L'AQUACULTURE DANS LES RÉGIONS CANADIENNES DE L'ATLANTIQUE ET DU PACIFIQUE
le Comité sénatorial permanent des pêches
Rapport intérimaire
SUJETS ABORDÉS
A. Appui du MPO à laquaculture
B. Emploi et développement économique
C. Choix des sites daquaculture
D. Préoccupations écologiques concernant la salmoniculture
E. Évasion de salmonidés délevage
F. Santé des poissons
G. Conchyliculture et mise en valeur
H. Science et recherche-développement
A. Appui du MPO à laquaculture
Daprès moi, laquaculture de poissons nest pas là pour remplacer les stocks de poisson sauvage; cest simplement une autre possibilité de développement économique. M. Herb Dhaliwal, ministre des Pêches et des Océans, Délibérations, 15 février 2000
Je prévois une stratégie de communication. Le ministère fera de même. Lindustrie de laquaculture a fait lobjet dune campagne négative Nous voyons de plus en plus dautocollants sur les plaques de voitures où on peut lire : « Poisson sauvage, poisson non drogué » entre autres choses. Yves Bastien, Commissaire au développement de laquaculture, Délibérations, 22 février 2000
Nous avons maintenant un ministre fédéral des Pêches qui a adopté une position très claire à légard de laquaculture. Toutes les provinces sont conscientes du changement dattitude qui sopère chez les fonctionnaires à Ottawa. Il est clair quils nappuyaient pas dans le passé laquaculture. Jerry Ward, sous-ministre adjoint des Pêches et de lAquaculture, Terre-Neuve et Labrador, Délibérations, 4 octobre 2000
Nous croyons quil est déraisonnable et complètement inapproprié que le MPO, organisme de réglementation, ait le droit dagir comme promoteur de la salmoniculture. Laurie MacBride, Georgia Strait Alliance, Mémoire, 22 février 2000
[L]es hauts fonctionnaires du ministère des Pêches et des Océans ont déclaré que leurs principaux objectifs en matière daquaculture étaient de renforcer la confiance du public dans lindustrie et daméliorer sa compétitivité au plan international. Ce ne sont pas là les fonctions dun organisme de réglementation; ce sont celles dune société de relations publiques. Lynn Hunter, spécialiste des pêches et de laquaculture, Fondation David Suzuki, Délibérations, 9 mai 2001
Lobjectif du MPO en aquaculture consiste à améliorer le secteur et à le mettre en valeur pour quil réalise son plein potentiel dune façon durable. À cette fin, le Ministère concentre ses efforts dans les domaines suivants : un examen du cadre législatif et réglementaire sous la direction du Commissaire au développement de laquaculture; lélaboration dun cadre politique ministériel amélioré et plus uniforme pour laquaculture; laccroissement de la collaboration fédérale-provinciale-territoriale par lintermédiaire du nouveau Conseil canadien des ministres des pêches et de laquaculture; amélioration des programmes du MPO qui soutiennent la SFDA de 1995.
Au cours de nos travaux, nous nous sommes vite rendu compte que les objectifs du Ministère ne font pas lunanimité. Le mandat du MPO qui inclut à la fois la promotion de laquaculture et la protection des stocks de poissons sauvages et de leur habitat le place manifestement dans une situation délicate. On a dit souvent au Comité quil existe un conflit dintérêts flagrant et croissant entre ces deux mandats, que le MPO ne leur accorde pas la même importance, et que le Ministère milite en faveur de laquaculture, aux dépens de sa responsabilité envers le poisson sauvage et son habitat.
On a également contesté la création du Bureau du commissaire au développement de laquaculture, présenté comme un centre dactivités distinct au sein du Ministère, ainsi que son budget annuel de 600 000 $ pour la promotion de laquaculture, en vertu du PPA. Les critiques affirment que cette mesure était inutile, étant donné le grand nombre dassociations qui représentent déjà laquaculture et linfluence de lAlliance de lindustrie canadienne de laquaculture(11). En Colombie-Britannique, les adversaires les plus farouches de laquaculture soutiennent que le MPO est devenu lagence de relations publiques du secteur et quen faisant activement sa promotion, surtout celle de la salmoniculture en cages marines, il manque à son rôle de protecteur des poissons sauvages et de leur habitat contre limpact écologique de cette activité. On a laissé entendre que le Ministère a non seulement abandonné la pêche traditionnelle, mais également abdiqué ses responsabilités légales pour ce qui est des stocks de poissons sauvages dont dépendent les villages de pêcheurs de la côte.
Pour leur part, les tenants de laquaculture affirment que le secteur est assujetti à une politique et à une réglementation désuètes qui, pour lessentiel, ont été conçues pour la pêche traditionnelle et entravent le développement de leur secteur. Ils affirment réclamer non pas des règlements faibles mais bien des règlements adaptés à leur secteur. En général, ils considèrent la réglementation exagérément restrictive, en particulier par rapport à celle dautres pays, et y voient un obstacle érigé contre laugmentation de la production et de la compétitivité. On sest plaint des tracasseries bureaucratiques. Certains témoins ont déclaré quau fil des ans, les agences fédérales sétaient montrées des partisans réticents de laquaculture à cause de leurs relations privilégiées avec la pêche traditionnelle et du mandat ministériel de protéger le milieu marin et les stocks de poissons. Comme lindustrie estimait quelle na pas reçu du Ministère la reconnaissance et le soutien qui lui étaient dus, elle croit quune révision des priorités gouvernementales est nécessaire pour quon reconnaisse laquaculture comme une utilisatrice légitime des ressources aquatiques. Les extraits suivants sont représentatifs à cet égard :
Le défi du ministère consiste à intégrer avec succès ce rôle dagence principale à son mandat de protection des ressources sauvages et des océans. Selon moi, cette intégration sera achevée quand les 9 000 employés du ministère seront convaincus que laquaculture ne produit pas plus dimpact négatif sur lenvironnement que les pêches et que laquaculture représente la seule alternative valable pour atteindre lobjectif de durabilité dans lensemble du secteur des pêches. Laquaculture représente la solution logique au déclin des ressources
sauvages et contribuera à réduire la pression sur ces dernières. Yves Bastien, Commissaire au développement de laquaculture, Délibérations, 22 février 2000.
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Notre association considère comme des signes très encourageants la récente nomination dYves Bastien au poste de Commissaire fédéral au développement de laquaculture, la création de la Direction générale de laquaculture au MPO, et lappui donné publiquement par le ministre Dhaliwal à lindustrie de laquaculture. Cependant, la façon dont la bureaucratie du MPO soppose à laquaculture a contré tout effet positif que ces initiatives auraient pu avoir. Dès quil y a un conflit avec lindustrie traditionnelle, même si ce conflit est insignifiant, cest laquaculture qui perd. Les attitudes doivent changer au MPO et celui-ci doit faire preuve de leadership. Le ministère doit songer au développement de cette industrie au lieu de se contenter de la réglementer. Jusquà présent, notre industrie a été surtout bâtie sur des rêves et des espoirs, mais sans guère dappui : au contraire, notre route a été semée dembûches. En revanche, nous sommes des visionnaires et nous allons continuer à nous battre pour la juste cause. Ruth Salmon, directrice administrative, B.C. Shellfish Growers Association, Délibérations, 30 mai 2000.
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Nous nous trouvons devant un changement révolutionnaire qui va entraîner la privatisation dune ressource antérieurement à 100 p. 100 de propriété publique. Le gouvernement joue souvent un rôle de gardien des ressources publiques contre les intrus et ceux qui, en ce moment, détiennent une pseudo-propriété des ressources publiques par le truchement du système actuel de licence (les permis de pêche) ne veulent pas être forcés de partager ces ressources avec les autres. Ceux qui ont présentement la propriété les pêcheurs et les environnementalistes voient dans les nouveaux participants une menace. Comme il sagit de questions de propriété, le gouvernement y est engagé et cela ajoute à la résistance au changement car, historiquement, les pêches classiques ont été le « client » du gouvernement et parce que les « environnementalistes » ont développé, sur les gouvernements, une influence hors de toute proportion. M. Brad Hicks, Mémoire, 31 mars 2000.
Le Comité sest fait dire que, comparativement à dautres pays comme le Japon(12) où on ne fait pas de distinction entre aquaculture et pêche, les deux étant intégrées et considérées comme des activités complémentaires destinées à fournir du poisson à un marché en croissance , les deux secteurs sont à ce point polarisés au Canada que certains croient quil faut choisir entre les deux. Des porte-parole des aquaculteurs ont soutenu que lélevage supplée à la pêche traditionnelle, par exemple en uniformisant les activités de transformation du poisson dune saison à lautre, et répété que le débat avait suscité la diffusion de renseignements erronés et accusateurs. Ils ont mis en garde le Comité contre les opinions trompeuses dune opposition qui va « à lencontre du but recherché ». Les salmoniculteurs considèrent que de faire passer ce message est un véritable défi.
Les représentants du MPO nous ont affirmé que le Ministère ne se concentre pas sur laquaculture au détriment de ses autres responsabilités (conservation des populations sauvages de poisson et protection de leur habitat, sécurité maritime et sécurité de la navigation, mise en uvre de la gestion intégrée des océans). Sa priorité est plutôt dassurer par des lois, des règlements, des politiques et des programmes, et dans ses relations avec les autres organismes fédéraux et ordres de gouvernement la reconnaissance de laquaculture en tant quutilisatrice légitime des ressources aquatiques. Comme la indiqué un porte-parole du Ministère :
Quels que soient les changements qui seront apportés aux règlements fédéraux sur laquaculture, ces changements auront pour but de reconnaître la légitimité de lindustrie et de promouvoir sa durabilité, tout en reconnaissant et en respectant dautres intérêts. Michel Leclerc, conseiller spécial, Aquaculture, Secteur des politiques, ministère des Pêches et des Océans, Délibérations, 4 avril 2000.
Il est à noter que le vérificateur général, dans son rapport de décembre 2000, juge médiocre la façon dont le MPO sacquitte de ses responsabilités réglementaires de veiller à lapplication de la Loi sur les pêches à la salmoniculture en Colombie-Britannique. Le vérificateur affirme quau Ministère, beaucoup considèrent que la salmoniculture a, dans certains cas, des effets nuisibles sur lhabitat.
B. Emploi et développement économique
Laquaculture présente des possibilités extraordinaires pour les communautés locales et côtières. De tous les pays du monde, le Canada possède les côtes les plus longues. Nous sommes bordés par trois océans. Cest un atout extraordinaire pour le Canada. Lhonorable Herb Dhaliwa, ministre des Pêches et des Océans, Délibérations, 4 avril 2000
[J]e vois le jour où ces deux secteurs seront pleinement intégrés en un secteur des produits de la mer, où la distinction entre aquaculteurs et pêcheurs nimportera pas, parce que chacun participera, en collaboration, à la production de richesses venant de nos océans, de façon durable.es Bastien, commissaire au développement de laquaculture, MPO, Délibérations, 29 mai 2001
Jespère ne pas vous avoir induits en erreur au sujet des emplois. Je ne crois pas que les pêcheurs traditionnels et ceux qui travaillent dans ce secteur deviendront des aquaculteurs. Si cest ce que jai laissé entendre, ce nest pas ce que je voulais dire. David Rideout, directeur administratif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 8 février 2000
Lindustrie est incapable de réunir les capitaux nécessaires auprès des banques à charte traditionnelles de notre pays. Le risque ne fait pas partie de leur mandat [celui de la Société du crédit agricole]. Leur mandat les oblige à afficher un profit. Jerry Ward, sous-ministre adjoint, ministère des Pêches et de lAquaculture, Terre-Neuve et Labrador, Délibérations, 4 octobre 2000
Je suis un pêcheur qui a perdu la possibilité de travailler. Il ny a pas demploi dans les piscicultures. Les 40 sites offrent 80 emplois et il y a 8 000 Kwakuitl 40 emplois alors quil y en avait au moins 400 il y a deux ans. Tout cela vient du fait que les piscicultures ont fait disparaître les poissons vivant à létat naturel. Pat Alfred, président, Kwakuitl (First Nation) Fisheries Commission, Délibérations, 9 mai 2001
Tous ces emplois ont été informatisés notamment ceux qui demandaient le plus de main-duvre, tels que le nettoyage de filets. Lorsquon nous dit que laquaculture va procurer des revenus aux collectivités du littoral, jen doute un peu. John Volpe, Département de biologie, Centre pour la santé de lenvironnement, Université de Victoria, Délibérations, 9 mai 2001
Aux yeux de beaucoup, laquaculture est une source incontestable despoir pour lindustrie des produits de la mer. Les gouvernements envisagent souvent laquaculture sous le rapport du développement économique. Sur les côtes de lAtlantique et du Pacifique, les défenseurs de laquaculture soutiennent que la progression du secteur revitaliserait les collectivités côtières éloignées et démunies sur le plan économique, en particulier les plus durement frappées par le déclin de la pêche traditionnelle et la restructuration de lindustrie. Pour elles, laquaculture laisse entretenir la diversification de léconomie locale, la croissance de lemploi, plus dinvestissements et le renforcement de la pêche commerciale dans son ensemble. Il faut commencer, toutefois, par établir un milieu plus propice sur le plan des politiques et celui des règlements.
Le secteur aquacole du Canada occupe quelque 14 300 travailleurs (7 300 à la production et à la transformation et 7 000 à lapprovisionnement et aux services), pour la plupart dans des zones rurales et côtières, où se trouvent 90 p. 100 des emplois de production et de transformation. Il semble que le chiffre ait augmenté de 12 p. 100 par an depuis 1995. On a dit au Comité quenviron la moitié de ces emplois sont détenus par des travailleurs de moins de 30 ans et quenviron 90 p. 100 des entreprises aquacoles canadiennes appartiennent à des Canadiens. Des industries connexes ont profité des retombées indirectes : fabrication du matériel, production, préparation et transport des aliments pour poissons, services de consultation et de commercialisation. Il faut des compétences techniques, par exemple pour les services vétérinaires, la récoltes de semences, les analyses de laboratoire et des travaux actuels de recherche-développement dans de multiples domaines. Au fur et à mesure que le secteur gagnera en maturité et deviendra plus tributaire des sciences et de la technologie, il offrira certainement beaucoup plus de débouchés à des travailleurs spécialisés.
Au cours de ses visites des sites délevage de poissons et de mollusques, le Comité sest souvent fait rappeler les effets bénéfiques de laquaculture sur léconomie des régions rurales où le chômage est assez élevé. Il ne fait pas de doute que laquaculture est un moteur économique important dans certaines parties du pays. Ainsi, au Nouveau-Brunswick, le Comité a appris que les salmoniculteurs produisent la plus grosse « récolte » dont la valeur est deux fois celle de la pomme de terre et quun emploi sur quatre du secteur privé du comté de Charlotte est lié à laquaculture. Daprès ce quil a vu sur place, le Comité peut certainement attester quil existe de nombreuses entreprises dynamiques et très prospères sur les deux côtes du Canada.
