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AGFO - Comité permanent

Agriculture et forêts


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’AGRICULTURE ET DES FORÊTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 11 juin 2026

Le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts se réunit aujourd’hui, à 8 h 1 (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, le rôle du secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire du Canada. Il se réunira ensuite à huis clos pour examiner un projet d’ordre du jour (travaux futurs).

La sénatrice Mary Robinson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bonjour. Je m’appelle Mary Robinson et je suis la présidente de ce comité.

Bienvenue aux membres du comité, à nos témoins et à tous ceux qui regardent cette réunion en ligne.

Je tiens tout d’abord à rappeler que nous nous réunissons sur le territoire traditionnel, ancestral et non cédé de la nation algonquine anishinabe.

Avant d’entendre nos témoins, je vais demander aux sénateurs présents autour de cette table de se présenter.

Le sénateur McNair : John McNair, du Nouveau-Brunswick. Je suis ravi de vous voir ici.

[Français]

La sénatrice Hébert : Martine Hébert, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Black : Rob Black, Ontario.

La présidente : Aujourd’hui, le comité poursuit son examen du rôle de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans la sécurité alimentaire du Canada.

Nous avons le plaisir d’accueillir M. Cyr Couturier, chercheur et expert en aquaculture. Merci beaucoup de vous joindre à nous.

Nous commencerons par votre déclaration préliminaire, puis nous passerons aux questions des sénateurs. Vous disposez de cinq minutes pour présenter votre déclaration. La parole est à vous.

Cyr Couturier, chercheur et expert en aquaculture, à titre personnel : Je vous remercie vivement, honorables sénateurs, de m’avoir invité à comparaître devant vous ce matin pour parler de cette question, qui revêt une grande importance pour le Canada et pour le monde entier.

Je me spécialise en agriculture et en production agroalimentaire, plus particulièrement dans le domaine des poissons et des fruits de mer et, notamment, ceux issus de l’aquaculture. On m’a demandé d’aborder certaines questions liées à l’ostréiculture ainsi que les principales maladies qui affectent actuellement notre environnement.

Nous avons constaté que l’évolution de la dynamique océanique et les changements climatiques accroissent la présence de diverses maladies et d’agents pathogènes dans nos voies navigables, tant dans l’Est que dans l’Ouest du Canada. Cela nuit à la capacité de production alimentaire des crustacés et même des poissons à nageoires du Canada.

Pour vous donner un aperçu historique, sur la côte Est du Canada en particulier, les huîtres constituent depuis longtemps une source de nourriture pour les Autochtones. Les concessions ostréicoles de l’Île-du-Prince-Édouard sont même mentionnées dans certains documents de la Loi constitutionnelle de 1867.

Les conséquences sont graves. Elles causent une perte de revenus pour les agriculteurs et pour l’ensemble de la chaîne de valeur de tout le Canada ainsi que la perte d’emplois pour les Canadiens de six provinces, notamment à cause des maladies et des infections bactériennes qui affectent les huîtres.

Le Programme canadien de contrôle de la salubrité des mollusques est géré conjointement par Pêches et Océans Canada, le MPO, par Environnement et Changement climatique Canada, ou ECCC, et par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, l’ACIA. Depuis 20 ans, le secteur demande une modernisation de la réglementation. Le gouvernement précédent s’était engagé à le faire il y a environ quatre ans. En ce qui concerne la réforme réglementaire, y compris le document de consultation, notre organisme de réglementation, Pêches et Océans Canada, est resté bloqué à la phase de consultation. Il n’a toujours pas lancé la réforme.

Quant à la santé animale, les producteurs de mollusques et de crustacés des cinq provinces de la côte Est, y compris le Québec, ne disposent d’aucun moyen de gestion des risques d’entreprise, car la loi ne les considère pas comme des agriculteurs. Pourtant, vos collègues de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, FAO, vous diront que l’aquaculture relève de l’agriculture. Dernièrement, le gouvernement a offert du soutien aux producteurs d’huîtres sauvages et d’élevage de l’Île-du-Prince-Édouard.

Sur le plan économique, certains estiment qu’en 2026, environ 10 millions de produits de ce secteur, surtout à l’Île-du-Prince-Édouard, seront perdus par les ostréiculteurs et que la situation ne s’améliorera probablement pas avant cinq ans. Cette maladie a été dévastatrice. Plusieurs petits ostréiculteurs sont contraints de cesser définitivement leur activité et donc perdront définitivement leurs revenus.

Dans le secteur de la pisciculture, la perte de production alimentaire dans les élevages de saumon de la Colombie-Britannique imposée par le gouvernement précédent à la suite d’une décision du ministère de l’époque non fondée fondée sur des données scientifiques, entraînera, d’ici à 2029, une perte d’environ 9 milliards de dollars de PIB. Cette perte sera due à des politiques peu judicieuses du gouvernement fédéral, bien sûr, et causera la suppression de milliers d’emplois dans ce secteur agroalimentaire. Soulignons qu’un grand nombre de ces emplois sont occupés par des membres des Premières Nations.

Par exemple, la Première Nation de Klemtu, qui pratique l’élevage du saumon depuis 25 ans sur son propre territoire, est passée d’un chômage total à un taux d’emploi de près de 100 %, et son taux de suicide est tombé à zéro. Tout cela résulte en grande partie de l’élevage du saumon. Pourtant, le gouvernement fédéral désire encore que cette nation abandonne cette activité alimentaire.

Soit dit en passant, près de 200 Premières Nations situées dans de nombreuses provinces du Canada participent à divers aspects de l’aquaculture. Une douzaine d’entre elles pratiquent l’élevage du saumon sur leur propre territoire. Il va sans dire que cela est dû à la création de véritables partenariats et à des ententes de vérité et réconciliation.

Pourquoi prenons-nous de tels risques en essayant d’élever des poissons ou des crustacés sur la terre ferme? Cela revient à essayer d’élever des vaches en mer, ce qui est certes possible, mais techniquement insensé. En 2024, le gouvernement fédéral a demandé à l’ancien ministre des Pêches — il y a deux ministres de cela — de produire un rapport à cet effet. Ce rapport, publié par Innovation, Sciences et Développement économique Canada ou ISDE, soulignait l’impossibilité de transférer ces poissons sur la terre ferme. Ce rapport ne sera évidemment pas diffusé, car il contredit les documents du gouvernement précédent.

Enfin, l’aquaculture et le secteur agroalimentaire offrent une occasion de fournir aux Canadiens des aliments locaux, sains et abordables, au lieu d’en importer une grande partie de nombreux pays. L’interdiction de l’élevage du saumon en Colombie-Britannique en est un exemple. À l’heure actuelle, le Canada importe pour 700 ou 800 millions de dollars par an de filets de saumon au lieu d’assurer la sécurité alimentaire locale des Canadiens. Ces produits sont importés de pays aussi lointains que le Chili, la Norvège et d’autres régions qui ne garantissent pas nécessairement la salubrité de ces aliments. Les contrôles de l’ACIA dans le secteur agroalimentaire reposent sur l’évaluation des risques. Cette agence ne contrôle que 1 ou 2 % des produits venant de différents pays. Elle n’est pas en mesure d’inspecter tous les produits alimentaires qui entrent au Canada. Elle procède donc à des contrôles en fonction des risques.

Je peux aussi vous parler des aspects scientifiques de la gestion des maladies des huîtres ainsi que des mesures à prendre pour rétablir le secteur et s’adapter à l’évolution de l’environnement.

Je vous remercie, honorables sénateurs, de m’avoir accordé ces quelques minutes pour vous présenter mes observations.

La présidente : Merci beaucoup, monsieur Couturier. Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Les sénateurs disposeront de cinq minutes pour poser leurs questions et obtenir des réponses. Nous disposons d’une certaine marge de manœuvre ce matin. Si nous abordons un sujet intéressant, je suggère que nous nous y attardions.

Le sénateur McNair : Monsieur Couturier, merci de vous être joint à nous. Certaines de vos observations préliminaires m’ont laissé perplexe. Vous avez évoqué un processus de consultations qui semble se trouver au point mort et qui entrave la réforme de l’élevage des huîtres. Pourquoi ce processus est-il au point mort? Pourquoi le MPO ne lance-t-il pas ce projet?

M. Couturier : En effet, je vous parlais du Programme canadien de contrôle de la salubrité des mollusques. En réalité, le processus de consultations est terminé, et le MPO a rédigé un document à ce sujet. Cependant, je ne comprends pas pourquoi la ministre ne l’a pas publié. Non seulement ce Programme protège la santé et la sécurité des Canadiens, mais il permet aux aquaculteurs canadiens d’exercer leur métier.

Je ne comprends pas pourquoi la ministre n’a pas publié ce document. Notre secteur le réclame depuis un certain temps déjà. Nos dirigeants de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Colombie-Britannique ne parviennent pas à obtenir une réponse de la ministre. On nous dit que la publication du document est imminente. À mon avis, il indiquera que le gouvernement n’a pas fait son travail. Je pourrai vous donner plus de détails à ce sujet.

Cette réforme ne nécessitera pas beaucoup de ressources si elle est effectuée correctement et si le gouvernement accepte de collaborer avec le secteur dans le cadre d’initiatives sur la salubrité des aliments. D’autres pays le font, notamment nos partenaires commerciaux. Je ne sais pas pourquoi notre organisme de réglementation s’y oppose, mais il me semble que l’ACIA, ECCC et le MPO veulent tout garder en main. La solution ne serait pourtant pas coûteuse.

Le sénateur McNair : Votre autre observation portait sur l’élevage des poissons à nageoires en Colombie-Britannique. Vous avez parlé d’une décision non fondée sur des données scientifiques. De nouveau, d’où cela provient-il? Est-ce dû au fait que nous n’avons plus de scientifiques dans ce secteur?

M. Couturier : Au cours de ces dix dernières années, le gouvernement a réduit considérablement les moyens consacrés à la recherche scientifique. Il a promis d’accorder plus de place à la science dans la gestion des pêches, mais cela ne s’est pas vraiment concrétisé. Comme vous le savez, Agriculture et Agroalimentaire Canada et, bien sûr, le MPO, viennent de subir des compressions budgétaires. Presque tous ces fonds ont été affectés à l’élaboration de politiques.

Le processus de prise de décisions mené qui a abouti à l’interdiction de l’élevage du saumon en Colombie-Britannique ne s’appuyait pas sur des données scientifiques pertinentes. À l’époque, la sous-ministre avait estimé que la poursuite de l’élevage du saumon ne présenterait qu’un risque minime, voire quasi nul. Il y a plusieurs années, des groupes autochtones et d’autres chercheurs avaient produit une étude de 500 pages démontrant que le risque d’impact sur le saumon sauvage était minime. Pourtant, l’ancien ministre avait refusé d’accepter la conclusion des scientifiques du ministère et a tout simplement émis cette interdiction.

Je sais que la dernière ministre du gouvernement Trudeau, madame Lebouthillier, a tenté de résoudre cette situation. Malheureusement, sur le plan politique, le groupe parlementaire de la Colombie-Britannique mène la danse. En fait, l’ancien ministre des Pêches originaire de cette province vient d’être nommé ambassadeur du Canada à l’Union européenne.

Je ne le nommerai pas ici, mais vous savez de qui je parle.

Le sénateur McNair : Je vous en remercie.

Je suis originaire du Nouveau-Brunswick. J’habite à Bouctouche, alors je connais bien le secteur de l’aquaculture de cette région. En ce qui concerne les maladies MSX et Dermo, avons-nous commis une erreur? Aurions-nous dû les prévoir?

M. Couturier : C’est une bonne question, car je sais qu’elles ont fait des ravages dans votre région de Bouctouche, à la Maison BeauSoleil et chez les producteurs. Ils ont tous été désignés comme se trouvant dans la zone Dermo et MSX. La maladie MSX, en particulier, avait été détectée il y a plusieurs années au Cap-Breton, comme vous le savez probablement. Certaines personnes pensent qu’elle y avait été introduite. En réalité, je pense que nous avons commis l’erreur de ne pas essayer de déceler cette maladie en particulier.

