Australie est un continent plus petit que le Canada, mais elle est aussi très diversifiée.
M. Kruzel : Exact.
La sénatrice Sorensen : Merci. Je vais poser une question à M. Paxton, un compatriote albertain. Bonjour. Heureuse de vous rencontrer. Il est encore tôt là-bas.
Tout d’abord, je suis fascinée par ce que vous faites. Je n’ai jamais vraiment réfléchi à l’origine des plantes des serres. Je vais devoir venir vous voir un jour. J’habite à Banff, où il n’y a pas beaucoup d’agriculture, mais je viendrai un jour.
Vous avez fait allusion à la question, mais comment pouvons‑nous faire en sorte qu’une stratégie nationale englobe véritablement des secteurs comme le vôtre? Vous pourriez nous en dire un peu plus? Sauf erreur, vous avez en main un rapport dont vous espérez qu’il soit pris en considération dans l’élaboration d’une stratégie.
M. Paxton : Pas nécessairement. Une norme a été adoptée, la Norme canadienne du paysage. Est-ce la même chose qu’une spécification? Non. Le Groupe CSA s’occupe de cela. Une norme, c’est assez différent d’une spécification proprement dite.
La norme a été acceptée par la Société canadienne des architectes paysagistes, qui effectue la majorité du travail de conception au Canada, et l’Association canadienne des pépiniéristes et des paysagistes. L’une des sections, la cinquième, porte sur les sols, la santé des sols et la façon dont ils sont utilisés dans le paysage final pour maintenir la vie.
Imaginez une municipalité. Calgary, par exemple. Nous sommes 1,5 million de personnes et la population croît rapidement. Lorsque les entrepreneurs grattent la terre de surface avec de grandes machines, ils ramassent le sol et l’empilent dans des tas massifs qui peuvent parfois rester là pendant deux à cinq ans. Ensuite, on compte faire pousser des plantes dans ce sol lorsqu’il est finalement remis en place, lorsque les routes sont construites, que les égouts sont aménagés et qu’il y a des espaces bétonnés et asphaltés. Tout le monde veut de beaux parcs, des boulevards, des bandes médianes, des terrains de jeux et des jardins pour les enfants, mais ce sol est souvent appauvri et dégradé. On ne peut pas laisser le sol ainsi entassé pendant deux à cinq ans et s’attendre ensuite à ce qu’il puisse soutenir la vie.
Nous avons donc créé une norme. Par exemple, dans notre exploitation, nous avons un petit laboratoire et nous faisons des tests non seulement sur le sol qui va dans les pots, mais aussi sur le sol des champs. Nous testons des facteurs comme le pH, la conductivité électrique et de nombreux autres éléments, y compris la présence de contaminants, pour nous assurer que les plantes peuvent prospérer.
Votre question porte sur un milieu où vivent 80 % de la population. Les citadins ne considèrent pas les villes comme des forêts urbaines, et ils ne croient pas que l’agriculture urbaine soit une réalité, mais elle existe bel et bien. C’est un élément important de la vie et de la santé émotionnelle de l’être humain.
Lorsque je parlais de la section 5 de la Norme canadienne du paysage, je me reportais à un document qui a été largement utilisé dans toutes les municipalités de l’intégralité du territoire canadien. C’est le fondement de la norme relative aux sols que nous appliquons dans nos cultures.
La sénatrice Sorensen : Merci.
La sénatrice McBean : Madame Miller, quels indicateurs ou paramètres précis de la santé des sols recommanderiez-vous d’intégrer à la stratégie nationale pour assurer une mesure et une surveillance significatives de l’état des sols partout au Canada?
Mme Miller : Merci de votre question, qui préoccupe nombre d’entre nous. En fait, l’Indice national de rendement agroalimentaire du Canada a été élaboré il y a deux ou trois ans. Ce fut la première publication. Nous avons eu cette semaine une réunion qui a rassemblé ceux que la chose intéresse. Nous avons probablement de 15 à 20 intervenants au comité, et la question était la suivante : que devrions-nous mesurer?
Le travail entrepris par l’Association canadienne de normalisation peut être très utile, mais en fin de compte, il y a une différence entre ce que nous souhaiterions mesurer et ce qu’il est possible de mesurer.
Il y a des problèmes de sol comme la salinisation, le compactage et le microbiome que nous n’avons pas la capacité d’examiner à l’échelle nationale pour voir dans quel état se trouvent les sols. Voilà pourquoi cette disposition particulière du projet de loi S-230 a fait l’objet d’une attention spéciale. Comment peut-on savoir ce qu’il faut corriger si on ignore ce qui ne va pas?
Il y a tellement d’informations anecdotiques sur l’appauvrissement et l’épuisement de nos sols, par exemple. Il y a aussi beaucoup de bon travail qui se fait et beaucoup d’améliorations sont apportées. Les agriculteurs nous ont dit de ne pas venir leur faire la leçon sur ce qu’ils doivent changer dans leurs pratiques sans savoir ni comprendre ce que nous faisons ni comment nous le faisons. C’est une question à laquelle il faut répondre. Je n’ai pas la réponse.
La sénatrice McBean : J’aurais sans doute été étonnée que vous puissiez répondre dès maintenant.
Monsieur Kruzel, cette exigence en matière de données vous inspire-t-elle des craintes, à vous et aux autres agriculteurs? Vu la diversité géographique du Canada, s’il y a un idéal qu’on recherche en matière de données, cela pourrait ne pas correspondre à l’environnement dans lequel vous travaillez.
M. Kruzel : Merci de votre question. Il y a sans doute toujours un risque. À mon avis, tant que nous continuerons dans cette voie et que nous collaborerons avec nos amis du Groupe CSA, du Soil Health Institute et d’autres entités, nous serons en mesure de trouver les mesures que nous voulons et d’élaborer des normes que nous pourrons appliquer partout au Canada. Ensuite, il faudra recourir à l’analyse comparative qui a été suggérée pour essayer de tenir compte des différences régionales.
J’ai fait des analyses de la santé des sols dans notre exploitation et, selon le laboratoire où je vais, je ne peux même pas comparer les résultats. C’est un énorme problème. Si nous pouvons choisir les mesures que nous voulons et les normaliser, peu importe ce que nous voulons examiner, ce sera une véritable victoire. Nous y arriverons.
La sénatrice McBean : Vous avez la parole, madame Tomlinson. Essentiellement, c’est votre association de normalisation qui définit les modalités des tests — la mécanique des tests effectués sur les échantillons, afin que les données soient comparables entre elles. Ai-je bien compris?
