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APPA - Comité permanent

Peuples autochtones


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PEUPLES AUTOCHTONES

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mardi 14 avril 2026

Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se réunit aujourd’hui, à 9 h 1 (HE), avec vidéoconférence, pour étudier le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur.

La sénatrice Michèle Audette (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Honorables sénateurs, [mots prononcés en innu-aimun].

[Français]

Je remercie le peuple anishinabe [mots prononcés en innu-aimun] les chefs qui sont parmi nous [mots prononcés en innu-aimun].

[Traduction]

Avant de commencer, je dirais que notre conversation, notre réunion ou notre comité est aussi sacré. Je dois dire que, en mon nom personnel, c’est sacré. Je veux juste vous rappeler que nous avons derrière moi des gens extraordinaires qui font la traduction et l’interprétation pour que vous puissiez comprendre mon « franglais » ou mon français. Assurons-nous d’utiliser l’appareil qu’ils nous fournissent et ne placez pas l’oreillette trop près du microphone. Si vous ne l’utilisez pas, il y a un bel autocollant où vous pouvez la déposer. Merci à nos collègues à l’arrière.

En innu, je disais merci au peuple anishinabe, qui nous accueille tous les jours sur ce territoire sacré, traditionnel et non cédé qui s’appelle Ottawa — et bien d’autres nations, bien sûr, comme les Métis, les Premières Nations, les Inuits et les gens de l’île de la Tortue.

Je m’appelle Michèle Audette. Je suis la présidente du Comité sénatorial permanent des peuples autochtones, et j’aimerais que mes collègues se présentent.

Le sénateur Prosper : Paul Prosper, de la Nouvelle-Écosse, territoire mi’kma’ki.

La sénatrice Pate : Bienvenue, et merci à tous d’être ici. Je m’appelle Kim Pate. Je vis ici sur le territoire non cédé et non restitué de la nation algonquine Anishinabeg.

La sénatrice Karetak-Lindell : [Mots prononcés en inuktitut] Je m’appelle Nancy Karetak-Lindell et je représente le Nunavut.

Le sénateur Tannas : Scott Tannas, de l’Alberta.

Le sénateur Francis : Brian Francis, d’Epekwitk, Île-du-Prince-Édouard.

La sénatrice Sorensen : Karen Sorensen, de l’Alberta, du parc national Banff, territoire du Traité no 7.

La sénatrice Greenwood : Margo Greenwood, du territoire visé par le Traité n o 6, en Colombie-Britannique.

La présidente : Je tiens également à saluer les personnes qui vous accompagnent, donc [ mots prononcés dans une langue autochtone ]. Je souhaite aussi dire à notre chère collègue, la sénatrice McCallum que c’est un honneur de la recevoir comme témoin ici, à notre comité. Nous étudierons le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous accueillir, la marraine, à cette table, ainsi que d’accueillir les dirigeants et les chefs qui sont à vos côtés : le grand chef Garrison Settee [mots prononcés dans une langue autochtone], avec son collègue, l’adjoint Kevin Carlson; kwe à vous aussi. Nous accueillons également le grand chef Walter Wastesicoot. Kwe encore une fois. Nous entendrons d’abord toutes vos déclarations préliminaires. Donc, si vous êtes prêts, nous vous écoutons.

L’hon. Mary Jane McCallum, marraine du projet de loi : Merci, et bienvenue aux gens du Manitoba. Je suis très heureuse de vous voir.

C’est sur le champ de bataille de la culture que se déterminent nos possibilités, nos droits et notre avenir et que se définit notre rôle pour l’améliorer. Voici un extrait de Understanding Cultural Geography: Places and Traces, de Jon Anderson :

Thanadelthur, dans son rôle d’« ambassadrice de la paix », a joué un rôle crucial dans l’expansion de la traite des fourrures des Anglais.

Le projet de loi S-225 ne concerne pas seulement le conflit qui existait initialement entre les Cris et les Dénés et qui a fini par impliquer les Européens. On parle de la fin des années 1600 et du début des années 1700. L’île de la Tortue telle qu’elle existait à l’époque était en train de changer, avec l’implantation de la Compagnie du Nord-Ouest parmi les tribus qui avaient prospéré sur ce territoire depuis des temps immémoriaux. Cela a marqué l’introduction du capitalisme — une économie de marché fondée sur l’accumulation de richesses — et c’était là une culture étrangère.

Dans ce contexte, il faut examiner les rapports de force pour les membres des Premières Nations, pour une femme dénée — une jeune femme dans un monde en pleine mutation, confrontée à la réalité du colonialisme qui allait finalement déboucher sur la colonisation.

Lorsque les Cris enlèvent Thanadelthur dans la région qu’on appelle aujourd’hui Arviat — et ils parcouraient effectivement l’ensemble de ce territoire —, cela déclenche des événements qui vont mettre à l’épreuve sa force, son intelligence, sa compassion, son courage et sa détermination. Grâce à ces qualités, Thanadelthur attire notre attention non seulement sur les risques et les menaces auxquels elle est confrontée à l’âge de 16 ans, mais elle met également en lumière la manière dont, malgré la violence dont elle est victime, elle sait établir une relation de complémentarité. Elle comprend et agit pour changer le cours des choses afin de stabiliser la situation économique en instaurant d’abord une coexistence pacifique entre les Dénés et les Cris, malgré de grands dangers, y compris la mort, tout en poursuivant la relation déjà existante avec les Européens. N’oubliez pas que, pour y arriver, elle doit être trilingue à l’âge de 16 ans et parler les langues dénée, crie et anglaise.

En instaurant la paix, elle démontre qu’il n’est pas judicieux de recourir aux conflits pour appréhender et mener sa vie, et que la compatibilité joue un rôle essentiel pour apprendre à s’adapter aux autres cultures et à cohabiter avec elles. On voit à quel point elle est extraordinaire et comment elle prouve que la coexistence au quotidien peut devenir la norme et façonner des espaces permettant d’améliorer les relations de l’époque pour le bien commun.

Les partenariats qu’elle pilote permettent à chaque culture de saisir les occasions que les autres offrent : la paix entre les tribus en conflit, l’économie, l’emploi et la sécurité. Cependant, il faut se rappeler que le partenariat naît des luttes et des conflits, et que le multiculturalisme qu’il représente doit être renouvelé à chaque génération.

Le projet de loi S-225 est une étape importante dans la réforme de l’alliance de paix entre les Dénés et les Cris aujourd’hui. Les paroles, les actions et le processus de paix de Thanadelthur brisent le statu quo économique et celui des relations à l’époque. Elle fait sa place et laisse une empreinte qui reflète son identité et son enracinement en restant fidèle à elle-même. Cela se produit à une époque où le processus d’« altérisation » fondé sur le racisme et l’ethnicité est en train d’être forgé, car c’est l’ère de la colonisation et de l’empire, un phénomène nouveau pour les premiers peuples. Elle réussit à unifier de multiples cultures qui vivent en partenariat, malgré la diversité.

Ce qui est également extraordinaire, c’est que son nom est resté gravé dans l’histoire. Pour la majorité des membres des Premières Nations, les mots « homme autochtone » ou « femme autochtone » les désignent dans les livres d’histoire, les revues et les archives, les rendent invisibles et les réduisent au silence. Mais son nom à elle est inscrit dans l’histoire.

Grâce à sa volonté seule, Thanadelthur a beaucoup contribué à bâtir le Canada. Le Canada, y compris le Sénat et l’autre endroit, doit célébrer son parcours, son héritage et sa vie et contribuer à la faire entrer dans l’histoire. Merci. Kinanâskomitin.

Garrison Settee, grand chef, Manitoba Keewatinowi Okimakanak Inc. : [Mots prononcés en langue ininimowin]

Je suis honoré d’être ici au Comité sénatorial permanent des peuples autochtones pour appuyer et promouvoir la reconnaissance de la Journée nationale de Thanadelthur, et le projet de loi S-225 est quelque chose de très important. Cela fait 310 ans, et nous sommes ici pour parler de cette femme brave et courageuse qui mérite d’être honorée dans notre société actuelle en raison de qui elle était et de l’héritage que nous lui devons encore aujourd’hui.

C’est un grand honneur d’être ici avec mes frères et sœurs dénés. Notre histoire a été marquée par des conflits, mais aujourd’hui, nous sommes unis pour mettre en lumière cette tranche de l’histoire qui a été occultée par la société canadienne dominante.

C’est un honneur pour moi d’être ici devant vous, de défendre cette cause et de collaborer avec la sénatrice McCallum pour veiller à ce que ce projet de loi soit adopté, car il tout à fait juste et approprié.

Je veux demander à mon adjoint de s’adresser à nous à ce sujet.

Kevin Carlson, adjoint du grand chef, Manitoba Keewatinowi Okimakanak Inc. : Bonjour, [mots prononcés dans une langue autochtone], honorables sénateurs.

Les chefs de Manitoba Keewatinowi appuient le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur. Lors de notre assemblée générale annuelle d’août 2023, les chefs ont adopté à l’unanimité la résolution no 2023-08-05 visant à instituer le 25 février comme la Journée de Thanadelthur.

Nos chefs se sont engagés à encourager la sénatrice McCallum à demander aux gouvernements du Canada et du Manitoba d’honorer Thanadelthur en créant une journée pour reconnaître le rôle qu’elle a joué dans l’établissement de la paix entre les nations dénées et cries, ainsi qu’avec la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Nos dirigeants ont également demandé au gouvernement du Canada d’adopter une loi désignant le 25 février comme la Journée de Thanadelthur.

