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AGFO - Comité permanent

Agriculture et forêts


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mardi 14 avril 2026

Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui à 18 h 32 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada; et pour étudier, afin d’en faire rapport, le problème grandissant des feux de forêt au Canada et les effets que les feux de forêt ont sur les industries de la foresterie et de l’agriculture, ainsi que sur les communautés rurales et autochtones, à l’échelle du pays; et, à huis clos, pour étudier une ébauche de rapport.

La sénatrice Mary Robinson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Je m’appelle Mary Robinson et je suis la présidente de ce comité. Bienvenue aux membres du comité, à nos témoins, ainsi qu’à toutes les personnes qui regardent cette réunion en ligne. Je tiens tout d’abord à souligner que les terres sur lesquelles nous sommes réunis se trouvent sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinabe.

Avant d’entendre nos témoins d’aujourd’hui, j’aimerais demander aux sénateurs présents autour de cette table de se présenter.

Le sénateur McNair : Sénateur McNair, du Nouveau-Brunswick. Bienvenue.

La sénatrice Burey : Bonsoir. Sénatrice Sharon Burey, de l’Ontario.

La sénatrice McBean : Marnie McBean, de l’Ontario.

La sénatrice Sorensen : Karen Sorensen, du territoire du Traité no 7, en Alberta.

La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, du territoire du Traité no 6, en Saskatchewan.

La présidente : J’invite tous les sénateurs à consulter les fiches placées sur la table pour prendre connaissance des consignes visant à prévenir les incidents liés à l’effet Larsen. Je rappelle également à tous les participants de ne pas changer de langue au milieu d’une phrase et de ne pas parler trop vite. La clarté du son facilite l’interprétation, la transcription et le sous‑titrage.

Aujourd’hui, le comité poursuit son étude du rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada. Nous avons le plaisir d’accueillir l’honorable sénatrice Pat Duncan; Derrick Hastings, gestionnaire de ferme de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in; Randy Lamb, agronome de la direction générale de l’agriculture du ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources du gouvernement du Yukon; et Kari Johnston, bénévole du programme Kluane Region Food Hamper.

Merci à tous d’être avec nous. Nous allons commencer par vos observations liminaires, puis nous passerons aux questions des sénateurs. Vous disposerez chacun de cinq minutes. Je vous signalerai que votre temps est bientôt écoulé en essayant d’attirer votre attention, et je le ferai lorsqu’il vous restera environ une minute. Sur ce, nous allons commencer par la sénatrice Duncan. Vous avez la parole.

L’hon. Pat Duncan : Bonsoir, madame la présidente.

Chers collègues, je tiens à vous remercier sincèrement pour l’attention que ce comité accorde à la question très importante de la sécurité alimentaire, en particulier dans les régions rurales et du Nord du Canada.

On qualifie souvent ces trois territoires d’Arctique canadien. Le Nord du Canada s’étend d’Iqaluit, au Nunavut, à l’est, à Grise Fiord, au Nunavut, collectivité située le plus au nord du Canada, et au Yukon, de Old Crow au nord, à 100 kilomètres de l’océan Arctique, jusqu’à Beaver Creek, à la frontière avec l’Alaska, collectivité située le plus à l’ouest de tout le Canada.

Pour replacer votre étude dans son contexte, on m’a dit, lors des Jeux d’hiver de l’Arctique qui se sont déroulés le mois dernier à Whitehorse, qu’une bouteille de ketchup à Whale Cove, au Nunavut, sur la côte de la baie d’Hudson, coûte 39 $. Je peux acheter cette même bouteille de ketchup à Whitehorse pour 3 $.

Ces trois territoires sont très différents les uns des autres. Depuis des millénaires, les terres, les eaux et les ressources du Yukon sont préservées avec soin par les 14 Premières Nations du Yukon, qui, à leur tour, accueillent depuis plusieurs générations les personnes non autochtones qui y ont désormais élu domicile. Pas moins de 11 des 14 Premières Nations du Yukon ont conclu des accords d’autonomie gouvernementale avec le Canada et le Yukon.

Aujourd’hui, des relations de gouvernement à gouvernement à gouvernement sont en place au Yukon. Les Premières Nations collaborent avec le gouvernement du Yukon sur des questions comme l’exploitation des ressources fauniques sur leur territoire traditionnel. Par l’entremise du Yukon Environment and Socio‑economic Assessment Board, le Canada, le Yukon et les Premières Nations statuent sur les questions relatives au développement et à l’environnement.

Toutes les collectivités du Yukon, à l’exception d’Old Crow, sont accessibles par la route, c’est-à-dire par la route de l’Alaska. Il s’agit d’un axe logistique majeur qui relie le Sud du Canada et les États-Unis à l’Alaska.

Ma famille s’est installée au Yukon en 1964. À l’époque, la nourriture que consommait notre famille de cinq enfants nous parvenait par camion via cette autoroute, sous forme de « commande de produits surgelés » provenant d’Edmonton. Nous pouvions acheter les autres produits au magasin Taylor and Drury. Ces magasins de produits non périssables desservaient la région depuis l’époque de la ruée vers l’or du Klondike.

De nombreuses personnes, notamment à Dawson City et à Mayo, deux localités situées plus au nord au Yukon, cultivaient des potagers, et le gouvernement du Canada exploitait une ferme expérimentale à l’extérieur de Haines Junction, sur le territoire traditionnel des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik. Chers collègues, ce lieu se trouve dans le Sud-Ouest du Yukon, près de l’actuel parc national Kluane.

La ferme expérimentale du gouvernement du Canada située près de Haines Junction a commencé ses activités dans les années 1940 et a fermé ses portes en 1970. Aujourd’hui encore, les habitants du Yukon continuent de cultiver leurs jardins, petits ou grands. Il convient de noter qu’il existe à Whitehorse un jardin communautaire créé en 1998 et géré par la Downtown Urban Gardeners’ Society. Randy Lamb le sait mieux que quiconque.

Dans le centre du Yukon, près du village de Mayo, la ferme Minto Bridge approvisionne la collectivité en produits frais depuis de nombreuses années, notamment à l’époque où la mine United Keno Hill était en activité près de là.

Plus au nord se trouve Dawson City, théâtre de la ruée vers l’or du Klondike. À cette époque, la ville était devenue la plus importante en population à l’ouest de Chicago et au nord de San Francisco à subvenir, semble-t-il, à ses propres besoins alimentaires. L’histoire de l’agriculture et des sols de Dawson est unique.

Derrick Hastings, gestionnaire de ferme de Tr’ondëk Hwëch’in, nous fournira plus de renseignements sur leur travail.

Ces 10 dernières années, la population du Yukon a augmenté de 27 %, et 80 % des 48 000 habitants du Yukon vivent à Whitehorse. Nous disposons de cinq magasins d’alimentation : deux appartiennent à Loblaws, un à Sobeys et deux sont des petits commerces indépendants. Les produits alimentaires vendus dans ces magasins sont toujours acheminés par camion via la route de l’Alaska.

Old Crow, où vit la Première Nation Vuntut Gwitchin, qui compte environ 250 habitants et jouit d’une autonomie administrative, est la seule collectivité à bénéficier du programme d’aide alimentaire Nutrition Nord Canada.

La disponibilité des aliments varie d’une région à l’autre. Kari Johnston, qui fait partie des témoins, nous fera part de son expérience, notamment des initiatives menées par la Food Bank Society of the Yukon, concernant les difficultés liées à la sécurité alimentaire dans les zones rurales du Yukon.

À Whitehorse, le Walmart a ouvert ses portes en 2001, et bien qu’il ne s’agisse pas d’un supermarché complet proposant des produits frais, il constitue un centre de services important pour les Yukonnais, ainsi que pour nos voisins du Sud-Est de l’Alaska, d’Inuvik, Tsiigehtchic et Tuktoyaktuk dans les Territoires du Nord-Ouest, qui empruntent la route Dempster — les routes d’accès aux ressources de Diefenbaker — qui est partagée entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest.

À Whitehorse, le magasin « Your Independent Grocer » témoigne de l’essor du secteur agricole du Yukon et propose des œufs, des carottes, des betteraves et des pommes de terre issus de la production locale, disponibles toute l’année, sous réserve de stocks disponibles.

