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AGFO - Comité permanent

Agriculture et forêts


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 16 avril 2026

Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui, à 8 h 01 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada.

La sénatrice Mary Robinson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Je m’appelle Mary Robinson et je suis présidente du comité. Bienvenue aux membres du comité, à nos témoins et à ceux qui regardent la réunion en ligne.

J’aimerais commencer par reconnaître que les terres sur lesquelles nous nous réunissons se trouvent sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinabe. Avant d’entendre nos témoins aujourd’hui, j’aimerais d’abord inviter les sénateurs autour de la table à se présenter.

Le sénateur McNair : Bonjour et bienvenue. John McNair, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Hay : Bonjour. Katherine Hay, de l’Ontario. Je représente une autre sénatrice aujourd’hui, je suis donc une intruse. Bienvenue.

La sénatrice McBean : Bonjour. Marnie McBean, de l’Ontario.

La sénatrice Sorensen : Karen Sorensen, de l’Alberta, du territoire visé par le Traité no 7.

Le sénateur Black : Bonjour. Robert Black, de l’Ontario.

La présidente : J’aimerais demander à tous les sénateurs de consulter les cartes sur la table pour prendre connaissance des lignes directrices visant à prévenir les incidents de rétroaction acoustique. J’aimerais également rappeler à tous les participants de s’abstenir de changer de langue au milieu d’une phrase et de ne pas parler trop vite. Un audio clair favorise une interprétation, une transcription et un sous-titrage justes.

Aujourd’hui, le comité poursuit son étude du rôle du secteur agricole et agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada. Nous avons le plaisir d’accueillir les personnes suivantes : Michael Bourque, président et chef de la direction de Fertilisants Canada; Pierre Petelle, président et chef de la direction de CropLife Canada; et Paul Enwerekowe, directeur, Affaires réglementaires, protection des cultures, de CropLife Canada. Merci à vous tous de vous joindre à nous.

Nous entendrons d’abord vos déclarations liminaires avant de passer aux questions des députés. Vous aurez chacun cinq minutes, et j’essaierai d’attirer votre attention lorsqu’il vous restera une minute, puis je vous interromprai lorsque vous atteindrez la limite des cinq minutes.

La parole est maintenant à vous, monsieur Bourque.

Michael Bourque, président et chef de la direction, Fertilisants Canada : Merci beaucoup de nous avoir invités à comparaître aujourd’hui.

Nous sommes reconnaissants du travail que vous faites et d’avoir invité mes collègues Catherine King et Frank Annau à comparaître devant le comité plus tôt cette année dans le cadre de votre étude sur l’élaboration d’une stratégie nationale pour la santé des sols.

Fertilisants Canada représente les producteurs, les fabricants, les importateurs, les grossistes et les distributeurs au détail d’engrais azoté, phosphaté, potassique et soufré. Ensemble, nos membres contribuent à hauteur de plus de 42 milliards de dollars annuellement à l’économie canadienne et soutiennent plus de 118 000 emplois canadiens.

L’engrais est essentiel à la sécurité alimentaire, tant ici au Canada qu’ailleurs dans le monde. Il soutient environ la moitié de la production alimentaire mondiale. À mesure que la population mondiale continue de croître, nous devrons produire davantage d’aliments sur la même superficie de terre. Cela n’est tout simplement pas possible sans engrais. Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement mondiales qui soutiennent nos systèmes alimentaires deviennent de plus en plus incertaines.

Le conflit actuel avec l’Iran est un rappel que l’engrais est un produit de base vendu partout dans le monde qui est très sensible aux perturbations. Qu’il s’agisse de l’instabilité au Moyen-Orient, de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou même d’une grève ferroviaire au Canada, les bouleversements de la chaîne d’approvisionnement créent une volatilité qui a une incidence sur les agriculteurs.

Pour les agriculteurs canadiens, l’engrais est souvent le coût d’intrant le plus important. Lorsque les marchés deviennent volatils, les agriculteurs font face à des choix difficiles, dont chacun a des conséquences sur les rendements, la rentabilité des exploitations agricoles et, au bout du compte, le prix des aliments.

Lorsque l’accès à l’engrais est limité ou considéré comme optionnel, les conséquences peuvent être graves à la fois pour la production alimentaire et la stabilité économique globale.

Nous sommes le plus grand producteur de potasse au monde et un producteur important d’engrais azoté. Parallèlement, nous comptons sur les importations de nouveaux nutriments clés, en particulier le phosphate, que nous ne produisons pas au pays. En fait, très peu de pays sont autosuffisants pour ce qui est de l’ensemble des nutriments essentiels.

L’engrais est, par sa nature même, mondial, et la sécurité alimentaire dépend de chaînes d’approvisionnement très fiables et d’un accès sécuritaire aux marchés internationaux. Nous devons être en mesure aussi bien d’exporter que d’importer des engrais de manière efficace. Il n’y a pas de sécurité alimentaire sans accès fiable au marché des engrais.

À l’échelle nationale, nous devons miser sur l’utilisation d’engrais de la manière la plus efficace et durable possible. Les agriculteurs canadiens sont déjà des chefs de file dans ce domaine grâce à la forte adoption de la gérance des nutriments 4B, appliquant la bonne source de nutriments à la bonne dose, au bon moment et au bon endroit. Il s’agit d’une approche fondée sur la science et menée par les agriculteurs, qui améliore la productivité et la rentabilité tout en réduisant les conséquences environnementales.

Il est essentiel que les politiques ne ciblent pas involontairement l’utilisation des engrais par les agriculteurs. Par exemple, les politiques qui mesurent les émissions produites par les expéditions d’engrais et les données sur les ventes, comme la cible arbitraire de réduction des émissions d’engrais de 30 %, peuvent se traduire par des objectifs appliqués directement à l’usage d’engrais. Cela va à l’encontre d’une approche fondée sur la science qui optimise l’efficacité, comme les pratiques 4B. Si elles ne sont pas conçues avec soin, les politiques en matière d’émissions peuvent entraîner une baisse des rendements, une diminution de la compétitivité et des conséquences imprévues pour la sécurité alimentaire.

Dans un monde où l’incertitude est croissante, le Canada a l’occasion de montrer la voie à suivre. Nous avons les ressources, l’expertise et la capacité de production nécessaires pour soutenir les systèmes alimentaires nationaux et mondiaux, mais le maintien du leadership nécessite un environnement stratégique qui soutient les agriculteurs et reconnaît la nature intégrée et vulnérable des chaînes alimentaires. Pour ce faire, on doit notamment améliorer l’accès des agriculteurs canadiens aux produits novateurs, soutenir les pratiques scientifiques comme la gérance des nutriments 4B et veiller à ce que notre système de réglementation suive le rythme des concurrents internationaux.

Cela signifie également renforcer les conditions plus larges qui soutiennent notre secteur, éliminer les formalités administratives inutiles, réagir aux perturbations du travail dans les réseaux de transport essentiels, investir dans des infrastructures propices au commerce afin de diversifier les importations et les exportations, et faire en sorte que le climat d’investissement favorise une production nationale forte.

L’engrais est bien plus qu’un intrant; il s’agit d’un actif stratégique dans un monde de plus en plus incertain.

J’apprends qu’il y a un manque de connaissance au sujet des éléments fondamentaux de l’utilisation d’engrais, de l’importance de l’engrais pour la sécurité alimentaire et du rôle important du Canada en tant que fournisseur mondial. Les gens comprennent que le pétrole est un produit de base vendu mondialement, mais ignorent que la dynamique est en tous points pareille pour ce qui est de l’engrais. Nous sommes donc très reconnaissants d’avoir l’occasion de mettre en lumière notre industrie ainsi que l’importance des intrants comme l’engrais et la protection des cultures pour la sécurité alimentaire et la prospérité canadienne. Je vous remercie et je répondrai volontiers à vos questions.

La présidente : Merci beaucoup, monsieur Bourque. Je vois que la sénatrice Burey de la Nouvelle-Écosse vient de se joindre à nous.

Je cède maintenant la parole à CropLife Canada. Je crois comprendre que vous vous partagerez le temps. Allez-y s’il vous plaît.

Paul Enwerekowe, directeur, Affaires réglementaires, protection des cultures, CropLife Canada : Bonjour, madame la présidente et honorables sénateurs et sénatrices. Je m’appelle Paul Enwerekowe et je suis le directeur des affaires réglementaires à CropLife Canada. Je suis accompagné de Pierre Petelle, notre président et chef de la direction.

Merci de nous avoir invités à intervenir aujourd’hui dans le cadre de votre étude continue sur le rôle du secteur agricole et agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada.

[Français]

CropLife Canada est la voix nationale des développeurs, des fabricants et des distributeurs de pesticides et d’innovations issues de la sélection végétale. Ses membres fournissent des solutions cruciales qui contribuent à la mise en place de systèmes de production agricole plus résilients afin d’offrir aux Canadiens et au reste du monde des aliments sûrs et nutritifs.

Le secteur agricole et agroalimentaire du Canada est un élément vital de notre économie et de notre sécurité alimentaire. Il contribue jusqu’à près de 150 milliards de dollars par année à notre PIB et emploie 2,3 millions de Canadiens, soit plus que les secteurs de l’automobile, de la foresterie, de l’acier, de l’aluminium, du pétrole et du gaz réunis. L’agriculture constitue le plus grand secteur manufacturier du pays, et représente le pilier essentiel de la sécurité alimentaire.

[Traduction]

Les outils de protection des cultures et les innovations en matière de sélection végétale sont essentiels à l’amélioration de la productivité agricole et à la réussite économique du secteur agricole. Par exemple, les pertes de rendement pour certains fruits et légumes dépasseraient les 50 % ou plus sans produits de protection des cultures, ce qui aurait une incidence sur leur disponibilité et leur prix.

De fait, selon Financement agricole Canada, les prix à la consommation de nombreux aliments de base canadiens seraient jusqu’à 65 % supérieurs sans les avantages que procure l’innovation dans la sélection végétale. Cela représente jusqu’à 6 665 $ de plus par année en nourriture pour un ménage canadien moyen.

Le maintien de la sécurité alimentaire à long terme du Canada dépend d’un système réglementaire qui est opportun, prévisible, transparent et fondé sur la science. Ces dernières années, le système d’approbation réglementaire du Canada est devenu moins rapide et moins fiable. Les échéanciers de rendement accusent des retards, et les décisions sont souvent imprévisibles.

CropLife Canada et ses membres croient que le gouvernement fédéral peut apporter des changements simples et clairs pour moderniser le système de réglementation et redynamiser les investissements dans l’innovation canadienne en matière de science végétale.

Une première étape essentielle est de reconnaître explicitement la sécurité alimentaire en tant qu’objectif stratégique fondamental au sein des processus réglementaires qui influencent la protection des cultures.

En particulier, les organismes de réglementation canadiens, comme la Direction de la réglementation des pesticides, ou DRP — anciennement l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, ou ARLA —, devraient être tenus d’examiner la manière dont leurs décisions influent sur la sécurité alimentaire nationale et la compétitivité agricole.

Il est impératif de recenser les approches réglementaires de gestion des risques pour la santé et la sécurité tout en garantissant l’accès des agriculteurs à des outils essentiels, existants ou nouveaux. La modification de la Loi sur les produits antiparasitaires pour exiger explicitement l’examen de ces répercussions rehausserait la sécurité alimentaire au niveau de priorité stratégique principale et favoriserait une meilleure prise de décisions.

Je vais céder la parole à M. Petelle, qui terminera notre déclaration. Merci.

Pierre Petelle, président et chef de la direction, CropLife Canada : Merci, honorables sénateurs et sénatrices.

Nous savons que les agriculteurs canadiens n’ont pas leur égal pour ce qui est des pratiques novatrices. C’est pourquoi il est impératif que nous leur fournissions les outils de protection des cultures dont ils ont besoin pour assurer leur viabilité.

Récemment, nous avons entendu ici même au comité quelques témoignages mal avisés réclamant une diminution des outils des agriculteurs. La restriction de l’accès à des outils efficaces de protection des cultures et aux nouvelles génétiques de semence ne contribue pas à la durabilité agricole ni n’améliore la santé des sols. Cela ne fait que restreindre l’action des producteurs et entraîne davantage de gaspillage alimentaire.

L’industrie de la phytologie est prête et disposée à travailler avec le gouvernement pour créer un système de réglementation de classe mondiale qui maintient des normes élevées concernant la protection de la santé et de l’environnement, favorise l’introduction en temps opportun de produits phytologiques novateurs et renforce la sécurité alimentaire canadienne.

Je vous remercie de votre temps. Nous avons hâte de répondre à vos questions.

La présidente : Merci à tous.

Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Chaque sénateur aura cinq minutes pour poser ses questions, et cela comprend les réponses.

Le sénateur McNair : Merci. Ma question s’adresse à M. Bourque.

Nous nous réveillons tous les jours en entendant parler du choc pétrolier. Comme vous l’avez dit, les Nations unies estiment qu’un tiers du volume d’engrais mondial transporté par la mer passe par le détroit d’Ormuz. L’Iran, comme nous le savons, a restreint les expéditions internationales, et les États‑Unis ont maintenant imposé un blocus naval là-bas.

