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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La sécurité alimentaire

15 avril 2026


Honorables sénateurs, j’interviens aujourd’hui au sujet de la sécurité alimentaire dans le Nord et, plus précisément, de la qualité et de l’innocuité des aliments. Au sein d’un même pays, les normes devraient être les mêmes. Pourtant, je dois à nouveau vous parler d’un autre écart aux Territoires du Nord-Ouest.

En juillet 2025, je me suis rendue à Ulukhaktok, une communauté inuvialuite isolée d’environ 400 habitants, accessible principalement par avion et par un service de transport maritime annuel. C’est l’une des 124 communautés qui reçoivent la contribution de Nutrition Nord Canada.

Pendant mon séjour, j’ai acheté un produit au magasin Northmart. En le cuisinant, j’ai remarqué que la couleur n’était pas normale. Le produit ne sentait pas frais et avait mauvais goût. En vérifiant l’emballage, j’ai constaté que la date « meilleur avant » remontait à près de deux ans. De plus, lors de ma réunion avec les membres de la communauté, on a distribué des boîtes de jus dont la date « meilleur avant » remontait à six mois. C’est pourtant un produit couvert par Nutrition Nord. Ce genre de situation se produit trop souvent dans de nombreuses communautés des Territoires du Nord-Ouest.

Les aliments sont de qualité optimale jusqu’à la date « meilleur avant », tandis qu’après la date de péremption, ils ne sont plus sûrs et ne doivent plus être achetés, vendus ou consommés. L’Agence canadienne d’inspection des aliments réglemente les dates de péremption, mais les dates « meilleur avant » sont plutôt des lignes directrices.

Là est le problème. Bien qu’il soit légal de vendre des aliments au-delà de la date « meilleur avant », il faut se demander jusqu’à quel point le caractère légal d’une pratique est acceptable.

Est-ce qu’on tolérerait une telle chose à Ottawa? Une épicerie du Sud du Canada pourrait-elle laisser des produits sur les tablettes pendant des années après leur date « meilleur avant » et continuer de les vendre au plein prix? Bien sûr que non.

C’est pourtant ce qui se produit dans les communautés du Nord, et ce, sans véritable surveillance. Quand l’accès est limité, la qualité est une nécessité, et non une préférence. À bien des égards, les gens du Nord sont des consommateurs captifs. Dans bien des cas, ils n’ont pas le choix, car il n’y a pas d’autre magasin ni de solution de rechange.

Depuis juillet, j’ai communiqué avec la Compagnie du Nord-Ouest, l’Agence canadienne d’inspection des aliments et Services aux Autochtones Canada. Mes démarches reflètent la fragmentation de ce système divisé en trois domaines distincts, c’est-à-dire la réglementation, l’approvisionnement et l’application de la loi, où il n’y a pas de reddition de comptes claire.

Cette fragmentation ne tient pas compte des recoupements qui existent, dans le Nord, entre l’isolement, les coûts, la santé et la qualité des aliments. Je tiens à être claire : un dialogue continu ne peut pas justifier l’inaction.

À ce jour, il y a toujours des produits dont la date « meilleur avant » est dépassée sur les tablettes à Ulukhaktok et dans de nombreuses collectivités au pays. Notons aussi que le programme Nutrition Nord est actuellement à l’étude.

Dans le cadre de son enquête, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a trouvé, dans les grands centres, des produits dont la date de péremption était dépassée et les a retirés. Son mandat se limite toutefois aux dates de péremption. C’est donc dire que la qualité des aliments demeure en grande partie non réglementée, ce qui permet de laisser sur les tablettes des produits dont la date « meilleur avant » est dépassée.

Il ne s’agit pas seulement d’alimentation, mais aussi d’équité, d’égalité et de dignité. Dans son appel à l’action no 19, la Commission de vérité et réconciliation nous a exhortés à combler les écarts dans les résultats en matière de santé entre les communautés autochtones et les collectivités non autochtones, ce qui comprend un élément aussi fondamental que la qualité de la nourriture disponible dans nos communautés.

L’égalité ne devrait pas dépendre de l’endroit où l’on vit ni de qui l’on est. Le Canada a la responsabilité de faire mieux, et le Nord est tout à fait en droit de s’y attendre.

Quyanainni, mahsi. Merci.

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