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Le discours du Trône

Motion d'adoption de l'Adresse en réponse--Suite du débat

10 juin 2025


Honorables sénateurs, c’est un grand honneur pour moi d’être ici aujourd’hui et de prendre la parole pour la première fois en tant que sénateur du Nouveau-Brunswick, en considérant le discours du Trône prononcé par Sa Majesté le roi.

Nous avons tous et toutes suivi des chemins différents pour arriver au Sénat, mais la plupart d’entre nous ont été attirés par le service public. C’est certainement le service public qui a guidé ma vie et ma carrière, puisque j’ai eu l’honneur de servir les Canadiens au sein des trois ordres de gouvernement.

À ma sortie de l’université, l’un de mes premiers emplois a consisté à conseiller un des ministres du cabinet de Frank McKenna. Je suis ensuite passé sur la scène fédérale, ce qui m’a permis de travailler pour un député de l’autre endroit à l’époque où Jean Chrétien était premier ministre. En tant qu’adjoint, j’ai beaucoup appris sur la complexité de la bureaucratie fédérale, notamment lorsque j’étais appelé à aider les Canadiens à naviguer dans ce dédale souvent intimidant.

Depuis ce temps, j’ai été directeur général dans deux municipalités différentes.

La première fois, il y a 25 ans, pour ce qui était alors le village de Cap-Pelé, et la deuxième fois, juste avant ma nomination au Sénat, pour la ville de Shediac.

Entre les deux, j’ai été élu quatre fois à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Pendant mon passage en politique provinciale, j’ai eu l’honneur de faire partie de deux cabinets et de gérer plusieurs portefeuilles. J’ai été ministre des Finances, de la Santé, du Développement économique, des Gouvernements locaux et du Développement régional. J’ai aussi occupé brièvement les fonctions de chef de l’opposition officielle.

Depuis près d’un an maintenant, je suis membre du Sénat. J’ai écouté attentivement les débats et j’ai eu l’honneur de participer à de nombreuses réunions de comités pendant la dernière législature.

Comme certains d’entre vous, j’ai passé une grande partie de ma carrière dans la politique partisane. En tant que membre d’un parti politique depuis l’âge de 17 ans, et en tant que membre d’un système partisan pendant 14 ans, j’ai connu un système entièrement construit autour d’idéologies et de plateformes politiques communes.

J’admets que j’ai pensé à cet endroit avec un certain cynisme quant à la manière dont une Chambre non partisane — ou peut-être post-partisane — pourrait fonctionner. Je dois dire que j’ai été agréablement surpris jusqu’à présent.

Je suis un fier membre du Groupe des sénateurs indépendants. J’apprécie la manière plus naturelle et délibérée dont les coalitions se forment ici autour de projets de loi ou de questions politiques précises. Si la partisanerie peut fonctionner — et elle fonctionne certainement dans d’autres milieux —, je me réjouis de continuer d’apprendre et d’évoluer dans cette nouvelle façon d’être législateur.

Alors que je me trouve ici aujourd’hui, deux faits me semblent incontournables. Premièrement, le Sénat moderne est aujourd’hui plus diversifié qu’il ne l’a jamais été, ce qui reflète la véritable composition du Canada. Deuxièmement, depuis le lancement du nouveau Sénat indépendant, en 2015, 350 amendements de fond aux projets de loi du gouvernement ont été adoptés.

Il s’agit d’un chiffre quand même assez étonnant, surtout si l’on considère qu’un seul amendement provenant du Sénat a été adopté au cours de la dernière session parlementaire précédant ces changements. Plus que jamais peut-être, le Sénat tient sa promesse initiale de poser un second regard objectif sur les affaires du gouvernement.

Honorables sénateurs, je suis très privilégié d’avoir été nommé au Sénat à un âge relativement jeune. Mon mandat durera près de 21 ans. Lorsque je prendrai ma retraite, seulement sept personnes parmi vous seront encore au Sénat — pensez-y un peu —, mais je compte bien tirer le meilleur parti de ce temps.

Pour me préparer à mon arrivée au Sénat, j’ai passé en revue les questions à l’étude afin de trouver les domaines pour lesquels mes intérêts et mon expérience pourraient être particulièrement utiles aux débats. J’aimerais vous parler de trois domaines — parmi d’autres et sans rien exclure — sur lesquels je compte me concentrer au cours des prochaines années.

