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ENEV - Comité permanent

Énergie, environnement et ressources naturelles


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE L’ÉNERGIE, DE L’ENVIRONNEMENT ET DES RESSOURCES NATURELLES

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 5 février 2026

Le Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles se réunit aujourd’hui, à 8 h 02 (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, la question de l’industrie du pétrole extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador.

La sénatrice Joan Kingston (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bonjour chers collègues.

Avant de commencer, je vous invite à prendre connaissance des cartes placées sur les tables dans la salle de comité pour connaître les lignes directrices visant à prévenir les incidents liés aux rétroactions acoustiques. Ne touchez pas aux microphones. Leur activation et leur désactivation seront contrôlées par l’opérateur de console. Finalement, évitez de manipuler votre oreillette lorsque le microphone est activé. L’oreillette doit rester sur l’oreille ou être déposée sur l’autocollant prévu à cet effet à chaque siège. Merci pour votre coopération.

Je voudrais commencer par reconnaître que la terre sur laquelle nous nous réunissons est le territoire traditionnel, ancestral et non cédé de la nation algonquine anishinabe.

Je m’appelle Joan Kingston. Je suis sénatrice du Nouveau-Brunswick et présidente du Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles. J’aimerais maintenant demander à mes collègues de se présenter.

[Français]

La sénatrice Verner : Josée Verner, du Québec

[Traduction]

La sénatrice Coyle : Mary Coyle, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Youance : Suze Youance, du Québec.

[Traduction]

Le sénateur Lewis : Todd Lewis, de la Saskatchewan.

La sénatrice McCallum : Mary Jane McCallum, du Traité no 10, de la région du Manitoba.

Le sénateur Fridhandler : Daryl Fridhandler, de l’Alberta.

Le sénateur D. M. Wells : David Wells, de Terre-Neuve-et-Labrador.

[Français]

La sénatrice Galvez : Rosa Galvez, du Québec.

Le sénateur Aucoin : Réjean Aucoin, de la Nouvelle-Écosse.

[Traduction]

La présidente : Bienvenue à vous tous présents aujourd’hui, ainsi qu’à celles et ceux qui nous écoutent en ligne et sur sencanada.ca.

Aujourd’hui, conformément à l’ordre de renvoi reçu du Sénat le 8 octobre, nous continuons notre étude sur l’industrie du pétrole extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador.

Nous sommes ravis d’accueillir aujourd’hui, dans notre premier groupe de témoins, deux représentantes de Sierra Club Canada : Mme Gretchen Fitzgerald, directrice générale, par vidéoconférence; et Mme Shauna Kelly, coordonnatrice de l’éolien en mer, Terre-Neuve-et-Labrador, également par vidéoconférence. Bienvenue et merci d’être présentes avec nous ce soir.

Nous sommes prêts à écouter vos déclarations liminaires, puis nous passerons aux questions des sénateurs. Madame Fitzgerald, si j’ai bien compris, c’est vous qui ferez la déclaration liminaire. Vous avez la parole.

Gretchen Fitzgerald, directrice générale, Sierra Club Canada : Oui, merci. Je suis ravie d’être ici et d’avoir à mes côtés Mme Shauna Kelly, coordonnatrice de l’éolien en mer, Terre-Neuve-et-Labrador. Notre organisation s’intéresse aux questions qui touchent le secteur pétrolier et gazier en mer à Terre-Neuve-et-Labrador depuis plus de 25 ans.

Mon argument principal aujourd’hui, c’est que, si la province de Terre-Neuve-et-Labrador continue de s’en remettre à l’industrie pétrolière et gazière en mer, elle s’expose, et expose le Canada, à de grands risques : ces risques sont liés aux répercussions des changements climatiques accélérés, à la baisse de la demande en combustibles fossiles, au fait que nous n’aidons pas les collectivités à exploiter les sources d’énergie renouvelable et au fait que nous mettons en péril la vie marine et les écosystèmes océaniques précieux. Nous travaillons avec des collectivités et des gens sur le terrain, qui sont touchés par de plus en plus de catastrophes climatiques, et nous savons qu’ils sont prêts et disposés à relever le défi de devenir plus résilients en cette période de rupture mondiale. Selon le premier ministre Carney, la nostalgie n’est pas une stratégie. Nous espérons et recommandons que le rapport du comité attaque de front les risques liés à la dépendance de Terre-Neuve à l’industrie pétrolière et gazière.

Nous avons déjà vu les images de Terre-Neuviens faisant irruption dans la salle de bal de l’hôtel où M. John Crosbie, alors ministre des Pêches, annonçait le moratoire sur la morue, et ce ne sont pas des images que nous voulons revoir. Infliger de nouveau un tel chagrin et de telles pertes à long terme à l’échelle provinciale, nationale et mondiale devrait être interdit. Ce n’est pas nécessaire.

Le comité a reçu des statistiques de l’Association canadienne des producteurs pétroliers qui montrent que l’exploration et la production pétrolières à Terre-Neuve-et-Labrador diminuent de façon constante. Le rapport de la Régie de l’énergie du Canada, Avenir énergétique du Canada en 2023, prédit une chute rapide de la production pétrolière en mer dans les décennies à venir.

Une analyse publiée dans Nature en 2021 illustre la façon dont les coûts élevés de l’extraction du pétrole et du gaz rendront le secteur pétrolier et gazier de Terre-Neuve-et-Labrador moins compétitif, peu importe comment l’on comprend les émissions associées à l’extraction. Pendant ce temps, l’énergie renouvelable, comme l’énergie solaire et éolienne, et le stockage de l’énergie augmentent. Cela créera des occasions d’emploi et assurera une électricité abordable aux résidants du Canada atlantique.

Une modélisation récente réalisée par Navius Research sur la ligne de transmission de Wind West au Canada atlantique donne à penser que la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick pourraient diminuer leurs tarifs d’électricité en cette période de crise d’abordabilité et augmenter leur PIB de 8 milliards de dollars, tout en atteignant la carboneutralité.

Imaginez si une province comme Terre-Neuve-et-Labrador se joignait à la fête. Puisque la Nouvelle-Écosse a saisi l’occasion et qu’elle développe actuellement les premiers projets d’éoliennes extracôtières au Canada, une entreprise a récemment levé la main. La province n’a pas seulement montré qu’elle s’intéressait à l’industrie éolienne en mer, elle a conclu une entente avec le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse afin de soutenir la main-d’œuvre qui formerait des travailleurs pour cette nouvelle industrie de l’énergie. Les gouvernements provincial et fédéral ont entre les mains une évaluation régionale de l’éolien en mer à Terre-Neuve-et-Labrador. L’organisme de réglementation du secteur extracôtier a fait savoir au comité qu’il était prêt à surveiller l’industrie de l’énergie renouvelable en mer.

Nous savons que Terre-Neuve-et-Labrador a besoin de sources énergétiques locales fiables, comme le vent, le soleil et le stockage, pour assurer la sécurité future des résidants de la province et les protéger tant des répercussions des changements climatiques de plus en plus présents, comme les ouragans, les feux de forêt et les tempêtes comme celles que nous avons connues ces dernières semaines, que des risques économiques et géopolitiques accrus.

À Terre-Neuve, notre travail auprès des collectivités nous a appris que les gens veulent travailler ensemble pour trouver des solutions qui rendront les collectivités moins vulnérables aux changements climatiques. Les plateformes pétrolières existantes pourront encore être en activité pendant les décennies à venir, à Terre-Neuve, mais nous devons tout de même nous munir de plans en cas d’accidents et de déversements. Nous avons déjà étudié des projets dans les domaines pétrolier et gazier, et nous savons que nous n’en avons pas.

Voici les cinq recommandations que nous faisons au comité, et nous espérons que vous-mêmes les suivrez. Tout d’abord, nous voulons que les gouvernements fédéral, provinciaux et autochtones agissent immédiatement et amènent le Canada atlantique à conclure une entente visant à créer un réseau électrique qui sera l’épine dorsale des projets énergétiques locaux et nationaux. Nous pensons que les gouvernements fédéral et provinciaux devraient collaborer immédiatement pour concevoir des programmes de perfectionnement des compétences et de certification pour les gens qui travaillent aujourd’hui en mer, afin qu’ils soient prêts à profiter de ces occasions.

Nous recommandons aussi qu’une partie des revenus de l’industrie pétrolière soit réservée à la protection de Terre-Neuve-et-Labrador, dans l’avenir, contre la baisse de la demande en combustibles fossiles.

Ensuite, nous croyons que ce sont les entreprises pétrolières qui devraient assumer le risque du développement du secteur pétrolier et gazier, non pas les Canadiens, ni les résidants de Terre-Neuve-et-Labrador. On ne devrait plus subventionner cette industrie de plus en plus risquée.

Enfin, nous demandons une étude indépendante sur les conséquences des activités pétrolières et gazières sur la vie océanique et l’état de préparation des projets pétroliers existants face au déversement d’hydrocarbures; nous demandons également de concevoir le plus rapidement possible des règles fondées sur la science et s’appliquant à l’exploration, à la production et au forage pétrolier et gazier afin de préserver la vie océanique.

Merci beaucoup de m’avoir donné l’occasion de m’adresser à votre comité, et j’ai hâte d’entendre vos questions.

La présidente : Merci, madame Fitzgerald, pour votre déclaration liminaire.

Le sénateur D. M. Wells : Madame Fitzgerald, vous avez mentionné que Terre-Neuve-et-Labrador devrait se libérer de sa dépendance au pétrole et au gaz. Je présume que vous connaissez la situation économique actuelle à Terre-Neuve-et-Labrador. Selon vous, quel serait un bon remplacement pour ces emplois et le revenu de la province?

Mme Fitzgerald : Oui. Je suis convaincue que Mme Kelly peut elle aussi répondre à la question. Je pense qu’il y a deux volets. Je pense que certaines collectivités avec lesquelles nous travaillons actuellement veulent de petites installations de production d’énergie afin d’être plus résilientes face aux ouragans et aux feux de forêt et pouvoir commencer à exploiter des sources d’énergie à petite échelle qui s’harmonisent avec leurs valeurs et leurs besoins. Puis, à plus grande échelle, l’éolien en mer représente un énorme potentiel. Peter Nicholson, ancien sous-ministre, a estimé que l’éolien en mer dans l’Est du Canada pourrait alimenter 6,5 millions de ménages canadiens. C’est transformateur.

J’ai grandi à Terre-Neuve-et-Labrador. Je connais l’éthique de la population active et je sais qu’elle est capable et qu’elle peut s’adapter facilement. Je crois que l’on rate une occasion si on ne saisit pas l’occasion qui se présente et que l’on reste en retrait alors que la Nouvelle-Écosse entre dans la partie. Je crois que les sources à petite échelle peuvent rendre les collectivités plus résilientes et créer des revenus et des emplois, mais il y a aussi cette énorme possibilité qui est juste là, devant nous.

Le sénateur D. M. Wells : Merci. Je ne parle pas vraiment des sources d’énergie pour les petites collectivités. Je vous ai posé une question sur les possibilités économiques. Évidemment, le secteur pétrolier et gazier à Terre-Neuve-et-Labrador emploie des milliers de personnes et génère des milliards de dollars de revenus, pas seulement pour les travailleurs, mais pour leurs familles et les collectivités où ils vivent, et pas seulement pour l’assiette fiscale provinciale. Vous n’avez pas répondu à ma question; ma question c’est celle-ci. Pouvez-vous y répondre, s’il vous plaît?

Mme Fitzgerald : Parlez-vous des revenus du gouvernement?

Le sénateur D. M. Wells : Le revenu des travailleurs, de leurs familles, des collectivités où ils vivent et du gouvernement.

Mme Fitzgerald : Oui. S’ils transfèrent leurs compétences dans de nouvelles industries, les travailleurs pourraient tirer un revenu de ces emplois.

Pour ce qui est du gouvernement, je pense que nous voulons en discuter. Ailleurs dans le monde, on reconnaît qu’il s’agit forcément d’une ressource publique, si vous voulez penser au vent en ces termes, et le gouvernement doit contribuer. Les entreprises qui veulent jouer un rôle dans ce secteur doivent payer pour le faire, un peu comme l’industrie pétrolière et gazière en mer. Nous devons avoir ces conversations avec les collectivités et les groupes d’intervenants de Terre-Neuve-et-Labrador, réfléchir à ce à quoi cela pourrait ressembler dans la réalité et établir un taux de rendement raisonnable pour ceux qui voudront travailler dans ce secteur.

Madame Kelly, voulez-vous ajouter quelque chose?