Ces maladies ont tendance à se propager dans les populations d’huîtres, surtout là où l’environnement et le climat évoluent rapidement. Face aux changements climatiques, le domaine de la production alimentaire doit se préparer à faire face aux nouveaux ravageurs et parasites — dont ces deux-là — qui vont gagner en importance. Dans le cas dont nous parlons, je crois qu’il y a peut-être eu des transferts non autorisés de naissains d’huîtres ou que le gouvernement n’avait pas mis en place les contrôles qu’il aurait fallu, comme l’ont fait plusieurs autres provinces. Ces naissains ont donc été déplacés, mais les huîtres étaient elles‑mêmes en état de stress.

Je vais vous donner un exemple. Ces trois ou quatre dernières années, à l’Île-du-Prince-Édouard, et peut-être dans certaines autres régions du Canada atlantique, les étés ont été assez secs. Il y a eu moins de pluie, à part de rares orages. Les huîtres ont alors subi du stress et, comme elles manquaient de nourriture, leur croissance a ralenti. Les huîtres réagissent au stress comme les humains. Les virus et les parasites qui sont en latence n’attendent que l’occasion d’envahir le corps. Ces trois ou quatre dernières années, nous avons eu des hivers peu rigoureux et des étés secs, ce qui a favorisé la présence de parasites. Ceux-ci se sont emparés de l’organisme et ont causé des dégâts considérables.

Je pense que plusieurs facteurs sont en cause. Nous avons relâché notre vigilance. Quand je dis « nous », je parle du gouvernement. Il se peut que le secteur n’ait pas respecté ses propres règles sur le déplacement des naissains. Il y a eu des déplacements et d’autres choses de ce genre. À présent, toute la côte Est, du Québec jusqu’au Labrador, se trouve dans une zone de maladies Dermo et MSX. Les producteurs ne recevront donc pas d’indemnisation. Cependant, les déplacements sont surveillés. Le secteur de chaque province devra négocier avec le gouvernement fédéral et avec celui de sa province pour obtenir une indemnisation.

J’ai constaté cela à plusieurs endroits de l’Île-du-Prince-Édouard. Je l’ai aussi constaté au Nouveau-Brunswick.

Le sénateur McNair : Pendant la deuxième série de questions, je vais aborder plus en détail le processus de rétablissement. Merci.

Le sénateur Black : J’adore les huîtres. Pensez-vous vraiment qu’elles vont se rétablir?

M. Couturier : Oh oui, mais il leur faudra un certain temps. Le gouvernement et le secteur prennent des mesures encourageantes. Malheureusement, les changements climatiques jouent contre nous. L’environnement évolue. Certaines choses deviennent moins prévisibles. Même si nous parvenons à développer des naissains d’huîtres résistant à ces parasites, ceux‑ci risquent d’évoluer et de devenir plus virulents. La situation est similaire à celle du virus de la COVID. Vous avez vu comme il a muté. Les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire vont faire face à cela pendant encore longtemps.

Ces organismes existent depuis bien plus longtemps que les humains et les huîtres, et ils évoluent. S’ils tuaient tous leurs hôtes, il est évident qu’ils ne survivraient pas très longtemps. Ils font donc preuve d’une grande capacité d’adaptation.

Le sénateur Black : Merci. En discutant des systèmes alimentaires du Canada, on néglige souvent l’aquaculture. Nous avons déjà soulevé cela lors de réunions passées. Pourriez-vous nous en dire davantage sur le rôle important que joue le secteur de l’aquaculture dans l’alimentation des Canadiens et sur la manière dont nous pouvons tirer parti de ce secteur pour renforcer notre sécurité alimentaire? Vous avez abordé ce sujet dans votre déclaration préliminaire, mais pourriez-vous en parler plus en détail?

M. Couturier : L’aquaculture, qui comprend les mollusques et crustacés, les poissons à nageoires, et même les algues, est exploitée pour produire certains aliments. Le produit de la mer le plus consommé par les Canadiens est en réalité le saumon, notamment le saumon d’élevage, car il est disponible toute l’année. C’est un aliment sain et nutritif. Santé Canada reconnaît qu’il fait partie d’une alimentation équilibrée et qu’il constitue une source de vitamines.

Il est absurde d’interdire aux Canadiens de cultiver tel ou tel produit ou d’interdire aux Premières Nations de le faire dans un environnement salubre.

C’est comme pour tout autre aliment produit localement. L’Ontario a une excellente aquaculture, notamment la truite, dans votre région. Heureusement, cette activité est permise en Ontario. Le poisson préféré des Canadiens est le saumon de l’Atlantique d’élevage. Nous ne devons donc surtout pas diminuer sa production. Il faut l’accroître.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, sur terre, cet élevage coûterait une fortune. Il ne sera jamais rentable. C’est une réalité qu’il faut accepter.

Le sénateur Black : Merci.

La présidente : Monsieur Couturier, comme nous parlons de l’abordabilité des aliments, j’aime beaucoup votre analogie selon laquelle on n’élèverait pas les vaches en mer. Cela reviendrait effectivement très cher. Parlant du coût élevé du bœuf, la Stratégie nationale de sécurité alimentaire fait les manchettes. Face à la hausse du prix du bœuf, les gens doivent comprendre qu’il n’est pas possible d’augmenter un cheptel bovin du jour au lendemain et que le volume, l’offre et la demande influencent les prix.

Cela me fait penser à la situation de nos huîtres et à leur abordabilité. Vous nous avez dit que la Loi constitutionnelle de 1867 reconnaissait déjà les concessions ostréicoles. Nous savons qu’il s’agit d’un aliment très prisé. Il est nutritif et délicieux. Le sénateur Black et moi-même amenons des huîtres aux gens des quatre coins du pays. Il serait terrible de perdre cette ressource alimentaire, qui est aussi un excellent produit d’exportation.

[Français]

La sénatrice Hébert : Monsieur Couturier, c’est très intéressant de vous entendre, surtout sur la pisciculture liée au saumon. Je ne suis pas une experte; je suis pas mal meilleure pour faire la différence entre une recette de truite ou de saumon. Vous avez dit que les communautés autochtones étaient vraiment très intéressantes en matière d’emploi. Vous avez dit aussi qu’on avait vu des taux de suicide diminuer dans les communautés grâce à cela.

Est-ce qu’il y a moyen de convertir cela en attendant? Je trouve que, dans mon assiette, un filet de truite ressemble beaucoup à un filet de saumon; je peux les apprêter de la même façon. Est-ce que c’est la même chose en pisciculture? Certaines espèces de poissons pourraient-elles facilement être substituées afin de garder les bénéfices dans les communautés de ces élevages?

M. Couturier : L’élevage de truites se fait un peu partout à travers le Canada, surtout en Ontario, mais de concert avec les communautés autochtones, en tenant compte de leurs territoires. Alors, au Canada, on devrait juste faire de l’élevage des poissons et des espèces qui sont natifs d’ici. C’est faisable d’importer une huître ou une espèce du sud ou de l’Afrique et de la produire ici au Canada, mais il y a toutes sortes de considérations, comme les maladies qu’on pourrait importer. Êtes-vous du Québec, sénatrice Hébert?

La sénatrice Hébert : Oui, on produit de l’excellente truite en Estrie, la truite des Bobines, notamment.

M. Couturier : Oui. Je connais bien les personnes qui font cela.

Donc, il faudrait promouvoir cela un peu plus dans les provinces. C’est l’aquaculture et la pisciculture en eau douce, mais l’élevage de saumons et d’huîtres se fait en eau saumâtre et en eau salée.

Au Québec, le problème, pour l’élevage en mer, c’est que vous avez de la glace dans le fleuve Saint-Laurent. Si vous voulez produire du saumon, il faudrait le faire en installation, en recirculation sur terre. Il y a deux grosses entreprises qui sont en train de faire de la politique au Québec pour faire de la production en bassin. Cependant, il y en a plusieurs qui ont déjà essayé dans les dix dernières années. Elles ont dépensé des milliards de dollars en production, mais elles ne sont pas rentables. Elles ont tué pas mal de poissons. Je ne sais pas si les entrepreneurs et les promoteurs au Québec vont réussir, mais je ne pense pas que la technologie est prête pour faire cela à grande échelle.

Il y a beaucoup de possibilités pour les Autochtones, ainsi que pour les Québécois et les Canadiens, de produire encore plus de poissons. Il faudrait juste que le gouvernement leur donne la permission.

La sénatrice Hébert : Je comprends que, pour l’élevage en bassin saumuré ou salé, la substitution des poissons n’est pas évidente parce qu’il faudrait importer des espèces et cela pose d’autres enjeux. J’ai bien compris cela. Merci, cela répond à ma question. Désolée, je suis une novice sur cette question.

M. Couturier : Ce n’est pas un problème.

La sénatrice Hébert : À part un petit aquarium quand j’étais jeune, je ne connais pas d’autre chose dans l’élevage des poissons. Je pense que c’est vous, Madame la présidente, qui avez abordé la question des exportations des marchés à l’international. J’aimerais que vous nous parliez un petit peu de la situation actuelle parce qu’hier, le président Trump a encore dit qu’il ne souhaitait pas renouveler l’entente avec le Canada. On sait ce que cela veut dire. Ce n’est pas une menace à court terme. J’aimerais que vous nous parliez des effets en matière de retard d’investissement ou encore de chiffres d’affaires dans l’industrie de la guerre commerciale avec nos voisins américains.

M. Couturier : Oui, cela a certainement eu un effet, surtout chez les pisciculteurs, les aquaculteurs et les éleveurs. Il n’y a pas de tarifs, alors ce n’est pas un problème. Il y a de 75 % à 80 % de nos huîtres et de nos moules qui sont exportés aux États-Unis, et un peu moins de truites et de saumons du Canada, donc la demande est là. L’industrie a réussi à faire en sorte qu’il n’y ait pas de tarif. Le problème est qu’on ne produit pas assez pour subvenir à la demande. Les États-Unis ont un déficit commercial de 20 milliards de dollars en poissonnerie. Le Canada en comble environ 8 milliards de dollars.

Tous les consommateurs aux États-Unis, même les agriculteurs, ont recommandé de ne pas imposer de tarifs à cette industrie. Monsieur Trump, je ne sais pas s’il continue, mais son ministre de l’agriculture a bien entendu parler de cela. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de tarification pour le moment, mais on ne sait pas ce qu’il va faire, M. Trump, d’un jour à l’autre.

La sénatrice Hébert : On peut se le demander des fois, on a de la difficulté à voir la stratégie.

[Traduction]

La présidente : Je souhaite la bienvenue à la sénatrice Muggli, qui vient de se joindre à nous.

Le sénateur McNair : Monsieur Couturier, pour en revenir à la prise de décisions non fondée sur des données scientifiques, quelle recommandation feriez-vous au gouvernement pour inverser cette tendance?

M. Couturier : C’est une grave erreur de la part du gouvernement du Canada d’ignorer la science en donnant des conseils aux ministres chargés de la production alimentaire, en particulier à celui d’Agriculture et d’Agroalimentaire, mais aussi à la ministre de Pêches et des Océans. Le ministère des Pêches et des Océans est un producteur alimentaire. Les pêches englobent les produits de la mer destinés à l’alimentation, qu’ils soient pêchés ou issus de l’aquaculture. C’est pourquoi on parle de « poissons et fruits de mer ». Ils étaient déjà à la base de la vie canadienne en 1867, comme vous le savez bien, lors de l’adoption de la Loi constitutionnelle, de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

Il est insensé de réduire les ressources allouées à la recherche scientifique et d’en ignorer les données probantes. Voici ce que je recommanderais au gouvernement par l’intermédiaire de ce comité : la prise de décisions ne doit pas être politique. Elle doit reposer sur les meilleures données dont vous disposez, qu’elles proviennent du monde universitaire ou d’autres sources. Les décisions doivent reposer sur le bien-fondé, sur des données probantes. Tout ce que nous faisons dans la vie pose des risques. Quand les risques sont minimes, quand la recherche scientifique est de très bonne qualité et que des études indépendantes confirment ses conclusions, les services de production alimentaire du ministère devraient tout simplement adopter ces recommandations des sous-ministres ou de leurs conseillers et non prendre des décisions politiques qui ne reposent pas sur des données probantes.

