Le cent vingt-cinquième anniversaire du Mouvement Desjardins
Interpellation--Débat
24 mars 2026
Ayant donné préavis le 3 février 2026 :
Qu’elle attirera l’attention du Sénat sur le 125e anniversaire du Mouvement Desjardins.
— Honorables sénateurs, alors que l’année 2025 marquait le 125e anniversaire du Mouvement Desjardins, il m’apparaît opportun de rappeler dans cette enceinte la portée d’une œuvre qui dépasse largement le cadre financier. Ces 125 ans d’audace, de solidarité et d’engagement au service des communautés ont façonné cette institution financière francophone qui incarne une vision de l’économie : une économie enracinée dans la démocratie, guidée par le principe de responsabilité collective et orientée vers les personnes et le bien commun.
Le Mouvement Desjardins s’apprête à clore les célébrations de ce jalon marquant de son histoire à son assemblée générale annuelle du printemps. Fort de ses plus de 510 milliards de dollars d’actifs, de ses 3,8 milliards de dollars d’excédents et de ses 638 millions de dollars en ristournes aux membres et à la collectivité, le Mouvement Desjardins fait figure de proue en matière d’institution financière coopérative francophone au Canada. Il convient de revenir sur les fondements, l’histoire et les valeurs qui ont permis à ce modèle d’affaires non seulement de traverser les épreuves du temps, mais de s’imposer comme un acteur incontournable du développement économique et social au Québec, mais aussi dans les communautés francophones de l’Ontario. Qu’est-ce que le Mouvement Desjardins?
Chers collègues, le Mouvement Desjardins, c’est bien plus qu’une simple institution financière. C’est une structure coopérative qui appartient pleinement à ses 10 millions de membres, principalement au Québec et en Ontario. Son modèle d’affaires lui permet de mettre l’intérêt de ses membres au cœur de ses priorités, dans une logique de solidarité et de responsabilité collective. Son fonctionnement démocratique, quant à lui, repose sur la participation active de ses membres, qui élisent leurs représentants et prennent part aux décisions lors des assemblées annuelles.
Au-delà de ses services financiers, Desjardins est un acteur social majeur. Il redistribue une part importante de ses excédents sous forme de ristournes à ses membres et en dons à la collectivité. Le Mouvement Desjardins est également un acteur clé du développement économique régional en soutenant activement les petites et moyennes entreprises locales. En étant au cœur de l’économie de proximité, il favorise la création d’emplois et de richesse et contribue à l’essor des communautés partout où il est présent.
Également actif à l’échelle internationale, Desjardins offre depuis 50 ans des services d’appui technique et d’investissement dans le secteur de la finance inclusive dans les pays en développement. À travers ses actions, il montre que l’économie peut être au service des personnes et qu’elle peut être inclusive et démocratique, tout en contribuant activement au bien-être et à l’essor des communautés. Cent vingt-cinq années d’évolution dans un monde en perpétuelle transformation témoignent non seulement d’une remarquable résilience institutionnelle, mais surtout de la force intemporelle des valeurs des coopératives : des valeurs d’autonomie, de responsabilité, de démocratie, d’égalité, d’équité et de solidarité.
Pour mieux comprendre l’origine et la pérennité de ces valeurs, permettez-moi de revenir aux sources mêmes du Mouvement Desjardins. À une époque où l’accès au crédit était non seulement inéquitable, mais souvent abusif, Alphonse Desjardins refusa que des travailleurs et des familles soient soumis à l’usure, qu’ils soient exploités et gardés dans la pauvreté et l’ignorance.
C’est d’ailleurs dans l’exercice de ses fonctions en tant que sténographe à l’autre endroit, en 1897, qu’Alphonse Desjardins fut profondément marqué par une intervention d’un député dénonçant les ravages de l’usure. On y rapportait le cas troublant d’un citoyen contraint de payer 5 000 $ d’intérêts pour un modeste emprunt de 150 $. Devant une telle abomination, révélatrice d’un système profondément inéquitable, Alphonse Desjardins fut outré, ce qui éveilla en lui le besoin de trouver une solution alternative plus juste et plus humaine à ce problème d’exploitation financière des plus vulnérables.
