DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le décès de la lieutenante-colonelle Jessie Chenevert
6 décembre 2023
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui en souvenir d’une infirmière militaire, la lieutenante-colonelle à la retraite Jessie Chenevert, qui est décédée le 28 novembre à l’âge de 101 ans.
Née Jessie Urquhart dans le quartier Glebe, à Ottawa, Jessie a suivi une formation d’infirmière d’hôpital à Brockville, en Ontario, puis est allée travailler à Kapuskasing. Mais en 1950, le monde a changé. La guerre de Corée a éclaté. Elle a alors fait le courageux choix de s’enrôler dans le Corps de santé royal canadien en tant qu’infirmière militaire, en partie parce qu’elle s’inquiétait beaucoup au sujet de son frère Bob, un officier de la logistique au sein de la Compagnie de transport du Canada.
À son arrivée au Japon, en mai 1953, l’infirmière militaire Chenevert faisait partie d’un petit groupe de 60 infirmières canadiennes — toutes des femmes — qui ont servi pendant la guerre de Corée. Elle a exercé ses fonctions à deux endroits : l’hôpital britannique de 400 lits à Kure, au Japon, et la 25e Infirmerie de campagne canadienne de 120 lits, située à environ 25 kilomètres au sud de la rivière Imjin. Le Corps de santé royal canadien devait relever le difficile défi de traiter à la fois les blessures subies pendant les combats et les maladies infectieuses. Puis, lorsque le cessez-le-feu est entré en vigueur, les infirmières militaires ont œuvré auprès des prisonniers de guerre fraîchement libérés, les aidant à recouvrer leur santé physique avant d’être rapatriés dans leur pays d’origine.
Après la guerre, Jessie a continué de servir dans l’armée. Elle a été déployée en Allemagne, à Ottawa et à Churchill, au Manitoba. Au cours de sa carrière militaire échelonnée sur 25 ans, elle a atteint le grade de lieutenante-colonelle. Au moment de sa retraite, elle occupait le poste de directrice des soins infirmiers au Centre médical de la Défense nationale ici, à Ottawa, où j’ai passé mes premières années en tant qu’infirmière.
Durant la dernière année, j’ai rencontré Jessie lorsque la Ville d’Ottawa lui a rendu hommage en donnant son nom à une rue. Comme je devais me rendre en Corée du Sud dans les semaines suivantes, en compagnie de parlementaires et d’anciens combattants de la guerre de Corée afin de souligner le 70e anniversaire de l’armistice de la guerre de Corée, j’ai demandé à Jessie s’il y avait un lieu qu’elle voulait que je visite en son honneur. Toujours alerte malgré ses 101 ans, elle m’a regardée et m’a dit : « Vous devriez m’amener avec vous. » J’ai eu droit au regard réprobateur de la famille, mais Jessie était sincère. Malheureusement, elle a dû accepter un compromis et se contenter que j’apporte seulement sa photo.
Au cimetière commémoratif des Nations unies, à Busan, en compagnie d’autres parlementaires canadiens, j’ai rendu hommage à Jessie et aux autres anciens combattants de la guerre de Corée, ceux qui y ont perdu la vie et ceux qui sont revenus à la maison.
Dans ses propres mots, et toujours avec beaucoup d’humilité, Jessie m’a dit : « Je ne suis pas quelqu’un de spécial. J’ai seulement fait mon travail, ce pour quoi je m’étais engagée. » Jessie, je dois respectueusement vous dire que je suis en désaccord avec vous. Vous avez été une personne très spéciale.
Les infirmières militaires ont toutes une chose en commun : leur engagement indéfectible envers leurs patients, souvent sans que cela soit reconnu. Chers collègues, aujourd’hui, en présence de sa famille, je vous invite tous à prendre un moment pour que l’on se souvienne de Jessie comme d’une pionnière et de sa grande influence sur de très nombreuses personnes.
Jessie, je te remercie de ton service. Repose en paix.