Les Tatars de Crimée sous annexion illégale par la Russie, selon le témoignage d’un dirigeant exilé devant le Comité sénatorial des affaires étrangères
Ottawa - Dirigeant des Tatars de Crimée en exil et parlementaire ukrainien, Moustafa Djemilev s’est adressé mercredi au Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international afin d’attirer l’attention sur la détérioration de la situation des Tatars de Crimée depuis l’annexion illégale de la province ukrainienne de Crimée par la Fédération de Russie en 2014.
M. Djemilev était accompagné de Son Excellence M. Andrii Shevchenko, ambassadeur d’Ukraine au Canada.
M. Djemilev a décrit l’aggravation des conditions politiques, économiques, sociales et culturelles en Crimée et en Ukraine depuis l’annexion, en particulier pour les minorités comme les Tatars. Il a évoqué notamment la manipulation de l’approvisionnement alimentaire, énergétique et électrique de la péninsule et les pénuries qui en résultent.
Les Tatars de Crimée font également l’objet de répressions troublantes et de violations de leurs droits fondamentaux, y compris des enlèvements, de la torture et des exécutions extrajudiciaires. Récemment, la Cour suprême de Crimée a statué que le Mejlis – l’assemblée représentative autonome des Tatars de Crimée – était un organisme extrémiste et l’a interdit, rendant ainsi plus probable de nouvelles arrestations et persécutions.
Depuis l’annexion par la Russie, M. Djemilev et d’autres dirigeants des Tatars ont été interdits de séjour en Crimée pour une période de cinq ans.
Les témoins ont décrit les conditions de vie difficiles dans lesquelles se trouvent des milliers de Tatars de Crimée qui ont fui la péninsule depuis 2014 pour trouver refuge dans des régions du Sud de l’Ukraine. Ils ont également encouragé la communauté internationale à déployer des efforts plus organisés et déterminés pour faire reconnaître le sort des Tatars dans la Crimée comme une violation des droits humains, en plus de faire reconnaître le respect de la souveraineté de l’Ukraine comme étant une nécessité.
L’audience a permis aux membres du comité d’affirmer leur intérêt soutenu à l’égard de l’évolution de la situation en Ukraine.
Les membres ont souligné les sacrifices personnels qu’entraîne pour M. Djemilev la défense des droits fondamentaux des Tatars de Crimée et ont salué son engagement de toute une vie envers cette cause.
Faits saillants
- La date de mercredi était importante parce qu’elle coïncidait avec la commémoration des déportations massives des Tatars de la péninsule criméenne vers l’Asie centrale sous le régime soviétique de Joseph Staline en 1944.
- Les Tatars de Crimée ont obtenu le droit de rentrer dans la péninsule en 1989.
- D’après le plus récent recensement, en 2001, la population criméenne de 2 millions de personnes est composée à 58 % de Russes de souche, à 24 % d’Ukrainiens de souche et à 12 % de Tatars. On estime à 10 000 le nombre des Tatars à avoir fui la Crimée depuis l’annexion en 2014.
- En février 2016, le Parlement européen a adopté une résolution qui condamne la Russie pour les sévices et la discrimination qu’elle exerce contre la communauté tatare de Crimée, notamment par des enlèvements, la fermeture des médias tatars, des restrictions aux droits linguistiques et religieux, l’intimidation et des arrestations.
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