La solution qu’il proposa s’inspirait notamment de différents modèles coopératifs européens. Au cœur de cette vision se trouvait un principe simple et puissant : la gestion financière collective et participative. Les membres unissent leur épargne, mettent en commun leurs ressources, assument solidairement les risques et exercent ensemble leur pouvoir décisionnel.
Ainsi naquit, le 6 décembre 1900, la première caisse populaire à Lévis, qu’il fonda avec son épouse, Dorimène. Elle s’occupait de la gestion quotidienne des opérations de la caisse pendant que lui poursuivait ses activités de promotion et de développement.
Très tôt, Alphonse Desjardins comprit que la confiance et la crédibilité du modèle coopératif devaient reposer sur les principes d’honnêteté et de responsabilité. Il comprit également que, pour développer une génération future de citoyens prévoyants et engagés, ces derniers devaient apprendre ce qu’était l’épargne, d’où le lancement du service d’épargne scolaire appelé « l’épargne du sou ».
À partir de 1907, le modèle des caisses populaires suscita un intérêt croissant au-delà du Québec, notamment dans d’autres provinces canadiennes.
C’est en Ontario, où les fonctions de sténographe d’Alphonse Desjardins l’amenaient à séjourner plusieurs mois par an, qu’il orienta une grande partie de ses efforts. Dès 1908, il participa activement à la création de la Civil Service Savings and Loan Society, qu’on appelait la Coopérative de crédit du Service civil limitée, destinée aux fonctionnaires fédéraux. Fort de cette expérience, il étendit son action en fondant sept nouvelles caisses populaires dans des paroisses canadiennes-françaises principalement situées à Ottawa.
Au total, Alphonse Desjardins a joué un rôle dans la fondation de 24 caisses populaires en Ontario, témoignant ainsi son engagement envers le développement de la communauté francophone de la province. Son engagement se manifesta également au-delà des caisses. En 1915, il occupa notamment un rôle de premier plan lors d’une manifestation organisée par l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française, qui luttait contre le règlement 17 et les restrictions liées à l’enseignement en français en Ontario.
À l’époque, le journal Le Droit présenta d’ailleurs les caisses comme un fer de lance du français en Ontario :
Les caisses populaires, en nous aidant à obtenir notre indépendance économique, feront plus pour la question bilingue que bien des luttes politiques.
Ces mots résonnent encore aujourd’hui. Ils nous rappellent que la vitalité d’une langue et la pérennité d’une culture reposent aussi sur la capacité de ses communautés à prospérer économiquement. À la suite du décès d’Alphonse Desjardins en 1920, la crise économique de 1921 qui a suivi la fin de la Première Guerre mondiale a eu des effets bien sentis dans les caisses populaires.
Entre 1921 et 1925, plusieurs ont dû cesser leurs activités et l’actif du réseau, alors composé d’environ 150 caisses populaires, a subi un recul. Dans ce contexte, certaines caisses ont entrepris de se regrouper en unions régionales, auxquelles elles ont confié des fonctions de surveillance, d’inspection et de gestion des surplus de liquidités. Ces unions se sont constituées progressivement, ce qui a contribué à la structuration et à la consolidation du réseau.
De plus, si la crise des années 1930 ébranla profondément le Mouvement Desjardins, elle fut également porteuse de renouveau. Elle joua un rôle déterminant dans la décision des unions régionales de se regrouper au sein d’une fédération. Cette structuration accrue permit d’organiser plus efficacement les activités d’inspection, de surveillance et de promotion des caisses, tout en préparant la relance du Mouvement Desjardins. L’influence de cette dynamique dépassa les frontières du Québec. Dans d’autres provinces canadiennes, des caisses et des credit unions se multiplièrent, s’inspirant à la fois du Mouvement Desjardins et du Mouvement d’Antigonish, né en Nouvelle-Écosse au début des années 1930.