Le sénateur McNair : Merci.

Passons à un autre sujet. Revenons aux huîtres : comment se porte actuellement le marché à l’exportation du Canada atlantique? S’est-il complètement anéanti ou y voit-on encore de l’activité?

M. Couturier : On exporte encore beaucoup d’huîtres vivantes de l’Île-du-Prince-Édouard, peut-être un peu moins du Nouveau-Brunswick, mais aussi d’autres régions. Les huîtres malades qui sont vivantes ne présentent aucun risque pour la santé humaine. Elles peuvent donc être exportées. Ce n’est pas un problème majeur, à condition de ne pas les remettre à l’eau lorsqu’on les exporte vers les États-Unis ou, dans votre cas, depuis la Maison BeauSoleil, qui en exporte un certain nombre vers la France. Si l’on ne les remet pas en vivier, dans l’eau, on peut les exporter. Malheureusement, nous avons perdu environ 50 % de la production d’huîtres dans différentes baies et entrées de la côte Est du Canada. Je crois que les exportations ont considérablement diminué. Il faut d’abord approvisionner le marché canadien.

Cette industrie est relativement florissante. On produit 100 millions d’huîtres annuellement à l’Île-du-Prince-Édouard seulement, mais bon nombre de ces huîtres n’existent plus aujourd’hui.

Le sénateur McNair : Les gens parlent d’un taux de mortalité de 50 % dans ma région.

M. Couturier : Au Nouveau-Brunswick, la situation est terrible.

Le sénateur McNair : Merci.

Le sénateur Black : Monsieur Couturier, vous avez consacré une bonne partie de votre carrière à enseigner les méthodes d’aquaculture durable à des étudiants et à des membres de la collectivité. Je vous en suis très reconnaissant. Selon vous, quelle influence la prochaine génération aura-t-elle sur l’avenir de ce secteur? Contribuera-t-elle à renforcer la sécurité alimentaire de notre pays dans les années à venir?

M. Couturier : Je vous remercie pour ce compliment, sénateur Black. En effet, un de vos collègues m’a décerné la médaille du roi Charles III pour ma contribution à la science, à la sécurité alimentaire et à la formation des jeunes dans de nombreux pays.

Les jeunes y voient un avenir. L’aquaculture, en particulier, offre des débouchés formidables. Elle est reconnue par les Nations unies comme une activité de production alimentaire durable ayant un faible impact sur l’environnement. En fait, c’est l’un des modes de production de protéines ayant le plus faible impact écologique. Je ne veux pas rabaisser nos collègues de la production alimentaire terrestre, mais l’aquaculture a un très faible impact sur l’environnement, ce que reconnaissent aussi les organismes de certification internationaux.

Les jeunes d’aujourd’hui souhaitent s’engager dans une activité de production alimentaire respectueuse de l’environnement qui favorise la santé des gens. Leur rôle sera important. Ils commencent déjà à militer activement pour leur avenir, parce que nous ne pouvons pas laisser tout le monde quitter nos régions rurales pour s’installer en ville. De nombreux producteurs désirent continuer à pratiquer l’agriculture, qu’elle soit terrestre ou marine. À mon avis, ils représentent l’avenir de notre pays et ils se soucient de l’environnement. Ils agiront comme il le faut. Je pense qu’il est temps que les Canadiens, surtout les personnes âgées comme moi, s’effacent pour leur permettre de s’épanouir.

Nous devons pour cela établir un milieu d’exploitation propice. Ils n’ont pas vraiment besoin de subventions. Ils ont besoin d’innovation pour continuer à cultiver. Il faut que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux aient la volonté d’établir des systèmes réglementaires favorables qui permettent à ces jeunes de prospérer. Les jeunes sont astucieux. Il faut avant tout que les producteurs agroalimentaires cessent de se plaindre. Ils se plaignent de toutes sortes de choses et de tous leurs problèmes. Pendant notre atelier d’hier, un collègue de l’Ontario, qui siège au conseil d’administration de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, a souligné que les jeunes et les Canadiens en ont assez d’entendre les agriculteurs se plaindre. L’agriculture a beaucoup d’aspects positifs. Parlez-en positivement. Je ne sais pas si j’ai répondu à votre question, sénateur, excusez-moi.

Le sénateur Black : Oui, vous y avez répondu, merci.

J’avais déjà posé cette question lors d’autres séances. Au fait, merci de ne pas faire référence aux personnes âgées en disant « comme vous et moi ».

M. Couturier : De rien. Nous sommes tous jeunes. L’âge n’a pas vraiment d’importance.

Le sénateur Black : Je crains qu’un jour, à cause des politiques et des virus dont vous avez parlé, nous ne soyons plus en mesure de nourrir notre province ou notre pays, sans parler du reste du monde, alors que les gens s’attendent à ce que nous y parvenions dès aujourd’hui.

Qu’en pensez-vous? Cela vous inquiète-t-il? Avez-vous les mêmes craintes en regardant l’avenir?

M. Couturier : Je ne pense pas avoir les mêmes craintes face à l’avenir. Je ne sais pas à quoi ressemblera la stratégie alimentaire actuelle et ce que le premier ministre va annoncer. Je suis optimiste, j’ai de l’espoir. Beaucoup de jeunes pensent que les choses iront dans la bonne direction, que nous mènerons le bon combat contre les changements climatiques et que nous aiderons nos producteurs alimentaires en innovant, en découvrant de nouvelles méthodes pour lutter contre les maladies, les ravageurs et les parasites, etc. Tant que les investissements des secteurs public et privé seront au rendez‑vous, j’ai bon espoir que nous continuerons à faire ce que nous faisons bien ici au Canada, ce pour quoi nous sommes réputés, et que nous nous placerons en tête de file de la production alimentaire.

Votre comité connaît sans doute bien le rapport Barton de 2015 et toutes les recommandations qui y figurent, selon lesquelles l’aquaculture et l’agriculture sont des secteurs formidables qui devraient non seulement être encouragés, mais qui devraient également avoir un impact économique majeur au Canada. La FCA, dont je suis membre du conseil d’administration, tout comme l’était la sénatrice Robinson. Elle en était la présidente. Il s’agit d’un secteur de 150 milliards de dollars. Si l’on ajoute à cela l’ensemble des fabricants de produits alimentaires, on parle alors de 200 à 300 milliards de dollars supplémentaires. L’ensemble du système alimentaire canadien est probablement le principal contributeur au PIB. Je ne sais pas si c’est tout à fait exact, et si l’on exclut le pétrole de l’Alberta. Le secteur alimentaire — fabrication, production agricole, distribution, vente au détail et tout ce qui s’y rapporte — emploie 2,3 millions de Canadiens. C’est sans aucun doute la plus grande industrie du Canada, et comme nous nourrissons les Canadiens, nous ne pouvons pas permettre qu’elle décline.

Le sénateur Black : Merci pour vos sages paroles. Merci d’être parmi nous aujourd’hui.

M. Couturier : Je vous en prie.

[Français]

La sénatrice Hébert : Monsieur Couturier, j’aimerais entendre votre avis sur d’autres aspects. Dans le budget et la mise à jour économique présentés par le gouvernement, on a vu différentes initiatives pour différentes industries. J’aimerais entendre votre point de vue sur l’industrie de la pisciculture.

Est-ce que les mesures comprises sont suffisantes pour soutenir l’industrie face aux défis qu’elle a à affronter actuellement? Je pense, par exemple, à certaines mesures d’amortissement accélérées pour essayer de stimuler l’investissement et inciter les entreprises à investir ou les mesures en matière d’allègement de la réglementation dans certains secteurs?

Est-ce que vous sentez que votre secteur a été bien servi dans ce qui a été présenté? Sinon, quelles seraient vos recommandations?

M. Couturier : La réduction de la surréglementation ou de la bureaucratie, je crois que le gouvernement fédéral est en train d’essayer de faire cela maintenant, avec l’ACIA et ce genre de chose, mais c’est la bureaucratie. Je parlais à la ministre de la Santé il y a deux ou trois semaines. Elle m’a indiqué qu’elle tente de faire des changements au niveau de la bureaucratie. On essaie d’accepter des normes avec nos partenaires commerciaux, comme les normes avec l’Australie, et autres, pour avoir de nouveaux produits et pour aider les agriculteurs et les producteurs du secteur de l’alimentation.

La bureaucratie ne bouge pas vite. Même si le gouvernement veut faire quelque chose, ce n’est pas facile. On change de ministère, on change de politiciens tous les deux, trois, quatre ans, mais la bureaucratie est toujours là. Il y a eu des coupures dans les différents départements, et c’est un des problèmes. Alors, ma recommandation au gouvernement serait d’investir plus et surtout d’enlever la réglementation qui nuit à la production alimentaire pour que les Canadiens puissent s’avérer un peu plus et faire un peu plus de recherches, comme je vous l’ai déjà dit.

Stimuler les investissements, ce n’est pas un problème en pisciculture, surtout en salmoniculture. Je vais vous dire qu’il y a toujours du monde, il y a de l’argent pour investir en aquaculture et dans l’élevage du saumon. Je ne sais pas si vous connaissez Mitsubishi, une entreprise qui a un chiffre d’affaires mondial d’environ 200 milliards de dollars. Elle est impliquée en aquaculture, puis elle vient juste d’acheter une compagnie au Canada, Cermaq, qui fait de la production salmonicole en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Ils sont prêts à investir des centaines de millions de dollars ici au Canada. Ils ont les mers pour faire la production. C’est la même chose en Colombie-Britannique. Si l’on a le droit de produire du saumon de façon sécuritaire dans l’océan, il y a des investisseurs qui sont prêts à investir 500 millions de dollars aujourd’hui pour augmenter la production.

Il ne faut pas vraiment changer tout cela. Comme le premier ministre l’a dit aussi, oui, on veut encourager l’investissement, mais c’est la réglementation et les politiques qui jouent un rôle néfaste dans tout cela.

La sénatrice Hébert : Si je vous comprends bien, on aurait peut-être eu avantage à inclure l’ensemble du secteur agroalimentaire, y compris celui dont on discute aujourd’hui, dans la dynamique des grands projets comme secteur stratégique pour le Canada, au même titre que les autres secteurs inclus, que ce soit l’énergie, les minéraux critiques et autres.

Sur la question de la réglementation, on verra ce que cela donnera. Il y a peut-être une avenue avec les bacs à sable réglementaires qui pourraient être instaurés, en particulier dans une industrie comme la vôtre. Ce sera intéressant.

Quels seraient vos trois éléments principaux ou recommandations que devrait contenir une politique ou une stratégie canadienne sur la sécurité alimentaire?

M. Couturier : C’est intéressant. Je n’y ai pas pensé longuement.

Nos producteurs alimentaires sont des éleveurs, des fermiers et des pêcheurs. Il faut que le Canada puisse se nourrir par lui-même. Vous êtes du Québec, vous savez bien que les produits du terroir sont reconnus et que les agriculteurs du Québec sont fiers de leur production alimentaire qui soutient le peuple. Je crois que c’est la même chose dans le reste du Canada. Ma recommandation serait de soutenir nos producteurs agroalimentaires.

Dans les grands projets, je crois qu’ils ont inclus la possibilité de soutenir nos manufacturiers de produits alimentaires. Ce n’est pas tout le monde qui peut réaliser des projets de 100 millions de dollars. Ce n’est pas absolument nécessaire. Cependant, mettez cela en œuvre pour les gros producteurs agroalimentaires.