À première vue, laquaculture semble convenir aux ruraux, aux collectivités autochtones et aux petits entrepreneurs. Certains lenvisagent comme source demploi ou de travail autonome pour les pêcheurs commerciaux en chômage qui ont déjà le matériel, les embarcations et les habiletés requises. Dautres remarquent toutefois que les compétences et les attitudes propres à la pêche traditionnelle sont très différentes de celles que nécessite lélevage. Comme la dit le commissaire à laquaculture au Comité, « ce ne sont pas tous les pêcheurs qui veulent pratiquer laquaculture(13) ». Les pêcheurs tendent à considérer laquaculture comme une activité concurrente qui nuit au milieu et aux prix du marché et qui leur dispute laccès aux fonds de pêche. Les aquaculteurs, quant à eux, sidentifient plus aux agriculteurs quaux pêcheurs. Au chapitre de lemploi, certaines personnes ont indiqué que le secteur manquait de personnel ayant la formation et lexpérience requises pour occuper les postes techniques et de gestion dans les nouvelles entreprises commerciales, surtout lorsquil sagit de développer lélevage de nouvelles espèces.
On a exprimé lespoir que les pêcheurs qui sont en mesure de constater les avantages de laquaculture soutiendront cette activité ou y prendront part de façon appréciable. À ce sujet, le Comité a été renseigné sur lengraissement saisonnier de la morue à Terre-Neuve (sur les côtes ouest, nord-est et sud de la province). Proche de laquaculture, cette activité se pratique de façon limitée depuis quelques années pour en montrer les possibilités commerciales. Les morues sauvages sont capturées dans des pièges conventionnels et transférées dans des stations autorisées dengraissement en cages où elles sont gardées entre six et huit mois. En 2000, 18 de ces stations étaient en exploitation. Le simple engraissement présente de nombreux avantages : il supprime le besoin décloseries ou dinstallations de première croissance(14) et linvestissement est récupéré assez rapidement. Les pêcheurs sont en mesure de faire doubler la taille du poisson en trois mois environ, et de le vendre lorsque les prix sont au plus fort. Les résultats sont très encourageants pour ce qui est de créer une activité économique dans des collectivités rurales touchées par leffondrement de la pêche à la morue du Nord. Les facteurs qui entravent son expansion seraient le coût de lalimentation des poissons et laccès peu fiable à la morue.
Pour dautres poissons, il est très difficile dobtenir le capital dinvestissement et dexploitation, ce qui peut décourager les éleveurs éventuels et limiter la progression de laquaculture. Plusieurs personnes ont parlé des sommes considérables nécessaires, en particulier dans les années de démarrage de lexploitation. Il est souvent difficile dobtenir des prêts, en raison du temps quil faut à l« élevage » pour atteindre la taille marchande et du temps quil faut pour récupérer linvestissement. Le délai dépend de lespèce exploitée. Dans le cas des poissons, le danger dépidémie augmente le risque pour les prêteurs. En agriculture, la terre sert de garantie, mais laquaculteur ne peut offrir pareille sécurité aux prêteurs en cas déchec. La Société du crédit agricole (SCA) est vue par certains comme un facteur positif puisque cette société dÉtat fédérale offre des services de financement aux producteurs primaires de laquaculture afin de les aider à agrandir ou à moderniser les écloseries, les sites dengraissement ou les entreprises de transformation (pour acheter des barges, des cages, des filets, des saumoneaux, de la nourriture, des bassins, des pompes et du matériel de transformation, pour payer laménagement, louer les terrains et obtenir les concessions, etc.). De nombreux projets sont financés par dautres organismes fédéraux comme le Conseil national de recherches, dans le cadre de son Programme daide à la recherche industrielle, et lAgence de promotion économique du Canada atlantique (APECA). On nous a dit que, sans lAPECA, il ny aurait pas daquaculture à Terre-Neuve.
Nous lavons indiqué, le plan stratégique du MPO pour laquaculture a deux grands objectifs, dont lun est daccroître la compétitivité mondiale du secteur. Certains détracteurs affirment que la croissance mondiale de la salmoniculture, dont la production surpasse celle de toutes les autres espèces, a modifié la viabilité économique de la pêche traditionnelle. Par ailleurs, comme lélevage des salmonidés est devenu une activité très concurrentielle à léchelle mondiale, les producteurs canadiens sont maintenant forcés daccepter les prix du marché et devront réduire leurs coûts de production pour rester dans la course. Un témoin a expliqué : « Le marché est saturé. Les marges de profit sont si réduites que seules les grandes entreprises parviennent à tirer un rendement de leurs investissements.»(15) Dautres ont indiqué que les capitaux avaient fui le Canada vers le Chili et dautres pays où la conjoncture et la réglementation sont plus favorables à linvestissement. Dautres encore considèrent que laquaculture, et plus précisément lélevage des salmonidés, connaît la même tendance au regroupement que lagriculture. Et certains soutiennent que le prix du saumon délevage est artificiellement bas, parce que les aquaculteurs nassument pas les coûts environnementaux de la production.
En Colombie-Britannique, on a accusé le gouvernement et les aquaculteurs de tenir un discours à sens unique sur les possibilités de développement économique. Dans cette province, a-t-on expliqué, la salmoniculture est dominée par des grandes entreprises qui ont cassé les prix et déprimé les marchés du saumon sauvage, nuisant ainsi à la pêche traditionnelle. Dautres affirment que le saumon délevage canadien a une part de marché trop modeste pour jouer sur les prix. Le comité a aussi entendu des affirmations contradictoires sur le fait que les salaires versés aux travailleurs aquacoles soient ou non convenables. En Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, on a mis en doute la valeur économique de la salmoniculture. Deux mémoires décrivent la situation comme suit :
Les chiffres de Statistique Canada pour 1997 montrent que le secteur aquacole fonctionne à perte, que le nombre demplois créés par lui diminue et que les taxes et droits versés au gouvernement sélèvent à moins de 1 million de dollars, soit moins de la moitié de 1 p. 100 des revenus du secteur. Les aquaculteurs pourront rétorquer que ces chiffres reflètent les effets du moratoire provincial sur les nouvelles exploitations, mais le fait est que pendant les quatre années du moratoire (donc, avant lannonce de la politique provinciale lautomne dernier), lindustrie de la Colombie-Britannique a en fait augmenté sa
production de 60 p. 100. Elle a donc fonctionné à perte même quand elle était en expansion. Les statistiques pour lÉcosse montrent une courbe analogue : augmentation de la production accompagnée dune diminution de lemploi, de pertes financières et de subventions gouvernementales. Laurie MacBride, Georgia Strait Alliance, Mémoire, 22 février 2000(16).
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Le public na pas que supporté le coût indirect des dégâts environnementaux. Notre enquête non achevée révèle que jusquen 1997, largent des contribuables avait soutenu directement ce secteur, à hauteur dau moins 40 millions de dollars, dont 34 millions venant de lAPECA. Ce décompte ne comprend pas le soutien indirect apporté par les services, la recherche, la formation et la promotion financés par lÉtat (y compris le Bureau du développement de laquaculture au sein du MPO). Les contribuables ont aussi dû tirer le secteur dembarras. Selon le ministère de lAgriculture, des Pêches et de lAquaculture, entre avril 1998 et juin 2000, 55 élevages ont été atteints par le virus de lanémie infectieuse du saumon . Au total, le gouvernement a fourni 44 millions de dollars pour régler la crise. Janice Harvey, directrice, Programme de conservation maritime, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Mémoire, 24 avril 2001.
C. Choix des sites daquaculture
Cest une question qui relève davantage de la province que de nous. ce nest pas un domaine sur lequel nous avons une compétence directe. Lorne Anderson, directeur général intérimaire, Ajustement et restructuration, ministère des Pêches et des Océans, Délibérations, 21 mars 2000
Soyons aussi efficaces que possible. Évitons que les gens attendent dix mois une approbation si cela nest pas nécessaire parce que nous navons pas suffisamment de personnes pour faire le travail. Assurons-nous de rationaliser les processus et de travailler de façon aussi efficace que possible. Liseanne Forand, sous-ministre adjointe, Politique, ministère des Pêches et des Océans, Délibérations, 2 mai 2001
Notre industrie doit pouvoir planifier lavenir sans craindre de perdre ses concessions. David Rideout, directeur administratif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 8 février 2000
Les propriétaires et les promoteurs de terrains de loisirs sopposent presque toujours aux projets aquacoles. Le motif le plus souvent invoqué pour sy opposer est la protection de lenvironnement. lun des principaux obstacles à la croissance de lindustrie est actuellement notre capacité de faire accepter lindustrie par la collectivité et de trouver des sites . En fin de compte, la décision daccorder ou non une concession est de nature politique. Peter Underwood, sous-ministre, ministère de lAgriculture et des Pêches, Nouvelle-Écosse, Délibérations, 15 mai 2001
Ce que nous préconisons, cest une forme dharmonisation un guichet unique en vertu de laquelle notre industrie naurait affaire quà un ordre de gouvernement au niveau local et serait en mesure de régler la plupart des problèmes auxquels elle doit remédier avant daller de lavant. David Rideout, directeur administratif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 1er mai 2001
Nous navons jamais été consultés avant que ces piscicultures soient installées sur notre territoire et nous navons jamais donné notre accord. Si vous ne consultez pas mon peuple afin dobtenir son accord, ce sera la guerre chaque fois. Pat Alfred, président, Kwakuitl Fisheries Commission, Délibérations, 9 mai 2001
Le choix dun site daquaculture doit tenir compte de plusieurs facteurs : profondeur de leau, courants, salinité, température, vent et vagues, teneur en oxygène, pollution, englaçage, proximité dautres utilisateurs des ressources et de sites touristiques, circulation maritime et proximité des fournisseurs et des services (quais, routes, transport aérien, communications). Laquaculture se trouve par conséquent limitée par la disponibilité de bassins de grossissement convenables. Le Canada a beau compter 244 000 kilomètres de littoral sur les océans Pacifique,
Arctique et Atlantique, lenvironnement, surtout, constitue un facteur restrictif de taille. À Terre-Neuve, par exemple, la pisciculture se pratique dans la baie dEspoir, unique secteur de la province où la température de leau se prête à lélevage du saumon et de la truite arc-en-ciel (les principales espèces élevées)(17). Les difficultés comprennent de forts vents et la limitation du nombre de sites dhivernage en raison du mouvement des glaces.
De façon générale, les aquaculteurs et leurs représentants ont exprimé le besoin daccéder à de nouveaux sites et dobtenir des concessions plus sûres et à plus long terme. Les baux auraient une durée trop brève et le fait quils ne soient pas assurés compliquerait lobtention du financement. Certains ont relevé les problèmes administratifs et le temps quil faut pour faire approuver de nouveaux sites en raison de la complexité de la réglementation et des exigences de gestion des sites. Des intervenants se sont plaints des difficultés à obtenir les approbations de la Garde côtière.
Lapprobation des concessions est régie par des protocoles dentente entre le gouvernement fédéral et les provinces. Les protocoles, signés dans les années 80, étaient destinés à établir un « guichet unique » pour les demandeurs. Ils traitent aussi de la recherche-développement, des études et de la formation, des permis et règlements provinciaux, de la réglementation fédérale, de la coordination entre les parties, du règlement des conflits, du respect des règles et de linspection, de lusage dagents thérapeutiques et de vaccins et des statistiques à établir. Des protocoles ont été conclus avec sept provinces et territoires : Colombie-Britannique, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve et Yukon. Sauf dans le cas de lÎle-du-Prince-Édouard, les provinces constituent lorganisme responsable, et chacune a établi ses propres politiques et son propre processus dapprobation des sites.
Le choix de lemplacement est important, car il a un effet direct sur le type et lampleur des impacts possibles de lexploitation aquacole sur lécosystème. Idéalement, les élevages devraient se trouver là où leurs effets dommageables éventuels sur lécosystème seraient atténués sans que la viabilité économique de lexploitation en souffre. Les milieux marins font partie du patrimoine commun et ils nont pas de propriétaires individuels. Les caractéristiques qui font quun emplacement convient à laquaculture peuvent être aussi intéressantes pour dautres types dactivités (dont la pêche traditionnelle) ou pour des usages récréatifs du littoral. On comprend aisément que lapparition relativement récente dexploitations aquacoles dans des régions habitées ou qui servent déjà ou commencent à servir à dautres activités (comme lécotourisme marin) ait souvent été une source de conflit.
Comme lusage de bouées repères est nécessaire, les exploitations aquacoles ont un impact visuel. Cest pourquoi beaucoup de gens voient dans lexpansion de laquaculture une menace éventuelle pour le tourisme côtier, un des secteurs de léconomie dont la croissance est la plus rapide. Des personnes et des groupes ont dit au Comité quils craignaient la dévalorisation esthétique et économique des propriétés donnant sur la mer, la perturbation des lieux de pêche commerciale et sportive et la perte des zones dancrage abritées, qui sont essentielles à la sécurité des plaisanciers et des pêcheurs commerciaux. Sur ce point, plusieurs aquaculteurs et fonctionnaires provinciaux ont fait valoir que de bonnes relations avec la collectivité étaient vitales à lobtention et à la conservation des concessions.
Les conditions dacceptation sont lemploi et lengagement de la collectivité dans le processus dévaluation et de surveillance. Lorsque les promoteurs font beaucoup de travail au départ pour impliquer le milieu communautaire, très peu de problèmes surgissent pour obtenir lacceptation de la collectivité et lapprobation du projet. Peter Underwood, sous-ministre, ministère de lAgriculture et des Pêches, Nouvelle-Écosse, Délibérations, 15 mai 2001.
On sest plaint que lindustrie ait crû en labsence dinformation ou de participation du public et que la population locale et le public en général aient manqué de temps pour rassembler des informations et naient pas pu sexprimer suffisamment sur le choix des sites. Lévaluation et lapprobation des concessions auraient été effectuées sur la foi de renseignements incomplets ou inexacts concernant lhabitat du poisson. Et puisque les évaluations se font sur mesure, site par site, une planification intégrée au niveau de la région ou de la côte ne serait pas possible, même si de telles évaluations sont essentielles pour bien tenir compte des particularités de chaque emplacement.
Dans certaines régions, en particulier dans la baie de Fundy, on croit que la salmoniculture a dépassé la capacité des écosystèmes. Ainsi, la concentration de sites aquacoles par kilomètre carré au bras Letang serait la plus forte du monde. Des fonctionnaires du Nouveau-Brunswick ont cependant souligné que la superficie louée dans la baie de Fundy représente moins de 0,2 p. 100 de la superficie totale. Sur les deux côtes, on a réclamé un financement supérieur pour lestimation de la capacité de charge des écosystèmes aquatiques afin que la localisation se fasse de façon plus éclairée. On nous a dit que, dans le cas du Nouveau-Brunswick, cette capacité a été dépassée, et quon élève plus de saumons que lenvironnement ne peut le supporter. Nous avons appris que Terre-Neuve avait dépensé 2 millions de dollars pour étudier la capacité de charge de lécosystème de la province avant de concevoir une stratégie de développement de la salmoniculture.
