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Sous-comité des anciens combattants


LE SOUS-COMITÉ DES ANCIENS COMBATTANTS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le mercredi 29 avril 2026

Le Sous-comité des anciens combattants se réunit aujourd’hui, à 12 heures (HE), avec vidéoconférence, afin d’examiner, pour en faire rapport, les questions relatives aux Anciens Combattants, y compris les services et les prestations dispensés, les activités commémoratives, et la poursuite de la mise en œuvre de la Loi sur le bien-être des vétérans.

La sénatrice Dawn Anderson (présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La présidente : Je m’appelle Dawn Anderson, je suis sénatrice des Territoires du Nord-Ouest et présidente du sous‑comité. Je suis accompagnée des autres membres du sous‑comité, que j’invite à se présenter.

Le sénateur Ince : Bonjour à tous. Je m’appelle Tony Ince, sénateur de la Nouvelle-Écosse.

La sénatrice Patterson : Je m’appelle Rebecca Patterson, sénatrice de l’Ontario.

La sénatrice White : Judy White, sénatrice de Terre-Neuve-et-Labrador.

La sénatrice MacAdam : Jane MacAdam, sénatrice de l’Île-du-Prince-Édouard.

La présidente : Nous sommes réunis pour poursuivre nos travaux sur l’itinérance chez les vétérans. Nous avons le plaisir d’accueillir deux témoins qui comparaissent tous deux par vidéoconférence. Je souhaite la bienvenue à Holly Delver, coordonnatrice de programme chez NiGiNan Housing Ventures, et à Chad Wagner, directeur général provincial du Commandement de la Légion royale canadienne de la Saskatchewan. Merci à vous deux de vous joindre à nous.

Pour commencer, je vais vous inviter à faire votre déclaration, après quoi les membres du comité auront des questions à vous poser. Je vous rappelle que vous disposez chacun de cinq minutes pour faire votre déclaration liminaire. Nous entendrons d’abord Mme Holly Delver. Bienvenue. Vous pouvez commencer dès que vous êtes prête.

Holly Delver, coordonnatrice de programme, NiGiNan Housing Ventures : [Mots prononcés dans une langue autochtone]

Bonjour à tous. Je m’appelle Holly Delver. Je vous parle depuis Edmonton, en Alberta. C’est une belle journée aujourd’hui. Je tiens simplement à vous remercier de m’offrir l’occasion de m’exprimer.

J’aimerais commencer par exprimer ma gratitude pour le financement et le soutien accordés aux vétérans autochtones et aux organisations qui travaillent à leurs côtés. Ces investissements sont essentiels. Ils nous permettent de créer des espaces où les vétérans peuvent renouer avec leur culture, leur communauté et leur identité d’une manière essentielle à leur bien-être.

J’aborderai brièvement trois domaines clés : les enjeux touchant les vétérans autochtones, les services et le soutien actuellement offerts, ainsi que l’importance d’adopter des approches ancrées dans la culture et conformes à la Loi sur le bien-être des vétérans.

Pour commencer par les enjeux touchant les vétérans autochtones, ceux-ci ont une longue et fière histoire de service. Cependant, beaucoup continuent de faire face à des défis particuliers après leur retour chez eux. Ces obstacles comprennent l’accès aux services en raison de la géographie, d’un manque de sensibilisation ou de lacunes systémiques; l’absence de programmes culturellement adaptés au sein des services généraux destinés aux vétérans; les répercussions persistantes des traumatismes intergénérationnels et des régimes coloniaux; ainsi que des sentiments d’isolement et de déconnexion tant de l’armée que de la communauté.

Un autre défi auquel nous sommes confrontés est celui de la mobilisation. Il a été difficile d’identifier les vétérans autochtones, d’établir le contact avec eux et de les encourager à participer. Cela s’explique à la fois par des obstacles liés à la confiance et par la nécessité d’un travail de sensibilisation plus important, qui soit pertinent et axé sur la communauté.

