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Débats du Sénat (Hansard)

1re Session, 45e Législature
Volume 154, Numéro 88

Le mardi 29 septembre 2026
L’honorable Raymonde Gagné, Présidente


LE SÉNAT

Le mardi 29 septembre 2026

La séance est ouverte à 14 heures, la Présidente étant au fauteuil.

Prière.

[Traduction]

Les travaux du Sénat

Son Honneur la Présidente : Honorables sénateurs, en vertu de l’article 4-3(1) du Règlement, la leader du Groupe des sénateurs canadiens a demandé que la période consacrée aux déclarations des sénateurs soit prolongée aujourd’hui afin que nous puissions rendre hommage à l’honorable Todd Lewis, qui est décédé le 31 juillet 2026.

Je rappelle aux sénateurs que, en vertu du Règlement, chaque intervention ne peut dépasser 3 minutes et qu’aucun sénateur ne peut parler plus d’une fois et qu’ils disposent d’au plus 15 minutes.

Hommages

Le décès de l’honorable Todd Lewis

L’honorable Mary Robinson : Honorables sénateurs, au nom du Groupe des sénateurs canadiens, je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à notre ami et collègue, le regretté Todd Lewis.

En ce jour, trois familles de cœur de Todd se retrouvent dans cette enceinte, unies par l’affection et le respect que nous avons pour lui, mais aussi par la chance que nous avons eue de le compter dans nos vies.

Il y a d’abord sa famille au sens le plus vrai du terme : ceux qui l’ont aimé comme époux, père, frère et membre adoré de la famille Lewis.

Viennent ensuite ses amis et collègues du secteur agricole canadien, où Todd était une voix respectée et un ardent défenseur des agriculteurs, des collectivités rurales et de l’industrie qu’il servait.

Enfin, il y a ses collègues du Sénat. Ici, Todd a mis sa connaissance approfondie de la Saskatchewan et de l’agriculture canadienne au service de nos travaux, toujours animé par le désir d’apporter une contribution concrète. Todd avait ce rare mélange de chaleur, de curiosité et d’humour malicieux qui illuminait les échanges. Ses plaisanteries étaient souvent empreintes d’une touche d’espièglerie. C’est ainsi qu’il a gagné notre estime comme collègue et notre affection comme ami.

En somme, Todd était un homme bon. Fiable, attentionné et généreux de son temps comme de ses conseils, il répondait présent lorsqu’il y avait du travail à accomplir et ne manquait jamais d’être là lorsque quelqu’un avait besoin d’aide. Il a choisi de servir dans la vie publique pour les bonnes raisons. Il se souciait sincèrement du Canada et de l’avenir de l’agriculture canadienne, qu’il souhaitait voir prospère et durable.

Todd n’a jamais perdu de vue ce qui comptait le plus. Terry, Kim, Rod et John, ainsi que leur famille, comptaient énormément pour lui. Il les adorait et était extrêmement fier d’eux. Il chérissait la vie qu’ils partageaient.

Je suis particulièrement heureuse que la famille Lewis ait pu se joindre à nous aujourd’hui. Il est loin d’être facile de s’absenter de la ferme pendant les récoltes.

Nous vous sommes reconnaissants d’être ici et infiniment reconnaissants d’avoir partagé Todd avec nous tous. Sachez que notre famille du Sénat partage votre deuil.

Todd avait un don remarquable pour faire en sorte que les gens se sentent vus, valorisés et bienvenus. Avec sa famille et ses amis à Gray et à Shed Horn, dans la communauté agricole qu’il servait, dans le cadre de ses rencontres quotidiennes avec des gens qui piquaient sa curiosité et, ici, parmi ses collègues du Sénat, Todd a su rassembler les gens.

Lorsque je regarde autour de moi aujourd’hui, dans cette enceinte, je constate qu’il continue de rassembler les gens. Sous un même toit, il y a les trois familles qui ont marqué sa vie et qui, à leur tour, ont été marquées par lui.

Le décès prématuré de Todd constitue une perte pour bien plus de personnes que celles qui sont réunies ici aujourd’hui. La Saskatchewan a perdu une voix importante pour son avenir; le Canada, un serviteur dévoué de l’État; et le secteur agricole canadien, l’un de ses défenseurs les mieux informés et les plus fidèles.

Le sénateur Lewis a été des nôtres pendant bien trop peu de temps, mais il s’était déjà distingué. Il a apporté une perspective pratique et très éclairée à nos travaux, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie et des transports.

Il souhaitait apporter une contribution bien plus grande, et nous n’en attendions pas moins de lui. C’est en partie ce qui rend sa perte si lourde. Néanmoins, Todd nous laisse un exemple que nous tous gagnerions sans doute à suivre. En effet, Todd écoutait avant de parler. Il tenait compte des différents points de vue autour de la table et, lorsqu’il exprimait ses réflexions, celles-ci avaient du poids. Il avait le don de faire la part des choses, de résumer ce qui comptait vraiment et, la plupart du temps, de nous indiquer une voie d’avenir concrète. Il apportait également des rires et de la bienveillance autant dans son travail que dans sa vie.

Aujourd’hui, nous rendons hommage à Todd avec un sentiment de gratitude pour sa vie, d’admiration pour son service et d’appréciation pour l’exemple qu’il nous a donné. Je ne peux que conclure avec une réplique bien connue de la famille de Todd — c’était ce petit cousin Eddie qui faisait toujours bien rire la famille Lewis. Je peux presque entendre Todd dire : « Ah, très bien, très bien. »

Repose en paix, Todd.

Des voix : Bravo!

(1410)

[Français]

L’honorable Pierre Moreau (représentant du gouvernement au Sénat) : Honorables sénateurs, je souhaite aujourd’hui rendre hommage à notre collègue, l’honorable Todd Lewis, dont la disparition nous attriste profondément. Son passage parmi nous aura été beaucoup trop bref, mais il laisse le souvenir d’un homme profondément attaché à sa province, à sa communauté et au service des autres.

[Traduction]

Il ne s’est joint au Sénat que l’année dernière, mais il y a apporté l’expérience de toute une vie ainsi qu’un attachement profond envers la population et les terres de la Saskatchewan.

