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SOCI - Comité permanent

Affaires sociales, sciences et technologie


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES AFFAIRES SOCIALES, DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 28 mai 2026

Le Comité permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie se réunit aujourd’hui, à 10 h 30 (HE), pour étudier le projet de loi S-221, Loi portant reconnaissance du mésangeai du Canada comme oiseau national du Canada; et pour l’étude article par article du projet de loi S-221, Loi portant reconnaissance du mésangeai du Canada comme oiseau national du Canada, et du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration; et, à huis clos, pour l’étude d’un projet d’ordre du jour (travaux futurs).

La sénatrice Rosemary Moodie (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Bienvenue à cette réunion du Comité permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Je m’appelle Rosemary Moodie. Je suis sénatrice de l’Ontario et présidente du comité. J’aimerais commencer par un tour de table et demander aux sénateurs de se présenter.

La sénatrice Burey : Bonjour. Sharon Burey, sénatrice de l’Ontario.

La sénatrice Senior : Bonjour. Paulette Senior, sénatrice de l’Ontario.

[Français]

Le sénateur Boudreau : Victor Boudreau, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Arnold : Dawn Arnold, du Nouveau-Brunswick.

La sénatrice Petitclerc : Chantal Petitclerc, du Québec.

[Traduction]

La sénatrice Greenwood : Bonjour et bienvenue. Margo Greenwood, de la magnifique Colombie-Britannique, terre d’accueil de nombreux oiseaux.

Le sénateur Cuzner : Rodger Cuzner, de la magnifique Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Muggli : Bonjour. Tracy Muggli, du territoire visé par le Traité no 6, en Saskatchewan.

La présidente : Merci, chers collègues. Au cours de la première partie de la réunion d’aujourd’hui, le comité examinera le projet de loi S-221, Loi portant reconnaissance du mésangeai du Canada comme oiseau national du Canada. Au cours de la deuxième partie de cette réunion, nous consacrerons notre temps à l’étude article par article des projets de loi S-221 et S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.

Nous recevons dans un premier temps deux témoins, soit l’honorable sénatrice Salma Ataullahjan, marraine du projet de loi, ainsi que M. David M. Bird, professeur émérite de biologie de la faune à l’Université McGill. Merci de vous joindre à nous. Vous disposerez chacun de cinq minutes pour vos déclarations liminaires, qui seront suivies des questions des membres du comité.

L’honorable sénatrice Salma Ataullahjan, marraine du projet de loi, à titre personnel : Bonjour, madame la présidente et distingués membres du comité. Merci de m’offrir l’occasion de comparaître devant vous pour parler du projet de loi S-221.

Tout pays qui cherche à se définir choisit des symboles qui reflètent ses valeurs, ses croyances et ses aspirations. C’est pourquoi les symboles ont de l’importance. Ce sont les récits que nous nous racontons sur qui nous sommes. Ce sont les piliers de notre identité nationale. Dans un pays aussi vaste et diversifié que le Canada, les symboles nationaux constituent un terrain d’entente. Il ne s’agit pas seulement d’une image de marque; il s’agit de bâtir une nation.

Prenons l’exemple de la feuille d’érable : avant même qu’elle n’apparaisse sur notre drapeau national en 1965, des générations de Canadiens l’utilisaient déjà comme symbole de l’identité canadienne. Après tout, l’érable est un élément important du paysage de l’Est du Canada, où les Autochtones l’apprécient pour sa sève et ses produits dérivés. Aujourd’hui, quand nous voyons le drapeau à la feuille d’érable bien en évidence sur des sacs à dos à l’étranger ou hissé lors d’une cérémonie de remise de médailles olympiques, cela suscite des sentiments de fierté, d’appartenance et de patrie. Je ne saurais vous dire combien de fois mes enfants, en voyant une feuille d’érable lors de nos voyages, sautaient de joie en disant : « Le Canada! Le Canada! » Ils étaient tout petits, mais ils savaient que la feuille d’érable représentait le Canada.

Pourtant, nous voici 158 ans après la Confédération. Nous avons un drapeau. Nous avons un hymne national. Nous avons même un arbre national et un cheval national, mais nous n’avons pas d’oiseau national.

« Pourquoi un oiseau? », demanderez-vous peut-être. Les oiseaux comptent parmi les symboles les plus couramment utilisés pour façonner un récit. Sur les 195 pays du monde, 106 ont un oiseau national officiel, tandis que 21 en ont des non officiels. Au Canada, toutes les provinces et tous les territoires ont un oiseau officiel.

Les oiseaux sont universels. On les trouve partout dans le monde et souvent au-delà des frontières nationales. Ils sont visuellement saisissants, souvent bruyants et observables dans la vie quotidienne. Les gens prennent plaisir à observer les oiseaux, ce qui fait de l’ornithologie, l’observation des oiseaux, un passe‑temps populaire, surtout en Amérique du Nord.

Selon un article de CBC News datant de 2024, une communauté grandissante de jeunes du Nord de l’Ontario choisit l’ornithologie comme passe-temps de prédilection.

Des études récentes montrent que la présence d’oiseaux dans son environnement est bénéfique pour la santé mentale. Je suis désolée. J’ai ajouté cette note à la va-vite et j’ai du mal à déchiffrer mon écriture.

Les oiseaux jouent un rôle important dans notre vie quotidienne. Par exemple, ils contribuent à la pollinisation et à la lutte contre les ravageurs. Ils nous fournissent des œufs et de la viande pour notre subsistance.

Dans nos vêtements, nos oreillers et nos couvertures, leurs plumes nous procurent de la chaleur. On trouve aussi des plumes dans des objets décoratifs et certaines œuvres artistiques.

Pourtant, les oiseaux sont bien plus que de simples créatures belles ou utiles. Ce sont des métaphores. Ils représentent la liberté, les aspirations et la vision. Leurs chants rythment nos saisons. Leurs plumes flottent dans notre poésie. Leur vol élève notre imagination.

Le Canada abrite plus de 450 espèces d’oiseaux. Compte tenu de cette riche biodiversité aviaire, il est regrettable que nous n’ayons toujours pas officiellement reconnu d’oiseau national.

