Aller au contenu
POFO - Comité permanent

Pêches et océans


LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PÊCHES ET DES OCÉANS

TÉMOIGNAGES


OTTAWA, le jeudi 7 décembre 2023

Le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans se réunit aujourd’hui, à 9 h 9 [HE], avec vidéoconférence, pour examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

La sénatrice Bev Busson (vice-présidente) occupe le fauteuil.

[Traduction]

La vice-présidente : Nous siégeons aujourd’hui et, puisque nous commençons avec un peu de retard, il est possible que nous ajoutions au besoin une dizaine de minutes à la séance. Je m’appelle Bev Busson, sénatrice de la Colombie-Britannique, et j’ai le plaisir de présider la réunion d’aujourd’hui.

Nous tenons une réunion du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. Si des difficultés techniques surviennent, notamment avec l’interprétation, veuillez le signaler à la présidence ou à la greffière, et nous nous efforcerons de résoudre le problème.

Avant de commencer, j’aimerais prendre quelques instants pour permettre aux membres du comité de se présenter.

La sénatrice Duncan : Bonjour et bienvenue. Je suis la sénatrice Pat Duncan, du Yukon. Je vous remercie de votre présence.

La sénatrice Cordy : Bonjour et bienvenue à tous. Je suis Jane Cordy, sénatrice de la Nouvelle-Écosse.

[Français]

Le sénateur Aucoin : Réjean Aucoin, de la Nouvelle-Écosse.

[Traduction]

Je viens de Chéticamp. C’est un lieu important pour les phoques.

La sénatrice Ataullahjan : Je suis Salma Ataullahjan, de l’Ontario.

Le sénateur Ravalia : Bonjour et bienvenue. Je m’appelle Mohamed Ravalia, et je viens de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le sénateur Kutcher : Je suis Stan Kutcher, de la Nouvelle-Écosse.

La vice-présidente : Je vous remercie.

Le 4 octobre 2022, le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans a été autorisé à examiner pour en faire rapport les populations de phoques au Canada ainsi que leurs impacts sur les pêches au Canada.

Aujourd’hui, dans le cadre de ce mandat, le comité entendra en premier lieu les témoins suivants : Ahmed Al-Rawi est professeur adjoint à la Faculté de communication de l’Université Simon Fraser; Jaigris Hodson est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en communication numérique d’intérêt public et professeure adjointe à l’Université Royal Roads; et Marcus Kolga est fondateur de DisinfoWatch et chercheur principal à l’Institut Macdonald-Laurier.

Au nom des membres du comité, je tiens à vous remercier d’être présents aujourd’hui. Je crois comprendre que chacun de nos témoins prononcera une allocution d’ouverture. Après vos présentations, les membres du comité seront impatients de vous poser des questions.

Monsieur Kolga, vous avez la parole.

Marcus Kolga, fondateur, chercheur principal, Institut Macdonald-Laurier, DisinfoWatch : Je remercie la présidente et les autres membres du comité de m’avoir fait l’honneur de m’inviter à m’entretenir avec vous aujourd’hui.

Il y a 15 ans que je surveille et analyse les opérations d’information et d’influence russes. Je m’attarderai aux mécanismes des opérations d’information, au rôle que jouent les influenceurs et à la façon dont la Russie exploite des enjeux tels que la chasse aux phoques pour ternir la réputation du Canada en matière d’environnement et diviser notre société.

Les campagnes de sensibilisation, quelle que soit leur intention, visent à façonner l’opinion publique et à influencer les politiques gouvernementales. Ces campagnes s’appuient souvent sur l’élaboration de récits qui trouvent un large écho. Parfois, elles véhiculent des informations factuellement inexactes ou, dans le pire des cas, délibérément trompeuses, communément appelées « désinformation ».

L’un des moyens les plus efficaces de véhiculer ces histoires est de faire appel à des personnes influentes, comme des personnalités publiques, des célébrités, des universitaires et des anciens élus. Leur approbation et leur soutien peuvent accroître considérablement l’impact d’une campagne ou d’une opération d’information.

En ce qui concerne la chasse aux phoques, la plupart des militants qui font valoir le bien-être des animaux sont vraisemblablement motivés par l’objectif de leur cause. Leur intention n’est peut-être pas d’induire en erreur ou de tromper. Ils peuvent même penser qu’ils sont en droit d’utiliser n’importe quelle image ou vidéo, quel que soit le contexte, pour autant qu’elle soutienne leur cause. En 2006, comme nous le savons tous, l’ancien Beatle Paul McCartney est apparu sur une banquise dans le golfe du Saint-Laurent pour une séance de photos avec des bébés phoques. Après avoir rejeté les traditions inuites, il a accusé les chasseurs traditionnels de vendre « les peaux de bébés phoques pour la mode et la fourrure ». Il a pris des clichés à côté de blanchons lors de ce voyage, et les images associées à ses accusations donnent la fausse impression que les bébés phoques sont tués pour leur fourrure.

Qu’elles soient intentionnelles ou non, ces images et déclarations d’influenceurs ont le pouvoir de manipuler l’opinion publique, ce qui peut avoir des conséquences imprévues sur les moyens de subsistance de personnes réelles et sur l’environnement.

Mes recherches ont également montré que le gouvernement russe a utilisé les médias contrôlés par l’État pour manipuler l’information sur la chasse aux phoques au cours des dernières années, avec deux principaux objectifs à l’esprit. Le premier est de miner la réputation internationale du Canada, c’est-à-dire nous présenter comme une nation qui tolère et défend la cruauté envers des animaux sans défense, et susciter des doutes quant à l’engagement du Canada à l’égard de la durabilité environnementale. Par exemple, un article paru en mars 2009 sur RT s’intitule « Les Jeux olympiques au Canada contribueront-ils à mettre fin à la chasse aux bébés phoques? ». L’article utilise des termes péjoratifs tels que « massacre annuel de phoques » pour présenter cette chasse sous un faux jour.

À l’inverse, la Russie s’est présentée comme un protecteur héroïque des phoques. Les médias d’État russes ont intentionnellement dénaturé l’interdiction de la chasse aux bébés phoques de 2009 pour faire croire à tort que la chasse aux phoques était carrément interdite. Cette confusion a eu des répercussions sur des personnalités influentes comme Brigitte Bardot, qui a condamné le fait que les phoques soient « massacrés à coup de bâton » au Canada, et qui a publiquement remercié et félicité Vladimir Poutine de protéger les phoques. Pendant ce temps, la Russie, qui a interdit les importations de phoques en provenance du Canada en 2011, poursuit aujourd’hui sa chasse aux phoques. Le braconnage des bébés phoques russes se poursuit également dans la Russie corrompue de Poutine.

Cela s’inscrit dans le deuxième objectif du Kremlin, qui consiste à présenter la Russie comme un leader environnemental mondial responsable et un protecteur des populations autochtones. Rien n’est plus faux. L’année dernière, 2 500 phoques se sont échoués sur les côtes de la mer Caspienne. Les experts attribuent ces pertes à la dégradation de l’environnement et à la surpêche.

Le racisme environnemental est depuis longtemps un problème grave pour les tribus autochtones russes, dont les terres restent colonisées et exploitées par des oligarques russes corrompus.

En 2019, Evgenia Chirikova, une militante écologiste russe contrainte à l’exil pour avoir critiqué le bilan environnemental du régime Poutine et les mauvais traitements infligés aux populations autochtones, a écrit que Gazprom, la société gazière contrôlée par l’État russe, avait exproprié des terres appartenant aux peuples autochtones de Yamal. L’extraction et la transformation du gaz ont privé les tribus autochtones des Nenets de pâturages pour leurs troupeaux de rennes.

Pourtant, l’influenceuse et actrice canadienne Pamela Anderson a déclaré à RT en 2015 que la Russie avait eu « un impact positif et bénéfique sur l’environnement et le bien-être des animaux », et que :

« La Russie a joué un rôle déterminant pour éliminer la demande de peaux de phoques au Canada, où tant de bébés phoques sont abattus chaque année [...]. »

Je vous remercie à nouveau de m’avoir invité à témoigner aujourd’hui. Je me réjouis de répondre à vos questions.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Je vais maintenant demander à Mme Hodson de nous présenter son exposé. Allez-y, je vous prie.

