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Le rôle essentiel de l’activité physique et du sport

Interpellation--Suite du débat

28 avril 2026


Honorables sénateurs, je suis heureuse de prendre la parole aujourd’hui au sujet de l’interpellation sur l’importance et le rôle essentiel de l’activité physique. Je n’aurais probablement pas choisi ce moment pour aborder cette question, compte tenu des sujets abordés au Sénat cet après-midi, mais j’estime néanmoins qu’il est très important de parler de l’activité physique. Permettez-moi de vous dire pourquoi le sport est important.

J’ai été ravie que des sénateurs présentent cette interpellation, car elle nous incite à prendre du recul et nous amène à y réfléchir. Peut‑être qu’à mon âge, le sport est derrière moi, mais probablement pas. J’ai décidé de réfléchir à l’importance du sport.

Je me suis toujours considérée comme une sportive. Toute jeune, j’étais un garçon manqué, et mes genoux étaient éraflés en permanence. J’étais soit chamailleuse, soit très maladroite. Ce que je sais, c’est que, n’eût été le sport, je n’aurais probablement pas obtenu mon diplôme d’études secondaires. Je n’étais pas une mauvaise élève, mais la vraie raison pour laquelle je me levais le matin, pleine d’énergie pour l’école, c’était le sport — une pratique le matin, un match en après-midi ou une activité à l’école à l’heure du dîner.

Nos entraîneurs n’acceptaient pas les élèves en échec scolaire, on ne pouvait pas sécher les cours, et si l’on nous surprenait en train de fumer sur le banc, c’était terminé : on ne jouait pas le match.

Il est interdit de fumer sur le banc.

Pour les personnes qui ont pratiqué un sport à l’école primaire et à l’école secondaire, certains de leurs professeurs préférés étaient sans aucun doute leurs entraîneurs. Nous nous souvenons de leurs noms, de leurs attitudes et de leurs devises. Mme McGuffin criait depuis le bord du terrain : « Sandra, garde tes coudes baissés. » Disons simplement que j’ai été exclue pour faute plus d’une fois lors d’un match de basket-ball, j’avais donc vraiment besoin de ce rappel.

Des années plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer la professeure Marge Holman, de l’Université de Windsor. Elle faisait des recherches fascinantes sur l’importance des entraîneurs. Son travail s’appuyait sur des études qui suivaient depuis des décennies des enfants qui pratiquaient un sport organisé et d’autres qui n’en pratiquaient pas. Les résultats ne vous surprendront peut-être pas, mais vous serez peut-être étonné de constater que nous n’en tirons pas parti.

Pour la réalisation de son étude publiée en 2015, Geneviève Piché et son équipe ont suivi des enfants de la maternelle à la quatrième année. L’étude a révélé que l’activité physique en général est associée à de meilleurs résultats scolaires, notamment au chapitre des notes, ainsi qu’à une meilleure concentration, à une attention accrue et à un meilleur comportement en classe.

Le projet Play de l’Institut Aspen a résumé ses conclusions concernant les jeunes qui pratiquent un sport organisé. Au cours de la petite enfance et de l’adolescence, seulement 1 enfant sur 10 est susceptible d’être obèse. Leurs résultats scolaires sont jusqu’à 40 % supérieurs et leurs taux de tabagisme, de consommation de drogues, de grossesses et de rapports sexuels à risque sont plus faibles. Voici les résultats à l’âge adulte : un revenu annuel plus élevé, une vie professionnelle plus productive et une plus grande probabilité de faire des études postsecondaires.

Une étude réalisée en 2018 a révélé que le pourcentage d’élèves du secondaire obtenant des « A » était particulièrement élevé parmi les jeunes athlètes. Par ailleurs, une étude de 2014 portant sur un réseau d’affaires a révélé que 94 % des 400 femmes qui étaient cadres supérieures dans une entreprise pratiquaient des sports. Des études indiquent que les sports d’équipe sont plus avantageux pour la fonction exécutive, car ils favorisent le travail d’équipe, le respect et la régulation des émotions. Ils permettent aux enfants d’acquérir une plus grande résilience. Ils enseignent aussi aux adolescents la responsabilité, le dévouement et la confiance.

Mon entraîneur à l’école primaire, M. Seminuik, nous faisait faire un exercice que nous détestions vraiment. Un membre de l’équipe devait se placer devant ses coéquipiers, leur tourner le dos pour qu’ils soient tous derrière lui, puis se laisser tomber vers l’arrière, les bras tendus. Ses coéquipiers étaient censés l’attraper. La plupart du temps, ils réussissaient. C’est la même chose pendant une partie : nos coéquipiers comptent sur nous pour faire notre part.