Un autre défi concerne les programmes et le soutien proposés. En réaction, nous avons créé une gamme de programmes ancrés dans la culture qui privilégient les liens, la guérison et la communauté. Nous organisons notamment nos cercles de guerriers pour les hommes, qui ont lieu deux fois par semaine. Ils créent un espace sûr pour échanger des expériences, instaurer la confiance et favoriser le soutien mutuel. Nous offrons également l’accès à des cérémonies et à des pratiques culturelles, notamment des cérémonies du calumet, des sueries hebdomadaires, la participation à des danses du soleil et d’autres rassemblements culturels.

Le renforcement des compétences culturelles et la transmission de connaissances passent par des activités comme la fabrication de tambours et de hochets, le partage de chants et les enseignements dispensés par les détenteurs du savoir.

Nous aimons offrir un soutien par les pairs et favoriser les liens avec la communauté. Cela crée des réseaux de participants partageant les mêmes idées qui comprennent à la fois le vécu militaire et autochtone.

L’art-thérapie est également importante pour nous, l’expression créative favorisant la guérison grâce à des pratiques artistiques adaptées à la culture.

Les activités de bien-être holistiques et axées sur le territoire revêtent également une grande importance pour nous : pouvoir sortir sur le territoire. Cela inclut des activités comme la chasse, l’apprentissage de leur culture et la compréhension des valeurs qui y sont associées. Ainsi, les participants peuvent renouer avec la terre, leur identité et les modes de savoir ancestraux de notre peuple. Ces programmes ne sont pas de simples services; ce sont des voies de retour vers l’identité, l’appartenance et le sens de la vie.

Je tiens à exprimer à nouveau ma gratitude pour le financement accordé et l’engagement dont vous avez fait preuve jusqu’à présent. Ces formes de soutien ont un impact réel. Elles améliorent la sensibilisation et la mobilisation, élargissent l’offre de services adaptés à la culture et garantissent que les vétérans autochtones se sentent pris en compte, respectés et soutenus. En investissant dans des soins ancrés dans la culture, nous ne nous contentons pas de soutenir ces vétérans, nous rendons hommage à leur service d’une manière qui leur correspond.

Merci de votre attention. Je répondrai volontiers à toutes vos questions.

La présidente : Merci, madame Delver.

Nous allons maintenant entendre M. Chad Wagner. La parole est à vous.

Chad Wagner, directeur général provincial, Commandement de la Légion royale canadienne de la Saskatchewan : Honorables sénateurs, membres du personnel et collègues, merci de m’offrir l’occasion de comparaître pour discuter de l’enjeu important de l’itinérance chez les vétérans.

Je m’appelle Chad Wagner et je représente ici le Commandement de la Légion royale canadienne de la Saskatchewan.

Je ne suis pas un vétéran, mais je travaille à leurs côtés depuis plus de 10 ans. J’ai vu certains des plus vulnérables passer par notre bureau. Nous leur offrons le meilleur soutien possible sans jugement et en mettant l’accent sur les soins.

Le Commandement de la Saskatchewan et les nombreux autres bénéficiaires de cette subvention ont tous un objectif commun, soit d’offrir l’aide nécessaire pour éradiquer l’itinérance au sein de la communauté des vétérans. Il est important que nous collaborions et travaillions ensemble, car ce problème ne peut être résolu par une seule personne ou un seul groupe.

Quand nous rencontrons un client, notre priorité est de lui trouver un lieu de séjour sûr et convenable, de nous assurer qu’il est nourri et de lui fournir un moyen de communication efficace. Ensuite, nous cherchons un logement durable à long terme et du financement. À partir de là, nous travaillons à la mise en place de soutiens pour le bien-être physique et mental.

Comme organisation, nous avons la chance de disposer d’autres programmes financés par nos propres moyens. Le financement du Programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans vient compléter tous nos autres programmes, et sans lui, nous n’aurions pas l’impact que nous avons actuellement au sein de la communauté. L’itinérance chez les vétérans est un problème complexe, exacerbé par les défis propres à la transition de la vie militaire à la vie civile.

L’autre obstacle majeur est le traumatisme non résolu. C’est aussi probablement le cœur même d’une véritable guérison. Cela vaut pour tout le monde, pas seulement pour les vétérans. Il existe de nombreuses modalités de traitement et de soutien. L’essentiel, ce sont les soutiens globaux et la capacité à s’adapter en cas de rechute.

