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SECD - Comité permanent

Sécurité nationale, défense et anciens combattants


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DE LA SÉCURITÉ NATIONALE, DE LA DÉFENSE ET DES ANCIENS COMBATTANTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le lundi 27 avril 2026

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants se réunit aujourd’hui, à 16 heures (HE), avec vidéoconférence, pour examiner, afin d’en faire rapport, les questions qui pourraient survenir occasionnellement se rapportant à la sécurité nationale et à la défense en général, y compris les anciens combattants; et à huis clos, pour étudier le projet de loi C-8, Loi concernant la cybersécurité, modifiant la Loi sur les télécommunications et apportant des modifications corrélatives à d’autres lois.

Le sénateur Hassan Yussuff (président) occupe le fauteuil.

[Traduction]

Le président : La séance est ouverte. Je vous souhaite la bienvenue à cette réunion du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants.

Je m’appelle Hassan Yussuff, sénateur de l’Ontario et président du comité. Je suis accompagné aujourd’hui de mes collègues du comité, que j’invite à se présenter.

Le sénateur Al Zaibak : Mohammad Al Zaibak, de l’Ontario.

[Français]

Le sénateur Carignan : Claude Carignan, du Québec.

[Traduction]

La sénatrice White : Judy White, de Terre-Neuve-et-Labrador.

La sénatrice Patterson : Rebecca Patterson, de l’Ontario.

Le sénateur Cardozo : Andrew Cardozo, de l’Ontario.

La sénatrice Hay : Katherine Hay, de l’Ontario.

La sénatrice M. Deacon : Marty Deacon, de l’Ontario. Bienvenue.

La sénatrice Duncan : Pat Duncan, du Yukon.

Le sénateur McNair : Bienvenue. John McNair, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Dasko : Bienvenue, monsieur le ministre. Donna Dasko, de l’Ontario.

Le sénateur Ince : Bienvenue à tous. Tony Ince, de la Nouvelle-Écosse.

Le président : Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir l’honorable David McGuinty, ministre de la Défense nationale. Il se joint à nous pour faire le point sur les enjeux actuels liés au mandat du ministère de la Défense nationale.

Le ministre est accompagné de fonctionnaires. Je vais prendre le temps de les présenter : nous accueillons la sous‑ministre Christiane Fox; le lieutenant-général Stephen R. Kelsey, vice‑chef d’état-major de la Défense; le commissaire de la Garde côtière canadienne, Kevin Brosseau; le dirigeant principal des finances, Jonathan Moor; la sous-ministre adjointe, Heather Sheehy; le sous-ministre adjoint, Politiques, Scott Millar; la cheffe adjointe du Centre de la sécurité des télécommunications, Alia Tayyeb; et la dirigeante principale des finances du Centre de la sécurité des télécommunications, Julie Chassé. Bienvenue à tous.

Merci de vous joindre à nous aujourd’hui.

Bienvenue, monsieur McGuinty. Nous vous remercions de votre présence. Nous allons commencer par vous inviter à faire une déclaration préliminaire, après quoi les membres du comité vous poseront des questions. Vous pouvez commencer dès que vous êtes prêt, monsieur. Vous avez cinq minutes pour faire votre déclaration préliminaire, puis nous céderons la parole à nos collègues.

L’honorable David McGuinty, c.p., député, ministre de la Défense nationale : Merci, monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du comité.

[Français]

Merci de m’avoir invité pour discuter du mandat et des priorités du ministère de la Défense nationale.

[Traduction]

Comme nous le savons, nous évoluons dans un contexte de menace mondiale de plus en plus instable.

Au-delà du conflit au Moyen-Orient et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les relations internationales qui sous‑tendent la stabilité mondiale depuis des décennies sont mises à l’épreuve et remodelées rapidement.

Il y a plus de conflits parrainés par des États aujourd’hui qu’à tout autre moment depuis la Seconde Guerre mondiale, et les grandes puissances cherchent à étendre leur influence au-delà de leurs frontières.

La Chine, par exemple, se positionne au centre d’un monde de plus en plus multipolaire.

Ensemble, ces changements exercent une pression sans précédent sur les systèmes et les normes qui guident depuis longtemps les priorités du Canada en matière de défense et de sécurité.

En réponse, le Canada accélère le renouvellement de ses capacités de défense tout en stimulant la croissance de son industrie nationale de défense. Les investissements historiques décrits dans le budget de 2025 permettent ce travail.

Au cours des cinq prochaines années, le gouvernement du Canada investira 81,8 milliards de dollars pour reconstruire et réarmer les Forces armées canadiennes, et y réinvestir. Grâce à ces investissements, nous modernisons nos capacités, appuyons nos opérations et soutenons notre personnel.

Cela place également le Canada sur une voie crédible en vue de respecter l’engagement de l’OTAN visant un investissement de 5 % d’ici 2035.

Nos priorités sont les suivantes :

Aller de l’avant avec d’importants achats pluriannuels, comme les destroyers de la classe Fleuves et rivières et les véhicules blindés de soutien au combat; accroître l’approvisionnement en munitions et en drones; et renforcer notre infrastructure numérique grâce à des investissements ciblés dans la technologie, l’espace, l’intelligence artificielle et les capacités quantiques.

Nous veillons à ce que nos membres disposent des outils nécessaires au moment et à l’endroit où ils en ont besoin.

Notre stratégie industrielle de défense fournit une feuille de route claire pour assurer ces capacités tout en créant des emplois et des possibilités économiques partout au Canada.

Le mois dernier, nous avons annoncé un nouvel appui relatif aux capacités souveraines de lancement spatial du Canada, y compris le financement de Maritime Launch Services pour établir une installation de lancement près de Canso, en Nouvelle‑Écosse.

Nous constatons également une collaboration plus étroite avec l’industrie canadienne, notamment par l’entremise de nouveaux contrats dans le cadre du Programme d’approvisionnement en munitions du Canada.

[Français]

Ces investissements auront pour résultat de renforcer l’autonomie stratégique du Canada. Comme l’a déclaré notre premier ministre, nous ne compterons plus sur les autres pour assurer notre défense. Les investissements qu’effectue mon ministère témoignent de l’engagement du Canada envers l’OTAN, le NORAD et nos autres partenaires. Ils appuient directement la défense de l’Arctique, l’une des principales priorités énoncées dans la politique de défense du Canada intitulée « Notre Nord, fort et libre ».

[Traduction]

L’affirmation de la souveraineté et de la sécurité de l’Arctique est essentielle à la défense du Canada, de l’Amérique du Nord et du flanc nord-ouest de l’OTAN.

La Défense nationale renforce sa présence et ses capacités dans la région en établissant à la fois les nouveaux systèmes radar transhorizon polaire et dans l’Arctique; en construisant des carrefours de soutien opérationnel du Nord à des endroits clés, ainsi que d’autres nœuds opérationnels plus petits; en investissant dans des avions d’alerte lointaine, des systèmes d’aéronefs télépilotés, des navires de patrouille de l’Arctique, des brise-glaces et des capteurs sous-marins. Et, bien sûr, nous progressons dans l’acquisition d’un maximum de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle capables de naviguer sous la glace.

Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires du Nord, y compris les gouvernements territoriaux, les partenaires autochtones, les municipalités et les intervenants locaux dans le cadre d’une approche pansociétale.

Grâce à des exercices comme l’opération Nanook, les membres des Forces armées canadiennes renforcent les relations avec les collectivités du Nord et tirent parti des connaissances régionales vitales.

[Français]

Dans le cadre d’exercices comme l’opération Nanook, les membres des Forces armées canadiennes collaborent avec les communautés nordiques afin de tisser des liens et de tirer profit du savoir régional.

Nous travaillons également avec le personnel militaire des États-Unis, de la Belgique, de la France et du Danemark pour renforcer la connaissance de l’Arctique et aussi pour défendre la souveraineté régionale.

Je tiens aussi à souligner que le budget de 2025 prévoit du financement pour la Garde côtière canadienne, qui a été transférée au ministère de la Défense nationale à titre d’organisme de service spécial civil et distinct.

L’intégration de la Garde côtière à la Défense nationale permet au Canada d’optimiser l’utilisation de ses navires, hélicoptères, capteurs et centres opérationnels, renforçant ainsi la connaissance du domaine maritime et permettant une réponse plus rapide aux menaces émergentes.

[Traduction]

Le financement prévu dans le budget de 2025 appuiera également le Centre de la sécurité des télécommunications, notre organisme de renseignement électromagnétique qui relève de la Défense nationale, ce qui renforcera davantage la capacité du Canada à détecter, à perturber et à décourager les cyberactivités malveillantes.

Mais il y a un élément essentiel derrière tout cela, et c’est notre personnel. Il apporte expertise, résilience et professionnalisme à chaque mission. Chaque jour, les membres de notre personnel transforment la stratégie en action.

C’est pourquoi nous prenons des mesures concrètes pour renforcer le recrutement et le maintien en poste dans l’ensemble des Forces armées canadiennes. Nous investissons dans les logements et les services de garde pour les militaires et nous augmentons les salaires de tous les militaires en service.

Nous constatons des résultats. Le nombre de demandes d’emploi augmente grandement d’année en année. Du 1er avril 2024 au 31 mars 2025, les Forces armées canadiennes ont enrôlé 55 % de recrues de plus que l’année précédente, ce qui dépasse notre objectif annuel.

Nous continuerons sur cette lancée en modernisant et en simplifiant davantage nos processus de recrutement. Il s’agit d’un moment déterminant pour notre système de défense, la défense du Canada, un moment qui exige une urgence et une vision durable à long terme. Nous devons agir rapidement, et c’est ce que nous faisons.

Grâce à des investissements soutenus, nous dotons les Forces armées canadiennes des capacités dont elles ont besoin pour relever les défis d’aujourd’hui et de demain.

En même temps, nous renforçons l’économie canadienne en soutenant la croissance de nos industries de la défense.

[Français]

La Défense nationale met fermement l’accent sur l’état de préparation et l’investissement stratégique afin que les Forces armées canadiennes puissent continuer de protéger la population canadienne et de défendre notre souveraineté.

[Traduction]

Mesdames et messieurs les membres du comité, monsieur le président, je vous remercie.

Le président : Merci, monsieur le ministre, d’être ici, et merci pour votre déclaration préliminaire.

Je tiens à nommer deux sénateurs qui se sont joints à nous : le sénateur Stan Kutcher, de la Nouvelle-Écosse, et la sénatrice Youance, du Québec.

Je souligne que le ministre sera avec nous jusqu’à 5 heures aujourd’hui.

M. McGuinty : Ce n’est pas l’heure militaire, monsieur le président.

Le président : Mais son personnel sera ici jusqu’à 18 heures. Nous ferons de notre mieux pour permettre à chaque membre de poser une question au cours de cette première heure.

La deuxième série de questions avec les fonctionnaires aura lieu de 17 heures à 18 heures. Dans cette optique, quatre minutes seront consacrées à chaque question, ce qui comprend le temps de réponse.

J’aimerais vous demander de poser des questions succinctes, comme toujours, afin de permettre le plus grand nombre possible de questions et d’interventions.

La première question revient à notre vice-président.

Le sénateur Al Zaibak : Monsieur McGuinty, je vous remercie, vous et votre équipe, de vous joindre à nous aujourd’hui et du leadership dont vous avez fait preuve en lançant la Stratégie industrielle de défense nationale et l’Agence de l’investissement pour la défense, entre autres initiatives.

Monsieur le ministre, le gouvernement a présenté une vision ambitieuse en matière de défense dans le cadre de la politique Notre Nord, fort et libre et de la Stratégie industrielle de défense du Canada.

Pourriez-vous nous fournir une mise à jour claire sur sa mise en œuvre, en particulier sur les progrès mesurables qui ont été réalisés et sur les lacunes les plus importantes, selon vous?

M. McGuinty : Merci, sénateur. J’aimerais commencer par la Stratégie industrielle de défense. Voici donc la nouvelle : pour la première fois dans l’histoire du Canada, nous avons une stratégie industrielle de défense; nous n’en avons jamais eu.

Pour y arriver, nous avons fait appel à 17 alliés et pays aux vues similaires et leur avons demandé ce qu’ils avaient fait; ce qui avait bien et moins bien fonctionné; ce qu’ils avaient appris et quelles conclusions ils avaient tirées. Nous leur avons aussi demandé comment ils s’étaient améliorés.

Nous avons ensuite mobilisé plus de 2 000 entreprises au pays. Nous avons fait appel aux meilleurs banquiers et investisseurs en capital de risque du pays, ce qui n’est pas habituel pour le ministère de la Défense nationale. Nous leur avons demandé ce que nous devrions faire si nous lancions une stratégie industrielle de défense pour améliorer notre activité économique dans le secteur de la défense. Quels sont les obstacles systémiques que nous devons surmonter? Comment harmoniser les signaux? Comment pouvons-nous illustrer clairement, pour les entreprises canadiennes et les chercheurs canadiens, quels sont nos besoins sans compromettre, par exemple, la sécurité des forces?

Nous avons également établi 10 domaines clés d’investissement, 10 domaines prioritaires, et non 12, 3 ou 20... 10. Nous en avons choisi délibérément 10, en nous basant sur l’expérience d’autres pays qui n’en avaient pas assez. En fait, la plupart des pays en avaient trop; ils ont dû s’en tenir à leurs capacités fondamentales, là où ils avaient des forces. Nous avons donc cerné 10 capacités souveraines.

En gros, nous nous sommes demandé quelles étaient nos forces et ce que nous pouvions produire, et nous avons mis en place un processus en trois parties. Lorsque ce sera possible, nous construirons ce dont nous avons besoin pour les Forces armées canadiennes en sol canadien avec le savoir-faire et l’acier canadiens et nous achèterons des produits canadiens. Nous allons le construire.