Il nous faut une stratégie alimentaire axée sur une production canadienne destinée à nourrir les Canadiens, les Canadiennes et les Premières Nations qui le veulent bien.

Deuxièmement, il faudrait retirer les barrières réglementaires qui empêchent le Canada de produire des aliments à des prix abordables. La sécurité alimentaire implique également d’être capable de produire des aliments pour un marché auquel les Canadiens et Canadiennes ont facilement accès. L’abordabilité alimentaire est une question d’accès.

Alors, je peux vous dire maintenant que l’élevage de la truite, du saumon, des huîtres et tout cela coûte évidemment moins cher que le bœuf. Nous aurions tout de même besoin d’un peu d’aide, ne serait-ce que pour laisser l’industrie faire son travail.

[Traduction]

Ne mettez pas des bâtons dans les roues. Laissez l’agriculture faire fièrement son travail —, et les producteurs alimentaires en particulier.

[Français]

Ce ne sont que deux recommandations —

La sénatrice Hébert : Ce sera beau dans le rapport, madame la présidente, « Get out of the way », comme observation.

[Traduction]

La présidente : Merci. Je savais que nous pouvions compter sur M. Couturier pour nous fournir quelques remarques percutantes pour notre rapport. Merci.

M. Couturier : Ce n’est pas blessant, n’est-ce pas?

La présidente : Monsieur Couturier, j’aimerais vous poser une petite question. Avez-vous dit que nous importions pour 700 à 800 millions de dollars de filets de saumon?

M. Couturier : Oui.

La présidente : Ils viennent principalement du Chili ou de la Norvège — ce sont deux pays qui exportent vers le Canada.

M. Couturier : Oui.

La présidente : Vous avez évoqué les inspections liées à l’évaluation du risque. Actuellement, il y a beaucoup de discussions au sujet du Mercosur et de ce qu’il adviendra du bœuf. Y a-t-il quelque chose à ce sujet pour l’aquaculture?

De manière générale, pouvez-vous nous donner une idée de la façon dont les Canadiens devraient percevoir les produits alimentaires produits au Canada, parfois considérés comme plus coûteux, et la manière dont nous devons rivaliser avec des aliments produits ailleurs, soumis à des normes d’évaluation différentes lors de l’importation?

M. Couturier : Voulez-vous que je commente cela?

La présidente : Peut-être pourriez-vous nous envoyer un petit texte par écrit si vous souhaitez rédiger quelque chose que nous pourrions inclure dans le rapport. C’est à vous de voir.

M. Couturier : Oui. Je pourrais probablement le faire et faire un suivi.

La présidente : D’accord, parce que j’ai une autre question à poser, mais nous manquons bientôt de temps. Je vous laisse le soin de nous écrire quelque chose, si cela vous convient. Je vous donne un devoir à faire, monsieur Couturier.

M. Couturier : Très bien. Merci.

La présidente : On dit souvent que l’aquaculture est une forme d’agriculture. J’ai d’ailleurs une épinglette qui le dit. On nous dit aussi qu’elle relève de plusieurs ministères, et on parle des difficultés des producteurs d’aquaculture à accéder aux programmes de gestion des risques de l’entreprise. Nous discutons des défis, particulièrement dans l’ostréiculture et la pêche en milieu naturel dans la région de l’Atlantique.

J’aimerais connaître votre opinion sur la façon dont nous pourrions formuler une recommandation. Que pourrions-nous dire dans notre rapport sur la stratégie de sécurité alimentaire sur la meilleure façon d’établir un partenariat entre l’aquaculture et le gouvernement?

C’est une idée qui me tient à cœur. Vous m’avez déjà entendu dire que le gouvernement n’est pas notre agent de probation; c’est notre partenaire, et il devrait nous aider à donner le meilleur de nous-mêmes. Il devrait nous protéger et veiller à ce que nous conquérions l’ensemble du marché.

Pour libérer le potentiel que vous avez mentionné — que Dominic Barton soulignait en 2017 —, comment contribuerions‑nous le mieux à la sécurité alimentaire et économique? La sénatrice Hébert a relevé une remarque que vous avez faite en introduction à propos de la réduction du suicide et des avantages qui en découlent. Je me demande si vous pourriez, dans votre devoir, nous donner une idée de ce que, selon vous, nous devrions recommander au gouvernement, en tant que rouages du système, et de la manière dont le gouvernement devrait collaborer avec le secteur de l’aquaculture pour l’aider à atteindre ce potentiel.

Je vais vous demander de nous fournir cela par écrit, car j’aimerais que le sénateur McNair ait le temps de poser sa question, si cela vous convient.

M. Couturier : Si vous pouviez demander à la greffière de m’envoyer ce devoir par écrit, je vous enverrai quelque chose dans les prochains jours.

La présidente : Je vous communiquerai votre note lorsque nous l’aurons lu.

Le sénateur McNair : Je préférerais entendre sa réponse à votre première question en 30 secondes, pendant que nous l’avons avec nous aujourd’hui.

Pourriez-vous lui résumer à nouveau votre première question?

La présidente : Monsieur Couturier, il s’agit des importations de filets de saumon et de l’évaluation du risque y afférant. Comment percevons-nous la concurrence en tant que producteurs nationaux? Devrait-on imposer des exigences différentes aux aliments importés pour rétablir l’équité? Quelle est votre opinion à ce sujet?

M. Couturier : Tout cela relève de la politique commerciale du Canada. Le gouvernement devrait soutenir prioritairement les producteurs alimentaires canadiens, sans nécessairement éliminer les barrières commerciales.

Un problème que je constate, par exemple, avec les filets de saumon est que beaucoup proviennent du Chili. Cela n’est pas en soi un problème. Apparemment, les mêmes normes réglementaires et inspections de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ou ACIA s’appliqueraient aux denrées importées comme aux denrées canadiennes, mais je n’en suis pas sûr.

Je m’en tiendrai là pour l’instant. Peut-être faudrait-il le faire. Si c’est le cas, cela inciterait peut-être davantage les producteurs canadiens à investir dans la production alimentaire. Ce n’est qu’en augmentant les volumes que l’on peut réduire, par exemple, le prix à la ferme.

Autre point en 30 secondes : comme vous le savez, sénateurs, les grands détaillants refusent d’acheter chez des producteurs canadiens s’ils peuvent s’approvisionner régulièrement auprès de producteurs étrangers. Je pense à Costco, Loblaws, et autres. Leurs clients veulent consommer ces produits.

Par exemple, si une ferme canadienne ne peut pas fournir toutes les chaînes — disons Costco en particulier — elles s’adresseront à un autre fournisseur, peu importe d’où il vient.

Si le Canada pouvait produire davantage de denrées alimentaires sur son territoire, les producteurs auraient un meilleur accès aux épiceries, détaillants et autres. Ce serait une recommandation que je ferais au gouvernement du Canada.

La présidente : Merci.

[Français]

La sénatrice Hébert : J’aimerais rester dans la même lignée de questions que le sénateur McNair.

J’ai rencontré des gens d’autres secteurs de l’alimentation au Canada. Une des doléances qu’ils avaient, c’est que, lorsque le gouvernement fait des appels d’offres ou des achats pour ses propres besoins, dans les prisons, par exemple, parfois on privilégie des produits étrangers plutôt que des produits canadiens. En ce qui a trait à la politique « Achetez canadien », dans la foulée de ce que vous venez de dire, à votre connaissance, est-ce une pratique qui est en vigueur ou est-ce qu’on pourrait recommander au gouvernement de favoriser ses propres produits pour répondre à ses besoins, que ce soit dans les prisons ou autres?

M. Couturier : Les prisons, les hôpitaux, tout cela. Quand vous pensez à la chaîne d’approvisionnement, ces services publics ont des contraintes budgétaires, etc. Ils vont faire un appel d’offres, les compagnies vont produire des produits alimentaires pour les hôpitaux, et autres. Cela serait une bonne recommandation.

Je ne pense pas que cela arrivera prochainement, mais je suis certain que les grands agriculteurs seraient fiers d’être inclus dans ces appels d’offres. Si le gouvernement fédéral ou les gouvernements provinciaux voulaient supporter cela, « Achetez canadien », « Achetons québécois », « Acheter ontarien », et tout cela, ce serait au gouvernement d’investir un peu plus d’argent pour approvisionner les prisons, les hôpitaux, les services publics, les écoles. Ce serait une bonne politique que les appels d’offres soient seulement avec des producteurs canadiens. Cela pourrait augmenter notre PIB et contribuer davantage à l’économie. C’est important les services publics. C’est une partie de notre économie canadienne.

Le programme « Achetez canadien » stimule l’économie aussi. On a besoin de cela actuellement, car on est à la baisse.

La sénatrice Hébert : Merci.

[Traduction]

La présidente : J’ai une dernière question, monsieur Couturier, et je pense que cela conclura cette discussion.

Je pense à la production de saumon d’élevage sur la côte ouest depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction des filets ouverts en Colombie-Britannique. Pourriez-vous parler de la baisse en pourcentage de la production? Cela nous serait utile pour mesurer les pertes financières dans notre rapport.

Alors que nous parlons de sécurité économique au Canada et de la croissance mondiale de l’aquaculture, je me demande où nous nous situons par rapport aux autres. Que manquons-nous de ce côté lorsque nous observons la situation à l’échelle mondiale? On parle souvent de la Norvège et du Chili, et de ce potentiel. Pouvez-vous nous donner quelques chiffres à considérer?

M. Couturier : Plusieurs choses. Dans les années 1980, le Canada était parmi les dix premiers producteurs mondiaux de fruits de mer, d’élevage et sauvages. Nous sommes tombés au 30e rang.

En production de saumon, nous étions au premier ou deuxième rang dans les années 1990. La Norvège et le Chili ont rapidement progressé, tout comme aujourd’hui les Îles Féroé et quelques autres. Nous sommes tombés au cinquième rang.

Vous avez peut-être entendu Tim Kennedy dire un jour : « Nous sommes au quatrième rang. » Ce n’est pas exact. Nous sommes au cinquième rang. Nous avons perdu énormément de terrain en termes d’emplois pour les Canadiens, entre autres choses.

Cette interdiction récente, annoncée pour la première fois en 2021 par un ministre fédéral et mise en œuvre à nouveau en 2024, Mme Lebouthillier ayant, je suppose, à l’annoncer, a fait perdre plusieurs milliers d’emplois. Je n’ai pas le chiffre exact, mais l’industrie a perdu environ la moitié de son volume initial en Colombie-Britannique. La production a chuté.

La production canadienne de saumon était de 140 000 tonnes. Elle se situe maintenant à environ 90 000 tonnes, dont plus de 50 % vient de l’Est du Canada. Elle est en forte baisse. On estime à environ 100 millions de dollars annuels les pertes cumulées ces dernières années, et cette baisse va se poursuivre.

Pour ce qui est des retombées pour les fournisseurs, comme vous le savez dans l’agriculture et l’agroalimentaire, il y a l’agriculteur, mais aussi tout un réseau. Si l’on prend tout cela en compte, cela représente une perte considérable pour l’économie, non seulement de la Colombie-Britannique, mais aussi du Canada, car ces emplois bien rémunérés ne génèrent plus de recettes fiscales pour l’économie. Quand l’annonce a été faite en 2021, le premier ministre Horgan — alors premier ministre néodémocrate de la Colombie-Britannique — a déclaré : « Monsieur Trudeau, que comptez-vous faire de tous ces emplois que vous faites perdre à mon économie? » Et ce, alors même que le NPD soit indécis sur la question de l’élevage.