Les nations denesulines ont encouragé les Canadiens à porter du rouge le 25 février pour honorer Thanadelthur, qui avait elle‑même revêtu cette couleur pendant les négociations de paix il y a 310 ans, afin qu’elle soit visible pour son peuple.

J’ai passé du temps sur le Web au cours des derniers jours pour voir ce que le grand public sait de sa contribution à l’histoire canadienne. Thanadelthur est célébrée pour plusieurs raisons. Voici une citation du Centre d’études nordiques de Churchill :

Diplomatie : ses négociations fructueuses entre les Cris et les Dénés sont un excellent exemple de diplomatie efficace en matière de résolution de conflits.

Bravoure : son parcours, sa capacité de survie et sa volonté d’être une artisane de la paix dans un environnement instable témoignent de son courage extraordinaire.

Répercussions sur le commerce : l’accord de paix qu’elle a négocié a ouvert de nouveaux territoires au commerce de la fourrure, ce qui a eu des répercussions importantes sur l’économie de la région et sur l’expansion des entreprises européennes dans le Nord du Canada.

Ambassadrice culturelle : Thanadelthur a également servi d’ambassadrice culturelle, aidant à combler le fossé entre les différentes cultures autochtones et entre les peuples autochtones et les Européens.

Thanadelthur — et j’ai passé toute la fin de semaine à m’exercer. Ma femme est dénée, et elle m’a dit : « Non, si tu le prononces mal, ce sera comme si tu lançais quelque chose à quelqu’un. »

Négociatrice de paix, guide, enseignante et interprète. Elle est née en 1697, probablement dans le Manitoba actuel, et est décédée le 5 février 1717 à York Factory, au Manitoba. Surnommée l’ambassadrice de la paix, Thanadelthur a négocié la paix entre les Chipewyans et les Cris denesulines au début de la traite des fourrures.

Elle a joué un rôle déterminant dans la création de liens entre le peuple Chipewayan et la Compagnie de la Baie d’Hudson, ainsi que dans l’expansion du commerce des fourrures dans la région de Churchill, au Manitoba. Ces renseignements viennent de l’Encyclopédie canadienne.

Je vais vous laisser sur une dernière citation de mon estimée amie Rosalee Tisani Verset, ancienne cheffe de la nation dénée de Hatchet Lake. Bien que la vie de Thanadelthur soit documentée dans des ouvrages universitaires et dans les journaux de la Compagnie de la Baie d’Hudson, ces archives ne racontent pas toute l’histoire. Cela explique pourquoi les chefs de Manitoba Keewatinowi Okimakanak, ou MKO, estiment important que l’histoire et le rôle de cette courageuse jeune héroïne dénée soient honorés, reconnus et enseignés au Canada. Parce que sans son parcours et son courage, le Canada tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existerait pas. Mahsi’cho.

La présidente : Du Grand Conseil des Nations souveraines Keewatin Yahthi, nous accueillons le grand chef Walter Wastesicoot.

Walter Wastesicoot, grand chef, Grand Conseil des Nations souveraines Keewatin Yahthi : Bonjour. Je suis honoré d’être ici pour être témoin de ces délibérations. Je m’appelle Walter Wastesicoot. Je suis le grand chef du Grand Conseil des Nations souveraines Keewatin Yahthi. Je suis un citoyen de la Première Nation de York Factory.

Les Dénés et les Inninus, de ce qui est maintenant le Nord du Manitoba, sont unis au sein du Conseil tribal de Keewatin depuis 1979.

Le Conseil tribal est un organisme qui fournit des services à la Première Nation de Barren Lands, à la Nation crie de Bunibonibee, à la Nation crie de Fox Lake, à la Première Nation de Manto Sakahigan, à la Nation crie de Manto Sipi, à la Première Nation des Dénés de Northlands, à la Première Nation dénée de Sayisi, à la Première Nation Shamattawa, à la Nation crie de Tataskweyak, à la Première Nation de War Lake et à la Première Nation de Factory. Deux nations sont dénées et neuf sont inninues.

Le terme à utiliser est « Inninu », qui est un terme cri. Vous utilisez le mot « Cri »; nous utilisons notre propre nom, Inninu.

Le 17 décembre 2025, ces 11 nations ont adopté la constitution du Grand Conseil des Nations souveraines Keewatin Yahthi, ou Grand Conseil des Nations SKY. Elles ont exercé leur droit inhérent à l’autodétermination et ont créé un gouvernement régional pour représenter leurs intérêts collectifs aujourd’hui et à l’avenir.

Keewatin signifie nord dans la langue inninue, et Yahthi signifie nord dans la langue dénée. Par conséquent, les deux peuples sont représentés au Grand Conseil des Nations SKY.

Dans le cadre de notre projet d’édification de la nation, nous avons mené des recherches archivistiques et d’autres recherches et confirmé que Thanadelthur a ouvert la voie à la paix entre nos peuples. Près de 310 ans d’histoire peuvent être attribués à sa bravoure, à sa patience et à son engagement en faveur de relations harmonieuses entre nos peuples.

Nous croyons que cette réalisation mérite d’être soulignée par le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur. Faisons du 5 février de chaque année la journée de Thanadelthur. Merci.

La présidente : Merci beaucoup. Je vais passer la parole — comment dit-on en anglais? Si des collègues veulent poser des questions aux témoins.

Le sénateur Francis : Ma question s’adresse à n’importe lequel d’entre vous. Pensez-vous que cette journée servira de catalyseur pour apporter des changements concrets aux politiques concernant l’autonomisation des femmes et des filles autochtones? Si oui, comment?

M. Wastesicoot : Si le 5 février est reconnu comme la Journée de Thanadelthur, notre peuple commencera à apprendre une partie de l’histoire qui a longtemps été oubliée.

En ce moment, nos jeunes sont en pleine recherche d’identité. Ils trouvent un exutoire dans des comportements néfastes pour leur santé. Découvrir l’histoire de Thanadelthur leur procurera un sentiment de fierté et de sens à la vie et les aidera à reconnaître que nous n’étions pas simplement un peuple réduit au silence qui a participé à la colonisation.

Le sénateur Francis : Merci. Quelqu’un d’autre? Sénatrice McCallum.

La sénatrice McCallum : Il me faudrait réentendre la question, désolée.

Le sénateur Francis : Pensez-vous que cette journée servira de catalyseur pour apporter des changements concrets aux politiques concernant l’autonomisation des femmes et des filles autochtones, et si oui, comment?

La sénatrice McCallum : Dans le cadre de mon travail, je me rends dans de nombreuses écoles et je m’entretiens avec des élèves de la 4e à la 12e année. Je fais cela à Winnipeg. Il y a trois semaines, je suis allée dans une école secondaire et il y avait ce qu’on appelle une « bibliothèque vivante ». Chaque personne est une bibliothèque vivante. Les personnes viennent, partagent leur expérience et les étudiants posent des questions. Je pense que ce serait un très bon exemple de proposer aux écoles secondaires du Canada de commencer à examiner la façon dont les femmes ont façonné l’histoire du Canada.

M. Settee : Il est important de se rendre compte que parmi les récits qui sont passés à l’histoire, un bon nombre portent sur des hommes et sur les guerres qui ont eu lieu. Les hommes sont présentés comme des héros en raison pour la plupart de leurs exploits guerriers. Or, dans ce cas-ci, nous parlons d’une femme qui a amené la paix et la coopération entre deux nations. C’est quelque chose d’inédit.

Dans notre histoire, les femmes sont respectées et honorées, mais les valeurs occidentales, comme toujours, déprécient les femmes. Donc, 310 ans plus tard, dans le cadre de la réconciliation, nous honorons la dignité de cette femme dont l’importance historique n’avait jamais été reconnue auparavant. Il aura fallu du temps, mais 310 ans plus tard, nous soulignons le courage et l’héroïsme de Thanadelthur. Cette reconnaissance aurait dû se faire il y a longtemps.

M. Carlson : Pour décrire simplement la situation actuelle, je dirais que les jeunes sont perdus. Dans notre région, ils adoptent la culture qu’ils voient à la télévision, sur Internet ou dans d’autres médias. Nous discutons aujourd’hui du brillant exemple d’une jeune fille des Premières Nations du Nord qui a été capable il y a 300 ans d’exercer un leadership, de négocier et de bâtir des ponts. Elle a pu devenir ce qu’elle voulait, comme le font les femmes depuis des millénaires.

Le sénateur Prosper : Merci à tous les témoins d’être des nôtres. Sénatrice McCallum, merci du travail que vous avez accompli et de la proposition que vous nous présentez aujourd’hui.

J’aurais une question pour les grands chefs Settee et Wastesicoot. Je voudrais savoir quelle est la signification de la Journée nationale de Thanadelthur, ainsi que le récit et le legs qui habitent le cœur et l’esprit de votre peuple.

Pourriez-vous nous faire part de ce que cette reconnaissance changerait pour vous, votre peuple et vos communautés?

M. Settee : Il faut que vous sachiez, sénateur, que les communautés dénées dans le Nord sont très isolées. Elles ont besoin de quelque chose de positif pour être reconnues au niveau national. Il faut que les jeunes sachent que leur riche histoire mérite d’être sue. Le récit de Thanadelthur est issu de leur histoire et de leur culture. Il faut raconter dans les salles de classe le récit de cette femme si jeune et si courageuse, mais il faut aussi le consigner dans les manuels d’histoire. Ce que cette femme a accompli était très important à l’époque, et ce l’est encore aujourd’hui.

