DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Terre-Neuve-et-Labrador
Le soixante-quinzième anniversaire de son entrée dans la fédération canadienne
19 septembre 2024
Honorables sénateurs, c’est avec plaisir que je vous présente aujourd’hui le chapitre 80 de « Notre histoire ».
Chers amis, nous célébrons cette année une étape importante dans la création de notre pays : 2024 marque le 75e anniversaire de l’adhésion de Terre-Neuve-et-Labrador au Canada.
Le chemin vers la Confédération a été long et fastidieux. Aujourd’hui encore, certains habitants de notre province affirment que le référendum a été truqué et qu’à ce moment précis de notre histoire nous avons été dupés par le gouvernement britannique. En effet, beaucoup de gens pensaient qu’il était alors de connivence avec la clique d’Ottawa.
Habitée depuis des milliers d’années par les peuples autochtones, la région connue sous le nom de Terre-Neuve-et-Labrador a été brièvement colonisée par les Vikings vers l’an 1000 de notre ère, puis utilisée par les pêcheurs et les baleiniers européens à partir des années 1500. Pendant plusieurs siècles, des colons anglais et français ont établi des villages sur l’ensemble du territoire et se sont disputé les droits de pêche et le contrôle impérial. La France a renoncé à ses prétentions en 1713, mais a conservé certains droits de pêche jusqu’en 1904.
En 1825, en raison du grand nombre de colons anglais et irlandais permanents, la Grande-Bretagne a modifié le statut de Terre-Neuve, qui est passé de station de pêche à colonie officielle. En 1832, la colonie se voit accorder un gouvernement représentatif. Bien qu’une Chambre d’assemblée élue ait été créée, l’essentiel du pouvoir est détenu par le gouverneur nommé par les Britanniques et par ses conseils législatif et exécutif triés sur le volet. En 1855, Terre-Neuve est dotée d’un gouvernement responsable, le pouvoir étant transféré à la Chambre d’assemblée élue.
Puis, en 1869, deux ans après l’union de la province du Canada avec le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, les Terre-Neuviens ont voté pour déterminer s’il fallait ou non se joindre à la Confédération. L’idée a été rejetée catégoriquement.
Après les sacrifices de la Première Guerre mondiale, le Statut de Westminster a déclaré que le Dominion de Terre-Neuve était un pays indépendant au même titre que les autres au sein du Commonwealth britannique.
La Première Guerre mondiale et la construction du chemin de fer ont engendré une dette énorme due principalement aux banques canadiennes. La Grande Dépression a aggravé la situation, si bien qu’en 1933, l’Assemblée législative de Terre-Neuve a voté pour sa dissolution. La Grande-Bretagne a ensuite nommé une Commission de gouvernement composée d’un gouverneur et de six commissaires pour diriger temporairement le dominion.
Le 3 juin 1948, Terre-Neuve a tenu un référendum présentant trois options : le maintien de la Commission de gouvernement, le retour à un gouvernement responsable ou l’adhésion à la Confédération avec le Canada. C’est l’option du maintien de la Commission de gouvernement qui a recueilli le moins de voix. Elle a été écartée du second référendum, qui a lieu le 22 juillet. Les Terre-Neuviens ont voté à une courte majorité, soit 52,3 %, en faveur de l’entrée dans la Confédération. Notre destin était scellé. Terre-Neuve s’est jointe officiellement au Canada le 31 mars 1949.
Le philosophe allemand G. W. F. Hegel a dit que tout ce que l’histoire nous a appris, c’est que nous n’apprenons rien de l’histoire. Toutefois, le grand génie canadien Northrop Frye a affirmé que nous apprenons tout de notre géographie, qu’un peuple est formé par sa géographie et que l’endroit où nous vivons fait de nous ce que nous sommes.
Cela dit, les Terre-Neuviens-et-Labradoriens sont connus dans tout le pays pour leur générosité, leur gentillesse, leur sens de l’humour et leur éthique du travail. Nombreux sont les habitants de mon île qui ont aidé à bâtir ce grand pays et contribué à sa réussite.
Comme j’ai eu l’occasion de parcourir ces terres magnifiques et inhospitalières, je sais à quel point j’ai de la chance de vivre au Canada, mais soyez assurés que je suis avant tout un fier Terre-Neuvien-et-Labradorien. Cela ne devrait surprendre personne quand on sait que ma province est chaleureusement surnommée « le Rocher ».
Merci.