C’est une perte majeure pour les économies du Canada et de la Colombie-Britannique. Cette dernière est dans une situation difficile avec un déficit de 13 milliards de dollars cette année. Elle est pratiquement en faillite, tout comme celle de Terre-Neuve-et-Labrador. Pourquoi ne pas favoriser une augmentation de la production alimentaire et la création d’emplois bien rémunérés? La réconciliation économique est importante au Canada. Pourquoi le gouvernement du Canada dirait-il non à des dizaines de Premières Nations qui veulent produire du saumon d’élevage? Cela me semble insensé. Elles ne demandent pas l’aumône.

La présidente : Nous n’avons pas forcément besoin d’être au premier rang, mais pour redresser la situation et reprendre ce marché, quel est le calendrier prévu? Est-ce trop ambitieux?

M. Couturier : Pour revenir au quatrième rang, vous avez évoqué le cheptel. Le stock de géniteurs — par exemple de saumon — suit un cycle de six ans pour les investissements, la génétique et tout ce qui est nécessaire. Pour se rétablir, sans une autorisation d’au moins six ans, le délai est dépassé pour 2029. En Colombie-Britannique, on abat déjà le stock de géniteurs — le cheptel — difficile à remplacer, tout comme le cheptel bovin.

Si le gouvernement ne prend pas de décision ce mois-ci pour affirmer clairement qu’il soutient les éleveurs de saumon et qu’il lève l’interdiction, les pertes vont continuer à s’alourdir considérablement; toutefois, une reprise est possible dans quatre ou cinq ans si l’interdiction est levée immédiatement. L’industrie veut produire de la nourriture pour les Canadiens et exporter, évidemment pour des parts de marché, etc. Les Américains le demandent. Les Canadiens aussi. Sinon, pourquoi importerait-on près d’un milliard de dollars de filets de poisson du Canada provenant de l’étranger? Leur produit de la mer préféré est le saumon d’élevage.

La présidente : Comment le Canada est-il perçu à l’international par les investisseurs souhaitant s’implanter ici? Quels signaux avons-nous envoyés à ces investisseurs?

M. Couturier : Nous avons envoyé de mauvais signaux, car l’incertitude réglementaire est le principal frein. Vous en avez sûrement entendu parler dans d’autres secteurs des ressources naturelles. Le premier ministre veut attirer les investisseurs et leur faciliter la tâche. Aucun investisseur n’a vraiment investi au Canada depuis près d’une décennie, ou très peu, à cause de l’incertitude réglementaire du gouvernement précédent. Espérons que le gouvernement actuel pourra apporter un peu plus de sécurité. Mais dans le secteur alimentaire, les investisseurs veulent investir, s’ils ont la certitude réglementaire. Si vous ne savez pas si vous serez encore en activité dans deux, trois ou quatre ans, et que vous êtes producteur alimentaire, pourquoi investiriez-vous? C’est pareil dans la fabrication alimentaire. Si je ne dispose pas d’un approvisionnement régulier, je ne pourrai pas solliciter des investissements. Mon banquier ne me prêtera pas d’argent si mon entreprise n’est pas viable dans trois ou quatre ans; c’est donc maintenant que tout se joue.

J’ai mentionné Mitsubishi, une entreprise de 200 milliards de dollars, prête à investir massivement au Canada. Le Canada n’a aucun problème avec les investissements japonais. M. Mitsubishi, ou le PDG, devrait parler avec le premier ministre. Il l’a sans doute déjà fait, mais il s’agit de franchir le bruit ambiant et la politique, comme vous le savez, sénatrice. C’est un enjeu important.

Peut-être que votre comité pourrait formuler une recommandation concernant les investissements directs étrangers ou tout autre investissement. Même les Canadiens ne sont pas très forts pour ce qui est d’investir dans leurs propres entreprises. Je pourrais citer de nombreux exemples, dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, où des Américains investissent chez des producteurs canadiens parce qu’ils y voient un avenir. C’est ridicule. Mais s’ils ne voient pas d’avenir, vont‑ils investir? Non. La certitude réglementaire et l’approbation sont absolument nécessaires, au moins sur une période de 6 à 10 ans.

La présidente : Parfait. Nous avons laissé la porte ouverte. Lorsque nous passerons aux questions, vous pourrez nous fournir toutes les informations que vous souhaitez. Ce serait merveilleux. Je tiens à vous remercier sincèrement, monsieur Couturier. Je sais que vous êtes de l’Alberta. Je vous remercie de vous être levé tôt. Vous avez un programme chargé aujourd’hui. Nous apprécions vraiment votre expertise. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Pour le deuxième groupe de témoins, nous avons le plaisir d’accueillir Beth Bechdol, directrice générale adjointe de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. De Syngenta Canada Inc., nous accueillons Shaun Vey, président, et Christina Stroud, responsable des affaires générales. Merci beaucoup de vous joindre à nous.

Nous commencerons par vos remarques liminaires avant de passer aux questions des membres. Vous aurez chacun cinq minutes.

La parole sera d’abord à vous, madame Bechdol. Je comprends que vous devez partir après votre allocution d’ouverture. Merci beaucoup de vous joindre à nous. Je demanderai aux sénateurs de vous poser des questions pendant la période de questions, et nous pourrons recevoir vos réponses par écrit si cela vous convient. La parole est à vous.

Beth Bechdol, directrice générale adjointe, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture : Merci, sénatrice Robinson, sénateur McNair et distingués membres du Comité. C’est un plaisir de comparaître devant vous une fois de plus, cette fois depuis Rome. Je vous prie de m’excuser, car d’autres engagements m’obligent à quitter rapidement cette réunion.

Mesdames et messieurs les sénateurs, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ou FAO, a été fondée à Québec en 1945, ce qui rend particulièrement significatif le fait de m’adresser à un comité parlementaire canadien au sujet de la sécurité alimentaire aujourd’hui.

Partout dans le monde, la sécurité alimentaire devient plus complexe. Les conflits, les crises prolongées, les maladies animales, les phénomènes météorologiques extrêmes et la volatilité des marchés de l’énergie et des engrais affectent de plus en plus la manière dont la nourriture est produite, échangée et tarifée. Ce qui se passe dans une partie du monde affecte désormais les systèmes alimentaires bien au-delà des frontières nationales.

Ayant grandi sur une ferme céréalière du Midwest des États‑Unis et travaillant maintenant avec des gouvernements et des producteurs dans toutes les régions du monde, j’ai appris à comprendre que la sécurité alimentaire dépasse finalement la seule question de l’alimentation. Elle concerne la productivité, l’abordabilité, l’accès, l’infrastructure, le commerce, la protection des ressources et la résilience des systèmes qui les relient. Ce qui m’amène au Canada.

Le Canada est l’un des principaux producteurs agricoles mondiaux, un exportateur de confiance et un leader reconnu en sciences agricoles et en innovation. Pourtant, l’accès à une nourriture abordable et nutritive reste un défi pour de nombreux Canadiens, et comprendre cette contradiction apparente est, selon moi, l’un des aspects les plus importants et admirables du travail de ce comité.

Je souhaiterais formuler trois constats.

Premièrement, le Canada ne fait pas face à un défi de production alimentaire. Il fait face à un défi d’accès à la nourriture. Le Canada, comme d’autres économies développées, produit bien plus de nourriture qu’il n’en consomme. Pourtant, beaucoup de Canadiens continuent à rencontrer des difficultés pour accéder à une nourriture abordable et nutritive, particulièrement dans les collectivités nordiques, éloignées et autochtones. La géographie, l’infrastructure, les coûts de transport et l’abordabilité jouent tous un rôle. Partout dans le monde, la FAO observe que les politiques fructueuses en matière de sécurité alimentaire ne se limitent pas à la production, mais portent aussi sur les systèmes qui relient la nourriture aux gens.

Deuxièmement, la sécurité alimentaire du Canada est de plus en plus liée à la stabilité mondiale. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur la façon dont l’énergie affecte les engrais, dont les engrais affectent les coûts de production, et comment ces derniers influent finalement sur les prix alimentaires. Les événements récents dans la région du Golfe rappellent opportunément que des événements se produisant loin du Canada peuvent tout de même avoir des répercussions sur l’agriculture canadienne et les consommateurs canadiens. C’est pourquoi un commerce agricole ouvert et prévisible demeure si important en période d’incertitude.

Troisièmement, le Canada joue un rôle important dans le renforcement de la sécurité alimentaire, tant à l’échelle nationale que mondiale. Vous êtes respectés à l’international non seulement pour votre production, mais aussi pour l’expertise que vous apportez. Votre leadership en sciences agricoles, santé des sols, salubrité des aliments et santé animale est reconnu mondialement. J’ai particulièrement apprécié la décision du Canada de réaliser — et je sais que le leadership est venu de ce comité — sa première enquête nationale sur la santé des sols en près de 40 ans. Cela montre l’importance que vous accordez à la compréhension et à la protection d’une des ressources les plus fondamentales de l’agriculture.

Vous avez également un rôle clé à jouer dans la promotion de normes fondées sur la science par le biais du Codex Alimentarius et de la Convention internationale pour la protection des végétaux. Ces normes aident à protéger les consommateurs, faciliter le commerce et renforcer la confiance dans les systèmes alimentaires mondiaux. Le même principe s’applique à la santé animale.

Les préoccupations récentes liées à la grippe aviaire hautement pathogène, aux nouvelles souches de fièvre aphteuse, à la lucilie bouchère du Nouveau Monde, désormais détectée à la frontière sud des États-Unis, et à d’autres maladies animales transfrontalières, nous rappellent que protéger l’agriculture canadienne commence bien avant qu’une maladie n’atteigne la frontière. La détection précoce, la surveillance et la coopération internationale restent parmi les investissements les plus efficaces que les pays peuvent faire ensemble.

La sécurité alimentaire ne s’obtient pas par une seule politique ou un seul programme. Elle se construit au fil du temps et par des investissements dans les agriculteurs — vous le savez bien —, dans les agricultrices, dans les jeunes agriculteurs, ainsi que dans la science, les infrastructures, les sols et l’eau sains, des systèmes solides de santé animale et végétale et des marchés stables. La question la plus importante aujourd’hui est de savoir comment ces forces peuvent continuer à bénéficier à tous les Canadiens tout en contribuant à la sécurité alimentaire au-delà de vos frontières.

Aujourd’hui, nous avons une relation très forte et solide non seulement avec vous, les membres de ce comité, mais aussi avec nos collègues d’Agriculture et Agroalimentaire Canada et d’Affaires mondiales Canada. Le Canada joue un rôle de premier plan dans les enjeux les plus complexes et les plus difficiles liés à la sécurité alimentaire aujourd’hui.

Nous vous considérons comme un partenaire de confiance dans cet effort. Nous vous remercions, membres de ce comité, pour votre travail important, et nous attendons vos commentaires, vos réflexions et toutes les questions qui pourraient découler de cette importante discussion qui a lieu aujourd’hui. Merci beaucoup.

La présidente : Merci, madame Bechdol. Je crois que ce comité s’est effectivement rendu à Rome. Je sais qu’il a pris contact avec l’Organisation mondiale des agriculteurs lors de son séjour là-bas. J’ai moi-même été impliquée dans cette organisation. Je crois que le sénateur Black a pris contact avec vous. Merci d’avoir souligné le travail que nous avons accompli. Nous vous remercions du temps que vous nous avez consacré, et nous vous enverrons quelques questions.

Nous allons maintenant entendre M. Vey et Mme Stroud. Je crois savoir que vous allez partager votre temps, alors je vous invite à commencer.

Shaun Vey, président, Syngenta Canada Inc. : Merci, sénatrice Robinson. C’est un plaisir de vous revoir, ainsi que le sénateur Black, aujourd’hui. Merci de nous donner l’occasion de nous joindre à vous.

Je m’appelle Shaun Vey et je suis le président de Syngenta Canada.

