LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES SOCIALES, DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le jeudi 26 mars 2026
Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd’hui, à 10 h 30 (HE), avec vidéoconférence, pour étudier le projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration; et, à huis clos, pour étudier un projet d’ordre du jour (travaux futurs).
La sénatrice Rosemary Moodie (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Je déclare ouverte la séance du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Je m’appelle Rosemary Moodie. Je suis sénatrice de l’Ontario et présidente du comité.
Avant que nous commencions, j’aimerais demander aux sénateurs de se présenter, en débutant avec la sénatrice Burey, qui est à ma gauche.
La sénatrice Burey : Sénatrice Sharon Burey, de l’Ontario. Bienvenue.
La sénatrice Senior : Sénatrice Paulette Senior, de l’Ontario.
[Français]
La sénatrice Gerba : Amina Gerba, du Québec.
[Traduction]
La sénatrice Hay : Katherine Hay, de l’Ontario.
[Français]
La sénatrice Arnold : Bonjour. Dawn Arnold, du Nouveau-Brunswick.
Le sénateur Boudreau : Bonjour. Victor Boudreau, du Nouveau-Brunswick.
Le sénateur Cuzner : Rodger Cuzner, de la Nouvelle-Écosse.
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, du territoire visé par le Traité no 6, en Saskatchewan.
La présidente : Aujourd’hui, le comité poursuit son étude du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration. Pour la première partie de la réunion, nous accueillons, par vidéoconférence, M. Thanh Phan, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des avocats en immigration. Nous accueillons également, en personne, Mme Thi Be Nguyen, présidente d’UniAction; Mme Marie-Laure Konan, directrice générale d’INICI; et Mme Henriette Mvondo, présidente fondatrice de Bienvenue à l’immigrant. Merci de vous joindre à nous.
Chacun et chacune d’entre vous disposerez de cinq minutes pour faire votre déclaration préliminaire, après quoi les membres du comité vous poseront des questions. Monsieur Phan, la parole est à vous.
Thanh Phan, membre du conseil d’administration, Association canadienne des avocats en immigration : Je vous remercie de me donner l’occasion de comparaître devant vous aujourd’hui. Je m’appelle Thanh Phan. Je suis un Canadien naturalisé. Aujourd’hui, je représente l’Association canadienne des avocats en immigration, ou ACAI, une organisation nationale qui regroupe plus de 540 avocats spécialisés en droit de l’immigration au Canada. Nos membres aident des clients du monde entier à s’y retrouver dans le système d’immigration canadien. Nous sommes ici pour dire que nous appuyons sans réserve le projet de loi S-215.
Le Canada est une nation qui a été bâtie par des immigrants. À l’exception de nos peuples autochtones, nos racines remontent aux gens qui sont venus d’ailleurs en quête de possibilités, de sécurité et d’un avenir meilleur au Canada. L’immigration ne fait pas seulement partie de notre histoire. Elle est au cœur de notre identité.
Comme l’indique le préambule du projet de loi, le Canada a grandement bénéficié des immigrants. Leur contribution a façonné non seulement notre économie, mais aussi notre société et notre culture.
Il est également essentiel que nous continuions d’expliquer aux prochaines générations le rôle important que joue l’immigration dans le façonnement du Canada. En désignant le mois de novembre comme le Mois national de l’immigration, le projet de loi fait ressortir que l’immigration est un élément fondamental dans l’édification du pays.
Aujourd’hui, l’immigration demeure vitale pour le Canada. Les nouveaux arrivants contribuent à soutenir notre main-d’œuvre, à renforcer nos services publics et à assurer la prospérité à long terme.
En même temps, nous ne devons pas oublier qu’au cours des dernières années, notre système d’immigration a suscité une attention accrue de la part du public. Des préoccupations relatives au logement, à l’infrastructure et à l’intégrité du système ont conduit de nombreux Canadiens à s’interroger sur la manière dont l’immigration est gérée.
Dans ce contexte, le gouvernement du Canada a pris des mesures pour réduire les niveaux d’immigration à ce qu’il considère comme des cibles plus durables. Un tel examen attentif reflète le souhait légitime de la population que notre système d’immigration soit équitable, efficace et adapté à la capacité du Canada.
Cependant, le moment est propice pour réaffirmer la valeur de l’immigration. C’est pourquoi le projet de loi S-215 est si important. Faire de novembre le Mois national de l’immigration susciterait un débat constructif sur le rôle que joue l’immigration dans notre avenir commun.
Nous devons affirmer bien clairement qu’améliorer le système d’immigration et défendre l’immigration ne sont pas des objectifs incompatibles. Au contraire, ils sont étroitement liés. Un système plus fort, plus transparent et mieux adapté aura un effet positif sur la confiance du public et, du même coup, mettra en valeur les nombreux avantages de l’immigration.
En tant que professionnels, nous voyons à la fois les forces et les lacunes du système actuel. Nous constatons également la résilience et le talent dont font preuve les nouveaux arrivants qui apportent chaque jour leur contribution à nos collectivités. Ce sont des entrepreneurs, des travailleurs qualifiés, des soignants et des innovateurs. Leur réussite est celle du Canada.
En 2018, le gouvernement du Canada a lancé la campagne intitulée L’immigration, ça compte, qui soulignait la contribution positive des immigrants partout au pays. On y racontait des histoires vraies qui ont aidé les Canadiens à mieux comprendre à quel point l’immigration enrichit notre société.
Le projet de loi S-215 nous offre l’occasion de nous appuyer sur cet élan en créant un moment national chaque novembre pour sensibiliser les gens, réfléchir et célébrer. Une telle initiative aide à contrer la désinformation et à renforcer la cohésion sociale.
