LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le mardi 2 juin 2026
Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui, avec vidéoconférence, à 18 h 35 (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire au Canada et, à huis clos, pour discuter des affaires du comité.
La sénatrice Mary Robinson (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Honorables sénateurs et sénatrices, bienvenue à cette séance du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts. Je m’appelle Mary Robinson et je suis présidente du comité.
Bienvenue aux membres du comité, à nos témoins ainsi qu’aux personnes qui observent les délibérations en ligne.
J’aimerais d’abord souligner que nous nous réunissons sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinaabe.
Avant d’entendre les témoins, j’aimerais d’abord inviter les sénateurs autour de la table à se présenter.
La sénatrice Martin : Bonsoir. Je m’appelle Yonah Martin, et je viens de la Colombie-Britannique.
La sénatrice Burey : Bonjour et bienvenue. Je suis Sharon Burey, de l’Ontario.
La sénatrice McBean : Marnie McBean, de l’Ontario.
La sénatrice Hébert : Martine Hébert, du Québec.
Le sénateur Black : Robert Black, de l’Ontario.
La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, de la Saskatchewan; je viens du territoire visé par le Traité no 6.
La présidente : Merci.
J’inviterais également les sénateurs à consulter les cartes qui se trouvent sur la table pour obtenir des directives quant à la façon de prévenir les incidents de retour acoustique.
Aujourd’hui, le comité poursuit son étude du rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire du Canada.
Nous avons le plaisir d’accueillir en personne M. Darren Anderson, chef de la direction et cofondateur de Vive Crop Protection; et en ligne, nous recevons M. Jay Willmot, fondateur et chef de la direction de Haven Greens. Merci beaucoup de vous joindre à nous.
Nous allons d’abord entendre vos déclarations liminaires avant de passer aux questions des membres. Vous disposerez chacun de cinq minutes. J’essaierai d’attirer votre attention lorsque votre temps sera écoulé, alors je vous prie d’essayer de vous en tenir aux cinq minutes.
Monsieur Anderson, la parole est à vous.
Darren Anderson, chef de la direction et cofondateur, Vive Crop Protection : Merci.
Vive est une entreprise agrotechnologique canadienne dont le siège social se trouve à Mississauga, en Ontario, et il s’agit du seul développeur et fabricant canadien de technologies de protection des cultures différenciées, à la fois de versions améliorées de produits synthétiques existants, mais aussi de solutions de rechange biologiques de nouvelle génération.
Toutes nos solutions technologiques reposent en fait sur la nanotechnologie initialement mise au point à l’Université de Toronto.
Le secteur agricole du Canada contribue à hauteur de plus de 150 milliards de dollars par année au PIB, or il demeure structurellement surréglementé, sous-exploité et souffre de sous‑investissement en tant qu’actif stratégique national. L’ampleur de ce sous-investissement est frappante.
Au premier trimestre de cette année, les investissements de capital de risque dans des entreprises canadiennes en phase de croissance, tous secteurs confondus, sont tombés à une seule transaction de 1 million de dollars, alors qu’un trimestre typique en compte environ 140 millions.
Si le capital de croissance s’est pratiquement évaporé pour l’économie dans son ensemble, une très faible partie se rend jusqu’aux innovateurs agricoles qui en ont le plus besoin.
Nous faisons face à une occasion exceptionnelle. Avec les bons investissements et le cadre réglementaire approprié, le secteur agricole pourrait générer 100 milliards de dollars supplémentaires pour le PIB d’ici 2035 et faire du Canada le meilleur endroit au monde où mettre au point, mettre à l’essai et lancer des technologies qui renforcent la sécurité alimentaire, la durabilité et la compétitivité.
Cette base d’innovation existe déjà; elle est plus canadienne qu’on ne le croit généralement, qu’il s’agisse d’entreprises de détection des sols comme ChrysaLabs, d’entreprises de pulvérisation autonome comme Precision AI, ou encore de Vive, qui rend les intrants agricoles eux-mêmes plus précis.
Le but véritable, c’est la convergence de nombreuses technologies : des renseignements sur le sol, une application précise, de meilleurs intrants, la traçabilité et l’automatisation. Ce point de bascule est à notre portée, et il est canadien.
Même si nous sommes fièrement canadiens, nous avons commencé notre commercialisation aux États-Unis.
Nous avons obtenu notre première approbation d’un produit canadien sept ans après l’approbation du même produit aux États-Unis. Nous savions que le processus américain était plus rapide, et c’est pourquoi nous nous sommes tournés vers lui en premier. Cela a fait en sorte que les agriculteurs américains ont eu une longueur d’avance de sept ans sur une innovation toute canadienne conçue à l’aide de fonds canadiens.
Cette tendance s’est poursuivie. Aujourd’hui, Vive compte 11 produits commercialisés aux États-Unis et deux au Canada. Nos produits se retrouveront sur trois millions d’acres de terres agricoles aux États-Unis cette année.
Cette année, nous sommes fiers de protéger 100 000 acres de terres agricoles canadiennes et nous remercions la Direction de la réglementation des pesticides, ou DRP, de collaborer avec nous au lancement de notre deuxième produit à temps pour la saison de plantation annuelle, ce qui permettra de générer environ 1,5 million de dollars de productivité agricole accrue pour nos agriculteurs au cours de sa première année sur le marché.
Je pense que nous avons l’occasion de maintenir la rigueur et le fondement scientifique du système de réglementation du Canada, tout en le rendant plus prévisible, plus efficace et plus réactif aux innovateurs d’ici. À ce titre, nous formulons les recommandations suivantes.
Premièrement, nous devons réviser les consultations préalables à la commercialisation pour améliorer la transparence, la prévisibilité et la certitude. Une DRP plus ouverte et plus réactive aide les demandeurs à s’y retrouver dans le système, ce qui est beaucoup plus important pour un petit innovateur, comme nous, que pour une multinationale qui dispose d’équipes de réglementation interne dans chaque administration. Le résultat, ce sont davantage de produits antiparasitaires innovants qui parviennent jusqu’aux agriculteurs canadiens.
Deuxièmement, il faut poursuivre la reconnaissance réciproque, afin que le Canada devienne la plaque tournante d’un réseau de réglementation, et non seulement un centre qui reçoit les approbations plutôt que de les générer. Le projet de loi C-273 du député David Bexte s’intéresse notamment à cette question, avec la reconnaissance automatique des inscriptions provenant d’administrations de confiance, mais au bout du compte, cela transformera le Canada en entité qui reçoit les technologies de l’étranger.
Je propose que le Canada négocie des ententes bilatérales afin que l’approbation canadienne soit automatiquement reconnue dans les administrations partenaires — en Australie, au Brésil, au Royaume-Uni — et que la leur le soit également ici. Une entreprise étrangère qui reçoit l’approbation canadienne obtient elle aussi accès à ces marchés. Imaginez bâtir 5, 10 ou 20 de ces relations bilatérales et être le premier à le faire.
Les entreprises déposent une demande ici en premier parce que l’approbation au Canada ouvre des portes à ces marchés. Les multinationales présentent le Canada comme un pays stratégique de « première vague » de lancement. Les investissements affluent, les innovateurs d’ici comme Vive bénéficient d’un avantage intégré à l’exportation et, surtout, nos agriculteurs ont accès aux technologies les plus innovantes au monde. C’est la différence entre le fait d’être un centre ou une plaque tournante.
Notre troisième recommandation est de reconnaître les intrants agricoles en tant qu’actifs de sécurité alimentaire. Vive fabrique sa nanotechnologie au Canada, puis l’expédie aux États-Unis pour la fabrication de produits finis. Toutes ces expéditions transfrontalières présentent des coûts évidents et des défis logistiques. Ajoutez à cela les droits de douane, l’incertitude commerciale et la fermeture du détroit d’Ormuz, il est clair que le coût des intrants et les problèmes de la chaîne d’approvisionnement s’aggraveront avant de s’améliorer. Beaucoup de nos chaînes d’approvisionnement dans l’agriculture sont intégrées en Chine.
Vive et ses concurrents s’approvisionnent en matières premières à l’échelle de la planète, et la concentration de ces chaînes d’approvisionnement dans une ou deux administrations constitue une vulnérabilité en matière de sécurité alimentaire. Le rapatriement de la fabrication fait partie de la solution, et un système de réglementation qui soutient les fabricants canadiens en est une autre.
Sénateurs et sénatrices, le Canada a démontré qu’il peut agir rapidement s’il le veut. Nous avons dit que nous allions approuver des pipelines en deux ans; des infrastructures de plusieurs milliards de dollars, essentielles à l’édification de la nation. Si cela est possible, nous devrions assurément être en mesure de bâtir un système de réglementation permettant à l’innovation canadienne d’atteindre les agriculteurs canadiens en moins de la moitié de ce délai.
Merci. Je suis impatient de répondre à vos questions.
La présidente : Merci, monsieur Anderson.
Nous allons maintenant entendre M. Willmot. La parole est à vous.
Jay Willmot, fondateur et chef de la direction, Haven Greens : Madame la présidente, honorables sénateurs et sénatrices, merci de m’avoir invité à comparaître devant le comité. Sénateur Black et sénatrice McBean, je suis heureux de vous revoir. Le travail que vous menez sur la sécurité alimentaire au Canada compte parmi les travaux de politique publique les plus déterminants actuellement devant le Sénat. Je suis heureux d’avoir l’occasion d’en parler.
Je suis fondateur de Haven Greens et exploitant de troisième génération de Kinghaven Farms, à King City, en Ontario, et je suis également avocat en Ontario et directeur du conseil d’administration de la Chambre de commerce de King, dans le comté de King.
Il y a quatre ans, j’ai entrepris de convertir un centre d’entraînement intérieur pour les chevaux en première serre commerciale entièrement automatisée du Canada, afin d’appuyer l’évolution de l’entreprise agricole de ma famille. Je suis ici aujourd’hui pour vous faire part de ce que nous avons appris.
Pour commencer, le Canada importe plus de 90 % des légumes-feuilles consommés par les Canadiens, dont la grande majorité provient des États-Unis et du Mexique. En 2024, le Canada était le deuxième importateur de laitue en importance du monde. Cette vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement signifie que, lorsque la Californie fait face à des sécheresses, des inondations, des maladies des cultures, des pénuries de main‑d’œuvre, des crises du pétrole ou d’autres événements, les Canadiens constatent des pressions inflationnistes importantes sur leurs factures d’épicerie et se heurtent souvent à des produits de qualité inférieure, voire parfois carrément à des pénuries, sur les tablettes des magasins. C’est une réalité inacceptable pour un pays où près d’un résident sur quatre fait face à une certaine forme d’insécurité alimentaire au quotidien.
À cela s’ajoute le fait que les verdures importées figurent parmi les catégories présentant les risques les plus disproportionnés en matière de salubrité alimentaire et de contamination. L’Agence canadienne d’inspection des aliments, ou ACIA, a documenté 16 rappels à cause de la bactérie E. coli au Canada de romaine cultivée aux États-Unis entre 2010 et 2019, les éclosions connexes ayant tué au moins sept personnes en Amérique du Nord. Depuis, l’ACIA a imposé des tests obligatoires de la bactérie E. coli sur les importations de laitue romaine de la vallée de Salinas chaque automne — soit six années consécutives jusqu’à l’automne 2025 — parce que ce risque demeure non résolu.
En cultivant de la laitue ici, au Canada, dans des conditions contrôlées, nous sommes à même d’atténuer considérablement ces deux problèmes à la source.
Haven Greens a planté ses premières semences en février 2025, dans la foulée immédiate de la première déclaration de guerre commerciale par les États-Unis contre le Canada. Nos légumes-feuilles ont été bien accueillis sur le marché par les résidents canadiens de l’Ontario comme un produit du Canada attendu de longue date. En mai, nous expédiions notre produit à des épiceries de l’ensemble de la province. Aujourd’hui, notre produit est vendu chez Costco, Sobeys, Metro, No Frills, Tigre Géant ainsi que chez des épiciers indépendants dans huit provinces et commercialisé à l’appui du service alimentaire canadien d’un océan à l’autre.
Qui plus est, en 2025 seulement, Haven Greens a fait don de plus de 300 000 livres de légumes-feuilles frais et nutritifs au réseau des banques alimentaires de l’Ontario, en partenariat avec Deuxième Récolte, ayant ensuite été reconnu comme partenaire d’impact par Deuxième Récolte.
Depuis notre installation de cinq acres à King City, nous avons établi une production excédant les 12 000 livres de laitue sans pesticide prête à consommer chaque jour, toute l’année, beau temps, mauvais temps. Aucun pesticide, herbicide, ni fongicide ne touche nos produits. Nous utilisons 96 % moins d’eau et 96 % moins d’engrais que les cultures de plein champ. Nous visons à ce que notre produit atteigne les centres de distribution situés à une journée de route de notre serre en 48 heures ou moins, avec une fraîcheur accrue et une durée de conservation plus longue que les produits importés.
Nous valorisons notre milieu de culture en partenariat avec des exploitations locales de compost afin de produire des amendements de sol de surface contribuant à la réhabilitation et à la création de terres arables au Canada. Le centre a permis de créer plus de 50 emplois permanents à temps plein en Ontario et a été reconnu, en 2025, par la province comme lauréate de son prix Excellence en agriculture, dans la catégorie Excellence en recherche et en innovation.
Notre modèle d’agriculture pleinement automatisé est opérationnel, pas simplement expérimental. Il est commercial, évolutif et représente une occasion viable pour les agriculteurs canadiens de répondre à la demande nationale de légumes-feuilles dans un marché dominé par les importations étrangères et l’incertitude des chaînes d’approvisionnement. Avec une productivité par acre environ 35 fois supérieure à celle de l’agriculture traditionnelle, une empreinte terrestre modeste génère une offre intérieure considérable.
Nous prévoyons actuellement d’élargir notre serre pour la faire passer de cinq à dix acres, expansion qui nous donnera la capacité de produire plus de 25 000 livres de laitue par jour. Fait encore plus important, notre modèle agricole est économiquement viable, offre un produit abordable aux Canadiens et déploie des principes de circularité et de durabilité non seulement pour générer, mais pour accroître un rendement économique raisonnable et reproductible pour les agriculteurs canadiens.
La question qui se pose devant le comité est non pas de savoir si ce modèle fonctionne, mais plutôt comment le Canada peut déployer suffisamment d’exploitations semblables.