Allons-nous subir un choc des engrais? Les agriculteurs canadiens en feront-ils l’expérience? Vous pourriez peut-être nous en dire plus sur la manière dont — selon vous — le conflit au Moyen-Orient influencera directement les agriculteurs canadiens.

M. Bourque : Ils subissent déjà un choc, monsieur le sénateur, parce que le prix de l’engrais — en particulier l’azote, l’urée — a augmenté considérablement. C’est parce que le Moyen-Orient en produit beaucoup. La production d’engrais à base de gaz naturel est évidemment centrée au Moyen-Orient, où le gaz naturel abonde et est peu cher.

Étant donné que la situation est très volatile, il est très difficile de prédire la suite des choses. Cependant, nous pouvons affirmer avec certitude que le choc se poursuivra pendant un certain temps, parce que, même si le détroit devait ouvrir aujourd’hui, il restera un arriéré dans la circulation maritime. Nous ignorons quels types de dommages ont été subis par ces diverses parties de la chaîne d’approvisionnement, les plantes elles-mêmes, l’accès au gaz naturel et ainsi de suite, dans les pays producteurs.

Il y aura un choc. Cela est accentué par le fait qu’il y a un certain nombre de producteurs. La Russie est un autre grand producteur; nous ne savons pas ce qu’elle fera. La guerre avec l’Ukraine a de réelles répercussions sur elle en tant que productrice. La Chine est aussi un producteur, mais elle a décidé de ne pas exporter d’engrais; elle va le conserver pour son usage national.

Il ne fait donc aucun doute que les agriculteurs ressentiront les répercussions du système mondial soumis à de fortes pressions. Heureusement, pour cette saison agricole, ce choc a été très limité, et n’a touché qu’un petit pourcentage d’agriculteurs qui n’avaient pas acheté leurs engrais à l’avance et ont dû les acheter à des prix plus élevés; mais il est certain que la disponibilité n’a pas posé de problème.

En ce qui concerne l’automne, nous verrons si la disponibilité commencera à poser problème. Cela dépend vraiment de la situation mondiale.

Le sénateur McNair : Quel conseil donneriez-vous au gouvernement fédéral pour aider les agriculteurs canadiens à aborder la prochaine saison?

M. Bourque : Le meilleur conseil que nous puissions donner, c’est qu’il s’agit d’un système intégré à l’échelle mondiale. De nombreux acteurs interviennent. Si j’ai mentionné tous les membres qui composent notre organisation, c’est notamment parce que certaines entreprises achètent des cargaisons entières d’engrais provenant de pays lointains. Elles investissent des capitaux pour ce faire.

Si, par exemple, le gouvernement intervenait et disait, nous allons imposer des prix plus bas ou prendre des mesures pour subventionner d’autres entreprises, l’entreprise en question pourrait perdre de l’argent et éventuellement faire faillite. Il faut donc faire attention à ne pas perturber le marché.

Je préfère de loin une situation comme celle-ci, où on aide l’utilisateur final, qui est l’agriculteur, à passer la saison. Les agriculteurs ont plusieurs options lorsqu’ils n’ont pas suffisamment d’engrais.

Au bout du compte, cela mènera probablement à une baisse du rendement et aura, par conséquent, des répercussions sur leur propre rentabilité. C’est là que le gouvernement peut, selon moi, apporter son aide.

Le sénateur McNair : Merci.

Le sénateur Black : Monsieur Bourque, merci beaucoup, à vous tous, des chiffres que vous avez fournis. Je ne cesse d’être impressionné — c’est vraiment incroyable — par le nombre de personnes que l’agriculture emploie, par les emplois que cela représente et par le fait que les engrais interviennent dans la moitié de notre production alimentaire.

Je voudrais rectifier un petit point avec vous. Vous avez parlé de la croissance démographique et du fait qu’il faudrait produire davantage de nourriture sur une superficie de terre identique. J’ai tendance à penser que les terres disponibles seront plus rares à l’avenir, d’après ce que nous avons appris dans le cadre de l’étude des sols, tant dans notre pays qu’à l’échelle mondiale. C’est le petit point que je voulais aborder. Je pense que nous allons devoir faire davantage avec moins. Voilà, c’est tout.

La question que je voudrais vous poser est la suivante : vos membres rencontrent-ils des obstacles au chapitre de la distribution d’engrais dans le pays, et ces difficultés sont-elles les mêmes partout? Je pense connaître la réponse, mais je tiens à ce qu’elle figure dans le compte rendu.

M. Bourque : C’est effectivement le cas, et ce, constamment. Permettez-moi de commencer par l’exportation.

Le Canada est le Moyen-Orient de la potasse. Elle se trouve justement au centre du pays. Il faut parcourir 2 700 kilomètres pour rejoindre un port. Ce trajet est souvent perturbé par toutes sortes de facteurs, qu’il s’agisse des conditions météorologiques, des grèves, des lockouts, des fermetures de port, de défaillance des ponts ou de toutes sortes de problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.

Une des choses que j’ai mentionnées, c’est que la sécurité alimentaire dépend essentiellement de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement. On a beaucoup mis l’accent sur la conclusion d’accords commerciaux, et c’est très important. Je pense que le gouvernement devrait faire cela, mais il faut accorder une importance encore plus grande à la gestion de ce que nous pouvons contrôler ici, c’est-à-dire la remise en état de ces infrastructures en y investissant, en mobilisant les capitaux du secteur privé et en s’attaquant au problème de la main-d’œuvre, qu’un autre comité du Sénat où j’ai comparu examine actuellement. J’espère qu’il arrivera à quelques bonnes conclusions. C’est également le cas en ce qui concerne le système de réglementation, dont M. Petelle a parlé, qui nous a touchés.

Si l’on doit dépenser des fonds mal affectés parce qu’ils sont destinés à une initiative réglementaire qui n’est en réalité pas nécessaire, alors c’est de l’argent qui aurait pu servir à renforcer la chaîne d’approvisionnement. J’aime dire que nous sommes de grands utilisateurs de la chaîne d’approvisionnement dans le secteur des engrais, car nous avons les produits les plus lourds, nous utilisons tous les ports, tous les terminaux, toutes les routes et voies ferrées, et lorsque quelque chose ne fonctionne pas correctement, nous en sommes informés. Nous devons également importer tout notre phosphate, dont une grande partie provient des États-Unis. Donc, encore une fois, nous dépendons de l’infrastructure ferroviaire et routière. Nous devons vraiment nous concentrer sur les chaînes d’approvisionnement pour la sécurité alimentaire. Cela ne fait aucun doute.

Le sénateur Black : Monsieur Petelle, nous sommes toujours heureux de voir des représentants de CropLife Canada dans la salle. Merci à vous deux d’être ici. Comment CropLife Canada définit-elle la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire? Que pensez-vous de la définition de ces deux éléments?

M. Petelle : En ce qui concerne la sécurité alimentaire, oui, il existe des populations vulnérables en situation d’insécurité alimentaire, et il s’agit là d’un problème qui dépasse le simple cadre de la production alimentaire. Je le sais. Mais quand on regarde la sécurité alimentaire mondiale, seulement environ cinq ou six pays nourrissent le reste du monde, et nous en faisons partie. Donc, qu’on le veuille ou non, nous jouons un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire mondiale. Quand on parle de productivité, c’est-à-dire d’augmenter la production sur les mêmes terres et de veiller à ce que nos infrastructures soient en mesure d’exporter ces récoltes, d’être un exportateur fiable et de mesurer la contribution de tout cela à notre PIB, tous ces éléments contribuent également à la sécurité alimentaire mondiale.

La souveraineté alimentaire est une chose beaucoup plus compliquée, selon moi. Selon une récente étude que j’ai lue, un seul pays dans le monde entier — le Guyana — est considéré comme véritablement autosuffisant sur le plan alimentaire pour tous les types de produits. Nous dépendons du commerce, et c’est normal. On ne cultivera jamais d’oranges ici, au Canada. Si cela arrive, c’est que le changement climatique est vraiment devenu incontrôlable. Mais il y a de nombreuses choses que nous ne pourrons jamais cultiver ici, il est donc normal et prévisible de faire du commerce. Au Canada, nous dépendons fortement du commerce. Une partie de nos récoltes est exportée à hauteur de 90 %.

Le sénateur Black : Merci beaucoup.

La sénatrice Sorensen : Merci d’être ici. J’aimerais me concentrer sur la nécessité de mobiliser les dirigeants fédéraux pour renforcer l’agriculture canadienne. Monsieur Bourque, vous avez notamment parlé de la réduction arbitraire de 30 %. J’aimerais vous demander de préciser exactement ce que cela signifiait. On entend assez souvent parler de ces chiffres tirés de nulle part pour justifier des réductions dans divers domaines. C’est peut-être une question un peu redondante, mais je vais quand même la poser : le gouvernement fédéral tire-t-il pleinement parti de l’expertise des acteurs du secteur lorsqu’il élabore des politiques en matière de sécurité alimentaire? Et où voyez-vous les lacunes les plus importantes dans cette collaboration?

Je ne comprends pas comment ces choses arrivent. Je ne sais pas à quel moment quelqu’un choisit un chiffre et déclare « c’est la réduction que nous voulons voir dans tout le pays ». Il me semble que le secteur doit intervenir et se contenter de réagir à l’objectif plutôt que d’agir de manière proactive. Je commencerai par M. Bourque; pourriez-vous répéter ce que cette réduction de 30 % signifiait? Je suppose que M. Enwerekowe pourrait avoir quelques observations également.

M. Bourque : Le gouvernement fédéral a fixé pour objectif de réduire les émissions liées à l’utilisation d’engrais à moins de 30 % d’ici 2030. L’objectif est actuellement décrit comme volontaire, mais il continue d’influencer les intervenants et les fonctionnaires, et nous ne savons toujours pas très bien comment cela est censé se faire. Les préoccupations que nous avons à ce chapitre concernent la nature arbitraire de l’objectif. On ne nous a pas consultés au sujet de ce chiffre. Maintenant en toute franchise, c’est l’ancien régime qui imposait cela, et nous avons constaté que la situation commence à évoluer quelque peu, mais il subsiste une certaine incertitude qui, selon moi, touche la capacité des entreprises d’investir au Canada. La Banque du Canada et d’autres intervenants ont relevé ce point, et ont constaté que cette incertitude a des répercussions sur les investissements. Je ne suis donc pas en train d’inventer tout cela.

Les lacunes en matière de collaboration commencent vraiment à disparaître. Nous commençons à être davantage écoutés. Le fait est que nous vivons dans ce monde actuellement en pleine tourmente, à un moment où les Canadiens se mobilisent, s’efforcent de travailler ensemble et ressentent un certain sentiment d’urgence. J’aimerais voir un plus grand sentiment d’urgence. C’est le message principal que je fais passer lorsque je rencontre des fonctionnaires. Assurément, les lacunes en matière de collaboration semblent disparaître, mais je suis du genre à faire confiance tout en vérifiant.

La sénatrice Sorensen : Merci. Monsieur Enwerekowe, avez‑vous des commentaires?

M. Enwerekowe : Merci de la question, madame la sénatrice. Nous demandons depuis longtemps au gouvernement d’augmenter le niveau de collaboration avec les intervenants, y compris l’industrie. Les choses les plus importantes pour nous sont la rapidité et la prévisibilité. Les décisions de réglementation ne sont jamais prises en vase clos. Il faut prendre en considération le rendement des cultures. De nombreuses répercussions se font sentir partout dans la chaîne de valeurs, et il est important que tout organisme de réglementation consulte régulièrement la partie réglementée.

La sénatrice Sorensen : Oui. Merci. Encore une fois, je repense souvent à ma rencontre avec un éleveur de bétail à qui on avait demandé de réduire sa consommation d’eau de 30 %. Quand quelqu’un est allé lui parler parce qu’il était un membre éminent de l’industrie, la personne lui a dit : « Vous avez déjà réduit votre consommation d’eau », et il a répondu : « Oui, je le sais ». Donc, je ne sais pas. J’aimerais bien comprendre comment ça se passe quand, d’un coup, une politique est élaborée.

M. Petelle : Pour faire suite à ce que mon collègue a dit, c’est une chose de discuter et de mener des consultations publiques officielles, ce que les organismes de réglementation au Canada sont tenus de faire, et cela se produit très souvent, mais le point que vous avez soulevé plus tôt, c’est qu’il faut considérer l’industrie comme un partenaire. Nous en avons eu un aperçu pendant la COVID, lorsqu’il s’agissait de mettre au point des vaccins et de distribuer des désinfectants. Il y avait un niveau de coopération et de collaboration que nous n’avions pas vu depuis longtemps, et le gouvernement s’est rendu compte que nous ne pouvons pas faire cela seuls; nous avons besoin de l’expertise du secteur. Nous sommes progressivement revenus aux anciennes méthodes, où le gouvernement élabore 99 % de la réglementation avant de demander l’avis du secteur. Il est temps que cela change, et ce sentiment d’urgence dont parle M. Bourque — ainsi que l’ambition — doit s’intensifier.

La sénatrice Sorensen : Je suis tout à fait d’accord.

M. Petelle : Plus tard, quand nous abordons la réponse du gouvernement aux recommandations du comité de l’agriculture de la Chambre des communes concernant la réforme réglementaire, j’aimerais avoir quelques minutes pour en parler.