Cet attachement était vraiment profond. En effet, le sénateur Lewis faisait partie de la quatrième génération de sa famille à cultiver les terres près de Gray, au sud de Regina, où les racines de sa famille remontent à 1904. Il a passé plus de quatre décennies à travailler dans ces champs, à vivre au rythme et au gré des aléas des Prairies et à bâtir sa vie autour de la terre. L’agriculture était plus que son gagne-pain; elle a forgé son sens des responsabilités, de la communauté et du service public.

L’écrivain saskatchewanais Sinclair Ross a déjà décrit les fermes des Prairies comme « un témoignage de la hardiesse et de l’endurance humaines ». Cette expression semble particulièrement appropriée pour rendre hommage au sénateur Lewis. Il savait ce que signifiait travailler la terre et vivre dans l’incertitude, et il savait le faire avec patience, persévérance et sens des responsabilités.

Il a mis ces mêmes qualités au service de la vie publique. Pendant plus de 20 ans, le sénateur Lewis a siégé au conseil de la municipalité rurale de Lajord, où ses collègues l’ont ensuite nommé sous-préfet. Il a également été conseiller scolaire et pompier volontaire.

Au-delà de sa communauté, il s’est imposé comme l’un des principaux porte-parole de l’agriculture en Saskatchewan, à titre de président de l’association des producteurs agricoles de la Saskatchewan, puis de premier vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture.

[Français]

Ce qui frappe dans ce parcours, ce n’est pas seulement sa durée, mais sa constance. Bien avant son arrivée à Ottawa, le sénateur Lewis consacrait déjà son temps et son énergie au service des autres dans sa municipalité, dans sa communauté et auprès du monde agricole.

Il est arrivé au Sénat fort d’une expérience profondément ancrée dans le réel. Pour lui, l’agriculture n’était ni une abstraction ni simplement un secteur de l’économie. C’était le quotidien de familles et de communautés entières, avec tout ce que cela exige de patience, de courage et de persévérance.

[Traduction]

Il a toujours compris les réalités du monde rural.

Le sénateur Lewis comprenait ce que signifie dépendre de la météo et du sol, du transport et de la recherche, des marchés et des décisions prises loin de la ferme. Même pendant le peu de temps qu’il a passé ici, il a continué de parler au nom des collectivités rurales ainsi que de l’importance de l’agriculture canadienne et de la recherche agricole.

Il est particulièrement triste de perdre un collègue alors que nous commencions à voir tout ce qu’il pouvait apporter à cette institution. Cependant, si le passage du sénateur Lewis parmi nous a été bref, le temps qu’il a consacré au service des autres ne l’a pas été. En effet, il a consacré des décennies à travailler la terre, à assister à des réunions, à aider ses voisins, à servir des collectivités et à défendre patiemment plusieurs causes.

J’offre mes plus sincères condoléances à son épouse, Terry, à sa famille, à ses amis, à ses collègues ainsi qu’aux collectivités rurales et agricoles qui le connaissaient si bien. Puissent-ils trouver du réconfort en sachant que le sénateur Lewis s’est donné sans compter aux gens et aux endroits qu’il a servis et qu’il a laissé une marque qui dépasse largement le peu de temps qu’il a passé parmi nous.

Des voix : Bravo!

L’honorable Leo Housakos (leader de l’opposition) : Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui au nom du caucus conservateur pour rendre hommage à notre ami et collègue, le sénateur Todd Lewis, dont le décès touche les sénateurs de toutes les allégeances.

Todd ne s’est joint à nous qu’en février de l’année dernière. Il est difficile d’accepter que son séjour parmi nous ait été aussi bref, mais nous avons pu comprendre, dans ce court laps de temps, ce qui l’avait amené ici, ce qui avait toujours motivé son travail au service de la population et, surtout, le genre d’homme qu’il était.

D’abord et avant tout, il était fier d’être Saskatchewanais et d’être un agriculteur de quatrième génération qui a travaillé sa terre pendant plus de 40 ans. Il comprenait les hommes et les femmes qui se lèvent chaque matin, qui travaillent fort pour cultiver la terre et faire vivre leur collectivité. Voilà pourquoi il a passé une grande partie de sa vie à parler en leur nom.

Todd a dirigé l’association des producteurs agricoles de la Saskatchewan. Il a été vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture. Il a siégé pendant plus de 20 ans au conseil municipal de sa localité. Il a siégé au conseil scolaire. Il a fait du bénévolat à la caserne de pompiers. Voilà qui était Todd. Il trouvait essentiel de mettre la main à la pâte et il avait un profond sentiment de responsabilité envers sa communauté.

Quand il est arrivé au Sénat, il était prêt à représenter la Saskatchewan, et il était vraiment heureux de venir ici chaque jour, chaque semaine, pour défendre les intérêts des agriculteurs et servir les collectivités rurales.

Il y a cependant une chose au sujet de Todd qui, à mon avis, le décrit mieux que la liste de ses réalisations — et Dieu sait qu’elles sont nombreuses —, et mieux que n’importe quoi d’autre. Il y a peu de temps, quelqu’un m’a montré une vidéo de l’une de mes interventions au Sénat, pendant laquelle je posais une question au sénateur Moreau, et il m’a demandé : « Qui est l’homme assis derrière vous, à votre gauche, celui qui sourit toujours? » Bien évidemment, après avoir regardé l’extrait, j’ai réalisé qu’il parlait du sénateur Lewis.

Voilà comment était vraiment le sénateur Lewis. Il était optimiste, positif et réellement heureux d’être ici. Il se réjouissait de faire ce travail. Il comprenait que le travail que nous accomplissons en cet endroit est important et il était reconnaissant d’avoir l’occasion d’y contribuer. Même au milieu des longues séances, même pendant les débats difficiles, il était là, toujours souriant. Je pense que nous serons nombreux à nous souvenir d’abord et avant de sa personnalité chaleureuse.