Honorables sénateurs, le Canada est à la croisée des chemins. Nous sommes confrontés à de véritables difficultés, mais nous avons aussi une occasion en or de réaffirmer l’identité de notre pays. En appuyant le projet de loi S-215, vous ne faites pas qu’approuver un geste symbolique. Vous réaffirmez également l’engagement national à l’égard de la mise en œuvre de politiques fondées sur des données probantes, de la participation du public et de la valeur durable de l’immigration.
Au nom de l’Association canadienne des avocats en immigration, je vous invite vivement à appuyer cette importante mesure législative. Merci.
Thi Be Nguyen, présidente, UniAction : Honorables sénateurs, merci de me donner l’occasion de comparaître devant vous aujourd’hui à titre de témoin au sujet du projet de loi S-215, une loi qui vise à désigner novembre comme le Mois national de l’immigration au Canada.
Je m’appelle Thi Be Nguyen. En 1980, il y a 46 ans, j’ai immigré au Canada avec ma famille en tant que réfugiée. Mon parcours, comme celui de nombreux immigrants et réfugiés, a été marqué par la résilience et un profond désir de contribuer de manière significative à la société. Le Canada m’a offert la sécurité et la chance de me reconstruire, de faire des études, de participer et de redonner à la société. C’est à partir de cette expérience vécue que je m’exprime aujourd’hui.
Le projet de loi S-215 est une mesure législative visant à reconnaître et à célébrer les contributions des immigrants au Canada. Il est important de souligner que le projet de loi concerne tous les Canadiens, ce qui nous rappelle que, mis à part les Premières Nations et les peuples autochtones, nous sommes tous les descendants d’immigrants dont l’histoire a façonné ce que nous sommes aujourd’hui. Toutefois, au-delà du cadre politique, il s’agit de l’histoire que nous racontons en tant que nation. Cette histoire doit continuer à évoluer. Même les personnes nées au Canada portent en elles le parcours de leurs ancêtres, qu’il s’agisse de personnes réinstallées ou d’immigrants qui ont façonné les familles et les collectivités auxquelles elles appartiennent. Rendre hommage à nos ancêtres, c’est rendre hommage à ce que nous sommes devenus aujourd’hui.
Tout au long de ma carrière, j’ai cherché à créer des liens entre les collectivités et à favoriser l’inclusion. Par l’intermédiaire de mon organisation, UniAction, je fais la promotion de la diplomatie culturelle. De plus, je produis actuellement mon troisième documentaire, qui s’intitule Générations. Il met en lumière les identités canadiennes communes.
En tant qu’ambassadrice de l’inclusion et de la diversité à la Banque Nationale du Canada — j’y ai travaillé pendant 22 ans —, je me suis efforcée d’ancrer l’inclusion dans le milieu de travail.
À titre de directrice générale du Conseil commercial Canada-ANASE, j’ai renforcé les liens entre le Canada et l’Asie du Sud‑Est en favorisant le dialogue et la collaboration, ce que je continue à faire.
Ces expériences montrent que l’inclusion n’est pas le fruit du hasard. Elle se construit grâce à l’adoption de politiques qui la favorisent, à des efforts soutenus et à une représentation significative.
Le projet de loi S-215 est important parce qu’il renforce ces structures et permet aux personnes et aux collectivités d’être vues, entendues et soutenues.
Permettez-moi de dire que la réussite du projet de loi repose sur certains éléments. Le premier est l’accessibilité — communiquer clairement avec toutes les collectivités. Le deuxième élément est la représentation — inclure des voix issues de divers horizons dans la prise de décisions. Le troisième concerne l’incidence à long terme grâce à l’éducation, à la sensibilisation et au renforcement des capacités communautaires. Le quatrième élément, et non le moindre, consiste à faire évoluer le récit national — en rappelant aux Canadiens que leurs ancêtres étaient des personnes réinstallées ou des immigrants et en rendant hommage à leur héritage.
[Français]
Je soutiens pleinement le projet de loi S-215, car il renforce l’identité canadienne en reconnaissant les contributions de tous les Canadiens et toutes les Canadiennes et en rendant hommage aux parcours migratoires qui ont façonné le pays. Il considère également l’immigration comme un moteur essentiel du développement social et économique, la diversité culturelle étant un levier concret de croissance et d’innovation — jusqu’à 30 % de revenus supplémentaires, selon McKinsey & Company.
À l’échelle internationale, ce projet valorise le Canada comme une société ouverte et inclusive qui attire talents, investisseurs et partenaires étrangers, tout en créant des ponts avec les pays d’origine des communautés immigrantes pour faciliter le commerce et la collaboration.
Ce mois de l’immigration honore également nos ancêtres et reconnaît l’histoire, en commençant par la présence et les contributions des Premières Nations et des communautés autochtones.
En conclusion, je tiens à exprimer ma gratitude envers vous, sénatrices et sénateurs, pour votre temps, votre ouverture d’esprit et votre dévouement au service public. Je tiens à remercier sincèrement la sénatrice Amina Gerba d’avoir présenté le projet de loi S-215.
Ensemble, en célébrant la diversité de nos histoires, en reconnaissant les contributions de chaque Canadien et en travaillant côte à côte pour l’inclusion et l’équité, nous construisons un Canada plus fort, plus uni et plus juste pour les générations à venir.
[Traduction]
Parce que lorsque nous reconnaissons chaque histoire qui a façonné notre pays, nous faisons plus que nous souvenir de notre passé — nous renforçons l’avenir que nous choisissons de construire ensemble pour créer un Canada plus fort. Je suis fière d’être Canadienne.
[Français]
Merci beaucoup de m’avoir écoutée.
[Traduction]
La présidente : Merci, madame Nguyen.