Il faut que les jeunes dénés soient fiers de leur identité. Nous voulons soutenir le plus possible toute démarche faite en ce sens.

M. Wastesicoot : Des expériences liées aux pensionnats ont aussi été vécues dans le Nord. Nous avons été nombreux à faire le trajet de quelques jours en train entre les deux villes manitobaines de Churchill et Dauphin. Une grande partie de ces voyageurs étaient des Dénés qui ont été relocalisés de force à Churchill. Ils ont vécu près des côtes dans un hameau appelé le village déné. L’expérience des pensionnats a perturbé bon nombre d’entre nous, comme quelqu’un l’a mentionné aujourd’hui, et nous nous sommes réconfortés dans l’alcool et la drogue, mais ce remède n’était pas le bon.

Cette journée et ce qu’elle commémore apporteraient des perspectives différentes dans le Nord et déclencheraient une discussion sur notre véritable histoire. Un des témoins a souligné que le peuple déné était désigné à tort sous le nom de « Chipewyan » dans l’Encyclopédie canadienne. Voilà une erreur historique facile à relever.

Lorsque nous amorçons la discussion sur Thanadelthur et sur sa contribution à ce qui est aujourd’hui le Canada et à la relation harmonieuse avec nos frères et nos sœurs dénés, nous passons ensemble à un autre paradigme — nous, comme individus qui ont survécu à différentes expériences, mais aussi les jeunes générations de Dénés qui nous suivent. Comme je l’ai dit, cette journée inspire un sentiment de fierté et d’appartenance.

Le sénateur Prosper : Wela’lioq. Merci.

La sénatrice Sorensen : Je vais poursuivre dans la foulée de certaines des réponses, plus particulièrement celles qui ont été données au sénateur Francis.

Je solliciterais votre patience, car je vais essayer de prononcer le nom pour l’inclure dans ma question. Le legs de Thanadelthur — je présume, selon les réponses qui ont été fournies aujourd’hui, que son récit n’est pas enseigné dans tout le Manitoba et encore moins ailleurs au pays — ne figure pas dans les manuels d’histoire utilisés dans les programmes scolaires. Y a-t-il quelque part au Manitoba un endroit, tel qu’un musée, qui souligne l’apport de cette femme?

M. Wastesicoot : ... quelqu’un ici pourrait répondre.

La sénatrice Sorensen : Êtes-vous d’accord, madame la présidente?

M. Wastesicoot : Peut-elle prendre la parole?

La sénatrice Sorensen : Je l’inviterais à venir au micro. Merci beaucoup.

Lucy Antsanen, gardienne du savoir, Première Nation Northlands Denesuline : Je suis enseignante. Je m’appelle Lucy Antsanen. Comme je vais l’expliquer un peu plus tard dans ma déclaration, je sillonne sans relâche le Canada pour donner des présentations sur Thanadelthur aux adultes et aux enfants. J’ai publié quelques livres et de nombreuses vidéos sur son histoire, dont une à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars.

C’est une passion que je cultive comme mère, grand-mère, enseignante et femme dénée. Je parle ma langue, et je relaie les récits de nos ancêtres, notamment en salle de classe à Winnipeg, mais aussi partout au pays.

Je suis une encyclopédie ambulante qui présente l’histoire de Thanadelthur.

La sénatrice Sorensen : Merci du travail que vous faites. Évidemment, en adoptant le projet de loi, nous serions en mesure de mettre en lumière et de pousser plus loin votre travail.

Mme Antsanen : Oui.

La sénatrice Sorensen : J’adorerais voir une de vos vidéos si c’est possible. Je vous serais très reconnaissante si vous pouviez fournir un lien.

La présidente : Mme Antsanen fait partie du prochain groupe de témoins. Nous sommes très chanceux.

La sénatrice Greenwood : Tout d’abord, merci à tous nos invités d’être des nôtres pour soutenir ce travail important. Merci, sénatrice McCallum, de présenter ce projet de loi et de la ténacité dont vous avez fait preuve.

Un certain nombre de choses me sont venues à l’esprit au sujet de la Journée nationale de Thanadelthur. Je réfléchissais à cette journée nationale et aussi à l’appel à l’action no 79 de la Commission de vérité et réconciliation sur l’établissement d’un cadre pour les besoins du patrimoine canadien et des activités de commémoration de l’histoire autochtone. À mon humble avis, la journée en question s’inscrit très bien dans cet appel à l’action. Elle nous rappelle une partie déterminante de notre histoire qui ravive notre fierté à tous, et pas seulement celle d’un groupe. J’ai pensé également à toutes ces femmes — je ne le dis pas pour exclure les hommes — qui ont pris les commandes lorsque nous en avions le plus besoin. Thanadelthur devait en faire partie selon ce que j’ai entendu aujourd’hui.

De fait, je me suis mise à rêver un peu tout à l’heure à l’idée d’établir une journée comme celle-là — puisque vous parliez des jeunes — qui aurait pour objet de souligner le travail de dirigeantes et d’héroïnes contemporaines, et qui pourrait aussi raviver l’apport des héroïnes du passé.

Je pense au prix Nobel de la paix. Pourquoi ne pas décerner un prix similaire lors d’une journée nationale qui reconnaîtrait, au‑delà du nom de cette jeune femme, le travail de toutes les femmes — autochtones, des Premières Nations, inuites et métisses au pays — qui ont fait du travail extraordinaire au nom de notre peuple?

Je ne sais pas quelle est ma question au juste, mais j’aimerais beaucoup entendre votre réponse. C’est important de faire ce travail surtout si nous comptons présenter un modèle à suivre ou une source d’inspiration aux générations futures. Nous enseignons notre histoire, et nous ranimons en même temps notre peuple. C’est une proposition vraiment emballante ou une porte qui pourrait s’ouvrir pour toutes les personnes qui vivent sur ces terres.

J’aimerais entendre tous les témoins.

M. Settee : Je tiens à remercier Mme Antsanen de ses commentaires. Je suis allé à l’école avec elle. Nous sommes tous deux diplômés de l’Université de Brandon. Puisque nous sommes tous deux enseignants également, nous trouvons très important que nos récits soient relayés, non seulement aux Premières Nations, mais aussi dans le programme scolaire du Manitoba. Une disposition devrait être adoptée sur la transmission d’une histoire comme celle-là.

Mme Antsanen a publié des livres et en a fait beaucoup pour honorer le legs de Thanadelthur. Nous continuons à réclamer l’intégration de cette histoire, entre autres choses, dans le programme scolaire des établissements d’enseignement du Manitoba.

Il faudrait aussi établir un prix ou un autre type de reconnaissance qui serait décerné aux jeunes, particulièrement aux jeunes femmes, pour souligner leur courage et qui porterait le nom de Thanadelthur. Si on décidait d’ériger une statue devant l’Assemblée législative, je proposerais que ce soit celle de cette jeune femme. Ce serait tout à fait normal.

La présidente : Honnêtement, nous avons tous vu — sauf vous, grand chef — un beau geste d’approbation de Mme Antsanen derrière vous.

M. Wastesicoot : J’ajouterais que chacun d’entre nous sait où reposent leurs êtres chers. De mon côté, je ne savais pas où se trouvait la dépouille de ma grand-mère avant mai 2022. Mon épouse et moi-même nous sommes rendus à cet endroit.

Grâce aux recherches que nous avons menées dans le cadre des efforts de reconstruction de la nation, nous croyons avoir trouvé l’endroit où repose Thanadelthur. Il y a trois sites. Celui du milieu est immergé, et nous croyons que c’est le sien.

Cela dit, si vous pensez instaurer une Journée nationale de Thanadelthur le 5 février chaque année, il faudrait étudier la possibilité d’ériger un monument là où elle repose. Comme nous le faisons pour les membres de nos familles immédiates, nous devons aussi le faire pour cette jeune femme très brave.

Merci.

La sénatrice Pate : Merci à vous tous d’être des nôtres. Merci, sénatrice McCallum, d’avoir proposé ce projet de loi.

Je voudrais donner à chacun de vous l’occasion d’approfondir ce dont vous venez de parler. Selon vous, quels efforts supplémentaires devraient être déployés pour aider à souligner les contributions des femmes et des filles qui n’ont jamais été reconnues dans l’histoire? En outre, au nom de la réconciliation au pays, il est vital à mes yeux de constituer une trame historique exacte et plus complète non seulement pour les jeunes générations, mais pour nous tous.

Nous accueillerons toute autre suggestion de votre part. Vous pouvez commencer, sénatrice McCallum, à moins que vous souhaitiez que vos collègues parlent en premier.

La sénatrice McCallum : Je vais laisser les grands chefs commencer.

M. Wastesicoot : Je vais vous raconter une histoire qui s’est passée à l’endroit appelé aujourd’hui York Factory. Lorsque des gens sont arrivés dans cette région, ils ont demandé à mes ancêtres qui était le peuple qui vivait au Nord-Ouest. Mes ancêtres ont dit que ce peuple s’appelait les « Chipewyans ». Le terme n’avait rien de désobligeant ou de péjoratif; il était employé pour distinguer ce peuple des autres peuples.

