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OLLO - Comité permanent

Langues officielles


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES LANGUES OFFICIELLES

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le lundi 1er décembre 2025

Le Comité sénatorial permanent des langues officielles se réunit aujourd’hui, à 17 heures (HE), pour examiner, afin d’en faire rapport, le renforcement des responsabilités des institutions fédérales en matière d’arts, de culture et de patrimoine dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire et au Canada; et à huis clos, pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement concernant les langues officielles en général; et à huis clos, pour étudier un projet d’ordre du jour (travaux futurs).

Le sénateur Allister W. Surette (président) occupe le fauteuil.

[Français]

Le président : Bonsoir. Avant de commencer, je vous invite à prendre connaissance des cartes placées sur les tables afin de prévenir les incidents liés au retour de son, ce qui veut dire de garder vos oreillettes à l’écart des microphones en tout temps. Enfin, vous n’avez pas besoin de toucher aux microphones, parce que leur activation et désactivation seront contrôlées par l’opérateur de console.

Je m’appelle Allister Surette, je suis un sénateur de la Nouvelle-Écosse et je suis président du Comité sénatorial permanent des langues officielles.

J’aimerais maintenant demander aux autres sénateurs et sénatrices de se présenter.

La sénatrice Gerba : Amina Gerba, du Québec.

La sénatrice Moncion : Lucie Moncion, de l’Ontario.

Le sénateur Cormier : René Cormier, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Patterson : Rebecca Patterson, sénatrice de l’Ontario.

Le président : Chers collègues, je tiens à souhaiter aussi la bienvenue à tous les gens qui sont avec nous aujourd’hui et à ceux et celles qui nous écoutent à partir du Web sur sencanada.ca.

Aujourd’hui, en vertu de l’ordre de renvoi qui nous a été confié par le Sénat le 29 octobre dernier, nous continuons notre étude sur le renforcement des responsabilités des institutions fédérales en matière d’arts, de culture et de patrimoine dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire et au Canada.

À cet effet, nous accueillons ce soir, du Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, le président, Stéphane Cormier, et sa directrice générale, Piedad Sáenz. Bienvenue.

Nous accueillons aussi, de l’Association des groupes en arts visuels francophones, Lou-Anne Bourdeau, présidente, et Elise Anne LaPlante, codirectrice générale. Bienvenue.

Vous avez reçu les directives selon lesquelles vous avez cinq minutes pour faire une déclaration; le tout sera suivi par une période de questions. Nous allons commencer avec le Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, qui sera suivi par l’Association des groupes en arts visuels francophones.

Monsieur Cormier, je vous passe la parole.

Stéphane Cormier, président, Regroupement des éditeurs franco-canadiens : Merci beaucoup. Je suis Stéphane Cormier, président du Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, ou REFC, et codirecteur général des Éditions Prise de parole, à Sudbury. Je suis en compagnie de Piedad Sáenz, directrice générale du regroupement.

Je vais dire quelques mots sur le REFC. Le REFC œuvre à l’essor de l’écosystème littéraire et au rayonnement de la littérature franco-canadienne. Son équipe soutient 15 maisons d’édition et une revue littéraire dans cinq provinces au Canada — dans l’Ouest, en Ontario et en Acadie — par des actions de représentation, de promotion, de diffusion et de développement des marchés.

Comme vous le savez, la récente modernisation de la Loi sur les langues officielles reconnaît le rôle primordial joué par le secteur culturel dans la vitalité des communautés francophones minoritaires et renforce également les responsabilités des institutions fédérales en matière de mesures positives.

Dans un contexte de déclin du français au pays et d’enjeux liés à la souveraineté culturelle, l’atteinte de l’égalité réelle des langues officielles et l’accès à la littérature doivent être, plus que jamais, des priorités de l’action gouvernementale.

Piedad Sáenz, directrice générale, Regroupement des éditeurs franco-canadiens : Je vais vous parler un peu du contexte et de l’évolution du livre franco-canadien.

Le regroupement a été fondé en 1989 dans un contexte de fragilité pour l’édition francophone en milieu minoritaire. À cette époque, peu de structures existaient pour soutenir durablement la production, la diffusion et la reconnaissance des livres de langue française à l’extérieur du Québec.

Nos maisons d’édition ont grandi dans des environnements marqués par l’isolement géographique, la rareté des librairies et l’accès limité aux réseaux de diffusion, ainsi que par une forte pression à l’assimilation linguistique et culturelle. Aujourd’hui, nos membres œuvrent toujours dans des conditions structurellement inéquitables auxquelles s’ajoutent d’importants défis contemporains.

Malgré cela, depuis 35 ans, le regroupement et ses membres font entendre par la littérature des voix francophones fortes, diverses et essentielles à la vie culturelle du pays. En contexte minoritaire, les livres jouent un rôle clé dans la transmission de la langue et dans l’affirmation d’un sentiment d’appartenance. Par exemple, si l’on publie un auteur ou une autrice acadienne, le lectorat peut s’identifier par ses personnages, reconnaître sa langue et ses repères culturels et, ainsi, renforcer son lien avec la communauté.

L’enjeu principal demeure le sous-financement. Nos membres doivent accomplir davantage avec moins, car les marchés restreints sont souvent éloignés, tout en assumant des coûts comparables, voire supérieurs à ceux des milieux majoritaires. Même si Patrimoine canadien et le Conseil des arts du Canada reconnaissent les exigences propres à nos réalités, les subventions demeurent insuffisantes pour soutenir pleinement les mandats artistiques, culturels et communautaires de nos éditeurs. Il faut aussi malheureusement mentionner que près de la moitié de nos membres ne reçoivent pas aujourd’hui l’appui du Conseil des arts du Canada, malgré des contributions considérables à la vie littéraire.

M. Cormier : On va continuer à discuter des enjeux et on va évoquer des solutions un peu plus tard.

Aux défis que ma collègue vient de mentionner s’ajoutent aussi des enjeux de circulation et de visibilité des œuvres. Dans plusieurs régions, les librairies francophones sont peu nombreuses, voire inexistantes, et la présence du livre en français demeure largement insuffisante. On remarque aussi une concentration d’acteurs clés en librairie, en diffusion, en distribution et en imprimerie au Québec. Cela accentue également quelque peu les déséquilibres.

La raréfaction des médias culturels et la transformation des usages numériques complexifient passablement le travail de découvrabilité. La visibilité de nos œuvres dépend de plus en plus de plateformes mondialisées dont les logiques commerciales et algorithmiques tiennent peu compte de nos réalités linguistiques minoritaires.

Le milieu s’inquiète quand même également de l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle générative — un sujet à la mode —, qui utilise des œuvres sans autorisation pour entraîner ses modèles et se pose en concurrence directe de l’humain dans le champ de la création.

Enfin, la hausse généralisée des coûts de production et de transport, combinée à la rareté des expertises dans le domaine littéraire dans nos milieux, exerce une pression toujours constante sur la viabilité de maisons d’édition.

Tous ces constats brossent le portrait d’un contexte exigeant où la mission culturelle de l’édition francophone en milieu minoritaire se heurte à des contraintes structurelles assez lourdes. Heureusement, le REFC demeure un levier essentiel pour appuyer les maisons d’édition au moyen de différentes initiatives dont on pourra discuter un peu plus tard.

Mme Sáenz : En conclusion, je voudrais vous rappeler que, pour nous, votre comité est fondamental, car sans votre appui structurant, durable et adapté à la réalité de nos milieux, il sera difficile d’atteindre une égalité réelle des langues officielles.

L’édition constitue un maillon stratégique de l’écosystème culturel. Elle nourrit l’identité, alimente l’éducation, soutient les créateurs et créatrices littéraires et assure la transmission de la langue. Nous souhaitons contribuer avec vous au renforcement des institutions fédérales, à l’adéquation des programmes et au soutien de la découvrabilité, de la formation, de l’accès aux marchés et de la souveraineté culturelle des communautés francophones en milieu minoritaire.

Nous vous remercions de votre attention et nous serons heureux de répondre à vos questions et d’explorer des avenues constructives pour répondre à ces nombreux défis.

Le président : Merci. Je vais céder la parole à Mme LaPlante, de l’Association des groupes en arts visuels francophones.

Elise Anne LaPlante, codirectrice générale, Association des groupes en arts visuels francophones : Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité, je suis Elise Anne LaPlante, Acadienne originaire de Moncton et codirectrice générale de l’Association des groupes en arts visuels francophones, qu’on nomme aussi l’AGAVF. Je suis accompagnée de Lou-Anne Bourdeau, présidente du conseil d’administration de l’AGAVF et directrice de la Maison des artistes francophones à Saint-Boniface, au Manitoba. Je vous remercie de votre invitation à comparaître ici aujourd’hui et d’avoir choisi ce sujet d’étude qui est directement lié à notre travail.

L’AGAVF est le seul organisme national de services aux arts qui représente les arts visuels dans les communautés francophones en situation minoritaire. L’association travaille depuis 2003 à la professionnalisation, au réseautage et à l’épanouissement des communautés artistiques à travers le Canada et représente 18 organismes, centres d’artistes, galeries et collectifs d’artistes.

Pour faire ressortir quelques-uns des enjeux auxquels fait face notre secteur, nous nous appuyons sur l’Étude sur l’état des arts visuels dans les communautés francophones en situation minoritaire, publiée par l’AGAVF en 2023.

Comme le montre cette étude, les réalités des arts visuels des communautés de langue officielle en situation minoritaire rejoignent les besoins des communautés majoritaires, notamment en ce qui a trait à la précarité des artistes et des travailleurs culturels. Il est d’ailleurs énoncé dans le budget fédéral de 2025 que les artistes visuels figurent parmi les personnes ayant le plus faible revenu au Canada, malgré l’importance de leur contribution.

Les arts visuels de la francophonie canadienne font cependant face à des enjeux qui leur sont propres, en raison de lacunes importantes dans la formation et des écarts structurels et historiques qui subsistent dans le financement, des écarts notamment attribuables à un manque de reconnaissance de la dimension langagière des arts visuels.

Lou-Anne Bourdeau, présidente, Association des groupes en arts visuels francophones : Merci.

Sur le plan de la formation, seules l’Université de Moncton et l’Université d’Ottawa offrent un programme de premier cycle en arts visuels en français, et le seul programme de deuxième cycle offert à l’extérieur du Québec est le programme bilingue de l’Université d’Ottawa. Quant à l’histoire de l’art, il n’existe aucun programme complet de premier ni de deuxième cycle offert en français à l’extérieur du Québec.

Les activités de développement professionnel offertes par l’AGAVF cherchent à combler une partie de ces lacunes.

Alors que la modernisation de la Loi sur les langues officielles de 2023 inclut une nouvelle reconnaissance du caractère essentiel du secteur culturel, l’AGAVF continue de défendre l’idée que les arts visuels ne peuvent faire l’économie de la langue. La langue est incontournable pour la professionnalisation des artistes et la diffusion de leur travail au sens où différentes formes de communications orales et écrites entourent toujours la création et la présentation d’une œuvre d’art. Sans elles, la reconnaissance professionnelle menant à la diffusion, à la circulation et au collectionnement des œuvres qui les rendent accessibles au public ne peut être envisagée.

Dans les dernières décennies, une lutte a été menée par nos communautés pour faire reconnaître que la langue est cruciale dans la pratique des arts visuels. Il faut continuer d’agir à ce sujet, car les impacts de cette mauvaise interprétation des rouages de notre discipline se font encore sentir à ce jour, particulièrement en ce qui concerne les retards accusés dans l’octroi de financements de base aux organismes.

Les iniquités sont perceptibles à la fois par rapport aux autres disciplines et au sein de notre discipline entre les provinces. Par exemple, les organismes en arts visuels du Nouveau-Brunswick n’ont pas accès aux fonds de base des Programmes d’appui aux langues officielles, ou PALO, à Patrimoine canadien, alors que dans les provinces de l’Ouest, il s’agit de leur principale source de fonctionnement.