Certains programmes proposés par Anciens Combattants Canada ne seront plus accessibles à un vétéran parce qu’il semble aller bien, qu’il a terminé les programmes, qu’il va mieux et qu’il coche toutes les cases de la liste de contrôle. Or, la vie a le don de s’immiscer, et la rechute est inévitable. Malheureusement, il est difficile de réintégrer certains de ces mêmes programmes une fois qu’on en a été exclu.

Pour aider à prévenir l’itinérance, ceux qui sont chargés de prendre soin des vétérans après leur service doivent simplifier les choses et éliminer les obstacles à la réussite. Nous devons écouter les vétérans qui sont touchés négativement et trouver des solutions simples à un problème commun. Nous devons accélérer le traitement des demandes pour ceux qui en ont le plus besoin et simplifier le processus de demande. Il est important d’accélérer la prise de décision et, en fin de compte, de permettre aux vétérans de chercher les soins qu’ils souhaitent auprès du prestataire de leur choix.

Merci de votre attention. Je répondrai volontiers à vos questions.

La présidente : Merci, monsieur Wagner.

Nous allons maintenant passer aux questions. Afin de maximiser le nombre de questions, je vous demande de rester concis et de préciser à quel témoin vous vous adressez.

Je cède la parole à notre vice-président, le sénateur Ince, qui posera la première question.

Le sénateur Ince : Merci à tous. C’est un sujet crucial.

Ma première question est la suivante : quel rôle jouent les liens culturels, les cérémonies et le soutien par les pairs dans la stabilité du logement? Comment les gouvernements devraient-ils envisager le financement et l’évaluation de ce type de soutien dans le cadre des programmes destinés aux sans-abri et aux vétérans? Cette question s’adresse à Mme Delver.

Mme Delver : Merci pour votre question.

Je représente ici NiGiNan Housing Ventures, un organisme de logements supervisés permanents dirigé par des Autochtones, situé à Edmonton, en Alberta. L’une de nos approches consiste à assurer la stabilité, à créer cette communauté et ce sentiment d’appartenance au sein des foyers et des logements supervisés, afin que les personnes ne soient pas isolées ou laissées seules et qu’elles aient une communauté. Elles créent naturellement et spontanément cette communauté au sein du foyer en ayant des personnes de confiance vers qui se tourner, qu’il s’agisse d’un voisin au bout du couloir ou d’un aîné qui travaille dans l’immeuble. Nous pensons ainsi que la stabilisation du logement, de l’alimentation et du lien avec la culture et les cérémonies s’inscrit dans la lignée de la mémoire ancestrale. C’est en eux, et c’est quelque chose vers quoi ils reviennent naturellement. Encore une fois, ce n’est pas forcé; cela vient naturellement. C’est un peu ainsi que fonctionne notre peuple. Nous nous contentons de lever les obstacles et de faciliter l’accès.

Le sénateur Ince : Permettez-moi de poser la deuxième partie de cette question.

Vous avez mentionné un manque de confiance et un manque de lien avec les services. Diriez-vous que votre programme contribue grandement à établir cette confiance avec les particuliers?

Mme Delver : Oui, à 100 %. En fait, au sein de notre organisme, nous mettons l’accent sur l’établissement de relations. Quand nous embauchons des gens, c’est l’un des aspects sur lesquels nous les formons. Cela commence par quelque chose d’aussi simple que de prendre un café avec la personne pour apprendre à la connaître, sans adopter une attitude d’autorité. Nous les considérons comme des personnes. Nous les traitons comme telles, et les choses évoluent et se déroulent d’une manière utile plutôt que nuisible.

Le sénateur Ince : Merci.

La sénatrice Patterson : Cette question s’adresse à vous deux, mais je vais commencer par Mme Delver. Elle porte sur les chiffres et sur le soutien que vous recevez d’Anciens Combattants Canada.