Nous avons environ 600 entreprises dans le secteur industriel de la défense; 82 000 employés à temps plein et 200 000 employés à temps partiel. Ensuite, si nous ne pouvons pas le construire, nous nous associerons à des partenaires aux vues similaires, par exemple les nombreux pays avec lesquels nous avons récemment signé des accords, que ce soit dans le domaine du commerce ou de la défense. Si je me souviens bien, une vingtaine d’accords ont été conclus au cours des six à huit derniers mois, et ce, à une vitesse que nous n’avions jamais vue auparavant.

Des pays comme la Norvège, qui a signé un accord sur l’espace, ou l’Australie, avec qui nous coopérons sur le système de radar transhorizon; c’est leur technologie, et nous travaillons avec eux en tant que partenaires.

Si nous ne pouvons pas établir de partenariats, nous achèterons auprès des fournisseurs que nous choisirons et qui nous permettront de profiter des retombées industrielles, avec des matériaux primaires canadiens comme l’acier et l’aluminium. C’est la danse en trois étapes, si je peux l’appeler ainsi, de la Stratégie industrielle de défense dans 10 domaines principaux.

Jusqu’à présent, la réponse a été étonnante. Le nombre d’entreprises canadiennes et de chercheurs qui veulent travailler avec nous, les 15 ou 25 meilleures universités de recherche, tous se bousculent pour fournir une expertise dans des domaines fondamentaux comme la quantique et l’intelligence artificielle, par exemple.

De plus, le nombre d’États étrangers qui veulent se joindre à nous dans cette aventure est très révélateur. C’est comme si les pays avec lesquels nous avons négocié une nouvelle relation bilatérale nous demandaient où nous étions tout ce temps, et qu’ils nous attendaient depuis un bon moment.

Lorsqu’il était ici la semaine dernière, le président de la Finlande a dit que le pays voulait travailler en partenariat avec nous... Et voilà où nous en sommes. Nous travaillons en partenariat avec les Danois, les cinq pays nordiques et les sept pays de l’Arctique.

La dernière chose à dire, c’est peut-être que nous ouvrons de nouveaux marchés comme jamais auparavant, sénateur. Nous sommes le seul pays non membre de l’Union européenne à avoir été autorisé à adhérer à son régime d’approvisionnement, appelé SAFE, qui représente une occasion de 160 milliards d’euros — pour la phase 1 — pour nos entreprises de s’associer à d’autres et de soumissionner sur des possibilités d’approvisionnement dans l’Union européenne. Aucun autre pays à l’extérieur de l’Union européenne n’a été autorisé à en faire partie. Nous faisons des progrès. Nous prenons de l’élan et nous sommes encouragés.

Le sénateur Al Zaibak : Merci, monsieur le ministre.

Le président : Monsieur le ministre, je ne veux pas vous interrompre parce que je veux entendre vos réponses, mais si vous me voyez lever mon stylo...

M. McGuinty : Est-ce que je vous ai dit que j’avais subi une opération à l’œil, sénateur? Je peux donc vous voir.

Le président : Je peux toujours utiliser ce...

M. McGuinty : Deux jours après l’opération, j’ai appelé mon épouse en urgence pour lui dire que quelque chose clochait avec mon œil. Elle s’est précipitée vers moi et m’a demandé si tout allait bien. J’étais devant le miroir et j’ai pointé mon reflet en lui disant « Non. D’où viennent toutes ces rides? »

Le président : Nous allons les compter ce soir, soyez-en assuré.

[Français]

Le sénateur Carignan : Monsieur le ministre, bienvenue.

Je vois les gens qui sont derrière vous. On en voit plusieurs qui témoignent devant nos comités, particulièrement celui des finances nationales avec M. Moor. J’aimerais souligner leur travail exceptionnel. On est vraiment impressionné par la qualité de leur témoignage.

Monsieur le ministre, notre premier ministre a dit qu’il ne comptait pas sur les autres pays pour assurer notre défense. En 2017, le gouvernement a décidé d’acheter 88 F-35. J’ai fait faire une petite recherche. Pour utiliser l’expression du premier ministre à Davos, si l’on prend les puissances moyennes, la France a un jet par 2 400 kilomètres carrés, soit 226, et l’Italie a 187 jets, soit un par 1 600 kilomètres carrés. Pour sa part, le Japon en a 340, soit un jet par 1 000 kilomètres carrés, et le Royaume-Uni en a 151, soit un par 1 608 kilomètres carrés. Le Canada, avec 88 jets, aura un jet par 100 000 kilomètres carrés. Cela semble laisser beaucoup de découverts. Ce chiffre de 88 a été fixé dans les années 2010 et confirmé en 2017.

Ma question est claire et simple : est-ce que vous envisagez d’augmenter le nombre de 88 jets? Étant donné que la situation géopolitique est complètement différente de celle qui existait en 2010, prévoyez-vous d’augmenter le nombre de F-35 ou créer une deuxième flotte, une flotte suédoise notamment, qui pourrait combler ce déficit à découvert?

M. McGuinty : Monsieur le sénateur, c’est l’une des raisons pour lesquelles la revue de l’achat des F-35 continue. Comme vous l’avez soulevé, cela touche de grandes questions géopolitiques. Cela touche aussi la question des retombées économiques et des bénéfices industriels. La semaine dernière, vous avez sûrement entendu que le manufacturier était à Mirabel et qu’il était en train de considérer augmenter l’offre pour notre pays.

Le sénateur Carignan : J’habite à 10 minutes, alors vous comprendrez que j’en ai entendu parler.

M. McGuinty : Voilà. C’est l’une des raisons pour lesquelles on prend le temps nécessaire pour examiner de près la situation. C’est une question de flotte d’avions de chasse.

Pour la question d’autres avions d’autres pays, évidemment, c’est quelque chose qui est sur la table. Cela fait partie de notre revue.

La quantité d’avions est une préoccupation dont j’ai entendu parler à maintes reprises, non seulement ici, mais à l’extérieur du pays. L’Italie dit en avoir peut-être trop acheté, mais il ne faut pas oublier qu’ils sont aussi en train de manufacturer l’avion dans le Nord de l’Italie. On continue, et on verra éventuellement. Nous suivrons de très près les conseils de nos experts des Forces armées canadiennes.

Pour ce qui est de la question de combinaison d’avions de chasse, c’est une question qui perdure et qui fait partie...

Le sénateur Carignan : Donc, le nombre pourrait augmenter?

M. McGuinty : C’est une question de commencer par le début. On est en train de poursuivre la transition des F-18 vers les F-35. L’équipe derrière moi est sûrement mieux placée pour vous dire où on en est avec les 16 qui sont commandés.

Il ne faut pas oublier que la technologie change; tout change vite, et la question d’un système autonome continue aussi d’être examinée. Alors, l’analyse se poursuit.

Le sénateur Carignan : J’ajouterais que j’ai vu dans des revues spécialisées qu’ils rapportaient un article japonais. Le Canada aimerait devenir un observateur sur la nouvelle plateforme pour remplacer les furtifs, un partenariat entre le Japon, l’Italie et le Royaume-Uni, que l’on appelle Tempest.

Est-ce ce sérieux comme nouvelle? Le Canada a-t-il vraiment l’intention de participer à ce développement?

M. McGuinty : C’est une possibilité que l’on examine comme prochaine génération d’avions de chasse, mais la décision finale n’a pas été prise.

[Traduction]

Le sénateur Cardozo : Monsieur le ministre, je vous souhaite la bienvenue à vous et à vos fonctionnaires qui servent si bien le Canada en ces temps turbulents. Je me demande si vous pouvez nous faire part de votre vision de la longévité de ce que nous entreprenons. Lorsque je rencontre nos homologues à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en Europe, j’ai l’impression qu’ils considèrent que le défi auquel nous faisons face avec la Russie en est un à long terme. En ce qui concerne les relations en Amérique du Nord, on a l’impression qu’il y aura un accord de paix et que nous reviendrons à la normale. Quel est votre message aux Canadiens à ce sujet? Sommes-nous face à un défi à court ou à long terme? Il ne faut pas oublier la Chine, bien sûr.

M. McGuinty : Il y a quatre ans, la Russie a envahi l’Ukraine illégalement et sans provocation. Elle continue de le faire et est déterminée à continuer. Elle perd beaucoup d’effectifs. Elle a converti une grande partie de son économie en une économie de guerre. Son président ordonne maintenant aux oligarques russes de transférer de l’argent dans les comptes centraux pour financer l’effort de guerre. Les gens avec qui je travaille dans la région me disent que tant que la classe moyenne supérieure de Leningrad et de Moscou ne commencera pas à éprouver des difficultés financières, les choses ne ralentiront probablement pas. Le régime russe se concentre entièrement sur la poursuite de ses opérations. Pendant 20 ans, l’Iran a fait valoir qu’il n’avait pas de missiles pouvant parcourir plus de 2 000 kilomètres, mais il en a lancé un qui a parcouru 5 000 kilomètres. Nous avons maintenant toute une série d’acteurs qui se procurent des technologies et des systèmes d’armes très dangereux. Le Canada et la population canadienne ont raison de nous soutenir dans ces investissements pour renforcer nos capacités, en particulier dans l’Arctique. Le paysage des menaces a changé. Les auteurs de menaces ont changé. Ils coopèrent et se renforcent mutuellement. Par conséquent, nous élargissons et diversifions nos relations militaires et de défense. Nous avons signé un accord de défense dans la région indo-pacifique avec les Philippines, par exemple.

Nous coopérerons davantage et allons diriger une mission commerciale, je crois, quelque part dans l’Indo-Pacifique, au cours des prochains mois.

Donc, oui, c’est un véritable problème, qui ne disparaîtra pas et qui perdurera dans un avenir prévisible.

Le sénateur Cardozo : Pensez-vous que la situation perdurera au cours des 5 ou 10 prochaines années, étant donné que la Russie veut s’aventurer plus loin en Europe et envahir d’autres pays?

M. McGuinty : Il est certain que la planification au sein de l’OTAN, par le SACEUR et les hauts dirigeants militaires, vise à prévoir une prochaine intervention possible de la Russie. Les pays baltes vivent dans une peur constante. C’est aussi le cas des Finlandais, qui investissent un pourcentage de leur PIB bien plus élevé que le nôtre en défense. Tout indique que la situation va se poursuivre à moins que nous ne trouvions un moyen de négocier une issue favorable et de faire reculer les Russes. Or, en ce moment, rien ne porte à croire que c’est ce qui nous attend. En fait, on dirait que la Russie persiste et signe.

Le sénateur Cardozo : Merci, monsieur le ministre.

Le sénateur McNair : Merci, monsieur le ministre, ainsi qu’aux fonctionnaires ici présents. Merci d’être parmi nous ce soir. Nous vous en remercions. La sénatrice White et moi avons récemment rencontré une entreprise de Mississauga, Wuxly, qui conçoit et fabrique des textiles techniques et intelligents de pointe entièrement au Canada. Ses activités soutiennent la réduction rapide, les interventions en cas d’urgence et les applications en climat froid et arctique. Elle a produit et livré des centaines de milliers d’uniformes conçus pour un climat froid pour l’armée ukrainienne. Une autre entreprise que nous avons reçue au comité est Roshel, le fabricant de véhicules blindés intelligents établi à Brampton. Lors de son témoignage devant notre comité, le PDG de Roshel a déclaré que l’entreprise avait fièrement fourni plus de 2 200 véhicules blindés à l’Ukraine — tous fabriqués ici, au Canada —, plus que toute autre entreprise dans le monde. Alors que le Canada a acheté plus de 500 véhicules de Roshel pour l’Ukraine, nous n’avons encore rien vendu à l’armée canadienne pour nos propres soldats, y compris en Lettonie. Il n’y a eu aucune vente au Canada. Monsieur le ministre, ces deux entreprises nous ont dit que, même si 99 % de leur production est basée au Canada, elles ont du mal à percer le processus d’approvisionnement. En septembre 2025, le premier ministre a annoncé la politique Achetez canadien, à laquelle vous avez fait référence tout à l’heure. Puis, plus tôt ce mois-ci, le premier ministre a résumé sa position à Montréal en disant : « Lorsque le gouvernement dépensera, nous choisirons des fournisseurs canadiens par défaut. » Monsieur le ministre, l’Agence de l’investissement pour la défense cherche-t-elle à faire affaire avec des entreprises canadiennes? Le cas échéant, pourquoi ont-elles tant de mal à se tailler une place dans les processus d’approvisionnement?

M. McGuinty : C’est une question très vaste, mais extrêmement importante. L’Agence de l’investissement pour la défense est opérationnelle. Elle s’occupe des achats d’équipement de plus de 100 millions de dollars. En deçà de ce seuil, nos approvisionnements sont gérés par SPAC. Environ 60 % de toutes les dépenses de défense se chiffrent à moins de 100 millions de dollars. Elles sont destinées à un usage non militaire; pensons par exemple à des lacets, des tapis et à toutes sortes de biens. L’objectif de la Stratégie industrielle de défense est d’introduire, pour la première fois, la notion selon laquelle il faut intégrer ce dont nos forces ont besoin et ce qu’on peut leur fournir. Nous avons lancé une nouvelle stratégie pour acheter des produits fabriqués au Canada. Comme je me plais à le dire, il faut commencer par fabriquer les produits, pour ensuite établir des partenariats, puis procéder à des achats. La stratégie a été lancée il y a deux mois seulement. C’est le but de la stratégie. Comme vous, sénateur, je rencontre de nombreuses entreprises canadiennes qui vendent des technologies intéressantes au Pentagone, à l’Allemagne, à l’Espagne ou à la Colombie. Elles sont très frustrées par la difficulté d’interagir avec le gouvernement canadien. La situation change rapidement. Il existe maintenant une série de portails donnant aux entreprises accès aux possibilités d’approvisionnement. Elles peuvent collaborer avec la BDC, où nous avons mis en place un fonds de 4 milliards de dollars pour les petites et moyennes entreprises du secteur de la défense. Elles pourraient se tourner vers EDC, dont la réglementation lui interdisait à dessein de fournir un soutien aux exportations. Cette interdiction a été levée, et l’organisation finance maintenant des affaires. Elles pourraient faire affaire avec Construction de Défense Canada, la société d’État qui appartient au ministère de la Défense et qui construit des infrastructures valant des milliards de dollars partout au pays — des milliards de dollars. Pensons aux projets liés à l’eau et aux systèmes de traitement des eaux usées; pensons à 7 500 logements, à des garderies, à des installations de toutes sortes et à l’électrification des bases. Tout est sur la table.