La production agroalimentaire a augmenté, passant de 2 % de part de marché en 2015 à près de 7 % en 2021.

Randy Lamb, agronome à la direction générale de l’agriculture du gouvernement du Yukon et l’un des fondateurs de la Downtown Urban Garden Society, vous en dira plus à ce sujet.

Madame la présidente, je vous remercie encore une fois de l’attention que porte le comité à ce sujet très important, ainsi que de l’occasion qui m’est donnée de replacer le Nord canadien dans son contexte.

Je tiens tout particulièrement à remercier les Yukonnais qui participent à la discussion de ce soir. Mes compatriotes yukonnais sont de véritables experts dans ce domaine. Merci beaucoup.

Derrick Hastings, gestionnaire de ferme, Première Nation Tr’ondek Hwech’in : Bonjour, et merci pour cette introduction, sénatrice Duncan. Je suis heureux qu’on me considère comme un expert ou un professionnel de ce domaine. Je suis agriculteur au Yukon depuis environ 20 ans. Je gère la ferme de Tr’ondëk Hwëch’in depuis neuf ans.

À l’origine, le but de cette ferme était d’assurer la sécurité alimentaire, mais aussi de former les jeunes, et de favoriser leur emploi et leur épanouissement. Au fil des ans, elle a toutefois évolué vers une approche plus globale : celle d’une entreprise sociale. Pendant la pandémie, ce lieu permettait aux gens de maintenir des liens sociaux tout en respectant les mesures de distanciation physique et proposait de nombreuses activités axées sur le bien-être. Je pense que cette expérience nous a ouvert les yeux sur le concept de la ferme Tr’ondëk Hwëch’in en tant qu’entreprise sociale. Nous avons créé des micro-entreprises dans le cadre de ce modèle, mais de manière plus générale, le but est avant tout de servir la population. Nous avons relevé du département du Bien-être pendant plusieurs années, et nous dépendons désormais de la direction générale de la gouvernance et des opérations exécutives de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in.

Nous sommes très optimistes et nous travaillons ensemble. Je ne suis pas membre de la nation Tr’ondëk Hwëch’in, mais je travaille avec sept autres personnes qui sont toutes des citoyens de la nation Tr’ondëk Hwëch’in, et nous œuvrons pour assurer la souveraineté alimentaire à long terme de la nation. Nous envisageons la sécurité alimentaire comme une question de sécurité nationale, et, dans ce cas précis, de sécurité nationale des Premières Nations. Nous travaillons pour leur population, pour leur avenir, et les infrastructures que nous mettons en place visent à jeter les bases qui permettront aux jeunes de réaliser leurs ambitions dans le domaine agricole, quelles qu’elles soient. C’est eux qui façonneront l’avenir, et nous venons tout juste de mettre en place un comité consultatif agricole dirigé par des citoyens de Tr’ondëk Hwëch’in, qui tracera la voie à suivre pour la ferme. Nous ne serons donc plus, moi-même et une personne extérieure à la communauté des Premières Nations, les seuls à dicter les résultats. Ce projet sera mené par les citoyens et fondé sur le consensus, et nous espérons produire des centaines de milliers de livres de denrées alimentaires pour les citoyens les plus vulnérables ainsi que pour les personnes qui souhaitent contribuer au modèle de recouvrement des coûts que nous avons établi comme méthode de distribution.

J’espère que c’est une bonne introduction.

La présidente : Excellente introduction. Merci, monsieur Hastings. Nous allons maintenant donner la parole à M. Lamb.

Randy Lamb, agronome, Direction générale de l’agriculture, ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources, gouvernement du Yukon : Bonsoir, chers membres du comité.

Je m’appelle Randy Lamb et je travaille depuis environ 10 ans comme agronome au sein de la direction générale de l’agriculture du gouvernement du Yukon. J’ai commencé à travailler pour la direction générale de l’agriculture du Yukon au début des années 1990. Au cours de cette période, j’ai constaté des changements importants dans notre niveau d’autosuffisance alimentaire, ce qui a un lien direct avec l’étude menée par le comité sur la sécurité alimentaire.

Les difficultés liées à la production agricole au Yukon sont bien connues. Celles-ci comprennent des sols froids et souvent peu fertiles, des saisons de croissance courtes, un climat semi‑aride dans le Sud du Yukon et de longues distances à parcourir pour atteindre les marchés et les fournitures. Situé au nord du 60e parallèle, le Yukon est vulnérable aux perturbations des transports et de la chaîne d’approvisionnement. Cette situation a été clairement démontrée en 2012, lorsque des inondations ont endommagé la route de l’Alaska et que les rayons des magasins d’alimentation se sont retrouvés vides en l’espace de quelques jours. Cette situation a souligné l’importance de la production alimentaire locale pour la sécurité alimentaire.

Malgré ces difficultés, le secteur agricole du Yukon a réalisé des progrès notables ces 30 dernières années. Trois facteurs principaux ont contribué à cette avancée. Ceux-ci comprennent une série de mesures gouvernementales visant à orienter et à renforcer l’agriculture au Yukon, ainsi qu’un ensemble de programmes d’aide financière fédéraux et territoriaux qui ont apporté un soutien essentiel aux agriculteurs du Yukon, au secteur agricole, et aux projets des Premières Nations et des ONG. De nouvelles opportunités liées au climat se profilent également, notamment des saisons de croissance plus longues et la possibilité de cultiver des plantes qui n’étaient auparavant pas adaptées à cette région, comme les céréales et les oléagineux, notamment le canola.

La Direction générale de l’agriculture du Yukon ne suit pas systématiquement les niveaux d’autosuffisance. Nous disposons toutefois de deux repères qui témoignent de progrès significatifs. Un rapport de 2010 sur le réseau alimentaire du Yukon, cité dans un rapport de l’Université polytechnique Kwantlen, indiquait que seulement 1 % à 2 % des aliments consommés dans le territoire étaient produits localement. Une étude plus récente, menée en 2020 par la Direction générale de l’agriculture du Yukon, a estimé l’autosuffisance agricole du Yukon à environ 4 % à 8 %, selon la méthodologie utilisée. Ces chiffres indiquent que la production alimentaire locale a été multipliée par trois ou quatre ces 10 à 15 dernières années.

Pour plus de détails sur ces trois facteurs, consultez la politique agricole 2020 : cultiver notre avenir, qui définit notre orientation en matière d’agriculture pour la prochaine décennie. Ce document s’appuie sur la politique agricole du Yukon de 2006 et sur la stratégie sur les aliments locaux du Yukon de 2016. Notre politique actuelle comporte des sections consacrées notamment à l’agriculture des Premières Nations et au changement climatique, entre autres programmes.

Les programmes de financement, comme l’actuel Partenariat canadien pour une agriculture durable, sont un atout formidable pour l’agriculture du Yukon. Ils soutiennent les pratiques exemplaires en matière de gestion environnementale, les améliorations visant à optimiser l’efficacité de l’équipement, ainsi que les programmes consacrés à l’agriculture des Premières Nations et à l’agriculture communautaire, entre autres.

Les possibilités liées au changement climatique sont largement documentées. Notre température moyenne annuelle a augmenté de deux degrés au cours des 50 dernières années. C’est ce qu’ont révélé des études récentes. Je dispose également des références de tous ces documents. Je pourrai les ajouter plus tard.

Ces changements se traduisent par une saison de croissance qui dure désormais environ une semaine de plus, voire plus, dans certaines régions du Yukon, ainsi que par une augmentation des précipitations annuelles d’environ 6 %.

Il en a résulté des changements dans les niveaux de production et les types de cultures au Yukon, qui se reflètent dans nos rapports sur la situation du secteur, lesquels s’appuient sur les données du Recensement de l’agriculture du Canada.

À titre indicatif, en 1990, la plupart des cultures du Yukon étaient constituées de foin — entre la moitié et les trois quarts —, car cette plante s’adapte bien à ces conditions difficiles. En 1992-1993, notre inventaire des terres agricoles comprenait 700 hectares de cultures fourragères et 18 hectares de cultures maraîchères. Une tendance commence à se dessiner ici. Entre 2000 et 2001, on a recensé plus de 2 000 hectares de cultures fourragères et 23 hectares de cultures maraîchères.

