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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — L'agent Jeff Smith

1 octobre 2026


Honorables sénateurs, je vais vous raconter une anecdote personnelle, que je dédie au rétablissement de l’agent canadien Jeff Smith.

Cette anecdote commence en 1944, un an avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Hongrie, où je suis né, est un État fantoche nazi. Ma mère a alors 10 ans et elle vit avec la sienne, qui est une jeune veuve.

Un jour, on toque à la porte : la police arrête ma grand-mère. Son crime, c’est d’être juive. Elle est conduite dans un camp de concentration nazi. C’est ce jour-là qui a marqué la fin de l’enfance de ma mère de 10 ans.

Je suis né 10 ans plus tard. Peu avant mon 10e anniversaire, ma mère m’a dit de me dépêcher de grandir, car il se pourrait que mon père et elle me soient enlevés, et je me retrouverais alors seul. Bien que cette conversation-là n’ait pas forcément marqué la fin de mon enfance, elle a marqué la fin de mon intérêt pour les livres pour enfants.

J’ai en effet commencé à lire sur l’Holocauste. Je devais savoir comment me préparer à ce qui m’apparaissait comme un danger inéluctable.

Dans mon esprit d’enfant, j’ai commencé à séparer la population de notre pays en deux : les personnes qui me feraient du mal et celles qui me dissimuleraient.

Il y a deux semaines, à Belleville, en Ontario, à trois heures de route d’ici, deux policiers municipaux ont sauvé une congrégation juive d’une fusillade. Ils ont empêché un homme obsédé par la haine des Juifs et armé d’un fusil chargé d’abattre tout le monde dans la synagogue. Ces deux policiers, Jeff Smith et Michael McCurdy, incarnent ce qu’il y a de meilleur au Canada.

Pour l’enfant en moi, ils seront toujours des Canadiens qui me protégeraient du danger. Dans cette enceinte, je regarde le Canada dans les yeux chaque jour. Je vous considère tous comme Jeff Smith et Michael McCurdy, à savoir des Canadiens. J’aime le Canada. J’aime tous ses représentants. Je vous aime tous. L’enfant en moi vous remercie de l’avoir caché, de l’avoir protégé et de lui avoir permis de grandir dans le meilleur pays au monde.

Merci, Meegwetch.

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