Nous rassemblons ces possibilités pour les rendre plus accessibles aux entreprises canadiennes. Nous sommes en train de faire notre chemin dans ce système. La sous-ministre met en place un système pour recevoir les soumissions et les offres — pour savoir dans quels domaines nous excellons —, et c’est exactement là où nous en sommes. J’ai rencontré les représentants de Roshel. J’ai passé quatre heures dans leur usine. Je connais les produits de cette entreprise que vous décrivez, et nous les examinons.

Le sénateur McNair : Je vous félicite d’avoir créé l’Agence de l’investissement pour la défense, ou AID. Je pense que c’est un énorme premier pas dans la bonne direction.

Le sénateur Kutcher : Merci beaucoup, monsieur le ministre et mesdames et messieurs les fonctionnaires, d’être parmi nous. Je vous en suis reconnaissant. Ma question fait suite à celle du sénateur McNair, mais est un peu plus précise. Tout d’abord, je tiens à souligner votre enthousiasme entourant la modification de notre stratégie de défense. Il est rafraîchissant.

Les pays occidentaux ne se sont pas rendu compte que les dividendes de la paix étaient échus avant l’invasion généralisée de l’Ukraine, et ils sont encore somnolents et en train de se réveiller. Nous savons maintenant qu’il faut agir. Pour être en mesure de défendre notre souveraineté — c’est une chose de déclarer notre souveraineté, mais c’en est une autre de la défendre — et de travailler avec nos alliés dans le monde, nous devons avoir l’équipement nécessaire, et notre approvisionnement doit être efficient et efficace.

Le comité a entendu de très nombreux témoins dire que le système d’approvisionnement ne fonctionne pas. Il est fracturé. Il est brisé depuis très longtemps, alors nous n’allons pas revenir en arrière pour déterminer les causes et à qui revient la faute. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est maintenant brisé. Quelles mesures sont prises — que ce soit par l’entremise de l’AID ou des processus en cours — pour corriger la multitude de lacunes qu’on nous a décrites et qui accablent le processus d’approvisionnement? Veuillez être plus précis que dans votre réponse au sénateur McNair.

M. McGuinty : Vous dites très juste. C’est précisément l’un des défis auxquels nous sommes confrontés. Notre première mesure est de créer l’AID. Nous avons une nouvelle agence dont le mandat précis est de professionnaliser l’approvisionnement, de le rendre plus efficace et plus simple et de répondre aux demandes du client principal — le principal client étant, bien sûr, les Forces armées canadiennes. Cette organisation est maintenant saisie de la responsabilité non pas étroite, mais circonscrite, de procéder à des achats.

Permettez-moi de vous donner un exemple de la rapidité avec laquelle nous avançons. L’augmentation salariale n’est pas tout à fait une question d’approvisionnement, mais elle donne une idée de notre rapidité. La première fois que nous avons abordé l’idée d’augmenter le salaire des membres des forces armées, le Conseil du Trésor a réagi en disant qu’il faudrait probablement patienter environ deux ans. Nous avons répondu que c’était probablement trop long. Puis, les représentants du Conseil du Trésor ont rétorqué : « Eh bien, peut-être que l’exercice prendra 18 mois. » Nous avons alors dit : « Ce délai est également trop long, alors nous vous annonçons que vous avez 100 jours. » Puis, 101 jours plus tard, le Conseil du Trésor avait préparé l’ensemble des mesures.

Pour les sous-marins, il faut normalement trois ans pour sélectionner deux soumissionnaires parmi cinq candidats — trois ans. Nous avons dit que c’était trop long, ce à quoi le Conseil du Trésor a répondu que la sélection pourrait peut-être être faite en deux ans. Notre réplique a été la suivante : « Non, c’est trop long. Vous n’avez pas plus de cinq mois. » Les soumissionnaires ont été sélectionnés en quatre mois. Nous utilisons ces exemples comme projets pilotes pour démontrer que le système peut être beaucoup plus rapide — sans pour autant procéder imprudemment, sottement, ou en délaissant la diligence raisonnable. L’ensemble des intervenants du système commence maintenant à comprendre le rythme auquel nous devons avancer.

Je vais donner un autre exemple. Après avoir visité 13 bases, je me suis rendu compte que les commandants des bases sont loin d’avoir suffisamment d’autorités ou de pouvoirs discrétionnaires financiers pour pouvoir débloquer des investissements dans les bases. Leur réseau d’aqueduc ne fonctionne pas. Le processus est compliqué parce qu’ils doivent monter et descendre 18 étages à l’administration centrale pour demander une approbation. Nous leur avons donc accordé des autorisations financières supplémentaires, qui simplifient certains des achats qu’ils peuvent faire.

Nous avançons très rapidement à tous ces égards. C’est encourageant.

Enfin, l’un des défis systémiques auxquels nous sommes confrontés depuis des années est le processus du Conseil du Trésor. Les mémoires au Cabinet doivent passer par le Conseil du Trésor, puis le Conseil privé, puis un autre ministère où on se fait demander encore et encore de franchir les mêmes obstacles. Nous examinons maintenant l’ensemble du système afin de le rationaliser et d’éliminer les obstacles et les doublons systémiques. Nous faisons voler l’avion de chasse au fur et à mesure que nous le construisons...

Le sénateur Kutcher : Ayant travaillé dans le domaine de la santé publique, je comprends parfaitement le fonctionnement du système et les défis qu’il comporte. Je vous félicite de toutes ces mesures.

Le président : Votre temps est écoulé, sénateur.

Le sénateur Kutcher : En êtes-vous certain? Nous commençons tout juste la discussion.

Le président : Vous pourrez peut-être intervenir une autre fois, et nous vous donnerons alors plus de temps.

La sénatrice White : Je remercie le ministre et ses collaborateurs de leur présence. Puisque je viens de Terre-Neuve-et-Labrador, je valorise beaucoup la Garde côtière canadienne et je comprends à quel point elle est essentielle. Mais je comprends aussi qu’elle est très mal en point en raison du vieillissement des infrastructures et des lacunes sur le plan de la technologie. Je me demande si vous pourriez nous parler un peu du plan pour l’avenir, étant donné que les responsabilités en matière de sécurité se multiplient. Quel est le plan pour l’outiller adéquatement non seulement pour qu’elle exécute son mandat essentiel à des endroits comme Terre-Neuve-et-Labrador, mais aussi pour qu’elle s’acquitte de responsabilités sur le plan de la sécurité?

M. McGuinty : Commençons par l’équipement. Voici une petite mise à jour de nos mesures pour la flotte de grands et de petits navires. À ce jour, la Garde côtière a reçu 4 grands navires scientifiques et 22 petits navires dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale, qui est une grande réussite pour le Canada.

Puis, prochainement, le premier navire de patrouille extracôtier de l’Arctique devrait être lancé en avril et livré avant la fin de 2026. Le deuxième navire sera livré à l’automne 2027. Vous vous souviendrez que nous avons attribué deux contrats l’an dernier — au chantier naval de Seaspan à Vancouver et au Chantier Davie — pour deux énormes brise-glaces polaires. Ces travaux sont en cours. La livraison de ces deux brise-glaces est attendue d’ici le début des années 2030, et nous exerçons de fortes pressions sur les deux entreprises. Ces appareils permettront d’effectuer des opérations dans l’Arctique tout au long de l’année et renforceront la capacité de la Garde côtière à fournir des services essentiels dans le Nord, comme des interventions d’urgence et du soutien à la science dans l’Arctique.

Six autres navires — des navires multimissions semi‑hauturiers — sont prévus. Le premier ministre les a annoncés récemment. En plus des navires, la Garde côtière canadienne a récemment pris possession de 23 hélicoptères et de 4 brise‑glaces provisoires. Notre approvisionnement avance donc très rapidement. Tout va comme sur des roulettes.

J’ai rencontré des représentants des Chantiers Maritimes Irving vendredi dernier. Nous sommes constamment en communication avec toutes ces entreprises et organisations. Comme vous l’avez souligné, on confiera à la Garde côtière canadienne un rôle en matière de sécurité et de renseignement — c’est-à-dire d’être les yeux et les oreilles des Canadiens — qu’elle assumera tout en effectuant son travail impeccable de sauvetage, de science et de conservation — l’important travail qu’elle fait déjà.

Nous voulons maintenant trouver de nouvelles installations pour la Garde côtière partout au pays. Je pense que Sydney a reçu le feu vert pour mener une importante étude afin de transformer son port en un centre un peu mieux adapté pour le gros brise-glace.

Il y a tellement de projets en cours que je ne sais pas où conclure ma réponse. Je sais que, au cours de la deuxième heure, vous aurez l’occasion de poser des questions plus détaillées au commissaire de la Garde côtière. Merci.

La sénatrice White : Merci.

La sénatrice Dasko : Merci, monsieur le ministre, et merci aux fonctionnaires de comparaître devant nous.

Tout d’abord, j’aimerais approfondir un peu plus la question du sénateur Cardozo, surtout en ce qui concerne la situation en Ukraine. Vous avez parlé de la société russe, qui est en train de se préparer; la Russie est maintenant une société militaire à part entière. Je suppose que c’est la transition qu’elle a connue, mais quelle est la situation sur le terrain en Ukraine? Que pensez-vous de l’état des capacités de défense de l’Ukraine et de sa capacité à gagner la guerre, et de la capacité des Russes à gagner?

Je dirais que, il y a environ un mois, j’entendais constamment l’idée suivante : la Russie ne peut pas gagner, mais l’Ukraine ne peut pas gagner sans aide. Je ne sais pas si cette affirmation est pertinente ou si elle décrit la situation aujourd’hui. L’Ukraine a traversé un hiver très difficile, mais j’aimerais connaître votre évaluation de la situation.

À l’avenir, à quoi vous attendez-vous, et que devraient faire les alliés de l’Ukraine? Bien sûr, le Canada est l’un des plus grands partisans du Canada dans le monde. Il reçoit un appui très fort de la part du Canada, ce qui m’emplit de reconnaissance. Ma question est donc la suivante : comment évaluez-vous la situation actuelle ainsi que les perspectives d’avenir?

M. McGuinty : Je vais essayer de me concentrer sur l’essentiel. Premièrement, depuis 2014, le Canada est, et continue d’être, le plus important donateur par habitant et le plus ardent défenseur de l’Ukraine.

Il est incroyable de voir — comme l’honorable sénateur de la Nouvelle-Écosse le sait, puisqu’il revient tout juste d’Ukraine — la passion, le dévouement et la mobilisation des Ukrainiens pour résister à cette attaque. C’est incroyable. Ayant été informé de ce qui se passe sur les lignes de front, je ne peux que dire que c’est la guerre. C’est terrible. Des milliers de personnes meurent chaque mois. C’est brutal. Les Russes imposent la conscription pour les jeunes des villages; ils donnent de l’argent aux familles, puis envoient les jeunes au front.

Des informations provenant de sources ouvertes font désormais état de jeunes envoyés au front, puis leur famille verserait des pots-de-vin aux commandants sur le terrain pour qu’ils ne soient pas envoyés au front et qu’ils travaillent plutôt dans les cuisines. C’est vraiment, vraiment grave. Au Canada, aux côtés de l’OTAN, nous restons pleinement engagés dans cette guerre en Ukraine. Nous avons fourni 8,5 milliards de dollars en aide militaire et nous nous sommes engagés à fournir 2 milliards de dollars supplémentaires au cours du présent exercice. Nous leur fournissons davantage de véhicules blindés. Nous travaillons avec eux pour cerner leurs besoins. Nous les aidons à répondre à leurs besoins médicaux sur le front. La liste est longue.

La situation est difficile. Comme je l’ai dit, les Russes semblent avoir transformé leur économie en économie de guerre. J’ai récemment entendu dire, et je l’ai vu dans des informations de sources ouvertes, qu’un certain nombre de leurs banques risquent la faillite. Nous continuons de travailler avec nos alliés pour les lots d’équipements de l’initiative PURL — la Liste des besoins priorisés de l’Ukraine —, par exemple, les lots d’équipements en provenance des États-Unis, au coût de 500 millions de dollars américains chacun, mais plus souvent en partenariat avec d’autres pays. Les Ukrainiens demeurent extrêmement dévoués.

Enfin, les technologies qu’ils ont mises au point, notamment les systèmes autonomes et les drones, sont tout simplement époustouflantes. Ils sont les chefs de file mondiaux pour bon nombre de ces technologies et ils travaillent en partenariat avec de nombreux pays, dont le Canada. La guerre fait toujours rage, et nous collaborons avec nos alliés de l’OTAN par l’intermédiaire du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine — quelque 40 à 45 pays — pour mettre nos ressources en commun et continuer de soutenir les Ukrainiens.