De 2005 à 2007, la production de foin représentait moins de la moitié du revenu agricole brut, soit 43 %, et selon les données de 2011 à 2016, 142 exploitations agricoles du Yukon ont déclaré un chiffre d’affaires brut total de 4,3 millions de dollars.

Historiquement, la culture du foin et des fourrages a longtemps dominé l’agriculture au Yukon. Mais au fil du temps, le secteur a étendu ses terres cultivées et s’est considérablement diversifié. Les données du recensement et celles du Yukon montrent une croissance régulière de la superficie des terres agricoles, des revenus agricoles et du nombre d’exploitations agricoles.

Au cours de la dernière décennie, en particulier, plusieurs changements ont contribué à renforcer l’autosuffisance. Ces derniers comprenaient notamment l’expansion de la production de légumes et de céréales, soutenue par des infrastructures modernes de stockage des légumes, un entrepôt d’une capacité de 500 tonnes et une serre utilisant des technologies de pointe rénovée en 2017, qui permet de fournir des produits frais presque toute l’année. Aujourd’hui, les céréaliers locaux transforment leur farine en produits alimentaires vendus au détail dans les épiceries; la production d’œufs a augmenté grâce à des installations modernes de classement des œufs et d’élevage; et la production locale de viande connaît une croissance régulière. Nous comptons également des exploitations maraîchères certifiées biologiques qui se sont diversifiées en investissant dans des serres et qui approvisionnent des marchés fermiers, des épiceries et des restaurants.

Nous continuons de faire face à des difficultés réelles et persistantes. Grâce à des politiques stratégiques, à des programmes de financement ciblés et à l’évolution des conditions climatiques, nous avons pu améliorer de manière significative notre autosuffisance alimentaire. Ces progrès démontrent le rôle important que l’agriculture peut jouer dans le renforcement de notre production alimentaire et de la sécurité alimentaire dans le Nord canadien.

Comme je l’ai déjà dit, je dispose de nombreux documents de référence, et je pourrais également vous les transmettre si vous souhaitez consulter les liens Web.

La présidente : Parfait. Merci, monsieur Lamb.

Notre dernier témoin est Mme Johnston. Madame Johnston, vous avez la parole.

Kari Johnston, bénévole, Programme de paniers alimentaires de la région de Kluane, à titre personnel : Merci, madame la présidente, et merci aux honorables membres du comité. Je m’appelle Kari Johnston et je suis ici aujourd’hui en tant que bénévole pour le Programme de paniers alimentaires de la région de Kluane.

Je vis dans la magnifique ville de Dakwäkäda Haines Junction, sur le territoire traditionnel des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik. Je suis également agricultrice, mais pas dans une perspective commerciale. Ma famille et moi élevons des poules, entretenons un grand potager et transformons très lentement la forêt boréale en pâturages. Dans la petite ville où nous habitons, je possède et gère également une entreprise de traiteur du type « de la ferme à la table ».

Dans le cadre de mon travail quotidien, je suis présidente-directrice générale de Sha Shäw Corporation, l’entité commerciale de développement communautaire des Premières Nations Champagne et Aishihik. Notre programme de paniers alimentaires a été mis en place au début de la pandémie, c’est‑à‑dire en 2020. Nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit toujours là cinq ans plus tard, mais c’est le cas, et il prend de l’ampleur. Aujourd’hui, selon une estimation prudente, nous aidons chaque mois environ 25 % des ménages de la région de Kluane. En collaboration avec la Food Bank Society of Yukon, c’est entre 15 000 et 20 000 $ que nous dépensons chaque mois à cet égard.

Pour ceux qui ne connaissent pas notre région, la région de Kluane se trouve à l’extrémité sud-ouest du Yukon. Nous sommes un ensemble d’environ neuf petites localités dispersées et isolées. Haines Junction, notre plus grande collectivité, se trouve à environ 160 kilomètres à l’ouest de Whitehorse, et d’autres collectivités — comme Beaver Creek — sont situées à près de 300 kilomètres plus au nord-ouest.

La seule chose qui nous relie au reste du territoire est un corridor routier qui est fermé lorsqu’il y a des tempêtes, des feux de forêt et du verglas. Pour couronner le tout, soulignons que nos routes se déforment, se courbent et s’affaissent en raison du pergélisol.

Votre comité connaît l’importance stratégique du Nord. Lorsque les communautés nordiques sont en situation d’insécurité alimentaire et de dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement du Sud, ce n’est pas seulement un problème humanitaire, c’est une faiblesse structurelle. Investir dans la sécurité alimentaire du Nord, c’est investir dans la force et la résilience du Canada lui-même.

En 1942, lorsque la route de l’Alaska a été construite — un investissement considérable et urgent réalisé en pleine Seconde Guerre mondiale —, son aménagement a été rapidement suivi d’un investissement pour la création de la ferme expérimentale de Pine Creek, juste à la sortie de Haines Junction. Le gouvernement fédéral de l’époque avait compris que pour sécuriser le Nord, il importait d’investir dans la capacité des communautés nordiques à se nourrir elles-mêmes, et c’est cette même vision qui est nécessaire aujourd’hui.

Je sais que le programme Nutrition Nord Canada fait actuellement l’objet d’un examen, et de mon point de vue, j’aimerais qu’y soient incluses davantage de collectivités nordiques, peut-être toutes les collectivités de la zone A visées aux termes de la déduction pour les habitants de régions éloignées. Je demanderais aussi que soit incluse, au minimum, la Subvention au soutien des chasseurs-cueilleurs pour ces collectivités. Je demande à tout le moins que Beaver Creek et Ross River soient incluses. Il s’agit en effet de deux des collectivités les plus isolées du Yukon.

Notre collectivité s’emploie à mettre au point des solutions. Chez Sha Shäw Corporation, nous travaillons à mettre en place un centre alimentaire modulaire en collaboration avec Banques alimentaires Canada. Cinq conteneurs maritimes sont en cours de conversion en vue de leur intégration aux infrastructures en matière de sécurité alimentaire. Ils abriteront une unité de culture hydroponique, une cuisine commerciale louable pour les petites entreprises, une boucherie louable pour la transformation de viande sauvage et de viande d’élevage à l’échelle locale, un entrepôt pour les aliments surgelés et les racines, ainsi qu’un local permanent spécialement conçu pour notre banque alimentaire.

Nous nous sommes associés au Conseil national de recherches du Canada et nous ferons progresser leurs travaux sur la culture hydroponique de fraises sauvages et de framboises de l’Arctique. Tout cela est rendu possible grâce à un investissement de 1,1 million de dollars de Banques alimentaires Canada et à une contribution de 375 000 $ sur trois ans du Conseil national de recherches.

Cette conception sera en source libre, et les plans techniques seront communiqués par l’intermédiaire du vaste réseau de Banques alimentaires Canada. L’installation se fera à partir de conteneurs maritimes afin que nous puissions la déplacer dans une autre collectivité lorsque la place viendra à manquer.

Tout notre travail repose sur un modèle économique axé sur l’esprit d’entreprise, et non sur la dépendance, ce qui m’amène à ce que je considère comme le véritable enjeu. Aujourd’hui, je vous invite à envisager non seulement d’augmenter les subventions, mais aussi de plaider en faveur de subventions et d’investissements dans les infrastructures et l’esprit d’entreprise. Les Premières Nations de Champagne et d’Aishihik ont montré ce qui est possible dans notre communauté. Leurs politiques de développement économique, notamment les programmes de subventions salariales et de subventions en capital, constituent la référence en matière de développement des entreprises dirigées par des Autochtones du Yukon. Grâce à ces politiques, nous avons constaté une croissance spectaculaire du nombre d’entreprises détenues par des citoyens, dont plusieurs dans le secteur alimentaire. Or, ce qui manque, nous le savons, ce sont les infrastructures commerciales nécessaires à la croissance de ces entreprises. Nous devons à cet égard être très réalistes quant au coût de la construction commerciale dans le Nord. Nous disposons de subventions au logement pour soutenir le logement abordable, et c’est important, mais les coûts de construction commerciale dans le Nord sont plus élevés que ceux du logement résidentiel, et nous avons besoin d’investissements dans ce domaine également, car en l’absence d’infrastructures physiques aptes à soutenir le développement commercial, nos politiques ne sauraient aller très loin.