Mme LaPlante : Alors que le secteur culturel accueille avec soulagement les nouvelles du budget fédéral de 2025, et bien que l’AGAVF reconnaisse l’importance de la mise en place du droit de suite pour les artistes en arts visuels, nous déplorons la trop faible augmentation du financement accordé au Conseil des arts du Canada, soit 6 millions de dollars plutôt que les 140 millions de dollars recommandés par le secteur.

Comme nos membres sont nombreux à dépendre de ce bailleur de fonds pour leur fonctionnement et comme les avenues de financement sont limitées pour les arts visuels en l’absence d’un fonds disciplinaire, nous sommes vivement inquiètes, considérant que nous ne pouvons pas anticiper d’améliorations à cette situation déjà difficile.

Nous réitérons que le financement de base pour les organismes est un levier des plus importants. Malgré notre dynamisme, les fonds actuellement disponibles ne nous permettent pas de réaliser pleinement nos mandats et de consolider les équipes nécessaires à ce travail.

Nous nous réjouissons de pouvoir compter sur les mécanismes de l’entente de collaboration, qui nous permettent de maintenir le dialogue avec les institutions fédérales. L’AGAVF bénéficie de possibilités de rencontres importantes avec Patrimoine canadien et le Conseil des arts du Canada.

Il nous semble toutefois y avoir encore beaucoup de travail à faire pour atteindre l’égalité réelle des langues officielles dans le secteur culturel, et encore plus pour que le champ des arts visuels en particulier puisse jouer son plein rôle culturel et social.

Merci de votre écoute. Nous serons heureuses de répondre maintenant à vos questions.

Le président : Merci. Nous allons passer à la période des questions. Je suggère d’allouer cinq minutes aux questions et réponses, si possible, et nous pourrons faire un deuxième tour, si le temps le permet — et j’imagine que ce sera le cas.

La sénatrice Gerba : Merci et bienvenue au comité.

Quand on entend tous les commentaires et les témoignages qu’on a reçus jusqu’à présent, on comprend que le financement est vraiment le problème de base à tous les niveaux.

Lors de la séance précédente, on a souligné également l’importance des programmes de formation. Vous venez aussi de parler de formations adaptées aux réalités minoritaires. Les milieux de l’édition et des arts visuels requièrent également des compétences techniques et numériques difficiles à développer sans appui structuré, en particulier avec l’essor de l’intelligence artificielle.

En écoutant tout cela, je me demande ce qui explique un tel sous-financement, surtout que vous venez de mentionner que dans l’Ouest, sur le plan de l’édition, ils sont mieux financés que vous l’êtes. Qu’est-ce qui explique cela, et que pourrait faire le gouvernement fédéral? Vous êtes déjà en contact avec Patrimoine canadien, mais cela ne semble pas régler la question.

Mme LaPlante : Merci de la question.

Qu’est-ce qui explique le sous-financement? C’est sûr que pour nous, dans le secteur des arts visuels, comme on l’a mentionné, en raison du fait que la dimension langagière n’a pas toujours été bien reconnue, on sent qu’il y a toujours une certaine fragilité.

Par exemple, bien que l’AGAVF soit financée en vertu des Programmes d’appui aux langues officiel, ou PALO, depuis 2005, notre place au sein des PALO a été remise en question en 2013. On a dû faire beaucoup de travail pour justifier cette place alors que, pour nous, la dimension langagière, le besoin de la langue est indispensable dans le secteur des arts visuels. Même si les œuvres et la création ne mobilisent pas toujours les mots, même s’il y a plusieurs créations qui le font, il demeure que tout l’écosystème pour soutenir un développement professionnel, pour soutenir les arts visuels, dépend de la langue. Cela a engendré un sous-financement de notre secteur.

Que pourraient faire les institutions? On l’a déjà mentionné : elles pourraient certainement accroître les fonds de base, mais aussi réfléchir, dans le cas d’une bonification, à une répartition équitable plutôt qu’égalitaire. Je vais donner l’exemple du plan d’action : les bonifications qui ont été accordées dans les dernières années ont été les bienvenues et on les a certainement bien accueillies, mais cela n’empêche pas qu’elles ont été accordées selon le pourcentage des fonds qui étaient déjà obtenus.

Les plus petits joueurs ont reçu de plus petits montants et donc, l’impact est moins important. Il y a un fossé qui continue de se creuser. Par exemple, pour l’AGAVF, 12,5 %, cela représentait 15 000 $. Notre objectif était de pouvoir consolider un troisième poste. On est une codirection, on est l’équivalent d’un poste et demi et on aurait aimé pouvoir engager une troisième personne. Nous avons aussi une demi-contractuelle, mais qui dépend des financements par projet. Évidemment, avec 15 000 $, on n’embauche pas quelqu’un dans la situation économique actuelle.

Une autre chose pourrait être faite : c’est l’accès au financement par projet, des financements pluriannuels qui nous permettraient d’envisager des projets structurants ayant des impacts durables et plus importants, et aussi de revoir certains critères des programmes de financement. On remarque qu’avec les arts visuels, il y a des enjeux de ce côté, et nous aurons sûrement l’occasion d’en reparler.

Je vais m’arrêter là pour vous permettre de répondre aussi, et nous aurons l’occasion d’en dire plus. Merci.

M. Cormier : Le financement, c’est la base. Du côté du secteur de l’édition, je vais commencer en reconnaissant que quand les libéraux sont arrivés au pouvoir, ils avaient dit qu’ils doubleraient le budget du Conseil des arts du Canada; ils l’ont fait.

C’est une bonne chose. Le secteur de l’édition en a profité. Depuis, cela reste au même niveau. Dans notre milieu, nos subventions de base resteront les mêmes jusqu’en 2028. Avec l’inflation qui nous est un peu tombée dessus, cela veut dire que l’on s’appauvrit d’année en année.

Pourquoi le financement n’est-il pas plus élevé? Je ne saurais répondre à votre question. J’imagine que ce sont des décisions de nature politique. Les bailleurs de fonds et nos partenaires, que ce soit au Conseil des arts du Canada ou ailleurs, font aussi des démarches pour tenter d’augmenter leurs enveloppes. Ces demandes ne sont pas toujours entendues.

Un des enjeux dans le secteur du livre, c’est que les PALO ont peut-être un peu de difficulté à reconnaître la part communautaire des activités littéraires. Sauf erreur, je pense que Prise de parole est la seule ou une des rares maisons d’édition subventionnées par le volet communautaire des PALO. Mes confrères et consœurs d’un peu partout n’ont pas accès à ces fonds. On pense que le travail littéraire que l’on fait dans nos communautés est un travail à la fois artistique, et communautaire, parce que dans un lieu où il y a peu d’institutions, on a un rôle institutionnel à jouer. J’ai l’impression qu’aux PALO, ce n’est pas toujours bien compris.

Si je reviens à mon exemple personnel, on a eu un peu d’augmentations récemment, car l’enveloppe des PALO a été bonifiée, mais on est au même niveau de base et on essaie de prouver notre impact communautaire. Cela ne se traduit pas nécessairement en argent. Du côté du Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, aux PALO, on fonctionne par projet. On n’est pas dans l’aspect lié au fonctionnement. Année après année, il faut demander ou redéposer une demande aux PALO. Un passage au fonctionnement serait très apprécié.

C’est la même chose au Fonds du livre du Canada. On est toujours à projet, malgré le fait que le Regroupement des éditeurs franco‑canadiens reçoit un budget pour le fonctionnement du Fonds du livre du Canada depuis des années. Cette année, on a eu la chance d’avoir un projet de deux ans, quand même. C’est une nouveauté. On travaillait sur des projets annuels, mais on est passé à deux ans. Toutefois, cela pose quand même des problèmes, car chaque année, on doit recommencer, et nos garanties de financement ne sont jamais nécessairement là.

Je voulais mentionner une dernière chose rapidement. Toujours du côté du Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, la reddition de comptes est lourde. Patrimoine canadien nous demande de faire des flux de trésorerie trimestriels. Par exemple, pour une petite équipe de trois personnes qui gère beaucoup de projets et d’activités pour 15 ou 16 maisons d’édition, c’est difficile. On a essayé d’argumenter lors de l’audit du Fonds du livre du Canada que les demandes de subventions, les rapports sur ces demandes et la présentation des budgets étaient suffisants, mais on exige quand même de notre part des flux de trésorerie trimestriels, ce qui met une lourde pression sur une petite équipe qui gère sa comptabilité à l’externe. On est bien conscient que la reddition de comptes doit être exemplaire, mais avec des demandes, des rapports et des budgets, on pense que c’est quand même suffisant. Est-ce qu’on a besoin d’aller aussi loin, jusque dans les flux de trésorerie que l’on doit réviser? C’est une question que l’on pose.

Le sénateur Cormier : Vous me permettrez de profiter du fait qu’on souligne aujourd’hui la Journée mondiale de lutte contre le VIH-sida. Je sais que dans nos communautés artistiques et culturelles, il y a énormément de gens qui ont subi des pertes. Je tiens à le souligner.

Je vous remercie d’être là aujourd’hui. J’ai trop de questions. Je vais essayer de me restreindre.

D’abord, pour bien comprendre, vous êtes deux organisations qui ont des membres. Vous avez vos défis comme organismes fédérateurs, mais vos membres, les artistes visuels et les auteurs qui sont vos membres, ont des défis également.

Ma première question touche l’entente de collaboration dont on a parlé, qui comprend Patrimoine canadien, le Centre national des arts, le Conseil des arts du Canada, la Société Radio-Canada, l’Office national du film, Téléfilm Canada. Est-ce qu’à votre avis, tout le monde est autour de la table? Est-ce qu’il manque des joueurs? Qui devrait être autour de cette table considérant vos besoins, que ce soit en création pour vos artistes créateurs, en production, en diffusion et en distribution, en développement de marché? On sait qu’il y a le marché national, mais il y a aussi le marché international. Ma première question est assez courte, j’aimerais une réponse assez courte pour que je puisse passer à la prochaine. Qui veut répondre?

Mme Bourdeau : Pour les arts visuels, le Conseil des arts du Canada est un grand interlocuteur, bien entendu. Cependant, à l’Association des groupes en arts visuels francophones, on a vu le Musée des beaux-arts du Canada comme un possible interlocuteur, tant pour la diffusion et l’acquisition que pour le collectionnement. Ce pourrait être un des acteurs manquants dans cette entente actuellement.

M. Cormier : Du côté littéraire, une entente de collaboration vient d’être renouvelée. Cela se décline aussi dans les groupes de travail. C’est un peu là que cela s’opérationnalise. Cela fait quand même un bout de temps qu’on n’a pas eu de groupe de travail. Il y a eu la pandémie, puis l’étude de l’entente de collaboration. On a hâte que les groupes de travail reprennent.

Autour de la table, on a toujours eu les mêmes partenaires : les PALO, le Fonds du livre du Canada et le Conseil des arts du Canada, donc des partenaires représentatifs. Au Regroupement des éditeurs franco‑canadiens, on nous demande de parler pour l’ensemble du secteur. Le secteur est vaste. Ce sont les maisons d’édition, mais aussi les festivals littéraires, les librairies, les auteurs et autrices et la diffusion. Comme petite équipe, on sent que c’est quand même assez lourd à porter. On aimerait inviter d’autres représentants du milieu littéraire, parce qu’on s’inscrit dans un écosystème, et c’est difficile pour nous de parler au nom de tout le monde.

Le sénateur Cormier : On a entendu qu’Affaires mondiales Canada avait un mandat dans la Loi sur les langues officielles modernisée. Ils doivent faire la promotion du français à l’extérieur du pays. Est-ce que c’est un partenaire possible, à votre avis? Est-ce un partenaire souhaitable dans le contexte du type de production que vous faites?

