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Le discours du Trône

Motion d'adoption de l'Adresse en réponse--Suite du débat

18 novembre 2025


Honorables sénateurs, c’est avec énormément de gratitude, beaucoup d’humilité et un grand sens des responsabilités que je prends la parole aujourd’hui pour offrir ma réponse au discours du Trône.

Pour tout Canadien, se retrouver dans cette enceinte est une expérience extraordinaire. Pour quelqu’un qui, comme moi, a passé une grande partie de sa carrière au municipal — sur le terrain, près de la population et des préoccupations quotidiennes de la collectivité —, cette expérience revêt un sens particulier.

Le Sénat du Canada a été conçu pour élargir les perspectives et apporter une dimension régionale, sectorielle et expérientielle au débat national.

Je me tiens ici en tant que Canadienne de la région de l’Atlantique, dirigeante municipale, Néo-Brunswickoise bilingue, éternelle étudiante, passionnée d’idées et personne qui a passé les 13 dernières années à se consacrer à la tâche complexe, pleine d’espoir, frustrante, inspirante et profondément humaine qu’est la construction d’une ville.

Je viens de Moncton, au Nouveau-Brunswick, une communauté urbaine qui a connu la plus forte croissance parmi toutes les régions métropolitaines de recensement du pays, au cours de deux années consécutives, et dont l’histoire reflète à bien des égards celle du Canada. Elle est résiliente, diversifiée, déterminée et pleine de possibilités. Je viens d’une ville qui incarne également le plus grand problème au Canada, un problème qui est aussi, à mon avis, une occasion en or à saisir : le logement.

Dans le discours du Trône, Sa Majesté a souligné ce que tous les maires, travailleurs sociaux et familles savent déjà : le Canada ne peut prospérer si les Canadiens ne trouvent pas d’endroits où se loger durablement et en toute sécurité. Le logement est le fondement de toutes les autres aspirations nationales : croissance économique, immigration, innovation, stabilité familiale, résilience face aux changements climatiques et cohésion sociale. Le récent budget fédéral reflète cette priorité. Il affirme clairement que la résolution de la crise du logement est essentielle à la prospérité future du Canada et que le gouvernement fédéral doit être un partenaire actif — et non un simple observateur — dans ce domaine. Je me réjouis de cette orientation.

Toutefois, je sais aussi par expérience que ce n’est pas en parlant en termes généraux que nous résoudrons cette crise. Nous la résoudrons grâce à la clarté, au courage, au partenariat et à une action soutenue.

Le logement n’est pas simplement un produit commercialisable. Il constitue l’infrastructure de l’opportunité. Il détermine si les travailleurs peuvent accepter un emploi, si les étudiants peuvent terminer leurs études, si les familles peuvent s’épanouir, si les personnes âgées peuvent vivre dans la dignité et si les nouveaux arrivants, qui sont si essentiels à notre avenir, peuvent s’enraciner.

Lorsque Moncton a connu une croissance sans précédent, nous avons vu le meilleur de ce que la croissance peut apporter : de nouvelles entreprises, une énergie renouvelée au centre-ville, une plus grande diversité et une grande fierté d’habiter cette ville.

Nous avons également vu ce qui se passe lorsque l’offre de logements ne répond pas aux besoins des gens. Comme d’autres villes au pays, Moncton a dû faire face à une hausse de l’itinérance, à une grave pénurie de logements abordables, à des problèmes de santé mentale et de toxicomanie et à une pression croissante sur les services communautaires.

Des aînés ont été déplacés à cause de rénovictions. De jeunes travailleurs ont dû partager des locaux qui n’étaient pas destinés à l’habitation. Des employeurs ont été incapables de pourvoir des postes parce que leurs employés n’avaient nulle part où se loger.

En tant que mairesse, je ne pouvais pas simplement observer ces tendances. Je devais agir. Même si le logement est une responsabilité strictement provinciale au Nouveau-Brunswick, le conseil municipal et moi avons pris la décision sans précédent de consacrer 6 millions de dollars de fonds municipaux à des logements très abordables. Cette somme a permis de rassembler un financement total de 15,4 millions de dollars.

Il s’agissait d’une décision audacieuse — controversée pour plusieurs —, mais absolument nécessaire. La stratégie a fonctionné. Elle a permis de créer des logements pour des gens qui n’en avaient pas, de stabiliser les familles et de protéger la dignité des gens. Cette situation m’a appris un principe à la fois simple et fondamental : les solutions aux problèmes de logement exigent la mobilisation de tous les intervenants.

C’est pourquoi je crois que le Sénat a un rôle essentiel à jouer, non pas dans la construction de logements, mais dans la mise en place d’une certaine cohérence en étudiant les programmes fédéraux afin de s’assurer qu’ils répondent véritablement aux besoins des communautés, en examinant minutieusement la législation afin que les fonds soient alloués là où ils sont le plus efficaces et en favorisant une conception fondée sur des données probantes et une réflexion à long terme, plutôt que sur des solutions à court terme.

Nous ne pouvons pas avoir un pays où un ordre de gouvernement évoque de grandes ambitions tandis qu’un autre n’a pas tous les outils nécessaires pour agir, où nous demandons aux municipalités de trouver des solutions sans leur donner les ressources pour ce faire.