Voici une autre chose qui illustre vraiment qui était le sénateur Lewis. Nous, les conservateurs, savons que la plupart des sénateurs nouvellement nommés qui se disent indépendants sont en fait des libéraux. Parfois, ni les libéraux ni les conservateurs n’arrivent à déterminer l’allégeance d’un nouveau sénateur. Dans le cas du sénateur Lewis, quand il a été nommé au Sénat, les conservateurs étaient ravis. Ils affirmaient : « Le sénateur Lewis est un grand conservateur et un grand porte-parole pour la Saskatchewan. Vous verrez. » Mes collègues libéraux, eux, répliquaient : « Bien sûr que non. C’est un grand libéral et un grand porte-parole pour la Saskatchewan. »

Après cela et après avoir rencontré le sénateur Lewis, je me suis très rapidement rendu compte qu’il était aimé de ses collègues de toutes les allégeances politiques.

Des voix : Bravo!

Le sénateur Housakos : Les agriculteurs canadiens ont perdu un grand porte-parole. La Saskatchewan a perdu un fils fier. Le Sénat a perdu un membre formidable, et tous les sénateurs ont perdu un collègue et un ami cher.

Nous adressons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis du sénateur Lewis, à ses collègues du Groupe des sénateurs canadiens et à tous ceux qui l’ont connu et aimé en Saskatchewan. Son passage au Sénat a été bien trop court, mais nous sommes chanceux d’avoir pu le compter parmi nous et plus chanceux encore de l’avoir connu. Merci. Qu’il repose en paix.

Des voix : Bravo!

L’honorable Lucie Moncion : Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui au nom du Groupe des sénateurs indépendants pour rendre hommage à notre regretté collègue, l’honorable Todd Lewis.

Chers collègues, nous n’avons pas tous eu le privilège de le connaître aussi bien que certains d’entre vous. Cependant, à mesure que nous en apprenons davantage sur sa vie, nous voyons à quel point il attachait de l’importance au bien commun. Il y a une différence entre faire partie d’une communauté et consacrer sa vie à la rendre plus forte. Todd Lewis a toujours choisi la seconde voie.

Agriculteur de quatrième génération, il a exploité les terres de sa famille près de Gray, en Saskatchewan, pendant plus de 40 ans. Toutefois, son engagement dans sa collectivité ne se limitait toutefois pas aux activités agricoles. Il a aussi siégé au conseil scolaire local et il a consacré plus de 20 ans au conseil de la municipalité rurale de Lajord. Il était pompier volontaire. Il présidait le conseil d’administration de la patinoire municipale.

(1420)

Quand il jugeait que les agriculteurs avaient besoin d’une voix plus forte, il n’hésitait pas à s’engager. Il a consacré de nombreuses années à l’association des producteurs agricoles de la Saskatchewan, dont il a notamment été le président, avant de poursuivre son action à l’échelon national, au sein de la Fédération canadienne de l’agriculture.

C’est son désir de servir ses concitoyens qui, en fin de compte, l’a conduit jusqu’ici, au Sénat du Canada. Sa carrière nous montre clairement qu’il a toujours été mu, dans son engagement civique, par la conviction que nous avons tous une responsabilité envers nos collectivités.

J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches, à ses amis et aux collectivités qu’il a servies tout au long de sa vie.

Alors que nous rendons hommage à notre collègue l’honorable Todd Lewis aujourd’hui, son legs nous rappelle que ce sont ceux qui s’engagent, qui se dévouent et qui cherchent à améliorer concrètement la vie de leur prochain qui renforcent les liens communautaires.

Reposez en paix, cher sénateur Lewis. Merci.

L’honorable Duncan Wilson : Honorables sénateurs, c’est le cœur lourd que je prends la parole au nom du Groupe progressiste du Sénat pour rendre hommage à notre ami et collègue, l’honorable sénateur Todd Lewis.

Au cours de la cérémonie funéraire, on nous a parlé de l’approche de la vie inspirée du monde agricole qui guidait Todd. Il semait au printemps et moissonnait à l’automne. Lors de la moisson, il réfléchissait déjà à ce dont il aurait besoin pour les semences du printemps suivant. Ainsi, il avait pris l’habitude de toujours prévoir la suite.

J’ai pu observer cette approche en travaillant aux côtés de Todd, au sein du comité directeur du Comité des transports et des communications. Il a joué un rôle déterminant pour que notre rapport sur la main-d’œuvre dans la chaîne d’approvisionnement soit finalisé en un temps record. Il a souligné l’importance de nos travaux et leur portée pour le secteur agricole, qui serait le principal bénéficiaire des conclusions du comité. C’est dans ce contexte que j’ai pu entendre Todd prononcer ce que je considère comme sa phrase fétiche : « C’est une simple question de bon sens. »

Même si Todd et moi sommes arrivés ici avec des parcours très différents, il est rapidement devenu un allié pour moi. Il est aussi devenu un ami, comme il l’a été pour beaucoup d’entre vous.

Alors que nous siégions ensemble au sein du Comité de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, j’ai eu le grand plaisir de constater son approche empreinte de bon sens en l’entendant critiquer certaines dispositions du projet de loi S-4, dont j’étais le parrain au nom du gouvernement. Les assurances données par les fonctionnaires ne l’ont pas satisfait. Il s’est battu pour ce qu’il considérait comme juste et ce qui était dans l’intérêt de la Saskatchewan.

Mon souvenir préféré remonte au moment où le Comité des transports examinait le projet de train à grande vitesse. Pensez-y : on demande à un agriculteur de la Saskatchewan et à un professionnel de l’administration portuaire de la Colombie-Britannique leur avis sur l’importance d’un service ferroviaire voyageurs plus rapide entre Toronto, Ottawa et Montréal. Vous pouvez imaginer notre réaction. Nos regards se sont croisés et nous avons bien ri.

Le premier discours du sénateur Lewis a porté sur un sujet qui était tout à fait dans ses cordes, soit la Stratégie nationale pour la santé des sols agricoles. Fidèle à lui-même, il a commencé sa première intervention au Sénat de la façon suivante : « Pouvez-vous imaginer un agriculteur qui parle des sols? » Et il a enchaîné immédiatement en citant un passage technique de La procédure du Sénat en pratique. C’était tout à fait représentatif de la personnalité du sénateur Lewis : un agriculteur dans l’âme, mais aussi un esprit vif, capable de traiter des questions complexes avec assurance et aisance.

Le passage du sénateur Lewis au Sénat n’a duré que 538 jours, mais son départ laisse un vide immense. Il aura eu une influence considérable sur la Saskatchewan et le Canada. Comme l’a si bien dit son frère Rod : « Todd a ouvert son milieu agricole au reste du monde ». Cette ouverture nous a tous enrichis.