Mme LaPlante : Il y aurait certainement des avenues intéressantes et on serait intéressé à y réfléchir davantage. Selon ma compréhension, Affaires mondiales Canada permet plutôt de développer des partenariats internationaux, alors que nos besoins sont tellement criants à l’échelle nationale qu’il est difficile de se projeter au-delà des besoins qui existent déjà. Ce n’est pas qu’on n’aurait pas cette ambition, mais avec la réalité actuelle, il est difficile de se projeter jusque-là. C’est pour cela qu’on identifie le Musée des beaux-arts du Canada comme partenaire potentiel en ce moment pour notre secteur en particulier, mais dans tous les cas, envisager de collaborer avec d’autres partenaires pourrait être pertinent.

Le sénateur Cormier : Vous avez parlé du Musée des beaux-arts du Canada. Les défis sont nombreux, notamment au chapitre du financement des créateurs. Au sujet de la diffusion et de la distribution, vous avez parlé des librairies, des festivals littéraires et des galeries d’art. Selon vous, quels seraient les principaux enjeux pour que les œuvres de vos artistes membres soient accessibles et présentes? C’est l’un des objectifs : on veut vérifier comment les institutions nationales prennent leurs responsabilités en matière de langue officielle, ce qui signifie qu’elles doivent s’occuper de la visibilité et de l’inclusion dans leurs institutions. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet?

Mme Bourdeau : Au sujet des artistes en arts visuels, les artistes ne s’inscrivent pas nécessairement dans un milieu commercial, par exemple les librairies. Il n’y a pas d’équivalence pour les arts visuels. Même les festivals n’existent pas nécessairement. C’est une idée de diffusion d’exposition qui voyagera d’un endroit à l’autre. En ce sens, si on ne s’inscrit pas dans un mode commercial, il est vraiment difficile de percer à l’extérieur même de sa propre région. Par exemple, si le Musée des beaux-arts du Canada nous permettait de créer une diffusion à l’intérieur même du Canada, ce serait une très grande avancée pour les artistes de nos régions. Cela rejoint ce qu’Elise Anne disait plus tôt : il y a encore un très grand travail à faire à l’intérieur même du pays pour qu’il puisse y avoir une réelle communication entre les artistes et une diffusion de leurs œuvres d’une province à l’autre.

Mme LaPlante : J’aimerais renchérir sur l’importance du développement professionnel des artistes, mais aussi de tous les autres acteurs et actrices de l’écosystème, c’est-à-dire que nous avons besoin de gestionnaires de galeries d’art compétents, mais aussi de commissaires d’exposition, de conservateurs et conservatrices, de critiques d’art et de spécialistes de la médiatisation culturelle.

Tous ces rôles sont très importants pour la rencontre entre les œuvres et les publics, mais aussi pour assurer un rayonnement, une reconnaissance et une historicisation des pratiques pour entrer dans les collections nationales. Il faut des écrits, laisser une certaine trace, obtenir une reconnaissance, mais sans l’apport de ces joueurs — on travaille beaucoup pour favoriser leur développement à l’AGAVF, c’est encore un défi pour nos communautés francophones en situation minoritaire.

Mme Sáenz : De notre côté, dans le milieu du livre, c’est vraiment l’un des enjeux majeurs. On l’a mentionné un peu plus tôt : les librairies francophones sont quasi inexistantes et la concentration des secteurs clés au Québec fait que nos distributeurs sont tous les deux basés à Québec. De plus, dans les discussions qu’on a eues avec eux, ce sont les coûts de transports qui font une différence énorme pour être en mesure de servir la population ou les écoles là où les populations sont situées.

Parfois, c’est plus cher d’expédier la boîte de livres que son contenu. C’est un enjeu majeur. Pour la participation à nos salons, parfois, les coûts de transport sont très élevés pour de petits salons du livre à Vancouver ou à Toronto où l’on veut servir les communautés francophones. Les distributeurs de Québec ne vont pas à ces salons. Nous devons nous-mêmes trouver un transporteur et tout faire pour participer à ces festivals, parce qu’on a constaté aussi que si les regroupements n’étaient pas là, cela n’existerait pas. C’est la seule occasion pour des écoles et des bibliothécaires de trouver les livres.

Quand on participe aux congrès pédagogiques, on constate aussi que la consigne du ministère de l’Éducation dans toutes les provinces est de privilégier l’option la moins chère. La plupart du temps, celle-ci est simplement de commander sur Amazon. Cela fait de la concurrence à Amazon, mais les petites librairies n’ont pas les moyens d’offrir les conditions qu’offre Amazon. Il n’y a pas de politique sur l’acquisition de livres dans les écoles ou les bibliothèques publiques. Voilà notre réalité. On fait face à la concurrence avec Amazon et avec d’autres grands distributeurs.

La sénatrice Moncion : Je reviens à ce que vous venez de dire. Vous parlez d’Amazon. C’était ma question. Vous dites que vous avez des problèmes de diffusion des œuvres et qu’Amazon en est un grand fournisseur, c’est bien cela? Je n’achète pas sur ce site, car c’est contre mes valeurs. J’achète mes livres dans des librairies francophones.

M. Cormier : Là où il y a des librairies, Amazon vend moins, mais quand on n’a pas un accès facile aux livres, la solution facile, c’est d’aller sur Amazon. Cela touche encore plus nos milieux, parce que souvent il n’y a pas de librairies francophones. S’il y a des librairies anglophones, il peut y avoir une certaine offre de livres en français, mais c’est rare; Amazon vend donc quand même beaucoup dans les milieux francophones minoritaires, oui.

La sénatrice Moncion : Vous avez mentionné tout à l’heure que cela fait quand même plusieurs années qu’il n’y a pas eu de groupes de travail. S’il y en avait, vous auriez besoin de groupes de travail pour parler de l’intelligence artificielle, de tout ce qui touche la création non humaine ou mécanisée, des droits d’auteur, et cetera? C’est l’un des éléments. Quels seraient les autres éléments?

M. Cormier : Quand la Fédération culturelle canadienne-française a signé une entente de collaboration, une dizaine d’axes ont été identifiés. Je pense qu’on couvre beaucoup de terrain avec ces axes. L’IA en est un. C’est une excellente base de travail. Je pense que c’est un bon point de départ qui peut s’appliquer à plusieurs disciplines artistiques. Du point de vue de l’édition, c’était très bien. On a des communications fréquentes avec nos partenaires. On a rencontré le Fonds du livre du Canada, ou FLC, au Salon du livre de Montréal, soit un cadre informel qui n’est pas celui du groupe de travail. On se parle tout de même régulièrement.

Cela fait longtemps qu’il n’y en a pas eu en raison de la pandémie, puis d’une étude de l’entente de collaboration, donc je pense qu’on prévoit de recommencer les travaux des groupes de travail vers 2026. Il y a une partie de cela qui est dans notre camp, parce qu’on a dit au FLC qu’un des problèmes, c’est qu’il manque des données probantes dans le milieu de l’édition. La Fédération culturelle canadienne-française a pu nous donner des fonds, et la dame du Fonds du livre du Canada nous a dit qu’elle pourrait trouver de l’argent ailleurs. Quand nous aurons fait cette étude, nous pourrons nous présenter nous-mêmes avec un portrait plus clair de la situation.

La sénatrice Moncion : Ce qu’on entend souvent dire, c’est qu’il y a des problèmes récurrents, un manque de données probantes et un manque de financement de base en ce qui a trait aux organismes fédérés. Puis, vous arrivez aux artistes; leur rémunération se fait par projet, j’imagine?

Mme LaPlante : Dans notre groupe de travail, la priorité serait de discuter de l’accès au financement. Parmi les enveloppes réservées aux CLOSM, il y a plusieurs enveloppes au sein du secteur; par contre, que ce soit les organismes ou les artistes, plusieurs ne se reconnaissent pas parmi les critères.

Au Conseil des arts du Canada, il y a des fonds stratégiques pour favoriser l’accès au marché. Toutefois, comme notre secteur n’est pas structuré comme une industrie, même si l’on est admissible comme secteur à ce programme de financement, les artistes ou les organismes n’y vont pas, parce qu’ils ne s’y reconnaissent pas ou qu’ils n’ont pas de succès quand ils présentent leur demande. Il faut trouver des moyens de faire en sorte que les institutions puissent nous aider à avoir accès à un financement pour répondre à nos mandats.

C’est la même chose du côté des programmes pour la circulation. On sent que la conception de la circulation est davantage modulée sur les milieux des arts de la scène, les tournées de musique ou de théâtre. On comprend ces besoins, mais quand les artistes ou les organismes en arts visuels tentent de s’y retrouver, il y a des décalages. La réalité coince, en quelque sorte, avec ce qui est proposé comme critères. C’est ce que l’on aborderait autour de la table dans le cadre d’un groupe de travail.

J’aimerais aussi proposer une recommandation. Ce que l’on souhaiterait dans le cadre de l’entente, notamment avec les groupes de travail, c’est que la conversation soit fluide. On sent qu’il y a des échanges qui sont pertinents, mais on aimerait voir une quelconque reddition de comptes ou une mise à jour de la part des institutions. Idéalement, ce serait chaque année. Notre dernier groupe de travail remonte à 2021 et le prochain aura lieu en 2026, mais idéalement, on devrait le faire chaque année. Ainsi, on pourrait partager nos enjeux et nos défis, réfléchir ensemble et trouver à des solutions. Ensuite, les institutions nous mettraient à jour sur ce qui a été fait par rapport à tel enjeu et ce qui est en route, pour qu’on arrive à dépasser le niveau de la conversation. C’est bien de pouvoir discuter et réfléchir, mais on aimerait aussi voir des retombées concrètes de part et d’autre.

La sénatrice Moncion : Merci.

M. Cormier : Si je peux me permettre, je ferai une courte intervention à cet effet. Ce sujet est ressorti pendant les consultations qui ont été faites quand ils ont évalué l’entente de collaboration. Je pense que c’est un peu ce que tout le monde veut faire quand on va reprendre les groupes de travail, et je pensais que cela avait été compris. Le but est d’avoir des groupes de travail qui nous permettent de cibler des priorités et d’y travailler plus régulièrement. C’est ce que l’on espère, oui.

Le président : Avant de passer au deuxième tour, voici une question de ma part.

Vous avez tous les deux mentionné l’importance du développement professionnel et de la formation, et le défi d’avoir seulement deux universités qui offrent de la formation en grande partie. Le financement pourra aider, mais j’essaie de trouver des solutions. Si je regarde les solutions, je crois qu’un plus grand financement aidera, naturellement.

Quelles sont vos recommandations? Même avec plus de financement, il n’y aurait que deux endroits au Canada qui offriraient de la formation dans des institutions traditionnelles. J’aimerais connaître vos suggestions sur la manière dont la formation et le développement professionnel pourraient être offerts.

Mme LaPlante : En plus d’augmenter les financements de base pluriannuels et l’accès, il faudrait aussi qu’on puisse déposer un projet plus d’une fois dans un même programme. À l’AGAVF, on a développé des programmes de formation, notamment en commissariat d’exposition, mais aussi en développement de l’écriture qui accompagne les arts visuels. L’année dernière, on a fait une formation et il y a eu beaucoup d’engouement. Le projet a eu un grand succès et il y a eu des retombées concrètes.

Cependant, ce n’est pas en un an que tout le monde apprend à écrire et réussit à être publié. On aimerait continuer d’offrir cette formation. Comme nous avons déjà reçu du financement, on ne peut pas déposer le même projet plus d’une fois, on ne peut pas pérenniser l’initiative même si les besoins sont encore là. Déjà, ce serait très bien de pouvoir imaginer du financement pluriannuel ou de pouvoir pérenniser des projets déjà en cours.