Je vais donc conclure ma déclaration par les cinq demandes suivantes : premièrement, les communautés de la zone A doivent être incluses dans le programme Nutrition Nord Canada. Si ce n’est pas la subvention complète, alors au moins la Subvention au soutien des chasseurs-cueilleurs et, au minimum, Beaver Creek et Ross River. Deuxièmement, il faut que la déduction pour les habitants de régions éloignées soit indexée. Elle n’a pas changé depuis 2016, et le coût de la vie dans le Nord connaît une forte hausse. Troisièmement, il faut veiller à ce que les programmes de sécurité alimentaire, de soutien à l’agriculture et d’infrastructures soient ouverts à toutes les sociétés de développement autochtones, qu’elles soient structurées en organismes non gouvernementaux ou en société à but lucratif. Quatrièmement, il faut investir dans le financement du développement des entreprises pour les communautés rurales du Nord, notamment pour soutenir la planification et l’accompagnement des entreprises, ce qui est absolument essentiel, mais aussi pour aider au marketing et soutenir l’apport de fonds de contrepartie. Cinquièmement, il nous faut des subventions pour la construction commerciale au service de la production agricole rurale dans le Nord. Il y a certes des subventions pour le logement, mais nous avons besoin de plus d’investissements dans les infrastructures commerciales.

Merci beaucoup de m’avoir accordé votre temps.

La présidente : Merci. J’essaie de noter vos cinq demandes. Cela fait beaucoup. Merci. J’aime bien les listes, car elles facilitent les choses. Merci à tous.

Nous allons maintenant passer aux questions des membres du comité. Vous disposez de cinq minutes chacun pour vos questions et réponses.

Le sénateur McNair : Merci aux témoins de leur présence, y compris à la sénatrice Duncan. C’est agréable de la voir de l’autre côté de la table.

Lors de son témoignage devant notre comité le 20 novembre dernier, Georgina Lloyd, sous-ministre adjointe aux Affaires du Nord au ministère des Relations avec les Autochtones et des Affaires du Nord du Canada, a déclaré ce qui suit au sujet de Nutrition Nord Canada :

Depuis le début du programme Nutrition Nord Canada, le nombre de collectivités qui bénéficient de sa subvention a augmenté, passant de 79 à 124 au Yukon, aux Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et dans des régions nordiques de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario, du Québec et du Labrador. Un élément essentiel de l’admissibilité au programme est une collectivité qui ne bénéficie pas d’un accès aux routes, au système ferroviaire ou aux voies maritimes pendant toute l’année. L’adoption et l’utilisation du programme de subvention atteignent maintenant des niveaux sans précédent. Les taux de subvention ont augmenté de plus de 50 % depuis 2011, et bien que le programme fasse diminuer le coût de certaines denrées alimentaires d’une proportion allant jusqu’à 76 %, l’abordabilité alimentaire globale continue de présenter un réel défi.

J’aimerais avoir des précisions. Êtes-vous d’accord avec ces affirmations? Pourriez-vous peut-être expliquer plus précisément quels sont les défis auxquels les habitants du Yukon doivent faire face en ce qui concerne l’accès à la nourriture et l’abordabilité des denrées alimentaires? Madame Johnston, vous avez déjà abordé certains de ces points. Par ailleurs, quelles mesures sont prises pour surmonter ces défis? Enfin, qu’est-ce que le gouvernement fédéral pourrait faire pour mieux répondre à ces enjeux au Yukon?

Sénatrice Duncan, commençons par vous. N’hésitez pas à nous faire signe si vous croyez que les autres témoins pourraient intervenir.

La sénatrice Duncan : Merci pour cette question. Je suis tout à fait d’accord avec vous : Mme Johnston a déjà commencé à aborder ce sujet.

Je pense qu’il y a plusieurs choses dont il faut tenir compte. J’ai évoqué le prix des aliments à Whitehorse, mais il ne faut pas oublier que Whitehorse ne représente pas l’ensemble du Yukon. Bien que nous ayons accès à des produits cultivés localement dans de nombreuses collectivités, ils sont plus chers que les produits commerciaux, et la raison en est simple : les coûts de production alimentaire sont plus élevés dans ces conditions. Les Yukonnais choisissent de payer ce prix lorsqu’ils le peuvent, mais, à l’instar du pays dans son ensemble, ils ont constaté une augmentation exponentielle du recours aux banques alimentaires, et Whitehorse n’y fait pas exception. Mme Johnston aura sûrement quelque chose à dire à ce sujet.

L’un des points clés du programme est que les collectivités qui sont admissibles sont celles qui ne disposent pas d’un accès routier, ferroviaire ou maritime durant toute l’année.

C’est un peu trompeur comme critère, car la route de l’Alaska va jusqu’à Beaver Creek; sauf qu’en réalité, le supermarché le plus proche se trouve à Whitehorse. Cela dit, dans n’importe quelle autre collectivité rurale, il faut tenir compte du coût de l’essence et du temps nécessaire pour se rendre à Whitehorse. C’est donc un élément déterminant pour les régions rurales du Canada. Pour établir l’admissibilité à ces programmes, il faut avoir une réelle compréhension de ce que signifie le Canada rural et le coût des aliments dans ces régions. Comme je l’ai dit, Mme Johnston est mieux placée que moi pour aborder ce sujet, compte tenu du travail qu’elle fait auprès des banques alimentaires.

Le sénateur McNair : Madame Johnston, souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Mme Johnston : Merci beaucoup de cette question fort pertinente. Donc, oui, l’accès au programme Nutrition Nord Canada s’est élargi, mais Old Crow reste la seule collectivité du Yukon à y être admissible. J’espère avoir donné une idée des conditions des routes qui mènent à nos collectivités au Yukon. En particulier, les routes qui mènent à Beaver Creek et à Ross River sont en très mauvais état. Je dois également souligner que notre population vieillit de façon prononcée et que les déplacements sur ces routes jusqu’à Whitehorse — le coût du trajet, le kilométrage, le coût du carburant, la durée des trajets et le danger grandissant à mesure que nous vieillissons — deviennent de plus en plus pénibles, ce qui ne doit pas être pris à la légère.

Donc, même si nous avons des routes, elles ne sont pas en très bon état et elles se détériorent, ce qui est particulièrement vrai pour la route qui mène à Beaver Creek.

La subvention au transport de marchandises revêt une importance cruciale dans le cadre du programme Nutrition Nord Canada. Nous en avons parlé lors de la réunion du conseil d’administration avec les autres sociétés de développement des Premières Nations. La plupart de ces sociétés exploitent des épiceries, et nous discutons des domaines où les coûts augmentent. Or, le transport des denrées représente une part considérable de ces coûts.

L’autre élément à considérer est la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs, dont une bonne partie des nations et communautés qui y ont accès parlent en termes très élogieux. D’après ce que j’ai compris, cela peut inclure la prise en charge d’une partie des coûts d’exploitation des serres communautaires, qui sont d’ailleurs extrêmement élevés, d’autant plus que le Nord accuse lui aussi une hausse des coûts de l’énergie.

Donc, oui, il y a la subvention au transport, mais le programme Nutrition Nord Canada comporte d’autres volets qui pourraient permettre l’exploitation d’infrastructures susceptibles d’être développées pour soutenir la production alimentaire locale dans nos collectivités. Je vais m’arrêter là. Merci.

La sénatrice McBean : J’ai vraiment apprécié cette attitude entrepreneuriale axée sur la capacité et la volonté d’accomplir des choses. Cela me fait vraiment aimer le sweat à capuche fabriqué au Yukon que j’ai acheté le mois dernier aux Jeux d’hiver de l’Arctique.