En arrêtant notre choix, nous choisissons un symbole pour transmettre notre histoire et mettre en valeur notre patrimoine naturel. À une époque où les changements climatiques menacent nos écosystèmes, où notre identité continue d’évoluer et où nos concitoyens recherchent l’unité, il est essentiel que nous choisissions un oiseau qui ne représente pas seulement notre géographie, mais aussi notre esprit.

Je laisserai à M. Bird le soin de parler du mésangeai du Canada et des raisons pour lesquelles il est le meilleur choix pour devenir l’oiseau national du Canada.

Par contre, je voudrais conclure en soulignant l’importance des symboles. Ils ne nous définissent peut-être pas, mais ils sont notre reflet et, dans les moments de tourmente, nous nous tournons vers nos symboles pour nous rappeler qui nous sommes. À une époque où notre pays est confronté à de nombreux défis qui touchent au cœur même de notre nation, il est crucial que nous nous souvenions de ce qui compte le plus : notre histoire, nos peuples, nos valeurs, notre terre.

Nous sommes un pays en pleine redéfinition, en voie de réconciliation avec son passé, tourné avec audace vers l’avenir. Choisissons un oiseau qui reflète ce parcours. N’attendons pas encore 158 ans. Agissons maintenant.

Merci de votre attention.

La présidente : Merci, madame la sénatrice. Monsieur Bird, la parole est à vous.

David M. Bird, professeur émérite de biologie de la faune, Université McGill, à titre personnel : Madame la présidente, distingués membres du comité et invités, merci beaucoup de nous offrir l’occasion de plaider pour le mésangeai du Canada. Ce magnifique oiseau chanteur se reproduit dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada. Sa carte de répartition reflète pratiquement les frontières de notre pays, avec quelques incursions mineures aux États-Unis. Il n’a pas toujours été connu sous le nom de mésangeai du Canada. Pendant 200 ans, il a en effet été connu sous ce nom, mais en 1957, le comité officiel chargé de la liste des oiseaux l’a rebaptisé par erreur « geai gris », en suivant l’orthographe américaine. Grâce à Dan Strickland, le plus grand expert canadien sur l’espèce, le comité a rétabli le nom de « mésangeai du Canada » en 2015. Pourrait‑on imaginer un meilleur nom pour l’oiseau national de notre pays? Son nom français est mésangeai du Canada, et son nom latin est Perisoreus canadensis.

Peut-être que de nombreux Canadiens connaissent mieux cet oiseau sous le nom de whisky jack. Ce nom serait apparemment dérivé du mot cri wîskicahk. Le mésangeai du Canada est unique parmi les oiseaux canadiens en ce qu’il possède un nom vernaculaire anglais d’origine autochtone largement utilisé. Cet oiseau est profondément ancré dans les croyances et les traditions des peuples autochtones. En effet, les membres des Premières Nations vénèrent le whisky jack comme un présage de bonne fortune et un avertissement de danger dans la forêt. On pourrait soutenir que le mésangeai du Canada pourrait incarner un symbole important pour la tâche collective de réconciliation avec les Autochtones. Heureusement, le mésangeai du Canada n’a pas encore été revendiqué comme oiseau officiel par une autre entité géographique; il est tout à nous. C’est aussi un choix sûr, car il n’est ni chassé ni tué comme espèce nuisible et n’est pas non plus une espèce menacée. Quant à son caractère, on ne pourrait tout simplement pas trouver un oiseau plus canadien. Tout d’abord, étant membre de la famille des corvidés — corbeaux, corneilles, pies et geais —, il est sans doute l’un des oiseaux les plus intelligents de la planète. Avec un rapport cerveau-corps rivalisant presque avec celui de l’humain, cet oiseau intelligent fait preuve d’une impressionnante habileté économique en cachant et en déplaçant jusqu’à 100 000 morceaux de nourriture en une seule saison. C’est une aptitude mathématique qui pourrait même impressionner un certain premier ministre.

Deuxièmement, étant une espèce extrêmement robuste et résistante, cet oiseau choisit en fait de ne pas quitter notre pays pendant nos hivers canadiens rigoureux. Il y vit plutôt toute l’année pour se reproduire à des températures bien en dessous de zéro, couvant parfois ses œufs à moins 30 degrés Celsius. Troisièmement, les mésangeais du Canada sont extrêmement sociables, curieux et confiants, n’hésitant pas à venir se percher sur des mains ouvertes, même sans nourriture ni aucun dressage. Aucun autre oiseau canadien ne fait cela. Lorsqu’il a été annoncé en 2016 que le mésangeai du Canada était le meilleur choix pour notre oiseau national, quelques Canadiens grincheux se sont gratté la tête en se demandant : « Pourquoi ne choisissons-nous pas un oiseau que je vois dans mon jardin ou un oiseau que l’on trouve couramment dans les villes et les villages? » Je ne suis pas d’accord avec cette réserve. De nombreux animaux nationaux de renommée mondiale, comme le kiwi et l’aigle à tête blanche, sont rarement vus par la plupart des habitants, mais restent de puissantes icônes nationales. Plus près de nous, les Canadiens ne voient que rarement, voire jamais, 10 de nos 13 oiseaux provinciaux et territoriaux, et aucun n’est un oiseau de jardin ou de ville.

Le mésangeai du Canada est un habitant de notre forêt boréale, le plus grand habitat sauvage contigu du Canada, qui s’étend d’un océan à l’autre et couvre 1,3 milliard d’acres. En bref, pour rencontrer cet oiseau, les Canadiens devront quitter leur canapé et s’aventurer à l’extérieur, dans nos parcs et nos stations de ski de la forêt boréale. Je vous garantis que ce petit oiseau extraordinaire viendra vous saluer, comme il le fait depuis des millénaires, accueillant joyeusement autour de leurs feux de camp, en plein cœur de l’hiver, les personnes qui ont bâti notre nation : les explorateurs, les colons, les trappeurs et les membres des Premières Nations.