Cela dit, l’agriculture n’est pas facile même dans les meilleures conditions, et aucun projet entrepreneurial n’est entrepris sans qu’il soit nécessaire de tolérer l’incertitude ni le risque d’échec. L’agriculture intérieure de pointe exige un engagement, une expertise et des nuances encore plus grands. Pendant plusieurs années, nous avons fait face à plusieurs défis pour établir un plan d’affaires viable, mener les travaux de planification et d’autorisation auprès de notre municipalité et de la province de l’Ontario, ainsi que réaliser l’ingénierie de l’installation, l’approvisionnement, le financement, la construction et la mise en service.
Je n’aurais pas été en mesure de relever ces défis sans l’expérience cumulative de toute ma formation universitaire et professionnelle dans les domaines de la finance, des études environnementales et du droit, et même encore, sans l’aide et le soutien de ma famille ainsi que d’autres experts et conseillers, ici et à l’étranger.
Notre parcours met en évidence l’importance de fournir un accès aux outils et instruments éducatifs, financiers et expérientiels nécessaires aux Canadiens qui seraient prêts à assumer le rôle de producteurs agricoles primaires, mais qui ne savent pas comment s’y prendre ni ne disposent des ressources nécessaires pour le faire efficacement. Cela suppose de poursuivre et d’améliorer le soutien des programmes d’éducation nationaux visant à former les jeunes Canadiens à l’agriculture et de combler les rôles agricoles, qui seront bientôt délaissés par les agriculteurs canadiens vieillissants actuels.
De plus, les programmes de financement actuels ne sont généralement pas conçus pour soutenir adéquatement les nouveaux agriculteurs canadiens qui cherchent à investir dans l’entreprise en démarrage d’une nouvelle infrastructure agricole intérieure. Par exemple, des programmes comme ceux axés sur le mandat ainsi que la conception des produits de l’Agence fédérale de développement économique et de Financement agricole Canada sont orientés vers des exploitations agricoles traditionnelles. Il existe peu — voire pas — de programmes fédéraux d’immobilisation expressément conçus pour soutenir des investissements de grande envergure dans l’agriculture intérieure commerciale avant que l’entreprise soit rentable.
En outre, les infrastructures canadiennes d’entretien du site — qu’il s’agisse de l’accès à l’électricité, à l’eau, au gaz ou à d’autres services — ainsi que l’accès à des intrants essentiels à la culture, comme l’approvisionnement en semences et en nutriments végétaux, demeurent des défis majeurs pour les agriculteurs canadiens. À titre d’exemple, les réseaux électriques de l’Ontario et du Québec continuent de subir une pression croissante pour répondre à la poursuite du développement industriel. En Ontario, la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité, ou SIERE, a désigné l’agriculture intérieure comme l’une des sources de charge connaissant la croissance la plus rapide dans la province.
De plus, nos semences et nos intrants en engrais nous proviennent principalement de marchés internationaux, et les événements géopolitiques comme les guerres en Ukraine et en Iran ont démontré la grande susceptibilité au choc de la chaîne d’approvisionnement des agriculteurs canadiens dans ces deux catégories.
Par ailleurs, un appui stratégique aux projets visant à remédier à certains ou à l’ensemble de ces défis aurait un effet positif indirect sur la viabilité du développement et de l’exploitation continus de l’agriculture intérieure au Canada.
Je demande donc au comité trois choses dans son rapport final :
Premièrement, orienter les instruments fédéraux de capital, y compris Financement agricole Canada, ainsi que tout nouveau programme d’investissement souverain vers le développement de serres commerciales, en particulier dans les catégories de cultures où le Canada démontre des lacunes marquées de production intérieure par rapport aux intrants étrangers.
Deuxièmement, orienter le soutien fédéral pour la formation avancée de jeunes agriculteurs canadiens, y compris la formation avancée dans les domaines de la technologie agricole, de l’automatisation, de la mise en œuvre de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage machine dans les pratiques agricoles nationales.
Troisièmement, investir dans la nationalisation de notre chaîne d’approvisionnement. Cela passe notamment par le phénotypage des semences et la pelletisation adaptée aux conditions de culture canadiennes, la production d’engrais canadiens et la production d’électricité et le renforcement de la capacité de réseau dont la production alimentaire intérieure a besoin à grande échelle. Pour ce faire, il faut poursuivre le soutien aux agriculteurs qui proposent d’installer eux-mêmes une capacité accrue de production et d’entreposage de l’électricité sur place, afin de déplacer la charge et de soutenir le réseau.
En conclusion, je laisserai au comité une dernière réflexion : les Pays-Bas sont plus petits que la Nouvelle-Écosse, mais pourtant, il s’agit du troisième exportateur agricole du monde sur le plan de la valeur. Ce succès est le fruit de décennies d’investissements soutenus de la part du gouvernement, de l’industrie et du milieu universitaire.
Le Canada possède plus de terres, plus d’eau et plus de potentiel énergétique, ainsi que le talent correspondant. Nous ne sommes pas à la traîne parce que nous n’avons pas la capacité nécessaire; nous le sommes parce que nous n’avons, jusqu’ici, pas encore su tirer parti de notre véritable potentiel ni être à la hauteur de celui-ci.
Cela dit, en prenant des mesures proactives pour encourager les investissements et stimuler l’innovation, nous réussirons à bâtir, pour l’avenir, un système alimentaire canadien souverain, durable et sécuritaire.
J’aimerais remercier encore une fois le comité de m’avoir écouté aujourd’hui et je répondrai volontiers à vos questions.
La présidente : Merci, monsieur Willmot. Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Mesdames et messieurs, vous aurez chacun cinq minutes pour poser vos questions et entendre les réponses.
Le sénateur Black : Monsieur Anderson, la protection des cultures, l’utilisation de pesticides et la sélection des plantes constituent des éléments essentiels, mais souvent négligés, d’un secteur agricole et agroalimentaire performant. Pour être plus précis, à quels risques majeurs à la sécurité alimentaire ces outils et innovations souvent négligés tentent-ils de répondre?
M. Anderson : J’en conviens tout à fait, ces éléments sont souvent négligés. L’analogie que j’aime utiliser est que les produits de protection des cultures sont assimilables à des médicaments pour les végétaux.
Les cultures sont confrontées à des menaces importantes, qu’il s’agisse de mauvaises herbes qui les étouffent et entraînent des pertes de rendement considérables, de ravageurs ou de maladies. Ces ravageurs, maladies et pressions des mauvaises herbes évoluent considérablement au fil du temps également, ce qui explique en partie pourquoi les agriculteurs ont constamment besoin de nouveaux outils s’ils veulent relever ces types de défis.
Sans produits de protection des cultures, nous subirions des pertes importantes de rendement et de productivité, et au bout du compte, notre capacité de nourrir les Canadiens ainsi que le monde serait grandement affaiblie sans ces types d’outils.
Le sénateur Black : Merci. Monsieur Willmot, la première chose que je fais quand je vais à l’épicerie, c’est de rechercher les produits Haven Greens. Merci de ce que vous faites; c’est réjouissant.
Quelles innovations ou technologies ou quels investissements dans les infrastructures sont les plus importants pour que les produits frais soient disponibles toute l’année? Et pourquoi ces solutions n’ont-elles pas été conçues en fonction de la taille, du coût et de la fiabilité dont ont besoin les Canadiens, surtout dans les régions rurales et éloignées?
M. Willmot : C’est une excellente question, monsieur le sénateur. Je vous remercie de vos aimables paroles et de votre soutien à Haven Greens en magasin.
Je pense qu’il est important de reconnaître qu’il existe une capacité importante pour l’agriculture intérieure en Ontario; elle est toutefois concentrée dans plusieurs catégories de cultures.
Dans ma recommandation au comité, j’ai proposé que l’on se tourne vers des technologies qui soutiennent les types d’aliments fortement importés au Canada. En Ontario, nous disposons d’une excellente capacité de production de tomates, de concombres, de poivrons et de quelques autres fruits et légumes, comme les fraises. Les légumes-feuilles, en ce qui nous concerne, constituent la prochaine étape.
Je pense que, à partir de là, il incombe aux agriculteurs canadiens de trouver des moyens novateurs de soutenir d’autres formes d’alimentation. Nous comptons sur une bonne production calorique au Canada; la production de légumes racines est très élevée, et ces aliments sont largement exportés. Nous devons nous assurer d’avoir accès à des fruits, à des noix et à d’autres aliments du même genre, y compris des légumes-feuilles et des aliments que nous ne produisons pas ici. C’est pourquoi nous nous tournons vers des lieux éloignés au Canada.
Nous pouvons produire des aliments pour la population dans les petites régions; il s’agit simplement d’établir des chaînes d’approvisionnement réfrigérées dans ces régions, puis de mettre en place des routes pour le camionnage.
L’affaire, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de produire des aliments dans des régions données; il s’agit de produire à grande échelle et à un coût abordable et constant pour les Canadiens à long terme.
Nous avons établi nos activités près de la région du Grand Toronto, car il s’agit de la population urbaine la plus dense du Canada. Bien que cet emplacement soit avantageux, du point de vue du modèle d’affaires, notre objectif demeure de servir l’ensemble du pays.
J’estime important de reconnaître l’échelle et l’exploitabilité afin d’apporter ces solutions alimentaires à long terme. Il n’y a pas nécessairement lieu de s’établir dans des régions éloignées; il faut plutôt développer des infrastructures aux quatre coins du pays qui permettront de se rendre efficacement dans ces endroits.
Le sénateur Black : Chers collègues, si vous en avez l’occasion, Haven Greens est un excellent produit.
La sénatrice Martin : Merci beaucoup de votre témoignage inspirant, mais je souhaiterais vraiment que nous puissions en faire davantage maintenant. Il semble que vous ayez déjà beaucoup accompli, malgré le sous-investissement dans ce domaine, et la commercialisation est une de nos plus grandes faiblesses.
Nous disposons d’entreprises novatrices et d’excellentes idées, mais vous avez mis au point vos produits aux États-Unis, qui en ont donc profité en premier, sept ans avant le Canada. Merci d’être restés au Canada.
Pourriez-vous nous expliquer un peu plus les défis qui se posent au chapitre de la commercialisation au Canada? C’est un élément essentiel de ce qui se produit au sein de votre industrie.
M. Anderson : Je pense qu’il y a deux problèmes principaux, et je les ai effleurés dans ma déclaration liminaire. Le premier concerne l’aspect réglementaire, car les cycles réglementaires pour obtenir une approbation au Canada sont généralement plus longs, à la fois parce que les délais prévus par la loi sont plus longs, mais aussi en raison des exigences à respecter pour prouver efficacement que le produit fonctionne avant de présenter une demande d’approbation réglementaire; alors que, aux États-Unis, ces deux processus peuvent être menés en parallèle. Au bout du compte, cela donne une longueur d’avance réglementaire de deux à trois ans aux États-Unis. C’est pourquoi des entreprises comme la nôtre s’intéressent généralement en premier à ce marché.
Par ailleurs, le fardeau réglementaire finit aussi par être un problème, car les innovateurs mondiaux... et nous travaillons avec un certain nombre d’entreprises aux États-Unis... Nous essayons de les convaincre de ramener leurs produits au Canada, encore une fois, afin de fournir de nouveaux outils aux cultivateurs canadiens. Cela peut se révéler assez difficile en raison de certains des mêmes obstacles.
L’autre élément concerne quelque chose que l’autre témoin a également mentionné : le sous-investissement systémique dans l’agriculture par rapport à d’autres secteurs de l’économie. L’agriculture représente 7 % du PIB, mais si vous examinez l’endroit où les capitaux sont affectés par le gouvernement pour les initiatives de financement, on constate que le secteur reçoit autour de 2 %. Autrement dit, un rapport d’environ un pour trois et demi, bien en deçà de ce qu’il devrait être compte tenu de la situation actuelle.
Une chose qui a changé — et dont je me réjouis, puisqu’elle n’existait pas auparavant — est l’engagement de capital de FAC, qui cherche désormais à investir dans les entreprises en phase de démarrage et de croissance. Cette nouvelle réalité pourrait changer la donne pour les entrepreneurs canadiens, mais les sociétés d’État et les fonds publics ont une portée limitée. Nous devons trouver de meilleurs moyens de mobiliser le secteur privé afin qu’il investisse dans ces types de technologies et d’innovations.
L’une des conséquences d’un déploiement trop lent du capital dans des entreprises comme la nôtre… Vive a d’ailleurs eu 20 ans cette année. Je suis extrêmement fier du fait que nous connaissions du succès depuis 20 ans, mais la réalité est que, si nous avions reçu une offre d’achat de l’entreprise à notre 13e année, nous aurions probablement vendu. Certains de nos actionnaires initiaux, qui avaient investi tôt, allaient chercher à récupérer leur capital. Nous avons depuis réussi à racheter une partie de ces actionnaires, à rétablir la structure de l’entreprise et à réaffirmer notre engagement à long terme envers le Canada, mais cela tenait davantage à la chance qu’à quoi que ce soit d’autre.
Je crois qu’il nous faut vraiment mettre l’accent sur la rapidité — du point de vue réglementaire, commercial et de la mise à l’échelle — et que, comme pays, nous devons nettement faire mieux à cet égard.
La sénatrice Martin : Très rapidement — et peut-être que d’autres intervenants vous demanderont d’élaborer à ce sujet — en ce qui concerne la rapidité dans le processus… Il faut agir, saisir les occasions les plus évidentes. Quelles sont, selon vous, les mesures que nous pourrions mettre en œuvre dès maintenant et éventuellement recommander dans notre rapport?
M. Anderson : Il y a deux ou trois points. La Direction de la réglementation des pesticides a déjà commencé à faire confiance à des administrations étrangères reconnues. Où se trouvent donc les données qui ont été examinées par les administrations étrangères... pourquoi réinventer la roue? C’est excellent, mais ce serait beaucoup plus utile si l’on parvenait à réduire le temps qu’il faut pour obtenir une approbation réglementaire. J’aime le fait que l’on puisse travailler plus efficacement, du point de vue du gouvernement, mais plus vite nous parvenons à mettre les produits sur le marché, mieux c’est.
