LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES SOCIALES, DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, le mercredi 27 mai 2026
Le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd’hui, à 16 h 16 (HE), avec vidéoconférence, pour étudier le projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.
La sénatrice Rosemary Moodie (présidente) occupe le fauteuil.
[Traduction]
La présidente : Je déclare ouverte la séance du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Bonjour, chers collègues. Je suis Rosemary Moodie, sénatrice de l’Ontario et présidente du comité.
Avant de commencer, je voudrais demander à tous les sénateurs de consulter les fiches posées sur la table devant eux pour prendre connaissance des consignes visant à prévenir les incidents de rétroaction acoustique. Veuillez vous assurer de tenir votre oreillette en retrait des microphones. Abstenez-vous de toucher aux microphones. Ces derniers seront activés et désactivés par l’opérateur de la console.
Enfin, veuillez éviter de manipuler votre oreillette lorsque votre microphone est allumé. Les oreillettes doivent être gardées à l’oreille ou être déposées sur l’autocollant prévu à cette fin correspondant à votre place. Merci de votre coopération.
Je voudrais maintenant faire un tour de table et demander à mes collègues de se présenter. J’invite la sénatrice Burey, à ma gauche, à commencer.
La sénatrice Burey : Bienvenue à toutes et à tous. Je suis Sharon Burey, de l’Ontario.
La sénatrice Senior : Bienvenue à tout le monde. Je suis Paulette Senior, de l’Ontario.
[Français]
La sénatrice Arnold : Bon après-midi. Dawn Arnold, du Nouveau-Brunswick.
La sénatrice Petitclerc : Merci d’être là. Chantal Petitclerc, du Québec.
[Traduction]
La sénatrice Greenwood : Margo Greenwood, de la belle province de la Colombie-Britannique. Bienvenue.
La sénatrice Osler : Bienvenue. Je suis Flordeliz (Gigi) Osler, du Manitoba.
Le sénateur Cuzner : Rodger Cuzner, de la Nouvelle-Écosse.
La sénatrice Muggli : Tracy Muggli, du territoire visé par le Traité no 6, en Saskatchewan.
La présidente : Merci, chers collègues.
Aujourd’hui, le comité poursuit son examen du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.
Maintenant, je vous présente notre premier groupe de témoins. Nous recevons, par vidéoconférence, M. Russell Grosse, chef de la direction du Black Cultural Centre for Nova Scotia. Nous accueillons également Mme Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne. Se joint aussi à nous Mme Seynabou Amy Ka, directrice générale de la Fédération africaine et associations du Canada. Merci à toutes et à tous de se joindre à nous aujourd’hui.
D’abord, chaque témoin disposera de cinq minutes pour faire sa déclaration préliminaire. Ensuite, nous passerons aux questions des membres du comité. Madame Boutiyeb, la parole est à vous.
[Français]
Soukaina Boutiyeb, directrice générale, Alliance des femmes de la francophonie canadienne : Merci beaucoup, madame la présidente et honorables sénatrices et sénateurs. Au nom de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, l’AFFC, je vous remercie de votre invitation. Je m’appelle Soukaina Boutiyeb et je suis directrice générale de l’AFFC.
L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne est une organisation nationale féministe à but non lucratif. Nous sommes vouées à la sensibilisation et à la promotion du rôle et de la contribution de plus de 1,5 million de femmes francophones et acadiennes vivant en contexte minoritaire. Nous comptons sur un réseau de 17 organisations membres de partout au pays.
Avant de commencer, j’aimerais souligner l’immense travail accompli par la sénatrice Gerba dans le cadre de ce projet de loi et la remercier de son leadership. L’AFFC a fièrement pris part aux consultations qui ont mené à la rédaction du projet de loi S-215, ce qui nous a permis de mettre en lumière l’importance du rôle des femmes immigrantes francophones dans nos communautés.
Il y a un peu plus d’un an, l’AFFC a lancé la toute première Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire. Cette stratégie fait suite à la demande d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Elle vise à tenir compte des besoins des femmes immigrantes francophones et à adapter les services pour assurer une meilleure intégration.
Ainsi, le projet de loi S-215 représente une avancée majeure et constitue une occasion importante de reconnaître la contribution des personnes immigrantes dans la société canadienne.
Toutefois, cette reconnaissance doit être inclusive et refléter la diversité des parcours et de nos communautés. Le parcours d’immigration n’est pas une réalité unique. Elle est traversée par des expériences diverses, marquées par l’intersection du genre, de la langue, de l’origine, des conditions socioéconomiques et de bien d’autres facteurs propres à chaque personne.
Dans les communautés francophones et acadiennes en situation minoritaire, les femmes immigrantes francophones jouent un rôle essentiel. Elles contribuent chaque jour à la vitalité de nos communautés, à leur dynamisme économique, à leur richesse culturelle et à leur cohésion sociale.
Pourtant, leur contribution n’est pas suffisamment reconnue. Le projet de loi S-215 offre une occasion concrète et idéale de changer cela, de reconnaître leur place, de célébrer leur apport et de leur donner la visibilité qu’elles méritent.
Reconnaître l’immigration, c’est aussi reconnaître celles qui la vivent au quotidien et qui façonnent nos communautés. Cela implique de rendre visibles leurs parcours, leurs réussites et leur engagement dans toutes les sphères de la société. Les femmes immigrantes francophones contribuent non seulement à l’économie, mais également à la transmission de la langue française, au développement des réseaux communautaires et au renforcement du tissu social.
En mettant en valeur leur apport, nous favorisons une compréhension plus juste et inclusive de l’immigration, tout en envoyant un message clair quant à l’importance de bâtir des politiques et des initiatives qui reflètent réellement la diversité et la richesse de nos communautés.
C’est pourquoi les recommandations que nous soumettons au comité proposent de tenir compte spécifiquement des besoins des femmes immigrantes francophones, tout en faisant rayonner leurs contributions et en assurant un investissement structurant, afin de se donner les moyens nécessaires à la mise en œuvre de la stratégie.
La première recommandation vise à modifier le préambule du projet de loi afin d’y intégrer explicitement les éléments suivants : « attendu que l’immigration revêt une importance particulière pour les communautés francophones et acadiennes vivant en situation minoritaire » et « attendu que les femmes immigrantes francophones ont des besoins particuliers en matière d’immigration qui doivent être reconnus et que leurs contributions à la société canadienne doivent être soulignées ».
La deuxième recommandation est la suivante : que le gouvernement investisse de manière structurante dans la mise en œuvre de la Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire.
Je vous remercie sincèrement de votre attention et je serai heureuse de répondre à vos questions.
[Traduction]
La présidente : Merci, madame Boutiyeb.
Madame Amy Ka, la parole est à vous.
[Français]
Seynabou Amy Ka, directrice générale, Fédération africaine et associations du Canada : Madame la présidente et honorables sénateurs, c’est avec une profonde conviction et un sens aigu de la responsabilité historique qui est la mienne que je prends la parole aujourd’hui à titre de directrice générale de la Fédération africaine et associations du Canada en faveur du projet de loi S-215, visant à instituer un Mois national de l’immigration au Canada.
La Fédération africaine et associations du Canada représente les diasporas issues de 35 des 54 pays du continent africain et s’impose aujourd’hui comme une interlocutrice incontournable dans les débats et les initiatives portant sur les enjeux sociaux, économiques et politiques au Canada. Bâtisseuse de ponts entre l’Afrique, le Québec et le Canada, la fédération veut faire partie de la solution. J’entame mes propos avec une citation de l’écrivain et historien africain Amadou Hampâté Bâ, qui a dit ce qui suit :
De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde.
Ces mots résonnent avec une acuité particulière dans cette enceinte. En effet, le Canada n’est pas un tapis d’une seule teinte. Il est une œuvre tissée de millions de destins venus des quatre coins du monde, et c’est précisément ce qui en fait la grandeur.
Honorables sénateurs, avant de plaider ma cause, j’ai des données éloquentes. Cinquante-neuf pour cent des admissions au Canada en 2025 relèvent de l’immigration économique; aussi, 34 % des Canadiens pourraient être issus de l’immigration d’ici 2041, selon Statistique Canada, et 99,3 % de la croissance démographique est attribuable à la migration internationale.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils représentent des femmes et des hommes qui ont fait le choix courageux de bâtir leur vie ici, contribuant chaque jour à l’édifice collectif canadien. D’ici 2030, l’immigration représentera la totalité de la croissance démographique du Canada, selon les propres projections de Statistique Canada.
Ce n’est pas une option politique; c’est une réalité démographique incontournable et une contribution irremplaçable. Qui sont ces personnes immigrantes, africaines en particulier, dont nous parlons? Elles sont partout où le Canada a besoin d’elles.
Dans les hôpitaux, elles prodiguent des soins. Dans les maisons de retraite, elles accompagnent nos aînés avec dignité. Dans les écoles et universités, elles transmettent des savoirs et bâtissent la génération de demain. Dans les usines, les fermes et les champs, elles constituent une main-d’œuvre essentielle au maintien de la chaîne alimentaire. Elles sont au cœur de la créativité scientifique, technologique et académique qui positionne le Canada sur la scène mondiale.
Dans une société vieillissante, elles soutiennent la croissance démographique, comblent les pénuries et élargissent l’assiette fiscale. Du moringa au fruit de baobab en passant par les fleurs d’hibiscus aux superaliments, elles enrichissent la table canadienne d’une offre précieuse pour la santé.
Permettez-moi de m’arrêter un instant sur une composante particulière de notre mosaïque nationale, la diaspora africaine, dont la contribution au Canada mérite d’être nommée avec clarté. Il ne s’agit pas seulement d’une présence, mais d’une force.
Des femmes et des hommes issus du continent africain, dans la richesse et la pluralité de ses 54 nations, ses 2 000 langues et ses civilisations millénaires, sont au Canada plus que des résidents et plus que des travailleurs.
Ce sont des bâtisseurs de ponts entre l’Afrique et le Canada, entre l’histoire et l’avenir, entre des mondes qui, sans eux, ne se parleraient pas. Dans les ministères fédéraux et provinciaux, dans les amphithéâtres universitaires, dans les blocs opératoires, dans les conseils d’administration et dans les salles de délibérations, les membres de la diaspora africaine façonnent silencieusement, mais résolument le visage de ce pays. Leur expertise est une richesse nationale. Leur engagement est un service rendu à tous les Canadiens. Le Canada les a accueillis et ils portent son image partout où ils vont. Ils sont, à chacun de leurs pas à l’étranger, les ambassadeurs vivants du multiculturalisme qui caractérise le Canada.
[Traduction]
La présidente : Malheureusement, vous n’avez pas le temps de présenter vos recommandations. J’espère que les membres du comité vous donneront l’occasion de le faire.
Mme Amy Ka : D’accord.
La présidente : Merci beaucoup.
Monsieur Grosse, vous disposez de cinq minutes.
