Le Jour du drapeau national du Canada et l'importance particulière que revêt le drapeau compte tenu de la situation géopolitique actuelle
Interpellation--Suite du débat
12 février 2026
Honorables sénateurs, je prends la parole à la dernière séance, et aux derniers moments de cette séance, avant le Jour du drapeau national du Canada, au sujet de l’interpellation du sénateur Cardozo attirant l’attention du Sénat sur l’importance et la pertinence du drapeau du Canada.
Je vous prie de m’excuser d’arriver à la dernière minute, mais le moment est plutôt bien choisi. Pensons au drapeau canadien, qui a été hissé pour la première fois le 15 février 1965. Il est plus vieux que moi. Le blanc et le rouge des rayures et la feuille d’érable rouge sont devenus un symbole indéniable du Canada.
C’est grâce au travail de conception de George Stanley, qui s’est inspiré du drapeau du Collège militaire royal du Canada à Kingston et qui a remplacé l’insigne du collège par une feuille d’érable rouge.
Chers collègues, l’armée canadienne a toujours ressenti un attachement, une affinité et une fierté à l’égard du drapeau représentant le Canada et de la feuille d’érable, qui forment un symbole d’unité pour les Canadiens et que l’on reconnaît dans le monde entier.
Cependant, même avant George Stanley, les femmes et les hommes de la Marine royale canadienne, de l’Armée canadienne et de l’Aviation royale canadienne qui se sont battus et qui sont morts pour le Canada portaient cette feuille d’érable.
Autorisé pour la première fois le 10 juillet 1915, l’insigne du 77e bataillon d’Ottawa du Corps expéditionnaire canadien représentait une couronne de feuilles d’érable. Recrutés à Ottawa et dans les environs, les membres du 77e bataillon s’embarquèrent pour l’Europe en juin 1916. Pensez à ces soldats, chers collègues, car beaucoup d’entre eux sont passés par le bâtiment où nous nous trouvons pour prendre le train vers Montréal, Québec ou Halifax, puis vers la Grande-Bretagne et l’Europe.
En parlant de navigation, rappelons-nous que, malmenés par les vagues et harcelés par les sous-marins allemands, les navires de la Marine canadienne qui protégeaient les convois ont contribué à renverser le cours de la bataille de l’Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale. Une feuille d’érable était peinte sur les cheminées de ces navires, une tradition qui se perpétue encore aujourd’hui.
Quand la guerre de Corée a éclaté, en 1950, deux semaines seulement après l’invasion initiale de la Corée du Sud, les avions de transport de l’Aviation royale canadienne, avec leur insigne distinctif en forme de feuille d’érable, sont arrivés sur le théâtre des opérations coréen.
Partout où l’armée canadienne s’est rendue, la feuille d’érable était présente. Il n’est donc pas étonnant que la feuille d’érable occupe une place si importante sur le drapeau canadien.
Chers collègues, vous savez que je suis une anciene combattante des Forces armées canadiennes depuis 34 ans. Je crois m’être exprimée à cœur ouvert sur le sujet de cette interpellation, mais c’est parce que j’ai porté le drapeau canadien sur mon épaule, et je peux vous dire que je l’ai fait avec une immense fierté.
Quand je me suis enrôlée dans les Forces armées canadiennes, en 1989, la guerre froide touchait à sa fin. Cependant, peu de temps après, en 1990, Saddam Hussein a envahi le Koweït. En 1991, nous avons été déployés dans le cadre de la guerre du golfe Persique sous l’égide de l’opération Friction. La composante médicale canadienne de cette opération était connue sous le nom d’opération Scalpel. En tant qu’infirmière en soins intensifs, j’ai été déployée avec le 1er Hôpital de campagne du Canada à Al Qaysumah, en Arabie saoudite, près de la frontière koweïtienne, comme la plupart des membres de notre équipe.
Nous étions les seules forces terrestres canadiennes déployées dans ce conflit pour soutenir une coalition de forces terrestres.