À son épouse Terry et à sa fille Kim, à nos collègues du Groupe des sénateurs indépendants — la famille qu’il avait choisie au Sénat — et à tous ceux qui tenaient à Todd, le Groupe progressiste du Sénat offre ses sincères condoléances et partage leur chagrin de voir partir un ami et un chef de file beaucoup trop tôt. Reposez en paix, cher ami.

L’honorable Flordeliz (Gigi) Osler : Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à notre collègue l’honorable Todd Lewis.

À la suite de son décès inattendu, vous avez été nombreux à communiquer avec nous pour exprimer vos condoléances, et, au nom de vos amis du Groupe des sénateurs canadiens, je vous en remercie.

Nous savons que beaucoup d’entre vous auraient souhaité se rendre à Regina pour les funérailles de Todd, mais n’ont pas pu le faire étant donné que son décès est survenu aussi soudainement. Je vais donc vous raconter comment cela s’est déroulé.

Ceux d’entre nous qui ont pu y assister ont vu la communauté de Todd, ses voisins et sa famille lui rendre hommage avec beaucoup d’amour. La cérémonie a révélé une facette de Todd que beaucoup n’avaient pas eu l’occasion de découvrir, son passage au Sénat ayant été bien trop bref.

Ainsi, pour lui rendre hommage, ainsi qu’à sa famille, je voudrais vous lire un extrait du livret de son service funèbre :

On se souviendra de Todd pour sa gentillesse. Dans tous les aspects de sa vie, il savait mettre les gens à l’aise et leur montrer qu’il se souciait d’eux. Ses proches se souviendront de son charisme, de sa chaleur humaine, de sa générosité, de son rire contagieux et de son sens de l’humour. Todd était très impliqué dans sa communauté. Il aimait sa ville natale et a consacré d’innombrables heures à des activités bénévoles à Gray.

La première passion de Todd était l’agriculture, et il était très fier de l’exploitation familiale qu’il avait fondée avec son père, son frère et son neveu. Round Lake était également l’un de ses endroits préférés, où il passait chaque été avec sa famille et de nombreux amis. Il était un fervent partisan des Canadiens de Montréal et des Roughriders, et il a consacré une grande partie de sa jeunesse à jouer au football et à entraîner des équipes. Il adorait voyager et visiter de nouveaux endroits. Au cours des dernières années, Todd est devenu une voix influente du secteur agricole, œuvrant au sein de l’Agricultural Producers Association of Saskatchewan et de la Fédération canadienne de l’agriculture, avant d’être nommé au Sénat du Canada. Par-dessus tout, Todd aimait profondément sa famille, et rien ne lui faisait plus plaisir que de passer du temps auprès d’elle.

Il a été précédé dans la mort par son père, Donald Lewis, ses mères, Anne Lewis et lone Barber, ainsi que son frère, Craig Stokes.

Todd laisse dans le deuil Terry, son épouse depuis 38 ans, sa fille Kim et son partenaire Spencer, son frère Rod et sa partenaire Lucy, son frère John et sa partenaire Jen, son neveu Brendan, sa nièce Jaclynn et son partenaire Kris, sa nièce Avery, ainsi qu’un grand nombre de membres de sa famille élargie, dont des tantes, des oncles, des cousins, des cousines, des nièces et des neveux.

Enfin, au nom de sa famille du Sénat, je remercie la famille Lewis d’avoir partagé Todd avec nous.

L’honorable Joan Kingston : Honorables collègues et chère famille du sénateur Todd Lewis, j’aurais aimé connaître celui-ci beaucoup plus longtemps. Comme tout le monde ici présent, je ressens un vide. Quelqu’un nous a quittés, quelqu’un qui, même s’il n’a passé que peu de temps parmi nous, a fait preuve de toutes les qualités attendues d’un parlementaire exemplaire.

Je pense que les sénateurs ont tous reçu dernièrement un exemplaire d’un petit livre d’un auteur canadien intitulé Sois une belle âme. On y trouve des conseils, inspirés de citations célèbres de toutes les époques, pour devenir un représentant du peuple qui fait avancer les choses. Or, les leçons que prodigue ce livre pourraient tout aussi bien avoir été transmises par le sénateur Lewis.

Le sénateur Lewis évoluait depuis toujours dans la sphère publique. Il a été élu municipal et il a défendu les intérêts de son industrie, de sa chère Saskatchewan et du Canada. Bref, longtemps avant d’être nommé au Sénat, Todd Lewis trouvait déjà des moyens d’apporter sa pierre à l’édifice politique.

Le sénateur Lewis croyait sincèrement dans la capacité des parlementaires de se serrer les coudes et de travailler main dans la main pour trouver des moyens d’avancer. J’ai été impressionnée dès sa première participation à une réunion du Comité de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, car il était tout un atout pour nos délibérations.

Cela dit, il n’y avait là rien d’étonnant puisque, à ce que disent d’autres Saskatchewanais, il s’était bâti une réputation, durant sa carrière, d’homme avisé et terre-à-terre qui était en mesure de rallier les agriculteurs, les groupes de l’industrie et les gouvernements afin de traiter les enjeux du domaine agricole. Cette approche aussi porteuse que pragmatique, il en a aussi fait bénéficier le Sénat et ses comités dans leurs travaux, quel que soit le sujet.

Le sénateur Lewis était un homme simple et d’une humilité évidente qui affichait son amour sincère de ce qu’il faisait et des gens qu’il servait. Il avait aussi une écoute hors pair.

(1430)

Le caractère du sénateur Lewis réunissait les meilleures qualités, sans exception : la fiabilité, le respect, la responsabilité, l’équité, la bienveillance et le sens civique. Une de ses amies de longue date a déclaré ce qui suit dans un article paru dans un média local :

[…] il a passé sa vie à chercher le bien commun. Il ne s’agissait pas seulement de Todd, il s’agissait de l’intérêt supérieur de notre collectivité, de notre [municipalité rurale], de la Saskatchewan et, ensuite, du Canada.