Évidemment, aucun choix ne fera jamais l’unanimité, du moins au début, tout comme notre drapeau, aujourd’hui incontesté et très apprécié, a lui aussi rencontré une résistance considérable lors de son adoption en 1965. Si quelques Canadiens pourraient faire valoir que le Canada ne devrait même pas avoir d’oiseau national, la plupart des Canadiens ne partagent probablement pas une telle attitude négative, surtout en cette période de fierté renouvelée pour notre pays et de désir commun de réaffirmer notre caractère unique et notre indépendance. En fait, j’ai entre les mains une liste de pas moins de 43 organisations de protection des oiseaux et de la nature, dont 8 nationales, 33 représentant toutes les provinces et un territoire, ainsi que les 2 plus grandes sociétés ornithologiques internationales au monde, qui ont toutes apporté leur soutien sans réserve au projet de loi S-221. Ces organisations regroupent au total près de deux millions de Canadiens. En résumé, le mésangeai du Canada est un choix fédérateur, écologiquement logique et typiquement canadien, et il mérite d’être sérieusement pris en considération comme oiseau national. Nous espérons que vous en conviendrez.

La présidente : Merci, monsieur Bird.

Nous allons maintenant passer aux questions des membres du comité. Pour ce groupe de témoins, les membres disposeront de quatre minutes pour leurs questions, réponses comprises. Veuillez indiquer si votre question s’adresse à un témoin en particulier ou à plusieurs témoins.

La sénatrice Burey : Un grand merci à tous les témoins d’être ici, et merci pour votre passion.

Je me suis mise à l’observation des oiseaux dans mon jardin pendant la pandémie; je vous l’avoue d’emblée. Ce projet de loi m’intéresse beaucoup, mais je voulais vraiment savoir pourquoi, selon vous, le Canada n’a pas encore adopté d’oiseau national, d’après vous deux.

M. Bird : C’est une très bonne question, car cela fait maintenant 11 ans que je travaille là-dessus. En fait, en 2010, dans ma chronique ornithologique de la Montreal Gazette, je me suis demandé quel serait un bon oiseau national pour le Canada, et j’ai parcouru le livre Birds of Canada, dont je venais de devenir le rédacteur en chef, et j’ai rapidement pensé au geai gris. C’est ainsi qu’il s’appelait à l’époque. À la fin de la chronique, j’ai déclaré que c’était une évidence.

Je me souviens d’avoir contacté, je crois, un député à l’époque qui semblait intéressé par cette idée, mais cela n’a jamais abouti, puis il y a eu une tentative timide de la part d’un centre ornithologique en Ontario pour faire avancer les choses, mais cela s’est en quelque sorte soldé par un échec. En 2015, la Société géographique royale du Canada est intervenue et a organisé son propre concours, et en fin de compte, elle a proclamé le mésangeai du Canada, alors appelé geai gris, comme vainqueur.

Alors pourquoi ne l’avons-nous pas fait il y a longtemps? Peut-être n’y avait-il personne comme moi voulant simplement y consacrer le temps nécessaire pour que cela se réalise. Je ne fais pas cela tout seul. Il y a d’autres membres de l’équipe pour le mésangeai du Canada — les sept autres auteurs du livre que nous avons rédigé ensemble —, donc cela a demandé énormément de travail, et je ne suis pas surpris que personne n’ait fait cet effort auparavant. J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice Burey : Oui, vous l’avez fait. Sénatrice Ataullahjan?

La sénatrice Ataullahjan : Merci pour cette question. La plupart des causes ont besoin d’un champion. J’ai été très surprise d’apprendre que nous n’avions pas d’oiseau national, et c’est lors d’une conversation fortuite avec l’ancienne députée Brenda Shanahan que j’en ai pris conscience. Nous étions en voyage ensemble aux États-Unis, et j’ai commencé à parler de mon amour pour les oiseaux, et elle m’a dit : « Vous savez, David Bird milite pour cette cause. »

J’ai décidé de me pencher sur la question. Mme Shanahan m’a dit qu’il avait envoyé un livre à tous les parlementaires, dont les députés, et qu’elle était la seule à l’avoir ramassé, à l’avoir consulté et à avoir décidé que la cause méritait qu’on s’y consacre. C’est alors qu’elle a contacté M. Bird.

Quand j’ai parlé à M. Bird pour la première fois, je lui ai dit : « Vous savez ce que vous auriez dû faire? Vous auriez dû contacter les sénateurs. Nous sommes les gens d’action. C’est nous qui faisons bouger les choses. » Ce n’est pas facile; nous y travaillons, M. Bird et moi. J’ai pris la parole au Sénat il y a près d’un an. J’y réfléchissais. Je pense qu’il n’y avait personne pour défendre cette cause, et voilà où nous en sommes. Nous avons un champion. Nous avons plus de deux millions de personnes derrière nous, et je pense que le moment est venu pour nous d’avoir un oiseau national.

La sénatrice Senior : Monsieur Bird, vous allez devoir me pardonner, mais je suis née en Jamaïque, et selon vous, quel est le nom de l’oiseau national là-bas?

M. Bird : Je sais exactement de quel oiseau il s’agit. C’est le colibri à tête noire, ou l’oiseau médecin de son surnom, l’un de mes oiseaux nationaux préférés au monde. Je l’ai cité d’ailleurs dans le livre.

La sénatrice Senior : Désolée, je ne pouvais pas m’en empêcher.

M. Bird : Vous avez bien fait.

La sénatrice Senior : Si j’en parle, c’est parce que, quand j’étais enfant à l’école, on nous l’a appris. Que ce soit par des comptines ou autrement, on l’apprenait en grandissant, donc tous les enfants jamaïcains scolarisés savent certainement quel est l’oiseau national. Je me demande ce que vous avez en tête en guise de programme éducatif ou de sensibilisation une fois que ce projet de loi aura été adopté. Il est rare qu’un projet de loi nous fasse sourire, nous fasse rire et nous mette de bonne humeur, alors je m’en réjouis. En supposant que ce projet de loi soit adopté ici et à l’autre endroit, à quoi imaginez-vous que pourrait ressembler sa mise en œuvre?