La localisation des élevages de salmonidés est particulièrement problématique lorsquelle ne tient pas compte de la proximité des routes migratoires du poisson sauvage. Par exemple, on sest plaint des projecteurs employés la nuit au-dessus des élevages en Colombie-Britannique. On nous a expliqué que les jeunes saumons sauvages du Pacifique qui migrent au voisinage des cages de filet, attirés par les lumières, se font manger par les poissons délevage (ce qui réduit les frais dalimentation, qui constituent le principal coût de production). Les poissons sauvages peuvent aussi être la proie des phoques qui sont attirés aux sites de grossissement, ou être exposés au pou des poissons, plus abondant, semble-t-il, dans les élevages. Dautres espèces marines, comme leulakane dont se nourrissent traditionnellement les peuples autochtones, sont aussi attirées par les élevages et deviennent la proie du saumon qui sy trouve et dautres prédateurs.
La Colombie-Britannique a adopté un certain nombre de critères de localisation des exploitations salmonicoles, en se fondant sur sa Salmon Aquaculture Review de 1997. En vertu de la politique de salmoniculture de la province, les salmoniculteurs sont tenus dindiquer que lemplacement envisagé pour une exploitation nouvelle ou relocalisée respecte ces critères. Au cours de nos délibérations de lan dernier, plusieurs personnes ont demandé linterdiction des exploitations à proximité des rivières et des ruisseaux où vivent les populations naturelles (c.-à-d. des zones exemptes daquaculture) afin de réduire au minimum linteraction entre les poissons sauvages et les poissons délevage. Certains groupes veulent voir imposer des contrôles plus stricts sur la distanciation ou sur la densité des fermes de salmonidés. On nous a dit que les exploitations aquacoles doivent être éloignées dau moins un kilomètre des cours deau à saumon et les unes des autres (alors quen Norvège, par exemple, les exploitations aquacoles sont interdites à 20 kilomètres des rivières à saumon importantes), sans que cette limite de un kilomètre ait de justification scientifique. Durant les quatre années qua duré le moratoire sur les nouvelles concessions de salmoniculture en Colombie-Britannique, le secteur aurait augmenté de 60 p. 100, par laugmentation du nombre de poissons élevés ou lajout denclos(18).
Les Premières nations que nous avons rencontrées au cours de notre voyage détude en Colombie-Britannique ont exprimé la vulnérabilité des Autochtones face aux risques liés à la salmoniculture. Les Autochtones perçoivent le développement récent de laquaculture comme la dernière menace industrielle à la pêche traditionnelle, après les assauts dune pêche commerciale excessive. Ils se préoccupent aussi de la menace que représenterait pour leurs cultures toute perte des pêches ancestrales, des effets inconnus sur leur santé de la contamination possible des sources alimentaires traditionnelles et toujours prédominantes, en particulier les coquillages et les crustacés, et de leur participation insuffisante aux décisions relatives aux concessions et aux permis. Ils ont affirmé avoir peu profité ou navoir pas profité du tout jusquici de laquaculture et avoir participé de façon minimale aux décisions concernant cette activité au cours des 20 dernières années. Ils sopposaient fortement à la salmoniculture dans leurs territoires ancestraux, où a lieu lessentiel de cette activité dans la province. Ils ont affirmé que les exploitations existantes portaient atteinte à leurs droits constitutionnels, que le gouvernement avait autorisé plus de 30 exploitations sans les consulter et que toute expansion future du secteur appellerait non seulement la consultation des peuples autochtones, mais aussi leur consentement informé.
Le gouvernement britanno-colombien a imposé un moratoire sur les nouvelles concessions aquacoles en avril 1995. En juillet 1996, le Bureau dévaluation environnementale de la province a été chargé de mener une étude de la salmoniculture, au cours de laquelle le public et des intervenants ont été consultés et invités à présenter des mémoires. À la suite de la publication du rapport de la Salmon Aquaculture Review (SAR), en août 1997, la province a annoncé une nouvelle politique daquaculture, en octobre 1999. Une des grandes décisions a été de maintenir le nombre de concessions salmonicoles conventionnelles à 121. On nous a toutefois expliqué, lan dernier, que le nombre dexploitations pourrait augmenter de 50 p. 100, si tous les permis étaient utilisés. La politique doctobre 1999 engage par ailleurs la province à déplacer les exploitations mal situées(19).
Le 6 février 2001, le vérificateur général a présenté son rapport de décembre 2000 à la Chambre des communes (le dépôt avait été reporté en raison des élections du 27 novembre). Le chapitre 30, sur « Les effets de la salmoniculture en Colombie-Britannique sur la gestion des stocks de saumon sauvage », examine si le MPO respecte les obligations que lui fait la Loi sur les pêches tout en participant à la réglementation de la salmoniculture en Colombie-Britannique. Le vérificateur général a notamment recommandé que le MPO détermine les domaines où des recherches simposent pour comprendre les effets possibles de lexpansion de lindustrie du saumon et quil assigne des priorités de recherche pour que soient utilisées au mieux les ressources limitées dans le temps quil reste avant létude de nouvelles propositions dexploitation.
Au Nouveau-Brunswick, la province étudie des demandes dans le contexte de sa politique dattribution des sites dans la baie de Fundy, annoncée en octobre 2000. Cette politique est centrée sur les ententes de gestion de la baie (entre éleveurs) qui portent notamment sur les méthodes délevage, la biosécurité et la gestion de la santé du poisson. Elle traite de la gestion des sites réservés aux spécimens du même âge, de la gestion de la baie, des zones dexclusion et des zones de croissance restreinte, et elle permet aux salmoniculteurs établis dagrandir leurs installations ou de demander de nouveaux sites.
Au Canada, la localisation des sites est principalement, mais non exclusivement, du ressort des provinces. Le MPO a pour mandat de conserver et de protéger le saumon sauvage et son habitat, le principal moyen de réglementation étant la Loi sur les pêches fédérale. Lan dernier, des fonctionnaires du MPO ont informé le Comité quune équipe dexamen juridique composée de fonctionnaires du Ministère et du Bureau du commissaire au développement de laquaculture avait été créée pour étudier la réglementation de la protection de lenvironnement, notamment les articles 35 et 36 de la Loi sur les pêches, ce qui, craignaient les environnementalistes, pourrait mener à des règlements moins contraignants(20). Larticle 35 interdit la détérioration, la destruction ou la perturbation de lhabitat du poisson. Larticle 36 interdit le rejet de substances nocives dans les eaux où vivent les poissons. Ces deux articles fondent le rôle du Ministère touchant lexamen des demandes et létablissement des conditions des permis de fermes aquacoles. Si le ministre des Pêches décide dautoriser la détérioration, la destruction ou la perturbation dun habitat, la décision déclenche un examen sous le régime de la Loi canadienne sur lévaluation environnementale, entrée en vigueur en janvier 1995. Un autre déclencheur est la Loi sur la protection des eaux navigables, en application de laquelle le MPO évalue les projets dinstallations aquacoles pour déterminer sils nuiront considérablement à la navigation.
Selon les partisans de laquaculture, la réglementation et les processus décisionnels en vigueur ajoutent des retards et des dépenses et font perdre des occasions, ce qui entrave le développement et la création demplois. Par exemple, on a dit au Comité quen Nouvelle-Écosse lévaluation environnementale dun site coûte 70 000 $, alors que lexploitation demande un investissement de départ de seulement 80 000 $. Les citations qui suivent illustrent les observations faites par les fonctionnaires fédéraux et provinciaux sur la question des évaluations environnementales :
De nombreux chercheurs et critiques de laquaculture diront que les sites ne devraient pas être approuvés tant quon na pas obtenu de réponses à toutes les questions. Ils veulent une modélisation de la baie et une modélisation des intrants/extrants ainsi que des réponses à toutes les questions sur les répercussions. Je pense quune approche plus prudence consiste à agir lentement et à surveiller limpact au fur et à mesure. Si on ne remarque pas dincidences environnementales importantes, peut-être que lon pourra augmenter les activités. Il sagit de combiner une évaluation initiale et une tentative en vue de répondre au plus grand nombre de questions possible. Nous estimons quil est important de surveiller lempreinte écologique des fermes aquacoles, aux sites mêmes et à proximité, au fil du temps dans la vie réelle, au lieu dessayer de faire toutes les expériences scientifiques au départ par le biais de modèles informatiques. Peter Underwood, sous-ministre, ministère de lAgriculture et des Pêches, Nouvelle-Écosse, Délibérations, 15 mai 2001.
...
Pour linstant, la communauté scientifique ne dispose pas encore des outils qui lui permettent dindiquer sans faille le seuil de production admissible dun site aquacole ou de fixer des limites de production dans une zone de gestion précise de la baie. Nous avons donc opté pour une approche de gestion adaptative (surveillance environnementale permanente et établissement dobjectifs de recherche pour mieux comprendre les processus biologiques). Claire LePage, sous-ministre, ministère de lAgriculture, des Pêches et de lAquaculture, Mémoire, 15 mai 2001.
...
Si les probabilités de dommages et le facteur dincertitude sont élevés, nous adoptons une approche très prudente. Lorsque les probabilités de dommages sont moins élevées, un emplacement pourrait être approuvé. [N]ous mettons en place lapproche de gestion adaptée. Nous exerçons une surveillance plus stricte, nous cherchons à obtenir dautres renseignements et à tenter déliminer le doute le plus possible au cours de notre investigation, en partenariat avec la province et le requérant. Liseanne Forand, sous-ministre adjointe, Politique, MPO, Délibérations, 2 mai 2001.
En avril 2001, le commissaire au développement de laquaculture, dans son Examen des lois et règlements applicables à laquaculture au Canada, a conclu quun régime de gestion de lenvironnement « efficace » et « efficient » pourrait être élaboré comme suit :
- Clarifier les mesures légales existantes et les rendre plus transparentes relativement aux articles 35 et 36 de la Loi sur les pêches tels quils sappliquent aux activités aquacoles.
- Déterminer si des initiatives non réglementaires, volontaires et dirigées par lindustrie (p. ex. des codes de confinement du poisson et des codes de pratiques) peuvent être lancées, et les concevoir.
- Établir si les examens préalables par catégorie pourraient permettre daccroître la prévisibilité, luniformité et la rapidité dexécution des évaluations environnementales, dans les limites des dispositions de la LCEE, et les préparer le cas échéant. Une évaluation détaillée, incluant des mesures datténuation, devrait être effectuée pour chaque catégorie de projets aquacoles. Chaque demande visant un projet serait examinée à la lumière du rapport dexamen portant sur la catégorie applicable, de sorte quil ne serait nécessaire dexaminer que les facteurs particuliers au site.
- Lapproche coordonnée ou approche de guichet unique de lévaluation environnementale a été considérée comme bien fondée, particulièrement si le processus repose sur une seule procédure dexamen détaillée couvrant les effets environnementaux et leur gestion, le choix du site et les critères daménagement, les conditions dexploitation, les normes de conformité et les exigences en matière de surveillance et de rapport(21).
Pour ce qui est des modèles dexamen préalable par catégorie, le commissaire laisse entendre quils réduiraient les coûts et le temps requis pour létude des demandes par les gouvernements(22). Selon un porte-parole de la Fondation David Suzuki, le processus dexamen préalable envisagé est une subvention de plus accordée à lindustrie, et qui nest pas dans lintérêt du public. Sur la côte de lAtlantique, le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick a critiqué le MPO pour navoir joué quun rôle consultatif auprès du gouvernement provincial dans les décisions de localisation. Il nous a indiqué que le gouvernement provincial avait ignoré les recommandations des fonctionnaires du MPO qui étaient défavorables à certains emplacements pour des raisons de protection de lhabitat du poisson. Les porte-parole du Conseil se sont aussi montrés critiques à légard du processus dévaluation environnementale, qui, selon eux, ne permet pas la participation significative du public. Ils ont fait état de difficultés à obtenir les informations au sujet des projets de nouveaux sites, difficultés qui empêchaient de juger de la véracité des renseignements scientifiques soumis aux fonctionnaires par les promoteurs des projets.
Au cours des derniers mois, nous avons vécu notre première expérience de la procédure prévue par la LCEE [Loi canadienne sur lévaluation environnementale], au moins 12 demandes de nouveaux sites ayant été inscrites aux fins dun examen. Malheureusement, notre expérience sest révélée décourageante et décevante. Les demandes relatives à laquaculture sont sujettes à la moins rigoureuse des trois procédures possibles aux termes de la LCEE, soit l« examen préalable ». Les examens préalables sont exécutés par lorganisme fédéral responsable, dans ce cas-ci le MPO. Nous avons constaté que ni lACEE [Agence canadienne dévaluation environnementale] ni le MPO nétaient disposés à utiliser le potentiel de la LCEE pour répondre aux nombreuses préoccupations publiques concernant lexpansion de lindustrie dans la région. Janice Harvey, directrice, Programme de conservation maritime, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Délibérations, 24 avril 2001.
D. Préoccupations écologiques concernant la salmoniculture
Est-ce [que laquaculture] sera totalement respectueuse de lenvironnement? Nous avons des papeteries qui doivent respecter certaines normes en matière de rejets deffluents. Si nous voulions appliquer une politique de tolérance zéro, nous serions obligés de fermer toutes ces usines en Colombie-Britannique. Lhonorable Herb Dhaliwal, ministre des Pêches et des Océans, Délibérations, 15 février 2000
Il convient de souligner que, de manière générale, ces impacts [environnementaux] sont déjà minimes en comparaison avec ceux produits par plusieurs activités humaines ou industrielles ouvertement tolérées. Lexamen juridique auquel je procède actuellement va aboutir à des propositions claires sur une régime de protection de lenvironnement qui entraînera une collaboration et une coopération entre les deux paliers de gouvernement. Yves Bastien, commissaire au développement de laquaculture, MPO, Délibérations, 22 février 2000
Au moment où léquipe du vérificateur général faisait son travail il y a un an, nous étions en train délaborer les éléments dune proposition en vue de létablissement dun programme daquaculture durable. Nous sommes heureux de constater que ce que nous devions faire et
les investissements que nous devions engager sont tout à fait conformes aux commentaires du vérificateur général. Liseanne Forand, sous-ministre adjointe, Politique, MPO, Délibérations, 2 mai 2001
En ce qui concerne lindustrie aquacole au Nouveau-Brunswick, la principale préoccupation du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick a trait à leffet environnemental cumulatif de lélevage . Jusquici, les organismes de réglementation ne se sont pas intéressés à cette question. Janice Harvey, directrice, Programme de conservation maritime, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Délibérations, 24 avril 2001
Je ne crois pas que le MPO fasse la promotion de laquaculture. En fait, il sagit essentiellement dun ministère à vocation environnementale. il ne fait pas la promotion de laquaculture, pas plus quil ne fait celle de la pêche au poisson sauvage. Le MPO a pour mandat principal dassurer la conservation des espèces et la protection de lhabitat, et il sacquitte efficacement de la tâche. David Rideout, directeur administratif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 1er mai 2001
[L]es embûches sont dans les détails et les applications. Ainsi, nous surveillerons la situation au cours des prochaines années en tant que vérificateurs externes du Parlement. Ronald C. Thompson, vérificateur général adjoint, Relations internationales, Bureau du vérificateur général du Canada, Délibérations, 2 mai 2001
Lenvironnement et lhabitat du poisson ont suscité beaucoup de discussions animées au cours de notre étude. Comme dautres formes de production animale intensive (celles de la volaille ou du cochon, par exemple), les élevages de salmonidés densément peuplés produisent des déchets. Contrairement aux exploitations terrestres, cependant, dont les effluents atteignent ordinairement les masses deau naturelles par la voie indirecte du ruissellement, les déchets des piscicultures passent, à travers les cages de filet, directement dans le milieu marin. Les déchets se composent daliments (en excès) non consommés, de matières fécales (qui semblent constituer la plus grande partie des décharges), de résidus chimiques (antibiotiques, produits antiparasitaires, peintures anti-salissures utilisées pour prévenir la croissance des bernacles et dautres espèces) et dautres déchets (poissons morts, écailles perdues). La question, bien sûr, est de savoir quels effets ces effluents non traités ont sur la qualité de leau et sur les écosystèmes locaux.