À l’AGAVF, avec un financement de base plus important, nous avons l’ambition depuis plusieurs planifications stratégiques, de développer des liens plus importants avec les universités d’Ottawa et de Moncton pour créer des ponts avec la relève. Les étudiants pourraient prendre connaissance du réseau de l’AGAVF et auraient accès à tous les membres. Comme les ressources sont manquantes, on manque aussi de temps, d’argent et d’énergie pour faire cela.

Mme Sáenz : De notre côté, je pense qu’une des choses qu’on a exprimées, c’est le souhait de faire des stages pluriannuels, de deux à trois par année, parce que pour l’instant, nous avons la possibilité d’offrir un emploi aux étudiants pour un an seulement. Parfois, on doit aussi en laisser aller, parce qu’une année, ce n’est pas suffisant pour montrer les besoins et la différence qu’une personne de plus fait dans une équipe. Ce serait aussi une mesure positive.

Le président : Merci.

[Traduction]

La sénatrice Patterson : Merci. Je vais poser ma question en anglais, mais veuillez répondre en français.

J’aimerais revenir sur l’édition et la distribution. J’imagine que la tâche est d’une très grande difficulté. J’ai eu deux enfants qui ont fait toutes leurs études en français dans l’Ouest du pays, et il était presque impossible de trouver des livres pédagogiques qui convenaient à leurs besoins.

Vous avez aussi mentionné Amazon et les défis qui y sont associés. Qu’est-ce qui rend l’accès à ce marché si difficile pour vous? Est-ce le manque de fonds de commercialisation nécessaires pour y parvenir? C’est vrai qu’il est impossible de trouver des livres en français sur Amazon : mes enfants ont essayé.

[Français]

M. Cormier : Il y a plusieurs exemples probants. Je commencerais en disant que le marché du livre le plus important est au Québec en raison de la taille de sa population, du nombre de librairies et de la concentration de l’industrie.

Quand je parle du Québec, je dis à la blague que c’est vrai que le Québec est notre premier marché d’exportation et qu’on devrait être presque considéré à titre d’exportateur quand on vend au Québec. Cela nous aiderait à faire un certain nombre de choses.

Si l’on revient à nos milieux à nous, je pense que, dans tout le Canada, on doit compter environ une dizaine de librairies francophones; je vais vous donner un exemple très récent. Je suis un libraire de formation et à Sudbury, à la Place des arts, quand on l’a construite en 2022, il y avait un espace réservé pour la librairie. Quatre organismes de Sudbury travaillaient à développer ce projet de librairie, et cela m’a pris un an avant de trouver une personne qui pouvait diriger la librairie tellement il y avait peu de ressources.

On a engagé la meilleure personne possible; elle n’avait jamais travaillé en librairie, donc on lui a payé des stages pour qu’elle travaille dans une librairie au Québec. Elle a déménagé à Sudbury et on lui a demandé d’ouvrir la librairie. Je sais que pour apprendre le métier de libraire, il faut trois, quatre, cinq ans ou plus encore pour être à la direction générale d’une librairie.

Il y a une rareté sur le plan de la main-d’œuvre qualifiée. On parle beaucoup de financement, mais pour moi, la formation, c’est presque aussi important. Les deux vont de pair, bien sûr, mais c’est très difficile de trouver une expertise en librairie et c’est quelque chose qui se construit pendant de nombreuses années.

Malheureusement, après deux ans d’opération, on a dû fermer la librairie de Sudbury. Cela s’explique notamment en raison des réalités provinciales, car les commissions scolaires n’appuient pas vraiment les librairies locales.

La circulation des livres à la grandeur du territoire est coûteuse. Ma collègue parlait des coûts prohibitifs des frais de transport. On dit souvent à la blague que les transporteurs sont les seuls dans l’écosystème du livre qui gagnent de l’argent. C’est une blague qui est vraie, mais c’est un peu triste. Pour combler cette distance, les maisons d’édition essaient de faire ce qu’elles peuvent. Notre regroupement est présent dans des foires, des festivals et des salons du livre. Cependant, les salons du livre sont aussi sous-financés, comme les bibliothèques publiques et scolaires.

Ce ne sont pas des milieux fertiles à la croissance des librairies. Il y a peu de politiques provinciales qui encouragent l’achat de livres dans les librairies. Il y a un autre exemple probant — c’est vrai qu’on sort du cadre fédéral —, mais une députée de l’Ontario essaie de déposer un projet de loi pour défendre la librairie franco-ontarienne. C’était une députée de l’opposition et cela n’a pas passé à Queen’s Park.

Donc, il n’y a aucune librairie qui peut survivre sans faire au moins la moitié de ses ventes dans les écoles et les bibliothèques. C’est impossible, donc il faut des politiques. Je ne sais pas si c’est un problème provincial, mais cela fait partie des raisons qui expliquent pourquoi il y a si peu de librairies du côté franco-canadien.

[Traduction]

La sénatrice Patterson : Si je comprends bien, c’est aussi un très bon exemple qui montre pourquoi le financement par projet ne fonctionnera jamais. Je vais revenir en arrière. C’est un excellent exemple du financement de base qui est nécessaire pour permettre à cette chaîne d’approvisionnement d’offrir les livres là où se trouvent les gens. Je pense que c’est ce que vous voulez dire.

[Français]

M. Cormier : Exactement. C’est pour ça que j’aimerais recommander que Patrimoine canadien considère les éditeurs en milieu minoritaire comme des acteurs d’exportation interprovinciale. Il faudrait aussi qu’on reconnaisse les coûts afférents à cette responsabilité, parce qu’on est à peu près les seuls à le faire, si l’on se compare à nos confrères et consœurs des milieux majoritaires.

La sénatrice Gerba : Est-ce qu’il y aurait des recommandations concrètes, monsieur Cormier, pour accéder aux marchés du Québec?

M. Cormier : L’idée que j’évoque est de nous considérer comme des entreprises d’exportation. Cela pourrait venir avec un budget plus conséquent pour les tournées pour nous aider dans le transport et la diffusion. Cela fait partie des activités pour lesquelles on est financé. Soyons clairs, là-dessus : le Conseil des arts du Canada nous finance pour cela, tout comme le Fonds du livre du Canada.

C’est peut-être une question de degré. On est déjà reconnu comme des groupes qui méritent l’équité par rapport à tous ces partenaires, mais ces dimensions d’éloignement, de travail communautaire que l’on fait, d’exportateur, je ne sais pas si c’est suffisamment pris en considération. Donc, il faudrait peut-être donner un peu plus de poids à tout cela dans les calculs et dans l’évaluation des demandes de subventions existantes. On pourrait aussi créer des programmes d’exportation vers le Québec pour les éditeurs franco‑canadiens.

La sénatrice Gerba : Madame LaPlante, on a compris, en écoutant les témoins précédents, qu’il y a un problème de coordination entre les différentes institutions fédérales, notamment Patrimoine canadien, le Conseil des arts du Canada, Téléfilm Canada, l’ONF et Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Quelles seraient les collaborations institutionnelles fédérales possibles et pertinentes qui permettraient de renforcer vos capacités de création et de diffusion?

Mme LaPlante : Je crois qu’une meilleure communication entre les institutions serait assurément bénéfique. Nous avons déjà vu des cas chez nos membres ou chez nous, où il y a une initiative que l’on souhaiterait financer, mais Patrimoine canadien nous renvoie vers le Conseil des arts et le Conseil des arts nous renvoie vers Patrimoine canadien. On sent que s’il y avait une meilleure communication, il y aurait peut-être aussi une forme d’entente pour faire en sorte que les arts visuels reçoivent aussi leur juste part, pour pallier ce rattrapage que l’on a mentionné plus tôt.

À qui reviendrait la responsabilité? On pourrait en discuter ensemble. Aussi, en ce qui concerne les données, s’il y avait une collecte et un partage des données uniformisées entre les institutions, ce serait beaucoup plus facile de se mobiliser et d’en parler. Lou-Anne, tu voulais ajouter quelque chose?

Mme Bourdeau : J’ajouterais qu’avec le Conseil des arts, pour les arts visuels, on a accès aux Données sur les arts au Canada, ou CADAC. Par exemple, Patrimoine canadien pourrait avoir accès à ces données ou, du moins, aurait accès à un certain partage de données, plutôt que de renouveler chaque fois la demande, notamment pour les rapports, les flux de trésorerie, des choses comme ça.

J’ajouterais aussi, dans le cas de Patrimoine canadien tout particulièrement, qu’il faudrait une uniformisation des programmes. Le fait que les organismes n’y aient pas accès dans certaines provinces alors que cela devient le financement principal dans d’autres crée des iniquités au sein même de notre réseau. Pourtant, ce sont les mêmes enveloppes et c’est le même organisme. Donc, comment expliquer ces différences d’une région à l’autre?

Le sénateur Cormier : Pour répondre à votre défi en matière de transport, il faudrait peut-être un pipeline du livre.

En fait, c’était l’introduction à ma question. Je vais être un peu provocateur; ce n’est pas le bon terme, mais est-ce que nous avons de bons modèles? Aujourd’hui, en 2025, avec l’accès à l’intelligence artificielle, au Web et à la distribution de tous ces modèles qu’on utilise beaucoup, quand je cherche une œuvre d’un artiste visuel sur le Web, parfois je la trouve, parfois je ne la trouve pas, et j’éprouve une certaine frustration, comme appréciateur d’art, de ne pas y avoir accès.

C’est la même chose pour le livre. Je suis allé au Québec chercher une œuvre acadienne et c’était inscrit « livre étranger ». Donc, j’en conclus qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un. Est-ce qu’il n’y a pas une réflexion à faire sur un modèle à réinventer? Si oui, comment les institutions fédérales pourraient-elles vous aider à travailler sur ce plan?

Comprenez-vous le sens de ma question? Comment sortir de la boîte dans laquelle nous sommes tous, pour essayer d’imaginer autrement la rencontre entre l’œuvre et le public?

Mme Sáenz : On a beaucoup réfléchi à ce défi. On a déjà fait les premiers pas en produisant un catalogue des livres franco‑canadiens de toutes les maisons d’édition. On a fait un partenariat avec la Coopérative des Librairies indépendantes du Québec, qui gère le site leslibraires.ca.

De notre côté, on a approché la Canadian Independent Booksellers Association pour essayer de présenter l’offre aux libraires anglophones, parce qu’il y a quand même de l’ouverture de leur part pour ce qui est d’avoir des sections francophones. Cependant, cela a été vraiment difficile, parce qu’il faut qu’on négocie les conditions commerciales avec les distributeurs, parce qu’ils disent qu’ils ne peuvent pas assumer les risques de ces bailleurs de fonds.

Grâce à des subventions qu’on a reçues de la coopérative, du Conseil des arts et de plusieurs bailleurs de fonds qui ont aimé cette idée, on a réussi à faire ce catalogue dans les deux langues officielles. On a aussi offert de meilleures conditions de transport pour que les libraires anglophones qui souhaitent commander aient des conditions similaires à celles qu’ils ont pour le marché anglophone, parce que ce sont deux univers totalement différents.

J’ai travaillé dans une librairie et je sais qu’auparavant, les délais d’acquisition d’ouvrages étaient très rapides dans les deux marchés. On a déjà développé certaines initiatives, on a fait des compromis, mais finalement, le coût du transport est la question qui revient toujours. Il faudrait peut-être adopter des mesures positives : par exemple, là où il n’y a que des librairies anglophones, on pourrait ouvrir une section francophone afin que ces librairies puissent aussi avoir des livres en français.

Le sénateur Cormier : Avant de me faire couper la parole, je vais permettre à l’AGAVF de répondre.

Mme Bourdeau : Je pense que les questions de transport restent quelque chose de très important pour les arts visuels. Dès qu’on sort du petit format, des caisses de transport, il faut des transporteurs spécialisés pour que les œuvres puissent se rendre d’un endroit à l’autre, et ce sont quand même des enjeux très importants. De plus, les arts visuels ne peuvent pas faire l’économie d’une présence réelle.

