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Le rôle essentiel des immigrants

Interpellation--Suite du débat

16 avril 2026


Honorables sénateurs, je suis heureux de prendre la parole sur l’interpellation de mon collègue le sénateur Loffreda, portant sur le rôle essentiel qu’ont joué et jouent toujours les immigrants dans la croissance économique, la richesse culturelle et le tissu social du Canada.

J’ai grandi dans un Canada qui, dans son ensemble, était fier de son histoire de multiculturalisme : les Ukrainiens s’installant dans l’Ouest, les Vietnamiens fuyant la guerre et, plus récemment, les réfugiés syriens arrivés au pays. Nous citons souvent ces exemples comme une preuve de l’empathie du Canada. Dans un monde qui rétrécit à vue d’œil, nous nous disions que le Canada était un modèle d’internationalisme et un refuge pour ceux qui cherchaient à échapper à la tyrannie et à l’oppression.

Depuis l’adoption de la politique officielle du Canada en matière de multiculturalisme au début des années 1970, celle-ci a été saluée par plusieurs comme une réponse à la tradition américaine d’assimilation culturelle — le « melting pot », comme on en est venu à appeler l’approche américaine.

Ici, au Canada, nous nous félicitions de notre approche plus humaine. La « mosaïque culturelle » est devenue le terme que nous utilisions pour décrire notre manière plus progressiste d’intégrer les nouveaux arrivants et de respecter leurs diverses cultures et traditions.

Bien sûr, la réalité sur le terrain a souvent été tout autre. Nous avons souvent échoué à être à la hauteur de ces nobles idéaux. Par exemple, notre pays a autrefois mené une politique officielle visant explicitement à restreindre l’immigration des Noirs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, nous avons tristement détenu et interné les Canadiens d’origine japonaise. De plus, dans les années 1930 et 1940, le Canada affichait l’un des pires bilans au monde en matière d’accueil des juifs qui tentaient d’échapper à l’Holocauste.

Quand tout va bien et quand les ressources ne sont pas mises à rude épreuve, il est facile de soutenir l’idée de l’immigration. Toutefois, comme l’histoire nous l’a montré, lorsque les temps sont durs, les gens se sentent menacés et cherchent quelqu’un à blâmer pour leurs problèmes.

Je suis sûr que nous avons tous déjà entendu ce genre de discours irrationnel et souvent haineux visant à désigner des boucs émissaires.

Lorsque l’économie traverse une période de ralentissement ou que l’accès à des ressources et à des services comme le logement et les soins de santé devient difficile, il y a toujours des gens pour affirmer que les immigrés sont responsables des pertes d’emplois, des coûts élevés ou des longs délais d’attente.

Même face à des preuves du contraire, ils s’en tiennent à cette explication facile et tout à fait erronée.

Il semble que ce genre de désignation de boucs émissaires se soit amplifié ces derniers temps. Je me demande ce qu’est devenu le consensus national que nous pensions avoir atteint sur l’immigration.

Évidemment, certains traits humains bien ancrés expliquent en partie ce phénomène. Nous avons tous une certaine crainte et une certaine méfiance à l’égard de « l’Autre », avec un « a » majuscule. Même quand tout va bien, nous avons tendance à éviter les choses et les gens que nous ne comprenons pas. Et quand tout va mal, nos réactions à l’égard des « Autres » peuvent devenir toxiques.

Cela dit, dans un pays comme le nôtre, qui attire et accueille de nouveaux arrivants depuis des décennies, ces réflexes humains élémentaires et déplorables ne suffisent pas à expliquer ce qui se passe. Je crois fermement qu’il y a aussi des raisons institutionnelles au changement d’attitude des Canadiens. Je pense qu’il s’est déclenché parce que, sans que cela soit intentionnel, le système d’immigration a été mal géré au cours des dernières années.

L’histoire de la politique d’immigration du Canada est compliquée. Nous avons tendance à croire que cette politique a toujours été fondée sur l’équité ou les droits. En vérité, jusqu’à la fin des années 1970 et 1980, les portes du Canada étaient généralement fermées aux nouveaux arrivants non européens. Cela a changé officiellement en 1976, et, quelques années plus tard, l’adoption de la Charte des droits et libertés est venue éclairer davantage notre approche et nos attitudes à l’égard de l’immigration. Au cours des décennies qui ont suivi, nous avons eu de nombreux débats sur des questions comme les accommodements, l’identité canadienne et l’équité.