Jaigris Hodson, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en communication numérique d’intérêt public, professeure adjointe, Université Royal Roads, à titre personnel : Je vous remercie infiniment.

Je suis reconnaissante de l’occasion qui m’est donnée de partager mon travail avec vous aujourd’hui. Je vous parle depuis les terres ancestrales non cédées du peuple de langue lekwungen, les ancêtres et les familles des nations Esquimalt et Songhees.

Dans le cadre de mon mandat à titre de titulaire de la Chaire de recherche du Canada, j’étudie les renseignements erronés, la désinformation, la polarisation et les théories du complot qui se produisent de plus en plus régulièrement sur les plateformes numériques comme les médias sociaux.

Vous nous avez tous demandé de venir parler de la désinformation et de la façon dont nous pouvons la contrecarrer à l’égard de la chasse au phoque. Pour ce faire, nous devons comprendre comment la désinformation se propage involontairement et pour quelles raisons, car ce n’est qu’en freinant sa propagation que nous pourrons mettre fin à la désinformation. Mon éminent collègue a parlé des opérations d’information, que j’évoquerai brièvement.

Pour comprendre la désinformation, il faut d’abord connaître les termes connexes, comme des « renseignements erronés » et des « opérations d’information ». Un renseignement erroné est une information fausse ou trompeuse qui n’est pas nécessairement diffusée de manière délibérée. Nous connaissons tous un oncle ou un membre de notre cercle social qui diffuse des renseignements erronés qu’il croit vrais, ou qui partage des informations sans les vérifier. Ces personnes ne sont pas de mauvaise foi, mais elles peuvent tout de même diffuser de fausses informations sur la chasse aux phoques, par exemple. Nous devons être conscients de ces personnes, car elles constituent un moyen facile d’arrêter la diffusion d’informations fausses ou trompeuses.

La désinformation fait référence à des informations fausses ou trompeuses qui sont délibérément diffusées, comme l’a dit mon collègue, parfois dans le but de déstabiliser des personnes, d’obtenir des gains monétaires ou un statut, ou d’atteindre des fins politiques précises. Ces opérations d’information, comme celles réalisées par la Russie, sont aussi parfois appelées de la propagande. Il s’agit en fait d’un outil de déstabilisation géopolitique. Les opérations d’information reposent sur la désinformation, mais ce sont les renseignements erronés dont la propagation n’est pas délibérée qui semblent vraiment avoir un effet viral. Alors qu’un renseignement erroné peut provenir d’acteurs malveillants à l’extérieur du pays, comme la situation de la chasse aux phoques que mon collègue a décrite, l’information peut finir par être diffusée de toute part — par des personnes que nous connaissons et en qui nous avons confiance.

Pour contrecarrer la désinformation, il est difficile, voire impossible de s’attaquer à une personne de l’étranger et à des opérations d’information. Nous n’avons pas beaucoup d’emprise sur ce que fait la Russie. Cependant, il est également difficile de s’attaquer à d’autres types de désinformation, comme celle qui provient d’influenceurs, étant donné qu’ils gagnent de l’argent et améliorent leur situation en la diffusant. Par conséquent, le meilleur moyen de lutter contre la désinformation est d’influencer les personnes qui la diffusent à leur insu, sans réaliser des gains monétaires ou géopolitiques.

Pour ce faire, nous devons nous intéresser aux simples citoyens qui la diffusent. Nous ne pouvons pas simplement bâillonner les plateformes ou les personnes qui en font la propagation. Personne ne peut et ne doit lutter contre les renseignements erronés par la censure. Le Canada est un pays libre, et les Canadiens accordent une grande importance à des idées telles que la liberté d’expression. Par conséquent, tenter de contrer le problème par la censure ou la fermeture de plateformes numériques aura l’effet inverse.

Mon équipe a mené des recherches sur le réseau social non modéré Telegram. Les activités sur la plateforme montrent que si des personnes sont exclues de sites grand public comme Twitter ou Facebook, elles se regroupent sur d’autres plateformes où elles peuvent attirer dans leur groupe plus de membres ayant les mêmes idées. Ces gens se positionnent comme des combattants de la liberté qui ont été injustement réprimés par les gens en vue. Par exemple, nous étudions actuellement le Children’s Health Defence Fund sur Telegram, un groupe antivaccination fondé par Robert F. Kennedy Jr., et nous avons remarqué une chose. Le groupe utilise le fait qu’il a été expulsé de Twitter comme un moyen d’obtenir un soutien supplémentaire. Je vous invite tous à ne pas considérer la censure ou l’exclusion des plateformes comme des solutions, car elles vont à l’encontre des valeurs canadiennes et risquent de se retourner contre vous. Ces moyens ne font qu’inciter les groupes à se rendre là où ils ne seront pas modérés.

Comment arrêter la désinformation? La « démystification proactive », qui consiste à transmettre l’information juste aux gens avant qu’ils n’entendent les faussetés, semble fonctionner. Il en va de même du déboulonnage, où les vraies informations sont communiquées aux gens par la suite, mais nous devons alors trouver les bonnes personnes. Le pouvoir de la communauté est très important. Nous voulons atteindre les personnes qui diffusent des renseignements erronés sans le savoir, et transmettre l’information aux collectivités et à leurs dirigeants. Pour démystifier proactivement des faussetés ou les déboulonner efficacement, il faut connaître l’identité du messager. Il peut s’agir d’influenceurs, mais pas nécessairement de la trempe de Paul McCartney. Nous ciblons les influenceurs de petite ou de moyenne taille au sein de nos communautés. Nous visons les membres de confiance de la communauté, les aînés autochtones, les leaders communautaires et religieux, et même les influenceurs en ligne. L’objectif est de nous associer à eux pour transmettre les messages fondés sur des données probantes que les gens ont besoin d’entendre au sujet de la chasse au phoque. Nous voulons fournir à ces influenceurs des messages convaincants qu’ils pourront adapter à leurs communautés, mais aussi les laisser prendre l’initiative. Il faut adopter une approche collaborative plutôt qu’imposer les idées d’en haut.

Une autre méthode parfois efficace consiste à raconter l’histoire des personnes et des communautés — l’histoire des chasseurs de phoques, de leurs familles et des communautés autochtones qui bénéficient de la chasse. Ce type d’approche permet de personnaliser et d’humaniser les messages fondés sur des données probantes.

Enfin, je vous invite à ne pas essayer de convaincre les personnes qui se situent aux extrémités des systèmes de croyances. Nous ne nous adressons pas à celles qui croient déjà que toute chasse est déplorable, parce qu’elles sont trop investies dans les idées qu’elles véhiculent, à l’instar des personnes qui diffusent la désinformation. Votre objectif devrait plutôt être d’influencer la majorité silencieuse du centre, des personnes qui peuvent ramener les preuves à leur famille, leurs amis et leur communauté afin de les aider à prendre conscience qu’elles peuvent diffuser des renseignements erronés sans le vouloir.

Je vous remercie de votre attention. J’attends vos questions avec impatience.

La vice-présidente : Merci, madame Hodson.

Ahmed Al-Rawi, professeur adjoint, Faculté de communication, Université Simon Fraser, à titre personnel : Merci beaucoup, honorables sénateurs et membres du comité. Je vous remercie de m’avoir invité à m’adresser au comité.

J’aimerais d’abord préciser que je ne suis pas un expert en communication sur la pêche ou les phoques. Mon domaine d’expertise est plutôt les études sur les médias et la communication, avec un accent particulier sur la désinformation. Mon témoignage d’aujourd’hui porte donc sur la désinformation en général et sur les façons de la combattre.

J’ai effectué quelques recherches préliminaires sur le thème de la chasse aux phoques. Mes observations ne reposent que sur des preuves anecdotiques et une évaluation qualitative de ce que j’ai remarqué en ligne. Des recherches approfondies seront nécessaires à l’avenir. Il faudra par exemple réaliser une analyse systématique de la désinformation numérique et du contenu sur cet enjeu afin de mieux repérer ces affirmations sans fondement, leurs sources et leurs impacts possibles.