Russell Grosse, chef de la direction, Black Cultural Centre for Nova Scotia : Merci beaucoup. Madame la présidente, honorables membres du comité, je vous remercie de me donner l’occasion de m’adresser à vous aujourd’hui.
Je m’appelle Russell Grosse. Je suis chef de la direction au Black Cultural Centre for Nova Scotia. Fondé en 1983, le centre est le premier et le plus grand musée consacré au rayonnement et à la préservation de l’histoire des Noirs au Canada. Il a également pour mission de rendre hommage aux contributions passées et présentes des Canadiens noirs.
Je suis ici pour appuyer le projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration. À première vue, le projet de loi peut sembler symbolique; or, les symboles sont importants. La reconnaissance nationale façonne la perception du public, elle renforce la cohésion sociale et elle détermine quels récits sont considérés comme appartenant intrinsèquement à l’histoire du Canada et au discours canadien. Nous le savons parce que le Mois de l’histoire des Noirs nous a déjà montré les répercussions positives qui peuvent découler de la reconnaissance nationale.
Plus tôt cette année, les Canadiens noirs ont célébré le 30e anniversaire de la reconnaissance fédérale du Mois de l’histoire des Noirs au Canada. Au fil des 30 dernières années, ce mois est devenu bien plus qu’une célébration. Il a créé un espace permettant aux Canadiens noirs d’être vus, entendus, compris et valorisés. Il a permis aux Canadiens de toutes les origines de raconter leurs récits, de se familiariser avec l’histoire, de briser les stéréotypes, ainsi que de mieux comprendre la richesse et la diversité des communautés noires partout au pays.
Par ailleurs, il importe de souligner que le Mois de l’histoire des Noirs a contribué à sensibiliser la population. Aujourd’hui, les Canadiens noirs sont représentés dans les cultures, les langues et les expériences de migration du Canada. Collectivement, ils ont fourni un apport durable et indélébile au tissu de l’identité canadienne. Cette reconnaissance a également renforcé la fierté au sein de diverses cultures, en particulier dans les communautés noires, tout en favorisant une meilleure compréhension de l’inclusion et de l’identité nationale.
Le projet de loi S-215 pourrait donner à la population canadienne une occasion semblable de réfléchir au rôle de l’immigration dans l’évolution de notre nation.
Le Canada a été bâti par des immigrants, y compris des immigrants noirs qui sont venus des Caraïbes, de l’Afrique, des États-Unis et de nombre d’autres régions du monde. Leurs efforts, leurs cultures, leur esprit d’entreprise, leur résilience et leur persévérance enrichissent le Canada depuis des générations. Pourtant, trop souvent, leur apport est sous-représenté dans la mémoire collective, les systèmes d’éducation et la société en général.
Pour les organismes comme le Black Cultural Centre for Nova Scotia, cette reconnaissance est particulièrement importante parce que l’immigration est étroitement liée à l’histoire des Noirs au Canada. Plus précisément, en Nouvelle-Écosse, nos communautés fondatrices remontent à plus de 400 ans. Elles comprennent des descendants de loyalistes noirs, de Marrons de la Jamaïque, de migrants de la guerre de 1812 et de migrants des Caraïbes. Aujourd’hui, de nouveaux arrivants de partout en Afrique, de la Jamaïque, d’Haïti, des Bermudes et des Caraïbes se considèrent comme des Néo-Écossais et des Canadiens. Ensemble, ces communautés continuent de participer à l’évolution culturelle, économique et sociale du Canada, de pair avec les immigrants de nombre d’autres pays que le Canada accueille.
Le projet de loi soutient également l’éducation. Les jeunes Canadiens doivent comprendre que l’immigration n’est pas un phénomène récent ni un enjeu politique; elle fait partie intégrante de l’identité canadienne et des fondements du Canada.
La reconnaissance à travers le Mois national de l’immigration encouragera les écoles, les musées, les institutions culturelles et les organismes communautaires à raconter ces histoires plus largement et plus ouvertement. À un moment où des questions d’identité et d’appartenance divisent notre pays, le Canada a l’occasion de faire passer le message que la diversité et l’immigration sont des atouts, et que l’inclusion implique une reconnaissance explicite.
Au nom du Black Cultural Centre for Nova Scotia, j’encourage le comité à appuyer le projet de loi S-215.
Merci. J’attends vos questions avec impatience.
La présidente : Merci, monsieur Grosse.
Je vais donner le temps à Mme Amy Ka de présenter ses recommandations. La parole est à vous.
[Français]
Mme Amy Ka : La première des recommandations est de créer des chaires universitaires de recherche sur l’immigration, en partenariat avec les universités francophones et anglophones, pour édifier une mémoire institutionnelle, former la prochaine génération d’experts et éclairer les politiques publiques à venir.
On recommande également la mise en place dans les familles immigrantes d’un programme d’immersion ouvert aux corps de police, aux fonctionnaires et aux citoyens pour briser les préjugés, prévenir le profilage racial et construire une compréhension mutuelle authentique.
Ensuite, il faut financer des recherches rigoureuses sur les retombées économiques, sociales et culturelles de l’immigration, afin de doter les décideurs publics de données probantes, plutôt que d’alimenter le débat sur des anecdotes ou des perceptions.
Puis, il est essentiel de développer un réflexe institutionnel de reconnaissance en nommant davantage de personnes immigrantes à des postes décisionnels, conseils d’administration, institutions publiques et commissions, et en encourageant activement la consommation de leurs produits alimentaires et culturels.
Honorables sénatrices et sénateurs, l’histoire du Canada est une histoire d’immigration. Des peuples des Premières Nations aux colons français et britanniques, des vagues irlandaises, italiennes, ukrainiennes, chinoises, haïtiennes, syriennes et africaines, ce pays s’est construit couche après couche, culture après culture, rêve après rêve.
Instituer un Mois national de l’immigration, c’est regarder ce pays en face; c’est honorer ce qu’il est vraiment; c’est préparer, avec lucidité et gratitude, ce qu’il doit continuer à devenir.
Je vous invite à voter en faveur du projet de loi S-215.
[Traduction]
La présidente : Merci beaucoup.
Nous passons maintenant aux questions des membres du comité. Pour la première série de questions, les sénateurs disposent de quatre minutes pour poser leurs questions et pour recevoir les réponses. Veuillez préciser si votre question s’adresse à un témoin en particulier ou à l’ensemble des témoins.
La sénatrice Burey : Je remercie encore une fois les témoins pour leurs déclarations et leur présence. Ma question s’adresse à l’ensemble des témoins.
Le projet de loi S-215 vise à désigner novembre comme « Mois national de l’immigration » pour reconnaître la venue d’immigrants de toutes les origines au Canada.
D’après vous, comment le projet de loi contribuera-t-il au bien-être des enfants et des jeunes, et comment créera-t-il un sentiment d’appartenance et un sentiment d’être chez soi?
Ensuite, quelle contribution votre communauté pourrait-elle faire à cette initiative?
[Français]
Mme Boutiyeb : Merci beaucoup pour votre question, madame la sénatrice. J’aimerais briser la glace. Prendre le temps de reconnaître, en tant que pays, un mois de célébration de l’immigration, c’est reconnaître cette diversité et les particularités de notre communauté, y compris les jeunes, les femmes et tous les différents aspects identitaires. Pour bien le faire, il est important de les nommer. Cela revient à notre recommandation; j’entends mes collègues qui sont ici avec nous : on vient ici pour mettre en avant les particularités des immigrantes et des immigrants qui façonnent notre société tous les jours. C’est important de les reconnaître concrètement dans ce projet de loi.
Mme Amy Ka : C’est ce qui donne aux jeunes un sentiment d’appartenance. Certains sont issus de l’immigration et d’autres non; le fait de reconnaître ce Mois national de l’immigration leur permettra d’en connaître davantage sur l’histoire des personnes qu’ils côtoient au jour le jour, de connaître la richesse qu’ils apportent au Canada et de découvrir ce sur quoi ils peuvent échanger ensemble, parce que parfois, les gens se basent sur des préjugés, mais le fait d’instituer ce mois permettra de faire rayonner, de connaître et de découvrir la richesse qu’est l’immigration.
[Traduction]
M. Grosse : D’un point de vue personnel, quand je réfléchis à l’importance du Mois de l’histoire des Noirs — février est un mois de reconnaissance nationale —, au rôle qu’il a joué et à ses répercussions sur les jeunes esprits et les jeunes membres de la communauté, je me rappelle une époque où je n’avais pas l’impression que mon identité comptait. Moi qui suis un Canadien noir, j’avais le sentiment d’être défini par le fait que mes ancêtres ont été atrocement réduits en esclavage. Maintenant, un mois est consacré à la célébration de notre apport à différents aspects de la société et au tissu de notre pays. Cette reconnaissance a inculqué à jamais un sentiment de fierté et d’honneur chez les jeunes et les Canadiens noirs à l’égard de leur propre identité. Je pense que le même effet de croissance se produirait si l’on instituait un mois national pour reconnaître les personnes immigrantes.
La sénatrice Burey : Merci.
La sénatrice McPhedran : Je remercie chacun et chacune des témoins de prendre le temps de discuter avec nous. Votre participation est importante et précieuse.
Ma question va peut-être sembler hypothétique, car on sait que le projet de loi ne prévoit pas l’allocation de ressources. Cela dit, j’aimerais savoir si, selon vous, un projet de loi de cette nature accentuerait les efforts que vous déployez toutes et tous en vue d’obtenir plus de ressources pour vos communautés et vos organisations.
Le cas échéant, comment inséreriez-vous le projet de loi dans un processus visant à montrer clairement que c’est dans une approche dirigée par les communautés que les gouvernements doivent investir? Le projet de loi pourrait-il servir à soutenir vos efforts en ce sens? J’invite M. Grosse, en ligne, à répondre en premier. Nous passerons ensuite aux témoins qui sont avec nous dans la salle.
M. Grosse : Merci beaucoup pour la question. Selon moi, le projet de loi transformera certainement la manière dont les organisations comme le Black Cultural Centre for Nova Scotia et celles représentées par les autres témoins ici aujourd’hui abordent la croissance. Quand la population prend conscience d’un sujet, il peut devenir un lieu commun; il peut alors faire partie intégrante du discours national et de notre propre identité. Il n’est plus méconnu.
C’est l’obstacle auquel se heurtent nombre d’organisations et de communautés lorsqu’elles tentent de s’intégrer dans la société et de mobiliser des ressources pour mener à bien leurs projets. La population n’est pas suffisamment consciente qu’il existe au Canada une communauté dynamique de personnes immigrantes qui contribuent à la société.
Ce type de reconnaissance conscientise la population, favorisant ainsi l’accès au soutien.
Cette reconnaissance permet également aux différentes communautés de mettre à profit leurs atouts pour se faire connaître, pour faire rayonner leur identité et pour la célébrer. C’est en soi d’une richesse inestimable.