Mme Tomlinson : Oui. Il y a plusieurs éléments, mais je tiens à préciser une chose : le Groupe CSA n’est pas le maître d’œuvre. Il travaille avec un comité d’experts : des pédologues, des agriculteurs, des producteurs et des organismes gouvernementaux. Dans l’élaboration du contenu des normes, nous suivons une démarche axée sur la collaboration et le consensus afin que tout le monde soit d’accord sur les méthodes.
Quant à ce qui est normalisé ou peut l’être, il faut se soucier des modalités d’échantillonnage et de production de rapports. Il faut expliquer exactement les méthodes employées et le type d’analyse effectuée. On obtient ainsi le contexte nécessaire pour comparer ce qui s’est fait dans un laboratoire d’une province à quelque chose qui aurait pu se faire dans un autre laboratoire de la même province ou pour jauger les différences qui apparaissent au fil du temps. Ensuite, il y a l’interprétation : que veulent dire les données dans le contexte d’une région donnée?
La sénatrice McBean : Je dirais que, dans votre témoignage, vous avez répondu d’emblée à quatre de mes questions et dit que la démarche était fondée sur le consensus et ainsi de suite, ce qui m’a donné une idée très claire de ce que vous faites.
Cette semaine, des témoins ont préconisé une certaine souplesse. Êtes-vous tous les trois d’accord pour dire qu’il faut des normes plus souples?
Mme Miller : Il y a deux aspects à cette souplesse. Il y a d’abord la souplesse nécessaire pour tenir compte des différences régionales. Il en a été question à propos de la recherche et de la vulgarisation. Il faut répondre aux besoins des agriculteurs.
Il y a ensuite la souplesse au niveau de l’exploitation. Dans une exploitation de 2 000 acres, les sols ne sont pas partout les mêmes. Même si une exploitation ne fait que 200 acres, les différents champs ne sont pas identiques, par exemple. Ce que la santé des sols signifie peut changer au gré des cultures, des particularités géographiques, du climat, etc.
Mme Tomlinson parle de la recherche des éléments communs, mais ce qu’on fait des résultats, ce qu’ils signifient, voilà où intervient la souplesse, pour tenir compte des différences entre les régions et à l’intérieur d’une exploitation donnée. C’est vraiment important.
La sénatrice McBean : Excellent. Merci beaucoup.
La sénatrice Muggli : Bonjour et merci d’être parmi nous.
Ma première question s’adresse au Conseil canadien de conservation des sols. Pouvez-vous me parler un peu des contacts que vous avez eus, pour élaborer un rapport, avec les intervenants autochtones ou les Premières Nations qui s’intéressent à l’agriculture et à la gestion des sols?
Mme Miller : Nous n’avons pas été très efficaces à cet égard.
La sénatrice Muggli : Quels sont les obstacles, au juste?
Mme Miller : Honnêtement, nous ne savons pas par où commencer. Ce sera notre objectif des deux prochains mois. C’est une relation suivie que nous recherchons et dont nous avons besoin. Il ne s’agit pas de demander leur avis à deux ou trois groupes représentatifs, pour peu qu’on puisse les trouver. Il faut que les Autochtones se joignent à nous, qu’ils nous aident à comprendre comment ils perçoivent la santé des sols, à comprendre l’idée qu’ils se font du sol, qu’ils nous aident à éclairer notre travail. Nous voulons pouvoir profiter des échanges pour tirer parti de toutes les connaissances et expériences des Autochtones. Oui, nous voulons nous assurer que le contenu est pertinent, mais nous voulons aussi savoir, comprendre et apprendre. Nous n’en sommes pas encore là. C’est notre intention, mais nos progrès ont été limités.
La sénatrice Muggli : Avez-vous un plan?
Mme Miller : Nous travaillons à l’élaboration d’un plan. Des organisations ont été mises sur pied, et nous avons communiqué avec celle qui rayonne à partir de Regina. Nous n’avons pas encore été en mesure d’établir des liens, mais nous entendons former un partenariat.
La sénatrice Muggli : Monsieur Kruzel, pouvez-vous me parler un peu de votre organisation sous l’angle de la représentation des provinces et des territoires dans l’ensemble du Canada? Y a-t-il une bonne représentation de la totalité des provinces et des territoires, selon leur population, en ce qui concerne l’utilisation du sol?
M. Kruzel : Merci beaucoup de votre question.
Nous avons un conseil d’administration assez diversifié. Sa composition est plutôt diversifiée. Nous avons des membres qui viennent, je dirais, de la plupart des provinces, mais je ne peux pas dire qu’elles sont toutes représentées. Notre conseil d’administration est composé de représentants de l’Est, du centre et de l’Ouest du Canada. Nous cherchons toujours à prendre de l’expansion et à avoir un plus grand nombre de membres pour nous aider. Nous sommes assez diversifiés.
La sénatrice Muggli : Quels sont vos doutes à ce moment-ci en matière de représentation?
M. Kruzel : Je siège au conseil d’administration depuis un certain nombre d’années. Ce qui manque aujourd’hui par rapport à il y a une vingtaine d’années, ce sont des associations vouées à la conservation au Canada. Nous avions l’habitude d’établir des partenariats avec de nombreuses associations provinciales de conservation, et bon nombre d’entre elles ont disparu. Quant aux associations qui s’intéressent à l’amélioration des sols et des cultures, il y en a encore une en Ontario qui est assez solide. Celle de la Nouvelle-Écosse est sur le point de disparaître. Il y en a d’autres à l’Île-du-Prince-Édouard...
La sénatrice Muggli : Savez-vous pourquoi?
M. Kruzel : Je n’en suis pas tout à fait certain. Elles sont peut-être passées à autre chose.
La sénatrice Muggli : Nous savons certainement, d’après le rapport le plus téléchargé de l’histoire du Parlement, que les Canadiens se soucient de la santé des sols. C’est intéressant. Je vous remercie de votre réponse. On dirait qu’il existe peut-être un engagement soutenu à essayer de faire entendre les diverses voix.
M. Kruzel : Bien sûr.
La sénatrice Muggli : À propos de l’Association canadienne de normalisation, quel type de capacité les Premières Nations ont-elles à votre avis pour surveiller l’état de santé des sols et produire des rapports afin d’être en mesure de respecter les minimums à mettre en place dans le cadre d’un système d’information que vous cherchez à élaborer?
Mme Tomlinson : La capacité de surveillance constitue un défi pour tous les producteurs du pays ainsi que pour les Premières Nations. L’étape importante qui est nécessaire, à mon avis, consiste à déterminer le type d’orientation et d’outils qui peuvent être fournis et le genre de formation nécessaire pour appuyer la mise en œuvre de la surveillance de la santé des sols.