Le sénateur Cormier : C’est la découvrabilité. C’est parce que j’ai l’impression que je connais trop mal les arts visuels parce que je n’y ai pas accès. Est-ce que sur ce plan on pourrait innover d’une certaine façon pour les rendre plus accessibles, puisque vous parliez de marchés plutôt locaux?

Mme Bourdeau : Effectivement. Justement, je pense que les œuvres ne peuvent pas nécessairement voyager par le Web. Cependant, les écrits le peuvent. Le fait d’avoir des plateformes en ligne qui permettent de diffuser des textes autour des arts visuels et des artistes qui forment l’écosystème pourrait devenir une possibilité, dans le cas où les œuvres ne peuvent pas nécessairement voyager. Je crois qu’il faut vraiment miser sur la médiation et la compréhension des œuvres, au-delà de l’œuvre elle-même.

Encore une fois, on revient au même problème de formation et de la possibilité d’avoir ces acteurs dans nos milieux; c’est quand même un enjeu très important.

La sénatrice Moncion : Pour les artistes visuels, vous avez à peu près le même problème que pour les éditeurs pour ce qui est de la diffusion des toiles et de ce qui est préparé. Comment est-ce que les artistes survivent?

Mme LaPlante : C’est un défi, assurément. C’est souvent lorsqu’on obtient une certaine reconnaissance, quand il y a des écrits, quand il y a des commissaires d’expositions qui connaissent la pratique des artistes et qui peuvent les inclure dans les expositions qu’il se produit un effet boule de neige. Il y aura des prix, par exemple. Cependant, cela reste des occasions très limitées et il y a seulement une poignée d’artistes qui peuvent y accéder.

Par contre, il y a une circulation des expositions et tous les défis que Lou-Anne a mentionnés sont bien réels. Cependant, être en mesure de financer davantage la circulation des artistes aiderait aussi beaucoup, c’est-à-dire que oui, il y a des expositions, mais il y a aussi des résidences de création et de recherche qui sont importantes et qui mènent souvent à des rencontres avec le public. Qu’il s’agisse de conversations ou d’événements, nos organismes sont des experts dans la réalisation de ces activités, mais du financement est nécessaire pour faire circuler les personnes en tant que telles.

En complément à ce que Lou-Anne mentionnait en ce qui concerne la découvrabilité, par exemple au Québec, il y a plusieurs revues spécialisées en arts visuels dans lesquelles on retrouve beaucoup d’écrits sur les pratiques. C’est comme cela notamment qu’on peut découvrir des pratiques en arts visuels. Pour nous, la fermeture de la revue Liaison, qui était une revue interdisciplinaire, est un vide que l’AGAVF essaie de combler.

On a réalisé une publication pendant la pandémie et il y en a une autre qui s’en vient. On va dédier, créer un espace Web, mais la possibilité d’inviter des auteurs et des autrices à écrire dépendra du financement par projet. La plateforme sera là, mais pour l’alimenter, il faudra du financement par projet.

La sénatrice Moncion : Merci beaucoup.

[Traduction]

La sénatrice Patterson : Il ne fait aucun doute que ce milieu recèle des talents exceptionnels, et il est tout à fait scandaleux que ceux-ci ne soient pas mis en valeur.

Ce serait bien de terminer sur une vision optimiste de l’avenir. Comme j’ai posé ma dernière question, j’aimerais aborder la reconnaissance des arts visuels. Parfois, les Canadiens obtiennent de bien meilleurs résultats à l’étranger qu’au pays. Même si nous devons mettre de l’ordre dans nos affaires au Canada, vous avez mentionné plus tôt Affaires mondiales et la tentative de faire rayonner à l’étranger les arts visuels des langues minoritaires.

Si vous pouviez recommander une chose à Affaires mondiales, quelle serait-elle?

[Français]

Mme LaPlante : Je pense que, pour être réaliste et pour franchir la première marche, il faudrait financer la circulation des artistes. Avant d’envisager d’envoyer des expositions à l’international, qui exigeraient des coûts très importants sur le plan du transport, si au moins les artistes pouvaient participer à des événements en arts visuels et à des résidences à l’international, ce serait déjà un grand premier pas, assurément.

Mme Bourdeau : Je pense aussi que cette idée d’écosystème est très importante, encore une fois. Les artistes vont là-bas et rencontrent d’autres artistes, des commissaires d’exposition, différents spécialistes de différents domaines; il y a un réseau qui se crée qui permet justement que les œuvres puissent aller ailleurs après. Ce réseautage est très important à l’international, mais aussi avec le Québec. Au Québec, on entend très rarement parler des artistes francophones du reste du Canada. Il y a vraiment un travail à faire pour se faire connaître et faire savoir qu’on est là. Il n’y a pas de meilleurs ambassadeurs que les artistes eux-mêmes.

Le président : Merci. Cela conclut cet échange. Au nom du comité, merci d’avoir été là ce soir. Merci pour vos déclarations et pour vos réponses aux questions.

Sur ce, nous allons suspendre brièvement la réunion avant de passer au deuxième groupe de témoins.

[Traduction]

Bienvenue à la prochaine témoin. Nous avons devant nous Miranda Castravelli, du English Language Arts Network. J’ai vu que vous étiez présente durant la première partie de la séance, alors vous savez comment nous fonctionnons. Vous disposez de cinq minutes pour vos observations préliminaires, puis nous passerons aux questions et réponses. Vous avez la parole.

Miranda Castravelli, directrice générale, English Language Arts Network : J’ai préparé une déclaration — et je m’excuse auprès des interprètes —, mais, avant de commencer, je crois qu’il est nécessaire de vous faire une plus grande mise en contexte. Mes collègues francophones ont tout à fait raison et leurs propos s’appliquent aussi bien au Québec qu’ailleurs, mais comme je suis ici pour parler au nom de la minorité anglophone, je dois dire qu’il y a d’autres préoccupations particulières qui l’emportent parfois. C’est de cela que j’aimerais vous parler ce soir.

Après coup, si vous voulez discuter d’applications pratiques ou de projets en particulier, je serai heureuse de le faire.

[Français]

Sentez-vous à l’aise de le faire dans les deux langues; cela me convient tout à fait. Comme c’est agréable pour vous, c’est agréable pour moi aussi.

[Traduction]

Je remercie infiniment le comité sénatorial de m’avoir invitée aujourd’hui et de me permettre de m’exprimer au nom de la communauté des arts d’expression anglaise résidant au Québec.

Comme vous le savez peut-être, l’English Language Arts Network, ou ELAN, représente les artistes et les organisations anglophones, quelle que soit leur origine, reflétant ainsi l’identité québécoise en pleine évolution et célébrant la diversité culturelle, artistique et sociale de la province. Nous croyons au droit d’exister, de prospérer et de gagner sa vie au Québec. De plus, bon nombre de nos initiatives concernent largement les plus de 1,7 million d’anglophones de la province, qu’ils soient artistes ou non.

Nous sommes donc bien placés pour expliquer pourquoi le soutien aux communautés de langue officielle en situation minoritaire est si important pour nous. En bref, c’est parce que l’existence n’est pas synonyme de prospérité, et que là où il n’y a pas de possibilité de prospérer, les choses finissent par cesser d’exister. Si la mosaïque des différences disparaît au Canada, chaque personne s’en trouvera appauvrie.

L’existence des langues officielles a été expressément mentionnée dans nos droits constitutionnels, car nous avons reconnu, en tant que société, que les gens ne se comportent pas toujours de manière juste et que la langue est plus qu’un simple choix pratique : elle est essentielle pour se faire entendre et pour obtenir ce dont nous avons besoin. Elle est aussi une composante immuable de notre identité.

L’histoire montre que, pendant longtemps et à un niveau fondamental, les francophones n’ont pas bénéficié des mêmes possibilités que les anglophones. C’est pourquoi, à mesure que notre société est devenue plus équitable et plus juste, nous avons reconnu la nécessité de corriger la situation. Comme nous le savons tous, même lorsqu’ils partent d’une bonne intention, les préjugés peuvent être inconscients, mais laisser tout de même des séquelles et des traumatismes durables.

Mais nous ne vivons pas dans le passé; nous vivons dans le présent, et aujourd’hui, le déséquilibre s’est inversé. Cette réalité est moins évidente, mais elle demeure tout aussi vraie. Les anglophones du Québec sont souvent omis par hypothèse ou regroupés avec la grande majorité anglophone du Canada. Malheureusement, il s’agit là d’un autre préjugé qui a de graves répercussions sur les gens ordinaires qui vivent au Québec.

Comme nous parlons anglais, on présume en quelque sorte que nous sommes pris en charge par la grande anglosphère. Les programmes sont supprimés et les personnes qui ont besoin de ressources en sont privées. Mais une personne en chair et en os n’existe pas dans l’abstrait culturel.

Nous l’observons dans les hôpitaux, les écoles et, plus récemment, dans le projet de loi 1, aussi appelé la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, qui fait expressément passer le bien de la majorité avant tout le reste. Cette perspective a un effet néfaste et direct sur la capacité de tous les anglophones de la province à gagner leur vie, et il y a des recherches qui le prouvent.

Si vous vous demandez pourquoi je parle des hôpitaux et d’autres secteurs, c’est parce que, comme diraient mes collègues francophones, tout est lié. Il n’y a donc pas un seul secteur qui ne soit affecté par tous les autres, et la culture en particulier est la voix des secteurs; la culture n’est pas tout.

J’ai joint à ma déclaration une étude commandée par l’ELAN en 2023. Je ne vais pas entrer dans les détails, car elle est assez vaste, mais vous constaterez que les écarts de revenus entre les artistes anglophones et francophones sont importants, de l’ordre de 17 à 21 % dans tous les secteurs. Que ce soit la médiane ou la moyenne, le résultat est à peu près le même.

D’autres recherches menées par d’autres organisations démontrent par ailleurs que les anglophones présentent un taux de pauvreté et de chômage plus élevé dans tous les secteurs au Québec. Et ce, malgré des niveaux de scolarité similaires ou supérieurs et le fait que les retombées économiques estimées de la communauté culturelle anglophone sur le PIB du Québec étaient de 7,73 milliards de dollars en 2021, et d’un peu moins de 1 milliard de dollars sur le PIB des autres provinces.

J’ai inclus à la fin de ma déclaration d’autres documents à lire provenant d’autres organisations, au cas où le comité s’y intéresserait. Je résume toutefois : même si les gens — et les artistes en particulier — éprouvent des difficultés dans toute la province et dans tout le pays, tout indique que les anglophones obtiennent des résultats encore pires que leurs vis-à-vis francophones au Québec.

Il y a des moyens par lesquels le soutien du gouvernement pourrait tout changer. Permettez-moi d’aborder précisément les sujets en particulier sur lesquels le comité se penche aujourd’hui. Partout au pays, le secteur culturel est en difficulté. Cependant, il n’y a pas que les artistes qui œuvrent dans ce secteur; il y a aussi les administrateurs, les coordonnateurs, les chefs électriciens de plateau, les traiteurs et bien d’autres groupes encore. Bref, nous sommes en train de perdre les échafaudages qui rendent la culture possible.

Les gens ont désespérément besoin de savoir quels outils existent, ce qu’ils peuvent faire, comment ils peuvent maintenir leur carrière et comment ils peuvent se protéger contre l’intelligence artificielle et d’autres menaces. Il faut soutenir davantage de véritables programmes structurés.

Ce secteur étant souvent désavantagé, les gens ont tendance à faire appel à des solutions gratuites. À cet égard — et uniquement à cet égard —, la communauté anglophone dispose effectivement d’un plus grand nombre de ressources en ligne que la communauté francophone, mais ce n’est pas parce que les ressources sont abondantes qu’elles sont bonnes ni qu’elles permettent de gagner du temps. Une équipe de deux personnes reste une équipe de deux personnes.

