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BANC - Comité permanent

Banques, commerce et économie


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES BANQUES, DU COMMERCE ET DE L’ÉCONOMIE

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 22 avril 2026

Le Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie se réunit aujourd’hui, à 16 h 15 (HE), avec vidéoconférence, pour étudier, afin d’en faire rapport, l’accès au crédit et aux marchés des capitaux pour les petites et moyennes entreprises comme base de croissance et de l’amélioration de la productivité dans l’économie canadienne.

Le sénateur Toni Varone (vice-président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le vice-président : Je m’appelle Toni Varone. Je suis un sénateur de l’Ontario, et je suis le vice-président du Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie.

Notre honorable président, le sénateur Clément Gignac, ne peut pas se joindre à nous, alors je vais faire de mon mieux pour le remplacer.

Bienvenue aux membres du comité et à nos témoins, tant ceux qui sont ici, en personne, que ceux qui se joignent à nous virtuellement, ainsi qu’à tous ceux qui nous regardent en ligne.

J’aimerais commencer cette réunion en reconnaissant que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinabe.

Avant d’écouter nos témoins, aujourd’hui, j’aimerais commencer par demander aux sénateurs de se présenter.

La sénatrice Pupatello : Sandra Pupatello, de l’Ontario.

Le sénateur Fridhandler : Daryl Fridhandler, de l’Alberta.

La sénatrice Henkel : Sénatrice Henkel, du Québec.

Le sénateur Loffreda : Bienvenue. Je suis le sénateur Tony Loffreda, de Montréal, au Québec.

[Français]

La sénatrice Ringuette : Pierrette Ringuette, du Nouveau-Brunswick.

[Traduction]

La sénatrice McBean : Marnie McBean, de l’Ontario

La sénatrice Wallin : Pamela Wallin, de la Saskatchewan.

Le vice-président : Il s’agit de notre 10e réunion pour l’étude spéciale sur l’accès au crédit et au marché des capitaux pour les petites et les moyennes entreprises comme base de croissance et de l’amélioration de la productivité dans l’économie canadienne.

J’aimerais souhaiter la bienvenue aux deux témoins de notre premier groupe de cet après-midi, M. Benjamin Bergen et M. Dino DeLuca, tous deux de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement.

Bienvenue au comité. Je vous invite à faire vos déclarations liminaires. Nous passerons ensuite aux questions des sénatrices et des sénateurs. Vous avez cinq minutes chacun. Vous avez la parole.

Dino DeLuca, vice-président et membre du conseil d’administration, Association canadienne du capital de risque et d’investissement : Bon après-midi, monsieur le vice-président et honorables sénatrices et sénateurs. Merci de m’avoir invité à comparaître devant votre comité.

Comme le vice-président l’a mentionné, je m’appelle Dino DeLuca. Je suis associé et chef de l’exploitation de TriWest Capital Partners. Nous sommes une société d’investissement privée de Calgary. Notre entreprise investit actuellement dans 18 petites et moyennes entreprises employant environ 4 400 personnes au Canada. Je suis aussi ici à titre de vice-président du conseil d’administration de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement, l’ACCR. J’ai à mes côtés M. Benjamin Bergen, le PDG de l’ACCR.

L’ACCR représente plus de 350 sociétés membres spécialisées en capital de risque, investissement privé et crédit privé. Nous travaillons avec des entreprises canadiennes de tout âge ayant différents profils de risque, ce qui nous permet de voir assez clairement quelles entreprises canadiennes ont accès ou non à du capital.

Comme le soulignait le rapport que la RBC a publié la semaine dernière, plus de 1 billion de dollars d’investissements ont quitté le Canada entre 2015 et 2024, c’est la plus grande fuite de capitaux de notre histoire. Pour chaque dollar d’investissement étranger direct reçu, deux dollars quittaient notre pays.

En 2025, 67 % des rondes de financement de capital de risque canadien de plus de 50 millions de dollars attiraient des investisseurs américains. Quand des investisseurs étrangers emportent les rondes d’investissement, les décisions liées à la croissance, à l’origine des embauches et au moment de mettre la clé sous la porte sont fondées sur du capital qui vient du Sud.

Quand le capital atteint les bonnes entreprises canadiennes au bon moment, on obtient d’excellents résultats. Une étude de PwC de 2020 a porté sur 131 petites et moyennes entreprises canadiennes ayant reçu des investissements privés. Après l’investissement, ces entreprises ont affiché une croissance annuelle de l’emploi de 7,3 %, et leur productivité a augmenté environ deux fois plus vite que celle des entreprises publiques similaires.

Je vais demander à M. Bergen de poursuivre notre déclaration liminaire.

Benjamin Bergen, vice-président et membre du conseil d’administration, Association canadienne du capital de risque et d’investissement : Merci, monsieur DeLuca.

Monsieur le vice-président, sénatrices et sénateurs, nous vous remercions de passer du temps sur ce dossier essentiel et d’y apporter votre attention.

Permettez-moi de vous expliquer ce que nous disent les données. En 2024, pour la première fois, les fondateurs canadiens scolarisés ont été plus nombreux à amasser 1 million de dollars aux États-Unis qu’au Canada. Parmi toutes les entreprises en démarrage prometteuses fondées par des Canadiens cette année-là, seulement 32 % avaient leur siège social au Canada.

Selon le sondage de 2026 de l’ACCR, 86 % des répondants ont dit que l’enjeu principal pour le portefeuille de leur entreprise, c’était d’obtenir du financement et du capital.

Les entreprises en croissance au Canada favorisent la productivité, la compétitivité et la résilience économique. Quand ces entreprises déménagent dans d’autres pays, nous perdons leur assiette fiscale, le talent et les avantages stratégiques liés au fait de diriger une industrie depuis son pays d’origine. L’endroit où les entreprises choisissent de croître dit où se trouve la souveraineté.

Le Canada ne comprend plus comment fonctionnent les systèmes de capitaux de croissance. La politique est devenue réactive, les entreprises en croissance doivent composer avec une multitude de programmes et de conditions hétéroclites, et le capital se déplace vers l’environnement le plus propre, où les rendements sont importants.

Les entreprises prospères deviennent des moyennes entreprises, puis elles stagnent. Le Canada manque du capital de croissance national de dernière étape, et la demande indique que ce capital leur permettrait de croître ici.

Sur cette toile de fond, nous recommandons un cadre. Le gouvernement fédéral a conçu un cadre pour le secteur des ressources — comme les minéraux critiques — qui aligne les signaux politiques, l’approvisionnement et le capital stratégique, et le Canada a besoin d’un cadre similaire qui aligne le capital sur la croissance des entreprises d’autres secteurs de notre économie. Il doit y avoir un cadre qui permet au gouvernement de comprendre quelles entreprises viables n’ont pas accès au capital, qui permet aux entreprises de signaler les obstacles à la commercialisation et qui permet aux fournisseurs de capital de cerner les politiques publiques, comme la politique fiscale, qui peuvent améliorer la certitude, diminuer les frictions et attirer l’investissement privé.

Des pays pairs font déjà cela. Les États-Unis se servent de l’approvisionnement pour transformer leur secteur de l’aérospatiale. Israël a construit un écosystème de capital de risque national grâce à la collaboration volontaire du secteur public et du secteur privé. Le Royaume-Uni réunit annuellement le gouvernement et des associations de l’industrie pour mettre en œuvre ses politiques publiques. Ces trois pays y sont arrivés parce qu’ils ont décidé d’encourager leur économie. Il est temps pour nous de faire la même chose.

Nous demandons au Canada de commencer par créer un forum annuel réunissant des gens de l’industrie et des fonctionnaires pour discuter de mise en œuvre.

Monsieur le vice-président, honorables sénatrices et sénateurs, les preuves disent une chose : pour que les entreprises canadiennes puissent croître ici, créer de l’emploi ici et créer de la valeur à long terme ici, il faut que le Canada mette sur pied un système national plus fort pour réunir du capital d’investissements et des crédits, à la bonne échelle, de la bonne façon.

Le gouvernement fédéral a montré qu’il pouvait recadrer sa relation avec un secteur quand il décidait que celui-ci était important. Les entreprises en croissance et le capital de croissance doivent être les prochains sur la liste. Dans le budget de 2025, nous avons vu que des investissements de 1,75 milliard de dollars étaient prévus dans le secteur du capital de risque, et c’est un bon début, mais maintenant, nous avons besoin de politiques.

C’est de cette façon que le Canada pourra commencer à combler l’écart.

Merci. Nous avons hâte de répondre à vos questions.

Le sénateur Fridhandler : Merci beaucoup d’avoir pris du temps dans votre horaire chargé pour vous joindre à nous aujourd’hui en personne.

Je crois que nous devons être plus compétitifs pour conserver les sociétés à revenu de capitaux au pays, et cela passera beaucoup, selon moi, par les taxes et les impôts. Si les investisseurs ont un meilleur rendement sur leur investissement de départ — et peut-être aussi quand ils le reprennent, ce qui pourrait aussi faire l’objet d’une mesure fiscale — nous pourrons compétitionner avec le reste du monde.

J’aimerais savoir ce que vous en pensez. Je vais vous jeter quelques idées : étendre le financement par actions accréditives, beaucoup d’entreprises technologiques en démarrage n’ayant pas de capital au départ parce qu’elles ne seront pas rentables avant un bon bout de temps; le report des gains en capital; la réduction des gains en capital; et peut-être d’autres choses que vous pourriez nous proposer. J’aimerais savoir ce que vous pensez de tout cela.

M. Bergen : La politique fiscale est un outil essentiel pour déterminer où se trouvent les débouchés pour notre économie. Je crois, en fait, que nous n’avons pas eu de commission royale parlementaire sur la compétitivité fiscale au pays depuis les années 1970. Donc, ce que vous voyez à l’heure actuelle, c’est un assemblage hétéroclite de politiques plus ou moins harmonisées qui ne créent pas des conditions favorables à l’investissement.

Le capital est très mobile, ce qui veut dire qu’il peut se déplacer vers une administration où le taux d’imposition est moins élevé et où les politiques sont plus intéressantes. Évidemment, comme nous sommes les voisins des États-Unis, c’est une occurrence naturelle. Nous devons nous assurer d’adopter la bonne structure fiscale.

Vous devez adopter une approche plus holistique. On ne peut pas se contenter de mettre en œuvre des politiques. Il faut avoir une vue d’ensemble. Donc, ce que nos membres nous nous ont dit revient beaucoup à ce que vous avez dit, sénatrices et sénateurs, au sujet de la politique fiscale.

Pouvez-vous, comme vous l’avez dit, plafonner les gains en capital à 15 millions de dollars pour ce qui est d’un report de 0 % pour que les fondateurs puissent faire croître leur entreprise, la vendre puis réinvestir cet argent et continuer leurs activités?

Par conséquent, je dirais vraiment que la politique fiscale est un outil, mais qu’elle n’est pas suffisante pour faire réellement croître notre économie.

Le sénateur Fridhandler : Nous avons récemment vu un rapport qui indiquait que l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada et un autre régime de retraite de la fonction publique proposaient de parrainer un forum d’investissement, au mois de septembre, et que le premier ministre voulait y inviter plein de grands investisseurs du monde. Or, si vous regardez les chiffres et le pourcentage de l’argent que ces deux fonds ont eux‑mêmes investi au Canada, vous voyez que cela ne constitue pas un fonds national.

Je sais qu’ils doivent obtenir un certain rendement pour les retraités, mais en même temps, ils doivent aussi créer une bonne économie pour les retraités. Il y a deux côtés à la médaille. C’est juste que je trouve étrange d’avoir un ou deux parrains qui veulent encourager les gens à investir dans le pays alors qu’eux-mêmes ne le font pas. J’aimerais savoir ce que vous pensez des régimes de retraite et de ce qu’ils font.

M. DeLuca : Je vais ajouter un autre fait, puis je vais vous répondre.

L’entreprise OMERS a récemment annoncé qu’elle allait investir 10 milliards de dollars supplémentaires au Canada. Si vous lisez le communiqué de presse, vous réaliserez que la plus grosse partie de cette somme sera investie dans l’immobilier ou les infrastructures. Comme vous le savez, beaucoup de régimes de retraite recherchent des actifs à rendement à long terme stables. C’est le secteur des PME qui ne reçoit pas de capital, et la conférence du mois de septembre ne changera sans doute rien à la façon dont le capital est investi.

Ces organismes sont si grands qu’ils doivent investir entre 200 et 300 millions de dollars par relation. Ils n’ont pas suffisamment de personnel pour effectuer toute la recherche et pour agir avec diligence pour faire un investissement de 15 millions de dollars, 20 millions de dollars ou 30 millions de dollars. C’est 200 millions de dollars ou plus, et souvent 200 millions de dollars américains ou plus.

Donc, nous devons aider ce réservoir de capital, qui est énorme, à atteindre les PME en créant de petits débouchés pour qu’il puisse être investi. Je n’ai pas la solution, mais j’ai une idée. S’il y avait un fonds de fonds qui gérait l’investissement dans tous les secteurs des PME, tous les fonds pourraient investir 250 millions ou 300 millions de dollars et donner cet argent à un gestionnaire pour qu’il l’investisse dans le secteur.