La Seconde Guerre mondiale, en ramenant la prospérité économique, contribua par ailleurs à consolider ces nouvelles coopératives d’épargne et de crédit. Toutefois, l’après-guerre ne fut pas exempte de défis. La récession de 1947 et 1948, qui raviva le souvenir de celle de 1921, ainsi que la situation précaire de certaines caisses qui avaient pris des risques excessifs durant les années de prospérité, menèrent en août 1948 à la création du premier fonds de sécurité. Celui-ci visait à soutenir financièrement les caisses en difficulté et s’accompagnait d’un relèvement des cotisations versées à la fédération afin de renforcer le service d’inspection.
Ainsi, les crises et les récessions qui jalonnèrent son histoire, loin de l’affaiblir, consolidèrent ses assises et révélèrent sa profonde résilience. Le Mouvement Desjardins en ressortit plus uni, plus structuré et animé de la réussite des valeurs coopératives.
Aujourd’hui, Desjardins figure parmi les principales institutions financières du pays. Elle a été reconnue récemment par le magazine The Banker comme la meilleure institution financière au Canada en 2025, et par le magazine Forbes comme l’une des meilleures institutions au monde. C’est une institution financière francophone issue du Québec qui opère encore 125 ans plus tard.
Sa solidité financière, reconnue par les agences de notation, témoigne de la pertinence du modèle coopératif dans un environnement hautement compétitif. Cette performance n’est pas en contradiction avec ses valeurs : elle en est la conséquence.
Les personnes sont au cœur de la réussite de Desjardins. Dans cet esprit de pérennité des valeurs de coopération et d’engagement, il me semble tout particulièrement approprié de rendre hommage à toutes les personnes qui ont été des instruments dans l’essor remarquable du Mouvement Desjardins, ceux et celles qui ont vu grand et ont transformé l’imaginaire en réalité.
Je parle ici du gouvernement de René Lévesque, qui, à la suite des élections de 1976, a ouvert la voie à une législation plus permissive et adaptée aux institutions financières du Québec.
Je parle ici des différents présidents et présidentes du Mouvement Desjardins, qui ont mené la destinée de l’entreprise vers les sommets que nous constatons aujourd’hui.
Je parle ici des personnes qui ont évolué au sein de cette entreprise, qui y ont cru et qui ont contribué à son essor et à sa renommée. Par leur vision, leur intégrité et leur dévouement, ces personnes ont su forger cette culture d’excellence coopérative et d’engagement communautaire qui est la marque de commerce de Desjardins.
Je suis contente de pouvoir prendre la parole au sujet du Mouvement Desjardins pendant le Mois de la Francophonie. Je veux également souligner la Journée internationale des femmes et l’apport des femmes au sein du Mouvement Desjardins.
Permettez-moi de clore mon allocution en portant une attention particulière à Mme Dorimène Desjardins. Femme de vision, épouse dévouée et mère de 10 enfants, elle fut la collaboratrice fidèle des grands projets de son mari. En participant activement au démarrage de la Caisse populaire de Lévis, elle a incarné la rigueur et le sens du devoir. Cofondatrice discrète, mais indispensable, son parcours nous invite à reconnaître que le développement économique est indissociable de la participation pleine et entière des femmes à la vie institutionnelle et financière.
Aujourd’hui encore, la présence accrue des femmes dans les conseils d’administration, dans les équipes de direction et dans toutes les professions constitue un facteur d’équilibre, de performance et d’innovation. On peut affirmer désormais sans équivoque qu’une gouvernance diversifiée favorise une meilleure gestion des risques, une plus grande transparence et une prise de décision plus inclusive, des qualités qui rejoignent l’héritage des principes coopératifs.