Lorsque ces mêmes personnes ont demandé comment s’appelait le peuple qui vivait encore plus au nord, mes ancêtres ont employé un terme qui est devenu par la suite « Esquimau ». Les étiquettes « Chipewyan » et « Esquimau » étaient acceptées par ces deux groupes parce que c’était sous ces noms que les nouveaux arrivants les connaissaient.

Un jour, les Dénés ont dit : « Non. Nous ne sommes pas des Chipewyans; nous sommes des Dénés. » Les Inuits ont dit à leur tour : « Nous ne sommes pas des Esquimaux; nous sommes des Inuits. »

L’histoire dit que notre peuple a continué d’accepter le terme « Cri » parce que cela fait partie de notre identité, mais c’est faux. En fait, le terme était employé plus à l’est. Lorsque les missionnaires jésuites ont converti le peuple inuit à leur religion, ils les ont appelés « cristinos », qui est ensuite devenu « cris », puis « Cri ». Ce sont des pans de l’histoire comme ceux-là qu’il faut corriger au pays pour bien refléter la diversité des nations qui y vivent. La vérité et l’honnêteté doivent primer.

M. Settee : Il faut passer en revue l’histoire et examiner certaines des archives qui ont été créées, dont le contenu est en bonne partie inexact. Il faut connaître la vraie histoire parce que de nombreux récits qui sont relayés depuis longtemps sur nous et sur notre peuple ne respectent pas les faits.

Normalement, pendant les premières années du primaire, la seule page des manuels d’histoire du Canada consacrée aux peuples autochtones porte sur la traite des fourrures. Or, tout un pan de l’histoire n’a pas été raconté par la société canadienne. C’est très important.

L’histoire de Thanadulthur est un de ces récits qui devraient figurer dans les manuels. Les archives et les établissements d’enseignement continuent à véhiculer des récits qui sont faux. Je pense que nous devons corriger ces récits et établir la vérité.

La vérité vient de notre peuple. Nous nous transmettons depuis longtemps une histoire orale pour assurer notre pérennité. Il faut mettre au jour ces récits parce qu’ils présentent une description juste de notre peuple. Des correctifs doivent être apportés.

La sénatrice McCallum : Au sujet de notre rôle de sénateurs — et de mon travail avec les Premières Nations partout au Canada —, comme Mme Antsanen me l’a dit, je n’appartiens plus seulement aux Dénés, mais au Canada en entier. Elle a mis les choses au clair pour moi.

Lorsque je fais ce travail — en suivant les orientations des chefs et des dirigeants —, mon objectif est très clair : je veux m’occuper des Dénés et des Cris dans leurs terres de Lac Brochet. J’ai présenté mes excuses aux Dénés en sachant toute la violence que ce jour-là évoquait, et voilà que nous bâtissons la paix entre le territoire de Lac Brochet et le territoire du Traité no 10. Nous nous sommes rassemblés en juillet à cet endroit. Les chefs du Traité no 10 sont venus de la Saskatchewan. Nous avions comme tâche de trouver des moyens de reconstruire le traité de paix. C’est une grande priorité. Ils descendent le cours d’eau — un voyage de trois jours avec des portages — et lorsque les gros canots se pointent à l’horizon, tout le monde joue du tambour. Un feu est allumé. Nous les accompagnons ensuite dans leurs terres, qu’ils ont dû quitter à l’époque parce qu’ils en ont été chassés par les Cris.

De grands pans de l’histoire doivent être corrigés. C’est leur territoire traditionnel et c’est également le mien.

Nous en faisons une priorité.

Il y a deux ou trois ans, nous avons connu l’une de nos meilleures rencontres lors de laquelle les Cris ont nourri les Dénés. Ils sont allés pêcher tous les jours. Ils ont donné du caribou et de l’orignal aux Dénés, ont préparé des repas pour eux. Samedi, les jeunes hommes cris ont emmené les Dénés à leurs demeures traditionnelles, là où ils vivaient autrefois.

Voilà le genre d’activité que je veux mettre en place. Je travaille en étroite collaboration avec mon enseignante, Lucy Antsanen. C’est là-dessus que je me concentre en ce moment. Je veux créer un lien entre les jeunes de Lac Brochet et ceux de Brochet.

La sénatrice Clement : [Mots prononcés en mohawk] Je m’exprime en mohawk, car je suis originaire de Cornwall, en Ontario, qui se trouve sur le territoire mohawk. Je suis ravie de vous écouter ce matin. Chère collègue, sénatrice McCallum, merci. Vous appartenez au Canada, mais aussi à notre groupe, plus particulièrement.

Je suis sénatrice de l’Ontario, mais j’adore le Manitoba. Je tiens à le dire parce que ma maman est une Franco-Manitobaine originaire d’Élie, au Manitoba. Je pense qu’en ce moment, cette région du pays est une grande source d’inspiration pour bon nombre d’entre nous. Elle regorge d’initiatives intéressantes en matière de leadership. Je m’en réjouis.

L’été dernier, alors que je me trouvais à Churchill, au Manitoba, je me suis rendue sur la place nommée en l’honneur de cette femme. Quand on s’y trouve, qu’on prend une photo et qu’on voit son nom... J’ai senti que c’était bien de cette femme dont parlait la sénatrice McCallum. C’était important de ressentir cela et d’être à cet endroit.

Ma question s’adresse au grand chef Wastesicoot... ou Smith, comme vous l’avez dit. Je vous écoutais parler de relations harmonieuses. J’aimerais que vous nous en disiez plus à ce sujet. À l’heure actuelle, il n’y a pas que les jeunes qui ont besoin d’inspiration ; j’ai moi aussi besoin d’inspiration en tant que femme. J’ai l’impression que nous avons fait un pas en arrière en ce qui concerne les femmes qui occupent des rôles de leadership. C’est le sentiment que j’ai.

Je trouve que cette discussion arrive à point nommé. J’ai l’impression que les femmes en position de leadership savent vraiment créer des relations harmonieuses.

Je me demandais si vous pourriez nous en dire un peu plus sur ce que vous entendiez par là, ou sur ce que vous voyez dans le parcours de cette femme qui pourrait être une source d’inspiration pour moi, pour d’autres alliés et, en fait, pour tout le monde.

M. Settee : Thanadelthur a vécu pendant une période de grands bouleversements. Il y avait un conflit entre les Dénés et les Innus, sans compter les incertitudes liées à ces derniers, qui venaient tout juste d’arriver sur les rives de la baie d’Hudson. Puis, elle a été capturée par nos ancêtres. Elle a su surmonter toutes ces épreuves et travailler avec les deux peuples pour établir cette relation harmonieuse.

Quand je pense à l’harmonie, je pense à une femme très forte qui fait partie de ma vie : Mme Jennie Wastesicoot. C’est mon épouse. Elle dit souvent qu’elle est venue au pensionnat pour me sauver. Je le crois. Elle est très forte.

On m’a souvent demandé comment nous avions réussi à rester ensemble aussi longtemps. Cet été, nous fêterons nos 50 ans de vie commune. Ce qui importe, c’est l’harmonie. Je me plie à sa volonté. J’ai compris il y a longtemps qu’il ne sert à rien de discuter avec elle. Cela explique pourquoi c’est elle, qui a un doctorat.

Je suis d’avis qu’il s’agit avant tout de faire preuve de compassion envers les autres.

Je vais vous raconter l’histoire d’une jeune fille dénée qui est revenue à Churchill après avoir vécu dans un pensionnat. Son peuple avait quitté Churchill pour s’installer sur les terres de ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Tadoule Lake. Mes parents l’ont accueillie. Elle est devenue ma sœur, et je suis devenu son frère. Nous entretenons cette relation depuis longtemps. Plus tard, mon fils a eu deux fils avec une jeune femme dénée. Leur arrière-grand-père est un ami de longue date.

L’histoire de Thanadelthur me tient particulièrement à cœur. Si je le pouvais, je laisserais ici avec vous une partie de mon âme pour vous guider dans vos délibérations. Tous les parlementaires doivent prendre position et faire ce qui est juste. Merci.

La sénatrice Karetak-Lindell : Je suis assise ici et je vous écoute. Je suis une Inuk d’Arviat. Mon histoire est donc étroitement liée à la vôtre. Je connais les habitants de Churchill, au Manitoba. J’ai lu le livre d’une personne qui vit maintenant à Tadoule Lake et qui habitait autrefois à Churchill, au Manitoba.

J’ai le sentiment que nos vies et nos histoires sont profondément liées. Je comprends tout à fait ce que vous dites à propos de votre nom. J’imagine qu’il était différent, avant. C’est ce qui est arrivé à bon nombre d’entre nous. Lorsqu’une personne s’occupant de l’inscription des gens n’arrivait pas à prononcer un nom, elle attribuait simplement un nom au hasard, celui qui lui venait à l’esprit à ce moment-là. Cela nous efface en tant que peuple, car nous devons désormais porter cet autre nom. J’avais un grand-père qui s’appelait Joe Curly — le mot curly veut dire « bouclé ». Ce n’était pas du tout le nom de mon grand‑père... il avait simplement les cheveux bouclés. Son nom était... mais personne ne pouvait le prononcer, on l’a donc appelé « Curly ».

Nous devons nous réapproprier notre identité, car notre histoire, comme vous l’avez dit, n’est pas racontée fidèlement.

J’ai grandi en lisant les aventures de Jane et Dick et de Sally et Spot. J’aurais tant aimé entendre des histoires dans lesquelles j’aurais pu me reconnaître, comme celle de Thanadelthur.