Nous ne pouvons pas avoir un pays où le logement est relégué au second plan au lieu d’être au cœur de la résilience nationale. L’impact que nous avons eu à Moncton était important, mais il y a encore des défis. Nous devons nous pencher collectivement sur le nombre croissant de sans-abri aux quatre coins du pays.

Le logement est un impératif national, non seulement parce qu’il y a une crise, mais aussi parce qu’il représente une occasion. Nous avons la responsabilité de veiller à ce que notre croissance soit judicieuse, inclusive et durable.

Le fait que nous jouions un rôle important dans le domaine du logement, ce n’est pas nouveau pour le gouvernement fédéral. En 1974, il y a 51 ans à peine, plus de 20 % de tous les logements au Canada étaient des logements abordables hors marché. Aujourd’hui, le nombre est inférieur à 4 %. Cet écart de 16 % explique en grande partie ce que les villes canadiennes observent dans leurs rues.

Mon parcours jusqu’au Sénat n’a pas été sans détours. Avant la politique, mon univers était celui des livres et des idées. J’ai commencé ma carrière dans le domaine de l’édition, où je travaillais à transmettre des connaissances aux jeunes lecteurs, grâce à des livres sur les dinosaures, les amphibiens, les insectes et les squelettes, des récits sur le monde et de notre place dans celui-ci.

C’est cette passion pour l’apprentissage qui m’a menée au Musée canadien de la nature et, finalement, à Moncton, où, plus tôt dans ma vie de jeune mère, j’ai participé à la fondation d’un festival littéraire international bilingue : le Festival Frye. Ce festival célèbre les formidables voix francophones et anglophones du Nouveau-Brunswick et encourage des milliers d’étudiants à lire, à écrire et à faire preuve de pensée critique.

Toutefois, mon parcours vers une fonction élective a commencé en 2012, lorsqu’un reportage de 30 secondes diffusé à la télévision américaine m’a suffisamment bouleversée pour que je me dise que je devais agir. Je me suis présentée au conseil municipal, car je suis convaincue qu’une diversité d’opinions autour de la table des décideurs permet de prendre de meilleures décisions.

Après quatre ans au conseil municipal, j’ai posé ma candidature à la mairie parce que je ne voulais pas seulement réagir au changement, mais y contribuer. Pendant deux mandats, qui se sont étalés sur neuf ans, j’ai eu le privilège exceptionnel d’être la première femme à devenir mairesse de Moncton. J’ai accueilli des nouveaux arrivants, milité auprès de partenaires provinciaux et fédéraux, élaboré des stratégies de croissance urbaine, participé à des défilés de la fierté, dansé pendant la fête de Navratri, parcouru nos sentiers à vélo, équilibré des budgets, mené d’importantes consultations auprès des jeunes et assisté à des cérémonies de remise de diplômes et d’anniversaire. Tout au long de cette période, je me suis efforcée de demeurer le plus ouverte, accessible et transparente possible.

J’ai appris que, pour bâtir la confiance, il faut d’abord favoriser la compréhension.

Le succès de Moncton est indissociable de son multiculturalisme, qui est axé sur la mise en œuvre de stratégies d’immigration efficaces, le parrainage des familles de nouveaux arrivants par nos concitoyens, et une collectivité ouverte, accueillante et inclusive.

L’immigration n’est pas seulement un moyen économique. C’est une force qui contribue au développement communautaire. Elle enrichit la culture, renforce la main-d’œuvre et élargit notre vision de ce que les villes — et le pays — peuvent devenir. Le discours du Trône le reconnaît et affirme que les nouveaux arrivants sont essentiels à la prospérité du Canada. Cependant, il reconnaît implicitement une vérité importante : une immigration réussie passe nécessairement par une approche efficace en matière de logement, de transport en commun, de soins de santé et de soutien communautaire. C’est pourquoi je crois que le logement doit demeurer au cœur de la stratégie nationale du Canada.

En tant que cycliste, j’ai toujours pensé que la façon dont nous construisons nos villes est importante non seulement pour la qualité de vie, mais aussi pour nos engagements en matière de climat. Les villes denses, praticables à pied et axées sur les transports en commun sont la forme de croissance la plus respectueuse de l’environnement.

Protéger les zones urbaines, investir dans les transports en commun et concevoir des collectivités où les gens peuvent vivre, travailler et se divertir sans avoir à faire de longs trajets permet de réduire considérablement les émissions. Le Centre Avenir, un complexe sportif et de divertissement de 113 millions de dollars construit à Moncton dans les délais et le budget prévus, a contribué à catalyser la densification du centre-ville. Cette densification n’est pas seulement une bonne politique, c’est aussi une bonne mesure pour lutter contre les changements climatiques.

Les investissements du budget fédéral dans le logement liés à la construction écologique et à la réforme du zonage sont des mesures qui vont dans la bonne direction, mais le Sénat peut contribuer à faire en sorte que ces investissements se traduisent par des résultats concrets sur le terrain.

On m’a demandé à plusieurs reprises de me présenter comme candidate à des élections partisanes pour presque tous les partis de ce pays. J’ai toujours refusé, non pas parce que la politique partisane est négative, mais parce que je savais que ma force, mon tempérament et mes convictions convenaient mieux à la collaboration entre les partis. À l’échelle municipale, nous travaillons avec tous ceux qui peuvent nous aider à mener notre mission à bien. L’objectif n’est pas de remporter des victoires partisanes, mais d’obtenir des résultats pour la communauté.

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