Souligner l’héritage de Dorimène Desjardins, c’est reconnaître que l’histoire du Canada s’est écrite aussi grâce à la compétence, à la détermination et au leadership des femmes. C’est reconnaître que leur participation, leur expertise, leur vision et leur soutien sont la base des fondements et de l’essor de notre société.
Honorables sénateurs, célébrer les 125 ans du Mouvement Desjardins, c’est reconnaître la très grande histoire de cette institution financière francophone, qui a su faire sa marque au Québec, au Canada et dans le monde. C’est aussi souligner la capacité des citoyens à se prendre en main, à exercer démocratiquement leur pouvoir économique et à bâtir ensemble des institutions durables. De plus, c’est comprendre que l’argent peut servir au développement des personnes et des communautés. Finalement, c’est une preuve tangible que la solidarité demeure, aujourd’hui comme hier, une force d’avenir.
Je vous remercie.
Honorables sénateurs, je souhaite m’associer à l’interpellation de la sénatrice Moncion, visant à souligner le 125e anniversaire du Mouvement Desjardins en 2025. Comme nous venons de l’entendre, Desjardins est une institution coopérative majeure dont l’impact s’inscrit à la fois dans notre histoire et dans notre présent.
À la lumière de l’intervention de la sénatrice Moncion, il m’apparaît particulièrement pertinent de mettre en lumière une dimension complémentaire de cette réussite collective : l’engagement du Mouvement Desjardins à l’échelle internationale, notamment en matière de finance inclusive.
Depuis sa fondation, Desjardins repose sur une idée simple et forte : mettre la finance au service des personnes. Cette vision, qui a contribué au développement économique et social du Québec et du Canada, trouve aujourd’hui un prolongement à l’échelle internationale.
Par l’entremise de Développement international Desjardins, le mouvement met son expertise coopérative au service de partenaires dans près d’une soixantaine de pays, notamment en Afrique, en Amérique latine, dans les Antilles et en Asie. Son action s’articule autour de leviers concrets et structurants : l’appui technique aux institutions financières locales, l’investissement en finance inclusive et le renforcement durable de l’autonomie économique des populations. Ces interventions visent un objectif fondamental : élargir l’accès à des services financiers sécuritaires et adaptés pour des personnes qui en sont encore trop souvent exclues. L’autonomisation économique des femmes y occupe une place centrale.
À cet égard, permettez-moi de partager une expérience personnelle.
Dans une ancienne vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs pays où Développement international Desjardins était actif.
Au Burkina Faso, j’ai notamment rencontré des femmes productrices de beurre de karité regroupées en coopératives et appuyées par des institutions financières soutenues par Desjardins. J’y ai observé des retombées très concrètes : un premier accès au crédit, l’ouverture de comptes d’épargne sécurisés, ainsi qu’une amélioration tangible de la littératie financière grâce à des formations adaptées à leurs réalités.
Au-delà des chiffres, ces initiatives contribuent directement à renforcer l’autonomie économique, la résilience des communautés et la capacité des femmes à jouer un rôle accru dans le développement de leur milieu.
Honorables sénateurs, en soulignant ce 125e anniversaire de Desjardins, nous reconnaissons non seulement la solidité d’une institution financière née au Québec et qui a grandi partout dans le monde, mais également la portée d’un modèle coopératif qui montre depuis plus d’un siècle qu’il est possible de concilier performance économique et inclusion sociale.
Sénatrice Gerba, je suis désolé de vous interrompre. Honorables sénateurs, il est maintenant 19 heures et, conformément à l’article 3-3(1) du Règlement, je dois quitter le fauteuil, à moins que les sénateurs consentent à ne pas voir l’horloge. Est-ce d’accord, honorables sénateurs?
Il en est ainsi ordonné. Vous pouvez poursuivre, sénatrice Gerba.