Je ne peux pas me prononcer directement sur la capacité actuelle, mais il est certain que si nous voulons obtenir des données et constituer un bon ensemble de données, il faut prévoir un soutien pour que les nations autochtones puissent participer également.
La présidente : Ma question s’adresse à tous les témoins.
Nous parlons des données qui alimenteront la stratégie. Je sais ce que cela signifie, à titre individuel, prélever des échantillons de sol et les remettre à un laboratoire, et d’être propriétaire de ces données. Comment envisagez-vous la collecte des données? J’ai hâte d’entendre ce que vous avez à dire à ce sujet. Qui devrait prélever les échantillons? Qui devrait payer leur analyse? Qui détient la propriété des données?
Je ne sais pas trop qui, mais l’un d’entre vous a dit que si quelqu’un est propriétaire d’une ressource et la gère et si, tout à coup, le gouvernement souhaite connaître les détails de cette ressource... Qu’est-ce que cela signifie pour vous, si le gouvernement intervient et donne son avis sur la gestion de la ressource? Je vais commencer par vous, monsieur Kruzel, si vous le voulez bien.
M. Kruzel : D’accord. Merci beaucoup de la question.
La confidentialité des données est une affaire très délicate. Les agriculteurs — moi y compris — sont notoirement discrets et n’aiment pas toujours communiquer l’information. Néanmoins, j’estime qu’on est assez bien disposé à le faire, pourvu que ce soit sous une forme très agrégée. J’ai discuté avec beaucoup d’agriculteurs, et certains ne sont probablement pas aussi bien disposés que d’autres, mais je pense que nous pourrions probablement y arriver de façon globale.
Qui va payer pour tout cela? Excellente question. Le problème nous préoccupe depuis longtemps. Nous avons réalisé quelques projets en Ontario qui ont permis d’effectuer gratuitement des analyses de l’état de santé des sols. Cela a suscité un vif d’intérêt. À ma connaissance, deux projets, l’un de la Greenbelt Foundation et l’autre de Soils at Guelph, offraient aux agriculteurs des tests gratuits pour vérifier l’état de santé des sols. Cela a suscité une bonne participation. J’ai demandé combien coûtait l’analyse des échantillons. Personne n’a pu me donner de chiffres précis, mais c’est de l’ordre de centaines de dollars par échantillon. Les chiffres montent très vite.
À propos des facteurs à mesurer, disons qu’il faut que les tests soient abordables. Si nous voulons que les producteurs adhèrent, il faudrait qu’on se rapproche des coûts d’un test régulier du sol, de l’ordre de 30 à 40 $. Des centaines de dollars, c’est un peu trop demander à certains d’entre eux.
La présidente : Merci. Je vais peut-être passer à M. Paxton. Avant de vous demander de répondre à la question, monsieur Paxton, je rappelle que vous avez dit avoir dans votre exploitation un laboratoire où vous mesurez la conductivité électrique, le pH et quelques autres facteurs.
Que pensent vos membres de l’accessibilité des laboratoires accrédités? Dans quelle mesure sont-ils accessibles pour vous? Que se passe-t-il si vous envoyez vos échantillons à un laboratoire?
M. Paxton : Excellente question. Il y a beaucoup de détails, mais je dirais qu’on peut facilement classer ce que nous faisons en deux catégories. Tout d’abord, il y a le producteur, et il s’agit là d’un milieu agricole traditionnel. Par exemple, je suis à Strathmore, en Alberta. C’est donc assez facile pour nous de prélever des échantillons de sol, et nous faisons des analyses très détaillées. Nous avons comparé nos tests à ceux de laboratoires indépendants accrédités, et nous arrivons à des résultats incroyablement similaires pour des éléments comme le contenu organique. C’est incroyable à quel point nos tests sont proches de ceux d’un laboratoire accrédité indépendant.
C’est très important pour nous. Par exemple, prenons un champ où il y a 150 arbres par rangée. Nous allons y faire trois tests. À bien des égards, les résultats nous disent comment nourrir les arbres. En passant, l’intelligence artificielle est très utile pour accomplir ce travail. C’est là un ensemble de paramètres qu’on rattache traditionnellement à l’agriculture canadienne.
En ville, la situation est bien différente. L’accès aux laboratoires est facile. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de norme précise généralement acceptée. Certains promoteurs sont plus déterminés à assurer la durabilité de leurs projets. Avec l’analyse du sol qui a été mis de côté en monticules et est ensuite réutilisé dans les collectivités où nous vivons, il n’y a pas de norme généralement adoptée qui nous donne l’assurance que ce sol sera utilisé.
Mon collègue vient de parler de coûts d’une centaine de dollars. C’est effectivement assez courant. Il s’agit de prélever des échantillons à divers endroits dans le tas de terre et, avant de la réutiliser, de les faire analyser par un laboratoire accrédité, dont le rapport précisera les amendements nécessaires. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de norme adoptée par tout le monde et constante à l’échelle du pays. Mais c’est une autre question. La plupart des gens ne voient pas cela comme un gros problème, mais c’est un énorme problème dans les grandes villes.
Comme je l’ai dit, 80 % des Canadiens vivent dans les villes, et nous devons veiller à ce que le sol soit de bonne qualité là où il est entreposé, pour que nous puissions faire des tests.
La présidente : Super. Vous et moi n’avons plus de temps. Passons au deuxième tour.
M. Paxton : Dommage.
Le sénateur Black : Monsieur Paxton, vous avez dit, n’est-ce pas, que, à votre avis, l’association de l’industrie du paysage n’est pas bien prise en compte dans le projet de loi. C’est là une question très brève. Ma deuxième, que je vais poser d’abord à vous et ensuite à M. Kruzel, est la suivante : les agriculteurs auront-ils des préoccupations si d’autres règlements sont adoptés par suite d’une stratégie, ou pensez-vous que la stratégie comprendrait des règlements?
M. Paxton : Merci, sénateur. Je crois que les horticulteurs accepteraient volontiers. La normalisation nous aidera au plan de la production.
Le projet de loi S-230 tient-il compte de notre rôle en milieu urbain? Non, je ne pense pas qu’on ait suffisamment réfléchi à l’importance de la santé des sols dans les villes. À propos des espaces verts, nous devons vraiment faire beaucoup plus pour veiller à ce que nos villes soient saines et vivables grâce à la bonne qualité de l’air, de l’eau et du sol. Le sol est absolument vital, et il y a encore du travail à faire dans les villes. J’ai l’impression — et je vous en ai déjà parlé, sénateur — que les villes sont souvent négligées, ce qui est regrettable, puisque 80 % de la population vit en milieu urbain et que le sol est essentiel à la bonne santé de ce type d’environnement.