Je crois que je vais commencer par vous, monsieur Hastings. J’ai récemment lu un article sur le salon des producteurs qui se tient en Alaska. Ce qui m’a frappée dans votre témoignage, c’est la façon dont la ferme a démarré par la formation et l’emploi des jeunes, puis s’est développée à partir de là dans une optique éducative.

Avez-vous été invité à participer à ce salon des producteurs? Il semble qu’ils y discutent également de questions telles que la sécurité alimentaire et l’indépendance alimentaire.

M. Hastings : Oui, cette communauté agricole circumpolaire a vraiment la collaboration à cœur, même si cela n’est pas assez, à mon avis. Et cela se passe souvent à des moments inopportuns. La plupart des rassemblements ont lieu à l’automne ou au printemps. Honnêtement, c’est toujours une période très chargée. Et cela ne fait que s’intensifier.

La plupart des gens avec qui je travaille ici sont des agriculteurs qui refusent de se reconnaître en tant qu’agriculteurs. Ils sont plutôt du genre touche-à-tout. Ils se considèrent comme des charpentiers ou des mécaniciens, ou possèdent un certain nombre de compétences nécessaires à l’agriculture, comme celle de technicien en réfrigération.

Cette semaine, quand j’ai annoncé que j’allais m’adresser au Sénat, j’ai discuté avec pas mal de gens, et tout le monde avait quelque chose à dire.

L’agriculture n’est en aucun cas considérée comme un métier Sceau rouge. Je pense que cela en minimise parfois l’importance. J’ai affiché une liste des métiers Sceau rouge sur le frigo de la ferme pour que les jeunes puissent prendre connaissance de ces métiers et s’efforcer d’y accéder. Ils peuvent devenir boulangers ou exercer toute une série d’autres professions liées à l’alimentation, mais aucun métier ne renvoie à l’agriculture. L’agriculture offre de nombreuses compétences transférables. J’aimerais assister à un salon où ce type d’information serait mis de l’avant.

L’année dernière, nous avons organisé un rassemblement sur la sécurité alimentaire. Nous avons reçu 150 personnes d’un peu partout au Canada. Nous avons présenté ce que nous faisions et discuté avec plusieurs personnes de ce qu’elles font dans leur coin de pays. Nous faisons de notre mieux pour participer à ces échanges. Nous nous sommes également investis auprès de Banques alimentaires Canada.

Je pense que mon objectif ici, au Yukon, est moins de compter sur les banques alimentaires, moins de compter sur des chaînes d’approvisionnement externes pour notre sécurité alimentaire, mais plutôt d’essayer de développer des compétences, en insistant sur le fait que cela est possible, que cela a déjà été fait, et que les gens ont survécu ici pendant des dizaines de milliers d’années. Il s’agit donc d’une occasion favorable.

Tout se joue dans la façon dont vous vous engagez et disciplinez votre esprit pour mettre cela en pratique au quotidien et subvenir à vos besoins et à ceux de votre peuple. Lorsque vous faites cela, vous ouvrez la porte à quelque chose de plus positif et de plus grand.

Le Nord a de nombreux problèmes, et cela apporte du bien‑être, vous savez, un regard plein d’espoir vers la saison suivante. Même à travers toutes les catastrophes qui peuvent survenir et qui se sont produites, comme les inondations, les incendies et les interactions entre la faune et notre bétail, je crois que nous avons un peuple très résilient et que cela mènera à ce transfert de connaissances.

C’est ainsi que les Premières Nations ont communiqué au fil des générations, par l’intermédiaire d’histoires, etc. J’espère que cela répond à votre question.

La sénatrice McBean : Oui, merci.

Madame Johnston, aviez-vous quelque chose à ajouter concernant le transfert de connaissances et le partage de renseignements dans la région circumpolaire?

Mme Johnston : Merci, sénatrice. Je viens de m’envoyer un rappel pour envoyer des pommes de terre de semence Tlingit à M. Hastings pour la ferme Tr’ondëk Hwëch’in. J’avais oublié, et nous en avions parlé lors de la dernière conférence sur la sécurité alimentaire.

Des préparatifs sont en cours. D’après ce que j’ai compris, la prochaine conférence sur la sécurité alimentaire doit se dérouler dans notre localité, non pas cet été, mais l’été suivant. Nous sommes ravis à l’idée de recevoir les habitants du Nord et les Yukonnais pour cet événement.

Je crois que nous nous organisons mieux. Nous améliorons nos façons d’échanger. Nous connaissons des périodes d’activité intense en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire, puis il y a l’accalmie hivernale propre à nos régions nordiques. Il reste que je crois que nous nous organisons mieux pour ce genre de choses.

Assurément, il y a encore du travail à faire. L’une des choses qui nous posent problème, c’est la capacité. On met quelque chose en place, puis quelqu’un déménage ou tombe sur une nouvelle occupation, car le taux de chômage est souvent de 0 % ici, dans le territoire. Il n’est pas rare de voir les gens sauter assez rapidement sur de nouvelles possibilités.

Je pense que nous avons de la chance d’avoir des gens formidables de la communauté qui continuent de soutenir le travail que nous faisons dans notre collectivité pour le programme de paniers alimentaires.

Je me fais l’écho des propos de M. Hastings. Nous ne souhaitons vraiment pas gérer ce programme de distribution de paniers de nourriture pendant toute notre vie. Nous avons lancé ce projet en raison de la pandémie, et il a mis en lumière un besoin très important au sein de nos collectivités, mais nous ne voulons pas faire ce travail indéfiniment.

Lorsque nous menons des enquêtes et que nous dialoguons avec les gens pour savoir ce qu’ils attendent de nos collectivités, ces gens réclament des épiceries plus grandes, un choix plus vaste et des prix plus concurrentiels, mais ce qu’ils demandent en réalité, ce sont des produits alimentaires cultivés localement. C’est ce que les gens veulent. Ils veulent avoir l’assurance que nous cultivons ces produits ici même. Ils veulent acheter une tomate qui n’est pas cultivée uniquement à Whitehorse. Ils veulent acheter une tomate qui a été cultivée à Haines Junction. C’est ce que nous nous efforçons de faire.

La sénatrice Sorensen : Merci. Je vais commencer par interroger M. Lamb. Je vais vous demander de développer un peu plus les observations que vous avez formulées tout à l’heure. Pourriez-vous nous en dire davantage sur les recherches et les travaux menés relativement aux difficultés liées à la production alimentaire au Yukon, et à la manière dont ces difficultés sont prises en compte dans la stratégie alimentaire locale du gouvernement? De votre point de vue — et je pense que vous avez déjà abordé ce sujet, mais pourriez-vous en dire davantage à cet égard —, comment la recherche ou l’agriculture appliquée peut-elle mieux répondre aux besoins alimentaires des collectivités, en particulier dans ces régions éloignées?

M. Lamb : Bonnes questions. J’ajouterai que la stratégie alimentaire locale s’étendait sur cinq ans et qu’à son terme, la plupart des initiatives ont été intégrées dans notre politique agricole de 2020; elles sont donc toujours courantes.

Nous soutenons les connaissances communautaires dans la mesure du possible. Par exemple, chaque année depuis 20 ans, nous collaborons avec l’Université du Yukon afin d’organiser le programme annuel connu sous le nom de « Yukon Master Gardener » ou de maître jardinier du Yukon, c’est-à-dire un cours d’un mois qui se déroule en février et à l’issue duquel les participants obtiennent un certificat. Ces participants viennent de la région et d’autres collectivités, et le programme affiche complet chaque année. Il est très populaire.

De plus, le gouvernement du Yukon dispose d’une petite ferme de recherche et de démonstration. Elle ne couvre qu’environ quatre ou cinq acres, mais nous y semons des cultures de démonstration de nouvelles variétés de céréales, de légumes ou d’oléagineux. Nous proposons également un volet pédagogique dans le cadre duquel, chaque année, des élèves de 1re année et de l’école secondaire et des membres de groupes de jeunes viennent sur place pour planter des cultures et découvrir nos activités.