La sénatrice Sorensen : Quelqu’un posera cette question.

La sénatrice Hay : Pendant que je me préparais en vue de ma participation aujourd’hui, j’ai entendu dire ce matin que le Canada, bien sûr, est un exportateur agricole majeur. Mais l’insécurité alimentaire au niveau national est en hausse. Est-ce vrai, selon vous? Veuillez nous donner votre avis à ce sujet. Même si cela est peut-être vrai, le principal problème que je constate, selon moi, oppose la production et l’innovation à l’abordabilité et à l’accès. Ma question concerne la hausse de l’insécurité alimentaire à l’échelle nationale. Comment trouve‑t‑on le juste équilibre entre l’innovation et la production et l’abordabilité et l’accès? Si j’ai le temps, j’aimerais poser une question complémentaire sur la technologie.

M. Bourque : L’innovation et l’abordabilité sont intimement liées parce que, par exemple, nous avons eu et nous avons encore un problème avec l’Agence canadienne d’inspection des aliments en ce qui concerne l’étiquetage. Un nouveau règlement a été adopté pour obliger l’étiquetage des expéditions d’engrais en vrac. Nous disposons déjà d’un système d’étiquetage. On voulait mettre en place un nouveau système qui aurait été très coûteux. En fait, aucune utilité concrète ni risque n’ont été relevés à cet égard, et rien ne justifiait cette nouvelle réglementation.

Nous avons consacré énormément de temps et d’efforts à cette question, et nous savons que l’ACIA met beaucoup plus de temps que les États-Unis, par exemple, à approuver de nouveaux produits destinés à des agriculteurs avec lesquels nos propres agriculteurs sont en concurrence. Là-bas, on peut avoir accès à un nouveau produit en six semaines seulement, alors que cela peut nous prendre jusqu’à deux ans ici. Il s’agit d’un avantage concurrentiel pour ces agriculteurs, qui peut se traduire par de faibles coûts de production, une meilleure efficacité ou les deux. En fin de compte, cela a une incidence directe sur l’abordabilité des produits alimentaires.

Si les producteurs d’engrais doivent dépenser beaucoup plus d’argent — dans notre cas, il s’agissait d’environ 120 millions de dollars pour l’étiquetage — nous sommes obligés de refiler ce coût à nos clients. Ces clients sont les agriculteurs qui, à leur tour, refileront ce coût à leurs propres clients. La meilleure chose que nous pouvons faire serait d’examiner de très près toutes ces formalités administratives excessives, puisque le Canada est, malheureusement, aujourd’hui reconnu pour disposer d’un système où il est difficile d’obtenir des approbations.

Si nous faisons un meilleur travail, les entreprises seront davantage concurrentielles, et plus d’investissements seront faits au Canada. Tout cela peut contribuer à faire baisser les prix. Nous l’avons déjà constaté à l’égard d’autres produits.

La sénatrice Hay : Donc, la réglementation en amont a-t-elle une incidence directe sur l’insécurité alimentaire au Canada?

M. Petelle : Absolument. J’ajouterais, en fait, que le Canada se classe 32e parmi les 38 pays de l’OCDE en matière de fardeau réglementaire. Nous ne nous classons même pas dans les dix premiers. Nous nous situons essentiellement au bas du classement. Pour en revenir à ce que vous disiez au sujet de la sécurité alimentaire, le problème de l’insécurité alimentaire au pays est beaucoup plus complexe et ne se résume pas simplement à la nécessité de produire davantage de nourriture. Toutefois, concrètement, si l’on prend l’exemple d’un producteur de légumes qui fait face à une épidémie de maladie ou à une épidémie d’insectes qui proviennent du Sud en raison des changements climatiques, s’il ne dispose pas des outils de protection des cultures nécessaires pour gérer une telle situation, il pourrait subir des pertes de 30 %, 40 % ou de 60 % de sa production. Bien entendu, si vous possédez des acres et des acres de cultures maraîchères, par exemple et que votre productivité baisse de 40 %, cela aura une incidence sur vos propres revenus ainsi que sur le prix des produits de la ferme. Il y a donc un lien direct.

Lorsqu’on parle de grandes cultures, les gens pensent aux champs de blé et de canola — et nous en exportons la majeure partie —, mais les revenus qu’ils génèrent contribuent à notre PIB et à notre assiette fiscale. Cela enrichit notre pays, cela nous rend plus résilients et nous donne les moyens d’envoyer de la nourriture dans le Nord et de payer les hôpitaux et les soins de santé. Il existe une idée selon laquelle « nous produisons suffisamment de nourriture. » J’ai entendu quelques témoins en parler. Cela n’a aucun sens. Nous voulons être en mesure de produire de la nourriture de manière plus durable, tout en exploitant pleinement le potentiel de nos sols, parce que cela contribue au PIB du Canada. C’est un but sensé que nous devrions nous fixer.

La sénatrice McBean : Monsieur Petelle, pendant que vous parliez, je pensais au jeu de l’agriculteur qui va dans le champ pour récolter les grains et en faire du pain, et où le pain permet de faire vivre le village. Nous devons produire et vendre des produits agricoles pour pouvoir en acheter d’autres, également.

Monsieur Enwerekowe, j’ai bien aimé le fait que, dans votre témoignage, vous nous ayez donné des exemples détaillés de certains fardeaux imputables au système réglementaire. J’aimerais vous donner plus de temps pour que vous en parliez davantage si vous avez d’autres exemples à donner.

De plus, si vous avez des exemples à donner de bonnes politiques innovantes ou de quoi que ce soit d’utile, il est toujours pertinent de les inclure dans un rapport afin de souligner ce qui fonctionne bien. Cela nous permet ainsi d’insister plus fortement sur les aspects à améliorer.

M. Enwerekowe : Commençons par les bonnes nouvelles ou plutôt par les meilleures nouvelles. Au cours des derniers mois, on s’est montré beaucoup plus ouvert à commencer à collaborer avec l’industrie pour aborder des questions complexes. Ces enjeux scientifiques exigent du temps et des efforts. Nous sommes reconnaissants de cette ouverture, et nous commençons à constater qu’il y a davantage d’ouverture et d’engagement à cet égard, ce qui, je l’espère, permettra de démêler certaines questions réglementaires auxquelles nous avons fait face.

L’industrie repose sur des lignes directrices et sur la prévisibilité. Il est nécessaire de connaître la nature du cadre réglementaire afin de pouvoir commercialiser des innovations. Il faudra bien plus d’une décennie de recherche et de développement, ainsi que des centaines de millions de dollars, pour pouvoir introduire sur le marché une nouvelle innovation en sciences végétales.

Il faut un processus réglementaire prévisible afin de pouvoir anticiper les résultats. Cela repose sur des directives claires. Nous constatons que, dans de nombreux cas, de plus en plus souvent, nous évoluons dans un contexte où les lignes directrices deviennent de moins en moins claires.

Cela fait perdre du temps, se traduit par de l’inefficacité et retarde les décisions réglementaires et on assiste à un effet de boule de neige quant aux décisions commerciales prises par l’industrie. C’est un exemple parmi tant d’autres de manière simplement générale, de l’importance d’un organisme de réglementation et de la nécessité d’un dialogue ouvert et continu entre des parties réglementées.

La sénatrice McBean : Merci. Monsieur Bourque. Vous avez dit que l’un des problèmes concernant notre potasse est que les ports se trouvent d’un océan à l’autre. On a parlé de la possibilité de construire un port à Churchill. Ma première question est la suivante : cela serait-il utile et avantageux? L’autre question que je voulais poser est la suivante : existe-t-il d’autres produits qui pourraient remplacer les produits qui sont acheminés par le détroit d’Ormuz?

M. Bourque : Pour ce qui est de Churchill, l’ouverture de ce port ne présente absolument aucun avantage pour l’industrie des engrais. Cela dit, je comprends pourquoi le gouvernement se concentre là-dessus du point de vue de la sécurité et du point de vue de la souveraineté, mais nous ne devrions pas l’envisager comme une solution utile pour notre industrie.

Nous transportons des produits très lourds. Il se trouve que je suis le président de l’Association des chemins de fer du Canada, et j’ai donc passé un peu de temps avec l’industrie des chemins de fer. Les exploitants d’Omni qui assuraient la liaison ferroviaire jusqu’à Churchill faisaient partie de mes membres. Je sais tout à fait à quel point des efforts, de l’argent et de la richesse sont nécessaires pour construire cette voie ferrée qui peut transporter les choses dont les habitants du Nord ont besoin, et cela est important. Le détroit d’Ormuz contient du soufre, dont, ironiquement, nous disposons en abondance dans l’Ouest canadien grâce aux sables bitumineux, mais il est enclavé, et son transport n’est pas viable sur le plan économique. Il s’agit pourtant d’un ingrédient essentiel au traitement des engrais. Il produit de l’urée en grande quantité, et une bonne partie de l’urée passe par le Moyen-Orient et le détroit d’Ormuz.

La sénatrice McBean : Existe-t-il des options? Pouvons-nous trouver un moyen d’utiliser notre soufre afin de devenir plus autosuffisants?

M. Bourque : Il s’agit de faire une analyse de rentabilisation. Si les prix augmentent suffisamment, quelqu’un trouvera une solution. Je vous encouragerais à continuer à poser la question. Je suis probablement la mauvaise personne à qui poser la question.

Il est possible que, lorsque les prix sont très élevés et qu’il y a un choc, comme celui que nous traversons actuellement, on puisse supposer qu’une analyse de rentabilisation soit nécessaire pour la construction d’une nouvelle usine d’azote quelque part, au Canada. Il pourrait être logique d’en construire une en Alberta, où on a accès au gaz naturel.

En fin de compte, il s’agit d’une décision d’affaires, car ce sont des projets très capitalistiques, et il faudrait être assuré que les prix resteront suffisamment élevés pour rembourser cet argent sur une période donnée. En passant, on m’a indiqué qu’il s’agit d’un secteur où les projets étaient en cours d’élaboration ou à l’étude, mais qu’ils ont été arrêtés en raison de l’obligation de la réduction des émissions. C’est ce qui a mis fin au projet.

Nous allons devoir envisager ce que nous pouvons faire à l’échelle nationale, mais il s’agit d’un système mondial, et nous sommes des commerçants. Tout comme c’est le cas pour le secteur alimentaire, nous avons besoin que les chaînes d’approvisionnement soient ouvertes. Nous avons besoin que ces marchés soient ouverts aux importations et aux exportations.

La sénatrice McBean : Merci.

La sénatrice Burey : Bonjour, tout le monde, et bienvenue. C’est une discussion très intrigante et intéressante. Cette question s’adresse à vous tous.

Vous avez mentionné l’importance vitale de l’agriculture pour l’économie canadienne; pourtant, bon nombre de personnes l’ignorent. Vous avez fait mention des chiffres. Chacun d’entre vous peut-il me dire pourquoi nous ne le savons pas et pourquoi cela n’est pas bien connu? Je viens de Windsor-Essex. L’industrie agricole y est importante, mais il s’agit également de la capitale de l’automobile. Tout le monde sait qu’il s’agit de la capitale de l’automobile, mais il ne sait pas ça.

Pouvez-vous nous donner une idée des raisons pour lesquelles nous nous trouvons dans un tel état d’ignorance?

M. Bourque : Je commencerais par cette question, parce que dans ce groupe de témoins je suis le moins informé. C’est parce que je n’occupe ce poste que depuis un an, et je trouve frappant de constater à quel point cette industrie est importante et à quel point elle est méconnue.

D’un océan à l’autre, nous produisons de tout, qu’il s’agisse de cerises ou d’huîtres et une multitude d’autres produits. Comme je l’ai dit, nous sommes le Moyen-Orient de la potasse; personne ne le sait. On ne sait même pas comment prononcer ce mot.

Nous devons faire mieux, en tant que secteur agricole, et expliquer précisément en quoi consiste la proposition de valeur, quelle est notre importance et quelle est notre contribution à l’économie. Ce sont des dossiers sur lesquels mes collègues et moi travaillons régulièrement. Le président a écrit un article à ce sujet il y a un an, en expliquant comment le Canada peut devenir un géant du secteur alimentaire. Beaucoup d’entre nous ont repris cette idée en disant : « Nous devrions être une super puissance du secteur alimentaire, un peu comme nous sommes une super puissance du secteur énergétique. » Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour le faire comprendre aux Canadiens.

M. Petelle : C’est une question de contexte et de richesse. À mesure que le pays s’est enrichi, les gens n’ont plus eu besoin de faire pousser leur propre nourriture; ils sont devenus avocats, médecins et sénateurs. Moins de 2 % de la population travaille directement dans le secteur agricole. Il n’est donc pas très surprenant qu’une personne vivant au centre-ville de Toronto ne pense pas à l’origine de la nourriture qu’elle consomme; elle se rend à un marché local, où la nourriture est toujours offerte en abondance.

Le secteur agricole se plaint beaucoup du fait que les gens ne le connaissent pas suffisamment. Nous sommes une industrie importante, et lorsque j’entends le premier ministre parler des minéraux essentiels et de l’énergie, j’aimerais également entendre parler de l’agriculture et de l’alimentation. Pour ce qui est des décideurs, nous n’avons pas besoin de convaincre tous les Canadiens, mais nous devons convaincre les hauts responsables du fait que l’agriculture est un moteur absolument essentiel de la croissance économique du pays.