Madame Konan, vous disposez de cinq minutes.
Marie-Laure Konan, directrice générale, INICI (Immigrer, Intégrer, Innover) : Merci.
[Français]
Honorables sénatrices et sénateurs, je vous remercie sincèrement de m’accueillir aujourd’hui. Je m’exprime devant vous à titre de directrice générale d’INICI (Immigrer, intégrer et innover), un organisme qui œuvre depuis 40 ans à l’intégration sociale, linguistique et économique des personnes immigrantes au Québec.
Grâce au soutien financier du ministère de l’Immigration et du ministère de l’Emploi, c’est plus de 20 000 personnes immigrantes et leurs familles que nous accompagnons chaque année. INICI est également l’un des plus importants centres de francisation au Québec, avec plus de 200 cours de français par année; de plus, nos programmes d’intégration en emploi affichent un taux de placement qui se situe entre 70 et 80 %.
Or, au-delà des chiffres, ce que nous faisons réellement, c’est influencer des trajectoires de vie. Ces trajectoires deviennent, avec le temps, une partie de l’histoire du Canada. Permettez-moi de partager avec vous un exemple qui nous rend très fiers.
Soraya Martinez Ferrada, l’actuelle mairesse de Montréal, lorsqu’elle est arrivée du Chili il y a plus de 30 ans avec sa famille, a bénéficié des services de notre organisme communautaire, et nous en sommes très fiers. Elle a par la suite servi comme députée fédérale, puis comme ministre et aujourd’hui, bien évidemment, comme mairesse. Des parcours comme celui-là, nous en écrivons tous les jours avec mon équipe. Certains sont rapides et d’autres sont un peu plus difficiles, mais tous, sans exception, contribuent à construire ce pays.
Cependant, malgré ces réussites, une réalité demeure : à travers notre travail et en observant le débat public, nous constatons un écart persistant et cela nous inquiète. Il y a un écart persistant entre l’apport réel des personnes immigrantes et la perception parfois véhiculée à leur sujet. Chaque campagne électorale partout au Canada — même si cela fait 23 ans que je vis ici — est un moment d’angoisse et de stress pour ces personnes constamment ciblées. Trop souvent, des défis sociaux, comme les crises relatives au logement, le manque de places dans les services de garde et les ratés dans les services publics, tout leur est attribué. On parle trop rarement de leurs réussites, et pourtant, elles sont nombreuses.
Des personnes immigrantes contribuent à protéger et promouvoir la langue française, à renforcer des institutions, à soutenir des économies régionales et à innover dans plusieurs secteurs clés. Ces contributions méritent d’être reconnues, documentées et communiquées aux générations présentes et futures. C’est précisément pour cette raison que le projet de loi S-215 est important. Il reconnaît une vérité fondamentale : l’immigration n’est pas seulement un phénomène démographique, mais une force fondatrice du Canada.
Instituer un Mois national de l’immigration n’est donc pas un simple symbole : c’est un geste structurant, un geste de reconnaissance, un geste de mémoire collective et, enfin, un geste tourné vers notre avenir. Pour INICI, célébrer l’immigration signifie réussir l’accueil et l’intégration durable des personnes immigrantes et un Mois national de l’immigration offrirait une occasion unique de mettre en lumière les parcours inspirants, mais aussi de mobiliser les partenaires autour de solutions concrètes. Par exemple, notre initiative En route vers ma région, saluée par la presse comme une initiative de société en 2025, vise à favoriser l’intégration professionnelle des personnes en demande d’asile dans les régions du Québec, qui font face à une pénurie profonde de main-d’œuvre et à des défis de vitalité régionale. Cela montre qu’avec de bonnes approches, l’immigration peut être une solution structurante pour l’avenir du pays.
En conclusion, le projet de loi S-215 envoie un message clair : le Canada n’accueille pas seulement des personnes, mais il reconnaît leurs contributions à la construction du pays. J’en recommande donc l’adoption et je reste disponible pour discuter des façons dont la société civile et des organismes comme INICI pourraient contribuer concrètement à faire vivre ce mois de novembre, ce Mois national de l’immigration, partout au Canada. Je vous remercie.
[Traduction]
La présidente : Madame Mvondo, la parole est à vous.
[Français]
Henriette Mvondo, présidente fondatrice, Bienvenue à l’immigrant : Honorables sénateurs et sénatrices, je suis très honorée de comparaître devant vous aujourd’hui afin d’exprimer mon appui au projet de loi S-215. Je transmets ma gratitude infinie à l’honorable Amina Gerba, marraine du projet de loi.
Ce projet de loi, qui vise à mettre en lumière, célébrer et reconnaître les immigrants comme des acteurs clés du développement du pays, rejoint pleinement la mission et les actions que nous menons au sein de Bienvenue à l’immigrant, ou BAI, dont je suis présidente fondatrice.
Depuis neuf ans, notre vision est claire : valoriser la contribution des immigrants de toute origine, dans le respect de leur unicité, tout en leur offrant les outils nécessaires pour une intégration réussie, digne et durable. Sur le terrain, cette vision se traduit par des actions concrètes.
À ce jour, BAI a accompagné plus de 4 500 familles dans leur parcours d’intégration, des familles provenant de diverses régions du monde, notamment l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Nos interventions incluent notamment plus de 27 000 paniers alimentaires distribués en deux ans, 1 438 trousses scolaires distribuées et 1 279 ménages accompagnés dans leur installation de base grâce à la fourniture d’équipements essentiels.
À travers notre engagement, nous constatons que lorsque les immigrants sont soutenus adéquatement, ils deviennent rapidement des acteurs essentiels du développement économique, social et culturel du Canada.