Le président : Merci, monsieur le ministre.

La sénatrice M. Deacon : Merci à tous d’être ici. Au cours des deux derniers mois, j’ai eu l’occasion d’observer l’opération Nanook en direct et en conditions réelles, dans la neige profonde et le froid. À Whitehorse, j’ai également eu la chance de visiter les installations des cadets, des Rangers canadiens et de la GRC. Si j’en parle aujourd’hui, c’est simplement parce qu’ils espèrent vraiment que l’on prendra des mesures, dans le Sud — c’est‑à‑dire ici, à Ottawa —, pour les aider sur le plan de l’approvisionnement, des installations et du chauffage des bâtiments où ils vivent. Je tenais à souligner qu’il y a un espoir à cet égard.

J’ai une question, mais avant, j’aimerais revenir aux systèmes autonomes et à la question abordée par mon collègue au début. Monsieur le ministre, dans deux ou trois exemples, vous avez parlé de sous-marins, et vous venez de parler de systèmes autonomes. L’évolution de l’allure de la guerre en Ukraine et en Iran est riche en enseignements. Nous avons entendu plusieurs intervenants du secteur des drones. Donc, pouvez-vous nous dire, comme vous l’avez fait dans vos réponses au sujet des sous-marins, dans d’autres domaines, comment nous aidons également ces fournisseurs qui s’en tirent très bien et font des ventes partout dans le monde?

M. McGuinty : Parlez-vous des drones?

La sénatrice M. Deacon : Oui, les drones.

M. McGuinty : Il y a trois semaines, nous avons annoncé la création d’un centre de recherche sur les drones et les systèmes anti-drones doté d’un budget de 900 millions de dollars, au sein du Conseil national de recherches du Canada, ici même à Ottawa, à la BFC Uplands. Nous nous lançons dans le domaine des drones avec grande détermination. Nous travaillerons avec des partenaires, soit des entreprises qui font figure de pionnières au Canada.

Sénatrice, le rythme effréné de l’évolution technologique est l’un des défis pour équiper les Forces armées canadiennes de manière responsable. C’est comme essayer de savoir où ira la rondelle. C’est difficile, pour être franc, mais il faut prendre des décisions difficiles et aller de l’avant pour acquérir l’équipement dont nous avons besoin. Nous cherchons des partenaires pour conclure de nouvelles ententes dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la recherche quantique. Le Centre de la sécurité des télécommunications Canada fait un travail extraordinaire — qui demeure classifié — avec ses homologues du monde entier.

Je pense répondre à votre question. Vous voulez savoir quels sont nos résultats sur le plan des exportations.

La sénatrice M. Deacon : L’approvisionnement, la communication et la garantie de faire appel à nos constructeurs et fournisseurs canadiens.

M. McGuinty : Voici un exemple. En mai, nous réunirons tous les attachés de défense à Ottawa à l’occasion de l’important salon CANSEC, et j’ai hâte de passer une demi-journée avec eux. Ils ont maintenant des responsabilités supplémentaires, notamment de nous aider à commercialiser le matériel canadien dans différents marchés. Je ne m’en cacherai pas. Je ne m’excuserai pas, mais je vais m’asseoir devant le ministre de la Défense et je lui dirai que je sais que telle entreprise canadienne attend une réponse au sujet de tel contrat de 400 millions de dollars. Où en sommes-nous? Que pouvons-nous faire à ce sujet? Je le fais régulièrement avec divers fournisseurs canadiens. Nous allons tous en faire plus, et cela commence à se concrétiser.

La sénatrice M. Deacon : Vous avez dit « quantique »; c’était de la musique à mes oreilles. Le Canada est un chef de file mondial en informatique quantique, mais cette technologie aura une importance capitale pour la défense à l’avenir. Vous venez de le mentionner. Je sais que le salon CANSEC sera passionnant. Quelles mesures le gouvernement prend-il pour investir dans cette capacité de défense, tant sur le champ de bataille qu’au pays? Je parle de la technologie quantique.

M. McGuinty : Cela fait partie des 10 capacités souveraines énoncées dans la Stratégie industrielle de défense. C’est un de nos 10 domaines prioritaires, car il se trouve que nous sommes très bons dans ce domaine, et nous comptons nous améliorer. Récemment, j’ai rencontré des représentants de Waterloo et de l’équipe qui dirige la recherche quantique dans le Sud-Ouest de l’Ontario. Nous avons rencontré les représentants des 15 meilleures universités de recherche. Nous travaillons à la création d’une table ronde regroupant ces universités de recherche et l’équipe de la Stratégie industrielle de défense afin d’assurer la cohésion des activités. Nous sommes en voie de créer six à huit nouveaux carrefours de recherche sécurisés réunissant des experts des secteurs public et privé afin de tirer parti de fonds canadiens, d’investissements étrangers directs et de fonds souverains. Le but est de mener les recherches nécessaires, derrière des portes closes, pour répondre aux besoins — classifiés — des Forces armées canadiennes grâce à la mise au point de nouvelles technologies et solutions d’ingénierie et de nouveaux produits. C’est en cours. Nous avons déjà procédé, à Halifax, au lancement du premier Carrefour sécurisé de l’innovation pour la défense, ou CSID, pour la défense maritime. Nous accélérons rapidement ces investissements. Nous sommes convaincus que cela débouchera sur de nouvelles technologies, de nouveaux résultats, de nouveaux produits et de nouvelles exportations.

La sénatrice M. Deacon : Merci beaucoup.

La sénatrice Hay : Merci à tous d’être ici. Je vais y aller de deux citations. Récemment, monsieur le ministre, vous avez dit ce qui suit : « C’est dans les moments les plus difficiles que la force se révèle. » Alors que le Canada s’efforce de reconstruire, de se réarmer et de réinvestir de manière globale, pouvez-vous expliquer plus en détail en quoi consiste cette force aujourd’hui, concrètement?

Permettez-moi de poser une deuxième question. Je vais maintenant citer la grande philosophe Betty, qui disait : « Quoi qu’il arrive dans votre mariage, continuez de vous parler. » Où que nous soyons dans cette relation avec les États-Unis, comment les choses se passent-elles? Que pensent-ils de la Stratégie industrielle de défense?

M. McGuinty : Bon, vous deviez vraiment amener ma mère là-dedans, n’est-ce pas?

La sénatrice Hay : Oui. C’était inévitable.

M. McGuinty : Chère maman Betty; une vraie sainte. Nous avons tous les atouts. Quand je vais à l’étranger et que je rencontre des représentants et ministres des Affaires étrangères, ils me regardent, hochent la tête et disent : « Oh, là, là, vous êtes si chanceux, si choyés. » Regardez votre société. Vous n’êtes pas parfaits, mais regardez comme vous réussissez à vous entraider. Regardez vos ressources. Regardez vos minéraux critiques, l’acier, l’aluminium, l’eau, l’espace et l’éducation. Notre population est parmi les plus scolarisées au monde. Regardez la grappe d’ingénieurs. Vous ne le savez peut-être pas, mais c’est vrai : la Région de la capitale nationale a la plus forte concentration d’ingénieurs en Amérique du Nord. Il y en a plus ici qu’à San Francisco, à Boston et au Texas.

Sénatrice, nous avons toutes les capacités, tous les cerveaux et les meilleures universités de recherche et, en passant, nous avons 1,6 milliard de dollars dans le budget pour l’acquisition de talents. Maintenant, nous allons à l’étranger pour trouver des équipes de chercheurs, dans leurs laboratoires, et leur demander s’ils aimeraient se joindre à nous au Canada. « Nous allons accélérer les processus pour l’obtention de votre résidence permanente et de vos autorisations de sécurité, et nous vous trouverons une place dans un laboratoire. » Voilà ce que nous faisons actuellement.

Nous débordons de talent.

Pour ce qui est des États-Unis, je vais également citer l’une des maximes de ma mère, Betty. Elle avait l’habitude de dire à ses 10 enfants : « Rappelez-vous que vous ne pouvez pas être en colère et intelligent en même temps; soyez simplement intelligents. » Avec les États-Unis, j’ai essayé de faire preuve de retenue, et je pense que tous ont fait de même, pour rester disciplinés et gérer notre relation, qui est très forte — en évolution, mais très forte — en matière de défense, de renseignement et de sécurité. Nous travaillons toujours ensemble dans le cadre du NORAD, qui est le seul commandement binational au monde. Nous avons des responsabilités sur le continent. Nous envisageons des systèmes de défense aérienne et antimissile intégrés. C’est pourquoi nous avons un système de radar transhorizon.

Je pense qu’il faut simplement faire preuve de discipline, bien gérer la situation, maintenir le dialogue et toujours aborder la situation intelligemment.

C’est certainement ce que nous essayons de faire. Cette équipe qui est ici, à mes côtés et derrière moi — des femmes et des hommes extraordinaires dans le système, tant au MDN que dans les Forces armées canadiennes —, le sait. Ces personnes sont constamment dépêchées à Washington et ailleurs pour travailler avec nos homologues; elles suivent la situation de près. Elles savent que nous sommes encore très proches. Ce n’est pas que nous avons arrêté de danser, sénatrice, mais simplement, peut‑être, que nous sommes passés du tango à la valse.

La sénatrice Hay : De l’extérieur, cela ne semble pas idyllique, mais je comprends que vous êtes à un autre niveau de dialogue.

Que vous disent-ils au sujet de la Stratégie industrielle de défense — Achetez canadien —, étant donné que c’est parfois un sujet délicat?

Le président : Très brièvement, s’il vous plaît.

M. McGuinty : D’après mon expérience de collaboration et d’échanges avec l’ambassadeur américain, ainsi qu’avec mes homologues aux États-Unis, le message est clair : lancez-vous, vous pouvez rivaliser. Ma réponse est toujours la même : « Oui, nous pouvons rivaliser. Nous allons le faire et nous en sortirons gagnants. » C’est le pays du BlackBerry, de l’insuline et de l’intelligence artificielle. Nous regorgeons des talents dont nous avons besoin. Nous devons mobiliser ces talents et en tirer parti, et c’est précisément ce que vise la Stratégie industrielle de défense.

Le sénateur Ince : Je vous remercie, monsieur le ministre, ainsi que toutes les personnes qui vous accompagnent. J’aime cette dernière réponse. C’est très positif, et cela me rend très fier.

Monsieur le ministre, la semaine dernière, vous avez annoncé que les Forces armées canadiennes ont atteint leur niveau le plus élevé de recrutement en 30 ans. Même s’il est encourageant de dépasser les objectifs de recrutement pour la deuxième année consécutive, les Forces armées canadiennes doivent également composer avec des problèmes persistants : rétention du personnel, goulots d’étranglement liés à l’instruction, pressions relatives à l’état de préparation. Pouvez-vous dire au comité combien de ces 7 310 recrues devraient contribuer à une croissance nette de l’effectif des forces, après l’attrition? En outre, quelles mesures sont prises pour garantir que l’enrôlement accru se traduise par une réelle augmentation des forces pleinement formées et prêtes au déploiement?

M. McGuinty : Je vais demander à notre sous-ministre de vous donner ce chiffre précis.

Christiane Fox, sous-ministre, ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes : Je vous remercie beaucoup de la question.

Nous avons connu la plus forte augmentation des 30 dernières années, et nous portons une attention particulière aux facteurs qui favorisent le maintien en poste, notamment les salaires et certaines indemnités, évidemment.

Nous avons fait une analyse comparative du taux de maintien en poste pour deux catégories : « 0 à 1 an » et « plus d’un an ». Pour la catégorie de « 0 à 1 an », nous constatons la perte d’environ 16 % des personnes qui étaient entrées dans les forces. Nous cherchons à savoir pourquoi. Quels sont les facteurs qui ont mené à cette décision? Pour la catégorie de « plus d’un an », nos taux sont comparables à ceux de l’industrie. Divers facteurs ont été pris en considération lors de l’élaboration de nos initiatives de recrutement et de maintien en poste : les salaires, les services de garde d’enfants, les bases et le logement, la connectivité sans fil sur les bases. Tous ces facteurs contribuent à la rétention des talents dans les Forces armées canadiennes.

Voilà certains aspects que nous examinons et dont je voulais vous parler. Je vous remercie de la question.

Le sénateur Ince : Merci.

[Français]

La sénatrice Youance : Merci, monsieur le ministre.

Les ressources et les membres des Forces armées canadiennes déployés dans l’hémisphère occidental prennent part à des opérations militaires en cours ou périodiques. Je souligne notamment les opérations Caribbe et Projection.

Depuis 2026, les FAC ont déployé des navires et des aéronefs de l’Aviation royale canadienne afin d’appuyer les opérations menées par les États-Unis. En 2025, il y avait encore l’opération Projection.

De quelle manière concrète les membres et les ressources des Forces armées canadiennes ont-ils soutenu les efforts des États‑Unis dans la lutte contre le trafic et les sites de stupéfiants dans l’hémisphère occidental?

J’aimerais surtout obtenir la réponse à la deuxième partie de ma question. Comment la présence militaire du Canada en Amérique du Sud et dans les Caraïbes ainsi que sa coopération avec des partenaires aux vues similaires dans ces régions contribuent-elles à assurer la paix et la stabilité?

M. McGuinty : Merci, madame la sénatrice.

La première chose à dire, c’est que l’opération Caribbe, par exemple, démontre la coopération qui continue entre nos deux pays au niveau militaire. Il y a des douzaines d’exemples où l’on partage et coopère avec les États-Unis et d’autres pays. Évidemment, puisque nous sommes attachés au niveau continental, on est plus près des États-Unis. J’ai pu aller visiter les quatre sites du NORAD, soit deux au Canada et deux aux États-Unis. C’est incroyable d’être ensemble face aux défis de notre sécurité continentale.