L’autre recommandation que nous formulons consiste à adapter les délais de décision à la saisonnalité. Il peut sembler ne pas y avoir beaucoup de différence entre un délai d’approbation de 12 mois et de 14 mois, mais la réalité est que si 14 mois signifient que l’on rate la saison, et que 12 mois signifient que le produit est accessible aux producteurs, c’est une différence considérable. Le simple fait d’essayer d’adapter le moment où les décisions sont prises en fonction des besoins réels des agriculteurs constituerait déjà une avancée considérable.
La sénatrice Martin : Si vous avez plus de temps après les questions des autres sénateurs, j’aimerais connaître votre avis sur les autres modifications ou changements réglementaires que nous devrions apporter. Merci.
La sénatrice Muggli : C’est votre jour de chance, sénatrice Martin, parce que vous étiez sur la même longueur d’onde que moi sur cette question. Monsieur Anderson, n’hésitez pas à poursuivre dans la même veine. Pouvez-vous nous parler du processus parallèle utilisé par les États-Unis, qui semble leur procurer un avantage?
M. Anderson : Il y a deux ou trois aspects de notre expérience aux États-Unis qui nous ont particulièrement marqués et qui diffèrent de ce que l’on connaît au Canada. En général, lorsque vous soumettez un dossier réglementaire en vue d’une approbation, les États-Unis n’exigent pas de vous que vous prouviez l’efficacité du produit. Leur philosophie générale est qu’il appartient au marché libre de déterminer si un produit est efficace. Je sais que quelques personnes présentes dans la salle travaillent dans le domaine agricole, et je pense qu’elles s’accorderaient toutes pour dire qu’il est peu probable qu’un agriculteur achète un produit qui ne fonctionne pas. Cela fait partie de l’avantage réglementaire qu’ont les États-Unis.
Je pense sans aucun doute que, au Canada, si nous voulions garder l’exigence de prouver que le produit fonctionne, c’est évidemment quelque chose qui pourrait être fait soit comme condition d’enregistrement, soit après l’approbation réglementaire, afin que l’entreprise puisse le faire en parallèle, et que la Direction de la réglementation des pesticides puisse recourir à un contrôle a posteriori pour l’examiner.
La deuxième différence majeure était que les États-Unis avaient une vision beaucoup plus claire de la manière d’évaluer les nouvelles technologies. Dès le départ, ils ont pu nous donner des orientations beaucoup plus claires sur le fait d’avoir quelque chose de nouveau. Voici les risques que nous cernons potentiellement, et voici les études que nous aimerions voir afin de pouvoir évaluer ces risques et garantir que les produits peuvent être utilisés en toute sécurité lorsqu’ils sont utilisés conformément aux indications.
Ce processus n’existait pas vraiment dans la même mesure au Canada. Je pense que cela s’explique en partie par le fait que le Canada n’est pas souvent le premier à adopter les nouvelles technologies, mais c’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. Si nous parvenons à agir plus rapidement, à fournir les approbations réglementaires, et si nos approbations ont du poids dans les administrations étrangères, alors nous entrons vraiment dans une dynamique où nous commençons à être les premiers à obtenir des résultats. Nous commencerons alors à nous entraîner davantage à donner des directives plus claires. Nous avons rencontré un problème : on nous a donné des directives, nous avons fait les recherches, puis on nous a posé d’autres questions de suivi, et pour utiliser une analogie canadienne traditionnelle, c’était un peu comme patiner vers l’endroit où se trouve la rondelle plutôt que vers celui où elle va se diriger.
La sénatrice Muggli : Je vais passer à M. Willmot. Je voudrais vous poser deux ou trois questions. J’ai un ami qui travaille dans le secteur des serres; il est propriétaire d’Inspired Greens, dans le comté de Lethbridge, où l’on trouve d’ailleurs des produits vraiment délicieux. Pensez-vous que nous, c’est‑à‑dire le Canada, pourrions ne plus avoir besoin d’importer de légumes-feuilles? Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour en arriver là?
M. Willmot : C’est une excellente question, madame la sénatrice. On m’a beaucoup posé cette question, étant donné que, lorsque j’ai commencé à planifier Haven Greens, nous importions plus de 97 %. J’ai dit que le chiffre de plus de 90 % était tout à fait défendable. Je ne sais pas quel est exactement le pourcentage actuellement, et au cours de l’année dernière, trois grandes serres à des fins commerciales ont ouvert leurs portes au Canada, la nôtre étant en tête, et nous avons pu faire en sorte que le pourcentage passe de 97 à 94 %. Il y a encore beaucoup de travail à accomplir. Je ne pense pas que nous puissions régler le problème au cours de cette décennie. C’est un travail qu’il faut commencer dès maintenant. Si l’on prend l’exemple des producteurs de tomates canadiens, vers 1990, nous étions dans une situation similaire. À l’époque, la culture de la tomate était un peu plus avancée; environ 20 % de la production se faisait en serre, et environ 80 % dans les champs. Aujourd’hui, ce ratio s’est pratiquement inversé. Tout cela en une trentaine d’années.
Je pense que si nous continuons d’appliquer une méthodologie d’investissement capable de soutenir les investissements canadiens dans ce domaine, nous pourrions probablement obtenir un résultat similaire dans le secteur des légumes-feuilles, dans un délai comparable.
La sénatrice Muggli : J’allais vous demander si vous pensez que nous pourrions aller au-delà des légumes-feuilles, pour que nous puissions un jour, d’une manière ou d’une autre, cultiver des légumes racines et des fruits en serre.
M. Willmot : Des fruits, assurément. Les légumes racines, nous sommes très bons dans ce secteur. Au Canada, les légumes racines ont une saison de croissance plus longue et peuvent être conservés en chambre froide beaucoup plus longtemps. Nous sommes doués pour cultiver des légumes racines en plein air. Il est important de garder à l’esprit que l’agriculture en serre n’est pas destinée à remplacer complètement l’agriculture en plein champ; elle est conçue pour fonctionner en parallèle. Quand on parle de souveraineté alimentaire et de sécurité alimentaire, il est important de se demander où nous avons le plus d’impact et quels problèmes nous résolvons réellement. Je dirais que les légumes racines peuvent rester en terre, faute d’une meilleure expression, mais les fruits, sans aucun doute... Je pense que nous assistons actuellement à des avancées dans le domaine des fruits tendres. Les fraises sont à la fine pointe de la recherche et du développement, mais nous assistons, sans aucun doute, à l’émergence de la possibilité de cultiver en intérieur d’autres fruits tendres, et de la possibilité que le Canada augmente de manière considérable sa capacité de production nationale de ces produits, certainement.
La sénatrice McBean : Monsieur Willmot, je ne vous ai presque pas reconnu sans votre résille et votre combinaison. La cravate vous va bien. J’aimerais poursuivre sur la question des investissements. Si je me souviens de l’histoire de Haven Greens, vous aviez accès à une quantité importante d’énergie solaire pour lancer votre entreprise, si je ne me trompe pas. À quoi ressemblerait Haven Greens si vous n’aviez pas eu accès à cette énergie solaire alors que vous en disposiez déjà?
M. Willmot : C’est une excellente question, madame la sénatrice, et je suis content que ma tenue soit un peu plus adaptée à cet endroit aujourd’hui, mais la résille me manque quand même.
Cela fait déjà quelque temps que je m’efforce de faire évoluer l’exploitation agricole familiale. J’ai déjà dit que l’agriculture en serre tunnel est difficile. Nous nous réveillons tôt. Nous avons travaillé d’arrache-pied et, au milieu des années 2000, avant que nous ayons commencé à investir dans les énergies renouvelables à Kinghaven Farms, nous avions envisagé de fermer l’exploitation agricole. C’est à ce moment-là que nous nous sommes demandé s’il était judicieux de continuer. Il est certain qu’il y avait des pressions d’expansion dans notre zone à King City. On assistait à un véritable essor immobilier. C’était aussi à l’époque de la crise financière de 2008. C’était très difficile à bien des égards, et ce virage initial vers les investissements dans les énergies renouvelables nous a permis de survivre. C’était une pièce essentielle des investissements dans les infrastructures qui nous a permis de poursuivre notre activité agricole et nous a permis de continuer d’apprendre et d’essayer de nouvelles choses. Cela m’a permis de consacrer plus de temps à mon autre activité professionnelle, de me lancer dans l’agriculture verticale et de faire des erreurs. Ce n’est pas comme si Haven Greens était apparu du jour au lendemain, que nous étions tout de suite devenus des génies et que nous avions tout réussi du premier coup. Cela a été un défi de longue haleine, en constante évolution.
Sans cette première expérience avec une technologie durable qui nous a permis de persévérer, nous ne serions jamais arrivés là où nous en sommes aujourd’hui. C’est une excellente question. Je dirais qu’il faut tout mettre en œuvre pour que les familles et les agriculteurs canadiens puissent faire cette transition et mettre en place les infrastructures nécessaires pour garantir la souveraineté et la sécurité alimentaire du Canada.
La sénatrice McBean : Je me demandais si cela vous avait donné un avantage en ce qui concerne les coûts des infrastructures? Vous avez dit que les capitaux de croissance étaient devenus rares, et je me demande quels sont les outils disponibles au Canada. Je sais que vous êtes allés aux États-Unis, mais dans quelle mesure des outils comme Financement agricole Canada ou la Banque de développement du Canada ont‑ils été efficaces? Je sais que vous dites qu’ils ne sont pas vraiment harmonisés, mais vous pourriez peut-être nous expliquer cela. Je vais passer à vous, monsieur Anderson, et peut-être revenir à vous, dans un instant, monsieur Willmot.
M. Anderson : Ils ont été importants pour nous. Je tiens à préciser cela. Au Canada, il existe des outils qui aident vraiment les entreprises comme la nôtre à atteindre un certain stade. Ce qui manque souvent, selon moi, du moins, c’est ce genre de capital de croissance accélérée. Je pense que vous avez tous déjà entendu quelqu’un dire, à un moment ou à un autre, que nous sommes un pays de pilotes. Nous excellons dans la création d’entreprises, mais si on cherche à rassembler 10, 20 et 30 millions de dollars de capital, il est très difficile de le faire ici. L’écosystème d’investissement n’est tout simplement pas suffisamment développé, ce qui est une honte, car il existe un nombre considérable de technologies canadiennes vraiment puissantes et prometteuses qui pourraient véritablement permettre de créer ces entreprises quelque part ici, dans le pays. Mais dans ces premières étapes, nous avions le soutien de la Banque du développement du Canada et de Technologies du développement durable Canada. Ces soutiens ont été importants pour nous, et nous ont aidés à créer l’entreprise et les bases nécessaires pour pouvoir passer à la vitesse supérieure.
La sénatrice McBean : Je reviens à vous, monsieur Willmot. Je sais que vous voulez vous développer. Nous avons parlé de dépasser les 94 %. Comment pensez-vous obtenir des investissements? Où cherchez-vous des investissements pour développer votre entreprise?
M. Willmot : Je pense que ce sont en grande partie les mêmes sources que celles mentionnées par M. Anderson. Haven Greens se trouve donc exactement dans la même situation que ce dont il parle. Pour pouvoir réaliser l’expansion de cinq acres dont nous avons parlé, il fallait un investissement considérable. La construction de serres de pointe nécessite des millions de dollars par acre, et je crois comprendre votre première question : nous envisageons de mettre en place des installations d’énergie renouvelable sur un même site afin de maintenir une tarification énergétique efficace à long terme, ce qui entraîne des coûts supplémentaires dans le modèle d’investissement. Nous devons nous tourner vers le marché. Nous nous tournons vers les Financement agricole Canada, les Banque de développement du Canada et les Exportation et développement Canada du monde, vers les fonds de capital de risque privés, les fonds de capital-investissement et d’autres agriculteurs, y compris nos banques de l’actuelle Annexe I et les autres banques de l’Annexe I qui élaborent des solutions de financement qui pourront contribuer à l’expansion, mais c’est très difficile à faire.
C’est là que j’ai souligné, dans ma déclaration préliminaire, que nous devons trouver des moyens d’aider les Canadiens qui ne disposent pas de ces modèles d’affaires éprouvés et trouver un moyen d’y parvenir, parce que c’est très difficile. La plupart de ces programmes et institutions exigent deux ou trois années d’états financiers vérifiés. Ils exigent que votre entreprise soit déjà en activité avant d’accepter de discuter avec vous de cet investissement ou de cette expansion.
Trouver de nouveaux moyens de former les gens et leur donner les moyens de réunir ce capital de démarrage dans des secteurs d’infrastructure très capitalistiques seraient d’une importance capitale pour le Canada, car cela va lui permettre de faire avancer son programme visant à mettre en place une production nationale de fruits et légumes.
La présidente : Je tiens à préciser que la sénatrice Sorensen s’est jointe à nous depuis que nous nous sommes présentés. Merci d’être ici.
La sénatrice Burey : Merci beaucoup d’être ici. Je suis heureuse de vous voir au comité. Bien sûr, mes collègues ont d’excellentes questions. Je vais approfondir certaines questions, et j’ai une question pour chacun des témoins experts.
D’abord, je dois dire que j’ai des produits de Haven Greens dans mon réfrigérateur. Qui d’autre peut en dire autant? Je suis heureuse d’avoir parmi nous un jeune agriculteur aussi passionné. Je suis pédiatre, comme vous le savez peut-être, je trouve donc cela formidable de voir une telle passion.
Vous avez parlé dans vos recommandations — et j’aimerais que vous vous penchiez sur ce point — de la formation avancée des Canadiens et du rôle de l’intelligence artificielle. À quoi cela ressemblerait-il, et pourriez-vous nous en dire davantage à ce sujet?
Je vais poser mon autre question à M. Anderson, pour ne pas manquer de temps. Vous avez parlé des différents types de solutions de rechange biologiques en matière de protection des cultures. Pourriez-vous nous en parler plus tard?
Nous commencerons par vous, monsieur Willmot.
M. Willmot : Merci beaucoup. J’espère que la laitue tient le coup dans votre réfrigérateur.
Pour répondre à votre question, la formation dont je parle est notamment dans le domaine de la culture en serre de pointe, qui est le domaine spécifique dont je parle; nous constatons qu’elle fait largement appel à l’apprentissage automatique. Il faut mener à bien un vaste travail de saisie et d’analyse des données, tout en acquérant une compréhension approfondie et nuancée des machines de pointe, le tout étant coordonné et piloté par un système de contrôle algorithmique. Aujourd’hui, nous examinons des choses comme l’IA générative intégrée à ces systèmes.