Syngenta Canada est une entreprise de pointe en technologies agricoles fondées sur la science, qui soutient les agriculteurs canadiens en leur fournissant des produits de protection des cultures, des produits biologiques, des semences et des produits de traitement des semences, ainsi que des innovations agricoles numériques et des solutions professionnelles. C’est un honneur pour nous d’être ici pour participer à votre étude sur la sécurité alimentaire. Chez Syngenta, notre mission est simple : c’est de faire progresser l’agriculture canadienne pour aider à nourrir le monde. Nous croyons que le Canada joue un grand rôle non seulement pour la prospérité de notre économie nationale, mais aussi pour résoudre les défis mondiaux de sécurité alimentaire.

Pour le Canada, une puissance agricole mondiale, la sécurité alimentaire est bien plus qu’une sécurité économique; c’est un impératif stratégique. Le Canada joue un rôle critique dans l’approvisionnement alimentaire mondial, nourrissant annuellement des centaines de millions de personnes partout dans le monde.

L’innovation en sciences végétales est un élément crucial — et souvent sous-estimé — de la sécurité alimentaire. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que jusqu’à 40 % de la production mondiale de cultures est perdue chaque année à cause des ravageurs, des maladies des plantes et des mauvaises herbes. Les maladies des plantes coûtent à l’économie mondiale plus de 220 milliards de dollars par an, tandis que les insectes invasifs coûtent au moins 70 milliards de dollars.

Les avancées dans la protection des cultures, la technologie semencière, les innovations biologiques et les pratiques agricoles durables permettent directement aux agriculteurs de protéger les rendements, de gérer la pression des maladies et des ravageurs et de s’adapter à un climat changeant.

Des organisations comme Syngenta sont à l’avant-garde de ce travail. En développant de nouveaux outils adaptés aux conditions de culture canadiennes, Syngenta permet aux agriculteurs de produire une nourriture sûre, abondante et durable.

Malheureusement, nous avons constaté que le classement du Canada dans le commerce agroalimentaire mondial est passé de la cinquième à la septième place, et il pourrait tomber à la neuvième d’ici 2035 si aucune mesure corrective n’est prise. Les délais réglementaires pour les nouveaux outils de protection des cultures et les technologies semencières ont augmenté au Canada et peuvent prendre des années de plus que ceux aux États-Unis ou en Australie.

Pour redresser la situation, le Canada doit investir délibérément dans l’innovation, la durabilité et la productivité de notre système alimentaire.

Chaque acre protégée contre une perte de récolte évitable, chaque rendement stabilisé face à la pression des ravageurs et chaque exploitation agricole rendue plus efficace grâce à de meilleurs outils et données constituent des contributions directes à la sécurité alimentaire du Canada et à son statut mondial.

Une politique solide de sécurité alimentaire pour le Canada est une politique qui considère les outils innovants d’intrants agricoles comme des actifs stratégiques et non comme des problèmes à réglementer. Nous demandons à ce comité de voir Syngenta et les entreprises comme la nôtre comme des partenaires dans la mission de sécurité alimentaire.

Le Canada dispose de tous les atouts naturels et institutionnels nécessaires pour être à la pointe au niveau mondial en matière de sécurité alimentaire. Les agriculteurs canadiens sont prêts, et les connaissances scientifiques sont là. Ce qu’il nous faut maintenant, ce sont des mesures politiques délibérées qui relient explicitement la productivité agricole au commerce, à la compétitivité et aux objectifs de résilience climatique.

Ma collègue Christina Stroud, qui est responsable des affaires générales, va vous parler de ce que nous observons sur le terrain et de ce que Syngenta fait à ce sujet.

Christina Stroud, cheffe, Affaires générales, Syngenta Canada Inc. : Merci, monsieur Vey, et merci, sénateurs, ainsi qu’aux autres témoins, de nous offrir cette occasion.

Comme l’a expliqué M. Vey, l’agriculture canadienne a la capacité de nourrir le monde. Mais l’insécurité alimentaire grandit à l’intérieur de nos propres frontières, ce qui mérite notre attention.

Les agriculteurs eux-mêmes ne sont pas à l’abri de l’insécurité alimentaire. Lorsque les coûts d’exploitation augmentent, que l’accès aux nouvelles technologies est limité et que les marges se réduisent, la stabilité des exploitations agricoles est menacée. Soutenir la viabilité économique et la constance des exploitations canadiennes est indissociable du soutien à la sécurité alimentaire du pays.

Dans les communautés rurales, le retard en matière d’infrastructure numérique aggrave cette vulnérabilité. Le déficit de connectivité limite l’accès aux nouvelles technologies agricoles, à l’emploi, aux marchés et aux services, exposant ainsi les Canadiens ruraux à un risque accru de précarité économique et d’insécurité alimentaire. Combler cette lacune est un investissement en sécurité alimentaire aussi important que n’importe quel outil de protection des cultures.

Comme vous le savez sans doute, l’utilisation des banques alimentaires au Canada a augmenté de 99 % depuis 2019, et 29 % des banques alimentaires canadiennes desservent des collectivités rurales et éloignées. Ce sont précisément les collectivités où vivent et travaillent les agriculteurs canadiens et de nombreux employés de Syngenta.

Chez Syngenta, nous agissons dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Depuis 2000, nous avons fait don de plus d’un million de dollars à Banques alimentaires Canada. En tant que commanditaire fondateur de son programme de soutien rural, nous avons concentré nos efforts pour aider les succursales rurales des banques alimentaires à améliorer leur accès aux dons alimentaires.

En 2023, nous avons lancé le « Défi Faim Zéro » afin de sensibiliser davantage et d’agir encore plus concrètement sur le problème de l’insécurité alimentaire. Il s’agit d’une initiative menée par Syngenta Canada, basée sur des collectes alimentaires, des dons issus des récoltes et des partenariats avec l’industrie, avec un accent délibéré sur les banques alimentaires rurales. En trois ans, elle a facilité plus de 500 000 $ de dons aux banques alimentaires à l’échelle du pays.

Le Canada dispose de terres agricoles, d’agriculteurs, de la technologie ainsi que des capacités de recherche et de la ténacité nécessaires pour faire partie de la solution à l’insécurité alimentaire mondiale. Combattre la faim ici chez nous fait partie de cette solution.

Le secteur privé peut agir, et c’est ce que nous faisons. Nous saluons cette étude et la discussion qu’elle engendrera. Nous attendons vos questions avec intérêt.

Merci.

La présidente : Merci, madame Stroud et monsieur Vey. Nous allons maintenant passer aux questions des sénateurs. Chaque sénateur disposera de cinq minutes pour poser sa question et obtenir une réponse.

Le sénateur McNair : Monsieur Vey, vous avez parlé d’investissements dans l’innovation et de certaines actions menées par votre organisation. Vous avez aussi mentionné de nouveaux outils adaptés à l’agriculture canadienne. Pourriez‑vous donner des exemples concrets de ce que cela implique?

M. Vey : Lorsque nous parlons de nouveaux outils adaptés à l’agriculture canadienne, il est évident que nous sommes une entreprise d’innovation mondiale. Nous faisons donc de la recherche à l’échelle mondiale, puis nous cherchons à mettre ces innovations à l’échelle pour les marchés du monde entier.

Cela dit, ce que j’entends par « adaptation », c’est que nous apportons ensuite ces outils ici et que nous les mettons à l’essai avec nos scientifiques au Canada pour nous assurer qu’ils conviennent aux conditions canadiennes. Comme vous le savez, sénateur McNair, nos conditions sont très différentes de celles de l’Argentine ou du Brésil. Nous mettons beaucoup de nos nouvelles innovations à l’essai au Canada pendant des années avant de les offrir aux agriculteurs canadiens, afin de nous assurer qu’elles fonctionnent contre les organismes nuisibles dont nos agriculteurs essaient de protéger leurs cultures et que les formulations sont efficaces dans notre climat, qui est très différent.

Nous cherchons toujours, à l’échelle locale, à prendre nos innovations mondiales et à nous assurer qu’elles conviennent aux agriculteurs canadiens. Il en va de même pour les outils numériques que nous avons mis au point à l’échelle mondiale. Vous savez, nous devons comprendre nos agriculteurs et les défis qu’ils doivent relever, et nous assurer que ces outils sont adaptés de façon à les aider.

La sénatrice Muggli : Merci d’être avec nous. Je vous en suis très reconnaissante. Je viens de la Saskatchewan et j’ai grandi sur une ferme, alors je connais certains des défis liés à l’agriculture. Les choses ont beaucoup changé depuis mon enfance.

Pour le compte rendu, j’ai une question à poser à Mme Bechdol : quels facteurs faut-il réunir pour être considéré comme un exportateur fiable? Elle a décrit le Canada comme un exportateur fiable. J’aimerais savoir comment on devient un exportateur fiable.

Je vais maintenant m’adresser aux représentants de Syngenta. J’ai quelques questions. En ce qui concerne la mise à l’essai des innovations, y a-t-il des règlements qui devraient être revus au Canada pour que certains de ces outils puissent être commercialisés plus rapidement?

M. Vey : Je peux commencer. Nous pensons que le Canada dispose déjà d’un régime réglementaire solide. Notre plus grand défi, sénatrice Muggli, c’est que les délais pour faire approuver les innovations se sont allongés. Auparavant, nous pouvions commercialiser de nouveaux outils de protection des cultures et de nouvelles innovations en deux ans environ. Ils suivaient un processus de deux ans auprès de la Direction de la réglementation des pesticides, ou DRP, anciennement l’ARLA. Maintenant, pour certaines de nos nouvelles innovations, il faut jusqu’à quatre ans. Les délais pour mettre de nouveaux outils entre les mains des agriculteurs ont doublé. C’est notre défi le plus récent. Pourquoi cela arrive-t-il?

La sénatrice Muggli : Oui.

M. Vey : Je pense que cela tient aux exigences relatives à des études supplémentaires et à une approche plus prudente dans la réglementation de ces technologies. Il faut simplement plus de temps pour produire les données nécessaires afin de satisfaire à ces exigences. Le problème, c’est surtout que les délais réglementaires pour faire approuver de nouvelles innovations se sont allongés. À titre d’exemple, nous avons homologué notre plus récent nouveau principe actif en janvier. Le processus a pris quatre ans, alors qu’auparavant, il fallait deux ans pour faire homologuer un nouveau principe actif. C’est l’un des grands défis : les délais s’allongent en raison des exigences supplémentaires en matière de données, d’une approche plus prudente à l’égard du risque et de ce genre de choses.

La sénatrice Muggli : Je voulais savoir pourquoi. Pourquoi est-ce si long? Que pourrions-nous faire à cet égard? Y a-t-il une recommandation que nous pourrions formuler pour favoriser l’accélération du processus?

Mme Stroud : J’ajouterais qu’il y a des couches supplémentaires. Tout le programme de transformation a ajouté plusieurs étapes de consultation. L’une de nos recommandations serait que l’on nous consulte plus tôt, dès qu’une préoccupation liée au risque est soulevée à l’étape postcommercialisation, plutôt que plus tard, une fois l’évaluation examinée, afin que nous puissions participer plus tôt au processus et avoir un bon dialogue.

La sénatrice Muggli : Le processus américain va-t-il vite? Les produits arrivent-ils plus rapidement sur le marché?

Mme Stroud : Oui, tout à fait.

La sénatrice Muggli : Nous l’avons entendu d’autres témoins. J’ai une autre question au sujet de la collaboration avec les universités. Pouvez-vous nous parler du genre de collaboration que vous entretenez avec les universités canadiennes? Avez-vous des préoccupations quant au maintien d’un financement adéquat pour les établissements avec lesquels vous collaborez?

Mme Stroud : Nous avons plusieurs projets de recherche avec des universités qui mènent des travaux en agriculture partout au Canada, notamment les universités de l’Alberta, de la Saskatchewan et de Guelph, et nous avons d’excellentes relations de collaboration avec elles.