Nous avons besoin de ce genre d’histoires. En fait, ce ne sont pas simplement des histoires, c’est l’Histoire. Nous devons cultiver cette fierté pour notre peuple. Je pense que cela constitue un bon point de départ.

Je comprends tout à fait ce que vous dites; tout cela peut s’appliquer à mon peuple, les Inuits. Il y a également eu des périodes de conflit entre nos peuples, mais on n’en parle pas à l’école, dans les cours d’histoire. Je pense qu’il est temps qu’on le fasse.

Il est triste que nous ne connaissions pas notre propre histoire et que nous ne la retrouvions pas dans les livres d’histoire. Mon père a travaillé pour la GRC — et son grand-père aussi —, alors lorsque nous cherchons des données historiques, nous devons consulter les archives. Nous savons qu’elles ne reflètent pas non plus la réalité, ou qu’elles sont écrites du point de vue de quelqu’un qui ne comprenait pas notre histoire.

J’ai beaucoup aimé entendre parler de cette question et du travail qu’accomplit la sénatrice McCallum, car ce n’est que la pointe de l’iceberg. Il existe tant d’autres histoires que nous pourrions entendre, lire et publier sur Internet pour que nos enfants en prennent connaissance.

Ce n’est pas vraiment une question, mais plutôt une reconnaissance de tout ce que vous faites ici aujourd’hui et de ce que nous entendons. Voilà le genre d’histoires qu’il faudrait raconter dans nos écoles. La sénatrice McCallum m’a parlé des événements auxquels elle participe. Un jour, dans l’avion qui nous ramenait à Winnipeg, elle en parlait et disait que nous devions retourner là-bas et créer ces partenariats.

Je suis fière de dire qu’en raison du chevauchement des revendications territoriales entre Churchill et ma communauté du Manitoba et du Nunavut, on a approuvé les zones concernées. On s’est entendu sur le fait qu’il existe désormais un outil pour régler certains problèmes. Comme on le sait, vous êtes allés sur nos terres et nous sommes allés sur les vôtres, et nous sommes confrontés à des problèmes qui se recoupent.

J’aimerais également connaître votre avis sur la question suivante : que devons-nous faire pour nous assurer que l’histoire que nous enseignons à l’école et que nous transmettons est bien la bonne? Comment pouvons-nous y arriver?

Je sais que nous y travaillons, mais nous sommes dans une course contre la montre, car les gens qui connaissent ces histoires nous quittent, jour après jour. Nous devons donc essayer de recueillir ces histoires et de les transmettre. Que pouvons-nous faire?

M. Settee : Je tiens à apporter ma contribution, sénatrice, et je vous remercie de vos commentaires.

En tant qu’ancien enseignant, je pense qu’un bon point de départ serait de vous donner un devoir. Il faut apprendre à bien prononcer le nom de cette jeune femme. Ce serait un premier pas dans la bonne direction. Voilà votre devoir, merci. Je dois maintenant y aller. Merci beaucoup.

La sénatrice Karetak-Lindell : C’est surprenant, d’une certaine façon, parce que je dis la même chose. Je suis très contrariée lorsque les gens ne prononcent pas les noms correctement. Je dis toujours aux gens qu’ils doivent apprendre à prononcer les noms avant de lire leur discours.

M. Wastesicoot : Nous avons nos gardiens du Savoir, comme Mme Lucy Antsanen, assise derrière moi, et il y en a d’autres dans le Nord.

Il ne faut pas oublier que lorsque les Benlai ou les Amistovas sont arrivés ici, ils étaient accompagnés de jeunes gens qui notaient tout. Ce sont les premières données consignées. Il est important de souligner que ces données reposaient sur leur expérience de vie jusque-là. S’ils ont fourni une interprétation de quelque chose dont ils ont été témoins, plutôt que de présenter des observations factuelles, cela pourrait constituer une erreur.

Le sénateur Tannas : Comme la sénatrice Clement, j’ai moi aussi participé au voyage à Churchill et j’ai été saisi des mêmes sentiments. Je suis ravi de pouvoir appuyer ce projet de loi. Je tiens à vous remercier d’avoir parcouru une telle distance pour venir témoigner. Ayant moi-même fait une partie du trajet jusqu’à Churchill, je sais que c’est un sacrifice, mais je sais aussi que cette question est assez importante pour que vous preniez le temps de vous déplacer.

La suggestion de la sénatrice Greenwood m’a interpellé. Vous pourriez envisager de décerner un prix chaque année. Vous — les membres de la communauté — pourriez faire partie du jury. De jeunes femmes autochtones de 16 ou 17 ans, de partout au pays, possédant de merveilleuses qualités de leadership, pourraient être mises en nomination. Je pense que vous trouverez des commanditaires prêts à fournir des ressources supplémentaires pour en faire une initiative porteuse et durable. À mon avis, ce prix permettrait même de mettre davantage en valeur la Journée nationale de Thanadelthur. Vous pourriez remettre le prix ou annoncer le nom de la lauréate ce jour-là. C’est une merveilleuse idée.

Le personnel de mon bureau et moi-même serions prêts à vous aider si vous décidiez de mettre en œuvre cette initiative, et je sais que d’autres seraient également disposés à le faire. Merci encore.

La présidente : J’adore votre beau sourire, sénatrice McCallum.

Le sénateur Prosper : Plus tôt, il a été question — et je pense que c’est le grand chef Settee qui en a parlé — de la réconciliation. Quand j’y pense — nous avons tous tendance à y penser de temps en temps —, le contexte concerne souvent les relations entre les peuples autochtones et non autochtones, et la réconciliation entre l’histoire et une vision commune de l’avenir.

Sénatrice McCallum, lorsque vous avez parlé de la cérémonie où les gens se rassemblent, jouent du tambour, partagent de la nourriture, sont accompagnés sur le territoire, je me suis dit que cela contribuait à la réconciliation entre les peuples autochtones, ce qui est représentatif, j’imagine, de l’héritage de cette incroyable jeune femme dénée.

Pouvez-vous nous donner une idée de la manière dont cet héritage perdure au sein de la communauté, chez les jeunes, dans l’esprit des gens et de la terre?

Mme Antsanen : Permettez-moi d’abord de me ressaisir.

Je suis une survivante de ce déplacement... 2007... la Dre Mary Jane McCallum a présenté des excuses aux Dénés, mais je n’étais pas au courant.

J’étais à Brandon pour mes vacances d’été. Mon petit frère m’a dit qu’il allait à Brochet et voulait savoir si j’allais l’accompagner. Je lui ai répondu : « Pour quoi faire? » C’était pour le centenaire du rassemblement sur les traités. Tout de suite, la colère m’a envahie; je n’ai pas de bons souvenirs de cet endroit. Pourquoi devrais-je y aller?

J’avais 8 ans lorsque, en 1975, j’ai quitté Brochet. Les premiers signes d’un trouble de stress post-traumatique sont apparus lorsque j’avais 16 ans et que j’ai vu des gens boire de l’alcool... six mois plus tard, lorsque j’ai vu le mot « Cri », à cause de ce qui s’était passé à Brochet. Puis, un ami venu assister à des funérailles dans la région m’a parlé de ces excuses, qui avaient été présentées un mois plus tôt. Je suis restée bouche bée et j’ai fondu en larmes. J’ai beaucoup pleuré. Mon âme avait besoin d’entendre cela, et c’est ainsi qu’a commencé la guérison de cette profonde blessure dans mon âme.

Trois mois plus tard, j’ai croisé cette femme magnifique à l’aéroport, et je lui ai dit: « J’ai entendu parler des excuses que vous avez présentées ». D’un seul coup, les larmes se sont remises à couler. Entendre quelqu’un dire : « Je suis désolé » permet d’entamer ce processus de guérison.

Il y a trois ans, j’étais la maîtresse de cérémonie à l’occasion de ce rassemblement sur les traités. J’étais cette petite fille qui était retournée sur les îles où nous vivions autrefois, mon père étant pêcheur commercial. Mon frère, derrière moi, était un jeune homme. Nous n’avons pas fréquenté les pensionnats. Ma mère et mon père nous en ont protégés. Nous vivions à l’école de jour. Nous allions à l’école là-bas, et on nous frappait et on nous ridiculisait. Une fois de plus, notre famille nous a sauvés de cette situation et nous a sortis de là.

Le conseiller Antsanen, derrière moi, fait partie de ceux qui ont refusé de retourner là-bas à cause des souvenirs que nous en avons gardés. Je suis la jeune femme qui y est retournée. Aujourd’hui, aller là-bas me fait du bien; grâce à cette réconciliation, nous vivons ensemble, mangeons ensemble et dansons ensemble. Ceux qui nous ont fait du mal m’ont appelée et se sont excusés au nom de leur famille. Cela aide énormément la petite fille en moi à guérir. Voilà ce qu’est la réconciliation. Elle nous permet de devenir adultes, car cet enfant en nous pleure encore.

Maintenant, je commence à vivre, et je raconte de belles histoires. J’ai parlé avec mes frères et sœurs, des Cris, non seulement de Brochet, mais aussi de York Factory, de Fox Lake, d’Oxford House, et j’en passe. Nous rions ensemble, nous mangeons ensemble et nous dansons ensemble. C’est ainsi que ce processus de vérité et de réconciliation doit se dérouler: nous devons vraiment nous rassembler, et pas seulement à l’occasion d’une journée. Il ne s’agit pas seulement d’avoir des tipis et des perles; il faut vivre ensemble et se donner une sincère accolade. Bon nombre d’entre nous savent comment le faire. Mahsi’cho.