[Français]
Mme Boutiyeb : Merci beaucoup de votre question. C’est une question très intéressante, madame la sénatrice.
Permettez-moi de vous rappeler quelque chose que vous savez déjà : l’immigration est importante, surtout pour les communautés francophones et acadiennes. Nous avons un pays bilingue. Les francophones sont dans toutes les provinces et tous les territoires. C’est une communauté riche qui grandit grâce à l’immigration. Les immigrants et immigrantes contribuent concrètement à ce sentiment d’appartenance et d’identité. Plusieurs Canadiens partagent la fierté d’être francophones, mais aussi celle d’être des immigrants francophones.
Je connais l’immigration. Il est important que ce mois reconnaisse toutes ces particularités. Nous devons valoriser la contribution faite sur le terrain pour favoriser la vitalité de nos communautés, tout particulièrement celle des femmes. Madame la sénatrice, j’ai eu la chance de voyager partout au pays. J’ai constaté que l’on retrouve un point commun dans toutes les régions du pays : les femmes immigrantes, qu’elles soient francophones ou non, contribuent souvent à tous les domaines, mais elles ne sont pas assez reconnues. On perçoit souvent les femmes comme des bénéficiaires de services, et non comme des actrices concrètes de nos communautés. C’est important de souligner cela.
[Traduction]
La sénatrice McPhedran : Merci beaucoup.
Mme Amy Ka a-t-elle le temps de répondre?
La présidente : Nous vous accordons une minute, madame Amy Ka.
La sénatrice McPhedran : Je vous en prie, madame Amy Ka.
[Français]
Mme Amy Ka : Je crois qu’il est important de reconnaître ce Mois de l’immigration. Je suis sûre que les bénéficiaires que nous sommes seront portées à faire ces activités bénévolement. Faire connaître notre histoire afin que nous soyons reconnues et que nos enfants puissent partager leur vécu avec d’autres est une occasion de briser la stigmatisation et les préjugés.
[Traduction]
La sénatrice Osler : Je remercie tous les témoins de leur présence. J’ai une question pour tout le monde. J’inviterais M. Grosse à répondre en premier, suivi de Mme Amy Ka, puis de Mme Boutiyeb. Je vais retourner la question pour vous, en quelque sorte. Vous qui représentez des groupes d’immigrantes et d’immigrants, pouvez-vous fournir au comité des commentaires ou des recommandations sur les mesures que le gouvernement pourrait prendre en vue d’améliorer la connaissance, l’enseignement et la compréhension de l’histoire complexe du Canada, de l’arrivée des peuples autochtones il y a des milliers d’années aux futures vagues d’immigration, en passant par la venue des colons français et anglais? Comment le gouvernement peut-il mieux faire comprendre l’histoire complexe du Canada aux nouveaux arrivants? Nous allons commencer par M. Grosse.
M. Grosse : Merci beaucoup pour la question. L’approche est simple : il s’agit d’écouter et d’apprendre. Pendant bien trop longtemps, les dirigeants ont dit à diverses communautés : « Voici comment nous croyons qu’il faut vous présenter. Voici comment nous croyons qu’il faut vous soutenir. » En donnant une voix aux communautés, en établissant avec elles des relations d’égal à égal, en remplaçant la dynamique du « nous contre eux » par une relation d’alliés, on permet aux gens et aux communautés de se sentir à l’aise de s’exprimer. Prenez l’idée à l’étude : le fait qu’il y a eu des consultations publiques et une réflexion approfondie montre qu’on va dans la bonne direction.
Comme le disent la communauté afro-néo-écossaise et les communautés autochtones, « rien pour nous, sans nous ». Il faut travailler de concert et conjuguer nos efforts pour progresser ensemble. Les organismes gouvernementaux ne doivent pas prendre les décisions seuls. Pour que le travail soit fait de manière constructive, il faut que la communauté ait voix au chapitre et que le processus décisionnel soit solidement ancré dans la communauté.
[Français]
Mme Amy Ka : Je crois qu’il serait important qu’un programme éducatif national sur l’histoire de l’immigration au Canada soit développé et intégré dans les programmes scolaires de toutes les provinces, afin que chaque élève connaisse les vagues migratoires qui ont construit ce pays. Ce programme doit exister dans les ministères des différents ordres de gouvernement et les municipalités, pour que les gens puissent participer aux activités de sensibilisation. Par exemple, écouter quelqu’un raconter son expérience est différent de lire un texte sur l’histoire. Il serait intéressant qu’une personne se présente et raconte son histoire immigrante.
De plus, il est important d’y associer les organismes d’immigrants comme les nôtres. Nelson Mandela croyait que tout ce qui est fait pour nous, mais sans nous, est fait contre nous. Donc, si l’on doit raconter et valoriser l’histoire des immigrants, il faut qu’ils soient eux-mêmes impliqués.
[Traduction]
La présidente : Il ne reste que six secondes.
La sénatrice Osler : Je vais revenir à vous durant la deuxième série de questions.
La sénatrice Muggli : Je remercie tous les témoins de leur présence. Ma première question s’adresse à Mme Amy Ka. J’aimerais avoir des précisions sur les recommandations que vous avez faites concernant la création de chaires universitaires de recherche, la mise en place d’un programme d’immersion et la nomination de personnes immigrantes à des conseils d’administration, par exemple. Ces recommandations représentent-elles des idées de mesures que le gouvernement pourrait prendre durant le mois de l’immigration? Je cherche simplement à mieux comprendre.
[Français]
Mme Amy Ka : Ce sont des choses concrètes que l’on peut faire durant le Mois de l’immigration. Les chaires sont des créations qui sont là pour rester. Ainsi, il serait important de l’instituer dès la première édition du Mois national de l’immigration.
[Traduction]
La sénatrice Muggli : Merci.
Ma prochaine question s’adresse à l’ensemble des témoins. Il y a quelques années, j’ai participé à un projet visant à créer un centre d’information pour les nouveaux arrivants à Saskatoon. Nous avons collaboré avec les organismes d’aide à l’établissement de la ville de Saskatoon. Nous avons organisé une bibliothèque vivante : nous avons installé plusieurs stations et nous avons invité les gens à se déplacer d’une station à l’autre pour parler à une personne pendant cinq minutes afin d’en apprendre plus sur elle, sur sa culture, et cetera.
Je pense que c’est Mme Amy Ka qui a parlé des rencontres en personne. Avez-vous d’autres idées d’activités que les gens pourraient faire durant le mois de l’immigration, d’autres expériences de type personnel? Je trouve que c’est en apprenant à connaître les gens et en bâtissant des relations qu’on en vient à les comprendre et à les respecter. Avez-vous des idées? J’invite M. Grosse, en ligne, à répondre en premier.
M. Grosse : Oui, je trouve que ce sont d’excellentes idées. L’objectif des activités de reconnaissance, comme le Mois du patrimoine acadien et le Mois de l’histoire des Noirs, c’est que les gens se sentent libres de s’immerger dans des communautés diverses pour mieux comprendre leur culture, que ce soit à travers la cuisine, les arts ou les récits des aînés. Ces expériences suscitent des sentiments puissants qui ont un effet durable. Les souvenirs que gardent les membres de la population générale des mois, des jours ou des activités de reconnaissance d’une culture particulière, ce sont les expériences. Ils se rappellent ce qu’ils ont ressenti, que ce soit en goûtant à un plat, en assistant à une performance, en écoutant le récit d’un aîné ou en vivant une expérience encore plus tactile, comme en apprenant à tresser un panier ou en découvrant une autre forme d’artisanat propre à la culture en question. Ce sont des façons de tisser des liens.
Ces activités donnent aux communautés l’occasion de se faire connaître. Les personnes immigrantes font face au défi de devoir s’assimiler dans un nouveau milieu. En s’adaptant aux valeurs canadiennes et à un mode de vie canadien, elles finissent par perdre un peu d’elles-mêmes.
Au sein de leur communauté, de leur famille et de leur groupe, elles conservent peut-être leurs traditions et leur mode de vie, mais généralement, la société ne les connaît pas. Un mois de reconnaissance permet d’offrir des expériences d’apprentissage.
La présidente : Merci. Malheureusement, le temps imparti est écoulé.
La sénatrice Senior : Les sénatrices Osler et Muggli ont un peu approfondi ma question. Je vais donc commencer par dire que je me souviens d’être arrivée au pays quand j’étais enfant. J’avais 11 ans; j’ai très vite compris qui étaient les immigrants et qui ne l’étaient pas, et le fait que ce sont les peuples autochtones qui ne sont pas des immigrants faisait partie de cet apprentissage. Cependant, au fil des ans, à un moment donné, certaines communautés ont cessé d’être perçues comme immigrantes, et c’est troublant.
Ce qui me préoccupe, actuellement, c’est la perception négative de l’immigration en raison de ce qui se passe sur le plan géopolitique. Ma question est la suivante : selon vous, dans les milieux où vous œuvrez, en quoi ce projet de loi contribuera-t-il à contrer la négativité potentielle à l’égard des situations auxquelles les communautés d’immigrants sont confrontées?
[Français]
Mme Amy Ka : C’est par la communication et la sensibilisation, et aussi le fait d’avoir des données sur les retombées économiques des immigrants. On sait que l’argent est le nerf de la guerre; je pense que si les gens savaient ce que les immigrants apportent concrètement à la vitalité économique, culturelle, sociale et scientifique du Canada, ils les verraient autrement.
Ceux qui stigmatisent l’immigration le font sur les réseaux sociaux, à la télévision et en public. Ceux qui doivent valoriser et faire reconnaître l’immigration doivent utiliser ces moyens pour contrer ce discours qui libère maintenant la parole raciste.
Mme Boutiyeb : Merci beaucoup pour la question. Je pense profondément que ce qui fait que le Canada est ce qu’il est consiste en trois principaux piliers. Tout d’abord, les communautés autochtones, puis la dualité linguistique et, enfin, le multiculturalisme et l’immigration. Quand il y a une fissure dans l’un de ces piliers, notre Canada vit des difficultés.
À mon avis, ce projet de loi viendrait contrer ces messages que l’on voit sur Internet ou ailleurs. Il faut créer plus d’occasions pour que notre société célèbre et valorise l’immigration, et il faut faire plus de place au positif et moins au négatif et aux autres discours. Il faut créer des moments comme ceux-ci et les célébrer.
[Traduction]
M. Grosse : Je suis plutôt d’accord. L’idée d’instituer le Mois national de l’immigration est de susciter une prise de conscience susceptible d’entraîner des changements. Il s’agit de sortir de l’ombre. Il y a toujours cette idée selon laquelle les communautés d’immigrants sont inférieures et que les immigrants sont venus au pays pour une raison déplorable. Je pense qu’un mois consacré à faire connaître leurs contributions et, comme on l’a mentionné, l’incidence de l’immigration sur notre économie, notre société et le tissu de notre pays ferait vraiment toute la différence.