Il est important de souligner que la jeunesse issue de l’immigration fait face à un blocage identitaire, souvent lié à un manque de représentation dans les sphères décisionnelles. Ce manque de modèles visibles entraîne un sentiment de non-appartenance, une difficulté à se projeter et un phénomène d’imposteur qui freine leur plein potentiel.
Le projet de loi S-215 représente une occasion concrète de corriger cette réalité. Il contribuera à multiplier des modèles de réussite issus de la diversité, basés sur le mérite, à tous les niveaux de la société.
Une jeunesse qui ne se voit pas dans les lieux décisionnels est une jeunesse qui manque d’assurance et de sentiment d’appartenance pour contribuer à construire une société forte. Cependant, malgré ces efforts, les défis d’intégration demeurent bien réels.
L’immigration constitue un levier stratégique majeur pour le développement économique du Canada. Pourtant, malgré un niveau de scolarité souvent élevé, l’intégration au marché du travail est toujours un défi important, particulièrement au Québec. Le principal obstacle demeure l’accès à un emploi correspondant aux compétences.
Au Québec, près de 40 % des travailleurs immigrants sont surqualifiés, contre environ 25 % des personnes nées au Canada. La référence de cette information est Statistique Canada. Cette proportion atteint près de 48 % chez les immigrants récents.
Le taux de chômage est également plus élevé — 6,6 % contre 3,7 % —, ce qui traduit une sous-utilisation des talents. À cela s’ajoute un enjeu majeur, soit le logement, qui fragilise l’intégration dès l’arrivée. Voici les recommandations que nous avons à faire : accélérer la reconnaissance des diplômes, déployer des programmes de première expérience canadienne, renforcer la formation linguistique en emploi, soutenir le logement transitoire par l’intermédiaire des organismes et assurer un financement accru, stable et pluriannuel des organismes communautaires, en les reconnaissant comme des piliers incontournables.
Le Mois national de l’immigration serait une première, en confirmant la fierté de la particularité du peuple canadien, tout en s’assurant de toujours respecter les peuples autochtones, les Premières Nations.
Chaque année, ce serait une occasion de mettre l’accent sur le dialogue de valorisation des cultures plurielles qui constituent notre société. Nous recommandons d’organiser des activités nationales auxquelles participeraient tous les niveaux décisionnels avec les différentes composantes communautaires en respectant leurs spécificités.
Je recommanderais aussi de créer un prix lié à ce mois qui mettrait en lumière des immigrants inspirants bâtisseurs avec leur origine, mais qui ont choisi le Canada comme une terre à laquelle ils veulent contribuer au maximum de leur potentiel. Je vous remercie de m’avoir écoutée et je suis disponible pour répondre à vos questions.
[Traduction]
La présidente : Merci, madame Mvondo. Nous passons maintenant aux questions des membres du comité.
La sénatrice Burey : Bonjour à tous les témoins. Je vous souhaite la bienvenue. Je suis aussi une immigrante. J’en suis à ma 50e année, donc, bien sûr, quand je suis arrivée, j’étais un tout petit bébé, évidemment. Merci de nous avoir raconté votre vécu.
Je voulais commencer par vous, madame Nguyen, mais ma question s’adresse à tout le monde. Vous avez dit quelque chose de très intéressant et de très important, soit que l’inclusion n’est pas le fruit du hasard et qu’il faut la favoriser. J’aimerais que vous et d’autres témoins nous en disiez plus sur les politiques et sur vos histoires et que vous nous expliquiez comment nous pouvons sensibiliser les Canadiens à l’importance de l’immigration et des immigrants au Canada.
Mme Nguyen : Oui, bien sûr. Merci pour la question. Comme je l’ai mentionné, depuis que je suis Canada — j’ai 51 ans cette année... Je suis arrivée à l’âge de cinq ans, j’y ai grandi, puis j’ai travaillé à la Banque Nationale du Canada pendant 22 ans et je peux vous dire que l’inclusion n’arrive pas par hasard. Il faut mettre en place une structure dans toutes les sphères de la société.
À mon arrivée à la Banque Nationale, il y a 27 ans, j’étais la première personne membre d’une minorité au sein du département de marketing. Comme j’étais la première membre d’une minorité dans un service qui comptait environ 60 employés, la banque ne comprenait pas encore les notions d’inclusion, de diversité ou même d’immigration.
Cependant, une fois que l’on travaille pour une entreprise, on peut collaborer avec différents services, du marketing aux ressources humaines en passant par la direction, afin de mettre en place une structure qui permette de sensibiliser les gens, mais aussi d’apprendre à tout le monde à travailler ensemble.
Quand je dis qu’il faut que ce soit favorisé, je veux dire qu’il doit y avoir une structure dans toutes les sphères de la société. Le projet de loi S-215 instaure cette structure à l’échelle nationale et la désignation d’un mois, soit novembre, aiderait vraiment les organisations. On estime qu’entre 500 et 700 organisations au Canada travaillent dans le domaine de l’immigration. Ce sont des organisations, mais il faut aussi penser à toutes les entreprises au Canada qui emploient des personnes qui ont immigré. Elles peuvent contribuer à ce mois.
C’est énorme. Comme nous l’avons tous mentionné, le Canada est un pays qui a été bâti par des immigrants.
La sénatrice Hay : Je vous remercie tous de votre présence. J’aime beaucoup la remarque selon laquelle le Canada est un pays d’immigrants qui ont contribué à la prospérité, aux collectivités, à l’innovation et aux valeurs canadiennes. J’ai vraiment aimé ces propos. Merci à tous pour votre travail.