Le sénateur Prosper : Merci de nous avoir fait part de vos sentiments. À vous tous. Merci.

La présidente : Je vais essayer de dire en anglais l’un des enseignements que vous m’avez transmis un jour, sénatrice... vous avez dit que le leadership d’une femme fait grandir toutes les autres. La première fois que la sénatrice McCallum a présenté sa motion ou a pris la parole au Sénat, je faisais partie de ceux qui ne connaissaient pas cette jeune femme extraordinaire. En tant que femme innue, c’est grâce à vous, sénatrice, que j’ai appris que nous avons des femmes qui ont marqué l’histoire. Cette jeune femme avait 16 ans. Encore une fois, je tiens à vous remercier.

Il y a un enseignement... Ma tante, qui pratique le perlage, dit: « Chaque fois que tu crées un motif, c’est ton arrière-arrière-grand-mère qui te l’a transmis, même si tu ne l’as jamais rencontrée. » Les ancêtres ont amené les deux femmes que je vois de l’autre côté de ce cercle à renouer contact, mais, cette fois-ci, pour le pays.

Je tiens à vous remercier infiniment, et à remercier mes collègues.

[Français]

Chers collègues, nous allons poursuivre.

[Traduction]

Le prochain groupe de témoins sera composé de Lucy Antsanen et Modest Antsanen, qui partageront avec nous tous leur histoire et leur vérité et feront entendre leurs voix. Merci beaucoup. Madame Lucy Antsanen, vous pouvez commencer.

Mme Antsanen : Maci Niholtsine. Maci du dzine Nugha ni ah. Honorables sénatrices et sénateurs, je m’appelle Lucy Antsanen. Je suis membre de la Première Nation des Dénésulines des terres septentrionales. J’ai grandi à Brochet et à Lac Brochet, au Manitoba.

Avant de commencer, je tiens à remercier la sénatrice Mary Jane McCallum d’avoir présenté cet important projet de loi, d’abord sous la forme du projet de loi S-274, le 21 septembre 2023, et maintenant sous la forme du projet de loi S-225. Vos paroles bienveillantes à l’étape de la deuxième lecture m’ont profondément émue. Je vous serai éternellement reconnaissante de ce que vous avez fait pour rendre hommage à Thanadelthur et reconnaître l’histoire commune des Dénés et des Cris. Kinanâskomitin.

Je tiens également à remercier la sénatrice Marilou McPhedran du magnifique hommage qu’elle a rendu à Thanadelthur, le 24 février 2026, et d’avoir porté du rouge en l’honneur de Thanadelthur. Maci chok, du fond du cœur. [Mots prononcés dans une langue autochtone.]

Je suis ici aujourd’hui pour vous prier d’appuyer le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur, soit le 5 février. Je tiens à vous expliquer pourquoi ce projet de loi est important, non seulement pour moi, mais aussi pour les jeunes Autochtones et tous les Canadiens.

J’avais 26 ans lorsque j’ai entendu le nom « Thanadelthur » pour la première fois. Je venais de m’acheter un parka rouge. Je l’ai montré à ma mère, qui m’a dit : « Tu t’es acheté un manteau rouge, comme Thanadelthur. » Puis, elle a ajouté : « Il y a longtemps, les Cris avaient des armes à feu et tuaient notre peuple. C’est grâce à Thanadelthur que nous sommes encore là aujourd’hui. » Elle a également mentionné que Thanadelthur avait établi un contact avec... et façonné notre histoire. Cela signifie « caucasien ».

Des années plus tard, alors que je fréquentais l’université, j’ai revu son nom. À l’époque, j’étudiais les nombreuses injustices infligées aux peuples autochtones avant la Confédération. C’était un sujet très lourd et douloureux, mais plus tard, en lisant au sujet des femmes autochtones dans la traite des fourrures, je suis tombée sur un paragraphe consacré à Thanadelthur. Mi-lecture, je me suis arrêtée et je me suis dit : « Un instant, ça me dit quelque chose. » Je suis revenue en arrière et j’ai relu le passage. À voix basse, j’ai dit : « Ha-na-del-thur, Ttha-na-del-th’ur! Thanadelth’ur! » Ensuite, je me suis souvenue que ma mère m’avait parlé d’elle.

Je ne peux pas expliquer à quel point j’étais extatique à l’époque. Une lumière s’est allumée en moi. Je ressens une profonde fierté — la fierté d’être une femme autochtone et la fierté d’être une femme dénée. Ce moment a changé ma vie.

Depuis 32 ans, je me consacre à découvrir, à faire connaître et à honorer la vie et l’héritage de Thanadelthur. Au début, il y avait très peu de documentation à son sujet, mais j’ai commencé à raconter son histoire, en faisant des présentations lors de conférences sur l’éducation, de rassemblements autochtones, d’assemblées scolaires, de rassemblements sur les traités partout au Canada, et dans des églises. J’ai écrit plusieurs livres pour enfants et j’ai filmé des vidéos à diffuser sur YouTube. Je travaille actuellement à un documentaire sur son histoire.

Des changements ont commencé à se produire peu à peu. Tous les habitants de notre collectivité de Lac Brochet ont commencé à porter du rouge le 5 février. Des aînés ont été invités à l’école pour raconter son histoire. En 2002, l’école commémorative Petit Casimir a officiellement reconnu le 5 février comme journée d’honneur et de commémoration de Thanadelthur. De nos jours, cette reconnaissance s’est transformée en une semaine complète d’apprentissage et de célébrations. Notre école a créé des babillards, des étudiants ont participé à des assemblées et les membres de la communauté se sont réunis pour un festin. Il y a des danses avec remise de cadeaux, des discours et des récits communs qui perpétuent son héritage.

Elle est maintenant reconnue à l’extérieur de notre communauté. À Churchill, l’espace de rassemblement central de la ville s’appelle la place Thanadelthur. C’est grâce à Thanadelthur que Churchill est devenue une plaque tournante du commerce en 1717. Pourtant, malgré ces progrès, son histoire demeure peu connue, même dans les collectivités dénées.

Voilà pourquoi nous en sommes là. Il est temps que le Canada entende son histoire. L’adoption de ce projet de loi assurerait la reconnaissance de l’héritage de Thanadelthur à l’échelle nationale. Cela ouvrirait la voie à des possibilités d’éducation, de réflexion et de fierté.

Thanadelthur a façonné la personne que je suis aujourd’hui. Elle m’a rendue fière de mon identité. Je veux que nos enfants apprennent à la connaître en bas âge, à la garderie, dans les programmes d’aide préscolaire et tout au long de leur parcours scolaire. Je veux que nos jeunes Autochtones sachent que leurs ancêtres étaient des chefs, des artisans de la paix et des bâtisseurs de la nation.

Un jour, mon oncle de 90 ans, Noel Antsanen, m’a dit en déné : « Tu as fait des études afin de défendre ton peuple. » Aujourd’hui, je suis ses paroles.

L’histoire de Thanadelthur n’est pas seulement l’histoire : c’est notre héritage vivant. Par ses actions, elle nous a appris à vivre dans le respect, à bâtir des relations et à résoudre les conflits de façon pacifique. Son héritage est un exemple pour tous les Canadiens, autochtones ou non.

Il s’agit de surmonter les épreuves et d’œuvrer ensemble pour le bien commun. En tant qu’éducatrice, j’enseigne l’histoire de personnalités comme Anne Frank, Martin Luther King Jr., Harriet Tubman et bien d’autres. Ce sont des histoires importantes, mais nous avons également des histoires inspirantes chez nous, celles de nos propres grands-mères et grands-pères, dont les contributions n’ont pas reçu une reconnaissance égale dans notre récit national. Nous qui avons le privilège de bénéficier d’une éducation occidentale avons la responsabilité de parler au nom de ceux qui ne peuvent plus s’exprimer.

Je suis devant vous aujourd’hui pour vous demander d’appuyer le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur, le 5 février. Il s’agit d’un pas important vers la vérité et la réconciliation. Ce qui est plus important encore, c’est que cela offre aux générations futures la possibilité d’apprendre, de comprendre et de ressentir de la fierté.

Je tiens à mentionner que la semaine dernière, mon petit-fils de 9 ans... Quelqu’un a parlé du patrimoine canadien. Il a remporté un prix à la Foire patrimoniale de Winnipeg grâce à sa présentation sur l’histoire de Thanadelthur. Il n’a que 9 ans; il veut aller aux archives pour en apprendre davantage et présenter son histoire à toute la ville. Il était enthousiaste et il a dit : « Papa, je veux regarder cela sur Internet. J’aimerais avoir accès à Internet, s’il te plaît. » Il parlait de la présente séance.

Donc, j’espère que tout le monde à l’école Crestview est à l’écoute. Je suis vraiment honorée.

Meegweetch, ekosani, maci chok. Je vous remercie de votre temps.

Je suis l’arrière-petite-fille du signataire du traité, le chef de conseil André Antsanen, et je suis venue pour partager l’histoire de mon peuple. Maci.

[Français]

La présidente : Merci beaucoup, madame Antsanen.

[Traduction]

Nous passons maintenant à M. Modest Antsanen.