Nous savons que de nombreuses personnes en situation d’itinérance ou vivant dans la rue sont souvent hors des refuges reconnus, ce qui complique grandement leur identification. Je crois que vous l’avez souligné. Combien de personnes font appel à vos services? C’est la première question.

Voici la deuxième. Je suis très impressionnée par le fait que vous proposiez des solutions de logement adaptées à la culture et appropriées. Recevez-vous des fonds d’Anciens Combattants Canada ou d’autres sources pour vous aider dans cette démarche?

Mme Delver : Merci pour votre question.

Oui, c’est le cas. Nous avons un engagement de quatre ans avec Anciens Combattants Canada, et je pense que nous en sommes à la deuxième année. Nous avons connu des débuts difficiles, et après avoir testé différents programmes et d’autres mesures, nous avons compris que demander aux vétérans de venir relater leur traumatisme ne fonctionnait pas. Je le répète, nous établissons une relation, puis nous abordons progressivement les sujets dont ils choisissent de parler. Nous leur ouvrons la porte, et lorsqu’ils se trouvent dans un espace sûr et accueillant, ils expriment leurs sentiments et leur besoin de guérir. Nous sommes là pour les soutenir de toutes les manières possibles.

En ce qui concerne les chiffres, nous avons commencé très lentement, et nous avons maintenant agrandi notre immeuble. Nous hébergeons quelques centaines de personnes. Nous avons des vétérans au sein de notre organisme. Cependant, nous avons élargi notre action à la collectivité. Je collabore donc avec de nombreux services d’hébergement ici en ville. Leur participation n’est pas toujours constante. Cependant, nous accueillons des personnes à différentes étapes de leur parcours de guérison. Elles peuvent se rencontrer et savoir qu’elles sont soutenues.

La sénatrice Patterson : Merci. Gérez-vous vos propres logements? Avez-vous construit des immeubles dont vous êtes responsables? Ou utilisez-vous la collectivité et les autres sites que vous avez déjà mentionnés?

Mme Delver : En ce qui concerne explicitement NiGiNan Housing Ventures, nous avons actuellement quatre sites actifs, et ce, depuis un certain temps. Nous prenons de l’expansion afin de créer quelques centaines de logements supervisés supplémentaires. C’est en cours. Tout dépend si une personne a besoin d’un accompagnement pour des troubles envahissants du développement, d’un logement supervisé ou d’un soutien en matière de toxicomanie et de santé mentale. Tous sont regroupés sous une même grande structure. Ensuite, nous travaillons individuellement avec chaque personne pour évaluer ses besoins en matière de soutien, car tout le monde ne suit pas le même parcours.

Nous créons davantage de logements au sein de NiGiNan Housing Ventures. C’est en cours.

La sénatrice Patterson : Merci. J’ai une brève question complémentaire, puis, monsieur Wagner, je m’adresserai à vous au prochain tour. Je pense que c’est juste.

Ce que vous accomplissez est tout à fait exceptionnel. Merci pour tout ce que vous faites. L’un des aspects qui m’a quelque peu inquiétée est le fait que le financement ne soit prévu que pour quatre ans. Comment envisagez-vous l’après? C’est un projet formidable, mais c’est un projet à long terme. Avez-vous réfléchi à la possibilité d’obtenir un financement permanent de la part d’Anciens Combattants Canada, ou devez-vous chercher d’autres sources pour assurer sa pérennité?

Mme Delver : Je pense que nous faisons pression pour que ce projet se poursuive, car il n’en a pas été tellement question ouvertement au sein de la collectivité. Les ressources sont très limitées. Il est certain que nous voulons grandir et poursuivre notre travail. Encore une fois, nous sommes toujours à la recherche de soutien, et advienne que pourra. Je suppose que nous verrons le moment venu si nous sommes en mesure de continuer avec le soutien d’Anciens Combattants Canada.

La sénatrice Patterson : Merci.

La sénatrice MacAdam : Merci aux témoins d’être ici.

Ma question s’adresse à M. Wagner. Vous avez évoqué dans votre déclaration liminaire la nécessité de trouver des solutions simples et de simplifier le processus permettant aux vétérans d’accéder aux services. Je me demande si vous pourriez nous en dire un peu plus à ce sujet et si vous aviez des suggestions précises qui aideraient à simplifier l’accès aux services pour les vétérans.