Le sénateur D. M. Wells : Je pourrais poser la question. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il y aura une augmentation importante de la production pétrolière jusqu’en 2050. Puisque le secteur pétrolier en mer de Terre-Neuve-et-Labrador est peu coûteux quand la production est expédiée par voie ferroviaire, qu’il a un accès direct aux marchés mondiaux par transport maritime, qu’il est bien réglementé et qu’il commande les meilleurs prix, par rapport au pétrole brut de West Texas Intermediate, ou des prix plus bas ailleurs au Canada, ne croyez-vous pas que le secteur pétrolier et gazier en mer de Terre-Neuve-et-Labrador devrait participer à la croissance continue du secteur au moins jusqu’en 2050?

Mme Fitzgerald : Monsieur le sénateur, je pense que vous ne savez pas tout à fait combien de temps il faut pour lancer un nouveau programme de forage pétrolier; l’histoire montre que cela prend entre 20 et 30 ans. Nous sommes en 2025. On n’a tout simplement pas le temps.

Mon deuxième argument est que, par rapport à d’autres sources de pétrole ailleurs dans le monde... Des articles publiés dans Nature, qui sont examinés par les pairs, et d’autres rapports d’analyse de l’Agence internationale de l’énergie montrent que ce sont ces sources de pétrole à faible coût, et non pas le pétrole des puits situés dans les eaux dangereuses de l’Atlantique Nord qui se feront concurrence pendant que la demande fléchit.

Quoi qu’il en soit, si vous croyez aux deux arguments que je viens de vous donner, il n’est pas prudent de mettre tous ses œufs dans le même panier quand le monde est à un point de rupture.

Le sénateur D. M. Wells : Dans le cadre de l’étude, d’autres témoins nous ont dit que la baisse des soumissions dans l’industrie extracôtière était due au fardeau réglementaire, et non pas à la baisse de la demande et certainement pas à la baisse de l’offre. Qu’en pensez-vous?

Mme Fitzgerald : Je pense que c’est faux.

Le sénateur D. M. Wells : Même si c’est ce qu’ont dit les experts de l’industrie qui ont comparus devant notre comité?

Mme Fitzgerald : Eh bien, nommez-moi un expert de l’industrie qui aime les règlements. Non. Je pense que la province de Terre-Neuve-et-Labrador a participé à des conférences internationales sur les changements climatiques pour promouvoir le secteur pétrolier et gazier. On en fait la promotion absolument partout. Les gens ne soumissionnent pas parce que ce n’est pas là que se trouve l’argent, et ils ne le voient pas.

Le sénateur D. M. Wells : Merci.

La sénatrice Coyle : Bienvenue à nos témoins d’aujourd’hui. Merci pour votre témoignage.

Je participe à l’étude pour la première fois aujourd’hui, donc je rattrape mon retard, mais j’ai aimé la question de mon collègue. L’économie est une question importante, et vous l’avez traitée différemment en parlant du risque de mettre tous ses œufs dans le panier du long terme. Toutefois, pour en revenir à la question de mon collègue au sujet de l’offre énergétique au-delà de la province et de la région, j’aimerais en savoir davantage.

En tant que Néo-Écossaise, j’ai hâte de voir le développement éolien dans ma propre province. Une chose que nous faisons également, en Nouvelle-Écosse, qui suscite un peu la controverse, c’est envisager l’exportation de la production d’hydrogène à centrale éolienne. Je sais que Terre-Neuve-et-Labrador a examiné cette possibilité. Est-ce que votre collègue et vous pourriez nous dire s’il existe un marché d’exportation, ce qui pourrait contribuer à l’économie de Terre-Neuve?

Shauna Kelly, coordonnatrice de l’éolien en mer, Terre-Neuve-et-Labrador, Sierra Club Canada : On a exploré cette possibilité, à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce que nous avons vu récemment, c’est que les entreprises se retirent de la proposition initiale parce qu’il n’existe aucun marché pour l’hydrogène. Je dirais que, actuellement, ce n’est pas une option viable pour Terre-Neuve-et-Labrador d’investir davantage dans l’hydrogène.

Mme Fitzgerald : J’ajouterais que, si nous voulons prioriser une énorme et magnifique ressource comme l’éolien en mer, c’est principalement pour sécuriser les Canadiens sur le plan énergétique et avoir une source d’énergie abordable, surtout maintenant. Ce serait l’utilisation principale. Si on peut produire de l’hydrogène de façon sécuritaire et sans créer davantage d’émissions, cela pourrait être un deuxième extrant, mais ce ne serait pas la raison principale de nos investissements.

La sénatrice Coyle : Merci de la réponse. Revenons à la question concernant les organismes de réglementation. Nous en sommes rendus là. Je ne crois pas que quiconque dira que l’industrie du pétrole et du gaz existera toujours. On donne des arguments sur le temps qu’il lui reste, et nous avons entendu différentes opinions à ce sujet. Vous avez cité des sources très importantes.

Les organismes de réglementation, comme nous, étudient la situation de Terre-Neuve-et-Labrador; c’est réel. C’est bien réel, l’économie du Labrador dépend du pétrole et du gaz. Selon vous, comment les organismes de réglementation fédéraux vont-ils concilier cette dépendance économique à court terme au pétrole extracôtier — l’exigence réelle de mettre de la nourriture sur la table des Terre-Neuviens, aujourd’hui — avec les engagements du Canada en matière de climat et nos obligations relatives à la carboneutralité, que nous devons absolument respecter?

Vous-même avez formulé de très bons arguments, et cela va de soi. Nous devons respecter nos engagements relatifs à la carboneutralité, tout comme les autres pays partout dans le monde, afin d’éviter les catastrophes dont vous avez parlé. Comment pensez-vous que les organismes de réglementation fédéraux pourront concilier tout ça?

Mme Fitzgerald : Je ne crois pas que ce soit le travail des organismes de réglementation — qui s’occupent des industries qu’ils réglementent —, mais je crois fermement que les dirigeants politiques ont vraiment la possibilité d’établir un plan de transition.

Comme nous l’avons fait quand le pays a délaissé le charbon, nous pourrions créer différentes entités chargées de concevoir un plan rapidement.

Il est très évident que, plus la production diminuait, plus les revenus du gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador diminuaient. Par quoi pouvons-nous remplacer ce revenu? En bâtissant d’autres industries, comme l’éolien en mer. C’est quelque chose que le comité... si vous pouviez entamer cette conversation, ce serait magnifique. Je pense qu’il y a du potentiel. Mais si on n’a pas de plan, on échouera, et c’est ce que je vois présentement.

La sénatrice Coyle : Sur le plan stratégique, oui, c’est vrai. Vous avez dit que l’industrie du pétrole extracôtier ne devrait recevoir aucun incitatif financier ni aucun soutien et que, en fait, elle devrait créer un fonds pour régler les problèmes qu’elle cause, et ainsi de suite.

Selon vous, qu’est-ce que le gouvernement fédéral pourrait faire pour soutenir l’éolien en mer et l’encourager à prospérer réellement dans un endroit comme Terre-Neuve-et-Labrador?

Mme Fitzgerald : Trois choses; il faut un pouvoir rassembleur pour réunir tout le monde autour de la table pour parler des liens de transmission, y compris des partenaires autochtones et, bien entendu, les provinces. Réunissez les gens et demandez-leur de discuter.

Ensuite, je pense que le gouvernement fédéral joue un rôle unique en ce qui concerne les relations avec les communautés et les dirigeants autochtones, et je pense que c’est quelque chose que le gouvernement fédéral pourrait faire avancer, ici.

Enfin, bien entendu, il y a l’argent. On parle beaucoup de projets d’intérêt national. Je ne pense pas qu’il pourrait y avoir un projet plus transformateur de façon positive qu’un investissement dans l’éolien en mer.

Je pense qu’il faut parler sérieusement de ce genre d’investissement et y réfléchir... Votre question précédente concernait les revenus et les revenus qui pourraient compenser la baisse de revenus de l’industrie extracôtière. La troisième chose que le gouvernement fédéral pourrait faire en ce moment, c’est d’investir dans ce débouché.

[Français]

La sénatrice Galvez : Merci beaucoup de votre présence aujourd’hui pour répondre à nos questions.

[Traduction]

La sénatrice Galvez : Madame Fitzgerald, vous semblez avoir suivi l’histoire de l’industrie pétrolière extracôtière à Terre-Neuve, mais vous semblez aussi en connaître beaucoup sur l’énergie renouvelable.

J’aimerais vous demander de comparer les avantages et les inconvénients. Comme vous l’avez sans doute compris, le comité s’intéresse aussi beaucoup aux retombées économiques.

Notre premier ministre se rend un peu partout pour chercher de nouveaux marchés. Il dit que nous avons besoin de projets d’édification de la nation. Tout le monde semble s’entendre pour dire que nous devons être plus concurrentiels, innovateurs et créatifs.

L’année dernière, 2,1 billions de dollars ont été investis dans l’énergie renouvelable, et la part du Canada était inférieure à 0,5. Je pense que c’est très révélateur.

Voici ma question : si nous voulons être plus concurrentiels et innovateurs, devrions-nous nous occuper des industries en déclin ou de celle qui a comme vous le dites beaucoup de potentiel et qui est l’enjeu d’une course, course dans laquelle nous sommes en retard?

Aussi, pourriez-vous nous expliquer la différence entre exporter des matériaux bruts, ce que nous faisons depuis toujours, et ajouter de la valeur à différents produits et matériaux que nous exportons? Merci beaucoup.

Mme Fitzgerald : Oui, merci de la question. Nous accordons beaucoup d’attention aux avantages et aux inconvénients quand nous pensons aux changements climatiques et que nous remettons la nature au cœur de la société, au Sierra Club Canada. Ce qui est intéressant au sujet de l’énergie renouvelable, c’est son caractère inépuisable. Ce sera un moteur économique continu pour le pays.

Une fois que les ressources pétrolières et gazières sont extraites, il n’y a plus de bénéfices pour le public et, malheureusement, le Canada n’a pas créé un fonds pétrolier similaire à celui de la Norvège pour que les générations futures puissent bénéficier de ces revenus. Il est trop tard. Mais il y a un nouveau débouché à l’horizon, ce qui est merveilleux en ce moment.

Il y a effectivement des avantages : des revenus stables, des emplois, la sécurité énergétique et des tarifs d’énergie réduits. Ce sont des sources d’énergie peu dispendieuses, donc les factures d’électricité diminueront. Ce sont certains des avantages.

Pour ce qui est des industries et de l’innovation locales, la Nouvelle-Écosse a fait du très bon travail sur le stockage énergétique. Si c’est fait convenablement, nous pourrions trouver une façon de recycler les plateformes pétrolières. Croyez-le ou non, j’ai entendu dire que, en Norvège, on s’en sert pour les turbines éoliennes. Nous pouvons trouver une façon de consolider notre expertise grâce à nos connaissances et à nos ressources afin de construire nous-mêmes certains de ces produits et d’innover. Encore une fois, il est dans notre intérêt de conserver ces connaissances ici, au Canada, que nous devrions en profiter.

L’heure des changements est venue, et je pense que les gens et les communautés le reconnaissent. Selon mon expérience, ils veulent aussi participer aux solutions. C’est ce qui nous permettra de réussir. Je pense que l’on pourrait réellement investir dans ce type d’innovation, au pays, dans ce type d’avancement technologique et scientifique afin de développer certaines de ces nouvelles sources d’énergie ici, chez nous.

La sénatrice McCallum : Merci pour votre exposé. Ma première question est la suivante : combien de temps faudra-t-il pour construire un réseau de production d’énergie solaire et d’énergie éolienne et en voir les résultats? Parce que, à l’heure actuelle, nous n’avons rien de cela.

Lorsque nous avons examiné le projet de loi C-49, on nous a dit que cela prendrait 10 ans. Donc, vous faites un exposé. Eh bien, cela va être possible, et on essaie de se débarrasser de la seule source d’énergie fiable dont nous disposons. Et vous dites que l’électricité est une solution.

Eh bien, je travaille avec les collectivités négativement affectées par la production d’hydroélectricité, et ce n’est ni une énergie propre ni une énergie verte. Elle produit énormément de toxines. Elle n’est pas fiable. Dans le temps des Fêtes, à Cross Lake, dans le Nord du Manitoba, il y a eu une panne d’électricité de cinq jours alors que le mercure était tombé à moins 40. La collectivité leur a dit que cela allait se reproduire. Ils n’ont rien fait.

J’ai regardé les toxines. J’ai examiné le déplacement des populations des Premières Nations et ses conséquences sur celles-ci. Et puis, vous regardez Terre-Neuve-et-Labrador, vous regardez la centrale électrique du Site C. Eh bien, elle ne produit pas l’électricité que tout le monde prétend qu’elle pourrait produire.