De plus, nous organisons chaque année une journée de démonstration agricole, qui est dérisoire comparativement à l’exposition de l’Alaska. Parfois, une douzaine de personnes participent à cette journée. Parfois, il y en a une centaine. Nous présentons ce qu’il est possible de cultiver. Nous ne savons jamais quelles cultures seront populaires, mais nous présentons également de nouvelles techniques, ainsi que des pratiques exemplaires en matière d’efficacité agricole et de gestion des gaz à effet de serre. Nous sensibilisons les gens en leur permettant de voir nos cultures et de poser des questions, ce qui s’avère très utile.

Comme l’a mentionné la sénatrice Duncan, je dirige le jardin communautaire de Whitehorse depuis, disons, plus de 20 ans maintenant. C’est l’une de mes passions. C’est un jardin communautaire de grande envergure. Il compte entre 75 et 85 plates-bandes surélevées, et nous y organisons des ateliers, car la production dans les jardins privés et dans les jardins communautaires est substantielle. Nous organisons habituellement un programme appelé « Plant-a-Row, Grow-a-Row », ou plantez une rangée et cultivez une rangée, mais une année, nous avons recensé 1 400 livres de surplus alimentaires qui ont été donnés à des associations alimentaires de Whitehorse. Nous ne le faisons pas chaque année, mais nous collaborons régulièrement avec différentes ONG, la banque alimentaire de Whitehorse pendant certaines années et la Golden Age Society, ou société de l’âge d’or, afin de distribuer les aliments aux gens, en plus de ce qu’ils cultivent pour leur propre consommation. Il s’agit là d’une initiative permanente.

Pour donner suite à la question précédente concernant l’association pour l’agriculture circumpolaire, j’ai eu la chance de me rendre à la conférence qui s’est tenue en septembre dernier à Tromsø, en Norvège, et, ironiquement, cela a été l’occasion idéale de nouer des liens avec nos homologues d’Alaska et de Terre-Neuve. Nous nous efforçons effectivement de collaborer à la mise en œuvre de projets de recherche. Il y a quelques années, nous avons mené un projet pilote de trois ans avec le centre de recherche de Terre-Neuve d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, et nous lançons en ce moment un nouveau projet, en collaboration avec la station de recherche de Kentville, qui portera sur des cultures de baies autochtones et qui s’étendra également sur plusieurs années. Nous nous efforçons d’être présents sur le terrain autant que possible.

La sénatrice Sorensen : J’allais poser une question à Mme Johnston, mais il ne me reste qu’une minute. Au lieu de poser cette question, j’aimerais formuler une observation. Vous avez présenté un très grand nombre de renseignements sur ce qu’il faudrait faire, en réalité, à notre niveau, et je sais que la présidente prenait des notes pendant vos interventions, mais je ne l’ai pas fait, alors ma question allait être la suivante : pouvez‑vous nous citer vos trois principales suggestions? Nos délibérations sont enregistrées, alors nous pourrons les réécouter. Vous aviez tellement de suggestions intéressantes à nous faire, mais je ne les ai pas toutes notées. Par conséquent, j’aimerais beaucoup entendre vos trois principales suggestions, que ce soit dans le cadre d’une réponse à une autre question ou par écrit plus tard.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner que je viendrai au Yukon cet été, plus précisément à Whitehorse, Haines Junction et Dawson City. Je demanderai peut-être à la sénatrice Duncan de m’aider à retrouver certains d’entre vous quand je serai sur place, car ce serait formidable de vous rencontrer en personne. Votre exploitation agricole m’intrigue énormément, monsieur Hastings. Je n’ai tout simplement pas le temps de vous poser davantage de questions à son sujet, alors je viendrai simplement la visiter.

La présidente : Je dois dire que je suis presque sûre que quelqu’un a parlé de l’approche Une seule santé, et je suis presque sûre d’avoir vu quelqu’un prendre des notes à ce sujet.

La sénatrice Burey : Je trouve que c’était là une excellente transition. Premièrement, je tiens simplement à vous remercier tous de votre présence, ainsi qu’à remercier notre collègue, la sénatrice Duncan, d’avoir insisté pour que nous entendions ces témoignages et d’avoir réuni tout ce petit monde ici. Nous en sommes ravis.

J’ai été extrêmement emballée d’entendre parler de l’approche Une seule santé, mais j’étais déjà en train de formuler une question à propos d’une approche à l’échelle de la société, et j’ai été vraiment et sincèrement intriguée par la façon dont vous, monsieur Hastings, avez expliqué comment ce qui avait commencé par la sécurité alimentaire a fini par déboucher sur l’indépendance alimentaire, sur l’entrepreneuriat social, sur une possibilité d’améliorer le bien-être et sur le développement des entreprises, ce qui rejoint parfaitement tout ce que nous faisons dans le domaine de la sécurité alimentaire, et la mesure dans laquelle cela revêt une grande importance pour la sécurité de l’Arctique, comme vous l’avez indiqué, madame Johnston.

Monsieur Lamb, j’ai également été intriguée lorsque vous avez évoqué les moteurs de ce changement, à savoir vos politiques, les aides financières et les nouvelles possibilités. Je vous invite à nous en dire davantage à propos de n’importe quel sujet que vous souhaitez aborder, car vous nous avez déjà communiqué beaucoup de renseignements. Il y a tellement d’aspects intéressants, mais j’aimerais vraiment que vous les développiez davantage. Si vous le souhaitez, pourriez-vous nous en dire plus sur les possibilités de formation, vos idées en matière de développement des entreprises, les actions que vous menez ou certaines de vos autres recherches? Pourriez-vous nous en dire davantage à propos de ces trois domaines?

M. Lamb : Certainement. Il y a encore tant de choses à dire. Voyons voir. Je pourrais parler des niveaux de production actuels de cette installation d’entreposage de légumes qui a bénéficié d’une aide financière dans le cadre de notre programme de financement fédéral-territorial. Les épiceries offrent des carottes jusqu’à cette période de l’année, c’est-à-dire en avril. Des pommes de terre seront disponibles dans les magasins de détail — notamment dans les plus grands d’entre eux — jusqu’en juin, après quoi les stocks commenceront à s’épuiser. C’est un vrai défi de maintenir la qualité des produits et de les entreposer. Tout le monde a des pommes de terre à l’automne, mais une seule exploitation dispose d’un entrepôt adapté à leur conservation.

Habituellement, j’ai en arrière-plan un champ de canola en fleurs qui ressemble à ceux du Manitoba. Notre agriculteur local cultive parfois jusqu’à 50 acres de canola. Il y a aussi des champs de légumes. J’ai fait une petite recherche sur Google Earth, et j’ai constaté que, chaque année, la superficie de leurs champs de légumes est de 40 à 45 hectares, et quand ils disent : « Cette année, nous allons expérimenter avec des panais », nous plantons six rangées de panais, soit 6 500 pieds de panais. Au cours de certaines années, ils cultivent du chou chinois, de l’ail, et aussi du canola.

La sénatrice Duncan peut témoigner de la qualité des produits de la minoterie de notre région. Non seulement ils produisent de la farine, mais ils fabriquent aussi des mélanges à pâte et des céréales semblables aux Cheerios, qu’ils appellent Yukon-Os. Vous les verrez peut-être au Sénat, si ce n’est déjà fait. Ils proposent aussi des mini-carrés au chocolat à base de céréales locales. La liste de leurs produits est longue. Ce qui s’est passé au cours des 10 dernières années, en particulier, est tout à fait incroyable. C’est colossal.

En ce qui concerne les projets de recherche que nous menons, nous nous concentrons davantage sur les projets de démonstration, mais nous entretenons des liens avec d’autres universités et centres de recherche, comme la station de recherche de Kentville, en Nouvelle-Écosse, qui a communiqué avec nous. Nous sommes impatients de nouer des partenariats et de mener des essais ici, et nous recevons fréquemment des demandes comme la suivante : « Pourriez-vous mettre à l’essai ces nouvelles variétés de pommes de terre, ou ces nouvelles variétés d’orge ou de blé pour nous aider? ». Les choses ont donc vraiment changé, tout comme les possibilités de cultiver des céréales, comme l’orge et le blé d’hiver, ce qui est formidable. Je pourrais en parler pendant des heures.