M. Wagner : Merci pour cette question.

Je pense que la principale préoccupation dont nous entendons parler est que les formalités administratives peuvent être longues et fastidieuses. Il est souvent difficile de savoir où envoyer les documents. Différents prestataires peuvent aider les vétérans dans leurs démarches administratives, et certains peuvent envoyer les documents en leur nom, mais parfois, des problèmes techniques viennent entraver le processus, ce qui entraîne des retards.

En matière de simplification, je pense qu’il faut avant tout écouter les besoins des vétérans et leur offrir la possibilité de trouver leurs propres solutions pour répondre à leurs besoins. Chaque personne est différente. Souvent, on leur dit : « Non, vous ne pouvez pas faire appel à ce prestataire de services, car il ne répond pas aux critères fixés par Anciens Combattants Canada. » C’est un thème qui revient souvent. Certaines modalités ne sont tout simplement pas admissibles. Ce serait un grand avantage.

Je pense que l’autre aspect consiste à donner aux agents des services aux vétérans d’Anciens Combattants Canada les moyens de prendre certaines décisions concernant les programmes ou les financements disponibles pour ceux qui en ont besoin.

La sénatrice MacAdam : En ce qui concerne le logement de transition — je crois que c’est ce que vous proposez —, pendant combien de temps les vétérans peuvent-ils y avoir accès? Combien de temps peuvent-ils y vivre? Assurez-vous un suivi auprès d’eux après leur départ? Quels services de soutien sont fournis pendant leur séjour? Je pense notamment aux services de lutte contre les dépendances et à ce genre de choses. Pourriez‑vous nous en dire plus?

M. Wagner : Comme nous ne disposons pas de nos propres logements, nous faisons appel aux différents offices du logement dans la province. C’est là que nous essayons de les placer. Souvent, ils trouvent eux-mêmes un logement par leurs propres moyens. Nous les encourageons à prendre leurs propres décisions quant à l’endroit où ils vivent et à la collectivité dans laquelle ils souhaitent s’installer. Cela doit également rester dans les limites de leurs moyens, nous les accompagnons donc pour qu’ils vivent selon leurs moyens.

Un logement temporaire peut être aussi simple qu’une chambre d’hôtel jusqu’à ce que nous leur trouvions un appartement, ce qui peut prendre une à deux semaines. Ce financement provient du Programme de lutte contre l’itinérance chez les vétérans ou, souvent, de nos propres fonds grâce au Fonds du coquelicot.

En parallèle, nous proposons des programmes de soutien par les pairs. Nous avons des programmes de chiens d’assistance, des programmes de bien-être et des aides d’urgence à titre gracieux. Nous aidons les vétérans dans tout ce qui peut leur être utile, qu’il s’agisse de la gestion de leurs dettes ou de comprendre des choses aussi simples que la manière de postuler à un emploi. Nous les accompagnons dans ces démarches.

La sénatrice MacAdam : Merci.

Le sénateur Ince : Ma question s’adresse à M. Wagner.

Tout d’abord, je tiens vraiment à vous féliciter. Permettez-moi simplement de vous dire que, sur la côte Est, la plupart de nos légions ne font pas le travail considérable que vous accomplissez. Elles n’ont pas les contacts nécessaires. En fait, bon nombre de nos légions de l’Est sont en déclin. Beaucoup d’entre elles ferment leurs portes. Il y a une mauvaise gestion des fonds et toute une série de problèmes. Je me demande si vous pourriez nous expliquer comment vous faites ce que vous faites et comment vous y parvenez si bien.

M. Wagner : À mon arrivée, mon premier objectif était de changer la direction que nous prenions et de mettre véritablement l’accent sur les solutions pour les vétérans.

Nous gérons en réalité deux activités distinctes, ce qui peut parfois être un défi. Nous travaillons avec des bénévoles à tous les niveaux, ce qui est probablement le plus grand défi. Il y a un décalage à ce niveau-là. La plupart de nos membres, cependant, sont des proches de vétérans. Nous avons constaté une certaine croissance des adhésions au cours des deux dernières années. Ici, en Saskatchewan, aucune section n’a fermé depuis un certain temps.