On a cité comme conséquences possibles des déchets pour lécosystème : laccumulation de sédiments sur le fond marin, une teneur réduite en oxygène, la prolifération dalgues(23), labsorption de résidus par les organismes marins et la mortalité des espèces animales et végétales de fond, particulièrement là où la vidange des sites aquacoles par les marées est faible, où leau est peu profonde et où les courants sont lents. En Colombie-Britannique, la quantité totale deffluents non traités produits par les cages de salmonidés a été estimée comme à peu près équivalente à la quantité deaux usées dune ville de 500 000 habitants. Sur la côte de lAtlantique, les pêcheurs se préoccupent des répercussions éventuelles de laquaculture sur les stocks de homard.
En Colombie-Britannique, les partisans de laquaculture ont souvent rappelé que létude de la salmoniculture effectuée par la province avait mené à la conclusion, en 1997, quelle présentait pour lenvironnement un risque global faible. Dautres ont toutefois signalé que depuis limposition du moratoire sur les nouvelles concessions salmonicoles, le secteur avait augmenté de 60 p. 100, par laugmentation du nombre de poissons élevés. De nombreux groupes et particuliers de cette province ont demandé que les sites aquacoles fassent lobjet dune surveillance plus étroite et que des études soient immédiatement entreprises pour bien évaluer leur impact. Par exemple, on a dit au Comité que les infestations de pou des poissons, un ectoparasite trouvé sur la peau des salmonidés, étaient enrayées à laide divermectine, qui est une substance hautement toxique dont le fabricant ne recommande pas lapplication en mer en raison de son effet nocif sur les autres organismes.
Les conservationnistes et les environnementalistes en Colombie-Britannique ont répété que le secteur se montrait réticent à fournir des renseignements sur ses activités ou refusait tout simplement de les fournir. On a montré au Comité des photos illustrant certains des autres types de déchets et de débris plus visibles qui demeurent lorsque des exploitations sont abandonnées ou relocalisées(24). On a dit au Comité que les zones se trouvant sous les fermes salmonicoles ressemblaient à des « paysages lunaires » et quaucune étude du biote navait été menée dans le voisinage des fermes avant et après le début de leur exploitation. Les porte-parole des aquaculteurs, pour leur part, ont affirmé que des études avaient montré que laccumulation de déchets, quand il y en avait, était généralement limitée aux zones situées directement sous les élevages et ne sétendaient pas beaucoup au-delà. Plus tard, en avril 2000, après la visite du Comité dans la région, la Colombie-Britannique a annoncé un programme de surveillance de la salmoniculture qui exige de toutes les exploitations quelles fournissent des données précises sur les conditions de lenvironnement à lemplacement des enclos à poisson et autour, pour aider à établir des normes environnementales relatives aux exploitations à venir(25).
En Colombie-Britannique, nous avons été informés dune poursuite privée intentée en vertu de la Loi sur les pêches contre une entreprise salmonicole (Stolt Sea Farms Inc.) au large de lîle de Vancouver. La poursuite affirmait que les déchets accumulés sous un élevage constituaient une détérioration de lhabitat du poisson au sens de la Loi sur les pêches. Cétait à lépoque où le gouvernement fédéral consacrait beaucoup defforts à lexpansion du secteur. Les accusations ont été suspendues au motif que la délivrance dun permis dexploitation aquacole à cet endroit (en connaissance des effets) réduirait les chances dune condamnation(26).
Sur les deux côtes, il a été rappelé au Comité que les salmonicultures ont besoin dun milieu sain et que toute activité humaine laisse une « empreinte » sur lenvironnement. Dans la région de lAtlantique, quelquun a fait observer que des méthodes de pêche, comme la pêche au chalut et celle au filet traînant, avaient davantage nui aux écosystèmes marins que laquaculture. Tout en reconnaissant généralement les préoccupations à légard de lenvironnement et de lhabitat du poisson, les tenants de la salmoniculture ont fait valoir quil était dans lintérêt des éleveurs de maintenir un milieu aquatique sain et productif pour leurs poissons. Au niveau actuel de production, la salmoniculture, ont-ils soutenu, présente un risque environnemental faible par comparaison aux sources de pollution plus importantes, comme les réseaux dégout municipaux.
Lan dernier, des fonctionnaires du MPO ont informé le Comité de la création dune équipe dexamen juridique composée de fonctionnaires du Ministère et du Bureau du commissaire au développement de laquaculture pour revoir la réglementation de protection de lenvironnement, notamment larticle 35 (qui interdit la détérioration, la destruction ou la perturbation de lhabitat du poisson) et de larticle 36 (qui interdit le rejet de substances nocives dans les eaux où vivent les poissons). Les environnementalistes craignaient que les résultats de lexamen, qui ont été rendus publics, ne mènent à des règlements moins contraignants. Le Ministère a essuyé des critiques à propos de ces dispositions pour navoir pas exercé son pouvoir de rejet des demandes de permis dans le cas délevages aquacoles au Nouveau-Brunswick lorsquils risquaient de nuire à lhabitat du poisson, ni son pouvoir de poursuivre les aquaculteurs qui laissent échapper dans lenvironnement des substances nuisibles au poisson. Dans son rapport de décembre 2000 sur la salmoniculture en Colombie-Britannique, le vérificateur général remarque aussi quaucun élevage de salmonidés na été poursuivi pour avoir rejeté des substances nocives pour lhabitat du poisson. En bref, à lEst comme à lOuest, les critiques de la salmoniculture ont demandé au gouvernement fédéral d« agir dans lintérêt public ».
Le secteur aquacole a proposé de nombreuses approches pour réduire la pollution, par exemple utiliser des aliments à basse teneur en farine de poisson, éviter la trop grande densité des sites daquaculture et localiser les enclos de filet là où de forts courants ou de fortes marées chassent les déchets (une « stratégie de dilution » que désapprouvent les environnementalistes). Des programmes dalimentation plus au point et des systèmes de caméras sous-marines qui permettent de surveiller le nourrissage sont de plus en plus utilisés pour éviter de gaspiller les aliments (qui constituent le principal coût de production) et permettent, paraît-il, de réduire radicalement la quantité de déchets. Une autre mesure qui semble contrer les effets dommageables de la salmoniculture est la mise en jachère, qui consiste à faire une rotation dans lélevage, afin de laisser inoccupés certains enclos pour que les sédiments et les organismes situés au-dessous se rétablissent, de la même façon quun agriculteur pratique la rotation des cultures. Cependant, on nous a dit ne pas savoir exactement combien de temps il faut à un site pour se rétablir une fois quil cesse dêtre exploité ni quand ou combien de temps les sites devraient être mis en jachère.
Dans nos délibérations, un autre problème signalé a été la lutte contre les prédateurs (poissons, mammifères côtiers et oiseaux) qui sont attirés par les sources alimentaires que peuvent offrir les élevages. Les prédateurs causent des pertes économiques car ils consomment les stocks délevage ou déchirent et percent les filets, ce qui permet aux poissons de séchapper. Ils peuvent blesser les poissons délevage, ce qui en réduit la valeur au marché et qui peut augmenter leur stress et donc leur vulnérabilité à la maladie. Il existe peu de données, cependant, sur les pertes réelles, ce qui empêche destimer limpact économique de ce problème. Comme le désir des aquaculteurs de se débarrasser des prédateurs en les tuant se heurte au vu dune bonne partie de la population de conserver la faune, les éleveurs tentent de sen débarrasser par dautres moyens, par exemple en utilisant des filets spéciaux et dautres barrières physiques, en tentant de les effrayer (p. ex. avec des chiens ou des dispositifs bruyants), en érigeant des clôtures électriques ou en piégeant les indésirables.
En Colombie-Britannique, on a installé des dispositifs acoustiques sous-marins de dissuasion et de harcèlement dans larchipel Broughton afin déloigner les phoques communs des enclos à saumon. Ces dispositifs auraient contribué réduire la population de marsouins communs et seraient la cause première de la disparition des orques de leur trajet traditionnel dans larchipel après 1993. Comme les dispositifs de ce genre profitent au secteur aquacole, certains témoins étaient davis que le MPO nappliquait pas le Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches fédérale. Les effets de ces dispositifs sur les mammifères marins sont très peu connus, en raison du peu de recherches effectuées.
La sensibilisation du public aux questions denvironnement sest traduite par le lancement de campagnes de protection des ressources marines mondiales, et les groupes de défense de lenvironnement sont parvenus à influer sur la demande de produits de la mer ciblés (p. ex. les producteurs de thon en boîte ont adopté une mention de « protection des dauphins » pour réagir aux inquiétudes que les dauphins se prennent dans les filets à thon). Des organismes réclament la possibilité pour le public de choisir entre les produits sûrs et respectueux de lenvironnement et ceux qui ne le sont pas. Lan dernier, en Colombie-Britannique, on nous a soumis le projet dun programme décocertification pour informer et rassurer les consommateurs que les produits de laquaculture quils achètent sont élevés ou cultivés dans le respect de lenvironnement et pour inciter les aquaculteurs à offrir des produits qui se vendent à un prix plus élevé. Le Comité a appris quun grand organisme international de certification biologique, le Marine Stewardship Council(27), élaborait des normes pour les produits de la mer. Il sest aussi fait dire que lAlaska, qui ne permet pas laquaculture en cages dans le milieu marin, prenait des dispositions pour faire classer comme biologique le saumon sauvage dAlaska. Il semble quil soit parvenu à ses fins, ce qui devrait inquiéter les salmoniculteurs canadiens.
Pour la région du Pacifique, le rapport de décembre 2000 du vérificateur général conclut que le MPO : ne sacquitte pas pleinement de ses responsabilités réglementaires en application de la Loi sur les pêches de protéger les stocks sauvages de saumon et leur habitat contre les effets de la salmoniculture; gère en tenant pour acquis que la salmoniculture ne présente quun faible risque global pour le saumon sauvage et son habitat; et fait peu pour surveiller les exploitations salmonicoles afin dévaluer leurs effets sur les stocks sauvages et leur habitat.
Le vérificateur recommande que le Ministère : agisse immédiatement pour renforcer ses capacités de surveillance de la salmoniculture et dapplication de la loi à légard de cette industrie; prenne des mesures immédiates pour déterminer comment appliquer larticle 35 de la Loi sur les pêches à la salmoniculture et comment aborder larticle 36(28); et fournisse à la province des commentaires exhaustifs concernant les incompatibilités possibles entre la loi fédérale et les règlements provinciaux qui, au moment de la vérification, étaient en cours délaboration(29). Pour ce qui est de la Loi canadienne sur lévaluation environnementale, qui exige que chaque examen préalable tienne compte des effets cumulatifs du projet sur lenvironnement, le vérificateur conclut que le MPO na pas de plan officiel pour évaluer les éventuels effets environnementaux cumulatifs des sites salmonicoles projetés en Colombie-Britannique, dans léventualité où la décision serait prise de développer lindustrie, et que les effets cumulatifs possibles de plusieurs projets salmonicoles justifient un examen public avant que ne soit prise la décision de lever le moratoire. Des témoins ont dit au Comité que les observations faites par le vérificateur général en décembre 2000 sur la façon dont le MPO sacquittait de ses responsabilités réglementaires en Colombie-Britannique pouvaient aussi sappliquer au Nouveau-Brunswick.
Simplement dit, les données scientifiques sur les conséquences et les risques environnementaux des établissements salmonicoles ne sont pas concluantes, parce que très peu détudes ont été faites sur le sujet.
E. Évasion de salmonidés délevage
Je veux seulement massurer que lon comprend bien que je ne dis pas quen ce moment, des populations sauvages de saumon de lAtlantique sont en train de sétablir en Colombie-Britannique. Je dis seulement que si jamais cela se produit, il y a des solutions à ce problème. Yves Bastien, Commissaire au développement de laquaculture au MPO, Délibérations du Comité permanent des pêches de la Chambre des communes, 22 février 2000
Il semble évident que le MPO a voulu rassurer tout le monde en essayant de minimiser ou de feindre dignorer les chances très réelles que le saumon de lAtlantique sempare de lhabitat du saumon sauvage. Laurie MacBride, Georgia Strait Alliance, Mémoire, 22 février 2000
Nous devons concentrer notre attention sur la recherche-développement afin daboutir à un niveau de confinement commercialement viable présentant un risque minimal de fuites, et aussi pour comprendre ce qui se passerait si des poissons séchappaient et savoir quelles mesures on pourrait prendre à ce moment-là. David Rideout, directeur exécutif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 8 février 2000
Les poissons (sauvages) sont envahis au moment où leurs populations sont le moins en mesure de faire face à cette situation. On dispose de preuves que lintroduction de gènes inappropriés à la suite du croisement de poissons délevage et sauvages contribue au déclin des populations sauvages. Fédération du saumon de lAtlantique, Mémoire, 29 février 2000
[D]ans la baie de Fundy, il ny a pratiquement plus quune poignée de poissons. Nous pouvons compter les poissons de lAtlantique qui restent sur nos doigts et nos orteils. Inka Milewski, présidente, politique, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Délibérations, 24 avril 2001
Les saumons de lAtlantique échappés des piscicultures sont en mesure de frayer dans les cours deau de la Colombie-Britannique. Cest absolument prouvé. Même si les poissons délevage ne frayent pas avec autant de vigueur quon pourrait lattendre des saumons de lAtlantique vivant à létat naturel, ils nen vont pas moins frayer et produire une descendance viable Une fois que le génie est sorti de la bouteille, on ne peut plus revenir en arrière John Volpe, Département de biologie, Centre pour la santé de lenvironnement, Université de Victoria, Délibérations, 9 mai 2001
Une autre forme de contamination, parfois appelée « contamination biologique », a soulevé énormément de discussions. Comme leur nom lindique, les polluants biologiques ne sont pas dordre chimique et ils sont le fruit de lintroduction délibérée ou accidentelle despèces non indigènes (dites « exotiques ») dans des écosystèmes dont elles étaient absentes auparavant. Les espèces non indigènes peuvent gravement perturber les écosystèmes en consommant les espèces indigènes, en les infectant au moyen dagents pathogènes ou de parasites, en leur faisant concurrence au chapitre de lespace ou en saccouplant avec eux et en modifiant ainsi le fonds génétique (c.-à-d. en produisant des hybrides). Au Canada, un certain nombre despèces non indigènes de poissons et de mollusques sont maintenant élevées, y compris la truite arc-en-ciel sur la côte Est et le saumon de lAtlantique sur la côte Ouest(30). En ce qui a trait aux répercussions possibles que les évasions de saumons délevage pourraient avoir sur les stocks sauvages, les opposants à laquaculture ont accusé le MPO déviter cette question qui constitue, selon eux, la menace actuellement la plus grave pour les populations sauvages.