Ne devrions-nous pas voir, dans votre proposition, à quel point les sources d’énergie éolienne et le réseau électrique sont fiables avant de remplacer le pétrole et le gaz? Que faites-vous des gens qui favorisent la dépendance au pétrole et au gaz, qui sont des Canadiens? Ils en font la promotion. La combustion est l’une des sources les plus importantes d’émissions de gaz, et rien n’a été fait pour régler le problème.

Je ne peux pas me fier à l’énergie éolienne et à l’énergie solaire. Combien de temps faudra-t-il pour voir la réalité?

Mme Fitzgerald : Oui. Merci de la question.

Le fait que cela n’a pas été mis en œuvre plus rapidement me frustre, moi aussi. Sierra Club Canada partage vos préoccupations touchant les mégacentrales hydroélectriques, leur incidence sur les collectivités et sur les écosystèmes fluviaux et sur les toxines qui sont libérées lorsque nous inondons les terres.

En ce qui concerne l’échéancier et la mise en place de nouvelles ressources énergétiques, nous travaillons avec des gens de Port-aux-Basques et nous espérons installer quelques panneaux solaires cette année. L’échelle est importante. Nous savons que les collectivités, surtout à Terre-Neuve-et-Labrador, ont, par exemple, misé sur l’énergie solaire pour réduire leur dépendance au diésel. Une éolienne peut être érigée en un an ou deux si la collectivité y consent.

L’ampleur du projet des éoliennes en mer signifie qu’il faudra plusieurs années, voire même une décennie — n’hésitez pas à me reprendre si je me trompe, madame Kelly —, avant de le voir se concrétiser, et par « concrétiser », je veux dire fait avec le consentement et l’accord de la collectivité, et fait correctement.

Cela dépend de l’échelle. Nous pourrions réaliser un projet à petite échelle, dès demain. Qui nous en empêche? Habituellement, ce sont les entreprises du secteur pétrolier et gazier. Soyons honnêtes. C’est pour cela que l’adoption de ce projet a été autant retardée. Cela n’a plus d’importance, aujourd’hui, car le prix a tellement baissé que, sans tenir compte de l’impact climatique de l’industrie des combustibles fossiles, le prix au compteur est plus bas, ce qui fait qu’elle est plus compétitive, et nous allons présenter des études pour ce rapport pour montrer comment cette hausse se produit. Cela supplantera les combustibles fossiles, ce qui est fantastique. Mais, oui, nous pouvons le faire à plus petite échelle. Faisons-le. Ne laissons pas l’industrie pétrolière nous arrêter.

En ce qui concerne la fiabilité et les questions comme: « et s’il ne vente pas? », « et s’il ne fait pas soleil? », c’est là que deviennent importants le stockage d’énergie et les investissements dans le réseau électrique, ce que nous avons suggéré au comité de recommander dans son rapport.

Dans le fond, il y a eu très peu d’avancées dans nos réseaux électriques depuis qu’Edison a inventé l’ampoule électrique. Nous pouvons en faire plus pour distribuer l’énergie, et ce, de manière intelligente, et prendre les choses en main.

Je crois que la troisième partie de votre question concernait la responsabilité individuelle. C’est quelque chose que nous devrions tous soutenir, surtout lorsqu’il y a une tempête, comme il y en a eu ces deux ou trois dernières semaines au Canada atlantique, et que la province voisine risque de manquer d’électricité. À Terre-Neuve, c’était dû à une panne survenue au barrage hydroélectrique. Il y avait de la glace, et il ne pouvait plus fonctionner, donc on a fait circuler les électrons de la Nouvelle-Écosse vers Terre-Neuve-et-Labrador. Malgré tout, je crois comprendre qu’il y a eu des coupures de courant intermittentes.

Nous devons prendre davantage conscience de notre consommation énergétique, investir dans l’efficacité énergétique pour que les gens, particulièrement les gens à faible revenu, qui paient proportionnellement beaucoup plus pour l’énergie, aient des maisons plus sûres et sécuritaires par temps de grand froid, que nous connaissons, pour améliorer notre efficacité. En ce qui concerne l’utilisation des voitures et des transports, encore une fois, on la stimulera par l’investissement dans les véhicules électriques, qui seront alimentés par l’énergie renouvelable produite par le réseau. C’est encore très important pour les gens, et c’est ce que font les bons voisins.

La présidente : Merci.

Le sénateur Lewis : Je me demande pourquoi on pense que le secteur pétrolier et gazier ne peut pas fonctionner en même temps que le secteur de l’énergie renouvelable. J’habite en Saskatchewan, et, en tant que propriétaire foncier, j’ai été approché par un promoteur qui souhaitait construire un parc éolien pour, s’il parvient à obtenir un contrat, alimenter en électricité l’autorité provinciale de l’énergie. Je ne l’ai jamais entendu dire que nous devions fermer toutes les installations pétrolières et gazières de la Saskatchewan pour construire une éolienne. Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir ces deux types d’installations? Il me semble que les nouvelles sources d’énergie, comme les éoliennes, sont acceptables pendant la transition, mais je ne vois pas pourquoi on devrait mettre fin à l’industrie pétrolière et gazière à Terre-Neuve et pourquoi cette industrie ferait obstacle aux parcs éoliens.

De plus, il serait bien que la nouvelle énergie produite par ces parcs éoliens soit abordable pour les personnes dans les collectivités, pour qui le pétrole et le gaz sont un moteur économique.

Mme Fitzgerald : Oui. Je ne voulais pas donner l’impression que ces deux types d’énergie ne pouvaient pas coexister, ce n’était pas mon intention. Il y a des installations de forage. Je m’attends à ce qu’elles soient en activité pendant les deux prochaines décennies. Je crois que c’est ce qu’a suggéré l’Association canadienne des producteurs pétroliers dans l’exposé qu’elle a présenté au comité.

Ce que je suggère, c’est...

Le sénateur Lewis : Oui, j’ai entendu, je vous remercie. J’ai une autre question...

Mme Fitzgerald : Permettez-moi de répondre à la question; cela doit être une priorité, et ce n’est pas ce que je vois. Comprenez-vous?

Le sénateur Lewis : D’accord, merci.

Mme Fitzgerald : En ce qui concerne les subventions gouvernementales, celles-ci devraient être accordées pour les sources d’énergie renouvelable de l’avenir, et, comme vous l’avez dit, à ces travailleurs, pour leur fournir une énergie abordable dans leurs maisons ou les aider à se recycler pour pouvoir faire partie de cet avenir parce que...

La présidente : Le sénateur Lewis avait d’autres choses à dire.

Le sénateur Lewis : Oui, en Saskatchewan, il y a un seul fournisseur d’électricité pour toute la province. C’est comparable au Labrador. On doit alimenter en électricité une petite population répartie sur un grand territoire. Il a eu une bonne expérience avec l’énergie éolienne et les panneaux solaires, mais, si vous voulez augmenter vos besoins en énergie, et, alors que nous développons cette nouvelle économie, tout le monde va consommer davantage d’électricité. Pour chaque kilowatt généré par l’énergie solaire ou éolienne, vous avez besoin d’une alimentation de secours qui sera une alimentation de base. C’est la réalité. Récemment, il a fait moins 40 pendant, je crois, 10 jours d’affilée. À ce moment-là, les parcs éoliens et les panneaux solaires ne produisent presque pas d’électricité. Vous avez besoin d’une source d’énergie de secours, qui utilise soit le pétrole et le gaz, soit le gaz naturel ou l’hydroélectricité, mais une centrale de base est nécessaire pour fournir l’électricité quand il n’y a pas de vent ou de soleil.

On peut dire que ce n’est pas grand-chose, mais c’est la réalité lorsqu’il s’agit de l’énergie produite à partir de ces sources. C’est une source d’énergie intéressante qui vient s’ajouter à nos réseaux électriques, mais, présentement, avec la technologie accessible, vous avez parlé des batteries, mais nous sommes encore loin d’avoir un système de batterie, un système d’alimentation électrique et un réseau capable d’utiliser l’énergie solaire et l’énergie éolienne comme sources d’énergie de base.

Mme Fitzgerald : Je ne dirais pas cela. Au Canada atlantique, nous en débattons, actuellement, avec les nouveaux projets de centrales à gaz coûteuses. Dans la région, un intervenant affirme que le coût de son option de stockage sera plus stable, parce que nous savons que le prix des combustibles fossiles fluctue avec le marché, même s’il est, dans l’ensemble, plus abordable.

Je pense que nous en sommes là. Pour revenir à la question de la sénatrice Galvez, il s’agit d’investir dans ces types d’innovations au niveau local et de les prioriser pour créer cette fiabilité, et je suis tout à fait d’accord. Nous avons besoin de cette fiabilité. La technologie existe. Les coûts sont là. Cela revient à ce que j’ai dit sur l’établissement des priorités et l’importance d’écouter les différents acteurs.

Le sénateur Lewis : Dans l’Ouest du Canada, les personnes chargées de fournir l’électricité n’ont pas constaté cela.

Mme Fitzgerald : Oui.

Le sénateur Lewis : Cela sera intéressant à observer, à mesure que le temps passe, mais nous ne le voyons pas dans les provinces comme la Saskatchewan. Cette technologie n’existe pas. Avec nos conditions météorologiques et les variations de température, moins 40 l’hiver et 40 l’été, l’alimentation par batterie, dans son état actuel, est un choix discutable.

Mme Fitzgerald : Oui. Je ne veux pas remettre en question votre expérience dans votre province, mais je vous demanderais de consulter des recherches indépendantes à ce sujet, qui ne proviennent pas de vos services publics.

[Français]

Le sénateur Aucoin : J’aimerais revenir sur le fait que des témoins nous ont dit que la demande de pétrole ou d’hydrocarbures changera à la baisse. Peut-être pas autant qu’on l’avait indiqué dans les premières études ou observations, car il y aura une forte demande d’énergie, notamment pour tous les centres de services en technologies de l’information ou la technologie elle-même, mais on aura besoin d’autres genres de produits dérivés des hydrocarbures.

Je comprends vos préoccupations et votre position par rapport aux énergies renouvelables, mais ce qu’on étudie actuellement, ce sont les hydrocarbures ou la possibilité d’exploitation extracôtière dans le cadre du projet Bay du Nord. Une étude a d’ailleurs été réalisée par Pêches et Océans Canada en 2023. Steven Guilbeault, alors ministre de l’Environnement et du Changement climatique, avait indiqué qu’il était possible de procéder à cette exploitation conformément à cette étude environnementale, en suivant des conditions assez strictes. J’aimerais vous entendre là-dessus rapidement, puis j’aurai une deuxième question.

[Traduction]

Mme Fitzgerald : Je veux m’assurer de bien comprendre la question. Parlez-vous du projet Bay du Nord et de l’étude environnementale connexe?

Le sénateur Aucoin : Oui.

Mme Fitzgerald : Oui. Nous mettons bien sûr en question les conclusions de cette évaluation. Même le rapport du ministère des Pêches et des Océans à ce sujet, qui n’a été publié qu’après la fin de l’évaluation, a montré qu’il y avait des impacts liés aux déversements de pétrole. Le risque a été considérablement sous-estimé. Equinor a soutenu qu’il s’agissait d’un risque faible, et en fait, sur toute la durée du projet, le risque est de 16 %, ce qui n’est pas faible selon l’interprétation scientifique. Nous parlons ici de certaines des eaux océaniques les plus dangereuses au monde, où des glaces flottantes et des icebergs peuvent parfois passer.

Les conséquences mondiales d’une énorme marée noire pourraient durer plus d’un mois sans aucun espoir d’arrêter la fuite de pétrole. Ce serait catastrophique pour notre réputation, pour les industries océaniques et, bien sûr, pour la vie marine; les baleines, les poissons et les coraux des grands fonds. Ce rapport a également montré que les effets à long terme de ce projet sur la vie marine vulnérable, indépendamment d’un déversement massif, ont été sous-estimés, et que ces écosystèmes océaniques vulnérables seront endommagés de manière permanente.

Cela n’a pas été pris en compte dans l’évaluation du projet. Franchement, quand j’entends dire que ce secteur est trop réglementé, cela me met hors de moi.

Votre deuxième question porte, je crois, sur la manière dont nous pourrions mieux étudier les différentes sources d’énergie. Je voudrais m’assurer que j’ai bien compris la question.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Absolument pas. Je voudrais plutôt me concentrer sur l’étude des hydrocarbures et sur le projet Bay du Nord.