M. Bird : Je trouve que c’est une excellente question, et j’en suis assez certain au vu de la réaction des médias à l’annonce de la Société géographique royale du Canada qu’elle avait choisi l’oiseau classé troisième, au détriment du plongeon huard, qui avait remporté le plus de votes, sans doute parce que c’est l’emblème aviaire de l’Ontario, la province la plus peuplée, le harfang des neiges arrivant en deuxième position. La réaction des médias a été étonnante, en partie à cause de la controverse que cela a suscitée.

Je pense que les médias vont réagir très vivement à cette nouvelle, si le projet de loi est adopté par le Sénat, puis, espérons-le, par la Chambre des communes, car les Canadiens ont bien besoin d’une bonne nouvelle. On entend tellement de choses négatives dans l’actualité ces jours-ci, mais ce n’est pas pour cette raison que nous le faisons, remarquez. Je suis d’accord avec la sénatrice Ataullahjan : les symboles nationaux sont très importants, et j’ai déjà constaté un vif intérêt de la part des gens. Nous parlons du mésangeai du Canada, j’ai donné de nombreuses conférences publiques et j’en parle dans mes écrits dès que j’en ai l’occasion. Je suis convaincu que cette initiative suscitera une forte réaction positive, et une fois que les médias s’en empareront et que tous les Canadiens en prendront conscience... Bien des Canadiens pensent déjà que c’est notre oiseau national. C’est juste que cela n’a jamais été officiellement déclaré. Je ne veux pas qu’on se contente de le considérer comme notre oiseau national. Je veux que ce soit officiellement écrit dans le marbre qu’il s’agit de notre oiseau national, et le moment n’a jamais été aussi propice pour le faire qu’aujourd’hui.

La sénatrice Ataullahjan : Merci pour cette question, et vous avez illustré l’importance d’avoir un symbole national dès l’enfance. Vous l’avez appris à l’école. Pensez aux enfants canadiens qui vont découvrir cet oiseau.

Nous avons eu beaucoup de couverture médiatique, et quand je me suis adressée aux gens pour leur demander leur soutien, ils m’ont répondu : « Oh, nous pensions que c’était déjà notre oiseau national. » J’ai reçu lundi dans mon bureau un journaliste à l’écrit qui s’est montré très intéressé par cette histoire. Et comme vous l’avez dit, c’est une histoire qui nous a tous fait sourire. Je pense que de là où nous sommes — vous savez, je siège là où vous siégez aujourd’hui —, les occasions sont très rares au comité, où nous sourions et rions alors que nous traitons tant de sujets. Voici comment je vois cette histoire : c’est une histoire qui fera sourire les Canadiens.

La sénatrice Senior : Merci.

Le sénateur Boudreau : Merci à vous deux d’être ici. Je dois avouer, moi aussi, que je suis un ornithologue amateur. C’est mon moyen de me détendre. Je pensais m’en tirer plutôt bien, car j’ai identifié 26 oiseaux dans mon jardin jusqu’à présent, mais quand la sénatrice Ataullahjan a dit qu’il y en avait 450 dans le pays, j’ai compris qu’il me restait encore beaucoup de travail à faire. Je dois l’admettre : c’est peut-être dû aux cercles que nous fréquentons, je suppose, mais j’aurais parié que la bernache du Canada était notre oiseau national. J’en étais persuadé jusqu’à ce que je voie le projet de loi S-221, et je pense que cela montre l’importance des symboles et la nécessité de s’assurer qu’ils sont clairs et que les Canadiens les comprennent.

Comme vous l’avez évoqué, en passant, dans votre déclaration préliminaire, monsieur Bird, quand on parle de l’importance des symboles, je pense au geai bleu. Je sais qu’il est déjà pris; je crois que c’est l’Île-du-Prince-Édouard, donc on ne peut pas utiliser le geai bleu...

M. Bird : De plus, c’est une équipe de baseball.

Le sénateur Boudreau : Un geai bleu est un geai bleu est un geai bleu, mais selon la personne à qui vous vous adressez, le mésangeai du Canada pourrait être un geai gris, un geai chapardeur, un moose bird, un gorby ou un whisky jack. Je pense que cela va semer la confusion. Encore une fois, je soutiens le projet de loi. Je ne m’y oppose pas. Je soutiens le projet de loi, mais je pense que cela rejoint les observations de la sénatrice Senior sur l’éducation et la sensibilisation. Quoi que nous fassions en matière d’éducation et de sensibilisation, nous devons être clairs afin que les gens comprennent de quel oiseau nous parlons. Je serais curieux d’entendre...

M. Bird : C’est intéressant que vous mentionniez cela, car Dan Strickland, le plus grand expert mondial sur cette espèce et qui l’étudie depuis toujours, au lieu de défendre le nom de mésangeai du Canada, a essayé de me faire appeler cet oiseau « geai du Canada whisky jack », en combinant les deux noms, car beaucoup de gens me regardent d’un air perplexe quand je dis « mésangeai du Canada ». Je vois leur perplexité et ça me fait sourire, et je dis : « Vous le connaissez sûrement sous le nom de whisky jack », et un grand sourire illumine leur visage. Puis ils disent : « Ah oui, je connais cet oiseau. »

Hier soir, je regardais un match de hockey chez la sœur de mon ami, et son beau-frère était là. Quand il a appris que j’étais en ville pour ça, il a tout de suite sorti son téléphone et m’a montré tout un tas de vidéos de lui en train de nourrir des whisky jacks à son camp de chasse à l’orignal. Il n’était même pas ornithologue; c’est un chasseur, mais il était tout simplement fasciné par ces oiseaux et imaginait des moyens de les attirer pour voir comment ils pourraient voler la nourriture de la petite mangeoire qu’il avait installée.

Avec un nom comme mésangeai du Canada, bon sang, il suffirait d’une annonce dans les médias nationaux pour dire que le Canada a, espérons-le, un nouvel oiseau national, le mésangeai du Canada, et je pense que ça se répandrait comme une traînée de poudre. On ne peut pas faire mieux qu’un nom comme ça. C’est incroyable. Whisky jack est plutôt cool, mais ce nom m’inquiète parce que beaucoup de gens pensent : « Oh, du scotch. Qu’est-ce que ça a à voir avec le scotch? » Cette évocation n’est pas très positive, car ce nom n’a rien à voir avec cette boisson. Il est étroitement lié à nos peuples autochtones, et je pense que ce lien est extrêmement important.