M. Kruzel : Je vous remercie de la question. En matière de réglementation, si on demande par exemple de faire tel test et d’appliquer certains paramètres, ce ne sera probablement pas un gros problème. Mais si on interdit le labour et exige que les cultures soient recouvertes, il y aura un problème. Il y aura beaucoup plus de résistance à ce genre de réglementation.
Le sénateur Black : Merci.
La sénatrice McBean : Monsieur Paxton, je vis dans l’une de ces zones urbaines, au centre-ville de Toronto. Vous avez dit qu’il était important de réintroduire le sol en milieu urbain. Je vois cela constamment, lorsqu’il y a des aménagements ou qu’on veut remplacer un arbre sur un trottoir ou dans une zone donnée, mais le sol qu’on y met est sans doute ce sol dégradé dont vous parlez. J’ai pris conscience de bien des choses. Quelle est la quantité de sol ainsi dégradé ou appauvri en milieu urbain? Sont‑ils récupérables, ces tas de terre que nous empilons et laissons se dégrader?
M. Paxton : Oui, le sol est récupérable. C’est une ressource résiliente, avec les bons amendements — une culture de couverture a déjà été mentionnée. Il y a tellement de choses que nous savons sur la façon de transformer un sol appauvri et dégradé en terre saine. Ce n’est pas un travail aussi lourd qu’on pourrait le penser. Tout le monde veut un beau boulevard bordé d’arbres là où il vit, et personne ne veut qu’un arbre soit remplacé à 1 000 $ ou plus l’unité et le voir ensuite mourir cinq ans plus tard. Il meurt presque toujours à cause d’une raison : la façon dont il a été planté, le sol dans lequel il a été planté et la manière dont il a été entretenu. Personne ne veut l’admettre.
Malheureusement, il n’y a pas assez de mordant dans la réglementation, disons, ou dans les normes ou encore la politique, pour garantir que là où nous vivons, nous avons cette garantie de canopée urbaine, si on veut, afin que nous vivions tous dans un endroit sain. Cela commence par le sol. Il est donc facile de ramener le sol.
La sénatrice McBean : La sénatrice Robinson va sûrement nous faire signe dans une seconde.
Lorsque j’achète vos produits au centre de jardinage et que je choisis de la terre en sac, est-ce une bonne ou une mauvaise idée? Ce beau sol est-il dégradé ou en train de se dégrader aussi? On dirait que les consommateurs achètent des sacs de terre chaque année. Ne devrions-nous pas avoir notre propre sol et le garder?
M. Paxton : On peut acheter de la terre en vrac, mais si on la met dans des sacs, c’est parce qu’il est ainsi plus facile de la transporter dans le coffre de la voiture. Et on peut acheter deux ou trois sacs à la fois. La terre en sac, c’est très bien, mais on peut aussi l’acheter en vrac.
La sénatrice McBean : Je l’ai achetée en vrac, et mes voisins me disent que je suis folle parce que je suis là à travailler avec mes bottes Blundstones et ma pelle. S’agit-il de sols dégradés? Les milieux urbains ne font-ils que prendre le sol des bonnes régions agricoles, et est-ce que le sol se dégrade chaque année?
M. Paxton : Non. La ressource est parfois dégradée. Je vais vous donner un exemple qui illustre l’importance de l’argile. Parfois, lorsqu’on creuse dans des terres humides en zone urbaine, on enlève l’argile et on remet le sol au fond des terres humides. Désolé. La réponse rapide est que nous pouvons prendre soin de notre sol, et c’est pourquoi nous appuyons le projet de loi.
La sénatrice McBean : Merci.
La sénatrice Muggli : Merci, sénateur Black, d’avoir posé la question sur la réglementation. Je voulais aussi la poser. Merci aussi de la réponse. On dirait que ce n’est pas toujours évident.
Madame Miller, pourriez-vous nous parler d’une ou deux mesures novatrices en conservation des sols et de la façon dont la stratégie pourrait favoriser l’innovation? Peut-être que le rôle du défenseur pourrait aussi être de promouvoir l’innovation, mais avez-vous quelques exemples, peut-être, de la façon dont la stratégie pourrait nous faire progresser encore plus?
Mme Miller : Toutes les mesures de conservation sont nécessaires, mais ce que nous offrons aux agriculteurs n’est pas adéquat. Ce qui ressort de nos consultations, c’est que les facteurs économiques et sociaux ne sont pas suffisamment intégrés à la recherche sur la santé du sol. On voit beaucoup de pratiques novatrices — qu’il s’agisse de cultures intercalaires ou de cultures de couverture —, mais elles ne sont pas assorties d’un prix. En l’absence d’un prix clair, on observe une grande réticence face au risque.
Nous préconisons donc une analyse plus holistique en fonction de la perspective des agriculteurs, de sorte que la science soit bien présente en matière d’innovation, mais cette innovation doit inclure un aspect pécuniaire. Quel effet ces mesures auront-elles sur les cultures d’un agriculteur? Qu’en penseront les voisins? Car si les voisins pensent qu’on cultive des mauvaises herbes, ils seront mécontents.
Il ne s’agit pas de préconiser une seule innovation, mais plutôt de voir la façon dont ces innovations peuvent être utilisées et de fournir ces informations à ceux qui prennent les décisions quant à l’adoption.
La sénatrice Muggli : J’avais en tête une équipe de porte-parole nationaux, un bureau de sensibilisation où travailleraient une équipe de personnes engagées parcourant le pays pour promouvoir et diffuser les innovations. Est-ce que cette façon de faire vous semble pertinente?
Mme Miller : Tout à fait, car la communication et les connaissances sont primordiales. Et la connaissance commence avec les chercheurs. C’est pourquoi la recherche constitue l’un de nos piliers, pour que ce soit la bonne recherche.
La sénatrice Muggli : Merci.
Mme Miller : Merci.
La présidente : Merci à tous nos témoins. J’aimerais revenir sur une chose que M. Paxton a dite. Le niveau d’adhésion au sein de ce comité donne du poids à sa déclaration, selon laquelle « toute vie dépend du sol, il n’y a pas de vie sans sol, et il n’y a pas de sol sans vie ». La sénatrice McBean peut donc continuer d’acheter des sacs de terre, car c’est une bonne chose. Je vous remercie tous du temps que vous nous avez consacré aujourd’hui, de votre préparation et de votre présence. Merci beaucoup.
