L'étude sur l'antisémitisme
Adoption du deuxième rapport du Comité des droits de la personne et de la demande de réponse du gouvernement
28 avril 2026
Propose :
Que le deuxième rapport du Comité sénatorial permanent des droits de la personne, intitulé Solidaires et unis contre l’antisémitisme : protéger les communautés et renforcer la démocratie canadienne, déposé auprès de la greffière du Sénat le 21 avril 2026, soit adopté et que, conformément à l’article 12-23(1) du Règlement, le Sénat demande une réponse complète et détaillée du gouvernement, le ministre de la Justice étant désigné ministre chargé de répondre à ce rapport, en consultation avec le ministre de la Sécurité publique et le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes.
— Honorables sénateurs, en tant que présidente du Comité sénatorial des droits de la personne, je suis fière de prendre quelques instants pour souligner la publication de notre rapport intitulé Solidaires et unis contre l’antisémitisme : Protéger les communautés et renforcer la démocratie canadienne.
L’antisémitisme est un problème croissant au Canada. Bien que la communauté juive ne représente que 1 % de la population canadienne, elle est la principale cible des crimes haineux depuis 2023. Au cours de la même période, elle a également été la cible de 70 % des crimes haineux à caractère religieux. C’est dans ce contexte que notre comité a lancé une étude sur l’antisémitisme au Canada.
Nous avons entendu de nombreux témoignages et statistiques inquiétants concernant la montée de l’antisémitisme au Canada. Certains jeunes étudiants juifs ont choisi de dissimuler leur identité pour éviter les insultes et l’intimidation. Certains travailleurs adultes ont déclaré avoir ressenti le besoin de cacher leur appartenance à une synagogue ou leurs liens avec Israël. Le plus alarmant, c’est que des lieux de culte, des centres communautaires et des écoles ont été menacés, voire endommagés par des coups de feu, des incendies criminels et des actes de vandalisme.
Selon les membres du comité et moi, il est inacceptable qu’une communauté de gens vive dans la peur simplement en raison de son identité ou de ses convictions. Les recommandations formulées dans notre rapport exposent les mesures que le gouvernement fédéral devrait prendre pour reprendre notre pays des mains de ceux qui sèment la peur et la division.
J’encourage tous les honorables sénateurs à lire le rapport complet sur la page Web du comité et à appuyer notre demande d’un changement très nécessaire.
Le comité remercie aussi sincèrement tous les témoins qui ont comparu ou qui ont soumis un mémoire dans le cadre de cette étude. Leurs points de vue ont été un apport inestimable à notre compréhension de cette question et ils ont joué un rôle clé dans l’élaboration des recommandations du rapport. Nous n’aurions pas pu faire ce travail sans eux.
Merci, meegwetch.
Accepteriez-vous de répondre à une question?
Oui.
Permettez-moi tout d’abord de vous remercier et de vous féliciter, vous et le comité, pour ce travail important et pour nous avoir rappelé que l’une des plus anciennes formes de préjugés fondés sur la race et la religion persiste dans ce pays. Les préjudices causés par l’antisémitisme et les craintes de nos frères et sœurs juifs sont réels, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour prévenir « la discrimination, les préjugés, l’hostilité ou la violence envers les juifs en tant que juifs ».
J’ai cité une définition de l’antisémitisme tirée de ce qu’on appelle la Déclaration de Jérusalem parce qu’elle est très précise, mais je pense qu’il règne dans ce pays une certaine confusion sur ce qui constitue de l’antisémitisme.
J’aimerais que vous nous expliquiez ce que le comité a retenu quant au caractère antisémite de certains actes. Par exemple, est-il antisémite de critiquer Israël pour ses actes de génocide, d’apartheid, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis dans le cadre de sa guerre contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie?
Je vous remercie de votre question, sénateur. Je pense qu’elle illustre certains des défis auxquels nous avons été confrontés lors des délibérations de notre comité.
