L'honorable Judith G. Seidman
Interpellation--Suite du débat
24 mars 2026
Honorables sénateurs, c’est le cœur plein d’amour et de nostalgie que je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à une chère amie, une alliée indéfectible et une ancienne collègue des plus distinguées, l’honorable Judith Seidman. Elle a pris officiellement sa retraite en septembre 2025, mais son absence se fait sentir tous les jours dans cette enceinte.
Judith et moi avons commencé notre parcours en tant que sénatrices il y a près de 16 ans, puisque nous sommes toutes deux arrivées en 2009, à quelques mois d’intervalle. Nous nous sommes découvert des affinités dès ces premiers jours. Pendant des années, nous avons occupé des bureaux voisins et siégé côte à côte dans cette enceinte. Alors que j’occupais le poste de leader adjointe de l’opposition et qu’elle était notre whip de l’opposition, nos journées étaient rythmées par des discussions stratégiques à voix basse et par le dur labeur consistant à demander des comptes au gouvernement.
Au-delà des aspects pratiques du leadership, Judith était ma confidente. Au cœur des tempêtes politiques les plus violentes, c’est grâce à son esprit calme et stratégique et à son amitié indéfectible que j’ai pu surmonter les moments les plus difficiles.
La contribution de Judith à cette institution a été considérable, mais aucune n’a sans doute été aussi cruciale ni aussi exigeante que son travail à la présidence du Comité permanent sur l’éthique et les conflits d’intérêts des sénateurs. Elle a consacré d’innombrables heures à ce comité, s’occupant de rapports complexes et de délibérations délicates avec un sens profond du devoir. Judith comprenait que le Comité de l’éthique ne se contente pas de veiller au respect des règles; il défend la réputation même du Sénat du Canada. Elle a pris cette responsabilité avec le plus grand sérieux en sachant que la confiance du public dans notre institution reposait sur l’équité et la rigueur des travaux du comité et sur son travail à elle, comme présidente.
Au-delà de son travail sur l’éthique, Judith a apporté à chaque débat la rigueur qu’elle avait acquise grâce à sa formation d’épidémiologiste et de chercheuse. Elle a bien sûr siégé pendant des années au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, où elle a grandement contribué aux études et aux évaluations de divers projets de loi.
Parmi ses nombreuses réalisations notables, on peut citer son engagement en matière de santé et de sécurité. Elle a été la marraine de la Loi de Vanessa, une mesure législative historique sur l’innocuité des médicaments au Canada. Elle a également été une porte-parole de la communauté anglophone minoritaire du Québec. Elle en a été une ardente défenseuse, veillant à ce que sa vitalité et ses droits restent une priorité au niveau fédéral.
Dans les moments de calme entre les votes, nos conversations dérivaient souvent vers les personnes qui occupent une grande place dans notre cœur. J’ai eu le privilège d’entendre parler des joies de sa vie : sa fille et son petit-fils. Pour Judith, sa famille est sa plus grande réussite, et le dévouement qu’elle leur porte témoigne magnifiquement de la femme qu’elle est en dehors du Sénat.
Dans son discours en vue de son départ à l’automne dernier, Judith a évoqué la noblesse du Sénat. Elle a incarné ces paroles. Bien que nous fassions partie de la famille conservatrice, Judith était respectée par tous les groupes du Sénat pour son intégrité et sa capacité à établir un consensus sans jamais renoncer à ses principes.
Très chère Judith, sachez que votre héritage perdure au Sénat du Canada et bien au-delà. Notre amitié m’est plus précieuse que les mots ne peuvent l’exprimer, et j’ai hâte de poursuivre nos nombreuses conversations pendant encore de longues années. Merci pour votre engagement envers le Québec et le Canada, merci pour votre sagesse et, surtout, merci pour votre merveilleuse amitié. Merci.
Honorables sénateurs, je prends également la parole aujourd’hui pour rendre hommage à l’honorable Judith Seidman.
J’ai eu le privilège de siéger aux côtés de la sénatrice Seidman au sein du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, de ma nomination au comité jusqu’à son départ à la retraite en 2025. Elle mettait généreusement à disposition ses connaissances institutionnelles, insistait avec diligence sur l’importance des données, donnait des conseils pragmatiques et incarnait toujours ce que signifie servir son pays avec intégrité. La sénatrice Seidman nous a souvent rappelé l’importance du travail des comités sénatoriaux, notamment des études et des rapports.