Pour notre deuxième groupe de témoins, nous accueillons Mme Cristine L.S. Morgan, conseillère scientifique en chef à l’Institut pour la santé des sols.
Cristine L.S. Morgan, conseillère scientifique en chef, Institut pour la santé des sols : Bonjour et merci à tous de me donner l’occasion de parler du sol. C’est mon sujet préféré.
Aujourd’hui, j’aimerais vous faire part de nos connaissances sur l’évaluation de la santé des sols et sur la façon dont il serait possible de les appliquer à l’échelle continentale, tout en demeurant localement pertinent, pragmatique et scientifiquement crédible.
Je suis pédologue. J’ai grandi dans une exploitation de naissage bovine axée sur la conservation au Texas. J’y ai appris très tôt que l’agriculture et la régénération des écosystèmes peuvent aller de pair. J’ai été pendant 15 ans professeure en science des sols à l’Université A&M du Texas et je suis maintenant directrice scientifique de l’Institut pour la santé des sols.
L’institut est un organisme de recherche sans but lucratif d’envergure mondiale composé de scientifiques et de spécialistes de la sensibilisation qui travaillent avec des agriculteurs, des scientifiques et d’autres partenaires pour donner aux sciences de la santé du sol des applications pratiques et de la crédibilité. À l’Institut pour la santé des sols, nous avons passé des années à étudier quelles évaluations du sol sont utiles et scientifiquement applicables. Nous avons travaillé dans toute l’Amérique du Nord, y compris en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario, pour comprendre quels indicateurs sont sensibles aux différentes méthodes de gestion, peuvent être analysés par les laboratoires commerciaux et être interprétés de façon à produire des résultats utiles.
Aujourd’hui, je veux me concentrer sur la partie du projet de loi S-230 qui porte sur les mesures d’amélioration des connaissances, sur la compréhension de l’état des sols, ainsi que sur la collecte de données et le contrôle de suivi. J’ai intitulé cet article du projet de loi : « Si vous le chérissez, vous le mesurez ». À l’institut, la première chose que nous avons apprise pour améliorer nos connaissances sur la santé des sols est simple, mais fondamentale : l’évaluation de la santé des sols tient à un contexte. Vous l’avez entendu plus tôt. Il peut y avoir deux types de sol différents dans un champ. Les deux peuvent bien fonctionner, soutenir les cultures, les mouvements de l’eau et la biodiversité, sans être menacés, c’est-à-dire sans être sujets à l’érosion ou à la contamination.
Cependant, ces deux sols peuvent montrer des différences importantes dans les mesures en laboratoire. Ces différences reflètent souvent la formation de ces sols et non la façon dont ils sont gérés. Si nous ne tenons pas compte de cela, nous pouvons qualifier des sols sains de mauvais, simplement parce qu’ils sont naturellement différents.
Notre solution à la nature contextuelle du sol est ce que nous appelons l’analyse comparative de la santé des sols. Nous comparons des sols agricoles productifs à des sols similaires dans la même région, qui sont gérés différemment, dans les meilleures conditions que nous puissions trouver. Nous en faisons une référence. Elle donne aux agriculteurs et aux décideurs une idée réaliste de la santé actuelle du sol, par rapport à ce qui est possible dans leur contexte, ainsi que des moyens réalistes d’amélioration.
Nous avons appliqué cette méthode à plus de 20 millions d’acres en Amérique du Nord, y compris en Ontario.
L’analyse comparative permet d’évaluer la santé des sols d’une manière qui respecte les sols et le climat régionaux, plutôt que d’utiliser un seul seuil national.
Lorsque nous parlons de ce travail, la question qui suit inévitablement est : comment puis-je obtenir cette information pour ma terre?
Cela m’amène au deuxième principe, à savoir que pour rendre l’évaluation de la santé des sols accessible, nous devons partir des systèmes que les agriculteurs et les éleveurs utilisent déjà et les améliorer. Les producteurs envoient déjà des échantillons de sol à des laboratoires commerciaux chaque année. Cela représente un investissement énorme. Plutôt que de construire des systèmes entièrement nouveaux, nous préférons relier entre elles des procédures déjà utilisées. Notre portail sur la santé des sols et notre programme de partenariat avec les laboratoires nous permettent de travailler de concert avec des laboratoires commerciaux et des scientifiques universitaires pour rendre les données sur la santé des sols interopérables et communicables. Ainsi, les informations peuvent être combinées et interprétées à l’aide de références régionales et retournées aux agriculteurs dans un format intelligible.
Nous développons actuellement ce modèle dans les provinces des Prairies, avec des partenaires en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Ce travail est réalisé à partir de sols locaux, de partenaires locaux et de techniques de gestion du sol bien concrètes.
L’approche est importante, surtout à un moment où les budgets comptent autant. Tirer parti des laboratoires commerciaux existants, des programmes provinciaux, de la science universitaire et des investissements des agriculteurs permet d’étirer les ressources publiques et d’éviter de dédoubler les infrastructures.
La grande leçon à retenir de notre expérience, c’est que la mesure de la santé des sols produit de meilleurs résultats lorsqu’elle est logique sur le plan local et qu’elle repose sur des systèmes accessibles. L’analyse comparative fournit une interprétation adaptée aux sols régionaux. Les données de laboratoire interopérables permettent le travail à grande échelle. Les partenaires nous permettent quant à eux de tirer parti de ressources existantes plutôt que de tout reconstruire à partir de zéro. Cette combinaison rend l’évaluation de la santé du sol non seulement valable sur le plan scientifique, mais réalisable.
Je vous remercie tous aujourd’hui de votre leadership et de l’occasion que vous m’offrez de partager ce que nous avons appris sur le terrain.
La présidente : Merci, madame Morgan. C’était fantastique.
Honorables sénateurs, vous disposerez de cinq minutes pour poser votre question et ceci inclut la réponse.
Le sénateur Black : Merci beaucoup, madame Morgan. L’Institut pour la santé des sols est situé aux États-Unis. Comme vous nous l’avez dit, vous avez réalisé des travaux au Canada, en Ontario et dans les provinces de l’Ouest. Y a-t-il une stratégie nationale sur les sols aux États-Unis?
Mme Morgan : C’est une bonne question. Il y a des éléments disparates pour en former une, oui.
Le sénateur Black : Merci. Vous avez fait du travail ici, au Canada. Considérez-vous positivement ce projet de loi et sa mise en œuvre possible suivant son adoption? Cela appuiera-t-il le travail que vous faites? Serez-vous en mesure de jouer un rôle dans le travail qui pourrait être réalisé?