Tout repose vraiment sur le leadership. Nous avons un bon conseil qui s’est toujours assuré que les vétérans soient la priorité. Je vais être honnête : parfois, nous ne faisons pas tout correctement, mais nous nous efforçons toujours de rectifier le tir. Nous avons créé différents programmes en écoutant les vétérans. Cela inclut le soutien par les pairs. Notre programme de bien-être est probablement le plus grand changement que nous ayons apporté ces dernières années. C’est vraiment une approche globale pour examiner comment nous pouvons aider les vétérans.

Quand j’ai mentionné qu’ils pouvaient choisir leur propre méthode de traitement, pourquoi ne disons-nous pas « oui » plutôt que « non » tout le temps? Cette mentalité consistant à « retarder, refuser et attendre qu’ils meurent » doit vraiment changer à tous les niveaux.

Le sénateur Ince : Merci beaucoup. J’aimerais vous mettre en contact avec quelques personnes en Nouvelle-Écosse qui tentent de mener un travail similaire au vôtre. Vous pourriez peut-être leur donner quelques conseils.

M. Wagner : Bien sûr. Je les connais probablement déjà, d’ailleurs.

Le sénateur Ince : Merci.

La sénatrice Patterson : Comme cela faisait partie de ma question à M. Wagner, je vais revenir sur certaines de vos observations. Lorsque nous parlons des personnes vivant dans la rue ou des sans-abri, ce sont les plus vulnérables de la société canadienne; ajoutez-y le statut de « vétéran », et cela prend une tout autre dimension. Il a été question de la possibilité pour ces personnes de chercher le traitement ou le soutien dont elles ont besoin, à leurs propres conditions, ce qui n’est peut-être pas couvert par ACC. Or, ACC utilise une formule pour le soutien fondé sur des données probantes qu’il finance; cela ressemble un peu à une assurance.

Cependant, surtout avec cette population la plus vulnérable, il est important que nous puissions faire passer le message à Anciens Combattants Canada qu’il faudrait peut-être envisager cela différemment. Madame Delver, en ce qui concerne les populations autochtones, je sais que beaucoup de choses ne sont pas couvertes.

Nous commencerons par M. Wagner. Si vous deviez formuler de manière concise votre recommandation — ce que vous avez, je crois, déjà commencé à faire — pour qu’Anciens Combattants Canada atteigne véritablement les personnes les plus vulnérables et tente de les mener à une situation où elles peuvent commencer à répondre aux programmes et passer d’un logement temporaire à un logement permanent, que recommanderiez-vous en ce qui concerne l’accès financé aux modalités de soins?

M. Wagner : Merci pour cette question.

Un mot que vous avez utilisé a retenu mon attention : assurance. C’est un terme que la communauté des vétérans utilise couramment, car elle perçoit le ministère comme une compagnie d’assurance. Cela doit changer immédiatement. Il ne peut pas fonctionner comme une compagnie d’assurance; il doit être géré comme un établissement de soins.

De plus, commencez à écouter ces gens. C’est leur corps, c’est leur choix. S’ils ne cochent pas toutes les cases d’un progiciel d’aide à la décision pour obtenir un financement — il y a peut‑être un ou deux éléments qui ne correspondent pas à ce qu’ils sont prêts à payer —, jetez-y un œil et dites simplement « oui » de temps en temps plutôt que « non » tout le temps.

La sénatrice Patterson : Merci.

Mme Delver : Oui, je suis d’accord avec M. Wagner. Mon message serait similaire, honnêtement.

On peut avoir un programme et quelqu’un qui en a besoin, mais cela ne fonctionne pas forcément. Ce n’est pas si facile ni si simple. Il y a beaucoup d’éléments en jeu, surtout lorsqu’il s’agit d’itinérance, de santé mentale et de toxicomanie.