Le manque d’infrastructures pour les représentations et les répétitions a un effet négatif sur les secteurs culturels. Par exemple, il ne reste plus que deux salles de théâtre anglophone à Montréal, ce qui limite nécessairement la diffusion de la culture. Vais-je pouvoir obtenir une scène? Y aura-t-il de la place pour moi? Peut-être, peut-être pas.

S’il est vrai que la fréquentation en personne a diminué, ce n’est pas le cas partout, mais le public est attiré par les expériences qui ne peuvent être maintenues que par les organisations les mieux financées. J’ai préparé des détails à ce sujet au cas où vous voudriez les consulter plus tard.

Les outils numériques sont souvent considérés comme un substitut aux événements en personne, mais ils nécessitent une attention particulière. Avec la notoriété croissante du Canada à l’échelle nationale et internationale, une plateforme numérique est en fait une bonne idée pour mettre en valeur la diversité de nos talents. Cependant, le contenu doit être dans l’intérêt de tous, et non d’un groupe en particulier ou d’une majorité. Nous devons nous demander ce que signifie réellement la souveraineté culturelle, mais il est certain qu’elle n’est pas synonyme d’exclusion.

Le Québec rejette actuellement le multiculturalisme et affirme que nous devrions plutôt suivre le modèle de l’intégration. Si nous proposions cela pour d’autres communautés de langue officielle en situation minoritaire, un tollé s’ensuivrait sans tarder, et pour cause. Les anglophones, cependant, sont écartés pour les raisons que j’ai déjà mentionnées.

Cela ne peut pas être la réponse. Il existe bel et bien une différence entre la minorité anglophone du Québec et la majorité du reste du Canada. Les influences et l’immersion dès l’enfance créent des réalités et des perspectives très différentes.

Outre la réglementation du contenu des plateformes numériques, il faut renforcer le libellé et les mesures de protection dans la loi. Les anglophones constituent l’un des groupes qui doivent être protégés dans notre contexte.

Peu importe ce que nous bâtissons, nous devons nous assurer qu’une bonne structure est en place. De plus, les campagnes d’éducation générale doivent être menées à bon escient. Les avantages potentiels sont énormes, mais les inconvénients aussi. Ces genres de choses doivent être étudiées et bien planifiées, sans précipitation. Et faisons-le à la manière canadienne : en veillant à ce que tout le monde ait son mot à dire.

Même si cela dérange parfois notre gouvernement provincial, nous sommes là. Nous existons bel et bien. Et nos droits ne peuvent être bafoués.

Je suis Québécoise. Je viens de Montréal. Je suis fière d’être Québécoise, mais mon Québec est un Québec multiculturel et diversifié. C’est un endroit où on trouve les bagels à la montréalaise et où on dit « bonjour/hi », « bises » et « cinq à sept ». Mais c’est aussi un endroit où les hidjabs et les « hello » sont tout aussi les bienvenus. C’est dans les petites choses et les combinaisons inattendues que nous trouvons le plus de beauté et de richesse.

Nous ne sommes peut-être pas tous identiques, mais nous sommes tous égaux et méritons d’être respectés et d’avoir la chance d’apporter notre contribution à la mosaïque culturelle du Québec et du Canada. Telle est la véritable souveraineté culturelle. Nous avons besoin de votre aide pour faire en sorte que cette vision d’inclusion et d’accueil soit celle qui prévaut. Merci.

Le président : Merci beaucoup. En attendant la première question, permettez-moi d’aborder l’écart de revenus entre les anglophones et les francophones, que vous avez souligné. Je suis curieux de connaître les principaux facteurs qui expliquent cet écart. Le financement public en fait peut-être partie, tout comme le marché, je suppose. Vous avez mentionné la disponibilité des salles de théâtre, qui est probablement l’un des facteurs. Pourriez-vous nous donner plus de détails à ce sujet?

Mme Castravelli : Je peux vous dire que des études approfondies doivent être menées pour déterminer réellement ce dont il s’agit, et je pense qu’il s’agit d’une série de facteurs, comme vous l’avez mentionné. Mais je pense qu’il existe une certaine culture du « ce sera trop difficile ». On préférera donc choisir quelqu’un qui parle bien le français, ou qui le parle adéquatement; et si le français de la personne n’est pas très bon, peut-être qu’on ne va pas s’embêter et qu’on choisira quelqu’un d’autre. Le gouvernement du Québec va-t-il me donner du fil à retordre? Vais-je fournir des services à ma population? Vais-je recevoir des plaintes? Il y a chez les gens ordinaires une sorte d’attitude générale selon laquelle il est trop difficile de mener ce combat.

C’est une partie de la réponse, mais ce n’est qu’une supposition. Nous n’avons évidemment pas mené d’étude précise à ce sujet. Nous travaillons à partir de ce que les gens nous disent. Je pense qu’il faut étudier davantage les aspects propres à la culture. Il existe de nombreuses statistiques générales; tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est la vérité, mais je ne peux pas vous expliquer précisément pourquoi pour le moment.

[Français]

La sénatrice Gerba : Bienvenue, madame Castravelli.

Mme Castravelli : Merci, sénatrice.

La sénatrice Gerba : En tant que sénatrice représentant le Québec, je vous comprends. Je comprends totalement ce qui se passe actuellement, notamment pour les Québécois, les fiers Québécois issus de la diversité. Donc, je vous comprends très bien. On se comprend.

En complément de l’appui que vous recevez de Patrimoine canadien et du Conseil des arts du Canada, ELAN reçoit du soutien du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise du gouvernement du Québec.

Dans quelle mesure ce soutien du Québec complète-t-il celui du gouvernement fédéral, et quel regard portez-vous sur la collaboration entre le provincial et le fédéral dans ce domaine? Comment pourrait-elle être améliorée?

Mme Castravelli : Merci. En fait, je veux dire que pour le secrétariat, par exemple et en particulier, on a de très bonnes relations avec eux et leur soutien nous est sans nul doute indispensable. Par contre, c’est un secrétariat à l’intérieur d’un gouvernement qui est souvent en changement. Est-ce qu’ils nous soutiennent bien? Oui, ils font de leur mieux, mais eux aussi sont en train de mener une bataille avec ce qui se passe en ce moment.

Du point de vue pratique, mon organisme est bien placé. On est chanceux d’être bien appuyé de tous les côtés. Est-ce qu’on pourrait en faire plus? Toujours. Je n’ai pas un assez bon salaire pour mes employés. J’aurais aimé avoir plus d’éléments relatifs à l’administration.

Je vois une lacune en ce moment dans l’éducation de la relève. Les gens commencent à prendre leur retraite et il n’y a pas assez de fonds administratifs éducatifs. Chaque fois qu’on dit qu’on veut entraîner l’éducation, on se bloque contre la province qui dit : « Non, l’éducation est notre secteur, ne touchez pas à cela. » Il n’y a rien qui existe en anglais, il n’y a rien qui existe en français et il n’y a rien qui existe dans le secteur qu’on peut voir de manière exhaustive. Il n’y a aucun moyen de briser cette barrière en disant que l’éducation et l’enseignement de la relève seraient un grand soutien qui aiderait certainement l’avenir des arts. Si on avait plus de soutien de la part de la province et moins de blocage, ce serait vraiment utile.

La sénatrice Gerba : Merci beaucoup. En ce qui concerne le Plan d’action pour les langues officielles de 2023-2028 qui a été proposé, quel est le regard que vous portez sur ce plan d’action? Est-ce qu’il répond réellement à vos demandes et à vos besoins?

Mme Castravelli : Je crois qu’il était bien intentionné, mais un peu vague. Il n’y a certainement aucune mention des anglophones du Québec, à part un bref « on va un peu leur demander leur opinion à un moment donné », mais rien de spécifique. L’intention était vraiment de s’étendre dans les régions, mais sans plan particulier pour poursuivre cet objectif. J’ai l’impression que le plan d’action aurait pu bénéficier de la tenue d’une consultation avec le public, à qui on aurait pu demander comment faire toutes ces choses exactement. Bref, en principe, cela partait d’une bonne intention au début, mais cela manque de — en anglais, on dirait : « It lacks oomph. »

La sénatrice Gerba : Merci. Sur la stratégie d’accès aux marchés, on a vu que le Québec est un modèle et que c’est aussi une cible pour les exportations hors Québec, et c’est tant mieux. Quels marchés êtes-vous en mesure d’atteindre en tant qu’organisme du Québec?

[Traduction]

Mme Castravelli : Il faut reconnaître tout d’abord qu’en effet, l’anglais fait partie intégrante de la culture québécoise. Ce serait le point de départ, car pour l’instant, il n’y a pas de véritable place. Je suis sûre que tout le monde sait qu’un projet de plateforme numérique a été lancé pour tenter d’exporter la culture québécoise, surtout le contenu audiovisuel, notamment en France ou en Belgique. C’est formidable. Je pense en fait que le Canada dans son ensemble serait intéressé par les histoires du Québec, car j’estime qu’il a beaucoup d’histoire, beaucoup d’art, etc. Je pense qu’il existe vraiment un marché pour cela. Le Québec est en effervescence en ce moment, et le Canada l’est aussi en général.

Donc, je pense que ce serait vraiment bénéfique si les artistes anglophones pouvaient tirer parti de cela. Ils ont commencé à faire des percées auprès de certains groupes autochtones, mais ils ne font qu’effleurer la surface. C’est génial. C’est vraiment formidable. J’aimerais que les anglophones soient eux aussi considérés comme faisant partie de cette culture, et je pense que le marché pourrait se numériser et se moderniser.

[Français]

On pourrait avoir des jeunes qui seraient très intéressés. Il y a vraiment de bonnes histoires. La culture du Québec est une belle culture, mais la façon de la partager a besoin d’un peu de travail.

[Traduction]

Le sénateur Cormier : Je vais utiliser des clichés, mais je veux mieux comprendre. Un ancien sénateur m’a dit un jour que le problème pour la communauté anglophone du Québec n’est pas la langue, mais plutôt la création de communautés fortes, car vous voulez l’assimilation, et l’assimilation n’est pas possible parce que vous disposez d’un très grand et vaste marché à l’échelle du Canada et des États-Unis.

Je ne veux pas parler du Québec, alors je ne vais pas me mettre le nez là-dedans. Je veux me concentrer sur le gouvernement fédéral, qui a le devoir de vous aider, car il a des obligations en matière de langues officielles.

Dans quel domaine est-il le plus crucial de vous aider, d’aider les communautés artistiques? Si j’en parle, c’est parce que vous avez accès à un marché fantastique auquel les francophones n’ont pas accès.

Est-ce davantage la création, la production ou bien la distribution? J’essaie de comprendre, car la réalité est encore différente entre les minorités francophones et la minorité anglophone au Québec. J’essaie de comprendre où se situent les besoins et comment les institutions nationales peuvent contribuer à faire en sorte que votre culture — en particulier les artistes —, soit bien connue au Québec, mais aussi à l’extérieur du Québec.

Mme Castravelli : C’est une question complexe et je vais essayer d’y répondre aussi brièvement que possible. On s’imagine que nous avons tout ce marché à notre disposition. Cela pourrait être vrai, c’est une vérité potentielle, mais ce n’est pas la vérité dans les faits, car les artistes continuent de lutter au quotidien pour gagner leur vie et faire connaître leur travail. Des représentantes des groupes en arts visuels ont témoigné tout à l’heure, et c’est la même chose : il est difficile de transporter une sculpture géante de six pieds. On ne peut pas vraiment partir en tournée avec ses œuvres d’art. Ce type de distribution est extrêmement coûteux et compliqué. Dans mon monde idéal, le soutien fédéral à cet égard ressemblerait à une sorte de nationalisation des histoires qui se cachent derrière les projets artistiques.