Le premier domaine est celui des soins de santé, comme il a été mentionné plus tôt aujourd’hui.

En tant que ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, j’ai observé de première main les défis importants auxquels notre système est confronté.

En tant que sénateurs, nous ne pourrons pas résoudre les problèmes aigus de notre système de santé. Les temps d’attente et les pénuries de ressources humaines dans le secteur de la santé sont des domaines qu’il vaut mieux laisser aux provinces et aux administrateurs de la santé. Nous pouvons toutefois jouer un rôle important à cet égard en élargissant et en garantissant l’accès équitable à certains programmes et services, comme les services en santé mentale, l’aide médicale à mourir, les soins ophtalmologiques, la santé reproductive et le don d’organes.

L’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les dirigeants de notre système de santé est qu’ils deviennent des gestionnaires de crises. Le simple fait de maintenir les lumières de notre système de santé allumées est plus qu’un travail à temps plein. En tant que ministre de la Santé, j’ai vu à quel point les déterminants sociaux de la santé affectent la vie des gens et créent des volumes dans nos systèmes de santé qui les rendent ingérables.

En quatre ans, le temps d’un cycle politique, il n’est pas possible de faire beaucoup bouger les choses dans ces domaines, mais en 21 ans, j’espère pouvoir donner forme au débat et proposer des idées sur la façon de nous attaquer à certaines des causes profondes.

Très souvent, les problèmes de santé sont déjà déterminés bien avant que des soins médicaux soient nécessaires. Dans une génération, à la fin de mon mandat au Sénat, j’aimerais qu’une bonne partie de ces problèmes puissent être réduits, voire éliminés.

Mon deuxième champ d’intérêt sera l’inclusion sociale. Notre merveilleux pays est riche et il bénéficie de nombreuses ressources naturelles. Pourtant, de nombreux Canadiens sont laissés pour compte. Je viens de parler des déterminants sociaux de la santé. Ceux-ci sont étroitement liés à ma deuxième priorité.

Comment pouvons-nous développer des programmes et, plus encore, une culture qui rassemblent les gens? Comment pouvons-nous aider ceux et celles qui ont besoin d’un coup de main à s’élever vers de meilleures circonstances?

Les personnes vivant avec un handicap devraient pouvoir travailler aussi facilement et librement que les autres. Les personnes vivant dans la pauvreté intergénérationnelle devraient se voir offrir toutes les possibilités de rompre ce cycle.

Les jeunes Canadiens — et bien d’autres — qui ont du mal à acheter leur première maison devraient être mieux soutenus dans cet objectif.

Nous pouvons regarder autour du monde et travailler avec ceux qui ont une expérience vécue pour trouver des solutions à ces problèmes.

Nous pouvons éliminer les stigmates et la ségrégation des personnes au sein de notre société au cours de notre vie. Nous devons faire preuve d’audace et d’innovation dans la poursuite de ce rêve.

Cela devrait inclure un examen plus sérieux des solutions transformatrices, comme le revenu de base garanti.

Ma troisième priorité portera sur ma province d’origine, le Nouveau-Brunswick. En tant que défenseur des intérêts régionaux, le Sénat joue un rôle important dans la fédération. Nous sommes tous de fervents défenseurs de nos provinces, de nos territoires et de nos localités d’origine. Mon mandat au Sénat ne sera pas différent. J’ai l’intention de me concentrer sur une série de questions qui revêtent une importance particulière pour ma pittoresque province.

L’une d’entre elles est l’immigration francophone.

Je suis fier d’être acadien et membre de la communauté francophone. Je crois également dans l’immigration. L’immigration est un outil qui permet d’accroître notre population, de combler les lacunes de notre main-d’œuvre et de renforcer la mosaïque culturelle du Canada.

Cependant, peut-être sans le vouloir, la plupart des immigrants arrivent au pays en parlant anglais ou en cherchant à apprendre l’anglais. Nous devons veiller à ce qu’une part proportionnelle des immigrants soit francophone ou intégrée dans les communautés francophones.