Notre modèle consisterait à apprendre à connaître les gens et à nous soucier véritablement de qui ils sont, de ce qu’ils font et de leur avenir, en étant capables de lever les obstacles et de les soutenir tout au long de ce processus.

Il semble que M. Wagner soit davantage du côté de la responsabilisation, alors que, pour nous, nous offrons un soutien complet, global et disponible en tout temps à nos bénéficiaires au sein de l’organisme, car les problèmes de santé mentale et de toxicomanie sont si graves. Nous devons repartir de zéro. Nous accordons une période de stabilisation de 90 jours, qui nous permet d’apprendre à connaître les personnes. Après cette période, on peut s’asseoir avec elles, être franc avec elles et les mettre au défi de s’engager sur la voie du rétablissement ou de la santé et du bien-être. Nous ne sommes pas censés stagner ici. Nous voulons nous assurer que nos mesures de soutien contribuent réellement à leur bien-être.

Merci de votre attention.

La sénatrice Patterson : Merci.

J’ai une dernière question complémentaire, car je sais que nous en avons le temps. Combien des vétérans que vous voyez sont des membres de la Gendarmerie royale du Canada, de la GRC? Je pose cette question à vous deux. Voyez-vous des vétérans autochtones de la GRC?

Mme Delver : Je n’ai pas rencontré de vétérans de la GRC ici à Edmonton.

M. Wagner : Nous en voyons un certain nombre. Je ne connais pas le nombre exact, mais probablement la moitié des vétérans que nous voyons sont autochtones. Je dirais que peut‑être 5 % d’entre eux sont des membres de la GRC. C’est probablement une estimation assez juste.

La sénatrice Patterson : Merci.

Le sénateur McNair : Merci à vous deux pour le travail que vous accomplissez sans relâche pour les vétérans.

À vous écouter, ce qui importe avant tout, c’est de respecter les personnes avec lesquelles nous traitons. Monsieur Wagner, vous avez dit qu’il fallait simplement dire « oui » de temps en temps plutôt que toujours dire « non ». C’est un changement de mentalité. Cela semble facile, et ça devrait l’être, mais ce n’est pas toujours le cas.

Quelles leçons à retenir ou quelles pratiques exemplaires en matière de logement des vétérans souhaitez-vous nous recommander, en vue des recommandations que nous pourrions formuler pour améliorer la situation à laquelle nous sommes confrontés? Je vais commencer par M. Wagner.

M. Wagner : Bien sûr. Merci pour cette question.

Je pense que l’essentiel est de considérer qu’il s’agit d’une communauté, et qu’il n’est pas nécessaire que la solution soit toujours individuelle. Chacun a sa propre solution, mais pour s’attaquer véritablement au problème, il faut commencer à construire des logements abordables pour ces personnes. Cela pourrait ressembler à une communauté réservée aux vétérans, car ils ont un vécu similaire, mais elle ne doit pas nécessairement être réservée aux vétérans; les premiers répondants peuvent également en faire partie.

Il faut disposer d’un établissement où des personnes ayant un vécu similaire peuvent être hébergées au même endroit pour avoir accès aux différentes modalités. Il n’est pas nécessaire que tout soit regroupé en un seul endroit, tant que quelqu’un sur le terrain peut les orienter dans la bonne direction et sait quel prestataire offre la meilleure solution à leurs besoins.

Le sénateur McNair : Merci.

Mme Delver : Merci pour votre question. Je suis d’accord avec M. Wagner : c’est l’accès à un logement abordable. À l’heure actuelle, je crois que le nombre de sans-abri à Edmonton dépasse les 6 000. Il n’y a pas assez de logements supervisés abordables pour les gens en général, sans parler des vétérans. Les besoins en matière de logement sont immenses, c’est certain.

Chez NiGiNan Housing Ventures, nous estimons que les gens ne peuvent se concentrer sur quoi que ce soit lorsqu’ils sont en mode survie; le logement est donc la première étape.

Le sénateur McNair : Merci.