Le sénateur Boudreau : Merci.

La sénatrice Muggli : Merci, sénatrice, d’avoir présenté ce projet de loi.

Monsieur Bird, vous parliez de la signification des geais gris pour certaines Premières Nations, comme présage de bonne fortune et d’avertissement de danger dans la forêt. Y a-t-il eu un dialogue avec les Premières Nations, les Inuits ou les Métis au sujet du choix de cet oiseau?

M. Bird : C’est une autre excellente question, et j’y ai longuement réfléchi quand j’ai constitué mon équipe et que j’ai commencé à m’attaquer à ce projet. Nous avons dans notre équipe un collègue qui est l’un des coauteurs du livre, Mark Nadjiwan, et il est issu des Premières Nations. Nous en avons longuement discuté tous les deux. On dénombre plusieurs centaines de tribus différentes, peut-être plus, si l’on peut les appeler ainsi, à travers le Canada, et je suis presque certain qu’il serait impossible de les mettre d’accord sur un seul oiseau. Leurs légendes et leurs traditions font référence à de nombreux oiseaux. Si vous regardez un totem, vous y verrez un pygargue à tête blanche, un aigle royal ou une bernache du Canada, et le corbeau en est un autre. Je craignais un peu que nous nous enlisions dans tout cela, alors j’ai été ravi de constater que lorsque j’ai contacté le club d’ornithologie autochtone de l’Université du Manitoba, ils ont également adhéré à cette idée. Ils trouvent que c’est un excellent choix, et je pense que ce qui est particulièrement bien avec le mésangeai du Canada, c’est qu’il porte un nom qui vient des Autochtones, ce qui crée un lien fort, et je pense qu’ils seront très satisfaits de ce choix. Je le pense vraiment.

La sénatrice Muggli : Avez-vous dit que c’était un nom cri?

M. Bird : Oui, c’est de là qu’il vient.

Si vous lisez l’article sur Wikipédia, on y dira qu’il vient d’un autre nom que je ne sais pas bien prononcer, et qu’il signifie « filou » ou « oiseau espiègle », mais c’est faux. Si vous parlez à Dan Strickland, il a fait beaucoup de recherches là-dessus pour son livre, et cela n’a absolument rien à voir avec ça. C’est un oiseau espiègle. Ce chapardeur viendra sur votre aire de pique‑nique quand vous ne regarderez pas et vous chipera un morceau de votre sandwich.

Les gens demandent : « Ne sont-ils pas un peu nuisibles? » Mon sentiment, et je vois les choses ainsi — je fais peut-être fausse route —, c’est qu’il y a chez eux une sorte d’effronterie qui me plaît assez. En réalité, leur habitude de se poser sur la main pour se faire nourrir fait partie de leur écologie. En fait, Dan Strickland et ses collaborateurs ont mené une étude qui montre que lorsque les oiseaux parviennent à obtenir de la nourriture de la main d’humains sur les stations de ski et ailleurs, ces oiseaux ont plus de petits. Cela fait donc partie intégrante de leur écologie.

Si vous ne voulez pas qu’ils viennent sur les aires de pique‑nique pour importuner les gens, il suffit de mettre un panneau qui dit : « Ne nourrissez pas les oiseaux. » C’est aussi simple que cela.

La sénatrice Muggli : Sénatrice Ataullahjan, avez-vous reçu des commentaires de la part des gouvernements provinciaux?

La sénatrice Ataullahjan : Non, je n’en ai pas reçu.

La sénatrice Petitclerc : Merci, monsieur Bird et sénatrice Ataullahjan. Monsieur Bird, votre passion est très contagieuse, comme vous pouvez le constater. J’ai une question un peu farfelue, mais pensez-vous qu’il soit possible que, si le mésangeai du Canada devenait l’emblème aviaire du Canada, cela aurait pour effet secondaire d’encourager les gens, voire les touristes, à découvrir où ils se trouvent et à aller les voir? Vous avez mentionné les kiwis, et je me souviens avoir eu envie de les voir, n’est-ce pas?

M. Bird : J’ai réagi de la même manière. Quand je suis allé en Nouvelle-Zélande, je voulais les voir. Je n’en ai vu qu’un en captivité et je n’ai jamais pu en voir un en liberté. Je pense que le mésangeai du Canada servira d’attrait touristique parce qu’il se trouve justement dans des endroits où les gens aiment aller. Les gens viennent au Canada pour faire du ski ou de la randonnée, et c’est là qu’on trouve cet oiseau : en altitude. Je pense que ce sera un excellent oiseau pour ça.

Voyez les choses ainsi. Un enfant, par exemple, se rend dans l’un de ces endroits et se tient là, qu’il ait cinq ou six ans, peu importe, et cet oiseau vient se poser sur sa main. Vous pouvez imaginer l’impact que cela aura sur cet enfant. Je pense que cela fera instantanément de lui un amoureux des oiseaux et un ornithologue amateur. C’est une caractéristique intéressante pour un oiseau. Ce sont des oiseaux si doux. Personnellement, je les trouve magnifiques. Ils ne sont pas particulièrement colorés et c’est pourquoi je pense qu’ils sont le meilleur choix. J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice Petitclerc : Oui, en effet. Merci.

La sénatrice Osler : Je m’excuse d’être en retard. Je suis la sénatrice Flordeliz (Gigi) Osler et je représente le Manitoba. J’ai grandi en connaissant cet oiseau sous le nom de whisky jack.

Merci à vous deux d’être ici. J’ai une question en deux parties. La première fait suite aux observations de la sénatrice Senior et du sénateur Boudreau. Si le projet de loi reçoit la sanction royale, pourrait-il y avoir des réactions négatives de la part des amateurs et des groupes de défense de la bernache du Canada?

La deuxième question concerne la perspective internationale. Je pense que c’est à vous qu’il revient de répondre, monsieur Bird. Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’oiseaux nationaux d’autres pays et nous expliquer comment ils ont été choisis?