J’aimerais parler un peu des jeunes et de la santé mentale, étant donné qu’au Canada, on observe une situation vraiment préoccupante, qui a atteint un niveau de crise. Les données montrent en effet que la proportion de jeunes dont la santé mentale est mauvaise a doublé au cours des deux ou trois dernières années. J’ai déjà travaillé pour un organisme national en santé mentale pour les jeunes et nous constations que les nouveaux arrivants et les immigrants étaient plus susceptibles de signaler des symptômes d’anxiété et de dépression, qu’ils se heurtaient à des obstacles en matière d’accès et qu’ils se sentaient plus isolés. La stigmatisation était forte, les barrières linguistiques étaient importantes et il était difficile de s’y retrouver dans le système. Lorsque cet organisme a mis en place un service multilingue, le volume d’activités s’est considérablement accru.
Selon vous, comment le projet de loi peut-il jouer un rôle important pour aider et soutenir les jeunes, afin qu’ils développent ce sentiment d’appartenance et de bien-être en ce qui concerne leur santé mentale? Je pense que je vais laisser la parole à tout le monde. Vous travaillez tous auprès de familles et de jeunes.
M. Phan : Merci pour vos observations intéressantes. Je suis moi-même immigrant et j’ai de jeunes enfants. L’un est né au Japon et l’autre au Canada, et nous aimons tous le Canada.
Vous avez soulevé des enjeux très importants auxquels sont confrontés de nombreux immigrants lorsqu’ils arrivent au Canada, notamment ceux liés à la santé mentale et à la façon dont ils peuvent s’épanouir ici. Prenons l’exemple d’un arbre. Lorsque nous transplantons un plant, nous devons en prendre soin. Il a besoin d’eau, de terre et d’un environnement favorable. Le Canada aide les immigrants en leur offrant ces conditions.
Nous pouvons affirmer que le Canada est très accueillant envers les immigrants, mais le projet de loi proposé créerait un mois qui nous aiderait à prendre le temps de réfléchir à ce que nous avons accompli. Nous réussissons bien, mais parfois, nous ne nous en rendons pas compte. Ce mois permettra aux gens de le constater et d’enseigner à la prochaine génération ce que nous faisons et ce que nous avons fait pour les immigrants. Le Canada fait bonne figure à cet égard.
Nous devrions également prendre le temps de discuter. Ce mois nous offre une bonne occasion de discuter de ce que nous pouvons faire pour offrir un meilleur environnement aux immigrants. D’ailleurs, l’aide aux immigrants qui ont des problèmes de santé mentale est l’un des sujets dont nous devrions parler. C’est pourquoi le projet de loi est si important. Merci.
Mme Nguyen : Tout d’abord, de nombreuses organisations qui viennent en aide aux immigrants proposent effectivement des programmes de soutien en santé mentale.
Lorsque je travaillais à la Banque Nationale du Canada, j’ai dirigé, pendant la pandémie de COVID-19, un fonds de 25 millions de dollars destiné à appuyer les initiatives d’organisations œuvrant dans le domaine de la santé mentale et plus particulièrement auprès des jeunes.
Il y a une idée que je proposerais. Grâce au projet de loi, s’il venait à être adopté, Patrimoine canadien, qui dispose de fonds pour diverses initiatives culturelles, pourrait mettre en place une initiative destinée aux organismes qui soutiennent l’aspect culturel de l’immigration et de l’intégration permettant ainsi le lancement d’un projet visant à soutenir la santé mentale des jeunes.
La sénatrice McPhedran : Je remercie nos témoins en ligne et en personne. Je vous suis reconnaissante de vos témoignages.
Je tiens d’abord à saluer l’une de mes collègues de l’Université de Winnipeg, au Manitoba. En fait, elle a présenté une exposition ici, au Sénat, intitulée Coeurs en liberté. Il s’agit de Mme Stephanie Phetsamay Stobbe, qui est arrivée ici toute petite, après avoir fui le Laos en temps de guerre. Si vous ne connaissez pas cette exposition, je vous recommande vivement de la voir, car elle renforce tout à fait les points que vous avez tous soulevés ce matin.
Ma question porte davantage sur l’avenir. Je comprends que l’on reconnaisse que tout le monde est un immigrant, à l’exception des membres des Premières Nations. Mais aujourd’hui, plus de la moitié des Canadiennes âgées de 20 à 49 ans n’ont pas eu d’enfants au Canada. Plus de la moitié. Si on compare cette proportion aux 44,6 % des immigrantes ayant obtenu la résidence permanente, cela reflète la contribution croissante des mères nées à l’étranger aux naissances canadiennes.
Le Canada a maintenant le taux de natalité le moins élevé de son histoire. Notre pays est au dernier rang des classements internationaux. J’aimerais que vous nous parliez de ce que l’avenir réserve à vos communautés en ce qui concerne l’édification et le renforcement de la démocratie canadienne. Est‑ce que M. Phan peut répondre en premier?
M. Phan : Je vous remercie de votre question, ainsi que de votre préoccupation.
Lorsque vous parlez de la communauté, vous pensez peut-être aux nouveaux arrivants et aux nouveaux Canadiens comparativement aux Canadiens qui ont un taux de natalité plus faible. Lorsque nous avons un Canada harmonisé, et lorsque des nouveaux arrivants... Je ne suis pas une femme, pardonnez-moi, mais je crois que le taux de natalité est maintenant un problème non seulement au Canada, mais aussi dans d’autres pays, y compris mon pays d’origine. Les femmes ont plus de droits et elles ne restent donc pas à la maison à faire le ménage. Elles profitent de leurs droits en société et elles sont plus occupées. Le taux de natalité est donc en baisse, et pas seulement au Canada.