Les allégations mensongères concernant la chasse aux phoques se situent principalement dans quelques domaines thématiques, en particulier la durabilité de la chasse aux phoques et les normes de bien-être des animaux. Certains affirment par exemple que la chasse au phoque est particulièrement cruelle, car elle serait pratiquée de manière inhumaine. D’autres témoignages trompeurs et sans fondement font référence à l’absence supposée de réglementation concernant la chasse aux bébés phoques, et prétendent que le nombre de phoques diminue de façon spectaculaire au Canada.

Avant d’aborder la façon de lutter contre la désinformation, il est important d’évoquer ses lieux de diffusion. Premièrement, on peut trouver des témoignages erronés sur le moteur de recherche Google. Par exemple, si vous cherchez la phrase « Est-il illégal de chasser les bébés phoques au Canada? », les premiers résultats montreront des groupes de défense des droits des animaux plutôt que le site Web du ministère des Pêches et des Océans du Canada, ou MPO. Certains de ces textes ne sont pas conformes à la réglementation canadienne sur la chasse aux phoques et contiennent des affirmations sans fondement.

Des allégations similaires peuvent se trouver dans la publicité sur Facebook, où l’auditoire peut être ciblé précisément en fonction de l’âge, du sexe et de l’emplacement géographique. Par exemple, un groupe de défense des droits des animaux a acheté 41 publicités ciblant le Canada qui contiennent des pétitions et des affirmations non fondées. Ces publicités ont coûté plus de 10 000 $ américains et ont généré plus de 1,2 million d’impressions publicitaires, qui désignent le nombre de personnes qui ont regardé les publicités.

En ce qui concerne les publications sur les médias sociaux, il existe de nombreux mots-clics viraux particulièrement populaires sur Instagram, comme #savetheseals et #savebabyseals. Toute publication faisant référence aux phoques contient ce que nous appelons un « élément humain », en particulier si les phoques sont encore des bébés. Il y a souvent des images explicites sur les phoques qui génèrent plus de clics que d’autres publications présentant des faits sur eux. Par exemple, une vidéo a été visionnée plus de 9 millions de fois sur Instagram uniquement, et certaines des publications diffusées par des groupes de défense des droits des animaux sont partagées par des célébrités qui ont énormément d’abonnés, et elles ciblent principalement le Canada.

Pour ce qui est des solutions, je pense que le MPO peut lui‑même jouer un rôle plus actif sur cet enjeu dans les médias sociaux, et que son site Web officiel peut présenter des faits et des informations plus récents à ce sujet. Je suggère aussi fortement de créer une initiative visant à vérifier les faits au sein du MPO, qui regrouperait principalement des scientifiques capables de déboulonner les renseignements erronés à l’aide de faits et de preuves scientifiques. Ces efforts doivent être communiqués au public via diverses plateformes en ligne.

Pour contredire les affirmations infondées, il faut également reconnaître d’emblée si elles contiennent des faits véridiques, puis préparer un contenu factuel fondé sur des preuves. Il est également utile d’aborder les aspects émotionnels de la question et de reconnaître les raisons psychologiques qui expliquent le soutien et la diffusion de la désinformation. Plus important encore, il convient de communiquer les incertitudes, surtout entourant les développements en cours et à venir sur la chasse aux phoques. Il est également fort utile de proposer des comparaisons visuelles et textuelles avec d’autres animaux consommés par l’homme.

Deuxièmement, il faut mener des initiatives de démystification proactive ou d’inoculation au moyen d’éducation. Je suis d’accord sur ce point avec ma collègue, Mme Hodson. Cette stratégie proactive consiste à avertir les gens qu’ils pourraient être induits en erreur et à réfuter les éventuels renseignements erronés à l’avance, de sorte que les personnes croient moins les faussetés à l’avenir.

Troisièmement, le message doit être clair, simple et fondé sur des preuves, par exemple en évitant le jargon pour assurer la clarté. Il est aussi important d’être concis et de ne pas submerger les gens avec maintes informations techniques. Pour établir la légitimité, il est primordial de mettre en évidence le consensus scientifique sur cette question en faisant référence à des recherches crédibles.

En résumé, il faut des mesures proactives, un engagement personnel et public plus actif et des stratégies de communication adaptées. La lutte contre la désinformation sur la chasse au phoque doit être considérée comme un effort collectif, étant donné les nombreuses parties possiblement concernées : divers ministères, ONG, collectivités autochtones, écoles, entreprises de technologie.

Je vous remercie beaucoup de votre temps.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Petten : Je vous remercie beaucoup de ces présentations fort intéressantes. Il a été très difficile d’entendre parler, au comité, des répercussions des phoques sur les éléments culturels liés aux phoques et à la pêche. Je suis certaine que mes collègues poseront des questions sur certains de ces aspects, mais combien d’argent faudra-t-il dépenser pour regrouper ces informations, ou que pouvons-nous faire pour que le gouvernement ou le MPO reconnaissent l’importance de cette question? Comment peuvent-ils changer leurs pratiques?

Il y a quelques semaines, à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, une manifestation contre la chasse au phoque a eu lieu en marge d’un sommet Canada-Union européenne où divers produits faisaient l’objet de discussions, mais la vente de produits dérivés du phoque n’était même pas à l’ordre du jour. Je me demande simplement comment nous pouvons même attirer l’attention sur cette question.

Je suis certaine que le même genre de chose se produit ailleurs en ce moment, par exemple avec Affaires mondiales Canada, par rapport à la guerre en Ukraine.

Comment pouvons-nous commencer à attirer l’attention à cet égard, même au sein de notre propre gouvernement?

M. Kolga : Je vous remercie beaucoup de la question.

Concernant la chasse aux phoques, je dirais que le point de vue des environnementalistes, qui diffusent des informations négatives à ce sujet, est maintenant bien ancré. À ce stade, il sera très difficile d’essayer de changer ces perceptions, tant au Canada qu’à l’étranger.

Je pense que mes collègues ont souligné diverses façons fondamentales de commencer à le faire, notamment l’éducation, mais votre question portait sur les coûts que cela représente.

Je vais vous raconter une anecdote. Hier soir, en faisant d’autres recherches sur la chasse aux phoques, je suis tombée sur un film intitulé Huntwatch, que vous connaissez peut-être. Le film, produit en 2015 pour Discovery Channel, a pour narrateur notre cher Canadien, Ryan Reynolds, l’un des meilleurs acteurs d’Hollywood.

J’ai commencé à regarder la bande-annonce de ce film. Il est évident que quelqu’un a investi des millions de dollars dans la production de ce documentaire. C’est le genre de documentaire qui coûte des millions de dollars.

Les images qui apparaissaient à l’écran étaient à glacer le sang. C’était comme un film d’horreur. On voyait, les uns après les autres, d’adorables blanchons couverts de sang et des images floues de chasseurs inuits qui traquaient ces animaux et qui s’en prenaient aux journalistes et aux militants qui étaient sur la banquise. Je répète que des millions de dollars ont été investis dans cette production.

Le résultat malencontreux, c’est que cela renforce les perceptions négatives selon lesquelles il s’agit d’une pratique barbare. Le pire — et je n’ai pas examiné cet aspect dans mes recherches en vue de ma comparution ici aujourd’hui —, c’est le préjudice que cela cause à la communauté inuite, notamment les perceptions à son égard, puisque les Inuits sont dépeints comme des chasseurs barbares qui s’acharnent sur ces animaux. Essentiellement, il s’agit d’une incitation à la haine envers cette communauté. C’est un aspect que nous n’avons pas examiné.

Une des solutions pour régler ce problème, à mon avis, est de faire connaître aux Canadiens les préjudices qui sont créés — par exemple l’incitation à la haine envers cette communauté, les répercussions environnementales, le fait que les stocks de poissons sont à des niveaux aussi faibles — et de tirer la sonnette d’alarme à cet égard. Ce sont des choses que nous ne faisons pas actuellement.

Voilà une façon de commencer à s’attaquer à ce problème.

Le sénateur Ravalia : Je remercie tous nos témoins de cette discussion très instructive.

Ma question s’adresse à Mme Hodson. Vous avez fait allusion aux façons de contrer l’information et de la désinformation. Je me demande si, de notre point de vue, certains médias sont les mieux adaptés à cette initiative. Selon vous, pourrions-nous faire appel à des influenceurs et à d’autres personnalités connues pour contrer certains renseignements qui circulent tout en reconnaissant que ces idées sont bien assimilées?