En fait, mes collègues faisaient allusion à quelque chose comme ça. Elles affirmaient qu’il n’est pas facile de transporter les œuvres d’art, mais qu’il est tout à fait possible de transporter les histoires des artistes, des personnes qui réalisent ces œuvres.

Il devrait y avoir un programme fédéral visant à aider les gens à comprendre qui est l’artiste, ce qu’il fait et quelle est sa motivation. Ce sont ces aspects qui font vendre les œuvres. Elles se vendraient non seulement ici, mais partout ailleurs. Les gens veulent se reconnaître dans ces histoires, alors comment pourrions-nous nous y prendre pour faire connaître la motivation et l’inspiration de cette personne et faire voir la beauté de ses œuvres, comme le faisaient les églises du XIXe siècle dans la campagne québécoise? Il y a en fait certains artistes qui le font.

La question est de savoir comment faire connaître toutes ces choses et comment le gouvernement fédéral pourrait y parvenir. Tout d’abord, il existe des règles, c’est vrai. Les dernières statistiques montrent que, même s’il existe des règles, les organisations qui sont censées les respecter ne le font pas toujours et n’atteignent pas les pourcentages fixés. Il serait donc utile de faire appliquer les règles et de prévoir des conséquences en cas de non-respect.

Des programmes supplémentaires pourraient être mis en place pour verser plus de fonds à plus de personnes. L’une des choses qu’Alain en particulier est parvenu à faire — grâce à Patrimoine canadien —, c’est mettre en place un programme de microsubventions appelé Trellis, qui a permis de verser directement de l’argent aux artistes. Une partie du travail de l’équipe consiste à exposer les artistes et à établir des liens. Il serait donc utile d’en faire davantage dans ce domaine. En consacrant plus d’argent aux microsubventions, on pourra en attribuer plus rapidement aux artistes.

Le gouvernement fédéral devrait mettre en œuvre une campagne visant à présenter et faire connaître la culture canadienne. Une sorte de programme de promotion, comme celui qui a été créé pour les sports dans les années 1990 : ParticipACTION. Je ne sais pas si certains d’entre vous se souviennent de ce programme, mais personne ne conteste l’importance d’un stade sportif, alors pourquoi conteste-t-on l’importance d’un théâtre? C’est parce que nous ne comprenons pas son rôle. Voilà pourquoi. Les gens ne comprennent pas ce qu’il représente. Il y a beaucoup d’idées.

Le sénateur Cormier : Vous avez déclaré que vous vous sentez différents de la majorité anglophone. Je peux comprendre cela, car vous êtes une minorité au Québec. Vous avez évoqué les difficultés liées à la recherche de salles, mais il existe des milliers de lieux où vous pouvez vous produire.

J’entends de la bonne musique anglophone au Québec, et je l’entends à différents endroits. J’essaie de déterminer quel est le plus gros problème, mis à part vos propos sur le Québec en tant que province, sur le gouvernement provincial. À l’échelon fédéral, que peut faire le gouvernement pour s’assurer que vous êtes non seulement bien représentés, mais aussi bien servis par le gouvernement fédéral?

Mme Castravelli : Il s’agit d’essayer de comprendre l’enjeu. Permettez-moi d’expliquer ce qui nous semble être la différence entre les anglophones du Québec et ceux qui vivent hors Québec.

Lorsqu’un artiste crée une œuvre, il s’inspire de son expérience vécue, de tout ce à quoi il a été exposé. Mon exemple préféré est « Passe-Partout ». Aucun anglophone de l’Ontario a grandi en regardant « Passe-Partout » comme nous l’avons fait. Personne ne comprend les personnages de cette série, qui sont en fait très particuliers, mais qui témoignent de l’identité des créateurs, et orientent les histoires qu’ils racontent. Bien qu’il puisse y avoir des vérités universelles dans tout ce que racontent les artistes, les influences et le type d’art se manifestent séparément.

L’impression que l’on a de l’extérieur que nous disposons d’un nombre infini de salles n’est pas tout à fait vraie. En réalité, les bâtiments existent techniquement, mais le Théâtre MainLine — je ne sais pas si vous en avez entendu parler —, qui était l’un des principaux producteurs du festival Fringe, a perdu son bâtiment. Je ne peux pas trop m’avancer sur Québec, car je ne connais pas cette ville aussi bien, mais, en général, à Québec, il y a souvent des débats sur l’utilisation des salles. L’espace y est limité, et les salles sont réservées à ceux qui ont les moyens de les payer.

Même si les artistes connaissent beaucoup de difficultés, ils doivent quand même payer pour ces salles. Elles ne sont pas gratuites. Les bâtiments existent en principe, mais nous n’y avons pas accès. Il faut disposer de fonds et respecter la réglementation existante sur le financement.

Si je devais demander au comité sénatorial de faire une recommandation, je dirais : veuillez étudier la question. Combien de personnes y ont réellement accès? Pourrions-nous faire des suggestions à l’organisme — peut-être Patrimoine canadien — qui gère l’affectation des fonds et proposer qu’un certain pourcentage soit réservé aux organismes qui représentent la diversité des expressions culturelles, quoi que cela signifie? Est-ce que cela répond à la question?

Le sénateur Cormier : Oui, merci.

[Français]

La sénatrice Moncion : Vous avez mentionné dans vos commentaires que ceux qui réussissent sont bien financés. Vous avez dit cela tout à l’heure.

[Traduction]

Vous avez parlé du manque de représentations, du manque de salles. Ceux qui ont du succès sont bien financés.

[Français]

Mme Castravelli : Comme la Place des arts, par exemple. La Place des arts ne manque jamais de gens dans les sièges.

La sénatrice Moncion : Non, mais vous parliez des anglophones et c’est ce que j’aimerais comprendre. Dans le commentaire, à ce moment-là, vous avez dit que ceux qui réussissent bien du côté des anglophones sont bien financés.

Mme Castravelli : Ce n’est pas ce que je voulais dire; je m’excuse si c’est ce que j’ai donné comme impression.

Ce que je voulais dire, c’est qu’il y a certains groupes au Québec qui fonctionnent très bien, mais ce sont toujours ceux qui ont le plus de financement. La nuance est peut-être un peu différente. Pour avoir l’attention du public, il faut faire une campagne de promotion. Par exemple, le Centaur Theatre fonctionne assez bien parce qu’on réserve d’avance; ils ont un système très avancé grâce auquel on peut faire cela. C’est confortable, il y a du stationnement de l’autre côté de la rue, il y a tout un enjeu, la place est belle, on entre et on se sent confortable. C’est un des succès, mais on a fait un investissement de 6 ou 8 millions de dollars assez récemment pour en arriver à cela.

Ce n’est pas tout le monde qui reçoit ce genre de financement. C’est un peu cela que je voulais dire. Le public est intéressé si on lui donne des possibilités.

[Traduction]

Si je sors, je veux que ça en vaille la peine. Ça doit être intéressant, je veux en tirer quelque chose, et ça ne doit pas me causer trop de tracas. Vous voyez ce que je veux dire? Ce genre de choses est principalement accessible aux gens qui ont de l’argent, comme ceux qui fréquentent la Place des Arts, le Théâtre Centaur et d’autres lieux semblables.

La sénatrice Moncion : Je comprends. L’autre chose qui m’étonne toujours, c’est le succès des artistes anglophones au Québec. Par exemple, Paul McCartney a été invité au Festival d’été. Je comprends que ce n’est pas la même chose, mais je trouve que les Québécois sont très portés sur la musique anglophone. Cependant, à l’échelle locale, on ne finance pas les artistes anglophones. Si je comprends bien, c’est ce que vous affirmez.

Mme Castravelli : Oui.

La sénatrice Moncion : Beaucoup de gens vont assister à de grands concerts à Montréal, car la salle est là et il est possible d’y accueillir de grands groupes.

Je suis une francophone originaire de l’Ontario. J’ai été élevée entièrement en français, donc je n’ai jamais été exposée aux Paul McCartney de ce monde ou à Queen avant l’âge de 60 ans. Je me dis : « Oh, mon Dieu! J’ai manqué quelque chose en cours de route. » Je connaissais les chansons, mais je ne savais pas que c’était Queen, voyez-vous.

Pour en revenir aux Montréalais et à l’anglais, nous avons, en Ontario, le festival de Stratford pour le théâtre. Les artistes de Montréal peuvent-ils participer au festival de Stratford et vice versa?

Mme Castravelli : Oui, mais à très petite échelle. Ils sont en concurrence avec tous les autres artistes du Canada, Stratford étant Stratford.

La sénatrice Moncion : C’est l’endroit où être.

Mme Castravelli : C’est l’endroit où être pour quiconque fait du théâtre. De temps en temps, l’École nationale de théâtre organise des événements, mais on parle ici d’une dizaine d’artistes par été sur les 13 800 artistes anglophones du Québec. Le pourcentage est très faible. Ils sont en concurrence avec tous les autres artistes, et ce n’est pas régulier.

Pourquoi n’appuyons-nous pas nos artistes locaux? En fait, nos vis-à-vis francophones comprendront probablement cela aussi. C’est comme si ce qui vient d’ailleurs est toujours mieux. C’est ce que je veux dire quand j’affirme qu’il serait bien que le gouvernement fédéral présente notre culture et explique pourquoi elle est importante et quel est son impact, qu’il fasse valoir à quel point elle est géniale et qu’il propose aux gens de commencer par jeter un coup d’œil ici.

Je comprends que Paul McCartney et Britney Spears soient passionnants. Ils attirent un très grand public, mais ces personnes ne sont pas les créateurs de notre culture. Nous devons appuyer notre propre culture. Elles n’ont pas besoin de notre aide. Nos artistes ont besoin de notre aide pour préserver la voix qui est la nôtre.

La sénatrice Moncion : Je veux revenir sur le manque de financement dont vous parliez.

[Français]

Un document de travail que nous avons consulté indiquait que les communautés francophones en situation minoritaire disposent d’une entente formelle de collaboration avec six institutions fédérales du secteur des arts et de la culture qui existe depuis 25 ans. Votre entente existe depuis 2024. Est-ce que je comprends bien que vous avez accès aux mêmes institutions, mais depuis moins longtemps, comme le Conseil des arts du Canada et le Centre national des arts?

Mme Castravelli : Nous en tant qu’English Language Arts Network ou les artistes en général?

La sénatrice Moncion : Parce que vous représentez quand même des artistes ou plutôt des organismes.

Mme Castravelli : L’organisme English Language Arts Network est un genre de réseau. Nos membres sont d’autres organismes. Certains ont accès à ces fonds, mais d’autres non. Certains sont des artistes individuels, certains ne le sont pas. Alors je m’excuse, mais je ne sais pas exactement qui aurait accès à quoi et depuis combien de temps.

En ce qui concerne l’English Language Arts Network en particulier, j’y suis depuis un an et demi, mais je crois que c’est depuis à peu près 20 ans que le fondateur avait fait ces initiatives. On reçoit du soutien du Conseil des arts de Montréal, du Conseil des arts du Canada, de Patrimoine canadien et du Conseil des arts et des lettres du Québec.

La sénatrice Moncion : Vous avez donc les mêmes problèmes d’accès aux fonds que n’importe quel autre organisme où il n’y a que du financement de base qui n’est pas suffisant, et cetera.

Mme Castravelli : On est chanceux que notre financement de base soit bon.

[Traduction]

C’est correct. Nous y arrivons. Nous nous en sortons bien par rapport à d’autres. Cela dit, est-ce que je verse un salaire suffisant à tout mon personnel?

[Français]

Non. J’aimerais en faire plus.

[Traduction]

Nous n’avons pas de réseau de soutien.