Je repense au regretté sénateur Don Oliver et au titre de ses mémoires, A Matter of Equality. J’aime l’idée d’uniformiser les règles du jeu afin d’instaurer un degré d’égalité entre les Canadiens et de faire comprendre que peu importe d’où nous venons, nous sommes des Canadiens, et cela fait partie du tissu de notre pays. Une telle reconnaissance ouvre la voie à une sensibilisation accrue. Il s’agit d’un moment où la diversité culturelle est mise de l’avant pour que la population puisse apprendre et mieux la connaître. On pourrait en tirer parti.
La sénatrice Greenwood : Je remercie les témoins de leur présence. Je suis éducatrice de professions, ou je l’étais avant de siéger au Sénat. J’ai fait beaucoup d’application des connaissances, alors j’ai été encouragée de vous entendre parler de sensibilisation et d’éducation.
Je voulais simplement poursuivre dans la veine des questions des sénatrices Osler et Senior. Quelles mesures prenons-nous pour aider les gens à préparer leur arrivée au Canada et veiller à ce qu’ils aient tous les renseignements dont ils ont besoin? J’ai déjà examiné la question, alors je sais que le guide de citoyenneté contient des renseignements sur l’histoire du Canada. Je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup, mais il y en a. Je me demande, dans ce cas, comment vos organismes appuient les personnes qui viennent au pays. Comment leur enseignez-vous l’histoire du pays et quels aspects historiques abordez-vous? Notre pays est très différent de leur pays d’origine, n’est-ce pas? Comment enseignez-vous cela tout en enseignant à tout le monde? Pourriez-vous tous parler brièvement de cet aspect?
[Français]
Mme Boutiyeb : Merci pour la question. La Stratégie pancanadienne pour les femmes immigrantes dont j’ai parlé durant mes remarques liminaires a été réclamée par IRCC parce que le ministère reconnaissait qu’on n’avait pas de lignes directrices pour l’intégration des femmes immigrantes en particulier. On n’a pas d’objectif concret, on intègre tout le monde, c’est un peu la pagaille et cela ne fonctionne pas. On a assurément besoin de créer des programmes de besoins spécifiques par rapport à la particularité des immigrants et des immigrantes et, dans ce contexte-ci, des femmes immigrantes.
Nous avons 11 recommandations; je ne m’attarderai pas sur chacune d’entre elles, mais je serai heureuse de les fournir au comité.
Une des choses qui en sont ressorties, c’est qu’il y a un idéal par rapport au Canada que l’on vend aux personnes immigrantes et qu’elles ne connaissent pas une fois sur le terrain et que les choses deviennent beaucoup plus difficiles. Il est difficile de se connecter, de comprendre la culture et l’histoire, mais plusieurs des immigrants et immigrantes viennent de pays qui ont été colonisés par le passé. Donc, comprendre cet apport du passé du Canada n’est pas si difficile pour les immigrantes et immigrants. Une fois qu’on leur explique tout cela, il est malheureusement facile de faire des liens avec leur propre histoire ou l’histoire de leurs ancêtres.
Il est important de créer des occasions, mais, au-delà de créer des occasions, il est important d’avoir un investissement concret dans l’intégration des immigrantes. Je vais rappeler l’existence de notre dossier pour les immigrantes francophones.
Mme Amy Ka : Lorsqu’on arrive au Canada comme immigrant, notre vie est chamboulée, donc, même s’il y a des programmes, les gens n’ont pas forcément le temps d’y participer, parce qu’il faut mettre de la nourriture sur la table, s’occuper des enfants, faire le ménage, etc. Donc, je pense qu’il y a un travail qui devrait se faire en amont, avant que les gens arrivent au pays, pour qu’ils sachent ce qu’est le Canada, quels sont les codes, comment se comporter, quel est le climat et tout cela. Je pense que c’est comme cela qu’on pourra mieux les outiller pour que l’intégration soit plus facile une fois ici.
La sénatrice Arnold : Merci à tous les témoins d’être avec nous cet après-midi.
[Traduction]
Je vais vous poser une question qui, à mon avis, a peut-être déjà été posée, mais qui pourrait être approfondie.
Plusieurs d’entre nous siègent au Comité des droits de la personne, où nous avons examiné le projet de loi visant à lutter contre la haine. Nous constatons une hausse des crimes haineux et une montée des divisions au pays et dans le monde, en fait.
J’aimerais savoir si, selon vous, le fait de célébrer le Mois national de l’immigration contribuerait à bâtir un Canada plus compatissant et plus uni. Avez-vous des idées à ce sujet et sur la façon de tirer parti de cette occasion?
M. Grosse : J’ai tendance à penser que cela représenterait une occasion de lutter contre la haine en ligne et les problèmes liés aux droits de la personne, car la sensibilisation est la clé. Dans la plupart des cas, toute occasion qui s’offre aux personnes de cultures diverses de célébrer et d’honorer ces cultures et de faire de la sensibilisation contribue à dissiper les fausses idées qui circulent. Il y a une méconnaissance des diverses cultures et des cultures d’immigrants. Tirer parti d’une célébration, à une période précise, favorise le changement.
De plus, pour être tout à fait honnête, cela pourrait entraîner une négativité accrue. Dans certains cas, par exemple lors du mois de sensibilisation qu’est le Mois de l’histoire des Noirs, on constate une recrudescence de certains aspects, comme la haine en ligne, etc. En fin de compte, c’est beaucoup plus positif que négatif : il y a une conscientisation et c’est une occasion de changer les mentalités, car changer la mentalité d’une seule personne peut aider à changer celle de 10 personnes. C’est un mélange des deux.
La sénatrice Arnold : Merci. Je vous suis reconnaissante de la réponse.
Quelqu’un souhaite-t-il ajouter quelque chose?
[Français]
Mme Boutiyeb : Si vous me le permettez, je vais partager avec vous quelque chose que nous avons vécu en tant qu’organisation durant la pandémie. On avait reçu un colis qui remettait en question la place des femmes dans la société canadienne. Dans ce même colis, on disait que la place des femmes ne devrait pas être dans l’espace public, mais que ce devrait être — excusez mes mots — dans la cuisine, que les immigrantes devraient retourner chez elles et que la francophonie ne devrait pas exister au Canada. Puisqu’on est une organisation formée de plusieurs femmes immigrantes... Ce n’est pas la mission de notre organisation, qui s’adresse à toutes les femmes francophones au Canada, mais on nous a ciblées sur ces trois niveaux.
Ce qu’on oublie souvent, c’est que, en raison des différents facteurs identitaires d’une personne, elle peut devenir une cible pour plusieurs raisons. Cette situation rappelle la montée du masculinisme et de la masculinité toxique, qui ciblent aussi les femmes immigrantes. Malheureusement, on vit à une époque où il y a beaucoup de discours haineux sur le terrain, mais il n’y a pas de subventions concrètes et à terme sur la sensibilisation et la prévention. Actuellement, on entend surtout des discours haineux, mais les organisations n’ont pas assez de ressources pour contrer ces discours, parce qu’il n’y a pas de subventions et parce qu’elles sont toujours en train d’espérer obtenir un projet ou même de survivre d’une année financière à l’autre.
Donc, c’est important d’instaurer des mois comme celui-ci pour venir célébrer l’immigration, mais c’est important aussi que le gouvernement encourage les organisations et les gens qui travaillent sur le terrain à transmettre plus de positivité dans notre société. On en a aussi besoin pour les générations à venir.
La sénatrice Arnold : Merci beaucoup.
[Traduction]
La présidente : Merci. Nous passons maintenant à la deuxième série de questions. Nous avons moins de temps, alors pour terminer à l’heure, chaque intervenant disposera de trois minutes.
[Français]
La sénatrice Petitclerc : J’ai une petite question, et je ne la pose pas comme une question piège, mais je me demande ceci : est-ce qu’il y a un défi qui vient avec le fait que certaines des organisations... Je ne connais pas les vôtres en détail, mais certaines organisations sont quand même petites, elles ont un financement limité et une équipe qui n’est pas nécessairement énorme.
Vous avez parlé tout à l’heure de bénévolat. Le fait d’ajouter un Mois national de l’immigration, qui va coexister avec le Mois de l’histoire des Noirs, est-ce que cela ajoute des possibilités — j’imagine —, mais aussi des défis? Est-ce qu’il n’y a que du positif là-dedans? On se dit qu’on a plusieurs semaines, mois ou jours à organiser dans notre petite organisation.
Mme Boutiyeb : Cela dépend évidemment de la taille des organisations. Nous ne sommes pas une grande organisation non plus, mais nous avons un réseau de 17 organisations partout au pays où des femmes immigrantes célèbrent et contribuent, donc je pense que cela créerait assurément des occasions positives. De plus, si je puis me permettre, la stratégie pancanadienne qu’IRCC a réclamée et dont elle a encouragé la création existe; elle inclut des recommandations, mais pas de stratégie pour les mettre en place. Il y a 11 recommandations qui viennent des femmes immigrantes, et il faut assurément des investissements pour les mettre en œuvre.
La sénatrice Petitclerc : Merci.
Madame Amy Ka, aviez-vous quelque chose à ajouter sur le sujet?
Mme Amy Ka : Oui. Puisqu’on veut qu’on nous reconnaisse, qu’on sache ce qu’on apporte à ce pays, toute occasion est la bienvenue pour le faire, que ce soit pour le Mois de l’histoire des Noirs ou pour ce mois pour lequel nous plaidons aujourd’hui. Ce serait une occasion de faire rayonner les contributions immigrantes.
La sénatrice Petitclerc : Merci.
Monsieur Grosse, êtes-vous d’accord avec cela, qu’il est préférable d’avoir le plus d’occasions possible?
[Traduction]
M. Grosse : Je suis d’accord. Pour bon nombre d’organismes d’aide aux communautés d’immigrants, qui reposent largement sur le bénévolat et disposent de ressources limitées, toute forme de sensibilisation représente une occasion de croissance, une occasion pour la société dans son ensemble de prendre conscience qu’il s’agit d’une question importante, d’une cause importante à défendre et à promouvoir. Le travail accompli grâce à cette reconnaissance offre une occasion de le faire.
Le sénateur Cuzner : Je dirai d’abord que je n’aime pas vraiment les jours, semaines ou mois consacrés à une question donnée, à moins qu’il y ait une véritable justification. Cela dit, je comprends parfaitement le bien-fondé de ce projet de loi.
Je vais revenir sur les commentaires de la sénatrice Senior quant au fait que nous oublions. Mes parents sont venus d’outre‑mer. Ma mère est à moitié écossaise, à moitié irlandaise. Elle avait l’habitude de dire : « Je suis à moitié écossaise et à moitié irlandaise. J’aime boire, mais j’aime que quelqu’un d’autre paie. »
Nous oublions le fait que nous sommes tous des immigrants. M. Grosse a mentionné l’influence positive du Mois de l’histoire des Noirs. Les gens de la salle communautaire de l’UNIA, à Glace Bay, consacrent beaucoup d’énergie au Mois de l’histoire des Noirs. Pour eux, c’est comme les séries éliminatoires de la LNH. Tout le monde met la main à la pâte, et ils font de l’excellent travail dans la collectivité.