Ce qui se passe est formidable : attirer des investisseurs institutionnels étrangers dans notre pays pour leur faire découvrir les avantages d’y investir. Mais, comme l’a dit M. Bergen, les investissements liés à toutes ces annonces de grands projets et d’autres initiatives ne concernent pas le secteur des PME. Les PME, comme vous le savez, ce sont des entrepreneurs. Ce sont des entreprises familiales. Elles créent 62 % des emplois dans notre pays. Nous devons donc trouver un moyen de « ramener cela au niveau du marché ».

M. Bergen : Ce que je voudrais souligner ici, c’est que ces fonds de pension ont atteint une envergure mondiale grâce aux politiques publiques. Ils sont des créatures de ces politiques. En tant que nation, nous avons décidé que nous ne voulions pas que les personnes âgées vivent dans la pauvreté. Nous avons créé une structure politique pour mobiliser des capitaux à cette fin.

Pour en revenir à votre remarque, sénateur, nous sommes aujourd’hui confrontés à ce défi précis. Nous aurons peut-être besoin de nouveaux instruments, comme l’explique M. DeLuca, pour atteindre ces mêmes objectifs.

[Français]

La sénatrice Henkel : La productivité est un indicateur central de l’étude de ce comité, mais les performances du capital de risque sont souvent présentées à travers la valorisation et l’obtention de financement. Il est plus difficile de savoir dans quelle mesure les investissements se traduisent par des gains durables de productivité directement pour les entreprises. Est-ce que vous disposez d’indicateurs clés de performance qui montrent que les entreprises qui sont financées par du capital de risque améliorent durablement la productivité, ou où est-ce que vous mesurez surtout la valorisation et l’obtention de financement?

[Traduction]

M. Bergen : Nous devons nous demander où la richesse et la prospérité sont aujourd’hui générées à l’échelle mondiale. Dans les années 1970, seulement environ 17 % de l’économie provenait d’entreprises riches en propriété intellectuelle et en données.

Aujourd’hui, plus de 95 % de la richesse et de la prospérité créées viennent d’entreprises riches en propriété intellectuelle et en données, comme Google, Meta ou Amazon. Nous avons bien vu que c’est en investissant dans les nouvelles technologies et les nouvelles entreprises que la richesse et la prospérité seront créées.

Si l’on regarde l’économie canadienne, on constate en fait que le PIB par habitant stagne ou diminue depuis probablement une vingtaine d’années. Nous sommes aujourd’hui 25 % plus pauvres que les Américains et 20 % plus pauvres que les Danois. On ne peut pas blâmer le socialisme ou le capitalisme. Le problème, c’est que nous n’avons pas mis en place de politiques publiques pour attirer les entreprises riches en propriété intellectuelle et en données.

Les entreprises que nos membres financent sont précisément celles-là. Il s’agit d’entreprises telles que Cohere, chef de file mondial de l’IA; Clio, autre chef de file mondial; ou MyoVision, spécialisé dans les systèmes de transport en commun.

Les preuves sont partout autour de nous si l’on veut savoir où se concentrent la richesse et la prospérité. Puisque, en tant que pays, nous n’avons pas modifié certaines de nos structures de politique publique, nous n’avons pas tiré profit de cette transformation.

La sénatrice Henkel : Merci.

[Français]

Sur votre site Web, dans un article récent intitulé « Succession Planning Is No Longer Optional for Private Capital Firms », vous soulignez que la planification de la relève n’est plus un enjeu secondaire ni un impératif stratégique, notamment en raison des attentes accrues des investisseurs et de la nécessité d’assurer la continuité de la performance dans le temps.

Pourquoi le capital de risque investit-il si peu dans la reprise et la transformation d’entreprises existantes, alors que c’est un levier direct de productivité et d’ancrage national?

[Traduction]

M. Bergen : Il y a un certain nombre de défis évidents. Il faut entre autres comprendre cette classe d’actifs elle-même. Il faut aussi assurer le renforcement des capacités. Il est nécessaire de soutenir le capital de croissance par le truchement de la politique fiscale et d’autres mécanismes.

Cela relève de l’évaluation, mais aussi des outils eux-mêmes, en ce qui concerne la manière de les exploiter.

La sénatrice Henkel : Ma prochaine question porte sur les femmes entrepreneures.

[Français]

Selon les chiffres du rapport État des lieux de l’entrepreneuriat féminin au Canada : 2025, publié par le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat, il est estimé qu’à peine 4 % du capital de risque est dirigé vers les entreprises fondées ou dirigées par des femmes, alors qu’elles représentent près d’un entrepreneur sur cinq au Canada.

Selon vous, est-ce que ça se traduit par un problème d’accès au financement, donc à une défaillance du marché, ou est-ce plutôt un enjeu d’offres avec un nombre insuffisant d’entreprises qui répondent à vos critères?

[Traduction]

M. Bergen : En ce qui concerne ce domaine précis, le marché et le secteur ont déployé beaucoup d’efforts pour faire progresser ce chiffre, car il est effectivement très bas, comme vous le soulignez. Il y a eu des initiatives de promotion et des politiques visant à orienter davantage les capitaux vers le soutien aux entreprises dirigées par des femmes, ainsi que des initiatives telles que « Excelles », de la BDC, qui alloue davantage de fonds aux femmes entrepreneures et aux femmes investisseuses en capital-risque.

C’est un secteur qui reste dominé par les hommes, mais où l’on s’efforce réellement d’améliorer l’accès et les capacités. C’est l’un de ces secteurs où les acteurs s’engagent à faire évoluer les choses, et nous constatons que des changements se produisent. Les chiffres s’améliorent de plus en plus. Ce n’est pas quelque chose qui peut se faire du jour au lendemain, mais c’est un travail à faire.

Le sénateur Loffreda : Merci, monsieur DeLuca et monsieur Bergen. J’ai trouvé vos déclarations liminaires très intéressantes. Monsieur DeLuca, vous avez parlé du rapport de la RBC, dans lequel il est question d’une fuite des capitaux hors du Canada : 1 billion de dollars entre 2015 et 2024. J’ai une question simple : comment y remédier? Pourquoi cela s’est-il produit? Comment y mettre un terme?

Vous avez évoqué le sommet des PME et le déploiement de petits montants de capitaux, ce qui est extrêmement difficile, car les petits investissements mobilisent autant de ressources que les grands. J’aimerais connaître votre avis et vos réflexions sur ces enjeux.

Monsieur Bergen, nous utiliserons ensuite tout le temps qui nous est alloué. C’était intéressant. Vous avez mentionné que nous ne pouvons pas rejeter la faute sur le socialisme ou le capitalisme et que les politiques fiscales ne sont pas la seule réponse, même si je suis sûr qu’elles en font partie. Nous devrions être proactifs plutôt que réactifs. Peut-être que c’est une combinaison des deux, pour faire d’une pierre deux coups. Il y a peut-être là quelque chose que nous pouvons consigner au compte rendu et utiliser plus tard.

M. DeLuca : Merci pour votre question, sénateur. Je pense que ma réponse se fera en partie l’écho de la question du sénateur Fridhandler. Si nous parvenons à mettre en place une politique fiscale qui nous rend compétitifs, particulièrement face aux États-Unis, les capitaux resteront dans notre pays, à mon avis.

Je crois que les investisseurs canadiens et ceux qui allouent des capitaux au Canada sont fidèles à notre pays, et, si les règles du jeu sont équitables, l’avantage ira aux Canadiens. Je crois que nous avons des entrepreneurs capables de créer des entreprises prospères et solides, qui pourront se développer dans notre pays, et d’embaucher des personnes talentueuses.

À mon avis, il s’agit avant tout de créer un cadre équilibré dans lequel la personne qui alloue des capitaux ne se demande pas si elle bénéficie d’un meilleur traitement fiscal ici ou ailleurs. Elle se concentre uniquement sur l’entreprise dans laquelle elle investit. Elle prend ses décisions en fonction de ce principe fondamental.

M. Bergen : Je voudrais revenir sur quelques points soulevés par M. DeLuca. Je reconnais que la fiscalité est l’un des facteurs en cause. Ce billion de dollars a abouti en grande partie chez nos voisins du Sud, car, en fin de compte, ils suivent les rendements. L’argent va là où l’investissement donne le meilleur rendement.

Nous devons chercher une manière de créer de meilleurs rendements ici, au Canada, et cela passe par la création d’entreprises plus performantes. Je vois cela un peu comme essayer de remporter une médaille d’or en triathlon. Je sais que certaines personnes ici présentes sont des athlètes olympiques. Ce n’est pas un triathlon, mais il faut être bon en...

Le sénateur Loffreda : Un triathlon de médailles, plus une.

M. Bergen : Vous devez être bon à la course, à la nage et au vélo. Pour qu’une entreprise soit solide et prospère, vous devez savoir bien gérer le capital, les talents et la clientèle. En tant que pays, nous nous en sortons plutôt bien en ce qui concerne les talents. Il suffit de regarder autour de nous pour constater la très grande qualité de nos établissements d’enseignement. Nous nous vantons d’être le berceau de l’IA. L’Ozempic, le GLP-1, a été créé à l’Université de Toronto. La plupart des batteries des Tesla sont en fait conçues à Dalhousie. Nous sommes bons du côté des talents. Nous nous en sortons plutôt bien du côté des capitaux, dans le sens où nous sommes présents et apportons notre soutien. Il y a certains domaines liés à la croissance où nous pourrions faire mieux.

L’un des principaux domaines concerne l’approvisionnement. Nous sommes de très mauvais clients quand il s’agit d’acheter les solutions des entreprises que nous soutenons, que ce soit par la recherche et le développement ou par d’autres mesures incitatives.

Si nous voulons remporter des médailles d’or au triathlon, l’approvisionnement est un levier formidable à notre disposition. Cela ne vaut pas seulement au niveau du gouvernement fédéral, mais aussi au niveau provincial, et cela concerne aussi nos grandes entreprises. Achètent-elles réellement des solutions ou se tournent-elles vers d’autres fournisseurs?

Je crois que, au gouvernement fédéral, environ 234 milliards de dollars sont consacrés à l’approvisionnement. À quoi sert cet argent? Il permet essentiellement de régler les problèmes des Canadiens grâce à différents types de services ou de produits. Nous créons dans ce pays des entreprises qui apportent des solutions à ces problèmes; nous devrions donc nous demander comment établir des relations solides et acheter, effectivement, ces solutions.

Pour une entreprise ou une organisation en phase d’expansion et de croissance — et les sociétés de portefeuille que nos membres représentent vous le diront —, les crédits d’impôt et les subventions sont agréables à recevoir, mais un bon de commande est quelque chose qu’elles peuvent ensuite utiliser pour lever davantage de fonds et maintenir leur élan.

Comme je l’ai mentionné, nous avons vraiment besoin d’une occasion de rapprocher davantage l’industrie et le gouvernement pour élaborer le bon type de cadre. C’est ce qu’ils font au Royaume-Uni. Ils ont commencé à organiser un sommet annuel où ce type de travail est mené.

La sénatrice Wallin : Commençons peut-être par une petite analyse post mortem : nous prétendons tous savoir ce qui n’a pas fonctionné entre 2015 et 2024. Nous pouvons tous émettre des hypothèses sur les difficultés rencontrées par les fondateurs qui se sont rendus aux États-Unis pour lever des fonds.

Pourriez-vous en quelques minutes nous expliquer ce qui, selon vous, a réellement causé cela?

M. Bergen : Les défis sont nombreux, mais je vais plutôt vous exposer une vision qui est en soi un véritable défi. Nous avons perdu de vue la manière dont la richesse et la prospérité se créent.

J’ai parlé de statistiques concernant les entreprises riches en données et en propriété intellectuelle, et nous, en tant que pays, continuons de penser que la richesse et la prospérité se créent par le travail et par le simple fait de notre présence dans les chaînes d’approvisionnement, malgré notre absence des chaînes de valeur. Ce sont deux choses fondamentalement différentes. Nous n’avons pas aligné nos politiques publiques sur la notion que nous sommes en réalité les propriétaires des idées qui sont créées et, au contraire, nous n’avons pas mis en œuvre ces politiques. Essentiellement, cela a fait de nous, à bien des égards, des locataires dans notre propre pays.

Pour aller un peu plus loin, juste pour mettre en relief certaines des politiques qui brouillent les choses, regardez comment nous avons déployé des capitaux dans ce que l’on appelle le Fonds stratégique pour l'innovation. Environ 9 milliards de dollars sont présentement distribués, et ils sont destinés à des industries stratégiques, à les soutenir.

Nous avons donné 40 millions de dollars à Mastercard, à Vancouver, pour la construction d’un centre d’innovation. Au bout du compte, cela a eu pour effet d’aspirer tous les meilleurs talents de Vancouver, qui travaillaient dans des entreprises de technologie financière — des fintechs —, les entreprises mêmes que nos membres soutiennent et financent ou qui font partie de leur portefeuille, et elles ont eu plus de difficulté à attirer et à retenir les meilleurs et les plus doués.