Nous avons entendu plusieurs définitions de l’antisémitisme lors des travaux de notre comité. Nous avons constaté que ces définitions diffèrent et qu’elles sont source de divisions. Comme notre travail visait à cerner les problèmes liés à l’antisémitisme au Canada, nous nous sommes abstenus de choisir une définition particulière. Nous avons plutôt décidé de nous concentrer sur l’essentiel, à savoir les témoignages d’innombrables personnes sur l’antisémitisme qu’elles ont vécu au Canada, que ce soit au travail, dans leur communauté, à la synagogue, dans les établissements d’enseignement, etc.
Je vous remercie de votre réponse.
Les définitions ne m’intéressent pas vraiment, mais je voudrais savoir s’il est antisémite de ma part de citer l’ONU et des dizaines d’organisations de défense des droits de la personne qui affirment qu’Israël commet un génocide, qu’il s’agit d’un État d’apartheid et qu’il se rend coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Ce sont là des questions importantes. Je voudrais avoir votre avis et celui du comité, car certains Canadiens tiennent ces propos en toute bonne foi dans le but d’essayer de mettre fin aux horreurs commises à Gaza et en Cisjordanie. S’agit-il de propos antisémites?
Sénateur, je vous remercie de votre question.
Vous m’interrogez sur les travaux du comité, et je tiens à vous répondre que ce n’est pas là l’objet principal de ces travaux. Il ne m’appartient pas de déterminer si vous faites preuve d’antisémitisme, sénateur. Ces travaux visaient à examiner les expériences d’antisémitisme. Ce n’est pas une question que nous avons abordée. Merci.
Le public qui suit le débat sur une question aussi simple que la mienne — à savoir si les accusations documentées et étayées de crimes de guerre, de génocide et d’apartheid commis par Israël à Gaza et en Palestine constituent de l’antisémitisme —, mais le Sénat ne peut pas affirmer clairement que ces accusations ne sont pas antisémites. Pouvez-vous imaginer le sentiment de découragement que cela inspire à ceux qui veulent défendre la cause des Palestiniens? On semble affirmer : « Nous ne savons pas si nous pouvons dire qu’un génocide est en cours. » On dirait que le comité n’est pas disposé à traiter cette question et qu’il nous laisse dans l’ambiguïté, laissant entendre que ce genre de déclarations pourrait bien être antisémite.
Je vais faire une dernière tentative pour voir si vous pouvez nous guider. Il y a des personnes — comme des Canadiens dans les universités, des étudiants, des professeurs, des enseignants, des syndicalistes, des médecins et des avocats — qui ont été persécutées, qui ont perdu leur emploi et qui ont été réprimandées parce qu’elles ont tenu des propos sur Israël qui ont ensuite été qualifiés d’antisémites et présentés comme tels. Que pouvons-nous dire à ces personnes? Qu’elles sont antisémites?
Sénateur Woo, je n’ai pas d’autre réponse à vous donner. Je pense avoir répondu à la question aussi bien que je le peux, compte tenu du rapport du comité. Merci.
Permettez-moi de la poser un peu différemment dans ce cas.
Croyez-vous qu’une définition vague de l’antisémitisme, comme celle sur laquelle le comité a beaucoup insisté, c’est-à-dire la définition de la soi-disant Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, qui est très vague et peut servir à instrumentaliser des accusations d’antisémitisme contre ceux qui formulent des critiques à l’égard d’Israël, puisse nuire davantage à la lutte contre l’antisémitisme qu’elle ne l’aide?
C’est la dernière question à laquelle je répondrai sur ce sujet.
Comme je l’ai expliqué dans ma réponse précédente, nous n’avons pris position sur aucune définition, y compris celle de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Nous avons pris connaissance de plusieurs définitions et nous les avons clairement indiquées dans le rapport. Nous avons estimé que privilégier une définition par rapport aux autres risquait plutôt de détourner l’attention de ce qu’ont vécu les Canadiens juifs. C’est l’orientation que nous avons adoptée dans notre rapport. Merci.
Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?
Des voix : D’accord.
(La motion est adoptée, et le rapport est adopté.)