Mme Hodson : C’est une excellente question. Merci beaucoup, sénateur.

Je pense qu’il faut adopter une approche propre à chaque média. Ce que je veux dire, c’est qu’on peut avoir des influenceurs sur Instagram, par exemple, qui seraient d’excellents choix, peut-être, pour diffuser le message sur cette plateforme, mais qui ne conviendraient pas sur X — anciennement Twitter —, Facebook ou TikTok. L’idée est de faire appel aux dirigeants communautaires partout où l’on va.

Je pense à des gens qui sont présents dans la communauté. J’ai mentionné les dirigeants religieux, par exemple, ou des gens du domaine universitaire ou d’autres secteurs de la communauté.

Je pense que l’idée est de chercher des gens qui ont une influence à petite ou moyenne échelle sur différentes plateformes au Canada, puis de faire circuler le message parmi les gens qui œuvrent dans les écoles et les églises, notamment, et qui sont également des piliers de leur communauté.

Il faut une approche élargie pour atteindre les gens. Cela ne fonctionnera pas avec de simples messages émanant du gouvernement, parce que beaucoup de Canadiens ne font pas confiance aux messages gouvernementaux. Si vous décidez de diffuser un message, même par l’intermédiaire de journalistes... Dans vos cercles, vous avez probablement entendu Donald Trump, par exemple, parler de « médias menteurs ». Il y a des gens au Canada qui pensent que les médias menteurs, c’est une réalité.

Je pense que nous ferions plus de progrès pour démystifier et déboulonner les informations qui circulent, dont nous avons parlé aujourd’hui, en faisant appel aux influenceurs de la communauté et en utilisant des outils numériques pour les trouver sur ces plateformes et travailler avec les communautés.

Le sénateur Ravalia : Merci.

La vice-présidente : D’autres témoins souhaitent-ils faire un commentaire sur cette question?

Monsieur Kolga, avez-vous un commentaire?

M. Kolga : Je suis tout à fait d’accord avec Mme Hodson. J’ajouterais simplement, par rapport aux influenceurs, qu’on peut penser aux chefs cuisiniers, par exemple. Nous avons popularisé la consommation de wapiti, de caribou et de diverses autres espèces sauvages au Canada. Pourquoi ne pourrait-on pas faire de même pour le phoque? Ce n’est pas une solution instantanée, mais je pense que si nous pouvions trouver ces chefs influents dans nos villes et leur demander d’introduire la viande de phoque sur leur menu, ce serait une façon de s’attaquer directement au problème et de normaliser le fait que la chasse au phoque est une pratique tout à fait normale pour ces communautés.

Le sénateur Ravalia : Ma question complémentaire s’adresse à vous, monsieur Kolga. Selon vous, quelle priorité le gouvernement fédéral accorde-t-il à la mésinformation et la désinformation? Si je pose la question, c’est qu’il y a eu, comme la sénatrice Petten l’a indiqué, des rencontres de très haut niveau entre le Canada et l’Union européenne à St. John’s, la plaque tournante de l’industrie du phoque à Terre-Neuve-et-Labrador. On a eu l’impression que la question de la chasse au phoque et des exportations, notamment, était une question négligeable. L’ordre du jour portait principalement sur l’hydrogène, le stockage de nouvelles énergies, etc.

Quels efforts sont nécessaires, peut-être, pour que le gouvernement fédéral prenne conscience de l’importance de cette question? Dans le passé, nous avons toujours eu des difficultés avec le MPO.

M. Kolga : C’est une excellente question à laquelle il est difficile de répondre. Je pense que le gouvernement fédéral a commencé à prendre la menace de la désinformation et de la mésinformation très au sérieux ces deux dernières années, sans doute, mais aussi depuis les élections américaines de 2016.

Je pense que nous nous concentrons principalement sur les menaces externes, ce qui est très bien. C’est un bon début. Toutefois, je pense que nous ne nous sommes jamais vraiment concentrés sur l’incidence de ce genre de discours sur les collectivités autochtones, les collectivités éloignées et rurales.

Pour être tout à fait honnête avec vous, lorsque j’ai reçu l’invitation à comparaître aujourd’hui, j’ai pensé que cela venait un peu de nulle part. En outre, je n’avais pas réfléchi à l’incidence de la désinformation et de la mésinformation sur la chasse au phoque. Malheureusement, je pense que cette question précise n’est probablement pas une grande priorité pour le gouvernement fédéral, mais de toute évidence, c’est un exemple très probant de la menace que représente la désinformation pour les communautés canadiennes.

Les recherches que j’ai effectuées dans la dernière semaine indiquent que les campagnes de désinformation intérieures et étrangères devraient être beaucoup plus prioritaires pour le gouvernement fédéral. Dans le contexte de la rencontre de John’s, je suggérerais au ministère des Affaires mondiales et à ce ministère de chercher des partenariats en Europe. Je dirais qu’il existe d’autres organismes autochtones en Europe. La communauté autochtone finno-ougrienne — dont je fais partie — a une organisation très forte et une voix très forte au sein de l’Union européenne, qui comprend les communautés minoritaires de l’Arctique européen et des pays nordiques, ainsi que la Finlande. Nous devrions travailler avec eux. Je pense que ces groupes auraient une compréhension des enjeux qui touchent la communauté inuite et pourraient jouer un rôle influent et porteur au sein de l’Union européenne pour aider à défendre et promouvoir leurs intérêts.

Le sénateur Ravalia : Merci beaucoup.

La vice-présidente : Avez-vous un commentaire, monsieur Al-Rawi?

M. Al-Rawi : Non, car je pense que mes collègues ont déjà répondu de manière détaillée. Merci beaucoup.

La vice-présidente : Merci.

La sénatrice Ataullahjan : Le sénateur Ravalia a posé ma question, qui portait sur le rôle du gouvernement fédéral. L’industrie de la chasse au phoque n’a pas — comme nous l’avons dit — des millions de dollars à dépenser. Cette étude m’a appris que la plupart des chasseurs de phoque sont en difficulté.

Pourquoi le gouvernement fédéral n’appuie-t-il pas les chasseurs — et les influenceurs? Comme je suis sur Instagram — sans pour autant m’être aventurée sur TikTok —, je constate l’influence que cela peut avoir, simplement en raison du nombre de partages. Pourquoi le secteur n’a-t-il pas trouvé un champion? Y a-t-il déjà eu des efforts en ce sens?

M. Kolga : Je ne peux pas répondre à cette question. J’ignore quels efforts ont été faits pour trouver ces influenceurs et ces champions.

Sénatrice, permettez-moi de citer vos propos, lors d’une séance précédente : « les agneaux sont aussi très mignons, mais nous continuons quand même de les manger. » Cela me ramène à mon commentaire sur la nécessité de trouver des gens influents, notamment des chefs, qui normaliseront la consommation de viande de phoque. J’ignore si l’on a cherché à trouver de tels influenceurs pour véhiculer ce message. Cependant, les Canadiens doivent comprendre qu’il est tout aussi normal de manger du phoque que de manger une côtelette d’agneau ou un sandwich au veau. Voilà l’objectif, le résultat souhaitable.

La réussite, comme M. Hodson l’a mentionné plus tôt, passe par une stratégie, par l’éducation. Il faudrait avoir des discussions avec les provinces et intégrer des renseignements sur la chasse au phoque et sur la culture des communautés autochtones et inuites dans notre programme scolaire.

Mes fils, qui ont commencé l’université au cours des deux dernières années, ne savent rien de cette culture — rien. On ne leur enseigne rien à ce sujet. Voilà où cela commence, essentiellement. Cela commence dans nos écoles, afin que les générations futures ne soient pas bernées par ce genre de désinformation et de mésinformation.

La vice-présidente : Merci beaucoup. Madame Hodson, je vois que vous souhaitez ajouter quelque chose.

Mme Hodson : En effet. Je pense que nous avons déjà des influenceurs, dans une certaine mesure. Par exemple, je suis abonnée à Tanya Tagaq, sur Twitter. Elle appuie ouvertement la chasse au phoque par les Autochtones. Tanya Tagaq est également une célébrité autochtone. Si nous pouvions trouver d’autres personnes comme elle et les aider à se faire connaître, je pense qu’elles travailleraient avec vous sur cette question.