Nous mettons actuellement en place Claude Enterprise sur les plateformes de données existantes que nous exploitons dans notre serre. Il faut donc veiller à ce que les jeunes agriculteurs sachent à quoi s’attendre lorsqu’ils entrent dans une installation comme celle-ci. Nous appelons cela les STIM — science, technologie, ingénierie et mathématiques — intégrées, car chaque aspect d’une exploitation traditionnelle est présent dans ces installations de pointe, et les gens doivent être prêts à en appliquer les principes scientifiques. Il faut être prêt à comprendre comment les capteurs fonctionnent ensemble. Il faut comprendre les systèmes de pointe, compliqués et interopérables. Il faut comprendre le matériel de pointe et toutes les données qui soutiennent ces activités.
C’est un projet très ambitieux, mais ce qui est passionnant, c’est que là où de nombreux jeunes agriculteurs hésitaient à reprendre certaines exploitations agricoles traditionnelles, ce genre d’initiative leur donne un nouvel élan. Pour répondre à votre question, sur le fait d’attirer les jeunes dans ce domaine, je parle de les former. Parfois, il s’agit surtout de susciter leur intérêt et de leur donner l’énergie nécessaire pour se lancer. C’est en quelque sorte les deux aspects qui vont de pair — si je puis dire —, mais il faut offrir ces programmes, et il faut également donner aux gens l’occasion de se passionner et de se motiver.
La sénatrice Burey : Merci beaucoup. Par souci de temps — nous pourrions parler de cela encore longtemps —, monsieur Anderson, allez-y.
M. Anderson : De très nombreuses recherches sont actuellement menées sur ce que j’ai qualifié de solutions de rechange biologiques de nouvelle génération. C’est-à-dire lorsque vous utilisez un extrait végétal, une bactérie ou un peptide pour résoudre un problème à la ferme. L’utilisation de ces matériaux peut offrir des avantages considérables. Ils ont tendance à être très biodégradables. Ils ont tendance à être très spécifiques, ils vont donc spécifiquement cibler le parasite, la maladie ou la mauvaise herbe. Pour cette raison, ils ont tendance à bénéficier généralement de délais réglementaires plus courts et de coûts moins élevés. Aujourd’hui, la plupart des avancées dans le domaine de la protection des cultures concernent des solutions d’origine biologique de nouvelle génération.
Le problème lié à ces produits, c’est que tout ce qui se trouve dans l’environnement a tendance à vouloir les manger ou à les dégrader. Il est difficile d’avoir un produit qui fonctionne dans des conditions réelles. Il y a des problèmes liés aux coûts et quelques autres aspects. C’est une technologie qui en est encore en phase de démarrage, mais elle offre de très nombreuses possibilités. Si l’on se projette dans l’avenir de l’agriculture dans 30 ou 40 ans, une grande partie de celle-ci reposera sur ces solutions d’origine biologique.
La réalité, c’est que les aspects réglementaires dont j’ai parlé contribuent à tout cela également. Plus vite on peut mettre ces produits réglementés sur le marché, plus vite on peut commencer à mettre ces outils novateurs entre les mains des agriculteurs, et plus vite les entreprises novatrices peuvent se développer. Il s’agit d’une véritable occasion ici, pour nous, en particulier comparativement à nos voisins du Sud. Il y a environ un an, l’EPA américaine — je ne connais pas les derniers chiffres — avait environ 85 ingrédients actifs biologiques en cours d’examen, et disposait des effectifs nécessaires pour en enregistrer cinq par an.
C’est une véritable occasion pour le Canada d’être un chef de file dans ce genre de technologie, grâce au type d’innovation réglementaire dont je parle ici. Encore une fois, si nous parvenons à conclure des accords bilatéraux où les gens peuvent venir ici avant de s’implanter dans d’autres pays, cela peut créer un effet boule de neige extrêmement puissant.
La sénatrice Burey : Anticiper l’endroit où la rondelle va se trouver... ce genre de réflexion. Merci.
[Français]
La sénatrice Hébert : Restons sur la question de la réglementation.
Dans la mise à jour budgétaire, il y a des mesures touchant la culture en serre, mais aussi des mesures visant à alléger la rigidité réglementaire à laquelle l’industrie fait face. Je pense notamment aux mesures prévues dans le projet de loi C-30 — que le Comité sénatorial permanent des finances nationales étudie actuellement —, concernant l’Agence canadienne d’inspection des aliments et la Loi sur les produits antiparasitaires, où l’on vient introduire les notions de sécurité alimentaire et de sécurité économique dans l’application de ces lois.
Des témoins nous ont dit que ces mesures favoriseraient effectivement l’innovation dans l’industrie et qu’elles seraient susceptibles de soutenir son expansion. J’aimerais vous entendre à ce sujet et savoir si vous pensez qu’il y a des conditions qui sont rattachées à cela et qui devraient être mises en œuvre dans la foulée de ces changements réglementaires imminents.
[Traduction]
J’ai 30 secondes de plus pour le français.
La présidente : Plutôt 30 secondes de moins.
M. Anderson : Je suis tout à fait favorable à la modification du mandat de la Direction de la réglementation des pesticides qui était proposée dans le projet de loi C-30, ainsi qu’aux modifications apportées au projet de loi C-31 concernant l’examen à long terme de certains de ces produits. Dans les deux cas, le dernier vise davantage à gagner en efficacité. Il s’agit surtout de se concentrer sur les produits susceptibles de poser problème, et nous savons que nous avons des défis à relever. Il faut déployer les ressources là où elles auront le plus d’impact; c’est une façon très judicieuse d’aborder les choses.
L’ajout d’une perspective économique au mandat de la Direction de la réglementation des pesticides est une chose que j’ai défendue et qui a le potentiel d’avoir des répercussions vraiment importantes sur la façon dont les organismes de réglementation perçoivent les nouvelles technologies et les nouveaux produits, car c’est souvent dans ce domaine que ces problèmes se font le plus sentir, étant donné qu’il s’agit de nouveautés. On veut vraiment s’assurer que l’on comprend cet aspect.
Le fait d’adopter cette perspective lorsque les organismes de réglementation examinent les nouvelles technologies aura un impact considérable, car cela favorise le dialogue avec eux sur les compromis à faire. La réalité, c’est que tout ce que nous faisons dans la vie est une question de compromis. Compte tenu de la situation dans laquelle le Canada se trouve aujourd’hui, il est important que nous puissions avoir cette discussion sur les différents compromis, lorsque nous prenons des décisions et que nous puissions examiner les choses sous plusieurs angles à la fois.
La sénatrice Hébert : Monsieur Willmot, avez-vous quelque chose à ajouter?
M. Willmot : Je m’excuse, madame la sénatrice.
Vous avez fait mention du développement des serres dans le contexte des modifications réglementaires qui ont été apportées au projet de loi C-30. À ce sujet, au palier fédéral, il existe de nombreux mécanismes incitatifs qui pourraient être mis en œuvre, qui sont éventuellement plus efficaces pour soutenir les projets de développement d’infrastructure importants. Nous avons constaté une utilisation efficace dans le domaine de l’énergie de choses comme le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres, et il existe des programmes destinés aux constructeurs d’infrastructure de pointe dans le domaine de la culture en serre qui permettent de tirer parti de ces possibilités.
Je crois que le gouvernement fédéral a l’occasion d’aller au-delà de la simple mise en place de cadres réglementaires dans le domaine du financement; il peut également trouver des moyens de travailler en collaboration avec les provinces afin de renforcer la capacité de mettre en place de nouvelles installations, puis, encore une fois, de soutenir les travaux d’aménagement et les infrastructures nécessaires à la construction de ces installations pour qu’elles puissent être construites et mises sur le marché.
En ce qui concerne les initiatives fédérales, il y a éventuellement certaines possibilités qui pourraient être envisagées dans le cadre réglementaire. Il y a le Programme d’encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement, ou les crédits à la RS & DE. Ces crédits ont été modifiés. C’est un programme avantageux, en particulier les crédits à la R-D qui portent sur les dépenses en immobilisations dans le cadre de la construction de nouvelles installations. C’est très avantageux. C’est une chose dont nous avons l’intention de tirer parti à Haven Greens pour concevoir de nouveaux systèmes qui peuvent éventuellement s’adresser à différents marchés, comme les épinards et les herbes aromatiques, dont la culture devient plus facile et dont nous devons pouvoir augmenter la production pour qu’ils soient rentables sur le plan commercial.
C’est une question complexe. Nous devons faciliter aux gens l’accès à ces programmes. Encore une fois, le véritable défi, c’est que pour bon nombre de personnes, le seuil à franchir pour parvenir à mettre cela en pratique est très élevé. Il est vraiment important de combler cette lacune, et c’est là l’élément essentiel que le gouvernement canadien doit prendre en considération lorsqu’il réfléchit à la manière de faire progresser davantage la culture en serre au Canada.
La présidente : Nous avons récemment discuté du fait que le français est une langue beaucoup plus riche, ce qui fait qu’il faut beaucoup plus de temps pour faire passer un message.
La sénatrice Hébert : C’est l’interprétation. Nous perdons des secondes pour cette raison.
La présidente : Je prendrai cela en considération.
Avant de passer à davantage de questions, je voulais vous poser une question, monsieur Willmot. Je m’interrogeais sur la composition de votre personnel. Je sais que, en 2022, le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture a publié un document portant que ses recherches ont montré que les principaux producteurs ont perdu 3,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires parce qu’ils n’ont pas réussi à pourvoir des postes dans les exploitations agricoles. Nous savons qu’un tiers des postes dans le secteur agricole qui sont publiés ne reçoivent aucune candidature; personne ne s’intéresse à ces emplois. Nous savons que cela témoigne d’une dépendance accrue envers le Programme des travailleurs étrangers temporaires et d’autres sources de main-d’œuvre étrangère.
Pour faire suite à la question de la sénatrice Burey, j’aimerais que vous nous en disiez un peu plus sur la composition de votre personnel dans votre entreprise.
M. Willmot : Tout à fait. Vous avez soulevé d’excellents points : la dépendance du Canada à l’égard des travailleurs étrangers temporaires pour combler les véritables pénuries de main-d’œuvre est un problème important dans le secteur agricole, et c’est un aspect que nous avons absolument pris en considération lorsque nous avons conçu la phase 1 de l’installation de Haven Greens.
Pour mieux comprendre ce que l’automatisation permet de réaliser, dans un environnement de serre normal, on pourrait avoir 16 à 20 cultivateurs — des cueilleurs, des exploitants et des producteurs — qui travaillent dans la serre. Pour notre installation de cinq acres, il pourrait y avoir 80 à 100 personnes qui travaillent à l’intérieur de la serre, en tout temps. Dans nos serres, on peut y aller plusieurs fois dans la journée et ne voir personne. Nous exploitons cette installation avec quatre membres du personnel cultivateur, chaque jour.
Voilà l’impact. Il s’agit d’un impact très concret sur la main‑d’œuvre nécessaire à l’exploitation d’actifs agricoles très productifs. Par personne, le rendement de l’installation de Haven Greens surpasse, à ma connaissance, celui de tout autre actif agricole au Canada dans le secteur des légumes-feuilles.
La présidente : Ce genre d’investissement nécessite d’énormes capitaux. Par exemple, à l’Île-du-Prince-Édouard, j’ai vu des entrepôts de conditionnement de pommes de terre. On peut aller acheter un palettiseur qui remplacera peut-être trois personnes, et on entendra l’opérateur dire que son palettiseur n’a jamais la gueule de bois ni mal aux dents, et qu’il ne se dispute jamais avec sa petite amie; il se présente tous les jours au travail à l’heure. Cependant, cela les rend extrêmement dépendants de l’énergie.
Cette pièce d’équipement pourrait coûter un demi-million de dollars, mais elle permet d’être un fournisseur fiable pour les personnes qui souhaitent acheter chez vous.
Cela m’intéresse beaucoup. J’aimerais beaucoup connaître le rendement de l’investissement et savoir comment vous avez amorti ces équipements destinés à remplacer du personnel.
Vous avez formulé, dans votre déclaration préliminaire, une observation concernant les dons que vous faites aux banques alimentaires. Les banques alimentaires semblent être, malheureusement, une nécessité aujourd’hui. Selon vous, en tant que propriétaire et exploitant d’entreprise, le gouvernement canadien pourrait-il faire quelque chose pour fournir un certain type de mécanisme financier pour rendre les dons alimentaires plus attrayants et plus viables pour votre entreprise?
M. Willmot : C’est une excellente question.
Un mécanisme incitatif qui pourrait aider... Nous sommes ravis de donner. Nous avons un mandat axé sur trois résultats que nous cherchons à respecter. Je dis depuis le début que nous chercherons toujours à faire don annuellement de 1 % de nos récoltes pour aider notre collectivité locale, tant dans la région de York qu’en Ontario en général et au Canada; c’est quelque chose que nous prenons très au sérieux.
Pour ce qui est des crédits d’impôt accordés aux groupes qui font des dons, ils sont traités comme n’importe quel autre don de charité. On pourrait offrir plutôt un remboursement en espèces, pour ces dons, ce qui mettrait plus d’argent dans les poches des agriculteurs et leur permettrait de faire croître leurs activités puisqu’ils recevraient plus d’argent en partant. Vous démarrez la machine et vous vous retrouvez avec la question de l’œuf et la poule : vous essayez de faire des ventes, mais vos produits s’en viennent. Inévitablement, il y a un scénario où les agriculteurs doivent garantir une certaine régularité de leur exploitation.
Un mécanisme comme celui-ci pourrait être très efficace pour aider les agriculteurs canadiens à atteindre cette production régulière.
La présidente : Excellent. Merci beaucoup.
Le sénateur Black : Merci beaucoup. Monsieur Willmot, j’aimerais vous assurer que vous avez fait le bonheur des 15 membres de l’Association Wellington 4-H qui sont allés vous rendre visite avec leur club des 4-H à valeur ajoutée. C’est ce qu’a dit la sénatrice Burey : parler d’inclure et de mobiliser les jeunes.
Voici ma question : qu’est-ce que le Canada peut faire pour favoriser davantage l’adoption généralisée des technologies et des innovations afin de renforcer la sécurité alimentaire de notre pays? Que devrions-nous faire bien précisément?