C’est une belle leçon de vie. Si vous êtes sur le terrain de volleyball et que le ballon se dirige vers vous, vous criez « je l’ai » ou « moi ». Le reste de l’équipe se retire et vous devez vous occuper du ballon. L’équipe compte sur vous.

Au moment où j’ai rencontré la professeure Marge Holman, j’étais ministre des Services sociaux et communautaires de l’Ontario et j’étais chargée de la condition féminine. Nous étions alors en train de revoir la manière dont notre gouvernement gérait la violence conjugale, dans le cadre d’une initiative interministérielle. La plupart des services gouvernementaux s’occupent des conséquences du problème — le système de justice, les refuges. Nous nous intéressons rarement aux détails de la prévention, et nous y investissons peu de ressources.

La professeure Holman savait que la qualité de l’entraînement favorisait la participation des jeunes femmes au sport organisé et laissait une empreinte indélébile dans leur vie. Les aspects les plus importants de l’entraînement sont l’estime de soi, la confiance en soi et une bonne image corporelle. Il n’est pas nécessaire d’être mince, mais il faut être forte.

C’était vraiment important pour les jeunes femmes.

Les femmes athlètes sont moins susceptibles de souffrir de solitude et de problèmes d’estime de soi que celles qui ne sont pas des athlètes. Quel est le lien avec la violence conjugale? Quels sont les effets d’une faible estime de soi chez les femmes? Cela les pousse à s’engager dans des relations pour de mauvaises raisons et à rester dans des relations malsaines pour ces mêmes raisons, ce qui, bien souvent, dégénère en violence. Il est beaucoup plus difficile de retenir des femmes fortes, confiantes et dotées d’une grande estime d’elles-mêmes dans une relation toxique.

Marge Holman savait que les entraîneurs devaient prendre conscience du rôle qu’ils jouaient pour encadrer ces jeunes filles, renforcer leur esprit d’équipe et leur donner confiance en elles. Inutile de préciser que nous avons financé son travail, qui a abouti à l’organisation d’une conférence à Toronto qui a réuni des entraîneurs venus de partout.

Il faut noter qu’aucune de ces études n’a abordé la question de savoir s’il était nécessaire de gagner ni même de bien jouer. Ce qui comptait, c’était la contribution à l’équipe, l’engagement et la volonté de donner le meilleur de soi-même, même si cela impliquait parfois de commettre trop de fautes et d’être exclu du terrain.

C’était d’ailleurs souvent mon cas.

Il y a d’autres avantages. Impossible d’être rivé à son téléphone quand on pratique un sport d’équipe. Impossible de faire défiler du contenu distraitement et sans fin pendant qu’un pratique un sport. Il faut regarder ses coéquipiers dans les yeux et être conscient de ce qui se passe autour de soi. Les écouteurs sont interdits.

Il y a encore bien d’autres avantages intéressants. Le statut socioéconomique des enfants qui font partie d’une équipe sportive n’a aucune importance, pas plus que la culture ou la couleur de la peau de leurs coéquipiers. C’est un grand rassembleur, quelque chose dont notre société a grandement besoin par les temps qui courent.

Dans notre système scolaire actuel, nous manquons d’entraîneurs. Certaines écoles ne proposent plus le même niveau d’activités parascolaires que celui auquel j’étais habituée. J’ai rencontré l’autre jour, ici au Sénat, un groupe de parents d’élèves en immersion en français. Si ce problème existe dans les systèmes scolaires publics et catholiques traditionnels, il est encore plus grave dans les conseils scolaires proposant l’immersion en français et les programmes de français, langue maternelle.

Qu’est-ce que je souhaite? Je souhaite un programme dynamique qui encourage les gens à devenir entraîneurs; un système d’éducation qui permet aux entraîneurs d’intervenir quand l’école ne dispose pas d’enseignants prêts à assumer cette activité parascolaire; des conseils scolaires qui proposent un programme permettant aux enseignants de conserver leur rôle d’entraîneurs même après leur départ à la retraite; des conseils scolaires qui recrutent des enseignants s’engageant d’abord à être entraîneurs; et des conseils scolaires qui proposent des formations pour apprendre aux enseignants à être entraîneurs. Je souhaite tout cela pour obtenir ces résultats fantastiques que j’ai énumérés aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous vivons dans un contexte qui incite fortement les Canadiens à jouer du coude. Je tiens à remercier Mme McGuffin de m’avoir appris, il y a de nombreuses années, les moments où il était important de ne pas sortir les coudes, tant sur le terrain de basket-ball qu’en dehors.

Sénatrice Deacon, sénatrice McBean et sénatrice Petitclerc, je vous remercie de nous donner l’occasion de parler de l’importance du sport. C’est un sujet important à bien des égards, et nous n’avions peut-être pas pensé auparavant à certains de ces aspects. Merci.

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