Je vous invite à vous joindre à moi pour souligner cet anniversaire marquant et pour souhaiter longue vie au Mouvement Desjardins. Je vous remercie.
Honorables sénateurs, je prends moi aussi la parole aujourd’hui avec une profonde gratitude et un sentiment d’honneur, alors que la sénatrice Moncion attire notre attention sur le 125e anniversaire du Mouvement Desjardins. Le Mouvement Desjardins, c’est mon voisin. J’habite à Lévis et il n’est pas bien loin.
C’est une institution qui, au fil des décennies, a su transformer la façon dont les Canadiens et les Canadiennes conçoivent la finance, la solidarité et la responsabilité envers notre planète. J’y tiens énormément. Depuis sa fondation à Lévis en 1900 par Alphonse Desjardins et Dorimène Desjardins, cette institution est devenue l’un des exemples les plus marquants de réussite du modèle coopératif dans le monde, comme l’ont expliqué mes collègues. Les époux Desjardins ont bien compris, bien avant leur époque, que l’argent n’est qu’un outil. Ce qui compte, c’est entre quelles mains se trouve l’argent et au service de quelle cause il sert. Cent vingt-cinq ans plus tard, cette leçon est plus pertinente que jamais.
Chers collègues, nous vivons une urgence climatique. Les rapports du GIEC sont sans équivoque : si nous n’agissons pas maintenant, les conséquences seront catastrophiques pour nos enfants, pour les générations futures, et en particulier pour les pays en développement, qui contribuent le moins aux émissions mondiales, mais qui en subissent les effets les plus dévastateurs.
C’est dans ce contexte que le leadership de Desjardins en matière de finance durable mérite d’être salué, en plus des autres qualités du Mouvement Desjardins qui ont déjà été mentionnées. Je salue cela avec vigueur et sans ambiguïté. En 2020, le Mouvement Desjardins s’est positionné clairement en faveur d’une sortie du secteur du charbon thermique. En 2021, Desjardins a renouvelé son ambition climatique en se fixant pour objectif la carboneutralité d’ici 2040, avant le reste du Canada, pour l’ensemble de ses activités, ainsi que pour les financements et les investissements de ses assureurs dans trois secteurs grands émetteurs de gaz à effet de serre : l’énergie, l’immobilier et les transports.
De plus, par l’intermédiaire de sa fondation et de ses fonds d’investissement responsables, Desjardins oriente des milliards de dollars vers des projets d’énergie renouvelable dans les domaines de l’agriculture durable et de l’économie circulaire. Ces projets sont des exemples positifs de ce qui est possible quand les institutions financières s’alignent sur nos objectifs climatiques et environnementaux.
En outre, Desjardins est un pionnier dans l’émission d’obligations vertes, dans les fonds d’investissement durables et dans l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans ses décisions en matière de prêts et d’investissements. Les fonds Desjardins se retrouvent à plusieurs reprises dans le palmarès 2026 des fonds responsables de Corporate Knights. L’institution a prouvé qu’un modèle coopératif fondé sur une vision à long terme et sur la responsabilité de ses membres est intrinsèquement mieux adapté à la finance durable que la logique du profit à court terme qui a trop souvent régné sur Bay Street et sur Wall Street. Desjardins continue de présenter des résultats financiers solides malgré l’incertitude mondiale.
Je voudrais aborder un sujet qui ne reçoit pas toujours suffisamment d’attention dans cette enceinte : l’engagement de Desjardins envers les pays en développement. Depuis des décennies, par l’intermédiaire de Développement international Desjardins, le mouvement établit des réseaux financiers coopératifs dans toute l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est, comme l’a mentionné ma collègue.
Ce n’est pas de la charité, chers collègues, mais de la solidarité. Desjardins exporte un modèle qui donne aux communautés les moyens de prendre en main leur avenir financier.