Dans certaines des discussions que j’ai eues avec elles — et monsieur Vey, je vous laisserai parler du volet recherche et de certains des domaines prioritaires —, il est ressorti que nous sommes excellents en innovation. Là où il y a souvent un retard, c’est quand vient le temps de prendre ces innovations et de les commercialiser, surtout dans le cas des universités qui font de la recherche sur de nouvelles technologies avec de jeunes entreprises, par exemple, ou qui s’engagent dans un nouveau domaine de développement. La recherche est excellente, mais ensuite, nous ne savons pas comment passer à la commercialisation. Quand on pense aux agriculteurs, les enjeux sont énormes. Ils ont tendance à éviter les risques. Si l’on demande à un agriculteur de retirer une partie de ses terres de la production pour mettre quelque chose à l’essai, c’est assez risqué. Cela représente une perte de revenus. Nous voulons nous assurer que le système est conçu pour inciter les agriculteurs à faire de tels essais à grande échelle et à faire passer l’innovation du stade de la recherche à celui de la recherche à grande échelle.

La sénatrice Muggli : À quoi ressembleraient ces incitatifs?

M. Vey : Vous parlez d’incitatifs pour passer à la commercialisation, c’est bien cela?

La sénatrice Muggli : C’est exact.

M. Vey : Je pense que les incitatifs devraient nous aider à gérer l’investissement nécessaire pour y arriver, parce que les nouvelles innovations comportent beaucoup de risques. Elles exigent beaucoup d’investissements initiaux. Il faut offrir les bons incitatifs pour permettre à ces produits d’arriver sur le marché, afin que nous puissions mettre ces innovations à l’essai et aider les agriculteurs à gérer les risques associés au passage initial à plus grande échelle.

La sénatrice Muggli : Merci.

[Français]

La sénatrice Hébert : Je vais continuer dans la foulée dans ce que ma collègue vient d’aborder avec vous. Il y a des programmes, notamment, à la BDC. Est-ce que ces programmes sont bien adaptés à l’industrie? Sont-ils accessibles? Sinon, auriez-vous des recommandations là-dessus?

[Traduction]

M. Vey : Je ne connais pas précisément le programme de la BDC. Madame Stroud, je ne sais pas si vous le connaissez et si vous pouvez faire des observations. Pour ma part, je ne connais pas précisément ce programme.

Mme Stroud : Je ne suis pas une experte dans ce domaine. J’ai certainement participé à des discussions avec des organisations agricoles où certains de ces programmes ont été abordés, mais je ne suis pas une spécialiste de ce domaine précis.

[Français]

La sénatrice Hébert : Je comprends que la recommandation est de mieux faire connaître les programmes qui existent à l’industrie. Si vous les connaissez peu, ça veut dire qu’il y a peut-être un travail de promotion à faire.

Ma prochaine question s’adresse à Madame Bechdol. Vous avez diffusé un communiqué de presse récemment, de concert avec l’Association internationale des engrais, pour célébrer vos dix ans de partenariat. Dans une déclaration que vous avez faite, vous avez parlé d’une gestion des engrais fondée sur les données scientifiques. Pouvez-vous m’éclairer sur la raison pour laquelle vous avez mis cette affirmation dans le communiqué? Quels sont les défis à l’heure actuelle à cet égard?

[Traduction]

La présidente : Je lui ai demandé de nous répondre par écrit après la réunion. Elle devait partir.

La sénatrice Hébert : Je suis désolée. Cela m’a échappé. Je croyais qu’elle allait revenir.

La présidente : J’ai une question avant que nous passions au deuxième tour, ou peut-être simplement une observation.

Madame Stroud, vous avez mentionné que les agriculteurs pouvaient avoir une certaine aversion pour le risque. Je me suis dit que je devais intervenir, sinon vous et moi allions entendre parler d’eux.

Selon les estimations, il en coûtera aux producteurs 22,5 milliards de dollars cette année pour mettre en terre les cultures de 2026, ce qui représente malheureusement un coût record pour les semis de cette année. Évidemment, cela s’explique notamment par les défis liés au carburant et aux engrais.

Je soupçonne que si l’un d’entre eux était dans la salle, il pourrait dire que son panier de risques est déjà plutôt grand et plutôt plein en ce moment. Je voulais simplement intervenir pour nous éviter, à vous et à moi, quelques reproches à ce sujet.

Mme Stroud : Je suis entièrement d’accord. L’agriculture est une activité risquée. Mon commentaire visait davantage le fait que, si nous demandons aux agriculteurs de mettre à l’essai une nouvelle technologie et de faire progresser une nouvelle innovation, ils doivent retirer de la production une partie de leurs superficies.

La présidente : Je pense qu’ils ont probablement déjà investi tout ce qu’ils pouvaient à cette table de poker à enjeux élevés, et qu’ils doivent protéger leurs arrières pour s’assurer d’être encore là l’an prochain, pour que vous puissiez leur vendre des produits et pour qu’ils puissent cultiver des aliments pour nous.

Mme Stroud : Oui.

Le sénateur McNair : Vous avez mentionné la contribution d’un million de dollars de votre organisation à Banques alimentaires Canada. Je vous en félicite. Vous joignez le geste à la parole.

Vous avez aussi parlé de votre Défi Faim Zéro de 2023. Pouvez-vous nous donner un peu plus de détails ou nous décrire en quoi cela consiste?

Mme Stroud : Bien sûr. C’est un programme auquel tous nos employés participent. Nous menons des initiatives internes, mais nous travaillons aussi beaucoup avec nos clients agricoles et les collectivités afin de sensibiliser les gens à l’insécurité alimentaire et de recueillir des fonds.

Je peux donner quelques exemples. Dans le cadre de notre Défi Faim Zéro, je ne peux pas vous donner le nombre exact d’agriculteurs qui y ont participé, mais ils répondent assurément présents. Lorsque nous organisons des activités de financement, il y a souvent des événements avec des clients. Nous invitons un représentant d’une banque alimentaire locale, nous organisons des tirages et nous créons des occasions pour les agriculteurs de redonner à leur collectivité. La réponse est toujours enthousiaste.

Un exemple récent : nous avons organisé un Défi Faim Zéro de remplissage de caisse de camion à l’un de nos bureaux. L’un de nos clients agricoles a donné près de 200 sacs de pommes de terre de 5 livres, soit 1 000 livres, qui ont rempli toute une caisse de camion et qui ont été remis à une banque alimentaire locale.

C’est aussi la 20e année de notre tournoi de golf. Ainsi, dans tous nos événements internes de demain, nous veillerons à ce qu’une partie des fonds soit versée au Défi Faim Zéro.

Le sénateur McNair : Je vous en félicite. Vous êtes axés sur l’innovation du côté scientifique, mais je dirais que vous faites aussi preuve d’innovation sur le plan social. Bravo.

Mme Stroud : Absolument. Merci.

Le sénateur McNair : Si le sénateur Black était encore ici, il poserait sa question aux témoins. Nous l’appelons la question de la « peur ». Il craint que nous ne soyons plus en mesure de nourrir notre propre pays. Vos exposés étaient tous les deux assez positifs. Je crois connaître vos réponses, mais avez-vous la même inquiétude? Pensez-vous que nous serons en mesure non seulement de nourrir notre pays, mais aussi d’aider à nourrir le monde?

M. Vey : Je peux commencer, sénateur McNair. Merci de la question.

Je n’ai pas les mêmes inquiétudes. Bien sûr, je suis préoccupé par notre industrie, mais je pense que nous sommes bien placés pour continuer d’être une puissance agricole, comme nous l’avons dit.

Comme Mme Bechdol l’a mentionné, nous produisons aujourd’hui beaucoup plus d’aliments que nous n’en consommons. Évidemment, nous ne produisons pas ici tout ce que nous consommons, mais nous produisons beaucoup plus d’aliments que nous n’en consommons, et je ne vois pas cela changer.

Je préférerais que nous nous concentrions sur la façon de continuer à nous nourrir de manière plus économique. Je pense que c’est plus important dans le climat économique actuel. Comment pouvons-nous aussi investir pour donner au monde davantage de ce dont il a besoin, c’est-à-dire, à mon avis, l’agriculture canadienne?

Nous cultivons de façon très durable. Nous avons certains des meilleurs agriculteurs au monde. Dans certains domaines agricoles, nous sommes les meilleurs au monde. Je préférerais que nous investissions là-dedans, de façon à ne pas seulement nous nourrir localement, mais aussi à continuer d’être le pays sur lequel on compte pour nourrir le monde de façon sûre et durable.

Le sénateur McNair : Merci. Madame Stroud, voulez-vous ajouter quelque chose?

Mme Stroud : Je suis entièrement d’accord avec la façon dont M. Vey a présenté les choses. Lorsque nous parlons de sécurité alimentaire, nous pensons généralement aux aliments que les gens ont sur leur table, aux céréales et au pain qu’ils mangent. Il est important de réfléchir à toute la chaîne de valeur alimentaire, à la façon dont elle influe sur le coût des aliments qui se retrouvent sur cette table, et cela commence par les aliments cultivés dans les fermes.

Nous voulons nous assurer qu’il n’y a pas de rupture entre la production de ces aliments et leur arrivée sur la table, et trouver des moyens de réduire les coûts dans l’ensemble de la chaîne de valeur alimentaire.

Pour nous et nos clients agricoles — et M. Couturier, le témoin précédent, l’a aussi mentionné —, lorsque nous parlons de rationaliser les voies réglementaires et de réfléchir à des moyens de rendre la production d’une grande quantité d’aliments plus abordable, cela aide l’ensemble de la chaîne de valeur.

La sénatrice Muggli : J’aimerais discuter un peu de technologie numérique. Dans le cadre du développement de vos technologies numériques, de la protection des données et de l’utilisation de l’IA, etc., avez-vous des préoccupations au sujet de la cybersécurité et des menaces que des acteurs malveillants pourraient faire peser sur nos systèmes de production alimentaire?

M. Vey : Madame Stroud, voulez-vous commencer?

Mme Stroud : Je peux commencer, puis je vous laisserai compléter.

La cybersécurité est une préoccupation pour nous, à la fois comme citoyens et comme organisation canadienne. Nous sommes une organisation très axée sur la haute technologie. Nous investissons beaucoup dans l’IA et les outils numériques, et cela s’accompagne de la responsabilité de veiller à protéger les données que nous avons le privilège de posséder et à assurer la sécurité de nos systèmes pour protéger notre propre organisation.

Nos équipes des TI accordent une très grande importance à la cybersécurité. Cela doit continuer de faire partie de la discussion. Je sais que, dans la politique sur l’IA, la stratégie qui vient d’être publiée, c’est aussi une préoccupation. Nous devons nous assurer que les Canadiens comprennent les systèmes que nous avons et qu’ils leur font confiance, et cela passe par l’éducation.

Je ne pense pas que nous puissions jamais baisser la garde en matière de sécurité, surtout dans l’espace numérique. Je ne veux pas dire que ce n’est pas une préoccupation, mais je pense que nous investissons constamment et que nous nous assurons d’avoir une longueur d’avance.

M. Vey : Je me fais l’écho de ce qu’a dit ma collègue Christina Stroud. La cybersécurité est l’un des principaux enjeux pour lesquels nous restons toujours sur nos gardes. Comme elle l’a mentionné, nous avons le privilège de posséder beaucoup de données. Nous voulons les protéger.

Nous investissons beaucoup dans la formation afin que notre personnel sache vraiment à quoi porter attention, parce que nous savons que ces attaques se produisent constamment, par exemple au moyen de courriels d’hameçonnage. Nous investissons beaucoup dans différentes mesures, simplement pour nous assurer que notre personnel demeure vigilant, qu’il surveille ce genre de choses et que nous nous protégeons du mieux possible.

Cela dit, pour répondre à votre question, c’est assurément l’une de nos préoccupations.