Selon vous, étant donné que le projet de loi ne prévoit aucun financement, comme on l’a mentionné, les groupes comme le vôtre en feront-ils une priorité dans leur budget annuel afin de saisir cette occasion? Je pense que c’est indispensable et nécessaire.
Encore une fois, monsieur Grosse, je vais reprendre les propos de l’ancien premier ministre Trudeau : un Canadien est un Canadien. Nous devrions nous en réjouir. Selon vous, cela fait-il partie des priorités dans votre cycle budgétaire pour faire de cette célébration un événement qui en vaut la peine?
M. Grosse : Je dirais que oui. De ce point de vue, nous clamons déjà sur tous les toits qu’il existe une diversité de cultures, et cela vient avec un message. Si l’on consacre un mois à cette cause, il faut aussi le crier sur tous les toits, avec un porte-voix. Je pense que c’est ce que cela permet de faire.
Bon nombre de nos organismes n’auront pas besoin de ressources supplémentaires. Cela va créer plus d’occasions, car ce travail se fait déjà à petite échelle un peu partout au pays. Cette mesure vient donner un élan.
[Français]
Mme Boutiyeb : De plus, monsieur le sénateur, le travail se fait déjà sur le terrain. On fait déjà plusieurs choses pour promouvoir l’immigration au Canada, mais aussi l’apport des immigrantes. Cela ne créera qu’une occasion de plus pour donner plus de prévisibilité.
Il faut aussi le voir à long terme. Je pense que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de financement actuellement qu’il ne devrait pas y en avoir dans les années à venir. À mon avis, ce projet de loi peut créer de nouveaux développements.
Mme Amy Ka : Comme je l’ai dit plus tôt, toute occasion de faire connaître l’immigration et de briser cette campagne de stigmatisation, de crimes haineux et de violence verbale est bonne. Il s’agit vraiment d’avoir des occasions tout au long de l’année — et de prendre tout un mois pour cela — pour valoriser et faire connaître les personnes immigrantes. On l’a vu pendant la COVID, quand des infirmières venues d’Haïti étaient là pour prendre soin des aînés. Pourquoi les gens les regardaient-ils autrement? Je pense que le fait de mettre en lumière la contribution de gens qui soignent d’autres gens ne fera qu’aider.
[Traduction]
La sénatrice Osler : C’est la suite de ma question, madame Boutiyeb. Vous pourriez prendre une minute, puis nous pourrons donner ma deuxième minute à M. Grosse pour qu’il réponde à la question de la sénatrice Greenwood.
[Français]
Mme Boutiyeb : Je vais essayer de me rappeler la question. Je prends note de votre question, qui porte sur l’importance de l’intégration des immigrants. C’est important de faire en sorte que l’intégration se fasse de manière adéquate, en prenant en considération les particularités des personnes, comme je l’ai dit tout à l’heure. L’idée de développer un projet d’immigration où il y aurait un seul cours pour tout le monde, et tout le monde comprendrait et on en finit là, je ne pense pas que cela pourrait fonctionner. Il faut respecter les particularités, parce que chacun vient au Canada à sa manière. Les parcours d’immigration sont différents au Canada.
Quand je suis venue ici en tant que jeune immigrante il y a plus de 20 ans, quand j’étais encore adolescente, ce n’était pas la même réalité que celle d’une adolescente qui arrive au pays en 2026. C’est important de prendre en considération les changements au sein de la population et de toujours adapter nos ressources, justement pour créer ce projet commun de société ensemble.
[Traduction]
M. Grosse : Je suis désolé. Je n’ai pas entendu la question.
La sénatrice Osler : C’était la question de la sénatrice Greenwood, au premier tour. Nous avions manqué de temps pour arriver à vous.
M. Grosse : Je suis désolé. Je ne me souviens pas de la question.
La sénatrice Greenwood : La question portait sur l’aide offerte aux personnes qui arrivent au Canada en les renseignant sur l’histoire du Canada et le contexte dans lequel ils arrivent.
M. Grosse : Quand on examine l’information fournie aux nouveaux arrivants dans notre pays, on constate qu’elle s’appuie essentiellement sur une perception historique de notre pays. On pourrait en tirer parti, et ajouter plus de renseignements sur la contribution des communautés d’immigrants. C’est l’aspect qui doit être modernisé. Il faut adopter une nouvelle approche afin de ne pas être seulement tournés vers le passé, mais aussi vers le présent, soit où nous en sommes aujourd’hui et les contributions qui en découlent.
Les immigrants de la diaspora africaine qui arrivent au Canada savent qu’il y a des communautés noires qui existent depuis 400 ans, mais ne connaissent pas les contributions des immigrants noirs qui, parfois, sont au pays depuis une ou deux générations. Il y a encore du travail à faire à cet égard afin de créer une occasion de comprendre.
La sénatrice Greenwood : Merci.
La présidente : Merci beaucoup. Chers collègues, c’est ainsi que se termine cette partie consacrée au premier groupe de témoins.
J’aimerais remercier nos témoins d’aujourd’hui de leurs témoignages, et de s’être joints à nous en personne ou en ligne.
Accueillons maintenant notre deuxième groupe de témoins. Par vidéoconférence, représentant Achev, nous accueillons Mme Tonie Chaltas, qui est la cheffe de la direction, et Mme Kristen Neagle, qui est directrice, Relations gouvernementales et partenariats stratégiques. Nous accueillons également, du Conseil canadien pour les réfugiés, Mme Gauri Sreenivasan, codirectrice générale, et M. Mustafa Abbas, coordonnateur du réseau des jeunes. Merci de vous joindre à nous aujourd’hui.
Vous aurez cinq minutes chacun pour votre déclaration préliminaire, puis nous passerons aux questions des membres du comité. Madame Chaltas, la parole est à vous.
Tonie Chaltas, cheffe de la direction, Achev : Monsieur le président, honorables sénatrices et sénateurs, je vous remercie de me donner l’occasion de comparaître aujourd’hui au nom d’Achev.
Achev est l’un des principaux fournisseurs à but non lucratif de services d’établissement et d’emploi du Canada, servant plus de 70 000 nouveaux arrivants chaque année, notamment de jeunes immigrants qui comptent sur nous pour l’apprentissage des langues, le développement des compétences, le soutien au mieux-être et l’accès à la mise à niveau des compétences et à l’emploi.
Aujourd’hui, nous comparaissons pour appuyer le projet de loi S-215, car les immigrants, en particulier les jeunes immigrants, ont un rôle primordial à jouer pour l’avenir du Canada. Pourtant, leurs contributions et leurs difficultés sont souvent absentes du discours public. L’institution d’un mois national de l’immigration créerait une plateforme nationale pour mettre en valeur leurs histoires, renforcer la compréhension du public et mobiliser les collectivités pour appuyer leurs réussites et défendre leur avenir.
Le préambule du projet de loi reconnaît qu’il est essentiel de sensibiliser les futures générations au rôle joué par l’immigration dans l’édification du Canada. Nous sommes d’accord. Lorsque les jeunes nouveaux arrivants se sentent vus, valorisés et inclus, leurs résultats s’améliorent de façon très marquée. Dans le cas contraire, les conséquences — isolement social, sous-emploi et perte de potentiel — peuvent être profondes.
Les jeunes immigrants sont confrontés à des obstacles uniques : interruption des études, traumatismes liés au déplacement, pressions linguistiques et, souvent, responsabilité d’aider leurs parents dans leur adaptation. Pourtant, ils font également preuve d’une résilience extraordinaire. Ils ont des aptitudes multilingues, de grands rêves et des perspectives mondiales.
Dans le cadre de nos programmes, nous voyons des jeunes qui arrivent avec un anglais limité et qui, en moins d’un an, font du tutorat auprès de leurs pairs. Nous voyons des jeunes qui travaillent à temps partiel pour subvenir aux besoins de leur famille et qui excellent quand même à l’école. En outre, nous voyons des jeunes qui restent dans nos programmes bien après avoir obtenu leur diplôme, mais comme mentors, parce qu’ils veulent redonner à la société.
Un jeune homme, Saksham, s’est joint à l’un de nos programmes pour les jeunes à l’âge de 14 ans, seulement quelques semaines après son arrivée au Canada. Il était timide, s’exprimait sans élever la voix et ne savait pas trop où était sa place. Grâce à nos programmes pour jeunes immigrants, il a trouvé une communauté, du mentorat et des possibilités. Aujourd’hui, à 21 ans, il est un agent immobilier prospère et un leader communautaire, et il est toujours bénévole chez Achev. Il considère que notre programme jeunesse et le sentiment d’appartenance que le programme lui a procuré ont changé le cours de sa vie.
Un autre jeune, Saad, s’est inscrit à notre programme Youth 2 Action simplement pour s’occuper. Il y a trouvé une communauté qui croyait en lui. Cette expérience de bénévolat lui a permis de trouver un premier emploi au Canada, et l’a mené à une carrière en finances. Aujourd’hui, il est vice-président à la Banque TD et continue de faire du mentorat auprès de jeunes nouveaux arrivants.
Ces histoires ne sont pas des exceptions. Elles se produisent tous les jours, à Achev, et cela nous rappelle ce qui est possible lorsque les jeunes immigrants reçoivent du soutien, se sentent vus et ont un sentiment d’appartenance.
Nous voyons aussi les difficultés. Les jeunes nouveaux arrivants sont plus susceptibles d’abandonner les programmes en raison de pressions familiales ou de responsabilités financières. Beaucoup vivent de la solitude. Les données nationales récentes reflètent cette réalité. Selon un sondage mené par l’Environics Institute en 2024, les attitudes négatives à l’égard de l’immigration ont atteint leur plus haut niveau depuis des décennies.
Chez Achev, nous avons constaté que le sentiment anti-immigration s’est transformé en sentiment anti-immigrant. Les jeunes, en particulier les jeunes nouveaux arrivants racisés, font état d’une augmentation des expériences de discrimination. Ces tendances rendent la reconnaissance et l’éducation plus importantes que jamais.
Pour Achev, un mois national de l’immigration ne serait pas seulement symbolique; ce serait un outil d’éducation du public qui permettrait de lutter contre la désinformation et de créer des ponts entre les nouveaux arrivants et les Canadiens. Ce serait une occasion, pour les écoles, les employeurs et les organismes communautaires, de célébrer les jeunes immigrants et de mieux comprendre les mesures de soutien dont ils ont besoin.
Achev vous demande respectueusement d’appuyer le projet de loi S-215. Ce faisant, vous affirmeriez que les nouveaux arrivants au Canada ne sont pas seulement des bénéficiaires du système d’immigration du Canada, mais aussi des bâtisseurs de l’avenir du Canada.