J’ai appris énormément de choses sur la chasse au phoque autochtone en suivant Tanya. Donc, il y a déjà des célébrités, et nous pouvons certainement nous appuyer là-dessus. J’aime l’idée de faire appel aux chefs cuisiniers, par exemple. Cela dit, trouver des gens qui véhiculent déjà le message que vous voulez transmettre et qui ont une plus grande notoriété est un bon point de départ.

La vice-présidente : Merci. Monsieur Al-Rawi, avez-vous un commentaire?

M. Al-Rawi : Merci, sénatrice. L’enjeu fondamental dont nous discutons, c’est que la désinformation nuit manifestement à l’économie canadienne, mais aussi aux collectivités autochtones.

Personnellement, je ne pense pas que le gouvernement canadien doit dépenser des millions de dollars pour contrer ce genre de désinformation. Je pense que la solution est plus simple : utiliser les faits et le consensus scientifique sur la situation et faire connaître toutes les incertitudes concernant la chasse au phoque.

Nous ne savons pas tout, et cela doit être communiqué clairement au public.

Nous devons reconnaître l’aspect émotif de la question. Certains sont très attachés aux phoques. Honnêtement, ils sont mignons et ont l’air gentils, n’est-ce pas? C’est particulièrement vrai pour les bébés phoques. Il convient de tenir compte de cela lorsque nous luttons contre ce genre de désinformation.

Je pense que la solution est plus simple. Cela exigera des efforts du MPO, notamment en faisant appel à des scientifiques capables de démystifier les renseignements erronés et de transmettre clairement ce message sur diverses plateformes. J’ai consulté le site Web du MPO. Je n’y ai pas vu beaucoup d’interaction avec le public sur cette question. Par exemple, il n’y a pas sur TikTok un jeune employé du MPO capable d’aborder le sujet en langage très simple.

Malheureusement, ce type d’engagement fait défaut. Toutefois, je ne pense pas que cela coûterait des millions de dollars. Merci.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice McPhedran : Je tiens à remercier chacun de nos témoins d’aujourd’hui. J’ai trouvé que vos exposés ont été fort utiles et apportaient des points de vue que nous n’avions pas vraiment entendus jusqu’à maintenant, à mon avis, et qui étaient axés sur l’avenir. Le but est de trouver des façons de sortir d’une situation en apparence enracinée et figée, en particulier pour les peuples autochtones qui sont touchés.

Ma question porte, pour ainsi dire, sur l’envers de la médaille. Je me demande si vous pouvez nous aider à mieux comprendre, étant donné votre expertise de la présence en ligne et des ressources nécessaires pour une campagne de cette nature. Je suis frappée par un événement qui s’est produit en 2006 : Paul McCartney sur la banquise avec des blanchons. Nous sommes maintenant en 2023, et cet événement a toujours un effet en cascade considérable.

J’espère que vous pourrez nous aider à comprendre les facteurs qui ont contribué à la persistance de ce message pendant toutes ces années, jusqu’à aujourd’hui. J’ai un autre commentaire au sujet de la probabilité que le MPO entreprenne ce genre de campagne, mais ma question porte davantage sur ceux qui perpétuent cette campagne.

M. Kolga : Je vais donner une première réponse rapide. Je veux revenir sur un élément qu’a dit M. Al-Rawi sur la publication de faits. Je trouve que c’est une excellente idée. Il faut publier ces faits sur le site Web du ministère des Pêches et des Océans, ou MPO. Mais encore faut-il qu’ils soient popularisés, et c’est là que le bât blesse. Des publications sur le site Web d’un ministère ne suffiront pas, parce que ce n’est pas le genre de sites que consultent les Canadiens. Ils ne consultent pas le site du ministère sur une base régulière. Il faut donc trouver un moyen de populariser les faits et les données.

Pour répondre à votre question, madame la sénatrice, qui est de savoir qui dirige ces campagnes, je dirai que je ne suis pas expert de la chasse aux phoques ou de la désinformation environnementale. Il semblerait toutefois que des organisations très bien financées ont le mandat de faire connaître ces enjeux.

La chasse aux phoques semble être un enjeu qui peut stimuler la collecte de fonds, par exemple. Les petits phoques tout duveteux sont très photogéniques. J’ai mentionné un documentaire projetant d’horribles images de phoques blancs recouverts de sang. Ces images provoquent des émotions et alimentent la colère. Ces images en ligne — elles se retrouvent dans des publicités sur Facebook — s’attirent des clics. Elles incitent les utilisateurs à donner 10, 15 ou 20 $.

Comme c’est le cas avec tout autre grand enjeu, je crois qu’une industrie est née de ce débat. Cette nouvelle industrie peut survivre si les images continuent à circuler et à payer les employés de ces organisations. Je soupçonne qu’une partie du problème est attribuable au fait que l’industrie ainsi créée survit malheureusement grâce aux images de la chasse aux phoques.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice McPhedran : Les autres témoins pourraient-ils répondre à ma question? Merci beaucoup. Elle s’adressait à tous les témoins. Je demandais quels facteurs propulsent la campagne et, en vous fiant à votre expertise, ce que vous pouvez nous dire sur les ressources et les liens entre les facteurs.

M. Al-Rawi : Merci, madame la sénatrice. L’exemple de Paul McCartney que vous avez donné est excellent parce que, comme ma collègue Mme Hodson l’a mentionné, il est une célébrité. Il inspire une certaine crédibilité. Les gens font confiance aux célébrités. Ils croient ce qu’elles ont à dire.

Je crois que nous pouvons miser sur cet aspect en faisant appel à d’autres personnes crédibles et dignes de confiance. Il s’en trouve de nombreuses au Canada et ailleurs qui pourraient commenter la question. Nous leur demanderons seulement de présenter les faits. Nous ne leur demanderons pas de dire quoi que ce soit d’erroné — ils s’en tiendront aux faits, afin que la population les connaisse mieux.

Dans n’importe quel domaine, les gens sont plus à l’écoute de ce qui est crédible, surtout si les personnes impliquées sont déjà célèbres. Par exemple, de nombreuses personnalités de l’industrie de la télévision pourraient nous prêter main-forte. Merci.

Mme Hodson : Madame la sénatrice, je suis vraiment ravie d’entendre les propos de mes deux collègues aujourd’hui, car ils ont tous deux raison. Les célébrités ont fait avancer cette campagne.

Pour revenir aux images mignonnes, pensez à ce que vous diffusez probablement sur Internet. Pour ma part, je diffuse des images d’adorables animaux, comme des chats et des chiots. Les phoques sont mignons. Le visionnement de ces images peut nous troubler. Les émotions intenses fomentent grandement ces débats en ligne et peuvent encore être ressenties des années plus tard.

Nous devons concevoir d’autres messages qui provoquent de fortes émotions dans l’autre sens. Par exemple, montrons des images du bébé inuit qui deviendra fort parce que sa famille se nourrit de phoques. Montrons des images de lui avec sa famille. Diffusons des images de familles chassant ensemble et montrons que cette chasse subvient aux besoins d’une communauté. Racontons ces récits de communautés qui périraient sans cette chasse. Décrivons la chasse éthique. Bien entendu, vous ne convaincrez pas les végétaliens du clan de Paul McCartney, car ils se situent à une extrémité du spectre. Nous ne pouvons pas nous en faire avec les extrêmes. Nous voulons émouvoir les personnes au centre du spectre qui se diront, en voyant un bébé tout sourire : « Vous savez quoi? Cette chasse est peut-être nécessaire pour nourrir ce bébé. »

Je trouverais un moyen de présenter un récit percutant provoquant une dose adéquate d’émotions pour faire contrepoids aux émotions négatives que suscitent souvent — comme mon collègue l’a dit — les campagnes bien financées.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

Le sénateur Kutcher : Je remercie tous nos invités. Puis-je résumer une partie de vos commentaires, puis poser une question à chacun d’entre vous? J’espère que vous accepterez.

J’ai appris que le Sénat n’est pas un tribunal. Nous ne pouvons contre-interroger les témoins, mais nous pouvons leur dire toutes sortes de choses. Parfois, j’aimerais bien que nous puissions contre-interroger certains témoins sur la désinformation qu’ils étalent devant nous.