Les stocks sauvages de saumon se caractérisent par un grand nombre de populations génétiquement distinctes qui sont adaptées aux conditions particulières des systèmes riverains locaux où ils naissent et retournent frayer. En Colombie-Britannique, on trouve plus de 5 000 stocks de saumon du Pacifique génétiquement différents. Dans les Maritimes, il y a plus de 150 rivières où vit le saumon de lAtlantique. Le saumon délevage, au contraire, doit être uniforme sur le plan génétique et rassembler les caractéristiques voulues pour la production, comme une croissance rapide et une faible agressivité. Selon certains, les « pressions sélectives » entraîneraient la « domestication » des poissons dans les milieux délevage. Dautres soutenaient toutefois que les différentes souches de saumon de lAtlantique varient très peu sur le plan génétique.
Comme les saumons sont élevés en cages marines, beaucoup dentre eux sévadent des enclos, et pour bien des raisons : dommages causés par les tempêtes, la glace et les prédateurs, vandalisme, accidents pendant le transport, entretien inadéquat des filets et autres erreurs humaines évitables. Qui plus est, certaines évasions peuvent ne pas être signalées, parce quil est difficile de vérifier le nombre de poissons échappés et quil ny a pas davantage, pour les aquaculteurs, à présenter des demandes de remboursement à leur assureur pour de petites quantités de poissons évadés. Il arrive aussi fréquemment que les poissons séchappent par petits groupes. Ces évasions seraient rarement signalées. Elles entraînent parfois la libération de dizaines de milliers de poissons délevage dans lécosystème. Les détracteurs de lélevage à laide de cages en filet nous ont dit que ces évasions étaient inévitables dans les cages en eau libre et que leur nombre augmentera si lindustrie maintient son rythme de croissance actuel et si lon naméliore pas radicalement les moyens de confinement. On nous a aussi affirmé que le public sinquiète de plus en plus de ces évasions dans les pays où se pratique la salmoniculture. Selon un rapport du MPO, « la surveillance de 30 rivières norvégiennes en 1997 a révélé la présence de saumon délevage dans 26 dentre elles et, collectivement, les échantillons prélevés dans ces rivières contenaient 29 p. 100 de saumon délevage »(31).
Dans la région de la baie de Fundy et du golfe du Maine, où les populations sauvages de saumon de lAtlantique sont dans un état précaire, les évadés sont souvent très nombreux par rapport au petit nombre de poissons sauvages. En février 2001, un groupe dexperts de la Société royale du Canada a signalé que dans le seul cours deau pour lequel on dispose de données sur les poissons délevage évadés et les poissons sauvages (la rivière Magaguadavic, au Nouveau-Brunswick), le nombre de poissons délevage qui y sont arrivés entre 1992 et 1999 représente entre deux et huit fois le nombre de saumons sauvages qui y sont remontés pour frayer(32). Dans nos délibérations, on a affirmé que la salmoniculture posait un certain nombre de problèmes pour le rétablissement des saumons sauvages parce que les croisements entre des souches de saumons délevage évadés et des stocks sauvages entraînent un affaiblissement du fonds génétique et une détérioration de ladaptation des stocks sauvages restants à leur milieu(33).
On ne connaît pas les causes exactes du déclin du saumon de lAtlantique sauvage, mais certains supposent que les saumons délevage évadés peuvent avoir accentué la diminution des remontes de saumons sauvages parce que cette diminution a été observée dans les zones où il y avait eu augmentation radicale de la pisciculture. Les défenseurs de cette industrie ont répondu que cette opinion nest pas fondée sur des preuves scientifiques et que dautres facteurs influent sur la survie des poissons sauvages dont la perte dhabitats, la pollution, la prédation, la récolte à lextérieur de la zone de 200 milles, et le réchauffement de la planète. Ils ont également souligné que seules les souches locales de saumon peuvent être élevées sur la côte Est(34), et que les aquaculteurs avaient tout intérêt à réduire les risques dévasion pour réduire leurs coûts.
Sur la côte Est, nous avons été informés que lOrganisation pour la conservation du saumon de lAtlantique Nord (OCSAN)(35) avait récemment donné son aval à des principes directeurs en vue de lélaboration de codes de confinement du saumon de lAtlantique délevage. Ces codes doivent être appliqués dans toute la région visée par la Convention de lOCSAN et devraient prévenir les évasions de saumon délevage par des moyens comme létablissement de normes sur les filets, les cages, les dispositifs de mouillage, les inspections des systèmes et la manutention. Il sagit dassujettir lensemble du secteur très concurrentiel de la salmoniculture aux mêmes règles et doffrir ainsi les mêmes chances à tous. Laccès aux souches extérieures de saumon (dEurope, par exemple) nest plus permis depuis le début des années 90 en vertu des protocoles de lOCSAN entre les États-Unis et le Canada. Cependant, on nous a signalé que lÉtat du Maine avait importé (avant la signature des Protocoles) des souches de saumon de lAtlantique norvégien en raison de leur croissance plus rapide. Avec ladoption des protocoles, le Canada sattendait à ce que les États-Unis cessent dutiliser ces souches mais, malgré les pressions exercées par le Canada, cela ne sest pas fait. Dans la même optique, on a signalé au Comité que lindustrie aquacole du Maine a tiré avantage dune lacune juridique permettant limportation de laitance de sources non américaines (européennes)(36). Bien sûr, ces poissons sévadent aussi.
En Colombie-Britannique, où lon élève le saumon de lAtlantique et le saumon du Pacifique, ce sont les risques posés par le premier qui prêtent le plus à controverse(37). Environ 43 900 saumons de lAtlantique se seraient évadés annuellement entre 1994 et 1998, et entre 32 000 et 86 000 de ces saumons se seraient évadés denclos en filet entre janvier et septembre 2000(38). Le saumon de lAtlantique, qui représente à peu près 85 p. 100 de la production commerciale de la province, est une espèce importée de la côte Est et dailleurs parce que ce poisson serait plus résistant à certaines maladies, aurait un taux de mortalité moins élevé, tolérerait mieux une forte densité de population, aurait un meilleur taux de conversion des aliments et une croissance plus rapide que le saumon du Pacifique, et enfin parce que son marché serait établi(39). Lan dernier, des conservationnistes ont souligné à maintes reprises que la décision de permettre la culture en enclos du saumon de lAtlantique en Colombie-Britannique avait été prise en labsence dune étude convenable des impacts environnementaux. On craint en effet que les saumons de lAtlantique évadés nen viennent à se croiser avec les stocks sauvages du Pacifique un risque jugé toutefois très faible par le secteur de laquaculture.
Une autre source dinquiétude est la possibilité que les saumons de lAtlantique évadés se nourrissent des stocks du Pacifique, quils leur fassent concurrence au chapitre de la nourriture, quils perturbent les frayères et quils sétablissent dans la nature. Dautres ont estimé que ce risque de colonisation était faible puisquau début du siècle dernier, le gouvernement avait déjà tenté, mais sans succès détablir le saumon de lAtlantique le long de la côte en vue de la pêche sportive. En fait, les partisans de laquaculture considèrent cette question comme le faux problème par excellence dans le débat sur la salmoniculture. En effet, selon eux, comparativement à son cousin du Pacifique, le saumon de lAtlantique est très peu compétitif. Voici lavis dun intervenant : « Le saumon de lAtlantique nest pas un étourneau dans les eaux du Pacifique; cest plutôt un bananier à Stanley Park. Et comme un bananier à Stanley Park, le saumon de lAtlantique nest pas une menace à la biodiversité et il ne va pas déloger les espèces indigènes »(40).
Ce nest toutefois pas ce que montrent des données scientifiques recueillies récemment puisque le saumon de lAtlantique est présent dans plusieurs cours deau de la Colombie-Britannique propices à la reproduction à tous les stades biologiques. Lan dernier, nous avons appris que des relevés de 1 p. 100 de lhabitat potentiel de grossissement du saumon de lAtlantique sur lîle de Vancouver avaient révélé la présence de jeunes saumons de lAtlantique dans trois cours deau (les rivières Tsitika et Adams, et le crique Amor de Cosmos); cela montre que des saumons de lAtlantique évadés ont réussi à frayer sur la côte Ouest. À lépoque, nous avions été consternés de nous rendre compte que si peu de recherches étaient entreprises dans ce domaine (tableau 3) : la seule recherche effectuée sur les effets écologiques des saumons de lAtlantique évadés était celle dun candidat au doctorat de lUniversité de Victoria (un expert de lécologie des espèces envahissantes) qui a expliqué quune méthode précédemment fiable de détection de la présence de saumons de lAtlantique, la pêche aux électrochocs, sétait révélée inefficace. Il a soutenu quil suffit de chercher des saumons de lAtlantique pour en trouver. En mai 2001, les travaux de John Volpe demeuraient toujours la seule évaluation scientifique des effets écologiques possibles de lélevage de saumons de lAtlantique en Colombie-Britannique.
Pour ce qui est des tentatives détablissement du saumon de lAtlantique le long de la côte du Pacifique faites au siècle dernier, on nous a expliqué quelles sétaient révélées infructueuses parce quon avait utilisé des ufs et des alevins, contrairement aux saumons de lAtlantique qui sévadent maintenant et qui peuvent être adultes, ou presque, et avoir de meilleures chances de colonisation. Par surcroît, les évadés daujourdhui peuvent être adaptés aux conditions locales puisquils peuvent descendre de parents élevés dans lenvironnement du Pacifique. De plus, comparativement à la situation qui existait il y a cent ans, lappauvrissement des stocks de salmonidés du Pacifique, notamment de la truite arc-en-ciel, a laissé une niche vacante pour les saumons de lAtlantique féraux capables de persister dans les cours deau de la Colombie-Britannique et donc de nuire aux salmonidés indigènes en leur livrant une concurrence pour la nourriture et lhabitat. On nous a averti quune expansion de laquaculture entraînerait une augmentation des évasions de saumons de lAtlantique une espèce quon trouve dorénavant jusquen mer de Béring. En Alaska, où la salmoniculture à laide de cages en filet a été bannie en 1990(41), on nous a précisé que le ministère de la Pêche avait tout lieu de croire que le saumon de lAtlantique délevage était en train de sétablir dans les eaux de lÉtat.
Tableau 3
État des connaissances et données manquantes sur les interactions
entre saumons de lAtlantique et saumons du Pacifique
(récemment évadés ou issus de la reproduction en milieu naturel)
Élément préoccupant |
A-t-il été examiné? |
A-t-il été |
Quel est le risque dincidence sur les stocks de saumon du Pacifique? |
En mer |
|||
| Compétition pour la nourriture | Non |
Non |
Inconnu |
| Perturbation de la migration | Non |
Non |
Risque relativement faible |
| Attirance du saumon sauvage vers les sites denclos (illuminés ou non) | Non |
Non |
Interruption possible de lavalaison ou de la montaison |
En eau douce |
|||
| Perturbation de la reproduction (comportement ou consommation des oeufs) | Non |
Non |
Risque prévisible mais damplitude inconnue |
| Déterrement dufs de saumon du Pacifique par des saumons de lAtlantique qui fraient | Non |
Non |
Risque prévisible mais damplitude inconnue |
| Compétition entre saumoneaux pour la nourriture et lespace | Oui |
Oui |
Le risque pourrait être élevé; il doit être évalué |
| Déplacement de lhabitat des saumoneaux en eau douce | Oui en laboratoire |
Oui, mais sans témoins adéquats |
Risque prévisible mais damplitude inconnue |
Source : Vérificateur général du Canada, chapitre 30; Pêches et Océans Les effets de la salmoniculture en Colombie-Britannique sur la gestion des stocks de saumon sauvage, décembre 2000; Studies in Science at Simon Fraser University, Salmon Workshop Proceedings Aquaculture and the Protection of Wild Salmon, juillet 2000.
Dans la région du Pacifique, le Programme de surveillance du saumon de lAtlantique un projet fédéral-provincial lancé en 1991 est le seul programme permettant de suivre et de documenter les observations de saumons de lAtlantique. Depuis sa création, ce programme est financé principalement par la province, alors que le personnel et les installations sont fournies par le MPO. Lan dernier, en février 2000, lors de son témoignage devant le Comité, le commissaire au développement de laquaculture a déclaré que les rivières de Colombie-Britannique étaient « suivies de très près ». En décembre 2000, le vérificateur général a recommandé que le MPO améliore le Programme de surveillance du saumon de lAtlantique et en élargisse la portée afin dobtenir les données nécessaires pour évaluer lefficacité de ses activités de réglementation et de gestion. Toutefois, on nous a informé quétant donné que la majeure partie de linformation générée par ce programme provient de rapports sur le saumon de lAtlantique capturé au cours de pêches commerciales, le nombre de saumons de lAtlantique présents dans la nature était sous-estimé. Ces rapports sont en outre peu utiles puisquils dépendent de leffort de pêche et du caractère saisonnier de celle-ci (si la pêche est réduite, les interceptions de saumons de lAtlantique le sont également). De plus, les rapports sont volontaires et on ne sait rien du taux de conformité(42). Jusquà maintenant, la présence de cette espèce a été documentée dans 77 rivières de la Colombie-Britannique.
Les déclarations suivantes rendent bien la nature et le ton des discussions tenues avec ceux qui craignent les effets des évasions de saumons de lAtlantique en Colombie-Britannique :
Les évasions de saumons de lAtlantique ont contredit toutes les prévisions que le MPO a faites à ce sujet jusquici : à divers moments, le Ministère a assuré les citoyens inquiets que les saumons de lAtlantique ne sauraient pas comment se nourrir, quils natteindraient pas la maturité nécessaire à la fraie, quils ne sauraient jamais trouver une rivière où frayer, quils seraient incapables déchapper aux prédateurs, quils ne séchapperaient pas en nombres suffisamment grands pour frayer avec succès, et finalement, que leur frai ne serait pas viable. Conseil tribal Musgamagw Tsawataineuk, Mémoire, 14 février 2000.
Bien sûr, les évasions ne sont pas avantageuses pour les salmoniculteurs; elles constituent plutôt un désastre financier. Sur les deux côtes, les salmoniculteurs se sont dits disposés à investir conjointement dans la recherche-développement en vue de réduire le risque dévasions. Sur ce point, le Comité a appris que les aquaculteurs avaient élaboré et instauré des codes de pratique déontologique de la salmoniculture et que, peu importe quon élève des espèces indigènes ou exotiques, des mesures peuvent être prises pour réduire les évasions et les risques connexes possibles. Par exemple, on peut se tourner vers lélevage despèces qui ont peu ou nont pas de chances de survivre et de se reproduire dans la nature(43). La récupération immédiate des évadés constitue une autre méthode. Sous légide du Conseil canadien des ministres des Pêches et de lAquaculture, un groupe de travail élabore actuellement un code national sur les introductions et transferts délibérés dorganismes aquatiques, notamment un mécanisme darbitrage des différends entre provinces ou territoires. Un certain nombre de mémoires indiquaient toutefois que la façon la plus simple déliminer les évasions despèces non indigènes consistait à les élever en circuit fermé dans des installations terrestres ou à ne pas les élever du tout. En effet, certains groupes ne se satisferont que dun niveau de risque nul quand on a recours à des espèces non indigènes.