Je comprends votre point de vue sur le projet, mais selon les informations que j’ai pu lire aujourd’hui, l’exploitation du projet Bay du Nord aurait un impact environnemental moindre. Je comprends également ce que vous avez mentionné en lien avec un possible déversement, mais les émissions moyennes seraient bien moindres que celles produites par les sables bitumineux en Alberta.

Je comprends la position de Sierra Club Canada, selon qui on ne devrait peut-être pas aller de l’avant avec ce projet, mais on a encore besoin de l’industrie pétrolière. Si ce projet allait effectivement de l’avant, le verriez-vous d’un meilleur œil que l’exploitation des sables bitumineux, qui sont plus néfastes pour l’environnement?

[Traduction]

Mme Fitzgerald : Le consensus scientifique mondial est, et depuis de nombreuses années, qu’aucun nouveau projet pétrolier n’est compatible avec un climat sûr à l’avenir. Alors, non, le projet Bay du Nord n’est pas sûr. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin aujourd’hui.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Je cherchais plus précisément à savoir si vous pouviez comparer le projet avec les sables bitumineux. Selon vos données, est-ce que le projet Bay du Nord est moins dangereux pour l’environnement?

[Traduction]

Mme Fitzgerald : À l’étape de l’extraction du pétrole des sables bitumineux, il le serait moins. Toutefois, les émissions associées au projet proviennent surtout, bien entendu, de la combustion du pétrole extrait. Les émissions qui en résultent seront importantes.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Comme comité, on comprend cela.

[Traduction]

Mme Fitzgerald : En particulier dans le contexte des énergies alternatives, telles que l’éolienne en mer, qui existent déjà et dans lesquelles nous devons commencer à investir.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Je suis bien d’accord, mais on se penche sur quelque chose d’autre aujourd’hui dans ce contexte. Merci.

La présidente : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Fridhandler : J’ai trouvé votre déclaration liminaire assez alarmante, car vous n’avez parlé que des risques et des inconvénients liés à l’industrie extracôtière à Terre-Neuve. Je pense que, depuis le début des années 1990, cette activité a été le salut de l’économie de Terre-Neuve, et je suis très heureux de voir les retombées positives qu’elle a eues pour la province.

Cela dit, pourrions-nous revoir les aspects négatifs? Voyez-vous des aspects positifs pour Terre-Neuve dans la production pétrolière extracôtière? Je ne demande pas de comparaisons mondiales. Je parle uniquement de Terre-Neuve.

Mme Fitzgerald : Je ne crois pas que l’on puisse nier que le revenu a été utile. Ce que je dis, c’est qu’il se tarira et qu’il est temps d’en admettre les conséquences.

Le sénateur Fridhandler : Nous avons tous des visions différentes à ce sujet.

Je ne vois pas comment, quand nous commençons à parler de passer à l’énergie éolienne et solaire, étant donné le brouillard qui règne parfois sur Terre-Neuve, et à d’autres énergies renouvelables, celles-ci vont générer des revenus pour l’économie, plutôt que de peut-être répondre aux besoins des petites collectivités de temps en temps.

Avez-vous des études à me recommander qui montrent qu’il s’agit d’un excédent net de revenu, qui s’intégrerait au budget de fonctionnement du gouvernement d’année en année et sur lequel les Terre-Neuviens pourraient compter pour assurer la durabilité de leur économie à long terme?

Mme Fitzgerald : Oui. Je pourrais peut-être demander à Mme Kelly de répondre à cette question, car nous examinons la situation dans le monde entier pour voir quels avantages pourraient découler d’un investissement dans...

Le sénateur Fridhandler : Pour les Terre-Neuviens. Je m’inquiète de l’avenir des Terre-Neuviens et je souhaite qu’il y ait quelque chose pour eux dans l’avenir.

Mme Fitzgerald : Oui. Nous partageons certainement cette préoccupation et nous craignons vraiment qu’il n’y ait aucun plan avant qu’il ne soit trop tard, comme cela a été le cas pour la pêche à la morue.

Le sénateur Fridhandler : À l’heure actuelle, vous ne pouvez pas me citer d’études qui montrent un excédent de revenu pour l’éolien en haute mer, le solaire ou même peut-être le nucléaire?

Mme Fitzgerald : Je demanderais à Mme Kelly de répondre.

Le sénateur Fridhandler : Il y en a certainement quelque part.

Mme Kelly : Je dirais que, à l’heure actuelle, nous n’avons pas d’étude spécifique à jour pour Terre-Neuve-et-Labrador. Mais pour nos voisins du Canada atlantique — la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick —, la dernière étude dont nous avons pris connaissance prévoit une augmentation du PIB pouvant atteindre les 8 milliards de dollars. Cela existe donc ici, au Canada atlantique.

Le sénateur Fridhandler : Pourrions-nous en rester à Terre-Neuve? Je comprends qu’il soit toujours question d’un réseau régional, mais nous savons tous que Terre-Neuve est éloignée des provinces maritimes autant qu’elle fait partie des provinces de l’Atlantique, et ce type d’infrastructure n’est pas si facile que cela. Je veux que Terre-Neuve soit autonome.

Allez-y, si vous pouvez me parler d’études qui montrent que cela va mener à une économie durable.

Mme Kelly : Oui. Je dirais que nous n’avons pas actuellement d’étude spécifique à ce sujet, mais je tiens également à souligner que je partage le souci de voir Terre-Neuve, en tant qu’île, disposer d’une énergie fiable et abordable. Cependant, nous dépendons actuellement du Labrador et, pendant la dernière tempête, nous avons dépendu de la Nouvelle-Écosse pour notre approvisionnement énergétique. Même si nous pouvons sembler être une île isolée, nous sommes en réalité déjà connectés, et il est possible d’étendre et d’améliorer ce réseau non seulement pour l’île de Terre-Neuve et pour le Labrador, mais aussi pour tout le Canada atlantique, en investissant dès maintenant dans le transport d’énergie renouvelable.

Le sénateur Fridhandler : Vous semblez être bien au chaud là où vous êtes. Je présume que vous êtes à Terre-Neuve. Puis-je supposer que vous n’utilisez pas d’hydrocarbures pour vous chauffer?

Mme Kelly : Vous avez raison. J’ai une thermopompe et un système de plinthes chauffantes électriques.

Le sénateur Fridhandler : Madame Fitzgerald, comment faites-vous pour rester au chaud chez vous?

Mme Fitzgerald : Même chose, nous avons des panneaux solaires sur le toit et une thermopompe.

Malheureusement, la Nouvelle-Écosse n’a pas abandonné le charbon et le gaz aussi rapidement que Terre-Neuve-et-Labrador, mais oui, nous passons principalement à des sources éoliennes plus importantes en Nouvelle-Écosse.

Le sénateur Fridhandler : Vous êtes donc en Nouvelle-Écosse, pas à Terre-Neuve?

Mme Fitzgerald : Oui, je suis basée en Nouvelle-Écosse.

[Français]

La sénatrice Youance : Merci de vos remarques, madame Fitzgerald. Vous soutenez qu’il serait plus judicieux de réorienter les investissements vers l’énergie éolienne et d’autres sources d’énergie. Vous avez parlé d’une certaine période au cours des deux prochaines années et vous avez affirmé aussi que l’exploitation extracôtière n’est plus économiquement viable. Quel serait, selon vous, le principal indicateur qui devrait convaincre les décideurs de tourner la page?

[Traduction]

Mme Fitzgerald : Pour les grands projets éoliens extracôtiers, nous en prévoyons davantage. Nous croyons que leur construction prendra plutôt de 7 à 10 ans, mais à plus petite échelle, cela peut se faire assez rapidement, surtout pour les sources d’énergie et le stockage.

Pour moi, en tant que mère, le meilleur indicateur est franchement le regard de mes enfants. Il est effrayant de penser que nous avons la possibilité de faire mieux et que nous risquons de ne pas la saisir.

La deuxième chose, c’est de regarder autour de soi et de voir les collectivités touchées par les feux de forêt, les ouragans et les tempêtes, qui ont augmenté de manière imprévisible en raison du manque de glace dans des endroits comme le Labrador, l’hiver, et de savoir que la science montre que chaque miette de pollution climatique que nous évitons sauvera des vies, des collectivités et de l’argent, et créera un avenir plus sûr pour tous.

La troisième chose — et c’est pourquoi je suis plus optimiste qu’au moment où la pêche à la morue s’est effondrée —, c’est que nous avons une formidable occasion de disposer de sources d’énergie propre, saine et abordable pour la population. Il était impossible de remplacer la morue et son importance culturelle et écologique.

Ici, nous avons une occasion positive. Nous avons besoin de leaders comme vous pour le comprendre, saisir l’occasion et en faire une priorité. En tant que mère, je vous supplie de relever le défi.

Nous n’aurons peut-être plus jamais une telle occasion. Saisissez-la.

[Français]

La sénatrice Youance : Merci, madame Fitzgerald. J’espère que je vais poser une question qui provoquera moins d’émotion. Comment évaluez-vous la capacité des différents ordres de gouvernement à coordonner leurs efforts vers la transition, tout en maintenant l’exploitation telle quelle pour justement faire progresser l’économie locale?

[Traduction]

Mme Fitzgerald : Oui. Comme je l’ai mentionné dans certaines de mes réponses, il existe un modèle pour cela, lorsque nous réduisons la consommation de charbon, et il y a des emplois durables. Des processus ont été créés. Il suffit de leur donner des stéroïdes, peu importe la manière dont vous voulez le formuler. Cela doit être mis en place rapidement. Nous vivons un moment de rupture mondiale. C’est un moment où les gens ont soif de solutions, d’actions et de mesures concrètes et réelles pour les protéger.

Oui, il faut constituer un groupe de travail pour recycler les travailleurs, et il faut investir des ressources et de l’argent dans l’avenir de l’énergie propre et la sécurité énergétique. Je mentionnerai ici le Corps jeunesse pour le climat, qui a reçu un financement modeste — 40 millions de dollars au dernier budget —, mais faisons-le connaître. Mobilisons les jeunes et augmentons le budget alloué à cette initiative, mais engageons les jeunes également, dès le début, et donnons-leur les compétences et les ressources dont ils ont besoin pour participer.

Il y a beaucoup de désespoir dans le monde. Une façon de lutter contre le désespoir est d’agir, et nous avons de belles occasions de le faire en travaillant ensemble et peut-être en nous inspirant de l’idée du groupe de travail sur le charbon.

[Français]

La sénatrice Youance : Merci.

[Traduction]

La sénatrice Coyle : Premièrement, je tiens à remercier sincèrement nos témoins pour leur bon travail. C’est très apprécié. J’espère que vous sentez la reconnaissance de notre groupe, non seulement pour votre témoignage aujourd’hui, mais aussi pour tout ce que vous faites.

Je suis curieuse. Vous avez parlé de la question des projets d’intérêt national que le Canada examine actuellement. Pour les projets d’intérêt national, nous avons besoin de promoteurs. Je me demandais, en ce qui concerne l’énergie éolienne extracôtière dont nous parlons comme possibilité pour Terre-Neuve-et-Labrador, si vous connaissiez des promoteurs, des entreprises, des collectivités et d’autres acteurs qui souhaiteraient se regrouper pour promouvoir ce type de nouvelle industrie.

Mme Kelly : Je peux répondre. Je dirais que, dans le cas particulier de Terre-Neuve-et-Labrador, nous ne connaissons pas de promoteurs, car l’appel à passer à l’énergie éolienne extracôtière n’a pas encore été lancé ici.

En ce qui concerne la Nouvelle-Écosse, où la sélection préalable vient de se terminer, les résultats ne sont pas publics, mais, comme l’a dit Mme Fitzgerald, deux entreprises, l’une française et l’autre sud-coréenne, ont annoncé qu’elles avaient déposé leur candidature à la sélection préalable et qu’elles avaient déjà fait des démarches pour commencer à élaborer les ententes sur les retombées au niveau local, y compris les programmes de formation pour les Néo-Écossais.

La sénatrice Galvez : C’est facile de devenir émotive, je le reconnais. Je suis quatre fois grand-mère. L’avenir est très important pour mes petits-enfants.

Pour m’apaiser, je retourne toujours aux données et aux aspects techniques. J’ai participé à de nombreuses évaluations d’impact environnemental de projets énergétiques et j’en ai étudié un grand nombre. Au tout début d’une évaluation d’impact, nous posons la question suivante : pourquoi avons-nous besoin de ce projet? Est-ce pour créer une économie? Des emplois? Parce que je suis une politicienne qui veut obtenir des votes? Ou avons-nous un besoin énergétique dans la communauté?