M. Enwerekowe : Peut-être parce qu’à ce chapitre, nous sommes des victimes de notre propre succès. L’agriculture canadienne est innovante et résiliente. Nous n’avons qu’une seule saison agricole, donc nous n’avons qu’une chance de bien faire les choses, ce que nous faisons. D’une certaine façon, nous produisons de plus en plus d’aliments, ce qui, je pense, est un miracle.

Peut-être que notre attitude à cet égard a tendance à être un peu complaisante, et nous tenons les choses pour acquises. Il est facile d’oublier l’énorme quantité de travail requis pour produire des aliments nutritifs et de haute qualité, surtout dans un climat nordique.

La sénatrice Burey : Merci de votre réponse, mais le fait de prendre les choses en main et de les faire avancer est crucial. Je suis certaine que ce rapport pourra aider en ce sens.

Vous avez mentionné que le Canada devrait voir la sécurité alimentaire comme un pilier ou une politique essentiels. Pourriez-vous apporter plus de précisions à ce sujet, monsieur Enwerekowe?

M. Enwerekowe : Oui, absolument. Merci de la question, madame la sénatrice.

La disponibilité alimentaire est centrale à la sécurité alimentaire. Nous vivons dans un pays très prospère, et, en général, nous avons un très bon accès aux aliments, mais dans d’autres parties du globe, ce n’est pas toujours le cas. Donc, lorsque l’on dit que l’agriculture est vitale pour la sécurité alimentaire, il s’agit de la capacité d’un pays de se nourrir, de nourrir son peuple et le monde. C’est l’idée que nous essayons vraiment de faire comprendre.

La sénatrice Burey : Merci.

La présidente : Je vais prendre quelques minutes pour poser une question.

J’ai apprécié les commentaires portant sur l’efficacité et l’idée selon laquelle nous devons maximiser le rendement. Pour les Canadiens qui ne connaissent pas le monde de l’agriculture, je pense à la manière dont les gens voient le rendement du carburant dans leur véhicule. Nous ne conduisons plus les véhicules à moteur 12 cylindres que nos grands-parents conduisaient; aujourd’hui, nous conduisons des véhicules électriques. Nous voulons nous rendre au même endroit plus rapidement et avec plus de confort — toutes ces choses — et c’est la même chose avec le sol et la productivité agricole : nous devons améliorer notre durabilité, et maximiser notre productivité, et ce, de façon sérieuse, car nous avons une population croissante.

Lorsque nous parlons de la capacité des fermiers canadiens à être compétitifs, j’aimerais que les représentants de CropLife nous disent ce que cela signifie de ne pas pouvoir avoir accès aux mêmes outils que ceux dont disposent les nations rivales. Vous avez expliqué que nous comptions parmi les cinq ou les six principales nations exportatrices. Qu’est-ce que cela signifie pour les producteurs canadiens? Qu’est-ce que cela signifie pour notre capacité d’attirer du capital, et de faire venir des gens qui ajoutent de la valeur? Comment cela augmentera-t-il réellement notre PIB au chapitre de l’exportation agricole?

Monsieur Petelle, nous avons effectivement vu, à l’autre endroit, un rapport portant sur les modifications réglementaires intitulé : Libérer le potentiel du secteur agricole et agroalimentaire canadien par la réforme réglementaire. Nous avons vu que ce rapport a été publié par le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire en 2025. J’aimerais savoir si vous voudriez commenter à ce propos, et apporter quelques commentaires concernant l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, ou l’ARLA. Dites-nous ce que c’est, et comment cette agence peut faire un meilleur travail pour nous.

M. Petelle : Il y a beaucoup à dire à ce sujet. Mon collègue a mentionné les années d’investissement et le temps que cela prenait pour obtenir une nouvelle molécule, par exemple, pour assurer la protection des cultures. Le Canada constitue un petit marché. Même si nous produisons énormément d’aliments, nous en exportons beaucoup. Dans le milieu de la protection des cultures, nous comptons pour seulement 4 % des ventes mondiales, donc nous devons veiller à ce que ces entreprises, surtout les multinationales, voient le Canada comme un marché, de façon à ce qu’elles aient envie d’apporter leur dernière innovation dans ce marché, même si c’est au Brésil ou aux États‑Unis, et ainsi de suite, qu’elles auraient un meilleur rendement du capital investi.

Cela fait partie de notre rôle : nous devons veiller à ce que notre système réglementaire soit au moins aussi efficace que celui des grands marchés, car l’analyse de rentabilisation en ce qui concerne l’inscription ici, n’est pas aussi robuste que celle de beaucoup d’autres nations. C’est le premier point que nous devons garder en tête.

Lorsque nous parlons de délais qui s’allongent ou du fait qu’il y ait moins de prévisibilité, comme mon collège l’a mentionné, il y a moins d’incitatifs à apporter ce produit au Canada. Pour reprendre votre argument, si ces produits ne viennent pas ici, nos concurrents du Sud et d’autres parties du monde auront accès à une meilleure technologie de lutte contre les mauvaises herbes ou à un produit qui peut lutter contre un nouvel insecte parasitaire que nos fermiers n’ont pas encore.

Cela devient une pente glissante.

À l’heure actuelle, nous sommes très bien positionnés au Canada. Nous obtenons la plupart des nouveaux produits de protection agricole au même moment que nos collègues. La technologie des semences est un autre élément. La génétique change constamment. Il y a de nouvelles techniques, comme l’édition génétique. Nous devons veiller à ce que nous soyons à l’avant-garde de ces éléments afin que nos fermiers puissent avoir accès aux dernières technologies.

Le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes a effectivement publié le rapport que vous avez mentionné concernant la compétitivité par l’entremise d’une réforme réglementaire, et le gouvernement a soumis sa réponse à ce rapport il y a à peine quelques jours.

Il y a une déconnexion entre le niveau d’ambition du premier ministre et du Cabinet et ce que le ministère pense qu’est son rôle, si je me fie à ce que je lis dans le rapport. Le comité, qui était multipartiste et non partisan, a soumis quelques recommandations très audacieuses et ambitieuses pour examen; 26 au total. Lorsque vous lisez la réponse, point par point, c’est une réfutation et un rejet. En effet, le gouvernement a fait comprendre que les recommandations n’apportaient rien de nouveau, plutôt que de dire qu’il a examiné la situation et travaillera en collaboration avec l’industrie pour améliorer le système.

Il y a une certaine volonté politique. Certainement, dans les discussions avec la ministre de la Santé, et, dans la lettre d’introduction, elle reconnaît, d’une certaine façon, que certaines choses doivent être faites, mais lorsque vous allez au cœur de la réponse, laquelle émane des ministères, je ne pense pas que ce sentiment d’urgence ou cette ambition soient encore là.

Je ne les critique pas. Adapter ces éléments et envisager la science différemment est un processus lent, mais vous pouvez ériger sans fin des barrières et des obstacles lorsqu’il s’agit des organismes de réglementation. Vous pouvez demander une somme incalculable de données ou ériger des obstacles à l’infini. Mais je vais poursuivre avec votre analogie concernant les véhicules. Nous pouvons réduire les limites de vitesse sur nos autoroutes de 100 kilomètres-heure à 20 kilomètres-heure, et ce serait plus sécuritaire. Même 10 kilomètres-heure seraient plus sécuritaires, mais il y a une limite à ce que le niveau de fardeau réglementaire peut accomplir. Donc il faut trouver le juste milieu. Nous sommes un petit peu en bas de la vitesse limite des 100 kilomètres-heure au Canada.

La présidente : Merci. S’il y a quoi que ce soit d’autre que vous souhaitez ajouter à cela, vous pouvez le faire par écrit, et cela vaut pour n’importe quel autre témoin.

Le sénateur Black : Merci de vos commentaires, monsieur Petelle, concernant la réponse du gouvernement à l’autre rapport. Je vais vous poser la question suivante, et je sais que vous avez entendu parler des récentes compressions au chapitre de la recherche qu’Agriculture et Agroalimentaire Canada, ou AAC, a annoncées et qu’il met en place. Pourriez-vous en dire plus sur votre avis concernant l’importance de la recherche en ce qui concerne la sécurité et la souveraineté alimentaires de notre pays?

M. Petelle : Pour ce qui est de la recherche en agriculture, il y a énormément de données qui montrent que le rendement du capital investi sur cet investissement peut être de 10 $, 20 $ et j’ai même entendu dire 30 $ de rendement sur chaque dollar investi dans la recherche en agriculture. Les données indiquent clairement que cela vaut la peine d’investir dans la recherche en agriculture, car vous avez un rendement élevé.

Le deuxième aspect concerne la recherche publique. Il y a énormément de recherche privée, et les entreprises que je représente investissent énormément dans la recherche privée. Encore une fois, si la réglementation et les affaires offrent un environnement accueillant, il y aura plus de recherche et de développement qui s’effectuerait ici, et non aux États-Unis ou au Brésil. Notre rôle est d’essayer d’inciter nos membres à effectuer plus de recherche fondamentale ici, dans notre propre cour.

Nous avons de bonnes conditions pour y parvenir. Nous faisons pousser une variété de cultures, nous avons différents climats d’une côte à l’autre, et c’est un bon terrain d’essai pour bon nombre de produits. Je continue d’en revenir à l’environnement réglementaire, mais il s’agit vraiment de la clé pour débloquer le potentiel. En ce qui concerne la recherche privée, c’est quelque chose qui est sous notre contrôle.

En revanche, en ce qui concerne les centres de recherche publics, je ne souhaite pas vraiment en dire beaucoup là-dessus. Il y a eu de la négligence à ces endroits, et certains investissements auraient dû y avoir lieu, il y a bien longtemps. Nous verrons si la bonne chose à faire est de les consolider ou de travailler de manière plus efficace. Mais le fait est qu’il faut tenir une discussion dans le milieu universitaire, et avec ceux de la recherche publique et privée afin de maximiser les rendements et de chercher des façons plus innovantes pour que des partenariats entre les organismes privés et publics puissent tirer parti de la recherche en agriculture.

Le sénateur Black : Merci.

La sénatrice Burey : Ma question concerne les luttes sur le plan de la réglementation... c’est ainsi que je vais les appeler. Je suis médecin et je sais que nous avons les mêmes problèmes dans le domaine de la médecine, où nous ne pouvons pas obtenir ici les médicaments qui sont accessibles aux quatre coins de la planète — même des vieux médicaments — en raison de certaines des complexités que vous avez mentionnées.

En venant au Sénat, c’est la manière dont j’ai toujours pensé au système. Collaborez-vous avec vos autres secteurs, comme le secteur de la santé et les organisations de médecins? Nous composons avec le même problème. Ou est-ce que vous fonctionnez simplement de manière trop cloisonnée? L’agriculture le fait de cette façon. Est-ce que vous allez dans tous les secteurs pour vraiment faire valoir cet argument? Je pose la question, car l’environnement de réglementation touche tous les secteurs au Canada.

M. Petelle : J’ai mentionné plus tôt les statistiques concernant le fait que le Canada avait été classé au 32e rang sur 38 pays, en ce qui concerne le fardeau réglementaire, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, ou l’OCDE. Ce n’est pas juste dans notre domaine; c’est de manière générale. Nous sommes membres de la Chambre de commerce canadienne. Nous avons également entendu dire que le conseil canadien des affaires représentait un secteur bien plus large que l’agriculture. Le message suivant est cohérent dans tous ces groupes : nous ne prenons pas assez au sérieux le fardeau réglementaire.

Je parie que si je m’asseyais avec mes collègues de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie médicale et autres, nous verrions que nous partageons beaucoup les mêmes problèmes. Lorsque j’ai discuté avec des groupes comme celui de la foresterie et de l’exploitation minière, et tous ces autres secteurs que nous souhaitons mettre sur pied dans ce nouveau gouvernement, tous se plaignent des mêmes choses. Il n’y a aucune agilité réglementaire. Les exemples que M. Bourque a donnés ont démontré une priorisation réglementaire étrange, qui sort de nulle part, et qui, soudain, apparaît, et cette priorisation n’a pas d’avantage évident, si ce n’est que d’enliser le système.

C’est ce que j’entends dans tous les secteurs. Nous avons parlé de ce fardeau réglementaire pendant 20 ans, et à présent que le premier ministre semble beaucoup plus se focaliser là-dessus, nous aimerions voir que l’on permette aux ministères de faire les choses différemment, de prendre des risques et d’être plus audacieux.

M. Bourque : Un projet de loi d’initiative parlementaire a été déposé à la Chambre pour que nous puissions utiliser ici les examens effectués dans d’autres pays. Il était grand temps. Nous dépensons cet argent cinq à six fois, tous les alliés ensemble. C’est très peu productif, et nous aurions dû le faire il y a longtemps, comme c’est déjà le cas pour les médicaments et d’autres produits.