L’opération Caribbe dure depuis plusieurs années. On travaille de très près avec les Américains pour empêcher la circulation et saisir les stupéfiants. Récemment, on a participé à des arrestations. On a saisi 1 600 kilogrammes de cocaïne — soit 1,6 tonne — dans la mer des Caraïbes avec les États-Unis.

Concernant la question des États-Unis et du Venezuela et des navires frappés par les Américains, les Forces armées canadiennes n’ont rien à faire avec cela, ne sont pas impliquées et ne participent pas, ni au niveau pratique ni au niveau du renseignement. Nous sommes très clairs là-dessus. On n’a pas de problème à ce niveau. Nous continuons la coopération.

Je crois que l’opération Caribbe et d’autres indiquent l’importance de travailler ensemble avec d’autres pays et d’autres militaires. C’est exactement ce que l’on vise à faire encore plus souvent dans l’Arctique avec les cinq pays nordiques, dont les Norvégiens, les Suédois et les Finlandais.

La sénatrice Youance : Merci.

En ce qui concerne les armes qui arrivent en Haïti, est-ce que les Forces armées canadiennes travaillent à ce niveau, puisque vous êtes dans la région?

Lieutenant-général Stephen R. Kelsey, vice-chef d’état-major de la Défense, ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes : Les opérations en Haïti diffèrent complètement de la capacité et l’expertise de nos Forces armées canadiennes. À cause de cela, je pense que l’on a eu cinq différentes missions pour régler le problème. C’est essentiel de trouver les bons instruments avec la police et l’équipement pour régler la situation. Je ne suis pas certain que les forces américaines aient les bons outils pour régler le problème. C’est difficile, c’est terrible, en Haïti, mais c’est cela.

La sénatrice Youance : Merci.

[Traduction]

Le président : Deux collègues ont encore une question. Monsieur le ministre, nous espérons que vous ne voyez pas d’inconvénient à rester jusqu’à ce que nous ayons terminé la liste.

La sénatrice Patterson : Je vais parler de la technologie à double usage. Il s’agit davantage d’informer les Canadiens de ce que cela signifie, surtout quand on parle de développement dans l’Arctique. Nous avons beaucoup entendu parler du double usage, mais nous savons aussi, d’après notre expérience au Moyen-Orient, que le double usage fait des installations une cible militaire légitime. Même si nous n’avons pas nécessairement un adversaire qui respecte les règles internationales, je pense qu’il sera très important de comprendre comment vous naviguez dans ce contexte pour déterminer les mesures à prendre pour répondre aux éventuelles préoccupations en matière de sécurité, par exemple les infrastructures portuaires, les pistes d’atterrissage, et cetera, surtout dans le Nord.

Je pense que la sous-question à cela est la suivante : pour ces raisons, est-ce que tout peut être à double usage? J’ai oublié d’ajouter les satellites.

M. McGuinty : C’est une question très importante. Nous nous sommes penchés sur cette question et nous essayons de déterminer ce qui constitue une utilisation double ou multiple.

Par exemple, nous savons que si nous agrandissons une piste d’atterrissage pour des avions de chasse dans l’Arctique, elle pourra également être utilisée pour de grands avions-cargos qui peuvent désormais atterrir sur une piste. La PDG de Canadian North m’a expliqué qu’ils ne sont pas en mesure de moderniser leur flotte, car les seuls appareils incapables d’atterrir sur du gravier sont les plus anciens. Les nouveaux avions ne le peuvent pas. Ce serait un cas où nous pourrions dire, « C’est une possibilité à double usage .»

Il en va de même pour l’électrification. Si nous électrifions l’Est de l’Arctique, nous fournirions de l’électricité à nos habitants et à nos forces, à n’importe quel centre de soutien opérationnel situé dans le Nord, par exemple. Nous alimenterions en électricité une université dans l’Est de l’Arctique. Ce n’est pas une mince affaire. Nous devons planifier le projet avec prudence, car à mesure que nous nous apprêtons à investir 5 % de notre PIB, 1,5 % de ce montant est destiné à des investissements qui ne sont pas entièrement liés à la défense ou qui ne sont pas de nature purement militaire. Par conséquent, nous devrons faire preuve de beaucoup de diligence et de discipline à cet égard.

Comme vous l’avez souligné, c’est exactement le problème auquel l’Union européenne est confrontée à l’heure actuelle, car elle compte un grand nombre de systèmes d’infrastructures essentielles qu’elle tente de qualifier comme étant à double usage ou à usages multiples.

Nous avançons. Nous avons un comité. Quel est le nom de notre comité? Son nom m’échappe.

Mme Fox : Défense, sécurité et souveraineté, je crois.

M. McGuinty : Nous travaillons en collaboration pour élaborer une nomenclature claire et consensuelle qui définit ce qu’est un double usage ou pas.

La sénatrice Duncan : Monsieur le ministre, merci à vous et à votre équipe d’être ici. Je vous suis très reconnaissante des remarques que vous avez faites concernant l’approche pansociétale et pangouvernementale dans le cadre de votre annonce relative aux carrefours de soutien opérationnel du Nord, ou CSON, ainsi que de votre volonté d’inclure le Nord et de l’attention que vous lui portez.

Ma question porte sur le lien entre les CSON et la création des CSON avec les Rangers canadiens. Au Yukon, trois membres du personnel des Forces armées canadiennes du MDN sont basés au casernement Boyle. Il y a des Rangers dans toutes les collectivités du Yukon; ils sont 50 à Whitehorse, et il y a même une liste d’attente pour se joindre aux Rangers.

Ma question concernant les Rangers est la suivante : avec la création des CSON partout dans le Nord, quelle place occupent les Rangers? Nous avons les FAC. Nous avons le MDN. Comment ces entités interagissent-elles et font-elles connaître leurs besoins? À Whitehorse, il n’y a ni lieu ni installation pour ces Rangers, à part le casernement Boyle. Il n’y a que le casernement Boyle, et c’est tout. Il n’y a aucune installation leur permettant de mener leurs exercices et de continuer à soutenir la communauté. Comment cela cadre-t-il avec la création des carrefours de soutien opérationnel du Nord pour dire que c’est ce dont nous avons besoin?

M. McGuinty : Le vice-chef et moi avons discuté des Rangers plus tôt aujourd’hui, notamment de nos objectifs et de nos plans d’expansion. Y a-t-il du nouveau à ce sujet?

Lgén Kelsey : Le ministre a déclaré une vérité qui mérite d’être répétée : notre mission, c’est les gens. Si cela est vrai dans le Nord, alors les Rangers sont au cœur de tout ce que nous tentons de faire.

La situation est différente dans l’Extrême-Arctique de celle qu’elle est au Yukon, ainsi que de celle sur la côte canadienne. Il y a 5 000 Rangers. Nous devons redéfinir comment nous pouvons tirer parti de la présence des Rangers dans les collectivités. Nous les déployons généralement en fonction des besoins des collectivités. La situation est particulière dans l’Extrême-Arctique, compte tenu des besoins de la communauté. Il y a peut-être une occasion à explorer.

Les carrefours de soutien opérationnel du Nord sont spécialement conçus pour faciliter les opérations de grande envergure. Cela ne veut pas dire qu’il ne serait pas possible d’examiner, d’un point de vue géographique, les possibilités qui s’offrent aux Rangers. Ils n’utilisent généralement pas les installations dans l’Extrême-Arctique. Ils jouent cependant un rôle important auprès des Rangers juniors canadiens et des cadets qui, je crois, sont présents sur votre territoire. Il faut donc peut‑être être ouverts à de nouvelles façons de mettre à profit les talents que nous avons, puis les investissements devraient suivre.

La sénatrice Duncan : Je vous remercie de cette réponse. Encore une fois, merci.

Le président : Monsieur le ministre, notre temps avec vous tire à sa fin. J’essayais aujourd’hui de comprendre la liste de vos responsabilités. Je sais bien que cela fait partie du rôle, mais il est presque impossible pour quiconque de suivre le fil de toutes vos responsabilités : logement, rémunération, équipement, sécurité, capacités, création d’emplois et protection de notre sécurité nationale sur un territoire aussi vaste.

Je ne peux même pas imaginer l’énorme responsabilité qui pèse sur vos épaules. Je pense que vous devez savoir que l’ensemble du pays appuie le gouvernement en ce moment concernant le défi auquel nous sommes confrontés dans ce grand pays. Nous n’avons jamais vécu une période aussi dangereuse que celle que nous traversons actuellement. Votre tâche est colossale, et nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.

Nous dépensons des sommes considérables sur les objectifs que nous devons atteindre et l’équipement dont nous avons besoin. Je pense que nous devons humaniser notre relation avec les Canadiens concernant nos objectifs et notre vision. Si nous ne le faisons pas, la discussion ne portera que sur l’équipement. Il faut rappeler aux personnes qui sont au cœur de tout cela qu’il s’agit de leur gagne-pain, de leur démocratie et de la vie qu’ils souhaitent pour leurs familles et leurs enfants.

Au nom de notre comité, je vous remercie de tout ce que vous faites pour les Canadiens. Merci d’être venus ici aujourd’hui.

M. McGuinty : Je vous remercie, monsieur le président et mesdames et messieurs les sénateurs. Ce fut un grand honneur.

Le président : Nous nous réunissons aujourd’hui pour discuter des questions liées au mandat de la Défense nationale. Au cours de la dernière heure, nous avons entendu le témoignage du ministre de la Défense nationale, l’honorable David McGuinty, sur ce sujet.

Nous poursuivrons notre série de questions avec des représentants du ministère de la Défense nationale, des Forces armées canadiennes, de la Garde côtière canadienne et du Centre de la sécurité des télécommunications.

À l’avenir, je demande aux membres de nommer la personne à qui s’adresse chaque question, si possible.

Voilà qui nous amène à notre première question.

Sénateur Carignan, vous allez poser la première question.

[Français]

Le sénateur Carignan : Ma question s’adresse à Mme Fox, à qui je souhaite faire une demande.

Lorsqu’on a étudié le projet de loi C-12 au Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants, on a entendu des inquiétudes sur la cartographie des fonds océaniques. On a fait une recommandation pour demander au gouvernement et au ministère d’aller plus rapidement dans la cartographie. Lorsque j’entends parler d’acquisitions de sous‑marins, de brise-glaces et de drones, dois-je comprendre qu’il doit y avoir des drones sous-marins aussi dans cela, pas juste aériens? Est-ce que cette recommandation s’est rendue à vous?

Deuxièmement, qu’est-ce que le ministère entend faire avec cette demande que l’on considère comme étant assez urgente? Cependant, je comprends que vous avez plusieurs plats au four.

Mme Fox : Effectivement, c’est une très bonne question. Étant donné l’importance de l’information de la cartographie lors de nos achats pour assurer les capacités militaires dont on a besoin, surtout avec la marine et la Garde côtière canadienne, on regarde comment on peut accélérer.

C’est une recommandation que l’on prend au sérieux. On voit ce que l’on pourrait faire afin d’éclairer les décisions. On a aussi d’autres outils pour nous aider à prendre nos décisions pour s’assurer d’avoir les capacités dont les Forces armées canadiennes ont besoin. C’est assurément quelque chose que l’on regarde au sein du ministère, et c’est parvenu jusqu’à moi très récemment. Je suis arrivée au ministère il y a environ deux mois. Le projet de loi C-12 était l’un des premiers dossiers qui étaient au sein des breffages.

Le sénateur Carignan : Merci.

Quand je vois M. Brosseau, je ne peux m’empêcher de lui poser une question : comment va la lutte au fentanyl au Canada?

Est-ce que nous sommes des exportateurs ou des importateurs? Comment ça va de ce côté?

Kevin Brosseau, commissaire, Garde côtière canadienne : Merci de la question, monsieur le sénateur.

Cela fait déjà quelques mois que je suis avec vous. Comme je l’ai décrit la dernière fois, nous ne sommes pas exportateurs de fentanyl aux États-Unis. C’est un fait.

Comme vous le savez, il s’agit d’une grande crise ici au Canada. Cependant, je crois avoir de bonnes raisons d’être optimiste. Dans chaque coin du pays, j’ai vu que les résultats du travail sont soit sur l’offre ou la demande. On s’aperçoit que la situation s’améliore dans les villes, dans les petits villages et dans chaque coin du pays.

Comme dit précédemment, la stratégie est très importante. Je discute fréquemment avec les députés, car on travaille ensemble dans un système intégré. Ce n’est pas seulement une question de santé et de sécurité publiques, c’est vraiment une crise humanitaire. Il faut que l’on travaille en collaboration avec les gouvernements provinciaux et avec les collectivités autochtones.

C’est une longue réponse, et je m’en excuse. Toutefois, la lutte continue, car on a beaucoup de travail à faire. Comme je le disais, j’ai hâte de voir les résultats du mois de juin. Je crois que l’on verra de nouveau les statistiques, et actuellement, les résultats s’améliorent ici au Canada.

Le sénateur Carignan : Merci.

[Traduction]

Le sénateur Cardozo : J’ai tellement de questions que je ne sais pas lesquelles poser.

Permettez-moi d’approfondir la question du sénateur Carignan sur la technologie des drones et de vous interroger sur l’autre facette du sujet. À mesure que la technologie des drones se développe chez, disons, nos ennemis, devrions-nous craindre que des drones produits à très faible coût et très rapidement puissent détruire nos équipements les plus coûteux? Un ensemble de drones à 100 $ pourrait-il neutraliser un destroyer de 1 milliard de dollars ou toute autre technologie? Cette réalité change-t-elle fondamentalement la nature de la guerre?