Pendant cette mission, nous étions constamment sous la menace d’une guerre chimique, biologique, radiologique et nucléaire, et nous devions composer avec les rigueurs du climat désertique et les incendies de puits de pétrole. Plus tard ce mois-ci, je me joindrai à d’autres anciens combattants à Halifax afin de commémorer le 35e anniversaire de la fin de ce conflit et de rendre hommage à notre service avec fierté.
Plus de 4 000 Canadiens ont servi dans la région du golfe Persique pour soutenir la coalition internationale dirigée par les États-Unis et mandatée par les Nations unies. Lorsque le croiseur étatsunien Princeton, frappé par des mines marines, a dû être escorté jusqu’à ce qu’il soit hors de danger, cette tâche a été confiée à l’équipage du navire canadien Athabaskan. En plus d’être bien adapté à cette mission, l’Athabaskan avait quelque chose qui le distinguait de la plupart des autres navires de la région, soit le symbole bien connu d’un allié digne de confiance : la feuille d’érable rouge sur sa cheminée.
Après avoir escorté le Princeton jusqu’à ce qu’il soit hors de danger, l’équipage de l’Athabaskan a envoyé plusieurs caisses de bière à l’équipage du navire de la marine des États-Unis pour l’aider à se désaltérer et à se détendre. Voilà comment on vient en aide à un ami dans le besoin.
Honorables sénateurs, depuis quelque temps, cette alliance entre le Canada et les États-Unis est menacée non pas par les hommes et les femmes qui portent l’uniforme, mais par des politiciens. En tant qu’ancienne combattante qui a vu les Canadiens se mobiliser à maintes occasions, je trouve difficile d’entendre quelqu’un dire que les alliés des États-Unis, en particulier le Canada, n’ont pas été aux côtés des Américains dans tous les moments difficiles.
Le Canada a été l’un des premiers pays à déployer des forces en Afghanistan, et plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes y ont servi tout au long de cette mission qui a duré plus de 10 ans. J’y étais, moi aussi. Nous arborions tous fièrement le drapeau canadien et, même s’il était discret, il était bien présent. En 2005, lors de la conférence de l’OTAN sur la composition de la force pour l’Afghanistan, le représentant canadien a prononcé trois mots simples qui allaient avoir un énorme impact pour le Canada : « Nous prendrons Kandahar. »
Il s’agissait de l’une des zones de responsabilité les plus complexes et les plus dangereuses d’Afghanistan, reconnue pour être un foyer de l’insurrection talibane. Assumer la responsabilité de Kandahar était une entreprise monumentale pour les Forces armées canadiennes, mais cela en disait long sur leur professionnalisme et sur la détermination du Canada à soutenir un allié.
Chers collègues, j’ai dans mon bureau un tableau du drapeau du Canada peint par un ancien combattant et ami, le maître de première classe (retraité) Derrick Nearing. Cet ancien adjoint au médecin a participé à plusieurs missions de combat au sein de la coalition, notamment plus d’une fois en Afghanistan. Si vous n’avez pas vu ce tableau, il est orné d’une série de soldats en plastique, ces petits bonshommes verts avec lesquels les enfants aiment jouer, et tout en haut de la toile, sur fond de drapeau canadien, se trouve un soldat en pleine chute, le symbole le plus important. Cela représente les événements du 11 septembre 2001 et la chute des tours jumelles. Si vous regardez en plein centre, sur un fond bleu azur très clair, vous verrez une ligne droite au milieu de petites figurines peintes en doré, qui représentent les 158 membres des Forces armées canadiennes qui ont été tués en Afghanistan. Ce qui se trouve sous cette ligne donne encore plus à réfléchir. Dans une zone plongée dans l’obscurité, des soldats en plastique disposés de manière chaotique représentent les innombrables membres des Forces armées canadiennes qui se sont suicidés depuis leur retour au pays.
Il n’était pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Al-Qaïda et les talibans n’ont pas directement attaqué le Canada le 11 septembre, mais notre pays a décidé de se mobiliser et de se montrer solidaire de son plus proche ami et allié, les États-Unis, hissant côte à côte les drapeaux du Canada et des États-Unis.