C’est la même chose pour le secteur des engrais, où nous avons l’innovation, le développement à l’échelle mondiale, l’amélioration de l’efficacité, les engrais, les stabilisateurs, les inhibiteurs et les biostimulants, mais, s’il y a un obstacle trop important, on nous dit que cela a été approuvé aux États-Unis, alors ils vont simplement envoyer un vendeur en Californie, et ils réalisent les ventes que nous aurions réalisées au Canada. Donc, nous n’avons pas besoin de nous préoccuper du délai de deux ans, de l’incertitude et ainsi de suite. Nous devons vraiment mettre la main à la pâte.

La présidente : Je n’arrête pas de penser à un parallèle avec le sport. Nous envoyons nos équipes aux Olympiques et nous parlons du fait qu’elles sont sous-financées et que d’autres pays ont de meilleures ressources pour leurs équipes et utilisent toute cette technologie. Nous faisons la même chose avec le secteur agricole canadien.

M. Bourque : En ce qui concerne la réglementation, nous sommes les champions.

La présidente : Oui, effectivement. C’est un verre à moitié vide ou à moitié plein, et je pense que nous ferions mieux de voir le verre à moitié plein et de nous mettre au travail.

La sénatrice McBean : Nous sommes sur la même longueur d’onde. J’ai la tête qui explose.

Je poursuis sur la lancée de la sénatrice Burey, parce que j’ai écrit ma question, et c’était parfait. Je pense à la sénatrice Hay, qui, la première fois qu’elle est venue ici, a dit : « J’entends parler partout de ce fardeau réglementaire. » Évidemment, ce n’est pas la première fois que nous en discutons et ce n’est pas la première fois qu’un comité traite de la question.

Certains peuvent considérer que la suppression de la réglementation revient à appuyer sur l’accélérateur tout en lâchant le volant. Ma question est la suivante : Qui est le mieux placé, en ce qui concerne le cycle de vie des cultures et de l’engrais, pour examiner cette réglementation et trouver un équilibre entre l’innovation et la sécurité?

M. Petelle : Parfois, il n’est même pas question de modifier un règlement ou de le supprimer; il s’agit d’une approche. Certains des exemples dont on m’a parlé relèvent souvent davantage de l’interprétation des politiques que des politiques elles-mêmes.

Cela tient en partie à la culture. Dans les précédents ministères, lorsqu’il y avait un enjeu — et je parle seulement du secteur des pesticides, présentement —, dans les médias, comme des rumeurs ou un problème à propos d’un produit, plutôt que de voir les élus se lever et dire : « non, nous avons un système solide; ce sont les meilleurs scientifiques du monde », et défendre l’approche, nous les entendions plutôt dire : « Nous allons en faire plus; nous allons former un conseil scientifique indépendant. Nous allons faire ceci; nous allons faire cela. »

Ils ont eux-mêmes miné la confiance à l’égard des organismes de réglementation. Donc, au fil du temps, les organismes de réglementation sont naturellement devenus encore plus conservateurs dans leurs évaluations, et nous avons maintenant une culture où nous ne prenons aucun risque et où nous faisons tout pour réduire et prévenir le risque. Au fil du temps, vous créez un système qui n’est ni ambitieux ni flexible.

Il n’est pas uniquement question de supprimer des règlements. Oui, nous devons supprimer certaines choses, mais, souvent, c’est quelque chose de culturel, et il s’agit de donner aux organismes de réglementation une marge de manœuvre et une orientation pour qu’ils puissent réagir.

M. Bourque : Quand nous parlons d’utiliser les autorisations réglementaires d’autres pays nous le faisons par souci d’efficacité, en acceptant les données scientifiques que quelqu’un d’autre a déjà examinées — un autre pays qui est tout aussi compétent que nous.

Nous ne prenons pas plus de risque dans ce cas-ci. Nous sommes simplement plus efficaces. Nous pouvons affecter ces ressources ailleurs.

L’autre chose dont je vais parler est que, dans la chaîne des valeurs agricoles et alimentaires, tous les collègues à qui j’ai parlé déplorent le fait que nous avons tendance à rester cloisonnés, au ministère de l’Agriculture, et que nous communiquons très peu avec Industrie Canada, ou quel que soit le nom que porte cet organisme aujourd’hui. Généralement, ce sont les ministères de l’Innovation ou de l’Industrie qui voient le verre à moitié plein; ils se concentrent sur les exportations et cherchent des moyens de vendre des produits canadiens et de stimuler la croissance, tandis que des organismes comme l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire ou l’Agence canadienne d’inspection des aliments visent à gérer les risques et les organismes de réglementation. Le réflexe est toujours de réglementer. Nous devons prendre davantage conscience que nous pouvons devenir une super puissance agricole et avoir beaucoup plus d’ambition. Même le terme « sécurité alimentaire », autant important soit-il, est restreint. Nous devons penser à un programme beaucoup plus ambitieux, et cela nécessite une approche pangouvernementale, en particulier avec les ministères qui reconnaissent l’intérêt d’intégrer l’innovation dans le système réglementaire, mais aussi d’adopter une approche davantage axée sur l’exportation et la croissance.

La sénatrice McBean : Merci beaucoup.

La présidente : Merci beaucoup d’être ici. Merci d’avoir pris le temps et fait l’effort de venir répondre à nos questions. Le niveau d’engagement témoigne de la qualité de vos exposés. Merci.

Dans le deuxième groupe de témoins, nous avons le plaisir d’accueillir des fonctionnaires de trois organismes. Premièrement, nous accueillons M. Jimi Onalik, président; M. Stephen Traynor, vice-président, Politique, planification, communication et le Bureau de gestion des projets nordiques; et, par vidéoconférence, Mme Torrine Johnson, vice-présidente par intérim, Opérations pan-territoriales, tous trois de l’Agence canadienne de développement économique du Nord. Nous accueillons également Mme Marie-Claude Petit, vice-présidente, Opérations, de Développement économique Canada pour les régions du Québec. Et enfin, nous accueillons M. Dave Boland, vice-président, Terre-Neuve-et-Labrador; et Mme Elizabeth Beckett, directrice générale, Opérations régionales, Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique.

Merci à vous tous de vous joindre à nous. Nous allons commencer par vos déclarations préliminaires avant de passer aux questions des membres du comité. Vous disposerez chacun de cinq minutes pour faire vos déclarations préliminaires. Je vais attirer votre attention lorsqu’il vous restera une minute, et je vous interromprai lorsque vous aurez atteint ces cinq minutes. Nous allons commencer.

Monsieur Onalik, allez-y.

Jimi Onalik, président, Agence canadienne de développement économique du Nord : Bonjour. Ullaakkut. Je vais essayer de faire une déclaration préliminaire digne d’une médaille d’or, devant le Sénat, mais je ne ressens aucune pression.

Je m’appelle Jimi Onalik et je suis président de l’Agence canadienne de développement économique du Nord, ou CanNor. Je travaille au sein du système fédéral depuis deux ans et demi et je travaillais auparavant pour le gouvernement du Nunavut. J’ai passé la moitié de ma carrière dans le secteur de l’aviation, dans le secteur privé.

J’aimerais pour commencer vous remercier de mettre ainsi l’accent sur cette question très importante, mais aussi très complexe.

L’Agence canadienne de développement économique du Nord, tout comme les autres agences de développement régional, est chargée de contribuer au développement économique de trois territoires. Nous avons mis en place une foule de programmes pour y parvenir. Nous utilisons des subventions et des contributions très ciblées. De plus, contrairement à d’autres agences de développement économique, nous sommes chargés de coordonner la participation du gouvernemental fédéral aux processus d’évaluation environnementale des grands projets, ce qui est en lien direct avec la sécurité alimentaire dans bon nombre de collectivités.

Nous aidons aussi à coordonner les efforts du gouvernement du Canada en ce qui concerne l’emploi des Inuits au sein du gouvernement fédéral au Nunavut. Encore une fois, à mon avis, cela est directement lié à la sécurité alimentaire.

Quand on nous demande quel est notre rôle, j’essaie de répondre que notre mission principale, en fin de compte, est d’aider les familles à mettre de la nourriture sur leur table. C’est tout un défi dans ces trois territoires où CanNor mène ses activités. Tout le monde sait que ces régions ont le taux d’insécurité alimentaire le plus élevé au pays.

Ma ministre est Mme Chartrand. Elle fait des pieds et des mains pour que nous nous concentrions sur l’économie alimentaire dans les trois territoires, étant donné les besoins. Au cours de la dernière année, nous avons pu doubler nos efforts, dans ce domaine, mais c’est un problème et un défi de taille. Vous savez bien qu’il n’y a pas de solution magique en ce qui concerne l’insécurité alimentaire et la croissance économique dans les territoires.

CanNor a un portefeuille de près de 100 millions de dollars pour 2026-2027. Nous administrons plusieurs programmes de financement, y compris notre programme phare, IDEENord. Je suis ici avant tout pour discuter, et la plupart des informations sur CanNor sont accessibles en ligne. Nous faisons des choses formidables. Nous travaillons directement avec les collectivités. Nous sommes toujours au fait des défis auxquels les collectivités font face, lorsqu’il s’agit de la croissance économique, et la sécurité alimentaire est au cœur de toutes nos interactions dans les trois territoires.

Je suis très heureux que mes collègues soient ici pour parler un peu plus en détail des efforts collectifs que nous déployons, en tant qu’agence de développement économique, dans l’Inuit Nunangat, dans l’Arctique. Ce qui m’intéresse, avant tout, aujourd’hui, c’est de discuter avec vous. Alors, qujannamiik, merci beaucoup.

La présidente : Merci, monsieur Onalik. Le temps file, ici, c’est une discussion et un sujet tout à fait captivants. Je comprends que vous soyez surpris de voir à quelle vitesse le temps file. Merci. Madame Petit, allez-y.

[Français]

Marie-Claude Petit, vice-présidente, Opérations, Développement économique Canada pour les régions du Québec : Honorables sénateurs, bonjour.

D’abord, merci de l’invitation à témoigner de la contribution de Développement économique Canada, ou DEC, pour les régions du Québec en appui au secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada.

Je suis Marie-Claude Petit, vice-présidente des opérations à Développement économique Canada pour les régions du Québec. Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui.

D’abord, je tiens à reconnaître que nous sommes sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinabe.

[Traduction]

Développement économique Canada pour les régions du Québec a pour mission de promouvoir le développement économique régional au Québec. Grâce à nos 12 bureaux d’affaires ancrés dans les collectivités, nous accompagnons les entreprises et les régions afin de favoriser une prospérité économique durable.

Pour l’exercice 2026-2027, notre budget prévisionnel en matière de subventions et de contributions s’élève à 360 millions de dollars.

[Français]

Si la mission première de DEC n’est pas la sécurité alimentaire, ses interventions peuvent néanmoins avoir des retombées concrètes dans le secteur agroalimentaire, notamment dans les régions nordiques.

Le Fonds des initiatives pour les communautés nordiques isolées, le FICNI, s’inscrit à la fois dans la Politique alimentaire pour le Canada et la Politique sur l’Inuit Nunangat.

Pour le Québec, DEC s’est vu confier un budget de 3,79 millions de dollars en subventions et contributions jusqu’au 31 mars 2027 afin de répondre aux besoins du Nunavik.

Avec sa lentille régionale, sa collaboration bien établie avec les partenaires inuits et locaux, de même que son approche de codéveloppement avec les acteurs du milieu, DEC est particulièrement bien positionnée pour mettre en œuvre le FICNI au Nunavik.

[Traduction]

Nous avons mis en place le Fonds en étroite collaboration avec nos partenaires inuits, grâce à une équipe dévouée qui se réunit régulièrement avec ces derniers, y compris la Société Makivvik, ainsi qu’avec les clients de diverses collectivités.

À ce jour, nous avons approuvé 10 subventions pour un montant total de plus de 3 millions de dollars, ce qui a généré près de 5,9 millions de dollars d’investissements.

[Français]

Nous sommes conscients des conditions particulières au Nunavik et du temps requis pour codévelopper et mener à bien les projets. C’est pourquoi nous travaillons étroitement avec les acteurs du milieu et les autorités fédérales afin de mettre en place les conditions pour réaliser les projets dans les délais actuels.

[Traduction]

Nous soutenons également le secteur agroalimentaire afin de favoriser une économie prospère et inclusive et de contribuer au dynamisme des collectivités.

[Français]

L’industrie agroalimentaire du Québec est d’ailleurs le premier employeur du secteur manufacturier, avec 66 000 emplois dans plus de 2 600 entreprises. Dans ce secteur clé, nos interventions visent à accroître la productivité, à soutenir l’innovation et à valoriser les produits agroalimentaires du Québec.

[Traduction]

Nos actions viennent compléter celles de nos partenaires fédéraux et provinciaux, y compris Agriculture et Agroalimentaire Canada et Pêches et Océans Canada.

[Français]

DEC vise également à accroître la participation des groupes sous-représentés à l’économie, notamment les communautés autochtones, en complémentarité avec ses partenaires fédéraux et provinciaux.

[Traduction]

Pour résumer, bien que la Politique alimentaire du Canada relève de la compétence d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, Développement économique Canada pour les régions du Québec œuvre en accord avec ses objectifs. Notre soutien envers la sécurité alimentaire au Nunavik et l’industrie agroalimentaire régionale contribue à la croissance économique et à la résilience du secteur, au bénéfice des collectivités locales.