Nous voyons des politiques comme celles-ci, qui donnent l’impression que nous créons des emplois en accordant à Mastercard une subvention ou une aide financière, mais au bout du compte, cela prive les entreprises canadiennes de talent et, au bout du compte, renforce leurs concurrents.

C’est de ce genre de cadre dont nous devons nous affranchir. Nous devons aussi nous demander comment donner la priorité aux entreprises nationales. Comment les aider à générer des revenus et comment stimuler la croissance économique?

La sénatrice Wallin : Il y a deux choses. Nous avons laissé notre secteur manufacturier dépérir. Nous l’avons tous constaté pendant la pandémie de COVID et tout ce qui s’en est suivi; il est donc difficile, dans ce contexte, d’être notre meilleur client ou notre meilleur fournisseur.

Nous voyons aussi régulièrement le gouvernement investir dans des programmes et des projets, et nous laissons la propriété intellectuelle revenir à la personne qui a reçu la subvention au départ.

Si vous pouviez me présenter la politique fiscale séparément — nous sommes entièrement d’accord là-dessus, et nous pouvons tous dresser la liste. Donnez-moi juste quelques exemples concrets. Vous avez tout à fait raison : c’est une question d’état d’esprit idéologique. Y a-t-il des mesures concrètes dans les politiques publiques qui, selon vous, pourraient renverser la vapeur en ce qui concerne la distribution de fonds?

M. Bergen : Il y a, par exemple, disons quelque chose comme le Programme de la recherche scientifique et du développement expérimental, la RS&DE. Il s’agit d’un programme de crédits fiscaux de 4 milliards de dollars par année. Environ 19 000 entreprises ont reçu un financement pour la RS&DE. Vingt pour cent de ces 4 milliards de dollars servent au financement des RS&DE, ce qui signifie que, puisque notre système est légèrement inefficace, une grande partie de ce financement est allouée à un certain type de financement plutôt qu’aux entreprises, donc on peut se demander si le capital est utilisé de manière productive.

Nous pouvons également nous demander qui reçoit ce financement. Si vous regardez la structure actuelle de la RS&DE — et le gouvernement a effectué des modifications positives dans le dernier budget —, l’argent continue de circuler dans les mains d’entreprises qui ne sont canadiennes que de nom.

Huawei, par exemple, a reçu presque 110 millions de dollars jusqu’en 2023, je crois. C’est une bonne utilisation de l’argent du contribuable, car nous soutenons l’entreprise.

La manière dont le financement est alloué est très importante. C’est le cas pour bon nombre de programmes de financement. Je ne fais que vous donner un petit exemple. Nous devons nous demander comment circule l’argent et qui va en bénéficier. Si ce n’est pas l’équipe locale, qui va en bénéficier?

La sénatrice McBean : J’ai envie de faire une analogie avec le sport.

Dans le domaine du sport, les entraîneurs nationaux ont un problème de crédibilité, car, pour une raison quelconque, ils n’ont pas d’accent, donc personne ne pense qu’ils sont à la hauteur. Nous pouvons faire venir un entraîneur d’un autre pays, qui a les mêmes connaissances que l’entraîneur canadien, mais, puisqu’il a un accent, nous allons tous l’écouter. C’est ce que j’ai cru comprendre, en vous écoutant, quant au fait que nous ne sommes pas doués pour acheter les choses que nous avons conçues.

Monsieur DeLuca, vous avez commencé en disant que, d’après le profil de vos entreprises membres, en ce qui concerne le capital et le capital privé, vous savez quelles entreprises canadiennes reçoivent du capital, et lesquelles n’en reçoivent pas.

Je me demandais si vous pouviez tous les deux — comme notre président l’a dit aujourd’hui, nous en sommes à notre dixième séance, ici, et nous commençons à réfléchir à ce que nous mettrons dans le rapport — me dire qui sont les champions et quelles sont les victoires. Nous demandons tout le temps où les choses vont mal et nous posons les questions faciles concernant les lacunes.

Qui fait du bon travail? Qui sont les champions de triathlon en dépit du système? Où sont les réussites? Comment réussissent-ils en dépit des défis?

M. DeLuca : Je vais peut-être faire un pas en arrière et parler du capital-risque et de l’investissement privé dans une optique globale.

Il y a des centaines d’entreprises comme la mienne dans l'ACCR — je travaille pour une société de capital privée — qui mobilisent des capitaux. Une entreprise dont la valeur est inférieure à 750 millions de dollars investit dans des PME canadiennes, soit au tout début, ou au stade embryonnaire de l’idée, ou lorsqu’elles ont réalisé un profit de 20 millions de dollars. Dans cet écosystème, nos 350 membres soutiennent tous l’économie canadienne, à leur manière, en investissant dans ces entreprises et en les faisant croître. J’aurais pu parler plus longuement de l’acquisition et de l’aide à la relève. C’est, en réalité, ce que nous faisons dans notre entreprise.

Ce sont des exemples qui montrent comment faire croître le chiffre d’affaires de l’entreprise, créer des emplois dans le pays, réduire le risque lié à la concentration de la clientèle, élargir les marchés et varier la gamme de ce qu’elles fabriquent ou élaborent. C’est le travail des champions. Ils le font tous les jours, mais l’une des choses les plus difficiles, c’est de réunir les capitaux pour investir dans ces entreprises afin de les faire croître. Lever de l’argent a certainement été un défi ces quatre dernières années pour la quasi-totalité de nos membres.

La sénatrice McBean : C’est effectivement un défi, mais il y a certainement des victoires de temps à autre. Qui gagne et comment? Où trouve-t-on cette prochaine étape?

M. DeLuca : Les gagnants sont les créateurs d’idées canadiens, les fondateurs canadiens d’entreprises et les familles qui risquent leur avoir net pour faire croître une entreprise et employer 50, 80 ou 100 personnes, comme on le disait.

Ils sont gagnants. Ils ne font pas la une des journaux, mais, comme je l’ai dit, ils emploient effectivement 62 % des personnes dans le pays.

La sénatrice McBean : Vous avez des exemples?

M. Bergen : Oui. Pour ce qui est du capital-risque, l’entreprise québécoise Inovia, cofondée par Chris Arsenault, a connu un très grand succès en soutenant des entreprises comme Cohere ou Miovision, un succès tel qu’elle est allée au Moyen-Orient et a créé des partenariats pour attirer du capital étranger au Canada afin de soutenir la croissance de ces industries.

Voilà, vous avez vu une organisation qui a su se démarquer et trouver une façon de repérer les entreprises de l’avenir. Les deux entreprises que j’ai mentionnées sont axées sur l’IA. Raconter leur histoire sur la scène internationale leur permet d’attirer du capital. C’est un excellent exemple, pour nous, à l’ACCR.

La sénatrice McBean : Dans cet exemple, ils ont dû aller sur la scène internationale pour trouver du capital. Le capital pouvant servir à faire croître une entreprise existe-t-il au Canada?

M. Bergen : À la base, le capital provenant d’Inovia vient de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Puisque les fonds de pension au Québec ont pour mandat de garder les capitaux dans la province, leur objectif est d’atteindre les quelque 100 milliards de dollars prochainement. En réalité, ils l’ont déjà fait. C’est, en partie, ce qui a encouragé la formation de ce type de capital. Compte tenu de l’expertise acquise au sein d’Inovia, l’entreprise devient attrayante pour le capital international, car Inovia jouit d’une renommée internationale dans son domaine.

Voilà, vous avez une politique provinciale sur les fonds de pension qui permet d’attirer du capital privé.

La sénatrice Ringuette : Lorsque les représentants du marché des capitaux étaient ici, ils nous ont dit que leur rendement se situait entre 10 et 12 %. Quel est le rendement du capital-risque?

M. DeLuca : Je peux uniquement parler du capital privé.

M. Bergen : Nous n’avons pas toutes les données spécifiques sur cela.

La sénatrice Ringuette : Pouvez-vous nous donner une idée?

M. Bergen : Je peux vous répondre par écrit.

La sénatrice Ringuette : Je vous en serais reconnaissante.

Lorsque vous parlez des fonds de pension canadiens et de l’investissement minimum de 200 millions de dollars — et je pense qu’ils ont une cible de rendement de 10 % —, nous devons savoir où le capital-risque se situe en ce qui concerne les fonds de pension possibles.

M. DeLuca : En ce qui concerne l’investissement privé, nous garantissons un taux de rendement de 25 %, soit 2,5 fois votre mise. C’est l’objectif que nous essayons d’atteindre.

La sénatrice Ringuette : Impressionnant.

M. DeLuca : C’est à long terme. Cela n’a rien à voir avec les investissements à la bourse, où vous pouvez placer ou retirer votre argent. Tout est à long terme. Sans les données, le capital-risque au pays serait faible, dans les 13 à 16 %.

Le vice-président : Ce chiffre est-il annualisé?

M. DeLuca : Oui.

La sénatrice Ringuette : C’est bon à savoir.

Je suis entièrement d’accord avec le cadre dont vous parlez. Ce cadre de travail peut uniquement être mis en place si l’état d’esprit est au rendez-vous, car on pense en premier lieu aux multinationales, à celles qui font les nouvelles, comme vous l’avez dit plus tôt. Cependant, les PME des collectivités rurales et des petites municipalités sont presque toujours oubliées.

Par exemple, le gouvernement actuel a élaboré une politique d’approvisionnement « Acheter canadien », mais le projet doit être d’au moins 20 millions de dollars. Combien d’entreprises des TI et de l’IA dans lesquelles vous avez investi du capital-risque seraient conformes à cette politique d’approvisionnement « Acheter canadien »? Nous devons changer cette mentalité. Combien d’entreprises seraient conformes à cette politique?

M. Bergen : Madame la sénatrice, je n’ai pas cette information sous les yeux. Je me ferai un plaisir d’aller chercher ces données pour vous. Je sais qu’il existe un certain nombre de politiques différentes, liées à la politique « Acheter canadien ». Dans le secteur de la défense, et dans d’autres secteurs, il y a certains seuils.

Tout dépend de l’application du cadre « Acheter canadien », mais je pourrais vous donner une réponse. Ce serait surtout les sociétés de portefeuille que nos membres représentent qui entreraient dans ce cadre.

Faites-moi confiance; nous vous donnerons une réponse par écrit.

La sénatrice Ringuette : Il m’a toujours semblé que les milliards de dollars que nous injectons dans la recherche, et, ces dernières années, en particulier dans les secteurs des TI et ainsi de suite, sont d’abord et avant tout des investissements canadiens et que les Canadiens devraient avoir une part dans ces recherches. Qu’en pensez-vous? Est-ce qu’il serait utile, sur le plan du capital-risque, que les Canadiens aient une part de la propriété intellectuelle?

M. Bergen : Pour que les contribuables puissent tirer parti de la recherche et du développement, il faudrait que le fruit de cette recherche soit commercialisé ici ou que sa commercialisation donne lieu à des dividendes. De nombreux pays ont prévu ces types de permis. Du point de vue d’un contribuable qui touche un rendement sur le capital investi, ce serait certainement un avantage à long terme. Pour ce qui est de la structure, nous n’avons aucune idée de ce à quoi elle ressemble, mais il existe des modèles ailleurs dans le monde. Israël, par exemple, le fait avec une partie de ses fonds de recherche et développement.

La sénatrice Pupatello : Merci beaucoup d’être venus ici aujourd’hui. Monsieur DeLuca, vous avez mentionné la méthode ou le modèle des fonds de fonds. J’ai participé à la création de ce modèle en Ontario, il y a plusieurs années. Je serais curieuse de savoir si vous avez suivi cela, et si les choses ont bien fonctionné, selon vous.

Le dilemme, en ce qui concerne l’investissement, c’est qu’il n’est pas nécessairement aligné sur le programme politique. C’est ce que je vois lorsque les gouvernements participent à ce genre de choses. Vous ne pouvez pas retourner en arrière pour dire à quel point les choses ont bien fonctionné dans les délais que le gouvernement avait fixés, vous ne pouvez pas le montrer assez rapidement, en toute honnêteté. Je suis curieuse de connaître votre avis là-dessus. Est-ce qu’il s’agit d’une solution, lorsque le gouvernement ne peut pas agir? De plus, comme vous l’avez expliqué, ces grandes entreprises sont des entreprises de plusieurs milliards de dollars. Devons-nous essayer de les intéresser aux plus petites?

Ensuite, l’un de vous peut-il expliquer ce que vous recherchez dans les entreprises dans lesquelles vous envisagez d’investir? Quelles sont les caractéristiques et les qualités des entreprises qui cherchent du financement? Qu’ont-elles besoin d’être? Doivent-elles avoir une clientèle? Doivent-elles déjà avoir un chiffre d’affaires? Est-il question de leur nature? Est-il question des personnes? Est-il question de leur formation universitaire? Est-il question de la somme d’argent qu’ils investissent eux‑mêmes?

Ce genre de caractéristique explique pourquoi ils ne peuvent pas obtenir de financement auprès d’un bon nombre d’institutions ou de programmes gouvernementaux. Que faites-vous différemment lorsque vous trouvez des entreprises dans lesquelles investir?