Dans ma province, le Nouveau-Brunswick, de nombreuses institutions reposent sur le fait qu’environ un tiers de notre population est francophone. Cependant, cette proportion a diminué au cours des dernières décennies. Selon Statistique Canada, en 1991, 34,3 % des Néo-Brunswickois indiquaient que le français était leur langue maternelle. En 2021, ce taux avait baissé pour s’établir à 31,3 %.

La Constitution reconnaît expressément que le Nouveau-Brunswick est bilingue et prévoit des dispositions et des protections spéciales en ce sens.

Le Nouveau-Brunswick étant la seule province constitutionnellement bilingue du Canada, nous devons veiller à ce que les politiques d’immigration reflètent et protègent la réalité d’une forte minorité francophone au Nouveau-Brunswick. J’ai l’intention d’utiliser les ressources du Sénat pour examiner attentivement cette question, et j’espère proposer des solutions adaptées à la réalité unique du Nouveau-Brunswick.

En ce qui concerne la réalité unique du Nouveau-Brunswick, les liens historiques de la province avec le monde de la Francophonie représentent des possibilités économiques intéressantes. Plus d’un milliard de personnes vivent dans les pays membres de la Francophonie, dont 325 millions de francophones. Le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick ont un accès privilégié à ces pays. Nous devrions tirer parti de cet accès pour établir des relations solides que nous pourrions exploiter pour notre bénéfice économique commun. Au cours des prochaines années que je passerai dans cette Chambre, je souhaite donner la priorité au partenariat économique avec ces pays, notamment en trouvant des moyens d’améliorer le libre-échange, la mobilité de la main-d’œuvre, l’aide étrangère et l’investissement.

Je suis convaincu qu’en approfondissant nos relations avec les pays de la Francophonie, c’est l’ensemble du Canada qui en sortira gagnant, à commencer par le Nouveau-Brunswick, dont le commerce extérieur est dominé depuis trop longtemps par les échanges avec un seul partenaire, les États-Unis.

En cette période d’incertitude géopolitique et de transition, les racines profondes et historiques du Canada dans les autres parties du monde peuvent le propulser dans une nouvelle ère de collaboration multilatérale et de prospérité.

En terminant, je profiterai de mon passage au Sénat pour faire en sorte que les Néo-Brunswickois reçoivent leur juste part des programmes et des services fédéraux. Je militerai notamment pour qu’ils reçoivent une part équitable des investissements fédéraux dans les secteurs critiques que sont les infrastructures, le logement, la santé et les services sociaux. C’est bien sûr sans oublier les nombreuses initiatives moins tangibles comme celles qui permettent d’aider le Nouveau-Brunswick à tirer son épingle du jeu sur les marchés mondiaux.

Il y a un exemple frappant de déséquilibre qui tombe justement dans cette dernière catégorie et contre lequel j’aimerais vous mettre en garde. RechercheNB est le principal centre d’expertise de la province dans divers secteurs et domaines d’activité. Or, cet organisme estime que, proportionnellement, le Nouveau-Brunswick reçoit beaucoup moins de fonds de recherche fédéraux que les autres provinces. Pour tout vous dire, encore en 2023, le Nouveau-Brunswick a reçu — et de loin — le plus petit montant d’argent pour la recherche-développement par personne de l’ensemble des provinces et des territoires. Les inégalités comme celle-là doivent être dénoncées et corrigées.

C’est à la lumière de ces priorités que j’ai lu le discours historique de notre roi le mois dernier. J’ai pris note des engagements suivants, que je suivrai de très près au cours de cette session. Je songe notamment à l’aide pour l’achat d’une première maison et à la protection de programmes essentiels comme le programme en matière de garde d’enfants, le Régime national d’assurance médicaments et le Régime canadien de soins dentaires. Je pense aussi à l’objectif de bâtir l’économie la plus forte du G7, notamment en éliminant les barrières internes et en accélérant les grands projets nationaux de construction; je pense à l’importance de protéger et de promouvoir la langue et la culture françaises et de poursuivre notre engagement collectif en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones.

Honorables sénateurs, je compte sur votre sagesse et votre volonté pour m’aider à m’adapter à mes nouvelles fonctions. Je sais que nous partageons tous le même objectif, celui de faire du Canada un endroit meilleur, et je suis impatient de travailler à cette cause commune avec tous ceux et celles qui partagent mes intérêts et mes passions.

Meegwetch, je vous remercie.

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