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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le décès de Me Gérard Lévesque

30 avril 2026


Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à une figure marquante de la communauté franco-ontarienne qui nous a quittés le 13 avril dernier. Me Gérard Lévesque était un bâtisseur tenace qui a travaillé avec détermination au progrès des droits linguistiques au pays. Son parcours est celui d’un homme guidé par des convictions profondes, un amour infini pour la langue française et un sens inébranlable du devoir.

Dès son plus jeune âge, dans la Basse-Ville d’Ottawa, Me Lévesque a été confronté aux limites de l’accès à l’éducation en français en contexte minoritaire. Faute d’écoles secondaires francophones en Ontario, il a dû franchir la rivière pour poursuivre ses études en français. Détenant notamment un baccalauréat en philosophie de l’Université Saint-Paul, il a commencé sa carrière comme journaliste au journal Le Droit et a exercé les fonctions de secrétaire général de l’Association canadienne-française de l’Ontario, l’ACFO.

Plus tard, son désir d’étudier le droit se heurte à la même réalité, alors que l’Université d’Ottawa n’offre pas encore de programme de common law en français. Il devra patienter jusqu’en 1986 pour obtenir son diplôme de droit, preuve éloquente d’une persévérance qui ne connaissait ni limite ni échéancier.

Comme avocat, professeur de droit, directeur de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, juge suppléant à la Cour supérieure de justice de l’Ontario et chroniqueur, il a contribué concrètement à faire progresser les droits linguistiques. Militant au sens le plus noble du terme, il était aussi un homme profondément accueillant, chaleureux et rassembleur. Infatigable, il possédait ce rare talent d’entraîner les autres dans son sillage.

À titre d’exemple, il a participé au mouvement C’est l’temps!, lancé en 1975, quand des militants franco-ontariens ont décidé avec audace de contester des contraventions rédigées uniquement en anglais en refusant de les payer, risquant même la prison. Me Lévesque en a fait d’ailleurs lui-même l’expérience en passant une nuit derrière les barreaux. Ce ne fut pas en vain. C’est l’temps! aura servi de déclencheur, en ouvrant un véritable espace de dialogue sur les services en français et sur le bilinguisme judiciaire, tout en contribuant à faire évoluer la réflexion sur l’identité franco-ontarienne.

Chers collègues, que ce soit dans la rue, dans les médias, à la tête d’organismes œuvrant en francophonie ou devant les tribunaux, Me Lévesque a porté la cause du français partout où elle devait être défendue. Sans relâche, avec une constance remarquable, il a contribué à structurer, défendre et renforcer la place du français en Ontario, transformant des combats en avancées durables pour toute une communauté.

Son héritage saura continuer d’inspirer celles et ceux qui œuvrent pour l’avenir d’une francophonie forte, vivante et respectée. Je souhaite offrir mes plus sincères condoléances à sa famille, son épouse, ses enfants et ses petits-enfants. Puissiez-vous trouver un peu de réconfort dans l’immense respect, l’admiration et la profonde gratitude que lui voue toute une communauté.

Merci, maître Gérard Lévesque.

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