M. DeLuca : Je vais commencer par la question sur le fonds de fonds.

Si le gouvernement donne suite à sa promesse d’allouer 1 milliard de dollars pour la croissance du capital de risque, nous savons que ces fonds sont versés à la BDC, qui lance ensuite un appel de propositions, et puis, il y a les entreprises qui agissent en tant que fonds de fonds. Elles recevront le capital — disons 100 millions de dollars par fonds —, et puis elles devront recueillir 200 ou 300 millions de dollars supplémentaires, en fonction du programme du gouvernement. Elles allouent ensuite les fonds aux entreprises dans le secteur où elles ont l’autorisation de le faire, qui, dans le passé, a toujours reçu du capital du risque.

Alors, pour commencer, c’est une approche fastidieuse. Le temps que le gouvernement prenne sa décision, que les fonds soient versés à la BDC, que la BDC administre le fonds de fonds et que le fonds de fonds recueille l’argent, des années auront passé. L’un des problèmes tient à la rapidité avec laquelle les capitaux peuvent parvenir aux PME. On parle de plusieurs années, de l’idéation à la mise en œuvre.

C’est l’un des obstacles qui doivent être éliminés. L’efficacité est la clé.

Je m’excuse, madame la sénatrice, je ne me souviens plus de ce que vous vouliez savoir. Ai-je répondu correctement à votre première question?

La sénatrice Pupatello : Croyez-vous que cela fonctionne? Est-ce que cela atteint le niveau voulu?

M. DeLuca : Oui, mais cela prend beaucoup de temps.

La sénatrice Pupatello : À chaque échelon, prélèvent-ils un pourcentage de sorte que, au moment où les fonds arrivent à leur destination, il ne reste plus 100 millions de dollars en raison des frais administratifs prélevés? Avez-vous constaté cela?

M. DeLuca : Il y a des frais. En règle générale, quand nous prélevons des frais, nous devons les remettre à l’investisseur, majorés d’un rendement de 8 %. Vous empruntez les frais puis vous les remboursez.

La sénatrice Pupatello : Voici la deuxième partie de ma question, et peut-être que M. Bergen pourra lui aussi intervenir. Quelles sont les qualités que vous recherchez dans ces petites entreprises et qui vous convaincront d’investir si elles ne parviennent pas à obtenir du financement auprès des institutions traditionnelles ou des programmes du gouvernement parce qu’elles existent depuis moins de cinq ans, qu’elles ne peuvent pas présenter d’états financiers pour toutes ces années, qu’elles n’ont pas fait les ventes nécessaires ou qu’elles ne sont pas encore rentables? Quels sont les critères qui vous incitent à investir dans ces entreprises?

M. DeLuca : Il y a différents segments dans le secteur du capital de risque. Il y a les investisseurs providentiels, qui investissent essentiellement dans une personne qui a une idée. Puis il y a les investisseurs en capital d’amorçage, des personnes qui ont une idée, mais qui ont déjà développé quelque chose. Et ainsi de suite.

Chaque investisseur a un appétit pour le risque différent et chaque investisseur cherche un ensemble de critères différents, qu’il s’agisse de la personne elle-même, du chiffre d’affaires, de la rentabilité théorique ou de la rentabilité réelle, selon le niveau auquel vous investissez.

Votre question est un peu large, mais il y a des bassins de capitaux qui veulent investir à tous ces stades. Ils prennent tous des risques différents et cherchent des qualités différentes, mais ils investissent dans une entreprise qu’ils veulent soutenir et aider à faire croître.

Le sénateur Fridhandler : Laissons de côté la structure et concentrons-nous sur les résultats en termes de liquidités, car les investisseurs veulent savoir comment ils vont obtenir ce type de rendement.

Plus tôt, un témoin nous a dit que les liquidités sont un enjeu important et que la principale voie d’accès aux liquidités, en raison de l’accessibilité limitée ou de l’appétit limité sur les marchés publics, consiste à vendre l’entreprise à quelqu’un de l’étranger.

Nous avons parlé de la manière dont nous traitons ce problème, mais c’est là que nous perdons en productivité. Quand nous nous développons, nous passons à côté des véritables avantages. Vos investisseurs s’engagent pour cinq à dix ans. Vous avez besoin d’un événement de liquidité parce que vous avez des fonds à distribuer.

Pouvez-vous nous parler du marché canadien, en matière de sortie, et de la manière dont nous pourrions régler ce problème?

M. DeLuca : Comme vous l’avez dit, les liquidités ont été un défi de taille, ces quatre dernières années, qu’il s’agisse des taux d’intérêt élevés qui ont immédiatement suivi la pandémie, pour essayer de ralentir l’inflation, de la guerre actuelle en Iran ou en Ukraine ou des droits de douane imposés par le gouvernement des États-Unis. À mon avis, il ne faut pas oublier les contre-mesures tarifaires, car, si vous êtes une entreprise canadienne et que vous importez, les contre-mesures tarifaires peuvent aussi avoir des répercussions sur votre entreprise.

Avec toutes ces fluctuations, c’est un marché où il est très difficile de vendre une entreprise, car l’acheteur fait face à beaucoup trop d’incertitude. À quel niveau les taux d’intérêt vont-ils se stabiliser? Quelles seront les répercussions des droits de douane sur l’entreprise, qu’ils soient américains ou canadiens? C’est donc difficile de vendre une entreprise.

Toutefois, vous avez raison. Dans notre secteur, nous vendons à l’acheteur qui peut acheter l’entreprise. La plupart du temps, il souhaite acquérir une entreprise dont le siège social est situé au Canada, puisque la quasi-totalité de nos entreprises a leur siège social ici, mais nous développons nos entreprises pour diversifier leurs recettes au-delà des frontières canadiennes. Cela les rend plus attrayantes, fait augmenter leur valeur et crée plus d’emplois.

Le marché est plus important aux États-Unis, surtout pour les entreprises du secteur du capital-risque qui affichent de bons résultats, comme les entreprises technologiques. La demande est forte aux États-Unis, et ce marché est actuellement plus important que celui du Canada, même en termes de pourcentage.

Pour répondre à votre question, je n’ai pas de solution miracle.

La sénatrice Wallin : Ma question est assez courte, d’une certaine façon. Bien sûr, nous aimerions connaître votre avis sur le sujet.

Comme vous l’avez dit pour ce qui est de la politique publique et de la politique fiscale, l’argent suit les rendements, comme vous venez de l’évoquer. Bien sûr, les gens vont aux États-Unis parce que la sortie est plus facile.

Pourrons-nous un jour régler ce problème, dans un marché de 40 millions de personnes?

M. Bergen : En un mot, oui. C’est structurel. D’autres pays le font. Nous sommes une petite économie ouverte, donc nous devons respecter les règles, mais nous devons, comme je l’ai dit, harmoniser le capital, le talent et la clientèle pour y parvenir.

Bref, la réponse est oui, mais cela nécessitera une stratégie et un travail de fond.

La sénatrice Wallin : Le problème structurel tient-il à la politique publique ou aux mentalités?

M. Bergen : Oui. Je suis souvent fâché quand les gens disent que c’est un problème culturel. Je pense que c’est absurde. Il s’agit des structures que nous élaborons afin de créer des débouchés.

Des Canadiens sont prêts à prendre beaucoup de risques, mais, malheureusement, bon nombre d’entre eux partent souvent parce que nous n’avons pas créé les bonnes structures pour leur permettre de réussir.

La sénatrice Wallin : Nous encourageons l’aversion au risque plutôt que d’en faire un problème culturel pour l’entrepreneur. Merci.

Le sénateur Loffreda : Nous aidons les PME à accéder au capital. Croyez-vous qu’il y a suffisamment de données sur les lacunes en matière d’accès au financement des PME?

De plus, je constate que le grand public, et même les experts financiers, ont une mauvaise compréhension du rôle de nos banques dans le secteur du capital de risque. M. DeLuca l’a bien expliqué. Le rendement du capital de risque est de 20 %, ou plus de 10, tandis que, pour nos banques, bien sûr, sur un prêt classique, le rendement est de 2 ou 3 %.

Comment le gouvernement encourage-t-il les banques à s’impliquer davantage dans le secteur du capital de risque et à créer des fonds de ce genre?

Cette année, le secteur bancaire fera des profits de plus de 70 milliards de dollars. Ils peuvent acheter toute l’expertise qu’ils veulent acquérir. Les deux plus grandes banques auront un chiffre d’affaires de 40 milliards de dollars. Comment pouvons-nous encourager les banques à jouer un rôle non seulement dans le financement de démarrage, mais aussi dans le financement à un stade avancé? Serait-ce par la création de fonds communs ou par des garanties du gouvernement? Comment pouvons-nous y arriver?

M. Bergen : Cela revient à ce que la sénatrice Pupatello disait sur l’Initiative de catalyse du capital de risque, l’ICCR, une initiative mise en place par Jim Flaherty pour attirer des capitaux privés. M. DeLuca a raison de dire que, parfois, ce capital met du temps à arriver en raison des retards qui se succèdent.

Comme je l’ai mentionné, nous sommes actuellement en train de décider si l’ICCR 4, l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance — elle a changé de nom plusieurs fois, il peut être difficile de s’en souvenir —, va renforcer la politique qui a soutenu l’écosystème du capital de risque.

Présentement, le Canada compte plus de 100 entreprises dont le chiffre d’affaires récurrent dépasse les 100 millions de dollars, ce qui signifie que notre écosystème est plus développé qu’à l’époque où Jim Flaherty a mis en œuvre cette politique. Nous en sommes maintenant à l’ICCR 1, l’ICCR 2, l’ICCR 3 et l’ICCR 4. Ces programmes portent sur le financement de préamorçage et le financement d’amorçage de série A et visent à soutenir la croissance de ces entreprises.

Heureusement, nous en sommes maintenant à la partie du parcours où nous nous demandons comment aider nos entreprises les plus prospères à prendre de l’expansion et à croître.

Selon les données de CVCA, notre association, environ 70 cents sur chaque dollar recueilli par les entreprises à forte croissance finissent au sud de la frontière, ce qui signifie que ces entreprises peuvent obtenir des capitaux, mais que le problème tient en fait à la saturation du marché et au manque de capitaux nationaux pour les soutenir. Cela est important pour le Canada parce que, au bout du compte, si nous ne finançons pas davantage leur croissance, ce sont les États-Unis qui profiteront des retombées positives. Shopify est un bon exemple. Quelle part de ces retombées positives se retrouve de l’autre côté de la frontière, puisque c’est de là qu’est venu le capital de croissance?

Présentement, le gouvernement fédéral a prévu dans le budget de 2025 une enveloppe de 750 millions de dollars pour les entreprises en croissance. Maintenant, en temps réel, comment pouvons-nous multiplier ces 750 millions de dollars pour attirer davantage de capitaux de croissance dans les entreprises que j’ai mentionnées?

Il faudra faire un travail semblable à ce qui a été fait il y a 12 ans quand la première ICCR a été créée. Comment pouvons-nous créer des structures de capital de croissance qui peuvent soutenir la prochaine phase de développement de l’économie?

Encore une fois, il faudra peut-être élaborer des politiques publiques plus réfléchies sur la façon d’utiliser ces fonds.

Le sénateur Loffreda : Merci.

La sénatrice Pupatello : Je sais que vous vouliez intervenir en posant une question sur ce qu’une entreprise doit faire pour obtenir du financement. Quelles caractéristiques recherchez-vous?

M. Bergen : J’allais parler davantage de l’ICCR et de ce programme particulier. Je n’alloue pas les fonds. Je suis d’ailleurs PDG depuis quatre mois. Avant cela, je travaillais avec des entreprises de croissance.

Pour finir, je tiens à vous remercier tous de nous avoir invités. Trouver une manière de recapitaliser le pays, dès maintenant, est une priorité absolue. C’est ainsi que nous créerons la richesse, la prospérité et la souveraineté. Il n’y a pas de solution miracle : il ne suffit pas de changer une seule chose pour que le problème soit réglé. Il s’agit en fait d’un processus itératif qui nous permet de créer des liens les uns avec les autres. Pensez à vos propres relations avec vos partenaires. C’est votre capacité à vous mettre à leur place qui permet d’établir des relations fructueuses. C’est ce que nous voulons aujourd’hui : un gouvernement et un secteur qui collaborent, dans les forums appropriés, pour continuer à progresser et à apprendre à relever les défis et à faire face aux réalités de l’économie. C’est le décalage entre la réflexion en matière de politique publique et la structure de l’économie des années 1980 et 1990, lorsque nous n’avions pas encore compris que la richesse allait venir de l’économie immatérielle, qui nous a finalement menés là où nous en sommes aujourd’hui. C’est en raison de ce décalage que nous n’avions pas pu créer les structures appropriées pour corriger le tir.

Des jours difficiles nous attendent, mais le fait que nous en soyons tous conscients est très positif. Merci.