Mme Morgan : Je considère que le projet de loi est une très bonne chose. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui. Je pense que le potentiel d’intégration est important. Ce projet de loi donne suite aux efforts que nous avons déployés au cours des sept dernières années à l’institut. Nous avons consacré beaucoup de temps et de ressources à la définition de cette stratégie nationale. Lorsque j’ai créé l’institut, nous avons commencé par nous demander quelles étaient les mesures qui comptaient. Nous avons publié des articles révisés par des pairs à ce sujet dans des publications spécialisées. Nous avons publié des livres blancs. Nous disposons d’une série de mesures de base sur la santé du sol. Elles sont nos mesures essentielles, nos indicateurs de la santé des sols. Elles sont appuyées par l’USDA dans Conservation Evaluation and Monitoring Activity 216, ou CEMA 216, qui constitue la norme pour l’évaluation de la santé des sols aux États-Unis.
Le sénateur Black : Merci. Ma dernière observation — et j’aurais dû le mentionner lorsque vous avez répondu à la première question —, c’est que le Canada et les provinces pourraient être des chefs de file dans l’élaboration d’une stratégie nationale sur les sols en Amérique du Nord.
Mme Morgan : Oui.
Le sénateur Black : Je n’ai rien à ajouter.
La présidente : Merci, Ben Matlock. Fantastique.
La sénatrice McBean : Merci non seulement pour l’autocollant, mais aussi pour cette présentation intéressante. Quelles pratiques exemplaires ou quels systèmes de gestion issus de votre travail pourraient facilement être déployés à l’échelle nationale pour aider les producteurs à adopter des pratiques susceptibles d’améliorer la santé du sol, et comment les politiques pourraient-elles appuyer cette mise à l’échelle?
Mme Morgan : Les stratégies scientifiquement établies les plus populaires sont les cultures de couverture et le travail réduit du sol. Mais, comme Alan l’a mentionné plus tôt, il n’est pas utile d’être prescriptif. Lorsque nous faisons référence aux cultures de couverture, nous parlons d’un principe, et ce principe est celui de racines vivantes et de l’augmentation de la photosynthèse. Il faut que des plantes vivent dans le sol. Il est plus important de promouvoir des principes que des pratiques, et ces principes sont : la réduction des perturbations physiques du sol, le fait d’avoir des racines vivantes dans le sol autant de jours que possible annuellement — c’est un climat froid ici — pour protéger la surface du sol et promouvoir la biodiversité.
Si l’on fait la promotion de ces principes, les gestionnaires des sols, qui sont novateurs et astucieux, trouveront les moyens d’innover. On voit cela très souvent. Peut-être que la culture de couverture ne fonctionne pas pour un agriculteur en particulier, mais il peut très bien modifier la rotation des cultures et faire en sorte que cela augmente le nombre de jours où poussent des racines vivantes. Il existe un grand nombre de moyens différents qui permettent de respecter ces principes.
La sénatrice McBean : Tout cela pourrait facilement prendre la forme d’une page imprimée à plaquer sur un mur, comme un document éducatif.
À votre avis, comment les dispositions du projet de loi S-230 en matière d’éducation et de sensibilisation devraient-elles privilégier la mobilisation, la formation et l’aide technique pour différents utilisateurs des terres, y compris les agriculteurs et les collectivités autochtones?
Mme Morgan : Premièrement, la gestion des terres se fait localement. Si je devais accorder la priorité à la sensibilisation, ce serait à l’échelle locale. Ce que nous faisons à l’Institut de la santé des sols fonctionne très bien. Nous trouvons des agriculteurs locaux, des mentors agricoles, qui ont effectué le travail en question, qui ont commis des erreurs et qui ont connu du succès, afin qu’ils en fassent part aux autres. Nous payons aussi des spécialistes techniques, des gens qui sont peut-être aux États-Unis et qui sont associés à un programme universitaire ou à un district de conservation du sol et de l’eau. Ils viennent et interprètent les données scientifiques.
Les producteurs font confiance à d’autres producteurs. La clé de voûte de la pratique consiste à trouver des praticiens qui ont réussi et à les amener à partager leurs gains et leurs pertes. Il doit y avoir des fermiers locaux qui ont accompli le travail. Ce travail leur coûte cher. Un agriculteur du Texas a comparé son coût à des frais de scolarité. Ils veulent trouver un autre producteur qui a lui aussi payé cher et apprendre de lui.
La sénatrice McBean : Merci beaucoup.
La sénatrice Muggli : Je vous remercie d’être parmi nous aujourd’hui et de partager vos connaissances. J’apprends beaucoup.
J’aimerais savoir si vous pensez que notre stratégie devrait privilégier un centre national de données et, le cas échéant, à quoi il devrait ressembler. Quel type d’organisme doit se tenir responsable de la gestion d’un centre national de données?
Mme Morgan : La confidentialité des données est très importante. Nous tentons aussi de rassembler toutes les données, car il faut les héberger quelque part pour qu’elles existent, mais elles doivent être utilisables. Il faut certainement des politiques visant à protéger les renseignements personnels identifiables et il faut pouvoir examiner les données de façon agrégée. Cela peut fonctionner, il faut simplement en assurer l’accès. Assurer la qualité des données représente une somme de travail importante. Un simple dépôt ne sert à rien, si les données qui nous parviennent proviennent de laboratoires différents et qu’elles ne sont pas harmonisées.
La sénatrice Muggli : Tout à fait. C’est logique.
Pensez-vous qu’une stratégie devrait inclure des données exhaustives de cartographie des sécheresses et des inondations?
Mme Morgan : Oui. Je crois comprendre la question. Le climat, la météo, la gestion et les propriétés du sol vont de pair. L’important, c’est que les données soient recueillies à la bonne échelle. L’échelle type pour la gestion des cultures en rangs et des pâturages est le champ. Il faut donc s’assurer que les données sont à la bonne échelle et qu’elles sont conformes à la géographie de l’unité de gestion.
La sénatrice Muggli : Je songe à la possibilité de prévoir ce qui pourra être cultivé.
Mme Morgan : Les conditions météorologiques sont très instables en ce moment. C’est difficile. Je pense que certaines prévisions sont utiles, et nous devons certainement investir dans les meilleures prévisions disponibles. Ce qui est bien avec l’amélioration de la fonction du sol, c’est qu’elle permet une résilience accrue face aux conditions météorologiques extrêmes. En fin de compte, nous avons peu de prise sur le temps qu’il fait, et il s’agit de créer un système robuste capable de s’adapter.
La sénatrice Muggli : Merci.