Développement international Desjardins a contribué à la création et au renforcement de coopératives financières locales au service des agriculteurs, des entrepreneures et des propriétaires de petites entreprises qui, autrement, seraient complètement invisibles aux yeux du système financier mondial. Il s’agit justement des populations les plus vulnérables aux changements climatiques et aux autres polycrises qui affectent notre planète. Leur fournir des outils financiers ne vient pas s’ajouter au programme de lutte contre le changement climatique : c’est un élément central de celui-ci. La résilience climatique passe par la résilience économique. On ne peut pas s’adapter à un climat en mutation si on n’a pas accès au crédit pour investir, par exemple, dans une culture résistante à la sécheresse ou dans des panneaux solaires pour sa maison.
Je viens du Pérou. Au Pérou, j’ai vu de mes propres yeux des communautés rurales transformées par l’accès à la microfinance coopérative. Je songe, par exemple, à des femmes agricultrices qui ont pu investir dans des semences résistantes à la sécheresse ou à de jeunes entrepreneurs qui ont créé des entreprises d’économie verte dans des régions négligées par les grandes banques. Tout cela, c’est le modèle Desjardins en action.
Au cours du siècle, Desjardins est devenu un acteur majeur du système financier : avec plus de 7,8 millions de membres et de clients, environ 55 000 employés et plus de 470 milliards de dollars d’actifs, le Mouvement Desjardins est la sixième coopérative financière au monde. C’est aujourd’hui la plus grande institution financière coopérative d’Amérique du Nord.
Contrairement aux banques traditionnelles, Desjardins redistribue une partie de ses profits en versant plusieurs centaines de millions de dollars par an sous forme de ristournes aux membres, en faisant des investissements dans les communautés et en assurant le financement de projets locaux et sociaux. Depuis 2017, par exemple, le Fonds du Grand Mouvement Desjardins a soutenu plus de 920 projets en versant plus de 200 millions de dollars.
Desjardins a joué un rôle clé dans plusieurs domaines : l’accès au crédit pour les agriculteurs et les PME, le financement du logement et de l’entrepreneuriat et le soutien aux coopératives et à l’économie sociale. Depuis des décennies, les caisses populaires permettent aux ménages québécois de se constituer une épargne et un capital, ce qui a contribué à l’essor économique de ma province.
Voilà pourquoi j’affirme avec conviction que Desjardins est une institution québécoise et un modèle mondial. Nous devrions être fiers de cette institution canadienne et veiller à ce que ses valeurs se retrouvent ailleurs dans le système financier canadien. D’ailleurs, nous devons encourager tous les types d’institutions financières à vocation sociale, qu’elles soient publiques, privées ou à but non lucratif.
Desjardins n’est pas devenu ce qu’il est en suivant la voie de la facilité, comme vous pouvez l’imaginer. Il est devenu ce qu’il est en restant fidèle à ses valeurs — pendant la Grande Dépression, les guerres et les crises financières — et en ayant confiance que ces valeurs feraient leurs preuves avec le temps.
Cent vingt-cinq ans plus tard, c’est chose faite.
Meegwetch. Merci.
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui dans le cadre de l’interpellation de la sénatrice Moncion afin de rendre hommage au Mouvement Desjardins, qui a célébré son 125e anniversaire en 2025.
Il n’est pas donné à toutes les organisations canadiennes d’atteindre un âge aussi vénérable. Aujourd’hui, nous soulignons non seulement la longévité d’une institution, mais aussi l’importance d’un acteur marquant de l’histoire financière et sociale de notre pays.
Depuis 125 ans, cette remarquable institution coopérative sert des millions de Canadiens, particulièrement au Québec, tout en montrant que la finance peut être à la fois performante, responsable et profondément ancrée dans la communauté.
Ayant moi-même travaillé pendant 35 ans dans le secteur bancaire, j’ai pu constater de mes propres yeux le rôle essentiel que joue la diversité des institutions dans la solidité de notre système financier. Les institutions financières et les coopératives comme Desjardins en sont un pilier important.