Le sénateur Lewis n’a jamais cessé d’apprendre et il était toujours prêt à mettre à profit la sagesse et les compétences qu’il avait acquises dans sa province dans des dossiers d’un océan à l’autre. Je lui serai toujours reconnaissante d’avoir fait partie du groupe d’étude du Comité de l’énergie et de l’environnement sur l’industrie pétrolière et gazière à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce fut un plaisir d’apprendre à le connaître à l’extérieur du Sénat et de le voir interagir avec les Canadiens sur leur propre terrain.

Comme l’a si bien dit Maya Angelou :

[…] les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais ils n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir.

Un autre des admirateurs saskatchewanais du sénateur Lewis a fait écho à ce sentiment en ces termes :

Une des choses qu’il m’a enseignées — et ça devrait être une leçon pour nous tous —, c’est qu’il faut traiter les gens avec gentillesse […] Il s’est vraiment battu pour les producteurs de la Saskatchewan et les producteurs agricoles canadiens. Surtout, c’était une personne gentille et aimable. Il a veillé sur tout le monde et a fait passer les intérêts de tout le monde avant les siens.

Merci, Todd. Ton passage parmi nous aura rendu ce monde meilleur.

L’honorable Tracy Muggli : Honorables sénateurs, je prends aujourd’hui la parole pour faire une chose que j’aurais aimé avoir le temps et l’initiative de faire en personne, soit rendre hommage à la grandeur de l’honorable Todd Lewis.

Bon nombre d’entre nous commençaient tout juste à découvrir l’incroyable somme de ses connaissances, son sens de l’humour typiquement saskatchewanais — c’est le terme — et l’immensité de sa générosité.

Pour être honnête, le sénateur Lewis me faisait penser à ce qu’était mon père il y a environ 30 ou 40 ans, à l’époque où nous vivions à la ferme. Il dégageait cette même présence discrète qui témoignait d’un profond respect pour son métier, d’un respect pour la puissance de la terre et de ce qu’elle peut offrir quand on en prend bien soin et d’un profond respect pour sa collectivité.

De toute évidence, Todd savait, comme tous ceux qui vivent dans les petites villes de la Saskatchewan, que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice pour que les petites communautés puissent prospérer, voire simplement exister. Il me donnait tout bonnement l’impression que je pouvais rester moi-même, une petite fille de la campagne de la Saskatchewan, et c’est sans doute pour cela que tant de nos conversations n’étaient en réalité que des moments de plaisanterie. D’ailleurs, hier, lors de la cérémonie de prestation de serment des nouveaux sénateurs, je me suis souvenue que j’avais essayé de le convaincre qu’il existait de nombreux protocoles dont on ne l’avait pas informé. Il n’avait pas bronché.

Dès le début de son mandat, j’ai pu constater l’étendue de ses connaissances et, en tant que représentante de la Saskatchewan au Comité de l’agriculture et des forêts, je savais que j’en viendrais à compter sur sa connaissance approfondie de la Saskatchewan et son expertise. Il m’est arrivé si souvent de lui taper sur l’épaule, de l’aborder dans le couloir et de monopoliser son temps autour d’une bière après la séance au D’Arcy McGee’s, qui, soit dit en passant, était notre principal lieu de recrutement lorsque le sénateur Klyne, d’autres membres du Groupe progressiste du Sénat et moi-même tentions de le convaincre de se joindre à nous.

Bien sûr, nous lui avons fait toutes sortes de promesses extravagantes, alors que nous savions très bien que nous n’étions même pas en mesure de les faire, le tout pour plaisanter, mais nous avons toujours su que le sénateur Lewis était exactement là où il devait être. Tout cela se faisait toujours dans la bonne humeur, parfois simplement pour le faire réagir, mais aussi parce que nous aimions sincèrement passer du temps avec lui.

Honnêtement, je cherchais simplement à profiter davantage de ses connaissances et de nos conversations sur des sujets autres que le travail. Ayant moi-même grandi dans une ferme en Saskatchewan, je crois que mes échanges avec lui me permettaient de renouer avec mon enfance campagnarde tout en actualisant mes connaissances.

J’ai un véritable regret : j’aurais vraiment aimé me rendre à sa ferme pour qu’il puisse me montrer à quel point sa couche arable était profonde. La question demeure entière, mais je suis reconnaissante d’avoir eu la chance de constater toute la profondeur de sa bonté.

Puissions-nous perpétuer son héritage en continuant d’adopter de bonnes politiques agricoles, et puisse-t-il, de là-haut, nous guider et être fier de nous. Qu’il repose en paix. Puissent son épouse, Terry, sa fille, Kim, ses frères, Rod et John, ainsi que ses nombreux parents et amis trouver du réconfort dans les souvenirs des moments partagés avec lui. Merci.


DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS

Le décès de l’honorable Todd Lewis

Interpellation—Fin du débat

Consentement ayant été accordé de passer aux interpellations, article no 19:

L’honorable Robert Black, ayant donné préavis le 28 septembre 2026 :

Qu’il attirera l’attention du Sénat sur la vie de l’honorable Todd Lewis.

 — Honorables sénateurs, je prends la parole pour rendre hommage à un homme bienveillant et doux, un collègue, un mentor, un modèle, un ami, quelqu’un qui s’est joint à nous il y a peu de temps et qui nous a quittés bien trop tôt.

Trois choses me reviennent particulièrement à l’esprit. Le sénateur Lewis a prononcé son premier discours au Sénat le mardi 28 octobre 2025, afin d’apporter son soutien à mon projet de loi, le projet de loi S-230. Comme vous l’avez déjà entendu, il nous a fait rire dès les premières secondes de son discours, dont une partie portait sur les sols de la Saskatchewan en général et sur sa propre exploitation agricole en particulier. Il a souligné la bonne santé des sols des Prairies, et plus particulièrement celle des sols de son exploitation. Avec une étincelle dans le regard et un petit sourire en coin, il nous a confié qu’il disposait d’une couche de terre arable de 25 pieds d’épaisseur sur une grande partie de son exploitation, ce qui est véritablement inusité ailleurs au pays.