Au Canada, nous devrions travailler avec d’autres pays pour réfléchir à cet enjeu et trouver des solutions. Je ne pense pas que ce soit un problème entre les nouveaux immigrants et les Canadiens nés au Canada, mais c’est un enjeu de société courant. Je ne pense pas être un expert en la matière, et je suis désolé, mais je crois que cela représente aussi un danger pour notre avenir. Si le taux de natalité est faible, alors le Canada... Oui.
La sénatrice McPhedran : Les témoins sont priés de répondre, s’ils le souhaitent.
Mme Nguyen : Je suis d’accord avec M. Phan lorsqu’il dit que la baisse du taux de natalité est un phénomène mondial. Je pense que la Corée a le taux le plus bas. J’ai visité la Corée du Sud récemment et j’ai appris que le gouvernement avait mis en place des mesures pour encourager les familles à avoir plus d’enfants. Je pense que l’immigration permettrait de soutenir l’accroissement de la population au Canada. C’est une possibilité.
En ce qui concerne les jeunes qui sont moins enclins à avoir des enfants, si cela peut apporter une note positive, j’ai une fille de 18 ans, et elle et tous ses amis de 18 ans souhaitent se marier et avoir des enfants.
La présidente : Je vous remercie. Je vais maintenant céder la parole à la sénatrice Gerba, la marraine du projet de loi.
[Français]
La sénatrice Gerba : Merci. Je tiens vraiment à remercier tous nos témoins aujourd’hui pour le précieux temps qu’ils nous accordent. Vous êtes bien occupés, donc nous apprécions beaucoup votre participation.
Nous sommes des parlementaires et le projet de loi, s’il est adopté, aura un impact pour tout le monde. On cherche à comprendre comment ce projet de loi pourrait être mieux perçu, parce qu’il y a des gens, vous l’avez tous dit, qui le percevront comme un acte d’encouragement de l’immigration. Comme l’a dit Mme Nguyen, c’est une question qui est aujourd’hui au cœur des débats politiques. Vous l’avez dit, madame Mvondo : chaque fois qu’il y a une campagne électorale, cette question revient et cela inquiète.
Comment voyez-vous ce projet de loi? Comment le gouvernement pourrait-il amener les gens à comprendre l’importance de ce projet de loi? Quelles seraient les actions concrètes qui pourraient rassurer et encourager les gens à accepter ce projet de loi?
Mme Konan : Lorsqu’on avait institué le Mois de l’histoire des Noirs, c’était le même enjeu. Toute nouveauté amène des questionnements comme ceux-là. Ce qui arrive du côté des immigrants, c’est qu’on a déjà en soi la célébration de fêtes de personnes d’origine X ou Y. Le fait d’instituer un mois pour toutes ces communautés viendrait fédérer cette multiplicité de célébrations, parce que c’est le même but. Le volet de la sensibilisation est très important.
Je vais partager avec vous une histoire personnelle. Nous avons immigré avec mon père dans les années 1980. Il était étudiant en Europe. En France, l’immigration a été chaotique. On sait pourquoi. Mon père, étant étudiant, a décidé sur un coup de tête de quitter la France, parce qu’il n’était pas traité correctement. Mon histoire d’immigration est la continuité de l’histoire de mon père que je vais réécrire. Je me suis dit que mon père n’avait peut-être pas réussi quelque part, mais, avec mes enfants, je vais réussir. Pour moi, le Québec, et le Canada de manière générale, est une terre de promesses, une terre de possibles. J’ai dit à mes enfants que, s’ils se faisaient harceler parce qu’ils sont Noirs, il y a une loi qui les protège. L’idée est de donner du mordant à nos lois. Au delà de ça, il faut sensibiliser les gens et, en faisant cela, on répond avec des exemples positifs. Des exemples négatifs, on en entend souvent parler. On sait qu’il y a aussi des exemples positifs.
Je donne souvent un exemple. Nous, chez INICI, étant donné qu’on ne peut pas faire de politique, on répond à une critique par le programme L’immigration, ça nous construit! On entend dire que c’est en raison des immigrants qu’il n’y a pas de logements. On a créé un programme pour que les immigrants qui ont travaillé en construction dans leur pays puissent aider à bâtir des maisons.
[Traduction]
Mme Nguyen : Il faut mobiliser les médias canadiens, car nous avons entendu beaucoup de commentaires négatifs. Radio-Canada, par exemple, peut apporter un soutien concret en diffusant des messages positifs qui mettent en valeur l’histoire et les récits des immigrants qui façonnent le Canada.
La sénatrice Senior : J’aimerais approfondir cette question. Selon des statistiques de 2025, 56 % des Canadiens sont d’avis qu’il y a trop d’immigration et 60 % croient qu’un nombre trop élevé d’immigrants n’adoptent pas les valeurs canadiennes. Je constate que ces statistiques influencent les politiques publiques et les lois au Canada, et cela m’inquiète énormément. J’aimerais savoir ce que vous en pensez. Je suis favorable à ce projet de loi, mais je pense qu’il y a là une occasion d’aller au-delà de la célébration et de la reconnaissance et de prendre des mesures concrètes pour régler cet enjeu.
[Français]
Mme Mvondo : Merci infiniment pour cette possibilité que vous me donnez de rebondir sur ce point.
Effectivement, il y a eu beaucoup de choses autour de l’immigration. Je crois que le projet de loi S-215 est une occasion pour le gouvernement d’envoyer un signal fort pour dire que l’immigration n’est pas le problème. Nous ne sommes pas ici pour décider du pourcentage de personnes qui devraient immigrer, mais pour dire qu’il y a des immigrants qui construisent ce Canada. Il y a des immigrants qui ont décidé de donner leur plein potentiel ici, mais on n’en parle pas. L’immigration ne devrait pas être stigmatisée ni vue comme un problème.