Mon autre question porte sur les jeunes et la création d’emplois pour les Canadiens, et plus particulièrement pour les jeunes.

Mme Fox : Je vous remercie, monsieur le président.

Pour répondre à votre question sur les drones, je dirais tout d’abord qu’il est essentiel que le Canada conçoive des technologies de drones et des technologies anti-drones, car nous voyons bien ce qui se passe en Ukraine et au Moyen-Orient.

Il est vrai que la technologie des drones... je pense que lors de la dernière discussion à laquelle j’ai participé, les Ukrainiens nous ont fait savoir que la technologie évolue toutes les six semaines. Nous devons trouver un moyen de suivre le rythme de cette évolution, car la production à faible coût d’appareils peut parfois causer des dégâts considérables. C’est certainement au cœur de notre planification.

C’est pourquoi nous devons investir dans la conception de drones afin de nous doter des capacités militaires nécessaires pour réagir aux membres. Je pense que cela fait assurément partie de notre plan.

Je vais revenir sur le double usage qui a été soulevé à la première série de questions adressées au ministre, car il est important que nous examinions la technologie des drones sous l’angle du double usage. Oui, il s’agit bien de nos capacités et de notre souveraineté.

Mais la technologie des drones peut également nous aider à lutter contre les feux de forêt et à relever les différents types de défis auxquels le pays est confronté. Je pense que c’est là où nous devons réfléchir aux dépenses militaires et à ce que cela peut signifier pour les autres défis auxquels le pays est confronté.

Pour répondre à votre question sur l’emploi chez les jeunes, nous y avons réfléchi dans le cadre du continuum des Forces armées canadiennes. Donc, grâce aux programmes des Rangers juniors et des cadets, on acquiert des compétences essentielles à la vie quotidienne qui s’avèrent utiles si on s’enrôle dans l’armée, mais aussi dans d’autres aspects de son développement personnel et de son avenir. Je pense que le ministère déploie des efforts considérables pour examiner ces programmes et essayer de créer des emplois.

J’ajouterais également que, dans le cadre de notre campagne de recrutement, nous devons aller là où les gens sont pour les inciter à se lancer dans une carrière militaire. Je suis nouveau au ministère et j’ai examiné certains des outils que le ministère a mis à la disposition des jeunes Canadiens. Il y a une campagne intitulée « C’est pour vous ». Vous pouvez accéder à une simulation, cliquer sur l’armée et découvrir ce que l’on ressent lorsqu’on est sur une base militaire ou dans la marine.

Il s’agit d’un lien que nous avons le devoir de nouer avec les jeunes afin de les attirer vers ces domaines, mais il s’agit aussi de l’épanouissement des jeunes, peu importe la voie qu’ils choisissent.

Le sénateur Cardozo : Je souhaite mettre l’accent sur l’emploi de jeunes dans toutes les entreprises auprès desquelles vous achetez de l’équipement...

Mme Fox : Tout à fait.

Le sénateur Cardozo : ... pas seulement recruter dans...

Mme Fox : Je pense que notre pays ne dispose pas d’une importante base industrielle de défense. Nous devons mettre sur pied des petites et moyennes entreprises partout au pays, ce qui permettra de créer des emplois.

Nous devons également collaborer avec les collèges et les universités pour déterminer quels types de travaux de R-D sont menés afin de stimuler la croissance des PME et de créer cet écosystème. Il s’agit à la fois des PME et des grandes entreprises, mais aussi d’une collaboration très étroite avec le milieu universitaire.

Je pense que les jeunes Canadiens, qu’ils travaillent dans la recherche quantique ou dans l’IA, ont des occasions pour trouver leur voie grâce aux investissements dans le secteur militaire et dans notre défense. Je suis donc tout à fait d’accord avec vous.

Le sénateur Kutcher : Merci à tous d’être venus. Je m’excuse de devoir partir plus tôt; cela n’a rien à voir avec ce que vous avez dit.

J’ai une remarque et deux questions pour le lieutenant-général Kelsey. Je reviens d’un séjour de deux semaines en Ukraine, où j’en ai appris plus sur les drones, tant du point de vue opérationnel que de celui de la cible, que je n’aurais voulu en savoir de toute ma vie.

Ma remarque est la suivante : l’équipement militaire doit être mis à l’essai dans les champs de bataille pour nous permettre de savoir s’il nous est utile ou non. De plus, la stratégie militaire doit aussi avoir fait ses preuves sur le terrain pour en tirer des leçons.

Ma première question est donc la suivante : les FAC travaillent-elles actuellement en Ukraine pour apprendre sur ces deux aspects, à savoir la mise à l’essai de l’équipement au combat et le type de stratégie que nous devrions envisager?

Deuxièmement, l’Ukraine a récemment annoncé avoir adopté une position russe en utilisant uniquement des véhicules terrestres sans pilote et des drones, sans intervention humaine. Que font nos forces armées à cet égard?

Lgén Kelsey : Je souscris à l’observation selon laquelle les mises à l’essai face à un ennemi résolu constituent un test décisif pour déterminer où on peut tirer un avantage.

Nous ne collaborons pas seulement avec les Ukrainiens. Nous collaborons aussi avec nos alliés, qui sont sur le terrain pour comprendre comment ils utilisent la nouvelle technologie. Je pense que la façon dont les Ukrainiens ont réussi à s’en sortir au cours des quatre dernières années nous a donné beaucoup d’espoir.

Je ne tirerais pas la conclusion que, même s’ils sont capables de tenir tête aux Russes, cela ne revient pas à préserver l’intégrité du territoire ou à être en mesure d’apporter des changements, mais c’est certainement un sujet qui nous intéresse beaucoup.

La différence que les Ukrainiens nous ont démontrée, que nous avons apprise au cours de la dernière décennie — le Canada a beaucoup investi, pas seulement financièrement, mais aussi dans la formation de nos amis et alliés —, c’est que nous apprenons désormais d’eux, et la technologie des drones en est un excellent exemple.

Nous devons en être conscients afin de tirer les bonnes leçons de ce qui se passe en Ukraine, sans pour autant croire que c’est entièrement applicable à la Lettonie, aux pays baltes ou à l’Extrême-Arctique. Mais il est tout à fait vrai que la forme de la guerre a changé, mais pas forcément sa nature.

Le sénateur Kutcher : Très bien. Pouvez-vous nous expliquer exactement ce que font les FAC en Ukraine? Pouvez‑vous également nous fournir des détails sur le travail que font les FAC dans le domaine des véhicules terrestres sans pilote?

Lgén Kelsey : Je ne vais pas vous expliquer exactement ce que nous faisons en Ukraine, mais je peux vous dire que nous mettons en application les leçons que nous tirons de la manière dont l’Ukraine déploie la technologie dans le cadre de nos activités de formation et de nos exercices.

Plus précisément, les Canadiens qui se trouvent en Allemagne sont en contact direct avec le groupe consultatif de l’Ukraine, et nous appliquons ce qu’ils apprennent aux exercices menant à l’évaluation de l’état de préparation au combat réalisée en Lettonie.

Le sénateur Kutcher : Merci.

Le sénateur Ince : Ma question s’adresse aussi au lieutenant‑général Kelsey. Du point de vue militaire, quelle incidence les retards d’approvisionnement ont-ils sur la préparation opérationnelle, particulièrement en ce qui concerne le maintien en puissance et la disponibilité de l’équipement?

Lgén Kelsey : Les gens en uniforme ont tendance à parler de risques, de vulnérabilités et de résultats, ainsi que de rapidité et d’urgence; cependant, cela ne correspond pas toujours à la nature du système.

J’ai entendu des critiques à la fois sévères et justes sur notre système d’approvisionnement. Ce que je dirais, c’est que nos prédécesseurs l’ont conçu ainsi pour des raisons précises. Toutefois, il n’est plus adapté à la réalité actuelle. Ce système, axé sur la certitude et l’atténuation des risques, est en voie de transformation. Les possibilités qu’offre l’Agence de l’investissement pour la défense nous enthousiasment.

En ce qui concerne la gestion des capacités, quand des Canadiens travaillent à l’étranger, nous déployons les ressources avec une efficacité redoutable, y compris du personnel hautement qualifié.

C’est ici, au Canada, que les effets se font sentir : on se risque à se servir de navires qui ne sont pas prêts à naviguer; on manque d’aéronefs; on attend que des équipements militaires soient réparés pour pouvoir les utiliser.

Nous accueillons l’investissement de 9 milliards de dollars avec beaucoup d’enthousiasme. Nous avons augmenté sensiblement la disponibilité de l’équipement. Ce n’est pas juste une question de donner de l’argent, ni d’acheter des pièces, ni d’assurer un financement prévisible pour les pièces; c’est aussi une question de ressources humaines. Il nous faut des gens pour faire les réparations.

Quand on dit que les gens sont au cœur de la mission, ce n’est pas juste une façon de parler. Il nous faut des gens pour croître, pour réparer l’équipement à notre disposition et pour nous aider à atteindre notre objectif d’en faire plus partout dans le monde. Il s’agit d’un problème complexe aux éléments interdépendants, monsieur le président. Nous sommes ravis d’en avoir réglé au moins la première partie.

Maintenant, il faut vite mettre en œuvre la stratégie industrielle, il faut l’adapter à nos besoins, et il faut tirer parti de l’innovation et des grandes inventions du Canada pour prendre l’avantage et le dessus sur nos adversaires.

Le sénateur Ince : Merci.

La sénatrice M. Deacon : Je vous remercie de votre présence. Ma question s’adresse à quiconque peut y répondre. Lieutenant-général, vos propos me font penser à mon neveu, qui a posé sa candidature aux Forces armées canadiennes, à la Gendarmerie royale du Canada et à l’Agence des services frontaliers du Canada.

Bien entendu, il appelle sa tante à l’occasion parce qu’il pense que je sais quelque chose que j’ignore. J’apprends des choses intéressantes. J’applaudis tous les secteurs. Chaque fois que l’occasion se présente d’avoir un contact direct avec quelqu’un ou de parler à quelqu’un au téléphone, cela s’avère une expérience intéressante. Le processus est long et rigoureux; il faut beaucoup de temps; mais de ce point de vue, c’est certainement intéressant.

Ma question se rapporte à un commentaire que le premier ministre a fait il y a quelques semaines durant un congrès. Il a déclaré publiquement que l’ère où le Canada dépensait 70 % de son budget pour l’approvisionnement militaire aux États-Unis s’achevait.

Comme on l’a déjà mentionné, maintenant que le Canada cherche à augmenter ses achats et ses ventes auprès de ses alliés, comment le gouvernement s’adapte-t-il aux nouveaux cadres réglementaires et comment crée-t-il de nouvelles chaînes d’approvisionnement?

Mme Fox : Merci beaucoup pour la question. Je pense que notre principale préoccupation doit être notre volonté de ne pas dépendre d’un seul et unique partenaire. Cela ne concerne pas seulement la relation entre le Canada et les États-Unis; cela concerne aussi ce qu’il faut faire pour assurer la souveraineté du Canada, notamment diversifier nos partenaires. Les efforts en ce sens permettent non seulement d’éviter la dépendance à un seul fournisseur, mais aussi de multiplier les partenariats et les occasions d’apprentissage. Récemment, le ministre et moi nous sommes rendus en Norvège, où nous avons pu assister à l’exercice militaire Cold Response. Afin d’éclairer le travail que nous menons ici, nous devons absolument passer du temps avec les pays de l’Arctique pour voir ce qui fonctionne sur le plan des capacités militaires dans un environnement arctique.

Il en va du Canada. Il en va de la défense du Canada. En diversifiant nos partenariats et en favorisant la croissance de notre propre industrie, nous montrerons à tous nos partenaires que nous prenons la question au sérieux et que nous disposons des capacités nécessaires pour avancer. Voilà sur quoi portait ce commentaire : notre souveraineté.

La sénatrice M. Deacon : Merci. Certains d’entre nous représentent Affaires mondiales au comité, et j’essaie de concilier deux éléments. Bien entendu, la défense et la diplomatie vont toujours de pair. Pourtant, d’importantes réductions de personnel sont en cours chez Affaires mondiales Canada. Ma question est la suivante : le gouvernement ne croit-il pas qu’une présence diplomatique forte dans ces marchés est nécessaire pour faciliter la transition?

Mme Fox : C’est une excellente question, car c’est vrai que nous devons travailler de concert avec Affaires mondiales. Les détachés de défense et les délégués commerciaux des ambassades ont toujours entretenu des relations, mais aujourd’hui, nous leur demandons de travailler d’une manière radicalement différente et beaucoup plus étroite. Ainsi, lorsque le premier ministre ou des ministres dirigent une mission commerciale, ils disposent de renseignements exacts sur les industries canadiennes qui espèrent faire des affaires à l’étranger ou qui attendent des contrats.

La relation entre le MDN et Affaires mondiales devra être différente parce que bien que les protocoles d’entente et les partenariats demeurent importants, ce sont les mesures en découlant qui seront essentielles. Si nous avons une feuille de route pour un pays donné, quelles sont les implications pour la mise en œuvre de la Stratégie industrielle de défense, ainsi que pour les affaires? Affaires mondiales et le Service des délégués commerciaux doivent donc travailler de concert avec nous. Nous avons été en mesure d’utiliser une partie du budget de la défense pour financer certaines activités menées par Affaires mondiales afin que nous puissions travailler ensemble. Voilà pour les deux ministères. Il faut aussi faire appel à la BDC pour soutenir les petites entreprises canadiennes et à EDC pour faciliter l’exportation. Le ministre a parlé de la réunion des attachés de défense : l’objectif est vraiment de leur faire comprendre qu’ils doivent aiguiser leur sens des affaires et l’adapter à ce que nous essayons de faire à travers la Stratégie industrielle de défense.