M. Bird : Bien sûr. Je vais commencer par votre première question. Vous avez mentionné la bernache du Canada tout à l’heure, et je me mourais d’envie de faire cette observation. En fait, je l’avais incluse dans mon intervention, mais je l’ai retirée parce que je ne disposais que de cinq minutes.

Il faudrait me passer sur le corps pour que la bernache du Canada devienne notre oiseau national, et je vais vous dire pourquoi. J’adore les bernaches du Canada. J’ai grandi en les regardant voler au-dessus de ma tête, et j’adorais les entendre cacarder et tout le reste. Ce sont des oiseaux emblématiques du Canada, comme vous pouvez l’imaginer. Le problème, c’est qu’elles sont devenues controversées parce que ce sont essentiellement des machines à déféquer. Tout ce qu’elles font, c’est aller sur les pelouses et les plages, manger et déféquer. Certaines personnes veulent s’en débarrasser à certains endroits. Aux États-Unis, on les tue parce qu’elles sont une véritable nuisance.

Voudriez-vous vraiment un oiseau national que les Américains tuent pour toutes les bonnes raisons qu’ils peuvent avoir? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. C’est pourquoi j’ai rapidement écarté la bernache du Canada. Elle est arrivée quatrième dans ce sondage, mais elle a le mot « Canada » dans son nom, vous voyez. Si le geai gris s’appelait « geai du Canada », je me demande s’il aurait détrôné le harfang des neiges et peut-être même pris la première place du sondage avec un nom pareil.

Pour répondre à votre deuxième question, il existe de nombreux oiseaux nationaux, mais permettez-moi d’en choisir un qui nous est proche, à savoir le pygargue à tête blanche. Il y a environ un an, à Noël, le président Biden a désigné cet oiseau comme l’oiseau officiel des États-Unis. Cela m’a surpris, car je pensais qu’il était déjà l’oiseau officiel des États-Unis, mais une sénatrice du Minnesota, où l’on trouve un centre d’éducation sur le pygargue à tête blanche, a parcouru les archives et s’est aperçue qu’il n’avait jamais été ratifié comme oiseau national des États-Unis. La sénatrice s’est donc rendue chez le président Biden la veille de Noël, et il a signé le projet de loi faisant de cet oiseau l’oiseau national.

On me dit : « Les mésangeais du Canada sont de vilains voleurs aux campements, entre autres. Vous voulez vraiment de cet oiseau? ». Pourtant, chaque espèce a ses défauts. Je vous en ai donné un exemple pour la bernache du Canada. Qu’en est-il du plongeon huard? Le choix de bien des gens serait le plongeon huard, en raison de sa grande notoriété et son cri emblématique. J’ai grandi près du parc provincial Algonquin et j’adore cet oiseau. Il est déjà honoré comme l’emblème aviaire de l’Ontario et figure sur notre monnaie. Cependant, c’est bien connu que les plongeons huards utilisent leur bec pour poignarder et tuer non seulement les autres oiseaux qui s’aventurent dans les lacs où ils vivent, mais également les petits d’autres huards qui pénètrent sur leur territoire. Le huard a donc son côté sombre lui aussi. Ce n’est pas une créature inoffensive.

Les pygargues à tête blanche sont des voleurs notoires. Ils attendent que les balbuzards pêcheurs accomplissent la difficile tâche d’attraper un poisson avant de le leur dérober. J’ai personnellement observé des pygargues à tête blanche à la décharge de Vancouver — ils sont 1 500 à fréquenter le site en compagnie des goélands, rapportant jusqu’à leurs nids des sacs poubelles remplis de restes de nourriture humaine.

Les pygargues à tête blanche sont des créatures majestueuses; ils incarnent la puissance et bien d’autres qualités. Je regarde le bon côté. C’est ce que j’essaie de dire. Chaque espèce d’oiseau a ses défauts.

Le sénateur Cuzner : Je vous remercie. La discussion a été formidable jusqu’à présent. Nous nous considérons tous, ici, comme les défenseurs de nos symboles nationaux. J’estime occuper une place assez particulière à cet égard, car il y a 17 ans, quand j’étais député, mon collègue Mark Eyking et moi-même avons secouru un castor désorienté sur la rue Sparks, ici même à Ottawa. Allez voir sur YouTube. Nous l’avons escorté sur la rue Wellington jusqu’à la rivière des Outaouais. J’avais fait le 911. Aucune aide de la police, des pompiers ou de qui que ce soit. Le sauvetage d’un animal emblématique a été assuré par deux députés dans la capitale nationale.

Pour rester sur le thème des oiseaux, je serai le type qui jette un pavé dans la mare, pour faire fuir les canards.

Si vous demandiez à 10 Canadiens quel est notre sport national, ils répondraient tous le hockey. Or, nous savons que c’est la crosse. Ne risquons-nous pas de désigner ici un emblème aviaire national de manière tout à fait artificielle? Ce projet de loi n’est-il pas, en quelque sorte, une initiative d’initiés? Ceux qui étudient les oiseaux, comme vous, monsieur Bird, défendent cette cause parce qu’ils en savent plus que les autres Canadiens.

Au Cap-Breton, l’émission de radio la plus populaire est sans aucun doute The Bird Hour Phone-In animée par Dave Harris et Dave McCorquodale, le premier lundi de chaque mois. Tout le monde l’écoute et elle reçoit plus d’appels que n’importe quelle autre émission. C’est une excellente émission, mais on n’y entend jamais parler du mésangeai du Canada.

Je vis au bord de la rivière Mira — qui coule sur 60 kilomètres — et les soirs d’été, lorsqu’on s’offre son dernier verre et qu’on entend le cri du huard, c’est envoûtant. Il occupe une place particulière au sein des communautés des Premières Nations, car il symbolise la quiétude. Comme vous l’avez dit, il figure sur notre dollar. Je me souviens d’ailleurs de la série Faune et flore du pays, dont le tout premier épisode, diffusé en 1963, était consacré au huard.