M. Willmot : Nous avons des programmes de subventions solides axés sur des recherches spécifiques, qui créent des prototypes et qui transforment la technologie pour qu’elle soit prête à être commercialisée. Nous avons de bons programmes de recherche scientifique et développement expérimental qui devraient maintenant, ou du moins, c’est ce qui est indiqué dans le budget, permettre aux gens d’investir massivement dans les infrastructures de capital et d’avoir droit en retour à des crédits d’impôt. Je pense que c’est fantastique.
La clé, c’est vraiment de trouver comment faire pour passer d’un à deux. Il faut se dire qu’il y a un prototype viable et se demander comment faire pour le commercialiser. Puis, quand il est prêt pour la commercialisation, et quand quelqu’un est prêt à s’engager à déployer la technologie, il faut se demander comment faire pour les aider plus efficacement quand l’entreprise n’est pas encore rentable.
Comme l’a dit M. Anderson, ce que nous voyons plus souvent, habituellement, aux États-Unis, c’est un soutien pour des projets que nous appelons des « projets insensés ». À un certain moment, nous devons nous engager et laisser les Canadiens s’essayer et prendre des risques. Vous savez que vous ne compterez pas un but à tout coup, mais vous devez marquer des points pour encourager la force et la résilience à laquelle vous voulez en venir avec votre question.
Le sénateur Black : Merci.
[Français]
La sénatrice Hébert : J’ai une petite question. J’aimerais continuer sur la lancée de la présidente, qui a parlé de main‑d’œuvre. On sait qu’à l’heure actuelle, le Canada vit un déclin démographique pour la première fois depuis la Confédération. Il y a des problèmes de pénurie de main-d’œuvre très importants, particulièrement dans certains secteurs comme le vôtre.
Les politiques d’immigration et les programmes d’immigration du gouvernement... Des programmes ont quand même été mis en place pour vos secteurs en particulier, mais on a entendu dire que c’est tout un système. Ce n’est pas parce qu’on a des gens pour cueillir les laitues dans les serres, par exemple, qu’on a des gens pour les emballer au sein des entreprises qui doivent les emballer. Ce que cela signifie, c’est que les politiques d’immigration qui ont été mises en place et les restrictions au Programme des travailleurs étrangers temporaires et à d’autres ont créé un gros problème dans l’industrie. J’aimerais vous entendre là-dessus et sur les solutions que l’on pourrait préconiser pour faire face à ces enjeux.
[Traduction]
M. Willmot : C’est une excellente question. En un mot, je ne crois pas que l’on puisse se passer du Programme des travailleurs étrangers temporaires de sitôt. Nous avons effectivement constaté un recul au cours des deux ou trois dernières années. Par le passé, l’approche était beaucoup plus ouverte, mais maintenant, la politique d’immigration du gouvernement de M. Carney est beaucoup plus sélective. Je pense que ce que l’industrie veut vraiment, c’est faire venir au pays des experts qui peuvent former les Canadiens à utiliser des systèmes plus perfectionnés que ceux qu’ils possèdent actuellement.
Pour ma part, mon agent agricole principal est un Américain, ne m’en voulez pas. Mais nous n’avions tout simplement pas la technologie ici, au Canada, et nous n’avions pas l’expertise nécessaire pour mener nos activités efficacement ou pour atteindre les niveaux de croissance et de constance dont nous avions besoin pour exploiter notre entreprise.
Toutefois, en faisant venir cette personne au Canada, nous avons attiré un certain nombre de jeunes Canadiens très compétents dans notre entreprise, des résidants canadiens qui vivent ici, mais qui n’ont pas été formés. Depuis, nous avons pu développer notre expertise. Je pense qu’il est de la plus haute importance d’avoir des programmes d’immigration ciblés, qui visent en fait à faire venir ces experts au pays pour soutenir la main-d’œuvre canadienne; il faut évidemment encourager les programmes d’immigration associés à la formation des Canadiens. Ce n’est pas seulement une question de faire venir des experts au Canada. Il faut s’assurer de bâtir une main‑d’œuvre canadienne qualifiée qui pourra soutenir notre population pendant des années.
M. Anderson : L’innovation agrotechnologique est la solution à un certain nombre de problèmes de main-d’œuvre. Plus tôt, j’ai parlé de la convergence de nombreuses technologies, qui augmente la productivité des agriculteurs. Si vous commencez par examiner les enjeux liés au sol, puis que vous utilisez précisément les intrants, comme l’épandage de pesticides à l’aide de drones et la récolte robotisée, et les types de technologies dont parle M. Willmot pour la production en intérieur, il y a énormément d’occasions qui s’offrent à nous et qui, selon moi, aideraient à régler certains enjeux démographiques auxquels nous faisons face partout au pays.
Au bout du compte, les enjeux démographiques du Canada sont des enjeux mondiaux. Ce n’est pas juste le Canada qui connaîtra ces problèmes. Si nous pouvons construire ces géants mondiaux ici et les faire croître, le Canada pourrait fournir ces technologies au monde entier.
J’aimerais juste vous dire que j’ai apporté quelque chose. Je voulais le mentionner. BetaKit remet chaque année un prix aux entreprises technologiques les plus ambitieuses du Canada. Cette année, 22 des 87 prix ont été remis dans le secteur de l’agriculture.
La sénatrice Hébert : Monsieur Anderson, dans votre déclaration liminaire, vous avez aussi mentionné une autre idée.
[Français]
Le gouvernement devrait considérer le secteur agricole comme un secteur stratégique, fondamental, un peu comme il l’a fait pour la défense et l’énergie, parce que c’est un secteur qui commande et qui a des besoins importants en matière d’infrastructures, comme vous l’avez mentionné. Il a aussi des besoins en matière d’énergie ou autres et des infrastructures liées à l’eau, par exemple. C’est aussi un secteur qui exige une coordination interministérielle très importante à la fois à l’échelle fédérale, provinciale et même municipale.
Justement, pour faire en sorte d’accélérer les investissements et d’assurer la pérennité de la sécurité alimentaire du Canada, pensez-vous que quelque chose devrait être fait pour traiter le secteur agricole au même titre que le secteur de la défense ou les autres secteurs stratégiques au sein du Bureau des grands projets, par exemple?
[Traduction]
M. Anderson : J’aime beaucoup l’expression, il n’y a que neuf repas entre l’humanité et l’anarchie. Je pense que c’est vrai. Au bout du compte, la sécurité alimentaire, c’est la sécurité nationale. Je crois aussi que c’est un secteur où le Canada a bâti une réelle différenciation concurrentielle. Si vous pensez aux approches que nous adoptons par rapport à l’IA, la cryptomonnaie ou l’informatique quantique, je comprends l’intérêt, mais, en réalité, le capital et les gens peuvent traverser les frontières, mais la terre ne le peut. La productivité agricole du Canada est une de nos forces principales.
En réalité, les changements climatiques seront plus avantageux pour le Canada, ou du moins auront un effet neutre pour le secteur agricole de notre pays, et surtout par rapport à nos compétiteurs. Notre secteur agricole sera sans doute moins touché. Je pense vraiment que l’agriculture devrait être un secteur stratégique pour le Canada. Honnêtement, je suis surpris par toute cette pression pour adopter une stratégie en matière d’IA. Où est notre stratégie agricole? C’est évidemment un sujet qui me passionne, mais je suis tout à fait d’accord.
M. Willmot : Monsieur Anderson, je suis tout à fait d’accord avec vous. J’ai dit dans ma déclaration liminaire que, à deux ou trois égards, il fallait voir la production alimentaire primaire comme une industrie essentielle pour les Canadiens, mais aussi comprendre que la chaîne d’approvisionnement est particulièrement vulnérable en amont, non seulement pour les Canadiens, mais aussi à l’échelle mondiale.
Encore une fois, la production de semences et d’engrais est particulièrement vulnérable, et cette production peut être à l’origine de ces neuf repas dont a parlé M. Anderson. Il n’y a aucune usine de fabrication d’engrais en Amérique du Nord; c’est incroyable. Nous devons tout importer de l’étranger, et il y a beaucoup d’interruptions à l’heure actuelle.
L’approvisionnement en semences pour mon entreprise provient exclusivement d’entreprises néerlandaises. Elles cultivent leurs semences sur cinq continents, mais aucune entreprise canadienne ne produit ces semences en palettes. Encore une fois, l’industrie est vulnérable de ce côté. Si nous ne reconnaissons pas ces vulnérabilités comme étant des lacunes majeures pour les Canadiens, selon moi, nous devons revoir la question, parce que ce sont des choses très importantes.
La présidente : Merci, monsieur Willmot. Je voulais préciser que le Canada est un grand producteur de potasse, qui est un engrais. Il est vrai que nous nous en remettons essentiellement aux États-Unis pour ce qui est du phosphore et que nous ne produisons pas d’azote dans l’Est. Nous en produisons un peu dans l’Ouest. Nous faisons beaucoup appel à la Russie pour notre approvisionnement en azote. Nos acheteurs ont changé, mais, encore une fois, nous sommes désavantagés parce que nous sommes le seul pays du G7 qui doit encore payer des droits de douane sur les engrais russes. Ce sont nos producteurs qui en souffrent le plus, parce que cela fait en sorte que nous sommes moins compétitifs.
J’aimerais remercier tous ceux et toutes celles qui se sont préparés en vue de leur comparution, aujourd’hui. Nous vous remercions de votre travail et de vos exposés. Nous aimons beaucoup avoir l’occasion de jeter un œil sur votre excellent travail.
Dans notre deuxième groupe de témoins, aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir deux représentants d’AgriTech North, M. Benjamin Feagin Jr, chef de la direction, et M. Fabian Velez, directeur des opérations.
Nous accueillons aussi, en ligne, Mme Janet Dean, directrice générale, de la Territorial Agrifood Association et présidente du Réseau pour une alimentation durable.
Un grand merci à vous tous de vous joindre à nous. Nous allons commencer par les déclarations liminaires, puis nous passerons aux questions des membres.
Benjamin Feagin Jr, chef de la direction, AgriTech North : Merci, honorables sénatrices et sénateurs. Nous sommes à Dryden, en Ontario, ma ville natale. Je suis un Métis de la rivière Rouge, et Dryden fait partie du territoire détenteur de droits.
J’ai grandi dans l’insécurité alimentaire. Nous mangions souvent des aliments en boîte ou en conserve parce que les produits frais étaient souvent trop chers ou qu’ils étaient déjà gâtés le lendemain de leur achat. Vingt ans plus tard, il n’y a pas grand-chose qui a changé, là-bas.
J’ai surtout de l’expérience dans les domaines technique et opérationnel. J’ai une maîtrise ès sciences en écologie urbaine de l’Institut polytechnique Rensselaer de New York, et j’ai un mur vivant expérimental dans un centre d’appels de soutien dans le Bronx. J’ai conçu et livré le système de contrôle des effets spéciaux pour les cérémonies des Jeux olympiques de Vancouver de 2010. Je suis un ancien chercheur du département de l’Énergie des États-Unis et j’ai automatisé une ligne de production à Los Angeles, ce qui a contribué à son acquisition.
Je vous dis tout cela parce que la sécurité alimentaire au Canada n’est pas juste un enjeu agricole. À AgriTech North, nous nous servons d’un cadre de sécurité alimentaire intégré, fondé sur quatre sources reconnues, parce qu’aucun autre cadre de sécurité alimentaire actuel à lui seul ne parvient à assurer la sécurité et la souveraineté alimentaires du Canada.
Nous sommes le seul producteur commercial de produits frais en activité toute l’année dans le district de Kenora, dans le Nord-Ouest de l’Ontario, l’une des régions les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire au pays. Nous avons rapidement compris que ce n’était pas seulement une question de produire des aliments. Quand les clients se retrouvaient devant des cultures saines, que l’on retrouve habituellement dans les centres urbains, comme du chou frisé ou de la bette à carde, ils nous disaient qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ces produits et qu’ils ne savaient pas comment les cuisiner. Cela a confirmé l’idée que la sécurité alimentaire est beaucoup plus complexe et qu’elle ne concerne pas seulement l’accès.
En 2022, nous avons lancé AgriTech North à Dryden, après avoir passé plus d’un an à examiner la littérature et à élaborer un plan d’affaires. Nous avons vu les mêmes conclusions dans des rapports sur la sécurité alimentaire des 20 dernières années. Le problème au Canada ne semblait plus être un manque de connaissances. Le problème, c’était que l’application n’allait pas au même rythme que les connaissances des collectivités.
Nous avons ensuite analysé attentivement les options qui s’offraient sur le marché agricole. Sur le plan économique, les fermes en conteneurs et les fermes modulaires n’étaient pas une initiative autonome en matière de sécurité alimentaire, puisque les produits devaient être vendus à des prix associés à l’insécurité alimentaire pour justifier les coûts en capital et les coûts d’exploitation.
Nous avons aussi envisagé l’agriculture en terre. C’est essentiel, et le Canada doit continuer de soutenir comme il se doit les meilleures cultures en fonction du sol et de la saison, mais, même si le Canada optimisait ses terres arables accessibles demain, l’agriculture en terre à elle seule ne nous permettrait pas d’atteindre la sécurité alimentaire. En effet, la saison de production est très courte au Canada. C’est pour cette raison que, statistiquement, même si nous produisions suffisamment de légumes frais pour tout le pays, nous importons tout de même un grand volume de ce que nous consommons.
L’insécurité alimentaire au Canada n’est donc pas seulement un problème de sol. C’est essentiellement un problème de production alimentaire régionale sur toute l’année. C’est sur cette lacune que nous travaillons, parce que nous vivons avec cela tous les jours. Nous cernons les iniquités régionales en matière d’accès, d’éducation et de formation, nous déterminons les vulnérabilités dans le marché technologique existant et les besoins en matière d’innovation de faible technologie qui peuvent rendre la production en intérieur sur toute l’année viable sur le plan commercial, même dans les régions rurales et éloignées et les contextes nordiques et autochtones.
Notre travail a donné lieu à une plateforme intégrée solide approuvée par le milieu universitaire et qui résiste aux changements climatiques, y compris une bâche de protection pour les serres qui réduit la perte de chaleur de 70 % en hiver par rapport aux serres traditionnelles; un système de contrôle hydronique qui réduit de 40 % la demande en énergie pour la ramener à 71 %, et qui élimine les réfrigérants synthétiques; et une technologie de capture et de recyclage du dioxyde de carbone dans l’air. Quand tout cela est jumelé à d’autres technologies, cela permet de rentabiliser les activités agricoles sur toute l’année.