Nous en avons beaucoup appris sur la désinformation. J’ai moi-même travaillé dans le milieu de la santé. J’ai travaillé avec certains d’entre vous. Je vous remercie énormément de votre travail. La pandémie de COVID nous a appris que nous devrons continuer à répondre présents encore longtemps et que la tâche n’est pas mince. La désinformation ne s’évanouit pas rapidement.

Pour résumer ce que j’ai entendu, des acteurs étatiques et non étatiques malveillants participent à ces efforts; des acteurs non étatiques voulant promouvoir une idéologie ont un rôle à jouer. De plus, ce phénomène existe depuis longtemps et est maintenant enraciné dans les cœurs et les esprits des populations au pays et à l’étranger.

La première étape consiste à reconnaître que le problème en est en fait un de désinformation — M. Kolga, c’était un de vos commentaires — et qu’il faut appeler un chat un chat. Puis, il nous faut élaborer et appliquer des stratégies efficaces, et il en existe de multiples. Certaines ont été mentionnées aujourd’hui, mais il y en a d’autres.

Le gouvernement ne peut diriger cet effort seul. Il doit établir des partenariats. Il est évident que les peuples autochtones doivent figurer parmi ces partenaires. Nous devons trouver des partenaires dans d’autres nations, dans d’autres pays, surtout dans des pays nordiques de l’Arctique et en Europe. Le groupe du cercle arctique est sans contredit un groupe avec lequel nous devons collaborer. N’oublions pas non plus le gagne-pain des pêcheurs qu’a mentionné la sénatrice Ataullahjan.

Approuveriez-vous que ce comité recommande dans son rapport que le gouvernement du Canada, en collaboration avec des intervenants clés, élabore une stratégie exhaustive, explicite et efficace pour lutter contre la désinformation ciblant l’industrie du phoque?

M. Kolga : Oui, j’appuierais tout à fait cette initiative. Je ne m’arrêterais pas à l’industrie du phoque et j’inclurais tous les autres enjeux autochtones. La chasse aux phoques n’est pas la seule à être ciblée. Je le répète : selon ma recherche limitée à ce sujet, d’autres éléments de la culture inuite sont aussi la proie de la mésinformation et de la désinformation. Nous devrions bien comprendre qu’il n’y a pas que des acteurs à l’étranger qui sont derrière ces campagnes; il y en a aussi au pays.

En fin de compte, au niveau national, la question divise la population. Elle pourrait diviser davantage notre propre société. Comme on le disait, les images qui sont diffusées pourraient inciter à la haine envers cette communauté.

Effectivement, il nous faut vraiment adopter une approche stratégique et formelle pour affronter ce mouvement. J’appuie entièrement votre proposition.

M. Al-Rawi : Merci, monsieur le sénateur. J’appuie les propos de mon collègue, M. Kolga, et la suggestion que le Canada doit se doter d’une stratégie claire pour lutter contre la désinformation entourant la chasse aux phoques et la récolte des phoques.

J’aimerais relever un élément important, monsieur le sénateur : ce ne sont pas toutes les campagnes que j’ai vues dans les médias sociaux ou ailleurs qu’on pourrait qualifier de campagnes menées avec de mauvaises intentions ou avec la volonté intentionnelle de diffuser de fausses informations. Elles peuvent contenir beaucoup de mésinformation, qui n’est pas intentionnelle. Il se pourrait que de nombreuses personnes soient induites en erreur, car elles ne connaissent pas tous les faits. Il faut consacrer beaucoup de temps à la recherche d’informations sur ce sujet afin d’être bien informé; c’est vrai pour moi aussi. Je baignais dans une ignorance presque totale sur ce sujet avant d’être invité à ce comité. Il a fallu que je fasse des recherches.

Voilà ce que nous encourageons le gouvernement et d’autres partenaires à faire, c’est-à-dire demander au public de faire des lectures pour s’exposer à ce genre d’informations. Je ne peux quantifier les proportions, mais je peux dire que ce ne sont pas toutes les interventions qui sont motivées par de mauvaises intentions ou des croyances idéologiques. Merci.

Le sénateur Kutcher : Je vais réagir à ce commentaire. Je suis tout à fait d’accord avec vous. C’est la raison pour laquelle je propose une stratégie exhaustive qui ne s’attaquerait pas seulement à ce qui est motivé par des idéologies.

La vice-présidente : Madame Hodson, aimeriez-vous répondre à la question du sénateur Kutcher?

Mme Hodson : Oui, merci. Monsieur le sénateur Kutcher, je suis totalement d’accord avec mes deux collègues. Effectivement, la désinformation au sujet des peuples autochtones qui scinde le débat social va au-delà de la chasse aux phoques. Le gouvernement fédéral serait probablement plus facile à convaincre si les différents enjeux étaient regroupés.

Pour revenir à la recommandation de M. Al-Rawi, il pourrait s’avérer difficile de demander aux citoyens de faire leurs propres recherches. Elles pourraient les entraîner dans un puits sans fond. Je sais que ce n’est pas ce que proposait mon collègue, mais je préciserais — pour éviter la confusion — que plus nous fournirons de l’information aux influenceurs clés et aux leaders communautaires grâce à cette campagne, plus il sera facile de faire contrepoids aux personnes qui diffusent de la fausse information sans le vouloir.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

La sénatrice Cordy : Merci énormément à chacun d’entre vous. Vous nous fournissez des renseignements fascinants qui nous permettent de bien distinguer la désinformation de la mésinformation. Malheureusement, lorsque la désinformation n’est pas dissipée, la mésinformation pullule de plus en plus. Elle s’immisce pratiquement dans les faits et gestes des gens. S’ils croient vraiment ce qu’ils entendent, il est vraiment difficile de les faire changer d’avis.

Notre comité a entendu des témoins de communautés autochtones. Ils nous ont dit avoir perdu leur gagne-pain, et ils habitent des régions très éloignées. Que faire, dans ces circonstances?

Nous nous sommes rendus à Terre-Neuve pour parler à des chasseurs de phoques qui sont immensément touchés par le problème, et — à la suite de ces discussions — aux intervenants d’industries connexes. Nous avons aussi parlé aux pêcheurs de la province; la surpopulation de phoques nuit gravement à l’industrie de la pêche. Nous sommes allés à Terre-Neuve, mais des intervenants d’autres endroits nous en ont dit autant.

Certains d’entre vous ont mentionné le facteur émotionnel. Il va de soi que, étant donné la mésinformation et la désinformation qui circulent, le débat devient très émotionnel. Lorsque les émotions se mettent de la partie, il devient encore plus difficile de changer l’avis des gens.

Nous avons discuté de la nécessité de réagir rapidement. Le gouvernement n’est pas particulièrement reconnu pour ses interventions rapides, tous domaines confondus. Je me demande donc comment nous nous y prendrons. Le MPO a-t-il un mécanisme en place? Le ministère en fait-il suffisamment pour régler le problème? Il est question de la chasse aux phoques et des répercussions sur l’industrie de la pêche, mais est-ce qu’un autre ministère devrait s’attaquer au problème? Comment veiller à ce que les interventions soient rapides, et qui devrait se charger de la solution au sein du gouvernement? Je suis désolée, mais Paul McCartney ne parviendra plus à influencer les adolescents de 14 et 16 ans. Nous savons tous qui il est, mais il faut se demander qui sont les influenceurs de la jeune génération. Je fais ce commentaire parce que les adolescents sont très enlisés dans la mésinformation entourant la chasse aux phoques.

M. Kolga : Aucun ministère ou agence du gouvernement ne peut régler ce problème seul, et il n’existe pas de panacée. Le mal est fait. Il nous faut maintenant réfléchir à une approche à long terme pour régler la situation.

Plusieurs ministères étudient et surveillent la désinformation ou consacrent des fonds pour lutter contre le phénomène, comme Patrimoine canadien, Affaires mondiales Canada et Sécurité publique Canada. Dans ces ministères, des équipes se penchent sur la question. Le MPO doit s’adresser à ces ministères pour élaborer une approche pangouvernementale et — au risque d’employer ce qui est perçu comme un cliché de nos jours — une approche pansociétale regroupant les communautés autochtones, les médias, les plateformes numériques et, bien entendu, mes collègues — les chercheurs et les experts universitaires qui étudient ce problème. Rassemblez tout ce beau monde pour discuter et pour trouver une stratégie, puis déterminez qui mènera le bal.