Merci.

[Français]

La présidente : Merci.

[Traduction]

Notre dernier témoin est M. Boland.

Dave Boland, vice-président, Terre-Neuve-et-Labrador, Agence de promotion économique du Canada atlantique : Merci. Bonjour, madame la présidente et membres du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts.

Mon nom est Dave Boland et je suis vice-président du bureau de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, c’est-à-dire de l’APECA, à Terre-Neuve-et-Labrador. Je suis heureux de me joindre à vous ici, à Ottawa, et je reconnais respectueusement que nous sommes sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin Anishinaabe.

Aujourd’hui, je suis accompagné d’Elizabeth Beckett, directrice générale des Opérations régionales, du bureau de l’APECA à Terre-Neuve-et-Labrador.

Je vous remercie de m’avoir invité à parler du travail que fait l’APECA pour aider le gouvernement du Canada à assurer la sécurité alimentaire dans la région de l’Atlantique.

Le Canada atlantique possède de solides ressources naturelles, un environnement de production favorable et une expertise reconnue en matière de transformation. Par ailleurs, la région est plus vulnérable à l’insécurité alimentaire que la moyenne nationale, notamment dans les collectivités rurales et éloignées.

La province de Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, doit relever des défis particuliers en raison du nombre limité de terres agricoles, de la courte saison de croissance et de la forte dépendance à l’égard des aliments importés. La production locale ne répond qu’à une fraction de la demande, ce qui accroît la dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement externes.

Le secteur des aliments, des produits de la mer et de la transformation agroalimentaire est un pilier important de l’économie générale du Canada atlantique et une composante importante de la sécurité alimentaire régionale. Il contribue pour environ 4,7 à 5 milliards de dollars au PIB régional, soutient plus de 55 000 emplois et représente environ 30 % du PIB manufacturier total. Ce secteur est principalement concentré dans les collectivités rurales et côtières.

Malgré l’élan récent, les perturbations mondiales et les défis économiques ont mis en lumière les vulnérabilités au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales.

La forte concentration des industries primaires dans le Canada atlantique, combinée à un marché local relativement restreint, accroît la vulnérabilité de la région aux fluctuations économiques mondiales, ainsi qu’aux pressions liées à la main-d’œuvre et au transport. Cela souligne l’importance de la diversification et de la résilience.

L’Île-du-Prince-Édouard en est un bon exemple. À la suite d’importantes perturbations des exportations dans le secteur de la pomme de terre, l’APECA a appuyé des investissements dans la modernisation, l’automatisation et l’amélioration du stockage. Ces investissements ont renforcé la résilience du système alimentaire et réduit la vulnérabilité aux perturbations futures.

L’APECA appuie la sécurité alimentaire au moyen d’une gamme d’outils et de mesures ciblés. Depuis 2024, l’APECA a appuyé plus de 200 projets dans le secteur de la transformation des aliments du Canada atlantique, ce qui représente environ 81 millions de dollars en investissements axés sur l’amélioration de la productivité, la modernisation des installations, l’automatisation et la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

Un exemple important est le Fonds des initiatives pour les communautés nordiques isolées, ou FICNI, qui appuie les initiatives alimentaires communautaires dans les régions nordiques et éloignées.

Le fonds élargi du FICNI, annoncé dans le budget de 2024, s’étend maintenant au-delà des territoires pour englober tout l’Inuit Nunangat, y compris la région du Nunatsiavut dans le nord du Labrador, qui fait partie du secteur d’exécution des programmes de l’APECA.

Cette expansion appuie les engagements fédéraux dans le cadre de la Politique sur l’Inuit Nunangat, et soutient des projets liés à l’alimentation qui visent à renforcer et à diversifier l’activité économique ainsi qu’à améliorer l’accès à l’alimentation dans la région du Nunatsiavut.

L’APECA a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement du Nunatsiavut afin de cerner les priorités qu’il s’est lui-même fixées et son approche en matière d’initiatives alimentaires adaptées à la culture et de fournir des conseils pour la présentation d’une demande.

Les investissements serviront à différentes choses, dont le remplacement et la modernisation des congélateurs communautaires vieillissants et de l’équipement connexe dans plusieurs collectivités du Nunatsiavut, ainsi qu’à offrir une formation de base sur l’entretien de l’équipement au personnel. Cet investissement améliorera directement l’entreposage des aliments, l’accès à ceux-ci et la résilience alimentaire.

Dès le départ, nous nous sommes engagés à adopter une approche respectueuse et collaborative. Il s’agissait notamment de trouver un traducteur local pour le contenu Web lié au FICNI afin de veiller à ce que l’information sur le programme soit disponible dans le dialecte local d’inuktitut, soit une première pour l’Agence.

Nous reconnaissons également que d’autres groupes autochtones du Nord au Labrador sont aux prises avec des défis économiques importants dans leurs collectivités respectives. L’Agence continue d’établir des relations avec ces groupes afin de déterminer comment ses programmes peuvent les aider.

Madame la présidente, membres du comité, je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de parler du rôle que joue l’APECA dans la lutte contre les problèmes de sécurité alimentaire au Canada atlantique. Je serai heureux de répondre à vos questions.

La présidente : Merci beaucoup. Merci à tous les témoins de leur témoignage. Nous allons maintenant passer aux questions.

Le sénateur McNair : Merci à nos invités d’aujourd’hui. Nous vous remercions d’être ici et de participer à cette étude.

Ma question s’adresse à l’APECA et elle ne concerne pas Terre-Neuve, mais une récente annonce concernant une entreprise du Nouveau-Brunswick. Vous ne pourrez donc peut‑être pas y répondre, mais vous êtes peut-être au courant. Le ministre Dominic LeBlanc a annoncé que Krishna Foods, un fabricant de produits alimentaires en croissance, au Nouveau-Brunswick, recevrait du financement fédéral pour accroître et améliorer ses installations et se procurer du nouvel équipement pour accélérer sa croissance. Récemment, Krishna Foods a atteint une étape importante pour le secteur de la fabrication alimentaire en croissance au Nouveau-Brunswick en terminant la construction de sa nouvelle installation de production alimentaire à Cap-Pelé. L’entreprise a augmenté sa capacité de production, a amélioré son efficience opérationnelle et s’est assurée d’avoir l’espace nécessaire pour croître dans l’avenir. L’entreprise emploie huit personnes et s’attend à embaucher du personnel supplémentaire dans les prochains mois. Il y a aussi le financement d’Opportunités Nouveau-Brunswick pour améliorer la productivité.

Pouvez-vous parler un peu des autres répercussions de ce genre d’annonces et de développements, surtout sur les petites collectivités comme Cap-Pelé et sur la province en général? Quel effet ce genre d’histoire a-t-il sur la sécurité alimentaire, selon vous? J’aimerais savoir s’il y a d’autres histoires similaires dont vous aimeriez parler, ou quelque chose de semblable dans le Canada atlantique.

M. Boland : Je vais laisser mes collègues parler des autres histoires de réussite.

Quand nous investissons dans des entreprises comme celles du Nouveau-Brunswick et d’autres régions du Canada atlantique, nous le faisons en tenant compte des répercussions qu’elles pourraient avoir à l’échelle locale sur la création d’emplois et sur l’amélioration de l’investissement local, mais tout cela vise principalement à accroître la richesse dans la région en ciblant les marchés externes et la façon dont ces entreprises peuvent être plus compétitives et plus productives quand elles essaient d’entrer dans les marchés externes. C’est principalement cela.

Parallèlement, plus nous investissons dans notre industrie alimentaire locale, plus nous améliorons la sécurité alimentaire. Quand vous investissez dans des entreprises des petites régions rurales, cela aura de grandes répercussions sur la création d’emplois et l’augmentation de la richesse que vous ne remarqueriez peut-être pas dans un grand centre. Ce genre d’investissement aide beaucoup à ramener au pays une partie de la chaîne d’approvisionnement qui se trouve actuellement à l’extérieur de nos frontières. Si vous regardez le Nouveau-Brunswick, à l’heure actuelle, la province importe environ 90 % de ses produits agroalimentaires, donc, en investissant dans des entreprises du Nouveau-Brunswick comme on le fait, on peut faire baisser un peu ce chiffre.

Je ne sais pas si vous avez un exemple semblable dont vous voulez parler.

Elizabeth Beckett, directrice générale, Opérations régionales, Terre-Neuve-et-Labrador, Agence de promotion économique du Canada atlantique : Nous faisons des investissements complémentaires dans des organismes communautaires. À Fredericton, nous travaillons avec le groupe des services communautaires dans le but d’établir un programme de réduction du gaspillage alimentaire par le truchement du Centre de sauvetage des denrées périssables. Nous examinons la situation générale dans les petites et moyennes collectivités du Canada atlantique pour nous assurer que la production alimentaire et les systèmes alimentaires de la région puissent participer à la croissance économique.

Nous avons aussi investi dans le Centre d’excellence en salubrité et durabilité alimentaire de l’Île-du-Prince-Édouard, un élément important au moment d’examiner l’innovation dans les technologies agricoles de précision qui peuvent être transmises et utilisées dans toute la région. Nous faisons ce genre d’investissements complémentaires dans l’écosystème des organismes sans but lucratif en plus d’investir directement dans des entreprises.

Le sénateur McNair : L’organisme de Fredericton, s’agit-il de Greener Village?

Mme Beckett : Oui, c’est Greener Village.

Le sénateur McNair : Notre comité a entendu un exposé sur Greener Village.

Mme Beckett : C’est un excellent exemple d’organisme qui renforce vraiment le système alimentaire de Fredericton.

Le sénateur McNair : Merci.

La sénatrice Sorensen : Je suis très heureuse de tous vous rencontrer. J’ai une question à deux volets qui s’adresse aux trois organismes, et nous avons cinq minutes, alors bonne chance.

J’ai examiné votre gamme de programmes actuels et je me demandais comment vous en mesuriez la réussite dans l’optique des répercussions sur la sécurité alimentaire. Si vous deviez prioriser un investissement, une infrastructure ou autre chose pour avoir la plus grande incidence sur la sécurité alimentaire de votre région, de quoi s’agirait-il? Je vais commencer par M. Onalik.

M. Onalik : La situation de la sécurité alimentaire est grave. C’est en fait très difficile de trouver un indicateur clair d’une réussite quelconque, compte tenu de tous les facteurs qui ont une incidence sur la sécurité alimentaire dans les trois territoires . Nous avons passé beaucoup de temps à examiner ce que d’autres administrations pourraient considérer comme des investissements très fondamentaux, et nous avons travaillé avec les collectivités pour élaborer un plan et cerner ce qui pourrait fonctionner pour elles à la lumière de leur infrastructure unique, de la nature et de la géographie. Nous nous intéressons essentiellement à ce qu’une collectivité considère comme étant une réussite et cela est bien différent dans les trois territoires.

La sénatrice Sorensen : S’il n’y avait qu’un investissement, une infrastructure, ou une autre chose, où serait-il préférable d’investir pour avoir plus d’incidence sur la sécurité alimentaire? Votre réponse est peut-être similaire.

M. Onalik : Elle est similaire, mais un thème revient dans les trois territoires, et c’est peut-être un peu contre-intuitif. La capacité d’offrir les programmes dépend grandement du prix de l’électricité et de son accessibilité. Autrefois, j’étais propriétaire d’une épicerie communautaire, au Nunavut, que j’ai dû placer sous tutelle. Notre facture d’électricité s’élevait à 40 000 $ par mois avant même qu’un quelconque aliment ne soit vendu. Donc l’électricité est un facteur très important.

La sénatrice Sorensen : Eh bien! Merci. C’est une réponse très intéressante. Madame Petit, c’est à vous.

Mme Petit : Pour ce qui est des répercussions, selon nous, ce qui est très important, c’est de travailler étroitement avec des partenaires du Nunavut. Nous ne comprenons pas la réalité. Avant de lancer nos programmes, je me suis rendue dans quelques collectivités. Cela m’a ouvert les yeux d’être dans une collectivité où vous avez un hôtel, mais aucun restaurant. C’est une réalité différente. Vous voyez les enjeux auxquels ces partenaires font face.

Il faut travailler en étroite collaboration avec eux et discuter de projets à long terme. Nous avons discuté d’un projet avec un certain joueur clé pour faire du développement au Nunavut. Si nous achetons ce genre d’équipement, dans diverses collectivités, nous devons examiner les répercussions et la situation à long terme. Qui s’assurera de leur bon fonctionnement, et tout cela?

Selon nous, il faut travailler avec un partenaire clé et appliquer une approche à plus long terme. Nous avons un projet de soutien — une serre — et maintenant, nous passons à une autre étape parce qu’il fonctionne très bien.

M. Boland : Merci.

Selon l’APECA, surtout pour ce qui est de la région de Nunatsiavut, il faut d’abord et avant tout comprendre les priorités de la collectivité. Vous essayez d’avancer, mais il faut seulement comprendre les collectivités et prendre le temps de travailler avec elles. Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement du Nunatsiavut pour comprendre les besoins de ses cinq communautés. Il y a cinq communautés dans cette région, et il faut s’y prendre un peu différemment pour savoir comment faire. Puis, il faut mettre nos programmes en œuvre et travailler avec ces communautés pour inclure de la flexibilité dans nos programmes de sorte qu’ils fonctionnent.