En ce qui me concerne, jusqu’ici, lorsque nous parlons de ces projets, je ne sais pas réellement quel est l’objectif ultime. Est-ce de créer des revenus pour la province? Si c’est le cas, il y a bien d’autres moyens de le faire. Pour fournir une capacité énergétique actuellement inexistante? Eh bien, il y a maintenant de nombreux autres moyens d’en produire. Est-ce pour créer des emplois afin que quelqu’un remporte une élection?

Quel est votre avis à ce sujet? Je pose la question parce que ma collègue a raison : nous parlons précisément de pétrole et de forage et de l’expansion des activités pétrolières à Terre-Neuve.

Mme Fitzgerald : Oui. Pardonnez-moi de m’être laissée emporter par l’émotion.

La sénatrice Galvez : Vous n’avez pas besoin de vous excuser.

Mme Fitzgerald : Merci de votre compréhension. Je trouve que, avec les évaluations d’impact, les énoncés décrivant la nécessité du projet ont souvent tendance à être très autoréférentiels. Habituellement, les promoteurs disent qu’il nous faut ce projet parce qu’il nous faut ce projet. Il n’y a aucune véritable justification légitime.

En ce qui concerne Terre-Neuve-et-Labrador, évidemment, il a été nécessaire de combler la lacune créée lorsque l’industrie de la pêche à la morue s’est effondrée et de créer des emplois et des redevances.

Ce que nous essayons de faire valoir auprès du comité, c’est que ces emplois et ces revenus connaissent un déclin, or une autre industrie est prête à prendre la relève, et il faut se concentrer sur elle. Elle doit faire l’objet d’une attention constante de la part des élus. Oui, en ce qui concerne le réseau électrique, des investissements publics pourraient se révéler nécessaires. Il pourrait même y avoir une copropriété publique pour certains de ces projets éoliens. C’est la population de Terre-Neuve-et-Labrador et d’autres communautés qui doivent en discuter, et nous espérons nous entretenir à ce sujet avec elles au cours de l’année qui vient. J’espère que le gouvernement et les sénateurs prendront également part à ces discussions. Lorsque l’on parle des avantages des sources d’énergie renouvelable, on voit très clairement les nombreux autres avantages au-delà des profits éventuels pour un promoteur. Ce n’est pas si autoréférentiel que cela : « Nous avons besoin de ce projet parce que nous voulons en tirer des profits. Merci beaucoup. »

Les avantages sont, mis à part les emplois, des revenus potentiels pour le gouvernement et la contribution à des solutions climatiques, laquelle, en ce qui concerne la résilience, la souveraineté et le patriotisme canadiens, pourrait être importante. On vise à créer une sécurité énergétique pour le Canada et à lutter contre l’augmentation des répercussions climatiques, qui, comme nous le savons tous, je crois, augmentent.

Il y a tant d’autres avantages que le besoin serait facile à justifier, y compris les avantages que je viens d’évoquer, et pas seulement ceux pour les promoteurs.

La présidente : Merci. Nous avons presque écoulé le temps, mais nous laisserons la dernière question au sénateur Wells.

Le sénateur D. M. Wells : Merci, madame Fitzgerald. Vous avez évoqué le consentement de la communauté. À Terre-Neuve-et-Labrador, je sais qu’un très grand pourcentage de Terre-Neuviens et de Labradoriens donnent leur consentement au secteur pétrolier et gazier. En Allemagne, bien sûr, il n’y avait pas de consentement communautaire pour l’énergie nucléaire, alors celle-ci a été interdite.

Étant donné que les énergies renouvelables représentent moins de 5 % de l’approvisionnement mondial en électricité, tandis que le pétrole en représente environ 60 %, ma question porte sur les tendances pour l’avenir rapproché. L’une des premières choses que Mme Kelly a dites dans son témoignage était que l’hydrogène éolien n’est pas une solution de rechange viable. Compte tenu du fait que, aujourd’hui, le premier ministre Carney annoncera l’abandon de l’obligation relative aux véhicules électriques et vu vos commentaires selon lesquels l’utilisation des véhicules électriques stimulera la croissance, êtes-vous préoccupée par la tendance liée à la hausse du pétrole — tel que la décrit l’Agence internationale de l’énergie dans ses scénarios à l’horizon 2050 — et par la diminution de sources comme le nucléaire dans le moteur économique de l’Europe, notamment en Allemagne, ainsi qu’au Canada avec l’abandon de l’obligation relative aux véhicules électriques et l’échec du financement de l’usine de batteries, qui a été transférée aux États-Unis?

Mme Fitzgerald : Pour répondre à votre question, non. Bien sûr, je préférerais que rien de tout cela n’arrive, mais une partie des renseignements que nous soumettrons au comité renferme des données sur la forte augmentation projetée de l’énergie mondiale. Selon les prévisions, les énergies éolienne et solaire à elles seules devraient représenter 32 % de l’énergie mondiale d’ici 2030, et bondir jusqu’à 50 % d’ici 2040. Même aux États-Unis, où nous savons que l’administration fédérale, à tout le moins, remet en question les mesures climatiques et mine activement les efforts visant à lutter contre les changements climatiques, les énergies éolienne et solaire ont surpassé le charbon dans le réseau électrique. Qu’est-ce qui explique cela? Ce sont des sources d’énergie moins chères. L’entreposage de l’énergie solaire et éolienne est moins coûteux que ses solutions de rechange utilisant des combustibles fossiles, et c’est donc ce qui se passe.

Je suis d’accord, dans une certaine mesure, avec les propos formulés par le premier ministre Carney dans le cas de son discours à Davos, soit la mesure dans laquelle les coalitions entre pays volontaires est importante en ce moment. Je prédis que le Canada cherchera à collaborer avec des pays comme la Chine et peut-être la Corée du Sud — où se trouve l’une des entreprises qui souhaite exercer des activités ici, au large de la Nouvelle-Écosse — et avec le bloc européen. Certains de ces pays prennent eux-mêmes une avance notable en matière d’action climatique, que ce soit par les véhicules électriques ou les énergies renouvelables. Si nous voulons faire partie de ces coalitions des pays volontaires et des pays du Sud, où les changements climatiques sont beaucoup plus effarants et injustes, si nous voulons travailler avec ces gens, il nous faudra plus que jamais agir dans ce domaine.

La présidente : Merci, madame Fitzgerald. Nous sommes arrivés à la fin de notre temps ensemble. Je vous remercie, ainsi que Mme Kelly, de votre présence aujourd’hui. Nous passons maintenant à notre deuxième groupe de témoins.

Mme Fitzgerald : Merci, mesdames et messieurs. Nous fournirons quelques renseignements qui permettront, je l’espère, d’appuyer nos arguments et de répondre aux questions auxquelles nous n’aurions pas répondu adéquatement aujourd’hui. Merci beaucoup.

La présidente : Merci.

J’aimerais maintenant accueillir notre deuxième groupe de témoins. Nous recevons M. Derek Simon, conseiller juridique, par vidéoconférence, ainsi que M. Dean Vicaire, directeur général, par vidéoconférence, de Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc.

Bienvenue. Merci d’être avec nous. Vous aurez cinq minutes pour présenter une déclaration liminaire, après quoi nous passerons à une séance de questions et de réponses avec les sénateurs.

Dean Vicaire, directeur général, Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc. : Merci, mesdames et messieurs. Je suis ravi de vous revoir. J’ai été heureux de partager un repas avec vous la semaine dernière.

[mots prononcés dans une langue autochtone]

Bonjour à tous. Chez Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc., ou MTI, un organisme à but non lucratif créé par les neuf Premières Nations mi’kmaqs du Nouveau-Brunswick, nous représentons huit communautés dans les dossiers de consultation. Les objectifs de MTI sont de promouvoir et de favoriser la reconnaissance, l’affirmation et la mise en œuvre des droits autochtones et des droits issus de traités ainsi que du droit à l’autodétermination de nos peuples.

Je suis heureux de vous expliquer pourquoi MTI s’est joint à des groupes environnementaux pour intenter une contestation judiciaire contre le ministre de l’Environnement en raison de l’approbation du projet d’exploitation pétrolière et gazière de Bay du Nord, évalué à 16 milliards de dollars.

Tout d’abord, vous devez comprendre que, pour les L’nu ou les Mi’kmaqs, le plamu — le saumon — revêt une importance culturelle fondamentale : nous sommes le saumon, et nos pratiques de pêche traditionnelles doivent guider nos actions.

Le territoire mi’kmaq traverse le Canada atlantique. Même les activités menées à l’extérieur du Nouveau-Brunswick peuvent avoir une incidence sur la capacité des Mi’kmaqs d’exercer leurs droits. La zone du projet est essentielle pour la route migratoire du saumon atlantique, qui est déjà reconnu comme espèce en péril et classé dans la zone critique par Pêches et Océans Canada. Un seul déversement pétrolier pourrait décimer des espèces qui migrent en passant par la zone de déversement.

Nous avons une profonde responsabilité de protéger le saumon, ainsi que d’autres espèces et habitats essentiels pour maintenir un écosystème marin équilibré pour les générations futures. Nous ne pouvons pas faire fi de la menace que ce projet pourrait faire peser sur le saumon et d’autres espèces marines. Personne ne nous a donné la possibilité de relayer nos préoccupations dans le cadre de l’évaluation du projet, et c’est pourquoi nous n’avons eu aucun autre choix que de prendre position et nous joindre à la poursuite juridique intentée par Sierra Club Canada et Ecojustice pour les raisons suivantes : nos communautés n’ont pas fait l’objet d’une consultation en bonne et due forme concernant ce projet; le gouvernement fédéral a fait abstraction de sa responsabilité constitutionnelle visant à consulter de manière véritable nos peuples autochtones; la possibilité réelle des effets environnementaux négatifs, en particulier la menace de déversements pétroliers; et enfin, les menaces réelles à la vie marine, en particulier le saumon, que ce projet pourrait causer.

Ces préoccupations subsistent bien sûr aujourd’hui. Nous ferons tout notre possible pour protéger les eaux et les espèces qui présentent une importance culturelle pour nos peuples. Je veux être bien clair en disant que nous ne sommes pas contre le développement économique. Nous voulons simplement nous assurer qu’il se fait de manière responsable et durable.

Je suis impatient de discuter plus en détail de ce sujet tout au long de la séance. Mon collègue, Derek Simon, vous en dira plus sur le processus de consultation déficient.

Merci beaucoup. Wela’lioq. Merci de m’avoir écouté.

Derek Simon, conseiller juridique, Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc. : [mots prononcés dans une langue autochtone] Bonjour, mesdames et messieurs. Je m’appelle Derek Simon et je suis conseiller juridique de Mi’gmawe’l Tplu’taqnn.

Le processus de consultation déficient entrepris par le gouvernement fédéral dans ce dossier comportait des échéanciers précipités, un financement inadéquat et des problèmes importants liés à l’établissement de la portée des répercussions du projet. Les communautés de Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc. situées au Nouveau-Brunswick ne faisaient originalement pas partie de la portée de l’évaluation d’impact des projets d’exploitation pétrolière et gazière dans l’Est de Terre-Neuve. Cependant, MTI a fourni des connaissances autochtones concernant les routes migratoires du saumon, ce que le MPO a confirmé. En fin de compte, CM a inclus les communautés de MTI dans la portée de l’évaluation d’impact. Toutefois, des préoccupations subsistaient quant au fait que des activités présentant un potentiel d’impact important sur les droits des Mi’kmaqs avaient été exclues du processus, ainsi qu’au manque d’intégration réelle des connaissances autochtones.

Pour ce qui est du projet de Bay du Nord, l’ACEE a choisi d’exclure le transport maritime de la portée de l’évaluation d’impact, malgré des données probantes claires. C’est un résultat direct du projet qui devrait être inclus dans toute évaluation d’impact. En raison de cette décision, les Mi’kmaqs n’ont jamais fait l’objet d’une véritable consultation au sujet des répercussions de l’expédition maritime sur les droits des Mi’kmaqs.

Bien qu’Equinor Canada ait promis de soutenir le Fonds pour l’étude de l’environnement afin d’étudier la migration du saumon atlantique, ces études auraient dû être entreprises bien avant que toute décision concernant l’évaluation d’impact soit prise et auraient dû être éclairées par les connaissances autochtones. Le manque de participation véritable au processus de consultation signifie que les principales préoccupations relevées par les Mi’kmaqs n’ont pas été abordées.