Beaucoup de questions se posent et la propagation des maladies en est une importante Nous navons pas encore de réponse à certaines de ces questions; ce sont des hypothèses et les spécialistes de lenvironnement ont présenté toutes sortes de renseignements qui, daprès eux, sont concluants. Ce nest pas le cas. Lhonorable Herb Dhaliwal, C.P., député, ministre des Pêches et des Océans, Délibérations, 15 février 2000
Le Ministère reconnaît quil ne dispose pas de données suffisantes pour évaluer le risque de transmission de maladies des saumons délevage aux stocks sauvages [du Pacifique] ce qui empêche toute évaluation valable des répercussions sur la santé des poissons que pourraient avoir les interactions entre les stocks sauvages et les saumons délevage. Rapport du Vérificateur général du Canada à la Chambre des communes, chapitre 30, décembre 2000
Je nai rien contre un étiquetage aussi détaillé, mais cela ne relève pas de mon mandat; ce nest pas de mon ressort. Cest au ministre de lAgriculture et à lAgence canadienne dinspection des aliments quil appartient de décider de létiquetage, en collaboration avec Santé Canada. Mais je serais prêt à appuyer un étiquetage détaillé. Lhonorable Herb Dhaliwal, C.P., député, ministre des Pêches et des Océans, Délibérations, 4 avril 2000
[L]environnement contrôlé où nos poissons sont élevés signifie que le consommateur peut profiter dun produit dune meilleure qualité et dune plus grande sécurité que dans le cas du poisson sauvage, où les conditions environnementales sont inconnues. David Rideout, directeur exécutif, Alliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Lettre au président, 4 mai 2001
[O]n a, sur deux ans, versé 40 millions de dollars de largent des contribuables en guise de dédommagement pour des salmoniculteurs du Nouveau-Brunswick, à la suite de lélimination commandée de poissons, en raison de graves problèmes de maladie. Auparavant, on avait été témoin dune grave poussée de poux du poisson, qui a coûté des dizaines de millions de dollars à lindustrie. Ces crises sont à lorigine du changement. Janice Harvey, directrice, programme de conservation maritime, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Délibérations, 24 avril 2001
Le recours aux médicaments, aux produits antiparasitaires et à dautres substances chimiques, la propagation des maladies entre les poissons délevage et les poissons sauvages, ainsi quentre les diverses exploitations aquacoles ont fait lobjet de débats considérables et constitué de grandes sources dinquiétude tant pour les salmoniculteurs que pour les non-salmoniculteurs. Au chapitre de la santé des poissons, le Comité ne peut queffleurer la surface de ce qui représente manifestement une question très complexe et très technique englobant de nombreuses sous-questions.
Les salmonidés sont sensibles à un certain nombre de maladies bactériennes, virales et fongiques, de même quà des parasites. Les maladies se transmettent entre poissons par dautres porteurs, ou par des agents pathogènes dorigine hydrique qui infectent les poissons au passage. Au Canada, les salmonicultures marines sont constituées denclos ouverts en filet. Comparativement aux conditions naturelles, il semble que le stress physique causé par ce surpeuplement rende les poissons plus sensibles à la maladie ou quil cause une propagation accélérée de la maladie chez les populations captives une fois que celle-ci sest déclarée. Cest pourquoi les piscicultures ont été qualifiées damplificatrices de la maladie. Dans certains secteurs, on sest inquiété que la collecte et lélimination des poissons morts des exploitations et des effluents des installations de transformation (sang, viscères) constituent des sources potentielles de transmission de la maladie.
Sur les deux côtes, les partisans de lélevage des salmonidés ont soutenu que les agents pathogènes (bactéries et virus) font partie intégrante du monde naturel, quils sont les mêmes chez les poissons délevage que chez les poissons sauvages, quil nexiste pas de preuve scientifique que les poissons délevage malades aient eu un impact sur les stocks sauvages ou vice versa, et quil y a beaucoup plus de chances que les stocks sauvages infectent les poissons délevage parce que, contrairement aux stocks naturels, les poissons délevage sont surveillés et traités. De plus, limpact des maladies peut être estimé chez les poissons délevage, mais il est difficile de lévaluer chez les poissons sauvages. Les améliorations apportées aux méthodes délevage dont la séparation par classe dâge, la jachère, la sélection pour accroître la résistance à la maladie, et lamélioration de la nutrition auraient aussi réduit les risques de propagation des maladies. On nous a dailleurs expliqué que les aquaculteurs avaient tout intérêt à réduire les pertes attribuables à la maladie en raison de leurs conséquences financières. Dans la région de lAtlantique, où les souches élevées sont dérivées des stocks locaux de saumon sauvages et où le recours aux souches européennes est interdit, on a souvent affirmé que les poissons délevage ne sont pas à lorigine de nouvelles maladies. Sur la côte Ouest, le Comité a appris des intervenants que jusquici, les maladies des poissons délevage avaient pris des proportions endémiques dans la région.
En Colombie-Britannique, on sinquiète avant tout de voir le saumon de lAtlantique délevage (une espèce non indigène) transmettre de nouvelles maladies aux stocks indigènes et leur causer des préjudices irréversibles, compte tenu en particulier des remontes très peu nombreuses de saumons du Pacifique dans certaines rivières. Dans lun des mémoires, on avançait que lintroduction de saumoneaux de lAtlantique malades dans larchipel Broughton au cours des années 90 pouvait avoir créé une nouvelle souche de maladie du poisson appelée furonculose. Les partisans de la salmoniculture ont rétorqué quil ny avait jamais eu de cas documenté de maladie importée de lextérieur de la province. Ils ont affirmé quen vertu de la politique dimportation du saumon de lAtlantique, les saumoneaux dimportation ne peuvent pas provenir doutremer, que seuls les ufs fertilisés et la laitance de sources certifiées entraient au pays, et que ces importations, en plus dêtre restreintes, étaient gardées en quarantaine et examinées de près avant leur introduction dans les exploitations. Ce témoignage en contredisait dautres selon lesquels le processus de désinfection requis pour limportation dufs de saumon ne traite que la surface des ufs et nempêche nullement la transmission verticale des maladies (des parents à leur descendance). Les plus farouches opposants à la salmoniculture en cages marines ont exigé que soit totalement bannie limportation dufs de saumon de lAtlantique dans la province(44).
Bien quelle soit inoffensive pour les humains, lanémie infectieuse du saumon (AIS) est une maladie virale très contagieuse qui touche le saumon de lAtlantique. Affection pseudo-grippale sans remède connu, lAIS sattaque aux reins du saumon et on croit quelle se propage par la présence dans leau du sang, du mucus ou des déchets fécaux de saumons morts ou par des vecteurs comme les poux du poisson, le personnel daquaculture ou le matériel contaminé. Observée à lorigine dans des salmonicultures norvégiennes en 1984, lAIS a dabord été considérée comme propre à cette région jusquà ce que le virus fasse son apparition au Nouveau-Brunswick en 1996. Le Comité a appris quen 1998, le gouvernement a pris une mesure radicale : il a ordonné la destruction de deux millions de poissons délevage afin de prévenir la propagation de cette maladie et il a versé des millions de dollars afin de dédommager les aquaculteurs. De petits exploitants ont été acculés à la faillite, ce qui a permis aux plus grandes entreprises de contrôler davantage lindustrie. Le Comité a également été avisé quen octobre 1999, lAIS avait été détectée pour la première fois chez un saumon de lAtlantique sauvage de la rivière Magaguadavic, au Nouveau-Brunswick.
Des poussées dAIS comparables se sont produites ailleurs, par exemple en Écosse, au Chili et aux îles Féroé. En Norvège, où le virus a ravagé les salmonicultures au début des années 90, le surpeuplement des exploitations aquacoles a mené à ladoption de nouvelles réglementations limitant la taille des installations et la concentration de poissons. En Écosse, les problèmes causés par la maladie ont été jugés assez graves pour forcer la quarantaine du quart des exploitations aquacoles écossaises(45). En Angleterre, dans le sillage de la flambée de la « maladie de la vache folle », le Comité a appris que les grandes chaînes dalimentation avaient cessé dacheter du saumon délevage des exploitations écossaises dont on soupçonnait ou dont on savait quelles étaient touchées par lAIS. Compte tenu de lampleur des pertes économiques attribuables à lAIS (et aux autres maladies), on sait très peu de choses sur cette maladie. On ne sait pas si lAIS est endémique et se retrouve chez le poisson sauvage qui la transmet ensuite au poisson délevage ou inversement. Lan dernier, lAIS a fait des ravages dans la baie de Fundy et pourtant, à quelques kilomètres de là, les saumons de lÉtat du Maine étaient demeurés sains. Depuis mars 2001, ce nest toutefois plus le cas.
Bien quon nait pas encore observé de cas dAIS en Colombie-Britannique, les conservationnistes et environnementalistes croient que ce nest quune question de temps avant que survienne une flambée dans cette province puisque cette maladie sévit dans tous les pays doù le Canada importe des ufs de saumon de lAtlantique.
On sest également penché sur le recours aux antibiotiques pour combattre les agents pathogènes dans les poissons délevage; plusieurs de ces antibiotiques sont les mêmes que lon emploie pour traiter les infections humaines. Dans lélevage des salmonidés, les antibiotiques peuvent être administrés par ladjonction de granules médicamentés aux aliments granulés que lon jette à leau. Les opposants à laquaculture ont déclaré que seul un faible pourcentage de ces substances était absorbé par les poissons ainsi traités, le reste se déposant sous les cages, où il persiste dans le milieu marin ou est consommé par dautres espèces, particulièrement les mollusques et les crustacés. Bien des gens ont dit sinquiéter des effets résiduels de cette pratique non seulement sur la chaîne alimentaire, mais aussi sur la santé humaine. On croit par exemple que le recours aux antibiotiques pourra éventuellement mener à lapparition de souches bactériennes résistantes (des « superbactéries »). Cette situation pourrait présenter des risques non seulement pour lécosystème, mais également pour les travailleurs aquacoles et les consommateurs de saumons délevage. En Colombie-Britannique, le Comité a appris quil existe déjà des souches de maladies des poissons qui résistent à certains antibiotiques. Bien que le saumon délevage doive traverser une période de retrait médicamenteux avant sa transformation, les membres du Comité ont aussi été avisés que des résidus dantibiotiques peuvent être présents dans des poissons délevage vendus sur le marché. Les programmes dinspection gouvernementaux seraient gravement sous-financés, de telle sorte que seule une très petite proportion des poissons délevage sont réellement inspectés. On a aussi affirmé que certains producteurs étrangers exportent vers le Canada des produits pouvant contenir des résidus de substances illégales en terre canadienne.
Ces affirmations ont été vigoureusement niées par les partisans de lindustrie, qui ont donné un aperçu très différent de la situation. Ils ont prétendu que lAgence canadienne dinspection des aliments vérifie régulièrement que les saumons délevage comme tout autre animal élevé à des fins alimentaires ne contiennent pas des résidus dantibiotiques et de contaminants, et que, comparativement à bien des parties du monde, relativement peu dagents thérapeutiques sont autorisés par la loi canadienne. Ils ont souligné que les aquaculteurs utilisent moins dantibiotiques que le reste de lindustrie des aliments dorigine animale, que ces antibiotiques ne sont administrés que pendant de brèves périodes (quelques jours) et quen très petites doses pour maîtriser les flambées, et que leur usage est suivi dune longue période de retrait strictement réglementée et dun programme de tests. Ils ont ajouté que les progrès réalisés dans la gestion de la santé des poissons et les méthodes délevage, et particulièrement les vaccins mis au point pour les poissons, ont considérablement réduit le recours aux antibiotiques.
Voici la déclaration dun témoin :
La Direction de linspection des poissons du ministère des Pêches et des Océans (MPO), qui relève désormais de lAgence canadienne dinspection des aliments, a déjà estimé que 1,6 p. 100 de toute la nourriture utilisée dans lindustrie salmonicole du Nouveau-Brunswick était médicamentée. Ce chiffre, qui correspond aux chiffres rapportés pour la salmoniculture de la Colombie-Britannique et qui nont pas dépassé les 3 p. 100 au cours des cinq dernières années, représente sans doute le taux dutilisation daliments médicamenteux le moins élevé de toute la production animale canadienne à vocation alimentaire. Comment sait-on que le saumon est à labri des résidus médicamenteux? De 1991 à 1996, la Direction de linspection des poissons a prélevé de manière aléatoire des échantillons sur 1542 et 1277 lots de saumons délevage au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique respectivement. Des résidus supérieurs à la limite maximale de Santé Canada nont été détectés que dans 3,5 p. 100 des échantillons du Nouveau-Brunswick et dans moins de 1 p. 100 des échantillons de la Colombie-Britannique au cours de ces cinq années. Dans presque tous les cas où des échantillons de suivi ont été obtenus, les résidus étaient inférieurs à la limite et aucune mesure supplémentaire nétait nécessaire. Les échantillons positifs (dont le taux est supérieur à la limite) étaient surtout présents au début des années 1990. Depuis ce temps, on na presque jamais observé de résidus supérieurs à la limite maximale Dr Myron Roth, vice-président, Production et affaires réglementaires, Aqua Health Ltd. et président du Consortium sur la santé du saumon, Mémoire, 22 février 2000.
Les partisans de laquaculture ont aussi soutenu que la recherche sur les maladies des poissons nen était quà ses premiers pas, que comparativement à dautres pays (comme la Norvège et le Japon), le nombre dagents chimiothérapeutiques autorisés par le gouvernement canadien était ridiculement limité, que cette situation empêche les aquaculteurs de combattre la maladie avec efficacité une fois quelle sest déclarée, et quil faudrait offrir une plus vaste gamme de produits pour prévenir les maladies ou les traiter. De plus, on a rappelé que pratiquement tous les médicaments antimicrobiens sont administrés sous la supervision directe de vétérinaires autorisés(46).