Un des gros problèmes qui revient tout le temps, c’est l’infrastructure logistique nécessaire pour s’assurer de pouvoir mettre en œuvre des chaînes d’approvisionnements dans ces régions. C’est important. L’infrastructure communautaire, comme les congélateurs et les serres, est vraiment une priorité, tout comme certaines composantes de cette infrastructure. Bien entendu, il y a toujours des inquiétudes quant à la main-d’œuvre disponible sur place pour vraiment faire fonctionner les installations que vous mettez sur pied.

La sénatrice Sorensen : Cela aide que ce soit des réponses similaires. Vous devez aller dans les collectivités. Merci.

La sénatrice McBean : Je siège aussi au comité des banques. Nous faisons une étude sur l’accès des PME aux marchés des capitaux et au crédit. Madame Petit, j’ai retenu deux ou trois choses que vous avez dites — vos 10 projets qui devaient coûter 3 millions de dollars qui ont fini par coûter 5,9 millions de dollars — et, monsieur Onalik, je vois que vous vous occupez aussi de l’emploi.

Nous avons beau examiner la question de la durabilité alimentaire, nous recherchons aussi la souveraineté régionale, quand les collectivités peuvent subvenir elles-mêmes à leurs besoins.

Hier, nous avons aussi écouté un représentant de la Banque des Premières Nations du Canada, et nous savons qu’il existe un crédit agricole, mais je ne sais pas si ce crédit-ci aide à développer ces aspects, et si cela relève de la BDC et d’autres sociétés d’État. Quels programmes fédéraux peuvent le mieux soutenir les petites et moyennes entreprises agroalimentaires dans les secteurs dans lesquels vous travaillez? Y a-t-il de belles histoires de réussite et y a-t-il des lacunes qu’il faudrait combler dans certains secteurs?

Je vais commencer par Mme Petit.

[Français]

Mme Petit : Tout d’abord, comme je l’ai mentionné un peu plus tôt, on appuie le développement économique dans différents secteurs. Le secteur agroalimentaire est l’un de nos secteurs. C’est quand même un secteur fort important au Québec.

Plus tôt, quand je parlais d’une dizaine de projets au montant de 3 millions de dollars, c’est pour le programme FICNI spécifiquement. Toutefois, on a une variété de programmes réguliers.

En matière d’investissements, j’ai eu récemment l’occasion de visiter certaines entreprises. Je pense à la Gaspésie, qui a connu des défis assez importants dans les dernières années. Il y a la baisse de la crevette. Donc, on a appuyé la communauté pour faire certaines études et identifier d’autres pistes. Une des pistes était le sébaste. Depuis, on a appuyé de petites entreprises de la région pour faire cette transformation et pour procéder à l’acquisition de nouvel équipement.

De plus, une entreprise que j’ai visitée il y a quelques années était spécialisée au niveau du homard. Il y avait quand même certains défis avec le homard, notamment avec les impacts au sujet de la réduction des ventes en Chine, donc un marché plus étroit. L’entreprise a décidé de se diversifier un peu avec le crabe des neiges. Ils ont donc eu besoin d’un nouvel équipement pour diversifier leur production.

On est présent et à l’écoute des besoins des différentes régions. Pour mes exemples, j’ai choisi la Gaspésie. Selon les régions, il y a d’autres réalités. On a des bureaux dans les différentes régions. On est à l’écoute des différentes problématiques selon l’endroit où elles se présentent. De notre côté, on a des programmes pour être en mesure de les appuyer.

[Traduction]

La sénatrice McBean : Merci. J’aimerais m’adresser à M. Onalik. Les programmes fédéraux dont vous vous servez sont-ils utiles pour obtenir du capital et des crédits? Y a-t-il un accès à l’échelle fédérale?

Mme Petit : En ce qui nous concerne, nous nous servons des subventions et des contributions — essentiellement des contributions — pour les PME. Nous travaillons avec divers partenaires pour pouvoir soutenir le projet avec eux; nous ne sommes pas seuls. Donc, dans le secteur agroalimentaire, nous travaillerons avec d’autres partenaires provinciaux également.

Donc, nous pouvons soutenir cela grâce à nos programmes réguliers.

La sénatrice McBean : Merci.

M. Onalik : À l’Agence canadienne de développement économique du Nord, nous tentons d’appliquer une approche la plus flexible possible pour nos subventions et contributions. Ce qui est intéressant, dans ces trois territoires, c’est que les idées proposées quant à la durabilité sont vraiment uniques. Le financement fédéral n’est pas toujours conçu dans le but d’encourager la durabilité et la croissance de notre troupeau de caribous, par exemple, mais, dans la région de l’Inuit Nunangat, c’est perçu comme un morceau très important du casse-tête qu’est la sécurité alimentaire.

Nous avons en fait constaté que l’accès au capital n’est pas toujours un facteur contraignant important. Dans des petites collectivités qui ne sont pas reliées à la route et où les chaînes d’approvisionnement sont très complexes, nous passons en fait beaucoup de temps avec des promoteurs à étudier les facteurs économiques sous-jacents à certains de ces projets, et à identifier des nouveaux marchés qui font en sorte que ces entreprises sont plus viables. C’est vraiment ce genre de flexibilité.

Pour ce qui est des commentaires au sujet de la capacité, vous ne savez pas nécessairement dans quelles communautés se trouveront les grands champions. Comme vous le savez tous, les gens qui œuvrent dans ce secteur sont incroyablement passionnés et très travaillants, puisqu’ils doivent toujours en faire plus. Il faut vraiment essayer d’égaler la capacité et traiter des facteurs économiques sous-jacents.

La sénatrice McBean : Puis-je vous interrompre? Avez-vous dit que vous n’aviez aucun problème à accéder à du capital?

M. Onalik : Je n’ai pas dit que nous n’avions « aucun problème », mais que ce n’est pas toujours le facteur le plus important. Quand nous travaillons avec une entreprise pour augmenter sa viabilité fondamentale, elle a accès à une plus large gamme de programmes privés et gouvernementaux. C’est pour cette raison que nous mettons l’accent sur nos contributions non remboursables, pour aider les collectivités à accéder au financement de la BDC ou à du capital privé.

La sénatrice McBean : D’accord, merci.

La sénatrice Hay : Je vais parler d’un univers dans lequel j’ai déjà travaillé. Tout d’abord, merci à vous tous d’être ici.

Il y a deux ou trois ans, en octobre, je me suis rendue à Iqaluit avec des collègues du secteur de la santé mentale des jeunes. Nous nous sommes rendus dans des épiceries, des dépanneurs, et ainsi de suite. Tout d’abord, laissez-moi vous dire que le coût des biens, en général, est incroyablement élevé. Puis il y a aussi une pénurie d’aliments frais. Je présume que l’énorme quantité d’aliments transformés à des coûts exorbitants est stable. Je l’ai vu.

Je me suis aussi demandé à combien s’élèveraient ces prix aux mois de janvier, février et mars, compte tenu des problèmes de la chaîne d’approvisionnement. Nous avons aussi fait du travail au Nunavik, et il ne fait aucun doute que l’insécurité alimentaire est un facteur déterminant de la santé en général.

Ma question concerne les investissements fédéraux dans l’innovation et les nouvelles façons d’offrir des aliments régionaux et locaux, comme encourager davantage les serres et les autres moyens d’augmenter la durabilité alimentaire. Selon vous, qu’est-ce qui est prometteur, qu’est-ce qui est réplicable et qu’est-ce qui entraînera des résultats réels? On a un beau jouet, et si nous faisons cela, ce sera phénoménal. Qu’est-ce qui est bien réel dans tout cela?

M. Onalik : Merci de la question. C’est tellement complexe. J’ai déjà supervisé des coopératives pour le gouvernement du Nunavut. Toutes les coopératives communautaires et les détaillants alimentaires devaient présenter chaque année leurs états financiers vérifiés. Ce n’est pas un secteur où les entreprises font de gros profits, et c’est difficile, dans ce secteur, de vraiment absorber tous les coûts. Il y a tant de facteurs, et je reviens toujours à la question de l’électricité. Il est très difficile, dans les trois territoires, d’accéder à l’électricité, et celle-ci coûte très cher.

Cette année, nous avons vécu l’hiver le plus froid jamais connu au Yukon. Le réseau électrique était à 2 % de s’effondrer, il est donc très difficile de maintenir les activités d’une entreprise dans de telles conditions. Honnêtement, nous avons tenté d’influencer tant le prix que l’accessibilité, et cela n’a pas donné grand-chose.

Je finis toujours par revenir sur le lien direct entre le taux d’insécurité alimentaire et le revenu médian. Ils sont directement liés, donc nous pouvons essayer de régler certains enjeux liés au coût, mais, essentiellement, tant que nous ne pourrons pas augmenter les revenus des familles afin qu’elles puissent se procurer certains aliments, cela ne servirait pas à grand-chose.

Il y a vraiment des débouchés intéressants en Arctique. Les annonces récentes de projets d’intérêts nationaux feront augmenter le nombre d’emplois comme jamais auparavant. Mais un des secrets les plus terribles, sur les trois territoires, qui nous pose problème, c’est qu’il y a une énorme pénurie de main‑d’œuvre.

L’une des choses dont l’Agence canadienne de développement économique du Nord est fière, c’est que nous passons beaucoup de temps à aider les gens à se préparer à occuper les 5 000 postes vacants répartis sur les trois territoires. Selon moi — et des gens beaucoup plus intelligents que moi travaillent sur ce dossier —, pour régler le plus rapidement le problème de l’insécurité alimentaire, il faut se concentrer sur les revenus.

Quand on commence à utiliser en même temps les leviers de coût et de profitabilité, dans les entreprises privées et communautaires, on finit par entraîner beaucoup de conséquences involontaires.

La présidente : Je vois que des personnes raturent des questions sur leur liste. C’était un excellent témoignage.

La sénatrice Burey : Nous avons un si bon groupe de sénateurs et sénatrices que nous renchérissons sur ce que le précédent intervenant a dit.

Nous essayons d’arriver à cette fameuse question complexe : quelles sont les conséquences de tout ce développement économique? Quels sont les résultats? Comment pouvons-nous les mesurer? Tout ce genre de choses qui, comme vous l’avez dit, sont des questions très complexes qu’il faut démêler.

Depuis le temps que vous occupez vos emplois actuels, disons peut-être une période de cinq ans, si vous êtes au courant, pouvez-vous nous dire ce qu’il en est de la cohésion sociale dans ce dossier? Pour ce qui est du développement économique — vous n’avez peut-être pas de chiffres mesurables —, pourriez‑vous nous donner une vue d’ensemble, car c’est très important?

M. Onalik : C’est une optique importante, en effet.

Comme je l’ai déjà dit, il faut de la passion et du dévouement pour faire avancer ces systèmes et ces entreprises, et il faut que les membres de la collectivité soient convaincus que cela aura une incidence. Honnêtement, nous avons de la difficulté avec cela. Certaines options nous sont présentées, comme des serres installées dans les conteneurs, par exemple. À Rankin Inlet, ma ville d’origine, nous ne restons pas les bras croisés en disant « J’aurais aimé avoir plus de chou kale ». Ce qui est complexe, c’est d’avoir un meilleur accès à de la nourriture, mais surtout à de la nourriture que les gens de notre culture veulent consommer.

Et, dans un environnement où la plupart des collectivités inuites et autochtones dépendent du caribou — et nous avons vu que la population de caribous décline —, comment tirez-vous le plus possible profit des débouchés qui permettent aux collectivités d’accéder à la nourriture qu’elles veulent? C’est complexe.

Certaines régions ont connu du succès, comme la région d’Inuvialuit, et c’est vraiment à la collectivité de trouver ses propres solutions d’une façon qui n’est peut-être pas évidente dans d’autres parties du pays.

Torrine Johnson, vice-présidente par intérim, Opérations pan territoriales, Agence canadienne de développement économique du Nord : Merci de m’avoir donné l’occasion de discuter avec vous. Je vous remercie vraiment de m’avoir invitée ici. Je me joins à vous depuis Whitehorse, au Yukon. Je travaille pour l’Agence canadienne de développement économique du Nord. Je suis vice-présidente. Pour ce qui est de la question sur la cohésion sociale, M. Onalik y a très bien répondu, et je n’ai pas grand-chose à ajouter. Nous avons travaillé sur de nombreux projets au fil des ans, comme les congélateurs communautaires, les usines de transformation animale et les épiceries. Nous avons mis en œuvre une gamme de programmes qui soutiennent toutes ces activités. Nous avons le plus d’impact quand nous travaillons avec les collectivités de façon holistique et intentionnelle.

J’aimerais mettre davantage l’accent sur les territoires; certains de ces projets innovateurs viennent des collectivités et sont axés sur les collectivités. Une des plus grandes réussites, c’est d’avoir un programme axé sur la collectivité et géré par la collectivité. Celle-ci trouve des solutions créatives adaptées à la région et aux conditions nordiques.

Je voulais seulement ajouter cela. Merci.

La sénatrice Burey : Merci.