Ces dernières années, ce débat s’est intensifié et a divisé l’opinion. De nombreux facteurs entrent en jeu. Par exemple, la pression constante exercée par le secteur privé en faveur d’une main-d’œuvre bon marché a entraîné une augmentation massive du nombre de travailleurs étrangers temporaires. À peu près à la même époque, les établissements d’enseignement supérieur ont cherché à compenser la baisse des inscriptions et la perte de revenus par une forte augmentation du nombre d’étudiants étrangers.

Ces pressions n’étaient pas les seules à peser sur le système, mais les décideurs de toutes allégeances politiques — avec de bonnes intentions, je crois — ont cédé à ces demandes du monde des affaires et ont fermé les yeux sur ce qui se passait dans les établissements d’enseignement supérieur.

Cependant, la véritable erreur a été de ne pas prendre le temps de réfléchir à la manière dont l’économie et les services publics pourraient absorber un afflux aussi important et aussi rapide. Une étude récente a montré que le rythme auquel le Canada a accueilli les nouveaux arrivants en 2023 n’était pas viable. C’était là le point culminant de notre réponse aux problèmes liés à la main-d’œuvre et aux inscriptions d’étudiants que je viens d’évoquer.

Si rien n’avait été fait, cette ouverture des vannes aurait fait grimper la population canadienne à 452 millions d’habitants d’ici la fin de ce siècle. À l’inverse, si le Canada était passé à l’autre extrême et avait cessé toute immigration, sa population se serait chiffrée à un peu plus de 12 millions d’habitants d’ici 2100, soit moins d’un tiers de la population actuelle.

Dans un article d’opinion publié en mars dans le Globe and Mail, Campbell Clark présente les choses ainsi :

[La] leçon à tirer du passé récent n’est pas que l’immigration est néfaste. C’est plutôt que les revirements brutaux en matière de politique d’immigration sont néfastes.

Je pense qu’il y a là une grande vérité. Notre politique d’immigration est devenue trop réactive et trop disparate. Elle manque de vision et d’orientation stratégique. Elle souffre d’une mauvaise planification à long terme.

Le Canada a besoin d’immigrants : c’est une réalité incontournable. Si cela est bien géré, tout le monde y gagne — tant nos citoyens actuels que les nouveaux arrivants que nous accueillons.

Le Canada devrait profiter de cette période d’incertitude pour mener une analyse approfondie de sa politique et des mécanismes qui l’appuient. Le gouvernement devrait également réfléchir sérieusement aux répercussions négatives que les récents revirements politiques ont eues sur la façon dont les Canadiens perçoivent l’immigration. Le gouvernement devrait s’efforcer de rétablir cette confiance.

Avant de conclure, j’aimerais ajouter une dernière réflexion. Je suis originaire de la région de l’Atlantique. Notre région vit souvent les choses différemment des autres régions du pays, surtout par rapport à certains des plus grands centres urbains du Canada. Dans un pays immense qui présente de nombreuses différences internes, l’approche du Canada en matière de politiques ne devrait jamais être uniforme.

Alors que le gouvernement fédéral repense son approche de l’immigration, je lui demande de garder à l’esprit que les besoins d’une province comme le Nouveau-Brunswick peuvent être très différents de ceux des provinces plus grandes. Par exemple, le caractère saisonnier de certaines industries au Nouveau-Brunswick fait que nos besoins en main-d’œuvre sont souvent différents de ceux des autres régions du Canada. Il en va de même pour notre capacité à loger et à soutenir correctement les nouveaux arrivants. Cependant, c’est peut-être avant tout notre composition linguistique qui nous distingue.

Selon Statistique Canada, la proportion de francophones et de personnes parlant français au Nouveau-Brunswick est en baisse depuis quelques années. Une approche plus adaptée en matière d’immigration nous permettrait de répondre à ces besoins particuliers. En adoptant une approche « en mosaïque » du multiculturalisme — par opposition au fameux « melting pot » —, le Canada a choisi de mettre à l’honneur les cultures distinctes et les différences des nouveaux arrivants.

Nous devrions adopter cette même philosophie dans notre approche de la réforme de l’immigration, en respectant les besoins et les capacités propres à chaque région du Canada.

Merci. Meegwetch.

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