Au sujet du contrôle des maladies, on a proposé quune quelconque forme dassurance-récolte soit offerte aux aquaculteurs comme cest le cas dans le secteur agricole. Dans un élevage ou une exploitation agricole terrestre, quand une maladie nuisible aux humains ou aux autres exploitations est détectée, les animaux infectés sont détruits et lexploitant est indemnisé des pertes subies (en vertu de la Loi sur la santé des animaux). En aquaculture, on a expliqué que des destructions de poissons ordonnées par le gouvernement ont également lieu par mesure de précaution (même lorsque seulement quelques poissons malades sont décelés). Toutefois, les assureurs privés ne dédommagent les exploitants que pour les poissons morts de maladie et non pour les poissons sains qui sont éliminés par précaution. On a aussi souligné que la mise sur pied dune assurance-récolte dans le secteur de laquaculture aiderait à stabiliser lindustrie et faciliterait lobtention du financement. Selon lun des témoins, la nécessité dune assurance-récolte a été démontrée dans la baie de Fundy en 1998, quand lAIS a coûté plus de 70 millions de dollars à lindustrie en coûts directs et en manque à gagner. On a estimé que si la salmoniculture avait bénéficié dun programme dassurance comparable à celui de lagriculture, les coûts auraient tout probablement été inférieurs à 4 millions de dollars. Cette estimation suppose quil y aurait eu un système de surveillance en place, que les exploitants auraient été tenus de signaler les cas de maladie et quon serait intervenu rapidement, selon un plan préétabli, pour traiter la maladie sans délai.
Même si un vaccin préventif a été récemment développé pour lAIS, on nous a indiqué quil sétait révélé inefficace parce que le virus pouvait se loger sur le mucus couvrant le poisson (qui nest pas alimenté par le système circulatoire). À lheure actuelle, on combat lAIS (et les autres maladies) par les méthodes délevage, le respect de protocoles dhygiène et de désinfection, les politiques sur lempoissonnement et la jachère, la surveillance des sites, et lélimination des poissons. Le 29 mai 2001, le commissaire au développement de laquaculture durable a précisé aux membres du Comité que le MPO soccupait des questions relatives à la santé des animaux aquatiques, à lélimination des poissons ordonnée par le gouvernement et à lindemnisation des aquaculteurs (recommandations 21 à 24 de la première phase de lexamen réglementaire et législatif) par le truchement dun nouveau programme national sur la santé des animaux aquatiques.
Au sujet du signalement des maladies et de lutilisation des antibiotiques, un porte-parole de lindustrie a décrit la situation dans les régions de lAtlantique et du Pacifique de la manière suivante :
Deux systèmes sont essentiellement en cause du moins du point de vue de lindustrie salmonicole, si vous me permettez dutiliser cet exemple. En Colombie-Britannique, certains règlements prescrivent la présentation de rapports. Le gouvernement participe à ladministration de cette question... Sur la côte Est, le gouvernement nexerce aucun contrôle. Cest donc lindustrie qui a mis en oeuvre ce quon appelle le « programme pour des saumons en santé », particulièrement au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Essentiellement, le programme reproduit ce qui se fait dans le domaine en Colombie-Britannique, mais, dans ce cas-ci, sous légide de lindustrie. Les résultats sont relativement probants. David Rideout, directeur exécutif de lAlliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 1er mai 2001.
Il importe de noter que la BC Salmon Farmers Association, la New Brunswick Salmon Growers Association (NBSGA) et dautres associations ont établi ou sont en voie délaborer des codes de pratique afin de sattaquer au problème de la maladie(47). Au Nouveau-Brunswick, le ministère de lAgriculture, des Pêches et de lAquaculture a rendu public une nouvelle Politique dattribution des sites aquacoles marins dans la baie de Fundy en octobre 2000. Cette nouvelle politique met laccent sur les accords de gestion (entre éleveurs) portant sur les méthodes délevage, la biosécurité et la gestion de la santé des poissons, la surveillance de la santé des poissons (obligatoire) et la gestion de lenvironnement. La « gestion de spécimens du même âge » et la « gestion de la baie » constituent des priorités de cette nouvelle politique(48). Parmi les autres faits récents dans cette province, notons le Programme de la santé des saumons (PSS) un programme daccréditation lancé par la NBSGA en novembre 2000 et destiné à favoriser lutilisation responsable des agents thérapeutiques et à permettre aux aquaculteurs de sassurer quils respectent les seuils pour les résidus de médicaments dans les aliments établis par des organismes de réglementation canadiens ou américains. Une procédure semestrielle de vérification (et daccréditation) prévoit lévaluation des méthodes de gestion de la santé des poissons, de lapproche thérapeutique, de lentreposage et de lutilisation des agents thérapeutiques, ainsi que du système de suivi et de consignation des traitements, des délais dattente et de la récolte.
La NBSGA finance également (de concert avec le ministère provincial de lAgriculture, des Pêches et de lAquaculture et lAgence fédérale de promotion économique du Canada atlantique) le Réseau dinformation sur la production et la protection des animaux une base de données sur la gestion de la santé des poissons accessible par Internet et gérée par lAtlantic Veterinary College de lUniversité de lÎle-du-Prince-Édouard(49). Dans le cadre de la politique de la Colombie-Britannique annoncée en octobre 1999, la B.C. Salmon Farmers Association, en collaboration avec le ministère provincial des Pêches et le MPO, est en train de mettre sur pied une base de données semblable sur la santé des poissons. Comme ces bases de données sont des initiatives du secteur privé, on ne pourra avoir accès aux données sur les diverses exploitations.
Enfin, on a mentionné durant les délibérations que le public est de plus en plus conscient quil faut réduire lusage inconsidéré des antibiotiques. Plusieurs personnes peuvent vouloir éviter de consommer ou de manipuler du saumon délevage ayant reçu ce genre de traitement, tandis que dautres voudront peut-être éviter tout poisson délevage en raison de leurs préoccupations relativement aux impacts de laquaculture sur les stocks sauvages et sur le milieu marin. Létiquetage du poisson délevage a donc été proposé. À lheure actuelle, létiquetage est à la discrétion de lindustrie; comme le poisson délevage est rarement sinon jamais identifié comme tel, les consommateurs ne sont pas en mesure de le distinguer du poisson sauvage.
G. Conchyliculture et mise en valeur
Je vous félicite davoir décidé de vous rendre aux Îles-de-la-Madeleine au cours de vos audiences. Les pêcheurs de pétoncles ont décidé à cet endroit-là de faire du pacage en mer. Yves Bastien, Commissaire au développement de laquaculture du MPO, Délibérations, 22 février 2000
Suite à un voyage au Japon, en 1989, des gens sont venus rencontrer les pêcheurs pour leur proposer une façon de faire différente, cest-à-dire de travailler à partir de techniques aquicoles ou maricoles qui offraient des possibilités de régénérer les stocks de poissons pour la pêche. Cest ce que jappelle la mariculture en appui à la pêche. Sylvain Vigneau, coordonnateur à lAssociation des pêcheurs de pétoncles des Îles-de-la-Madeleine, Délibérations, 29 mai 2001
Tout ce que nous avons vécu nous porte à croire quune approche intégrée est essentielle. Pour que lindustrie se développe, tous ses aspects doivent être considérés et développés sous forme dun plan ciblé. Lapprovisionnement en semence, les influences écologiques, les technologies et les économies du stade dengraissement, la transformation, le développement des produits, la distribution, le financement et la réglementation doivent tous être considérés de concert. Jennifer Caines, Mémoire, 5 juin 2000.
À propos dune éventuelle expansion de la salmoniculture, il existe des différences dopinion marquées entre les salmoniculteurs et les groupes environnementaux. Du côté des mollusques, un secteur qui na pas attiré beaucoup lattention des médias, les opinions ne semblent pas aussi tranchées. Cette situation sexplique surtout par le fait quon juge habituellement que la conchyliculture est plus écologique que la salmoniculture et quelle a donc moins de répercussions sur lécosystème. Au contraire de la salmoniculture, qui dépend largement dune nourriture produite par lhomme, les mollusques sont des organismes filtreurs qui consomment des éléments nutritifs déjà présents dans leau. En conséquence, leur culture nentraîne pas le rejet de déchets ou dautres résidus (daliments ou dantibiotiques) dans le milieu marin. À cet égard, mis à part limpact visuel des installations dans certaines régions, les conchyliculteurs nont pas un défi aussi important à relever que les salmoniculteurs sur le plan des relations publiques. En fait, on a indiqué que la culture des mollusques dans les installations de salmoniculture ou tout près pourrait contribuer à réduire lexcédent déléments nutritifs que celles-ci génèrent.
La plupart des installations de pisciculture requièrent de lourds investissements qui souvent ne peuvent être faits que par des particuliers et des entreprises qui ont accès à un financement important. En conchyliculture, par contre, on trouve surtout de petites et moyennes entreprises et des exploitations familiales, ce qui indique quil existe des occasions daffaires pour les petits entrepreneurs. De plus, le groupe despèces cultivé est ordinairement très recherché et très aimé des consommateurs, et il ny a pas de coûts dalimentation (un coût de production majeur pour les poissons) ni dévasions, car les mollusques sont sédentaires. Bien que les Premières nations de la Colombie-Britannique éprouvent au mieux des sentiments mitigés envers la pisciculture, selon un représentant du MPO, elles sont généralement plus en faveur de la conchyliculture que de la salmoniculture.
Au chapitre des mollusques, le Comité a entendu sur les deux côtes des commentaires voulant que le système réglementaire ne convienne pas à lindustrie. Sur la côte Est, par exemple, le Comité a appris quil y avait certains avantages pour les conchyliculteurs à cultiver des huîtres de petite taille (pour cocktail) : les revenus sont générés plus tôt, les coûts de production sont moindres et les coûts associés à la mortalité le sont aussi. On nous a toutefois expliqué quune réglementation conçue pour protéger la pêche sauvage cause des ennuis inutiles aux conchyliculteurs. Leurs produits doivent en effet passer par des usines enregistrées pour les ventes intraprovinciales, bien quil nexiste pas de restriction équivalente pour les grosses huîtres récoltées par la pêche sauvage ou par les aquaculteurs.
Dans le nord de la Colombie-Britannique, on a précisé au Comité quon recherchait et planifiait activement des débouchés pour la culture de lhuître et du pétoncle. Les conchyliculteurs de cette province ont aussi dit que leur secteur se trouvait à un tournant dans son développement. En novembre 1998, le gouvernement provincial a lancé linitiative de développement des mollusques, un plan qui devait doubler la surface des terres de la Couronne disponibles pour la conchyliculture sur une période de 10 ans. Dans une première étape, les Premières nations ont obtenu des concessions. La deuxième étape, annoncée en avril 2000, prévoyait lexpansion de 66 exploitations de conchyliculture situées sur les estrans ou bas de plage de la Couronne. La prochaine étape consistera à ouvrir de nouvelles zones du littoral aux exploitations. Les conchyliculteurs ont déclaré que lexpansion des concessions pour la mye ne soustrairait quune modeste fraction de la zone totale où se pratique la pêche traditionnelle (sauvage) à cette espèce, mais aurait tout de même des retombées beaucoup plus importantes toutes propositions gardées au chapitre de laugmentation de la production et des emplois. Par exemple, la conversion à la conchyliculture de 10 p. 100 des surfaces actuellement utilisées pour la pêche sauvage se solderait par au moins un décuplement de la production de myes. Comme la expliqué un témoin :
À lheure actuelle, lindustrie occupe une superficie au sol denviron 2000 hectares et produit environ pour 12 millions de dollars de mollusques délevage. Cest une superficie équivalente à la nouvelle piste de laéroport international de Vancouver. Nous envisageons de doubler cette superficie dici dix ans afin de porter les recettes à 100 millions de dollars. Cest possible avec des espèces très recherchées dont la panope et les pétoncles, ainsi que les huîtres et les palourdes, pour lesquelles on intensifie quelque peu la production. Toutefois, cela occupe très peu des 27 000 kilomètres de littoral de la Colombie-Britannique. Cela représente environ 0,1 p. 100 de la superficie totale occupée. Sam Bowman, président de la B.C. Shellfish Growers Association, Délibérations, 30 mai 2000.
La déclaration qui suit résume une bonne partie de la frustration des conchyliculteurs des deux côtes à légard de la réglementation gouvernementale :
Je ne pense pas que la réglementation pose un problème à notre industrie. Ce qui importe, cest que cette réglementation corresponde à lindustrie quelle vise. Le côté frustrant de la majorité de ces règlements, cest quau départ, ils visaient les espèces sauvages. La réglementation noffre pas de place naturelle à laquaculture. En conséquence, cette dernière a tendance à se voir appliquer les mêmes règlements que lexploitation des espèces sauvages, et cela ne marche pas. Ruth Salmon, directrice administrative, B.C. Shellfish Growers Association, Délibérations, le 30 mai 2000.
Pour pouvoir croître, le secteur de la conchyliculture devra avoir accès à des sites convenables où la qualité de leau est bonne et à un approvisionnement constant en cheptel de départ, ainsi quêtre en mesure de prévenir les maladies et déviter les biotoxines. En vertu du Programme de laquaculture durable annoncé en août 2000, le MPO a réservé 20 millions de dollars (sur cinq ans) à lamélioration du Programme canadien de contrôle sanitaire des mollusques (PCCSM). Cette mesure vise à faire en sorte que toutes les zones de culture des mollusques satisfont aux critères approuvés pour la qualité de leau, que les sources de pollution sont déterminées et que les mollusques vendus commercialement sont récoltés et traités selon les règles. Pour atteindre ces objectifs, le MPO, Environnement Canada et lAgence canadienne dinspection des aliments intensifieront leurs activités dans des domaines comme les analyses deau, la surveillance des usines de transformation, le suivi des toxines des mollusques, la gestion de la récolte des mollusques, lannonce et la patrouille des zones de pêche fermées.
Sur la côte Est, la mise en valeur des stocks de mollusques (parfois appelée « pacage marin ») est très prometteuse si les exploitants peuvent sassurer un approvisionnement constant en semence et avoir la garantie de « droits de propriété » sur les stocks cultivés. La mise en valeur englobe essentiellement des activités intermédiaires entre les méthodes habituelles de capture et laquaculture traditionnelle. Elle comprend la collecte de jeunes pétoncles (le naissain) dans la nature, leur engraissement dans les collecteurs, et leur réensemencement ou dispersion dans des zones désignées où les bancs de pétoncles sont épuisés et où ils seront plus tard récoltés par les pêcheurs. Ce type dactivité aurait pris naissance au Japon, le leader mondial de la culture des pétoncles.
Dans la région de lAtlantique, le Comité a été informé de trois projets du genre pour le pétoncle. Au Nouveau-Brunswick, lUnion des pêcheurs des Maritimes sintéresse pour la première fois à la mise en valeur de ce mollusque. Un autre groupe dans la province fait la promotion de lactivité dans le détroit de Northumberland, mais il sest heurté, semble-t-il, à lhostilité de certains pêcheurs, qui y voient une menace à la pêche du pétoncle sauvage. Aux îles de la Madeleine, en revanche, le Comité a appris que les pêcheurs de pétoncle sétaient eux-mêmes transformés en aquaculteurs, si lon peut dire. Ils ont mis sur pied lentreprise de mise en valeur Pétoncles 2000, en collaboration avec le MPO, le ministère provincial des Pêches et dautres participants, pour repeupler des fonds décimés et augmenter les prises commerciales. Le capital social de lentreprise appartient à 60 p. 100 aux pêcheurs, qui ont loption dacheter des quotas en proportion de leur part de capital social(50). La pierre angulaire du projet serait la concession obtenue, qui donne aux pêcheurs le droit daccès aux fonds en repeuplement. Le projet offrirait un excellent exemple de la façon dont les pêcheurs peuvent augmenter leur revenu en unissant leurs efforts. Et si les pêcheurs sont à même de voir les avantages économiques de la mise en valeur des stocks, ils participeront davantage aux activités aquacoles (pour un exposé plus détaillé, voir les Délibérations du Comité sénatorial permanent des pêches du 29 mai 2001).