Heureusement, il y a une solution à ce problème. Mi’gmawe’l Tplu’taqnn Inc. a adopté le cadre d’évaluation des répercussions sur les droits des Mi’gmaq, ou MRIA en anglais, qui est un processus autochtone rigoureux servant à déterminer les répercussions de tout projet sur les droits des Mi’kmaqs. Combiné au processus de recherche en matière de connaissances autochtones de MTI, il fournit des décisions claires axées sur les données probantes concernant les répercussions des projets sur les droits des Mi’kmaqs, ce qui, à son tour, oriente le processus lié à l’obligation de consulter.

Nous encourageons fortement le comité à inciter la Couronne et les promoteurs à reconnaître les processus d’évaluation d’impact dirigés par les Autochtones ainsi que les connaissances autochtones. Nous sommes impatients de répondre aux questions des sénateurs.

La présidente : Nous allons commencer la période de questions.

Le sénateur D. M. Wells : Merci, chers témoins, de comparaître devant nous. Vous êtes établis au Nouveau-Brunswick et représentez des bandes micmaques de cette province. Pouvez-vous m’aider à comprendre le lien entre les bandes du Nouveau-Brunswick et les projets d’exploitation pétrolière et gazière extracôtiers à Terre-Neuve?

M. Vicaire : Merci de poser la question, sénateur Wells. Comme je l’ai mentionné précédemment, à cause de sa tendance migratoire, le saumon pourrait être décimé en cas de déversement pétrolier. La trajectoire migratoire fait pleinement partie de nos connaissances autochtones. L’idée qu’elle puisse être perturbée a et aura une incidence profonde sur notre existence en tant que peuple. À tort ou à raison — et un grand nombre de gens vous le diraient — nous nous désignons comme des Micmacs, mais le terme plus juste serait L’nu. L’nu signifie que nous venons de la terre, de l’eau. Nous sommes ici en raison du saumon, pas même pour discuter des autres espèces. Pour répondre précisément à votre question, c’est effectivement ce que serait l’impact potentiel sur notre saumon.

M. Simon : Je soulignerais également, monsieur le sénateur, que le territoire micmac traverse le Canada atlantique, y compris des parties de Terre-Neuve, et que la plupart des Micmacs ont des liens avec toutes les parties du territoire.

Lorsque MTI a choisi de participer au contrôle judiciaire, nous avons communiqué avec des cousins et des parents à Terre-Neuve. Nous avons dit à la population de Conne River qui se trouve dans son district que nous envisagions de faire participer MTI à cette contestation, ce qui lui allait très bien. Elle comprenait elle aussi qu’il était nécessaire de protéger le territoire.

Comme mon collègue M. Vicaire l’a souligné, les trajectoires migratoires des espèces dont la population dépend ne reconnaissent pas nos limites coloniales ou provinciales. Elles migrent là où elles migrent. Le saumon passe à travers cette zone. De plus, un certain nombre de nos communautés pêchent dans des régions situées juste à proximité des sites d’extraction pétrolière et gazière, ce qui a eu une certaine quantité d’effets potentiels sur les droits des communautés au Nouveau-Brunswick.

Mon commentaire vise à démontrer l’interrelation entre le territoire et la population.

Le sénateur D. M. Wells : Merci. Je précise que les Micmacs ne sont arrivés à Terre-Neuve qu’à la fin des années 1880.

Nous avons reçu le mois dernier le chef Benoit de la Première Nation de Miawpukek à Conne River, et il n’a rien dit à ce propos. Miawpukek faisait-elle partie de la proposition de MTI?

M. Simon : Elle n’en faisait pas partie, mais nous nous sommes adressés à la Première Nation de Miawpukek avant de prendre part à ce processus.

Je me sens obligé de revenir sur le commentaire selon lequel les Micmacs ne sont arrivés à Terre-Neuve que dans les années 1880. Je reconnais que c’est ce qu’on a longtemps enseigné dans les écoles de Terre-Neuve-et-Labrador. Je reconnais également que les études historiques actuelles et les connaissances autochtones rejettent entièrement cette prétention. Il y a des lieux dans l’Ouest de Terre-Neuve qui portent des noms comme Wigwam Point, des noms de lieux micmacs. Lorsque vous regardez les dossiers historiques, les premiers Européens qui sont arrivés ont dit avoir vu des villages micmacs dans l’ouest de Terre-Neuve. Les données probantes, ainsi que l’histoire orale, nous montrent que les Micmacs ont occupé l’ouest de Terre-Neuve bien avant l’arrivée des Européens. Merci.

Le sénateur D. M. Wells : Je vous remercie de cette précision. Je parlais uniquement des Micmacs à Miawpukek.

Les enjeux soulevés par MTI concernent-ils davantage le processus de consultation plutôt que l’exploitation pétrolière et gazière en particulier? Est-ce bien le cas?

M. Simon : Je pense que c’est le cas. Notre préoccupation tient à la manière dont la portée des projets est déterminée. C’est difficile. Comme M. Vicaire l’a souligné, nous ne sommes pas contre le développement économique ni même contre l’exploitation pétrolière et gazière à proprement parler. L’important est de déterminer la portée des répercussions de ces projets et de nous assurer d’avoir tenu compte de l’ensemble des répercussions.

La principale préoccupation formulée par MTI au sujet de l’absence de consultation tenait au fait qu’on a éliminé de la portée l’expédition maritime, ce qui a fait en sorte que MTI n’a jamais… En fait, aucune Première Nation n’a jamais été consultée au sujet des répercussions de l’expédition maritime et des répercussions potentielles que cela aurait sur les espèces qui migrent par cette région ainsi que pour l’ensemble des pêches.

C’est là la principale préoccupation : lorsqu’on examine ce type de projets, si on tente d’en évaluer les avantages et les inconvénients, mais que la portée est définie de manière à faire abstraction de certains des inconvénients ou de certaines préoccupations légitimes, on ne peut alors tout simplement pas prendre en considération ces préoccupations. C’est la perspective qui a été défendue devant les tribunaux; que les Micmacs n’ont jamais fait l’objet de consultations, que ce facteur n’a jamais été adéquatement pris en considération dans le processus d’évaluation d’impact.

Le sénateur D. M. Wells : Merci beaucoup d’avoir clarifié vos réponses. Je vous en suis reconnaissant.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Je vais poser mes questions en français. Si je comprends bien, vous n’êtes pas contre le projet de développement, mais vous auriez préféré que l’organisation MTI soit consultée, notamment sur la navigation maritime. Je présume que, lorsque vous utilisez ce terme, vous parlez de l’augmentation du trafic maritime entraîné par le projet d’exploitation, soit le transport du pétrole à partir de la plateforme ou de l’équipement nécessaire pour s’y rendre. Ai-je raison de penser que c’est là où vous en êtes?

Vous avez fait une étude; où en êtes-vous dans cette étude? Est-elle terminée? Attendez-vous que le gouvernement la révise? Aimeriez-vous vous asseoir de nouveau avec le gouvernement? Quelle est la situation à l’heure actuelle?

M. Simon : Je crois avoir bien compris la question en français, monsieur le sénateur, mais je vais y répondre en anglais.

[Traduction]

L’une des préoccupations avec ce projet était également le fait que ni la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, ou LCÉE, ni les promoteurs n’ont fourni un financement adéquat pour mener une étude approfondie portant sur les connaissances autochtones, monsieur le sénateur. Nous n’avons jamais été bien positionnés pour vérifier avec exactitude ce que pourraient être les répercussions du projet sur le saumon. Nous disposions d’un certain degré de connaissances autochtones pour cette région et avons mené une étude très limitée au sujet des connaissances autochtones qui nous a permis de déterminer la route migratoire du saumon et, de façon très générale, les répercussions de ce projet. Mais personne n’était prêt à financer une étude exhaustive sur les connaissances autochtones qui nous aurait permis d’examiner les répercussions en détail.

Certes, la manière dont le processus s’est déroulé est une autre préoccupation. C’est très important. J’insiste sur ce point, parce que, pour qu’une consultation soit digne de ce nom, soit les promoteurs, soit la Couronne doivent fournir aux Premières Nations la capacité de participer véritablement à ce processus. Pour cela, il faut financer adéquatement les études sur les connaissances autochtones. Les connaissances autochtones ne se trouvent pas dans les livres ou sur les tablettes des bureaux. Elles résident auprès des membres de la communauté, de ceux qui se trouvent sur les terres et les eaux. Nous devons aller leur poser les bonnes questions à propos de ce qu’ils savent de cette région particulière.

Dans ce dossier — comme je l’ai dit — nous avons été en mesure d’obtenir quelques connaissances générales au sujet des routes migratoires, qui expliquaient en général certaines des répercussions, mais une étude plus détaillée sur les connaissances autochtones nous en aurait dit beaucoup plus à propos, par exemple, de la manière dont l’expédition maritime pourrait se répercuter sur ces droits. Encore une fois, j’insiste sur l’importance de fournir un soutien en matière de ressources aux Premières Nations afin qu’elles puissent participer en bonne et due forme à ces processus. J’espère que cela répond à votre question. Si ce n’est pas le cas, je serais heureux de répondre à une question complémentaire.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Merci. J’ai une question supplémentaire en ce qui concerne le saumon.

Je comprends que c’est une denrée qui a beaucoup d’importance pour les peuples mi’kmaqs, non seulement sur le plan de la nourriture, mais aussi sur le plan symbolique et historique. Je croyais que les routes migratoires du saumon se situaient le long de la côte. Je comprends que s’il y avait un déversement et s’il se dirigeait vers la côte, cela pourrait poser problème. Cependant, comme c’est à 500 kilomètres du large, un potentiel déversement aurait-il une incidence sur le saumon ou d’autres espèces? Comme vous avez principalement mentionné le saumon, pouvez-vous en parler?

[Traduction]

M. Simon : C’est une très bonne question, monsieur le sénateur. D’abord, les données scientifiques sur ce qui arrive aux saumons en mer sont extrêmement limitées. C’est un peu comme une boîte noire. Ils vont dans l’océan. Nous savons que le saumon de l’Atlantique fait actuellement face à un taux de mortalité très élevé, mais nous ne savons pas avec certitude pourquoi. Nous parlons de l’impact d’activités comme la pêche du Groenland et des différentes répercussions possibles, mais on débat encore beaucoup sur le fait de savoir ce que font précisément les saumons lorsqu’ils vont en mer.

Un de nos détenteurs du savoir, Fred Metallic, qui provient de la communauté de Listuguj de M. Vicaire, explique que le saumon part, et a un mawiomi — ce qui signifie « rassemblement » en micmac — au large du Groenland, rencontre ensuite le saumon de l’Europe, puis ils échangent des connaissances. Ce type d’information sert à éclairer notre perspective, mais du point de vue scientifique, les connaissances sont limitées. Les détenteurs du savoir nous ont confirmé quelles étaient les routes migratoires, ce qu’a confirmé par la suite le MPO. Celles-ci s’inscrivaient dans l’empreinte du projet. Le ministère des Pêches a confirmé avec certitude que les renseignements s’inscrivent dans l’empreinte du projet.

Encore une fois, l’expédition maritime traverse également la route migratoire. Il s’agit non seulement de l’emplacement des plateformes elles-mêmes, mais aussi de la trajectoire des navires qui transporteront l’équipement et le pétrole. Ils traversent également la route migratoire. Je peux dire que, en fonction des connaissances autochtones ainsi que des données scientifiques confirmées par la suite par le MPO, nous avons été en mesure d’établir que les routes migratoires du saumon seraient touchées par ce développement pétrolier et gazier, d’une manière ou d’une autre. J’espère que cela répond à votre question.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Lewis : Je remercie les deux témoins de leurs exposés. C’est très intéressant. Vous avez parlé plus tôt dans votre exposé d’une contestation judiciaire. Celle-ci a-t-elle été effectuée? Dans le cadre de la contestation, a-t-on tenu compte de l’obligation de consulter et de tous les éléments dont vous parlez?

M. Simon : Nous attendons actuellement la décision de la Cour d’appel fédérale, monsieur le sénateur, et l’absence de consultation est la principale question en jeu dans cette contestation.

Le sénateur Lewis : Donc, à bien des égards, beaucoup de choses pourraient être déterminées en fonction de la décision du tribunal.

M. Simon : La question est toujours devant les tribunaux. Je dirais même que, en tant qu’avocat, je préfère que les tribunaux ne nous disent pas comment régler ces problèmes. Ceux-ci se règlent mieux à l’aide d’un dialogue véritable entre la Couronne et les Premières Nations. Comme je l’ai souligné plus tôt, lorsque ce projet a été adopté, le processus d’évaluation des droits des Micmacs n’était pas encore en place, et nous n’avions pas de processus d’évaluation d’impact particulier que nous demandions à la Couronne de respecter. Ce processus est désormais en place, et nous demandons à la Couronne de le respecter.