Bien que la Banque Royale reste la plus grande institution bancaire au pays, au Québec, le Mouvement Desjardins occupe une place à part. Les Québécois entretiennent avec Desjardins un sentiment d’appartenance essentiel. C’est une relation de confiance qui dure depuis plus d’un siècle, une véritable histoire d’amour dont la flamme ne semble pas près de s’éteindre.
Les sénateurs se souviendront également que les Nations unies ont proclamé 2025 « Année internationale des coopératives ». Dans sa résolution, l’ONU a réaffirmé que les coopératives « encouragent les populations locales, y compris les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées et les [A]utochtones, à participer aussi pleinement que possible au développement économique et social ». Elle a reconnu que la participation inclusive renforce le développement économique et contribue à l’éradication de la pauvreté et de la faim.
L’ONU a également appelé les États membres à sensibiliser l’opinion publique au rôle important que jouent les coopératives dans le développement social et économique. L’interpellation de la sénatrice Moncion contribue directement à cet objectif, et je la remercie d’avoir porté cette question importante devant cette enceinte.
L’histoire de Desjardins commence en 1900 à Lévis, grâce à la vision d’un homme remarquable : Alphonse Desjardins.
Au début du XXe siècle, l’accès aux services financiers était loin d’être universel.
De nombreuses familles de travailleurs et de petits entrepreneurs avaient peu de possibilités d’épargner en toute sécurité ou d’obtenir du crédit à des conditions équitables. Trop souvent, elles devaient se tourner vers des prêteurs qui exigeaient des taux d’intérêt exorbitants, piégeant les emprunteurs dans des cycles d’endettement et d’insécurité financière.
Alphonse Desjardins a reconnu cette injustice. Il croyait profondément que les gens ordinaires méritaient d’avoir accès à des produits d’épargne sûrs et à du crédit équitable.
Sa solution était simple, mais révolutionnaire : créer une institution financière coopérative détenue par ses membres, qui mettrait en commun l’épargne afin d’offrir des prêts à la communauté.
La première caisse populaire était née.
Le modèle de Desjardins ne s’est jamais limité aux seuls services financiers. Il reposait sur la dignité, la solidarité et l’autonomisation. Il visait à lutter contre l’usure et l’exclusion financière tout en donnant aux travailleurs les moyens de se construire une vie plus sûre. À bien des égards, Desjardins représentait une solution financière à un problème social.
Cette vision fondatrice s’est révélée remarquablement porteuse. Au fil des décennies, le modèle coopératif s’est étendu partout au Québec et au-delà. Ce qui n’était au départ qu’une modeste initiative locale est devenu la plus grande coopérative financière du Canada et la huitième au monde, avec un actif de plus de 510 milliards de dollars au 31 décembre 2025.
Bien évidemment, on ne peut parler du succès de Desjardins sans mentionner son expansion au-delà du Québec.
En Ontario français et au Nouveau-Brunswick, par exemple, les caisses Desjardins ont développé une présence importante.
Malgré son expansion considérable, Desjardins n’a jamais perdu de vue ses racines.
Sa structure coopérative, détenue par ses membres, garantit que les décisions sont guidées non seulement par la performance financière, mais aussi par le bien-être de ses communautés. Ses caisses populaires demeurent profondément ancrées dans la vie locale, soutenant les familles, les entrepreneurs et les organisations communautaires bien au-delà des services bancaires traditionnels.
En tant qu’ancien banquier, je peux affirmer que des institutions comme Desjardins renforcent l’ensemble de notre secteur financier.
La concurrence et la diversité des modèles institutionnels sont essentielles à un écosystème financier sain. Les institutions coopératives apportent une perspective distincte — une perspective qui privilégie la stabilité à long terme, la gestion prudente et l’impact communautaire.
Cette approche a prouvé sa valeur à maintes reprises.