Sommes-nous en train de nous opposer à un choix tout naturel? Je partage votre avis sur la bernache du Canada, mais brisez-moi le cœur, si vous le pouvez. Expliquez-moi pourquoi ce ne devrait pas être le huard du Canada. J’estime que la plupart des Canadiens opteraient pour ce dernier, d’autant plus que 95 % des huards se reproduisent ici, au Canada. Le lien est indéfectible. Brisez-moi le cœur.

M. Bird : De quelle province avez-vous dit que vous veniez?

Le sénateur Cuzner : De la Nouvelle-Écosse. Plus précisément du Cap-Breton.

M. Bird : La Nova Scotia Bird Society figure au nombre des 43 organisations qui apportent leur soutien au mésangeai du Canada. Il est intéressant de souligner que la Nouvelle-Écosse constitue l’une des rares provinces où cet oiseau fréquente les mangeoires dans les jardins résidentiels. Elle fait, à cet égard, figure d’exception.

Le sénateur Cuzner : C’est vrai?

M. Bird : En ce qui concerne le plongeon huard, je me souviens du débat national que nous avons eu à ce sujet. Juste avant l’annonce de la Société géographique royale du Canada, elle avait organisé ce débat. Catherine McKenna était dans le public et a pris la parole; elle est restée jusqu’à la fin, ce qui a surpris beaucoup de monde. On lui a demandé pourquoi elle était restée et elle a répondu : « Je pense que nous débattrons de cette question à la Chambre des communes. »

J’ai pris ce débat très au sérieux. Les cinq oiseaux arrivés en tête de ce sondage étaient le plongeon huard, le harfang des neiges, le mésangeai du Canada et la bernache du Canada, ce qui m’a surpris, puis la mésange à tête noire. C’est un oiseau formidable. À la fin de mon discours, j’ai dit que quand nous avons choisi le drapeau de notre pays en 1965, nous n’avions pas élevé ce drapeau au rang de drapeau national, et j’ai montré le fleurdelisé du Québec. J’ai dit que nous n’avions pas élevé ce drapeau au rang de drapeau national et j’ai montré le drapeau de l’Ontario. Nous avons choisi quelque chose de nouveau et d’original. C’est ce que nous devrions faire ici avec l’oiseau national du Canada : choisir quelque chose de nouveau et d’original. Le mésangeai du Canada est sans conteste cet oiseau. Vous n’arriverez jamais à faire en sorte qu’un plongeon huard vienne se poser sur votre main pour se nourrir. Jamais. Je ne le recommanderais pas.

Le sénateur Cuzner : Mais il est dans votre poche.

M. Bird : C’est le cas, et il est reconnu comme tel par l’Ontario, notre province la plus peuplée. Je pense qu’il a acquis sa reconnaissance, tout comme la mésange à tête noire. Je pense que le mésangeai du Canada est quelque chose de nouveau et de rafraîchissant que nous devrions adopter.

La sénatrice Arnold : Merci, monsieur Bird, pour votre présence et pour votre passion et votre engagement sans faille envers ce sujet. J’ai une confession un peu embarrassante à faire : j’ai une peur bleue des oiseaux. Être entourée de tous ces passionnés d’oiseaux et imaginer que ces oiseaux viennent manger dans ma main est assez terrifiant. Cependant, je parviens à mettre cette peur de côté. En fait, j’ai l’impression que la boucle est bouclée pour moi, car il y a 35 ans, je travaillais pour un éditeur canadien à Toronto. Nous coéditions un livre pour enfants intitulé The Bird Book & The Bird Feeder. Ma toute première mission a consisté à me rendre au Musée royal de l’Ontario pour apporter un énorme plateau rempli d’oiseaux morts à un illustrateur. Ce fut un moment vraiment terrifiant.

La boucle est bouclée, ici, avec vous. Je n’aime pas vraiment la bernache du Canada moi non plus, car j’ai été mairesse d’une ville équipée d’un « Goosinator » — oui, ces oiseaux étaient une peste.

Vous avez dit qu’elles ne font que des incursions mineures aux États-Unis. D’un point de vue marketing et compte tenu du contexte géopolitique actuel, je me demande si vous avez réfléchi au fait qu’elles ne migrent pas vers le sud. Cela ne ferait‑il pas une excellente image pour un oiseau véritablement canadien?

M. Bird : Eh bien, c’est un fait connu que beaucoup de Canadiens choisissent de ne pas aller au sud de la frontière.

La sénatrice Arnold : Exactement.

M. Bird : Je crains d’en faire partie pour l’instant. C’est certainement un excellent argument marketing pour le mésangeai du Canada, mais je ne veux pas m’étendre sur les raisons géopolitiques pour lesquelles nous devrions choisir cet oiseau, car j’espère que cette situation ne durera pas. J’espère que d’ici, disons, trois ans, les Canadiens recommenceront à se rendre aux États-Unis. Je n’utiliserais probablement pas cet argument marketing pour promouvoir l’oiseau, même si Anne Murray, la célèbre chanteuse, figure sur cette liste. Elle soutient cet oiseau. Elle a cette célèbre chanson « Snowbird », et les mésangeais du Canada sont des oiseaux des neiges, mais pas au sens où nous l’entendons. Ils ne quittent pas le pays. Ils restent ici. Ce sont des oiseaux robustes. Ce sont des oiseaux des neiges parce qu’ils couvent leurs œufs, même recouverts de neige. Ils comptent sur les hivers froids du Canada pour empêcher leur nourriture de pourrir dans leurs réserves.

Si je pouvais faire un commentaire sur votre phobie, l’ornithophobie, j’aimerais que vous et moi ayons le temps, madame Arnold — écoutez-moi bien —, et que nous puissions nous rendre dans les hauteurs de la région de Gatineau ou au mont Washington, en Colombie-Britannique, pour que je puisse vous convaincre de laisser un mésangeai du Canada se poser sur votre main. Je parie que vous surmonteriez votre ornithophobie, c’est certain. Je sais que ce serait difficile, mais je sais que nous y parviendrions.

La présidente : C’est une bonne transition pour clore la séance d’aujourd’hui.