Merci. C’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
La présidente : Merci, madame Chaltas.
Madame Sreenivasan et monsieur Abbas, je crois comprendre que vous partagerez votre temps de parole de cinq minutes pour votre déclaration préliminaire.
Gauri Sreenivasan, codirectrice générale, Conseil canadien pour les réfugiés : Merci beaucoup. Bonjour.
[Français]
Le Conseil canadien pour les réfugiés est la voix nationale de plus de 200 organismes membres qui travaillent avec, par et pour les communautés réfugiées et immigrantes partout au Canada.
[Traduction]
Nous sommes heureux d’avoir l’occasion de parler du projet de loi S-215, car l’immigration a joué un rôle fondamental dans l’édification du Canada. Notre message aujourd’hui est simple : les réfugiés sont un élément clé de cette histoire et devraient occuper une place importante dans tout mois national de l’immigration.
Que ce soit en accueillant les réfugiés vietnamiens arrivés par bateau dans les années 1980 ou les personnes qui fuyaient le danger en Syrie, en Afghanistan et, plus récemment, en Ukraine, les Canadiens ont toujours fermement défendu l’identité du Canada en tant que pays d’accueil des réfugiés. En outre, des centaines de milliers de réfugiés ont été parrainés par des collectivités d’un bout à l’autre du pays ou ont obtenu du soutien après avoir demandé l’asile au Canada.
Nous recommandons de modifier le préambule du projet de loi afin qu’il se lise comme suit :
Attendu : que le Canada a grandement bénéficié de la venue d’immigrants et de réfugiés de toutes les origines, qui constituent aujourd’hui une partie essentielle de sa population;
Le projet de loi arrive à point nommé parce que des politiciens de tous les partis font de plus en plus des réfugiés et des migrants les boucs émissaires de la crise du logement et de la crise des soins de santé qui touchent toutes les familles au Canada. Or, ces crises ne devraient en aucun cas servir à remettre en cause le droit à un asile sûr et à l’application régulière de la loi pour les personnes qui fuient la persécution.
Ce discours fallacieux permet des changements d’orientation extrêmement préoccupants. Même si plus de 90 000 réfugiés ont au Canada des familles et des communautés prêtes à les parrainer, le gouvernement affirme que notre pays n’a pas la capacité d’en accueillir davantage. Les parrainages du Groupe des cinq — ou G5 — ont été gelés, le nombre de réinstallations a été considérablement réduit et le droit à l’asile a été réduit par l’intermédiaire du projet de loi C-12.
La montée de la rhétorique anti-immigration est dangereuse. Elle empêche les réfugiés de trouver la sécurité, elle mine la confiance dans notre système d’immigration, elle exacerbe le racisme et elle fait en sorte que les nouveaux arrivants ne se sentent pas les bienvenus. Au fil du temps, ce sentiment menace la capacité du Canada d’attirer de nouveaux arrivants et nuit à notre réputation de démocratie inclusive et multiculturelle. Nous avons donc besoin de moyens pour rétablir l’appui de la population.
Nous accueillons l’idée d’instituer un mois national de l’immigration. Ce mois pourrait devenir un outil important pour célébrer les réfugiés et l’immigration, et entamer une sensibilisation et un dialogue sur eux, à un moment critique où de nombreux Canadiens veulent démarquer nos valeurs du traitement odieux réservé aux migrants aux États-Unis.
Quels histoires et points de vue seront mis en lumière? Les voix des réfugiés et des nouveaux arrivants, y compris celles des jeunes, doivent être au cœur de tout dialogue, communication ou sensibilisation, tout comme les perspectives autochtones sur l’immigration et la gestion des frontières.
Je vais céder la parole à mon collègue, M. Abbas.
Mustafa Abbas, coordinateur du réseau des jeunes, Conseil canadien pour les réfugiés : Honorables sénateurs, je m’appelle Mustafa Abbas et je suis coordinateur du réseau des jeunes au Conseil canadien pour les réfugiés, ou CCR.
Comme j’ai quitté le Soudan seul, sans famille à mes côtés et sans communauté qui m’attendait pour trouver refuge au Canada, je ne savais pas si je me sentirais un jour chez moi dans ce nouveau pays. Cependant, un système de protection des réfugiés juste et solide, jumelé à la communauté que j’ai trouvée, m’a donné l’occasion de rebâtir ma vie. Au fil du temps, le Canada m’a donné la chose que tous les jeunes réfugiés recherchent avant de recommencer à poursuivre leur rêve : un sentiment d’appartenance.
Maintenant que je travaille avec de jeunes réfugiés et de jeunes nouveaux arrivants d’un océan à l’autre, j’ai appris que les jeunes ne se résument pas à une seule histoire. Ils viennent de régions, de cultures et de milieux différents — et leurs identités sont multiples —, mais bon nombre d’entre eux portent les mêmes espoirs d’étudier, de travailler, de trouver un logement, d’accéder à du soutien en santé mentale, de retrouver leur famille et de contribuer à la société sans se heurter à des obstacles ou à des chances inégales.
Les jeunes ont également besoin d’espaces où ils peuvent tisser des liens, diriger et apprendre les uns des autres. Grâce aux Rassemblements Action Jeunesse que le CCR organise, j’ai vu en quoi le fait de réunir de jeunes réfugiés et nouveaux arrivants de partout au Canada renforce la confiance, le leadership, la communauté et le sentiment d’appartenance. L’avenir du Canada sera façonné par les jeunes. Un mois national de l’immigration devrait non seulement favoriser la réflexion sur l’apport passé de l’immigration dans l’édification du Canada, mais aussi contribuer à créer les conditions nécessaires pour que les jeunes migrants bâtissent l’avenir du Canada. Ce mois peut servir à créer un espace dans les écoles, les communautés et les organisations pour que la population nous entende directement parler de nos expériences en matière d’immigration et de l’avenir que nous voulons bâtir ensemble.
Merci.
La présidente : Merci d’avoir respecté le temps qui vous était alloué. Nous vous en sommes reconnaissants.
Nous allons maintenant passer aux questions des membres du comité. Pour ce groupe de témoins, les sénateurs disposeront de quatre minutes pour la question et la réponse. Veuillez indiquer si votre question s’adresse à un ou des témoins en particulier.
La sénatrice Burey : Merci énormément à vous tous d’être ici. J’ai trouvé vos exposés très complets. Vous avez répondu à bon nombre de mes questions. Je voulais le dire d’emblée.
Je suis une sénatrice de l’Ontario, mais il y a 50 ans, ma famille et moi avons immigré de la Jamaïque. Le Canada est sans conteste une terre d’immigrants. Vous pouvez voir qu’un certain nombre de sénateurs ici, au sein du comité, ont parcouru le même chemin.
Je vis dans la communauté de Windsor-Essex, qui est très historique et que vous connaissez peut-être. On parle d’éducation, du rôle du Canada et de l’immigration. Vous ne savez peut-être pas — car l’information ne figure probablement dans aucun document — que les célèbres émeutes de Blackburn à Detroit ont fait du Canada un chef de file pour l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile du monde entier.
Le Canada a joué un rôle de leader par le passé à cet égard. Souvent, on l’oublie, parce que ce pan de l’histoire n’est pas enseigné — c’est un commentaire sur le volet d’éducation.
Mais je voulais m’adresser à vous, monsieur Abbas. Je vous remercie énormément de votre merveilleux témoignage. Je suis pédiatre, alors je m’intéresse toujours à la jeunesse et à ce que les jeunes ont à dire parce que vous êtes notre avenir.
Vous avez dit que le projet de loi S-215 est très important. Selon vous, comment l’adoption de ce projet de loi influerait-elle sur votre rapport au fait d’être Canadien et sur votre propre identité?
M. Abbas : Je vous remercie de votre question.
Je suis ici depuis trois ans et demi et j’ai appris que les Canadiens ont des identités et des cultures différentes. Avant d’arriver ici, je ne connaissais pas grand-chose du Canada. Je pensais que le Canada était une personne, comme Justin Bieber par exemple.
J’ai appris à connaître différentes cultures ici. Vous avez mentionné que votre famille a immigré de la Jamaïque. J’en ai appris davantage sur la culture caribéenne à Toronto, où je vis. J’ai appris que le multiculturalisme est au cœur de l’identité canadienne et que nous devrions le renforcer et le célébrer.
La sénatrice Burey : Merci.
La sénatrice McPhedran : Je pense que nous convenons de façon générale que le projet de loi apporte une bonne nouvelle, qu’il est positif et inspirant et qu’il pourrait mener à de nombreux changements positifs au niveau communautaire et dans l’ensemble de la société. Je vais donc exprimer mon soutien et ma reconnaissance au sujet de ce projet de loi.
J’aimerais toutefois utiliser mon temps de parole pour vous interroger sur les changements que vous observez déjà autour des réfugiés et de l’immigration en général. Compte tenu de votre expertise, j’aimerais que vous nous en disiez un peu plus sur ce qui se passe actuellement — je suis sûre que le projet de loi C-12 n’est pas le seul responsable, mais il a laissé des séquelles — dans les communautés et par rapport aux réfugiés déjà au Canada et ceux qui essaient de venir au Canada.
Mme Sreenivasan : Je vous remercie de la question, sénatrice McPhedran. C’est une occasion importante de trouver des moyens de rester positifs, alors nous sommes heureux d’être invités à commenter un projet de loi qui nous permet de pousser la réflexion en ce sens.
Nous observons deux types de changements, même s’il est extrêmement complexe de les catégoriser ainsi. Il y a d’abord ce à quoi vous avez commencé à faire référence — et j’y reviendrai —, à savoir les changements concrets dans les programmes, les postes, les budgets et les lois qui transforment radicalement les systèmes d’immigration, d’accueil et de soutien.
Cependant, les premiers types de changements que nous constatons touchent en fait la communication et les trames narratives. Ce projet de loi est intéressant parce qu’il inviterait tout le monde — pas seulement les organismes communautaires qui continuent de lutter pour souligner l’importance de nos racines multiculturelles et de l’appartenance ainsi que notre travail pour que tout le monde se sente en sécurité, mais aussi les organisations, le gouvernement et les fonctionnaires — à se souvenir et à réfléchir à notre façon de communiquer.
Les changements que nous observons dans la trame narrative... Jadis, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, lançait — habituellement en novembre — le programme L’immigration, ça compte. Ce programme a été entièrement éliminé. Au lieu de cela, la trame narrative nous indique que le travail du ministère est de rendre compte de sa capacité à maintenir des niveaux d’immigration faibles et d’utiliser une terminologie sous le thème du contrôle : « La situation est hors de contrôle; nous les contrôlons, » ou « Ne vous inquiétez pas, nous les contrôlons. »
Ce vocabulaire donne un élan à un pan très sombre qui a toujours fait partie de la société, mais qui était contenu. Plus nous disons que nous devons contrôler l’immigration et plus nous nous délectons publiquement de nos statistiques qui témoignent que nous empêchons les réfugiés d’entrer au pays, plus nous encourageons la population canadienne à changer de mentalité et à penser qu’il faut craindre les immigrants et les réfugiés.
