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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La « Fish Gang »

22 mars 2023


Honorables sénateurs, je suis heureux de vous présenter aujourd’hui le chapitre 74 de « Notre histoire ».

Quand on parle de Terre-Neuve-et-Labrador, le mot « poisson » nous vient souvent à l’esprit. Eh bien, aujourd’hui, je vais vous parler d’un groupe d’hommes connus sous le nom de la « Fish Gang », qui, il y a plus de 100 ans, ont quitté les petits ports de pêche de la province pour se rendre à New York afin de participer à l’érection des gratte-ciels qui forment l’incroyable paysage de cette ville. Les entreprises de construction américaines embauchaient des pêcheurs de Terre-Neuve qui avaient l’habitude de se hisser au haut des gréements de pêche des goélettes et qui, par conséquent, n’avaient pas peur de travailler en hauteur dans les structures d’acier. Les risques étaient élevés, mais le salaire l’était aussi.

Selon la légende, le premier ferronnier de Terre-Neuve était un dénommé Frank Treahy, de Conception Harbour, qui a vite fait savoir aux jeunes pêcheurs de sa province natale que la construction de gratte-ciels à New York offrait du travail régulier et bien rémunéré. D’autres Terre-Neuviens ont répondu à son appel, si bien que dans les années 1930, les Terre-Neuviens représentaient environ le quart des membres de la section locale 40 du syndicat des ferronniers, dont le territoire comprenait Manhattan, le Bronx, Staten Island et le comté de Westchester. Certains ont occupé des postes importants au sein du syndicat. En 1939, Jim Cole, natif de Terre-Neuve, en a été élu président, fonctions qu’il a assumées jusqu’en 1950. Le président suivant du syndicat était Ray Corbett, dont la famille était originaire de Harbour Main. Son successeur, Ray Mullett, était le fils d’un ferronnier originaire de la collectivité d’Oderin, dans la baie Placentia, collectivité qui a depuis été réinstallée. Au début des années 1990, il a à son tour cédé sa place à un autre homme natif de Terre-Neuve, Jack Doyle. On pourrait dire qu’ils se sont solidement installés aux commandes.

Les hommes de Terre-Neuve étaient connus pour être tissés serrés et se tenir en groupe. Ils veillaient les uns sur les autres dans les chantiers comme en dehors. Ils ont rapidement acquis le surnom de « Fish Gang », qui signifie la « bande de pêcheurs », et lorsque leurs fils sont devenus ferronniers, on les a surnommés les « Fish Offspring », c’est-à-dire la « progéniture des pêcheurs ».

Ces Terre-Neuviens étaient également bien connus et respectés pour leur grande éthique professionnelle, leur merveilleuse personnalité et leur intrépidité. Dans son livre publié en 2004 intitulé High Steel: The Daring Men Who Built the World’s Greatest Skyline, le journaliste new yorkais Jim Rasenberger raconte :

Le Terre-Neuvien est tout désigné pour faire ce travail [...] Il a le pied marin et sait manier les gréements, ce qui est indispensable sur le chantier.

Il ajoute que le Terre-Neuvien « est également habitué à travailler dur dans des circonstances risquées et à ne pas s’en inquiéter outre mesure ».

Il poursuit en disant :

Par rapport au transport de carcasses de phoques à travers un champ de glace mouvant au Labrador ou à l’escalade d’un mât de navire sur une mer agitée, l’exploit consistant à se tenir en équilibre sur une poutre d’acier à plusieurs centaines de pieds au-dessus des rues de New York est une promenade de santé.

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous connaissent l’une des photographies les plus célèbres au monde, qui a été prise par Charles Ebbets le 29 septembre 1932. Cette photographie est parfois citée sous le titre « Repas au-dessus de Manhattan » ou « Déjeuner au sommet d’un gratte-ciel ». Elle montre onze hommes déjeunant assis sur une poutre en acier au 69e étage de l’immeuble Rockefeller Plaza à New York. Cela signifie qu’ils se trouvent à une hauteur de 850 pieds au-dessus de la ville. Cette photo est devenue une icône de la photographie américaine du XXe siècle. Bien que certains des hommes figurant sur la photo n’aient pas été identifiés, on dit que le troisième homme en partant de la gauche est Austin Lawlor, de King’s Cove à Terre-Neuve, et que le cinquième homme est Claude Stagg, de la collectivité de pêcheurs de Catalina.

Sachant que les gars de chez nous se tenaient toujours ensemble, je suis convaincu qu’il y a quelques autres Terre-Neuviens assis là, les pieds suspendus dans les airs.

En 1986, Hana Gartner a produit, dans le cadre de l’émission The Fifth Estate, un excellent documentaire sur cette bande de pêcheurs, la « Fish Gang », intitulé Ironworkers from Newfoundland: Walking Iron. Il est facilement accessible sur le site Web de CBC. Je vous encourage à y jeter un coup d’œil. Les membres de cette bande ont participé à la construction d’édifices comme la tour Sears, le World Trade Center et, oui, les tours jumelles. Les Terre-Neuviens se sont servis de leurs mains pour contribuer à l’édification de l’une des villes les plus fascinantes du monde.

Il y a des années, bien avant qu’on mette en place des protocoles de sécurité, on a interrogé un Terre-Neuvien sur les dangers associés à ce travail, lors d’une entrevue. Il a répondu que les travailleurs ne pouvaient tomber qu’une seule fois.

On dit que, peu importe où l’on va dans le monde, on y trouvera des gens originaires de Terre-Neuve-et-Labrador. Ces gens ont quitté nos côtes pour se démarquer partout dans le monde. C’était la même chose pour les gars qui se sont rendus à New York il y a de cela tant d’années. Aujourd’hui, je suis heureux de rendre hommage aux membres de la « Fish Gang ».

Merci.

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