Le Jour du drapeau national du Canada et l'importance particulière que revêt le drapeau compte tenu de la situation géopolitique actuelle
Interpellation--Suite du débat
9 juin 2026
Honorables sénateurs, je prends la parole au sujet de l’interpellation du sénateur Cardozo, qui attire l’attention du Sénat sur le Jour du drapeau national du Canada et sur la pertinence de notre drapeau compte tenu de la situation géopolitique actuelle.
Quand on pense aux drapeaux, on pense souvent à des symboles accrochés à des édifices ou qui flottent au vent, mais les drapeaux sont bien plus que des morceaux de tissu. Ils sont le reflet d’une identité, d’une culture, d’une histoire et d’un sentiment d’appartenance.
À Terre-Neuve-et-Labrador, en particulier, les drapeaux racontent des histoires sur les gens qui y vivent. Prenez le drapeau franco-terre-neuvien-et-labradorien. Adopté en 1986, il reflète à la fois le patrimoine français et l’identité locale. Le bleu, le blanc et le rouge représentent les origines françaises de la communauté, tandis que les deux voiles jaunes sont la couleur de l’Acadie et symbolisent l’arrivée de ses ancêtres. L’une d’entre elles contient une branche de mélèze, qui représente le Labrador, et l’autre est décorée d’une sarracénie pourpre, la fleur provinciale de Terre-Neuve-et-Labrador. La conception représente le mouvement et la résilience.
Le drapeau du Labrador a sa propre histoire. Il y a deux ans, le Labrador a célébré le 50e anniversaire de son drapeau. Conçu par Michael S. Martin en 1974, le drapeau a été créé pour refléter la géographie, les gens et les cultures du Labrador. Les couleurs ont chacune un sens : le blanc représente la neige, le bleu représente l’eau et le vert représente la terre. La branche d’épinette symbolise les trois nations fondatrices du Labrador — les Inuits, les Innus et les colons blancs — qui grandissent à partir de la même branche, tout en demeurant distinctes. Le gouvernement provincial a décrit le drapeau comme un symbole de solidarité, de résilience et d’amour profond pour le Labrador.
Même le drapeau officiel de Terre-Neuve-et-Labrador est rempli de symboles. Conçu par l’artiste terre-neuvien Christopher Pratt et adopté en 1980, ses couleurs ont toutes une signification : le blanc pour la neige et la glace, le bleu pour la mer, le rouge pour l’effort humain et l’or pour la confiance en nous-mêmes et en l’avenir. Le design contient également des symboles de la pêche et de l’art autochtone, une feuille d’érable et même une épée, lorsque le drapeau est à la verticale, ce qui représente le sacrifice en temps de guerre.
Tous ces drapeaux montrent quelque chose d’important : les gens utilisent les drapeaux pour exprimer qui ils sont.
Ce qui m’amène à parler de la feuille d’érable canadienne. Pour de nombreux Canadiens, la feuille d’érable représente des valeurs communes et des moments d’unité. Un exemple éloquent est survenu lors du rapatriement d’un soldat inconnu de la Première Guerre mondiale. Le 25 mai 2024, une délégation de membres des Forces armées canadiennes s’est rendue en Normandie, en France, dans le cadre de l’opération DISTINCTION. Son objectif était de rapatrier les restes d’un soldat terre-neuvien non identifié qui est mort pendant la Première Guerre mondiale.
La délégation canadienne, dont j’ai eu l’honneur de faire partie, a reçu ses restes lors d’une cérémonie à Beaumont-Hamel, tenue avant leur transport par avion à St. John’s.
Pendant une grande partie de l’histoire de Terre-Neuve, l’Union Jack a été le drapeau du pays et, aujourd’hui, il reste un symbole cher à beaucoup. Pourtant, ce jour-là, où un soldat de Terre-Neuve était enfin de retour chez lui après plus d’un siècle, c’était l’unifolié qui drapait son cercueil. À ce moment-là, l’unifolié qui couvrait le cercueil, sur les épaules des porteurs du 1er Battaillon et du 2e Bataillon du Royal Newfoundland Regiment, symbolisait le souvenir, le sacrifice et la fierté nationale.
Récemment, les Canadiens ont manifesté un regain d’attachement au drapeau. L’an dernier, à St. John’s, malgré des rafales atteignant 110 kilomètres à l’heure — comme on dit chez nous en anglais, « it was blowin’ a gale » —, les gens se sont tout de même rassemblés à l’extérieur à l’occasion du Jour du drapeau national du Canada. L’événement a eu lieu après des observations de nos voisins du Sud. Au lieu d’affaiblir l’identité nationale, ces observations ont semblé la renforcer.
Partout au pays, les gens ont commencé à parler de l’unifolié avec une estime renouvelée. Un Canadien a décrit le drapeau comme représentant des valeurs comme la civilité, l’humilité, la gentillesse et la compassion et comme un symbole de ce qui est typiquement canadien. Au même moment, des magasins ont rapporté que les drapeaux canadiens se vendaient comme des petits pains à l’approche des célébrations du Jour du drapeau national du Canada.
Ce que tous ces exemples ont en commun, c’est l’identité. Les drapeaux sont importants parce que les gens sont importants. Ils permettent aux collectivités de dire : « Voici qui nous sommes. » Ils nous rattachent à notre histoire, à nos valeurs et ils nous rattachent les uns aux autres.
Bien que les Canadiens soient issus de cultures et de régions différentes et parlent diverses langues, la feuille d’érable rassemble ces identités sous un symbole commun, un symbole qui continue d’inspirer la fierté d’un océan à l’autre.
Merci.