L’objectif n’est pas d’adopter la technologie pour le plaisir. L’objectif, c’est de produire des aliments toute l’année dans toutes les régions et que ce soit commercialement viable. Mais nous nous sommes butés à un obstacle structurel important, au moment de la mise en œuvre, comme n’importe quelle autre entreprise financée par le gouvernement. Le financement public aide les organismes en croissance au moyen de subventions, mais la façon dont les normes de comptabilité canadiennes traitent ce financement donne une mauvaise image de la situation financière, l’entreprise en démarrage qui n’est pas encore rentable et donne aux emprunteurs, aux bailleurs de fonds et aux investisseurs l’impression qu’elle n’est pas sûre. Régler ce problème nous aiderait grandement à combler la « vallée de la mort » au Canada pour toutes les entreprises. Actuellement, cela touche de façon disproportionnée les entreprises agricoles, qui ont des coûts en capital élevés et de faibles marges de profits.
C’est pourquoi notre demande est bien précise aujourd’hui. Nous demandons au comité qu’il recommande par la voie ministérielle à l’Initiative sur les partenariats stratégiques de Services aux Autochtones Canada de collaborer avec AgriTech North sur l’infrastructure axée sur la sécurité alimentaire régionale canadienne conçue par les Autochtones, pour laquelle nous avons de nouvelles technologies brevetées et que nous avons la capacité de mettre à profit. Nous demandons aussi des instructions ministérielles pour le Bureau des grands projets dans l’optique de la sécurité alimentaire nationale pour ces technologies transformatrices.
C’est l’occasion d’éliminer une fois pour toutes les obstacles à la sécurité alimentaire canadienne au moyen d’une initiative cohérente et collaborative.
Je tiens à remercier les membres du Sénat, et j’ai hâte de répondre à vos questions.
La présidente : Merci beaucoup. Vous êtes en plein dans les temps.
Madame Dean, vous avez la parole.
Janet Dean, directrice générale, Territorial Agrifood Association : Merci de me donner l’occasion de comparaître devant vous aujourd’hui. Comme on vous l’a dit, je suis directrice générale de la Territorial Agrifood Association, la TAA.
Nous représentons des producteurs, des agriculteurs, des transformateurs, des entreprises alimentaires, des initiatives alimentaires autochtones, des jardins communautaires, des serres et des producteurs commerciaux émergents de tous les Territoires du Nord-Ouest. Nous sommes aussi agriculteurs, vendeurs et chercheurs parce que nous devons répondre à beaucoup de demandes et de besoins, ici, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Je suis ici pour parler de sécurité alimentaire et du rôle essentiel que doit jouer l’agriculture nordique et les systèmes alimentaires locaux dans la résilience future du Canada, ce qui est un point de vue différent de celui des autres témoins que vous avez entendus.
Je suis ici pour représenter les collectivités, les systèmes alimentaires culturels, les réalités de l’Arctique et du Nord, ainsi que l’infrastructure d’intérêt public en place, qui est très loin de vous, mais qui a aussi une place importante au Canada.
Dans le Nord, la sécurité alimentaire n’est pas une discussion politique. C’est une réalité quotidienne, et la situation est critique. Dans de nombreuses collectivités du Nord, le prix des aliments est de deux à trois fois plus élevé que le prix moyen dans le sud du Canada, lequel est déjà très élevé. La qualité et la quantité des produits frais sont variables. Je n’ai pas de produits Haven Greens dans mon frigo. En fait, je n’ai même pas de légumes verts, parce que nous n’avons pas encore reçu notre livraison et que j’habite à Yellowknife, la capitale des Territoires du Nord-Ouest.
Nous sommes vulnérables aux interruptions causées par les conditions météorologiques, les feux de forêt, les répercussions des changements climatiques, les interruptions de transport et l’augmentation du coût de l’essence. Nous nous en remettons beaucoup à l’importation d’aliments, et pas seulement des produits importés des pays du Sud, mais aussi du sud du Canada.
La plupart des aliments consommés sur notre territoire font des milliers de kilomètres avant d’atteindre nos communautés, et bon nombre d’entre elles doivent faire venir leurs aliments par avion. Nous sommes à la toute fin de la chaîne d’approvisionnement, et c’est une chaîne très longue et sans merci.
Des collectivités entières peuvent être à un feu de forêt, à un affaissement routier ou à une inondation de route d’une interruption grave de la chaîne alimentaire. Cela change le rôle de l’agriculture, ici. La production alimentaire locale dans le Nord, n’est pas une simple question d’économie ou de quantité. C’est une question de résilience. Il faut réduire notre dépendance aux aliments provenant du Sud du Canada. Il faut renforcer la souveraineté alimentaire des Autochtones et des communautés. C’est une question de bien-être communautaire, d’adaptation aux changements climatiques, de diversification économique et de résilience nationale.
Le secteur agricole des Territoires du Nord-Ouest est prêt. Nous voyons déjà de l’activité commerciale. Nous montrons tous les jours que nous pouvons cultiver des produits, dans le Nord, avec le bon soutien. Mais le secteur demeure sous-exploité par rapport à son potentiel. Nous n’avons pas besoin de plus de projets pilotes qui disparaissent après deux ans. Nous n’avons pas besoin de plus de serres dans tous les projets communautaires, quand elles ne sont pas intégrées. Nous avons besoin d’investissements coordonnés dans l’agriculture, pour l’édification de la nation.
J’encouragerais le comité à examiner les systèmes alimentaires dans le Nord dans l’optique de la défense nationale et de l’infrastructure critique. Nous entrons dans une période d’investissements majeurs dans la souveraineté de l’Arctique, l’infrastructure de la défense, les corridors de transport et la logistique nordique. Les systèmes alimentaires doivent faire partie de la conversation. À l’heure actuelle, on n’en parle pas. Mais il y a peu de valeur stratégique à accroître les capacités militaires et de la défense dans le Nord si les populations civiles de ces mêmes régions vivent toujours une grande insécurité alimentaire et dépendent de chaînes d’approvisionnement méridionales fragiles.
Les fermes, les serres, les usines de transformation alimentaire et les entrepôts devraient tous être reconnus comme étant une infrastructure critique pour le Nord, aussi importants pour la résilience de l’Arctique que les routes, les télécommunications et les systèmes énergétiques. Un Nord résilient exige à la fois des frontières sécuritaires et des systèmes alimentaires sécuritaires.
Les Canadiens doivent élaborer des politiques à long terme pour coordonner et améliorer notre secteur dans toutes nos vastes régions géographiques. Nous avons des terres qui ont été décimées par les inondations et les feux de forêt et qui sont prêtes à être cultivées. Notre seul et unique producteur de laitues a été inondé, puis il a été victime de feux de forêt, deux années de suite. Il essaie toujours de revenir et de relancer son entreprise.
Au bout du compte, la sécurité alimentaire dans le Nord ne se réglera pas uniquement grâce à des subventions pour l’épicerie. On a besoin de l’agriculture. On a besoin de l’agriculture traditionnelle. On a besoin de systèmes alimentaires communautaires. On a besoin d’infrastructures, d’innovation et de leadership à long terme.
Le Sénat doit comprendre que nous avons besoin d’une politique qui priorise cela et qui n’est pas axée uniquement sur les réalités de la croissance économique de la production alimentaire dans le Sud.
La vraie sécurité alimentaire dans le Nord est une infrastructure stratégique pour le Canada. La souveraineté de l’Arctique dans l’avenir ne sera pas seulement définie par ce que le Canada défend dans le Nord, mais plutôt par ce que le Canada soutient dans le Nord.
Merci.
La présidente : Merci, madame Dean. Nous passons maintenant à la période de questions des sénatrices et des sénateurs. Chers collègues, vous aurez cinq minutes pour poser vos questions et obtenir vos réponses.
Le sénateur Black : Monsieur Feagin, sur votre site Web, il y une citation très émouvante dont j’aimerais faire part au reste du comité. Je vous la traduis :
Les aliments frais ne devraient pas devenir inabordables en raison d’un code postal, d’une route hivernale, d’une chaîne d’approvisionnement brisée ou de l’absence d’infrastructure. Les collectivités ne devraient pas avoir à choisir entre le secours alimentaire d’urgence et la souveraineté alimentaire à long terme. Les collectivités nordiques, rurales, éloignées et autochtones ont droit à des systèmes alimentaires adaptés à leurs réalités.
Pourriez-vous nous en dire davantage?
M. Feagin Jr : Absolument. Quand on vit dans l’insécurité alimentaire, comme nous, et que, même dans une collectivité située près d’une route, il n’y a pas de grossiste qui permettrait à un organisme agricole de faire de la monoculture et de vendre ses produits... Nous sommes à la fin de la chaîne de distribution. Nous avons toujours reçu des aliments qui sont gâtés dans les 24 heures ou dont la qualité est discutable. Même si nous élargissons notre infrastructure pour augmenter sa capacité de distribution et d’approvisionnement, il n’en reste pas moins que nous sommes à la fin de la chaîne d’approvisionnement.
C’est pourquoi nous avons cherché à augmenter la capacité de nos collectivités afin qu’elles puissent répondre à leurs propres besoins, et c’est aussi ce qui nous rapproche de la souveraineté alimentaire, puisque les collectivités déterminent à quoi ressemblent leurs propres systèmes alimentaires : ce qu’elles veulent produire, ce qu’elles veulent manger et à quels produits elles veulent avoir accès.
Nous jouons davantage un rôle de soutien, au sens où les technologies que nous avons conçues et le travail que nous avons fait avaient pour seul objectif de soutenir les collectivités avec lesquelles nous communiquons tous les jours; nous les écoutons, nous prenons note de leurs besoins et nous trouvons des moyens de surmonter les obstacles qui les empêchent d’atteindre la sécurité alimentaire.
Le sénateur Black : Madame Dean, que veut dire la souveraineté alimentaire pour les collectivités autochtones, rurales, nordiques et éloignées, et en quoi celle-ci diffère-t-elle de la sécurité alimentaire?
Mme Dean : La souveraineté alimentaire, c’est la possibilité d’avoir accès à des aliments qui sont importants pour vous sur le plan culturel. Cela inclut des produits récoltés à l’état sauvage ou des produits de la terre. Mais il s’agit aussi, comme nous l’avons entendu précédemment, d’avoir accès à des pommes de terre et à des carottes plutôt qu’à du chou frisé et à de la bette à carde. C’est la capacité de manger ce que vous voulez et ce qui vous lie à votre culture et à votre histoire.
La sénatrice Sorensen : Merci à vous tous d’être ici. J’ai deux questions pour M. Feagin. Précédemment, vous avez souligné que les pénuries de main-d’œuvre sont un obstacle pour les groupes qui souhaitent établir une production alimentaire durable. Pouvez-vous nous donner des exemples de ces pénuries et de ce que le gouvernement peut faire pour y remédier? J’essaie de poser une question à Mme Dean, mais j’aimerais que vous répétiez ce que vous demandez, monsieur Feagin. Je sais que nous parlons des communautés nordiques et autochtones, mais vous avez mentionné précisément Services aux Autochtones Canada, ou les SAC.
M. Feagin Jr : Merci de la question. Je suis ouvert aux options. L’Initiative sur les partenariats stratégiques, l’IPS, aide de nombreux organismes à collaborer avec d’autres organismes pour éliminer les redondances administratives, et nous faisons affaire avec au moins 30 organismes différents au sein du gouvernement.
Tout le monde refait encore et toujours le même travail, et nous devons compartimenter cet enjeu très complexe en toutes petites parties afin que chaque organisme puisse y appliquer les exigences du programme qu’il peut financer. C’est pour cette raison que les SAC sont particulièrement bien placés, parce que c’est une interface qui fait le lien avec de nombreux organismes, et nous n’avons qu’à suivre le processus une seule fois. C’est pour cette raison que j’ai mentionné les grands projets également. Si d’autres options sont plus appropriées, et si nos chaînes de fabrication obtiennent la somme minimale de 20 millions de dollars. Nous sommes ouverts à d’autres options et à d’autres suggestions. Nous devons seulement passer à l’action, parce que nous jonglons avec cet enjeu depuis deux ans.
La sénatrice Sorensen : Qu’en est-il des pénuries de main‑d’œuvre?
M. Feagin Jr : Actuellement, il y a de nombreuses spécialités dans l’industrie agricole. Nous avons fait de l’excellent travail dans le domaine de la génétique et de l’agriculture spécialisée, mais le problème, c’est que personne ne possède les compétences nécessaires pour exploiter une ferme de ce genre. Il n’y a pas au Canada de formation sur les méthodes d’agriculture sur toute l’année.
Nous avons été financés par la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité pour concevoir une formation sur un nouveau métier à accréditation non obligatoire afin d’offrir à des adultes une formation accélérée spécialisée dans le domaine de l’agriculture sur toute l’année.
Nous avons déjà conçu un programme d’études pour les écoles primaires et secondaires et leur avons fourni des étagères de culture et des systèmes de culture d’une valeur de plus de 300 000 $ à nos écoles locales pour aider à former et à intéresser la prochaine génération de jeunes à l’agriculture, et leur montrer que c’est bien plus que de se mettre les mains dans la terre; cela touche à la science informatique, à la chimie, à la botanique et à bien d’autres choses.
La sénatrice Sorensen : Ce n’est pas d’être exclusivement agriculteur, merci.
Madame Dean, dans vos commentaires, vous avez répondu à ma question.
Pour en revenir à tous les enjeux que vous avez mentionnés, existe-t-il des modèles performants dans d’autres régions nordiques ou éloignées qui nous donneraient des idées et que l’on pourrait reproduire?
Nous avons déjà reçu des témoins du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Vous avez bien raison. Je l’ai dit à quelques reprises : nous, qui vivons plus au sud du pays, ne comprenons pas. Chaque fois que j’écoute un témoin, je suis encore plus intriguée par ce que je ne sais pas. Je vais vous laisser parler des modèles possibles.
Mme Dean : Merci. Eh bien, les gens réussissent à se nourrir, dans le Nord, depuis des générations, donc c’est possible. Nous collaborons activement avec nos collègues de la communauté circumpolaire mondiale. J’ai récemment assisté à la Conférence circumpolaire sur l’agriculture à Tromsø, en Norvège, où j’ai beaucoup appris.