Ce faisant, nous encourageons instantanément — et j’inviterais M. Abbas à en dire plus à ce sujet — les nouveaux arrivants eux-mêmes à croire qu’ils ne sont pas les bienvenus.
Étant donné ce changement, l’incidence que pourrait avoir un mois sur l’immigration serait énorme. Il serait délibérément consacré à l’éducation, au dialogue et à la célébration — non pas pour prétendre que tout est rose, mais pour mettre l’accent sur les contributions, sur les possibilités et sur l’avenir à bâtir.
Dans la deuxième catégorie, les types de changements observés comprennent des réductions considérables du soutien que les organismes d’aide à l’établissement sont en mesure de fournir pour accueillir et appuyer les nouveaux arrivants au fil du temps. On quantifie trop étroitement le nombre exact de mois pendant lesquels les nouveaux arrivants ont besoin d’aide; au terme de cette période, ils sont privés de soutien. Cette approche entraîne d’énormes répercussions sexospécifiques, car les femmes et les personnes de diverses identités de genre mettent souvent plus de temps à demander du soutien.
De toute évidence, des changements législatifs et stratégiques s’opèrent, de sorte que les niveaux d’immigration réels ont été réduits. Les organismes communautaires que M. Abbas allait appuyer pour faire venir sa famille ici... Le programme des Groupes de cinq est en pause et n’est pas autorisé. Le fondement législatif garantissant la protection au Canada s’est extrêmement amenuisé.
Il se pourrait maintenant que le processus pour évaluer la protection des demandeurs ne prévoit pas d’audiences. Les changements posent grandement problème.
Je vais m’arrêter ici pour laisser du temps aux autres.
M. Abbas : Au sujet des différents changements auxquels nous sommes confrontés en ce moment, je vais commencer par l’exemple du projet de loi C-12. L’Entente sur les tiers pays sûrs est le premier élément qui pourrait avoir une incidence sur les demandeurs. Par le passé, on pouvait se présenter à une frontière non officielle et demander l’asile. En ce moment, cette entente considère les États-Unis comme un pays sûr. Or, si vous posez la question à n’importe qui ici, au Sénat, ou à n’importe qui dans la population, on vous répondra que les États-Unis ne sont pas un pays sûr.
Le projet de loi C-12 élimine le droit d’asile. Je ne pense pas que ce soit bénéfique pour la réputation du Canada. De plus, étant donné le changement de discours et les communications du gouvernement — je suis venu ici avec des notes empreintes d’optimisme et de positivité —, beaucoup de gens pourraient cacher leur identité ou leur statut de réfugié ou d’immigrant à cause du discours véhiculé par le gouvernement lui-même. C’est néfaste, et cela pourrait entraîner des conséquences encore pires à l’avenir.
La sénatrice Arnold : Je vous remercie de cette réponse. Je vous en suis très reconnaissante. Je pense que nous avons sans contredit entendu parler de tous les avantages. En tant qu’ancienne mairesse, je suis très consciente des avantages qu’apporte l’immigration à une communauté qui a récemment connu une croissance exponentielle. Je suis également très consciente des obstacles auxquels font face les nouveaux arrivants et de la contribution qu’ils apportent à nos communautés.
Je suis donc curieuse. À la lumière de ce projet de loi, je m’interroge sur l’incidence que vous espérez qu’un mois national de l’immigration aurait sur le cœur et l’esprit des Canadiens. Comme vous le disiez, madame Sreenivasan, puisque la politique est en train de changer, comment pouvons-nous mettre ce projet de loi à profit pour renverser la vapeur?
Mme Chaltas : Merci beaucoup de la question, sénatrice. Je pense que votre commentaire sur les cœurs et les esprits est crucial. Nous savons tous que nous pouvons communiquer toutes sortes de faits, de chiffres et de données, mais la réalité, c’est que les histoires résonnent dans nos cœurs et nos âmes.
Je pense que des récits incroyables peuvent être racontés, et lorsqu’on les partage, comme je le dis souvent, on parvient à briser les mythes de la valeur. Et c’est vrai pour un large éventail de publics — pas seulement les citoyens en général, mais aussi, je dirais, les employeurs, qui comprennent mal les obstacles ou les défis que portent les nouveaux arrivants sur le marché du travail.
C’est une occasion de raconter des récits vraiment percutants. Le projet de loi fournit une plateforme de défense des droits et accomplit l’un des objectifs que nous prenons très au sérieux : essayer d’être la voix de nos clients dans les salles où ils ne peuvent pas se faire entendre.
Nous rencontrons constamment des politiciens, des chefs d’entreprise et des dirigeants communautaires. Pendant un mois tel qu’il serait institué, nous aurions l’occasion de miser sur ces moments — ces moments galvanisés — pour redéfinir les priorités; déboulonner ces mythes; essayer d’inciter à l’action et au changement; et faire comprendre à la population qu’elle a un rôle à jouer. Ce rôle peut être très minime, simple et se remplir en une seule étape, ou il peut avoir plus d’envergure.
Le projet de loi offre une possibilité qui n’existerait pas autrement. Je pense que le cœur et l’esprit sont un excellent point de départ.
La sénatrice Arnold : Merci beaucoup. Quelqu’un d’autre veut-il intervenir?
Mme Sreenivasan : J’abonde tout à fait dans le même sens que ma collègue, et je poursuivrais sur cette lancée en disant que le mois serait une occasion de raconter nos histoires, des récits fondés sur des valeurs qui rappellent aux Canadiens et aux résidents du Canada la meilleure version que nous voulons être de nous-mêmes. Les contributions doivent être reconnues dans un éventail de domaines. Le discours entourant l’édification de notre pays et la contribution économique prend beaucoup de place. C’est le genre de discours dans lequel nous tombons rapidement.
Mais il y a tellement d’autres contributions importantes axées sur les citoyens, la bienveillance, la culture et la démocratie. Je ne connais plus le nombre dans le Cabinet actuel, mais le Cabinet a déjà compté cinq anciens réfugiés. La population doit reconnaître toute une gamme de contributions culturelles, artistiques et de soutien familial de la part des réfugiés et des nouveaux arrivants afin que nous nous voyions les uns les autres. Au bout du compte, nous devons valoriser et aimer les différences. En tant que fille d’immigrants, je suis toujours consciente de la différence. Mais en fin de compte, nous devons saisir que ce sont tous nos voisins et que l’union fait la force. Je pense qu’il est vraiment important de faire connaître toute la gamme de contributions.
La sénatrice Senior : Je vous remercie de votre présence. Je pense que j’aimerais — sans vouloir manquer de respect aux témoins plus expérimentés qui sont parmi nous — demander aux jeunes témoins ce qu’ils pensent du rôle des jeunes. Pour faire suite à la question de la sénatrice Arnold, en ce qui concerne le projet de loi, quel serait, selon vous, le rôle des jeunes pour changer la trame narrative?
Kristen Neagle, directrice, Relations gouvernementales et partenariats stratégiques, Achev : Je vous remercie de la question, sénatrice. Je pense que ce projet de loi serait une excellente occasion de combler le fossé entre, d’une part, les personnes qui, comme moi, s’identifient comme étant nées ici au Canada, et, d’autre part, les jeunes qui ont un parcours différent — qui ont immigré ici, que ce soit avec leur famille ou en tant que réfugiés.
Je pense que bien des gens aiment raconter l’histoire de leurs grands-parents qui sont venus ici — que ce soit d’Irlande ou d’Italie — et décrire les difficultés qu’ils ont rencontrées en arrivant ici avec 5 $ et un sac sur le dos.
Bien des jeunes Canadiens ne voient pas en quoi cette expérience se rapporte aux immigrants d’aujourd’hui. Je ne pense pas que ces histoires et certains des défis auxquels les immigrants ont été confrontés à l’époque — le manque d’appartenance, le racisme, les difficultés et le fait de ne pas connaître la langue ou le travail qu’ils allaient avoir — soient si différents de nos jours.
Le projet de loi donne vraiment l’occasion aux jeunes de réfléchir à l’histoire de leur famille ici, au Canada, et au lien entre cette histoire et l’expérience de leurs camarades de classe et d’autres jeunes. Malheureusement, nous constatons tous — qu’on le vive soi-même ou qu’on le voie de l’extérieur, à titre d’allié — que la haine, le racisme et le sentiment anti‑immigrants s’accentuent. C’est malheureux.
En tant que jeunes, nous avons la responsabilité de tendre la main, de trouver des occasions de combler le fossé et de nous assurer que ce ne sera pas le récit du Canada à l’avenir et que nous pouvons en quelque sorte revenir dans la bonne direction. Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que c’est ce que représente le Canada.
M. Abbas : Merci. Je suis d’accord avec Mme Neagle. Le mois pourrait être une tribune pour les jeunes, pour entendre ce qu’ils ont à dire. Comme je l’ai mentionné, il y a beaucoup d’histoires qu’on ne connaît pas. Il y a beaucoup de jeunes réfugiés qui contribuent à la société. J’ai deux amies qui travaillent comme infirmières dans le Nord de l’Ontario. Elles viennent tout juste d’arriver ici, elles ont obtenu leurs titres de compétences et elles aident la communauté dans le Nord en ce moment.
Il y a beaucoup d’histoires qui pourraient être connues. Une telle plateforme et cette visibilité pour montrer l’incidence positive de l’immigration et des réfugiés seraient une belle occasion à saisir. Ici, au CCR, nous avons le Réseau des jeunes et l’Équipe pilote. Cette équipe ressemble aux autres groupes consultatifs de jeunes, mais elle est plus opérationnelle. Nous avons des programmes et des membres partout au pays. Nous avons notre propre initiative, mais si elle était d’envergure nationale, cela changerait vraiment la donne. Il serait plus facile pour nous et pour des groupes comme le nôtre de prendre la parole et de montrer comment les jeunes réfugiés et les jeunes migrants contribuent à la société canadienne. Leur contribution est grande, mais elle est cachée, et nous essayons de la rendre visible pour le public et les médias.
La sénatrice Senior : Merci.
La sénatrice Muggli : Je ne sais même pas si j’ai encore une question à poser, car vous avez répondu avec brio, mais je vais dire quelques mots.
Les projets de loi visent habituellement à corriger quelque chose ou à attirer l’attention sur un problème que nous voulons régler.
Nous savons, d’après ce que vous et d’autres nous avez dit, qu’il y a suffisamment de désinformation au sujet des immigrants dans la situation actuelle : les immigrants sont la cause de la crise du logement, du chômage, etc. Madame Chaltas, je crois que vous avez dit que leurs contributions étaient invisibles.