M. Boland : Quand vous dites que la cohésion sociale étaye le développement social, il vaut la peine de rappeler que c’est très important pour les collectivités rurales et éloignées. Le leadership peut venir de n’importe où dans la collectivité, tout comme la passion dont vous parliez, pour faire avancer les projets. Ce sont dans les collectivités qui possèdent ces qualités et qui font avancer les choses que notre travail en tant qu’agence de développement économique avec le gouvernement du Canada est le plus facile, parce que nous y trouvons des gens prêts à faire avancer les choses et à être créatifs pour leur collectivité.

C’est là que vous voyez beaucoup d’innovations. Si ces qualités ne sont pas présentes, vous pouvez investir tout l’argent que vous voulez, mais il n’y aura jamais de traction et vous ne verrez jamais les résultats escomptés.

La sénatrice Burey : Merci beaucoup.

La présidente : Je voudrais changer un peu de sujet et poser une question. J’aimerais parler de l’aquaculture. Nous savons que c’est le secteur alimentaire qui connaît la croissance la plus rapide, et qu’il constitue un pilier essentiel de la sécurité alimentaire du Canada.

Nous avons constaté certaines divergences en matière de réglementation, de politiques et d’octroi de permis, particulièrement si l’on compare la côte Ouest à la côte Est. L’aquaculture est présente dans tout le pays, mais nous parlons précisément de cette divergence flagrante entre les politiques.

Dans le Canada atlantique, nous savons qu’il y a des mesures de soutien, comme les 473 000 $ récemment investis dans l’innovation au sein de l’Atlantic Canada Fish Farmers Association. J’ai dû vérifier le nom officiel; je n’avais que l’acronyme. Ensuite, sur la côte Ouest, nous savons que l’interdiction totale de la salmoniculture en cage en filet entrera en vigueur en 2029.

J’ai entendu dire que nous risquions de faire fuir des investissements incroyablement innovants qui contribueraient de manière significative à la sécurité alimentaire. Je regarde la mosaïque de la réglementation du pays, et cela m’inquiète beaucoup. Nous parlons de la manière d’améliorer notre sécurité alimentaire alors que nous repoussons cette source potentielle de protéine exceptionnelle et ce que je considère également comme un moteur économique dans de nombreuses communautés rurales des Premières Nations, en particulier à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve, où l’aquaculture est très présente.

Comment l’APECA harmonise-t-elle le tout? L’APECA a‑t‑elle des discussions avec le MPO à ce sujet? Je pose la question, car j’ai l’impression que la tendance en matière de réglementation évolue de la côte Ouest à la côte Est, ce qui suscite des inquiétudes.

M. Boland : Je laisserai le MPO parler de la réglementation en vigueur sur la côte Ouest. Sur la côte Est, la réglementation et l’octroi de permis relèvent des provinces. Tant que cela restera le cas, nous continuerons à collaborer avec nos partenaires provinciaux, mais aussi avec les entreprises et les collectivités qui se sont développées autour de l’aquaculture. Vous avez raison. C’est un moteur économique, en particulier dans les régions rurales du Canada atlantique, qui est formidable à voir compte tenu des lieux où cette croissance se manifeste. L’aquaculture représente une part importante de l’économie. La croissance y est forte. Nous continuons à voir des investissements. Nous continuons à voir des entreprises comme Cooke Aquaculture, originaire du Nouveau-Brunswick et présente dans tout le Canada atlantique, continuer à investir et à se développer.

Nous voyons cela à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans certaines régions de l’Île-du-Prince-Édouard. C’est un sujet qui revient souvent quand on évoque les différences entre la côte Est et la côte Ouest, mais nous continuons de voir des investissements et de la croissance. Pour les collectivités des régions où l’aquaculture est présente et en plein essor, nous constatons toujours un fort soutien, motivé par les débouchés économiques qu’elle génère.

La présidente : Y a-t-il une différence entre la manière dont l’octroi de permis est réglementé sur la côte Est par rapport à la côte Ouest?

M. Boland : Vous abordez là un sujet sur lequel je ne suis pas vraiment un expert, alors je vous suggérerais donc de vous adresser au MPO. D’après ce que j’ai compris, sur la côte Est, ce sont plutôt les autorités provinciales qui interviennent.

Mme Beckett : C’est ce que je comprends également. Nous collaborons étroitement avec le ministère provincial à Terre-Neuve-et-Labrador quand nous investissons dans le secteur agricole. Ce ministère joue donc un rôle dans l’octroi des permis, mais le MPO est l’expert en matière de réglementation globale dans cette région.

La présidente : En tant que représentants de l’APECA, vous arrive-t-il d’aider des secteurs comme celui de l’aquaculture à trouver les ressources nécessaires pour faire face à ce problème? Du point de vue des débouchés, il est très préoccupant de penser que nous pourrions voir à ce même type de freins réglementaires aux investissements. L’APECA a-t-elle un rôle à jouer à cet égard?

M. Boland : Il n’y a pas vraiment de prise de parole sur cette question. Nous concentrerions nos investissements sur certaines entreprises qui souhaitent investir ici, afin de nous assurer qu’elles comprennent bien que le gouvernement fédéral est là pour investir dans ces projets et les aider à aller de l’avant.

Nous profitons également de l’occasion, en partenariat avec les provinces de l’Atlantique, par le truchement de notre initiative pour le commerce et l’investissement au Canada atlantique, pour soutenir des initiatives comme le salon des produits de la mer de Boston, qui s’est tenu récemment, où de nombreuses entreprises aquacoles ont pu promouvoir leurs produits et où nous étions présents pour les soutenir également. Cela contribue grandement à démontrer notre soutien au secteur sur la côte Est.

La présidente : J’ai d’autres questions, mais je tiens à ce que tout le monde sache que je m’arrête à temps. Nous passons maintenant au deuxième tour.

La sénatrice Sorensen : Merci encore une fois. Nous entendons constamment dire que les défis en matière de sécurité alimentaire varient considérablement d’une collectivité à l’autre, mais qu’ils sont gérés par les collectivités elles-mêmes. Cela m’intrigue vraiment. Il est essentiel pour le rapport — nos études portent sur de nombreux domaines — que nous entendions des témoignages selon lesquels le plus grand défi réside dans l’autonomie et que la réussite passe par un partenariat avec la communauté. D’autres régions utiliseraient des termes différents. Je veux voir les mots « troupeau de rennes » et « caribou ». Je veux que vous sachiez à quel point ce témoignage est important et que nous reconnaissions qu’il est différent. Nos trois sénateurs du Nord, que ce soit au comité ou à la Chambre, s’efforcent constamment de nous expliquer à quel point leur monde est différent de celui dans lequel je vis, et, je pense, de celui dans lequel vivent la plupart d’entre nous ici présents aujourd’hui.

L’éducation que nous dispensent ces organisations est donc indispensable pour nous aider à comprendre.

Ma question est la suivante : dans quelle mesure les agences fédérales de développement régional coordonnent-elles efficacement leurs efforts avec les collectivités et vos organisations pour s’engager directement auprès de vous et de la collectivité afin d’être aussi efficaces que possible?

J’essaie de savoir si, quand le gouvernement fédéral intervient dans les régions du Nord, les gens sur le terrain comprennent bien ce qui se passe.

M. Onalik : C’est un point vraiment essentiel. L’une des choses que nous avons dû faire, en tant qu’organisation relativement récente, c’est avant tout — même si cela peut paraître insignifiant — d’être très présente au sein de la communauté.

Nous venons de valider notre plan de déplacements, et les trajets vers ces destinations sont coûteux. Elles sont difficiles d’accès. Mais il est vraiment important d’avoir des gens sur le terrain qui soient à l’écoute. On demande donc aux employés de CanNor d’être à l’écoute, mais on leur accorde également une certaine flexibilité dans le cadre des programmes pour qu’ils puissent s’adapter aux situations étranges qui surviennent souvent quand ils se rendent dans les communautés.

Ce qui a vraiment aidé CanNor — non seulement en matière d’alimentation, mais dans d’autres domaines —, c’est que nos principaux programmes offrent une incroyable flexibilité au moment de financer des projets auxquels une autre agence de développement régional, ou ADR, ne s’intéresserait peut-être pas. Nous consacrons beaucoup de temps à la planification et à des études très fondamentales afin de donner les moyens d’agir aux communautés.

La sénatrice Sorensen : Merci.

Stephen Traynor, vice-président, Politique, planification, communication et le Bureau de gestion des projets nordiques, Agence canadienne de développement économique du Nord : Si je peux ajouter quelque chose, dans bon nombre de nos programmes, nous écoutons d’abord, puis nous trouvons la solution qui vous aidera à atteindre votre objectif. Quelle est votre idée? Plutôt que de dire : « Voici notre programme, veillez à mentionner tous les mots clés, et ensuite nous verrons où cela s’inscrit. » C’est l’idée qui prime. Quel programme avons-nous qui y correspond? Nous avons le programme IDEENord, qui est vaste et flexible. Nous avons d’autres programmes plus ciblés, comme nos initiatives pour les communautés nordiques isolées. Il s’agit donc d’abord d’entendre l’idée, puis de trouver la solution et le programme de financement le mieux adapté.

Si cela vous aide à élaborer votre analyse de rentabilité, comme l’a dit la présidente, pour obtenir des fonds supplémentaires auprès d’un autre organisme dans le cadre d’un programme plus vaste, c’est là aussi que nous avons notre importance. Si vous souhaitez y parvenir, il arrive que les capacités ne se trouvent pas dans le Nord, et vous devez être en mesure d’élaborer l’analyse de rentabilité pour réfléchir et rassembler les éléments nécessaires afin de pouvoir tirer parti de ces autres fonds également.

La sénatrice Sorensen : Merci.

Mme Petit : Comme on l’a dit, il est très important de collaborer avec les partenaires sur le terrain et de s’y rendre avec une équipe dédiée. Je dis cela parce que nous couvrons l’ensemble du gouvernement, mais que nous nous rendons dans les différentes communautés. Depuis que nous avons mis en place le Fonds des initiatives pour les communautés nordiques isolées, le FICNI, en 2024, nous organisons régulièrement des réunions avec la haute direction pour discuter des projets et nous leur demandons : « Bon, qu’avez-vous en tête? Comment cela peut-il s’intégrer? Est-ce que cela correspond à ce programme? » Peut-être que nous pouvons l’intégrer dans notre programmation habituelle et prendre le temps de travailler avec eux pour développer le projet à un moment donné. C’est essentiellement une approche de codéveloppement dont nous avons besoin.

La sénatrice Sorensen : Se rendre dans ces régions coûte cher. Je sais que les comités sénatoriaux essaient. Vous avez décrit votre expérience d’une autre vie. Je sais qu’une délégation se trouve actuellement dans l’Arctique. Je voulais me rendre à Hyder, cet été, mais j’ai abandonné l’idée. Cependant, je vais au Yukon, et il est important que nous découvrions ces régions; j’encourage donc les sénateurs et les sénatrices à s’y rendre.

La sénatrice McBean : Je suis allée à Whitehorse, le mois dernier, pour les Jeux d’hiver de l’Arctique.

[Français]

Madame Petit, pouvez-vous nous en dire plus sur le projet de serre que vous avez mentionné et qui est en cours?

[Traduction]

Vous pourriez peut-être nous donner un peu plus de détails, car c’est l’un des projets qui fonctionne très bien.

Mme Petit : Quand je suis allée à Inukjuak, il y a deux ans, ils étaient déjà à l’œuvre. Nous avions approuvé un projet de serre, mais ils en avaient construit une petite juste pour s’assurer que tout fonctionnait bien et pour garantir sa réussite. J’ai eu l’occasion de visiter cette minuscule serre avant qu’ils ne commencent à en construire une plus grande. Les choses se passent très bien, et maintenant, ils souhaitent ajouter un volet éducatif, comme des cours de cuisine, à ce projet de serre, et ils continuent de la développer pour apporter davantage de soutien à la collectivité. Les différents partenaires de la collectivité participent au projet, garantissant ainsi sa réussite à l’avenir.

Si vous voulez plus de détails, je me ferai un plaisir de vous les fournir par écrit. J’ai tellement de projets, et je connais certains aspects de celui-ci, mais nous nous ferons un plaisir de fournir plus de détails au comité par écrit.

La sénatrice McBean : Ce serait formidable. J’aimerais beaucoup avoir des informations sur les débuts du projet, son évolution actuelle et ses perspectives d’avenir. Merci beaucoup.

La présidente : Merci à tous et à toutes. Comme vous avez pu le constater, nous pourrions continuer encore longtemps. J’en suis vraiment ravie, car je sais à quel point il est difficile pour vous de venir ici, et je suis reconnaissante que vous ayez fait l’effort d’être présents. Je regrette, madame Johnson, que vous n’ayez pas pu faire le voyage. Nous avons entendu la sénatrice Pat Duncan, à notre dernière réunion, et je sais que nous avons tous le plus grand respect pour ce que cela représente pour nos sénateurs et sénatrices, en particulier ceux du Nord et de la côte Ouest, de parcourir d’aussi longues distances chaque semaine pour assister à nos séances. Je vous remercie donc infiniment d’être ici et pour tous les efforts et le travail que vous avez consacrés à votre exposé et à vos réponses aux questions d’aujourd’hui. C’est essentiel pour alimenter le rapport.

(La séance est levée.)

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