Malheureusement, comme je le disais, aucun remède miracle ne peut régler le problème rapidement.

M. Al-Rawi : Madame la sénatrice, je peux nommer trois groupes principaux qui pourraient être grandement utiles dans cette initiative. Je souscris aux propos de M. Kolga. Les trois groupes auxquels je pense sont le MPO, les communautés autochtones et les médias d’information. S’ils travaillent en étroite collaboration, ils pourront communiquer efficacement les grands faits aux populations au Canada et à l’étranger.

Je vais souligner ce fait parce qu’il est crucial. Sénatrice Cordy, vous avez mentionné l’incidence de la mésinformation sur l’industrie de la pêche et de la chasse aux phoques. Comme le veut l’expression, montrez-moi l’argent — montrez-moi les faits. Les scientifiques du MPO pourraient-ils, par exemple, présenter les statistiques dans des tableaux afin d’illustrer l’incidence sur la pêche? Ces tableaux pourraient ensuite être transmis aux médias d’information et diffusés sur différentes plateformes. Malheureusement, ces données sont inaccessibles. J’ai vraiment essayé, en vain, de trouver les renseignements nécessaires pour me faire une opinion tranchée sur la question.

Je sais qu’il y a un consensus scientifique sur ces enjeux, mais il n’est pas communiqué adéquatement ou efficacement. Il ne faudrait pas une grande somme d’argent; je crois que quelques milliers de dollars suffiraient pour atteindre l’objectif. C’est ma vision de la solution. Merci beaucoup.

La sénatrice Cordy : Merci.

La sénatrice Duncan : Je vous remercie encore une fois énormément pour votre exposé de ce matin. J’aimerais remettre en question, si vous me le permettez, l’emploi d’un mot, quand on dit que la campagne contre la chasse aux phoques est « enracinée » dans les esprits des Canadiens. Je fais cette remarque parce que j’ai eu la chance inouïe de me joindre à ce comité pendant l’étude à Terre-Neuve. J’ai tant appris pendant cette étude. Je suis rentrée au Yukon, où j’ai discuté avec un groupe d’élèves de 12e année à qui j’ai demandé ce qu’ils savaient de cet enjeu. Ils n’en savaient rien. Je précise que toutes les communautés du Yukon sont connectées grâce à Internet. Elles sont extrêmement bien connectées.

Je crois que nous avons l’occasion de renseigner davantage nos jeunes, partout au pays, sur cette situation. Je me demande si des données existent pour confirmer mon hypothèse. L’éducation relève des provinces, mais savons-nous si des groupes s’adressent aux jeunes de cet âge — les adolescents de 15 et 16 ans — dans les écoles secondaires du pays? Les jeunes se font entendre haut et fort au sujet des changements climatiques. Que savent-ils de la chasse aux phoques? Le savons-nous?

M. Kolga : Je ne le sais pas. Je n’ai pas vu de preuves qui montrent que les étudiants du secondaire sont très préoccupés par la chasse au phoque. Je ne le sais pas, et je n’ai pas vu de données de sondage. C’est peut-être là que nous devrions commencer la recherche à long terme : il faudrait voir ce que les Canadiens pensent de la chasse au phoque. Vous soulevez un excellent point. Est-ce que quiconque porte attention à cet enjeu? Les gens étaient-ils attentifs quand Paul McCartney s’est rendu sur une banquise, et portent-ils attention à cette question depuis? Je ne le sais pas; je ne peux pas répondre à cette question. Il serait peut-être pertinent d’obtenir des données de sondage en premier lieu pour savoir exactement ce que les Canadiens pensent de la chasse au phoque et si leur opinion est bien ancrée.

Mme Hodson : Sénatrice Duncan, je pense que c’est un argument très important en faveur de l’éducation. Dans les classes d’histoire et d’études sociales, on éduque les élèves sur le rôle du Canada et sur notre relation avec les Autochtones. Je pense que la dissémination d’informations fondées sur la science dans ces programmes pourrait vraiment changer les perceptions de la prochaine génération sur la chasse au phoque.

Cela fait partie de la stratégie à long terme, mais je suis aussi d’accord avec mon autre collègue : oui, il importe de prendre le pouls des Canadiens. Qui soutient la mésinformation à l’heure actuelle? Qui la répand? Quels points de vue sont présentés? Je pense que les Canadiens ignorent bien des choses sur cet enjeu. Que les opinions soient bien ancrées ou non — je reprends votre point ici — il importe de trouver des façons de sensibiliser la population canadienne. Cela dit, la menace n’est peut-être pas si grande qu’elle semble l’être en surface non plus. C’est pourquoi il serait très utile de mener des recherches préliminaires.

La sénatrice Duncan : Le gouvernement du Canada a lancé diverses campagnes de sécurité publique qui renseignent les Canadiens sur la désinformation. Ce serait peut-être l’occasion d’en parler.

Ensuite, à qui incomberait la responsabilité de tout cela? Pour ce qui est des ministères, je dirais que c’est d’abord et avant tout une question de relations intergouvernementales, y compris au sein du Canada, avec les provinces et les gouvernements autochtones. Si l’on regarde les membres de l’Assemblée des Premières Nations, on constate que beaucoup sont des jeunes brillants et enthousiastes à l’idée de traiter de ces enjeux. Mettons cet enthousiasme à profit et travaillons avec eux.

La vice-présidente : Y a-t-il quelqu’un qui voudrait répondre à la dernière question de la sénatrice Duncan?

La sénatrice Duncan : C’était un mauvais choix de mots, mais nous devons utiliser cette énergie. Les Canadiens ont appris bien des dures vérités ces dernières années. Je pense que nous devons continuer de travailler avec les Autochtones. Je vous remercie.

La vice-présidente : Le sénateur Aucoin voulait poser une question. Pourriez-vous la poser aux témoins, je vous prie?

[Français]

Le sénateur Aucoin : Ce n’est pas nécessairement une question — c’est peut-être de l’information. Qu’en pensez-vous, entre autres, docteur Kolga? Pour réussir, cette campagne ne doit-elle pas devenir globale ou mainstream? Sinon, s’il y a juste les communautés autochtones, les pêcheurs ou les chasseurs qui vont vers les médias et qui font campagne, cela ne va pas nécessairement résonner dans la population canadienne en général.

J’ai bien aimé votre commentaire à savoir pourquoi on ne mange pas de phoque. La ministre des Pêches vient des Îles-de-la-Madeleine où, au menu des grands restaurants, il y a du phoque. On fait des bottes avec des peaux de phoque. On produit toutes sortes de choses avec l’ensemble de la viande ou de la fourrure du phoque. Mon épouse, qui est allée aux Îles-de-la-Madeleine, a mangé de la pizza au phoque.

Pensez-vous que cette campagne ou ces démarches pourraient réussir si jamais la population générale du Canada admettait l’idée et y adhérait davantage?

[Traduction]

M. Kolga : J’ai un bref commentaire à faire concernant l’agneau servi sur des pizzas. Il s’agit d’un excellent exemple. Une façon simple de défendre la chasse au phoque et de normaliser la consommation de phoque serait de commencer par le gouvernement. Nous devrions travailler avec toutes les ambassades présentes ici, en commençant par l’Europe et les autres pays qui ont banni le phoque. Il faudrait s’assurer que lorsqu’Affaires mondiales invite des représentants d’États étrangers, il y ait du phoque au menu. Il en va de même pour les dîners d’État. En fait, nos ambassades partout dans le monde — par exemple, à Paris et à Berlin — pourraient envisager de mettre le phoque au menu de leurs dîners. Ce serait une façon simple de procéder. Ce ne serait pas très coûteux, mais ce serait une manière d’entamer le processus de normalisation et de popularisation de la consommation de phoque.

La vice-présidente : Nos deux autres témoins ont-ils un commentaire à faire là-dessus?

M. Al-Rawi : Je vous remercie beaucoup, madame la sénatrice. Pour ajouter à ce que mon collègue, M. Kolga, a dit, nous pourrions peut-être proposer plus d’aliments emballés qui contiennent des produits du phoque dans les aéroports canadiens. Je vois qu’on y offre surtout du saumon, ce qui est excellent, mais je pense n’avoir jamais vu de produits du phoque dans les aéroports. Ce serait une autre façon de s’y prendre, car des millions de gens voyagent tous les ans. Je vous remercie.