Comme je l’ai dit, ce mois enverrait un signal très fort, une ouverture, un dialogue, des célébrations qui pourraient mettre en lumière des profils et permettraient d’atténuer les préjugés, qui sont ce que la plupart des gens préfèrent conserver. Ce serait aussi une occasion de se projeter.
Quand on parle des jeunes — on parlait plus tôt de santé mentale —, il y a une recherche identitaire très présente chez les jeunes immigrants, parce qu’ils ne se projettent pas et qu’ils sont stigmatisés. Ce mois répondrait totalement à cette ouverture de dialogue, à cette mise en lumière de la construction effective, pertinente et positive que font les différents immigrants qui bâtissent le Canada jour et nuit.
[Traduction]
M. Phan : Oui, je suis d’accord avec vous sur ce point. L’immigration et les immigrants ne sont pas des problèmes pour le Canada, car ils apportent plutôt une contribution. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Les immigrants peuvent être nos clients et les conjoints de citoyens canadiens, et ce sont des employés et des travailleurs qualifiés qui viennent ici pour aider les employeurs canadiens qui ont désespérément besoin de trouver des employés ou qui risquent de fermer leur entreprise si des travailleurs qualifiés ne viennent pas s’installer ici.
Les immigrants sont aussi des entrepreneurs qui apportent des capitaux au Canada. Ils créent des emplois et apportent de l’argent et des talents au Canada. Les immigrants, les résidents permanents ou les citoyens canadiens naturalisés doivent passer par de nombreuses étapes dans le cadre de l’immigration et de la protection des réfugiés. Il faut vérifier leur état de santé, leurs antécédents criminels et leurs antécédents en matière de sécurité pour s’assurer qu’ils apportent des contributions positives au Canada.
Je conviens qu’il y a des avantages et des inconvénients liés à l’immigration, et c’est la raison pour laquelle ce projet de loi est important. Il crée plus d’occasions de faire entendre les aspects positifs et de déterminer quels aspects négatifs devraient faire l’objet d’un examen pour vérifier leur bien-fondé et déterminer la marche à suivre.
[Français]
Le sénateur Boudreau : Nous sommes au mois de mars et c’est le Mois de la Francophonie. Je suis un Acadien francophone et c’est une belle occasion pour moi. Pendant ce dernier mois, j’ai eu la chance de célébrer ma langue et ma culture à plusieurs reprises. C’est important en tant que francophone et je crois que c’est aussi important d’avoir un mois de l’immigration pour donner à nos immigrants la chance de célébrer. C’est très important pour notre pays.
Malheureusement, le gouvernement fédéral a souvent tendance à adopter une approche nationale par opposition à une approche régionale. Comme je viens d’une petite province, le Nouveau-Brunswick, je peux vous dire que l’immigration est encore très importante ici. Il faut attirer encore plus d’immigrants chez nous.
Cependant, même si l’on veut célébrer — et je pense que c’est important —, je verrais aussi ce mois de l’immigration comme une occasion de démystifier beaucoup de faussetés qui circulent. On entend souvent dire chez nous que les immigrants prennent nos emplois et nos places à l’hôpital. On entend toutes sortes de niaiseries, honnêtement, mais il faut démystifier et contredire celles-ci.
Est-ce que vous êtes d’accord pour dire qu’un mois de l’immigration serait un bon moment pour créer une campagne et essayer de démystifier certaines de ces faussetés qui continuent de circuler?
Mme Konan : Je suis absolument, d’accord, oui; il faut sensibiliser et apporter de l’information positive.
On parlait de la jeunesse, car c’est la jeunesse qui portera ce projet de loi quand on ne sera plus là. Il faut, dès l’école, corriger cette information. Comment peut-on ne pas trouver dans nos documents éducatifs des histoires positives de bâtisseurs noirs au Québec ou au Canada? Pourquoi tous les exemples de nos enfants issus de l’immigration ne correspondent-ils pas à ce qu’ils sont et à ce qu’ils vivent? Cette charge mentale bâtit un complexe d’infériorité qui se transpose à la maison. C’est déjà complexe, l’intégration, et on voit bien dans les foyers d’immigrants que cela vient encore augmenter la charge mentale.
Il faut commencer par la base, par l’éducation, et j’appuie justement les campagnes de sensibilisation, mais surtout, il faut renforcer la mémoire institutionnelle du Canada en rappelant que l’ouverture et l’accueil font partie des choix fondamentaux de notre pays. Je crois qu’on oublie cela très, très souvent quand vient le temps des crises, car on cherche le bouc émissaire, alors qu’il faut que même nous soyons exemplaires au sein de nos institutions.
Mme Mvondo : Je suis totalement d’accord avec vous, et c’est pourquoi il faut envoyer ce signal fort. Il faut que la loi vienne confirmer que nous sommes tous alignés en tant que Canadiens et cela donnera une certaine crédibilité. Les organismes communautaires comme le nôtre font plein d’activités avec les jeunes; ils vont chercher des héros et nous raconter des histoires inspirantes avec des messages de succès.
Ce message aurait une portée totalement différente si, à l’occasion du mois de l’immigration, tous les niveaux décisionnels à l’échelle nationale s’impliquaient dans l’éducation, dans la positivité, dans cette approche visant à construire ensemble et à se rappeler toutes les contributions qui existent déjà, mais qu’on préfère souvent ne pas mentionner.
Cela donne une crédibilité, un sentiment d’appartenance, une motivation à donner davantage, parce qu’on se sent vraiment comme des parties prenantes en tant que citoyens, et non comme des citoyens à part, pour construire ce Canada que nous chérissons tous.
La sénatrice Petitclerc : Merci à vous d’être avec nous aujourd’hui. Je vais continuer sur le même sujet.