M. DeLuca : Je voudrais vous remercier d’avoir soulevé la question de l’accès aux capitaux pour les PME. C’est un sujet qui suscite très peu d’attention au Canada. Les gens ne comprennent pas l’importance des PME pour notre société, et je tiens à vous remercier tous d’avoir pris le temps de nous inviter ici aujourd’hui pour nous permettre de vous faire part de nos points de vue. Je l’apprécie grandement.

Le vice-président : Monsieur Bergen et monsieur DeLuca, merci d’avoir participé aujourd’hui en nous faisant part de votre témoignage et de vos réflexions. Nous vous en sommes très reconnaissants. Si vous avez d’autres éléments à apporter pour répondre à certaines des questions qui ont été posées, veuillez les envoyer au greffier. Nous serions heureux de les recevoir.

Pour notre deuxième groupe de témoins, je souhaite la bienvenue au prochain témoin, M. Hans Knapp, partenaire et cofondateur de Yaletown Partners Inc. Monsieur Knapp, bienvenue au comité. Je vous invite à présenter votre déclaration préliminaire. Ce sera suivi des questions des sénateurs. Vous avez la parole.

Hans Knapp, partenaire et cofondateur, Yaletown Partners Inc. : Honorables sénatrices et sénateurs, merci de me donner l’occasion de prendre la parole ici aujourd’hui. Je m’appelle Hans Knapp, et je suis le cofondateur de Yaletown Partners Inc., une société nationale de capital-risque ayant des bureaux en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec.

Au cours des 23 dernières années, nous avons essentiellement investi dans les entreprises de technologie basées au Canada qui sont au stade de démarrage ou aux premiers stades de croissance, c’est-à-dire à un stade où elles ne sont pas encore rentables et sont donc à la recherche de capitaux auprès d’investisseurs providentiels ou de fonds de capital-risque. Nous intervenons généralement en tant qu’investisseur principal, ce qui signifie que c’est généralement nous qui rédigeons la liste des conditions — ou qui jouons un rôle déterminant dans sa négociation — sur laquelle repose un projet de financement par actions.

Jusqu’à présent, nous avons investi dans plus de 80 entreprises et avons directement investi plus d’un demi-milliard de dollars, tandis que nos partenaires du consortium — les investisseurs qui ont investi à nos côtés dans ces entreprises — ont, à eux tous, investi plus de trois fois ce montant dans ces entreprises canadiennes.

Le rôle que joue Yaletown dans le secteur canadien du capital de risque, ainsi que mon mandat de 10 ans en tant qu’administrateur de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement, m’a permis d’observer, au fil de plusieurs cycles économiques, la dynamique de l’offre et de la demande de capitaux tant au stade du capital-risque qu’à celui qui le précède — l’investissement providentiel —, ainsi que les répercussions de cette dynamique sur la promotion de la croissance de l’économie canadienne fondée sur le savoir et des PME. J’espère que nous pourrons approfondir certains de ces enseignements au cours de la réunion d’aujourd’hui. Pour l’instant, je vais vous présenter quelques observations à prendre en considération avant de commencer.

En général — je fournirai les sources de ces données séparément —, l’offre de capital de risque et de financement par les investisseurs providentiels au Canada est actuellement insuffisante par rapport au nombre d’entreprises prometteuses à la recherche de capitaux et, de plus, bon nombre de celles qui ont la chance de réunir des capitaux finissent par en obtenir moins que ce qui est nécessaire pour financer pleinement leurs activités.

Par conséquent, deux choses arrivent : premièrement, les équipes de gestion consacrent davantage de temps à la recherche de financement qu’à la simple gestion de leurs entreprises; deuxièmement, elles reviennent demander des fonds plus tôt qu’elles ne le devraient, ce qui les détourne encore davantage de leur activité. Il s’agit donc non pas d’un manque de capitaux, mais aussi d’un accès plus lent à ces capitaux.

Les fonds canadiens de capital de risque réunissent eux aussi moins de capitaux. Selon un rapport récent de la RBC, intitulé Capital Under Pressure: 2025 Report on Canadian VC Fundraising, c’est en 2025 que le niveau de fonds de capital de risque réuni a été le plus bas depuis 2016; moins de fonds ont réussi à mobiliser des fonds héritage, et on a enregistré une baisse de la valeur moyenne et médiane des fonds.

Parmi les principaux facteurs, on peut citer les régimes de retraite, qui se retirent partiellement de cette classe d’actifs, l’absence quasi totale d’investisseurs institutionnels et le retard plus important que prévu dans la mise en œuvre du programme du Plan d’action sur le capital de risque, depuis son annonce à la fin 2024. Dans le monde de la finance, ce n’est pas seulement la quantité de capitaux qui compte : c’est également la rapidité de leur investissement et la vitesse à laquelle ils peuvent ensuite être injectés dans l’économie réelle.

De même, mais pour d’autres raisons, l’environnement de l’investissement providentiel au Canada a changé au cours de la dernière décennie. Les sorties prennent davantage de temps, la durée moyenne entre la création de l’entreprise et la sortie est passée de sept à près de dix ans aujourd’hui, ce qui retarde le cercle vertueux de réinjection des capitaux dans l’économie canadienne. Dans la même veine, nos politiques fiscales actuelles n’encouragent pas la réinjection efficace des gains en capital dans l’écosystème des entreprises en démarrage ou des PME canadiennes. Lorsque les gains en capital réalisés sur les bitcoins sont imposés au même taux que ceux sur les actions d’une entreprise en démarrage canadienne, on comprend facilement pourquoi les capitaux ne sont pas investis de manière optimale à des fins qui profitent à l’économie canadienne.

De plus, les entreprises qui n’ont pas au moins un an d’activités rentables n’ont pratiquement aucun accès au crédit. Une offre relativement insuffisante de capitaux destinés aux phases de démarrage et de croissance, associée à l’indisponibilité du crédit, entraîne un certain type de stagnation, où les entreprises ne font pas directement faillite, mais ne prospèrent pas non plus. Elles glissent plutôt sur la pente savonneuse de la médiocrité, faute de ressources financières et humaines suffisantes pour exploiter pleinement leur potentiel face à la concurrence internationale.

Si l’on veut sérieusement catalyser le potentiel du secteur privé pour stimuler l’innovation et la productivité pour le bien du pays, il faut alors être honnête quant aux facteurs qui, à l’heure actuelle, vont à l’encontre de ces objectifs. Il faut examiner en toute franchise les politiques fiscales qui pourraient être mieux adaptées pour favoriser la circulation des capitaux, notamment ceux provenant d’investisseurs privés expérimentés et de grande valeur, vers l’économie des PME canadiennes. Je répondrai maintenant à vos questions. Merci.

Le sénateur Fridhandler : Merci, monsieur Knapp, d’avoir pris le temps de venir ici malgré votre emploi du temps chargé.

Vous avez parlé de l’insuffisance de l’offre de capitaux au Canada. À l’inverse, selon moi, les grandes banques et les sociétés d’investissement qu’elles contrôlent au Canada, ainsi qu’une grande partie des capitaux disponibles sont investis dans la gestion de patrimoine et non dans les PME. Oui, RBC publie un rapport consacré au marché du capital de risque. C’est bien de critiquer, mais quelle solution propose-t-on? Que pensez-vous de la concentration dans la gestion de patrimoine, des sociétés d’investissement des grandes banques, et de l’avenir de ce secteur?

M. Knapp : Il y a deux ou trois aspects liés à cette question. D’abord, les produits que les banques offrent dans le cadre de leurs solutions de gestion de patrimoine ne concernent généralement pas l’accès aux PME privées canadiennes. Il s’agit généralement d’organismes cotés en bourse, de grandes entités disposant de liquidités, etc. Bien que les différentes divisions des grandes banques et leurs filiales de gestion de patrimoine, et ainsi de suite, gèrent d’importants capitaux, c’est une chose de disposer de capitaux en réserve, mais c’en est une autre de les mobiliser pour les injecter dans un secteur de l’économie qui en a encore besoin.

Ces deux concepts ne sont donc pas en contradiction; ils sont simplement parallèles, et malheureusement, ils n’ont aucune influence l’un sur l’autre. Je pense qu’il est légitime de se demander comment on pourrait favoriser cela. Mais actuellement, les banques ne semblent pas particulièrement motivées, et la plupart des produits qu’elles vendent sont leurs propres produits. Il n’y a pas eu de fonction de contrainte.

Le sénateur Fridhandler : Nous avons parlé de l’investissement de capitaux, de la mise en œuvre des programmes gouvernementaux et de la dernière annonce de 1 milliard de dollars et de 750 millions de dollars. Certains témoins du groupe précédent nous ont ensuite dit qu’il faut des années avant même que des capitaux ne soient injectés dans un fonds comme le vôtre, pour ensuite être investis. Pouvez-vous nous donner votre avis sur la façon dont on pourrait accélérer la mise en place de ce que le gouvernement offre?

M. Knapp : Pour vous donner un peu de contexte, l’ICCR — à laquelle j’avais assisté lors de son annonce aux côtés du ministre Flaherty en 2013 — était un programme qui s’est déroulé sur quatre ans, de 2013 à 2016. Le programme suivant était de 2017 à 2020, soit quatre ans. L’année suivante, soit 2021, c’était quatre ans, soit de 2021 à 2024 inclusivement. En décembre 2024, on a annoncé qu’un autre programme allait suivre. Nous en sommes actuellement encore à la phase de consultation.

En supposant que les décisions sont prises quant aux fonds importants auxquels les gestionnaires de fonds vont allouer ces capitaux, il leur reste à recueillir eux-mêmes des fonds importants, comme ce que l’on appelle le fonds de contrepartie avec le gouvernement. Ils doivent ensuite financer des gestionnaires privés comme nous, non pas pour nous les donner, mais pour nous les confier. Ces gestionnaires de capitaux privés doivent alors recueillir leurs propres fonds, et une fois que tout cela aura été fait, ils pourront alors commencer à chercher des entreprises pour lesquelles elles devront établir une liste de conditions afin d’injecter les fonds dans l’économie réelle.

Je suis ici aujourd’hui pour dire à tout le monde que ce programme ne générera pas de fonds avant 2027 au plus tôt. Je ne critique pas ceux qui y travaillent. La BDC y consacre beaucoup d’efforts. Le gouvernement y consacre beaucoup d’efforts. Mais, en ce qui concerne la concurrence à laquelle ces entreprises font face au bout du compte — ce que j’appelle « l’économie réelle » —, nous avons affaire à des concurrents provenant d’autres administrations où les capitaux sont plus abondants; ils circulent plus librement, d’une manière ou d’une autre. C’est une chose d’avoir un programme. C’en est une autre d’avoir un programme qui n’est en réalité pas encore accessible.

Voici ce que l’on pourrait faire pour accélérer les choses : premièrement, il faut exécuter certains éléments du programme en parallèle. Cela avait déjà été fait dans le cadre d’un programme antérieur, où les capitaux avaient été débloqués plus tôt. Deuxièmement, il faut qu’il y ait divers gestionnaires de fonds qui ont en réalité déjà réuni des fonds. Ainsi, la phase où les gestionnaires de fonds comme nous devaient aller recueillir des fonds était déjà terminée. Donc, essentiellement, ils sont prêts à démarrer. Cela permet d’injecter plus rapidement les fonds dans l’économie réelle. Le plus grand changement consiste sans doute à prendre certaines mesures pour accélérer le processus dès le début.

En coulisses, ce sont les gestionnaires comme nous qui sélectionnent les entreprises, puis qui injectent ces fonds dans l’économie réelle. On ne peut pas faire grand-chose à ce chapitre, car c’est en quelque sorte le secteur privé qui est à l’œuvre. Et il existe des lacunes procédurales en amont.

Le dernier commentaire que je formulerai, c’est que le mieux est l’ennemi du bien.

[Français]

La sénatrice Henkel : Votre entreprise est spécialisée dans le financement des PME technologiques. On sait que ces PME n’ont pas d’actifs tangibles ni de données algorithmiques. Ce sont des propriétés intellectuelles. Comment évaluez-vous le risque, puisqu’il n’y a pas d’actifs tangibles? Deuxièmement, pourquoi les financiers conventionnels n’utilisent-ils pas votre modèle, puisqu’il semble fonctionner, surtout pour les entreprises qui sont en phase de mise à l’échelle?

[Traduction]

M. Knapp : Merci.

La première question est la suivante : comment évalue-t-on cela et évalue-t-on les entreprises? Généralement, cela suppose une certaine part de projection, c’est-à-dire qu’il faut anticiper et se demander, si l’entreprise parvient à commercialiser correctement le produit et à établir un lien avec ses clients, quels types de flux de trésorerie et de bénéfices pourraient en découler à long terme? De plus, y a-t-il d’autres produits qui existent déjà dans l’industrie qu’ils peuvent remplacer? Vous pouvez donc vous servir de ces éléments pour estimer le rythme de votre croissance.

On met davantage l’accent sur les flux de trésorerie futurs et la génération de bénéfices, grâce à une technologie qui supplante, voire qui éclipse d’une certaine manière, une norme ou un produit existant.

En ce qui concerne la question de savoir pourquoi les autres financiers n’utilisent pas le modèle, c’est en réalité une question qui relève de leurs propres modèles d’entreprise. Sont-ils davantage orientés vers des capitaux à court terme ou des capitaux plus liquides?