Quand la sénatrice Robinson m’a téléphoné le 1er août au matin, je me trouvais dans une ferme forestière près de Wroxeter, en Ontario. Le propriétaire de la pépinière, Emanuel Martin, m’expliquait les particularités d’une nouvelle essence d’arbre qu’il avait à vendre : le cèdre géant vert. Après avoir longuement pleuré avec la sénatrice Robinson et repris mes esprits, M. Martin m’a offert un de ces cèdres en me demandant de le transplanter et d’en prendre soin. Chers collègues, j’ai planté ce cèdre géant vert dans un bosquet tranquille, le long d’un sentier particulier sur notre propriété, à la mémoire d’un autre géant à mes yeux, le sénateur Todd Lewis.

Enfin, chers collègues, j’ai partagé avec la famille du sénateur Lewis une citation que j’avais trouvée il y a longtemps — vous ne devinerez jamais — sur une bouteille de vin d’un petit vignoble de l’État de New York. Il s’agissait des mots de la jeune Hannah Senesh, une poète et dramaturge née en 1921 et morte en 1944. Elle a passé les dernières années de sa vie dans la résistance juive sous le commandement des forces armées britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses mots m’ont réconforté à maintes reprises par le passé :

Il y a des étoiles qui brillent sur terre même après leur disparition. Il y a des êtres qui continuent à illuminer le monde même après leur mort. Ces lumières sont particulièrement scintillantes même quand la nuit est profonde. Elles éclairent le chemin de l’Humanité. Au fil de notre vie, ainsi nous nous souviendrons.

J’ai vu le sénateur Lewis pour la dernière fois le jeudi 16 juillet, quand nous avons déjeuné sur le front de mer d’Halifax en compagnie de son épouse, Terry, de mon épouse, Julie, de la sénatrice Robinson et d’autres personnes. Au moment de se quitter, il m’a serré dans ses bras. Il m’a dit de prendre soin de moi et m’a souhaité un bel été. Deux semaines plus tard, il avait disparu.

Le sénateur Lewis, un géant paisible comme ce cèdre, me manquera. Le souvenir que je garderai de lui sera celui d’un mentor et de l’une des étoiles qui me guideront. Je souhaite à son épouse, Terry, à sa fille, Kim, à ses frères, Rod et John, et à leur famille, ainsi qu’à ses amis, de trouver la paix et le réconfort en compagnie de leurs proches, de leurs amis et de souvenirs très spéciaux. Repose en paix, Todd.

L’honorable Marty Klyne : Honorables sénateurs, amis et membres de la famille du sénateur Lewis, le sénateur Lewis a été des nôtres pendant une courte période, mais il a laissé une impression durable sur nous tous qui avons eu le privilège de le connaître.

Un des souvenirs de lui qui resteront gravés dans ma mémoire, c’est la visite de sa ferme près de Gray, en Saskatchewan, que j’ai effectuée avec mon personnel en juillet dernier. Cette journée a donné un aperçu des qualités qui ont fait du sénateur Lewis une personne et un collègue aussi remarquable.

Nous avons commencé notre visite à l’aréna de Gray, qui sert également de musée municipal. Il était rempli de souvenirs liés au hockey et à des décennies d’histoire locale, et on pouvait y apercevoir tous les signes d’une collectivité qui prend soin des siens et qui est fière de ses origines. J’ai été frappé par le fait que c’était l’endroit idéal pour rencontrer le sénateur Lewis. C’était un homme très proche de sa famille et profondément enraciné dans sa collectivité, sa province, la Saskatchewan, et les terres qu’il cultivait depuis plus de 40 ans.

Ce lien avec la collectivité s’est reflété dans son mode de vie. Il a siégé pendant plus de 20 ans à son conseil municipal, il a siégé au conseil scolaire local, il a été pompier volontaire et il a consacré d’innombrables heures à l’aréna et au centre communautaire de sa localité. Il a passé sa vie à s’occuper des gens et des lieux où il se sentait chez lui.

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À la ferme familiale, le sénateur Lewis nous a montré ses terres et son équipement. Il est vite devenu évident qu’il maîtrisait la technologie de pointe des machines les plus sophistiquées. À ses yeux, innovation et tradition allaient de pair. Les progrès technologiques étaient une façon de plus de protéger la terre, d’assurer sa pérennité et de perpétuer un savoir-faire transmis de génération en génération.

Agriculteur de quatrième génération, il a défendu avec conviction les intérêts du secteur agricole de la Saskatchewan, d’abord à titre de président de l’Agricultural Producers Association of Saskatchewan et, plus tard, dans le rôle de premier vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture.

Il a mis cette expérience pratique au service du Sénat.

Je ne me souviens toutefois pas uniquement de ses réalisations. Je me souviens aussi de la chaleur avec laquelle il parlait de sa famille et de ses terres. Je me souviens de sa nature authentique, de sa générosité et de sa loyauté envers les Roughriders. Il avait porté les couleurs des Rams de l’Université de Regina, et tout au long de sa vie, la fierté et l’attachement qu’il éprouvait envers la Saskatchewan ne se sont jamais démentis.

Crystal et Toby Frisk, qui étaient amis avec le sénateur Lewis depuis plus de 40 ans, le décrivent comme un homme humble, issu d’une petite ville, qui était un leader, un gentleman et un pilier de sa communauté. Crystal, qui le connaissait depuis qu’ils étaient tout jeunes, a dit qu’il avait le don de tisser des liens d’amitié dès la première rencontre avec son grand sourire et sa joie de vivre. Je ne saurais mieux dire.

Je me souviendrai également des propos chaleureux qu’il tenait à l’égard de son équipe. C’était là un petit exemple, mais un exemple révélateur de son leadership. Il comprenait qu’on ne réalise jamais un travail de qualité tout seul. Le passage du sénateur Lewis au Sénat a été bien trop court, mais il nous a donné un aperçu de ses connaissances, de sa sagesse pratique et de son engagement envers la Saskatchewan et le Canada rural, qu’il nous a légués pour que nous les perpétuions.

Avant de conclure, je souhaite mentionner aux sénateurs cette couche de terre arable de 25 pieds d’épaisseur. Elle provient des grands travaux d’excavation effectués au lac Wascana, en face de l’assemblée législative.

Je tiens à dire à sa famille que nous sommes extrêmement reconnaissants qu’il ait partagé un peu de sa vie avec nous, même brièvement. Il reste dans nos cœurs; nous ne le perdrons jamais.

Des voix : Bravo!