Mme Johnston : Je voudrais me faire l’écho des propos de M. Lamb et souligner l’importance des motifs pour lesquels nous construisons des infrastructures de transformation et d’entreposage des aliments dans notre collectivité. L’un des aspects que nous avons remarqués dans le cadre du programme des paniers de nourriture et lors des réunions intergouvernementales — même si nous n’en sommes qu’au tout début de nos activités —, c’est que toutes ces récoltes arrivent à l’automne. À ce moment-là, les membres de notre collectivité se retrouvent complètement débordés alors qu’ils tentent de transformer, d’entreposer, de cuisiner et de consommer tous les aliments récoltés, au beau milieu de la rentrée scolaire, de la saison de chasse et de tout le reste.

On doit être en mesure d’entreposer des denrées alimentaires à l’échelle communautaire et de les distribuer aux membres de la collectivité tout au long de l’année, afin d’éviter qu’elles n’arrivent en quantités massives. C’est l’un des aspects que nous avons vraiment hâte de régler dans le cadre de nos projets de paniers de nourriture.

En outre, les céréales Os sont vraiment bonnes. Je recommande vivement celles à la framboise pour un petit en-cas au cours de la journée.

La présidente : Je peux vous parler de ces mini-carrés au chocolat, car j’ai eu le plaisir de rendre visite à la sénatrice Duncan. Nous avons fait le tour des lieux, et j’essaie de me souvenir de ceux d’entre vous que j’ai pu rencontrer. Nous avons effectivement goûté à ces mini-carrés au chocolat. Je crois que nous sommes aussi repartis avec du thé d’orge. Il s’agissait d’une sorte de thé, je crois. Quoi qu’il en soit, toutes sortes de choses intéressantes poussaient là-bas.

Je voudrais maintenant poser quelques questions. Je me souviens que la sénatrice Duncan m’avait parlé des difficultés liées à l’abattage et aux abattoirs. Je viens de l’Île-du-Prince-Édouard, et notre province a la possibilité de faire inspecter la viande dans la province. Il n’y a qu’une seule installation dans le Canada atlantique, c’est-à-dire à l’est de Montréal; il n’y en a qu’une, et elle se trouve juste à côté de chez moi. Dans cette installation, la viande est inspectée par une autorité fédérale.

Je me demande si l’un d’entre vous pourrait nous parler des difficultés liées au processus d’abattage, à la salubrité de la viande et à sa commercialisation au Yukon.

Je souhaitais également vous poser une autre question. Notre comité a entendu le témoignage d’une entreprise qui dispose de conteneurs dans lesquels des végétaux — principalement des légumes-feuilles — sont cultivés à l’aide de systèmes hydroponiques. Avez-vous déjà eu affaire à ce type de culture? Est-ce vraiment viable? Avez-vous constaté que cette méthode était utilisée, et pensez-vous qu’il faille s’y intéresser?

Madame Johnston, s’il nous reste un peu de temps, j’aimerais beaucoup que vous nous expliquiez dans les grandes lignes le processus utilisé pour gagner du terrain. Je crois que c’est vous qui avez dit que vous vous occupiez de gagner du terrain. En quoi cela consiste-t-il? Lors de notre visite, j’ai eu un aperçu de la difficulté que représente le fait de disposer d’un sol propice à la culture. Ce travail est impressionnant.

Voilà mes questions, et comme je suis présidente du comité, prenez votre temps.

M. Lamb : Nous pourrions tous les trois parler de la transformation de la viande.

Au cours des 20 dernières années, le Yukon disposait d’un abattoir mobile qui se rendait dans les fermes des différentes collectivités, mais cet abattoir est désormais vétuste, ce qui soulève un nouveau problème. Il y a aussi un abattoir fixe situé à l’extérieur de Whitehorse où les gens peuvent acheminer leurs animaux. Nos viandes sont inspectées par une autorité territoriale, ce qui nous permet de les vendre dans des commerces de détail. Autrement, si la viande n’est pas inspectée, les agriculteurs peuvent la vendre directement à la ferme. Les gens doivent venir sur place pour acheter l’animal. C’est donc un peu différent de ce qui se passe dans le sud. Je sais que M. Hastings participe à ce programme, et que Mme Johnston composera bientôt avec lui; ils prévoient de construire une installation là-bas. Cependant, la mise en place de ces installations est une tâche ardue.

Je vais les laisser parler de leurs deux régions.

M. Hastings : Nous élevons beaucoup de bétail, principalement pour la viande. Pendant de nombreuses années, nous avons vendu nos produits directement à la ferme, et nous les avons distribués par l’intermédiaire de la Première Nation, d’une manière qui respectait probablement tout juste les normes minimales de salubrité.

Nous avons collaboré avec le gouvernement du Yukon, et nous avons eu recours à l’abattoir mobile lorsqu’il était disponible. Cela a très bien fonctionné, mais cette approche n’était pas assez systématique pour nous. L’année dernière, cet abattoir n’était pas disponible — ou peut-être l’était-il, mais ce n’était pas certain. Et l’année précédente, nous ne savions pas qui l’exploitait.

Il y a parfois un manque de cohérence quant aux personnes qui exploitent cet abattoir et quant à ses heures d’ouverture. Comme vous le savez si vous avez déjà élevé du bétail, le temps est un facteur assez crucial dans ce travail. Tout doit être bien défini.

Nous avons collaboré avec CanNor afin d’acheter une grande remorque à bétail, et nous travaillons avec un homme de Whitehorse qui exploite l’abattoir. Il s’appelle Cain Vangel. L’abattoir est à une distance de 600 kilomètres, alors ce n’est pas un trajet de courte durée pour les animaux. Leur transport est difficile, mais nous trouvons que cette approche est efficace. Certains membres de notre équipe se rendent sur place et travaillent à l’abattoir avec M. Vangel lorsque nous y amenons nos poulets. Nous élevons des poulets depuis huit ans, entièrement sur place. Notre équipe est très douée pour l’abattage et la transformation des animaux. C’est une ferme des Premières Nations, alors nous avons recours à un savoir-faire traditionnel.

Ce n’est pas une question de compétences; c’est simplement la quantité de travail que nous pouvons accomplir en une journée dans une véritable installation, comme un abattoir professionnel, qui fait toute la différence du point de vue de la rentabilité. Nous pouvons abattre 300 ou 400 animaux par jour à l’abattoir de Whitehorse, alors que nous ne parvenons à en abattre que 120 ou 130 par jour ici, même en travaillant à un rythme effréné.

Nous faisons donc appel à l’abattoir de Whitehorse. Nous estimons que c’est une bonne solution pour l’instant. Des agriculteurs locaux ont fondé une organisation régionale dans le but d’essayer de créer leur propre abattoir en ville et de le faire exploiter par des habitants de la ville. Je pense que ce projet finira par se concrétiser, mais parfois, il n’y a tout simplement pas assez d’animaux à abattre pour qu’une telle entreprise soit rentable.

À mesure que le secteur se développe ici, nous espérons que des fonds et du soutien seront octroyés pour mettre en place des infrastructures, mais à l’heure actuelle nous faisons face à d’énormes goulots d’étranglement en matière d’entreposage à froid, d’abattage et de dépeçage. Nous travaillons à l’intégration de ces installations dans la serre; nous construisons une serre exploitable tout au long de l’année. Nous souhaitons réserver l’espace nécessaire pour installer une boucherie sur place, dans cette installation, afin de rentabiliser son exploitation.

Oui, on rencontre ici toutes sortes de défis que l’on ne retrouve pas dans beaucoup d’autres endroits au Canada.

La présidente : Vouliez-vous ajouter quelque chose rapidement, madame Johnston? Je dois probablement faire attention au temps, pour être juste envers mes collègues.

Mme Johnston : Je vais sauter la question sur les abattoirs et parler de la culture hydroponique.

L’analyse de rentabilisation concernant la culture hydroponique est difficile. Nous travaillons avec un des grands spécialistes pour concevoir et construire des modules de culture dans notre collectivité, et ce que nous construisons est un peu différent. Je dirai que les plantes viendront à nous, et c’est donc différent des versions hydroponiques précédentes qu’il a construites dans le territoire. Cela ne pourrait pratiquement pas être plus automatisé. Dans le Sud, nous voyons beaucoup d’automatisation dans ce domaine, mais il y a des défis à relever en matière de formation, de technique et de capacité lorsque nous faisons ce genre de chose.