La vice-présidente : Je vous remercie beaucoup. Si les témoins le permettent, nous avons un peu dépassé le temps, mais un ou deux sénateurs aimeraient poser une seconde question. Si tout le monde est d’accord pour continuer quelques minutes, la sénatrice Petten a indiqué qu’elle voulait poser une autre question.

La sénatrice Petten : Oui, en effet. Je repense à d’autres témoins que nous avons entendus. En particulier, lorsque nous nous sommes rendus à Terre-Neuve-et-Labrador, nous avons entendu des chasseurs de phoque, qui ont dit qu’ils ont toutes sortes de preuves de la consommation de poisson, de morue et d’autres espèces par les phoques. Toutefois, j’ai entendu aujourd’hui que ces informations relèvent plutôt de l’anecdote. Les groupes autochtones, les gens du Nord et quelques témoins inuits nous ont dit qu’il s’agit d’un enjeu culturel. Ils estiment que leurs tentatives de convaincre les gens de Pêches et Océans Canada de mener des recherches à ce sujet sont restées vaines, car ces derniers ne sont pas réceptifs à leurs expériences et aux effets de la situation sur eux.

Je présume que ce genre de choses arrivent, mais comment pouvons-nous quand même faire en sorte d’entamer des recherches pour recueillir des données et des faits, afin de mettre en place un programme pour éduquer les gens sur cette réalité? Je pense que c’est ce qu’il faut. On collige des données d’une certaine manière depuis des années, sans y inclure les phoques. Ils ne font pas partie des données. Une partie de la solution consiste à mettre les faits en évidence pour pouvoir les utiliser.

M. Kolga : C’est une excellente question. Si nous voulons que Pêches et Océans Canada commence à effectuer des recherches sur cet enjeu, je présume que les politiciens devront insister en ce sens. Je ne sais pas, mais il me semble que si j’étais chercheur au MPO, la bataille me semblerait bien longue et ardue pour essayer de régler ce problème. Je pense que c’est une réaction humaine normale d’essayer d’éviter cela. Il faudra un effort concerté pour y arriver, mais je pense qu’on peut surmonter les difficultés. Je répète qu’avec un peu de volonté politique, nous pourrions sans doute nous y attaquer.

La sénatrice Ataullahjan : Pour revenir aux influenceurs et aux chefs célèbres, toutes les fois qu’ils mentionnent un produit, les stocks s’envolent littéralement. J’en sais quelque chose, car mes filles sont dans la trentaine. Elles me disent souvent que telle ou telle personne a fait la promotion de tel ou tel produit, et que tous les stocks se sont vendus. Quelqu’un a-t-il pensé donner un manteau en peau de phoque à des influenceurs qui pourraient le mentionner, ou envoyer de la viande de phoque à des chefs célèbres en leur demandant de la cuisiner? Je pense que l’industrie doit apprendre à combattre le feu par le feu dans son fonctionnement.

M. Kolga : Je suis d’accord avec vous. Dans le contexte informationnel actuel sur la chasse au phoque, je pense qu’il serait difficile de gagner l’appui d’un influenceur ou d’un chef qui ne sait peut-être rien là-dessus. Vous avez tout à fait raison. On sollicite tout le temps les influenceurs pour appuyer des produits. Regardez comment les espadrilles se vendent. Michael Jordan endosse des espadrilles, tout comme d’autres célébrités sportives. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne stratégie de payer un influenceur pour appuyer...

La sénatrice Ataullahjan : Je pense simplement à un petit cadeau.

M. Kolga : Je pense qu’il faut faire de l’éducation. Il faut cibler des gens qui seraient sympathiques aux causes autochtones et qui pourraient comprendre ce qui se passe dans l’Arctique. Ils pourraient sympathiser avec les Inuits, qui vivent toutes sortes de difficultés à cause des interdictions, de la mésinformation et de la désinformation entourant la chasse au phoque.

Il serait essentiel de trouver un chef que l’on pourrait convaincre de faire le saut et d’ajouter le phoque à son menu, comme Jamie Oliver ou un équivalent canadien. Cela prendrait beaucoup de travail de communication et de sensibilisation avant d’y arriver.

M. Al-Rawi : Je suis tout à fait d’accord avec mon confrère, M. Kolga. Il faut opérer un changement culturel, parce qu’en général, les gens ne sont pas habitués à manger de la viande de phoque. Il faut l’introduire progressivement, mais je mettrais l’accent sur les avantages. Par exemple, pour vendre ce produit, il faudrait peut-être mettre en évidence ses bienfaits pour la santé. On en revient à la question des faits. Il faut montrer quels sont les faits et pourquoi on devrait manger de la viande de phoque plutôt que de l’agneau. Si l’on pouvait le faire de manière convaincante, en se fondant sur des faits qui font consensus scientifique, je pense que nos efforts seraient couronnés de succès.

Je vous remercie.

La sénatrice Ataullahjan : En tant qu’immigrante au pays, je ne savais pas grand-chose de l’industrie du phoque jusqu’à ce que nous entamions cette étude. J’ai une fille que je n’ai de cesse de mentionner qui vit à Iqaluit. Elle me parle du mode de vie là‑bas, et c’est vraiment impressionnant. Rien n’est gaspillé; tout est utilisé. Il y a tellement de bonnes choses à dire sur l’industrie du phoque; cela m’attriste que personne n’en fasse la promotion.

C’est tellement un mode de vie honorable, et pourtant, ces gens ont tant de difficultés — ce n’est pas évident de chasser le phoque. Je pense que tout le monde a sa part de responsabilité. Pourquoi le gouvernement fédéral n’en fait-il pas plus la promotion? Je ne sais même plus quoi dire sur Pêches et Océans Canada depuis que nous avons lancé cette étude.

J’aimerais que quelqu’un soit sympathique à la cause et fasse la promotion de ce mode de vie.

M. Kolga : J’ajouterais que selon moi, les médias nationaux auraient sans doute la responsabilité de faire plus de reportages sur les communautés arctiques. Il faut parler de ce qui se passe là-bas. Les médias nationaux n’en parlent pas aux Canadiens.

C’est bien sûr une question de financement. L’envoi de journalistes là-bas coûte cher. Il faut donc trouver une manière d’obtenir des fonds et de convaincre les médias de raconter ces histoires — et je ne parle pas seulement de la chasse au phoque, mais de tout le mode de vie de ces communautés. Cela ferait de bonnes nouvelles. Ce serait un aspect clé de toute stratégie visant à combattre la mésinformation et la désinformation.

Mme Hodson : Je suis d’accord avec mon confrère et avec la sénatrice Duncan.

Il nous faudrait une stratégie pangouvernementale et intergouvernementale à ce sujet, afin de rassembler toutes les ressources possibles pour envoyer des gens, des documentaristes et diverses autres personnes dans ces communautés pour transmettre leurs histoires. Une histoire convaincante aidera beaucoup à transmettre les faits d’une manière qui parle aux Canadiens.

La vice-présidente : Monsieur Al-Rawi, avez-vous quelque chose à ajouter?

M. Al-Rawi : Je pense que mes collègues ont bien couvert les enjeux. Je vous remercie beaucoup.

La vice-présidente : Merci beaucoup.

Puisqu’il n’y a plus de questions des sénateurs, je voulais faire un commentaire à la suite des remarques de M. Kolga sur Ryan Reynolds. Je présume qu’il est malheureusement l’un de nos influenceurs. On peut penser aux Swifties, qui suivent Taylor Swift, qui sait? Ce groupe et ce groupe d’âge semblent clairement être des groupes cibles pour nous.

Cette séance a été fort intéressante. Je tiens à remercier tous les témoins d’être venus, de nous avoir consacré de leur temps précieux, et même du temps supplémentaire. Ce sujet est si intéressant et c’était si instructif que nous avons dépassé le temps imparti un peu. Je vous remercie de nous avoir accordé du temps de plus. C’était très utile, et vos conseils et recommandations occuperont une place centrale dans notre rapport d’étude.

Je vous remercie tous beaucoup. Merci aux sénateurs d’être restés et d’être si engagés envers ce sujet important.

(La séance est levée.)

Haut de page