Le système financier canadien est largement reconnu comme l’un des plus stables et résilients au monde — et je le répète à qui veut bien l’entendre. L’une des raisons de cette résilience est précisément la présence d’institutions coopératives solides qui opèrent aux côtés des banques à charte et des autres acteurs financiers.
Desjardins est un exemple éloquent de la manière dont une organisation détenue par ses membres peut conjuguer rigueur financière et mission sociale.
Bien sûr, les anniversaires ne sont pas seulement des moments de réflexion sur le passé, ils sont aussi des occasions de se tourner vers l’avenir. Le secteur financier évolue rapidement. La transformation numérique redessine les interactions des Canadiens avec leurs établissements financiers, et les nouvelles technologies redéfinissent les attentes en matière d’accessibilité, de rapidité et de personnalisation.
En fait, le Mouvement Desjardins a été nommé banque canadienne de l’année en 2025 par le magazine The Banker, une reconnaissance bien méritée pour une année marquante. Cette distinction reflète, en partie, la transformation majeure de l’organisation pour simplifier les opérations bancaires et améliorer l’accès aux services financiers pour ses membres et ses clients.
Aujourd’hui, environ 85 % des contacts avec les clients et 96 % des opérations se font par voie numérique, principalement au moyen d’appareils mobiles. Ces chiffres sont remarquables et placent Desjardins parmi les chefs de file dans son domaine. En fait, l’innovation fait partie de son ADN depuis longtemps. Desjardins a été la première institution financière au Canada à offrir des services bancaires en ligne, dès 1996. Je suis sûr que c’est une surprise pour beaucoup.
Parallèlement, l’économie mondiale est confrontée à des défis majeurs, notamment la transition vers une économie à plus faibles émissions de carbone et l’importance croissante de la finance durable. Les institutions comme Desjardins joueront un rôle important pour accompagner ces transformations.
Leur structure coopérative les place dans une position unique pour trouver l’équilibre entre innovation et responsabilité en investissant dans les nouvelles technologies tout en restant résolument concentrées sur les besoins de leurs membres et la vitalité de leurs collectivités. Les collectivités sont importantes pour Desjardins.
Leur engagement continu envers le développement communautaire est tout aussi important.
Depuis des générations, Desjardins soutient des projets locaux, des initiatives culturelles, des petites entreprises et des organisations sociales partout au Québec et ailleurs au pays. Ces investissements contribuent à renforcer le tissu social et à assurer un partage plus vaste de la prospérité économique.
Dans une économie en constante évolution, les valeurs coopératives qui guidaient Alphonse Desjardins il y a plus d’un siècle demeurent profondément pertinentes : solidarité, prudence et communauté.
Ces principes nous rappellent que la finance n’est pas une fin en soi. Elle est un outil qui peut autonomiser les individus, soutenir les familles et aider les communautés à prospérer.
Je pense notamment à la Fondation Desjardins, qui, en 2024 seulement, a consacré près de 7 millions de dollars à soutenir le plein potentiel des jeunes. Plus d’un demi-million de jeunes Québécois ont pu ainsi bénéficier de ces initiatives.
Alors que nous célébrons les 125 ans du Mouvement Desjardins, nous célébrons également la force durable du modèle coopératif, un modèle qui place les personnes au cœur de la vie économique et veille à ce que les institutions financières demeurent profondément liées aux communautés qu’elles servent. C’est précisément pour cette raison que les institutions coopératives occupent une place si importante dans le tissu économique canadien.
Depuis 125 ans, Desjardins prouve ce qu’il est possible d’accomplir lorsque l’innovation financière est guidée par une mission sociale.
Souhaitons que les 125 prochaines années perpétuent cette fière tradition. Félicitations aux membres, aux employés, aux dirigeants et aux communautés qui ont bâti et soutenu le Mouvement Desjardins et qui continuent de le faire. Leur travail nous rappelle que, lorsque la finance est véritablement au service des personnes et des communautés, toute la société en bénéficie.