[Français]

On n’a pas d’assurances. C’est très limité. Pour moi, personnellement, ce n’est pas vraiment un problème. On a de l’aide pour l’instant, mais c’est plutôt pour nos membres que l’on s’inquiète.

[Traduction]

Le problème est plus universel que celui qui m’occupe en ce moment.

La sénatrice Moncion : La situation des anglophones au Québec pourrait être aussi difficile que celle des francophones hors Québec.

Mme Castravelli : C’est certainement vrai. C’est un combat, et je dirais qu’il y a un problème.

Le Conseil des arts et des lettres du Québec fait un travail formidable. On lui a confié le lourd mandat de répartir une somme énorme en très peu de temps. Je n’ai rien à redire sur son fonctionnement interne — son plan est excellent —, mais il est difficile pour un anglophone de comprendre ce processus de demande particulièrement opaque.

Il est difficile de vivre d’un projet à l’autre. C’est extrêmement difficile, et les artistes peuvent travailler beaucoup sans pour autant aboutir à quoi que ce soit. En somme, ils sont rejetés parce que la langue de leur demande ne correspond pas tout à fait aux attentes d’un jury francophone, et c’est difficile. Même lorsque nous leur offrons personnellement de les aider avec la traduction et la demande, cela ne garantit pas pour autant qu’ils franchiront la première étape, à savoir déterminer si leur projet est acceptable.

Oui, c’est difficile. Voilà la raison pour laquelle je pense que les microsubventions pourraient être une bonne suggestion. En ce qui concerne la bonification des programmes de microsubventions, si c’est ce que le gouvernement fédéral souhaite faire, je suis tout à fait en faveur de cela. Trellis a reçu plus de 300 demandes, mais nous n’avons que 11 subventions à attribuer. Un membre du personnel m’a dit l’autre jour que les critères d’acceptation sont plus rigoureux qu’à Harvard. Il est clair qu’il faut accélérer le processus et aider ces personnes à mener à bien leurs projets.

Certains des projets qui en ont découlé ont d’ailleurs été formidables et très populaires.

La sénatrice Moncion : C’est un bon point de départ.

La sénatrice Patterson : Il n’est jamais avantageux de passer en dernier, car on a déjà répondu à la plupart des questions qu’on souhaitait poser.

En tant qu’anglophone dans cette salle, j’aimerais faire une observation. Lorsque nous parlons de votre marché à l’extérieur du Québec, cela revient pour nous à aller travailler aux États-Unis. Il ne sera pas question de nous. Il y aura toujours quelque chose qui façonnera le produit qui est proposé.

Si l’objectif de la Loi sur les langues officielles est de montrer votre visage afin qu’il soit familier à votre peuple et au sein de votre communauté locale, c’est là que je vois des similitudes avec les communautés francophones minoritaires hors Québec. Ryan Reynolds m’est venu à l’esprit, car lorsqu’il utilise des expressions ou des mots américains, nous savons qu’il est canadien, mais...

C’est une question de recherche, et c’est ce qui se passe, je crois, quand vous est poussés à aller ailleurs.

Vous avez parlé du projet pilote de financement. C’était très important pour moi et je me suis intéressée à son évolution. Je n’avais même pas pensé au processus de demande, et je dirais que cela fonctionne dans les deux sens à l’extérieur du Québec.

Mme Castravelli : J’en conviens.

La sénatrice Patterson : En réalité, vous avez répondu à toutes mes questions; ce n’était donc qu’une simple remarque. N’hésitez pas à ajouter quelque chose. Je ne dis pas que les choses se passent ainsi. Ce n’est pas mon expérience vécue, mais je peux l’imaginer.

Mme Castravelli : Tout à l’heure, quelqu’un a évoqué l’idée de l’autopromotion en tant qu’artiste, et c’est un peu difficile, car je comprends que l’argent se fait rare. Tous les secteurs ont besoin d’argent. Compte tenu des défis auxquels le monde est confronté actuellement, on se demande peut-être si c’est vraiment la chose la plus importante. Mais en réalité, c’est la chose la plus importante, car sans culture, nous perdons notre identité et notre perspective.

Il est difficile de justifier le financement de la culture alors qu’on réduit le salaire des médecins; comment est-ce possible dans ce contexte de financer un artiste? Si on ne finance pas les artistes, qui parlera de toutes ces choses qui se passent? Qui racontera ces vérités qui sont peut-être gênantes? On a besoin de financement pour pouvoir commercialiser la culture.

Ce n’est pas qu’il n’y a pas de place pour tout. Il y a de la place pour les belles choses décoratives qui n’ont pas beaucoup de sens, mais il y a aussi de belles choses qui ont un sens et qui ne sont peut-être pas particulièrement attrayantes pour le public à l’heure actuelle, mais il est important d’en parler. La culture est un réseau complexe de toutes ces choses.

Le gouvernement travaille pour le bien public, si je puis dire. Vous le savez mieux que moi, mais je pense que c’est pour le bien public, et le bien public n’est pas toujours une question d’argent. C’est pour l’intérêt à long terme; c’est pour la voix de notre peuple. Voilà en quelque sorte ma conclusion sur le sujet.

Est-ce une question de dollars et de cents? Aurons-nous à modifier certaines choses pour des dollars et des cents? Oui. Devrions-nous le faire? Peut-être pas, ou peut-être pas toujours.

Le président : En ce qui concerne le financement, j’ai sous les yeux la note d’information qui nous a été remise. Elle explique comment vous êtes financés. Elle indique aussi que l’ELAN a mis en œuvre un projet visant à aider les organismes artistiques et culturels à accéder aux possibilités de financement offertes par le gouvernement provincial. Il aide également les organismes à s’y retrouver parmi les programmes fédéraux disponibles.

Pour moi, cela en dit long. Je ne sais pas si vous pouvez en témoigner, mais cela en dit beaucoup sur la difficulté de s’y retrouver dans les systèmes provinciaux et fédéraux de financement.

Mme Castravelli : Oui, tout à fait. C’est vraiment opaque pour la plupart des artistes. Ils sont perdus. Trellis s’est révélé fantastique, mais c’est très récent. Ce que nous appelons le projet Québec Relations, celui auquel vous faites référence, est le programme le plus populaire qui ait certainement existé à long terme, et la demande est supérieure à notre capacité. Je pense que si je devais demander personnellement l’intervention de l’ELAN, c’est par là que je commencerais.

Notre mandat nous est confié par le gouvernement provincial, donc nous avons tendance à nous concentrer principalement sur les subventions provinciales. Cependant, le Conseil des arts du Canada s’est adressé à nous récemment pour nous demander s’il pouvait commencer à financer nos artistes, et c’est à cet organisme que je m’adresserais pour obtenir du financement supplémentaire. Il faut aider les artistes à présenter ces demandes de financement, car le processus est très complexe.

Deux membres de notre personnel sont spécialisés dans les demandes de ce genre. Ils expliquent aux gens non seulement le fonctionnement du processus de demande, mais aussi ce qu’il implique. Ils leur expliquent certaines questions, ce qu’ils doivent faire pour se mettre en valeur et quels documents numériques ils doivent fournir pour franchir la première étape.

C’est excessivement complexe, et c’est très difficile pour un artiste qui, franchement, veut simplement créer ses œuvres.

Le sénateur Cormier : En vertu de la Loi sur les langues officielles modernisée, CBC/Radio-Canada a certaines obligations. Nous entendons beaucoup de francophones hors Québec parler de l’importance de Radio-Canada. J’aimerais savoir ce que vous pensez du rôle que joue la CBC au Québec auprès de la communauté anglophone et quelles sont vos attentes pour la suite des choses à l’égard de Radio-Canada, et de la CBC en particulier.

Mme Castravelli : La CBC obtient d’excellents résultats à Montréal et à Québec, mais elle connaît des difficultés dans les autres régions du Québec. Nous avons des liens avec les médias communautaires et nous avons discuté avec eux récemment des améliorations qui pourraient être apportées.

À vrai dire, ce que nous pourrions faire, c’est de trouver un moyen de jeter un pont entre les grands médias et les médias communautaires, qui sont eux aussi en difficulté et très étroitement liés aux arts, afin de faire connaître les bonnes choses qui se passent dans ces régions. Les médias communautaires feraient office de médias sources. Si vous connaissez le milieu de l’éducation, vous savez que les écoles sources conduisent les élèves à l’école secondaire; c’est le même principe. L’information à la source est reprise dans les grands médias. C’est en quelque sorte ce que nous tentons de faire, mais la question est toujours de déterminer comment décider, qui prendrait les décisions, comment procéder de manière équitable et inclusive et comment gérer le tout et à quelle fréquence. Nous en sommes encore aux premiers stades.

Un comité qui se pencherait sur cette question spécifique, qui chercherait à déterminer comment faire passer le message, serait en fait très utile, car il y a beaucoup de matière et beaucoup de volonté, mais c’est complexe, et, honnêtement, ce rôle pourrait être très intéressant.

Ils pourraient être les porte-parole de toutes les activités qui confèrent une légitimité aux artistes en les faisant connaître à l’échelle nationale. Quelqu’un pourrait voir quelque chose en Alberta sur CBC Montréal et dire : « Hé, j’aimerais aller à Sherbrooke cette fin de semaine et voir telle personne jouer. »

Le sénateur Cormier : Certains affirment qu’il y a suffisamment de chaînes de télévision anglophones et que nous n’avons plus besoin de la CBC.

Mme Castravelli : Je pense que c’est un faux raisonnement. Nous voyons ce que font les diffuseurs partisans et privés au sud de la frontière. Un diffuseur national, impartial et géré par le gouvernement, dont l’objectif n’est pas nécessairement de s’enrichir, présente le grand avantage d’être impartial et de pouvoir réellement donner la parole à tout le monde de manière égale, plutôt qu’à ceux qui paient la facture.

Je pense que cela fait partie intégrante du Canada, du tissu social canadien et de l’identité canadienne. Il est indispensable d’avoir des entités qui sont nationales et qui ne sont pas gérées dans une optique de rentabilité, car cela signifie qu’elles sont gérées dans l’intérêt public. À mes yeux, cela est indispensable à l’identité canadienne.

Le sénateur Cormier : Merci.

[Français]

La sénatrice Moncion : Vous avez mentionné dans vos commentaires que le Québec a des bureaux d’affaires dans certains pays d’Europe, dont la France et la Belgique, mais aussi dans d’autres pays, comme l’Allemagne et la Pologne. Ce sont des bureaux d’affaires. Je me pose la question et il se peut que vous ayez la réponse. Ce ne sont pas tous les pays d’Europe qui parlent français. Avez-vous un accès ou de l’aide pour amener des artistes anglophones du Québec vers les pays d’Europe?

Mme Castravelli : Au sein de notre organisme, pas du tout. Le Conseil des arts et des lettres du Québec, ou CALQ, pourrait-il nous aider? C’est possible. C’est le groupe francophone qui nous ressemble, dont les fonctions ressemblent aux nôtres, mais pour les francophones au Québec. Je peux seulement vous dire que le ministre de la Culture met l’accent sur l’exportation vers ces pays, et non pas vers les programmes qui seraient disponibles. Nous ne sommes pas des producteurs, alors peut‑être que les gens qui font des tournées auraient d’autres accès que je ne connais pas. C’est possible. Cela passerait par le CALQ; il faudrait lui poser la question.

La sénatrice Moncion : C’est un autre organisme. Merci.

Le président : Y a-t-il autre chose?

[Traduction]

Voilà qui met fin à cette deuxième partie de notre réunion. Merci pour vos observations préliminaires et pour vos réponses aux questions.

[Français]

Merci au premier groupe, dont les membres sont toujours ici. Merci beaucoup. Il est certain que vos contributions et vos interventions seront prises en considération par les sénateurs et sénatrices.

[Traduction]

Nous allons nous arrêter quelques minutes pour passer à huis clos.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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