L’honorable Pamela Wallin : Honorables sénateurs, vous savez ce qu’on dit à propos des agriculteurs : ils doivent être optimistes, sinon ils feraient autre chose. C’est un mode de vie : sans les agriculteurs, il n’y a rien à manger. Nous connaissons tous les clichés, mais celui-ci décrit vraiment Todd : on récolte ce que l’on sème. C’est une règle d’or, et elle définissait Todd. Il a toujours semé la générosité et il a récolté le respect de toutes les personnes l’ayant connu.

Todd était effectivement un optimiste. Il croyait en l’importance de travailler avec ardeur, de prendre le temps de faire changer les gens d’opinion et de donner à tout le monde le bénéfice du doute, parce que c’était la chose à faire. Todd croyait qu’aucun geste de bonté, aussi petit soit-il, n’est jamais vain si on essaie d’aider les autres à comprendre son point de vue et à voir pourquoi ce point de vue est également important pour eux.

Il a accompli tout cela par l’entremise de l’Association des producteurs agricoles de la Saskatchewan et ici, au Sénat. Il a même invité un ancien premier ministre à visiter sa ferme pour voir à quoi cela ressemble et pour comprendre l’importance de l’agriculture pour les finances d’Ottawa.

Quand l’occasion de servir son pays dans cette enceinte s’est présentée, Todd ne s’est pas demandé s’il en était digne ou s’il pouvait avoir une influence. La question était plutôt de savoir comment il réussirait à conjuguer toutes les facettes de sa vie : faire tourner la ferme, continuer à défendre les causes qui lui tenaient à cœur, assumer les obligations de sa charge et trouver malgré tout du temps pour ceux qui comptaient le plus à ses yeux : sa famille.

Todd était de ces personnes qui inspirent immédiatement la sympathie. Que ce soit dans une file d’attente à l’aéroport, autour d’un bon repas ou lors d’une conversation entre deux votes, il avait ce don de mettre les autres à l’aise. Son regard était bienveillant, et son sourire, chaleureux. Todd avait le cœur sur la main. Cela dit, il aurait été mal avisé de confondre cette bonhomie naturelle avec de la faiblesse. Il avait l’esprit vif et une détermination à toute épreuve. Après tout, les gars de ferme de la Saskatchewan sont de solides gaillards.

Nous blaguions souvent en disant que nous venions d’un coin de pays où l’on peut voir son chien courir au loin pendant deux semaines tellement c’est plat. Et nous ne pouvions nous empêcher de sourire lorsque certains, en route vers Winnipeg ou Calgary, n’y voyaient que des champs à perte de vue et un horizon sans fin. Manifestement, ils ne regardaient pas au bon endroit.

Aussi belle que soit la Saskatchewan, les conditions de vie peuvent aussi y être difficiles. C’est dans des environnements hostiles que se forge le caractère. Même le projet le plus simple peut être perturbé par une tempête de neige en avril ou de la grêle en août. Les éléments vous mettent à l’épreuve, et personne ne le sait mieux qu’un agriculteur.

Todd était un enfant de la terre, et il en était le gardien. Le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre est le suivant : tous ceux qui l’ont connu le considéraient comme un ami, car c’est ce qu’il était.

Todd, vous nous manquez énormément, et nous continuerons à ressentir votre absence profondément. Nous sommes de tout cœur avec vous, Terry, Kim et toute la famille. Nous ferons de notre mieux pour vous soutenir, car nous savons qu’il aurait fait de même.

Des voix : Bravo!

L’honorable Colin Deacon : Honorables sénateurs, membres de la famille de Todd, j’ai grandi dans une ferme du Sud de l’Ontario. Adolescent, j’ai travaillé avec des hommes parmi les plus perspicaces et les plus respectueux que j’aie connus. Ils parlaient souvent de leur jeunesse et de la vie agricole dans les années 1920 et 1930. Un vieil agriculteur au doux tempérament m’a raconté ses débuts en Saskatchewan. Il a dû travailler fort avant de pouvoir enfin s’acheter un cheval et une simple charrue. À la fin des années 1920, disait-il, les occasions ne manquaient pas.

Cela n’a pas duré. Les revenus agricoles de la Saskatchewan ont chuté de 97 % entre 1928 et 1933. Il est parti et il n’est jamais revenu.

Il semble que les leçons de la Grande Dépression se soient gravées dans l’ADN de ceux qui sont restés — ceux qui se sont battus pour survivre et rebâtir. Ces 12 dernières années, mon frère Rich a eu l’honneur de faire la connaissance des habitants de Gray, en Saskatchewan, et de la famille Lewis en particulier. Je vais citer mon frère :

Il arrive parfois, bien que rarement, qu’on arrive dans un village, aussi petit soit-il, et qu’on soit frappé par la richesse de sa communauté [et] par sa beauté intérieure.

Le village de Gray, en Saskatchewan, qui compte moins d’une centaine d’habitants, est l’un de ces endroits [...] qui semblent flotter sur un océan de blé et de canola.

C’est à Gray que Todd Lewis a grandi. Il y est resté, et il a fini par devenir un leader local. C’est Gray qui a forgé son bon caractère, sa détermination à résoudre les problèmes et son instinct à toujours mettre la main à la pâte et à aider les autres.

Il a manifesté ces mêmes qualités dans ses diverses fonctions provinciales et, enfin, nationales, y compris au Sénat où, comme nous l’avons tous dit, il n’a passé que trop peu de temps.

Je me permets de citer encore mon frère Rich.

Pour mieux comprendre qui était Todd, on peut se rendre à l’aréna Gray, avec sa patinoire naturelle ouverte de novembre à mars et ses soupers communautaires du vendredi où, avec famille et voisins, il organisait, cuisinait et servait le repas.

Les besoins de tout le monde étaient pris en compte, depuis les personnes en fauteuil roulant jusqu’aux enfants, qui bénéficiaient d’une aire de jeu et de coloriage.

La grande salle est en quelque sorte la chapelle Sixtine des Prairies, avec son plafond décoré d’une carte d’arpentage de la région dont chaque carreau affiche le nom de famille des premiers pionniers, suivi en dessous de celui des propriétaires subséquents.

C’est un hommage aux gens aussi robustes que motivés qui ont bâti Gray.