L’un des inconvénients du capital de risque, c’est que les fonds sont liés à des entreprises privées; on ne peut pas vendre les actions. Il faut adopter une vision à long terme et faire preuve de patience. Comme je l’ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, en général, le délai entre la création et la sortie est passé de 7 ans, il y a une décennie, à près de 10 ans aujourd’hui. Si l’on constitue un fonds que l’on investit sur une période de quatre ans, il est tout à fait possible que la dernière des entreprises dans lesquelles on aurait investi soit cédée 10 ans plus tard; cela fait donc 14 ans.

Alors selon le modèle d’affaires des autres financiers — et je ne peux pas parler pour eux —, il est fort possible qu’ils estiment que l’illiquidité les désavantage ou ne correspond tout simplement pas à leur modèle d’affaires particulier.

[Français]

La sénatrice Henkel : Selon le Rapport des tables de stratégie économique du Canada publié par Innovation, Sciences et Développement économique Canada, seulement 2 % des entreprises canadiennes de taille moyenne parviennent à devenir de grandes entreprises. C’est une cause d’écart de productivité entre le Canada et les États-Unis.

Pourquoi autant de compagnies canadiennes restent-elles de petite taille, et qu’est-ce qui devrait changer? Pouvez-vous énumérer quelques points — disons les trois plus importants — qui doivent changer pour que nos PME puissent passer à l’étape de grandes entreprises?

[Traduction]

M. Knapp : C’est une question qui a été posée plus tôt. C’est une très bonne question.

Plusieurs dimensions expliquent ce qui constitue une excellente entreprise et ce qui permet à cette entreprise de réussir à une échelle telle qu’elle peut se mesurer à de nombreuses autres entreprises au sud de la frontière ou ailleurs à l’étranger.

Il y a deux ou trois éléments principaux : globalement, une volonté de repousser les limites et un appétit audacieux pour le risque qui concilie à la fois l’attitude des fondateurs et celle du capital. Lorsque vous avez un fondateur qui veut décrocher la lune et un capital qui soutient cette vision, vous aurez généralement un avantage marqué et de meilleures chances d’obtenir un résultat exceptionnel.

L’un des défis — et c’est celui dont je parlais plus tôt aujourd’hui — est que vous avez peut-être un PDG qui voit grand, mais ceux qui fournissent le capital local ne le comprennent pas bien. Cela peut représenter un défi. Ou bien quelques-uns d’entre eux le comprennent, mais ils ne sont pas assez nombreux. C’est là le défi.

Au Canada, il se trouve un nombre très attrayant d’entrepreneurs qui voient grand, possèdent les plans ainsi que le savoir-faire technique et ainsi de suite. Le défi se présente au moment d’aller chercher le capital. Ce n’est pas tout le monde qui a des liens au sud de la frontière avec la Silicon Valley et d’autres lieux du genre. Il existe des tonnes d’entreprises en Californie qui se battent aussi pour cet argent. Plus le capital est local, plus il est enclin à financer cette entreprise en particulier. Je n’écarterai pas l’importance d’accéder au capital. Ce n’est pas vraiment un manque de talent entrepreneurial. Il ne manque pas du tout de talent ici au pays.

La sénatrice Wallin : Je suis déprimée, mais j’ai une impression de déjà-vu quand je vous entends utiliser une expression comme « glisser sur la pente savonneuse de la médiocrité ». Compte tenu des nombreuses études que nous avons réalisées au sein du groupe, nous reconnaissons bien cette expression.

Prenons un instant pour étudier la question : la taille du marché, une attitude d’aversion au risque — que ce soit de la part de l’entrepreneur ou du prêteur —, de mauvaises politiques et l’attitude du gouvernement lorsqu’il s’agit du déploiement. Ne dites pas : toutes ces réponses. Classez-les pour moi ou donnez-moi quelques informations à ce sujet, s’il vous plaît.

M. Knapp : En tête de liste, je dirais que pour les PME en démarrage, il y a eu un assèchement du capital de risque au Canada, essentiellement parce qu’il faut plus de temps pour débloquer l’argent. L’argent des investisseurs providentiels est bloqué. Une étude a été menée en Suède par la Swedish Agency for Growth Policy Analysis et publiée en février 2023; il s’agit d’un très bon rapport. Je recommande aux gens qui appuient la recherche pour ce comité d’aller le lire. Il traite du rôle que jouent les politiques fiscales pour les investisseurs providentiels au cours de la phase de démarrage.

Si je devais souligner un élément, je dirais que l’absence de capacité pour redistribuer efficacement le capital dans l’écosystème est une occasion majeure actuellement inexploitée. C’est un problème auquel la Suède s’est attaquée à l’échelle des entreprises. Si vous avez une entreprise qui est actionnaire d’une société privée et qui réalise des profits de 1 million de dollars, elle peut redistribuer tout cet argent dans son écosystème local à l’abri de l’impôt.

La sénatrice Wallin : C’est une chaîne fiscale directe?

M. Knapp : C’est exact, ce qui explique qu’il y a davantage de licornes par habitant au Royaume-Uni ou à New York.

La sénatrice Wallin : Nous avons prouvé au Canada durant la COVID que les gouvernements pouvaient débloquer l’argent. Les décisions prises n’étaient pas toujours les plus judicieuses, et le recul nous l’apprend, mais si le gouvernement a les moyens de le faire, comment pouvons-nous en tirer parti? Comment éviter de retourner en arrière et attendre quatre ans pour obtenir l’équivalent de 5 $ d’un programme gouvernemental?

M. Knapp : Ce que je vais dire va sembler intéressé, mais si vous réunissez dès le début 10, voire 12 des personnes essentielles de l’écosystème du capital-risque ou du capital privé au Canada dans une salle, vous pourrez régler la question en quelques jours. Ce n’est pas si difficile.

Le problème, comme je l’ai dit, est que la perfection devient l’ennemi de ce qui est très bien. Aussi, chaque administration successive doit acquérir un certain niveau de connaissance, et le personnel — qui fait très bien l’affaire — doit se mettre au diapason. C’est difficile. J’ai consacré plus de 20 ans à ce secteur. Il y a beaucoup de nuances. C’est presque injuste de s’attendre à ce que des personnes qui consultent ce dossier pour la première fois — et qui, l’an dernier, s’occupaient d’un programme différent — l’absorbent entièrement.

Je dirais qu’il faudrait un engagement beaucoup plus précoce, et pas seulement l’ACCR qui dit : « Voici ce que nous faisons. » Il faut plutôt mobiliser les personnes clés, celles qui possèdent l’expérience, les liens et le tissu cicatriciel, les asseoir et dire : « Ceci va fonctionner. Cela ne va pas fonctionner. Voici ce qui fonctionne. »

Le Canada compte maintenant un Bureau des grands projets pour les produits majeurs qui sont considérés comme d’importance nationale. Si le financement du secteur le plus important de l’économie pour l’emploi, les PME, n’a pas une importance nationale, eh bien, je propose, avec tout le respect que je vous dois, qu’il faille lui accorder un niveau d’importance similaire.

La sénatrice Wallin : C’est un excellent point. Merci.

Le vice-président : Pourriez-vous envoyer une copie de cette étude suédoise au greffier?

M. Knapp : Je le ferai. J’en ai d’autres également. Je suis venu assez préparé.

Le vice-président : Veuillez les envoyer toutes.

M. Knapp : Oui.

Le sénateur Loffreda : Merci, monsieur Knapp, d’être ici. Notre étude porte sur la manière d’obtenir plus de capital pour les PME. Vous discutez du redéploiement de gains en capital, qui pose effectivement problème : ils ne sont pas réinjectés dans l’économie. S’agit-il alors d’un enjeu de politique fiscale, d’occasion ou de rendement?

Comment le gouvernement incite-t-il nos banques à déployer davantage de capital et à participer à certains fonds de capital de risque? J’ai étudié certaines recherches et constaté que près de 10 à 20 % du total des prêts aux entreprises au Canada sont consentis aux PME au fil des ans — disons 15 % —, ce qui est beaucoup moins que la moyenne des pays de l’OCDE. Cela ne rejoint pas l’argument du sénateur Fridhandler, car la gestion de la richesse est un problème. J’aime ce que vous dites à propos de la gestion de la richesse, et on devrait déployer davantage de ces actifs dans les PME. Mais lorsque vous incluez les hypothèques, cela tombe à 5 ou 10 % des actifs bancaires. Comment pouvons-nous déployer davantage de ces actifs dans le secteur des PME? Cela se fait-il strictement au moyen des garanties gouvernementales? Je pose la question parce qu’une grande partie — de 60 à 65 % — des actifs bancaires au Canada est investie dans les prêts hypothécaires résidentiels.

M. Knapp : Le défi se situe à l’échelon des banques et de leur goût du risque avec le capital qui leur est confié. Si le capital provient du bilan, c’est peut-être là que réside une partie de la solution. Une partie de ce capital est alors dirigée vers des fonds : par exemple le Programme d’action sur le capital de risque, celui qui est en cours de lancement, ou un mécanisme semblable.

Pour ce qui est de l’argent provenant des clients, il s’agira de connaître votre client, son goût du risque et ainsi de suite. À ma connaissance, il existe amplement de capital disponible au bilan, si l’on juge nécessaire de soutenir certains des canaux actuels. Les banques se tournent vers des interventions directes; cela prendra du temps, parce qu’elles devront embaucher du personnel et mettre plein de choses en place. Mais miser fortement sur un programme qui fonctionne déjà et dont les problèmes ont été réglés serait une bonne façon de s’y attaquer.

J’ajouterais toutefois une mise en garde : une grande partie de ce que je décris — pas tout, mais une bonne partie — concerne les secteurs technologiques et l’économie du savoir, dans lesquels évoluent de nombreuses PME, mais il en existe bien d’autres qui ne le font pas.

Pour elles, c’est une situation beaucoup plus difficile parce qu’elles ne disposent pas d’un programme comme celui-ci. Il faut réfléchir davantage à ce que les banques pourraient faire pour redéployer du capital vers l’économie nationale plutôt que vers des actions de société publique détenues aux États-Unis.

Le sénateur Loffreda : Merci. Si nous disposions de plus de données sur les lacunes de financement, pourrions-nous déterminer s’il faut davantage d’investisseurs providentiels, d’investisseurs de démarrage ou de financement de stade avancé? Et comment corriger ces lacunes?

M. Knapp : Les lacunes sont les plus importantes dans les premières phases, soit celle des investissements providentiels ou à l’étape précédente. Puis, dans la ronde de financement A, généralement là où nous intervenons, vous avez un produit et recherchez une plus grande emprise sur le marché, généralement des revenus de 5 à 10 millions de dollars, et vous êtes en pleine croissance. Quant aux rondes de financement aux stades avancés, non seulement le secteur est relativement bien servi au Canada, mais il serait aussi possible d’attirer du capital étranger sans compromettre les tables de capitalisation ni entraîner un contrôle américain ou étranger.

Ce qui compte aux premières étapes, c’est de mobiliser les investisseurs individuels, sous une forme ou une autre, afin de pouvoir être plus actif. L’étude suédoise mentionnait un changement apporté en 2003, lié au recyclage du capital, qui a toutefois eu un effet bénéfique disproportionné pour les investisseurs les plus expérimentés : ceux qui apportent savoir-faire, expérience, réseaux, capital et autres ressources permettant d’améliorer les résultats de certaines petites entreprises sont ceux qui ont été les plus déterminants dans le succès accru observé dans le cadre de ce programme.

Cela donne matière à réflexion. Cela tient non seulement au capital à un niveau élargi, mais à certains sous-groupes qui sont susceptibles de modifier les résultats. Certes, pour ce qui est du capital de risque, le rapport de la RBC, mis à part l’ironie liée au fait que c’est publié par une banque, révélait que les statistiques parlent d’elles-mêmes. Notre entreprise a la chance de se retrouver parmi celles qui ont été en mesure d’amasser un capital de suivi, mais au prix d’un grand effort. J’ai réuni du capital juste après septembre 2011, pendant la COVID et en 2008, juste avant la Grande Récession. Je sais ce que c’est. Le contexte actuel est parmi les plus difficiles que j’ai connus depuis longtemps.

La sénatrice McBean : C’est comme si vous disiez qu’il faut trouver le bon dragon de l’émission Dans l’œil du dragon, celui qui saura guider votre entreprise. C’est la deuxième fois que je fais référence à cette émission ici.

Comme le sénateur Loffreda l’a dit, notre étude porte sur l’accès au capital et au crédit pour les petites et moyennes entreprises, et j’ai l’impression que vous parliez des moyennes entreprises. C’est peut-être seulement ce que j’ai entendu.

Dans votre quête de licornes, les recherchez-vous ou viennent-elles à vous?

M. Knapp : Dans environ 80 % des cas, ils viennent à nous, et dans 20 % des cas, c’est nous qui allons vers eux. C’est simplement lié à un manque relatif de capital. Lorsque les gens savent que vous avez de l’argent, ils viennent à vous.