C’est un processus très direct. Il s’agit d’un guide d’environ 30 pages, reposant sur huit étapes et 11 principes, qui vous dit essentiellement comment les Micmacs vont déterminer les répercussions sur leurs droits et comment ils veulent être consultés par rapport à ce genre de projet. Ce document a été très bien reçu par les promoteurs. En général, ceux-ci le trouvent beaucoup plus clair que tout ce que la Couronne leur donne à propos de la façon de s’acquitter de l’obligation de consulter. Des promoteurs comme Port Saint John ont affirmé qu’il s’agissait de l’un des meilleurs processus auxquels ils aient jamais participé, en ce qui concerne sa structure et son organisation.

Nous avons travaillé avec une entreprise de logiciels et conçu des logiciels visant à automatiser le processus. Un promoteur peut se connecter, entrer les renseignements au sujet du projet, et une fois ceux-ci remplis, désigner les membres du personnel concernés. Le processus est lancé. Nous pouvons extraire nos données sur les connaissances autochtones pour cette région. C’est un processus très direct du point de vue du promoteur.

C’est parfois un peu plus long qu’ils le voudraient, mais nous cherchons des moyens d’accélérer ces délais. Encore une fois, pour revenir à ce que disait M. Vicaire, les Micmacs du Nouveau-Brunswick ne sont pas contre le développement. Nous disons qu’il s’agit là d’un processus que vous pouvez suivre pour obtenir le consentement des Micmacs pour votre projet. Il énonce des conditions très claires, des mesures d’accommodement requises et ce genre de choses. J’ai probablement un peu dépassé la portée de votre question.

M. Vicaire : J’aimerais ajouter que, dans le cadre de ce processus, il y a eu et il continue d’y avoir des promoteurs qui s’y plient. Par conséquent, comme peut en témoigner toute organisation rentable, quand on suit le processus, on respecte les délais et le budget, malgré le fait que cela peut prendre un peu plus de temps. Il n’y a pas d’obstacle qui perturbe le processus de conduite des affaires. C’est quelque chose que nous encourageons tous les promoteurs et tous les ordres de gouvernement à faire.

Je m’excuse de ne pas avoir pu répondre plus tôt à la question posée en français. Pour une certaine raison, je n’entendais pas l’interprétation. Je tenais à le préciser. Merci.

Le sénateur Lewis : Félicitations pour les progrès que vous avez faits. À mesure que cela progresse et s’il y a davantage de possibilités de consultation, il semble que vous ayez mis en place un système qui semble nettement meilleur que ce qu’il y avait auparavant.

M. Vicaire : J’apprécie cela. Merci.

La sénatrice Coyle : Merci aux deux témoins, M. Vicaire et M. Simon.

Je suis moi aussi ravie d’entendre parler des lignes directrices que vous avez élaborées pour la consultation sur les projets importants en collaboration avec les Mi’kmaqs. Comme vous le savez, c’est quelque chose qui était fort nécessaire depuis toujours. J’ai siégé de nombreuses années au Comité sénatorial permanent des peuples autochtones, et cela a toujours été un obstacle pour tout le monde. Je vous en félicite.

D’après ce que je comprends, le principal problème dans ce dossier est la crainte que les routes de navigation empruntées par les pétroliers aient une incidence sur les routes migratoires du saumon, puisque le saumon est une ressource essentielle, une source de nutrition, une source pertinente sur le plan culturel et une source économique pour les Mi’kmaqs. Je suis mi’kmaq, d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, tout près de Paqtnkek, je sais donc de quoi vous parlez.

Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si vous souhaitez que le gouvernement suive ces lignes directrices concernant la consultation nécessaire pour l’évaluation d’impact. Avez-vous constaté, dans d’autres endroits au Canada, peut-être sur la côte Ouest, ou dans d’autres régions du monde, une interaction entre les routes de navigation des pétroliers et les routes migratoires du saumon ou d’autres espèces de poissons importantes, et quels résultats auraient pu découler de ces interactions ou de ces évaluations d’impact?

M. Vicaire : Oui. C’est une très bonne question. Je suis sûr que cette question est toujours ouverte et que les gens peuvent encore y répondre. Personnellement, je n’en connais aucune. Je sais que, en Nouvelle-Zélande, il y a eu des discussions et que des accords ont été conclus, mais partout ici au Canada, nous voulons vraiment que le cadre d’évaluation des impacts sur les droits des Mi’kmaqs serve de modèle.

Sans vouloir passer pour une organisation qui essaie de vendre quelque chose, nous tentons de convaincre les gens d’ouvrir les yeux et les oreilles et d’adopter ce processus parce que, encore une fois, il respecte les délais, le budget et est réalisé de manière durable, et qu’il respecte la Terre mère, tout en éliminant tout obstacle potentiel qui pourrait se présenter, comme vous et les autres sénateurs l’avez dit dans le passé, qui limite la vitesse à laquelle les entreprises peuvent fonctionner. Si le gouvernement fédéral l’adopte, les magnats du transport devraient alors certainement aussi l’adopter et se renseigner davantage à ce sujet.

Je ne sais pas si mon collègue en connaît d’autres, mais moi, personnellement, je n’en connais pas.

M. Simon : Oui. C’est quelque chose qui devrait être examiné dans le cadre de notre processus actuel. C’est toujours un plaisir pour MTI de parler à d’autres peuples autochtones, en particulier dans d’autres régions du pays ou même dans d’autres régions du monde, comme M. Vicaire l’a mentionné, de leur expérience avec ce genre de choses.

Parfois, on ne veut pas seulement obtenir les études : on veut aussi connaître la réalité sur le terrain et l’expérience vécue par les personnes qui vivent sur ces terres. Malheureusement, l’étendue de ce processus était telle que cela ne s’est pas produit.

Je pense que, pour un projet où une étude de cas appropriée sur les connaissances autochtones et le cadre d’évaluation des impacts sur les droits des Mi’kmaqs, ou EIDM, ont été suivis, cela se produirait certainement.

La présidente : Nous nous demandions si vous pouviez envoyer ce cadre au comité pour qu’il puisse faire partie des données dont nous disposons. Évidemment, certains sénateurs l’ont trouvé intéressant et ont jugé que c’est une solution possible pouvant profiter à d’autres peuples que les Mi’kmaqs. Pensez-vous que vous pourriez nous le fournir?

M. Vicaire : Absolument. Je peux vous répondre par un oui catégorique.

La présidente : Merci.

La sénatrice McCallum : Merci de vos exposés. J’aimerais faire une remarque sur ce que vous avez dit, à savoir que les frontières provinciales sont des frontières coloniales, et que nous ne les avions pas en tant que peuple des Premières Nations, que le territoire s’était encore plus étendu. C’était énorme.

Quand nous avons mis en œuvre l’Accord Atlantique Canada-Terre-Neuve-et-Labrador, le représentant autochtone était un chef de la Saskatchewan. Le peuple mi’kmaq n’avait pas été consulté. J’avais reçu une lettre des chefs mi’kmaqs me disant qu’ils n’auraient pas été consultés. Je tenais à le dire. Il n’est pas normal que le gouvernement fasse appel à des personnes qui pensent comme lui pour se faciliter les choses.

J’aimerais également lancer une invitation. Nous remplissons notre obligation de consulter au Comité sénatorial permanent des peuples autochtones, et c’est notre prochaine étude. Si vous pouviez fournir vos coordonnées, je mettrai votre nom sur la liste des témoins.

Quand on n’est pas consulté, les décisions sont prises, et que le projet est en cours, les mesures d’adaptation pour les personnes touchées, pour MTI, devaient alors être plus importantes, n’est-ce pas? Les mesures d’adaptation, c’est après. À quoi ressembleraient les mesures d’adaptation aujourd’hui?

Je ne sais pas à quoi servirait une consultation après que tout a été fait. Quelles mesures d’adaptation cherche-t-on, puisque c’est en cours de construction et que les pétroliers vont y entrer? Sur quoi aimerait-on avoir un impact, que souhaiterait-on changer?

M. Vicaire : C’est une très bonne question, madame la sénatrice. Avec tout le respect que je dois aux dirigeants et aux chefs dans les collectivités que MTI représente, cet aspect devrait être réexaminé et discuté individuellement avec chacun de leurs conseillers et, surtout, avec les membres de leur collectivité.

Distribuer plus d’argent n’a jamais été la solution. Nous avons vu cela à maintes reprises. Pour éviter ce type de comportement de la part des grandes entreprises à tout moment, il faut adopter une approche plus holistique concernant les mesures d’adaptation, favoriser l’éducation et la compréhension, et échanger lors des consultations, pour ainsi dire, pour transmettre des connaissances autochtones là où elles sont bien accueillies et, finalement, comprises. C’est ce que je peux affirmer avec certitude.

Ce n’est pas à moi de dire à quoi cela ressemblera dans chaque cas, mais c’est quelque chose que mon collègue et moi communiquerons aux dirigeants.

M. Simon : Madame la sénatrice, il est difficile de se prononcer sur les mesures d’adaptation qui auraient pu découler d’un processus de consultation boiteux. Le processus d’EIDM vise à obtenir le consentement des Mi’kmaqs, lequel repose sur certaines conditions. Les conditions typiques que nous avons vues pour d’autres projets de ce type concernent les répercussions liées à la navigation ou au transport. La surveillance est une mesure courante qui est prise. Parfois, il y a des restrictions liées à l’heure de la journée ou à la période de l’année où certaines activités peuvent se dérouler. Certaines limites pourraient être imposées concernant la façon, le moment et l’endroit où un transport a lieu pour que l’on puisse s’assurer qu’il a une incidence minimale sur la saison migratoire. On regarderait à quelle période de l’année le saumon migre à cet endroit. Y a-t-il des limites ou des restrictions que l’on pourrait imposer qui pourraient atténuer les répercussions sur le saumon? C’est le genre de choses que nous examinons.

Puisque vous avez parlé des répercussions, je devrais souligner que le processus s’adapte à la hausse ou à la baisse, et les types de mesures d’adaptation sont toujours liés à l’ampleur des répercussions du projet. Évidemment, l’installation d’un banc de parc va susciter un niveau de consultation et des types de mesures d’adaptation beaucoup moins rigoureux qu’un pipeline. De nombreux projets sont réputés avoir de faibles répercussions et, par conséquent, ils sont définis après la deuxième étape du processus. Le processus s’assortit d’une certaine flexibilité pour s’adapter à la hausse ou à la baisse, mais je pense qu’on en revient au fait qu’il serait souhaitable de mener une étude appropriée sur les connaissances traditionnelles autochtones pour le projet afin de déterminer précisément les répercussions et les connaissances en ce qui concerne le saumon, et cela permettrait, par ricochet, de déterminer les mesures d’adaptation nécessaires.

La sénatrice Galvez : J’aimerais vous féliciter de vos efforts dans la création de nouveaux matériaux, moyens, lignes directrices et approches en matière de consultation, et je vous encourage à continuer d’éduquer les gens au sujet des répercussions régionales.

Je me souviens qu’au début, quand nous avons évalué les projets, nous l’avions considéré comme quelque chose de ponctuel. C’était tout. Cela n’avait aucune incidence sur quoi que ce soit d’autre. Nous avons examiné cet élément, qui était totalement incompatible avec le fonctionnement du monde.

En vous écoutant, cela me fait penser à l’île d’Anticosti, où il y avait un projet d’exploitation gazière. Il s’est passé exactement la même chose. Personne ne voulait parler du transport maritime, même si on allait produire beaucoup de gaz. Les gens croyaient peut-être qu’ils allaient le transporter par avion à l’endroit où ils allaient le vendre.

Je me souviens que j’examinais les problèmes liés au saumon. Ce que j’avais constaté à l’époque, c’est que les eaux intercôtières de Terre-Neuve et de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, traversent des corridors marins près de la côte pour rejoindre le golfe Saint-Laurent, où se trouvent l’île d’Anticosti et les îles de la Madeleine, qui sont des attractions touristiques. À partir de là, elles passent par le détroit de Cabot ou le détroit de Belle-Isle pour rejoindre l’Atlantique Nord.

Il n’est pas impossible pour les scientifiques de cartographier tout cela, mais cela prend beaucoup de temps. C’est là que les connaissances autochtones sont utiles pour établir cela. J’aimerais vous encourager à continuer de nous présenter une vue d’ensemble afin de nous aider à comprendre les répercussions régionales cumulatives.