La sénatrice M. Deacon : Merci.

Le sénateur McNair : Durant l’heure précédente, le ministre a donné deux exemples concrets. Le premier était celui de la hausse salariale. Le ministère a dit qu’il lui faudrait 2 ans, puis 18 mois, puis 100 jours. L’autre concernait la réduction de cinq propositions à deux pour les sous-marins. Le ministère a d’abord proposé de le faire en trois ans. On lui a accordé cinq mois. Le ministre nous a dit que vous aviez réussi à le faire en quatre mois.

Ces exemples m’amènent au processus d’approvisionnement pour les véhicules utilitaires légers. Les FAC y travaillent depuis 2013. Pensez-vous qu’il serait possible de l’accélérer? Il y a sûrement quelque chose à faire.

Je pense également aux uniformes de combat conçus pour les femmes. L’achèvement du processus a maintenant été reporté à 2027. C’est un des problèmes de maintien en poste qui a été soulevé. Il est sûrement possible de trouver un fournisseur qui pourrait le faire plus rapidement. Ma question s’adresse au lieutenant-général Kelsey.

Lgén Kelsey : Nous avons la chance de compter parmi nous la sous-ministre adjointe des matériels; elle pourrait sans doute vous donner une meilleure réponse que moi. Les deux questions sont pertinentes. L’exemple des sous-marins laisse entrevoir de nouvelles possibilités quant à l’accélération du renforcement des capacités. Les sous-marins représentent probablement l’une des entreprises les plus complexes, et tout ce que nous cherchons à faire, c’est accélérer le développement d’un partenariat avec l’industrie. La réalisation de ce projet prendra de nombreuses années, mais nous sommes enthousiastes.

Par rapport aux projets en cours, il ne s’agit pas seulement de se demander si cette approche pourrait servir, par exemple, à accélérer le processus touchant les véhicules utilitaires légers. En fait, la sous-ministre adjointe des matériels mène des réflexions sur des questions difficiles : faut-il vraiment avoir recours à un processus d’approvisionnement? Peut-on plutôt inscrire le dossier dans la catégorie de la gestion des biens, ce qui accélérerait le déblocage des fonds et la collaboration avec les entreprises canadiennes?

En ce qui concerne les uniformes de combat, nous ne sommes plus dans la même position que l’année dernière. Nous avons l’argent, nous avons des entreprises canadiennes qui peuvent fournir les uniformes et nous avons la recherche nécessaire — l’analyse anthropomorphique — pour aller plus vite et pour fournir de l’équipement, y compris des uniformes, à toutes les personnes qui servent. C’est un moment palpitant. La réforme de l’approvisionnement ne signifie pas que nous repartons à zéro; il s’agit de tirer parti de nos pouvoirs et de notre expertise pour accélérer le processus lorsqu’il est pertinent de le faire. Je ne sais pas si la sous-ministre adjointe a quelque chose à ajouter.

Heather Sheehy, sous-ministre adjointe (Matériels), ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes : Merci, sénateur McNair. J’ai aussi écouté attentivement votre question durant la première partie de la réunion. Je vais vous donner deux autres exemples où nous sommes allés plus vite. D’abord, nous avons annoncé récemment que le projet de fusil d’assaut modulaire canadien était confié à Colt Canada. Vous vous demandez peut-être ce que nous avons fait pour accélérer le processus. Nous avons cherché à réaliser des gains d’efficacité sur le plan administratif, ce qui est très bien.

Or, ce qui a vraiment changé la donne, c’est l’harmonisation des priorités entre le ministère de la Défense nationale et Services publics et Approvisionnement Canada. La haute direction et les responsables politiques ont déployé de grands efforts en vue de faire de ce dossier une priorité.

D’autres facteurs sont aussi entrés en ligne de compte. Nous n’avons pas eu à faire de présentation au Conseil du Trésor parce que le projet était admissible à une nouvelle approche fondée sur le risque, qui offre une certaine souplesse quant aux procédures à suivre auprès du Conseil du Trésor. De plus, les fusils avaient déjà été testés. Puisque nous avions déjà franchi ces étapes, nous avons pu procéder plus rapidement.

Nous avons fait la même chose dans le cadre du programme de remplacement des avions Challenger; l’annonce à ce sujet a été faite durant la période des Fêtes. Nous avons été en mesure d’agir rapidement grâce aux heures supplémentaires, à la priorisation et à l’approche fondée sur le risque. Par la force brute, nous avons réussi à redoubler d’efforts, à avancer et à accélérer le processus.

Cependant, j’ai été claire avec la sous-ministre : la force brute ne fonctionnera pas à tous coups. Nous devons rationaliser nos processus d’approvisionnement. Je travaille en étroite collaboration avec l’Agence de l’investissement pour la défense en vue d’arriver à cette fin, car si nous nous contentons d’essayer d’aller plus vite, nous échouerons. Il faut rationaliser nos processus. Je collabore aussi avec le vice-chef d’état-major de la Défense à la réalisation d’un audit du sludge — c’est le vrai terme —; nous dressons les grandes lignes de nos processus en vue de trouver des solutions. Dans le passé, nous étions peut-être réticents à sauter certaines étapes, mais étant donné l’urgence actuelle, nous devons prendre des mesures pour agir plus rapidement.

J’essaie à la fois d’accélérer des projets d’approvisionnement particuliers et de collaborer avec l’Agence de l’investissement pour la défense afin de simplifier l’ensemble des processus. Ainsi, dans quelques mois, nous pourrons faire les deux.

Le sénateur McNair : Je vous félicite pour le rôle de leadership que vous assumez.

Le président : Je comprends que vos réponses sont importantes; je ne veux pas vous interrompre. Je suis très indulgent sur ce plan.

La sénatrice Hay : Je vous remercie de votre présence. Je veux aborder le sujet de la technologie. La main-d’œuvre canadienne dans son ensemble doit s’adapter à la nouvelle réalité que présente l’intelligence artificielle. C’est sans doute également vrai, voire encore plus important, pour le personnel militaire. Je m’interroge sur les stratégies relatives à la formation des nouvelles recrues en matière d’intelligence artificielle, ainsi qu’au perfectionnement continu des compétences. Les FAC et le MDN doivent être les institutions et les organisations les plus technologiquement avancées au pays. De quelle façon abordez‑vous l’intelligence artificielle dans le contexte de la formation et du perfectionnement des compétences?

Mme Fox : C’est une excellente question. L’intelligence artificielle peut nous aider à développer les compétences nécessaires pour travailler sur les capacités dont le pays a besoin, et à améliorer la façon dont nos institutions sont organisées.

La sénatrice Hay : Il y a aussi l’aspect des données, mais n’en parlons pas pour l’instant.

Mme Fox : C’est vrai : les décisions doivent être fondées sur des données.

Dans le cadre de nos efforts de recrutement, nous devons déterminer quelles professions sont critiques aujourd’hui et lesquelles le seront demain, et nous devons nous assurer que nos stratégies sont adéquates pour attirer et maintenir en poste du personnel militaire doté des compétences voulues.

J’étais à Petawawa récemment. Les bases travaillent beaucoup sur la recherche et le développement dans le domaine de la technologie des drones. Nous devons faire du recrutement afin de maintenir et de développer nos activités dans ce secteur.

En outre, je pense que nous devons être plus ouverts à la collaboration avec le milieu universitaire. Nous allons rencontrer les responsables d’U15 demain pour parler de leurs activités dans le domaine de la recherche et du développement. Toutes les ressources ne doivent pas relever des FAC ou du MDN; nous pouvons nous associer à d’autres organisations et tirer parti des compétences à leur disposition.

De plus, il faut stimuler l’innovation. Il a été question tout à l’heure des Carrefours sécurisés d’innovation en défense. Là, nous pouvons lancer des défis, puis voir comment l’industrie, le milieu universitaire et le secteur militaire travaillent de concert pour trouver des solutions. Toutefois, par la suite, nous devons avoir les moyens de faire l’acquisition de l’idée ou de la solution proposée; il ne faut pas permettre à d’autres de s’approprier ces connaissances.

La réponse est donc oui, nous tenons certainement compte de cette réalité dans le cadre de notre stratégie de recrutement. Il faut penser à l’avenir, notamment en ce qui concerne les capacités visées par la Stratégie industrielle pour la défense, comme la technologie des capteurs et les systèmes d’aéronef sans pilote. Ce sont toutes des compétences dont nous aurons besoin à l’avenir.

Lgén Kelsey : Je serai très bref, monsieur le président. Il faut reconnaître que les gens que nous attirons pensent et apprennent différemment, qu’ils fondent de grands espoirs sur ce qu’ils peuvent faire en ce moment sur leur téléphone... que nous leur demandons de laisser à la porte lorsqu’ils arrivent au bureau pour des raisons de sécurité.

Pour ce qui est de la formation, c’est tout à fait vrai. Nous travaillons encore sur d’anciens systèmes analogiques, mais nous avons des gens qualifiés qui réfléchissent déjà à la façon de mieux dispenser la formation.

Pour ce qui est de notre façon de fonctionner, c’est là que les choses se compliquent. Le ministère a été à l’avant-garde en adoptant des politiques sur la prise de décision autonome — un exercice minutieux — pour inclure le ciblage d’un objet mobile et ce qui se passe in extremis dans les pires moments des conflits. Il y a beaucoup de réflexion nécessaire ici.

C’est aussi simplement de faciliter la prise de décisions, et donc de prendre des décisions au sujet de nos grandes entreprises canadiennes qui ont des produits à offrir. Encore une fois, nous pensons aux résultats et menaces prioritaires, et cela frustre l’industrie lorsqu’elle a un produit et que nous décidons, quand nous avons de l’argent, de l’investir dans autre chose.

L’intelligence artificielle nous aide à mieux nous voir et à prendre des décisions plus rapidement. Nous voulons donc obtenir un véritable avantage et ne pas procéder comme avant, à de vieux investissements, et c’est un changement dans notre façon de fonctionner.

La sénatrice Hay : Je pense que mon temps est écoulé. Merci beaucoup.

La sénatrice Ross : Merci d’être ici aujourd’hui. Hier, CBC a publié une entrevue avec le colonel Paul Williams, le commandant de la base de Gagetown — qui, soit dit en passant, m’a fait visiter la base l’an dernier, et j’ai beaucoup appris sur ce qui se passe dans mon coin de pays. Je viens de Fredericton, au Nouveau-Brunswick.

Un milliard de dollars sera consacré aux infrastructures. À l’heure actuelle, comme vous le savez, les infrastructures de la base datent en grande partie des années 1950 et 1960. Au cours de la prochaine décennie, 2 000 soldats et leur famille viendront s’ajouter. Le colonel Williams a mentionné notamment dans cette entrevue que la base manque de personnel depuis tellement d’années que, selon eux, cela ne fera que les amener à un effectif complet. L’arrivée de 200 à 300 recrues par année n’augmentera pas beaucoup l’effectif.

Cet investissement important et ce rythme de croissance rapide entraîneront-ils beaucoup de problèmes dans des bases comme celle de Gagetown? Que peut-on faire pour les atténuer?

Mme Fox : C’est une excellente question. Tout d’abord, pour Gagetown en particulier, le logement est un problème. Il y aura donc 500 nouvelles unités de logement qui viendront s’ajouter à Gagetown pour répondre à l’augmentation de l’effectif. C’est une partie de la solution.

Nous sommes un peu en déficit, si on veut. Quand nous recrutons de nouveaux membres, il faut évidemment avoir un plan pour la construction de nouveaux logements. Quelles solutions créatives pouvons-nous envisager dans l’intervalle? Acheter des unités existantes, comme nous l’avons fait à la base d’Esquimalt, par exemple? Il s’agit donc d’augmenter le nombre de logements pour soutenir la croissance.

Il faut penser aussi aux autres infrastructures sur la base dont nous avons besoin pour pouvoir accueillir plus de membres. Dans le budget de 2025, 19 milliards de dollars sur cinq ans ont été prévus pour ces infrastructures. Il faut donc travailler avec les commandants des bases sur les besoins pour savoir où investir. Il faut aussi penser à la formation pour les recrues — la formation de base et les autres qui suivront — et progressivement à leur présence à temps plein sur les bases.

Nous avons les fonds pour investir, et il faut maintenant réfléchir à la façon de travailler avec tous les acteurs pour nous assurer que nous sommes prêts à accueillir ces nouveaux membres.

La sénatrice Ross : L’une des façons pour nous de soutenir les membres des Forces armées canadiennes, c’est de leur fournir des soins de santé adéquats. J’ai pu aussi visiter l’hôpital à la fine pointe de la technologie à la Base des Forces canadiennes Gagetown, qui est magnifique. Toutefois, il traite uniquement les membres des forces, pas les membres de leur famille.

Au Nouveau-Brunswick, notre première ministre a annoncé en janvier que 238 000 personnes n’ont pas accès à des soins de santé primaires dans la province. Je m’inquiète du fait que ces familles de militaires se joindront à une liste croissante de personnes qui n’ont pas accès à ces soins.

Lorsque j’étais là-bas, j’ai posé des questions à de nombreux soldats que j’ai rencontrés. Je leur ai demandé notamment, s’il pouvait envoyer un message à Ottawa, quel serait-il? Comment pouvons-nous vous aider? Ils m’ont presque tous répondu, invariablement : « Des soins de santé pour ma famille. » C’est une grande préoccupation, qui ne fera que croître avec l’afflux de nouveaux membres. Qu’allez-vous faire à ce sujet?