Mais il y a des entreprises en démarrage qui utilisent leur capital très efficacement et qui n’ont pas besoin d’aller chercher du financement ou qui ne sont tout simplement pas à la recherche d’argent à un moment donné. Il faut s’assurer de les garder à l’œil, mais la grande majorité d’entre elles viennent à nous. C’est ainsi depuis au moins 10 ou 15 ans, sans aucun doute. C’est plutôt à sens unique. Parfois, c’est 90 % par rapport à 10 %. Les conditions économiques peuvent se détériorer, mais on se situe généralement autour de 85 % par rapport à 15 %.

La sénatrice McBean : Que cherchez-vous? Qu’est-ce qui se démarque du lot?

M. Knapp : Selon nous, l’un des principaux facteurs de réussite ou d’échec est la qualité de l’équipe de gestion. Une équipe de gestion compétente est capable de transformer un produit médiocre en un excellent produit. Cette capacité peut aussi faire sombrer une entreprise lorsqu’un excellent produit est géré par les mauvaises personnes. Il est question de la différenciation technologique. Le produit ou le service offert apporte-t-il une amélioration défendable par rapport au statu quo? Procure-t-il suffisamment de valeur aux clients potentiels? Comment procède-t-on à sa mise en œuvre économique? Après tout, c’est une entreprise. Elle doit faire de l’argent. Comment établit-on les paramètres économiques? Comment l’entreprise peut-elle faire concurrence au reste de l’écosystème? Enfin, la taille du marché convient-elle? Sinon, l’entreprise qui commence à commercialiser ses produits peut-elle contribuer à la croissance du marché? Ce sont là tous des facteurs dont il faut tenir compte à peu près dans cet ordre-là. L’absence de l’une ou l’autre de ces conditions peut constituer un obstacle majeur au financement, mais si je peux cocher la plupart de ces critères dans cet ordre-là et bien les évaluer et ainsi de suite, j’ai en main une solution rapide.

La sénatrice McBean : Le gouvernement fédéral peut-il apporter du soutien, par exemple, en organisant une rencontre, un rassemblement ou une conférence? Comment pouvons-nous les aider à se former? Dans le cas des athlètes, on organise des séances d’entraînement. Ils sont encadrés par des entraîneurs qui les poussent à se dépasser.

M. Knapp : Je crois que c’est une excellente analogie. La Colombie-Britannique a déployé des efforts dans ce sens dans le cadre d’un programme, et j’en ai été témoin, au travail, dans d’autres contextes. Les rencontres en personne sont importantes, ne serait-ce que pour le réseautage; elles permettent aux professionnels en début de parcours et avides de connaissances d’apprendre de professionnels chevronnés au sujet des pratiques exemplaires et de leurs expériences sur le terrain. Une fois de plus, si vous avez la possibilité d’apprendre des erreurs des autres ainsi que de leurs bons coups, cela peut non seulement vous permettre d’accélérer et d’améliorer votre parcours, mais également d’augmenter vos chances de réussite.

La sénatrice McBean : Est-ce que quelque chose comme ça peut fonctionner? Une amie à moi essaie de lancer une petite entreprise, et j’ai l’impression qu’elle s’est fait rouler, une journée à la fois, par des gens qui lui faisaient payer des conférences et lui disaient : « Allez, nous allons t’apprendre tout ce que tu dois savoir. » Y a-t-il un moyen de faire cela de manière efficace, honnête et concrète?

M. Knapp : Quand on pense à bien des programmes payants, il faut se demander quelle est la valeur réelle de ce qu’ils offrent. Du côté du gouvernement, si on arrive à faire en sorte que les personnes ayant besoin d’aide n’ont pas à payer pour en recevoir, il y aura suffisamment de personnes, qui ont les connaissances, les compétences et l’expérience, prêtes à aider. Il faut simplement donner aux gens d’autres raisons de participer à un événement ou trouver un autre avantage général dont ils peuvent bénéficier, que ce soit le réseautage ou autre chose, ne serait-ce que pour redonner à la communauté. Pourquoi les gens se portent-ils volontaires pour enseigner? C’est la même chose. Les personnes qui sont aujourd’hui dans ma situation ont bénéficié de l’aide d’autres personnes il y a 20 ou 25 ans. Il est temps de donner au suivant, et il y a suffisamment de personnes qui veulent aider.

Quand on parle d’aide gouvernementale ou de programmes gouvernementaux, on pense à ce genre de situations. Je plains les personnes qui vivent une situation semblable à celle de votre amie, parce qu’il s’agit d’une façon malheureuse de profiter du sentiment de désespoir que vivent souvent les gens, ce dont j’ai parlé plus tôt.

La sénatrice Ringuette : Vous avez mentionné que nous taxons le bitcoin au même taux que quoi?

M. Knapp : Que les investissements privés faits dans les entreprises canadiennes. L’idée est venue d’une discussion que j’ai eue avec quelqu’un, où nous avons parlé de l’exonération cumulative des gains en capital. C’est sans doute le cas de la plupart des investisseurs prospères du Canada. Disons que vous disposez d’un certain capital et que vous souhaitez le réinvestir. Vous pouvez réinvestir un montant X dans des entreprises en démarrage de stade avancé, si vous en avez envie, ou vous pouvez l’investir dans des instruments financiers plus liquides, que vous pouvez acheter et vendre facilement grâce auxquels vous pouvez réaliser des gains en capital.

Eh bien, le taux d’imposition des gains en capital — la façon dont le gouvernement vous impose — est le même dans tous les cas. Si quelqu’un veut prendre des risques et gagner de l’argent très rapidement… Oui, les bitcoins, les actions de sociétés cotées en bourse, NVIDIA, SpaceX, tout cela fait l’objet du même taux d’imposition que l’argent que j’investirais dans l’entreprise de son amie et pour lequel j’attends un rendement dans cinq ans. Puis, lorsque l’investissement rapporte et que l’on encaisse les fonds, le même taux d’imposition s’impose.

L’enjeu est le suivant : si l’on considère qu’il est impératif sur le plan stratégique de réinvestir le capital des Canadiens dans l’économie canadienne, il faut prêter attention aux mécanismes qui contribueront à ce réinvestissement. Le capital est là, mais il n’est tout simplement pas investi aux bons endroits à l’heure actuelle. Il existe des exemples d’autres pays où l’on a corrigé la situation et obtenu des résultats concrets.

La sénatrice Ringuette : Certainement, je crois que nos collègues aimeraient que vous fournissiez ces exemples. Nous comprenons ce que vous dites. Nous avons besoin d’exemples concernant les flux et les processus que nous devons recommander.

M. Knapp : Je vais vous les fournir.

La sénatrice Ringuette : D’accord. Vous avez également mentionné dans votre exposé qu’à l’heure actuelle, vous investissez des capitaux dans 80 entreprises. Parmi ces 80 entreprises, combien sont venues à vous parce qu’elles savaient que vous aviez de l’argent et combien d’entre elles ne pouvez-vous pas financer en raison de la piètre qualité de l’équipe de gestion — c’est le critère le plus important, selon vous — ou de la situation concernant le capital? J’aimerais bien comprendre.

Le vice-président : Absolument. Je peux peut-être revenir un peu en arrière. Les chiffres ressemblent grosso modo à ceci : la situation est demeurée relativement constante au cours des 20 dernières années. Toutes les entreprises qui demandent du financement... disons que 100 entreprises demandent du financement. Annuellement, ce chiffre tourne plutôt autour de 300 à 400 entreprises. Elles s’adressent à nous d’une façon ou d’une autre. Elles envoient un courriel ou se présentent sur place. De ce nombre, environ 5 % finissent par obtenir du financement à long terme. Cela ne se fait pas toujours au cours de la même année, mais ce chiffre tourne autour de 4 à 5 %. C’est donc un faible pourcentage.

Bon nombre de ces entreprises ne sont pas admissibles à du financement pour l’une ou l’autre de ces raisons. Souvenez-vous que j’ai dit plus tôt que chacun de ces critères peut représenter, de manière isolée, un obstacle majeur au financement. La barre est placée très haut. Les 80 entreprises sont celles qui ont été jugées méritoires selon les critères que j’ai décrits. Parmi ces 80 entreprises, je dirais qu’environ 90 % sont venues à nous. Pour ce qui est de quelques autres entreprises, nous en avons eu connaissance par l’entremise d’un fondateur ou d’une personne de notre réseau, et nous nous sommes adressés à elles en disant : « écoutez, si jamais vous souhaitez recueillir de l’argent, venez nous voir. » Il s’agit souvent d’entreprises qui présentent un rendement très élevé. Il faut entrer en contact avec elles rapidement, comme si l’on s’adressait à un espoir sportif. On sait que ces entreprises vont croître et afficher un bon rendement. Il faut pouvoir les évaluer rapidement, parce qu’on sait qu’une fois qu’elles auront une taille suffisamment importante, d’autres options s’offriront à elles. Mais la grande majorité d’entre elles s’adressent à nous.

La sénatrice Ringuette : Vers qui se tournent les 95 % des entreprises qui ne sont pas financées par votre société?

M. Knapp : C’est une très bonne question. Tout d’abord, ce n’est pas parce qu’une entreprise n’est pas admissible à du financement selon le modèle de capital de risque qu’elle est, par définition, une mauvaise entreprise. Il existe une panoplie de PME et d’entreprises au Canada dont le potentiel de croissance est différent. Et c’est toujours acceptable, ou il s’agit simplement du type d’entreprise dans laquelle une société de capital-risque ne veut pas investir. Par exemple, nous n’investissons pas dans les entreprises de biotechnologie. Certaines entreprises qui touchent à la biotechnologie se sont adressées à nous; nous n’investissons tout simplement pas dans ce domaine.

La sénatrice Ringuette : Vous parlez à vos collègues qui travaillent dans différents programmes de financement. Est-ce que vous les aiguilliez vers une autre entreprise qui serait similaire ou qui adopterait une approche semblable à l’égard de leurs produits?

M. Knapp : Absolument, oui. Nous essayons entre autres de faire en sorte que nos refus se révèlent utiles pour les entreprises, en leur proposant de les aiguiller vers une organisation en particulier, un réseau ou quelqu’un d’autre. Parfois, c’est possible. D’autres fois, il n’y a simplement personne vers qui les diriger parce qu’elles ont encore beaucoup de travail à faire avant d’être véritablement admissibles à recevoir à peu près n’importe quel type de capital.

Toutefois, vous mettez le doigt sur un point qui est lié à ce que je disais plus tôt, c’est-à-dire que beaucoup d’entreprises qui n’arrivent pas à obtenir du capital de risque finissent par dépendre de façon disproportionnée de bassins plus importants d’investisseurs providentiels. Mais il y a certaines limites. En fait, plus il y a d’investisseurs providentiels dont l’argent est investi dans des entreprises privées… Vous souvenez-vous du cycle de sept à dix ans? C’est simplement que ces rendements de l’investissement finissent par arriver plus tard et sont encaissés plus tard. C’est en partie pour cette raison que ce bassin d’investisseurs s’est tari. Il a surtout servi à combler les besoins de financement d’entreprises qui n’en étaient peut-être pas au bon stade ou qui n’offraient pas certains des éléments recherchés par les acteurs du capital de risque.

Le vice-président : Nous allons devoir nous arrêter ici.

M. Knapp : Bien sûr.

Le vice-président : Cela met fin à la première série de questions. La sénatrice Henkel devra peut-être partir; je lui offre donc les trois premières minutes de la deuxième série de questions.

[Français]

La sénatrice Henkel : Je voudrais connaître votre opinion personnelle, mais aussi de professionnel ayant accumulé de l’expertise et de l’expérience.

Selon un rapport du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat, seulement 4 % du capital de risque va vers des femmes entrepreneures qui sont dirigeantes ou propriétaires de leur entreprise.

Est-ce que vous avez déjà investi ou investissez-vous dans des entreprises à propriété féminine? Si oui, j’aimerais savoir combien.

Pourquoi y a-t-il aussi peu de capital de risque qui va vers des entreprises dirigées par des femmes, alors qu’on sait que plusieurs entreprises sont dans le secteur de la technologie, qu’elles ont plus de 400 employés, qu’elles sont rentables, et cetera?

Est-ce une perception, ou une réalité qui vient du positionnement des femmes ou des capitaux à risque? Merci.

[Traduction]

M. Knapp : C’est un enjeu bien réel. Pour ce qui est de ma société, nous faisons partie des rares sociétés au Canada à compter une partenaire d’investissement dans nos rangs. Elle s’appelle Sophie Gupta, et elle travaille à notre bureau de Montréal. Elle fait partie de notre équipe d’investissement. Pour ce qui est des entreprises, je pourrais vous donner les chiffres précis, mais ils dépassent largement les 4 %. Ce n’est pas 50 %, mais c’est certainement un pourcentage à deux chiffres.