Le climat des Territoires du Nord-Ouest est bien plus désertique que polaire. Nous n’avons rien à envier aux nombreuses réussites observées à l’échelle mondiale, en Afrique, et dans d’autres régions désertiques, en particulier dans les zones où les gens souhaitent rester dans leurs communautés. Nous ne voyons pas les mêmes pénuries de main-d’œuvre dont tout le monde parle. Les gens veulent rester et travailler dans leurs collectivités. La production alimentaire est une activité raisonnable.
Toutefois, quand la production alimentaire sert seulement à la subsistance, ce travail n’est pas rémunéré. Les jeunes peuvent rester dans leur communauté quand cette activité est commercialisée et que la distribution régionale est possible. Les familles qui souhaitent élever leurs enfants selon un mode de vie plus traditionnel peuvent rester dans leur communauté. Nous ne faisons pas face à la même pénurie.
Nos difficultés tiennent davantage au fait que notre facture d’électricité est de 60 % plus élevée que la deuxième facture d’électricité la plus élevée, après la nôtre, au Canada. L’essence coûte 30 % plus cher. Il y a des modèles de réussite partout dans le monde. Il y a des modèles en plein essor. Les modèles d’infrastructure et de distribution sont un peu plus rares et dispersés, mais nous sommes toujours à la recherche de ces modèles et nous voulons tirer des leçons de ce qui se fait ailleurs dans le monde.
La sénatrice Muggli : Merci de vous joindre à nous, madame Dean. J’ai deux ou trois questions pour vous. Je vais enchaîner sur ce que vous venez de dire sur l’électricité, parce qu’une foule de témoins nous ont parlé de l’accès à l’électricité, des coûts du développement et de l’entreposage sous froid. Avez-vous des recommandations sur la façon de traiter les coûts énergétiques pour assurer la sécurité alimentaire?
Mme Dean : C’est intéressant, car, souvent, les innovations technologiques sont très énergivores. Il y a beaucoup de vendeurs de conteneurs hydroponiques, dans le Nord, et ils apparaissent un peu partout dans les communautés.
Mais, quand vos récoltes rapportent au plus 6 000 $ par mois, et que votre facture d’électricité est de 4 000 $, ce n’est pas viable. Ces conteneurs permettent de cultiver des légumes-feuilles, qui ne sont pas le gros de notre alimentation. L’électricité est un énorme défi.
Les gens réalisent aussi, quand ils vont dans le Nord, que la région est très éloignée du Sud, à plusieurs heures d’avion, et c’est pourquoi l’approvisionnement en électricité coûte cher, ici. On ne peut pas rendre cela plus abordable.
L’énergie solaire, c’est fantastique. En été, les journées sont incroyablement longues, mais cette énergie ne peut pas être utilisée dans le réseau, qui est financé par des redevances, car il est difficile d’alimenter en électricité toutes les régions du Nord.
C’est ici que je vis, et je m’en plains constamment. Mais je comprends aussi pourquoi l’électricité coûte aussi cher dans le Nord. Nous sommes nombreux à choisir tout de même de vivre dans la région.
Ce qui nous intéresse, ce sont les subventions à l’agriculture ou les partenariats visant à trouver davantage de solutions de faible technicité ou de haute technologie à faible consommation énergétique. Nous avons des partenariats avec des chercheurs de tout le pays. Mentionnons les excellentes initiatives pour un avenir durable pour le Canada, et pour soutenir le système alimentaire du Canada, qui s’intéressent à l’innovation et à l’entrepreneuriat dans le secteur agroalimentaire. Nous sommes un carrefour pour les communautés éloignées, rurales et autochtones.
Nous essayons d’encourager ces grands cerveaux axés sur l’entrepreneuriat et la recherche à s’inspirer du passé, pour innover, et pas seulement de l’avenir. Puisons dans les pratiques et le savoir traditionnels pour améliorer la situation, ici.
La sénatrice Muggli : Au sujet des récoltes traditionnelles, dont vous avez déjà parlé, avez-vous des suggestions ou des recommandations à faire sur les enjeux réglementaires à régler liés à la chasse, à l’abattage et au partage de la nourriture?
Mme Dean : Oh que oui!
La sénatrice Muggli : S’il vous plaît, pouvez-vous nous en parler?
Mme Dean : Cela doit être permis. La vente commerciale de la viande chassée sur le territoire doit être permise. Les détenteurs du savoir autochtone, qui connaissent bien la durabilité et la protection des troupeaux, peuvent éclairer l’élaboration des règlements à ce sujet. Nous devons pouvoir développer cette activité à l’échelle commerciale.
Ici, dans les Territoires du Nord-Ouest, il n’y a pas de ventes à la ferme, et l’élevage de bétail et de volaille est interdit. Il n’y a pas de bureau de l’Agence canadienne d’inspection des aliments; ce serait donc très coûteux.
Des règlements interdisent aussi la vente de viande. Nous n’avons pas notre propre viande, nos propres volailles, notre propre bétail et toutes ces autres choses. Il faut des règlements qui ouvriraient le secteur, qui permettraient en particulier la production de protéines. Nous avons un lac exceptionnel avec une pêche commerciale florissante. C’est là qu’il y a des pénuries de main-d’œuvre.
Nous n’avons pas assez de pêcheurs commerciaux. J’espère que quelques-uns d’entre eux viendront travailler dans le Nord, après avoir entendu parler de ce problème, parce que nous sommes encore loin d’avoir atteint notre quota.
Nous avons un système de distribution formidable par l’entremise de l’Office de commercialisation du poisson d’eau douce, mais nous ne parvenons pas à pêcher suffisamment de poissons dans le lac.
La sénatrice Muggli : C’est intéressant. J’ai l’impression que M. Feagin a quelque chose à dire sur la grande énergie et le faible coût.
M. Feagin Jr : Comment avez-vous deviné?
La sénatrice Muggli : Oui.
M. Feagin Jr : Tout à fait. Nous vivons la même chose. Nous avons commencé en tant que ferme verticale. Nous sommes venus aux mêmes conclusions. Nous sommes encore en activité.
Mais nous nous intéressons maintenant à la technologie des serres. Nous avons passé des années à étudier les recherches antérieures sur les serres, et nous avons constaté que la plupart des serres dans le Nord ferment, l’hiver, ce qui les empêche d’honorer des contrats de gros.
Cela cause de nombreux problèmes quant à la viabilité économique et financière de ces exploitations. C’est pourquoi nous avons inventé une bâche qui enveloppe la serre et qui réduit de 70 % la perte de chaleur en hiver, justement pour régler le problème et pour rendre viable à l’échelle commerciale, tout au long de l’année, les cultures à haute teneur en calories, comme les légumes pour faire des ragoûts — les patates, les oignons, les carottes, les céleris —, et ce, même en plein hiver, parce que la bâche évite les pertes d’énergie et que vous pouvez aussi profiter de l’énergie du soleil.
C’est l’éclairage. L’éclairage, c’est ce qui est le plus énergivore. Puis, le deuxième élément le plus énergivore, c’est l’excès de chaleur dégagée par l’éclairage, qui nécessite un système de chauffage, ventilation et de conditionnement d’air, ou CVCA. Cela a un effet de cascade sur votre consommation énergétique. C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers la technologie des serres pour assurer la sécurité alimentaire dans le Nord.
La sénatrice Martin : Merci tous les deux de votre témoignage et de vos réponses.
Monsieur Feagin, je me demandais si vous travaillez dans les Territoires du Nord-Ouest.
M. Feagin Jr : Nous aimerions bien le faire.
La sénatrice Martin : J’ai l’impression que vous devriez vous rencontrer, tous les deux.
M. Feagin Jr : Notre principal obstacle tient au fait que la commercialisation de l’infrastructure de capital est coûteuse. M. Velez et moi-même avons grandi dans la pauvreté. La moitié de ma famille est aveugle au sens de la loi. Je suis chanceux. Toutefois, je suis atteint d’une atrophie du nerf optique.
Nous n’avons pas les moyens de dépenser 50 millions de dollars pour mettre en place une chaîne de fabrication et produire dès demain. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous sommes ici; nous sommes originaires du Nord. Nous développons des solutions pour le Nord, mais nous n’avons pas les moyens nécessaires, dans le Nord. Notre situation socioéconomique est tellement précaire que nous n’avons pas les moyens de fabriquer ces solutions et de les produire en série par nos propres moyens.
La sénatrice Martin : Dans votre témoignage, vous avez parlé des obstacles structurels à la mise en œuvre auxquels font face les entreprises en démarrage, en particulier; la sénatrice McBean et moi-même siégeons au Comité des banques, où nous avons récemment conclu une étude sur l’accès au capital pour les petites et moyennes entreprises. Nous avons examiné la question des entreprises en démarrage et les obstacles auxquels vous vous heurtez. Pourriez-vous expliquer plus en détail? Vous avez parlé des coûts élevés en capital et de votre classement, ce qui vous place d’emblée dans une situation désavantageuse. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?
M. Feagin Jr : Oui, merci. J’ai des notes pour m’assurer de parler de tous les points importants. Celui-ci est important.
C’est le principal obstacle auquel nous nous sommes heurtés, car nous avons reçu un soutien important de la part de grandes organisations, comme Agriculture et Agroalimentaire Canada, la Société de gestion du fonds de patrimoine du Nord, l’Agence fédérale de développement économique pour le Nord de l’Ontario et j’en passe.
La liste des personnes qui nous soutiennent est longue. Le problème, c’est que, au bout de deux ou trois années de soutien, alors que le développement touche à sa fin, les subventions devaient être comptabilisées d’une certaine façon dans le bilan, conformément aux normes comptables pour les entreprises à capital fermé, ou NCECF, à savoir les normes comptables canadiennes.
Selon la méthode des crédits compensatoires, vous réduisez la valeur des actifs, pour ne pas comptabiliser deux fois les radiations. On dirait maintenant que je suis surendetté, puisque j’ai un prêt de 2 millions de dollars pour 2 millions de dollars d’actifs.
La solution de rechange, c’est la méthode du report. Plutôt que de réduire la valeur des actifs, je préserve sa valeur de rachat, mais cette même valeur est désormais comptabilisée comme un passif à long terme. J’ai toujours l’air d’être surendetté, car j’ai 4 millions de dollars de passif pour 4 millions de dollars d’actifs.
Il n’y a pas d’autre solution, à moins que je débourse plus de 150 000 $ pour passer aux normes internationales d’information financière, simplement pour refléter fidèlement la situation économique de notre petite entreprise. Ce n’est pas une attente raisonnable pour une petite entreprise.
La méthode de capitalisation consiste à considérer le solde comme un financement par capital-action. L’option a été examinée, il y a 15 ans et elle a été rejetée. Ce rejet figure toujours dans les normes, ce qui explique pourquoi les professionnels se heurtent à un mur pour cette question particulière.
Nous communiquons avec le Conseil des normes comptables, le CNC. Nous rencontrerons Katherine Christopoulus, la directrice, la semaine prochaine, pour essayer de résoudre ce problème au chapitre des normes. Une organisation qui accepte des subventions garanties par des actifs finira inévitablement dans la « vallée de la mort » et ne pourra plus obtenir de prêts. Les prêteurs se sont retirés il y a deux ans. Ils ne voulaient plus nous prêter et voulaient récupérer leur argent. Au cours de l’année, quatre subventions majeures nous ont été refusées, toujours pour des raisons financières, toujours en raison de la présentation et des indicateurs standards qu’ils appliquent, ce qui nous empêche d’accéder à des services financiers.
Vous ne pouvez pas obtenir ces services en vous expliquant. Vous ne pouvez pas donner une autre interprétation aux états financiers. Ce sont des états financiers vérifiés. Cela nous a, pour ainsi dire, jetés en bas de la falaise. Cela fait maintenant deux ans, et nous avons si peu d’argent aujourd’hui que nous avons un problème de liquidités. Même si on appuyait sur l’interrupteur, aujourd’hui, notre encaisse a diminué au cours des deux dernières années. Maintenant, nous devons nous en sortir par nos propres moyens.
Si nous avions eu l’approbation de l’Initiative régionale de réponse tarifaire, qui nous a été refusée spécifiquement en raison de notre situation financière, eh bien, nos finances se stabiliseraient. Elles seraient normales. Nous sommes passés d’une croissance de 80 %, d’une année à l’autre. Dès que les droits de douane ont été imposés, en mars, nous sommes tombés à zéro pour cent et cela n’a pas changé depuis.
Il ne fait aucun doute que les droits de douane nous ont fait mal, mais nous n’avons pas pu bénéficier des programmes destinés à nous aider, précisément en raison des problèmes liés à la présentation des données financières et de tout ce qui s’est passé. Quiconque accepte de l’aide financière en échange d’actifs, plus précisément, fera face au même problème, s’il continuait à vouloir se développer.
La sénatrice Martin : Nous avons ces excellentes entreprises en démarrage et ces sociétés. C’est très technique, et j’aurais aimé vous voir aussi au Comité des banques.
M. Feagin Jr : Je suis tout à fait disposé à revenir.
La sénatrice Martin : Nous avons terminé, mais je vais assurément faire un suivi auprès de notre présidente. Quoi qu’il en soit, cette question concerne très précisément non seulement votre cas, mais aussi la catégorie d’entreprises que nous devons garder au Canada. Je vous remercie donc infiniment de cette explication.
M. Feagin Jr : Merci.
La sénatrice McBean : Je ne m’en souviens plus exactement, mais, comme l’a dit la sénatrice Martin, des témoins ont comparu ici. Pardonnez-moi, car je sais que c’est important. C’était le représentant d’une banque des Premières Nations ou d’une banque autochtone. Quand nous lui avons demandé de combien de capital il disposait, il a dit qu’il ne manquait pas d’argent. Il cherchait des entreprises avec lesquelles établir des partenariats et croître. Quand quelqu’un d’autre interviendra, je vais essayer de savoir exactement de qui il s’agissait.
M. Feagin Jr : C’est la même chose, madame la sénatrice, même avec les investisseurs, en raison, encore une fois, de la présentation. À l’heure actuelle, nous n’arrivons pas à obtenir de l’aide des investisseurs, car il y a un écart de 8 millions de dollars dans nos livres. Nous avons 4 millions de dollars en passif, et une fois ce montant transféré, il devient 4 millions de dollars en capitaux propres, et notre petite entreprise affiche un écart total de 8 millions de dollars. Aucun investisseur ne voudra nous aider. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons en raison de ce problème.