Dans une publication sur les réseaux sociaux qu’un ami et camarade vétéran canadien m’a envoyée récemment, un vétéran américain décrit la décision du Canada d’assumer la responsabilité à Kandahar comme celle d’un :
[...] poids mi-moyen qui, au milieu d’une bagarre houleuse dans un bar, s’en prend à l’un des gros durs à cuire de l’autre côté.
Dans cette même publication, le colonel à la retraite de l’armée américaine rend hommage aux membres des Forces armées canadiennes, nous décrivant comme des militaires « prêts à combattre, les patins aux pieds », et j’ajouterais : tout en portant fièrement le drapeau canadien sur nos épaules.
Ce colonel à la retraite reconnaît également les sacrifices consentis par les Canadiens en Afghanistan. Je tiens en particulier à rendre hommage au caporal-chef Byron Greff, le dernier soldat canadien qui est mort en Afghanistan. Chers collègues, j’étais là et je me souviens du jour où le caporal-chef Greff a été tué. C’était le 29 octobre 2011, à Kaboul.
J’étais avec mon équipe, composée de personnel médical américain et canadien, qui travaillait à l’hôpital militaire national afghan. Bien que l’explosion se soit produite à plusieurs kilomètres, j’ai vu les panaches de fumée s’élever du site où l’attentat suicide à la bombe avait ciblé un autobus de l’OTAN dans lequel prenait place le caporal-chef Greff. Craignant une deuxième attaque, j’ai dû diriger l’évacuation afin de mettre mon équipe en sécurité dans notre camp, qui, je le souligne, était le camp du quartier général des Forces américaines en Afghanistan. Quand je repense à l’époque où je portais l’uniforme et à des jours comme ceux-là, je sais que des amis et des alliés des États-Unis ont alors défendu les valeurs que nous partagions autrefois.
Je regarderais avec fierté les proches des 20 militaires et civils de divers pays et du chien tués dans cet autobus ce jour-là, en 2011, et je les remercierais pour tout ce que l’OTAN a fait, en particulier mes collègues canadiens. Les Canadiens portent fièrement notre drapeau et servent encore notre grand pays, et je ne peux m’empêcher de mentionner que, lundi dernier, Gunner Sebastian Halmagean, qui est décédé le mois dernier en Lettonie, a été porté à son dernier repos dans sa ville natale, Hamilton, en Ontario. Juste avant qu’on mette le cercueil en terre, le drapeau canadien, qui recouvrait le cercueil, a été plié conformément à l’étiquette et présenté à la famille de Gunner Halmagean en signe de respect de la part d’une nation reconnaissante.
Comme vous le voyez, chers collègues, non seulement les membres des Forces armées canadiennes portent le drapeau canadien sur leurs épaules — car il s’agit d’un signe de ralliement pour la fierté, l’appartenance et l’unité —, mais ceux qui meurent au service du Canada rentrent également à la maison enveloppés de ce drapeau. La seule constante dans la vie des militaires, et même dans la mort, c’est le drapeau. C’est sous l’unifolié que servent les marins, les soldats et les aviateurs du Canada, ce qui souligne le fait que les Forces armées canadiennes servent et protègent d’abord et avant tout non pas le gouvernement, mais le Canada et les Canadiens.
Sénateurs, comme c’est l’année des Jeux olympiques, nous nous devons de terminer en beauté. Il serait tout à fait à propos de conclure nos travaux avec les deux derniers couplets de The Maple Leaf Forever — et non, je ne chanterai pas. Je l’ai fait une fois et je ne m’en suis jamais remise. Voici les couplets :
Ô feuille d’érable, dans le ciel bleu
Tu parles dans le monde entier
De la force et de la beauté
Du Canada cher à mes yeux
Ton drapeau rouge est notre autel
Toi, le symbole de notre union
Et de liens qui perdureront
Ô feuille d’érable, mon éternelle.
Merci.