Mon mari est formateur itinérant, et il appuie donc l’exploitation des usines d’eau partout au Yukon. Nous pouvons toujours voir à quoi cela ressemble lorsqu’on obtient des systèmes informatisés et leur incidence, ainsi que l’interface entre les gens qui codent et ceux qui ne codent pas, et la mesure dans laquelle il est réaliste d’avoir ces systèmes dans nos collectivités. Nous ne voulons pas de modules de culture hydroponique entièrement automatisés, et nous construisons donc la deuxième meilleure chose.

En ce qui a trait à la remise en état du terrain, il y avait auparavant un lac où ma ferme se situe. La superficie cultivable est limitée, et nous suivons donc un processus extrêmement laborieux dans notre remise en état du sol. Nous retirons les souches une à la fois plutôt que d’utiliser un engin à chenilles. C’est un processus lent, mais qui donne des résultats extraordinaires dans la composition du sol. Nous en sommes très satisfaits.

Merci.

La présidente : Je dois dire que les défis dans le Nord sont uniques, mais les gens le sont aussi. Je ne sais pas si c’est de l’optimisme ou de l’entêtement, mais c’est impressionnant. Je pense que c’est une de vos plus grandes forces.

Nous allons poursuivre les questions, et nous allons probablement prendre un peu plus de cinq minutes. Vous avez deux minutes.

Le sénateur McNair : Je vais m’écarter de ce que la présidente a dit à propos de la résilience des gens dans le Nord. Monsieur Hastings, je vous ai entendu dire que l’objectif consiste évidemment à dépendre moins des banques alimentaires et à avoir une souveraineté alimentaire pour votre nation. C’est la même chose pour nous tous dans le contexte plus large.

De toute évidence, le Yukon fait quelque chose de bien. Comme nous le faisons pour toutes ces audiences, nous avons consulté un tableau. Il porte sur la sécurité alimentaire dans les provinces et les territoires canadiens. Le Québec arrive au premier rang. Le Yukon est au deuxième, ce qui signifie que vous êtes devant toutes les autres provinces. C’est quelque chose que nous avons examiné, et cela ne correspond pas à l’idée que je m’étais faite, mais c’est la réalité. En vous écoutant tous les trois ce soir, je pense que je comprends mieux pourquoi le Yukon fait mieux.

Quoi qu’il en soit, vous arrivez devant la Colombie-Britannique, l’Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et les deux derniers, ceux qui éprouvent les plus grandes difficultés, c’est-à-dire les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, comme je m’y attendais.

Avez-vous des observations ou une explication quant à la raison pour laquelle le Yukon se classe aussi bien dans ce tableau?

M. Hastings : Oui, c’est grâce à l’intrépidité des gens.

J’ai parlé à Trevor Amiot, un producteur de grain qui fait de la farine. Nous aimons parler. Nous n’avons pas beaucoup à faire pendant l’hiver. Nous aimons parler beaucoup. Nous pourrions tout simplement nous asseoir là. Je savais que je devais conduire six heures pour rentrer à Dawson, et nous avons parlé pendant une heure avant qu’il dise : « Vous êtes mieux d’y aller. Vous avez six heures de route devant vous. »

Nous nous encourageons continuellement. Nous nous livrons concurrence. Mme Johnston et moi avons probablement des objectifs communs dans nos installations, et 1 000 kilomètres nous séparent, et nous nous considérons presque comme des voisins au Yukon. Les collectivités sont très éloignées les unes des autres, mais c’est assez petit et assez dynamique pour nous permettre de progresser en travaillant ensemble. Vous pouvez voir les résultats.

Je pense que cela inspire les jeunes qui voient ce qu’il en est, et ils commencent alors à se dire que c’est un emploi possible, même si je ne crois pas que c’était traditionnellement le cas au Yukon. Il y a les mines, la fonction publique, la santé et ainsi de suite, mais l’agriculture devient plus conforme — pour ne pas dire plus romantique — aux activités que les gens peuvent être fiers de pratiquer.

Je suis certain que d’autres provinces font aussi ce genre de choses. Prenons toutefois l’Ontario. Je ne pense pas qu’opter pour l’agriculture est considéré comme une source de fierté. Dans certaines collectivités — je ne devrais pas le dire; je viens de Brampton, dans la province... Brampton a beaucoup changé. Il y avait des fermes partout dans mon enfance, et la province est grandement industrialisée maintenant. Je pense que le Yukon est encore suffisamment rustique pour que l’agriculture soit une nouveauté. On y trouve cette joie de faire place au changement et d’essayer de saisir une occasion folle du point de vue de la majorité des gens. « Est-ce que cela peut fonctionner? Peut‑être. » C’est nous qui allons le prouver.

C’est tout.

La sénatrice Duncan : J’aime beaucoup l’observation. Il y a des mensonges, de satanés mensonges et des statistiques; c’est le problème. Un petit montant peut changer énormément les choses. Je suis reconnaissante que nous soyons au deuxième rang ici au Yukon. Je veux m’assurer de comprendre les points soulevés par Mme Johnston à propos de Beaver Creek et de Ross River.

Au bout du compte, et c’est le plus important — c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous ai remis une carte, car vous pouvez ainsi voir les distances qui nous séparent...

Les territoires sont très différents. Le Yukon est un exemple entièrement différent du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest. Nous avons tous nos défis, mais ils sont très différents.

Je pense que si nous sommes aussi avancés, c’est grâce à des gens comme Mme Johnston, M. Hastings et M. Lamb. Peut-être que si nous avons le temps, M. Lamb pourra également parler du mouvement circumpolaire et de nos liens avec nos voisins nordiques.

La présidente : Il nous reste une minute.

La sénatrice McBean : Je vais essayer d’être brève, monsieur Lamb.

Dans votre déclaration liminaire, vous avez dit qu’il se passe trois bonnes choses en ce moment. À rebours, il y a eu les avantages liés aux changements climatiques, l’aide financière fédérale et la politique gouvernementale. Y a-t-il des politiques fédérales ou provinciales qui se sont révélées avantageuses? Je me demandais comment le gouvernement fédéral pouvait harmoniser... Il est stressant de n’avoir qu’une minute.

Était-ce fédéral ou provincial? Puis, vous pouvez peut-être aussi décrire... La sénatrice Duncan nous a donné cette carte, mais on n’y voit pas les lignes de transport d’électricité. Vous parlez de stockage à tous ces endroits. Que peut faire le gouvernement relativement aux ressources naturelles et à l’énergie pour appuyer la sécurité alimentaire dans le Nord?

La présidente : Si vous voulez transmettre une réponse par écrit — pour tout cela; j’ai des membres du personnel à ma gauche et à ma droite —, que vous avez des points que vous n’avez pas pu soulever faute de temps, car les gens ont beaucoup participé ce soir... Je pense que tout le monde aimerait passer une autre heure en votre compagnie, mais nous avons déjà dépassé le temps prévu; nous avons d’autres travaux qui nous attendent. La sénatrice McBean me supplie de lui accorder 15 secondes supplémentaires, ce que je vais faire.

La sénatrice McBean : Je veux donner des accessoires à votre enfant, madame Johnston, car il voulait prendre un stylo sur votre bureau il y a un moment. Tout ce que j’ai vu à votre écran, c’est une main qui l’a saisi. Dites-lui qu’il ou elle a réussi, et que c’était fantastique.

La présidente : J’ai écrit ma citation préférée de la journée : l’interaction de la faune avec le bétail. C’est excellent.

C’est la fin de notre réunion. Merci beaucoup. Je vous remercie plus particulièrement, sénatrice Duncan, d’avoir persisté et fait en sorte que nous avons pu avoir ce temps avec les formidables représentants de notre territoire. Je remercie les témoins d’avoir pris le temps de se joindre à nous et de répondre à nos questions.

Merci à tous et prenez soin de vous. Nous sommes impatients de discuter à nouveau avec vous.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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