J’aurais deux questions. En ce qui concerne les préoccupations que ma collègue la sénatrice Senior partageait quant aux statistiques, j’essaie de comprendre ce que pensent les Canadiens et ce qu’on voit même au sein de nos gouvernements. Ce mois pourrait être un mois de célébrations, on le sait, mais peut-être aussi de revendications. Je l’espère.
Vous parliez justement du partage des histoires, madame. Comment faire en sorte que ce partage se fasse le plus largement possible? Comprenez-vous où je veux en venir?
En fait, célébrer entre nous, c’est une chose, mais comment faire en sorte que la célébration et l’information soient partagées le plus largement possible?
Est-ce que cela demeure un défi? Si c’est le cas, quelles sont les solutions?
Mme Nguyen : Comme je l’ai mentionné, il y a plus de 500-700 organismes qui œuvrent dans le secteur de l’immigration. Ajoutez à cela toutes les entreprises qui ont des employés issus de l’immigration, et les initiatives qui seront mises en place quand un projet de loi comme le projet de loi S-215 sera adopté et que le mois de novembre sera reconnu comme le mois de l’immigration seront exponentielles. Je crois que cela permettra de sensibiliser, mais également de mettre à contribution tous les Canadiens.
L’immigration, il ne faut pas la voir juste comme elle est aujourd’hui ou au cours des 10 à 20 dernières années. L’immigration, c’est nous tous et même nos ancêtres qui ont immigré ici et qui ont bâti ce Canada. C’est ramener ces histoires qui vont inspirer, mettre en lumière et ouvrir les yeux des Canadiens qui sont peut-être contre l’immigration, mais qui vont réaliser qu’en fait, il y a 100 ans, on avait des immigrants ici et ils ont bâti le Canada d’aujourd’hui.
Il faut donc aller plus loin que l’immigration en la définissant telle qu’elle est aujourd’hui; il faut parler de nos ancêtres, car ces histoires sont importantes aussi.
Mme Mvondo : C’est une initiative qui vient avec une approche positive, de dialogue et de rapprochement de nos spécificités. C’est inclusif, c’est valorisant et ça peut juste fédérer les forces. Cela développe un sentiment de construire ensemble. L’idée, c’est vraiment de célébrer ensemble, se parler, mieux se connaître et mieux prendre conscience de notre histoire. Nous nous devons de respecter les Premières Nations; nous sommes dans un mouvement de réconciliation, mais c’est ce qu’il faut faire. Nous sommes vraiment dans une ouverture, une célébration et un désir de reconstruire ensemble.
Mme Konan : En complément, je vais rebondir sur le sujet de la langue française.
Il y a une stratégie pour la langue française, alors pourquoi n’aurait-on pas une stratégie de l’intégration des personnes immigrantes? On veut marquer les choses de façon structurelle, parce qu’on parle justement de structure, au-delà de la célébration. Il faut donc des mesures structurantes, avec des objectifs clairs, ainsi que des jalons, des mesures. Donc, il faut une stratégie triennale ou quinquennale avec différents objectifs et des mesures. Ensuite, on fait le bilan, et enfin, on corrige les situations au fur et à mesure et on renouvelle certaines interventions pour les rendre plus structurantes. C’est ce que je recommanderais : une stratégie nationale.
[Traduction]
La présidente : Nous allons donner le dernier mot à la sénatrice Gerba.
[Français]
La sénatrice Gerba : Merci pour vos témoignages; nous les avons vraiment appréciés. Nous avons retenu que les histoires migratoires sont importantes à raconter, que la sensibilisation est importante, mais aussi que le gouvernement doit jouer un rôle important à cet égard.
Quel message principal souhaiteriez-vous que les Canadiens retiennent si un Mois national de l’immigration était institué?
Mme Mvondo : Ce que j’aimerais que les Canadiens retiennent, c’est l’ouverture que l’immigration apporte lorsqu’on choisit de venir ici. Cette volonté de bâtir ensemble et de célébrer en respectant notre histoire, les Premières Nations, les communautés autochtones, bien évidemment... Nous sommes là pour construire et nous voulons avoir cette accréditation pour construire en tant que Canadiens unis.
Mme Nguyen : J’aimerais ajouter à ce que Mme Mvondo vient de dire que le message est que nous sommes tous Canadiens, peu importe d’où nous venons. J’invite tous Canadiens à aller chercher leurs racines et, de là, ils trouveront une histoire d’immigration qui les interpellera personnellement. Cela créera, selon moi, une forme de tolérance envers l’immigration d’aujourd’hui et cela permettra de bâtir l’avenir.
Mme Konan : L’immigration nous construit et construit l’avenir du Canada; c’est aussi simple que cela.
[Traduction]
M. Phan : Pour moi, la célébration ne se limite pas au champagne et aux pâtisseries. Dans le contexte actuel, si le projet de loi est adopté, c’est une occasion pour nous d’entendre les besoins en matière de soutien, les craintes et les préoccupations et de trouver des solutions aux problèmes. Je ne veux pas que le dialogue constructif de la réunion d’aujourd’hui se limite à cette salle. Il doit englober tous les Canadiens de notre société, et nous aurons ces discussions chaque mois de novembre. Je vous remercie.
La sénatrice Gerba : Merci beaucoup.
La présidente : Honorables sénateurs, cela nous amène à la fin de cette partie de notre réunion.
Je remercie nos témoins de leurs contributions et, bien honnêtement, je les remercie d’avoir comparu à si court préavis. Nous vous en sommes reconnaissants. Nous allons suspendre brièvement la séance et la reprendre à huis clos pour discuter des travaux futurs du comité.
Je demanderais maintenant aux membres du public de bien vouloir quitter la salle. Merci beaucoup.
(La séance se poursuit à huis clos.)