Ma question est la suivante : pouvez-vous nous aider à visualiser l’ensemble? Parce que quand j’examinais l’île d’Anticosti, nous parlions uniquement des bélugas. Vous venez d’éclairer ma lanterne en parlant également du saumon dans cette région. Je sais que le saumon est très important pour vous et pour votre culture. Pourriez-vous me parler des autres relations qui existent dans le réseau bioalimentaire, et comment elles pourraient être touchées s’il y a, par malheur, un déversement de pétrole?

M. Vicaire : Oui. Assurément. Je viens de Listuguj, qui se situe près de la célèbre rivière Restigouche, mondialement connue pour la pêche au saumon. Cet été encore, avec mes jeunes enfants et mon épouse, nous faisions du vélo sur un sentier le long de la rivière, et nous avons vu trois bélugas dans la rivière. C’est bizarre, même pour moi. Je n’ai jamais vu cela de ma vie, mais j’en ai parlé à des aînés, et ils m’ont dit qu’il y en avait autrefois beaucoup dans la région. Ils m’ont dit, dans notre langue, que le fait que des baleines soient de retour dans la région était un avertissement, car elles ne devraient pas vraiment y être à cette période, mais elles y sont. Il n’y en avait pas qu’une seule. C’était tout un banc dans une très petite zone de notre rivière.

J’adore transmettre ces connaissances. C’est le type de connaissances que je voudrais que nos aînés, les détenteurs du savoir autochtone, transmettent ici.

Quand j’ai parlé plus tôt d’autres espèces marines, il n’est évidemment pas question du saumon uniquement. Nous avons parlé des espèces menacées de l’Atlantique Nord. Pêches et Océans Canada a maintenant appris à communiquer avec nous de manière significative, et cette idée d’engin de pêche sans danger pour les baleines a été mise en pratique dans l’Ouest. Implanter cette industrie au milieu de l’océan, en plein milieu de leurs voies migratoires, est pour le moins difficile.

Ce processus s’appuie sur les connaissances des détenteurs du savoir autochtone, les aînés et les pêcheurs qui ont une longue histoire familiale dans le domaine de la pêche et qui ont passé leur vie sur les fleuves, les rivières et les océans. Tout repose sur cela. Tout ce que nous avons demandé — pour être franc, exigé —, c’est d’avoir une place à la table où nous pouvons transmettre nos informations, ce qui génère des connaissances, et aidera finalement les scientifiques et l’approche du double regard, qui réunit les connaissances autochtones et les connaissances scientifiques occidentales. Il n’est pas nécessaire de les séparer. Elles peuvent aller de pair, ce qui sera bénéfique pour nous tous et pour les générations à venir.

La présidente : Merci.

La sénatrice McCallum : J’aimerais parler du patrimoine culturel. Quand on regarde le patrimoine culturel dans ce contexte, nous parlons du saumon. Quand on regarde ce qui se trouve sous le saumon, c’est un patrimoine culturel immatériel. On ne peut pas le voir. Il disparaît avec la pêche. Je suis allée à Haida Gwaii et j’ai travaillé avec d’autres groupes pour étudier l’esturgeon. La culture passe par l’application des connaissances. Il s’agit de créer des liens quand on pratique une cérémonie ou une activité. Il est question de la tradition orale qui englobe la pêche et les liens entre les grands-pères, les pères et les enfants. Une multitude de cultures disparaissent au moment même où on a peu d’occasions de les pratiquer.

Pouvez-vous nous parler du patrimoine culturel que l’on trouve là-bas, et de ce qu’il apporte? Parce que, quand on regarde ce qui se passe, il n’y a pas de consultation. C’est dans tout le Canada. C’est une forme de génocide culturel. Pouvez-vous nous en parler un peu?

M. Vicaire : Tout à fait. Il y a tellement de choses à dire. Je ferai de mon mieux pour les résumer.

Comme je l’ai dit dans ma déclaration préliminaire, le plamu, ou le saumon, est indispensable à notre existence. Sans lui, nous ne serions pas là, comme Haida Gwaii, dans l’Ouest. Sans ces arbres, Haida Gwaii n’existerait pas. Nos ancêtres diront souvent « Êtes-vous sur la terre ou venez-vous de la terre? Êtes-vous sur l’eau ou venez-vous de l’eau? » Le français peut être utile parfois pour faire la distinction.

C’est tout pour nous. Sans le saumon, les L’nu souffriront énormément.

Il ne faut pas oublier l’espèce étrangère de bar rayé et les dommages qu’il cause à la population de saumons dans nos affluents. Il décime la population de saumons. En tant que prédateur dominant, le bar rayé décime non seulement le saumon, mais aussi toutes les autres espèces moins fortes que lui, conformément à la définition d’un prédateur dominant.

Les difficultés que le saumon doit surmonter sont déconcertantes, mais il est indispensable à notre existence. La résilience du saumon est la résilience de notre peuple. La réussite du saumon est la réussite de notre peuple. À Listuguj, nous avons nos propres usines de transformation du poisson, ce qui a été salué par les gouvernements canadiens et récompensé par un prix.

Si vous nous permettez de participer aux discussions à cœur ouvert et avec un esprit ouvert pour faire les choses, nous allons sans aucun doute pouvoir transmettre nos connaissances. Il ne s’agit pas seulement de l’idée de génocide culturel et des répercussions négatives : nous connaissons tous cette histoire.

En tant qu’ancien enseignant, je supplierais et implorerais quiconque et chacun d’entre vous de recommander que cette histoire soit intégrée dans la pédagogie et les programmes scolaires, parce qu’ici, de ce côté de l’île de la Tortue, on n’enseigne pas cela dans les écoles. Parce que nous nous retrouvons toujours, génération après génération... je suis assez vieux pour dire cela : nous ne faisons que nous répéter. Le jour de la marmotte vient de passer, mais pour nous, c’est tous les jours le jour de la marmotte.

Il faut parler des répercussions culturelles que le saumon et les baleines ont sur nous, avec nous, pour nous et sur tout ce qui nous entoure. Elles sont incommensurables. Je pourrais poursuivre, mais j’aimerais donner à mon collègue, M. Simon, qui est ici, l’occasion de s’exprimer; son épouse est une Mi’kmaq qui vit et respire avec la terre. Il y a également apporté sa contribution. J’aimerais donner l’occasion à M. Simon de s’exprimer.

M. Simon : Oui. Je pense que cela rejoint bien la question que la sénatrice Galvez a soulevée également, à savoir que la relation n’est pas seulement avec le saumon; elle est avec le territoire et toutes les espèces marines dans leur ensemble. Tout est interrelié, et on ne peut isoler aucun élément en particulier.

Un des problèmes fondamentaux que MTI a toujours eus avec la façon dont le MPO gère les pêches par exemple, c’est qu’il le fait de manière très cloisonnée, en fonction des espèces. Il y a donc des personnes qui se concentrent uniquement sur le saumon, et rien d’autre que le saumon, et d’autres qui se concentrent sur le bar rayé, et rien d’autre que le bar rayé. Et ces personnes ne se parlent pas, et il existe une très forte interaction — comme l’a mentionné M. Vicaire — entre le saumon et le bar rayé : l’augmentation de la population de bar rayé a désormais des répercussions négatives sur la population de saumons, alors que ces derniers sont déjà aux prises avec un certain nombre de facteurs de stress, allant du bar rayé au changement climatique, qui est un facteur important, car il s’agit d’une espèce vivant en eaux froides.

Le saumon n’aime pas les températures actuelles enregistrées dans les rivières du Nouveau-Brunswick ainsi que dans le reste du territoire. Nous voyons les répercussions négatives que le réchauffement des eaux a sur le saumon, au point où il semble que le MPO est déjà prêt à abandonner ses efforts pour protéger le saumon de l’intérieur de la baie de Fundy. Une telle décision est donc, dans les faits, un acte de génocide culturel.

Il s’agit d’une espèce avec laquelle les Mi’kmaqs ont eu une relation depuis plus de 15 000 ans, et soudainement, le MPO dit que, en raison de divers facteurs, y compris des considérations financières, il ne peut plus soutenir les efforts pour reconstituer les stocks, réhabiliter et ramener le saumon dans le Sud-Ouest du Nouveau-Brunswick, dans une partie cruciale de notre territoire près de la Première Nation d’Amlamgog. C’est destructeur, et nous ne voulons pas voir cela arriver aux autres populations de saumons de la région, que ce soit la population de saumons dans les rivières Miramichi, Restigouche ou ailleurs.

Des projets comme l’exploitation pétrolière et gazière dans l’Est de Terre-Neuve ne sont qu’un facteur supplémentaire susceptible d’avoir des répercussions négatives sur la population de saumons. Nous voulons nous assurer que ces répercussions sont correctement prises en considération, prises en charge et atténuées, car le saumon n’a pas besoin d’un facteur de stress supplémentaire.

La présidente : Merci. Nous arrivons presque à la fin de la séance. Quelqu’un veut-il faire une brève observation?

La sénatrice Galvez : Très rapidement, parce que, en vous écoutant, je suis tentée de vous poser la question suivante : dans la société occidentale, nous ne voyons pas en quoi la nature est liée à l’économie. Quand je parle à des personnes dans le domaine de la fiducie foncière ou à des Autochtones qui défendent la nature, j’aime leur dire que ma province de Québec ne serait pas ce qu’elle est sans la nature. Nous avons de l’énergie hydroélectrique grâce aux puissantes rivières du Québec. Nous avons une industrie d’un milliard de dollars qui repose sur le sirop d’érable parce que nous sommes des chefs de file mondiaux sur ce marché, et nous pouvons compter sur les minéraux critiques pour nos exportations, et ce sont nos ressources naturelles. Je dirais que 90 % de notre PIB au Québec repose sur les services écologiques.

Cependant, peu de gens sont d’accord avec moi à ce sujet. Je dois donc montrer les chiffres, les gens disent ensuite : « Ah, d’accord. Je vois. »

Comment voyez-vous cela? En trois minutes. Oui, s’il vous plaît.

M. Vicaire : Oui. Cela restera toujours et à jamais un défi, n’est-ce pas?

Encore une fois, MTI se trouve dans une situation où nous avons neuf collectivités et, ensemble, nous sommes plus forts, du moins pour exiger une place à la table. Une fois qu’on nous aura donné cette place, nous pourrons communiquer ces informations. C’est ce que nous faisons tous les jours, sénatrice. C’est ce qui arrive encore et toujours. Je céderai la parole à M. Simon pour les trois minutes et demie qui restent.

M. Simon : Oui. Encore une fois, les Mi’kmaqs vivent sur leur territoire depuis au moins la fin de la dernière période glaciaire, et ils ont assisté à des changements climatiques, ont vu les changements qui se sont produits sur le territoire et ont vécu tout cela, et la culture et la langue proviennent en grande partie de cette terre.

Personne ne connaît mieux que les Mi’kmaqs l’importance des services écosystémiques de l’environnement naturel pour subvenir aux besoins de la population. Une des préoccupations relatives à la baisse des stocks de saumon, c’est qu’il permet littéralement de nourrir les habitants de nos collectivités. Si l’on perd cela, on le perdra à jamais. C’est une perte culturelle, mais également économique, parce qu’on doit maintenant trouver un moyen de remplacer cette source de nourriture par quelque chose d’autre. Qu’est-ce que ce sera?

Au bout du compte, nous parlons de l’économie et des gens, mais cela revient à la question de savoir si les gens peuvent nourrir leur famille, s’ils peuvent mettre de la nourriture sur la table comme leurs ancêtres l’ont fait pendant 15 000 ans ou plus.

Perdre cela représente une perte culturelle incommensurable ainsi qu’une perte sur le plan économique, car on doit désormais trouver un autre moyen de nourrir sa famille. C’est la réalité concrète à laquelle nous faisons face.

La sénatrice Galvez : Merci.

M. Vicaire : Du point de vue des grandes entreprises, cela fera disparaître la Fédération du saumon Atlantique et l’Union des pêcheurs des Maritimes, qui en bénéficient depuis très longtemps. On parle de plusieurs milliards de dollars. Cela ne va pas seulement nous toucher; cela touchera tout le monde. Il n’y a pas meilleure façon de conclure cette séance que par cette déclaration.

La présidente : Merci aux témoins. Monsieur Vicaire, ça a été un plaisir de vous revoir si rapidement.

M. Vicaire : Oui, bien sûr.

La présidente : Merci, monsieur Simon, également, du témoignage que vous avez fourni, et des informations que nous avons pu obtenir de vos deux témoignages.

M. Simon : Merci, mesdames et messieurs.

La présidente : Merci. Notre prochaine réunion est prévue le mardi 10 février à 18 h 30.

(La séance est levée.)

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