Je peux parler de plusieurs entreprises de la Colombie-Britannique. Il y a Epak Network, une entreprise de mon portefeuille. Nous avons une entreprise dérivée de l’Université de la Colombie-Britannique, Tasktop. L’une des cofondatrices de l’entreprise était Gail Murphy, l’ancienne doyenne de la faculté d’informatique de l’Université de la Colombie-Britannique. Photonic est une entreprise d’informatique quantique qui est également établie en Colombie-Britannique, dont le chef de la direction technique est une femme.

Il va sans dire que, de notre point de vue, nous n’avons aucun préjugé à l’égard du genre, de la race ou d’autre chose. Notre équipe est également très diversifiée sur le plan culturel. L’une des difficultés qui se posent, c’est que les entreprises dirigées par des femmes ont généralement eu plus de mal à obtenir du soutien professionnel ou du mentorat d’une manière qui leur était accessible. Par conséquent, il leur a été plus difficile de mobiliser des capitaux. Par ailleurs, tout ce que j’ai dit au sujet de l’accès au capital est vrai. Malheureusement, il est encore plus difficile pour les femmes d’y accéder. J’ai une fille. J’ai hâte de voir comment les choses vont évoluer au sein des entreprises. Ce sont des choses dont il faut tenir compte. C’est un enjeu bien réel.

Le sénateur Fridhandler : Je poserai mes questions pendant le temps qu’il nous reste. La première porte sur la liquidité, le nombre d’événements liés à la liquidité et les problèmes qui se posent à votre avis, quant à l’entrée en bourse par opposition à la vente privée d’une entreprise. La seconde question portera sur les choses intéressantes que vous avez vues en Colombie-Britannique par rapport à ce que vous faites : des solutions qui pourraient exister et qui sont propres à la Colombie-Britannique. Vous avez fait mention du programme qui est un logiciel. Je ne sais pas s’il y a autre chose en Colombie-Britannique sur quoi vous pourriez attirer notre attention.

M. Knapp : En termes d’événements liés à la liquidité au sein de notre entreprise, la vaste majorité, comme c’est le cas pour la plupart des entreprises de capital de risque, à la fois au Canada et aux États-Unis, tiennent des ventes, des fusions et acquisitions d’entreprises privées. Un acheteur stratégique arrive et achète votre entreprise; il provient habituellement d’un groupe qui évolue dans le même secteur.

Il fut un temps, il y a de nombreuses années, il y a près de 20 ans, où certaines entreprises dans le secteur de la biotechnologie entraient souvent en bourse, à l’époque où le marché était plutôt jeune et public. Maintenant, cela a été largement pris en charge par la croissance des acteurs du milieu de l’investissement en capital-actions qui fournissent ce niveau de liquidité.

Pour nous, lorsque nous vendons nos entreprises, c’est dans le cadre de fusions-acquisitions. Vous vendez les actions à un nouvel acheteur.

Le sénateur Fridhandler : Pourquoi?

M. Knapp : Habituellement, la croissance future de l’entreprise peut être accélérée si elle se retrouve entre les mains du nouveau propriétaire. Ultimement, il est exigé que le capital retourne vers nos investisseurs. Alors, habituellement, ces acheteurs sont en mesure de le faire.

Toutefois, s’il y avait un marché des capitaux initial plus robuste, qui était public, cela pourrait donner des options à certaines entreprises. Cependant, en ce moment, ces options n’existent tout simplement pas, alors ça se conclut par une fusion-acquisition stratégique, et certains des fonds de capital-investissement qui interviennent plus tard dans le processus fournissent les liquidités nécessaires.

Pour répondre à votre deuxième question, il existe aussi en Colombie-Britannique un programme qui est en place depuis plus de deux décennies. Il s’agit d’un programme qui fournit un crédit d’impôt payable d’avance, donc, un incitatif fiscal, pour des investissements dans certains types d’entreprises, où vous pouvez garder le crédit, tant que votre investissement reste en place assez longtemps. Donc, si vous versez de l’argent dans une entreprise de logiciel à ses débuts qui réside dans la province, qui est conçue et dirigée là-bas, et que l’argent est dépensé en Colombie-Britannique, vous obtenez un crédit de 30 % sur votre déclaration d’impôt de l’année en cours, tant que vous ne vendez pas les actions pendant au moins cinq ans.

Ce programme a remarquablement bien fonctionné en raison de la manière dont il est structuré. Il a fonctionné remarquablement bien en créant une assiette fiscale beaucoup plus large d’entreprises payant des impôts, et cela a été couronné de succès.

Par conséquent, les recettes fiscales auxquelles on renonce, les crédits d’impôt... et il y a eu de multiples études qui ont démontré cela... ont été avantageusement compensés par le total des emplois et d’autres gains fiscaux qui découlent du fait d’avoir des entreprises prospères.

Ainsi, cela dépasse le cadre de la discussion d’aujourd’hui, mais je peux, dans mon mémoire de suivi, présenter une partie de ces informations.

Le sénateur Fridhandler : Merci.

La sénatrice Wallin : Je veux simplement revenir sur quelques arguments que vous avez présentés. Nous avons parlé des fonctionnaires qui sont de bonnes personnes; ils établissent et distribuent le financement gouvernemental. L’an dernier, ils ont travaillé au ministère de la Santé. Cette année, ils sont allés au ministère de la Défense, et ensuite dans celui des transports, toujours dans leur cheminement de carrière. Je comprends cela tout à fait.

Nous cherchons des recommandations spécifiques que nous pouvons faire. Lorsque vous avez répondu à ma question plus tôt, vous avez parlé de mettre 10 personnes dans une salle et de simplement faire en sorte que les choses se réalisent. Pouvez-vous enseigner cela? Pouvez-vous faire fonctionner un programme gouvernemental concrètement, dans le monde réel, si vous pouviez vous asseoir avec les fonctionnaires qui étaient à la tête de certains de ces programmes spécifiques en amont et dire, voici comment on fait les choses?

M. Knapp : Oui, et c’est parce qu’il y a beaucoup de données. Comme dans toute chose, il faut s’en tenir à l’essentiel, comprendre ce qui est important et, parmi ces choses importantes, combien de poids accorder à chacun de ces composants. Sinon, je concède que cela peut être déroutant.

Alors vous avez besoin d’être capable de filtrer cela et de déterminer, d’un point de vue pratique, l’endroit où 80 % à 90 % de vos problèmes se situent. Où sont les obstacles en pratique plutôt que sur papier? Il faut comprendre le mécanisme de transmission à partir du programme et de la conception. Sur papier, tout ça peut avoir fière allure. Je ne suis pas ici pour jeter le blâme.

La sénatrice Wallin : Je ne ferai pas ça non plus. Je vois tout simplement cela comme du mentorat.

M. Knapp : Absolument. Il y a une réalité pratique. Si les gens peuvent mettre à profit ces connaissances pour rajuster de façon appropriée les choses qui répondront rapidement et efficacement à leurs objectifs et leurs buts, les compétences sont là. Nous devons juste être en mesure de les trouver. C’est tout.

Pour ce qui est du recyclage des gains en capital : je ne suis pas là pour m’acharner là-dessus, mais il s’agit d’un des éléments qui reviennent à la fin. S’il n’y a pas de gains en capital, il n’y a pas de perte de revenu pour le gouvernement. Cependant, cela aide à accélérer ce que le secteur privé voudrait autrement faire.

La sénatrice Wallin : Nous voulons retirer tous les obstacles. Nous voulons tout simplement voir s’il y a d’autres éléments, car les mêmes enjeux reviennent à chaque fois. Tout le monde a de bonnes intentions. Nous ne pouvons pas aller du point A au point B en moins de quatre ou cinq ans, et ensuite le gouvernement change à nouveau et il y a une nouvelle priorité. Alors faudrait-il essayer d’intervenir en amont?

M. Knapp : Oui, c’est cela. Je crois qu’il faut faire intervenir l’industrie plus tôt et aller au cœur du sujet plus rapidement. Certains de ces éléments, surtout lorsqu’il y a un programme qui existe déjà, n’exigent pas un tel acharnement.

Le sénateur Loffreda : Merci, monsieur Knapp, de passer tant de temps avec nous. Vous avez investi dans 80 entreprises, ce qui est louable. Comment pouvons-nous attirer plus d’investisseurs comme vous? Qu’est-ce qui vous a motivé à le faire? Lorsque nous regardons les PME, ou les investissements à plus petite échelle, le rendement n’est pas au rendez-vous, le risque est plus élevé, et davantage de ressources doivent être mobilisées pour le suivi. Comment faisons-nous cela?

Vous dites que les PME manquent de capital au Canada. Voyez-vous cela dans d’autres pays également, comme aux États-Unis? Nous sommes ouverts au capital étranger ici. Pourquoi n’attirons-nous pas de capital étranger dans le secteur des PME? Est-ce que ça tient à l’impôt? Est-ce que c’est le rendement? Est-ce que c’est le marché qui est en cause?

Y a-t-il des incitatifs que vous observez ailleurs, et comment pouvons-nous les répliquer au Canada?

M. Knapp : Merci. J’ai parlé de l’un d’eux, soit le recyclage du capital en Suède, mais il y en a d’autres.

Le problème avec les États-Unis est souvent une question d’échelle. Le capital qui est le plus mobile est souvent celui qui provient des institutions. Ce sont de gros capitaux. Le capital qui transite le plus fréquemment vers le Canada ne provient pas de légions d’investisseurs providentiels américains. Il y en a parfois, qui proviennent de gens que vous connaissez qui découvrent une compagnie et qui veulent y investir.

Il s’agit souvent des grands investisseurs institutionnels, de grands fonds de capital-investissement ou de grands fonds de capital-risque qui cherchent des occasions de distribuer des chèques de 25, 50 ou encore 100 millions de dollars à la fois.

Le sénateur Loffreda : Comment pouvons-nous amener plus d’investisseurs canadiens, tels que vous, à investir dans 80 autres entreprises et à promouvoir la prospérité des PME?

M. Knapp : Excellente question. Cela me ramène à certaines de mes remarques faites plus tôt : lorsque les gens qui fournissent des capitaux, à mon niveau de la chaîne de valeur... Alors, il y a de plus importants bailleurs de fonds, les régimes de retraite, les fonds de fonds, puis les banques et les entreprises... Et ensuite, il y a des groupes comme le nôtre, qui les injectent dans la véritable économie et qui interagissent avec la véritable économie et les entreprises.

C’est simplement une question d’obtenir davantage de capital prêt à soutenir les gestionnaires qui font ce que nous faisons. Voilà le problème lié à l’approvisionnement en capital dont j’ai parlé plus tôt. Il s’agit d’une des raisons pour laquelle le Plan d’action sur le capital de risque, ou PACR, a été mis en place : pour essayer de soutenir davantage de gestionnaires qui font ce que nous faisons.

Le problème que j’y vois, c’est que, en toute déférence, l’écart est maintenant presque trois fois plus grand de ce qu’il était avant, qu’avec les programmes précédents. Nous n’avons pas ce qu’il faut; ce besoin n’est pas comblé. Ce n’est pas que le programme est mauvais; c’est plutôt le calendrier d’exécution qui pose problème.

Dans un autre ordre d’idées, du côté des investisseurs providentiels, il y a des choses qui peuvent aider à rendre les gens prospères. S’ils ont des expériences couronnées de succès, ils formalisent ensuite leur comportement pour établir des fonds modestes, comme nous le faisons.

En effet, cela faisait partie de la motivation qui animait mon entreprise lorsque nous avons commencé. J’avais eu de bonnes expériences au début de ma carrière dans le milieu de l’investissement. Cela m’a amené à ensuite prendre le risque avec deux de mes cofondateurs pour fonder l’entreprise juste après le 11 septembre.

Mais une partie de cela était due à notre expérience antérieure individuelle, que nous avons ensuite traduite en quelque chose qui était davantage axé sur le capital d’amorce à l’époque. Nous sommes devenus une grande entreprise nationale depuis ce temps-là.

Il est possible de reproduire ce modèle. Nous avions un visionnaire. Nous avions Doug Pierce, le chef de bcIMC, qui nous a écrit le premier document de financement pour notre entreprise.

Le sénateur Loffreda : Merci.

Le vice-président : Je ne vois pas d’autres questions. Souhaitez-vous disposer de quelques minutes pour conclure?

M. Knapp : Je crois que j’en ai sûrement suffisamment dit.

Le vice-président : Nous vous remercions, monsieur Knapp, et les témoins des autres groupes. Nous apprécions vos contributions à notre étude. Si vous avez quoi que ce soit d’autre à nous fournir, des réponses à certaines des questions, veuillez nous le transmettre.

Chers collègues, merci beaucoup de vos contributions. Votre préparation et votre participation réfléchies sont appréciées.

Je souhaite prendre un moment pour remercier le personnel qui soutient notre comité : notre greffier, M. Boulianne, nos analystes M. Howard et Mme Young, nos collègues dans nos bureaux, les interprètes, l’équipe qui transcrit et met en forme les travaux de cette séance, le préposé à la salle du comité, le technicien des services multimédias, l’équipe de diffusion, le centre d’enregistrement, la DSI et, bien sûr, notre page, Mme Murphy. Merci.

Notre prochaine séance aura lieu demain, le jeudi 23 avril, à 10 h 30. Merci.

(La séance est levée.)

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