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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Les appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation

27 novembre 2025


Honorables sénateurs, le Sénat a la responsabilité de représenter les groupes sous-représentés et de donner une voix puissante à ceux dont la voix a été mise de côté, ignorée ou affaiblie. Cette responsabilité est une obligation fondamentale de la réconciliation, un devoir constitutionnel et moral auquel cette institution ne peut pas se soustraire. C’est la raison même de notre présence ici. Aujourd’hui, je prends à nouveau la parole parce que l’engagement pris dans cette enceinte par rapport à un appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation reste en suspens.

En juin 2021, le Parlement a adopté à l’unanimité le projet de loi C-8, Loi modifiant la Loi sur la citoyenneté (appel à l’action numéro 94 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada). Le serment comprend désormais une promesse solennelle de respecter les droits ancestraux et issus de traités des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Il s’agissait d’une étape importante qui, selon beaucoup d’entre nous, allait enfin donner un sens et une dimension de vérité au guide sur la citoyenneté que les nouveaux arrivants lisent lorsqu’ils arrivent au pays.

Cependant, quatre ans et cinq mois plus tard, le guide d’étude d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, malgré l’appel à l’action no 93 de la Commission de vérité et réconciliation qui vise à enseigner aux nouveaux arrivants la vérité sur notre histoire commune, reste inchangé, figé dans le temps. Il n’y a aucune trace du serment que nous avons fièrement modifié et de la vérité que les nouveaux arrivants méritent d’apprendre.

Ce à quoi nous sommes confrontés n’est pas un simple retard, mais une inaction fédérale bien ancrée et un manque flagrant de volonté politique. L’appel à l’action no 93 de la Commission de vérité et réconciliation est une demande claire et directe visant à ce que le Canada révise le guide de citoyenneté afin de refléter l’histoire des Autochtones, les traités, les pensionnats et la réalité actuelle des survivants et de leur famille.

Je vais être franche : malgré mes tentatives répétées pour régler cette question, elle reste en suspens. Malgré le fait que j’ai marrainé le projet de loi C-8 au Sénat. Malgré le fait que j’ai soulevé le dossier pendant la période des questions au ministre et pendant la période des questions au Sénat. Malgré le fait que j’ai écrit des lettres. Malgré le fait que j’ai discuté en privé avec les ministres et leur personnel. Malgré le fait que j’ai essayé de régler cette question discrètement, respectueusement et en toute bonne foi. J’ai demandé qu’on se penche sur la question, j’ai insisté, puis j’ai rappelé qu’on devait le faire. Pourtant, rien. Aucune réponse, aucune urgence et aucune reddition de comptes.

Nous en sommes maintenant au cinquième ministre responsable de ce dossier depuis 2021. Ce sont cinq ministres, cinq occasions, cinq chances de tenir une promesse que le Canada a faite dans un esprit de réconciliation. Pourtant, nous voilà aujourd’hui sans guide révisé, sans échéancier, sans la moindre reddition de comptes et sans que l’appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation ait été satisfait.

Honorables collègues, il ne s’agit pas d’un retard, mais bien d’indifférence, d’un abandon qui érode le peu de confiance qui subsiste dans les engagements fédéraux envers les peuples autochtones. Le silence et l’inaction sont assourdissants. Ils résonnent dans les couloirs, où les obligations ne sont pas remplies, engloutissant les promesses qu’on nous répète sans cesse.

La réconciliation ne peut survivre qu’avec des gestes symboliques. Elle ne peut survivre qu’avec des cérémonies, des discours ou des séances photo. Elle nécessite des actions, le respect des engagements et la poursuite des efforts quand le travail devient difficile, complexe ou dépourvu d’intérêt politique.

Aujourd’hui, après quatre ans et cinq mois d’appels, de suivis et de silence de la part des ministres fédéraux, j’en ai assez des appels à agir. Il est inadmissible que le Canada puisse se réjouir de l’adoption du projet de loi C-8 et se dire honorable et digne de confiance, alors qu’il tarde à remplir l’un de ses principaux engagements, dans le silence et l’indifférence. Quyanainni, mahsi, koana, merci.

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