En tant que scientifique au Sénat, elle a participé à certains des débats les plus déterminants de notre époque en matière de santé : l’aide médicale à mourir, le cannabis, la gestion de la pandémie et, plus récemment, l’assurance-médicaments. Tout au long de ces débats, elle a insisté sur la rigueur, elle a insisté sur les données et elle nous a rappelé qu’une bonne politique publique doit reposer sur des données probantes, et non sur de simples opinions. Elle faisait également preuve de clairvoyance. Bien avant que ces questions ne fassent la une des journaux, elle avait lancé des avertissements sur le vapotage, milité pour l’amélioration des soins de longue durée et mis en lumière la crise imminente liée au vieillissement et aux ressources humaines dans le secteur de la santé.
Elle était avant-gardiste. Elle posait des questions et soulevait des préoccupations qui anticipaient les défis auxquels le Canada doit faire face aujourd’hui. Pour la sénatrice Seidman, la santé n’a jamais été une simple question technique; elle a toujours été une question humaine. Ses questions et son point de vue revenaient toujours aux personnes, et elle ne nous a jamais laissés perdre de vue la dimension humaine qui est au cœur des politiques publiques.
La sénatrice Seidman continue d’être une mentore pour moi et un modèle de leadership pour les femmes. Je me souviens de l’avoir rencontrée pour la première fois lors d’une conférence médicale à Montréal, en 2019. C’était une conférence pour les médecins. J’ai été frappée d’apprendre que non seulement une épidémiologiste assistait à une réunion sur les maladies cardiovasculaires, mais que cette épidémiologiste était également une sénatrice canadienne. J’étais muette d’admiration. Elle est un modèle puissant pour ceux d’entre nous dont l’expertise se situe à la croisée de la science et la politique, des sphères où les voix des femmes ont toujours été sous-représentées.
Pour honorer l’héritage de la sénatrice Seidman, gardons au cœur de notre travail au Sénat la prise de décisions fondées sur des données probantes et les personnes touchées par ces décisions. Sénatrice Seidman, je vous remercie de votre leadership. Vous nous manquerez, à nous tous et à moi tout particulièrement. Au nom du Groupe des sénateurs canadiens, je vous souhaite une excellente retraite du Sénat du Canada.
Honorables sénateurs, l’honorable Judith Seidman était une parlementaire réfléchie, intelligente, combative et féroce. Elle a eu une grande influence sur le Sénat, même si elle mesurait à peine cinq pieds et était d’un tout petit gabarit.
Judith et moi avons été les premières femmes dans l’histoire du Sénat à occuper, au même moment, les postes de whip de l’opposition et d’agente de liaison du gouvernement, respectivement. Nous sommes peut-être aussi les deux premières personnes à s’être donné l’accolade au milieu du Sénat, dans l’allée centrale, après un vote par appel nominal.
Nous avons également été whip et agente de liaison pendant la pandémie, et c’était toute une époque. Judith était l’amie qui prenait toujours des nouvelles et demandait toujours comment ça allait, même pendant la courte période où nous travaillions à domicile. Elle envoyait toujours des messages textes après un discours — et je sais qu’elle le faisait pour beaucoup d’entre nous — qui disaient : « Bravo. Excellent discours. Un discours percutant, vraiment. » Elle pensait toujours aux gens, et je sais que je ne suis pas la seule personne au Sénat à avoir eu l’impression d’être son amie proche. Je pense que nous avions tous l’impression d’avoir une relation privilégiée avec Judith.
La sénatrice Seidman et moi avons passé beaucoup de temps près de l’estrade de l’huissier du bâton noir, à attendre que la sonnerie s’arrête. Chers collègues, ceux d’entre vous qui étaient présents à une certaine époque savent que la sonnerie retentissait souvent. Pendant que nous étions là, nous avons eu des conversations sur des sujets très variés. La plupart des gens ne savent pas que Judith et moi avons failli convaincre l’huissier du bâton noir de nous accompagner en chantant dans l’allée, et j’ai failli convaincre Judith de danser avec moi s’il le faisait.
Chers collègues, ce fut un honneur de servir aux côtés de la sénatrice Seidman. Elle me manque chaque jour. J’aimerais parler au nom de l’ancien sénateur Marc Gold et peut-être aussi de notre Présidente, car nous travaillions tous ensemble, et je veux simplement dire à quel point Judith est une personne formidable.
Judith, j’espère que tu t’amuses bien avec ta fille. J’espère que tu dors beaucoup. J’espère que tu es bien reposée. Viens nous rendre visite de temps en temps. Merci.