La sénatrice MacAdam : Tout au long de cette discussion, nous avons entendu parler de plusieurs défis auxquels vous êtes tous deux confrontés, mais je me demande s’il y a quelque chose que vous pourriez souligner concernant les services que vous fournissez et les programmes que vous proposez. Y a-t-il quelque chose qui fonctionne particulièrement bien et dont vous pourriez nous faire part afin que nous puissions peut-être en tenir compte dans nos travaux au sein du comité?

M. Wagner : L’une des choses sur lesquelles nous travaillons consiste à mieux comprendre les traumatismes et à essayer de trouver différentes modalités pour les guérir. La plupart des modalités en psychologie, ou même dans l’activité mentale et physique traitent de l’esprit et du corps, sans toucher vraiment à l’âme. Ce que Mme Delver disait tout à l’heure à propos de l’aspect culturel, cela touche vraiment l’âme. Qu’il s’agisse de comprendre la religion ou les aspects culturels, peu importe, il s’agit de reconnecter ces personnes à quelque chose qui relève de l’état d’esprit et qui fait d’elles des êtres humains et non des numéros. Je pense que c’est probablement le plus grand défi. Nous devons vraiment les traiter comme des êtres humains et leur proposer différentes modalités qui fonctionnent. En réalité, la guérison commence à la racine, c’est-à-dire l’âme, qui est ce qu’une personne est vraiment.

Mme Delver : Encore une fois, je suis d’accord avec M. Wagner. Parmi les éléments qui ressortent, il y a la création d’un espace sûr, c’est-à-dire un lieu où se rendre au lieu de rester dans la rue, ou simplement le fait de disposer d’un espace, comme un lieu cérémoniel. On trouve une salle de cérémonie dans chacun de nos immeubles, juste au centre en entrant, et c’est en quelque sorte l’élément central pour les Autochtones, sans parler des vétérans autochtones. C’est quelque chose avec lequel on grandit. Que ce soit nouveau pour vous à l’âge adulte, c’est quelque chose qui est en nous depuis la naissance. Il s’agit donc simplement d’avoir accès à cet espace et à cette communauté, et de poursuivre dans cette voie avec constance.

La sénatrice MacAdam : Merci.

La présidente : Merci pour cette réponse.

Je vais poser la question suivante. Si vous aviez l’occasion de dire au Parlement ou au Canada ce qui doit encore changer pour les vétérans dans ce pays, que voudriez-vous qu’ils comprennent clairement?

Mme Delver : Je vais me lancer. Je voudrais simplement que les gens les considèrent comme des êtres humains. Qu’ils soient en phase de rétablissement, en pleine dépendance ou aux prises avec des problèmes de santé mentale, ils sont toujours des êtres humains. Ils sont toujours le frère, le fils ou le père de quelqu’un, vous voyez? Il s’agit simplement de les voir tels qu’ils sont et de comprendre ce dont ils ont besoin, sans que ce soit nous qui leur dictions ce dont ils ont besoin, et de leur offrir une oreille attentive afin que nous puissions nous concentrer sur leurs problèmes fondamentaux et, encore une fois, les aider à guérir à la racine et leur permettre de s’épanouir à leur manière.

La présidente : Merci.

M. Wagner : Eh bien, cela commence par une meilleure communication. Certains changements qui ont été instaurés ne sont pas communiqués très clairement, et les chiffres ne concordent pas. Cela alimente la méfiance et ce genre de choses.

Un autre point sur lequel il faut se concentrer est de comprendre que les rechutes, ça arrive. Quand une personne est exclue d’un programme, la vie a le don de se venger et de vous mordre les talons si vous ne faites pas attention et si vous ne restez pas vigilant grâce à un accompagnement global. Parfois, ces programmes ne sont pas conçus pour permettre à une personne de les réintégrer. Il faut donc tenir compte du fait que les rechutes existent. Après tout, ce sont des êtres humains, et nous devons les traiter comme tels.

La présidente : Merci.

Cela nous amène à la fin de notre réunion. Je tiens à remercier sincèrement Mme Delver et M. Wagner d’avoir pris le temps d’être parmi nous.

Notre prochaine réunion aura lieu le mercredi 6 mai à midi dans cette même salle. Je vous souhaite tous un bon après-midi.

(La séance est levée.)

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