La sénatrice McBean : Nous pouvons probablement essayer de vous mettre en contact avec quelqu’un qui pourra vous aider, parce que les petites et moyennes entreprises disent que la dernière chose qu’elles feraient, c’est d’aller voir une banque.
La sénatrice Martin : Nous sommes en train de le chercher.
La sénatrice McBean : Je vais passer à autre chose.
Vous avez parlé de la bâche, mais je suis curieuse. Je vais commencer par une citation que j’ai lue ou que l’on a entendue : la réussite signifie la fin de l’insécurité alimentaire dans les communautés autochtones. C’est très puissant. Et merci d’avoir trouvé une solution, mais pouvez-vous nous expliquer pourquoi vos serres sont plus efficaces sur le plan énergétique que les serres conventionnelles? Qu’avez-vous fait avec la bâche?
M. Feagin Jr : Je vous en montrerais un exemple une autre fois, mais, essentiellement, nous travaillons avec le collège Sheridan et Amin Ghobeity. Toutes mes excuses si j’ai mal prononcé son nom, mais c’est lui qui a validé scientifiquement la thermodynamique. Il est avec nous depuis le début, pour toutes nos technologies. Voici comment cela fonctionne : en créant de plus grandes poches d’air entre plusieurs couches minces et en maintenant cet air immobile, sans trop de fuites, on augmente significativement le pouvoir isolant de la bâche. Elle est beaucoup plus épaisse que les bâches de serre typiques.
C’est ainsi que nous parvenons, par exemple, à une réduction de 70 % par rapport au vitrage simple, la solution la plus couramment utilisée par les serres en raison du poids et du coût du vitrage double, mais aussi à une réduction de 40 % par rapport au vitrage double. Cela tient à l’important volume d’air entre les couches. Si nous étions dans les territoires, nous utiliserions quatre couches. Si jamais vous venez à Dryden, n’hésitez pas à nous rendre visite. Dans notre installation, nous avons construit un prototype à trois couches, et l’avons validé sur place. Oui, on dirait un croissant.
La sénatrice McBean : Toutes ces couches, c’est ce qui le rend si délicieux.
Madame Dean, quels sont les principaux obstacles à une meilleure autosuffisance alimentaire dans les territoires? Aux fins de la présente discussion, comment le gouvernement fédéral et les gouvernements territoriaux peuvent-ils mieux soutenir les solutions?
Mme Dean : À notre avis, le principal obstacle, c’est que nous n’avons pas de tradition agricole, ici, dans le Nord. Nous n’avons pas de fermes multigénérationnelles. Personne n’envoie ses enfants à l’école pour qu’ils apprennent sur la production alimentaire. La majeure partie de notre population travaille encore pour le gouvernement. Nous avons donc besoin de plus de bras pour l’agriculture.
Le terrain peut être difficile et cher. L’électricité peut être chère, mais, grâce à l’innovation et à la technologie, nous pouvons trouver des solutions. Les gens doivent essentiellement reconnaître que l’agriculture est possible dans le Nord. Cela sera encore plus vrai à mesure que le Nord se réchauffe en raison des changements climatiques. Nous avons beaucoup de difficulté à mobiliser les communautés autochtones, rurales et éloignées et à leur faire comprendre que la production alimentaire et l’agriculture constituent ici, dans le Nord, des moteurs économiques viables, et pas seulement des moteurs sociaux.
La sénatrice McBean : Pouvez-vous penser à des façons dont les interventions fédérales aideraient vos programmes?
Mme Dean : Le soutien fédéral aux programmes doit comprendre que l’investissement dans l’infrastructure doit répondre aux attentes et qu’il ne suffit pas d’injecter ce soutien dans le système. Nous devons bâtir la capacité, nous avons besoin de programmes, de soutiens et d’investissements dans le renforcement des capacités et nous devons supprimer toutes les politiques problématiques qui ont été élaborées parce que nous n’avions pas de secteur agricole. Je parle ici de l’absence de capacité pour produire de la viande.
Nous ne pouvons pas pratiquer la pêche commerciale dans certaines rivières, parce qu’aucune étude n’a été menée sur ces rivières. Certaines politiques font obstacle à ce que nous essayons de faire pour développer le secteur.
J’ai parlé à un homme de Dubaï, qui voulait investir 1,2 million de dollars dans le secteur agricole des Territoires du Nord-Ouest; il est venu avec son équipe et ils ont examiné l’environnement réglementaire. Il s’est retiré. Il croyait au départ que c’était un bon investissement, car il voulait lancer un nouveau projet, mais le cadre réglementaire ne le permet pas. Je dirais donc que les politiques doivent reconnaître que les territoires ont besoin d’un soutien et d’un élan différents pour développer leur secteur agricole.
La présidente : Madame McBean, malheureusement, votre temps est écoulé. Je sais que vous essayez de ne pas me regarder, c’est pourquoi j’interviens verbalement.
La sénatrice Burey : Merci beaucoup d’être ici. Vos témoignages sont stimulants.
J’aimerais commencer par vous, monsieur Feagin; vous avez dit que la sécurité alimentaire ne se résume pas à la question de l’accès. Vous examinez un cadre intégré de sécurité alimentaire. Tout ce que vous avez dit est passionnant, et j’aimerais connaître l’impact sur votre collectivité.
M. Feagin Jr : Je vais commencer par nos écoles et nos programmes éducatifs. Toutes nos écoles locales proposent un programme d’agriculture tout au long de l’année, et l’année scolaire ne coïncide généralement pas avec l’année agricole. C’est là que de nombreux étudiants acquièrent pour la première fois une expérience dans le domaine agricole.
De plus, nous gérons une entreprise de détail, qui assure la distribution à l’échelle du district de Kenora, et va même à Winnipeg et à Thunder Bay. Dans la chaîne d’approvisionnement, nous soutenons plus d’une centaine d’entreprises locales; nous sommes une passerelle économique vers les contrats de gros; nous mettons en place une cuisine commerciale, qui sera certifiée selon les normes mondiales de sécurité des aliments. Ce sera la première fois que bon nombre de ces fournisseurs auront accès à un marché national ou international.
Nous bâtissons cette passerelle pour que, un jour, les entreprises qui n’ont jamais eu l’occasion de se développer ou d’accéder à un marché plus large aient enfin la possibilité de créer leurs propres entreprises et d’avoir un espace de vente au détail qui ne nécessite pas de code universel de produits. Nous voulons que les formalités administratives et l’emballage soient parfaits et que ce soit accessible aux entreprises en démarrage pour les aider à croître, à toutes les étapes.
C’est particulièrement important pour les membres des communautés autochtones et nos communautés autochtones coupées des réseaux urbains qui soutiennent ce type d’entreprises en démarrage. Encore une fois, nous travaillons dans les communautés. Nous sommes dans ces régions éloignées, ce qui nous permet de mettre cela en œuvre dans les communautés.
Nous devons être plus qu’un simple agriculteur dans une communauté éloignée comme Dryden. Il n’y a aucun distributeur avec lequel nous pouvons faire affaire pour distribuer les aliments; c’est à nous de le faire, et cela se traduit par des coûts en capitaux plus élevés. Il n’y a pas de grossistes à qui vendre nos produits. Il n’y a pas non plus de client auquel vendre nos produits. Nous travaillons principalement dans la vente directe aux consommateurs et dans la vente interentreprises, avec des restaurants, des hôtels, des traiteurs et ce genre de choses.
Nous sommes le seul producteur à grande échelle et à l’année dans le district de Kenora. Nous répondons à un besoin immédiat et indispensable, mais c’est aussi ce qui stimule nos innovations. Les systèmes avec lesquels nous avons travaillé, au départ, ne fonctionnaient pas. Et c’est pourquoi, à l’aide de mon expérience en sciences et en innovation, nous avons créé ces innovations viables sur le plan commercial, et c’est là où nous en sommes aujourd’hui.
Monsieur Velez, mon collègue qui est avec moi aujourd’hui, est directeur de la société horticole de Dryden, et Sam Allan — qui travaille aujourd’hui et qui ne pouvait pas se joindre à nous — est coordonnatrice du marché fermier local.
À notre avis, le marché fermier est la première étape pour quelqu’un qui souhaite passer d’une entreprise à domicile à la vente directe au public. Et il y aura bientôt des demandes de financement pour les aider au chapitre des garanties matérielles et numériques, de l’optimisation des moteurs de recherche, afin qu’ils apparaissent avant les épiceries dans les résultats de recherche, de l’accès aux marchés nationaux et internationaux, de la préparation du conditionnement et ainsi de suite. Ce sont des exemples de liens économiques, communautaires et sociaux.
Le reste de la semaine, je serai à Edmonton, au Fireweed Institute, avec un accélérateur de projet pour échanger avec d’autres propriétaires d’entreprises autochtones de tout le Canada afin de les aider à développer leur offre de produits alimentaires et de créer de nouvelles collaborations pour renforcer non seulement le réseau des entreprises autochtones, mais aussi la sécurité et la souveraineté alimentaires du Canada.
[Français]
La sénatrice Hébert : Je suis désolée, j’ai manqué le début de votre présentation. Madame la présidente, rappelez-moi à l’ordre et dites-moi si je suis hors propos. Je vais l’accepter avec plaisir.
Madame Dean, vous avez parlé de questions liées à la réglementation. Je vous ai également entendue dire qu’il y a des conditions climatiques, des conditions réglementaires, des conditions physiques et d’autres conditions qui sont propres au développement de l’industrie dans votre territoire.
Dans le budget du gouvernement, il y a une notion qui a été développée, soit les carrés de sable réglementaires, qui permettent de lever plusieurs réglementations pour permettre l’expérimentation, l’innovation et le développement de projets particuliers. Avec les adaptations nécessaires en raison de vos réalités respectives, pensez-vous que c’est un outil intéressant à utiliser dans le cadre de ce que vous nous avez décrit?
[Traduction]
Mme Dean : Tout à fait. J’aimerais vous donner une réponse plus longue, mais c’est très simple; la réponse, c’est oui. Même si cela ne peut pas se faire dans toutes les provinces, nous devons adopter une approche panterritoriale et faciliter les échanges commerciaux entre les territoires.
Nous n’avons pas d’inspecteurs de l’ACIA; n’en imposez pas dans les territoires. Tout à fait, pour ce qui est des carrés de sable réglementaires. Mon collègue a dit que, dans le Nord, on fait un peu de tout. Nous avons ouvert l’épicerie pour pouvoir proposer des produits alimentaires du Nord, les marques n’ont donc pas beaucoup d’importance.
Nous avons une cuisine partagée. Nous venons de prendre en charge une ferme de 300 acres pour en faire un projet de démonstration.
Nous pouvons bâtir la capacité et nous pouvons mobiliser les gens pour faire tout cela, mais, sans un soutien réglementaire, cela ne mènera nulle part; le projet ne sortira pas du territoire. Et un territoire comptant seulement 46 000 habitants ne peut pas soutenir financièrement une nouvelle idée innovante, ce qui est nécessaire à son maintien, ici.
[Français]
La sénatrice Hébert : Je pense que vous avez raison. Justement, à mon sens, cela me semble tout à fait adapté à cette notion et à l’esprit de la philosophie.
Monsieur Feagin ou monsieur Velez, quelle est votre opinion sur le sujet?
[Traduction]
M. Feagin Jr : Merci, madame la sénatrice. En ce qui concerne la réglementation, c’est difficile pour nous, puisque nous sommes près de la frontière du Manitoba. Pour nous, le Manitoba est à égale distance de Thunder Bay. Nous pouvons faire affaire, par exemple, avec une entreprise de transformation, ou nous pouvons acheter des produits à 22 heures de route d’ici, des produits considérés comme locaux, mais nous ne pouvons pas faire venir des produits de Winnipeg, à quatre heures de route; c’est insensé.
En ce qui concerne les émissions des gaz à effet de serre, la durée de conservation et des choses de ce genre, nous devons revoir la définition du gouvernement fédéral de « local » et de « régional ». Je sais que les provinces ne peuvent pas tracer des frontières en dehors de leur propre territoire. Je comprends pourquoi les définitions actuelles de local et régional existent, mais le gouvernement fédéral doit intervenir et, peut-être, examiner la distance qui nous sépare du centre urbain le plus proche ou des établissements de restauration, pour créer un meilleur modèle pour définir ce qui est local ou régional, voire délimiter les zones de services dans lesquelles les règles de l’ACIA ne s’appliquent pas, pour qu’elles ne soient pas limitées par les frontières; il y aura quand même des limites de distance au regard de la sécurité alimentaire.
Il y a beaucoup de choses à améliorer, mais j’imagine que c’est là un tout autre débat.
Mme Dean : Je suis tout à fait d’accord.
La présidente : Malheureusement, je dois vous interrompre. Je sais que cela devient très intéressant.
M. Feagin Jr : M. Velez a noté que la question était aussi de savoir comment nous pouvons vous aider. C’est bien cela? Je m’excuse.
En ce qui concerne l’aide, pour commencer, nous faisons du travail de sensibilisation auprès de l’ACIA par l’intermédiaire de plusieurs autres organisations. Nous aimerions travailler avec les territoires pour examiner une approche nationale élargie.
Nous sommes ici pour faire du travail de sensibilisation, mais aussi pour essayer de susciter ces changements ou de créer ces cadres. De plus, bien sûr, il y a la production locale. Si la production est locale, vous n’avez pas à composer avec ces problèmes de la même manière, du moins pour les cultures que vous produisez à ce moment-là. Je crois que c’est un obstacle important qui peut être éliminé. Et puis, vous n’avez pas à vous soucier du transport ou de toute l’infrastructure d’entreposage.
Sénatrices et sénateurs, je suis prêt à répondre à vos questions.
La présidente : Merci beaucoup. Nous allons nous arrêter ici. Le temps est écoulé.
Je tiens à vous remercier tous d’être ici. Je sais que venir ici a été toute une aventure pour certains. Madame Dean, nous aurions vraiment aimé que vous soyez ici, car votre témoignage a été formidable. Un grand merci pour tout votre travail. Nous espérons avoir l’occasion de discuter de nouveau avec vous prochainement.
(La séance se poursuit à huis clos.)