Mme Fox : C’est une excellente question, et un problème, en effet. C’est un problème quand on pense à accroître notre présence dans l’Arctique et aussi partout au pays.

Le fait d’avoir un hôpital sur place pour les militaires qui fonctionne très bien permet de soulager en partie la pression sur les hôpitaux locaux. C’est une partie de la solution. Toutefois, je pense que nous devons travailler en étroite collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux pour prendre des décisions au sujet des besoins en santé partout au pays. Ce n’est pas un problème propre à l’armée. Je comprends que c’est l’un des problèmes liés à la croissance de l’effectif et nous l’examinons. Quelle est la limite des systèmes? Chaque région au pays est différente, mais de nombreuses administrations nous parlent de l’importance d’avoir ces discussions au sujet des soins de santé. Nous nous penchons assurément sur la question. Nous n’avons pas de solution aujourd’hui, mais je pense que c’est une priorité pour nous tous.

La sénatrice Ross : J’ajouterais que la région de la capitale, Fredericton-Oromocto, est la plus mal en point dans la province pour ce qui est de l’accès à des soins primaires.

Mme Fox : D’accord. C’est bon à savoir. Merci.

Le président : Merci.

La sénatrice Dasko : Merci aux témoins. Ma question aurait peut-être été plus appropriée pour le ministre, mais j’aimerais beaucoup savoir ce qu’il en est.

Avant le début des discussions sur notre régime tarifaire et l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, les Américains ont lancé des ultimatums et dit qu’il fallait qu’on se débarrasse de la gestion de l’offre, qu’on remette les alcools américains sur les tablettes, avant qu’ils viennent s’asseoir à la table.

Les Américains ont-ils parlé aussi de notre politique militaire ou des achats militaires? Ont-ils agi de la même façon en disant, par exemple, nous allons nous asseoir à la table si vous faites ceci ou cela, si vous achetez des F-35? Ont-ils tenu ce genre de propos au sujet de la politique ou des achats militaires?

Mme Fox : Je dirais tout d’abord que nous avons des discussions en continu avec les États-Unis sur les enjeux liés à la défense. Beaucoup de discussions portent sur notre façon, par exemple, de protéger l’Amérique du Nord. Nous sommes des partenaires au sein du NORAD, et il y a donc beaucoup de discussions sur ce dans quoi investit le Canada pour assurer la sécurité dans l’Arctique parce que nous travaillons en partenariat. Plus nous en faisons dans un domaine particulier, plus cela allège le fardeau de quelqu’un d’autre. C’est le genre de discussions que nous avons.

Ils ont été très clairs, non seulement avec le Canada, mais aussi avec les autres partenaires de l’OTAN, sur la nécessité d’augmenter les dépenses pour atteindre la cible de 2 %. Je pense qu’ils voient que le Canada a atteint 2 % et que nous sommes en voie d’atteindre 5 %.

Je dirais, bien sûr, que les États-Unis souhaitent toujours nous voir investir dans les forces armées. Ce sont des discussions que nous avons en permanence, non seulement avec l’administration actuelle, mais aussi avec les autres. Je pense qu’ils suivent attentivement les décisions qui seront prises dans les semaines et les mois à venir.

Nous avons des discussions en continu. Nous échangeons de l’information sur les initiatives en cours, sur les investissements que nous faisons et sur les possibilités de partenariat, en particulier dans l’Arctique.

La sénatrice Dasko : D’accord. Il n’y a donc pas eu de frictions à ce sujet?

Mme Fox : Je ne dirais pas qu’il n’y a pas de frictions. Il y en a dans toutes les relations.

Je dirais qu’entre les responsables militaires, la collaboration est excellente.

La sénatrice Dasko : J’aimerais revenir à la question des F-35. Le ministre a dit que la décision d’acheter les autres n’avait pas été prise. C’était la question du sénateur Carignan tout à l’heure.

Il m’a semblé que le ministre parlait alors, comme il l’a expliqué, de systèmes autonomes. Ai-je bien compris? S’agissait-il d’une contre-proposition aux F-35, ou ai-je mal compris?

Mme Fox : Si j’ai bien compris ce que le ministre a dit, le gouvernement est encore en train d’examiner ce qui viendra compléter notre flotte d’avions de chasse.

La sénatrice Dasko : D’accord.

Mme Fox : Et il a dit qu’aucune décision finale n’avait été prise, mais il faisait précisément référence à la flotte d’avions de chasse.

La sénatrice Dasko : D’accord. Donc, l’offre d’achat est toujours sur la table, puis il y a l’autre option qui est venue s’ajouter.

Mme Fox : Oui. Le F-35 est toujours sur la table.

La sénatrice Dasko : Oui.

Mme Fox : Et la possibilité d’avoir une flotte mixte est toujours sur la table, et aucune décision n’a été prise.

La sénatrice Dasko : Merci.

Le président : Chers collègues, quatre personnes souhaitent poser une question. Je vais être brutal. Je déteste en venir là, mais vous avez de 20 à 30 secondes pour poser votre question, et la réponse devrait être d’égale durée.

[Français]

Le sénateur Carignan : Ma question s’adresse aux représentants du Centre de la sécurité des télécommunications Canada, une organisation très importante.

Évidemment, les guerres deviennent hybrides, d’où l’importance de la cybersécurité. Je suis membre du Comité sénatorial permanent des finances nationales, dans lequel nous étudions les budgets et les crédits. Sécurité publique Canada a un programme pour aider les entreprises à améliorer leur cybersécurité. Cependant, pour un budget de 3 millions de dollars seulement, il y avait 500 demandes. Sur l’ensemble de ces demandes, il y a 480 organismes qui considèrent être à risque au sujet de la cybersécurité.

Qu’est-ce qui est fait de votre côté? Est-ce que des fonds ou des éléments plus importants sont prévus pour combler ces lacunes?

Par ailleurs, sans entrer dans le secret des dieux, où en sommes-nous avec les nouvelles menaces de ce monde, notamment avec Claude Mythos?

Alia Tayyeb, cheffe adjointe, Renseignement électromagnétique, Centre de la sécurité des télécommunications Canada : Je vous remercie de la question. Je sais que nous avons très peu de temps, alors je vais tenter de répondre assez rapidement.

Pour ce qui est de la première partie de votre question concernant les programmes pour le soutien des industries et du secteur privé au Canada, comme vous le savez, le Centre canadien pour la cybersécurité travaille très étroitement avec les industries. Nous publions souvent en ligne et nous donnons plusieurs conseils sur la façon de se protéger contre les menaces cybernétiques. Nous organisons plusieurs forums dans lesquels on partage l’information que nous recevons au sujet des cybermenaces. Nous discutons aussi des différents niveaux de collaboration avec Sécurité publique Canada. Vous savez que c’est quelque chose qui nous tient à cœur, et nous travaillons beaucoup là-dessus.

[Traduction]

Le président : Si vous n’avez pas de temps de fournir une réponse complète, je vous encourage à nous faire parvenir l’information par écrit, et nous la consignerons dans le compte rendu et la communiquerons aux sénateurs.

Le sénateur Cardozo : J’aimerais approfondir la question de l’augmentation des achats de produits fabriqués au Canada. Pouvez-vous nous en dire plus sur la façon dont vous allez vous y prendre, en particulier avec les petites et moyennes entreprises?

De plus, que faites-vous, en général, pour garder la propriété intellectuelle au Canada, qu’il s’agisse d’entreprises canadiennes ou étrangères?

Mme Fox : Tout d’abord, je dirais que l’achat de produits canadiens est au cœur de la politique gouvernementale et de la Stratégie industrielle de défense. Nous avons des décisions à prendre au sujet du nouveau cadre construire-collaborer-acheter. Où est-ce plus logique de le faire dans le contexte de l’offre actuelle?

On voit des exemples dans l’industrie de la construction navale qui achète de l’acier canadien. C’est exactement le genre de chose que l’on veut voir le secteur manufacturier faire pour soutenir l’industrie de la défense. C’est un excellent exemple.

Ensuite, je pense qu’il sera important pour nous d’avoir des discussions sur la propriété intellectuelle, car si nous voulons un secteur qui peut exporter dans le monde, produire ici au Canada et vendre à l’étranger, il est important qu’il dispose de la propriété intellectuelle nécessaire pour pouvoir le faire.

Nous allons devoir travailler avec l’industrie canadienne sur ces deux éléments, c’est certain.

Le sénateur Cardozo : Merci.

Le sénateur Ince : Ma question s’adresse au lieutenant-général Kelsey. Comment la présence militaire du Canada et sa coopération avec des partenaires aux vues similaires en Amérique du Sud et dans les Caraïbes assurent-elles la paix et la stabilité dans l’hémisphère occidental?

Lgén Kelsey : Je pense qu’il est vrai de dire que nos intérêts nationaux sont centrés principalement sur l’Atlantique Nord, sur l’Indo-Pacifique, et bien sûr, ici même au pays. Cela signifie que nous avons dû faire un choix stratégique.

Notre seul intérêt national est lié à l’opération CARIBBE. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de présence dans les pays de l’hémisphère Sud ou de l’Amérique du Sud ou que nous ne collaborons pas avec eux.

Toutefois, l’opération Carribe est celle dans le cadre de laquelle nous travaillons avec la Garde côtière américaine et d’autres alliés pour un mandat très particulier, géographiquement séparé des opérations au Venezuela.

Ce faisant, nous renforçons la présence du Canada et démontrons notre compétence dans le domaine maritime pour contrer les menaces liées à la drogue.

Le sénateur Ince : Merci.

Le président : J’aimerais que vous nous fournissiez une réponse écrite si vous n’avez pas l’information sous la main.

On n’entend pas parler dans les médias du harcèlement des femmes dans l’armée depuis un certain temps; c’est un problème important auquel les forces armées devaient s’attaquer. Comme les médias n’en parlent pas, je ne sais pas si l’on a réussi à renverser la vapeur depuis le changement de politique et les dénonciations publiques.

Pourriez-vous fournir au comité les données annuelles à ce sujet, en remontant de quelques années? Dans quelle mesure a‑t‑on réussi à gérer ce problème? La culture a-t-elle changé de manière significative après qu’on en ait tant parlé?

Je vais terminer par cette dernière question. Nous avons vu des individus et des groupes qui sont, pour ainsi dire, peu recommandables, et dont les agissements ont été qualifiés de racistes, pour être honnête avec vous; comment procède-t-on pour les écarter de l’armée et pour s’assurer que nous avons une armée qui reflète vraiment la diversité de notre pays, mais aussi, ce qui est tout aussi important, que nos gens sont attachés à notre histoire militaire et à notre façon de protéger notre pays? De plus, comment procède-t-on pour exporter nos talents et nos compétences lorsque nous nous rendons à l’étranger en compagnie d’autres pays pour leur montrer que nous sommes là pour les aider, et non pour reproduire des comportements racistes?

Je vais vous donner la chance de répondre rapidement, mais si vous voulez fournir une réponse écrite, elle sera très utile au comité.

Mme Fox : Nous pouvons certainement vous fournir des données à ce sujet.

J’aimerais soulever trois points; le premier concerne la culture. La générale Jennie Carignan, notre cheffe d’état-major de la Défense, a mis sur pied l’équipe chargée du changement de culture au sein de l’armée, qu’elle continue de chapeauter en tant que cheffe des forces armées, et c’est vraiment une contribution très importante dans ce dossier.

Environ 98 % des recommandations de la juge Arbour ont été mises en œuvre. Si le projet de loi C-11 est adopté, ce pourcentage passera à 100 %. Nous faisons des progrès concrets en ce qui concerne les recommandations.

Pour répondre à votre question sur le recrutement, je pense que nous devons choisir nos recrues en fonction des valeurs des forces armées. Nous travaillons sur l’attractivité des forces armées, tout en étant sensibles à bien filtrer les nouvelles recrues pour qu’elles partagent ces valeurs. Nous pouvons fournir au comité plus de renseignements sur le travail que nous faisons à cet égard.

Le président : Merci beaucoup à tous.

Monsieur Brosseau, vous assumez cette nouvelle responsabilité depuis un certain temps. Je sais les efforts que cela demande d’assumer cette responsabilité. Chaque décès lié au fentanyl au pays est un décès de trop. Je ne peux pas imaginer la douleur qu’éprouvent les familles qui vivent ce cauchemar. Je vous remercie de tout ce que vous faites pour nous aider à endiguer la vague de décès attribuables au fentanyl dans notre pays et à nous débarrasser de ce fléau dans notre société.

Je m’adresse aussi à vous tous, en tant que fonctionnaires, et je sais que vous comparaissez devant nos comités et que vous vous faites parfois mitrailler de questions parce que le gouvernement éprouve des difficultés à trouver des solutions, et vous portez le fardeau de devoir répondre à des questions très difficiles.

Tout d’abord, au nom de notre comité, permettez-moi de vous remercier de tout ce que vous faites pour le pays. Je sais que les problèmes auxquels nous faisons face en ce moment sont énormes. Mais vos efforts pour essayer de faire en sorte que nous puissions répondre aux attentes du premier ministre et du pays en ce moment sont vraiment importants. Nous avons des attentes élevées. Nous savons que c’est vous qui devez régler les menus détails, et je suis au courant des nombreuses heures que vous consacrez à cette responsabilité.

Au nom de notre comité, je vous remercie sincèrement d’être venus ici ce soir, et nous vous remercions du travail que vous faites sans relâche pour notre pays. Merci beaucoup d’être ici.

Chers collègues, notre dernier point à l’ordre du jour ce soir consiste à discuter de notre façon de procéder pour l’étude du projet de loi C-8, qui a été renvoyé au comité jeudi dernier, le 23 avril.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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