Modest Antsanen, conseiller de bande, Première Nation Northlands Denesuline : Bonjour. Merci. [Mots prononcés dans une langue autochtone] Selot’ine, tous les parents et honorables sénatrices et sénateurs. Je suis ici pour exprimer mon ferme appui au projet de loi S-225, présenté par la sénatrice Mary Jane McCallum. Merci.

Je m’appelle Modest Antsanen. Je suis conseiller de bande en éducation de la Première Nation des Dénésulines des terres septentrionales. Je viens d’une petite petite collectivité des Dénés appelée Lac Brochet, dans le nord du Manitoba. Je suis ici aujourd’hui pour vous demander d’appuyer le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur, le 5 février.

Le chef Simon Denechezhe et le conseil de bande de la Première Nation des Dénésulines des terres septentrionales appuient le projet de loi S-225. Cette loi honorera une jeune fille dénée qui a négocié un traité de paix qui a mis fin à des générations de conflits meurtriers entre les Dénés et les Cris, et qui a contribué à façonner le développement du Nord canadien.

L’histoire de Thanadelthur est une histoire de courage, une histoire qui évoque son amour et sa bienveillance envers son peuple, ainsi que la collaboration dans la paix. Ses efforts sans précédent témoignent de la résilience et de la force des femmes autochtones.

L’histoire de Thanadelthur a été transmise pendant plus de 300 ans grâce aux récits de nos aînés. Nos aînés terminent toujours leur récit en disant : « C’est grâce à elle que nous sommes toujours là. » Thanadelthur a assuré notre survie et nous a ouvert la voie vers un avenir meilleur. Nous lui devons beaucoup. Thanadelthur mérite d’être reconnue pour sa contribution à l’histoire du Canada.

Les jeunes femmes et filles autochtones cherchent activement des modèles positifs et authentiques alors qu’elles doivent relever les défis du monde moderne et du monde traditionnel. La création de la Journée nationale de Thanadelthur rend hommage à une jeune fille des Premières Nations et reconnaît les contributions importantes des femmes autochtones dans l’histoire du Canada. Cette reconnaissance aura une incidence positive sur le bien-être de nos jeunes femmes et filles à l’avenir.

L’adoption de ce projet de loi est une étape symbolique, mais importante, vers la vérité et la réconciliation. Ce projet de loi met en lumière la vie de personnalités autochtones qui ont contribué à l’édification du Canada et favorisé des relations pacifiques.

Désigner le 5 février permettra aux générations futures de Canadiens de découvrir un héritage remarquable et d’avoir l’occasion de rendre hommage à cette femme extraordinaire, ce qui favorise un récit national plus inclusif.

Alors que je rends hommage à Thanadelthur et que je commémore sa mémoire, j’exhorte le comité à adopter ce projet de loi et à recommander son adoption rapide par le Sénat. Meegwetch. Merci. Mahsi’cho.

J’aimerais ajouter que mon nom autochtone est Betichok, ce qui signifie « caribou », un caribou mâle. C’est pourquoi je porte ce médaillon et cette veste. Ma couleur traditionnelle est le rouge, mais il est difficile de trouver une chemise rouge en magasin. À moins d’en fabriquer une soi-même. J’ai cherché une chemise rouge partout, et ce que j’ai pu trouver de plus ressemblant, c’était une chemise bourgogne. Quand on pense au rouge, vous savez, c’est ma couleur... et cela représente le mois de février. Voici ma sœur.

Je voulais ajouter que je siège au conseil depuis 11 ans. J’ai travaillé à l’école pendant 20 ans en enseignement de plein air, que l’on appelle maintenant l’« enseignement axé sur le territoire ». Auparavant, j’avais six ans d’expérience en construction de charpente. J’ai donné beaucoup de cours à des jeunes de la maternelle à la 12e année, notamment des cours axés sur le territoire et des cours de menuiserie.

Avant cela, j’ai fait du piégeage pendant 13 ans. J’ai travaillé dans la pêche commerciale, été comme hiver. Je préfère l’été à l’hiver; il fait trop froid pour vérifier les filets. Je tiens simplement à vous remercier beaucoup.

[Français]

La présidente : Merci beaucoup. Merci « coupou ».

[Traduction]

Le nouveau mot que vous employez pour dire merci.

[Français]

Merci pour vos paroles.

[Traduction]

Le sénateur Francis : Je remercie tous les témoins de leur présence ce matin. Ma question est pour tout le monde. À votre avis, le gouvernement fédéral devrait-il, parallèlement à la création de cette journée, s’engager à financer la création de ressources éducatives dirigées par des Autochtones?

Mme Antsanen : Merci, sénateur Francis. Qui refuserait de l’argent, n’est-ce pas? Nous avons des ressources limitées dans nos écoles. Souvent, nous devons « voler » des ressources en faisant des photocopies. Avoir plus de ressources — en particulier des ressources pour notre peuple et les récits de notre peuple —, ce serait formidable. Si j’avais plus de ressources à utiliser, ce serait comme le paradis, pour moi.

Je dis cela parce que je passe de nombreuses heures à photocopier des livres pour chacun de mes 23 étudiants afin qu’ils puissent en avoir une copie pendant que j’en fais la lecture. Donc, oui, nous serions heureux d’avoir plus d’argent.

M. Antsanen : Pour moi, cela représente davantage d’histoires au sujet de Thanadelthur, mais il y a d’autres histoires qui sont des légendes. Il faut mettre plus d’histoires sur papier afin que les enfants puissent les lire. À mon avis, nous avons besoin de plus d’argent.

L’histoire de Thanadelthur est du nombre, mais il y a d’autres légendes qu’il faut retrouver dans des livres pour enfants, afin qu’elles soient lues. Nous avons besoin de plus de financement. Merci.

Le sénateur Prosper : Merci à vous tous d’avoir partagé vos histoires.

Merci, monsieur Antsanen. J’ai été frappé de vous entendre dire que c’est grâce à elle que nous sommes encore là. Il y a tant de sous-entendus dans cette déclaration. Plus tôt, vous avez parlé de votre expérience en éducation, en particulier de l’apprentissage axé sur le territoire, et de votre engagement auprès des jeunes. Madame Antsanen, vous avez également parlé de possibilités accrues en éducation, de réflexion et de fierté. Vous avez établi un lien entre la fierté et l’identité.

Pourriez-vous chacun nous expliquer ce que cela signifie, ou, si vous le souhaitez, nous donner des exemples illustrant le lien entre cette fierté et l’identité, d’après vos expériences, en particulier auprès des jeunes? Merci.

Mme Antsanen : Sénateur, je ne vois pas votre nom. Sénateur Prosper.

Le sénateur Prosper : Je suis désolé.

Mme Antsanen : La fierté. J’ai moi aussi grandi avec la sénatrice Mary Jane McCallum et tout ce qui entourait cette série. Nous n’avions aucune représentation. En 1979, mon enseignant... J’ai eu la chance d’avoir un bon enseignant, un Néerlandais, dans le monde spirituel. Il a apporté en classe les récits des Dénésulines, écrits par Margaret Reynolds — que j’ai enfin pu rencontrer le mois dernier —, et il y avait des récits des Dénésulines.

J’étais stupéfaite. Wow. Et nous avons ramené cela à la maison, puis nous avons discuté, à table, avec nos mères et nos pères. Cela comptait tellement plus pour moi que la série avec laquelle nous avons grandi.

J’utilise encore aujourd’hui les histoires qui m’ont été racontées en 1979 pour créer du matériel. Grâce à leurs écrits, les universitaires autochtones nous ont procuré énormément d’identité, de fierté et de sens. Entendre cela, quand on est jeune — fille ou garçon —, cela vous amène au ciel, car ces enseignements et ces paroles nous viennent de notre peuple.

Nous possédons une grande sagesse. Nous avons de nombreuses histoires magiques et poétiques que nous partageons. J’ai beaucoup de chance de parler ma langue et de l’intégrer à la langue courante. C’est très profond. Cela fait des merveilles, tant pour les adultes que pour les enfants. Lorsque je raconte ces histoires, les gens sont honorés et inspirés.

Encore une fois, ce sont des adultes qui entendent ces histoires pour la première fois. Ils disent qu’ils ne savaient pas que cela existait, et je réponds que c’est bien le cas. Lorsque j’étais à l’université, j’ai eu le privilège de pouvoir commencer à poser des questions dans ma langue et de transmettre le savoir de notre peuple. Il y a beaucoup de fierté.

Nos chemins et notre époque se rencontrent et s’enrichissent mutuellement. Ce savoir permet à nos étudiants, à nos jeunes, de dire : « Wow, je ne le savais pas. » Le mot « wow » exprime quelque chose qui va au-delà des mots, que cela touche leur esprit et leur procure un sentiment de fierté. Marsee.

Le sénateur Prosper : Merci.

M. Antsanen : Pour moi, c’est lorsque j’ai dit : « C’est grâce à elle que nous sommes là. » Quand je pense à ces choses, cela me ramène 300 ans en arrière. Je pense au 5 février. Y avait-il un calendrier, il y a 300 ans? C’est une chose. Pourquoi a-t-elle choisi le rouge? Vous savez, la Saint-Valentin, en février, c’est rouge. Thanadelthur a choisi le rouge, puis elle est allée chercher son peuple. C’est ainsi qu’ils l’ont vue, vêtue de rouge.

Quand je pense au drapeau canadien, je vois du rouge et du blanc, et une feuille d’érable. Il se trouve que ma couleur est le rouge. Aussi, je suis né le 5 février.