Chers collègues, cela nous amène vraiment à la fin de la discussion avec ces témoins. Je tiens à remercier les témoins, vous deux, pour votre témoignage. Nous allons nous préparer à l’étude article par article des projets de loi S-215 et S-221.

M. Bird : Puis-je faire une dernière observation? J’ai été absolument ravi, en marchant dans les rues pour me rendre à cet immeuble, de voir tous ces drapeaux représentant les oiseaux emblématiques des provinces et des territoires. Il faut en ajouter un de plus.

La présidente : Nous en tiendrons compte. Merci.

Je sais que j’avais annoncé que nous procéderions d’abord à l’étude article par article du projet de loi S-215, puis du projet de loi S-221. Avec votre accord, j’aimerais commencer par le projet de loi S-221 afin de boucler le projet de loi sur le mésangeai du Canada, puis passer au projet de loi S-215. Je vois des hochements de tête, nous allons donc passer au projet de loi S-221.

Avant de commencer, je veux rappeler aux sénateurs un certain nombre de points. En tant que présidente, je vais nommer les dispositions — les deux — dans l’ordre qu’elles figurent dans le projet de loi.

Si vous ne savez plus exactement où nous en sommes dans le processus, veuillez demander des précisions. Je veux m’assurer que nous comprenons tous, en tout temps, exactement où nous en sommes dans le processus.

Quant au processus lui-même, dans les cas où plus d’un amendement est proposé pour un article, les amendements doivent être proposés en fonction de l’ordre des lignes d’un article. Si un sénateur s’oppose à un article complet, le processus approprié n’est pas de présenter une motion visant à supprimer l’article au complet, mais plutôt de voter contre le maintien de l’article dans le projet de loi.

Certains amendements proposés peuvent avoir des conséquences sur d’autres parties du projet de loi. Il est donc utile qu’un sénateur qui propose un amendement indique au comité quels sont les autres articles du projet de loi sur lesquels son amendement pourrait avoir une incidence. Autrement, il pourrait être très difficile pour notre comité de demeurer cohérent.

Puisqu’il n’est pas nécessaire de donner un préavis pour proposer des amendements, il pourrait, bien sûr, ne pas y avoir eu d’analyse préliminaire des amendements pour déterminer ceux qui peuvent avoir des répercussions sur les autres articles ou lesquels pourraient être contradictoires.

Si des membres ont une question concernant le processus ou le bien-fondé de quoi que ce soit, je leur demande d’invoquer le Règlement. La présidence écoutera les arguments, décidera quand nous aurons assez discuté de la question de procédure et rendra une décision.

Le comité est le maître ultime de ses travaux dans les limites établies par le Sénat, et une décision peut faire l’objet d’un appel devant le comité plénier, en demandant si la décision doit être maintenue.

Je souhaite rappeler aux honorables sénateurs qu’en cas d’incertitude quant aux résultats d’un vote par oui ou non ou à main levée, l’avenue la plus efficace consiste à demander un vote par appel nominal, qui fournit évidemment des résultats sans équivoque.

Enfin, les sénateurs savent qu’en cas d’égalité des voix, la motion sera rejetée. Je vous assure que c’est la seule et unique fois que je lirai ce texte.

Y a-t-il des questions sur ce que je viens de dire? S’il n’y en a pas, nous pouvons commencer.

Sénateurs, est-il convenu de procéder à l’étude article par article du projet de loi S-221, Loi portant reconnaissance du mésangeai du Canada comme oiseau national du Canada?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude du titre est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude du préambule est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude de l’article 1, qui contient le titre abrégé, est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’article 2 est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’article 1, qui contient le titre abrégé, est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le préambule est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le titre est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le projet de loi est-il adopté?

Des voix : D’accord.

Le sénateur Cuzner : Puis-je m’abstenir de soutenir le projet de loi?

La présidente : Bien sûr.

Le sénateur Cuzner : Je m’abstiens.

La présidente : Ce sera noté.

Le sénateur Cuzner : Oui.

La présidente : Merci. Nous allons l’adopter avec dissidence.

Sénateur Cuzner, souhaitez-vous que le projet de loi soit adopté avec dissidence?

Le sénateur Cuzner : D’accord, oui.

Ferda Simpson, greffière du comité : Votre nom n’apparaîtra pas au procès-verbal. Il sera simplement dit « adopté avec dissidence ». Si vous souhaitez que votre nom y figure, nous procéderons à un vote par appel nominal.

Le sénateur Cuzner : Allons-y avec « avec dissidence ».

La présidente : Le comité souhaite-t-il étudier l’ajout d’observations au rapport? Je constate qu’il n’y a pas d’intérêt.

Merci, sénateurs.

J’ai omis une dernière déclaration à la fin de l’étude de ce projet de loi. Est-il convenu que je fasse rapport de ce projet de loi au Sénat dans les deux langues officielles?

Des voix : D’accord.

La présidente : Je vous prie de m’en excuser.

Chers collègues, nous allons maintenant procéder à l’étude article par article du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration.

Je vais nommer chaque disposition dans l’ordre où elle apparaît dans le projet de loi. À tout moment, si un sénateur ne sait plus où nous sommes rendus dans le processus, qu’il n’hésite pas à demander des précisions.

Honorables sénateurs, est-il convenu de procéder à l’étude article par article du projet de loi S-215, Loi instituant le Mois national de l’immigration?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude du titre est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude du préambule est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’étude de l’article 1, qui contient le titre abrégé, est-elle reportée?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’article 2 est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : L’article 1, qui contient le titre abrégé, est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le préambule est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le titre est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le projet de loi est-il adopté?

Des voix : D’accord.

La présidente : Le comité souhaite-t-il étudier l’ajout d’observations au rapport? Je ne vois aucune indication en ce sens. Merci.

Est-il convenu que je fasse rapport de ce projet de loi au Sénat dans les deux langues officielles?

Des voix : D’accord.

Le sénateur Cuzner : Et voilà : deux projets de loi.

La présidente : Merci, chers collègues. Nous avons maintenant terminé l’étude article par article du projet de loi S-215. Nous allons maintenant passer à huis clos pour poursuivre la discussion.

(La séance se poursuit à huis clos.)

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