Allons-nous régler ce problème en instituant un mois pendant lequel nous partageons et célébrons nos coutumes? Allons-nous régler ce problème en saisissant l’occasion d’avoir un mois d’éducation immersive et en nous attaquant à la stigmatisation croissante et aux attitudes négatives à l’égard de l’immigration?
Cela m’amène à me demander quelle est la façon la plus efficace de procéder. Je pense que les attitudes sont la raison pour laquelle le projet de loi a été présenté en premier lieu.
Je vais vous donner un exemple. À Saskatoon, la Saskatoon Open Door Society, une agence d’aide à l’établissement, organise chaque année le gala annuel des prix de la diversité, où elle remet des prix aux entreprises qui emploient de nouveaux arrivants. Il y a habituellement cinq ou six entreprises qui sont mises en nomination. On remplit une salle entière de 500 personnes; c’est un grand événement, et les gens veulent y prendre part maintenant. Ils veulent gagner le prix, ils veulent prendre la photo et se retrouver dans le journal.
Ce que je veux dire, c’est que je pense que ce renforcement positif pourrait être une voie à suivre pour essayer de faire comprendre aux gens que les immigrants ne sont pas la cause du chômage ou de ce genre de problèmes.
Je vais céder la parole à Mme Chaltas.
Mme Chaltas : Merci beaucoup, madame la sénatrice. Vous faites des choses extraordinaires dans votre communauté.
Nous organisons un événement semblable dans le cadre duquel nous célébrons les réussites de nos clients et de nos partenaires, mais nous choisissons également un employeur partenaire que nous célébrons.
Il n’y a pas d’approche universelle ici, et chaque collectivité devra examiner les façons dont elle peut tirer parti de cette occasion. Mais je suis d’accord pour dire que célébrer les réussites est une façon beaucoup plus efficace d’apporter des changements que de toujours parler des aspects négatifs. Il s’agit d’avoir une vision de l’avenir au Canada, de déterminer comment nous pouvons la réaliser, de tracer la voie à suivre et de trouver les gens qui vont y contribuer.
Je pense que votre approche positive est la bonne.
La sénatrice Muggli : Merci. Quelqu’un d’autre veut-il intervenir?
Mme Neagle : Ce qu’il y a de merveilleux dans ce projet de loi, qui ne prescrit pas ce qui doit être fait, c’est qu’il permet aux organisations et aux particuliers de tout le pays de déterminer ce qu’un mois comme celui-ci signifie pour eux.
Qu’il s’agisse d’une soirée de cuisine culturelle, d’une campagne dans les médias sociaux ou d’une cérémonie de remise de prix, il n’est pas nécessaire que ce soit un fardeau pour les petites organisations ou qu’il faille déployer de nombreuses ressources pour soutenir ces initiatives. Les événements peuvent aussi être adaptés selon la situation qui prévaudra dans les années à venir.
J’espère qu’une telle mesure contribuera à réduire une partie de ce sentiment que nous observons. La désinformation ne sera peut-être plus le sujet à l’avant-plan dans quelques années. J’espère que nous aurons dissipé bon nombre de ces mythes, et qu’il continuera d’y avoir plus de belles histoires et de positivisme au lieu des éléments négatifs que nous avons entendus aujourd’hui.
La sénatrice Muggli : Merci.
La sénatrice Osler : Merci à tous les témoins d’être ici aujourd’hui. Ma question s’adresse au Conseil canadien pour les réfugiés.
Madame Sreenivasan, je crois que, dans votre déclaration préliminaire, vous avez parlé d’un amendement pour l’ajout du mot « réfugiés » dans le préambule. J’aimerais que vous nous en disiez plus sur la réflexion qui vous a amenée à proposer cet amendement. Les raisons qui amènent les réfugiés à s’installer au Canada ne sont pas les mêmes que celles qui amènent d’autres gens à immigrer au Canada.
Dans votre recommandation d’ajouter ce mot au préambule, pensiez-vous seulement à la ligne 2? Y a-t-il d’autres domaines où vous recommanderiez d’ajouter les mots « et les réfugiés »? Le titre intégral et le titre abrégé sont-ils suffisants? Pourriez-vous nous en dire plus sur votre suggestion?
Mme Sreenivasan : Je vous remercie de la question. Nous y avons réfléchi parce que bon nombre des réfugiés qui obtiennent le statut deviennent aussi des immigrants, mais ce n’est pas le cas de tous. La façon de venir au Canada est importante.
Ce que nous essayons de célébrer dans l’histoire du Canada, c’est la reconnaissance que notre identité tient compte des deux parties. Nous voulons être un pays où les gens veulent s’installer, pour diverses raisons qui leur sont propres, mais nous resterons également un refuge solide pour ceux qui ont été déplacés de force.
Je peux vous dire qu’en ce qui a trait aux niveaux d’immigration et aux discussions sur l’immigration, nous accordons de moins en moins de place aux réfugiés. Je pense qu’il est important que nous reconnaissions que l’histoire de la migration — le système d’immigration du Canada — concerne à la fois la migration volontaire et la protection de ceux qui n’ont pas le choix. C’est pourquoi le mot est important.
Je ne voulais pas être la personne qui veut l’insérer partout. Je reconnais que la LIPR, la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, y est soulignée, mais il s’agit d’une sorte de référence juridique à la loi, qui couvre de nombreux aspects de l’immigration et des réfugiés. Je pensais simplement que nous devrions ajouter « et les réfugiés » à l’endroit où nous reconnaissons une partie vitale de notre population. Il serait possible d’ajouter ces mots à quelques autres endroits, mais mon intention en soulevant la question était qu’au moment d’élaborer le programme d’action ou de déterminer ce qui se passera au cours de ce mois — et je suis moi aussi d’avis que les gens pourront l’adapter comme ils le souhaitent —, nous puissions établir dès le départ que le Canada est un lieu de refuge pour les réfugiés.
Je voulais que ce soit nommé explicitement. Quand on ne parle que d’immigration, cette nuance peut se perdre. Je peux vous le dire parce que nous l’observons dans les niveaux d’immigration. Près de 7 % de l’immigration vise des réfugiés réinstallés. Il est important pour moi que nous conservions ces deux éléments, car il s’agit à la fois de célébrer ce que nous sommes pour nous-mêmes et où nous nous situons dans le monde.
La sénatrice McPhedran : Je vous remercie de me donner cette occasion supplémentaire, car il y a quelque chose qui me trotte dans la tête. J’espère que le temps permettra à tout le monde de répondre, mais je veux commencer par Mme Neagle et M. Abbas.
Votre génération en sait beaucoup plus sur les médias sociaux que la mienne. Une grande partie de ce qui ne va pas vient des médias sociaux : des algorithmes qui ciblent des gens qui sont déjà enclins au racisme et qui encouragent cela. Autrement dit, on encourage le pire chez les gens.
Que pensez-vous de certains liens possibles entre les médias sociaux qui sont plus utiles dans le contexte de ce projet de loi et de ce qu’il offre? Avez-vous des idées précises sur la stratégie?
M. Abbas : Les médias sociaux sont un gros enjeu à l’heure actuelle. Les gens utilisent davantage les médias sociaux que les médias traditionnels.
La solution qui me vient à l’esprit en ce moment concerne les communications gouvernementales en premier lieu. Sur les médias sociaux, il est parfois difficile de contrôler la diffusion de messages anti-immigration ou la désinformation au sujet des réfugiés. Mais ce que nous pouvons contrôler, ce sont les communications gouvernementales.
Si le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté parle de façon négative des réfugiés dans les médias sociaux — cela vient d’un ministre, d’un représentant du gouvernement —, c’est quelque chose que nous pouvons contrôler. Cela revient à ce que le premier ministre Carney a dit. Nous pouvons contrôler ce que nous avons, et nous pouvons éviter ce que nous ne pouvons pas contrôler. C’est semblable à ce qui s’est passé avec les relations canado-américaines.
Nous pouvons contrôler les communications gouvernementales, et cela mènera éventuellement à un meilleur discours dans les médias sociaux. Les organismes communautaires, les particuliers et les célébrités de partout au Canada peuvent participer à des campagnes comme celle-ci.
Un mois comme celui-ci pourrait contrebalancer une partie de ce côté négatif, que nous devons aborder, parce qu’il devient dangereux. J’ai parlé plus tôt de l’Entente sur les tiers pays sûrs. Nous ne sommes pas si loin des États-Unis. Nous avons vu ce que l’Immigration and Customs Enforcement, ou ICE, a fait avec les réfugiés et les migrants aux États-Unis. Avec un tel discours, on pourrait obtenir le même résultat dans l’avenir, alors nous devons d’abord changer le discours à l’interne, puis le changer sur les médias sociaux.
Mme Neagle : Nous ne nous débarrasserons jamais complètement de la haine, mais je pense que nous pouvons peut‑être la noyer avec des histoires positives et nous assurer que lorsque ces messages malheureux sont diffusés, il y a aussi des messages positifs que les gens peuvent voir pour comprendre que ce n’est pas tout le monde.
La sénatrice McPhedran : Permettez-moi d’intervenir, car je veux approfondir un peu la question.
D’après la description de votre poste, vous êtes notamment responsable des relations d’entreprise. Je me demande si vous avez quelque chose à ajouter en particulier, compte tenu de votre expérience de travail avec les sociétés, qui pourrait être possible dans cette situation.
Mme Neagle : Avec les médias sociaux?
La sénatrice McPhedran : Oui.
Mme Neagle : Je pense que les entreprises jouent certainement un rôle en ce qui concerne les messages qu’elles envoient au sujet des avantages de l’immigration pour notre pays. Je tiens également à dire que je ne pense pas que les immigrants devraient être réduits à leur seul potentiel économique. Parfois, avec certains de ces mois de reconnaissance, je pense qu’ils peuvent être réduits à une fraction de ce qu’ils tentent d’accomplir.
Je pense que les sociétés ont certainement un rôle à jouer pour faire connaître ces histoires positives. Mais en fin de compte, chaque histoire de chaque immigrant est différente et unique, et sa contribution variera.
La sénatrice McPhedran : Merci.
La présidente : Mesdames et messieurs les sénateurs et les témoins, voilà qui met fin aux témoignages prévus au plan de travail pour ce projet de loi.
Je remercie tous les témoins de leur temps et de leur présence parmi nous aujourd’hui.
Demain, nous entamerons notre étude du projet de loi S-221, Loi portant reconnaissance du mésangeai du Canada comme oiseau national du Canada.
Au cours de la deuxième moitié de notre réunion, nous consacrerons du temps à l’étude article par article des projets de loi S-215 et S-221. Les sénateurs qui souhaitent proposer des amendements ou annexer des observations au rapport sur l’un ou l’autre des projets de loi sont priés de les soumettre à la greffière du comité avant la réunion de demain.
Comme il n’y a pas d’autres points à l’ordre du jour, nous en sommes à la fin de la réunion.
(La séance est levée.)