H. Science et recherche-développement
[L]es attentes en regard de laquaculture, en tant que moteur économique dans les zones côtières, sont élevées. Lindustrie, toutefois, doit évoluer dune façon écologiquement responsable dans loptique du besoin de protéger le milieu aquatique et ses ressources et de leur permettre de durer. Ceci requerra des activités scientifiques supplémentaires afin de combler les lacunes actuelles du savoir et daborder les problèmes et les préoccupations. Ministère des Pêches et des Océans, Budget des dépenses 1999-2000 : Rapport sur les plans et les priorités, Direction des sciences, 1999
Au fil du temps, la salmoniculture pourrait exercer davantage de pression sur les stocks de saumon sauvage, surtout si lindustrie prend de lexpansion. Nous avons constaté que le Ministère navait pas élaboré de plan dévaluation et de gestion des risques à long terme. Rapport du vérificateur général du Canada à la Chambre des communes, chapitre 30, décembre 2000
En ce qui concerne les problèmes qui se posent, on fait face à deux points de vue très différents. Nous devons concilier ces points de vue de manière à établir la bonne solution. Nous espérons que les données scientifiques nous permettront dy parvenir. David Rideout, directeur exécutif de lAlliance de lindustrie canadienne de laquiculture, Délibérations, 1er mai 2001
Ils élaborent avec soin les projets de recherche pour aller dans le sens de leur thèse. Les projets de recherche bénéficiant de crédits du gouvernement qui font état de conclusions non conformes à lorientation prise par ces responsables se voient retirer leurs subventions, et la chose sest produite à maintes reprises. Lynn Hunter, spécialiste des pêches et de laquaculture, Fondation David Suzuki, Délibérations, 9 mai 2001
Une analyse réalisée par le MPO en 1998-1999 dans cette région de lAtlantique canadien dénombre 154 projets de recherche. La vaste majorité des projets a porté sur les vaccins, lexpansion des stocks, les techniques dengraissement, la transgénique, la surveillance épidémiologique, les espèces de rechange et ainsi de suite. Inka Milewski, présidente, politique, Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, Délibérations, 24 avril 2001
Le gouvernement fédéral demeure le chef de file en matière de recherche en aquaculture. On nous a souvent dit, au cours déchanges informels, que linvestissement dans linnovation technologique est la clé de lamélioration continue de la productivité et de la diversification du secteur, et que les possibilités dapplication des nouvelles techniques sont multiples. Ainsi, des compagnies canadiennes ont étudié de nouvelles utilisations des poissons délevage, par exemple la production de produits sanguins à des fins médicales ou la production éventuelle dinsuline humaine.
Les aquaculteurs ont convenu que la recherche devrait être orientée vers les besoins et les problèmes du secteur tels que la mise au point de techniques aquacoles moins coûteuses et lamélioration des produits thérapeutiques et mieux coordonnée entre les diverses universités et établissements gouvernementaux. Ils croyaient que les ressources actuellement consacrées à la recherche-développement sont insuffisantes. Depuis, le gouvernement fédéral a annoncé, en août 2000, le Programme daquaculture durable, dont un volet est le Programme coopératif de recherche-développement en aquaculture (PCRDA). Le PCRDA prévoit une aide de 20 millions de dollars (sur cinq ans) pour des projets de recherche-développement proposés et financés conjointement par des partenaires du secteur privé. Ces projets de recherche doivent avoir pour objet notamment de réduire les coûts de production et daugmenter la compétitivité, de faire progresser les connaissances sur les nouvelles espèces et de favoriser linnovation technologique, et de mettre au point des techniques décloserie et de grossissement. Un comité directeur national a été créé pour définir les priorités nationales et répartir les fonds dans les régions.
En 2000, dans le cadre du Réseau des centres dexcellence, le gouvernement fédéral a créé AquaNet un réseau duniversités, dentreprises privées et dorganismes gouvernementaux chargés de promouvoir trois grands secteurs de recherche scientifique : « la production animale » (résistance à la maladie des organismes marins, amélioration de la production et mise en valeur des espèces sous-utilisées, etc.), « lintégrité écologique » et « les aspects socioéconomiques de la croissance du secteur aquacole ». Le gouvernement fédéral sest engagé à verser 14,4 millions de dollars en quatre ans au réseau, dont le centre administratif se trouve à lUniversité Memorial, à Terre-Neuve. En septembre 2000, le conseil dadministration dAquaNet a approuvé le financement de 27 projets de recherche en aquaculture.
Depuis une vingtaine dannées, laquaculture connaît une forte croissance. Cependant, les salmonidés comptent pour environ 74 p. 100 de la production totale et 92 p. 100 de la valeur du secteur (en 1999). La diversification du secteur par la mise en valeur dautres espèces est non seulement souhaitable, mais également prometteuse. Au cours de nos visites non officielles des diverses installations de recherche, nous avons pris connaissance de projets pilotes et de projets de recherche portant sur lélevage de nouvelles espèces dont les perspectives commerciales sont prometteuses (flétan, aiglefin, esturgeon, poissons plats, mollusques, etc.). Même si des programmes de recherche financés par le gouvernement et le secteur privé sont déjà en cours, on a jugé essentiel de financer la recherche fondamentale et appliquée à moyen et long termes si on veut répondre aux besoins futurs du secteur aquacole. Une des préoccupations était que les décisions concernant les projets et les programmes annuels tardaient à venir.
Le deuxième élément du volet Sciences, recherche et développement du Programme daquaculture durable du MPO est un financement de 12,5 millions de dollars que le gouvernement fédéral entend consacrer, sur une période de cinq ans, à la recherche en sciences environnementales et biologiques afin daccroître la capacité du MPO dans ces domaines, par exemple lévaluation du pouvoir autoépurant des eaux de la baie de Fundy (leur capacité dabsorber les déchets). La question de la meilleure connaissance des écosystèmes et des répercussions possibles de laquaculture a été abordée de façon convaincante lors de la réunion du Comité tenue à St. Andrews, en février 2000. Avant la réunion, des représentants de cinq organismes(51) ont convenu davance des grandes questions scientifiques à débattre. Puis, ils se sont rencontrés de nouveau et ont proposé un projet de recherche conjoint sur lécosystème local de la région de Quoddy, où saccumulent des déchets au fond de leau.
Avant denvisager le développement de la salmoniculture, le MPO aura besoin de plus dinformation. Dans son rapport de décembre 2000, le vérificateur général a constaté que, dans la région du Pacifique, le MPO devait faire de la recherche pour comprendre les effets possibles du développement éventuel de la salmoniculture, et quil naccordait pas une attention suffisante à létablissement de ses priorités de recherche pour utiliser au mieux ses ressources limitées. Selon le vérificateur général adjoint qui a comparu devant nous, il y a six raisons pour lesquelles il faut sintéresser davantage à la science et à la recherche :
Premièrement, des données scientifiques sont nécessaires pour élaborer des critères administratifs servant à déterminer ce qui constitue une détérioration, une perturbation ou une destruction de lhabitat liée à la salmoniculture.
Deuxièmement, des données scientifiques sont nécessaires pour élaborer des règlements et des critères servant à déterminer quand les substances nocives constituent un problème et quand ce nest pas le cas.
Troisièmement, des données scientifiques sont nécessaires pour déterminer des critères plus crédibles pour le choix des sites des établissements salmonicoles.
Quatrièmement, si le moratoire est levé et si lindustrie aquacole prend effectivement de lexpansion, une évaluation environnementale cumulative pourrait être exigée aux termes de la Loi canadienne sur lévaluation environnementale. Le Ministère et peut-être dautres intervenants ont besoin de connaissances scientifiques pour effectuer une telle évaluation.
Cinquièmement, des recherches sont nécessaires pour cerner et évaluer les risques de linteraction entre le saumon délevage de lAtlantique et le saumon sauvage.
Sixièmement, des connaissances scientifiques sont nécessaires afin de traiter les risques que peut poser le saumon transgénique pour lindustrie salmonicole. Ronald C. Thompson, vérificateur général adjoint, Relations internationales, Délibérations, 2 mai 2001.
Jusquà maintenant, le volet Sciences, recherche et développement annoncé dans le cadre du Programme daquaculture durable a porté sur le besoin qua le secteur daméliorer sa production et den réduire le plus possible les coûts.
Au Canada, la méthode préférée pour le grossissement en aquaculture du poisson est celle des cages en filet, une technique délevage qui offre aux aquaculteurs lavantage dêtre relativement simple, qui nécessite un investissement relativement moins important que les autres techniques et qui permet daugmenter progressivement la capacité de production. Toutefois, comme il a déjà été mentionné, les cages en filet posent des problèmes environnementaux, écologiques et sanitaires. On sest donc tourné vers les soi-disant « systèmes fermés » (ou systèmes à recirculation), qui ont été décrits comme étant la prochaine étape normale de lévolution du secteur. Daprès plusieurs intervenants, ces systèmes devraient remplacer, ou remplaceront tôt ou tard, les cages à saumon en filet(52). Certains seraient déjà en usage pour dautres espèces ou dans dautres pays, ou en sont actuellement à létape de la mise au point. Deux techniques ont été décrites.
La première méthode fait appel à des cages flottantes à parois fermées qui ressemblent aux bassins à poisson actuellement en usage, mais dont le filet est remplacé par une membrane ou un sac étanche. Leau est pompée dans la cage, filtrée, recyclée, et les déchets sont évacués et traités.
La deuxième méthode fait appel à des installations terrestres dans lesquelles leau est également recirculée. Décrit comme étant le moyen le plus sûr pour exploiter une pisciculture, ce genre dinstallation offre les avantages suivants : impossibilité pour le poisson de sévader; risque réduit de rejets deffluents dans le milieu marin; risque faible ou nul de transmission de maladies entre les espèces délevage et les espèces locales; élimination du problème de la prédation; besoin réduit de médicaments et dantibiotiques; pharmacothérapie contrôlée et réduction dautres coûts (assurance, réglementation gouvernementale, etc.); réglage et contrôle plus facile des conditions délevage pour maximiser la production. Des intervenants des deux côtes ont prédit que laquaculture terrestre deviendra un jour la technique aquacole de pointe pour la mise en valeur de nouvelles espèces, tant en eau douce quen milieu marin.
En juin 2000, les membres du Comité ont visité, en Nouvelle-Écosse, une installation terrestre de grossissement du flétan, une espèce de poisson de fond très prisée dont le prix sur le marché est supérieur à celui du saumon. La compagnie, Scotia Halibut, est une coentreprise canado-islandaise qui réunit des investisseurs canadiens et la compagnie islandaise Fiske. Son installation de Woods Harbour la seule du genre en Amérique du Nord peut produire 250 tonnes par an de flétan de lAtlantique de grande qualité. On nous a aussi parlé de la construction dune alvinerie qui pourra produire 600 000 flétans juvéniles par an, cest-à-dire assez pour approvisionner 12 sites de grossissement comparables. Les perspectives délevage du flétan à terre seraient excellentes parce quon pourrait produire à longueur dannée du flétan de taille et de qualité uniformes.
Concernant les systèmes ouverts et les systèmes fermés, les tenants de la salmoniculture ont rejeté les « systèmes fermés », les jugeant beaucoup trop coûteux par rapport aux cages en filet. Ils exigent un investissement initial relativement élevé et leur coût dexploitation (p. ex. le coût de lénergie) est plus élevé parce que dimportants volumes deau doivent être recirculés et traités quotidiennement. Les membres du Comité ont appris que ces systèmes, quoique réalisables techniquement, ne sont pas tout à fait au point et peuvent ne pas convenir à des conditions rigoureuses (comme les grandes marées et les eaux tumultueuses de la baie de Fundy), et que leur rentabilité reste à prouver, particulièrement eu égard aux réalités dun marché mondial des produits de la mer très compétitif. Daucuns ont contesté ce dernier point, déclarant que si on comparait tous les coûts environnementaux, écologiques, sociaux et réglementaires de laquaculture en cages de filet à ceux des systèmes fermés, ces derniers savéreraient très intéressants. Cest que la salmoniculture telle quelle se pratique actuellement ne tient pas compte des coûts quelle impose à lenvironnement et aux autres groupes dutilisateurs (les pêcheurs sportifs et commerciaux, les peuples autochtones, le tourisme maritime). Dautres ont fait remarquer que les systèmes terrestres noffrent pas de solution au « dilemme de la farine de poisson » dont il a été question plus haut.
Fait intéressant, la politique aquacole doctobre 1999 de la Colombie-Britannique favorise les systèmes fermés (10 nouvelles concessions) et dautres projets fondés sur les techniques « vertes »(53). Nous avons aussi appris que le ministre de lEnvironnement, des Terres et des Parcs a publié une étude sur les techniques de recirculation et divers systèmes de production en milieu fermé(54) et quun projet pilote terrestre visant à évaluer la viabilité commerciale de la technique avait été approuvé en mars 2001.
Enfin, en ce qui concerne la recherche développement, la question des organismes génétiquement modifiés (OGM) dont la constitution génétique a été modifiée par lajout de nouveau matériel génétique a fait lobjet de beaucoup dattention de la part des médias. Le saumon pourrait être génétiquement modifié dans le but daccroître sa résistance aux maladies, daméliorer la couleur de sa chair ou daccélérer sa croissance(55). Même si la recherche canadienne sur lélaboration de poissons « transgéniques », dure depuis un certain temps(56), lindustrie aquacole canadienne ne fait pas lélevage de tels poissons ni mollusques, pas plus quelle nappuie leur usage. Jusquà ce jour, les poissons transgéniques nont pas été approuvés pour la production aquacole nulle part au monde mais, comme le vérificateur général la récemment fait observer, cette situation pourrait changer si lopinion générale approuvait son utilisation à létranger. Les membres du Comité ont appris que le saumon génétiquement modifié pourrait devenir la première espèce animale à être élevée à des fins de consommation humaine, et quune demande avait été déposée aux États-Unis au début de 2000 pour la production de saumon de lAtlantique transgénique par une compagnie (Aqua Bounty farms, une filiale de A/F Protein Canada) dont le laboratoire de recherche est situé à lÎle-du-Prince-Édouard. La compagnie aurait mis au point un poisson capable datteindre sa taille marchande beaucoup plus rapidement que le saumon naturel. Ce quon craint, cest quun jour, des poissons transgéniques élevés en mer dans des cages en filet sévadent et entrent en contact avec des populations de poisson sauvage. En février 2001, un groupe dexperts de la Société royale du Canada a fait la mise en garde suivante : si on en autorisait éventuellement lélevage, des saumons de lAtlantique et des saumons coho transgéniques pourraient sévader et se reproduire avec des saumons sauvages et en altérer le fonds génétique(57). Il pourrait également y avoir des répercussions sur la santé des consommateurs.