Les Autochtones disent le « peuple rouge ». Quand je vois le blanc sur le drapeau canadien, je vois les Européens, les Français et les Britanniques qui sont venus au Canada. Nous avons tous travaillé ensemble pour faire du Canada ce qu’il est aujourd’hui. Je tenais à ajouter cela.

Lorsque je travaillais à l’école, je pouvais seulement travailler avec les petits groupes qui étaient là, alors j’ai choisi de me présenter au conseil. Comment est-ce que je pourrais aider les jeunes? Je siège au conseil depuis 11 ans. J’ai toujours eu le portefeuille de l’éducation parce que je me soucie des jeunes.

J’ai de la difficulté à parler quand j’ai un rhume. En plus, il m’arrive de devenir émotif.

Si nous avions plus de ressources, ce serait beaucoup plus facile.

Merci.

La sénatrice Pate : Merci à vous tous d’être parmi nous. Comme votre petit-fils nous regarde peut-être, j’aimerais vous entendre davantage au sujet de certaines des autres personnes dont vous parlez à votre petit-fils. Vous pourriez peut-être aussi nous en dire un peu plus à son sujet.

Mme Antsanen : Mon petit-fils est seulement de cette taille, environ. Tout d’abord, les livres que j’ai écrits étaient destinés à la petite enfance parce que je suis enseignante. Les rares ressources qui existent au sujet de Thanadelthur sont destinées aux élèves des années intermédiaires et supérieures. Un enseignant m’a demandé : « Avez-vous des ressources pour les jeunes enfants? » Je suis éducatrice. Je parle la langue. Après qui est-ce que j’attendais pour écrire cette histoire? Je connais l’histoire et je parle la langue : je me suis dit de réunir ces deux forces. J’ai donc écrit le livre pour la petite enfance.

Il est destiné aux élèves de l’école primaire à partir de la maternelle. Mais qu’y a-t-il pour les plus jeunes? Qu’y a-t-il pour mes petits-fils, qui ne fréquentent pas encore l’école? Qu’y a‑t‑il pour les enfants qui ne connaissent pas cette histoire? J’ai donc écrit un livre pour ce jeune public.

Au début, je l’ai dédié à mes trois petits-enfants d’âge préscolaire. J’ai commencé par le plus jeune : Nick. Je me suis servi de leurs surnoms : Nick, Cas et Bo, pour Nicholas, Caster et Bodhi. Bodhi est l’aîné des trois garçons. Il est maintenant en quatrième année. Il a neuf ans. Deux d’entre eux vont maintenant à l’école : Caster, qui fréquente la Manitoba School for the Deaf, et Bodhi. Ils connaissent tous les deux l’histoire. Je leur la lis. Ils ont leurs parties préférées.

Les deux garçons voulaient que j’aille à leur école et que je raconte l’histoire pendant le Mois de la lecture, et c’est ce que j’ai fait.

L’école a ensuite organisé la Foire du patrimoine. Bodhi a dit : « C’est son histoire que je vais raconter. » Je me suis souvenu avoir entendu ces mêmes mots il y a 32 ans : je veux que mon projet porte sur elle.

C’est ce qu’il a fait. Il a assimilé l’information. Cet enfant de neuf ans s’est dit : « Je veux aller aux archives. Je veux voir les cartes. Je veux voir les périodiques. » Je me suis dit : c’est épatant, qu’est-ce que j’ai créé?

Pensez à tous les petits garçons et toutes les petites filles qui connaissent cette histoire et qui veulent connaître le récit de leur peuple. Où vont-ils aller? Ce petit bonhomme s’est dit : « Je veux aller aux archives. » Je ne savais même pas ce qu’était une archive à l’âge de neuf ans, et encore moins où se trouvait Winnipeg, puisque j’ai grandi dans un bled perdu.

Le fait de raconter cette histoire — et je vous remercie d’avoir posé une question au sujet de Bodhi — les rend fiers. Bodhi est en partie cri et en partie déné, et il a du sang écossais et français : il est métissé. Essentiellement, ce jeune enfant représente notre pays. En ce moment, il se prépare pour la Foire du patrimoine, organisée à l’échelle de la ville. C’est la raison pour laquelle il dit : « Je veux regarder cette réunion — ce qui se passe en ce moment — et je veux aller aux archives. » Il veut enrichir ses connaissances par rapport à ce qu’il a déjà présenté.

De nos jours, les possibilités foisonnent grâce aux médias et à tout ce qu’offre Internet. Il m’a dit : « Je dois faire la liste de mes ressources. » Je lui ai répondu : « Tu n’as que neuf ans, mais tu dois dresser la liste de tes ressources? »

Merci. Marsee.

La sénatrice Clement : Bonjour, Bodhi.

Merci encore, sénatrice McCallum, et merci au frère et à la sœur d’avoir témoigné de façon aussi personnelle et émotionnelle. Il est bénéfique de montrer publiquement de tels témoignages.

Madame Antsanen, j’aimerais discuter avec vous. Vous avez dit que la fierté et l’identité peuvent vous mener jusqu’au ciel. J’ai adoré la façon dont vous avez tourné cette phrase. Merci d’avoir mentionné Harriet Tubman. Pour moi, elle incarne un moment marquant pour la représentation. J’ai regardé le film de sa vie — le plus récent.

Pouvez-vous nous parler de votre documentaire et nous le décrire? Y aura-t-il des enjeux de langue? Comment allez-vous raconter l’histoire sous cette forme?

Mme Antsanen : Merci. Marsee, sénatrice Clement.

Tout d’abord, Harriet Tubman est aussi mon modèle historique. Elle a marché pour sauver son peuple, tout comme Thanadelthur. Elle a marché des kilomètres de York Factory jusqu’à notre pays, traversant des territoires où règnent les moustiques mortels et les hivers rudes. Comme Harriet Tubman, elle est partie à l’aventure pour que son peuple survive.

Nos histoires sont porteuses de tant d’aptitudes et d’enseignements. Le fait d’apprendre à connaître notre peuple et nos histoires contribue à notre identité nationale parce que nos familles, nos grands-pères et nos grands-mères nous ont appris à être respectueux et à prendre soin les uns des autres. Nos frères et sœurs inuits nous ont nourris lorsque nous étions affamés tout au long de notre histoire. Nos frères et sœurs cris, comme Horace McCallum, ont nourri nos familles pendant les périodes difficiles.

Le documentaire que nous créons est chapeauté par mon lieu de travail, le Manitoba First Nations Education Resource Centre. Mon collègue, Michael Hutchinson, a été chef d’antenne à CTV Winnipeg et a également travaillé pour APTN. Il a d’excellentes compétences en rédaction, en communication et en réalisation. Mon collègue Daniel, qui a pris des photos et filmé des vidéos... je l’appelle mon petit frère. Il est d’origine philippine. Lui et mon ancienne collègue, Rachel, ont filmé beaucoup de contenu. Nous avons voyagé. Nous avons une petite sœur — je l’appelle ainsi —, qui est Indienne de l’Est. Nous sommes allés à York Factory où nous avons tourné des séquences, et nous sommes allés sur les terrains de l’Assemblée législative à Winnipeg.

Après quelques années à recueillir de l’information, nous arrivons à la fin de ce documentaire. Les récits sont narrés par une autre collègue — une conteuse et une universitaire —, notre sœur Rosalie Tsannie-Burseth, qui comparaîtra ici demain; elle raconte nos histoires en déné et en anglais. Ce documentaire sera bientôt accessible. Nous en sommes à la toute fin. Il ne nous reste qu’à le ficeler. Il fera également partie de cette histoire. Il sera bientôt prêt.

La sénatrice Clement : Merci.

Mme Antsanen : Marsee.

La présidente : Merci beaucoup. J’ai beaucoup appris au cours de la séance.

J’aimerais demander à mes collègues si, pendant les quelques minutes qui restent, nous pouvons discuter à huis clos de la façon de procéder avec cet important projet de loi. Nous aurons une autre réunion demain.

Avant de passer à huis clos, j’aimerais sincèrement vous remercier. Je dirai « libérez les mocassins », non pas en ma qualité de présidente. J’espère que nous pourrons adopter ce projet de loi. Nous sommes tous indépendants. Chers collègues, nous verrons demain ce que nous ferons de cet important projet de loi. Merci.

Madame Antsanen, vouliez-vous répondre au sénateur Prosper?

Mme Antsanen : Oui. Sénateur Prosper, les aînés disent : « Nous sommes ici grâce à Thanadelthur. » Lorsque nos aînés racontent l’histoire de Thanadelthur, ils nous en donnent tous les détails et, à la fin, remplis d’humilité et de reconnaissance, ils soulignent sa contribution et concluent : « Grâce à Thanadelthur, nous sommes toujours là. »

Des armes étaient à la disposition des Cris, qui gardaient les alentours de York Factory. Ils ont utilisé les armes contre nous. Nous n’avons pas pu commercer avec York Factory. Notre peuple n’a pas pu faire de commerce. On nous tuait. Selon les aînés, les armes à feu auraient pu nous anéantir. C’est notre façon de remercier Thanadelthur. Grâce à elle, nous sommes encore ici pour raconter les événements. Marsee.

[Français]

La présidente : Merci beaucoup. Nous étudions le projet de loi S-225, Loi instituant la Journée nationale de Thanadelthur.

[Traduction]

Nous allons maintenant passer à huis clos.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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