La sénatrice Muggli : Nous menons actuellement une étude sur l’IA dans un autre comité, et je commence à avoir l’impression qu’il viendra un moment où nous ne pourrons plus contrôler ce qui se passe en ce qui concerne les acteurs malveillants. Cela m’inquiète pour nos systèmes de sécurité alimentaire et pour la façon dont une bonne partie des nouvelles technologies utilisées par les producteurs alimentaires pourraient être compromises.

Je vous remercie des efforts que vous déployez pour faire tout ce que vous pouvez afin de protéger ces systèmes. Merci.

La présidente : J’ai une question. Je voulais revenir un peu sur la question de la peur et parler du fait que je me souviens d’une époque où il y avait une sorte de solution miracle en production végétale. Nous appliquions du Ridomil une fois par saison, et cela réglait le problème du mildiou qui touchait notre culture de pommes de terre.

Maintenant, nous savons qu’avec l’évolution des spores de mildiou et des agents pathogènes, et avec l’évolution de notre technologie, nous intervenons maintenant au moyen de tirs de précision plutôt qu’avec des grenades pour régler nos problèmes en production végétale. Cela suppose beaucoup plus d’interventions au champ. Dans cette logique où il n’existe plus de solution miracle, nous devons avoir des réponses multidimensionnelles à tout.

Notre amie Beth Bechdol, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ou FAO, nous a dit que le Canada n’avait pas un problème de production, mais un problème d’accès.

Madame Stroud, si j’ai bien compris, vous écoutiez Cyr Couturier tout à l’heure. Il a parlé des huîtres, et on lui a posé la question suivante : aurions-nous dû prévoir l’arrivée de ces maladies et agents pathogènes dans les eaux?

Je vous regarde et je me dis que, si nous n’avons pas de problème de production en ce moment, ce que nous entendons, je pense, c’est qu’il faut garder les yeux fixés sur l’horizon et anticiper ce qui s’en vient.

Il a aussi été question de la lucilie bouchère. Qui a parlé de la lucilie bouchère? Quelqu’un a mentionné ce nouvel agent pathogène aux États-Unis. Je voulais soulever cette question et la mettre au compte rendu.

Je voulais parler de la façon dont des fabricants comme Syngenta perçoivent le Canada comme marché pour vos produits. Vous êtes un fabricant mondial. Pour ma part, je considère les produits de protection des cultures comme des médicaments, et j’aimerais que tout le monde les voie ainsi. Encore une fois, avec cette technologie, nous ne lançons plus des grenades sur nos problèmes comme nous le faisions dans les années 1970. Tout comme lorsque nous traitons des maladies aujourd’hui, nous utilisons la technologie de façon très nuancée. Nous intervenons avec précision pour régler le problème et réduire les dommages collatéraux.

Quand les fabricants évaluent le Canada et la possibilité d’investir dans le processus réglementaire pour mettre un produit sur le marché, de quoi les producteurs canadiens, le système alimentaire canadien et l’économie canadienne sont-ils privés en raison du fardeau imposé aux nouveaux produits qui veulent entrer sur le marché, aux nouvelles technologies et aux nouveaux outils? Les producteurs nous disent constamment qu’ils n’ont pas accès aux mêmes outils.

C’est comme aller aux Jeux olympiques et courir un 100 mètres avec une jambe attachée derrière soi. Pouvez-vous nous en parler un peu?

M. Vey : C’est une excellente question, sénatrice Robinson.

Pour ce qui est de mon parcours, j’ai grandi sur une ferme en Saskatchewan, comme la sénatrice Muggli, et j’ai grandi au sein de cette entreprise. Le Canada a toujours été perçu comme un marché très attrayant et fondé sur la science, dans lequel une entreprise comme Syngenta voulait — et veut encore — continuer d’investir.

Traditionnellement, pour ce qui est de la nouvelle recherche et de la recherche sur de nouveaux principes actifs, nous étions parmi les cinq ou sept principaux pays. Cela signifie que nous étions à l’avant-garde des nouvelles innovations et que nous étions l’un des premiers pays à homologuer de nouvelles technologies.

Je dirais que cela a changé au cours des sept à neuf dernières années. Pour vous donner un exemple, j’ai mentionné un nouveau principe actif que nous avons fait homologuer en janvier. Je crois que nous étions environ le trentième pays. Ne me citez pas exactement, mais nous étions quelque part entre le vingt-cinquième et le trentième pays au monde. Nous avons donc beaucoup reculé.

Qu’est-ce que cela signifie? Lorsque je parle à mes collègues internationaux d’investir au Canada, ils considèrent toujours le Canada comme un excellent marché, encore fondé sur la science, mais ils ont maintenant beaucoup plus de questions au sujet de notre régime réglementaire. Par exemple, si nous investissons, quelles sont les chances que le produit soit approuvé? Les délais vont-ils continuer d’être deux fois plus longs? Quel en sera le coût? C’est parce que nous cherchons toujours à déterminer comment nous allons récupérer notre investissement dans cette innovation et dans la mise de ces technologies entre les mains des agriculteurs.

C’est ainsi que je répondrais, et je vais peut-être demander à Christina Stroud si elle souhaite ajouter quelque chose.

Mme Stroud : Vous le savez probablement, sénatrice Robinson, mais il faut de 10 à 12 ans et environ 300 millions de dollars américains pour mettre sur le marché un nouveau produit de protection des cultures, à l’échelle mondiale. C’est un investissement énorme.

Pour reprendre votre point, nous devons prévoir aussi loin ce dont les agriculteurs auront besoin s’il faut de 10 à 12 ans pour mettre ce produit sur le marché. Il faut constamment penser à long terme et continuer d’investir dans la recherche pour savoir quels sont les nouveaux organismes nuisibles dont nous entendons parler et ce que nous pouvons développer pour appuyer les agriculteurs.

Lorsque l’on fait ce genre d’investissement, comme l’a dit Shaun Vey, il faut s’assurer de pouvoir le récupérer. C’est une simple analyse de rentabilisation qui détermine où l’on investira.

Plus il faut de temps pour mettre ces produits sur le marché ici, plus il est difficile pour nous de justifier ces investissements ici. Résultat : les agriculteurs n’ont pas accès à ces technologies aussi rapidement que ceux de certains autres pays. Cela réduit vraiment leur compétitivité.

La présidente : Au Sénat, nous menons actuellement une étude préalable du projet de loi C-30. Dans le projet de loi C-30, il est question d’accroître la souplesse du système — ce qui rejoint ce que vous avez dit, madame Stroud — afin d’accélérer le processus lorsqu’il faut actuellement 10 ans pour qu’un médicament pour les cultures, que nous appelons pesticide, soit offert aux agriculteurs.

En même temps, et je suis certaine que vous l’avez examiné, cela ne doit pas affaiblir le mandat fondamental de la Direction de la réglementation des pesticides, ou DRP, ni celui de Santé Canada, qui est de protéger la santé et la sécurité humaines et environnementales. Je voulais simplement faire ce lien.

Dix ans, c’est quand même quelque chose. Encore une fois, si l’on adopte une perspective plus humaine et que l’on dit qu’une personne souffre d’une maladie qui pourrait mettre sa vie en danger, et que le médicament est disponible dans d’autres pays, mais pas au Canada, je suis presque certaine que je me rendrais dans ce pays pour obtenir le médicament qui pourrait me sauver la vie.

Sans vouloir être trop dramatique, lorsque nous parlons d’alimentation et que nous revenons aux propos du premier ministre au sujet d’un pays qui ne peut pas se nourrir lui-même, nous devons examiner cela très sérieusement.

J’avais une question à poser à Mme Bechdol. Elle porte sur l’âge moyen des agriculteurs. Peut-être que vous deux pourriez aussi nous donner votre avis.

Quel est l’âge moyen d’un agriculteur à l’échelle mondiale, dans les pays autres que le Canada? Ce transfert de capital sans précédent est-il propre au Canada, ou observe-t-on quelque chose de semblable ailleurs dans le monde?

Nous voulons mieux comprendre la question de la relève dans notre pays. Nous regardons ailleurs, parce que, comme on dit, la misère aime la compagnie. Nous parlons de notre classement, que nous soyons premiers, quatrièmes, septièmes ou neuvièmes. Où en sommes-nous en matière de relève? Ce sera ma question pour Mme Bechdol.

Je ne sais pas si l’un ou l’autre d’entre vous a un point de vue à ce sujet, puisque c’est votre marché. Avez-vous quelque chose à ajouter au sujet de la relève et de votre perspective?

M. Vey : Je peux vous offrir un point de vue. Je vais essayer d’éviter de citer des chiffres précis, parce que je ne veux pas rapporter les choses de travers.

L’âge moyen des agriculteurs canadiens se situe quelque part dans la mi-cinquantaine. C’est ce que j’ai retenu la dernière fois que j’ai consulté les données. Cela n’a pas changé depuis un certain temps.

Ce que j’ai observé au fil des ans, c’est que nous avons traversé une période avant la COVID où l’agriculture allait bien et où les prix des produits de base étaient bons. Les agriculteurs gagnaient de bons revenus. Personnellement, j’ai vu beaucoup de mes amis d’université retourner à la ferme parce que l’agriculture était un secteur attrayant.

Ce que je me demande maintenant, sénatrice Robinson, c’est ceci : avec la conjoncture plus difficile que nous connaissons actuellement, allons-nous continuer de voir cela? Vous avez raison. Nous allons assister à un transfert d’actifs à mesure que les agriculteurs vieillissent et souhaitent prendre leur retraite. Ils ont travaillé fort pendant de nombreuses années pour prendre soin de la terre et nous nourrir. Notre industrie continuera-t-elle d’être attrayante? Verrons-nous encore des jeunes retourner à la ferme? Pourront-ils se lancer et obtenir suffisamment de capital pour acquérir les terres et l’équipement? C’est l’une des choses que je surveille.

Voici un fait intéressant : j’étais en Amérique du Sud plus tôt cette année. L’une des choses intéressantes que j’ai apprises au sujet de pays comme l’Argentine, c’est que l’âge moyen des agriculteurs y est beaucoup plus bas. Je ne veux pas rapporter les choses de travers, mais l’âge moyen se situe quelque part dans la mi-quarantaine en Argentine. Là encore, c’est une question d’attrait. Le gouvernement et l’industrie travaillent ensemble pour donner la priorité au secteur. Il est perçu comme un secteur attrayant. C’est quelque chose sur quoi nous devons travailler au Canada. Nous devons aider nos jeunes agriculteurs, ceux qui veulent se lancer, et rendre le secteur attrayant, parce qu’il est vraiment important. Il est essentiel à notre avenir.

La sénatrice Muggli : J’ai une brève question : votre entreprise s’intéresse-t-elle à la technologie de la transformation alimentaire?

M. Vey : À ce stade-ci, je ne suis pas au courant que nous nous intéressions à la transformation alimentaire.

Mme Stroud : Nous travaillons avec le secteur de la transformation alimentaire grâce à certains de nos outils numériques liés aux cultures, par exemple. Les entreprises de production alimentaire veulent savoir si les intrants agricoles et les cultures qu’elles achètent sont produits de façon durable. Nous savons qu’ils le sont, mais elles veulent s’assurer de pouvoir le démontrer de façon mesurable. Nous avons un outil qui s’appelle Cropwise, dans lequel les agriculteurs peuvent entrer leurs renseignements, et qui leur attribue une cote de durabilité. Si les agriculteurs utilisent cet outil, les entreprises alimentaires peuvent savoir quels agriculteurs cultivent leurs produits de façon durable, et elles peuvent le démontrer de manière mesurable.

La sénatrice Muggli : Merci. C’est bon à savoir.

La présidente : Voilà qui met fin à notre temps.

J’aimerais prendre un instant pour remercier Mme Stroud et M. Vey. Merci de toute la préparation que vous avez consacrée à cette comparution et d’avoir été avec nous par vidéoconférence. La prochaine fois, nous pourrons peut-être vous recevoir en personne. C’est toujours agréable de voir les gens en personne.

Bonne journée.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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