La sénatrice Sorensen : Je n’ai pas de questions, mais je tiens à vous remercier pour votre témoignage. Il contenait un grand nombre d’informations intéressantes et laissait transparaître une grande authenticité quant à l’importance que vous accordez au sol.
J’ai une observation à faire au comité, pour le moment où nous nous pencherons sur ce sujet plus à fond. Je vous invite à commenter mes observations. J’ignore comment nous pourrons intégrer dans la loi certaines informations que Mme Morgan nous a transmises, mais en ce qui concerne les observations sur les mesures, sur les valeurs chiffrées d’importance, j’adore l’affirmation selon laquelle elles doivent être significatives, pertinentes et accessibles aux agriculteurs.
J’aimerais revenir sur certaines conversations que j’ai eues avec des agriculteurs de l’Alberta. Lorsque le gouvernement intervient et dit avoir besoin de ceci ou de cela, et que l’agriculteur ne l’a pas, ou que le gouvernement crée une politique difficile à mettre en œuvre pour l’agriculteur, on laisse entendre que le gouvernement sait plus que l’agriculteur ce dont il a besoin.
On m’a parlé de ce genre de situation et je pense qu’elles mènent généralement au désastre. Je suis sensible à vos observations sur la façon dont les mesures doivent être compatibles avec ce que les agriculteurs font déjà en visant à améliorer ou à faire évoluer leurs méthodes. Je retiendrai certainement, pour de nombreux aspects de ma vie : « Si vous le chérissez, vous le mesurez. » Voulez-vous ajouter quelque chose?
Mme Morgan : Je suis une tacticienne. Je vise une stratégie d’ensemble et une bonne part de mon travail porte sur la façon d’y arriver. Ainsi, je suis d’avis que certains principes législatifs doivent être axés sur des principes plutôt que sur la pratique. Nous voulons des racines vivantes et un couvert végétal. Il faut éviter de lancer simplement : « Plantez-moi cette semence. »
Les mesures chiffrées sont vraiment importantes. Un grand nombre de personnes ont travaillé d’arrache-pied là-dessus. Mais il faut également se garder de prescrire à outrance les mesures à relever. Comme vous pouvez le constater, les mesures me passionnent. Il est important d’établir un équilibre afin que seules les informations dont on a besoin soient recueillies.
La sénatrice Sorensen : Merci.
La présidente : J’ai une question. J’aimerais revenir un peu à la question que vous a posée le sénateur Black, à savoir si les États-Unis disposent d’une stratégie nationale en matière de santé des sols. Vous avez répondu, après une courte réflexion, qu’il y avait des éléments disparates de stratégie.
Pourriez-vous développer ce sujet et nous dire à quoi elle ressemble, quels ont été les obstacles ou la résistance rencontrés et ce que vous suggéreriez à un pays comme le Canada, qui envisage d’adopter une stratégie?
Mme Morgan : Je ne représente pas le gouvernement américain. Je ne fais qu’observer ce que je vois. Je ne suis pas non plus une experte en matière de législation. Aux États-Unis, ce que je constate est que la majeure partie du travail sur la santé des sols relève du département de l’Agriculture des États-Unis, ou l’USDA, et du service de conservation des ressources naturelles, le NRCS. La contamination du sol relève de l’agence de protection de l’environnement, l’EPA. Le ministère de l’Énergie est responsable de la gestion des sols en ce qui a trait à la production de biocarburants. Ce sont là trois domaines complètement différents d’où émanent des décisions qui affectent le sol.
À l’USDA, en particulier, on trouve de bonnes politiques, comme la procédure d’évaluation CEMA 216, qui constitue la norme. Je crois qu’Ana en a parlé un peu plus tôt. On y fait aussi la promotion de la pratique.
Un facteur intéressant est ressorti plus tôt, en réponse à la question de savoir qui paie la note. Aux États-Unis, plusieurs parties se partagent les frais. Certaines sommes proviennent du NRCS. Si l’on reçoit des fonds pour ses activités, il est possible d’affecter une partie de l’argent pour mesurer les indicateurs du sol, et c’est là l’objectif de la CEMA 216.
Contribuent également des acheteurs et certaines marques, qui veulent en savoir plus sur leur bassin d’approvisionnement. Nous mettons l’accent sur la façon de rendre compte des bassins d’approvisionnement.
Vient ensuite le particulier qui paie. Les agriculteurs sont passionnés par leur sol. Lorsqu’ils sont en mesure d’investir des sommes, ils le font.
Les principes dont j’ai parlé sont ceux de l’USDA et du NRCS, et ils sont très largement partagés aux États-Unis.
La présidente : Merci. Dans le même ordre d’idées, je me demande si vous connaissez ce que nous appelons le Fonds d’action à la ferme pour le climat au Canada.
Mme Morgan : Non.
La présidente : Si je ne m’abuse, 700 millions de dollars ont été accordés à des producteurs qui cherchent à adopter des pratiques plus respectueuses du climat, appelées pratiques de gestion exemplaires. Y a-t-il un programme semblable aux États‑Unis?
Mme Morgan : Oui. Ces programmes sont généralement axés sur la conservation des sols. Il existe deux ou trois programmes. Je ne me souviens pas de tous les acronymes, mais oui. On les appelle « payer pour la pratique ».
Ils sont destinés aux agriculteurs. Il s’agit de fonds du Programme d’encouragement à la qualité de l’environnement, ou EQIP. Tout propriétaire terrien peut s’adjoindre l’aide d’une personne et présenter une demande. C’est un processus régional. De petites zones à l’intérieur d’un comté sont déterminées. Les dirigeants locaux décident quelles sont leurs priorités en matière de conservation des sols et certaines pratiques sont associées à ces priorités. Il est possible de demander du soutien pour établir ces pratiques. Des sommes importantes sont consacrées à ce programme.
La présidente : Je vais poser des questions qui ne relèvent peut-être pas de votre domaine d’expertise. Savez-vous, de façon générale, s’il y a trop ou pas assez de demandes? Les producteurs sont-ils enthousiastes quant à ces programmes?
Mme Morgan : Cela dépend du producteur. Je pense que les grands producteurs y ont accès. En général, il faut obtenir de l’aide pour remplir les formulaires. J’entends dire qu’il y a beaucoup de documents à remplir et que différentes personnes prennent des décisions différentes selon qu’ils croient ou non que ça en vaut la peine.
Quant à savoir s’il y a trop ou pas assez de demandes, je pense que la plus grande partie des sommes sont généralement dépensées. La plupart de mes informations à ce sujet sont celles d’une propriétaire terrienne soucieuse de conservation.
La présidente : En Caroline du Nord?
Mme Morgan : Oui, madame. Et au Texas.