Après plus de 100 hivers comme en connaissent les Prairies, les carreaux affichent encore souvent le nom de la même famille, signe également que [...] les gènes [...] et la détermination [...] se sont perpétués jusqu’à aujourd’hui.

Chers collègues, une bonté sans faille, le réflexe de répondre aux besoins de chaque membre de la collectivité, un profond respect pour les sacrifices de ceux qui nous ont précédés et la volonté d’aider les autres, surtout dans les moments les plus difficiles : voilà les valeurs qui définissaient l’honorable sénateur Todd Lewis. Il nous manquera terriblement.

Merci, chers collègues.

Des voix : Bravo!

L’honorable Pat Duncan : Honorables sénateurs, chers membres de la famille du sénateur Lewis, la première fois que j’ai rencontré le sénateur Todd Lewis, alors que je lui souhaitais la bienvenue au Sénat du Canada et que je voulais montrer que j’avais moi aussi un lien avec la Saskatchewan, j’ai mentionné que mon fils, Craig Berube — pas l’ancien entraîneur des Maple Leafs, car mon fils, lui, a toujours un emploi —, avait fréquenté le Collège Athol Murray de Notre Dame, à Wilcox, en Saskatchewan, et qu’après ses études secondaires, il avait joué avec les Hounds, une équipe de hockey junior A.

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Le sourire immédiat de Todd était aussi large et expansif que le ciel de la Saskatchewan. Il a dit : « Vous êtes passés juste à côté de ma ferme. »

Par la suite, il nous arrivait souvent d’entrer ensemble dans l’édifice du Sénat du Canada, et nos conversations se déroulaient toujours de la même manière : chaleureuses et amicales, avec des nouvelles de la situation des exploitations agricoles en Saskatchewan. Parfois, nous parlions un peu de hockey ou de football, juste pour le plaisir.

Le sénateur Lewis représentait la Saskatchewan. Il incarnait tous les Saskatchewanais. Je suis persuadée qu’il avait un ami, un parent ou un proche dans chaque province et territoire du Canada. Il répondait avec patience et courtoisie à toutes les questions liées à l’agriculture, et il faisait preuve d’une attention et d’une gentillesse sincères envers la personne qui les posait. Même dans les conversations les plus brèves, il manifestait un intérêt sincère pour le bien-être de tout un chacun.

Le décès du sénateur Lewis est une perte pour la Saskatchewan, pour notre pays et, surtout, pour sa famille. Je vous présente mes sincères condoléances. Mes pensées vous accompagnent dans cette épreuve difficile marquée par le deuil et un sentiment de perte. Sachez que je suis profondément reconnaissante d’avoir pu le côtoyer, même brièvement, et je vous remercie de nous avoir permis à tous, ici au Sénat du Canada, de profiter de sa présence. Merci.

Des voix : Bravo!

(Le débat est terminé.)

Visiteurs à la tribune

Son Honneur la Présidente : Honorables sénateurs, je vous signale la présence à la tribune de Theresa Lewis, épouse du défunt honorable Todd Lewis, et leur fille, Kimberly. Elles sont accompagnées par d’autre membres de la famille, amis, et collègues du défunt honorable Todd Lewis.

Au nom de tous les sénateurs, je vous présente mes plus sincères condoléances et vous fais part de ma profonde sympathie en cette période difficile.

Des voix : Bravo!

Le décès de l’honorable Todd Lewis

Minute de silence

Son Honneur la Présidente : Honorables sénateurs, je vous demanderais de bien vouloir vous lever et de vous joindre à moi pour observer une minute de silence.

(Les honorables sénateurs observent une minute de silence.)

Le Sénat

Adoption de la motion tendant à autoriser le Sénat à se réunir en comité plénier afin d’étudier la teneur du projet de loi C-38

Consentement ayant été accordé de passer aux affaires du gouvernement, motions, article nos 86 et 87 :

L’honorable Patti LaBoucane-Benson (coordonnatrice législative du représentant du gouvernement au Sénat), conformément au préavis donné le 28 septembre 2026, propose :

Que, nonobstant toute disposition du Règlement, tout ordre antérieur ou pratique habituelle :

1.à 13 h 45 le jeudi 1er octobre 2026, le Sénat se forme en comité plénier afin d’étudier la teneur du projet de loi C-38, Loi modifiant la Loi sur la taxe d’accise (prolongation de l’allègement de la taxe d’accise fédérale sur les carburants);

2.le comité plénier reçoive l’honorable François-Philippe Champagne, c.p., député, ministre des Finances et du Revenu national, accompagné d’un maximum de deux fonctionnaires;

3.le comité lève sa séance au plus tard 65 minutes après le début de ses travaux;

4.les remarques introductives du ministre soient limitées à un maximum de cinq minutes;

5.si, au cours du comité plénier, un sénateur n’utilise pas l’entière période de 10 minutes prévue pour les interventions à l’article 12-31(3)d) du Règlement, les réponses des témoins y comprises, il puisse céder le reste de son temps à un autre sénateur;

6.il soit entendu que tous les témoins comparaissent en personne.

Son Honneur la Présidente : Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée.)

L’ajournement

Adoption de la motion d’ajournement jusqu’au jeudi 1er octobre 2026

L’honorable Patti LaBoucane-Benson (coordonnatrice législative du représentant du gouvernement au Sénat), conformément au préavis donné le 28 septembre 2026, propose :

Que, conformément à l’ordre adopté par le Sénat le 4 juin 2025, lorsque le Sénat s’ajournera aujourd’hui, il demeure ajourné jusqu’au jeudi 1er octobre 2026, à 13 h 30.

Son Honneur la Présidente : Vous plaît-il, honorables sénateurs, d’adopter la motion?

Des voix : D’accord.

(La motion est adoptée.)

Les travaux du Sénat

L’honorable Patti LaBoucane-Benson (coordonnatrice législative du représentant du gouvernement au Sénat) : Honorables sénateurs, avec le consentement du Sénat et nonobstant l’article 5-13(2) du Règlement, je propose :

Que la séance soit maintenant levée.

Son Honneur la Présidente : Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?

Des voix : D’accord.

(À 14 h 56, le Sénat s’ajourne jusqu’au jeudi 1er octobre 2026, à 13 h 30.)

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