La présidente : Très bien. D’accord.
Dans l’étude d’une stratégie relative aux sols, il est important de prêter attention à la façon dont les données sont recueillies, au propriétaire de ces données, à la personne qui paie pour ces données et ainsi de suite. Pourriez-vous nous donner une idée des stratégies qui ont connu du succès. Je comprends les zones pédologiques, la cartographie et l’observation des variations — je viens d’une région où l’on produit des pommes de terre, alors nous cartographions assez intensivement des endroits où un échantillon de sol pour deux acres et demi est pratique courante.
Si l’on considère un champ qui peut nécessiter 40 échantillons et que l’on calcule au moins 100 $ par échantillon, en tenant compte de la main-d’œuvre, du traitement des données et de tout le reste, cela devient assez lourd. Nous utilisons ces systèmes. Ils existent ici.
Vous avez raison. J’adore cela aussi, sénatrice Sorensen : « Si vous le chérissez, vous le mesurez. » Et les producteurs attachent beaucoup d’importance à leur terre, parce qu’elle est le fondement de toutes leurs activités.
Pourriez-vous nous dire comment les données détaillées sont regroupées de façon à demeurer informatives? Vous avez parlé de votre façon d’établir des repères. Voici comment je vois les choses : on a un sol de type A, le potentiel pour ce sol est de 100 et vous mesurez 73. Ça ressemble à cela? Dans le cas d’une ferme de pommes de terre du Maine, qui doit ressembler à une ferme de ma région en matière de variations de types de sol, à quoi cela ressemblerait-il?
Mme Morgan : J’ai fait mes premières armes en variabilité du sol. J’ai fait mes études supérieures au début de l’agriculture de précision, alors je connais très bien ce dont vous parlez.
En agriculture de précision, on pratique ce type d’échantillonnage de haute intensité pour augmenter la fertilité et réduire les intrants. En matière de santé des sols, nous ne voyons pas la nécessité d’un échantillonnage aussi intensif. Nous effectuons des regroupements par région. Aux États-Unis ces régions sont appelées zones principales de sols. Je crois qu’au Canada, on les appelle régions écosystémiques, mais le nom m’échappe,
À l’Institut pour la santé des sols, nous avons pris les cartes du sol des États-Unis et les avons regroupées en fonction de certaines propriétés du sol. Ce sont ces propriétés qui ont une incidence sur l’évaluation de la santé du sol. Donc, plutôt que d’emmagasiner des dizaines de milliers de sols, nous en sommes à moins de 2 000 types de sols.
Nous examinons la texture et la classe de drainage, pour être très précise. En général, une zone principale de sols est assez vaste aux États-Unis — pensez aux Hautes Plaines du Sud ou aux plaines du Panhandle au Texas.
Il existe trois principaux groupes en matière de santé des sols, qui sont principalement des sols agricoles. Pour bon nombre de zones principales de sols que nous examinons, nous avons trouvé entre trois et cinq types de sol, principalement agricoles, dont nous pensons que les indicateurs seront différents. Ensuite, nous les évaluons sous différents types de gestion et nous les modélisons. Ce qui coûte cher dans l’évaluation de la santé du sol, ce n’est pas tant la mesure des indicateurs de la santé du sol. C’est plutôt la mesure des propriétés inhérentes au sol, comme la texture et le pH. Ce sont ces éléments qui sont utilisés pour classer adéquatement les valeurs d’indicateurs. Cependant, nous ne les consultons qu’une seule fois, ce qui constitue une façon de réduire le coût du contrôle. Il faut simplement savoir qu’une zone a fait l’objet d’un échantillonnage et connaître la texture du sol pour cet échantillon de sol. Plus tard, on n’aura plus besoin de reprendre cette mesure et on pourra se concentrer sur les valeurs des indicateurs.
J’ai peut-être répondu à votre question. Je crains toujours de m’exprimer en termes trop techniques, alors j’ai tenté de me modérer. Je peux parler de science du sol pendant des heures si l’on ne m’arrête pas, alors je dois me restreindre.
La présidente : J’ai une brève question complémentaire. Lorsque vous parlez de la texture du sol, est-elle exprimée dans la conductivité électrique du sol?
Mme Morgan : C’est la quantité d’argile et de sable qui se trouvent dans le sol, donc son aspect collant ou sablonneux. La texture est une propriété génétique : elle est héritée du paysage.
La présidente : D’accord.
Au chapitre de la variabilité de la santé des sols, vous dites que la santé des sols est beaucoup moins variable que sa fertilité. Le test qui consiste à analyser des échantillons pour mesurer la santé du sol est-il simplement effectué à partir d’un échantillon prélevé pour l’analyse de la fertilité du sol?
Mme Morgan : Oui. Je peux répondre très précisément. Lorsqu’on dispose d’un échantillonnage en grille d’un champ, on en connaît les différentes zones de gestion. On prélève donc des échantillons composites de ces zones de gestion. Au lieu de 15 échantillons, on prélèverait peut-être 2 ou 3 échantillons composites, et c’est ce qu’on utiliserait pour les analyses de la santé du sol. C’est beaucoup moins d’échantillonnage que ce qui serait requis dans une perspective d’agriculture de précision.
La présidente : C’est vraiment bon à savoir. Merci beaucoup.
Mme Morgan : Nous séparons la fertilité et la santé des sols. En ce qui a trait à la fertilité, on peut économiser beaucoup d’argent si l’on sait où se trouvent les nutriments dans l’espace analysé. En ce qui concerne la santé des sols — nous avons parlé plus tôt de la base de données — il faut prendre un peu plus de recul et examiner l’unité de gestion en plus de la variabilité du sol, alors il faudra peut-être utiliser une technique de lissage.
La présidente : Je me demande si l’on rencontrerait moins de réticence au partage de données sur le sol si on en excluait les données sur la fertilité.
Mme Morgan : Vous avez frappé en plein dans le mille.
La présidente : Nous examinons la situation de différents pays qui ont décidé de participer à la gestion des éléments nutritifs dans leurs sols, et nous constatons à quel point cela peut être alarmant dans certaines situations. C’est merveilleux d’avoir tiré cela au clair dans mon esprit. Merci beaucoup.
Au nom de tous les membres du comité, je vous remercie infiniment d’être ici aujourd’hui, et je vous remercie pour les superbes autocollants « I dig soil » — « j’adore le sol ». Nous allons maintenant conclure la journée.
Je remercie les interprètes, les pages, le personnel de soutien, les techniciens et tous ceux qui veillent à ce que nous, les sénateurs, puissions faire notre travail en temps opportun au sein des comités.
(La séance est levée.)